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À la loyale

Oskar Freysinger : « La France n’est pas un pays d’hommes libres »

par Emmanuelle Duverger et Robert Ménard / Photos : Pierre-Anthony Allard

Provocateur, parfois outrancier, Oskar Freysinger est connu pour être à l’origine des référendums sur l’expulsion des criminels étrangers et les minarets en Suisse. Extrêmement sévère sur les hommes politiques français, il prône la démocratie directe comme seul modèle.

Comment vivez-vous les médias ?

Le journaliste n’est pas un ennemi, c’est un idiot utile.

Les journalistes intelligents n’existent pas ?

Plus beaucoup. La plupart d’entre eux ne s’informent guère et leurs connaissances historiques sont proches de zéro. Il en reste un, pourtant, à Genève : Pascal Décaillet. Mais il a été évincé de la radio publique, la RSR (Radio Suisse Romande), parce qu’il ne « cadrait » plus. Lui a une réelle connaissance de la sociologie, de l’histoire… Un vrai bagage intellectuel. Lorsqu’il mène une interview, on a l’impression d’avoir affaire à un interlocuteur intelligent, qui sait poser des questions. Hélas ! le service public préfère les tâcherons et leurs petits effets.

Vous parlez ainsi parce que les journalistes ne partagent pas vos idées ?

Neuf sur dix sont de gauche, en effet. Mais ce que je leur reproche n’est pas de penser différemment de moi, c’est de vouloir vous faire dire des choses qui leur sont utiles à eux. Je ne leur en veux pas : le système l’exige. Et puis, une fois qu’on a de l’expérience, on sait éviter les pièges. Ce qui les ennuie, car leur but est précisément de tendre des chausse-trapes, tout le temps.

Vous en jouez, vous-même savez pertinemment ce qui va être repris dans la presse.

Certains me téléphonent et me disent carrément : « Sur tel sujet, j’ai besoin d’une petite phrase en gras. » L’avantage, c’est qu’alors, ils ne vous tapent pas dessus, ils ont obtenu ce qu’ils voulaient. C’est donnant donnant.

C’est pourtant la vie d’une société qui est en jeu… Vous mesurez ce décalage ?

Ils s’en foutent. C’est l’Audimat qui compte : il faut avoir plus d’auditeurs que la concurrence.

Il vous arrive d’en dire trop ou de regretter des formules sur des sujets sérieux ?

Je n’ai jamais regretté. Ni ne me suis rétracté. Pas par orgueil, mais par principe. Quand je dis quelque chose, je l’assume. La règle habituelle, c’est qu’on vous colle une image, et ensuite vous n’arrivez plus à vous en débarrasser. Moi, j’ai réussi à imposer ma propre image dans le subconscient collectif. J’ai donc une liberté de parole qu’aucun autre politicien suisse ne possède. Si certains s’amusaient à tenir les mêmes propos que moi, ça ne passerait pas du tout. Quand c’est moi, ça ne fait même plus scandale. Mon côté provocateur fait partie du jeu, c’est ce qu’on attend de moi.

Vous appartenez pourtant à un parti, l’Union démocratique du centre (UDC) qui n’est pas marginal : vous devez aspirer à être autre chose qu’un provocateur ?

La Suisse est une démocratie directe. La plupart des débats se jouent dans la sphère publique, parce qu’il faut convaincre avant chaque campagne de votation. Et c’est un jeu que je maîtrise particulièrement bien : rupture et métadiscours. Je suis totalement imprévisible pour mes adversaires, car mes motivations sont différentes des leurs : pas de plan de carrière, pas envie de devenir président. Je joue ce jeu pour ce qu’il est. Ça me permet aussi de défendre ma liberté de ton et mes convictions. Le système suisse est unique au monde, mais exportable. La démocratie directe est la gouvernance du futur. Je la défendrai bec et ongles. Si on détruit le modèle suisse, on détruit la diversité politique en Europe.

Dans le modèle suisse, le rôle des médias est encore plus important qu’ailleurs.

Effectivement. Mais on s’aperçoit que le peuple, dans un tel système, résiste mieux qu’ailleurs. Vous imaginez le matraquage qu’on a subi sur les derniers votes ? Incroyable, monumental ! Principalement sur l’expulsion des étrangers criminels et les minarets. On a servi de punching-ball. Pour être sûrs de leur coup, les journalistes vous opposent cinq bonshommes qui pensent la même chose. Sans se rendre compte que ça démultiplie par cinq votre temps de parole et que, si vous êtes assez habile et vif d’esprit, vous sortez mathématiquement vainqueur !

Celui qui se fait agresser est plus sympathique au public ?

Absolument. Plus mes adversaires cognent, plus j’engrange les voix. Je suis toujours un peu déçu quand les gars en face sont sympas. Je m’inquiète quand j’ai des articles positifs. Mais ça ne dure jamais longtemps…

« J’en arrive à me dire que les fachos sont sympathiques. Eux, au moins, respectent le jeu démocratique. »

Vous n’avez pas peur de tomber dans la posture ?

Le danger qui guette toute personne médiatisée, c’est, en effet, Narcisse qui tombe amoureux de son reflet. Mais quand je n’en peux plus, que je suis trop fatigué, je mets mes peaux de phoque et je pars dans mon alpage. Je reste dix jours tout seul et je me supporte. Tant que vous êtes capable de vous isoler dans un es pace confiné, ça va ! Vous n’êtes pas victime du sys tème : vous pouvez vous en déconnecter. Le jour où vous n’arrivez plus à déconnecter, ça devient extrêmement dangereux.

Vous êtes paradoxal, même physiquement. On se dit qu’on va trouver une caricature de « facho », et vous portez une queue-de-cheval… Est-ce que le décalage entre les idées que vous développez et l’image que vous donnez participe de votre succès ?

Je ne suis pas un politique par vocation. Jusqu’à 37 ans, ça ne m’intéressait pas. Le déclic a eu lieu lorsque nos élus ont voulu introduire une loi scolaire du type de ce qui existe en France, fondée sur ce socioconstructivisme avec l’élève au centre. Je me suis battu, j’ai pris des risques, on m’a même menacé de supprimer mon emploi. Mais on a gagné avec 73 % des voix ! Là, j’ai compris que la politique est une chose beaucoup trop sérieuse pour être laissée à de simples politiques. Platon, dans « La République », affirmait déjà que les philosophes et les hommes de lettres devraient diriger l’État. Nous sommes gouvernés par des tâcherons, des fonctionnaires type New Public Management… Des gens qui n’ont ni profondeur ni persistance dans la démarche : des girouettes. Vous en avez d’ailleurs un beau spécimen en France.

Vous comprenez que votre discours sur l’immigration puisse en affoler certains ? Ce sont souvent les gens les plus malheureux du monde.

Pas de bonne politique avec de bons sentiments. C’est la pire des choses. Quand Zapatero régularise 700 000 sans-papiers d’un coup, il crée un énorme appel d’air et une catastrophe : il en arrive autant l’année qui suit. Maintenant l’Espagne a un taux de chômage qui atteint 20 % par endroits. Qui est heureux là-dedans ? C’est de la politique responsable ? Non, c’est de la merde. Ce type n’a pas eu le courage d’être impopulaire, de déplaire. Eh bien, qu’il reste à la maison : il est dangereux pour le système. Il faut avoir ce courage. Il faut agir en fonction des faits, de la réalité, non par rapport aux sondages.

Vous ne pouvez pas faire comme si l’immigration n’existait pas !

Environ 80 % des étrangers qui viennent en Suisse pour demander l’asile politique n’y ont pas droit. Pourquoi les encourager ? Ils sont malheureux, coûtent « à l’État, et souvent se retrouvent vendeurs de drogue…

Ce n’est pas un peu caricatural ?

En Suisse romande, 80 % du marché de la drogue est partagé entre les Kosovars et les Nigérians. Les policiers ont les statistiques, je n’invente rien.

Dire ça en France vous vaudrait un procès.

En Suisse, on ne punit pas encore pénalement la vérité. En France, si. J’ai encore de la peine à me remettre de la condamnation de Zemmour… Qu’on puisse condamner un type qui dit simplement une vérité. Au pays de Voltaire ! Ça me souffle…

Vous avez l’impression que la liberté de parole est moins corsetée en Suisse qu’en France ?

Un seul exemple : j’ai réalisé une affiche sur des musulmans manifestant devant le Palais fédéral. On les voit de dos, tête enfouie. Le slogan dit : « Utilisez vos têtes, votez UDC. » L’affaire est allée jusqu’au tribunal fédéral, mais j’ai eu gain de cause. Parce qu’il s’agissait d’une manifestation politique et d’une photo de presse. En France, j’aurais été condamné. C’est dramatique, parce que le pilier même de toute démocratie est la liberté d’expression. Si vous vous y attaquez, votre démocratie perd très nettement en qualité. D’ailleurs, le côté pyramidal du système électoral français fait que, selon moi, la France n’est pas un pays d’hommes libres. En tout cas, c’est ainsi qu’on le perçoit en Suisse. Ajoutez à cela la loi Gayssot…

Il n’y a pas de loi mémorielle en Suisse ?

On n’a pas le droit de nier la Shoah. Un historien turc qui a remis en question le génocide des Arméniens a également été condamné. Il ne niait pas les faits, mais parlait de massacres et non de génocide. Pour moi, c’est un débat d’historiens. Je reconnais d’ailleurs avoir commis une erreur : j’ai voté pour la reconnaissance du génocide arménien en tant que parlementaire suisse. J’aurais dû m’abstenir. Je me suis basé essentiellement sur les bons sentiments. Je me suis fait piéger : le génocide a très certainement eu lieu, mais ce n’est pas à moi de le dire. Ce n’est pas ainsi que l’on fait de la politique.

Si vous étiez musulman et que vous voyiez l’affiche que vous avez réalisée ?

C’est humoristique, je le prendrais bien. Cette affiche est légitime parce qu’il ne s’agit pas d’une photo de prière — je ne me serais pas permis —, mais d’une manifestation des groupuscules musulmans les plus ultras de Suisse contre la liberté d’expression. C’était politique, ils ne sont pas dirigés vers La Mecque mais vers le Parlement fédéral. Ils mettent la tête dans le sable. Je leur dis : « Dressez votre tête, réfléchissez, remettez votre dogme en question. » Depuis le vote sur les minarets, les musulmans continuent de pratiquer leur culte sans aucun problème, et les Saoudiens viennent encore plus nombreux qu’avant à Genève ! On a même gagné le respect de certains pays arabes parce que, au moins, on a une ligne claire.

Est-ce que vous êtes mieux traité en Suisse que la famille Le Pen en France ?

Non, c’est aussi violent. En Suisse romande, surtout. En Suisse allemande aussi, mais là-bas, nous avons la Weltwoche, un titre proche de nos positions qui fait tache dans le paysage médiatique en forçant tous les autres médias à faire référence à lui, parce qu’il soulève tout le temps des lièvres. C’est un excellent journal, très lu, qui nous permet d’exercer un léger contrepoids par rapport à ce politiquement correct qui pollue les cerveaux.

Vos copains sont tous des fachos ?

J’en arrive à me dire que les fachos sont sympathiques. Eux, au moins, respectent le jeu démocratique. Les fameux bobos socialistes, qui n’ont que les mots tolérance et ouverture à la bouche, sont les pires intolérants. Ils sont impitoyables. Je suis fondamentalement bienveillant, mais je suis en colère. Je n’avale pas les salades. Donc je me bats, simplement pour que les gens aient le droit de dire ce qu’ils pensent, qu’ils aient un réel pouvoir politique, qu’on leur laisse choisir leur destin.

C’est le cas en Suisse ?

Oui, mais on est en train d’essayer de foutre le système en l’air. Les ennemis viennent de l’intérieur. Si vous laissez voter le Parlement sur l’adhésion à l’Union européenne, c’est deux tiers pour et un tiers contre. Laissez voter le peuple, vous obtiendrez 70 % d’opposition.

Comment expliquez-vous ce décalage ?

Ce sont les appareils de parti qui constituent les listes, sur lesquelles ne sont inscrits que des gens très lisses. Un véritable filtrage. Sauf à l’UDC. Je suis un accident de la politique : impossible d’avoir quelqu’un comme moi au Parlement fédéral. Du jamais vu. Pourquoi ? Parce que j’ai fondé moi-même la section. Et à l’UDC, ils sont tellement pires que moi, que c’est le seul parti qui a réussi à me supporter. J’y ai une liberté de ton incroyable. Je me suis battu, par exemple, contre les OGM, contre la libéralisation des Postes, contre l’initiative qui voulait limiter les étrangers en Suisse à 18 % de la population… Pourquoi 18 % ? Invoquer un chiffre est complètement idiot. Si les gens sont bien intégrés, on supporte 30 % ; dans le cas contraire, 5 % c’est encore trop.

Vous êtes un gros consommateur de médias ?

Je fais automatiquement monter l’Audimat. Un jour, Michel Zendali, de la TSR, m’a dit : « Ça m’ennuie de t’inviter, mais dès que tu es sur le plateau, j’ai 30 % d’audience en plus. » Les gens pensent que ça va être le Far West, qu’il va se passer quelque chose.

Est-ce que vous lisez la presse pour autre chose que vous-même ?

Je lis la presse uniquement pour autre chose que moi-même. Je suis un cas vraisemblablement unique au monde, puisque je passe beaucoup plus à la télé que je ne la regarde… La télévision est un instrument d’abrutissement total. Je me refuse à me faire piéger pendant des heures devant ce matraquage systéma tique qu’on amène dans votre salon. Isoler les gens, les matraquer chez eux, tel est le principe même de la manipulation.

Qu’est-ce que vous aimez comme journaux ?

Je lis le journal régional, pour la feuille des morts. C’est important de savoir, en vallée. C’est très clanique. Et pour la politique régionale , puisque je suis président de la section valaisanne de l’UDC. Ensuite je lis la Weltwoche, ce fameux hebdomadaire. C’est un must, puisqu’on accède aux coulisses, à l’arrière de ce que nous présentent les autres médias. Ensuite, j’écoute la radio. C’est la voix et le logos, l’image ne bouffe pas le message, au contraire de la télévision. Préparer un débat télévisuel ne consiste pas à s’interroger sur ce que je vais dire, mais à savoir si je mets une cravate, si je me rase, quelle attitude prendre, etc.

« J’en arrive à me dire que les fachos sont sympathiques. Eux, au moins, respectent le jeu démocratique. »

Quels médias lisez-vous par intérêt autre que professionnel ?

Je lis beaucoup plus de livres que de journaux. Mais je lis la presse quotidienne pour le plaisir, Matin Dimanche, Le Temps… J’y trouve parfois des analyses poussées. Et puis, Internet… qui va tuer la presse écrite. J’y trouve les informations que les journaux n’apportent pas. Sur Politikly incorekt, par exemple, un blog en allemand, je lis des éclairages et des informations qui ne figurent nulle part ailleurs.

Vous croyez tout ce que vous lisez sur la Toile ?

Il y a beaucoup de conneries, mais, avec le temps et une certaine expérience, vous arrivez à distinguer les sites sérieux des autres.

On y trouve de nombreux discours complotistes. Vous êtes dans cette mouvance-là ?

Non. Je suis très factuel et j’aime les informations précises. Par exemple, un braquage a lieu ; les journaux quotidiens vous présen tent la chose comme si cinq Suisses avaient attaqué une banque. Sur Internet, vous apprenez qui sont ces personnes, quelle est leur origine ethnique, culturelle, etc. La version de la presse est souvent biaisée.

Vous comprenez les journalistes qui n’indiquent plus les noms des protagonistes pour ne pas stigmatiser une population ?

S’il y a un verbe que je ne supporte pas, c’est stigmatiser. Mais qui a inventé cette connerie ? C’est horrible. Quel est le devoir du journaliste ? C’est la quête de la vérité, présenter les choses de la manière la plus honnête possible. Tel est, en tout cas, le code de déontologie que je m’imposerais si j’étais journaliste. J’ai d’ailleurs le même en tant que prof. La plupart des médias se disent : « Les gens sont un peu idiots, ils risqueraient de comprendre que 70 % de la population carcérale en Suisse est d’origine étrangère. Ce n’est pas bien, donc on ne va plus le dire. » Or, c’est un chiffre réel, celui de la police fédérale.

« S’il y a un verbe que je ne supporte pas, c’est stigmatiser. Mais qui a inventé cette connerie ? Quel est le devoir du journaliste ? La quête de la vérité... »

En Suisse, les statistiques ethniques sont autorisées ?

Oui. Il est incroyable que ce soit interdit en France. Grâce à cela, on constate que 70 % de la population carcérale n’a pas de passeport suisse. Ça ne veut pas dire que tous les étrangers sont des criminels ou que l’étranger est moins bon que le Suisse… Ça veut simplement dire que nous sommes un pays riche, qu’autour de nous le niveau de vie est plus bas, et que nous attirons immanquablement la criminalité. C’est ce que, en tant que politique, j’aimerais éviter. C’est pour cela qu’on a lancé une initiative, grâce à la démocratie directe, sur l’expulsion des étrangers criminels. Le peuple nous a donné raison : tu viens en Suisse, tu braques une banque, tu repars à la case zéro. C’est tellement facile, la politique. Je ne vois pas où est le problème. Si un étranger vient chez nous participer à construire une société plus juste, plus prospère, il est le bienvenu. L’étranger, a priori, est une richesse. Mais certains comportements ne sont pas tolérables.

Vous êtes pour ou contre les caricatures de Mahomet ?

Je suis absolument pour. La liberté d’expres sion est nécessaire. Ce dessinateur a failli être massacré en janvier 2010… Des choses pareilles ne devraient pas exister dans un État de droit. Je sais de quoi je parle : on a mis le feu à ma maison quand j’ai fondé l’UDC valais. Un groupe marxiste est venu jouer aux allumettes et un tiers de ma maison a brûlé. En Suisse, au XXIe siècle, on vient mettre le feu à la maison des gens parce qu’ils ne sont pas politiquement d’accord avec vous…

Doit-il y avoir des limites à la liberté d’expression ?

Oui : les limites que tout être humain doté d’une certaine compassion devrait avoir. Par exemple, se moquer de la souffrance, du handicap, non. S’imposer un minimum de décence.

Le rôle des politiques est de fixer le curseur ?

C’est très difficile, très complexe. Je ne sais pas si l’on peut rire de tout…

Que feriez-vous d’un Dieudonné ? Vous interdiriez certains de ses sketchs ?

Non, il faut laisser dire. Si quelqu’un est dans l’excès constant, dans l’outrance, et que ça fait vraiment mal, que c’est méchant, il se discrédite luimême. Je ne comprends pas pourquoi Dieudonné continue à avoir du succès, il ne me fait pas rire.

Vous approuvez les médias qui ne l’invitent plus ?

Non, ce n’est pas correct. Je ne partage pas du tout ses opinions, mais il doit pouvoir les exprimer. Par le simple fait que, s’il peut parler, je peux débattre avec lui. Je l’ai fait avec Soral, par exemple. Le débat était étrangement civilisé. Un réel échange.

Vous avez pourtant fait un procès à des gens qui vous avaient caricaturé en officier nazi.

J’étais représenté en officier nazi qui envoie des enfants à la chambre à gaz. Ce n’est plus de l’humour, c’est pénal. Il n’y a pas de pire insulte. Le délit d’opinion ne devrait pas être puni. En revanche, en tant qu’individu, je ne peux pas vous insulter. Il y a certaines limites à ne pas dépasser.

Vous avez une approche anglo saxonne : on peut mettre en cause une catégorie d’individus, mais pas un individu en particulier.

C’est vrai. En Suisse, vous pouvez dire : « L’islam est un problème. » Je vais même plus loin en disant : « Le dogme islamique est incompatible avec l’État de droit. » Je le dis, et je dois pouvoir le dire. Dans le cas contraire, cela veut dire que cette problématique ne peut plus être traitée et qu’on ne peut plus esquisser de réponse, puisqu’il est interdit de nommer le problème. Par contre, je n’ai pas le droit de dire : «  Sale Arabe », et c’est normal.

Vous n’aimez pas qu’on vous traite de « Le Pen suisse ».

Non. Parce que, dans son histoire, il y a des zones d’ombre.

Et Marine Le Pen ?

Je n’ai pas de problème avec elle. Elle va juste devoir réorienter le Front national, et gérer certaines scories. Elle est encore en phase de transition. Vous vous sentez proche d’elle ? Je ne la connais pas. J’ai juste vu sur Internet un débat catastrophique entre elle et Alain Duhamel. Si c’est ça le journalisme moderne, c’est une honte. Duhamel a d’ailleurs rendu service à Marine Le Pen : il a été si stupide, tellement haineux qu’on est automatiquement pris de sympathie pour elle. Impensable d’être impliqué émotionnellement à ce point quand on se dit journaliste et de tenir ainsi un véritable tribunal de la bonne conscience.

La France est foutue ?

Vu de Suisse, on constate une étrange évolution de votre pays. Les gens sont muselés et vivent des situations désespérées. Je reçois des centaines de mails… Qu’est devenue la France ? Personne n’a le courage d’esquisser des solutions. On parallélise des sociétés, et vu l’évolution démographique, le conflit va se radicaliser. En éliminant les frontières nationales, on crée de multiples petites frontières intérieures, avec des groupes ethniques qui se haïssent joyeusement et qui se confrontent. Dans vingt ans, vous vivrez dans une société qui ressemblera à la Cisjordanie.

« Vu de Suisse, on constate une étrange évolution de votre pays. Les gens sont muselés... »

Vous êtes d’accord avec l’écrivain Renaud Camus lorsqu’il dit : « La France est une vieille fille qui élève les enfants des autres » ?

Il y a quelque chose de vrai là-dedans. Vous avez un système social dément. Comment voulez-vous intégrer quelqu’un lorsque vous faites venir des gens en masse pour les parquer dans des cités cloisonnées ? Ils en sont réduits, pour trouver une identité, à réactualiser un dogme aux antipodes des idéaux de la République.

Quelles seraient vos solutions ?

Il faut décloisonner. Est-ce que c’est encore possible en France ? Je ne sais pas. En Suisse, oui. C’est pour ça que nous avons agi très en amont.

Il faut un Charles Martel ?

C’est une image provocatrice que j’utilise.

Ça renvoie à l’image d’une invasion musulmane…

Cette invasion existe ! Ce qu’on devrait faire, en Suisse, c’est contrevenir à la liberté d’établissement pour l’immigration pendant un certain temps. Si vous mettez une famille musulmane dans un village, elle s’intègre, par la force des choses, dès la seconde génération. En revanche, si vous les mettez toutes en vase clos, dans le même quartier, elles ne sauront toujours pas parler français vingt ans plus tard. En France, c’est ce qu’on a fait. L’erreur remonte aux années 1970 : on a construit des cités pour faire venir de la main-d’œuvre bon marché. Ensuite, avec le regroupement familial, tout le monde s’est retrouvé dans des cages à lapin. C’est le gouvernement qui a créé cette bombe à retardement. Vous ne me verrez jamais reprocher quoi que ce soit aux étrangers. Ils font selon leur culture, leur conception de l’État, leurs rêves, leurs intérêts. Mais que nos politiciens ne soient pas capables de gérer ça de manière intelligente et de donner un cadre vivable, je n’arrive pas à le comprendre. Uniquement parce qu’on a peur, parce qu’on pourrait paraître raciste. Ce n’est pas une question de racisme, mais de logique : comment fixer un cadre pour que la cohabitation se passe le mieux possible ? Il faut trouver un concept et s’y tenir. Or, la politique migratoire en Europe depuis trente ans est une catastrophe.

Vous êtes obsédé par cette question.

Oui, parce que c’est un problème majeur. Et c’est ce que les journalistes veulent savoir de moi.

« Les journalistes ont besoin de moi parce que je suis un bon client ; et moi, j’ai besoin des médias. Donnant donnant. »

Au fond, c’est à cause des journalistes qu’on a envie de vous poser ces questions-là !

Oui, j’ai l’étiquette UDC, facho, antiminarets. C’est en train de changer en Suisse, on cherche à connaître mes positions sur d’autres sujets. Mais il est vrai qu’en général, on veut que je corresponde au cliché.

Et vous en rajoutez.

S’il faut jouer ce jeu pour arriver à avoir une certaine audience et faire passer son message, oui. Je m’arrange toujours pour que mon message passe. J’ai doublé mon score depuis ma première élection au Conseil national en 2003.

Merci les médias !

C’est un partenariat : les journalistes ont besoin de moi parce que je suis un bon client ; et moi, j’ai besoin des médias. Donnant donnant. L’évolution du champ médiatique est très importante : en trente ans, on est passé d’une société de l’écrit à une société de l’image. Ça change totalement les paramètres de communication.

Et l’image vous convient assez bien.

Oui, je suis à l’aise, parce que j’ai appris ce langage avec ses codes particuliers. J’ai mis deux ans environ pour gérer l’aspect image de la communication politique. Au début, je détestais les débats télévisés. Je ne savais jamais comment me tenir, où regarder… C’est insupportable, parce que tout prend plus d’importance que le discours tenu. Avec le temps, ça devient automatique. Vous savez exacte ment à quel moment il faut sourire, bouger, être en colère.

Et la vérité ?

Elle n’existe qu’à travers le fait que, à la télévision, vous ne pouvez pas tricher sur ce que vous êtes réellement. C’est en même temps le média le plus mensonger qui soit, parce que l’image dévore le contenu, mais l’image que l’on retient est incroyablement vraie. Si vous êtes un petit con arrogant, vous pouvez faire le cinéma que vous voulez devant la caméra, instinctivement ça se sent, impossible de tricher. Moi, je ne suis pas arrogant, je respecte tout le monde. En démocratie directe, on est constamment obligé de revenir vers le peuple, d’avoir des arguments… Le peuple décide pour lui-même. C’est extraordinaire.


 
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