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Quartier libre

Quartier Libre à Vincent Schlegel

Mon iPhone y était


« Mon iPhone y était » : cette expression a fait tilt, dans ma tête, à la lecture de l’excellent site www.lesblogsmedias.fr dédié à « l’information des décisionnaires médias ». Tel est le nom d’une rubrique où les rédacteurs rendent compte des petits et grands événements notables auxquels ils ont participé.

Je vous ai déjà parlé, dans ces colonnes, du « point bleu » cet avatar de soi, vivant sans qu’on le sache sur la planète Google, elle-même cachée dans notre smartphone et qu’on est bien content d’être, parfois, pour se retrouver dans le vrai monde.

Et parler smartphone conduit forcément à parler de l’iPhone d’Apple (même si c’est injuste pour d’autres machines offrant des services proches et qui ont oublié d’être bêtes). Rappelez-vous la première et magnifique campagne de Renault pour la Twingo : « À vous d’inventer la vie qui va avec. » Ils avaient conçu une voiture tellement en rupture avec tout ce qui existait qu’ils ne savaient rien dire d’autre aux gens que « Débrouillez-vous avec, la vie va être formidable ». Avec l’iPhone, cet ovni, c’est un peu pareil. Son apparition sur terre a créé une vie jusque-là inconnue. Autour de l’iPhone, un monde nouveau s’est organisé, un écosystème s’est créé, de même qu’une communauté humaine diverse, hétéroclite, mais fédérée par ces 137 grammes de technologie chic et aimable.

Cet objet qui n’est plus un téléphone — alors que tous ses concurrents le sont encore — peut être assimilable à un morceau de soi, qu’on a bourré de tout ce qu’on est, de tout ce qu’on aime : sa musique, ses amis, ses relations d’affaires, ses photos. Parfaitement lisse, glossy à souhait, notre iPhone est un miroir de nous-mêmes. Pour peu qu’on le manipule, il porte aussi nos empreintes digitales...

Avec ses applications, futiles ou utiles, il est notre poisson pilote, il est nos antennes, capable de connaître la météo, de repérer les radars sournois dénoncés par d’autres amis iphonistes, de trouver la station-service la plus proche quand on est au bord de la panne, sans parler de l’incroyable éventail de services que des Géo Trouvetout modernes inventent chaque jour avec plus ou moins de bonheur.

Poussons l’affaire : et si l’on postulait que c’est un organe qu’on s’est greffé et qu’il a une forme d’autonomie ? On lui fait tellement confiance. Sommes-nous aux aguets, notre curiosité est-elle éveillée, arrive-t-il quelque chose ? Son petit œil rond voit ce que nous voyons, et même ce que nous ne voyons pas si nous l’orientons habile- ment. Une minute plus tard, au lieu d’être seulement stockée dans notre mémoire-passoire et sélective, la scène peut se retrouver sur Facebook ou arriver dans n’importe quelle rédaction pour y être relayée, commentée, amplifiée.

« Mon iPhone y était »... Bien sûr, j’y étais aussi, mais c’est lui qui a tout vu, tout enregistré, détecté « les choses cachées derrière les choses ». Ne nous étonnons pas de l’explosion des vocations de reporters sans œillères, de millions d’Albert Londres branchés (le rapport de force est inégal, il n’y a que 37 000 cartes de presse en France !) qui, aidés par une technologie amicale et incitatrice, fournis- sent immédiatement de l’info.

Pour peu que vous soyez un peu Goethe et que l’événement auquel vous assistez soit aussi épatant que la bataille de Valmy, vous constaterez que « de ce jour et de ce lieu date une nouvelle époque dans l’histoire du monde, et vous pourrez dire : mon iPhone y était ». ■


 
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