Revue Médias
Vices et coutumes

Vices et coutumes

Rétrospective

Petit memento des choses qu’on aurait tort d’oublier, parce qu’elles parlent des mœurs de l’époque. Une sélection de ce qui mérite d’être retenu dans le flot ininterrompu des nouvelles. Ou qui ne le mérite pas. Droit d’inventaire.

Révélation stupéfiante Certains se relèvent fort bien de la crise. Selon le Wall Street Journal, les bénéfices de la seule Bank ok America sont six fois plus élevés que le budget du Programme alimentaire mondial qui aide cent millions de personnes à survivre. On en a dix fois moins parlé que des turlupinades de VGE, du 50e anniversaire d’Astérix ou du 60e de la mort de Marcel Cerdan.

Journalisme de tranchée L’éditeur de « 10 h 59 », roman sur la Première Guerre mondiale, offre un « rôle de figuration » (rémunéré), dans son adaptation télé, au gagnant d’un concours « réservé aux journalistes » ayant participé à la promotion du livre dans leur média. 1918, c’est justement l’année de la Charte des journalistes, rédigée pour lutter contre… la vénalité de la profession.

Touchante crédulité Le procès Clearstream fut une sorte de bal des menteurs où le gratin médiatique se bousculait, comme à Roland-Garros. La relaxe sera sans doute accordée au seul journaliste mis en cause (Denis Robert). On ne sait si le tribunal manifestera ainsi son respect de la liberté d’expression ou sa sympathie à la touchante crédulité de notre ex-confrère. 

Kadhafi plus fort que Sarkozy Les organes de presse français rendent trop peu justice à la belle figure de notre nouvel ami Mouammar Kadhafi. On aurait aimé être davantage informé sur la célébration en Libye de ses quarante ans de règne, avec secrétaire d’État à la Coopération (Alain Joyandet, pour mémoire), défilé de la Légion étrangère sur sable chaud, vols de Rafale et buffet (hallal) de Lenôtre – mais aucune infirmière bulgare. Coût total des neuf jours de cérémonie : 130 millions d’euros… Si l’incomparable colonel était l’objet d’une chronique plus suivie, celle-ci aurait l’avantage de faire passer le bling-bling berlusconien ou sarkozyste pour un dépouillement de chartreux.

Les avantages de la PQR Il est faux de prétendre que la personne de Nicolas Sarkozy monopolise l’attention des médias hexagonaux. Des journalistes de Nice-Matin ont révélé que son ministre « motodidacte », Christian Estrosi, le devance largement dans les colonnes de leur journal où il est apparu 1 180 fois entre le 1er janvier et le 31 août 2009. Nice-Matin honore de façon exemplaire le dogme de la sacro-sainte « proximité » édicté par la PQR

Le zen bouddhiste Au « Grand Journal », Michel Denisot reçoit Matthieu Ricard et lui demande soudain : « Que pensez-vous des incidents du match OM-PSG  ? » L’aimable moine, d’abord interdit, doit finalement faire appel à toute la sérénité bouddhiste pour esquisser un sourire : « Comment pouvez-vous me demander ça, avec ce qui se passe dans le monde ? » Cette question-là était meilleure.

Notre ami Ben Ali Au lendemain de la cinquième réélection consécutive de Ben Ali à la tête de l’État tunisien, Le Monde n’a pas mâché ses mots. Il est vrai qu’il est accusé par Carthage « d’appel au meurtre » en la personne de son envoyée spéciale, Florence Beaugé, qualifiée de « psychotique », d’« hystérique » et, par-dessus le marché, d’« idiote »  ! Mais la plupart des médias – pas tous – ont accueilli cette sinistre mascarade électorale avec une distance ironique et quelques gronderies, sans plus d’indignation, ni d’approfondissement. On n’ose mettre cette relative mansuétude sur le compte des nombreuses campagnes publicitaires qui expédient, chaque année, 800 000 Français du côté de Djerba. n

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