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Post-scriptum

Post-Scriptum

La nouvelle muflerie

par Jean-Claude Guillebaud

Dans les médias, pas une semaine ne passe sans que surgisse une grosse « bagarre de mots ». On dénonce, on montre du doigt, on excommunie avec une sorte d’allégresse méchante. C’est tantôt un politique, une autre fois un intellectuel, un artiste, un « néo-réac », un « crypto-marxiste », etc.

Dans la nature de la polémique contemporaine, dans cet usage récurrent de l’injure, de la condescendance ou du ricanement ad hominem se révèle une manière de désastre mental bien intéressant à examiner. Dans l’âpreté injurieuse du débat, ce n’est pas tant la violence verbale qui fait aujourd’hui problème (chaque époque n’a-t-elle pas connu la sienne ?), c’est le vide que dorénavant elle dissimule. Il faut y voir, en réalité, l’absence d’un vrai « point de vue », c’est-à-dire une réflexion minimale, une vision du monde. L’anathème lui-même a perdu ses marques, ses raisons et ses vraies « différences ».

Au rebours des anciennes polémiques politiques ou littéraires, bien des bagarres verbales d’aujourd’hui se veulent d’autant plus intolérantes qu’elles sont fragilement fondées. L’insulte se fait d’autant plus méchante qu’elle n’a guère d’autre logique que quelques vagues inimitiés tribales, des réflexes mimétiques assez courts ou de médiocres jubilations assassines. Tout sauf une « opinion », au sens construit du terme. D’un clan à l’autre, d’une gesticulation à l’autre : il y a quelque chose de pathétique dans ces micropouvoirs médiatiques ou politiciens s’enivrant de leur propre irresponsabilité.

Message implicite : je ne sais plus trop quoi penser de la vie, de la politique, de la littérature ou de l’art, alors je cogne ! Le règne de la marchandise contribue tout à la fois à gommer les différences (c’est le fameux « principe d’équivalence ») et à exacerber les querelles. Les suavités délétères du fric suscitent, en retour, la fausse compensation d’un jeu de massacre prétendument critique. L’un justifiant l’autre. On songe aux analyses du grand sociologue allemand Georg Simmel (1858-1918) et à ce qu’il appelait les «  passions indifférenciées ». En clair, soulignait-il, l’affaiblissement des convictions, loin de pacifier les relations humaines dans une société, les rend carrément meurtrières. La violence naît du semblable.

Nous y sommes.


 
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