Les séries télévisées sont rarement étudiées au sin- gulier, du moins en France. S’il existe quelques ouvrages consacrés à des séries « classiques », rédigés par des passionnés, les séries récentes, objet d’une attention grandissante, commencent seulement à être étudiées.
Ce court dossier ne cherche pas à remédier à cette absence mais plutôt à donner quelques idées. Ses auteurs ont cherché, non pas à décrire en un espace si restreint des objets aussi complexes que des séries télévisées, mais à faire partager un intérêt pour une problématique, une ou plusieurs interpré- tations, un procédé de mise en scène, une fascination, une analogie. Leurs descriptions ouvrent la voie à un regard plus attentif, plus concerné. Parce qu’elles sont en quelque sorte condamnées à captiver instan- tanément leur public, les séries télévisées se doivent de traiter, de refléter notre actualité culturelle.
Les séries ont renouvelé, mélangé ou brassé les grands genres de la fiction populaire et jamais, depuis le XIXe siècle, on a été aussi audacieux en la matière comme le montre Buffy et les vampires, série à la fois college et fantastique. Elles ont mis en scène de grands troubles ou émotions contemporains, qu’elles ont à la fois raillés et exprimés, bousculés et discutés. Dans un mélange de promiscuité avec le téléspectateur et de distance vis-à-vis de leurs sujets, en enchevêtrant le ludique et le tragique, elles ne cessent de stimuler et de distraire. Ce statut si paradoxal et si particulier évoque le por- trait du carnaval proposé Mikhaïl Bakhtine dans son livre sur Rabelais. Le terme de « réalisme grotesque » par lequel l’auteur dépeint l’imagerie propre à la culture comique populaire contemporaine me semble parfaitement définir aussi bien l’inspecteur Sipowicz (NYPD Blue), Dr. House, Dexter, Carrie Brashaw (Sex in the City), Bree Van de Kamp (Desperate Housewives) ou Brenda Leigh Johnson (The Closer) ; il s’adapte aussi excellemment aux projets de Lost, Boston Legal ou Nip/Tuck.
Le carnaval des séries ne s’est jamais aussi bien porté que depuis une vingtaine d’années. Souhaitons qu’on leur prête un peu plus attention, et qu’on les consi- dère plus souvent, à l’instar des auteurs des textes rassemblés ici, comme des sources fiables pour toutes sortes d’études culturelles.

Revue Médias















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