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Edito

Retour de Flamme

Certaines vitupérations honorent ce qu’elles souhaitent flétrir. « Chasse à l’homme », « alliances immondes », « méthodes aux relents d’extrême droite et de trotskisme », « populisme », « mensonges nauséabonds », « irresponsabilité », « fascisme »... les invectives, dont les vociférateurs de service ont accablé les médias, et plus particulièrement certains sites comme Mediapart, afin de les discréditer, ont eu l’effet inverse : elles les justifient et leur délivrent ainsi un brevet de bonne conduite à vrai dire inespéré.

Au lieu de les intimider, cette vindicte les a piqués au vif. De sorte que des titres, ordinairement plus soucieux de mal au dos, de régimes miracles ou de destinations de rêve, ont décidé de monter au front où, naguère, ils laissaient volontiers Le Canard enchaîné s’exposer seul. Même si nombre de radios et, surtout, de télévisions continuent de naviguer, notamment par gros temps, en position de serre-files...

Nous avons trop souvent déploré ici la léthargie, les renoncements et les doléances de nos médias pour ne pas nous réjouir de ce retour de flamme. Qu’à des États généraux de la presse, propres à l’embaumer, cette dernière ait enfin préféré l’état d’alerte, voilà qui est réconfortant... Ne perdons pas de vue que si l’opinion nourrit autant de doutes à son endroit, ce n’est jamais parce qu’elle en « fait trop », mais, au contraire, quand la pugnacité et l’indépendance d’esprit lui font défaut. L’« opinion » est en manque d’informations qui lui permettraient de forger ses propres convictions. Pas de « commentaires équilibrés » ou d’allusions contournées à l’usage du sérail, mais des faits, des révélations qui clarifient le débat démocratique.

Sans les enquêtes publiées ces derniers mois — aussitôt ravalées à des complots d’« officines » — que saurions-nous au juste de la troublante floraison des micropartis, des mansuétudes à géométrie variable du fisc ? Et les nébuleuses circonstances ayant entouré la vente de sous-marins au Pakistan en 1994 se seraient-elles invitées spontanément dans l’actualité 2010 ? Faute de renflouer leur crédit bancaire, les enquêtes peuvent restaurer le crédit moral des journaux et des journalistes. À condition que ces investigations soient aussi exigeantes dans leurs fins que rigoureuses dans leurs méthodes. Et ce n’est pas forcément le cas. Le fameux « journalisme d’investigation » se réduit parfois à une opération de passe-plats au service des intérêts de tel ou tel... Nous y consacrons la une de ce numéro : dans un entretien, Pierre Péan, à qui l’on doit depuis plusieurs décennies quelques-unes des enquêtes les plus dérangeantes, s’interroge sur les ressorts de l’investigation à la française.

Ne boudons pas notre plaisir : la presse nous a plutôt rassurés ces derniers mois. Souhaitons que l’embellie persiste : il y a du grain à moudre.


 
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