C’est un dossier que nous aurions préféré ne pas avoir à ouvrir. Mais les journalistes pris en otages alors qu’ils accomplissent leur mission d’information font malheureusement partie de notre univers. Le phénomène, déjà ancien, a connu la recrudescence que l’on sait avec la guerre d’Irak. Bien que la France se soit prononcée contre l’intervention militaire de la coalition menée par les Etats-Unis, sa presse a été particulièrement visée. Les prises d’otages, s’ajoutant aux risques habituels, découragent d’envoyer des informateurs sur le terrain. Elles deviennent ainsi un obstacle supplémentaire à la liberté de l’information et un défi pour ceux qui la défendent. La captivité de Christian Chesnot et de Georges Malbrunot, puis celle de Florence Aubenas, ont rappelé qu’un enlèvement est aussi une épreuve pour le pays de la victime. Si la libération des captifs devient un objectif national incontesté, tout le monde n’est pas d’accord sur la façon de l’atteindre. En général, les responsables politiques préconisent la retenue pour que les négociations secrètes difficilement menées avec des interlocuteurs parfois insaisissables ne soient pas compliquées par des interventions intempestives. Les médias, surtout lorsque les otages sont des journalistes, tendent au contraire à favoriser la mobilisation de l’opinion publique par des manifestations spectaculaires et par le rappel constant que le problème n’est toujours pas résolu.
Quant à l’opinion publique, elle paraissait nettement approuver la mobilisation médiatique pour la libération de Florence Aubenas et de son accompagnateur Hussein Hanoun. Selon un sondage réalisé fin avril par CSA pour Reporters sans frontières, près d’un Français sur deux (47 %) estimait alors que les médias faisaient « juste ce qu’il faut » alors qu’un sur trois pensait qu’ils n’en faisaient « pas assez » et moins d’un sur cinq (18 %) qu’ils en faisaient « trop. ». Pas moins de 73 % des personnes interrogées se déclaraient disposées à participer à une manifestation publique en faveur des journalistes otages contre seulement 25 % qui préféraient s’abstenir. Enfin, une forte majorité de Français (57 %) estimaient alors que le gouvernement n’en faisait « pas assez » pour obtenir la libération des deux otages, soit deux fois plus que les 29 % qui pensaient qu’il faisait « juste ce qu’il faut ».
Pour tenter d’y voir plus clair, Médias a décidé de donner la parole à six personnes impliquées, à des titres divers, dans des affaires d’otages. Trois journalistes otages d’abord : Jean-Paul Kauffmann, reporter à l’Evénement du Jeudi détenu pendant près de trois ans par le Hezbollah libanais de 1985 à 1988 ; Georges Malbrunot, du Figaro, détenu avec son camarade Christian Chesnot pendant quatre mois en Irak l’an dernier ; et Giuliana Sgrena, journaliste au quotidien italien Il Manifesto, libérée après un mois de captivité en Irak au début de cette année. Les propos que nous publions de cette dernière sont extraits d’une longue interview recueillie à Rome en avril dernier par Morgane du Liège, journaliste à RFI, que nous remercions de les avoir aimablement mis à notre disposition. Tous les trois plaident résolument pour la mobilisation de l’opinion en faveur des otages.
Deux intervenants se disent, à l’inverse, convaincus que la médiatisation intensive des enlèvements profite davantage aux ravisseurs qu’aux otages et compli-que la tâche des négociateurs. Ce sont Jean-Charles Marchiani, haut fonctionnaire directement impliqué dans plusieurs tractations secrètes pour la libération d’otages, en particulier de Jean-Paul Kauffmann, et Thierry Desjardins, ancien grand reporter au Figaro, qui fut un vétéran de la couverture d’affaires d’otages avec l’enlèvement des époux Claustre au Tchad en 1974 et qui a bien connu le Liban de la guerre civile.
Pour montrer que le débat n’est pas seulement franco-français, nous avons demandé à Herbin Hoyos Medina, directeur du programme radiophonique « La Voix des Otages », en Colombie, de nous dire comment les choses se passent dans un pays où plus de 3 000 otages sont actuellement victimes d’une vieille guerre civile doublée d’une guerre de la drogue.

Revue Médias















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