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Edito

Lire entre les lignes

Évitons les grands mots, les engagements ronflants, les promesses inconsidérées, soyons modestes. La revue que vous avez entre les mains est née d’une envie, de rencontres et, tout de même, d’une petite ambition.

Une envie d’abord. Nous aimons les médias. Pour certains d’entre nous, nous pratiquons la presse depuis fort longtemps. Et nous sommes inquiets qu’elle soit à ce point brocardée, mal aimée. Non sans raisons, nous en convenons volontiers. Mais souvent, pour de mauvaises raisons, faute pour ses procureurs de bien en connaître les règles et les contraintes. Or si les médias agacent, ils fascinent aussi. C’est vrai, le grand public a une piètre image des journalistes - grosso modo, un Français sur deux ne les juge ni indépendants, ni crédibles - mais, dans le même temps, cette profession continue à faire rêver.

On consacre de plus en plus de temps aux médias - à la télévision en particulier - qu’on critique de plus en plus durement. On moque la « vulgarité » de certains programmes que nous sommes, pourtant, des millions à regarder. Plus que d’un désamour, il pourrait bien s’agir d’une nouvelle exigence. Et quoique douloureuse pour ceux qui font la presse, écrite comme audiovisuelle, elle est salutaire. Médias tentera donc de comprendre ce qui peut apparaître, au premier abord, comme une contradiction. Et cette question, nous semble-t-il, n’intéresse pas seulement la presse, ses acteurs, ses utilisateurs, elle concerne l’avenir même de la démocratie. Le vote sanction des Espagnols, à qui l’on a sciemment menti, le dit avec force : on ne joue pas impunément avec l’information.

Une rencontre ensuite. Celle d’un petit groupe construit au fil des années par des liens d’amitié, d’estime et de respect. Nous n’avons pas de sensibilité politique commune, de parti pris idéologique affirmé - l’idéologie dont Louis Althusser disait fort joliment que « c’est quand les réponses précèdent les questions ». Mais nous partageons un goût, que certains jugeront immodéré, pour la liberté de ton, le débat, l’échange. Nous avons une véritable aversion pour ce qui finit par ressembler, non pas à de la censure, n’exagérons rien, mais à une sorte de silence imposé par une nouvelle bien-pensance. S’exprimeront dans Médias des points de vue que les uns ou les autres d’entre nous ne partagent pas, qui nous prennent à rebrousse-poil, nous choquent même, mais nous forcent à réfléchir. Et l’expérience montre qu’en matière d’information, les présupposés qui ne sont jamais questionnés sont légion... Nous n’avons pas de certitudes, seulement persuadés, comme nous l’écrivons à propos des altermondialistes, qu’il n’existe de vérités que suspectes, relatives, tronquées voire fallacieuses et donc nécessairement soumises à ce que déteste tout doctrinaire : la mise à plat, la contradiction, l’inlassable et patient recoupement.

Une ambition enfin. Ceux qui entretiennent des rapports professionnels avec la presse écrite, la radio ou la télévision, développent à leur endroit méfiance et incompréhension. Ils se sentent parfois en position de faiblesse face aux médias, à la merci d’erreurs, de malentendus qui peuvent se révéler désastreux pour leurs affaires, leurs carrières. Ils doutent de la compétence de bien des journalistes, de l’efficacité des droits de réponse. Mais ayant besoin de la presse, ils évitent, du moins publiquement, de s’en prendre trop violemment aux médias. Or, il n’existe plus en France de publication qui s’emploie à décrypter l’information, à visiter ses coulisses, à s’interroger sur ses insuffisances et ses dérives, qui s’applique à mieux comprendre son pouvoir, son influence et ses limites. Ce sera, nous l’espérons, l’utilité de Médias. En proposant une critique constructive des modes et méthodes de communication. En évitant introspection permanente et a fortiori corporatisme. Mais en choisissant de dire, sans précautions, sans préjugés, et même avec quelque impertinence.

Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas de se lancer dans une dénonciation tous azimuts, d’entamer l’air du « tous pourris », mais d’aider à mieux comprendre le fonctionnement des entreprises de presse et de communication, sans hésiter à montrer du doigt les dépendances économiques et les réseaux de connivence. Au fond, nous voulons faire du journalisme sur l’état du journalisme. Et, au-delà, sur le monde de la communication. Médias ne sera donc ni une publication savante, ni un brûlot. La revue a le projet d’alimenter le débat sur l’information. Sans rechigner aux polémiques. En toute indépendance. Ouverte sur le monde, Médias proposera des traductions d’articles, de documents parus dans des publications étrangères. Elle donnera la parole à des philosophes et des publicitaires, des sociologues et des journalistes, des chercheurs en communication et des hommes politiques, des écrivains, des artistes... Et, à travers portraits et interviews, entreprendra de nourrir notre mémoire, tant un retour sur le passé aide souvent à mieux formuler des questions que l’on croit, naïvement, inédites.

A vous maintenant de juger. Et s’il vous plaît, quel que soit ce jugement, faites-le nous connaître.


 
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