Et pourquoi, tant que j’y suis, je n’écrirais pas une chronique politiquement incorrecte ? Hein, pour- quoi ? Tout le monde, aujourd’hui, est politique- ment incorrect. C’est même à qui sera le plus politiquement incorrect. Du Figaro à Charlie Hebdo, de Christine Boutin à Olivier Besancenot (et ne parlons pas de Le Pen père et fille), c’est un vrai concours de politiquement incorrect. Éric Zemmour est politiquement incorrect. Stéphane Guillon est politiquement incorrect. Mireille Mathieu est politiquement incorrecte. Bref : tout le monde. Alors, nom d’un chien, qu’est-ce que j’attends ?
À force, je vais louper le train. Je vais être complètement out, totalement has been. Zut, alors, ça me ferait mal ! Allez, hop, je m’y mets, mieux vaut tard que jamais. Comment on fait, pour être politiquement incorrect ? C’est simple : il suffit de dire l’inverse du politiquement correct. Exemple : quoi de plus politiquement correct, aujourd’hui, que de flinguer Sarkozy ? Tout le monde s’y met, même à droite. C’est tellement facile... Donc, pour être politiquement incorrect, il suffit que j’écrive du bien de Nicolas Sarkozy. Que je l’encense. Que je le bénisse. Que je le félicite. Que je le remercie. Que je l’encourage. Que je lui souhaite d’être réélu en 2012, pour continuer ses fantastiques réformes qui nous font tellement de bien, Allez, je m’y mets ! Eh bien, euh... Nicolas Sarkozy est génial, admirable, formid... Désolé, j’y arrive pas. C’est au-dessus de mes forces. Ça bloque, là, entre mon cerveau et mon clavier d’ordinateur.
Bon, tant pis, essayons autre chose. Un truc qui est politiquement correct à fond, c’est l’antiracisme, le respect des autres cultures, des autres religions, tout ça. Donc, pour être politiquement incorrect, il suffit d’être anti-Noirs, anti-Arabes, antimusulman, antijuif, etc. Ça, c’est du courage ! De la vraie de vraie indépendance ! De l’anti-pensée unique ! Je... euh... Désolé, j’y arrive pas. C’est peutêtre politiquement incorrect, mais c’est surtout tellement con, tellement à l’opposé de tout ce que je suis, que c’est même pas la peine d’essayer. Ah ! les attentats du 11-Septembre ! L’omerta politicomédiatique sur le complot qui empêche de dire la vérité sur le World Trade Center, le Pentagone et tout le bataclan ! Vous avez vu comme on les empêche de parler, Mathieu Kassowitz, Marion Cotillard et Jean-Marie Bigard ? Si c’est pas du politiquement correct, qu’est-ce que c’est ? Allez, Rémond, prends leur défense ! Exige la vraie vérité vraie ! Sois authentiquement politiquement incorrect ! Euh... Vous n’avez pas une autre idée, là ? Parce que, franchement, celle-là... Bon, qu’est-ce qui reste, alors ?
Le pape. Tout le monde est contre le pape. Tout le monde lui tombe dessus. Être politiquement incorrect, ce serait défendre le pape envers et contre tout. Écoutez, je veux bien défendre le pape si on l’accuse de faire du trafic de drogue ou d’appartenir à la Mafia. Mais, pour le reste, la porte ouverte aux intégristes, le verrouillage dogmatique, la canonisation de Pie XII, ouh là, ça va être dur... Bon, autant dire la vérité, je la sens mal barrée, cette chronique politiquement incorrecte. Ah ! une idée : je pourrais peut-être défendre la peine de mort... Eh, oh ! ça va pas, la tête ?
Tant pis. Je laisse tomber. Je serai le seul journaliste politiquement correct de toute la presse française. Qu’y a-t-il, je vous le demande, de plus politiquement incorrect ?

Revue Médias















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