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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>Les m&#233;dias menacent-ils la d&#233;mocratie ?</title>
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		<dc:date>2006-11-30T21:23:58Z</dc:date>
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		<dc:subject>En ouverture</dc:subject>
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		<dc:subject>Gauchet</dc:subject>

		<description>Philosophe, r&#233;dacteur en chef de la revue Le D&#233;bat, Marcel Gauchet s'exprime ici sur le &#171; d&#233;samour &#187; du public vis-&#224;-vis des m&#233;dias. Celui-ci ne serait pas d&#251; seulement aux &#171; d&#233;rapages &#187; de la presse, mais &#224; quelque chose de consubstantiel &#224; l'univers de la communication. Cependant, un approfondissement de la d&#233;mocratie est, selon lui, ins&#233;parable d'un plus grand r&#244;le donn&#233; aux m&#233;dias. Depuis plus de vingt ans, vous d&#233;noncez le &#171; sacre des droits de l'homme &#187;, expliquant qu'ils sont devenus une politique et (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-gauchet,119-+.html" rel="tag"&gt;Gauchet&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L101xH150/arton184-26ee6.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='101' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:101px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Philosophe, r&#233;dacteur en chef de la revue &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, Marcel Gauchet s'exprime ici sur le &#171; d&#233;samour &#187; du public vis-&#224;-vis des m&#233;dias. Celui-ci ne serait pas d&#251; seulement aux &#171; d&#233;rapages &#187; de la presse, mais &#224; quelque chose de consubstantiel &#224; l'univers de la communication. Cependant, un approfondissement de la d&#233;mocratie est, selon lui, ins&#233;parable d'un plus grand r&#244;le donn&#233; aux m&#233;dias.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis plus de vingt ans, vous d&#233;noncez le &#171; sacre des droits de l'homme &#187;, expliquant qu'ils sont devenus une politique et que nos soci&#233;t&#233;s se meurent de cette politique. Et vous ajoutez que, si les m&#233;dias deviennent en partie le lieu de la discussion politique, c'est justement parce qu'ils trouvent dans les droits de l'homme une id&#233;ologie compatible avec leurs propres contraintes. Pensez-vous que le &#171; couple &#187; m&#233;dias-droits de l'homme participe &#224; cette fragilisation de la d&#233;mocratie que vous ne cessez de pointer du doigt ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je voudrais pr&#233;ciser un point &#224; propos de cette &#171; id&#233;ologie des droits de l'homme &#187;, pour &#233;viter tout contresens. Les droits de l'homme sont ind&#233;pendants de l'id&#233;ologie qu'on en a tir&#233;e. Ils sont un principe de l&#233;gitimit&#233;. Il n'y en a d'ailleurs que deux possibles &#224; travers l'histoire. Ou bien le droit de Dieu - dans une soci&#233;t&#233; religieuse, la l&#233;gitimit&#233; vient d'en haut, et accessoirement de la tradition, du pass&#233;, de la continuit&#233;. Ou bien les droits de l'homme, c'est-&#224;-dire que le pouvoir, au lieu de provenir du dehors de la soci&#233;t&#233;, sort de la soci&#233;t&#233;, est fabriqu&#233; par les citoyens. C'est la probl&#233;matique qui se met en marche avec les r&#233;volutions am&#233;ricaine et fran&#231;aise &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle. Voil&#224; la v&#233;rit&#233; premi&#232;re des droits de l'homme, qui restent la &#171; pierre de touche &#187; de la l&#233;gitimit&#233; politique. L'id&#233;ologie des droits de l'homme, c'est autre chose. C'est une certaine utilisation, dans un contexte historique d&#233;termin&#233;, d'ailleurs tout &#224; fait r&#233;cent, de ce syst&#232;me de l&#233;gitimit&#233; &#224; d'autres fins que ce pour quoi il a &#233;t&#233; con&#231;u. En effet, si les droits de l'homme fondent le pouvoir politique, d&#233;finissent une conception g&#233;n&#233;rale des rapports entre le pouvoir et des individus, ils n'ont pas vocation &#224; d&#233;finir l'ensemble de l'univers dans lequel nous vivons. On ne peut r&#233;duire l'ensemble des rapports sociaux, politiques ou &#233;conomiques &#224; ce principe de l&#233;gitimit&#233; comme le pr&#233;tend l'id&#233;ologie des droits de l'homme. Une id&#233;ologie qui est apparue il y a vingt-cinq ou trente ans seulement. Cette mise au point est tr&#232;s importante. L'id&#233;ologie des droits de l'homme passera, et les droits de l'homme resteront...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La rencontre de l'id&#233;ologie des droits de l'homme avec les grands m&#233;dias de masse est d&#233;cisive. Ceux-ci ont - dans leurs derniers d&#233;veloppements - une vocation commerciale, avec toute la s&#233;rie de contraintes qui en d&#233;coulent, comme la n&#233;cessit&#233; d'une audience la plus large possible faisant appel &#224; des ressorts extr&#234;mement simples, dont le plus important est l'&#233;motion. Un ressort qui est justement le mode de fonctionnement spontan&#233; de cette id&#233;ologie des droits de l'homme, qui met syst&#233;matiquement en rapport ce que proclament les droits de l'homme et ce que nous vivons. Avec, bien &#233;videmment, un &#233;cart scandaleux entre les deux. Quand on l'a constat&#233;, on est dans cette situation tout &#224; fait paradoxale d'un appel au pouvoir -il faut qu'il comble tout de suite ce gap, la t&#226;che est surhumaine et il n'y a pas de danger qu'il y arrive - qui s'accompagne d'une d&#233;nonciation de principe de ce pouvoir. Cela met le politique dans une situation id&#233;ale de &#171; coupable &#187; auquel on demande tout et qui n'en fait jamais assez.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette rencontre entre &#171; id&#233;ologie des droits de l'homme &#187; et m&#233;dias de masse est donc dangereuse pour la d&#233;mocratie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle n'est pas dangereuse pour la d&#233;mocratie au sens o&#249; elle la menacerait. C'est le contraire puisque, d'une certaine fa&#231;on, elle conforte la l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique. Personne ne propose aujourd'hui une alternative &#224; la d&#233;mocratie. Mais, dans le m&#234;me temps, elle d&#233;valorise l'exercice de la d&#233;mocratie : elle installe de fait un sentiment d'impuissance totale puisqu'elle propose un but hyperbolique sans donner les moyens de l'atteindre. Par ailleurs, cette id&#233;ologie des droits de l'homme n'explique rien. Elle est donc profond&#233;ment d&#233;moralisante. Elle d&#233;nonce un mal qu'elle ne permet pas de comprendre. Il n'y a pas de menace sur la d&#233;mocratie mais, en revanche, une d&#233;perdition continue de substance du fonctionnement de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais en quoi les m&#233;dias accentuent-ils ce sentiment-l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par les contraintes qui leur sont naturelles. Ils couvrent l'actualit&#233;, une journ&#233;e chassant l'autre. Pas de continuit&#233;, condition de l'intelligibilit&#233;. Par ailleurs, ce qui est mal retient davantage que ce qui est bien. Il y a une sorte de fonctionnement judiciaire de l'opinion qui se focalise sur les crimes et les d&#233;lits. Il en r&#233;sulte une mise en lumi&#232;re amn&#233;sique d'une face de la r&#233;alit&#233; et d'une seule, avec un message subliminal : on n'y peut &#224; peu pr&#232;s rien et on n'y comprend pas grand-chose. Il y a une mobilisation &#233;motive forte dans l'instant autour de l'indignation envers les coupables et la solidarit&#233; avec les victimes sans la moindre projection positive dans un futur... D'o&#249; une passivit&#233; qui est une des retomb&#233;es les plus &#233;tonnantes de la culture m&#233;diatique d'aujourd'hui. Alors que dans un premier temps, les grands m&#233;dias - surtout la radio qui est le m&#233;dia de l'&#233;poque des totalitarismes - ont suscit&#233; une peur terrible vis-&#224;-vis de leur capacit&#233; de mobilisation, le d&#233;veloppement des m&#233;dias de masse a abouti &#224; un r&#233;sultat exactement inverse. Ils ont produit, la t&#233;l&#233;vision en particulier, une d&#233;mobilisation inattendue de nos soci&#233;t&#233;s, tant sur un plan politique que, plus profond&#233;ment, civique.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_838 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/GAUCHET_0006-blanc.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/GAUCHET_0006-blanc-d0d20-764c8.jpg' width='216' height='324' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-838 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Ce &#224; quoi les journalistes accordent de l'importance n'est pas ce que spontan&#233;ment les &quot;gens d'en bas&quot; consid&#233;reraient comme important s'ils avaient le pouvoir d'&#233;mettre un jugement. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Finalement, il existerait une ad&#233;quation presque parfaite entre le fonctionnement de ces grands m&#233;dias de masse et ce que vous d&#233;crivez comme l'id&#233;ologie des droits de l'homme. Mais peut-on imaginer des m&#233;dias qui fonctionneraient diff&#233;remment ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, je crois que c'est tout &#224; fait possible et je tends &#224; penser que cela se fera. C'est une question de temps. Du c&#244;t&#233; de la demande et du c&#244;t&#233; de l'offre. A un moment donn&#233;, les populations en auront marre d'un catalogue de cataclysmes inintelligibles, parce que malgr&#233; tout, l'esp&#232;ce humaine se caract&#233;rise par la rationalit&#233; - m&#234;me si elle n'en fait pas un usage intensif et permanent. S'il y a un sc&#233;nario auquel je ne crois pas, c'est celui de l'ali&#233;nation totale, de l'abrutissement int&#233;gral des masses par le d&#233;versement de messages qui coulent en cascade et sous lesquels elles finissent par succomber mentalement. Je suis convaincu de l'existence du d&#233;sir d'intelligibilit&#233; chez l'homme, qui vaut &#233;galement pour les journalistes. Ils vont finir par en avoir assez de monter en &#233;pingle des choses, certes saisissantes au premier regard, mais dont on ne comprend absolument pas d'o&#249; elles sortent, o&#249; elles vont, et vers quoi elles tendent. De la m&#234;me fa&#231;on, je pense que la &#171; pr&#233;sentification &#187; du monde, cette esp&#232;ce d'enfermement dans l'actualit&#233;, touche &#224; ses limites : on a besoin de savoir ce qui s'est pass&#233; avant. On le mesure d&#233;j&#224; &#224; des ph&#233;nom&#232;nes tr&#232;s frappants comme la distance que les gens prennent avec l'actualit&#233;. Il y a une sorte de filtrage qui s'installe tout seul. Pourquoi ? Parce qu'on veut pouvoir retenir ce qui est important dans le monde tel qu'il va. L'impuissance n'est pas un &#233;tat supportable &#224; la longue. Le d&#233;sir de comprendre est toujours au service d'une action, autrement dit d'une perspective d'avenir. Tout cela, il me semble que les journalistes commencent &#224; l'&#233;prouver. Il y aura t&#244;t ou tard correction de tir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout cela a-t-il un lien avec le d&#233;sengagement politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Qui dit d&#233;mobilisation dit &#171; d&#233;participation &#187; et &#171; d&#233;croyance &#187; envers la politique. Les hommes politiques ont enfourch&#233; le cheval des m&#233;dias sans se poser de questions. Le probl&#232;me des hommes politiques en d&#233;mocratie est de s'adresser &#224; leurs &#233;lecteurs. Si on leur donne des moyens de communication, ils s'en servent. Comment le leur reprocherait-on ? C'est la vocation de la politique de toucher le public le plus large possible. Simplement, ce qu'ils n'ont pas mesur&#233; en jouant ce jeu, ce sont les contraintes internes du m&#233;dia et les effets du langage qui s'imposent avec ce v&#233;hicule qu'ils sont oblig&#233;s d'emprunter. Personne ne croit plus un mot de ce qu'ils racontent. Ils parlent tous &#171; comme il faut causer dans le poste &#187;. Mais plus ils parlent de cette fa&#231;on et moins on croit ce qu'ils disent, parce que tout simplement la parole politique n'est pas per&#231;ue comme une information digne de foi. Par ailleurs, ils sont tomb&#233;s dans le panneau de &#171; l'effet d'annonce non suivi d'effets &#187;, qui a achev&#233; de d&#233;valoriser leur propos. Ils se trouvent en butte &#224; une esp&#232;ce de d&#233;testation qui est le trait symptomatique de l'&#233;volution du rapport des populations contemporaines &#224; la politique. Je crois qu'ils sont perdants sur toute la ligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;samour du public par rapport aux m&#233;dias - &lt;i&gt;grosso modo&lt;/i&gt;, un Fran&#231;ais sur deux ne fait pas confiance aux m&#233;dias - n'est donc pas seulement li&#233; &#224; quelques d&#233;rapages journalistiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je serais tent&#233; de minimiser le poids des d&#233;rapages en question. Je crois que s'ils n'avaient pas eu lieu, la situation serait exactement la m&#234;me. Je pense que le ph&#233;nom&#232;ne est li&#233; &#224; quelque chose de plus profond, qui est consubstantiel &#224; l'univers de la communication. Prenez par exemple la derni&#232;re guerre d'Irak, o&#249; il n'y a quasiment pas eu de d&#233;rapages signal&#233;s. Mais elle a illustr&#233; une loi de la couverture m&#233;diatique : dans un premier temps, on accorde une importance &#233;norme et dramatique &#224; l'&#233;v&#233;nement, et puis cela se d&#233;gonfle tout seul. Quelle impression en tire le public ? &#171; Ils se fichent de nous, ils nous racontent que c'est un &#233;v&#233;nement m&#233;taphysique et finalement, deux semaines apr&#232;s, c'est comme s'il ne s'&#233;tait quasiment rien pass&#233;... &#187; Ce rythme de la d&#233;mesure et de l'abandon n'a pas son pareil pour induire le scepticisme. Celui-ci est, pour ainsi dire, ind&#233;pendant du s&#233;rieux pr&#234;t&#233; aux journalistes. Leur cr&#233;dibilit&#233; sort lessiv&#233;e d'un &#233;pisode de ce genre. Pas leur cr&#233;dibilit&#233; personnelle, mais celle du syst&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les journalistes sont condamn&#233;s &#224; cette situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, ils sont au contraire condamn&#233;s &#224; r&#233;fl&#233;chir aux moyens d'y &#233;chapper, ne serait-ce que par une contrainte purement commerciale : ils se doivent de reconqu&#233;rir cette cr&#233;dibilit&#233; qui fait partie de leur cahier des charges. Il faut donc qu'ils r&#233;fl&#233;chissent &#224; une autre mani&#232;re de faire. Par exemple, le respect de la proportion des choses est une exigence capitale. La dramatisation quotidienne n'est pas une solution quand, huit jours apr&#232;s, la disproportion entre le traitement et les faits appara&#238;t g&#233;ante. C'est ainsi que s'&#233;rode la cr&#233;dibilit&#233; des journalistes. Le doute ne porte pas directement sur le contenu de l'information, mais sur sa mise en sc&#232;ne, sur l'agenda, la hi&#233;rarchisation. De plus, ce &#224; quoi les journalistes accordent de l'importance n'est pas ce que spontan&#233;ment les &#171; gens d'en bas &#187; consid&#233;reraient comme important s'ils avaient le pouvoir d'&#233;mettre un jugement. Il y a une rupture entre deux mondes, en termes de conception de ce qui est significatif. C'est de l&#224; que d&#233;coule en bonne partie le sentiment que les journalistes sont du c&#244;t&#233; des gouvernants - ils accordent la m&#234;me importance aux m&#234;mes choses. Ce soup&#231;on de collusion - qui me semble largement erron&#233; - repose sur une perception confuse de proximit&#233; d'int&#233;r&#234;ts, intellectuellement parlant. C'est un ph&#233;nom&#232;ne cognitif, en fait, qui est tout de suite interpr&#233;t&#233; dans un sens populiste, comme une collusion sociale.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Ce qui frappe dans le petit livre de Bourdieu sur la t&#233;l&#233;vision, c'est l'indigence du propos. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais pourquoi les m&#233;dias de la presse &#233;crite ne profitent-ils pas de cet interstice pour remettre les choses dans leur contexte ? Et pourquoi ceux qui l'ont fait n'ont-ils pas connu le succ&#232;s esp&#233;r&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La tendance globale de la presse n'est pas d'aller dans ce sens. C'est plut&#244;t l'inverse. Si vous lisez les unes des journaux, il est tr&#232;s frappant de voir qu'elles s'alignent sur la logique des grands m&#233;dias. Il y a une hi&#233;rarchisation de l'information qui n'est pas forc&#233;ment la m&#234;me que celle de la t&#233;l&#233;vision, mais qui ob&#233;it au m&#234;me principe. Si l'on prend l'exemple du journal &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, ses unes sont du m&#234;me style que celles de la t&#233;l&#233;. Cela ne veut pas dire que ce sont les m&#234;mes sujets qui sont trait&#233;s, mais la fa&#231;on de faire est du m&#234;me ordre. Je prends une c&#233;l&#232;bre une qui me concernait - ce n'est pas narcissique mais elle est typique ! Vous aviez une petite colonne sur un attentat &#224; J&#233;rusalem. En revanche &#171; les nouveaux r&#233;actionnaires &#187; occupaient majestueusement la place centrale. Un attentat &#224; J&#233;rusalem, c'est la routine ! C'est important, mais on s'est habitu&#233;. Alors que les nouveaux r&#233;actionnaires, voil&#224; un sujet nouveau, excitant et qui soul&#232;ve des probl&#232;mes id&#233;ologiques fondamentaux... La t&#233;l&#233; se moque compl&#232;tement des nouveaux r&#233;actionnaires, mais la logique est rigoureusement la m&#234;me : la mont&#233;e en &#233;pingle d'un pseudo-sensationnel. Cette mise en sc&#232;ne de l'information s&#233;cr&#232;te inconsciemment le doute, la distance, l'indiff&#233;rence. En m&#234;me temps, c'est une forme devenue extr&#234;mement pr&#233;gnante. Au point qu'une presse qui s'attacherait &#224; y &#233;chapper ne trouverait sans doute pas imm&#233;diatement ses lecteurs. C'est un combat &#224; long terme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes loin d'une lecture des m&#233;dias d'un Pierre Bourdieu qui voit la main des puissances d'argent derri&#232;re tous les ph&#233;nom&#232;nes que vous venez de d&#233;crire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, j'en suis tr&#232;s loin. Je crois d'ailleurs que cette &#233;cole de pens&#233;e applique exactement aux m&#233;dias les recettes qui marchent dans les m&#233;dias. C'est pourquoi les m&#233;dias trouvent tr&#232;s bien cette critique des m&#233;dias. Parce qu'elle correspond exactement &#224; leur mani&#232;re spontan&#233;e de penser. Le complot des ma&#238;tres du monde, &#231;a c'est du sensationnel ! Ce genre d'analyses me semble m&#233;sestimer la fa&#231;on dont fonctionne y compris l'&#233;conomie des m&#233;dias. Ce n'est pas que je songerais le moins du monde &#224; nier l'importance des ph&#233;nom&#232;nes de concentration &#233;conomique ou l'importance des int&#233;r&#234;ts qui sont engag&#233;s dans ce qui est d&#233;sormais une grande industrie. Mais en m&#234;me temps, &#224; la mani&#232;re de l'adage qui dit que &#171; l'argent n'a pas d'odeur &#187;, on pourrait ajouter que l'audience n'a pas de contenu. A l'int&#233;rieur de la sph&#232;re m&#233;diatique, l'autonomie professionnelle des journalistes ne d&#233;range en rien les int&#233;r&#234;ts des gens qui d&#233;tiennent le capital, hors quelques consignes purement personnelles et parfaitement marginales. Prenons la question de la cr&#233;dibilit&#233;. Les journalistes qui cherchent de l'audience ont besoin de cette cr&#233;dibilit&#233;, y compris en termes purement commerciaux. Il leur faut donc arbitrer en permanence entre cet imp&#233;ratif de cr&#233;dibilit&#233; et l'imp&#233;ratif de faire mouche instantan&#233;ment. Il ne faut pas l'oublier : une information &#233;poustouflante mais fausse se paye tr&#232;s cher. On ne peut pas se la permettre. Personne ne peut d'ailleurs s&#233;rieusement nier que, depuis l'apparition des t&#233;l&#233;visions priv&#233;es, l'information t&#233;l&#233;vis&#233;e est devenue globalement meilleure, plus honn&#234;te et plus ind&#233;pendante qu'&#224; l'&#233;poque de la t&#233;l&#233;vision publique, c'est-&#224;-dire sous influence politique. L'&#233;cole Bourdieu propose une lecture erron&#233;e de la mani&#232;re dont le syst&#232;me marche. Plus g&#233;n&#233;ralement, elle se caract&#233;rise par l'absence d'une analyse qu'on puisse consid&#233;rer comme s&#233;rieuse. Ce qui frappe dans le petit livre de Bourdieu sur la t&#233;l&#233;vision, c'est l'indigence du propos. J'y cherche en vain ne serait-ce qu'un d&#233;but d'analyse du fait t&#233;l&#233;visuel : pourquoi, comment, en fonction de quelles forces ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand vous parlez d'alternative, et d'un journalisme sup&#233;rieur, c'est aux revues que vous pensez ? Mais alors, que pensez-vous de la formule de R&#233;gis Debray qui dit &#224; votre propos : &#171; Marcel Gauchet a perdu son pari avec &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je m'inscris totalement en faux contre ce diagnostic. J'observe un changement capital dans l'esprit public en France depuis 1980, qui me semble aller globalement dans le bon sens. Le constat est du m&#234;me ordre que ce que je disais sur l'information t&#233;l&#233;vis&#233;e : elle est plus libre et de meilleure qualit&#233; qu'elle n'&#233;tait. Cela ne veut pas dire que tous les probl&#232;mes sont r&#233;gl&#233;s et que d'autres n'apparaissent pas, mais je pense que depuis 1980, l'esprit public d&#233;mocratique a fait des progr&#232;s consid&#233;rables dans ce pays et notamment dans le domaine intellectuel. Je n'aurai pas l'outrecuidance de soutenir que c'est Le D&#233;bat qui en est la source, ce serait vraiment trop lui attribuer, mais disons que nous avons essay&#233; &#224; notre mani&#232;re d'accompagner ce mouvement auquel bien d'autres ont contribu&#233;. C'&#233;tait le bon combat. Et je me r&#233;jouis que nous l'ayons globalement gagn&#233;. En 1980, il faut s'en souvenir, l'esprit partisan le plus born&#233; faisait encore la loi, avec un refus g&#233;n&#233;ralis&#233; de la discussion, comme concession &#224; l'adversaire de classe. Ce manich&#233;isme a disparu pour l'essentiel et fait place &#224; un climat qui me semble repr&#233;senter un v&#233;ritable progr&#232;s de l'esprit d&#233;mocratique. La libert&#233; d'examen critique a acquis droit de cit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le genre revue rel&#232;ve &#224; sa fa&#231;on de l'univers des m&#233;dias dans la mesure o&#249; il essaie de cr&#233;er un pont en direction de l'espace public &#224; partir d'un univers de la connaissance dure ou sp&#233;cialis&#233;e, difficile d'acc&#232;s si on n'a pas les outils professionnels pour y entrer. Avec une revue, on fait entrer une r&#233;flexion pointue dans l'univers g&#233;n&#233;ral de la discussion publique, m&#234;me si nous visons un tout petit public. Mais ce petit public est fait de gens qui eux-m&#234;mes touchent une opinion beaucoup plus large. En ce sens, l'influence des revues n'a aucun rapport avec leurs tirages tr&#232;s modestes. Elles jouent un r&#244;le important en amont, dans la construction des sujets l&#233;gitimes ou pertinents dans l'espace public. Notre avantage, c'est de ne pas subir les contraintes des journalistes. Nous n'avons pas besoin de 100 000 lecteurs. C'est une libert&#233; extraordinaire. Mais nous avons d'autres contraintes. Si n'importe quel r&#233;dacteur en chef de n'importe quel journal peut demander &#224; l'un de ses journalistes un papier sur tel ou tel sujet, bon ou mauvais, notre exigence de qualit&#233; nous rend la chose impossible. Nous butons en permanence sur l'absence d'auteurs pour traiter des sujets que nous jugeons importants. Tous les jours nous nous apercevons que la France est en train de devenir un petit pays assez provincial, intellectuellement et scientifiquement parlant : il y a beaucoup de sujets sur lesquels nous n'avons pas de sp&#233;cialistes valables. Il y a en revanche, Dieu merci, toute une s&#233;rie de questions sur lesquelles nous avons d'excellents connaisseurs parfaitement inconnus des autorit&#233;s m&#233;diatiques et que nous privil&#233;gions quant &#224; nous.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_839 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/GAUCHER-05-blanc.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH284/GAUCHER-05-blanc-06403-247d7.jpg' width='324' height='284' alt='' style='height:284px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Un des probl&#232;mes, et non des moindres, du journalisme fran&#231;ais, est qu'il est peupl&#233; de militants... &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est cela le journalisme sup&#233;rieur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &#171; journalisme sup&#233;rieur &#187;, tel qu'il m'est arriv&#233; de l'&#233;voquer, est tout simplement un journalisme qui incorpore dans son fonctionnement l'existence d'une culture extra-journalistique. Le journalisme sup&#233;rieur sait qu'il ne sait pas et sait o&#249; apprendre. Regardez par exemple ce que la presse fran&#231;aise a &#233;crit depuis le 11 septembre sur un sujet comme la religion aux &#201;tats-Unis, un m&#233;lange, en g&#233;n&#233;ral, de pr&#233;jug&#233;s, d'ignorance, de projections id&#233;ologiques fantasmagoriques. Il y a pourtant dans ce pays des gens tr&#232;s qualifi&#233;s pour parler de ce sujet compliqu&#233;. Encore faut-il &#234;tre au courant qu'ils existent, et se donner la peine de les consulter. Savoir s'informer intellectuellement &#224; bonne source : voil&#224; au fond ce qu'est le &#171; journalisme sup&#233;rieur &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez des propos tr&#232;s durs sur les intellectuels m&#233;diatiques. Ont-ils su d&#233;tourner les m&#233;dias &#224; leur profit ou les m&#233;dias les instrumentalisent-ils ? N'est-ce pas c&#233;der au m&#233;pris des clercs que de d&#233;velopper un discours aussi rude &#224; leur encontre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai fait une erreur en la circonstance. Je n'ai pas mesur&#233; l'impact de mes propos sur un sujet qui n'a pas &#224; mes yeux beaucoup d'importance. J'ai eu tort. A la question : &#171; &lt;i&gt; Qu'est-ce que les nouveaux philosophes ont repr&#233;sent&#233; pour vous ?&lt;/i&gt; &#187;, j'ai r&#233;pondu la v&#233;rit&#233;, c'est-&#224;-dire &#171; &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; &#187;. Politiquement tr&#232;s bien, intellectuellement z&#233;ro. J'ai parl&#233; bri&#232;vement et brutalement, sans me rendre compte que je touchais &#224; un point m&#233;diatique hypersensible, de par la surface des personnages en question. Du coup, ce qui n'avait aucune importance &#224; mes yeux en a pris une disproportionn&#233;e. Voil&#224; ce que c'est de ne pas tenir compte de la m&#233;diatisation du monde ! Si je devais r&#233;&#233;crire ce livre, je gommerais cette source de bruit intempestive. J'&#233;viterais de jouer la logique des m&#233;dias, &#224; mon corps d&#233;fendant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s Renaud Camus, Michel Houellebecq et d'autres, c'est au tour de l'&#233;crivain Maurice G. Dantec d'&#234;tre clou&#233; au pilori. Que pensez-vous de cette fa&#231;on dont les m&#233;dias peuvent aujourd'hui &#171; ostraciser &#187; quelqu'un pour quelques phrases qui ne sont pas dans l'air du temps ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai de l'admiration pour Dantec. C'est incontestablement quelqu'un qui a quelque chose &#224; dire de tr&#232;s int&#233;ressant sur le monde o&#249; nous sommes. Cette ambiance &#171; pers&#233;cutive &#187; est propre &#224; l'Europe, elle tient en partie &#224; son pass&#233;, &#224; l'inavouable, &#224; l'insoutenable histoire europ&#233;enne. Elle tient aussi &#224; l'existence d'un personnel militant recycl&#233;. Un des probl&#232;mes, et non des moindres, du journalisme fran&#231;ais, est qu'il est peupl&#233; de militants qui ont trouv&#233; dans les m&#233;dias un autre emploi du mode de pens&#233;e militant. Cela ne fait pas du tout la majorit&#233; de la profession, mais cela concerne &#233;videmment des gens qui ont un ressort que les autres n'ont pas. Un militant s'entend dix fois plus que tous les autres, c'est sa nature. A partir du moment o&#249; vous avez des procureurs dans un monde o&#249; le mal r&#244;de, o&#249; il faut &#234;tre vigilant, il y a des proc&#232;s. Cela mis &#224; part, on retrouve avec l'&#171; affaire Dantec &#187;, la capacit&#233; typique de cr&#233;er un &#233;v&#233;nement &#224; partir d'un non-&#233;v&#233;nement. Admettons que Dantec ait tort et que cela soit aberrant de &#171; dialoguer &#187; avec les hurluberlus du Bloc identitaire, je ne parviens pas &#224; comprendre qu'un &#233;piph&#233;nom&#232;ne aussi insignifiant puisse &#234;tre consid&#233;r&#233; par qui que ce soit comme un &#233;v&#233;nement. C'est la d&#233;mesure des m&#233;dias. Tout se passe comme s'ils avaient besoin de se prouver leur force en cr&#233;ant quelque chose &#224; partir de rien. Ils ont tout &#224; perdre, en r&#233;alit&#233;, dans ce genre d'embard&#233;es arbitraires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En conclusion, que diriez-vous des rapports entre les m&#233;dias et la d&#233;mocratie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les m&#233;dias sont au c&#339;ur du fonctionnement de la d&#233;mocratie puisqu'ils assurent l'articulation entre le pouvoir et l'&#233;lectorat. On ne peut pas imaginer une d&#233;mocratie sans m&#233;dias. Un approfondissement de la d&#233;mocratie serait ins&#233;parable d'une importance plus grande donn&#233;e aux m&#233;dias, &#233;tant donn&#233; le r&#244;le de liaison qu'ils tiennent entre la base et le sommet, les gouvernants et les gouvern&#233;s. Il ne faut jamais perdre cette fonction de vue. En m&#234;me temps, ni la d&#233;mocratie dans son fonctionnement politique, ni les m&#233;dias comme instruments de cette d&#233;mocratie ne sont dans un &#233;tat satisfaisant. J'essaie de tenir ensemble les deux bouts de la cha&#238;ne. Je suis critique des m&#233;dias mais qui ne l'est pas ? Nous sommes tous consommateurs de m&#233;dias et tous critiques des m&#233;dias. Les journalistes eux-m&#234;mes le sont et c'est tr&#232;s int&#233;ressant ! Cela dit quelque chose : c'est une machine qui &#233;chappe en partie &#224; ceux qui la font. La critique inconsid&#233;r&#233;e des m&#233;dias ne dit rien sur le r&#244;le qui pourrait &#234;tre le leur. J'essaie quant &#224; moi de les critiquer dans une optique permettant de concevoir la fonction qu'ils pourraient remplir dans une d&#233;mocratie digne de ce nom.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par Marcel Gauchet.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> ma vie avec les m&#233;dias</title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
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		<dc:subject>Rocard</dc:subject>

		<description>D&#233;put&#233; europ&#233;en, Michel Rocard reste un homme politique singulier : il cherche &#224; toucher la raison du citoyen. Premier ministre de 1988 &#224; 1991, l'actuel pr&#233;sident de la Commission Culture du Parlement europ&#233;en porte un jugement s&#233;v&#232;re sur le syst&#232;me m&#233;diatique. Pour lui, la presse &#233;crite fait fausse route. Dans quel environnement d'information viviez-vous &#233;tant jeune ? J'ai eu 15 ans en 1945 et je lisais beaucoup la presse. Le grand &#233;ditorialiste &#233;tait alors Albert Camus dans Combat. La barre &#233;tait haute (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;D&#233;put&#233; europ&#233;en, Michel Rocard reste un homme politique singulier : il cherche &#224; toucher la raison du citoyen. Premier ministre de 1988 &#224; 1991, l'actuel pr&#233;sident de la Commission Culture du Parlement europ&#233;en porte un jugement s&#233;v&#232;re sur le syst&#232;me m&#233;diatique. Pour lui, la presse &#233;crite fait fausse route.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quel environnement d'information viviez-vous &#233;tant jeune ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai eu 15 ans en 1945 et je lisais beaucoup la presse. Le grand &#233;ditorialiste &#233;tait alors Albert Camus dans &lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt;. La barre &#233;tait haute ! Depuis, hormis Raymond Aron, je ne vois pas de journaliste qui se soit situ&#233; &#224; ce niveau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'est d&#233;roul&#233;e votre premi&#232;re relation avec la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai fait une entr&#233;e fracassante et non d&#233;sir&#233;e dans les m&#233;dias &#224; la suite du rapport que j'avais remis en 1959 sur les d&#233;placements forc&#233;s d'Alg&#233;riens. Jeune inspecteur des Finances, j'avais r&#233;dig&#233; ce rapport interne &#224; la demande de Paul Delouvrier : je d&#233;crivais les conditions inadmissibles de l'organisation de ces villages de regroupement. En tout, il faut se souvenir que deux millions d'Alg&#233;riens musulmans, sur un total de dix millions, ont &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;s contre leur gr&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le rapport n'&#233;tait pas destin&#233; &#224; &#234;tre connu du grand public, mais une fuite administrative en a d&#233;cid&#233; autrement. Cela eut pour effet une s&#233;ance de trois heures &#224; l'Assembl&#233;e et le d&#233;blocage de 100 millions de francs de cr&#233;dit. Pour ce qui me concerne, ce fut une entr&#233;e solennelle dans le monde des m&#233;dias : j'ai eu droit &#224; un grand papier dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et deux autres dans &lt;i&gt;France Observateur&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je dois &#234;tre aussi le seul haut fonctionnaire, depuis 1945, qui ait &#233;t&#233; l'objet d'une d&#233;lib&#233;ration de dix minutes en Conseil des ministres pour savoir s'il fallait me r&#233;voquer. Edmond Michelet, le garde des Sceaux, m'a d'autant plus soutenu qu'il savait que la fuite venait de ses services ! Les fuites n'&#233;tant pas de mon fait, je n'ai pas &#233;t&#233; r&#233;voqu&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment analysez-vous la relation entre le politique et les m&#233;dias, vous qui en avez &#233;t&#233; l'un des &#171; chouchous &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous avez raison : pendant une trentaine d'ann&#233;es, le syst&#232;me m&#233;diatique m'a &#233;t&#233; tr&#232;s favorable car j'avais un discours diff&#233;rent et une fa&#231;on d'aborder l'opinion qui tranchait avec celle pratiqu&#233;e par la plupart de mes coll&#232;gues. Cependant, j'ai aussi le souvenir de journaux, en particulier de gauche, qui furent toujours n&#233;gatifs &#224; mon encontre. Par exemple, durant toute la p&#233;riode o&#249; j'&#233;tais Premier ministre, Max Gallo a sign&#233; presque tous les jours dans &lt;i&gt;Le Matin&lt;/i&gt; un &#233;ditorial syst&#233;matiquement oppos&#233; &#224; mes initiatives. J'ai obstin&#233;ment refus&#233; d'y r&#233;pondre. Nous nous sommes r&#233;concili&#233;s depuis. D'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, j'ai beaucoup r&#233;fl&#233;chi &#224; ce probl&#232;me. Dans &#171; Le c&#339;ur &#224; l'ouvrage &#187; (1987), j'ai d&#251; consacrer une soixantaine de pages &#224; ce sujet. Je dois vous dire qu'apr&#232;s mon exp&#233;rience &#224; Matignon, je serais encore plus violent &#224; l'encontre des m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour vous, en tant qu'homme d'&#201;tat, quelle est la question centrale pos&#233;e par la place des m&#233;dias dans la soci&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment peut-on agir sous les feux des m&#233;dias alors que le temps de l'opinion et des m&#233;dias est beaucoup plus rapide que celui de la d&#233;cision et de la mesure de ses effets ? Plus le temps passe et plus les m&#233;dias s'inscrivent dans une perspective de spectacle qui s'&#233;loigne de l'information et qui n'a pas grand-chose &#224; voir avec la d&#233;mocratie. Nous sommes pass&#233;s &#224; un syst&#232;me de gouvernement et de commandement civil qui se diff&#233;rencie tr&#232;s nettement d'un commandement militaire ou autoritaire, lequel fut le lot de nos pays pendant une &#233;ternit&#233;. Il est int&#233;ressant de noter que le pouvoir politique, depuis qu'il se place dans une perspective d&#233;mocratique, a presque partout essay&#233; de reprendre le contr&#244;le des m&#233;dias. Logique : depuis l'invention du scribe par le Pharaon, il y a 5 500 ans, le pouvoir a toujours voulu contr&#244;ler ce qui &#233;tait dit de lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis plus d'un si&#232;cle, se manifeste une &#233;volution lente et difficile dans l'art de gouverner que l'on peut r&#233;sumer sous le vocable de &#171; d&#233;mocratique &#187;. Pour r&#233;sumer, disons que celui-ci doit aujourd'hui prendre en compte la capacit&#233; de l'opinion publique &#224; &#233;voluer et &#224; comprendre les enjeux. Pour reprendre une formule c&#233;l&#232;bre de mon ami Michel Crozier, &#171; &lt;i&gt;on ne change pas une soci&#233;t&#233; par d&#233;cret&lt;/i&gt; &#187;. Le gouvernant doit &#234;tre capable de faire vibrer sur une m&#234;me longueur d'onde les citoyens, sinon rien n'avance. Je prends un exemple parmi mille autres : il est impossible de vouloir faire bouger l'&#201;ducation nationale simplement par la loi. Seule la coop&#233;ration enthousiaste des enseignants et des autres personnels peut permettre de faire &#233;voluer les choses. De la m&#234;me fa&#231;on, tant qu'il y aura un accord tacite entre m&#233;decins et malades pour s'entendre sur le dos de la S&#233;curit&#233; sociale, vous ne pouvez esp&#233;rer faire revenir les comptes de l'Assurance maladie &#224; l'&#233;quilibre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'art de gouverner ressemble au m&#233;tier de chef d'orchestre dont le talent tient dans sa capacit&#233; &#224; susciter une harmonie et une coop&#233;ration entre l'ensemble des musiciens. Pour cela, il faut agir sur la raison et parier sur la maturit&#233; des personnes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, j'ai le sentiment que l'&#233;volution des m&#233;dias est quasiment inverse. A l'origine, la presse avait un formidable respect des faits et s'adressait aux 5 % du public lettr&#233; et exigeant. Cela n&#233;cessitait une qualit&#233; de contenu. Par la suite, et apr&#232;s un combat difficile pour la libert&#233; de la presse, les journaux ont pu &#233;largir leur champ. La presse s'est alors construite contre le pouvoir, contre le gouvernement, et enfin sur un principe de suspicion automatique. La presse s'&#233;rige d&#233;sormais &#224; la fois en juge et en policier pour traquer les erreurs, pour se focaliser sur les personnes. Mais surtout elle traite le chef du gouvernement comme un trap&#233;ziste solitaire et pas du tout comme un chef d'orchestre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois que la presse &#233;crite a fait fausse route, qu'elle n'a su trouver sa place ni dans le syst&#232;me m&#233;diatique, ni dans le jeu d&#233;mocratique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On sent chez vous un ressentiment plus fort vis-&#224;-vis de la presse &#233;crite que des autres m&#233;dias, pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit en rien de ressentiment, ce serait stupide. C'est d'une analyse qu'il est question. Il me semble que la presse &#233;crite ne fait pas appel aux m&#234;mes neurones que ceux qui sont mobilis&#233;s par les m&#233;dias audiovisuels. Ces derniers jouent logiquement sur les ressorts de l'&#233;motion. Ils ne peuvent &#224; mon sens gu&#232;re aborder l'actualit&#233; et les enjeux sur un plan rationnel et contextuel. Par ailleurs, ils sont pris dans une logique d'audience n&#233;cessaire &#224; leur survie &#233;conomique qui est li&#233;e aux revenus publicitaires. A l'inverse, je crois que la presse &#233;crite pourrait mobiliser d'autres neurones de l'&#234;tre humain et inscrire son projet dans une perspective d'analyse, de distance critique, de mise en perspective et en contexte... Bref, plut&#244;t que de se polariser sur des formules du type &#171; Raffarin peut-il r&#233;ussir ? &#187;, la presse aurait les moyens de s'interroger sur notre volont&#233; collective de faire bouger les choses. A sa fa&#231;on, elle contribuerait utilement &#224; renforcer la qualit&#233; d&#233;mocratique de notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois que la presse &#233;crite n'a pas eu la volont&#233; de jouer sur ce registre, de puiser dans d'autres neurones que ceux vis&#233;s par l'image. Elle a suivi la pente propos&#233;e par la t&#233;l&#233;vision et n'a pas su offrir une r&#233;elle alternative. La presse se cale sur l'agenda et sur la s&#233;lection de sujets fix&#233;s par la t&#233;l&#233;vision. Elle joue aussi le spectacle au d&#233;triment de sa mission d'analyse et de d&#233;cryptage. La t&#233;l&#233;vision ne peut pas se permettre d'&#234;tre ennuyeuse. Tout est l&#224; puisque tout le monde suit.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_840 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Michel-Rocard-By-Rancinan-1.jpg&quot; title='Photos : G&#233;rard Rancinan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L278xH324/Michel-Rocard-By-Rancinan-1-5898f-a597c.jpg' width='278' height='324' alt='Photos : G&#233;rard Rancinan' style='height:324px;width:278px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-840 spip_doc_titre' style='width:278px;'&gt;&lt;strong&gt;Photos : G&#233;rard Rancinan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Il y a quelque chose de terrifiant dans la diff&#233;rence entre la r&#233;alit&#233; de la soci&#233;t&#233; et des enjeux politiques, et les simplifications produites par les m&#233;dias. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'attendez-vous des m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'absolu, j'attends des m&#233;dias qu'ils participent de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233;. Qu'ils contribuent &#224; faire &#233;voluer les mentalit&#233;s &#224; travers un travail d'analyse et de p&#233;dagogie. Tout ce qui irait dans le sens d'un commentaire de l'acte de gouverner serait positif. On en est tr&#232;s loin !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois que la presse a une responsabilit&#233; sociale, civique. Par exemple, lorsque j'&#233;tais &#224; Matignon, j'ai fait baisser le nombre de tu&#233;s sur les routes de 13 000 &#224; environ 10 000 &#224; travers l'instauration de nouvelles limitations de vitesse, du permis &#224; points ou encore du port obligatoire de la ceinture de s&#233;curit&#233; &#224; l'arri&#232;re. Le jeu normal de la presse, c'est de se payer le pouvoir et de moquer ses d&#233;cisions. Mais sur un sujet aussi important, n'aurait-elle pas d&#251; plut&#244;t s'interroger sur son r&#244;le et choisir de faciliter un changement de mentalit&#233; pour contribuer &#224; la r&#233;duction des accidents sur la route ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A vous entendre, les m&#233;dias dans leur ensemble ne jouent pas le jeu d&#233;mocratique et m&#234;me, &#224; la limite, jouent contre lui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les m&#233;dias sont dans une course &#224; l'information sans recul. Ils privil&#233;gient la petite phrase, le scoop, la r&#233;action rapide. Leur temps n'est pas en ad&#233;quation avec celui de la soci&#233;t&#233;. Les d&#233;cisions politiques essentielles peuvent mettre des ann&#233;es, parfois des dizaines d'ann&#233;es, avant de produire leurs effets. C'est un d&#233;lai qui ne correspond pas &#224; celui des m&#233;dias, ni d'ailleurs &#224; celui des &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A trop vouloir du sensationnel, les m&#233;dias passent &#224; c&#244;t&#233; de l'information proprement dite. Ils se contentent de reproduire des r&#233;actions sans les resituer et sans les confronter &#224; la r&#233;alit&#233;. Je vous donne deux exemples puis&#233;s dans une vie riche en relations avec les m&#233;dias. Aujourd'hui encore, je re&#231;ois 30 &#224; 40 demandes d'interviews par semaine. Le temps accord&#233; aux m&#233;dias finit par repr&#233;senter 40 % de mon temps de travail et vient mordre sur la r&#233;flexion et l'action. Il est vrai aussi que, dans une carri&#232;re politique, la relation aux m&#233;dias est essentielle. J'ai la chance de faire partie du tr&#232;s petit nombre qui n'en a plus besoin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un jour donc, arrive dans mon bureau une journaliste qui me dit : &#171; &lt;i&gt;Rabin vient d'&#234;tre assassin&#233;, qu'en pensez-vous ?&lt;/i&gt; &#187; Il se trouve que Rabin &#233;tait un ami et que j'&#233;tais tr&#232;s impliqu&#233; dans les questions de recherche de la paix dans cette r&#233;gion. Je mets alors ma main sur le micro et lui dit : &#171; &lt;i&gt;Madame, vous m'apprenez cette trag&#233;die, mais je n'ai pas suffisamment d'&#233;l&#233;ments pour vous r&#233;pondre. Et, en premier lieu, on ne sait pas qui a tu&#233; Rabin. C'est un &#233;l&#233;ment loin d'&#234;tre neutre pour construire une analyse. Je n'ai pas envie de r&#233;agir dans l'&#233;motion.&lt;/i&gt; &#187; Elle n'a pas du tout compris mon attitude : elle voulait du sensationnel, pas de l'analyse. Elle s'attendait &#224; une r&#233;ponse rapide et simple et non &#224; la description d'une r&#233;alit&#233; complexe. Elle avait besoin de faire un son, pas de donner &#224; comprendre &#224; son public. C'est cela que lui avait command&#233; sa hi&#233;rarchie. Nos logiques &#233;taient tr&#232;s &#233;loign&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deuxi&#232;me exemple, six mois apr&#232;s mon d&#233;part de Matignon, Jacques Chirac, alors chef de l'opposition, m'accuse avec son culot habituel d'avoir vid&#233; les caisses de l'&#201;tat. Dans la demi-journ&#233;e, je re&#231;ois 50 &#224; 60 demandes de r&#233;action. Je r&#233;ponds que j'irai partout o&#249; le m&#233;dia, quel qu'il soit, aura pris la responsabilit&#233; de donner la v&#233;rit&#233; des chiffres. C'est d'autant plus simple qu'ils sont accessibles au Journal officiel. Or, aucun m&#233;dia n'a accept&#233; de faire ce travail minimum consistant &#224; aller voir l'&#233;volution du d&#233;ficit budg&#233;taire sur les ann&#233;es correspondant &#224; mes responsabilit&#233;s. Chacun aurait pu voir que j'avais r&#233;duit le d&#233;ficit de 45 milliards de francs par rapport au dernier budget pr&#233;par&#233; par Jacques Chirac lorsqu'il &#233;tait Premier ministre. Le Monde m'a propos&#233; un d&#233;bat avec Jacques Chirac : ainsi &#233;tait-ce &#224; moi de d&#233;fendre mon bilan et d'assumer les chiffres ! Ce qui, bien s&#251;r, leur e&#251;t conf&#233;r&#233; un aspect partisan qu'ils n'avaient pas &#224; avoir. Bref, aucun journal ou m&#233;dia n'a voulu faire l'effort de regarder, de comparer, de mettre en perspective. Du coup je n'ai r&#233;pondu nulle part, et ce mensonge calomnieux est rest&#233; sans d&#233;menti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si l'on vous suit, il s'agissait seulement d'organiser le spectacle entre deux gladiateurs de la politique !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est tout &#224; fait cela ! Je vous donne un troisi&#232;me exemple qui va aussi dans le sens d'une information spectacle ou d'une information &#233;motion. Il y a quelques ann&#233;es, de gros titres sont apparus sur le suicide des policiers. D'un seul coup, l'ensemble des m&#233;dias s'est focalis&#233; sur ce type de drame. On me demandait de r&#233;agir. Mais la question &#233;tait de savoir si le pourcentage de policiers qui se suicidaient &#233;tait sensiblement sup&#233;rieur &#224; celui que l'on trouve dans d'autres cat&#233;gories professionnelles. En fonction de cette indication, la r&#233;ponse &#224; donner &#233;tait bien entendu fort diff&#233;rente. Elle pouvait &#233;teindre la pol&#233;mique et interdire aux m&#233;dias de vendre du papier. Or, aucun journal, &#224; ma connaissance, n'a sorti cette comparaison... On n'a pas fouill&#233; le dossier, chacun a suivi le mouvement. Aucun titre de presse &#233;crite n'a eu l'audace de r&#233;&#233;quilibrer les choses en allant voir les chiffres. On voit bien l&#224; le passage vers l'info spectacle. Mais c'est aussi la cons&#233;quence d'un manque de rigueur et d'une difficult&#233; de la profession journalistique avec les chiffres. Il n'y a pas beaucoup de Jean Boissonat dans la presse d'aujourd'hui pour rendre intelligibles, sans simplifier &#224; outrance, les enjeux &#233;conomiques. L'&#233;conomie, qui appara&#238;t comme une donn&#233;e fondamentale des choix politiques et des conditions d'exercice de la d&#233;mocratie, est rarement t&#233;l&#233;g&#233;nique. Il est difficile de faire du scoop avec des &#233;volutions annuelles presque imperceptibles mais qui, sur le long terme, prennent tout leur sens. On parle constamment, et &#224; juste raison, des difficult&#233;s de l'&#201;ducation nationale mais, depuis 30 ans, l'&#233;chec scolaire a diminu&#233; de 60 %. Cela repr&#233;sente une &#233;volution de 1 &#224; 1,5 % par an. Impossible de faire un titre avec cela. Donc, personne ne le sait.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le temps accord&#233; aux m&#233;dias finit par repr&#233;senter 40% de mon temps de travail et vient mordre sur la r&#233;flexion et l'action. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Seriez-vous aussi s&#233;v&#232;re avec les m&#233;dias anglo-saxons ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui et non. Oui, parce que beaucoup s'engagent dans la m&#234;me orni&#232;re. La presse vulgaire y prend m&#234;me un d&#233;veloppement que, Dieu merci, on ne conna&#238;t pas chez nous. Non, parce que lorsqu'ils sont bons, ils le sont un peu plus. Et notamment dans le domaine de la culture g&#233;n&#233;rale, de la polyvalence. L'&#233;conomie et la strat&#233;gie font partie de la culture de leurs quelques grands &#233;ditorialistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui donc ferait d&#233;faut chez nous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A quelques exceptions pr&#232;s, d'ailleurs bien connues, je dirais des autres que s'ils ne vont pas jusqu'&#224; s'honorer de ne rien savoir, ils s'en accommodent fort bien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le croissant des conseillers en communication est-il d&#233;cisif dans le processus que vous d&#233;crivez ? Vous en avez vous-m&#234;me beaucoup utilis&#233;s.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Allons ! Ne soyons pas na&#239;fs... Louis XIV devait avoir quelqu'un aupr&#232;s de lui pour remplir &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me fonction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a donc, selon vous, un antagonisme entre le mode de fonctionnement actuel des m&#233;dias d'information et les exigences de la d&#233;mocratie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a quelque chose de terrifiant dans la diff&#233;rence entre la r&#233;alit&#233; de la soci&#233;t&#233; et des enjeux politiques, et les simplifications produites par les m&#233;dias. Mais il est tout aussi terrifiant de voir les politiques se sentir oblig&#233;s de simplifier et de caricaturer &#224; outrance leur pens&#233;e ou leur analyse de la complexit&#233; d'un sujet, pour satisfaire aux exigences des m&#233;dias. Le temps de la d&#233;cision et de ses effets n'est pas en phase avec le mode de fonctionnement des m&#233;dias qui privil&#233;gie l'&#233;motion et la simplification au nom de la recherche d'audience et d'une vision, contestable, des attentes du public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par Michel Rocard.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Berlusconi, l'entreprise-spectacle en politique </title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Fort d'un savoir-faire commun au vendeur, au programmateur de t&#233;l&#233;vision, au manager et &#224; l'homme politique, le Cavaliere a su utiliser la t&#233;l&#233;vision, moins comme un instrument de manipulation que comme une machine &#224; &#171; fictionner la soci&#233;t&#233; &#187;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Silvio Berlusconi constitue un ph&#233;nom&#232;ne original, et m&#234;me un cas unique, puisqu'il est le seul chef d'entreprise du secteur des m&#233;dias qui acc&#232;de, &#224; deux reprises, aux fonctions de Premier ministre dans une grande d&#233;mocratie. Cette transformation d'un &#171; business tycoon &#187; en leader politique inaugure une nouvelle forme du politique dans l'Europe latine, une &#171; n&#233;o-politique &#187; dont il est le nouveau &#171; prince &#187;, au sens machiav&#233;lien du terme. Le dirigeant de la grande entreprise de la communication acc&#233;dant au pouvoir r&#233;pond &#224; la crise de la repr&#233;sentation politique classique. L'image de Berlusconi ne peut laisser indiff&#233;rent. Il s'emploie m&#234;me &#224; susciter les clivages autour de sa personne, par exemple en transformant toutes les &#233;lections en r&#233;f&#233;rendums structur&#233;s &#171; pour ou contre &#187; lui. Si Berlusconi suscite tant de r&#233;actions d'adh&#233;sion ou de rejet, c'est parce qu'il inscrit toute son activit&#233; publique dans l'espace de l'image, de la croyance et de la passion, plus que dans le champ rationnel et traditionnel de la repr&#233;sentation politique. D'ailleurs, il peut dire une chose et son contraire, comme le lui reprochent ses adversaires et nombre de commentateurs. L'important est d'&#234;tre l'ordonnateur du d&#233;bat public. Il promeut une politique &#171; expressive &#187;, faite d'&#233;motions et de passions, comme dans une fiction t&#233;l&#233;visuelle ou une telenovela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le myst&#232;re Berlusconi est d'autant plus fort que le personnage a deux faces : le chef d'entreprise et l'homme politique, le leader m&#233;diatique surexpos&#233; et l'homme d'affaires obscur. Le Cavaliere poss&#232;de une grande capacit&#233; &#224; passer d'une figure &#224; l'autre. Il d&#233;finit lui-m&#234;me son savoir-faire comme une combinaison de r&#234;ve et de pragmatisme, une comp&#233;tence commune au vendeur, au programmateur de t&#233;l&#233;vision, au manager et &#224; l'homme politique : &#171; P&lt;i&gt;ersonne plus que moi n'est un r&#234;veur,&lt;/i&gt; dit-il. &lt;i&gt;Personne plus que moi ne poursuit l'utopie. La diff&#233;rence est sans doute que moi je suis un r&#234;veur pragmatique. Cela veut dire que les autres font des r&#234;ves qui demeurent des r&#234;ves, tandis que moi je cherche &#224; transformer mes r&#234;ves en r&#233;alit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; C'est ce savoir-faire de &#171; r&#234;veur pragmatique &#187;, m&#234;lant fiction d&#233;brid&#233;e et action efficace, utopie et initiative, que Berlusconi applique dans les affaires et en politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la t&#233;l&#233;vision a jou&#233; un r&#244;le dans le succ&#232;s politique de Berlusconi, c'est moins comme un instrument de manipulation, que comme mod&#232;le de machine &#224; &#171; fictionner une soci&#233;t&#233; &#187;. La &#171; n&#233;o-t&#233;l&#233;vision &#187; de Berlusconi joue donc un r&#244;le majeur, mais indirect, dans son dispositif de conqu&#234;te du pouvoir. La programmation des cha&#238;nes de Berlusconi est compos&#233;e &#224; 80 % de fictions et de vari&#233;t&#233;s. C'est une t&#233;l&#233;vision de la catharsis qui divertit, fait s'&#233;vader et r&#234;ver, rire et pleurer : une t&#233;l&#233;vision relationnelle et &#233;motionnelle, avec publicit&#233; pr&#233;-ins&#233;r&#233;e pour financer cette industrie du r&#234;ve. Il fallut pour &#171; cr&#233;er &#187; Berlusconi, ce type d'exp&#233;rience t&#233;l&#233;visuelle qui fit r&#234;ver les Italiens durant &#171; les ann&#233;es de plomb &#187;, dans les conditions tr&#232;s sp&#233;cifiques de l'a-r&#233;glementation audiovisuelle des ann&#233;es 75-90. Ce laboratoire t&#233;l&#233;visuel est original, car il pr&#233;sente trois conditions que seule l'Italie a connues durant cette p&#233;riode : l'absence de r&#233;glementation n&#233;cessitant une n&#233;gociation permanente entre l'entreprise de m&#233;dias et le pouvoir politique, une opposition frontale entre t&#233;l&#233;visions publique et commerciale entra&#238;nant une contre-programmation syst&#233;matique entre elles, et la fabrication quotidienne de fictions et de divertissements, sans acc&#232;s au direct r&#233;serv&#233; &#224; la &lt;i&gt;RAI&lt;/i&gt; jusqu'en 1990, donc sans &#171; journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s &#187;. Dans ce laboratoire, Berlusconi a exp&#233;riment&#233;, avec ses &#233;quipes, une aptitude particuli&#232;re de &#171; programmateur &#187; de la n&#233;o-t&#233;l&#233;vision commerciale qu'il a pu, par la suite, exporter et imposer dans un champ politique en ruine. Une connaissance quasi ethnologique de la soci&#233;t&#233; italienne r&#233;sulte du travail tr&#232;s sophistiqu&#233; des fabricants de la programmation t&#233;l&#233;visuelle qui suppose une &#233;tude fine et dynamique des d&#233;sirs et attentes des t&#233;l&#233;spectateurs et une forte intuition, voire une capacit&#233; cr&#233;atrice, pour assembler ces programmes dans une grille attractive. Berlusconi et ses collaborateurs ma&#238;trisent parfaitement cet art de la programmation t&#233;l&#233;visuelle qui permet de transformer les r&#233;sultats d'une &#233;tude marketing des attentes des consommateurs en une mise en sc&#232;ne t&#233;l&#233;visuelle cens&#233;e les satisfaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette ma&#238;trise acquise dans la fabrication et la circulation de biens et services immat&#233;riels, de r&#234;ves et d'images, donne &#224; Berlusconi les clefs de ses succ&#232;s &#233;conomiques et politiques. Ainsi sa carri&#232;re d'entrepreneur passe-t-elle de la vente de &#171; r&#234;ves &#187; dans la promotion immobili&#232;re et la finance dans les ann&#233;es 60-70 &#224; la t&#233;l&#233;vision, pour parvenir &#224; la politique au d&#233;but des ann&#233;es 90. L'invariant dans ses d&#233;placements d'activit&#233;s, c'est sa capacit&#233; &#224; faire r&#234;ver le consommateur. Il circule du local au national, voire &#224; l'international, de la sph&#232;re des images &#224; la sph&#232;re marchande, et du consommateur-t&#233;l&#233;spectateur &#224; l'&#233;lecteur. Il vend un r&#234;ve (ses d&#233;tracteurs disent qu'il vend du vent) dont il est le producteur et un des messagers, lui et ses proches. Il n'exerce donc pas une s&#233;duction directe par simple identification &#224; sa personne, mais il sait produire des clones, des m&#233;diateurs &#224; son image, des copies fid&#232;les. Ainsi, le footballeur du Milan AC, le commercial de Publitalia, l'&#233;lu de Forza Italia ou l'animateur de t&#233;l&#233;vision, tous deviennent des repr&#233;sentants &#171; berlusclon&#233;s &#187;, mettant en valeur leur r&#233;f&#233;rent. Ce qui est constant dans sa strat&#233;gie de vendeur accompli, c'est le traitement du citoyen comme un consommateur auquel il offre une panoplie de services dont il a promu au pr&#233;alable l'image. Il est un repr&#233;sentant, au sens commercial du terme et au sens symbolique, c'est-&#224;-dire un messager des r&#234;ves qu'il promeut. Ce ne sont ni la propri&#233;t&#233; de la t&#233;l&#233;vision, ni le charisme qui, &#224; eux seuls, expliquent sa victoire politique en 1994, puis sa r&#233;p&#233;tition sous une autre forme en 2001, mais bien sa &#171; praxis manag&#233;riale de l'imaginaire &#187;, qui porte rem&#232;de &#224; la crise de la repr&#233;sentation politique traditionnelle.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Ma&#238;tre du &quot;management du d&#233;sir&quot;, il sait offrir aux consommateurs les produits et services qu'ils attendent. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la chute du mur de Berlin, au d&#233;but des ann&#233;es 90, et avec l'op&#233;ration &#171; mani pulite &#187; des juges italiens, se produisit en Italie un vide politique entra&#238;nant la disparition de plusieurs partis politiques, notamment des deux forces qui gouvernaient ensemble au &#171; centre &#187;, depuis les ann&#233;es 60, la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et le Parti socialiste. De ce fait, les deux grandes forces culturelles, id&#233;ologiques et politiques du pays, &#224; savoir les courants d&#233;mo-chr&#233;tien et communiste dont les positions oppos&#233;es se confortaient r&#233;ciproquement depuis l'apr&#232;s-guerre, &#233;clatent. Berlusconi vient occuper ce vide cr&#233;&#233; au &#171; centre &#187; de l'&#233;chiquier politique, notamment en r&#233;cup&#233;rant l'espace lib&#233;r&#233; par l'explosion de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et la disparition du Parti socialiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on veut bien consid&#233;rer que le politique est d'abord une affaire de symbolique, on peut dire que Berlusconi &#171; remplit le vide politique &#187;, gr&#226;ce &#224; une id&#233;ologie construite dans son entreprise, combinant le discours du management et les techniques de la t&#233;l&#233;vision commerciale. Dans le contexte tr&#232;s particulier de crise dramatique que conna&#238;t l'Italie dans les ann&#233;es 1992-94, Berlusconi construit le &#171; r&#234;ve &#187; d'une Italie-entreprise moderne, europ&#233;enne, efficace, d'une Italie du plein emploi, qui &#171; gagne &#187;, comparable &#224; son propre groupe, la Fininvest. Ma&#238;tre du &#171; management du d&#233;sir &#187;, il sait offrir aux consommateurs les produits et services qu'ils attendent. En 1993, il fallait un nouveau parti politique pour remplir l'espace laiss&#233; vacant par les forces traditionnelles. Il le cr&#233;e en quelques mois et le nomme &#171; Forza Italia &#187;, slogan que tous les supporters de l'&#233;quipe nationale de football crient sur les stades ou devant leur t&#233;l&#233;viseur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Cavaliere purge ainsi la politique et la &#171; remplit &#187; d'un nouveau contenu, la symbolique manag&#233;riale, t&#233;l&#233;visuelle et sportive. Il importe, dans le champ politique, les techniques de programmation et de contre-programmation t&#233;l&#233;visuelles utilis&#233;es pendant dix ans dans son combat frontal contre la &lt;i&gt;RAI&lt;/i&gt;. Son ennemi constant demeure le secteur public et l'Etat, l'imp&#244;t, la bureaucratie et la partitocratie. D&#232;s lors, Berlusconi peut achever un processus de conqu&#234;te du pouvoir t&#233;l&#233;visuel et la victoire d&#233;finitive sur son adversaire public. Dans ce sch&#233;ma, le politique est instrumentalis&#233; par l'entrepreneur de t&#233;l&#233;vision, et non l'inverse. C'est moins la t&#233;l&#233;vision qui permet de conqu&#233;rir le pouvoir politique, que le politique qui devient de &#171; l'audiovisuel continu&#233; par d'autres moyens &#187;. Berlusconi a poursuivi dans le champ politique, le travail de l'industrie du divertissement et de l'imaginaire, en injectant les techniques de mises en sc&#232;ne de la n&#233;o-t&#233;l&#233;vision g&#233;n&#233;raliste qui permettent de transformer la vie quotidienne familiale en une fable consum&#233;riste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec sa &#171; travers&#233;e de l'&#233;cran &#187;, le miracle semble s'accomplir : le pr&#233;sident du Milan AC peut dialoguer en direct &#224; la t&#233;l&#233;vision et cr&#233;er l'illusion de la d&#233;mocratie directe. La repr&#233;sentation politique en crise est r&#233;investie par la fiction t&#233;l&#233;visuelle. B&#233;n&#233;ficiant de &#171; l'aura &#187; de l'&#339;uvre t&#233;l&#233;visuelle, Berlusconi investit le vide symbolique de la politique par la s&#233;duction publicitaire, devenue utopie pl&#233;biscitaire.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Tout se passe comme s'il &#233;tait capable d'occuper toutes les fonctions, prouvant qu'il est omniscient, flexible, disponible et adaptable. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avec la Fininvest, Berlusconi a construit un groupe de services int&#233;gr&#233;, dont la logique est d'exploiter ce recyclage merveilleux auquel contribue la t&#233;l&#233;vision, entre divers secteurs d'activit&#233;. Pour cela, il vend des services et des produits immat&#233;riels (finances, assurances, t&#233;l&#233;vision, &#233;dition), notamment &#224; une cible privil&#233;gi&#233;e, la casalinga, la femme au foyer, prescriptrice dans la consommation. Berlusconi suit le consommateur depuis l'amont de son d&#233;sir d'achat (r&#234;ve, information et financement) jusqu'&#224; l'acte final de consommation. Avec les m&#233;dias et les soci&#233;t&#233;s de cr&#233;dit, il positionne son groupe &#171; en amont &#187; du processus de consommation, au moment du r&#234;ve, de la conception, de l'information et de la recherche du financement pour r&#233;aliser l'achat. Pour le chef de l'entreprise de communication post-fordiste, rien de plus facile que de passer du t&#233;l&#233;spectateur-consommateur au citoyen-&#233;lecteur : il s'agit, &#224; la limite, de lui pr&#233;senter une offre int&#233;gr&#233;e de produits et services. Le raisonnement est simple : tant qu'&#224; satisfaire le consommateur, pourquoi ne pas lui faire aussi une offre politique, en tant qu'il est un &#233;lecteur ? Pourquoi ne pas lui vendre un parti politique ? D&#232;s lors, le parti Forza Italia n'est plus que le dernier &#233;l&#233;ment de l'offre &#171; packag&#233;e &#187; du groupe Fininvest. Berlusconi &#233;tend ainsi sa &#171; gamme de produits &#187; &#224; l'espace public et vampirise la sph&#232;re du politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par son entr&#233;e en politique, Berlusconi n'a fait que pousser &#224; son terme cette logique commerciale en traitant le citoyen-&#233;lecteur comme un t&#233;l&#233;spectateur-consommateur, c'est-&#224;-dire en g&#233;rant son passage du caddy &#224; l'isoloir, via le petit &#233;cran. Ne distinguant plus les espaces priv&#233; et public, il traite le politique comme s'il fonctionnait au t&#233;l&#233;visuel. Confusion g&#233;n&#233;rale qui autorise Berlusconi &#224; effectuer un ultime &#171; passage &#187; de l'espace m&#233;diatico-publicitaire &#224; l'espace politique pl&#233;biscitaire, par le traitement du t&#233;l&#233;spectateur-consommateur comme t&#233;l&#233;spectateur-&#233;lecteur. Le produit &#224; vendre &#224; ce t&#233;l&#233;spectateur-&#233;lecteur est le &#171; r&#234;ve italien &#187; dont Berlusconi et Forza Italia sont les m&#233;diateurs ou les messagers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour mettre en &#339;uvre cette strat&#233;gie, il r&#233;alise gr&#226;ce &#224; son parti Forza Italia, cr&#233;&#233; en quelques mois &#224; partir de la r&#233;gie publicitaire de son groupe, l'identification de l'entreprise et du parti. Avec ce coup d'Etat symbolique, le Cavaliere illustre la nouvelle forme d'entrepreneur contemporain, le &#171; n&#233;o-manager &#187; de la grande entreprise de communication post-fordiste, manipulateur de signes, gestionnaire de flux et d'images, devenant &#171; visionnaire &#187; des int&#233;r&#234;ts nationaux, jusqu'&#224; conqu&#233;rir la sph&#232;re politique elle-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En opposant aux cultures communiste et catholique de l'abn&#233;gation, du devoir et de l'interdit, une culture h&#233;doniste utilitariste, celle de sa n&#233;o-t&#233;l&#233;vision du divertissement populaire, Berlusconi a, en quelque sorte, &#171; r&#233;enchant&#233; &#187; le politique. Il op&#232;re ainsi une r&#233;volution lib&#233;rale compl&#232;te, pas seulement sur le seul terrain &#233;conomico-social, mais d'abord sur le mode symbolique, gr&#226;ce &#224; une conception renouvel&#233;e, anti-&#233;tatique et promanag&#233;riale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut dire de Berlusconi qu'il vise une &#171; n&#233;o-politique &#187; entendue comme une politique expressive, &#171; soft &#187;, bas&#233;e sur la relation directe et affective avec l'&#233;lecteur-consommateur, par diff&#233;rence &#224; la &#171; pal&#233;o-politique &#187; construite sur le message des partis et des &#233;lus. Berlusconi est alors dans la position de l'animateur dans le talk-show, celle d'un m&#233;diateur confident, complice et ordonnateur de l'&#233;change. Il applique ainsi l'art de la th&#233;&#226;tralisation t&#233;l&#233;visuelle dans le politique. Dans cette translation, tout se passe comme si le comanager visionnaire et gestionnaire &#233;tait capable d'occuper toutes les fonctions, prouvant qu'il est omniscient, flexible, disponible et adaptable. Comme chez l'animateur de la n&#233;o-t&#233;l&#233;vision, ses blagues, sa d&#233;contraction, et surtout son &#233;ternel sourire, garantissent la permanence de son personnage. La &#171; contre-r&#233;volution lib&#233;rale &#187; a trouv&#233; en Berlusconi une figure originale, combinant la tradition catholique romaine, le n&#233;o-management et la n&#233;o-t&#233;l&#233;vision commerciale, pour refonder la l&#233;gitimit&#233; du politique. Le chef d'entreprise tend &#224; substituer la &#171; d&#233;mocratie comp&#233;titive &#187; de l'Entreprise Italie &#224; la d&#233;mocratie repr&#233;sentative de l'Etat-nation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Berlusconi est &#224; la fois le nouveau prince de l'entreprise de la communication et pr&#233;tend &#234;tre le nouveau pape du politique qui assurerait le passage entre l'Italie r&#234;v&#233;e et l'Italie v&#233;cue. Lors d'une &#233;mission au &#171; Maurizio Costanzo Show &#187; sur sa cha&#238;ne &lt;i&gt;Canale 5&lt;/i&gt;, le 8 f&#233;vrier 2001, Berlusconi tendit son bras &#224; l'animateur-vedette populaire et lui demanda de sentir son &#171; odeur de saintet&#233; &#187; ! Ce dream management catholique et cathodique lui a permis de colmater les br&#232;ches de la crise politique italienne, en r&#233;injectant une forme de symbolique dans le politique. L'investissement symbolique du Cavaliere pour purger le politique a &#233;t&#233; facilit&#233; dans le cas italien par le fait que les condottieri portent la couronne symbolique, au m&#234;me titre que la royaut&#233; en Grande-Bretagne. En combinant le r&#234;ve am&#233;ricain des stars de l'audiovisuel et la magie italienne qui entoure les condottieri, Berlusconi fusionne les deux registres symboliques les plus puissants et les met en sc&#232;ne en sa personne. Dit autrement, il a agr&#233;g&#233; les figures les plus populaires : le pr&#233;sident du Milan AC, le condottiere riche et puissant, la star de la t&#233;l&#233;vision et l'Eglise avec sa r&#233;f&#233;rence permanente &#224; la figure papale. En h&#233;ritier de Fran&#231;ois Sforza qui passa de la situation priv&#233;e &#224; celle de duc de Milan, Berlusconi a import&#233; dans le politique la forme moderne de la soci&#233;t&#233; civile, &#171; l'entreprise-spectacle &#187;. Ainsi est-il devenu le nouveau prince.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Pierre Musso est professeur de sciences de l'information et de la communication &#224; l'universit&#233; Rennes II.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Edith Cresson ou l'autopsie d'un naufrage</title>
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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Edith Cresson restera la victime politique d'un m&#233;morable accident m&#233;diatique. Nomm&#233;e Premier ministre en mai 1991, premi&#232;re femme en France &#224; atteindre ce niveau de responsabilit&#233;, elle accumulera les b&#233;vues et les erreurs de communication pour perdre tout cr&#233;dit en moins d'un an.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois, Guy Schwartz, qui fut son conseiller en communication &#224; Matignon apr&#232;s avoir &#233;t&#233; journaliste, revient sur les rapports entretenus avec les m&#233;dias, sur les effets des petites phrases et sur les cons&#233;quences des man&#339;uvres politiques de certains &#171; amis &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guy Schwartz, cet &#233;pisode de l'histoire m&#233;diatico-politique a aujourd'hui pr&#232;s de 15 ans. Quel &#233;tait le contexte de l'&#233;poque pour Edith Cresson ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'&#233;poque, Edith Cresson avait d&#233;missionn&#233; du gouvernement de Michel Rocard. Elle n'avait gard&#233; que la mairie de Ch&#226;tellerault et s'&#233;tait plut&#244;t reconvertie dans les affaires. Avec le soutien de Didier Pinault-Valenciennes, P.-D.G. de Schneider Industries, elle avait cr&#233;&#233; un petit cabinet de lobbying, le Siri. C'est &#224; ce moment que j'ai fait sa connaissance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'&#233;tiez pas militant du Parti socialiste, comment &#234;tes-vous entr&#233; en relation, et pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la m&#234;me p&#233;riode, je travaillais pour Alpha Media, une petite bo&#238;te de production TV. J'avais connu Abel Farnoux dans les ann&#233;es 70, pr&#233;sident d'une filiale de Thomson, et l'avais retrouv&#233; alors qu'il &#233;tait au cabinet d'Edith Cresson lorsqu'elle fut nomm&#233;e ministre charg&#233; des Affaires europ&#233;ennes. Il avait suivi Edith Cresson au Siri et un jour, il m'a contact&#233; pour que je r&#233;alise des s&#233;ances de m&#233;dia training. J'&#233;tais assez connu pour avoir anim&#233; celles de Bernard Tapie et Francis Bouygues &#224; l'&#233;poque des auditions pour la privatisation de la premi&#232;re cha&#238;ne de TV. J'ai cru qu'elle souhaitait pr&#233;parer son arriv&#233;e &#224; la t&#234;te d'une filiale de Schneider ou d'un groupe public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Assez vite, cependant, les m&#233;dias se faisaient l'&#233;cho d'un prochain d&#233;barquement de Michel Rocard et Edith Cresson &#233;tait dans la courte liste des premiers ministrables ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, mais elle semblait s'&#234;tre retir&#233;e de la vie politique nationale. J'avais d'ailleurs demand&#233; si elle souhaitait un angle &#233;conomique ou politique et sa r&#233;ponse fut de prendre en compte les deux. Bien qu'elle soit &#224; la fois &#233;lue de proximit&#233; et en charge d'une petite structure, je me souviens qu'elle ne r&#233;pondait jamais sur le plan de l'entreprise ou de la collectivit&#233; locale : elle partait toujours sur des consid&#233;rations nationales. Ce qui, du point de vue de sa position de l'&#233;poque, me surprenait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Finalement, elle est nomm&#233;e !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Et comme deux jours auparavant, elle m'avait demand&#233; mon num&#233;ro personnel, elle me fit appeler &#224; ses c&#244;t&#233;s l'apr&#232;s-midi m&#234;me de sa nomination. Je la retrouvai donc au si&#232;ge du Siri en compagnie d'Abel Farnoux, de G&#233;rard Moine, le directeur de cabinet de Paul Quil&#232;s qu'elle pressentait pour occuper la m&#234;me fonction aupr&#232;s d'elle &#224; Matignon, d'Alain Pichon, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la Cour des comptes et ancien membre de son cabinet lorsqu'elle avait &#233;t&#233; ministre de l'Agriculture, enfin Jean-Claude Hirel, le P.-D.G. de CDF-Chimie, qui visait la succession de Francis Lorentz &#224; la t&#234;te de Bull, mais n'avait pas l'intention de faire partie du cabinet. Bref, alors que je connaissais &#224; peine Edith Cresson, je me suis retrouv&#233; faire partie de son premier cercle. A mon grand &#233;tonnement, je constatai, alors que les autres &#233;l&#233;phants du PS disposaient chacun d'un cabinet de l'ombre qui ne demandait qu'&#224; se mettre en place, qu'elle n'avait, en revanche, quasiment pas constitu&#233; d'&#233;quipe. Ce fut l&#224; le premier signe de son impr&#233;paration &#224; ses nouvelles fonctions. Et l'une des raisons essentielles de son &#233;chec futur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela dit, les premiers jours d'Edith Cresson &#224; Matignon s'effectuent sous le regard plut&#244;t sympathique des m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;tat de gr&#226;ce fut r&#233;el, mais il a dur&#233; tr&#232;s peu de temps, ... Dans les premiers jours, Edith Cresson b&#233;n&#233;ficie d'un coefficient de sympathie certain, y compris de la part des m&#233;dias. La premi&#232;re femme &#224; ce poste, ce n'&#233;tait pas rien ! Pourtant, tr&#232;s vite, la situation d&#233;g&#233;n&#232;re. Et la raison tient &#224; cette impr&#233;paration tant sur le projet que sur l'&#233;quipe. Dans les premiers jours, l'&#233;quipe de travail &#233;tait r&#233;duite &#224; cinq personnes : ceux que j'ai cit&#233;s, plus Yvan Barbot et Jean-Philippe Atg&#233;, qui devait s'occuper des relations presse. Bien s&#251;r, progressivement, l'&#233;quipe finit par se mettre en place, mais ce fut long. Un exemple, alors que Cresson s'est positionn&#233;e comme l'anti-Rocard, elle a d&#251; conserver Alain Prestat, directeur adjoint de cabinet &#224; Matignon au m&#234;me poste : c'&#233;tait le seul &#224; conna&#238;tre les rouages.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel &#233;tait l'&#233;tat d'esprit d'Edith Cresson vis-&#224;-vis de la communication politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle voulait faire r&#233;solument l'inverse de Rocard. Selon son analyse, il avait &#233;t&#233; trop brouillon, trop silencieux, trop peu explicite sur ses choix et ses objectifs. Edith Cresson entendait jouer sur un autre registre en venant au contact des Fran&#231;ais et en ayant un style beaucoup plus direct. D&#232;s le premier jour, elle me demande d'organiser une intervention t&#233;l&#233;vis&#233;e. Pour lui permettre d'avoir le temps de s'expliquer, j'ai privil&#233;gi&#233; le 13 heures, sur &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt;, d'autant que je connaissais et appr&#233;ciais Philippe Lefait, qui en assurait alors la pr&#233;sentation. Par ailleurs, j'avais plus envie de faire plaisir &#224; &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt; qu'&#224; &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt;. On arrange le coup facilement, et l'intervention d'Edith Cresson se passe sans probl&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_841 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/04-2.jpg&quot; title='photo : Rodolphe Pailliez' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L219xH324/04-2-72c58-fa0af.jpg' width='219' height='324' alt='photo : Rodolphe Pailliez' style='height:324px;width:219px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-841 spip_doc_titre' style='width:219px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Rodolphe Pailliez&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Certains ministres ne d&#233;siraient pas autre chose que lui savonner la planche... &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A quel moment situez-vous le couac ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re grosse faute de communication vient directement de l'&#233;tat d'improvisation qui r&#233;gnait &#224; l'&#233;poque. Objectivement, nous vivions dans un &#171; bordel &#187; v&#233;ritable ! Le meilleur exemple concerne la pr&#233;paration de son discours de politique g&#233;n&#233;rale. Elle avait choisi de le prononcer rapidement et c'est, dans notre tradition politique, un moment essentiel. Habituellement, Matignon fixe les objectifs et d&#233;termine quelques lignes d'action pr&#233;cises. Or, n'ayant ni programme, ni sp&#233;cialistes dans son cabinet, elle a fait demander &#224; chaque ministre de pr&#233;parer un texte sur ses propres objectifs. Il me revenait ensuite de donner une coh&#233;rence &#224; l'ensemble pour b&#226;tir son texte. Elle renversait ainsi l'ordre des choses et n'&#233;tablissait plus aucune priorit&#233;. Par ailleurs, vous imaginez bien l'amusement de certains ministres qui ne d&#233;siraient pas autre chose que lui savonner la planche...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En faisant la synth&#232;se des diff&#233;rents textes, j'arrivais &#224; un catalogue de mesures d'o&#249; aucun souffle ne se d&#233;gageait. Je lui ai bien propos&#233; de r&#233;duire son intervention &#224; 10 minutes et de donner un deuxi&#232;me rendez-vous aux d&#233;put&#233;s, mais elle a refus&#233;, estimant que le respect d&#251; aux parlementaires n&#233;cessitait de lire un discours de deux heures. N'ayant pas de l&#233;gitimit&#233; politique, j'ai eu le tort alors de ne pas me faire plus insistant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment ce discours sera-t-il ressenti ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;videmment tr&#232;s mal. Les parlementaires, l'ensemble des commentateurs politiques ont &#233;t&#233; d&#233;&#231;us. La presse titre le lendemain sur le &#171; discours catalogue &#187; sans vision politique. Et c'est cent pour cent exact. Cette faute de communication, n&#233;e d'un manque d'organisation, va marquer le d&#233;but de la fin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il &#233;tait tout de m&#234;me encore temps de redresser la barre...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En th&#233;orie oui, mais l'inorganisation chronique du cabinet s'est poursuivie et, par ailleurs, nous subissions la pression des &#233;l&#233;phants du PS qui se sont r&#233;pandus dans les m&#233;dias, et en particulier aupr&#232;s des journaux de gauche, pour mettre en avant &#171; l'incomp&#233;tence &#187; de Cresson. A leurs yeux, elle &#233;tait parfaitement ill&#233;gitime &#224; ce poste et ne devait sa nomination qu'au fait du Prince. Par ailleurs, elle ne disposait d'aucun relais au sein du parti, pour contrebalancer la critique interne. Au point que, quelque temps plus tard, je lui ai propos&#233; d'intervenir - et elle a accept&#233; ma proposition - pour recevoir l'appui de trois personnalit&#233;s de gauche qui, si elles n'avaient pas de troupes, repr&#233;sentaient des courants importants dans la soci&#233;t&#233; dite civile : Brice Lalonde et, surtout, Bernard Kouchner et Bernard Tapie qui &#233;taient de vieux amis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#224; nouveau mentionn&#233; l'inorganisation de l'&#233;quipe. En quoi cela a-t-il pu jouer sur l'image d'Edith Cresson ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela avait des effets directs sur sa cr&#233;dibilit&#233;. En particulier aupr&#232;s des d&#233;cideurs et des relais d'opinion. Pour rendre encore moins lisibles les d&#233;cisions et l'organisation, l'&#233;quipe du cabinet &#233;tait doubl&#233;e d'une seconde &#233;quipe men&#233;e directement par Farnoux. Un exemple parmi d'autres : chacun savait qu'Edith Cresson voulait la t&#234;te de Lorentz chez Bull. A l'&#233;poque, le projet &#233;tait de recapitaliser l'entreprise gr&#226;ce &#224; l'entr&#233;e dans le capital d'entreprises &#233;trang&#232;res. NEC avait fait des propositions qui avaient l'aval de Lorentz, mais Edith Cresson ne voulait pas d'un industriel japonais et ne voulait surtout pas conforter le patron de Bull. Cela a dur&#233; un moment. Or, un matin, je rencontre le conseiller pour les affaires industrielles, Philippe Girardot, livide et furieux. Il m'annonce qu'il va d&#233;missionner. Je reviens d'un rendez-vous avec Lorentz, m'explique-t-il en substance, pour lui redire le refus du Premier ministre d'envisager l'entr&#233;e de NEC et celui-ci lui r&#233;torque qu'il vient de recevoir un appel t&#233;l&#233;phonique lui indiquant qu'un membre du cabinet, mais de l'&#233;quipe Farnoux, venait de n&#233;gocier &#224; Tokyo l'entr&#233;e de NEC ! Vous imaginez que Lorentz ne s'est pas priv&#233; de se moquer des incoh&#233;rences de l'&#233;quipe. Cette histoire a fait le tour de Paris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;De toute fa&#231;on, Abel Farnoux n'a jamais eu bonne presse. En regardant les archives, on retrouve par exemple la publication d'un portrait au vitriol sign&#233; Annie Kahn dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce portrait m&#233;rite en effet d'&#234;tre soulign&#233; car il montre bien qu'Edith Cresson et son &#233;quipe ne b&#233;n&#233;ficiaient pas d'une image tr&#232;s positive. Annie Kahn, que je connaissais bien et qui suivait depuis longtemps le secteur de l'&#233;lectronique, &#233;tait id&#233;alement plac&#233;e pour faire ce papier. Apr&#232;s la nomination de Farnoux au cabinet, il &#233;tait logique que le journal publie un portrait. Celui-ci &#233;tait extr&#234;mement dur. Annie s'en &#233;tait imm&#233;diatement expliqu&#233;e aupr&#232;s d'Abel Farnoux en lui disant que son texte initial avait &#233;t&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;ment modifi&#233; par la r&#233;daction en chef du journal sans qu'elle en ait &#233;t&#233; pr&#233;venue. Elle &#233;tait furieuse. Cresson aussi. Elle m'a demand&#233; de convoquer Lessourne qui pr&#233;sidait &#224; l'&#233;poque le journal pour lui passer un savon. Je lui ai expliqu&#233; que cela serait contre-productif et lui ai propos&#233; plut&#244;t de l'inviter au pr&#233;texte de faire un vaste tour d'horizon mais, en r&#233;alit&#233;, pour essayer d'am&#233;liorer les relations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rencontre a-t-elle eu lieu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui et Lessourne s'est montr&#233; fort courtois. Sachant bien s&#251;r pourquoi nous l'avions invit&#233;, c'est lui qui a abord&#233; la question en mettant l'erreur commise sur le compte des coupes n&#233;cessit&#233;es par des probl&#232;mes de place et en regrettant qu'elles aient &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;es mal &#224; propos. Mais dans les faits, rien n'a chang&#233;. Le Monde est demeur&#233; parmi les journaux qui sont rest&#233;s jusqu'au bout extr&#234;mement n&#233;gatifs envers Edith Cresson et son &#233;quipe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y aura d'autres erreurs de communication, en particulier les fameuses petites phrases ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, mais la plupart de ces erreurs auraient pu &#234;tre &#233;vit&#233;es si l'organisation interne du cabinet avait mieux fonctionn&#233;. Ces maladresses, li&#233;es aussi &#224; une certaine spontan&#233;it&#233; du Premier ministre auraient pu devenir un atout, en tout cas auraient eu beaucoup moins d'impact, voire &#234;tre oubli&#233;es, si l'on avait senti de la part d'Edith Cresson une r&#233;elle ligne politique. Revenons sur ces fameuses petites phrases, en particulier celles sur l'homosexualit&#233; des Anglais. Elles avaient &#233;t&#233; dites devant un journaliste qui les avait publi&#233;es dans un livre non traduit. C'est apr&#232;s sa nomination que le texte est ressorti. Mais surtout, c'est un reportage produit par Pierre Salinger pour une cha&#238;ne am&#233;ricaine qui va mettre le feu aux poudres. J'avais accept&#233; cette id&#233;e d'entretien car l'&#233;mission me semblait de qualit&#233; et il &#233;tait int&#233;ressant de conforter l'image internationale d'Edith Cresson. Jean-Philippe Atg&#233; devait y assister et s'assurer qu'il n'y aurait pas de probl&#232;me dans le contenu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Premi&#232;re erreur : Jean-Philippe Atg&#233; n'assiste pas &#224; l'&#233;mission. Deuxi&#232;me erreur : interrog&#233;e sur ses propos tenus dans le livre concernant l'homosexualit&#233; suppos&#233;e des Anglais, Edith tend &#224; en rajouter. Troisi&#232;me erreur : elle ne r&#233;agit pas lorsque la journaliste mentionne qu'elle aurait &#233;t&#233; la ma&#238;tresse de Mitterrand. Derni&#232;re erreur, la plus lourde de cons&#233;quences : ni Atg&#233;, ni personne ne visionnera l'&#233;mission avant son passage &#224; l'antenne.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Troisi&#232;me erreur : elle ne r&#233;agit pas lorsque la journaliste mentionne qu'elle aurait &#233;t&#233; la ma&#238;tresse de Mitterrand. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;mission n'&#233;tait pr&#233;vue que pour une diffusion aux &#201;tats-Unis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, mais Salinger, en bon journaliste et sp&#233;cialiste de la communication, avait compris qu'il disposait l&#224; d'une interview qui pouvait &#234;tre reprise en France. Il s'&#233;tait donc adress&#233; &#224; l'&lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt; pour en donner les extraits les plus significatifs. Le retentissement fut &#233;norme en France... et cela n'a pas aid&#233; &#224; cr&#233;dibiliser le message du Premier ministre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'avez-vous pas essay&#233; de retisser des liens, de l'aider &#224; remonter la pente ? Apr&#232;s tout, vous aviez d'excellents r&#233;seaux dans les m&#233;dias, en particulier la presse de gauche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paradoxalement, nous avions plus de probl&#232;mes avec la presse de gauche qu'avec des titres comme &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;. Il faut dire que tous les &#233;l&#233;phants du PS avaient des relations privil&#233;gi&#233;es avec les principaux journalistes politiques de la presse de gauche. D'autant plus que ceux de &lt;i&gt;L'Observateur&lt;/i&gt; &#233;taient globalement rocardiens et intentaient un proc&#232;s en l&#233;gitimit&#233; &#224; Edith Cresson. Ils &#233;taient aid&#233;s en cela par l'attitude et les fautes de communication de Matignon. C'est vrai que j'ai cherch&#233; &#224; reconstruire un lien avec des titres comme &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. J'ai d'abord appel&#233; Serge July que je connais depuis nos 20 ans. &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; n'&#233;tait pas le journal le plus en pointe dans le discours anti-Cresson mais je pensais qu'il &#233;tait important de cr&#233;er une relation directe avec July qui exer&#231;ait une influence certaine sur la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Sans probl&#232;me, il a accept&#233; de venir d&#233;jeuner avec Edith Cresson, Abel Farnoux et moi. La discussion a dur&#233; une heure et demie mais, la plupart du temps, c'&#233;tait Abel qui r&#233;pondait, expliquait les objectifs ou analysait la situation. Sur le moment, July n'a fait aucun commentaire, mais &#224; son retour &#224; la r&#233;daction, il s'est dit effar&#233; par ce d&#233;jeuner. Pour lui, Farnoux s'&#233;tait comport&#233; comme le v&#233;ritable Premier ministre ! Bien s&#251;r, cette histoire a &#233;galement fait le tour des r&#233;dactions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bref, une entrevue qui n'a pas tourn&#233; &#224; votre avantage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est le moins que l'on puisse dire. J'ai voulu ensuite une rencontre entre Edith Cresson et l'&#233;quipe du &lt;i&gt;Nouvel Obs&lt;/i&gt;. Laurent Joffrin et Robert Schneider que je connaissais tr&#232;s bien ont fait la passerelle et elle les a re&#231;us en compagnie de Jacques Julliard, qui, tr&#232;s rocardien, lui &#233;tait hostile, et deux autres journalistes politiques. Cette fois-ci, il y a eu un v&#233;ritable d&#233;bat avec les journalistes et Farnoux s'est montr&#233; discret.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces rencontres &#233;taient &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, c'&#233;tait la r&#232;gle. Il s'agissait de cr&#233;er une autre relation et de travailler l'image de Cresson. A propos de &lt;i&gt;off&lt;/i&gt;, et pour vous montrer &#224; quel point il &#233;tait difficile de remonter la pente, je vous donne un autre exemple. J'avais d&#233;cid&#233; d'organiser &#224; Matignon un rendez-vous hebdomadaire totalement informel et cent pour cent &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; avec Edith Cresson. J'avais particip&#233; &#224; ce type de rencontres comme journaliste et je voyais l&#224; une bonne mani&#232;re de faire passer des messages et de sortir de la logique des petites phrases. J'appelais cela &#171; les r&#233;unions sans guillemets &#187;. Eh bien, la r&#233;action des journalistes fut tr&#232;s n&#233;gative : ils y voyaient une forme de copinage indigne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A quel moment avez-vous pens&#233; qu'il n'y avait plus rien &#224; faire, qu'Edith Cresson &#233;tait d&#233;finitivement &#171; carbonis&#233;e &#187; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oh ! c'est tr&#232;s clair pour moi : ce fut un titre du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; qui a coul&#233; d&#233;finitivement Edith. Revenons &#224; la gen&#232;se de cet &#233;pisode. Edith Cresson voulait une &#233;mission &#224; une heure de grande &#233;coute pour tenter de renouer le fil avec les &#233;lecteurs et pouvoir faire passer deux messages qui lui tenaient &#224; c&#339;ur : la lutte contre l'immigration clandestine et son autorit&#233; sur les ministres. A l'&#233;poque, Giesbert et Carreyrou animaient une &#233;mission politique sur &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; qui avait beaucoup de tenue et de force et qui, surtout, passait imm&#233;diatement apr&#232;s le 20 heures. J'ai donc obtenu leur accord pour l'organisation d'une &#233;mission dont la diffusion aurait lieu le lundi 8 juillet 1991. Ils sont venus enregistrer un dimanche, huit jours plus t&#244;t, dans la maison de campagne d'Edith. L'atmosph&#232;re &#233;tait d&#233;tendue et j'avais n&#233;goci&#233; un droit de coupe au cas o&#249; des images ne nous conviendraient pas. L'entretien se passe tr&#232;s bien et en une seule prise. Deux jours avant la diffusion pr&#233;vue, et conform&#233;ment &#224; nos accords, Carreyrou nous livre la cassette pour une ultime v&#233;rification. Nous la visionnons avec Cresson et Moine. Rien &#224; redire, les deux messages essentiels passent bien. G&#233;rard Moine ira m&#234;me jusqu'&#224; la regarder une seconde fois pour &#234;tre tranquille. J'appelle donc Carreyrou pour lui donner notre accord en lui demandant simplement de couper un petit passage sur Rocard qui &#233;tait simplement une redite de ce qu'elle disait quelques secondes plus t&#244;t. Tout devait donc se d&#233;rouler normalement sauf que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, qui avait r&#233;ussi &#224; se procurer l'enregistrement, publiait en une, quelques heures avant la diffusion de l'interview, un titre qui amalgamait une d&#233;claration de Le Pen sur l'immigration et les propos de Cresson. D&#232;s lors l'&#233;mission fut regard&#233;e sous l'influence du papier du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. Aucun autre message n'a pu passer. A partir de l&#224;, la machine ne pouvait plus s'arr&#234;ter, ce fut l'hallali. Quoi que nous fassions, plus rien n'&#233;tait audible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais durant ce temps, Mitterrand n'a pas d&#251; rester inerte, comme il aimait &#224; dire. Il y avait aussi &#224; l'Elys&#233;e son c&#233;l&#232;bre conseiller en communication, Jacques Pilhan ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, justement apr&#232;s l'affaire de la une du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, Mitterrand a demand&#233; &#224; Pilhan de venir aider Cresson. Une fois par semaine, il passait d'abord me voir, notait mes id&#233;es et mes projets et ensuite, nous allions dans le bureau du Premier ministre. Il se contentait alors de lui redire ce que je venais de lui indiquer ! Une seule fois, il a fait une proposition : qu'Edith vienne visiter le centre de recherche de Bull. Il faut dire qu'&#224; titre priv&#233;, il &#233;tait aussi le conseiller de Lorentz. Je lui ai r&#233;pondu que cela me paraissait totalement inopportun et serait pass&#233; pour un soutien au patron de Bull. Il a cependant voulu le proposer directement &#224; Cresson qui lui a clairement dit qu'elle &#233;tait sur la m&#234;me longueur d'onde que moi. De l&#224; est n&#233;e sa profonde inimiti&#233; &#224; mon &#233;gard. Avec l'inconv&#233;nient d'avoir un nouvel adversaire directement dans la place.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Croyez-vous &#224; une sorte de complot de la presse et des m&#233;dias contre Edith Cresson ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, je suis persuad&#233; qu'il n'y avait l&#224; rien de d&#233;lib&#233;r&#233;. Je ne crois absolument pas aux th&#233;ories du lynchage m&#233;diatique organis&#233; secr&#232;tement par je ne sais quelle force obscure. Aucun m&#233;dia, je crois, ne peut d&#233;cider de manipuler l'opinion publique de fa&#231;on &#224; faire tomber un homme (ou une femme) politique. Depuis le suicide de Roger Salengro sous le Front populaire, je ne vois aucun exemple qui viendrait appuyer cette th&#232;se. Les m&#233;dias agissent s'ils sont sur un terrain favorable. Ce sont des amplificateurs, des r&#233;v&#233;lateurs d'un malaise, d'un probl&#232;me de fond. Ils ne l'inventent pas, mais ils le mettent &#224; nu. Et cela peut faire mal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par Guy Schwartz.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &quot;Eloge du secret&quot; </title>
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		<dc:date>2006-11-30T21:23:05Z</dc:date>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Le journaliste est un individu investi de l'immense pouvoir d'informer. Du fait de ses m&#233;rites ? Oui, parfois. De ses dipl&#244;mes ? Peut-&#234;tre. De son esprit d'initiative, de son courage ? Pourquoi pas ? D'un h&#233;ritage, du caprice d'un propri&#233;taire ? On l'a vu. Animal social par excellence, il est le &#171; m&#233;diateur imm&#233;diat &#187; entre l'&#233;v&#233;nement et l'opinion, entre le ronronnement social et ce qui est de nature &#224; le troubler. Il est en somme la forme moderne, ou contemporaine, des oies du Capitole. Moderne ? (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton188-ff6fd.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le journaliste est un individu investi de l'immense pouvoir d'informer. Du fait de ses m&#233;rites ? Oui, parfois. De ses dipl&#244;mes ? Peut-&#234;tre. De son esprit d'initiative, de son courage ? Pourquoi pas ? D'un h&#233;ritage, du caprice d'un propri&#233;taire ? On l'a vu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Animal social par excellence, il est le &#171; m&#233;diateur imm&#233;diat &#187; entre l'&#233;v&#233;nement et l'opinion, entre le ronronnement social et ce qui est de nature &#224; le troubler. Il est en somme la forme moderne, ou contemporaine, des oies du Capitole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moderne ? Contemporaine ? R&#233;cente en tout cas. On ne parle gu&#232;re en France de ce qu'on appelle &#171; journal &#187; ou &#171; gazette &#187; avant le d&#233;but du XVIIe si&#232;cle. Le monde n'avait pu vivre, des mill&#233;naires durant, sans pr&#234;tre, m&#233;decin, avocat, diplomate, guerrier ou archonte. Il avait v&#233;cu priv&#233; de cette corporation charg&#233;e, &#224; heure fixe, &#224; la diff&#233;rence du tambour du village, de dire l'inattendu. Enfin parut, au temps des mousquetaires, le gazetier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Respectueux au XVIIe si&#232;cle, impertinent au XVIIIe, envahissant au XIXe, collecteur d'ondes et de signes, il s'est fait, surtout &#224; partir de l'affaire Dreyfus, &#233;metteur, sinon inventeur. Et voil&#224; que la large masse, &#233;moustill&#233;e, exige de fa&#231;on chaque jour plus pressante que m&#233;diation, &#233;mission ou invention - dans le sens de &#171; l'invention de la croix &#187; - un service total, une vision &#224; la fois microscopique ou panoptique du monde, des c&#339;urs, des corps, des plumards, des commissariats et des confessionnaux, des courriers diplomatiques et des salles de bains. Tout, vous dis-je, tout, je veux tout savoir, et sur-le-champ. En direct, en &#171; temps r&#233;el &#187; - ah ! ce temps r&#233;el, qui permet de ne rien perdre de l'agonie du cycliste, des sanglots de la petite fille...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;rive de cet id&#233;al avait &#233;t&#233; propos&#233;e voici quelques ann&#233;es par M. Ardisson, cr&#233;ateur d'un hebdomadaire intitul&#233; &lt;i&gt;Toute v&#233;rit&#233; est bonne &#224; dire&lt;/i&gt; - mais oui, que ta s&#339;ur est moche, ton ami cocu, ta m&#232;re canc&#233;reuse. Oui, toute v&#233;rit&#233;, et tout de suite !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La disparition pr&#233;matur&#233;e de cette noble publication fauch&#233;e en sa fleur odorante n'a pas provoqu&#233; le s&#233;isme pr&#233;vu. Elle n'a pas frein&#233; non plus la massive ru&#233;e publique vers le &#171; tout savoir, un pouvoir tant vomi &#187; qui est bien le mot d'ordre de la soci&#233;t&#233; contemporaine, dont l'id&#233;al a trouv&#233; son mot d'ordre : la &#171; transparence &#187;. De quel droit m'emp&#234;cheriez-vous de braquer ma cam&#233;ra sur les premiers &#233;mois de la petite voisine, sur les d&#233;marches suppos&#233;es discr&#232;tes (quelle audace !) entre les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Hamas et les pacificateurs de Gen&#232;ve, sur les soins administr&#233;s au d&#233;put&#233; du Tarn-et-Ba&#239;se par la clinique canc&#233;rologique de Sainte-Perp&#233;tue ? J'exige de tout savoir, et peu importe que Fox News publie tout de la d&#233;marche du Hamas, la faisant capoter, ou que le d&#233;put&#233; malade soit &#224; jamais disqualifi&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi a &#233;t&#233; invent&#233;e cette merveille que n'avaient su d&#233;couvrir ni Albert Camus, ni Raymond Aron, ni Hubert Beuve-Mery, ces ringards, que ses cr&#233;ateurs ont baptis&#233; &#171; journalisme d'investigation &#187; sans trop s'&#233;mouvoir de ce que le &#171; Littr&#233; &#187; rapporte ce mot &#224; la police, &#224; la justice, ou &#224; l'Inquisition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;plorable confusion des genres - ne serait-ce qu'en raison du fait que l'essence m&#234;me du journalisme est le d&#233;voilement public, quand la justice et la police sont pour l'essentiel li&#233;es au secret de l'enqu&#234;te et de l'instruction. P&#233;rilleuse confusion des genres qui fait du journalisme une police sans loi, une justice sans droit, une inquisition sans foi - et de la soci&#233;t&#233; une foire d'empoigne aux &#171; v&#233;rit&#233;s &#187; qui, pour peu qu'elles soient confront&#233;es, ne donneront lieu qu'&#224; un d&#233;menti - qui vaut confirmation pour les gogos, alors qu'un proc&#232;s peut &#234;tre r&#233;vis&#233;, un prisonnier lib&#233;r&#233; de sa garde &#224; vue...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'est pas de vertu qui n'ait &#171; son &#187; saint, pas de vice qui n'ait son d&#233;mon. Celui qui est en cause ici a nom Asmod&#233;e - dont Mauriac, qui ne pr&#233;tendait pas pratiquer ce journalisme-l&#224;, a fait une pi&#232;ce admirable &#8212; Asmod&#233;e, dont le regard impitoyable traverse toits des maisons et c&#339;urs des amants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le journalisme du sh&#233;rif - qui tire le premier son colt a gagn&#233;, on verra bien apr&#232;s si le cavalier noir &#233;tait innocent - est contemporain de la &#171; t&#233;l&#233; r&#233;alit&#233; &#187;. C'est l'esth&#233;tique et l'&#233;thique du trou de serrure. &#171; Pousse-toi, pousse-toi, laisse-moi voir un peu les lolos de Titine, ou l'abc&#232;s aux fesses du prof... &#187; C'est le monde du strip-tease, &#224; ceci pr&#232;s que celui-l&#224; r&#233;v&#232;le des choses aimables quand celui-ci tend surtout au d&#233;voilement des salaires, ou de choses sales. Qui rappellera &#224; cette meute avide de voyeurisme int&#233;gral que la civilisation commence exactement o&#249; et quand le &#171; primitif &#187; recouvre son sexe, fait des arbres voisins une hutte o&#249; il pourra faire des enfants &#224; sa compagne hors des regards indiscrets, et se rev&#234;t de tissus qui d&#233;finissent ses appartenances, en attendant de brandir -h&#233;las - celui qui lui servira de drapeau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nos contemporains r&#234;vent apparemment d'une cit&#233; abras&#233;e o&#249; tout un chacun ferait ses besoins, forniquerait et corrigerait sa prog&#233;niture au grand soleil de la transparence. Bas les masques, les murs, bas les chausses, qu'on vous voie, pr&#233;sident et cur&#233;s, diplomates et flics. Allons, ouvrez-moi ces dossiers ! Vous alliez nous cacher quelque chose sur les d&#233;lib&#233;rations du jury ? Peut-&#234;tre m&#234;me sur les sujets de l'examen ? Et vous, sur votre vote aux l&#233;gislatives ? Et vous, sur les clauses de votre contrat de mariage ? Sur la v&#233;role du grand-p&#232;re ? Honte sur cette soci&#233;t&#233; opaque qui dissimule l'&#226;ge de la mari&#233;e et les mictions du pr&#233;fet !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un splendide &#233;ditorial publi&#233; dans La Croix voici deux ans, Bruno Frappat d&#233;non&#231;ait la &#171; dictature de la transparence &#187;. A peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque, Jean-Claude Guillebaud rappelait, dans un num&#233;ro que Le Nouvel Observateur avait l'audace de consacrer &#224; &#171; la pudeur &#187; (comble du ridicule pour nos id&#233;ologues du voyeurisme int&#233;gral), que la transparence est &#171; signe de mort &#187; et que la vie est impossible &#171; dans les eaux translucides &#187;. Et que dire des anath&#232;mes lanc&#233;s par Michel Foucault contre ces prisons organis&#233;es de telle fa&#231;on que le d&#233;tenu est visible, &#224; tout instant et dans sa totalit&#233;, par ses ge&#244;liers. Mais ce qui est justement d&#233;nonc&#233; par le grand philosophe pour des prisonniers serait le traitement &#224; appliquer aux suppos&#233;s innocents que nous sommes... Le gros &#339;il de &#171; Big Brother &#187; (Sarkozy ou autre) sur nous. Tous nus, tous sous les projecteurs, &#224; commencer par ceux qui sont en charge des affaires publiques. Plus de n&#233;gociations secr&#232;tes, plus de conciliabules entre partis, tout sur les &#233;crans...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;mocratie fran&#231;aise, de la base au sommet, reposait sur deux secrets : dans l'isoloir et au Conseil des ministres. Honte sur cela : montre-moi ton bulletin de vote, et toi, ministre des Finances, dis-moi, des mois &#224; l'avance, quand et de combien tu d&#233;valueras... Transparence, messieurs nos dirigeants ! La transparence, on vous le dit, ou la mort. Il est doux de r&#234;ver au temps o&#249; les confessionnaux de cristal seront &#233;quip&#233;s d'un haut-parleur, les entra&#238;neurs de football d'un portable branch&#233; sur le vestiaire adverse, les notaires somm&#233;s de r&#233;citer sur l'&#233;cran de &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; les dispositions testamentaires de la pr&#233;f&#232;te, ou sa note chez le pharmacien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vers cette soci&#233;t&#233; id&#233;ale du &#171; tout voir &#187; pour &#171; bien jouir &#187;, Alphonse Allais avait pr&#233;vu que nous nous dirigions, par la gr&#226;ce des Rouletabille de son temps. Et il avait pr&#233;vu, faute de pouvoir pr&#233;server le quant-&#224;-soi de ses contemporains, un aquarium en verre d&#233;poli pour poisson timide...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; meurt ou pourrit d'un exc&#232;s d'ombre. Cachots du KGB, mutisme policier, presse musel&#233;e, scandales &#233;touff&#233;s et, quoi qu'on reproche au &#171; journalisme d'investigation &#187;, il faut lui rendre hommage pour le d&#233;voilement de l'affaire du Rainbow Warrior - qui est, apr&#232;s tout, une &#233;nergique enqu&#234;te de journalisme, comme la menaient ceux qui ont arrach&#233; Dreyfus au bagne et Papon &#224; sa b&#233;atitude.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; peut p&#233;rir aussi de &#171; surexposition &#187;, de rage panoptique. C'est le p&#233;ril o&#249; conduit d'abord un journalisme qui pr&#233;tend se substituer &#224; la police et &#224; la justice, et qui, de ses proies, fait un spectacle. Un monde se d&#233;finit par la qualit&#233; de secret qu'il est capable de pr&#233;server sans porter atteinte &#224; la libert&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>les anti-pub sont fascin&#233;s par la pub</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/les-anti-pub-sont-fascines-par-la,190.html</link>
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		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>
		<dc:subject>Becker</dc:subject>

		<description>Loin des discours simplistes et des anath&#232;mes r&#233;ducteurs, cette agr&#233;g&#233;e de philosophie et docteur en ethnologie montre combien les anti-pub et les d&#233;fenseurs de la pub se rejoignent dans un m&#234;me m&#233;pris pour les citoyens. Dans &#171; Du Ricard dans mon Coca &#187;, vous d&#233;veloppez une analyse qui va &#224; rebours du discours, dont on conna&#238;t le succ&#232;s, de Naomi Klein dans &#171; No Logo &#187; : vous redonnez &#224; chacun d'entre nous un droit &#224; l'autonomie. Les marques ne sont pas seulement des moments totalitaires qui nous (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Loin des discours simplistes et des anath&#232;mes r&#233;ducteurs, cette agr&#233;g&#233;e de philosophie et docteur en ethnologie montre combien les anti-pub et les d&#233;fenseurs de la pub se rejoignent dans un m&#234;me m&#233;pris pour les citoyens.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &#171; Du Ricard dans mon Coca &#187;, vous d&#233;veloppez une analyse qui va &#224; rebours du discours, dont on conna&#238;t le succ&#232;s, de Naomi Klein dans &#171; No Logo &#187; : vous redonnez &#224; chacun d'entre nous un droit &#224; l'autonomie. Les marques ne sont pas seulement des moments totalitaires qui nous envahissent et nous servent de pr&#234;t-&#224;-penser. Pour vous, elles appartiennent aussi &#224; ceux qui en font usage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, apr&#232;s &#171; No Logo &#187;, j'ai voulu montrer que les marques n'&#233;taient pas seulement l'expression de la volont&#233; totalisante, pour ne pas dire plus, de quelques marketeurs internationaux. Certes, il peut y avoir la volont&#233; d'une manipulation et d'une r&#233;cup&#233;ration g&#233;n&#233;ralis&#233;e, mais cette th&#232;se fait l'impasse sur la capacit&#233; de la soci&#233;t&#233; civile &#224; d&#233;tourner le discours, &#224; se l'approprier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;De fait, vous r&#233;habilitez la notion d'usage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Absolument. Il n'y a pas pens&#233;e unique de la marque, mais d&#233;veloppement d'un ph&#233;nom&#232;ne d'appropriation, de bricolage et de m&#233;tissage de la marque. Les marques sont ce que nous en faisons. Elles sont d&#233;tourn&#233;es par la soci&#233;t&#233; civile qui trouve du plaisir &#224; certains types d'usage de ces marques. A mon sens, ce ne sont pas les concepteurs de marques qui nous manipulent pour atteindre leurs objectifs &#233;conomiques mais la soci&#233;t&#233; civile qui se sert des marques pour assouvir ses d&#233;sirs. Le discours a chang&#233;. Il y a encore quelques ann&#233;es, beaucoup se plaisaient &#224; penser que les marques &#233;taient fragilis&#233;es et d&#233;cr&#233;dibilis&#233;es. Aujourd'hui, les m&#234;mes ou leurs successeurs sont &#224; la recherche de l'&#233;ternel bouc &#233;missaire et ne voient dans les marques qu'une nouvelle forme de tyrannie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a donc une forme de dialogue entre la soci&#233;t&#233; et les marques et c'est cela qui vous permet de sortir de la vieille id&#233;e de manipulation des foules ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, les discours des anti-pub fleurent bon les ann&#233;es 60 et les diatribes du Baudrillard de cette &#233;poque. La marque ne vit en effet que dans un rapport d'interactivit&#233; avec les individus, avec la soci&#233;t&#233;. Dans cette approche, il ne faut jamais oublier la notion de plaisir. Quelle que soit la force de la symbolique, elle ne pourrait agir longtemps si le consommateur ne s'y retrouvait pas, n'y prenait pas plaisir. La consommation citoyenne restera hyperminoritaire et fortement limit&#233;e dans le temps si elle ne fonctionne que sur des interdits, des r&#232;gles morales... La consommation, c'est le produit, le sens et le plaisir. Les marques qui fonctionnent dans la dur&#233;e sont r&#233;gies par ce principe de plaisir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chaque individu est un &#234;tre entier avec ses paradoxes et ses contradictions ; il d&#233;tourne &#224; sa fa&#231;on le discours des marques. Croire que le consommateur prend au pied de la lettre le discours publicitaire, c'est un tout petit peu court intellectuellement.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La consommation, c'est le produit, le sens et le plaisir. Les marques qui fonctionnent dans la dur&#233;e sont r&#233;gies par ce principe de plaisir. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En fait, vous refusez le propos &#171; victimaire &#187; selon lequel le jeune qui va s'acheter dix paires de Nike, d'Adidas ou de Puma est manipul&#233; par une sorte de police du discours ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois que l'ado qui s'ach&#232;te dix paires de Nike ou autant de Puma se fait plaisir. Il rentre dans l'imaginaire d&#233;velopp&#233; par la marque, mais il le d&#233;tourne &#224; son profit. C'est en cela que je crois que la consommation peut &#234;tre un acte cr&#233;atif et que je pr&#233;f&#232;re voir une consommation de marques et donc d'imaginaire qu'une consommation anonyme o&#249; le volume tend &#224; &#234;tre le seul rep&#232;re. Je crois qu'il faut d&#233;passer les discours simplistes. Si je consomme, c'est que je m'y retrouve. J'y prends plaisir et cela d&#233;passe la simple n&#233;cessit&#233; de survie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La marque rassure ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Absolument. Les grandes marques sont aussi des rep&#232;res, et donc fonctionnent comme une sorte de r&#233;assurance dans le monde des produits. Elles permettent de construire des communaut&#233;s d'appartenance. Parfois d'ailleurs, ces communaut&#233;s ne sont pas pr&#233;vues ou m&#234;me d&#233;sir&#233;es par la marque ...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;crit que &#171; l'entreprise devait &#234;tre &#224; la hauteur de sa marque &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est le prix de la symbolique. Une soci&#233;t&#233; comme Nike ne peut se permettre d'&#234;tre accus&#233;e de faire travailler des enfants de moins de six ans pour produire les chaussures. Ce serait inacceptable pour le citoyen-consommateur. Nike se trouve donc forc&#233;e de construire une r&#233;alit&#233; d'entreprise, une r&#233;alit&#233; sociale et &#233;thique qui soit en conformit&#233; avec la force de son image. En cr&#233;ant une marque forte et internationale, l'entreprise qui fait ce choix s'oblige &#224; mieux se r&#233;guler, &#224; s'inscrire dans une notion de d&#233;veloppement durable, de logique de responsabilit&#233;. Vous voyez par l&#224; que la marque peut contribuer &#224; une r&#233;gulation &#233;thique de la soci&#233;t&#233;. Sa tyrannie n'est donc pas syst&#233;matiquement au bout du chemin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le sens du marketing, c'est de jouer sur un syst&#232;me d'image, alors que la tendance, un temps, fut de nous plonger dans des contradictions insolubles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 80, le marketing savait utiliser le ressort de la projection, nous renvoyer une image embellie de nous-m&#234;mes. Les marques nous valorisaient : miroir, &#244; mon beau miroir... Ensuite, les marques ont eu tendance &#224; jouer &#171; la loi du p&#232;re &#187;, celle qui fonctionne seulement sur le mode imp&#233;ratif, qui dit ce qu'il faut faire. Mais en m&#234;me temps, les marques, en nous obligeant &#224; &#234;tre nous-m&#234;mes, inventaient aussi une sorte de &#171; loi de la mauvaise m&#232;re &#187;, o&#249; il est impossible d'avoir une position de satisfaction, de confort. Aujourd'hui, les marques doivent comprendre que le consommateur est un &#234;tre global qui entend adh&#233;rer autant aux valeurs v&#233;hicul&#233;es par la marque, au miroir projet&#233; et &#224; son contenu.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les anti-pub adorent la pub et sont de gros consommateurs de m&#233;dias &#224; forte audience. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais les initiateurs du commerce &#233;quitable, du type Max Havelard, deviennent aussi des marques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La marque est un tremplin du marketing &#233;thique et du projet d'entreprise. Mais en effet, des produits portant des labels de garantie fonctionnent comme des marques. Puisque justement, la marque a une histoire, puise sa force dans la l&#233;gitimit&#233; dont elle est porteuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'y a-t-il pas quelque chose de surprenant &#224; voir la r&#233;action assez violente du monde publicitaire devant les anti-pub ? Fondamentalement, ne se rejoignent-ils pas dans une m&#234;me c&#233;l&#233;bration de la toute-puissance publicitaire ? Les anti-pub ne font-ils pas une super pub pour la pub ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais &#233;videmment ! D'ailleurs les anti-pub adorent la pub et sont de gros consommateurs de m&#233;dias &#224; forte audience. Sinon, ils seraient beaucoup moins sensibles &#224; la pression publicitaire. Par ailleurs, il me para&#238;t en effet que les deux protagonistes ont une m&#234;me sensibilit&#233; face aux discours publicitaires : ils imaginent que les gens qui re&#231;oivent ces messages n'ont pas de capacit&#233; &#224; les d&#233;tourner. J'y vois une forme de m&#233;pris. Puisque vous &#234;tes trop idiots pour comprendre que vous &#234;tes manipul&#233;s par la pub, on doit vous l'expliquer &#224; travers d'autres slogans. Publicitaires et anti-pub pensent donc que la pub a un pouvoir extraordinaire sur les individus incapables de d&#233;velopper leur propre imaginaire. Je crois au contraire qu'il ne faut pas faire l'impasse sur les ressorts individuels, sur la capacit&#233; de chacun &#224; d&#233;tourner les discours et la production de signes. Est manipul&#233; qui veut.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces croyances en la capacit&#233; de manipulation de la pub, ce sont tout de m&#234;me des discours largement infirm&#233;s par les recherches en communication ! Depuis les ann&#233;es 50, on sait que le r&#233;cepteur n'est pas passif. Mais tout de m&#234;me, pourquoi alors les r&#233;actions des r&#233;gies et de certains publicitaires sont-elles si &#171; polici&#232;res &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut bien comprendre que dans le monde des marques, le syst&#232;me &#233;conomique a toujours fonctionn&#233; dans une dialectique des oppositions. L'&#233;conomie avance par la tension cr&#233;&#233;e par les contre-pouvoirs. La soci&#233;t&#233; dans son ensemble bouge pour cette raison. La publicit&#233; puise dans le discours anti-pub une nouvelle l&#233;gitimit&#233;. Le d&#233;tournement, la d&#233;construction sont une autre fa&#231;on de c&#233;l&#233;brer la publicit&#233;. Les anti-pub entretiennent le bruit m&#233;diatique autour de la publicit&#233;. Ils servent les int&#233;r&#234;ts des publicitaires. Les anti-soi font parler de soi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Catherine Becker est directrice g&#233;n&#233;rale de Sorgem International.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> il n'y a pas de Big Brother</title>
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		<dc:subject>Benasayag</dc:subject>

		<description>Il n'y a pas de Big Brother

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton191-46d17.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Coauteur avec Florence Aubenas de &#171; La fabrication de l'information &#187;, le psychanalyste Miguel Benasayag ne croit pas &#224; un Big Brother qui tirerait les ficelles d'une presse au service des grands patrons ou de la mondialisation. Une vision parano&#239;aque et stupide, affirme-t-il.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquez-vous, pour reprendre vos propres mots, que hier encore &#171; &lt;i&gt;paroles sacr&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, les informations donn&#233;es par la presse sont devenues, &#171; &lt;i&gt;aux yeux de ceux qui les lisent, forc&#233;ment fausses ou toujours suspectes&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La presse a subi les cons&#233;quences d'une &#233;poque. C'est ce qu'on appelle la post-modernit&#233; : &#224; chacun sa v&#233;rit&#233;. On est plong&#233; dans un syst&#232;me tr&#232;s dangereux qui n'est pas la d&#233;mocratie mais un &#171; d&#233;mocratisme &#187; dans lequel toute opinion se vaut. On est dans le sophisme total : ce que pense celui qui a travaill&#233; vingt ans sur un sujet est sur le m&#234;me plan que la pens&#233;e d'un quidam au caf&#233; du commerce. C'est l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral de notre soci&#233;t&#233;. Et dans ce cadre, la presse engag&#233;e, celle qui p&#232;se ses mots pour &#234;tre au plus pr&#232;s des faits, ne vaut pas plus que l'avis de n'importe qui. On ne tient plus compte du travail. Tout n'est qu'opinion. Ce qui a chang&#233;, ce n'est pas tellement la presse, c'est l'importance de la parole, et de la parole &#233;crite en particulier. Ce n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne endog&#232;ne &#224; la presse. C'est plut&#244;t un rouleau compresseur qui fait que la parole n'a plus aucune importance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous moquez la th&#232;se de certains intellectuels sur la connivence entre les journalistes et les cercles du pouvoir. De m&#234;me, vous rejetez l'id&#233;e de &#171; conjuration &#187;, de &#171; tabous &#187; qui seraient impos&#233;s aux journalistes, d'une sorte de &#171; &lt;i&gt;Big Brother&lt;/i&gt; &#187; tirant les ficelles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je d&#233;teste cette id&#233;e parano&#239;aque et tout compte fait trop optimiste du Big Brother qui tirerait les ficelles. S'il y avait un &lt;i&gt;Big Brother&lt;/i&gt;, le monde serait tellement plus simple ! Bien entendu, il existe du &#171; copinage &#187;, des petits coups de fil, des d&#233;jeuners &#171; coupables &#187;... mais tout cela n'explique pas du tout la &#171; d&#233;sautorisation &#187;, la &#171; d&#233;substancialisation &#187; du langage. Or, c'est de cela que souffre notre soci&#233;t&#233;. Nous n'avons plus un langage dans lequel tel mot a telle signification. Tout peut devenir polys&#233;mique, comme on dit maintenant. Tout peut vouloir dire une chose et son contraire. Il n'y a aucune nouvelle qui ait ce que j'appellerai un &#171; effet de v&#233;rit&#233; &#187;. On reste toujours devant son poste de radio ou de t&#233;l&#233;vision dans l'attente de la nouvelle qui viendra contredire celle qu'on vient d'entendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous mettez en avant ce que vous appelez &#171; les propres r&#232;gles &#187; des m&#233;dias qui feraient que tous s'accordent &#171; &#224; trouver tel &#233;v&#233;nement digne d'int&#233;r&#234;t et tel autre n&#233;gligeable &#187;. Sur quels crit&#232;res ? En fonction de quels pr&#233;suppos&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La presse refl&#232;te un monde dans lequel les hommes et les femmes sont sans cesse &#171; happ&#233;s &#187; par l'imm&#233;diat. Je suis psychanalyste et je vois bien que rien ne fait le poids &#224; c&#244;t&#233; du d&#233;jeuner du dimanche chez sa belle-m&#232;re. Le monde r&#233;el avec ses graves probl&#232;mes est une abstraction. La presse doit bien vivre, et on trouve donc dans les journaux une tendance de plus en plus prononc&#233;e &#224; traiter de ces petits probl&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais le grand public a l'impression que les journalistes des grands m&#233;dias de masse traitent toujours des m&#234;mes sujets au m&#234;me moment.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, c'est ce qu'on appelle le rapport morts/kilom&#232;tres. Dix morts &#224; Berlin &#233;quivalent &#224; 5 000 morts &#224; Bombay, sans parler d'un pays d'Afrique... Mais cela correspond &#224; un ph&#233;nom&#232;ne universel qui fait que ce qui se passe &#224; l'int&#233;rieur de notre forteresse est une &#171; nouvelle &#187; et ce qui se passe dans les no man's land n'est pas une &#171; nouvelle &#187;. Dans ces &lt;i&gt;no man's land&lt;/i&gt;, il peut se passer des choses, ce n'est pas grave. Et les journalistes refl&#232;tent cet ordre du monde. Il n'y a pas de volont&#233; id&#233;ologique derri&#232;re cela. Certainement pas ! Toute cette vision parano&#239;aque, c'est pour essayer d'&#233;viter cette r&#233;alit&#233;, cette complexit&#233;-l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous semblez penser que, contrairement &#224; ce qu'on a beaucoup dit et r&#233;p&#233;t&#233; depuis des ann&#233;es, la d&#233;nonciation publique d'une situation - en particulier par le biais des m&#233;dias - ne change rien au d&#233;roulement d'un drame.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s dans lesquelles nous vivons ne sont pas r&#233;actives. L'information est l&#224;. Mais si elle ne touche pas assez les gens, ce n'est pas parce que les journalistes ne se donnent pas assez de mal pour l'&#233;tayer, non, c'est parce que dans notre soci&#233;t&#233;, il existe une difficult&#233; pour les hommes et les femmes - et une difficult&#233; vraiment existentielle - &#224; r&#233;aliser qu'il s'agit de la vraie vie. On apprend des choses du monde, mais c'est toujours lointain. Cette distance entre les individus - chacun vaquant &#224; ses occupations imm&#233;diates - fait que la r&#233;activit&#233; est tr&#232;s compliqu&#233;e. Dire qu'on ne r&#233;agit pas parce qu'on nous ment ou qu'on ne nous dit rien, c'est stupide. Il y a des raisons tr&#232;s profondes qui expliquent pourquoi dans nos soci&#233;t&#233;s on a du mal &#224; agir, &#224; r&#233;agir, &#224; assumer le r&#233;el, &#224; enjamber l'imm&#233;diat. Une rage de dents prend plus d'importance que l'univers tout entier. Le monde est devenu une sorte de d&#233;cor dans lequel se d&#233;roulent des vies individuelles toutes petites.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_843 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/MIGUEL-B--04.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH213/MIGUEL-B--04-983e9-82d6b.jpg' width='324' height='213' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:213px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-843 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Dans une &#233;poque obscure, les journaux ont du mal &#224; &#234;tre des &#233;claireurs dont les articles font se lever les gens. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le savoir ne sert donc plus &#224; rien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Effectivement, le savoir en soi ne sert &#224; rien. Mais plus grave, l'accumulation de savoirs sous la forme d'informations peut provoquer l'effet inverse, qui est une sorte de jouissance apocalyptique. L'information peut devenir une sorte de jouissance de l'impuissance. Il y a une diff&#233;rence entre le savoir et la connaissance. Une connaissance est quelque chose qui vous structure, alors qu'un savoir, c'est quelque chose qui se scotche &#224; vous, mais qui ne va pas vous changer. Or ce n'est pas le r&#244;le de la presse de produire des connaissances. Le r&#244;le de la presse, c'est de produire des savoirs et des informations fid&#232;les et bien travaill&#233;es. La question de transformer ce savoir, ces informations en une connaissance qui prenne corps d&#233;pend de tas d'autres donn&#233;es qui, elles, ne sont pas de la responsabilit&#233; de la presse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a donc pas d'autre journalisme possible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre journalisme est possible dans la mesure o&#249; un autre lien social est possible. Cela serait incroyable qu'il existe une presse qui ne refl&#232;te en rien l'&#233;tat de conscience et des modes de vie de la soci&#233;t&#233; ! Si tout le monde se fout de ce qui se passe au Tanganyika, je ne vois pas pourquoi un patron de journal d&#233;penserait de l'argent pour que ses reporters aillent au Tanganyika. Le d&#233;sir de savoir ce qui se passe au Tanganyika ne peut venir que du corps social du fait d'une solidarit&#233;, de recherches, d'anthropologues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais la presse peut &#234;tre volontariste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est en partie ce qu'elle fait. Il existe une presse qui cherche toujours &#224; &#233;largir le champ de ses int&#233;r&#234;ts, qui cherche &#224; montrer que les choses ne sont pas si simples, qui cherche &#224; aiguillonner les gens. Et puis il y a une presse qui au contraire ronronne et s'en trouve ravie. Mais on ne peut pas dire &#171; la &#187; presse. Dans un m&#234;me journal, il y a des journalistes qui vont d&#233;noncer les limites de ce qui ronronne dans la forteresse et d'autres qui vont juger cela d'un tr&#232;s mauvais &#339;il, pensant que les seules choses int&#233;ressantes, c'est ce qui se passe &#224; l'int&#233;rieur de la forteresse. Dans la presse, il y a les deux mouvements. Moins il y aura de d&#233;sir de &#171; loin &#187; au sein de la soci&#233;t&#233;, moins les journalistes qui ont envie d'aller voir un peu plus loin, auront la possibilit&#233; mat&#233;rielle de le faire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous le sentiment que les journalistes s'interrogent sur ces questions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On est dans une soci&#233;t&#233; qui va mal et c'est pareil pour la presse : elle parle de plus en plus d'elle-m&#234;me. On tourne tous un peu en rond. Cela s'appelle une &#233;poque obscure. Et dans une &#233;poque obscure, les journaux ont du mal &#224; &#234;tre des &#233;claireurs dont les articles font se lever les gens. De m&#234;me, dans une &#233;poque obscure, le psychiatre se contente d'&#233;viter que la personne aille trop mal. C'est cela, une &#233;poque obscure. On a peu de d&#233;sir, on laisse les gens se faire massacrer parce que &#171; les choses sont compliqu&#233;es &#187;. C'est une &#233;poque dans laquelle l'horreur avance et devient une esp&#232;ce de banalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela p&#232;se plus sur la presse que le grand capital, les grands patrons, ou la mondialisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce serait tellement bien si c'&#233;taient les grands patrons et le grand capital ! On conna&#238;trait alors la cause du probl&#232;me. Bien entendu, les grands patrons et le grand capital s'accommodent tr&#232;s bien qu'on ne parle pas ou peu de l'interdiction des m&#233;dicaments g&#233;n&#233;riques en Afrique, de la pollution produite &#224; 50 % par les Etats-Unis, de la d&#233;localisation des industries vers l'Indon&#233;sie. Bien s&#251;r, le grand capital jouit de cette situation. Mais en jouir, en profiter ne signifie pas du tout &#234;tre ma&#238;tre de la situation. Et c'est ce que la gauche doit apprendre, doit comprendre. Qu'il y ait des profiteurs ne veut pas dire que ces gens-l&#224; ma&#238;trisent la situation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez dit que &#171; &lt;i&gt;les journalistes ont collectivement rat&#233; leur r&#233;volution&lt;/i&gt; &#187;. Qu'entendez-vous par l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une allusion &#224; la r&#233;volution des annales. Il y a un si&#232;cle, les historiens se sont aper&#231;us que l'histoire n'&#233;tait pas l'histoire des rois de France, que ce n'&#233;tait pas l'histoire de la repr&#233;sentation. L'histoire r&#233;sulte d'une myriade de micro&#233;v&#233;nements et les historiens se sont dit qu'il faudrait peut-&#234;tre prendre en compte tout cela. Or les journalistes, et surtout ceux qui font de la g&#233;opolitique, se situent encore comme si nous &#233;tions avant la r&#233;volution des annales. Ils prennent la repr&#233;sentation pour la chose. Souvent en g&#233;opolitique, les microph&#233;nom&#232;nes qui en font les soubassements int&#233;ressent peu de monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'en demande-t-on pas trop &#224; la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La plupart des critiques contre la presse surestiment implicitement le pouvoir de la presse. Mais l&#224;, je parle pour l'Occident. Il faut certainement beaucoup de courage &#224; Cuba pour oser publier un entrefilet contre la politique de Fidel Castro. Ou pour aller pr&#233;senter un ouvrage qui critique la presse occidentale &#224; La Havane... Oui, pour cela il faut beaucoup de courage !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par Miguel Benasayag.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Miguel Benasayag est philosophe et psychanalyste. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &quot;La Pri&#232;re du matin&quot; </title>
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		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>

		<description>Commencer toute journ&#233;e par la lecture du journal. Partout, sans tracas. Le journal ? N'importe. Le premier venu fait l'affaire. Hegel : &#171; Le journal, c'est la pri&#232;re du matin de l'homme moderne. &#187; En province, lire le journal, le plus modeste, le plus m&#233;diocre, le plus secret. Froisser le papier. Ne pas beaucoup aimer qu'on lise sur votre &#233;paule, qu'on veuille en partager les feuilles, que les mots crois&#233;s soient d&#233;j&#224; remplis. Se demander ce qui paye les journaux gratuits, slogan d'une &#233;dition (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton192-45126.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='100' class='spip_logos' style='height:100px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Commencer toute journ&#233;e par la lecture du journal. Partout, sans tracas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le journal ? N'importe. Le premier venu fait l'affaire. Hegel : &#171; &lt;i&gt; Le journal, c'est la pri&#232;re du matin de l'homme moderne.&lt;/i&gt; &#187; En province, lire le journal, le plus modeste, le plus m&#233;diocre, le plus secret. Froisser le papier. Ne pas beaucoup aimer qu'on lise sur votre &#233;paule, qu'on veuille en partager les feuilles, que les mots crois&#233;s soient d&#233;j&#224; remplis. Se demander ce qui paye les journaux gratuits, slogan d'une &#233;dition madril&#232;ne : &#171; &lt;i&gt;Le seul journal qui n'est pas &#224; vendre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lire les informations comme on d&#233;lire. Se demander qui a bien pu &#233;crire &#231;a. Chercher &#224; savoir. Noter une carte, un nom de lieu bizarre, des g&#233;ographies impr&#233;vues. Se gaver de faits divers, les crimes, le sexe, la sombre m&#233;nagerie des familles. Rep&#233;rer ce qui fait signe. Le sport, les fables d'animaux, les phrases imbittables. Dans tous les articles, tout est toujours dit. Tout est l&#224;. Ni censure, ni secret, m&#234;me si tout a chang&#233; d'&#233;chelle, tout s'est spectacularis&#233;. Chercher en tous sens et dans toutes les directions, la maquette, le lettrage, la couleur et les senteurs de l'encre, les noms propres, ne jamais se pr&#233;occuper d'&#234;tre refait, bern&#233;, trahi. Est-ce qu'on s'en soucie dans la vie ? Le mensonge, c'est la v&#233;rit&#233; du menteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lire les d&#233;tails. Le myst&#232;re du monde g&#238;t dans les d&#233;tails : la m&#233;t&#233;o, les dessins humoristiques, les convois fun&#232;bres, les pr&#233;noms des morts. Chercher &#224; comprendre ce qu'on ne comprend pas quand on ne sait pas la langue. Quand on ne peut la d&#233;chiffrer. Agir de m&#234;me avec les images. Ne jamais commencer une journ&#233;e avec images, ne jamais la finir, comme un viatique d&#233;go&#251;t&#233; pour la nuit, par une prise d'images. Se m&#233;fier de la beaut&#233;. Ne jamais admettre une image donn&#233;e pour telle, sans son histoire, sans son image d'avant et celle d'apr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Se demander pourquoi on apprend tout &#224; la t&#233;l&#233;vision, pourquoi on n'en fait rien &#224; ce point. Magie des t&#233;l&#233;visions au bout du monde, dans les chambres d'h&#244;tel, les bars, les bus, les a&#233;roports. Adopter un regard flottant, traquer l'arri&#232;re-plan, comparer l'incomparable : si c'est pour comparer ce qui a &#224; voir, ce n'est vraiment pas la peine. S'&#233;tonner des moustaches, des voitures, des nuages. Se demander si les nuages ont une &#233;poque, sont de quelque part, vont vers la solution de leurs formes. Se choisir des mauvais objets. Ou du moins, y consentir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre la pri&#232;re du matin et les v&#234;pres t&#233;l&#233;vis&#233;es, se gorger de radio. En voiture, au t&#233;l&#233;phone, dans les caf&#233;s, en travaillant, en courant, en lisant, en &#233;crivant, bondir de station en station. Se rebrancher la nuit, oreillette bien viss&#233;e pour ne pas g&#234;ner l'entourage, dans le coma du sommeil ou l'&#233;coute subliminale, jusqu'&#224; ce que le docteur vous sugg&#232;re que c'est probablement l&#224; la raison de vos acouph&#232;nes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Faire des infid&#233;lit&#233;s, glisser molette sous le doigt, de style en style, de poste en poste. Faire des stages chez l'ennemi, pour mieux comprendre les contemporains. Ne s'habituer &#224; rien. C'est parfaitement illusoire, mais alors ? En fait-on tant d'histoires dans l'amour, la passion, le jeu ou la politique ? Les m&#233;dias, c'est comme le flamenco et le jazz, on veut toujours &#234;tre s&#251;r, garanti sur facture, de n'&#234;tre pas bern&#233;. Pourquoi ? Il faut y voir un &#233;loge retourn&#233;, sans doute : la soif imb&#233;cile de l'authentique. Ne jamais lutter. S'abandonner. Partir du principe que dans tout journal, toute radio, toute t&#233;l&#233;, 23 % des interventions (articles, images, sujets) n'ont &#233;t&#233; impos&#233;es que de haute lutte. Douter de ce principe. Les m&#233;dias n'existent pas : ce sont des champs de foire, des champs de bataille et des champs op&#233;ratoires. Comme le reste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la radio, &#233;couter les voix, les d&#233;bits, les timbres, les accents. Entendre des voix. Essayer de dater, champollionniser le phon&#232;me, se demander depuis quand le d&#233;bit de la parole s'est acc&#233;l&#233;r&#233; en France. S'interroger sur les raisons de cette acc&#233;l&#233;ration : l'acc&#233;l&#233;ration de la vie, l'influence de la musique, la publicit&#233; (qui acc&#233;l&#232;re &#233;lectroniquement, en studio, les messages), la vanit&#233; d&#233;gourdie, la haine du ringard, la haine pol-potienne des chichis, la distinction, les substances, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Se demander depuis quand les femmes de radio les plus branch&#233;es arborent ce ton mec, ce ton gla&#231;ant, refusent le chantant, le corps de la voix en elles. Se demander d'o&#249; vient au fond cette m&#233;taphysique de la vulgarit&#233; chez les mecs. Dater les descentes successives de hauteur des voix chez les hommes. Le sujet fran&#231;ais de type m&#226;le (dans son esprit) parle plus grave. Depuis la guerre, c'est certain. Entendre les hommes de radio, les orateurs politiques, les avocats, les acad&#233;miciens d'avant-guerre, et s'&#233;tonner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Faire de tout un jeu, une question, une alg&#232;bre incertaine, un &#233;l&#233;ment de plus pour la non-compr&#233;hension du monde et les luttes politiques. Ne jamais d&#233;sarmer. &#201;viter l'indiff&#233;rence, l'autoprotection, le lointain sup&#233;rieur : l&#224;, commencent le renoncement, le splendide isolement et la proie. On ne se suffit pas. Avoir besoin des autres, de leur rumeur, de leur foule, de leur b&#234;tise, de leur aide intelligente, pr&#233;cieuse. Le journal, c'est les autres : la communaut&#233; incertaine de ceux avec qui on lit en secret, d&#233;j&#224;. Un dessin de Chaval, m&#233;dit&#233; en un &#233;clair, en une vie, dans le journal &lt;i&gt;Sud-Ouest&lt;/i&gt; (ann&#233;es 1950), repr&#233;sentait un bonhomme tr&#232;s mal foutu, les deux jambes in&#233;gales, la main au milieu du front, le pied dans l'oreille, tout &#224; l'avenant. L&#233;gende ? &#171; &lt;i&gt;Self Made Man&lt;/i&gt; &#187;. Tristesse abominable des dessins antis&#233;mites de Chaval, d&#233;couverts bien plus tard. Se demander &#224; quel &#233;tat d'esprit correspond tout &#231;a, &#224; quel &#233;tat des m&#339;urs, quand (1968 ?, me dit un jour Semp&#233;) les journaux ont eu le c&#339;ur de publier les dessins &#171; muets &#187; sans les assortir de la pr&#233;caution humiliante : &#171; sans l&#233;gende &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfances : &#224; Pr&#233;cilhon, en B&#233;arn, tous les matins dans les ann&#233;es 1950, l'auberge de tante Maria est d&#233;positaire des onze exemplaires du journal pour le village. L'&#233;tablissement n'a pas chang&#233; depuis le XVIIIe si&#232;cle. Si : l'&#233;lectricit&#233;. Pas d'eau courante. Au cours de la matin&#233;e, en achetant du fil, du sel, des allumettes, une &#233;pingle &#224; nourrice, six voisines viennent prendre leur pri&#232;re du matin, puis deux enfants. Vers midi et quart, se succ&#232;dent les trois hommes qui rentrent des champs. Ils boivent un verre de rouge et feuillettent leur tr&#233;sor de papier avant de l'embarquer. Tout le temps interm&#233;diaire, nous nous installons, Maria, F&#233;lix son &#233;poux, Marthe leur fille, Pierre le gendre, et Jeannot mon cousin, chacun &#224; sa table comme au Flore, chacun son journal en main. On ne se remet pas de cette gloire. On se h&#232;le des nouvelles, on &#233;clate de rire, on se signale des conseils, on bataille sur les r&#233;sultats du Tour de France. C'est l'&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la ville au bord de l'Adour, &#224; 25 lieues de l&#224;, l'oncle Eug&#232;ne passe tous les soirs. Il boit le verre de vin que lui sert ma m&#232;re. Il vient lire le quotidien du soir que nous appelons la feuille de chou : &lt;i&gt;Le R&#233;publicain du Sud-Ouest&lt;/i&gt;. A Bayonne, il y a quatre feuilles quotidiennes de ce calibre. Elles ont toutes disparu. Premi&#232;re pratique de la langue, d&#233;chiffrage, exercice de l'ironie, r&#233;signation sublime. Eug&#232;ne lit pendant deux heures montre en main sans un mot. Tous les soirs, liturgiquement, il replie la double page du &lt;i&gt;R&#233;publicain&lt;/i&gt;, le pose sur la table, range ses lunettes et dispara&#238;t sur l'immuable : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a rien &#224; lire dans ce putain de journal.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Se m&#233;fier de ceux qui savent, de ceux qui ne lisent pas, se m&#233;fier des sempiternels esprits forts (Flaubert), inchang&#233;s, dominateurs, non dupes. Ne pas chercher &#224; savoir. Aimer rire. Apprendre la col&#232;re du bonheur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> un rendez-vous manqu&#233; </title>
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		<dc:subject>A contre-courant</dc:subject>

		<description>Ferdinand Nahimana a la conscience tranquille. Le fondateur de Radio-T&#233;l&#233;vision Libre des Mille Collines vient d'&#234;tre condamn&#233; &#224; la prison &#224; vie par le Tribunal p&#233;nal international pour le Rwanda, mais il ne se sent pas coupable. On lui reproche d'avoir contribu&#233;, en qualit&#233; de fondateur de Radio-T&#233;l&#233;vision Libre des Mille Collines (RTLM), &#224; la mise en place d'un appareil de propagande qui a favoris&#233; le g&#233;nocide de 800 000 Tutsis et le massacre de centaines de milliers d'opposants hutus en 1994. Mais (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Ferdinand Nahimana a la conscience tranquille. Le fondateur de Radio-T&#233;l&#233;vision Libre des Mille Collines vient d'&#234;tre condamn&#233; &#224; la prison &#224; vie par le Tribunal p&#233;nal international pour le Rwanda, mais il ne se sent pas coupable.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On lui reproche d'avoir contribu&#233;, en qualit&#233; de fondateur de &lt;i&gt;Radio-T&#233;l&#233;vision Libre des Mille Collines&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;RTLM&lt;/i&gt;), &#224; la mise en place d'un appareil de propagande qui a favoris&#233; le g&#233;nocide de 800 000 Tutsis et le massacre de centaines de milliers d'opposants hutus en 1994. Mais Nahimana ne se sent pas concern&#233;. Il affirme n'avoir rien &#224; se reprocher. Mieux : certain d'avoir servi au mieux les int&#233;r&#234;ts de son pays, il estime &#234;tre victime d'un complot et servir de bouc &#233;missaire dans un proc&#232;s biais&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment un tel malentendu est-il possible ? Un an apr&#232;s le g&#233;nocide, en 1995, le Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations unies met en place le TPIR. Ayant &#233;chou&#233; &#224; pr&#233;venir des massacres pourtant pr&#233;visibles, incapables de s'opposer aux tueries le moment venu, les Nations unies veulent s'acheter une bonne conscience en instaurant une justice internationale exemplaire. C'est dans ce cadre que le &#171; proc&#232;s des m&#233;dias &#187; s'inscrit. Il devait mettre en lumi&#232;re de mani&#232;re irr&#233;futable le r&#244;le jou&#233; par l'appareil de propagande para-&#233;tatique dans la planification et l'ex&#233;cution du g&#233;nocide de 1994.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce fameux proc&#232;s commence en octobre 2000. Il s'ach&#232;ve par la condamnation, le 3 d&#233;cembre 2003, &#224; la prison &#224; perp&#233;tuit&#233; pour crime de g&#233;nocide et crime contre l'humanit&#233; des trois accus&#233;s jug&#233;s conjointement : Ferdinand Nahimana, Jean-Bosco Barayagwiza, cofondateur de la Coalition pour la D&#233;fense de la R&#233;publique (CDR), un parti politique radical, et dirigeant de RTLM, et Hassan Ngeze, membre de la CDR et directeur de &lt;i&gt;Kangura&lt;/i&gt;, un p&#233;riodique extr&#233;miste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En d&#233;pit des moyens consid&#233;rables mis &#224; sa disposition, le bureau du procureur n'est pas parvenu &#224; des conclusions claires. Son r&#233;quisitoire a m&#233;lang&#233; des faits av&#233;r&#233;s et des accusations fantaisistes, fruits de manipulations orchestr&#233;es par diff&#233;rents groupes de pression, dont l'actuel gouvernement rwandais. Cette confusion a largement contribu&#233; &#224; renforcer Nahimana et ses partisans dans leur conviction que c'&#233;tait lui la victime. Mais elle n'explique pas tout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Laissons de c&#244;t&#233; le &#171; proc&#232;s du proc&#232;s &#187;, les cons&#233;quences catastrophiques de l'incurie et de l'incomp&#233;tence d'une partie du personnel du TPIR, et int&#233;ressons-nous plut&#244;t &#224; Nahimana.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car son proc&#232;s soul&#232;ve des questions fondamentales, dont la port&#233;e est universelle, et pour lesquelles on continue de chercher les r&#233;ponses justes : Qu'est-ce qu'un &#171; g&#233;nocidaire &#187; ? Comment devient-on complice d'un g&#233;nocide ? Quels sont les faits qui permettent de juger un homme coupable de crime contre l'humanit&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutes ces questions, l'accusation les a &#233;lud&#233;es en dressant de Nahimana le portrait caricatural d'un homme n&#233; pour devenir un tueur, sinon par les armes - il n'a jamais combattu - du moins par les mots. Elle a fait de lui un intellectuel-monstre en puissance que les faits ont r&#233;v&#233;l&#233;, un id&#233;ologue extr&#233;miste de la premi&#232;re heure, une sorte de &#171; Goebbels tropical &#187;. Discr&#233;ditant les preuves solides dont elle disposait pourtant, elle s'est nourrie de faux t&#233;moignages, construits de toutes pi&#232;ces pour l'occasion, trop contente de pouvoir ainsi &#233;viter un d&#233;bat complexe pour lequel elle ne s'&#233;tait pas pr&#233;par&#233;e. Sans h&#233;siter &#224; forcer le trait jusqu'&#224; l'absurde, l'accusation a pr&#233;sent&#233; l'ensemble de l'itin&#233;raire de Nahimana &#224; partir de son point d'arriv&#233;e, c&#233;dant ainsi &#224; ce que Raymond Aron appelle &#171; &lt;i&gt;l'illusion r&#233;trospective de la fatalit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le vrai proc&#232;s de Nahimana, le proc&#232;s au cours duquel on aurait pu tenter d'expliquer comment un homme remarquablement intelligent, &#233;duqu&#233; dans les meilleures universit&#233;s occidentales, promis &#224; une carri&#232;re universitaire brillante, a tout doucement gliss&#233; le long d'une pente qui l'a rang&#233; dans le camp des acteurs du g&#233;nocide, ce proc&#232;s n'a pas eu lieu. Aux yeux de l'accusation, la &#171; banalit&#233; du mal &#187;, pour reprendre l'expression de la philosophe Hannah Arendt, n'&#233;tait pas assez convaincante. C'est pourtant la terrible v&#233;rit&#233; que rappelle le cas Nahimana : la plupart des collaborateurs d'un g&#233;nocide, la masse de ceux qui rendent possible un g&#233;nocide, est faite de gens normaux progressivement associ&#233;s, par petites touches successives, &#224; une entreprise anormale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on devait r&#233;sumer la biographie de Nahimana, elle tiendrait en trois lignes d'une grande simplicit&#233; : c'est l'histoire d'un fils de paysan intelligent et travailleur qui, pour gravir les &#233;chelons de la soci&#233;t&#233;, accepte progressivement, en connaissance de cause et en toute bonne conscience, de couvrir une entreprise criminelle. C'est ce qui rend ce personnage &#224; la fois int&#233;ressant et effrayant : Nahimana ne ressemble pas &#224; un monstre ; il ressemble &#224; chacun d'entre nous. Son histoire nous parle parce que nous pouvons nous y reconna&#238;tre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ferdinand Nahimana est n&#233; en 1950 &#224; Gatonde, une petite commune situ&#233;e au nord du Rwanda. Ses parents sont cultivateurs. Ils ne sont ni riches, ni pauvres : ils parviennent &#224; nourrir quotidiennement leurs enfants, &#224; les &#233;lever dans des conditions d&#233;centes, &#224; les pousser dans les &#233;tudes. De toute la fratrie, Nahimana est le plus dou&#233;. C'est sur lui que se portent rapidement tous les espoirs. Il impressionne par ses capacit&#233;s intellectuelles, par sa m&#233;moire, par sa curiosit&#233; aussi. La famille de Nahimana est catholique, et tr&#232;s croyante. Un temps, il envisage de s'engager dans la pr&#234;trise. Apr&#232;s la mort de son p&#232;re, sa m&#232;re l'en dissuade. En 1972, il entre &#224; l'universit&#233; nationale du Rwanda.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nahimana est un &#233;tudiant brillant. S&#233;rieux, tr&#232;s pointilleux, il se d&#233;couvre progressivement une v&#233;ritable passion pour l'histoire de son pays. Enfant, &#224; la veill&#233;e, il &#233;coutait des heures durant les anciens d&#233;clamer les contes et l&#233;gendes traditionnels. Tout impr&#233;gn&#233; de cette culture orale, Nahimana r&#234;ve d'&#233;tudier ce pass&#233; glorieux et m&#233;connu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, au Rwanda plus qu'ailleurs, le pass&#233; est un enjeu de pouvoir. Longtemps, les historiens rwandais ont &#233;t&#233; membres de la cour royale et leur savoir ne devait servir qu'&#224; renforcer l'autorit&#233; du monarque. Certains sujets ne devaient pas &#234;tre abord&#233;s ; d'autres devaient &#234;tre pr&#233;sent&#233;s de fa&#231;on &#224; soutenir la cause du lignage dominant, en l'occurrence le clan tutsi des Niyiginya.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'&#233;poque o&#249; Nahimana &#233;tudie &#224; l'universit&#233;, les choses ont chang&#233;. Depuis la &#171; R&#233;volution sociale &#187; de 1959, la proclamation de la R&#233;publique et l'&#233;tablissement de l'ind&#233;pendance en 1962, les Hutus sont au pouvoir. La voie est libre pour une nouvelle interpr&#233;tation de l'histoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est dans ce contexte que Nahimana, d'abord comme &#233;tudiant, puis comme enseignant, s'initie &#224; la recherche scientifique et commence &#224; &#233;tudier de fa&#231;on syst&#233;matique l'histoire des clans de sa r&#233;gion d'origine. De mani&#232;re presque fortuite, il d&#233;couvre que, contrairement &#224; ce que l'histoire officielle affirme depuis des d&#233;cennies, le Rwanda n'a pas toujours &#233;t&#233; un &#201;tat unitaire, centralis&#233;, gouvern&#233; par une monarchie unique &#233;tablie au sommet de la hi&#233;rarchie sociale. Pragmatique, soucieux de revenir aux sources de l'histoire orale, Nahimana se rend dans les endroits les plus recul&#233;s du Rwanda. Il rencontre les descendants des derniers rois &#233;vinc&#233;s au d&#233;but du si&#232;cle ou dans les ann&#233;es vingt par le pouvoir central, gr&#226;ce au soutien des colons belges. Il se rend compte qu'il existait, dans le nord, le nord-est et l'est du Rwanda, des royaumes locaux puissants, &#233;labor&#233;s, qui n'avaient rien &#224; envier au pouvoir central, et qui auraient sans doute surv&#233;cu si les puissances coloniales et l'&#201;glise catholique n'avaient appuy&#233; les rois tutsis dans leur entreprise d'unification de la nation &#224; leur profit. Pour Nahimana, l'injustice est &#233;vidente : ces royaumes disparus, qui prouvent la splendeur pass&#233;e de certains lignages hutus, doivent retrouver la place qui leur revient dans la m&#233;moire collective des Rwandais.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; C'est l'histoire d'un fils de paysan intelligent et travailleur qui, pour gravir les &#233;chelons de la soci&#233;t&#233;, accepte progressivement de couvrir une entreprise criminelle. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en 1979. Nahimana n'a pas trente ans. Il a achev&#233; ses &#233;tudes universitaires ; il est jeune professeur &#224; la facult&#233; des lettres et pr&#233;sente ses premiers travaux de recherche &#224; l'un des plus prestigieux historiens rwandais, Alexis Kagame. Celui-ci reconna&#238;t tout de suite dans Nahimana un chercheur hors pair. Non seulement, au cours de ses enqu&#234;tes, il a rassembl&#233; une documentation de premier ordre, mais encore, gr&#226;ce &#224; sa capacit&#233; &#224; conceptualiser l'histoire, il remet en cause les fondements de l'historiographie dominante. Kagame r&#233;alise tout de suite la port&#233;e consid&#233;rable des d&#233;couvertes de Nahimana : c'est tout le discours sur l'histoire de l'&#233;dification de la nation rwandaise qui est remis en cause. Kagame - qui est pourtant Tutsi - invite Nahimana &#224; pr&#233;senter ses travaux &#224; l'occasion d'un colloque universitaire qui se tient &#224; Bujumbura, la capitale du Burundi voisin. La carri&#232;re internationale de Nahimana est lanc&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre 1979 et 1984, Nahimana approfondit ses recherches et multiplie les publications. Il est &#233;lu doyen de la facult&#233; des lettres. L'enfant des collines, le fils de paysan est devenu un notable. Bien introduit, il obtient bient&#244;t une bourse pour &#233;tudier &#224; Paris. En 1986, il soutient sa th&#232;se d'&#201;tat &#224; l'universit&#233; de Paris VI. D&#232;s son retour au Rwanda en 1987, il est nomm&#233; professeur. Mari&#233;, p&#232;re de famille (il a quatre enfants), personnage influent dans sa commune d'origine, Nahimana est aussi l'un des intellectuels les plus en vue du pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'avenir est prometteur pour Nahimana. Pas pour le Rwanda. Depuis quelque temps, le pays est confront&#233; &#224; une grave crise &#233;conomique. L'effondrement des cours du caf&#233; et du th&#233;, les deux principales richesses que le Rwanda exporte, prive le r&#233;gime de ses ressources en devises. Les salaires des fonctionnaires ne sont plus pay&#233;s. Une s&#233;rie de mauvaises r&#233;coltes provoque le retour de la famine, d'autant que la pression d&#233;mographique atteint des sommets sans pareils en Afrique (la population a doubl&#233; en vingt ans). Au fond, c'est tout le mod&#232;le de d&#233;veloppement du pays qui est en faillite. Or, le r&#233;gime mis en place par le pr&#233;sident Habyarimana depuis son arriv&#233;e au pouvoir en 1973 est incapable de faire face &#224; ces nouveaux d&#233;fis. Domin&#233; par le Mouvement pour la r&#233;volution nationale et le d&#233;veloppement (MRND), parti unique au pouvoir, l'&#201;tat est paralys&#233;. Corruption, n&#233;potisme et incomp&#233;tence gangr&#232;nent toute la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme on pouvait s'y attendre, la contestation se d&#233;veloppe rapidement. La nouvelle classe moyenne urbaine, restreinte mais active, s'inspire des mouvements d&#233;mocratiques qui &#233;mergent dans les pays voisins. Des partis politiques ill&#233;gaux sont constitu&#233;s, appuy&#233;s par une presse priv&#233;e tout aussi ill&#233;gale. D&#233;mocratie, transparence, partage du pouvoir, mais aussi acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation, &#224; la sant&#233;, aux emplois sont les principales revendications des mouvements contestataires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est dans ce contexte de grande tension sociale et politique qu'&#233;clate la guerre de 1990. Le Front patriotique rwandais (FPR) attaque le Rwanda depuis ses camps bas&#233;s en Ouganda. Cr&#233;&#233; par les descendants des Tutsis chass&#233;s du Rwanda au moment de la &#171; R&#233;volution sociale &#187;, le FPR s'est assign&#233; la mission de permettre le retour de ces 600 000 r&#233;fugi&#233;s, au besoin par les armes. Le 1er octobre 1990, profitant de l'instabilit&#233; politique n&#233;e de la contestation interne, le FPR lance une premi&#232;re attaque. Celle-ci se solde par un &#233;chec militaire mais par un succ&#232;s politique : la question du FPR et des r&#233;fugi&#233;s est d&#233;sormais plac&#233;e au centre du d&#233;bat politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour sa part, Nahimana est convaincu que la question des r&#233;fugi&#233;s n'est qu'un pr&#233;texte pour le FPR. Pour lui, cette organisation rebelle, anim&#233;e par les descendants directs du clan royal chass&#233; du tr&#244;ne en 1959, militairement soutenue par l'Ouganda, vise ni plus ni moins la conqu&#234;te du pouvoir dans sa totalit&#233;. Il consid&#232;re cette agression d'autant plus redoutable qu'elle s'appuie sur les mouvements d'opposition interne - les nouveaux partis d&#233;mocratiques - qui, tout en se m&#233;fiant des ambitions inavou&#233;es du FPR, voient n&#233;anmoins en lui un alli&#233; contre la dictature finissante d'Habyarimana. Face &#224; ce jeu triangulaire complexe, Nahimana, comme beaucoup d'autres intellectuels rwandais &#224; ce moment-l&#224;, ne voit qu'une seule solution : la d&#233;fense &#224; outrance du r&#233;gime Habyarimana, garant, malgr&#233; ses d&#233;fauts et ses crimes, de l'unit&#233; nationale et des acquis de la &#171; R&#233;volution sociale &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pourquoi Nahimana accepte de participer en novembre 1990 &#224; une d&#233;l&#233;gation d'intellectuels rwandais qui donne une s&#233;rie de conf&#233;rences en Europe pour d&#233;noncer la guerre engag&#233;e par le FPR. C'est &#233;galement pour cette raison qu'il accepte, un mois plus tard, de prendre la direction de l'Orinfor - Office rwandais de l'information, sorte de minist&#232;re de la Propagande - que lui confie en personne le chef de l'&#201;tat. Ce choix de Nahimana est un acte d&#233;cisif qui change le cours des choses et appelle deux remarques. Premi&#232;rement, si Nahimana &#233;tait mort la veille du 1er octobre 1990, il aurait laiss&#233; le souvenir d'un excellent universitaire promis &#224; une belle carri&#232;re ; rien de plus, rien de moins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contrairement au portrait que ses adversaires tentent de dresser de lui a posteriori, rien, jusqu'&#224; cette date, ne permet de classer Nahimana dans le camp des &#171; extr&#233;mistes &#187; ou des &#171; comploteurs &#187; du g&#233;nocide.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, la vive r&#233;action de Nahimana face &#224; l'agression du FPR n'est pas un cas isol&#233;, bien au contraire. En 1990, dans leur majorit&#233;, les Rwandais sont hostiles &#224; cette guerre, quelle que soit par ailleurs leur opinion sur le r&#233;gime Habyarimana. Ce n'est que progressivement, au fil des mois, que l'hostilit&#233; d'une partie de l'opinion publique &#224; l'&#233;gard du pouvoir MRND se renforce, en grande partie en raison des crimes et des erreurs du pouvoir, puis de sa d&#233;rive ethnisante. La question n'est donc pas tant d'expliquer le soutien de Nahimana au r&#233;gime Habyarimana en 1990 que de comprendre pourquoi, dans les ann&#233;es qui suivent, il ne prend pas ses distances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;lib&#233;r&#233;ment donc, Nahimana quitte le terrain universitaire pour entrer sur celui de la politique. Il fait ce choix &#224; un moment crucial pour le pays : la p&#233;riode 1990-1994 est marqu&#233;e par l'&#233;chec de la transition d&#233;mocratique, la mont&#233;e des extr&#233;mismes radicaux, et finalement la guerre &#224; outrance et le g&#233;nocide des Tutsis. Nahimana est &#224; la fois un acteur de premier plan et un homme aspir&#233; malgr&#233; lui par la brusque acc&#233;l&#233;ration de l'histoire rwandaise. Il d&#233;cide en connaissance de cause, mais sans n&#233;cessairement se rendre compte de ses glissements successifs. Son travail d'historien et sa notori&#233;t&#233; sont instrumentalis&#233;s par la propagande et, quand il n'encourage pas, Nahimana laisse faire. A la direction de l'Orinfor, il agit &#224; la fois par conviction - c'est un partisan inconditionnel d'Habyarimana - et par opportunisme. Il &#233;vite toute prise de position dangereuse pour lui, soucieux avant tout de plaire au pouvoir. Hautain et imbu de lui-m&#234;me, il g&#232;re avant tout sa carri&#232;re personnelle. Assez bien d'ailleurs : apr&#232;s diverses p&#233;rip&#233;ties et quelques graves &#171; revers &#187; (en 1992, on lui reproche d'&#234;tre indirectement responsable du massacre de centaines de Tutsis dans la r&#233;gion du Bugesera), sa carri&#232;re progresse rapidement. Trois mois avant le d&#233;but du g&#233;nocide, il est nomm&#233; ministre du futur gouvernement de coalition o&#249; il repr&#233;sente le MRND, aux c&#244;t&#233;s des partis d'opposition d&#233;mocratique et du FPR.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce gouvernement ne sera jamais mis en place. Le 6 avril 1994, le pr&#233;sident Habyarimana est assassin&#233;. Le Rwanda sombre dans le chaos. Militaires des Forces arm&#233;es rwandaises, soldats de la garde pr&#233;sidentielle, miliciens &#171; Interahamwe &#187; et civils se retrouvent c&#244;te &#224; c&#244;te pour la &#171; chasse aux Tutsis &#187;, qui bient&#244;t s'&#233;tend &#224; tout le pays. En moins de cent jours, pr&#232;s d'un million de Tutsis et d'opposants hutus sont assassin&#233;s, pour la plupart &#224; la machette. Les massacres ne cessent qu'apr&#232;s la victoire militaire du FPR, qui s'empare du pays. Qu'a fait Nahimana durant ces trois mois ? Deux choses : il a dirig&#233; &lt;i&gt;RTLM&lt;/i&gt;, la station de radio extr&#233;miste qui incitait au g&#233;nocide ; il a collabor&#233; activement au gouvernement int&#233;rimaire responsable du g&#233;nocide, affirme l'accusation. Il n'a pratiquement rien fait, serait-on plut&#244;t tent&#233; de r&#233;pondre, alors qu'il aurait pu faire beaucoup pour d&#233;noncer le g&#233;nocide.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'&#233;nigme reste enti&#232;re. Pourquoi cette obstination absurde jusqu'&#224; la chute du r&#233;gime ? Pourquoi cet acharnement &#224; d&#233;fendre l'ind&#233;fendable ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re accusation : contrairement aux charges retenues par le TPIR, il semble que Nahimana n'ait pas dirig&#233; &lt;i&gt;RTLM&lt;/i&gt; durant le g&#233;nocide. Il ne fait aucun doute qu'il en est l'un des fondateurs, et m&#234;me le principal fondateur. Il n'a pas eu l'id&#233;e, il n'a pas apport&#233; l'argent, il n'a pas choisi l'&#233;quipe, mais sans lui le projet de cr&#233;er &lt;i&gt;RTLM&lt;/i&gt; en juillet 1993 n'aurait pas pu voir le jour. Nahimana a &#233;t&#233; le liant, la seule personne comp&#233;tente et rigoureuse qui a permis de faire aboutir le projet. En somme, il a &#233;t&#233; un bon chef de projet, un contrema&#238;tre consciencieux. Sa responsabilit&#233; est donc totale, et d'ailleurs il la revendique. Mais, &#224; partir de l'hiver 1993, Nahimana prend ses distances vis-&#224;-vis de la radio. Le 7 avril 1994, le lendemain de l'attentat qui a co&#251;t&#233; la vie au chef de l'&#201;tat rwandais, il ne se rend pas &#224; &lt;i&gt;RTLM&lt;/i&gt; pour orienter les actions de propagande. Au contraire, il se r&#233;fugie avec sa femme et ses enfants &#224; l'ambassade de France et y reste jusqu'&#224; ce que le groupe de r&#233;fugi&#233;s auquel il s'est joint soit &#171; exfiltr&#233; &#187; au Burundi, le 12 avril. Par la suite, les contacts entre Nahimana et &lt;i&gt;RTLM&lt;/i&gt; sont presque inexistants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'accusation a voulu absolument prouver que Nahimana continuait &#224; diriger la radio. Pour ce faire, elle a produit des faux t&#233;moignages dont certains &#233;taient tellement invraisemblables que les juges ont refus&#233; de les retenir &#224; charge. Il aurait &#233;t&#233; plus judicieux d'insister sur les occasions que Nahimana avait d'intervenir pour faire cesser ou pour d&#233;noncer les appels au meurtre de &lt;i&gt;RTLM&lt;/i&gt; et qu'il n'a pas saisies. Le vrai crime de Nahimana durant cette p&#233;riode, c'est son silence. Il avait le pouvoir - &#224; la fois la l&#233;gitimit&#233; et la capacit&#233; - de faire, et il n'a rien fait. Mais ce crime par omission n'a pas sembl&#233; suffisant. On a donc invent&#233; des accusations farfelues, au plus grand profit de Nahimana, qui dispose maintenant de bons arguments pour d&#233;fendre son &#171; innocence &#187;. En un sens, le travail b&#226;cl&#233; de l'accusation a pav&#233; par avance la route du r&#233;visionnisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deuxi&#232;me accusation : la collaboration de Nahimana au gouvernement int&#233;rimaire. Laissons de c&#244;t&#233; les aspects formels - Nahimana n'est &#171; que &#187; conseiller politique du pr&#233;sident Th&#233;odore Sindikubwabo, et encore ne l'est-il que de mani&#232;re informelle, durant les derniers jours du r&#233;gime. Ce qui frappe dans la d&#233;cision de Nahimana de revenir au Rwanda le 23 avril - alors qu'il a &#233;t&#233; &#233;vacu&#233; avec sa famille au Burundi, puis au Za&#239;re, et qu'il pourrait s'&#233;loigner de la zone de conflit, comme d'autres le font - c'est son absurdit&#233;. Que peut-il attendre d'un engagement dans cette cause perdue ? Qu'a-t-il &#224; gagner ? Alors que beaucoup prennent progressivement leurs distances vis-&#224;-vis du pouvoir g&#233;nocidaire, ou passent carr&#233;ment dans le camp du FPR, Nahimana au contraire s'engage de plus en plus dans la &#171; collaboration &#187;, au point de passer pour le dernier porte-parole de facto du r&#233;gime quelques heures avant son effondrement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'accusation n'a pas tent&#233; d'expliquer ce choix totalement irrationnel chez un homme dont, par ailleurs, elle a bien montr&#233; l'esprit pragmatique et calculateur. Elle a investi tous ses efforts pour &#233;valuer - et sur&#233;valuer - le p&#233;rim&#232;tre de ses responsabilit&#233;s. En r&#233;alit&#233;, on sait, notamment gr&#226;ce aux documents publi&#233;s par la mission parlementaire fran&#231;aise d'enqu&#234;te sur le Rwanda, que Nahimana n'a jamais &#233;t&#233; pris au s&#233;rieux par ses interlocuteurs et qu'en fin de compte, il ne repr&#233;sentait que lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;nigme reste enti&#232;re. Pourquoi cette obstination absurde jusqu'&#224; la chute du r&#233;gime ? Pourquoi cet acharnement &#224; d&#233;fendre l'ind&#233;fendable ? Pourquoi cette volont&#233; de justifier ce qui ne peut l'&#234;tre ? En 1995, depuis son exil au Cameroun et alors qu'il s'attend &#224; &#234;tre arr&#234;t&#233;, il publie un pamphlet, &#171; L'&#233;lite hutue au banc des accus&#233;s &#187;, dans lequel il cautionne globalement l'action de &lt;i&gt;RTLM&lt;/i&gt;. Durant tout son proc&#232;s et depuis sa condamnation, il persiste &#224; revendiquer ses actions et prises de position. Qu'est-ce qui justifie une telle attitude ? Seul Nahimana peut r&#233;pondre &#224; cette question.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'une des cl&#233;s est peut-&#234;tre tout simplement l'aveuglement total de Nahimana face &#224; la r&#233;alit&#233;. Entre 1990 et 1994, par int&#233;r&#234;t, par calcul, par conviction aussi, il s'est enferm&#233; dans une logique d'hostilit&#233; vis-&#224;-vis du FPR, de haine pourrait-on dire, et cette haine tourne &#224; l'obsession, l'aveugle et le rend sourd &#224; ce qui l'entoure. Que le FPR soit une organisation criminelle coupable d'un grand nombre de meurtres et de massacres avant, pendant et depuis le g&#233;nocide ne fait plus aucun doute. Mais cette r&#233;alit&#233; devait-elle suffire &#224; cautionner un r&#233;gime finissant qui a conduit le pays &#224; commettre un g&#233;nocide ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Progressivement, Nahimana s'est d&#233;parti de son esprit critique, lui dont la clart&#233; d'analyse &#233;tait pourtant reconnue, pour sombrer dans la spirale d'une propagande invraisemblable. L'un des exemples les plus frappants est le texte qu'il r&#233;dige en f&#233;vrier 1993, alors que les soldats du FPR ont manqu&#233; de peu de s'emparer de Kigali et de faire tomber le r&#233;gime. Il &#233;voque l'existence d'un vaste &#171; complot &#187; anim&#233; par une &#171; ligue tutsie &#187; visant &#224; imposer un &#171; empire hima &#187; rassemblant dans une m&#234;me entit&#233; l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nahimana n'a jamais pris les armes, il n'a jamais directement incit&#233; &#224; tuer, mais tout dans son comportement contribuait &#224; cautionner le flot de haine qui envahissait progressivement une partie de la soci&#233;t&#233; rwandaise. Sa vraie responsabilit&#233;, en tant qu'intellectuel authentique, et qui d'ailleurs revendique ce statut, est morale plus que mat&#233;rielle. Il a sciemment induit en erreur un grand nombre de ses compatriotes en l&#233;gitimant les mouvements de radicalisation de l'opinion. Il n'a pas appel&#233; au meurtre sur &lt;i&gt;RTLM&lt;/i&gt;, mais il a couvert, mois apr&#232;s mois, les d&#233;rapages successifs de ceux qui, finalement, le moment venu, ont laiss&#233; libre cours &#224; leur agressivit&#233; sur les ondes de la radio.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le crime de Nahimana, c'est d'avoir contribu&#233; &#224; banaliser la d&#233;shumanisation progressive de ses adversaires en cautionnant l'emploi d'une rh&#233;torique proprement monstrueuse. Il y aurait beaucoup &#224; &#233;crire sur la repr&#233;sentation m&#233;taphorique et symbolique de &#171; l'ennemi &#187; dans la propagande de &lt;i&gt;RTLM.&lt;/i&gt; Comme les autres m&#233;dias extr&#233;mistes, &lt;i&gt;RTLM&lt;/i&gt; s'en prend d'abord au FPR en tant qu'organisation, puis &#224; ses combattants tutsis, puis aux Tutsis en g&#233;n&#233;ral, qui ne sont plus d&#233;crits comme des hommes, mais comme des &#171; cafards &#187;, des &#171; cancrelats &#187;, des &#171; serpents &#187; &#224; &#171; &#233;craser &#187;, ou de la &#171; vermine &#187; &#224; &#171; exterminer &#187;. Nombre de paysans hutus tueront leurs voisins tutsis - pas seulement les hommes en &#226;ge de combattre : femmes, enfants, vieillards ne sont pas plus &#233;pargn&#233;s qu'on n'&#233;pargne les racines d'une mauvaise herbe - sans &#233;prouver le moindre doute, le moindre remords, convaincus de contribuer au &#171; nettoyage &#187; du pays. Deux r&#233;cits de Jean Hatzfeld, &#171; Dans le nu de la vie &#187; (2002) et &#171; Une saison de machettes &#187; (2003), d&#233;crivent avec force et sobri&#233;t&#233; cette sinistre r&#233;alit&#233;. En mettant en place &lt;i&gt;RTLM&lt;/i&gt;, en cautionnant la d&#233;rive de la r&#233;daction &#224; partir de l'automne 1993, Nahimana a contribu&#233; &#224; rendre plus facile le &#171; passage &#224; l'acte &#187; - c'est-&#224;-dire l'assassinat - apr&#232;s le 6 avril, alors qu'il aurait pu contribuer &#224; &#233;riger des barri&#232;res morales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les semaines qui pr&#233;c&#232;dent le g&#233;nocide, Nahimana est convoqu&#233; &#224; plusieurs reprises au minist&#232;re de l'Information, avec F&#233;licien Kabuga, richissime homme d'affaires et financier de la radio, et Jean-Bosco Barayagwiza. Le ministre, Faustin Rucogoza, presse &lt;i&gt;RTLM&lt;/i&gt; d'amender sa ligne &#233;ditoriale, qu'il juge incendiaire. Il sait de quoi il parle : il sera lui-m&#234;me assassin&#233; le 7 avril, avec sa femme et leurs huit enfants. Nahimana ne cesse au contraire de la d&#233;fendre au nom de la &#171; libert&#233; d'expression &#187; et du &#171; droit &#224; la parole &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nahimana a d&#233;voy&#233; les principes moraux et &#233;thiques que d'ordinaire un intellectuel d&#233;fend. Aurait-il &#233;t&#233; entendu s'il avait finalement r&#233;agi ? Aurait-il eu le pouvoir d'imposer un changement et de calmer les passions dans le contexte explosif qui pr&#233;c&#232;de le 6 avril ? On l'ignore ; il ne l'a pas fait. Il est dommage que le TPIR ne l'ait pas jug&#233; sur ce crime par omission.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Herv&#233; Deguine est journaliste et &#233;diteur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Bruno Frappat, l'homme qui porte La Croix </title>
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		<dc:subject>A contre-courant</dc:subject>
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		<description>Le journal de la rue Bayard ne cesse de gagner des lecteurs. Plut&#244;t rare dans une presse quotidienne nationale largement sinistr&#233;e. Portrait du quotidien catholique &#224; travers son patron. Revenir aux commencements. C'est l&#224; qu'on trouve les indices, les pistes qui ont l'air de chemins d&#233;tourn&#233;s mais qui ne le sont pas, les premiers clins d'&#339;il du Destin ou de la Providence, selon qu'on d&#233;signe l'un ou l'autre, pour pr&#233;figurer ce qui devait advenir et qui, finalement, est advenu. Ainsi, dans la famille (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton194-63211.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Le journal de la rue Bayard ne cesse de gagner des lecteurs. Plut&#244;t rare dans une presse quotidienne nationale largement sinistr&#233;e. Portrait du quotidien catholique &#224; travers son patron.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Revenir aux commencements. C'est l&#224; qu'on trouve les indices, les pistes qui ont l'air de chemins d&#233;tourn&#233;s mais qui ne le sont pas, les premiers clins d'&#339;il du Destin ou de la Providence, selon qu'on d&#233;signe l'un ou l'autre, pour pr&#233;figurer ce qui devait advenir et qui, finalement, est advenu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, dans la famille Frappat, le p&#232;re lit &lt;i&gt;Le Dauphin&#233; Lib&#233;r&#233;&lt;/i&gt;, la m&#232;re est abonn&#233;e &#224; &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; et les a&#238;n&#233;s au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. Le petit dernier, sixi&#232;me de la fratrie, l'est &#224; Bayard, &#224; Tintin, &#224; Spirou et traverse Grenoble pour acheter C&#339;urs Vaillants. Monsieur Frappat p&#232;re est un patron chr&#233;tien, ap&#244;tre du mutualisme, l'engagement social des ann&#233;es 50 et 60 ; une place de Grenoble porte aujourd'hui son nom. Le petit Bruno, qui ne fr&#233;quente pas l'externat du coll&#232;ge Notre-Dame mais, par commodit&#233; du plus court chemin, l'&#233;cole la&#239;que, de la maternelle jusqu'au baccalaur&#233;at, a &#233;t&#233; foudroy&#233; par la d&#233;couverte, dans une bulle, de la carte de visite ainsi libell&#233;e : &#171; Tintin - reporter 26, rue du Labrador &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En toute logique, l'enfant du &#171; baby-boom &#187; et d'une telle profusion de journaux, obtient sa premi&#232;re carte de presse &#224; 19 ans en 1964 et met celle-ci au service successif du &lt;i&gt;Dauphin&#233;&lt;/i&gt; (un an), du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; (26 ans) puis de &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;. Ceux qui ont crois&#233; Bruno Frappat au sein du jury du Festival de la bande dessin&#233;e d'Angoul&#234;me assurent que, non moins logiquement, il aurait fait un excellent patron de Pilote . Ne fut-il pas, d'ailleurs, un des premiers &#224; publier Reiser ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ren&#233; Frappat n'a que peu d'estime pour le journalisme. Est-ce m&#234;me un m&#233;tier ? Ing&#233;nieur, comme lui-m&#234;me, ou surtout pr&#233;fet, voil&#224; qui fait plus respectable. Quand il s'agira d'appuyer la candidature de son fils aupr&#232;s d'Hubert Beuve-M&#233;ry, il se souviendra n&#233;anmoins que le cur&#233; de la paroisse Saint-Louis de Grenoble avait &#233;t&#233; aum&#244;nier d'Uriage, ce qui prouve qu'&#224; d&#233;faut d'&#234;tre toujours imp&#233;n&#233;trables &#171; les voies du seigneur &#187; empruntent aux origines familiale et culturelle ainsi qu'aux r&#233;seaux qui vont avec.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1968, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a besoin - cela ne s'invente pas - d'un r&#233;dacteur &#171; &#233;ducation &#187;. On indique au candidat un petit bureau o&#249; se trouve d&#233;j&#224; un autre stagiaire, lequel, d&#233;couvre t-il, postule au m&#234;me poste : bienvenue au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans &#171; le quotidien de la rue des Italiens &#187; comme on disait nagu&#232;re, Bruno Frappat occupe &#224; peu pr&#232;s toutes les fonctions possibles, jusqu'&#224; celle de directeur de la r&#233;daction (1991-94). Des anecdotes comme celle du premier bureau, obligeamment d&#233;sign&#233; par Jean Planchais, on se doute qu'il en tient quelques-unes en r&#233;serve mais il pr&#233;cise aussit&#244;t qu'il ne dira rien contre son &#171; journal natal &#187;, qu'il n'avait d'ailleurs pas comment&#233;, &#224; sa sortie, le &#171; fameux livre &#187; ni les commentaires sur ce livre ou les suivants, mais qu'il n'a jamais dit que ce silence serait d&#233;finitif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En revanche, Bruno Frappat se montre prolixe sur ses dix derni&#232;res ann&#233;es &#224; &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; (1994-2004) et les progr&#232;s constants du titre (plus 5 532 exemplaires en 2002 soit + 5,6 %, et plus de 2 000 en 2003) alors que la presse quotidienne nationale dite &#171; g&#233;n&#233;raliste &#187; voit sa diffusion baisser depuis plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#339;il vif et malicieux (o&#249; l'on reconna&#238;t volontiers l'ancien lecteur de Fr&#233;d&#233;ric le guardian ou de la Famille Oboulot), l'homme qui porte actuellement &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; insiste d'abord sur la qualit&#233; des rapports humains qu'il dit avoir trouv&#233;e dans la r&#233;daction, d&#232;s son arriv&#233;e, sans que cette remarque liminaire sugg&#232;re, par contradiction, des comportements moins am&#232;nes dans sa maison pr&#233;c&#233;dente. &#171; &lt;i&gt;Il a m&#234;me jug&#233; utile de nous confier sa bonne surprise, et peut-&#234;tre son soulagement, apr&#232;s quelques mois d'observation&lt;/i&gt; &#187;, se souvient l'un de ses collaborateurs, &#171; &lt;i&gt;comme s'il avait retrouv&#233; chez nous un &#233;cho lointain d'usages perdus en chemin...&lt;/i&gt; &#187; Ce que confirme peu ou prou l'int&#233;ress&#233; lorsqu'il avoue : &#171; &lt;i&gt;M&#234;me lorsque j'&#233;tais encore directeur de sa r&#233;daction, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; m'avait quitt&#233;. Les ouvertures que m'avait faites le groupe Bayard m'ont sans doute convaincu avant que je ne me d&#233;cide officiellement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_844 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/LenineCROIX.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L242xH324/LenineCROIX-37a19-903bd.jpg' width='242' height='324' alt='' style='height:324px;width:242px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Par chance, les cathos n'aiment pas le gaspillage. Pourquoi jeter des dizaines de pages superflues pour ne lire que deux ou trois articles ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les bons connaisseurs de la rue Bayard que nous avons rencontr&#233;s insistent sur cette qualit&#233; de climat. Travail, plaisir, humilit&#233;, valeurs peu r&#233;pandues dans le quartier, sont assez souvent &#233;voqu&#233;es pour qu'on les croit r&#233;fugi&#233;es dans cet immeuble proche de la Seine. &#171; &lt;i&gt;Ce qui m'a frapp&#233; ici,&lt;/i&gt; dit un transf&#233;r&#233; r&#233;cent, &lt;i&gt;c'est que lorsqu'un conflit appara&#238;t, chacun fait en sorte qu'il soit r&#233;gl&#233; dans la journ&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Les effets des querelles intestines, notamment dans les r&#233;dactions pl&#233;thoriques o&#249; divers clans s'observent en chiens de fa&#239;ence des ann&#233;es durant lorsqu'ils ne s'affrontent pas de fa&#231;on plus ouverte, ces effets d&#233;sastreux sont assez connus pour que leur absence constitue, en effet, un atout notable. &#171; &lt;i&gt; J'ai trouv&#233; ici,&lt;/i&gt; &#233;lude Bruno Frappat, &lt;i&gt;une &#233;quipe de 80 personnes alors que je venais d'en quitter une de 320.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &#171; bon esprit de la petite &#233;quipe sympa &#187; ne suffirait &#233;videmment pas &#224; expliquer les progr&#232;s r&#233;guliers du titre si la r&#233;daction ne s'appliquait, au jour le jour, &#224; suivre une ligne &#233;ditoriale &#224; la fois originale et exigeante. Originale, dans la mesure o&#249; elle se moque de la pagination comme de sa premi&#232;re morasse ; exigeante parce qu'elle privil&#233;gie le &#171; contenu &#187;, dire aussi &#171; le sens &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand je suis arriv&#233; dans ces murs,&lt;/i&gt; pr&#233;cise Frappat, &lt;i&gt;j'ai moins eu l'id&#233;e de tout bouleverser que de d&#233;velopper des sp&#233;cificit&#233;s. Si l'on m'avait donn&#233; &lt;i&gt;L'Equipe&lt;/i&gt;, j'aurais essay&#233; de faire d'abord un journal pour les sportifs qui pratiquent, puis pour les spectateurs des stades et enfin pour ceux qui suivent le sport &#224; la t&#233;l&#233;vision. S'agissant de &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;, essayons de faire un journal d'abord pour les catholiques qui pratiquent, puis pour ceux qui s'estiment tels sans pratiquer (71 % des Fran&#231;ais) et les autres nous seront peut-&#234;tre donn&#233;s par surcro&#238;t. Nous ne pouvons pas concurrencer l'instantan&#233;it&#233; de l'audiovisuel ? Eh bien, profitons de ce &#8220;retard&#8221; pour nous m&#233;nager le temps du recul, de l'analyse, du tri, de l'&#233;vacuation des nouvelles inutiles... L'exhaustivit&#233; est un fantasme de journaliste, c'est-&#224;-dire, en quelque sorte, de lecteur professionnel, ce que ne sont pas les vrais lecteurs qui ont autre chose &#224; faire. Par chance, les cathos n'aiment pas le gaspillage. Pourquoi jeter des dizaines de pages superflues pour ne lire que deux ou trois articles ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Telle est donc l'exigence : identifier l'essentiel et s'y tenir. Ce qu'autrefois on appelait &#171; le fond &#187;. &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;, en d&#233;pit de sa pagination modeste, reste le quotidien le plus attentif &#224; l'information internationale. En ce domaine, il peut s'appuyer sur un r&#233;seau d'informateurs chr&#233;tiens, non journalistes, excellents connaisseurs du terrain o&#249; ils &#233;voluent. Le fond, c'est encore les suppl&#233;ments th&#233;matiques hebdomadaires : &#171; Sciences et &#233;thiques &#187;, &#171; Parents et enfants &#187;, &#171; Forum et d&#233;bats &#187;, &#171; Spiritualit&#233; &#187;, etc. C'est l'info &#171; religion &#187; - on pourrait rajouter un &#171; s &#187; - sinistr&#233;e dans le reste de la presse fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a aussi d'opportunes d&#233;cisions strat&#233;giques, au premier rang desquelles il faut sans doute placer le choix d'abandonner la tradition du soir pour devenir un quotidien du matin (1999). La &#171; nouvelle formule &#187; (2003) est une r&#233;ussite dans son expression graphique et son lancement : on se souvient peut-&#234;tre de la campagne de communication o&#249; l'on voyait L&#233;nine, Georges. W. Bush et Jos&#233; Bov&#233; lisant &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;, accompagn&#233;s de l'injonction : &#171; Bousculez vos certitudes &#187;. Le jour de l'op&#233;ration &#171; Portes ouvertes &#187; (22 d&#233;cembre 2003), se souvient Bruno Frappat &#171; &lt;i&gt;nous avons re&#231;u pr&#232;s de 3000 personnes. J'ai vu des journalistes fondre comme s'ils retrouvaient leur famille. J'ai &#233;galement compris que nous avions r&#233;ussi notre retour en premi&#232;re division et ainsi acquis la &#8220;visibilit&#233;&#8221; professionnelle qui nous faisait d&#233;faut. Les courbes de vente ont fait le reste.&lt;/i&gt; &#187; Un vieux de la vieille ajoute : &#171; &lt;i&gt;L'effort r&#233;dactionnel a &#233;t&#233; facilit&#233; par le fait que &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; s'est totalement all&#233;g&#233;e des charges industrielles en se d&#233;faisant du boulet de l'imprimerie int&#233;gr&#233;e. D&#232;s lors, toute l'&#233;nergie a pu &#234;tre consacr&#233;e &#224; l'exercice du journalisme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toujours est-il que cela s'est su dans le microcosme : &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;, &#231;a marche... m&#234;me en r&#233;gie publicitaire. Philippe Boutron, Automobiles Citro&#235;n &#233;num&#232;re les avantages : &#171; &lt;i&gt;Une diffusion en nette progression, un lectorat fid&#232;le et impliqu&#233;, une audience ais&#233;e, exigeante et attentive (...) qui fait de&lt;i&gt; La Croix&lt;/i&gt; une &#233;vidence dans nos plans m&#233;dias.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_845 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/BushCROIX.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L244xH324/BushCROIX-9d1ed-91aaa.jpg' width='244' height='324' alt='' style='height:324px;width:244px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Alors venons-en aux choses qui f&#226;chent, par exemple cette perfidie distill&#233;e par la concurrence : &#171; &lt;i&gt; &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; gagne des lecteurs ?... Tant qu'il n'y a pas d'autre canicule.&lt;/i&gt; &#187; Bruno Frappat pr&#233;f&#232;re en sourire : &#171; &lt;i&gt;Je ne vois pas en quoi il serait indigne d'avoir des lecteurs d'un certain &#226;ge. Du reste, cela fait 120 ans que nous avons un public &#226;g&#233;, j'en d&#233;duis que ce ne sont pas les m&#234;mes... Bon, &#233;coutez, notre lectorat n'est pas constitu&#233; de bonnes de cur&#233;. Ce sont des gens bien plus modernes qu'on ne l'imagine, curieux, engag&#233;s, dynamiques. Notre formidable courrier en t&#233;moigne : 200 lettres par semaine et d'un niveau que je souhaite &#224; la concurrence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La proportion &#233;crasante des abonn&#233;s ? &#171; &lt;i&gt;93 %, c'est en effet disproportionn&#233; mais, &#233;galement, enviable. Cela dit, nous progressons dans les ventes au num&#233;ro. Si ce n'&#233;tait pas pr&#233;somptueux, je dirais que mon objectif est de conserver ces 93 % d'abonn&#233;s et d'atteindre 93 % en kiosque.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parmi les raisons du succ&#232;s, il en existe une, souvent cit&#233;e, que le directeur de la r&#233;daction peut difficilement aborder : sa propre contribution. La romanci&#232;re Laurence Coss&#233;, peu susceptible de conformisme, le dit comme &#231;a : &#171; &lt;i&gt;Pour les gens de gauche qui ne l'ont jamais ouvert, &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; est un vieux canard de droite, supp&#244;t de la r&#233;action et de la calotte. Pour les gens de droite, qui ne le lisent pas davantage, c'est un br&#251;lot socialiste ricanant de Rome et pro-avortement. A tous ceux-l&#224; une suggestion : offrez-vous une petite cure de Frappat, cinq minutes chaque matin, pendant huit &#224; quinze jours et reparlons-en.&lt;/i&gt; &#187; Un des plus anciens collaborateurs de la rue Bayard nous souffle le mot de la fin : &#171; &lt;i&gt;Il y a toujours eu ici &#224; la fois du talent et un esprit d'&#233;quipe, qu'on le red&#233;couvre aujourd'hui est surtout r&#233;v&#233;lateur de ce qui se passe ailleurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On comprend la lueur malicieuse dans l'&#339;il de Frappat et qu'il aime, de temps en temps, se souvenir de la devise de Saint... Bruno : &#171; &lt;i&gt;Le monde tourne, &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; demeure.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rep&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;1883&lt;/i&gt; : le 16 juin, la congr&#233;gation des Augustins de l'Assomption &lt;br /&gt;
fait para&#238;tre le premier num&#233;ro de &lt;i&gt;La Croix.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;1893&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; prend parti contre Dreyfus. Son violent antis&#233;mitisme lui sera reproch&#233; des d&#233;cennies durant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;1927&lt;/i&gt; : arriv&#233;e du p&#232;re L&#233;on Merklen, ouverture au pluralisme politique des catholiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;1957&lt;/i&gt; : le crucifix dispara&#238;t de la une - engagement contre la torture en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;1962-1965&lt;/i&gt; : la couverture du Concile Vatican II est un moment fort de la r&#233;daction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;1994&lt;/i&gt; : Bruno Frappat succ&#232;de &#224; No&#235;l Copin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;1999&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;, journal du soir, devient quotidien du matin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;2003&lt;/i&gt; : nouvelle formule et confirmation des hausses de vente amorc&#233;es d&#232;s 1998. La Croix &#171; quotidien de l'ann&#233;e &#187; (CB News) et &#171; Etoile de l'OJD &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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