Revue Médias
Le grand entretien

Post-scriptum :

Sale manie

Des têtes sont tombées. Celles de Serge July et d’Alain Genestar pour ne citer que les plus fameuses. De quoi inquiéter, bien sûr, alors que la presse connaît sa énième crise. Attention toutefois de ne pas mettre ces têtes dans le même panier. Si le résultat est identique - guillotine ne rime plus aujourd’hui, Dieu merci, qu’avec préretraite ou agence pour l’emploi - ces affaires n’ont pas grand-chose en commun.

Avec le patron de Libération, ce n’est évidemment pas une ligne politique qui est sanctionnée mais, avant tout, un échec économique, une vraie difficulté à trouver un second souffle quand une formule s’épuise et qu’une équipe vieillit. Ces problèmes sont ceux d’ailleurs de bien d’autres quotidiens d’information générale. Il suffit d’aller voir en région ou de lire les chiffres de vente des autres « nationaux ». Mais là encore, prenons garde à ne pas généraliser : des titres savent tirer leur épingle du jeu, à l’image de La Croix ou du Parisien.

Dans le cas du directeur de la rédaction de Paris-Match, l’affaire est autrement alarmante. Elle semble en effet moins reposer sur des raisons économiques que sur les pressions exercées par le ministre de l’Intérieur après la publication de photos montrant son épouse avec son compagnon de l’époque. La couverture avait fort déplu au numéro deux du gouvernement qui s’était plaint auprès de la direction du groupe. Il aura obtenu gain de cause. « Différend déontologique », « déstabilisation de la rédaction » : les arguments avancés pour justifier cette décision prêtent à sourire, surtout lorsqu’on se souvient du « ni censeur, ni complice », érigé en principe par Jean-Luc Lagardère.

Soyons clairs. Nous n’ignorons en aucune façon le droit au respect de la vie privée ni le droit à l’image qui en découle. Mais Nicolas Sarkozy, quels que puissent être ses autres mérites, est très mal placé pour se prévaloir de ces droits. Le respect que les médias leur doivent est, à nos yeux, inversement proportionnel à l’exploitation délibérée que les personnages publics font de leur vie privée pour édifier leur image. Or, à l’exception de quelques vedettes du show-biz, peu d’hommes publics ont aussi volontairement exposé leur couple que l’a fait M. Sarkozy. Qui sème le vent... !

Reste que la brutalité de sa réaction a de quoi inquiéter. Tout comme d’ailleurs la propension de certains à se plier à ses diktats. D’autant que ce n’est pas la première fois : on se souvient encore des pressions qu’il exerça pour que la biographie « non autorisée » de son épouse ne soit pas publiée. Qu’un prétendant à l’Elysée - et pas des moindres - ait de tels réflexes laisse songeur. Décidément, au-delà des beaux discours et des nobles promesses, l’autoritarisme demeure une sale manie.


 
Contacts | Mentions légales | Plan du site | | | Suivre la vie du site RSS 2.0 | [Site Oniris Productions sur Spip]