Le langage reste la matière première de tout média. C’est avec des substantifs, des verbes, des adjectifs, une syntaxe, qu’on fabrique ce déluge ininterrompu, cette « pensée du flux » qui gouverne l’air du temps. Se pencher avec un peu de minutie sur les mots, c’est donc s’en prendre à la substance même de la pensée médiatique dominante. Nous sentons bien que quelque chose cloche dans ce bavardage. Mais quoi ? Les mots ingénument charriés par l’actualité transportent avec eux un ensemble de conventions sociales, de préjugés culturels, de modes, d’idéologie. Pour paraphraser Lacan — « l’inconscient est structuré comme un langage » —, ils ont partie liée avec l’inconscient collectif du moment.
Les mots trahissent ainsi une « situation » spécifique, on serait tenté de dire un rapport de force. Or, le propre du discours médiatique c’est que, dans sa hâte, il utilise les mots avec une candeur naturelle, au tout premier degré, en les prenant comme une donnée objective et neutre. Les effets de vulgate, de rabâchage creux, de pensée unique voire de bêtise sympa qu’on décèle jour après jour sous le bavardage audiovisuel proviennent de cette ingénuité qui ne pense pas à mal : se servir des mots sans jamais s’interroger sur ce qu’ils disent. C’est cette ingénuité — parfois cette bêtise — qu’il faut questionner.
En restituant, parfois, au « mot du jour » son origine étymologique mais aussi l’histoire de son usage, sa fortune, bonne ou mauvaise, de façon à réintroduire un imperceptible décalage. Cela revient à réinjecter au cœur même de la parole ce « soupçon » minimal, cette distance critique qui définit tout simplement l’intelligence. Les historiens des idées savent bien que toute époque se fabrique un langage particulier, une rhétorique propre reflétant les hantises, les angoisses ou les croyances du moment. La fatale sottise commence lorsque, face à ce langage, on n’est plus capable du moindre recul. Pour ne prendre qu’un exemple, il est clair que notre XXIe siècle commençant est littéralement intoxiqué par l’économie, par sa prévalence massive, sa façon de penser et — surtout — son vocabulaire.
Notre langage quotidien, celui de la pub ou des médias, est atteint jusqu’à l’os par cette contamination dont nous finissons par ne plus être conscients. Ce qui la rend d’autant plus redoutable. Demain, nous sourirons rétrospectivement qu’on ait pu, par exemple, discourir avec autant de sérieux, de notre « capital santé » ou de notre « capital beauté », de notre « investissement conjugal », des « dividendes » affectifs ou encore de ce concept de « déficit » mis à toutes les sauces par les éditorialistes politiques (déficit démocratique, déficit social, déficit de popularité, etc.). Le pire étant l’étourderie avec laquelle, vaille que vaille, nous nous rallions sans réfléchir à ce patois rudimentaire. C’est à cet ensorcellement que se référait Ludwig Wittgenstein quand il écrivait : « La philosophie est une lutte contre la manière dont le langage ensorcelle notre intelligence. » ■

Revue Médias















Aux Armes Citoyens ! Plaidoyer pour l’autodéfense
A bas le Parti Vert ! Vive l’écologie !
Quand on aime, il ne fait jamais nuit
Vive Le Pen !
Les intellectuels jugent les médias - Tome 1
Les intellectuels jugent les médias - Tome 2
Faut-il avoir peur de francs-maçons ?
Cantines : le règne de la mal-bouffe ?
Les homosexuels font-ils encore peur ?
Pour ou contre l’homéopathie ?
Pour ou contre la garde alternée ?
Peut-on tout dire ?
Les Français sont-ils antisémites ?
Faut-il interdire les écrans aux enfants ?
Faut-il être plus sévère avec nos enfants ?
Faut-il croire les journalistes ?
Faut-il avoir peur des religions ?
Et si on jugeait les juges ?


