Vous portez autour du cou un pendentif en forme de guitare…
Il m’a été offert par Chico, des Gipsy Kings : c’est une guitare gitane, en or et diamants. Je croyais qu’il l’avait volée dans une fête foraine. Mais c’est une vraie ! Elle représente ma famille. J’étais bâtard, ma mère faisait des ménages. Dans les milieux bourgeois, on lui passait la main au cul. Les Gitans et les voyous, eux, ne se sont jamais permis ce genre de gestes. Dans le petit village où j’ai grandi, j’ai souvent été confronté au : « Va voir ailleurs, ta place n’est pas ici. » Ce qu’entendent les Gitans en permanence… J’ai beaucoup de points communs avec eux… Ils ont baptisé ma mère aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Et mon fils est mort au Grau-du-Roi, sur la route, par hasard, en pleine Camargue.
Cette guitare est là pour vous rappeler tout ça ?
Elle me rappelle que j’appartiens davantage à l’espèce des vagabonds qu’à celle des sédentaires.
Dans le classement annuel VSD de 2011, vous êtes l’animateur préféré des Français.
Des conneries ! Ça ne veut rien dire. C’est ma vie d’homme qui est importante, plus que ma vie d’artiste. Quand j’étais étudiant, je suis tombé sur un prof de philo qui m’a dit : « Il ne faut pas vivre pour penser, mais penser à vivre. » Ça a changé ma façon de voir les choses. Je devais trouver un moyen de vivre ma vie. Les comptes, on les fait seul, le soir. Je n’ai rien accompli d’exceptionnel, je ne suis pas un aventurier, je n’ai pas sauvé la planète… Mais, à ma manière, j’ai prolongé les valeurs de la vieille Corrèze qu’on trouve chez les écrivains de l’école de Brive. Toutes ces choses que l’on m’a apprises quand j’étais petit. D’où mes liens avec Chirac, entre autres : des valeurs, des générosités partagées…
Les mêmes valeurs qu’un Denis Tillinac ?
Côté bobo en moins. Je suis beaucoup plus sauvage, j’aime les vrais rebelles. Je prends des risques, aussi. Celui d’être authentique, de comprendre que la télé est une loupe… Quand je prépare mes émissions, je travaille énormément leur fabrication, mais lorsque je mène une interview, je ne prépare rien. J’ai forcément dit des conneries énormes. Mais comme je monte moi-même mes émissions, je garde les conneries… Par honnêteté. Mon sens de la France profonde est assez développé. Je suis aussi à l’aise dans un bar à putes à 6 heures du matin qu’avec le prince de Monaco sous les ors du palais de Monte-Carlo.
Pour le monde de la télé, c’est être un plouc.
« Plouc », « beauf »… Si vous saviez ce que je pense des gens qui disent ça… Je déteste la suffisance. Je suis un humaniste, un vrai. Dans le milieu de la télé, les gens pensent que leur chagrin d’amour est plus beau que celui du charcutier de Châteauroux. Pourtant, on souffre autant dans la charcuterie que dans la soie. Mais certains sont encore réellement persuadés du contraire. J’ai toujours été en bagarre avec cette espèce d’élite qui juge. L’intelligence, c’est la faculté d’adaptation, pas la culture pure. J’adore l’intelligence. Mon maître à penser, Frédéric Dard, disait que c’est avec les gens intelligents qu’on déconne le mieux. C’est vrai. Une fille idiote baise très mal. Il n’y a que les filles intelligentes qui soient intéressantes. Tout cela me donne un petit sourire sur la vie… Je me suis bien marré.
C’est fini ?
Il faut être lucide : je suis en fin de boucle. Je vais avoir 59 ans, même si j’en ai toujours quatorze dans ma tête. Au lieu de me dire que c’est la fin de quelque chose, je pense que c’est le début d’une autre aventure. Ce regard optimiste est directement lié à la carapace que m’ont fabriquée tous ces jugements à la con. Ces coups de fusil que je me suis pris dans la gueule. Maintenant, il faudrait une triple chignole pour me toucher. J’en arrive à une sérénité assez amusante.
Vous n’êtes plus blessé ?
Je l’ai été très longtemps. Jusqu’à ce que je comprenne qu’il faut se consacrer uniquement aux gens qui vous aiment. Avant, j’essayais de convaincre. Plus maintenant. J’ai picolé jusqu’à 32 ans, je ne bois plus une goutte, je n’ai pas de psy, je ne me drogue pas, je ne fais pas de sport, je fume, je n’ai rien d’artificiel, et n’ai jamais été aussi équilibré ni aussi heureux. Cela veut peut-être dire que je ne me suis pas trop gouré. J’ai perdu mon fils : une douleur d’une violence incroyable. Mais quand je vois ce qui se passe au bout du monde, je relativise.

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