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Ligne de front

Reynald Secher : "Je suis un empêcheur de commémorer en rond..."

par Emmanuelle Duverger et Robert Ménard / Photos : Pierre-Anthony Allard

Historien, Reynald Secher dit apporter des preuves que, durant la Révolution, la Vendée a été victime d’un génocide programmé. Depuis, il est tenu en quarantaine…

Vous accusez France Culture de vous avoir censuré…

L’animatrice, madame Monique Canto-Sperber, m’a invité à par ticiper à « Questions d’éthique » afin de m’interviewer sur mon dernier livre, « Vendée. Du génocide au mémoricide ». Un enregistrement a eu lieu dans des conditions cordiales. L’émission était programmée pour le 23 février dernier et annoncée sur France Culture comme dans différents programmes radio-télé. La veille de sa diffusion, elle a été brusquement remplacée, sans explication. France Culture n’a même pas pris la peine de m’en aviser. Un certain nombre d’auditeurs se sont étonnés de ne pas entendre le programme prévu, mais il leur a été répondu qu’il ne passerait pas parce qu’il suscitait « trop de problèmes ». Madame Canto-Sperber m’a finalement téléphoné, dix jours plus tard, pour me confirmer que l’émission avait bien été déprogrammée par sa hiérarchie, et qu’elle serait sans doute reprogrammée mais suivie d’une intervention d’un autre historien sur la même question. Depuis, plus rien.

Qu’y a-t-il de si scandaleux à dire ce que vous dites sur la Vendée ?

Jusqu’à ma thèse relative au génocide des Vendéens soutenue en 1985, à l’université Paris IVSorbonne, tout le monde avait accepté le principe que les événements de Vendée se réduisaient à une simple guerre civile. En fait, la réalité est autre. Il s’agit d’un génocide froidement conçu, organisé, planifié par les membres du Comité de salut public, qui consistait à vouloir exterminer tous les Vendéens et à anéantir leur territoire. La Vendée est un génocide légal, c’est-à-dire un crime d’État.

Combien y a-t-il eu de victimes ?

117 000 habitants sur 815 000 ont disparu du fait de la politique d’extermination. C’est un chiffre minimum, il eut être le double. Et le plus inimaginable, indicible, c’est que, conformément aux ordres, on a exterminé de préférence femmes et enfants.

Vous dites qu’on a utilisé les mines, le gazage, nement, et même la peau des gens…

C’est vrai. On est allé jusqu’à tanner la peau de certaines personnes ! La Révolution « propre » n’est qu’un mythe, créé de toutes pièces pour être imposé comme l’épisode fondateur de notre système politique, ce qui est aberrant et contre nature. Lorsqu’on étudie le sujet, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un énorme mensonge. Deux t héories s’affrontent : soit on estime que la Révolution est un bloc — c’est la thèse de Clemenceau — et cela signifie que la base de notre système politique est mortifère du fait de ce crime inouï ; soit on accepte l’idée d’une révolution plurielle, dont une partie, la Terreur, est criminelle. C’est mon point de vue, et celui d’un certain nombre d’historiens.

Vous ne parlez pas de massacres, mais d’un génocide, d’une volonté d’exterminer des gens parce qu’ils sont vendéens. C’est ce qui vous différencie de bon nombre d’historiens.

La majorité des historiens universitaires français sont marxistes et, à ce titre, veulent coûte que coûte défendre Robespierre qui est, pour eux, le référent comme il l’a été pour Lénine, Staline, Mao, Pol Pot. En conséquence, ils ont fabriqué un mythe qu’il leur faut entretenir par tous les moyens. Entre autres, ils en ont fait un homme vertueux, pur, sage… Or Robespierre est un criminel contre l’humanité au même titre que ses « enfants » que nous venons de citer. Cette vérité inquiète les historiens qui ont passé leur temps à mentir, à entretenir le mythe conçu intellectuellement par Michelet et entretenu tout au long du XIXe siècle par les historiens officiels et les hommes politiques (Clemenceau, Jaurès, etc.). La dire serait reconnaître qu’ils ont menti et cela, ils ne peuvent l’accepter. Un mensonge lourd de conséquences : il explique notamment une bonne partie du comportement de nos intellectuels qui se sont faits complices des communistes tout au long du XXe siècle, puis se sont opposés au jugement de leur système tout en dénigrant les résistants comme Soljenitsysine ou ont imposé un silence permanent par rapport à leurs écrits ou aux films qui racontaient ou rappelaient les crimes, comme « Katyn », d’Andrzej Wajda. Ce sont eux qui ont créé ce que j’appelle le « mémoricide ».

« Jamais je n’ai été invité dans une université publique française alors qu’à l’étranger, je le suis régulièrement. »

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