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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>Pensons-y toujours, n'en parlons jamais</title>
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		<description>Ancien grand reporter au Figaro, Thierry Desjardins est convaincu que la m&#233;diatisation complique la t&#226;che des n&#233;gociateurs. Faut-il vraiment descendre dans la rue, taper sur des tambours, hurler des slogans et mobiliser l'opinion publique en multipliant les manifestations en tout genre chaque fois qu'un de nos confr&#232;res est pris en otage quelque part autour de la plan&#232;te ? Il serait temps de se poser calmement la question puisque, h&#233;las, la capture des journalistes est entr&#233;e dans les m&#339;urs des (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH93/arton223-05bbe.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='93' class='spip_logos' style='height:93px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Ancien grand reporter au Figaro, Thierry Desjardins est convaincu que la m&#233;diatisation complique la t&#226;che des n&#233;gociateurs.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Faut-il vraiment descendre dans la rue, taper sur des tambours, hurler des slogans et mobiliser l'opinion publique en multipliant les manifestations en tout genre chaque fois qu'un de nos confr&#232;res est pris en otage quelque part autour de la plan&#232;te ? Il serait temps de se poser calmement la question puisque, h&#233;las, la capture des journalistes est entr&#233;e dans les m&#339;urs des rebelles en mal de reconnaissance et des malfrats &#224; la recherche de ran&#231;ons faciles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit pas de savoir si nous sommes solidaires de nos confr&#232;res malheureux. Nous le sommes de toute &#233;vidence et par d&#233;finition. Il s'agit, plus s&#233;rieusement, de savoir si ce genre de d&#233;monstrations a la moindre chance de permettre ou au moins de faciliter la lib&#233;ration de nos confr&#232;res - car tout est l&#224; - ou si, au contraire, ce battage m&#233;diatique qui nous donne bonne conscience pour pas cher ne risque pas de compromettre leur lib&#233;ration en faisant monter les ench&#232;res et en g&#234;nant les n&#233;gociateurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons totalement oubli&#233; deux &#233;vidences :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; 1) un otage dont personne ne parle ne vaut rien ou pas grand-chose dans une n&#233;gociation alors qu'un otage qui fait la une de l'actualit&#233;, tous les jours, dans la presse occidentale, vaut quelques millions de dollars &#224; verser dans une banque suisse, quelques tonnes d'armes &#224; livrer au large de Lattaquieh ou ailleurs et quelques concessions &#224; accepter dans les couloirs de l'ONU ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; 2) les preneurs d'otages (qui pratiquent aussi l'attentat &#224; la voiture pi&#233;g&#233;e, la bombe humaine et l'attaque de banque) ne sont que de vulgaires terroristes qu'il est toujours absurde et d&#233;risoire de vouloir remettre sur le droit chemin en organisant, &#224; leur intention, des concerts de musique douce, des marches silencieuses ou m&#234;me des travers&#233;es de Paris &#224; rollers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Faut-il rappeler que jamais jusqu'&#224; pr&#233;sent nos &#171; mobilisations &#187;, aussi sympathiques soient-elles, n'ont permis la moindre lib&#233;ration d'un seul de nos otages, journalistes ou non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a oubli&#233; l'affaire Claustre, la premi&#232;re du genre. Souvenons-nous : en avril 1974, un petit chef de bande totalement inconnu, Hiss&#232;ne Habr&#233;, &#224; la t&#234;te d'une poign&#233;e de rebelles toubous n'ayant comme armes que de vieilles p&#233;toires et ne poss&#233;dant m&#234;me pas un seul v&#233;hicule, s'empare au fin fond du d&#233;sert du Tibesti, au nord du Tchad, de quatre otages europ&#233;ens, deux Allemands, le Docteur et Mme Staewens, et deux Fran&#231;ais, Fran&#231;oise Claustre et Marc Combe. Au cours de la prise d'otages, Mme Staewens a &#233;t&#233; tu&#233;e. Habr&#233; r&#233;clame &#224; Paris et &#224; Bonn 10 millions de francs par otage. Les Allemands paient imm&#233;diatement et r&#233;cup&#232;rent Staewens ainsi que le corps de sa femme (Mme Staewens &#233;tait la ni&#232;ce du pr&#233;sident de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rale). La France perd du temps. Il est vrai que l'enl&#232;vement s'&#233;tait pass&#233; le jour m&#234;me de la mort de Georges Pompidou et que le gouvernement fran&#231;ais avait alors eu d'autres soucis en t&#234;te. Puis, Paris envoie un n&#233;gociateur particuli&#232;rement mal choisi, le commandant Galopin qui avait command&#233; la r&#233;pression politique dans cette r&#233;gion du Tchad quelques ann&#233;es plus t&#244;t. Il est fusill&#233; par les rebelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En mai 1975, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; r&#233;v&#232;le l'affaire et le drame de nos deux otages. On se met &#224; parler de Mme Claustre. Du coup, le gouvernement multiplie les initiatives et envoie successivement un consul, un ambassadeur et un pr&#233;fet n&#233;gocier avec Habr&#233;. Paris donne de l'argent, puis du mat&#233;riel militaire et est m&#234;me all&#233; jusqu'&#224; faire renverser, &#224; N'Djamena, le dictateur tchadien contre lequel Habr&#233; guerroyait, le sinistre Tombalbaye. Rien n'y fait. Mme Claustre &#233;tant d&#233;sormais &#224; la une de toute la presse fran&#231;aise, les ench&#232;res montent tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faudra attendre plus de trois ans et une scission au sein de la r&#233;bellion entre Habr&#233; et son adjoint Goukouny Ou&#233;dde&#239; pour que ce dernier, qui avait &#171; vol&#233; &#187; Fran&#231;oise Claustre &#224; Habr&#233;, l'offre &#224; Kadhafi en &#233;change de son soutien contre Habr&#233;, et que nous la rachetions, moyennant d'importantes concessions, au dictateur libyen. Entre temps, Marc Combe avait r&#233;ussi &#224; s'&#233;vader et le mari de Fran&#231;oise Claustre &#233;tait, lui aussi, devenu otage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette exp&#233;rience aurait d&#251; nous apprendre, d'une part, que la m&#233;diatisation d'une affaire d'otages ne sert qu'&#224; faire monter les ench&#232;res et, d'autre part, que ces affaires ne peuvent &#234;tre confi&#233;es qu'&#224; de tr&#232;s bons n&#233;gociateurs. C'est Guy Georgy, notre (tr&#232;s brillant) ambassadeur &#224; Tripoli &#224; l'&#233;poque, aujourd'hui disparu, qui r&#233;ussit &#224; provoquer une scission au sein de la r&#233;bellion touboue et &#224; faire comprendre &#224; Kadhafi qu'il avait tout int&#233;r&#234;t &#224; nous rendre Fran&#231;oise Claustre et son mari.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_693 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/otage-chaise.png&quot; title='' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH232/otage-chaise-6fb0a-a525f.png' width='324' height='232' alt='' style='height:232px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les preneurs d'otages ne sont que de vulgaires terroristes qu'il est toujours absurde et d&#233;risoire de vouloir remettre sur le droit chemin. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si la campagne de presse en faveur de Fran&#231;oise Claustre (dont j'avoue avoir &#233;t&#233;, en partie, responsable) a sans doute aiguillonn&#233; le gouvernement fran&#231;ais, elle n'a en rien facilit&#233; la lib&#233;ration de nos otages puisqu'elle a permis &#224; Habr&#233; de multiplier ses exigences au fil des mois. On peut m&#234;me dire - ce qui est stup&#233;fiant - que c'est gr&#226;ce &#224; cette m&#233;diatisation qu'Hiss&#232;ne Habr&#233; est devenu quelques mois plus tard... pr&#233;sident du Tchad, qu'il a &#233;t&#233; re&#231;u officiellement en tant que chef d'Etat sur les Champs-Elys&#233;es et qu'il coule aujourd'hui des jours heureux dans un exil de milliardaire &#224; Dakar...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si nous n'avions pas parl&#233; de Fran&#231;oise Claustre, deux de nos n&#233;gociateurs successifs, St&#233;phane Hessel ou Louis Morel, auraient sans doute pu obtenir sa lib&#233;ration beaucoup plus t&#244;t et pour beaucoup moins cher et Habr&#233; serait rest&#233; un petit chef de bande pilleur de caravanes dans les cailloux du Tibesti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la le&#231;on de l'affaire Claustre n'a servi &#224; rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant des mois nous avons m&#233;diatis&#233; &#224; outrance nos otages du Liban en pr&#233;sentant chaque soir leurs portraits lors du journal t&#233;l&#233;vis&#233; comme si les terroristes chiites du Hezbollah libanais pouvaient &#234;tre sensibles &#224; nos appels &#224; l'humanisme et &#224; nos &#233;vocations des droits de l'homme. C'&#233;tait aussi d&#233;risoire que n&#233;faste. C'est &#233;videmment une n&#233;gociation men&#233;e notamment par Jean-Charles Marchiani avec T&#233;h&#233;ran et le Hezbollah qui a permis la lib&#233;ration de nos otages. Sur le coup, le gouvernement avait os&#233; nous affirmer qu'il n'avait rien pay&#233;, rien c&#233;d&#233;. Pourtant, quelques mois plus tard, le m&#234;me Marchiani &#233;tait tra&#238;n&#233; en justice et accus&#233; (sans doute &#224; tort) d'avoir d&#233;tourn&#233; &#224; son profit une partie de... la ran&#231;on. Quelle ran&#231;on ? Et comment expliquer, autrement que par cet accord avec les terroristes chiites, l'attitude bien indulgente &#224; l'&#233;gard du Hezbollah que le gouvernement fran&#231;ais a, depuis, toujours adopt&#233;e ? Notre mobilisation n'avait servi qu'&#224; g&#234;ner nos n&#233;gociateurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne sait pas encore ce que Paris a accord&#233; aux terroristes irakiens pour obtenir la lib&#233;ration de Georges Malbrunot et Christian Chesnot. Mais on sait que le g&#233;n&#233;ral Rondot a men&#233; des n&#233;gociations &#224; Bagdad et &#224; Damas et il est peu probable qu'il ait pu se contenter d'&#233;voquer avec les preneurs d'otages les manifestations populaires organis&#233;es par nos bonnes &#226;mes. D'ailleurs, l'enl&#232;vement, quelques jours plus tard, de Florence Aubenas incite &#224; penser qu'une des clauses de l'accord qu'il avait conclu n'a pas &#233;t&#233; respect&#233;e par Paris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'exemple de notre cons&#339;ur italienne Giuliana Sgrena est tr&#232;s r&#233;v&#233;lateur. Son cas &#233;tait plus difficile encore que celui de Florence Aubenas puisque l'Italie avait des troupes d'occupation aux c&#244;t&#233;s des Am&#233;ricains. Au lendemain de sa lib&#233;ration (dramatique), le gouvernement italien a jur&#233; ses grands dieux qu'il n'avait rien pay&#233;, rien promis, rien c&#233;d&#233; et que les preneurs d'otages avaient accept&#233; de lib&#233;rer la journaliste italienne simplement parce qu'ils avaient &#233;t&#233; sensibles &#224; la mobilisation populaire en sa faveur. Mais, quelques jours plus tard, Silvio Berlusconi lui-m&#234;me annon&#231;ait que l'Italie trahissait ses engagements avec Washington et... retirait ses troupes d'Irak.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'on arr&#234;te donc de nous raconter que les manifestations de solidarit&#233; peuvent permettre d'obtenir la lib&#233;ration de nos otages. Les preneurs d'otages sont, par d&#233;finition, des terroristes qui veulent de l'argent, des armes et des concessions politiques. En descendant dans la rue, nous leur d&#233;montrons que nous jouons leur jeu en faisant pression sur notre gouvernement pour qu'il c&#232;de &#224; toutes leurs exigences. Il est vrai que certains de nos compatriotes trouvent dans ces manifestations une occasion inesp&#233;r&#233;e de se mettre en avant avec leurs bons sentiments en bandouli&#232;re. On voudrait leur rappeler la phrase fameuse : &#171; &lt;i&gt;Pensons-y toujours, n'en parlons jamais.&lt;/i&gt; &#187; Il y va de la vie de nos compatriotes. Et tant pis pour les plaisirs du battage m&#233;diatique !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &quot;Les politiques sont les domestiques des journalistes&quot;</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Les-politiques-sont-les,211.html</link>
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		<dc:subject>En ouverture</dc:subject>
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		<description>Pour le philosophe des religions, la cl&#233;ricature de la presse a remplac&#233; celle des autorit&#233;s spirituelles traditionnelles. Qu'est-ce qui vous fait choisir un journal le matin ? Chacun slalome dans l'information en fonction de ses biorythmes. Pas de journal le matin pour la simple raison que je travaille. Pour lire, il faut aller au kiosque ou, quand on est abonn&#233;, attendre 11h ou midi. Donc, mon premier et seul journal, c'est au moment du d&#233;jeuner. Peut-on vous demander lequel ? Vous savez, il (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L99xH150/arton211-07323.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='99' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:99px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Pour le philosophe des religions, la cl&#233;ricature de la presse a remplac&#233; celle des autorit&#233;s spirituelles traditionnelles.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui vous fait choisir un journal le matin ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chacun slalome dans l'information en fonction de ses biorythmes. Pas de journal le matin pour la simple raison que je travaille. Pour lire, il faut aller au kiosque ou, quand on est abonn&#233;, attendre 11h ou midi. Donc, mon premier et seul journal, c'est au moment du d&#233;jeuner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on vous demander lequel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous savez, il n'y a que deux corporations qui lisent tous les journaux : les politiciens et les journalistes. D'o&#249; une complicit&#233;. Ils sont sur la m&#234;me longueur d'ondes. Nous, on doit faire r&#233;gime si on veut garder un peu de quant-&#224;-soi. Le seul quotidien auquel je suis abonn&#233; c'est &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;. Le matin j'&#233;coute &lt;i&gt;France Inter&lt;/i&gt;. Plus &lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt; chaque mois, parce que c'est ma famille et mon histoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la t&#233;l&#233;vision ? Vous disposez d'un poste chez vous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'aimais bien regarder le 20 heures, mais je n'y arrive plus. C'est beaucoup trop lent et le d&#233;cervelage par le fait divers, vraiment excessif. Nos cha&#238;nes nationales sont devenues des bulletins municipaux, c'est Clochemerle &#224; l'heure de la mondialisation, audimat oblige. Comment les r&#233;dactions, publiques ou priv&#233;es, peuvent-elles construire le m&#234;me r&#233;el, chaque jour, avec pratiquement la m&#234;me hi&#233;rarchie de nouvelles, sans se passer le mot ? C'est tout le myst&#232;re de l'id&#233;ologie, ce concert sans chef d'orchestre. Notez bien que je n'ai pas trouv&#233; le bonheur par le renoncement. Le r&#233;gime s&#233;v&#232;re a de s&#233;rieux effets secondaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On manque trois choses capitales : le bulletin n&#233;crologique, qui &#224; mon &#226;ge devient vital, voire prioritaire ; les nominations et promotions, indispensables &#224; la vie en soci&#233;t&#233; - je m'en tire en donnant du Monsieur le Pr&#233;sident &#224; quiconque me para&#238;t avoir la cinquantaine ; et les cotations &#224; la Bourse des valeurs culturelles, pour savoir de quoi ou de qui dire du bien ou du mal dans les d&#238;ners, sinon on mange sa soupe sans broncher, et on ne vous invite plus. Vu le nombre grandissant d'asociaux volontaires, il y aurait place, je crois, pour un imprim&#233; en recto verso qui se limiterait &#224; la n&#233;cro, aux &#171; en hausse &#187; et &#171; en baisse &#187;, et au Dow Jones des bouquins, expos, films et pi&#232;ces. Si ce journal existait, je serais le premier abonn&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il un m&#233;dia, un journal qui trouve gr&#226;ce &#224; vos yeux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;. Pour la gr&#226;ce, cela tombe bien. Je suis ath&#233;e, mais les affaires de religion m'int&#233;ressent, c'est un penchant professionnel. Les options de &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; ne sont pas les miennes. Je ne suis pas &#171; euro-b&#233;at &#187;, et reste farouchement la&#239;c, mais je ne me sens pas agress&#233; en lisant ce journal qui ne pense pas comme moi. Alors que les autres... &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; est un journal serein, qui ne cloue personne au pilori, se tient &#224; distance des scandales judiciaires, ne saute pas dans le dernier train en partance, pond&#232;re assez bien les nouvelles, et ne pr&#233;tend pas changer le monde. Que demander de plus ? Les &#233;ditos de Bruno Frappat sonnent juste et les billets d'Alain R&#233;mond m'enchantent. Pour moi, un bon journal est un mixte de l&#233;ger et de lourd, piquant, d&#233;concertant, mais avec deux ou trois articles de fond. Et o&#249; il y a assez d'infos, dans les br&#232;ves et dans les coins, pour d&#233;mentir l'&#233;dito en une, si on y tient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment trouvez-vous l'attitude des m&#233;dias par rapport au fait religieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la limite trop complaisante, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; trop longtemps n&#233;gligente. Trop sensible &#224; l'actu, pas assez aux constantes. Mais il y a des dossiers - notamment dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; - tr&#232;s bien construits. Et Henri Tincq, dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, est toujours &#233;clairant sur la chose chr&#233;tienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fait que l'on puisse, dans la presse fran&#231;aise, se moquer du pape par exemple, mais jamais de l'islam ou du juda&#239;sme, cela vous choque ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le juda&#239;sme est prot&#233;g&#233; par Auschwitz, le protestantisme par sa discr&#233;tion, l'orthodoxie par notre ignorance et l'islam par l'antiracisme. On prend sa revanche sur le catho. C'est le bouc &#233;missaire le meilleur march&#233;. L&#224;, pas de danger de repr&#233;sailles. Mais ne r&#234;vons pas. Nous assistons aujourd'hui &#224; un transfert de cr&#233;dit et de croyance. Les lieux ou les personnels officiellement consacr&#233;s, les clercs, les pr&#234;tres, les &#233;v&#234;ques sont en r&#233;alit&#233; d&#233;sacralis&#233;s. La sacralit&#233; sociale s'est report&#233;e sur d'autres univers, celui des droits de l'homme, celui de la libert&#233; de la presse : des choses intouchables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et vous pensez que les m&#233;dias ont jou&#233; un r&#244;le dans cette d&#233;sacralisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils ont tout &#224; y gagner, en tout cas. Ils repr&#233;sentent l'autorit&#233; spirituelle propre &#224; la d&#233;mocratie de march&#233;, l'&#226;me d'un monde sans &#226;me. La voix du Bien et du Vrai. Les m&#233;dias l&#224;-dessus ne font que remplir un vide. Il faut bien que quelqu'un remplace notre ancien clerg&#233;. Sans doute y a-t-il des religions sans clerg&#233;, mais, comme dit Vernant, on ne conna&#238;t pas de soci&#233;t&#233;, fut-elle ath&#233;e, sans religion. Cela dit, c'est un fait que les m&#233;dias ont tendance &#224; censurer leur ex-censeur, que ce soit le chef de l'Etat, le pr&#233;fet, le d&#233;put&#233;, et plus largement toutes les autorit&#233;s autres que la leur propre, partis, syndicats, parlements, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le premier des pouvoirs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans une d&#233;mocratie d'opinion, la fabrication de l'opinion joue les premiers r&#244;les. Mais &#171; pouvoir &#187; est un terme impropre. Un pouvoir est un &#233;nonciateur de normes, capable de faire respecter celles-ci par la contrainte. Par ailleurs, &#171; premier pouvoir &#187; renvoie &#224; Montesquieu, &#224; une th&#233;orie de l'&#233;quilibre lib&#233;rale, propre au XVIIIe si&#232;cle. Ce n'est pas la mienne. Je parlerais plut&#244;t d'un magist&#232;re, d'un clerg&#233;, c'est-&#224;-dire d'une puissance morale qui est en gros celle qu'Auguste Comte appelait le pouvoir spirituel. Ce n'est plus aujourd'hui une cl&#233;ricature ax&#233;e sur le surnaturel, mais sur le culte du r&#233;el, doubl&#233; d'un moralisme impitoyable. Il serait idiot, me semble-t-il, d'analyser la puissance de la presse sans parler de la baisse du pouvoir d'Etat, de l'&#233;croulement des autres autorit&#233;s spirituelles qu'&#233;taient l'universit&#233;, le clerg&#233;, les institutions savantes ou les acad&#233;mies.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le principe des vases communicants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, bien s&#251;r. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, plus le pouvoir politique est moralement faible, plus le pouvoir spirituel est politiquement influent. A Etat faible, clerg&#233; fort. A clerg&#233; faible, Etat fort. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t spontan&#233; des m&#233;dias &#224; d&#233;valoriser ou d&#233;l&#233;gitimer l'Etat, car cela augmente quasi m&#233;caniquement, par contrepoids, leur propre autorit&#233;. C'est un jeu de bascule qui se v&#233;rifie &#224; toutes les &#233;poques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans votre bouche, il n'est pas s&#251;r que le mot clerg&#233; soit positif.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les clercs sont respectables. C'est le cl&#233;ricalisme qui fait probl&#232;me. En fait, les journalistes forment plut&#244;t un magist&#232;re protestant qu'un clerg&#233; catholique ; il n'est pas hi&#233;rarchis&#233;, il n'est pas vertical, il n'est pas dogmatique. Il est diss&#233;min&#233; en ces petites communaut&#233;s d'esprits que sont les r&#233;dactions, mais avec un credo et un profil communs. Et rappelez-vous que le clerg&#233; a eu beaucoup de martyrs, beaucoup de missionnaires tu&#233;s dans le monde. Le clerg&#233; a &#233;t&#233; &#224; l'origine des universit&#233;s et des h&#244;pitaux. Ce n'est pas rien. Tout cela pour montrer que le terme n'est en rien p&#233;joratif dans ma bouche. Parler du clerg&#233; ou de la cl&#233;ricature s'inscrit dans une r&#233;flexion anthropologique et non pas pol&#233;mique. Pour savoir v&#233;ritablement ce qu'est le journalisme, il suffit de lire &#171; Discours sur l'ensemble du positivisme &#187; d'Auguste Comte - 1848 - ou &#171; Comment l'opinion doit-elle &#234;tre dirig&#233;e &#187;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_671 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/DEBRAY-2.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/DEBRAY-2-09200-e6b35.jpg' width='324' height='217' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-671 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le catho est le bouc &#233;missaire le meilleur march&#233;. L&#224;, pas de danger de repr&#233;sailles. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parler de contre-pouvoir serait donc une illusion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mieux : un clich&#233;. Aujourd'hui, le ministre est un rebelle, le banquier un ami des pauvres, le milliardaire met un jean pour aller &#224; l'op&#233;ra, et le pouvoir se bat dos au mur et &#224; mains nues contre les puissants coalis&#233;s. Cela fait partie de la &#171; novlangue &#187; en usage depuis une trentaine d'ann&#233;es. La vraie question est de savoir si la presse a un contre-pouvoir en face d'elle. Je l'ai esp&#233;r&#233; en 1981, avec l'arriv&#233;e aux affaires de mes amis socialistes. J'ai cru que l'Etat r&#233;publicain pouvait &#234;tre ce contre-pouvoir. Il m'a fallu deux ou trois ans pour saisir &#224; quel point l'Etat d&#233;mocratique &#233;tait devenu m&#233;dio-d&#233;pendant et donc docile au nouveau pouvoir spirituel &#233;manant de la soci&#233;t&#233; civile, c'est-&#224;-dire de l'argent et de l'image. Ce qui m'a fait bient&#244;t rentrer &#224; la maison pour r&#233;fl&#233;chir &#224; ce sid&#233;rant renversement des r&#244;les.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etes-vous favorable &#224; cet observatoire des m&#233;dias que met en place &lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt;, et peut-il jouer ce r&#244;le de contre-pouvoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'en sais strictement rien, c'est aux journalistes d'en d&#233;cider. L'affichage d'un code dans les couloirs est une chose, le fonctionnement de la machine en est une autre. Mais une initiative de ce genre a plut&#244;t rendu service &#224; la la&#239;cit&#233; en d&#233;voilant la ronronnante particularit&#233; des m&#233;dias, y compris ceux que le citoyen finance, dans la campagne r&#233;f&#233;rendaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais peut-on am&#233;liorer le fonctionnement des m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la marge, oui. Sur le fond, je ne crois pas. La machine a sa logique. Concurrence et donc alignement sur le bas. Recherche d'audience maximale, pour le financement publicitaire. La survie commande. Vitesse obligatoire. Le client est roi. La t&#233;l&#233; g&#233;n&#233;raliste en particulier est une machinerie industrielle dont les contraintes me semblent telles que le pilotage en est quasi automatique. Cela dit, les &#171; &lt;i&gt;mass media&lt;/i&gt; &#187;, on est en train d'en sortir. L&#224; encore, la technologie m&#232;ne le bal, et la d&#233;ontologie s'adapte bon an mal an. Internet a chang&#233; la donne. On n'est plus dans un entonnoir rigide, mais dans un r&#233;seau plus ouvert, amorphe, sans indexation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez r&#233;ellement que les journalistes dirigent l'opinion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si cela &#233;tait vrai, le oui &#224; la Constitution europ&#233;enne aurait fait 98 % des voix. Tous les cardinaux, sans exception, &#233;taient partisans du oui. Il faudrait s'entendre sur ce mot &#233;cran, ce mot-valise, de journaliste. Qu'y a-t-il de commun entre l'agencier ou le localier et le directeur d'une r&#233;daction nationale ? Il y avait un foss&#233;, dans le clerg&#233; d'Ancien R&#233;gime, entre le haut et le bas clerg&#233;. En 1789, le haut clerg&#233; a ralli&#233; la noblesse, et le bas clerg&#233; le tiers &#233;tat. Cette scission interne a permis la prise de la Bastille. En 2005, la haute presse a ouvertement ralli&#233; la classe dirigeante, avec la haute intelligentsia qui n'a pas sa carte de presse mais qui trace dans sa roue, je veux dire les chroniqueurs, blocs-noteurs et libres-opineurs. Les intellectuels assimil&#233;s ou &#233;ditorialistes associ&#233;s sont un peu aux chefs de service ce qu'est le coadjuteur &#224; l'&#233;v&#234;que. Mais le technicien de l'information qui fait le boulot n'appara&#238;t pas &#224; l'&#233;cran ni en une. Le cur&#233; de village non plus, qui tenait l'&#233;tat civil avant 1789, n'&#233;tait pas re&#231;u chez monsieur le Comte. Je vous r&#233;ponds donc : 1/ les journalistes de m&#233;tier ne forment pas une classe et 2/ il n'y a donc pas dictature de cette classe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, vous &#234;tes un lecteur du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt;. C'est leur th&#233;orie, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il en va des directeurs d'opinion comme jadis des directeurs de conscience. Ces derniers n'ont jamais emp&#234;ch&#233; les adult&#232;res, les guerres, les rapines. Bref, le saint rayonne, mais ne produit pas la saintet&#233; autour de lui. Plus que de direction d'opinion, je parlerais de climatisation, avec production d'un effet d'ambiance, d'une atmosph&#232;re cr&#233;ant au sommet une sorte de bulle intellectuelle et morale, assez aveuglante au demeurant pour ceux qui vivent dedans. Tout cela dans une couche de la population - encore une fois, comme avec le clerg&#233; d'antan - la plus instruite et la plus fortun&#233;e. Mais il y a tout de m&#234;me une production de r&#233;f&#233;rences, la ventilation quotidienne du bon et du mauvais, du vrai et du faux, la mise en forme du monde... Qu'est-ce qui fait nouvelle ou pas ? Pourquoi tout d'un coup tel otage devient-il ph&#233;nom&#232;ne national, et tel autre ne le devient pas ? Comme disent les Am&#233;ricains, c'est &#171; l'&lt;i&gt;agenda setting&lt;/i&gt; &#187;. Les m&#233;dias fixent ce sur quoi il convient d'opiner. L'id&#233;ologie d'une &#233;poque se d&#233;finit par ce qu'elle s'accorde &#224; tenir pour r&#233;el. Et en ce sens, les m&#233;dias d&#233;finissent globalement ce qu'il convient de tenir pour r&#233;el &#224; l'instant T dans un lieu X. Et, &#233;videmment, cela ne sera pas le m&#234;me r&#233;el selon que l'on se trouve en Birmanie, en Inde, en Colombie ou en France. Chaque sph&#232;re m&#233;diatique nationale a sa propre couleur. Avec, l&#224; est le fait nouveau, une horloge unique, une vid&#233;osph&#232;re mondiale, mais qui passe par l'image, et non par l'&#233;crit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous que quelqu'un tire les ficelles ? Les puissances d'argent derri&#232;re la concentration des m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Je ne crois gu&#232;re &#224; cette id&#233;e rassurante d'un&lt;i&gt; Big Brother&lt;/i&gt; qui serait le grand capital actionnant des marionnettes. C'est d'ailleurs une id&#233;e assez m&#233;diatique, manich&#233;enne et magique : c'est aussi pour cela qu'elle marche. Chacun conna&#238;t l'ind&#233;pendance des r&#233;dactions par rapport aux d&#233;tenteurs du capital d'un titre, le c&#244;t&#233; r&#233;tif du journaliste pour tout ce qui est &#171; directives venues d'en haut &#187;. S'il y a une homog&#233;n&#233;it&#233; du milieu, au niveau des dirigeants, c'est pour des raisons internes de formation, d'&#233;ducation, de milieu social, de mode de vie. Il y a un esprit de corps, mais pas du tout, je crois, petit doigt sur la couture du pantalon.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'&#234;tes donc pas de ceux que l'arriv&#233;e des Lagard&#232;re au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, Rothschild &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; et Dassault au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; fait trembler ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'aurais pr&#233;f&#233;r&#233; le programme de 1945 concernant les &#171; soci&#233;t&#233;s de presse &#224; but non lucratif &#187; qu'Hubert Beuve-M&#233;ry avait souhait&#233;. C'est bien triste mais cela fait partie de la &#171; marchandisation &#187; du monde. Et la presse n'est qu'une expression parmi d'autres du monoth&#233;isme du profit, du culte g&#233;n&#233;ralis&#233; de l'argent. En l'occurrence, la dictature passe par l'audience, avec le tropisme du scoop ou du scandale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il s'agit plus de la dictature du public que de la dictature de l'argent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les deux se rejoignent &#233;tant donn&#233; qu'un journal &#224; gros tirage aura plus de publicit&#233;. L'argent imbibe les esprits, plus qu'il ne les ach&#232;te. Comme disait Kierkegaard, l'homme heureux vit dans un monde, et le malheureux dans un autre. Un salaire tr&#232;s &#233;lev&#233;, cela vous exp&#233;die sur une autre plan&#232;te, via les restaurants, les vill&#233;giatures, les habitudes, les voitures &#224; chauffeur, les cent coups de t&#233;l&#233;phone quotidiens...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais peut-on faire l'&#233;loge de la pauvret&#233; dans un m&#233;dia ? On sait bien que l'ind&#233;pendance, c'est aussi d'&#234;tre riche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est vrai. On est un peu entre Charybde et Scylla. Un intellectuel pauvre est plus satellisable. Mais un riche sera absorb&#233; par un milieu, un rythme, une fa&#231;on d'&#234;tre, qui en feront un notable parmi d'autres. Je ne vois pas de solution simple. Ce qui me g&#234;ne, c'est qu'on parle de plus en plus de la classe m&#233;diatique comme on parle de la classe politique. En 1955, si on avait eu un entretien comme celui-ci, on n'aurait pas parl&#233; des m&#233;dias en g&#233;n&#233;ral, mais de la presse communiste, de la presse socialiste, de la presse chr&#233;tienne, de la presse de droite ; et chacun de ces univers avait ses propres crit&#232;res. Les uns allaient &#224; v&#233;lo, les autres en voiture, les autres prenaient le m&#233;tro. C'&#233;tait des micro-soci&#233;t&#233;s ou des contre-soci&#233;t&#233;s. Aujourd'hui, nous avons - &#224; l'am&#233;ricaine - un resserrement de l'&#233;ventail et un milieu homog&#232;ne et assez lisse. On peut passer indiff&#233;remment d'une r&#233;daction &#224; l'autre. La profession a peut-&#234;tre gagn&#233; en comp&#233;tence ce qu'elle a perdu en conviction. Le milieu est ind&#233;pendant, mais l'individu est cent fois plus d&#233;pendant de son milieu. Cela se traduit d'ailleurs dans le resserrement du nombre de titres. En 1910, on pouvait lire &#224; Paris plusieurs dizaines de journaux d'opinion diff&#233;rente. Et encore en 1950, passer du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; &#224; Lib&#233;ration (celui d'Astier de la Vigerie), c'&#233;tait passer d'une plan&#232;te &#224; une autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais aujourd'hui, lire &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, c'est la m&#234;me chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a des nuances, mais sur un fond commun : une id&#233;ologie lib&#233;rale-europ&#233;o-d&#233;centralisatrice, avec des deux c&#244;t&#233;s une fascination spontan&#233;e pour l'Am&#233;rique du Nord. Chaque &#233;poque a ses mod&#232;les. Convenons que Bush et Kerry, c'est mieux que Staline ou Hitler. On progresse.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_670 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/DEBRAY-15.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L215xH324/DEBRAY-15-f30a1-b8eca.jpg' width='215' height='324' alt='' style='height:324px;width:215px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La profession a peut-&#234;tre gagn&#233; en comp&#233;tences ce qu'elle a perdu en conviction. Le milieu est ind&#233;pendant, mais l'individu est cent fois plus d&#233;pendant de son milieu. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes tr&#232;s virulent contre &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;. Est-ce parce que vous avez eu maille &#224; partir avec lui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous faites peut-&#234;tre allusion &#224; une correspondance avec l'un de mes anciens &#233;l&#232;ves, journaliste catholique qui a d&#233;missionn&#233; de son groupe de presse. &#199;'a &#233;t&#233; publi&#233; sous le titre &#171; Le si&#232;cle et la r&#232;gle &#187;, et ignor&#233; par la presse, &#224; l'exception de &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; et du Point de Franz-Olivier Giesbert, mais honor&#233; du prix Fran&#231;ois Mauriac. Je vous ferai remarquer que dans cet &#233;change, c'est moi, au nom du r&#233;alisme, qui prend la d&#233;fense de ce quotidien, face &#224; un id&#233;aliste qui finit d'ailleurs par rentrer dans les ordres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut peut-&#234;tre en parler &#224; l'imparfait, mais &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &#233;tait devenu un journal sectaire, manich&#233;en et de mauvaise foi. Sectaire parce que sans charit&#233; aucune envers ses h&#233;r&#233;tiques. C'est caricatural dans &lt;i&gt;Le Monde des livres&lt;/i&gt; o&#249; pr&#233;vaut la devise : &#171; &lt;i&gt;Nul n'aura d'esprit que nous et nos amis.&lt;/i&gt; &#187; Manich&#233;en parce qu'il s'estimait en charge du Bien et du Mal. Vous vous souvenez de l'&#233;dito intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;la faute de Monsieur Fabius&lt;/i&gt; &#187;. Pas &#171; l'erreur &#187; ou le &#171; faux pas &#187;, la &#171; faute &#187;. C'est le ton &#233;difiant du XIXe eccl&#233;sial. De mauvaise foi enfin, comme tout ce qui n'est pas ce qu'il est et est ce qu'il n'est pas. On n'est pas le journal d'information objectif, pond&#233;r&#233;, &#233;quidistant qu'on dit &#234;tre, mais on n'est pas non plus le journal d'opinion qu'on est de facto, parce qu'on n'annonce pas clairement le programme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne vois que des avantages &#224; ce qu'un parti d&#233;mocrate franco-am&#233;ricain se constitue, malheureusement sans le Black Caucus ni les syndicats ouvriers - mais de l&#224; &#224; ce que ce parti devienne l'arbitre des &#233;l&#233;gances, non ! &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; a une religion ouverte et ancienne, cela lui donne un certain recul par rapport aux derni&#232;res-n&#233;es. Il abat ses cartes. Du coup, il n'y a pas entre l'&#233;dito et l'info le m&#234;me &#171; parasitage &#187; qui fait de la manchette un coup de machette. Je vous avouerai m'&#234;tre d&#233;sabonn&#233; du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, apr&#232;s que le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; en est devenu la r&#233;f&#233;rence hebdomadaire. Autant j'aurais trouv&#233; formidable la publication tournante d'un grand journal &#233;tranger - espagnol, br&#233;silien, japonais, africain, et am&#233;ricain - mais chaque semaine le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;, au nom du cosmopolitisme de surcro&#238;t, cela m'a paru un peu fort de caf&#233;. On m'assure que les choses sont en train de changer. Tant mieux. Pourvu que Plantu reste en une...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous vous &#234;tes donc f&#233;licit&#233; du d&#233;part d'Edwy Plenel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Edwy Plenel est un excellent journaliste, et un homme plus qu'estimable. Le probl&#232;me est que c'est un intellectuel, donc un militant, un passionn&#233;. Un intellectuel est un homme qui fait la guerre en temps de paix, et chaque jour est une bataille &#224; gagner, un plan strat&#233;gique &#224; refaire, avec un front principal, des ennemis, des alliances, des renversements d'alliances. Tout un jeu d'&#233;checs tr&#232;s absorbant, qui permet d'installer une influence. Un intellectuel combattant n'a pas pour priorit&#233; de rendre le monde intelligible, - &#231;a, c'est la fonction du savant -, il veut rendre son environnement ha&#239;ssable ou aimable, selon qu'il est ou non conforme &#224; ses valeurs. Pour l'information, ce n'est pas l'id&#233;al. Mais s'il vous pla&#238;t, pas de bouc &#233;missaire !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est pour cela que vous parliez de d&#233;voiement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le bon mot serait l'hubris, la d&#233;mesure. Se servir d'un lieu de d&#233;bat comme d'un moyen de combat. Et puis, on ne peut pas &#234;tre &#224; la fois juge et partie. On peut parfaitement estimer que tout ce qui parle de nation est du nationalisme, de l'Etat, de l'&#233;tatisme, du peuple, du populisme. Si cela &#233;tait clairement revendiqu&#233;, ce serait aussi respectable que la position inverse. Le probl&#232;me est que ce n'est pas dit. Et que selon que vous adh&#233;rez ou non &#224; ce credo, vous serez jug&#233;. Mon cas personnel est n&#233;gligeable, un parmi cent autres. Tant que j'&#233;tais l'ami de la direction, m&#234;me Sollers me trouvait un brin de talent. Quand je suis devenu officiellement rouge-brun, apr&#232;s la bulle lanc&#233;e par BHL, le ma&#238;tre des lieux, et affich&#233;e en une, &#171; Adieu, R&#233;gis &#187;, je suis redevenu le plumitif insignifiant que je n'aurais jamais d&#251; cesser d'&#234;tre. Selon que vous serez puissant ou mis&#233;rable...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes donc d'accord avec ce Premier ministre qui disait : &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas gouverner contre &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est vrai qu'on ne peut pas faire la politique des &#233;lites contre le journal des &#233;lites. Dans la mesure o&#249; celui-ci cristallisait l'id&#233;ologie ambiante, c'est-&#224;-dire Davos plus le cannabis, la fin du Smic plus le multiculturalisme, si vous avez un gouvernement de type lib&#233;ral-social, vous aurez cette &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s au-dessus de la t&#234;te. Jospin est pass&#233; sous les fourches caudines du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; de cette &#233;poque : cela ne lui a pas r&#233;ussi. Cela dit, le rapport de forces est ce qu'il est : le directeur du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; peut &#171; se faire &#187; un ministre, l'inverse est impensable.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je regrette l'&#233;poque o&#249; les journalistes avaient d'autres r&#233;f&#233;rences que Sciences-Po, le moule &#224; gaufre des vues courtes et convenues. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce pour cela que vous trouvez les journalistes &#171; &lt;i&gt;arrogants et d&#233;sinvoltes&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas leur faute. C'est le milieu technique qui autorise un certain sans-g&#234;ne. En 1961, j'ai fait un reportage sur Cuba : j'y suis rest&#233; six mois, pour un article de deux pages dans &lt;i&gt;Les Lettres Fran&#231;aises&lt;/i&gt;. En 1964, je suis revenu du Br&#233;sil sur un cargo parce que j'&#233;tais fauch&#233;. &#199;a m'a donn&#233; trois semaines pour tourner ma plume dans l'encrier. C'&#233;tait une &#233;poque o&#249; le charter n'existait pas, ni le portable, ni le satellite. Bref, aujourd'hui, difficile pour un journal d'envoyer un type se perdre pendant six mois &#224; l'autre bout du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Maintenant vous recevez un coup de t&#233;l&#233;phone d'un jeune journaliste press&#233; qui se pr&#233;sente &#224; peine, vous alloue trois minutes pour r&#233;pondre &#224; une enqu&#234;te sur l'existence de Dieu, le futur de l'Europe ou le montant de vos imp&#244;ts. Quand vous lui proposez de venir en discuter face-&#224;-face, on vous r&#233;pond qu'on doit boucler l'apr&#232;s-midi et qu'on a autre chose &#224; faire. La politesse est aussi une affaire de technologie. La courtoisie, la fl&#226;nerie supposent un autre rythme. La pression de la concurrence et le devoir de vitesse font quasiment de l'outrecuidance, de l'inculture et du &#171; je m'enfoutisme &#187; des atouts professionnels. &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt; vous bassine pour venir vous interroger sur l'enseignement du fait religieux &#224; l'&#233;cole ; vous acceptez pour la bonne cause ; ils arrivent, s'installent chez vous, arrangent les lumi&#232;res, font sauter votre &#233;lectricit&#233;, vous prennent deux ou trois heures et rien ne passe &#224; l'&#233;cran, ou dans le meilleur des cas, cinq secondes pr&#233;lev&#233;es sur un entretien de quinze minutes. Et vous croyez qu'ils vous appelleront le lendemain pour s'expliquer, sinon s'excuser ? Non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si vous faites cela &#224; quiconque, vous &#234;tes ray&#233; des listes. Eux, c'est l'impunit&#233;. Et puis, entre nous soit dit, ils auraient tort de se g&#234;ner, nos arrogants. Les politiques sont devenus leurs domestiques, et nombre d'intellos aussi. On les sonne, et ils viennent. Cent personnes contr&#244;lent l'acc&#232;s &#224; l'image d'un bon million d'aspirants notables, et l'image ou la notori&#233;t&#233; est notre valeur supr&#234;me &#224; tous, comme le salut &#233;ternel &#233;tait celle de nos a&#239;eux. Les hommes en noir avaient barre sur eux, comme les d&#233;cideurs de presse ont barre sur nous. Ils peuvent nous bousiller l'image, et donc la vie, &#224; tout instant. La muflerie est d'ailleurs fonction de l'audimat. On est plus courtois &#224; &lt;i&gt;France 3&lt;/i&gt; qu'&#224; &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt;, parce que c'est un distributeur de gloire plus faible. Le journalisme &#233;crit est en g&#233;n&#233;ral moins mufle que l'audiovisuel, il est moins indispensable. Diderot appelait cela &#171; &lt;i&gt;les idiotismes du m&#233;tier&lt;/i&gt; &#187;. Ce sont ceux de l'&#233;poque finalement. Le grand journaliste est bien l'homme d'affaires du g&#233;nie de notre temps : sa d&#233;sinvolture fait partie de la d&#233;symbolisation g&#233;n&#233;rale de la vie. En 1955, on sublimait. En 2005, on d&#233;sublime. On peut se consoler en pensant que &#231;a ne durera pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous paraissez regretter le &#171; bon vieux temps &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, je l'avoue. Je suis un homme de nostalgie, c'est tout ce qui me reste du r&#233;volutionnaire que je ne suis plus. L&#224; o&#249; il n'y a plus de nostalgie, il n'y a plus de progr&#232;s. Tout en sachant qu'il n'y a pas eu d'&#226;ge d'or, je voudrais y revenir. L&#233;nine en 1917 voulait refaire la Commune de Paris, la Commune voulait refaire 1848, ceux de 1848, 1789 et ceux de 1792 voulaient retourner &#224; Rome et &#224; Sparte. La nostalgie fut le sentiment royal du XIXe si&#232;cle, qui ne fut pas pour rien le si&#232;cle des r&#233;volutions. Seuls les conservateurs ne sont pas des nostalgiques. Comme nous vivons la Restauration conservatrice, &#171; nostalgie &#187; est devenu un gros mot. Oui, je regrette le temps o&#249; Eric Rouleau partait un mois au Proche-Orient, Robert Guillain des ann&#233;es au Japon, et Niedergang un trimestre en Am&#233;rique du Sud avant de pondre une s&#233;rie de quatre ou cinq articles. Ils prenaient leur temps et m'en demandaient, &#224; moi lecteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je regrette l'&#233;poque o&#249; les journalistes n'&#233;taient pas format&#233;s par les &#233;coles professionnelles, et avaient d'autres r&#233;f&#233;rences que Sciences-Po, le moule &#224; gaufre des vues courtes et convenues. O&#249; ils avaient une exp&#233;rience personnelle de la vie, acquise sur le tas. Je regrette le temps o&#249; le fin du fin n'&#233;tait pas le scoop, et m&#234;me celui o&#249; l'on estimait devoir garder par devers soi certaines v&#233;rit&#233;s. Mais je sais bien que cet &#226;ge d'or est largement id&#233;alis&#233;, que la grande presse &#233;tait pourrie - celle d'avant 14 achet&#233;e par les ambassades, celle d'apr&#232;s 14 par le Comit&#233; des forges. Je ne me fais pas trop d'illusions. Mais le journalisme modeste m'a donn&#233; le go&#251;t du grand large. Le journalisme de Zorro me donnerait plut&#244;t l'envie de fermer les volets. Cela dit, le temps des Jean Lacouture, des Jean-Fran&#231;ois Kahn et des Jacques Derogy reviendra, j'en suis s&#251;r. Il ne nous a peut-&#234;tre m&#234;me pas quitt&#233;s, mais on en parle moins. C'est probablement pourquoi j'aime Le Monde Diplomatique, parce qu'il y a encore des articles longs et fouill&#233;s sur des sujets lointains. Je ne suis pas toujours d'accord sur le fond, mais c'est un vrai effort de compr&#233;hension tourn&#233; vers le lointain, alors que tout est fait aujourd'hui pour nous ramener &#224; notre nombril.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_669 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/DEBRAY-6.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/DEBRAY-6-d438d-1ee82.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'id&#233;ologie ambiante, c'est Davos plus le cannabis, le fin du SMIC plus le multiculturalisme. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ce contexte, la d&#233;fense de la libert&#233; de la presse est une esp&#232;ce de bouclier pour une profession qui n'a pas envie de se faire critiquer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, c'est la tradition dite du &#171; for eccl&#233;siastique &#187;. Dans l'Ancien R&#233;gime, les clercs d'Eglise ne pouvaient &#234;tre jug&#233;s que par d'autres clercs. Aujourd'hui, seul un journaliste peut en juger un autre, en sorte qu'il n'y a pratiquement pas de sanction puisque la confraternit&#233; le rend tabou, en tout cas en public, devant les la&#239;cs que nous sommes. De toute fa&#231;on, la dissym&#233;trie est trop forte. Quand M. Kechichian, du Monde des livres, explique que je suis un ben&#234;t, il &#233;claire ses lecteurs, qui sont un million, en montrant sa propre hauteur de vues. Si je lui rendais la pareille en pointant sa d&#233;vastatrice incomp&#233;tence devant mes trois mille lecteurs, j'attaquerais la d&#233;mocratie, en montrant une &#226;me basse. Donc, je me gare sans moufeter. Normal, non ? Ou alors, c'est une atteinte &#224; la libert&#233; critique, &#224; l'ind&#233;pendance de la presse, une vengeance du pouvoir, un complot stipendi&#233;. La parano&#239;a est le lot des puissants. Le sympt&#244;me infaillible. Le propre du pouvoir est de se croire pers&#233;cut&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai jamais rencontr&#233; un homme d'influence dont le premier mot n'est pas : &#171; &lt;i&gt;Tout le monde m'en veut. On veut ma peau.&lt;/i&gt; &#187; Alors, pour se prot&#233;ger, on r&#233;clame une position de surplomb, on veut &#234;tre ma&#238;tre chez soi. Les directeurs d'opinion, comme auparavant les directeurs de conscience, ne sont pas des &#233;lus. Ils n'ont pas la l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique. Nous sommes en d&#233;mocratie d'opinion, ils acclimatent les bonnes opinions mais sans avoir &#224; rendre des comptes, sinon devant leurs actionnaires, et fort peu devant leurs lecteurs. J'en ai personnellement assez du haro sur le politique, du haro sur le ministre. Les &#233;lus du peuple font un m&#233;tier &#233;pouvantable, aux r&#233;tributions faibles et aux d&#233;sagr&#233;ments consid&#233;rables. Ce haro sur le baudet me semble relever d'une strat&#233;gie pr&#233;ventive. La meilleure d&#233;fense est dans l'attaque. Aux vertus qu'on exige d'un ministre, combien de directeurs d'antenne seraient encore en piste aujourd'hui ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais il existe des pays o&#249; la d&#233;fense de la libert&#233; de la presse n'est pas unvain mot.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r. Le principe de publicit&#233; est essentiel &#224; la d&#233;mocratie. On peut pasticher Churchill l&#224;-dessus.Lesmaux propres &#224; la surpuissance m&#233;diatique sont les pires, &#224; l'exception des maux provoqu&#233;s par l'impuissance m&#233;diatique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous ne sommes pas &#224; Cuba, ni en Cor&#233;e du Nord. Un intellectuel doit pointer les iniquit&#233;s sur lesquelles il peut agir et donc commencer par faire le m&#233;nage chez lui. Parler des journalistes s&#251;rs de leurs droits n'emp&#234;che pas, bien au contraire, de venir au secours des journalistes victimes, partout ailleurs, de leur devoir. Le lissage du milieu professionnel a pour tr&#232;s heureuse contrepartie la solidarit&#233; interne au niveau international, favoris&#233;e par Internet et les nouvelles technologies. L'esprit de corps a du bon ! Les missionnaires en avaient un aussi, en leur temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Un non-journaliste ne peut pas critiquer un journaliste&lt;/i&gt; &#187;. Est-ce pour pallier ce manque que vous avez d&#233;cid&#233; de lancer votre revue &lt;i&gt;M&#233;dium&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, car la m&#233;diologie n'a rien &#224; voir avec l'&#233;tude des m&#233;dias. M&#233;dium succ&#232;de aux Cahiers de m&#233;diologie, qui &#233;taient une publication bi-annuelle et th&#233;matique - la bicyclette, la route, l'automobile, le papier. Dans les 18 num&#233;ros des Cahiers de m&#233;diologie, aucun ne parle des m&#233;dias. M&#233;dium ne parle pas de communication mais de transmission, qui sont comme chien et chat. Et cela, &#224; travers quatre points d'entr&#233;e : l'&#233;ducation, l'art, la technique et les religions. La m&#233;diologie est une r&#233;flexion sur les m&#233;diations techniques de la culture, sur ce que l'&#233;volution des outillages transforme dans nos institutions, nos pens&#233;es, notre vie artistique, politique, spirituelle, etc. A l'heure de la fracture num&#233;rique, c'est indispensable, cette prise de recul. On vit une sorte de Renaissance, de XVIe si&#232;cle au carr&#233;, avec un basculement non pas de l'&#233;crit vers l'image - on n'a jamais tant &#233;crit qu'aujourd'hui - mais du livre vers l'&#233;cran. La lecture devient une lecture de pr&#233;l&#232;vement, de picorage. Pour g&#233;n&#233;raliser, on peut dire que la communication mange lentement la transmission ou que le transport de l'info dans l'espace, qui est la communication, met en crise le transport de l'info dans le temps. C'est cela qui int&#233;resse M&#233;dium, revue qui n'est pas en kiosque comme M&#233;dias, mais accessible par abonnement et dans quelques librairies. Nous ne faisons pas la critique des m&#233;dias, qui savent fort bien se critiquer eux-m&#234;mes. De toute fa&#231;on, la &#171; pri&#232;re du matin &#187; qu'&#233;tait pour Hegel la lecture du journal appartient au pass&#233; : &#224; un milieu, n&#233; du chemin de fer, de l'asphalte, des kiosques, des rotatives, bref, de toute la sph&#232;re d&#233;j&#224; dat&#233;e qui a support&#233; la naissance du journalisme sur papier, dont la disparition va entra&#238;ner la mort de son petit prot&#233;g&#233;. C'est-&#224;-dire sa m&#233;tamorphose ou sa renaissance autrement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes tr&#232;s s&#233;v&#232;re avec la presse et pourtant vous &#234;tes &#224; votre fa&#231;on un intellectuel m&#233;diatique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne suis pas s&#233;v&#232;re envers la presse, qui essaye de survivre bon an mal an avec les moyens du bord, comme vous et moi. Je suis s&#233;v&#232;re envers ses l&#232;che-culs, qui lui rendent un bien mauvais service. Tous ceux, politiques, artistes, intellos, t&#233;tanis&#233;s par la crainte d'&#234;tre montr&#233;s du doigt par la nouvelle Eglise, et font chaque jour les pieds au mur pour lui complaire. C'est piti&#233; de voir nos hommes publics courir apr&#232;s la jeunesse, idole de l'&#232;re m&#233;diatique, comme apr&#232;s l'animateur t&#233;l&#233;, jusqu'&#224; offrir les h&#233;micycles &#224; des &#233;missions de vari&#233;t&#233;s. Quant &#224; ma petite personne... On est toujours le m&#233;diatique de quelqu'un, comme on est toujours le mondain d'un autre mondain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est certain qu'il existe une corruption de l'intelligence par la notori&#233;t&#233; ou la recherche maximale de notori&#233;t&#233;. Elle consiste &#224; r&#233;pondre du tac au tac &#224; la demande sociale, aux priorit&#233;s et &#224; l'agenda de la presse. Je ne crois pas donner trop dans ce travers, mais je me sens aussi corruptible qu'un autre et m&#234;me un peu plus, &#224; cause d'une certaine faiblesse de caract&#232;re. Je prends donc plus de pr&#233;cautions qu'un autre. Vous ne me verrez pas chez Ardisson ni chez Drucker le dimanche. J'ai refus&#233; d'aller &#171; plaider &#187; pour de Gaulle, comme on me l'a gentiment propos&#233; dans je ne sais plus quel hit-parade des plus grands hommes de France. La vie m&#233;diatico-intellectuelle repose sur un &#233;change raisonn&#233; et toujours craintif de services mutuels. Quand vous contr&#244;lez une cage d'ascenseur, vous avez droit &#224; des retours d'ascenseur. Je n'en occupe aucune : en dehors d'une chronique toute petite dans Le Monde des religions, je n'ai aucune place attitr&#233;e dans un hebdo, une radio ou un quotidien, ne fais partie d'aucun jury litt&#233;raire, ne suis membre d'aucune acad&#233;mie et n'ai pas de ruban &#224; la boutonni&#232;re. Personne ne peut donc attendre de moi en retour une place, un prix, une photo, une bonne critique ou un piston. Cela dit, vous avez raison : les garde-fous ne suffisent pas. Vu de l'ext&#233;rieur, je suis un intellectuel m&#233;diatique comme les autres. Il faut se faire &#224; cette tristesse.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Il existe une corruption de l'intelligence par la notori&#233;t&#233; ou la recherche maximale de notori&#233;t&#233;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le num&#233;ro 4 de &lt;i&gt;M&#233;dias&lt;/i&gt;, nous avons organis&#233; une interview de Tariq Ramadan. Y a-t-il des personnes &#224; qui il ne faut pas donner la parole, ou avec d'infinies pr&#233;cautions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A part les n&#233;gationnistes et les racistes professionnels, je ne vois pas pourquoi couper le micro aux gens qui ne pensent pas comme nous. Le vieux jacobin que je suis n'a pas pr&#233;cis&#233;ment d'affinit&#233; avec Ramadan mais cet homme a fait l'objet d'une v&#233;ritable campagne de diabolisation. Ce n'est pas parce qu'on &#233;coute son point de vue qu'on va s'y rallier. Au contraire. Ou alors, &#233;tablissons un monopole officiel du d&#233;bat public pour les bons d&#233;mocrates. Il y a un fond de magie infantile dans le politiquement correct : ce dont je ne parlerai pas n'existera plus. J'exclus, donc j'abolis. Par exemple, Alain de Beno&#238;t - qui repr&#233;sente une tr&#232;s vieille tradition de pens&#233;e en France, la tradition contre-r&#233;volutionnaire, &#224; laquelle je m'oppose de toutes mes fibres r&#233;publicaines - a &#233;t&#233; exclu du d&#233;bat, hitl&#233;ris&#233; sans autre forme de proc&#232;s. Interdit professionnel. Si c'est ainsi, retirons des biblioth&#232;ques Joseph de Maistre, L&#233;on Bloy, une bonne part de Renan et la moiti&#233; de Bernanos. Au moins, ce sera clair.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle diff&#233;rence faites-vous entre lynchage et excommunication ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Lynchage m&#233;diatique &#187; est un clich&#233; de confort, une formule machinale. Il y a dans l'excommunication une dimension de liturgie publique, de catharsis collective... L'effet de meute ne doit pas nous &#233;garer. Le lynchage est un crime de foule commis dans la surexcitation d'un attroupement &#233;ph&#233;m&#232;re. Une excommunication est un acte de pi&#233;t&#233;, un exploit moral, prononc&#233; par une collectivit&#233; dispers&#233;e et qui n'a pas besoin, pour passer &#224; l'acte, de se rassembler. Un lynchage est honteux, y compris pour ses auteurs, qui op&#232;rent de nuit ou &#224; la d&#233;rob&#233;e ; une excommunication se m&#232;ne au grand jour. Les brutes lynchent, les clercs excommunient. Quand j'ai &#233;t&#233; frapp&#233; d'infamie par l'Eglise contemporaine, je n'&#233;tais plus persona grata dans les milieux officiels. Nous vivions alors sous la gauche morale. Rassurez-vous : elle reviendra.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous de la mention &#171; relu et amend&#233; &#187; ? On ne peut pas faire confiance aux journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La mention rel&#232;ve du fair-play. Quant &#224; la confiance... Je ne serais pas dans vos colonnes si vous ne m'en inspiriez pas. Au risque de me r&#233;p&#233;ter, ce serait du racisme &#233;thique que de parler des journalistes en g&#233;n&#233;ral. Aussi b&#234;te qu'un journaliste parlant des intellectuels en g&#233;n&#233;ral. Il y a des journalistes que j'estime et d'autres non. Comme il y en a qui m'estiment et d'autres non. Chacun virevolte sans filet, point final. Sauf &#224; rentrer au couvent, et je n'en n'ai pas le courage. Donc, pour l'heure et avec vous, confiance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par R&#233;gis Debray.
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&quot;De l'autre cot&#233; du miroir&quot;</title>
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		<description>Le Nouvel Observateur ? Il s'&#233;tait explicitement engag&#233; en faveur du &#171; oui &#187; &#224; la Constitution europ&#233;enne. Le Point, au contraire, en &#233;tait partisan. Pour sa part, L'Express y &#233;tait favorable. En revanche, Le Figaro Magazine lui apportait son soutien. Paris Match, de son c&#244;t&#233;, faisait campagne pour une r&#233;ponse positive. C'&#233;tait &#233;galement - &#244; surprise - la position de Capital, de L'Expansion, de Valeurs actuelles et du Nouvel Economiste. Quant aux quotidiens nationaux, dans le camp du &#171; oui &#187; se retrouvaient (...)

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; ? Il s'&#233;tait explicitement engag&#233; en faveur du &#171; oui &#187; &#224; la Constitution europ&#233;enne. &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, au contraire, en &#233;tait partisan. Pour sa part, &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; y &#233;tait favorable. En revanche, &lt;i&gt;Le Figaro Magazine&lt;/i&gt; lui apportait son soutien. &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt;, de son c&#244;t&#233;, faisait campagne pour une r&#233;ponse positive. C'&#233;tait &#233;galement - &#244; surprise - la position de Capital, de &lt;i&gt;L'Expansion&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;Nouvel Economiste&lt;/i&gt;. Quant aux quotidiens nationaux, dans le camp du &#171; oui &#187; se retrouvaient &lt;i&gt;Le Figaro, Le Monde, Le Parisien, Lib&#233;ration, La Tribune, Les Echos&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous les autres pr&#244;naient le &#171; non &#187;. Du c&#244;t&#233; du &#171; oui &#187;, ferraillant sans peur dans le vide, se distinguaient Jean Daniel, Jacques Julliard, Laurent Joffrin, Claude Imbert, Denis Jeambar, Joseph Mac&#233;-Scaron, Bernard-Henri L&#233;vy, les Duhamel et bien s&#251;r les &#233;ditorialistes masqu&#233;s du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. Sur les grandes cha&#238;nes de radio et de t&#233;l&#233;vision, les animateurs des diff&#233;rents d&#233;bats ne craignaient pas de rappeler par leur attitude, leurs propos, l'organisation de leurs &#233;missions et le traitement qu'ils r&#233;servaient &#224; leurs invit&#233;s que, dans leur esprit, ce r&#233;f&#233;rendum ne comportait pas seulement une seule question, mais une seule r&#233;ponse &#224; cette question. Ainsi, en cette grande occasion, pouvait-on une fois de plus toucher du doigt la richesse et le pluralisme de notre presse, unie dans sa diversit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De ce qui pr&#233;c&#232;de faudrait-il inf&#233;rer que seuls dans ce pays m&#233;riteraient de disposer d'une tribune les tr&#232;s honorables partisans du &#171; oui &#187; ? Ou se borner au constat que seuls, ou &#224; peu pr&#232;s seuls les tenants de cette opinion disposent des leviers d'influence et donc des tribunes que leur assure le contr&#244;le de la presse &#233;crite, de la radio et de la t&#233;l&#233;vision ? Si n'avaient eu le droit de se prononcer que les r&#233;dacteurs en chef des grands m&#233;dias, les ministres, les parlementaires nationaux et europ&#233;ens, les membres des conseils r&#233;gionaux, les pr&#233;sidents des conseils g&#233;n&#233;raux, les pr&#233;sidents et les directeurs g&#233;n&#233;raux des entreprises inscrites au CAC 40 ou si, mieux encore, revenant aux temps b&#233;nis de ce Tocqueville auquel il est de si bon ton de faire r&#233;f&#233;rence, le corps &#233;lectoral se r&#233;duisait aux contribuables les plus impos&#233;s, voire aux plus fortun&#233;s (ce ne sont pas toujours les m&#234;mes) et donc aux plus &#233;clair&#233;s, comme aurait dit M. Thiers qui ne faisait pas confiance &#224; la &#171; vile multitude &#187;, alors, il est m&#234;me certain que le projet de Constitution r&#233;dig&#233; par M. Giscard d'Estaing et approuv&#233; par tout ce que l'Europe compte de lib&#233;raux, ce qui inclut la plupart des partis qui se disent sociaux-d&#233;mocrates, aurait &#233;t&#233; approuv&#233; par environ 90 % des &#233;lecteurs. Pour en avoir l'assurance, r&#233;f&#233;rez-vous &#224; l'approbation massive et sans d&#233;bats dont ce texte a d&#233;j&#224; fait l'objet l&#224; o&#249; il a &#233;t&#233; soumis au vote des seuls parlementaires, c'est-&#224;-dire dans les pays baltes, en Slov&#233;nie, en Italie et en Gr&#232;ce.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par une inconcevable erreur dont les auteurs se repentent am&#232;rement, on peut le croire, il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;, en France, de donner la parole, &#224; titre exceptionnel, au peuple tout entier. Cette fausse man&#339;uvre s'explique en partie par le fait qu'il &#233;tait difficilement admissible que les &#233;lecteurs, que les citoyens, d&#233;j&#224; tenus &#224; l'&#233;cart lors de la ratification des trait&#233;s d'Amsterdam et de Nice, ne fussent pas admis &#224; donner leur avis sur le texte r&#233;put&#233; fondateur qui engageait leur avenir et constituait de toute &#233;vidence, une nouvelle et d&#233;cisive avanc&#233;e vers les Etats-Unis d'Europe. Mais surtout, les apprentis-sorciers qui nous gouvernent s'&#233;taient persuad&#233;s, comme d&#233;j&#224; il y a treize ans, que le r&#233;sultat leur &#233;tait acquis d'avance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De quoi l'on peut conclure, et on ne s'en est pas priv&#233;, que le peuple, ce ramassis d'abrutis qui pr&#233;f&#232;re les d&#233;magogues aux p&#233;dagogues, ne m&#233;rite pas les &#233;lites qui lui indiquent la voie et qu'il est indigne de leur confiance et de leur estime. Il n'est peut-&#234;tre ni interdit ni tout &#224; fait inutile d'observer en cette occurrence, comme en une circonstance pr&#233;c&#233;dente et dramatique dont on ne semble pas avoir tir&#233; la le&#231;on, que l'opinion qu'expriment et tentent d'imposer les ma&#238;tres des m&#233;dias est en d&#233;calage avec une partie croissante de l'opinion publique. Autrement dit, un foss&#233; va s'&#233;largissant entre les quelques milliers de membres de ce cercle de la raison qui se confond dans une bulle de connivence avec la sph&#232;re des d&#233;cideurs, entre cette minorit&#233; satisfaite et repue qui monopolise le droit &#224; la parole, et des millions de Fran&#231;ais qui ont peur, qui ont mal, qui souffrent et se r&#233;voltent contre trop d'in&#233;galit&#233;, trop de pr&#233;carit&#233;, tant d'arrogance et si peu de gouvernance. Que les m&#233;dias et d'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale les moyens de la communication soient aux mains d'une oligarchie dont les analyses et les int&#233;r&#234;ts convergent est un fait qu'il faut constater et subir. Mais il serait de bonne politique et de bonne justice que cette oligarchie offre des espaces de libert&#233; &#224; ceux auxquels elle refuse en fait le droit &#224; la parole. Notre Constitution et nos lois garantissent une libert&#233; d'expression qui est ni&#233;e dans la r&#233;alit&#233;. L'&#233;ventail &#224; demi-referm&#233; qu'est aujourd'hui l'espace m&#233;diatique ne correspond pas &#224; l'&#233;ventail des opinions dans ce pays. L'existence de fait d'un consensus qui exclut le d&#233;bat aboutit &#224; une sorte de totalitarisme mou.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Fran&#231;ais d'en bas, et m&#234;me quelques autres, ne se reconnaissent pas dans le miroir que leur tendent les m&#233;dias. Ils n'y voient le plus souvent se refl&#233;ter que le narcissisme de ceux qui sont trop occup&#233;s &#224; parler pour pr&#234;ter attention &#224; leur silence. Les scrutins, et notamment celui qui vient d'avoir lieu, leur offrent de trop rares et trop br&#232;ves occasions de s'exprimer et de lancer un message. Le vote des Fran&#231;ais, tel qu'il se manifeste depuis quelques ann&#233;es, c'est une &#233;meute canalis&#233;e. Comment ne pas comprendre qu'il y ait des 21 avril ? Et comment ne pas craindre, si rien ne change ni dans les mots ni dans les faits, que ce soit 21 avril tous les jours ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Michel Drucker</title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
		<dc:subject>Drucker</dc:subject>

		<description>Ce pionnier de l'info-spectacle revendique le m&#233;lange des genres, mais strictement contr&#244;l&#233;.

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton213-95cdc.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Depuis 1964, il n'a pratiquement jamais quitt&#233; nos &#233;crans. Il y est d'abord apparu comme un premier communiant qui inspirait une sympathie protectrice, puis, au fil des ans, en patron de plateau que plus grand-chose ne saurait d&#233;sar&#231;onner.
Quarante et un ans de fid&#233;lit&#233; au poste, entour&#233; de la m&#234;me &#233;quipe : Michel Drucker, 62 ans, incarne la permanence, pour ne pas dire la survivance d'un certain style de t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise, l'&#233;cole de la familiarit&#233; courtoise, &#224; l'oppos&#233; des foires d'empoigne qui font rage autour de lui. M&#234;me ceux qui le trouvent &#171; trop lisse &#187;, &#171; trop gentil &#187;, lui reconnaissent un professionnalisme inoxydable et une &#233;gale r&#233;sistance &#224; l'usure.
Journaliste sportif &#224; l'origine (ascendant football), il a &#233;t&#233; consacr&#233; comme animateur de vari&#233;t&#233;s, genre qu'il a contribu&#233; &#224; &#171; d&#233;-ringardiser &#187; avant d'imposer durablement dans les foyers son &#171; Vivement Dimanche &#187;, prototype d'info-spectacle. D'abord m&#233;fiants, les hommes politiques s'y sont bouscul&#233;s au portillon.
Dans son petit bureau du studio Gabriel, &#224; un jet de pierre des jardins de l'Elys&#233;e, il n'y a pas de fen&#234;tres, mais les murs sont totalement recouverts d'affiches (les Dubout de la trilogie marseillaise de Pagnol) et surtout des photos souvenirs : famille, amis, famille, autres amis. Autant qu'un bureau, c'est un cocon o&#249; l'&#233;cran de t&#233;l&#233;, naturellement, est de format XXL.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michel Drucker, carte de presse 22177... Au fait, pourriez-vous dire &#224; combien nous en sommes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Approximativement 80 000&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='La commission d'attribution des cartes de presse en est actuellement &#224; plus (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, non ? Dans ces eaux-l&#224;... Oui, cette carte 22177, je l'ai longtemps accroch&#233;e pour l'avoir sous les yeux. La regarder... C'est dire son importance. Depuis, j'ai surtout eu envie de la reprendre et j'ai toujours ce d&#233;sir. Apr&#232;s tout, ce que je fais depuis cinq ans n'est pas &#233;tranger au journalisme, il me semble.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre famille d'origine, c'est d'abord le journalisme sportif.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, j'aimais beaucoup et j'aime toujours le sport, quoique de fa&#231;on un peu diff&#233;rente. C'&#233;tait une propension naturelle chez moi, mais avec le recul, je dirais plut&#244;t qu'il s'agissait d'aller au bout de quelque chose que je prenais alors pour la meilleure &#233;cole possible. Je n'ai pas chang&#233; d'id&#233;e sur ce point. Quels ont &#233;t&#233; les mod&#232;les de la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente, disons m&#234;me les ma&#238;tres, puisqu'il est question d'&#233;cole, que le gamin que j'&#233;tais a rejoints et a vu travailler de pr&#232;s ? Georges de Caunes, Joseph Pasteur, Raymond Marcillac, Roger Couderc, Claude Darget, formidable Darget ! Ils se sont tous collet&#233;s au football, au rugby, au v&#233;lo, au tennis - le ton, la distance inimitable de Darget encore, commentant Roland-Garros - et ils l'ont fait d'une fa&#231;on extraordinairement personnelle, plus qu'aujourd'hui en tout cas, qui a forg&#233; leur aisance &#224; s'exprimer sur d'autres sujets. Sans oublier bien s&#251;r L&#233;on Zitrone, qui, en dehors du patinage, acceptait de toute fa&#231;on absolument tout ce qu'on lui proposait et s'en sortait toujours. Cela me confortait dans l'id&#233;e que si la plupart des grands anciens, et les meilleurs d'entre eux, &#233;taient pass&#233;s par l&#224;, il y avait pire fa&#231;on de faire ses classes dans le m&#233;tier. C'&#233;tait, avant les &#233;coles de journalisme qui formatent davantage, une formation ouverte, une &#233;cole de libert&#233; et de style, qui a port&#233; ses fruits et dont la tradition venait d'ailleurs de la presse &#233;crite, bien avant l'av&#232;nement puis le r&#232;gne de la t&#233;l&#233;vision. Prenez Fran&#231;ois Janin, il avait appris &#224; nager au Monde, tout de m&#234;me ! Albert Londres puis Antoine Blondin ont &#171; couvert &#187; le Tour de France cycliste, de quelle mani&#232;re ! Et puisqu'on parle de ma&#238;tres en &#233;criture, Jean-Loup Dabadie, Guy Lagorce, Philippe Labro, Denis Lalanne ont tous t&#226;t&#233; du sport avant de venir au cin&#233;ma ou &#224; la litt&#233;rature. Le romancier Guy Lagorce a m&#234;me &#233;t&#233; un &#171; athl&#232;te de tr&#232;s haut niveau &#187;, comme on dit maintenant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et comme &#233;cole sp&#233;cifiquement t&#233;l&#233;visuelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La plus importante &#224; mes yeux, celle du direct. &#199;a m'int&#233;ressait beaucoup plus que de commenter des r&#233;sultats sportifs. Et sur ce plan-l&#224;, j'ai &#233;t&#233; g&#226;t&#233;. L&#224; tout de suite, me reviennent en m&#233;moire, comme si c'&#233;tait hier, la Coupe du monde de football au Mexique et le fantastique France-Br&#233;sil gagn&#233; par les tricolores - on ne disait pas encore les Bleus. J'ai eu la chance insigne de &#171; couvrir &#187; les plus grands &#233;v&#233;nements, qui commen&#231;aient juste &#224; devenir plan&#233;taires, gr&#226;ce &#224; des &#233;quipes mythiques o&#249; &#233;voluaient des champions qui &#233;taient aussi de fortes personnalit&#233;s. J'ai suivi, pour le dire en vrac, rien moins que les Verts de Saint-Etienne, lorsqu'ils &#233;taient notre fiert&#233; nationale, le Bayern de Munich de Frantz Beckenbauer, le Br&#233;sil de Pel&#233;, l'Argentine o&#249; d&#233;butait, parmi les rempla&#231;ants, un gamin g&#233;nial nomm&#233; Maradona, l'Ajax d'Amsterdam de Cruyft, et, bien s&#251;r, la grande &#233;quipe de France au &#171; carr&#233; magique &#187; : Tigana, Giresse, Fernandez, Platini... A Michel et &#224; Cruyft, il n'aura manqu&#233; qu'un titre de champion du monde, mais d'une certaine mani&#232;re, ils sont au-dessus de &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ne pas avoir continu&#233; dans cette voie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la r&#233;flexion, je vois plusieurs raisons dont une qui m'est personnelle. Je me suis peu &#224; peu rendu compte que je n'&#233;tais pas fana des performances, ni bon comptable des r&#233;sultats. J'&#233;tais enclin &#224; pr&#233;f&#233;rer les petits, les sans-grade aux grands champions, m&#234;me si j'avais de bonnes relations professionnelles avec eux, au point que certains sont devenus des amis plus tard. C'est le cas de Jean Todt. Je le voyais pas mal, il y a pr&#232;s de 40 ans, au temps de Collaro, quand St&#233;phane suivait la F1. Il &#233;tait de cette bande, mais nous ne sommes vraiment proches que depuis quelques ann&#233;es. C'est le seul que je peux appeler au t&#233;l&#233;phone sur le coup de minuit &#224; Maranello, en &#233;tant &#224; peu pr&#232;s certain de le trouver encore au boulot et cependant disponible. Quand je l'ai invit&#233; &#224; un &#171; Dimanche &#187; avec Micha&#235;l Schumacher, le pilote allemand m'a dit que l'&#233;mission l'avait aid&#233; &#224; mieux conna&#238;tre le &#171; boss &#187; de Ferrari, pourtant son compagnon de tous les jours. Voil&#224; une autre raison qui m'a peut-&#234;tre &#233;loign&#233; du sport : alors que celui-ci a un peu tendance &#224; se d&#233;shumaniser, j'ai toujours au fond pr&#233;f&#233;r&#233; l'aventure humaine qu'il suppose &#224; la simple recension des victoires et des d&#233;faites, aux carri&#232;res r&#233;duites &#224; des statistiques. Il y a donc eu dans mon app&#233;tit pour la chose une parenth&#232;se, un trou d'une bonne dizaine d'ann&#233;es. J'ai continu&#233; &#224; suivre, de plus loin. Cela reste mon port d'attache, mais d'une autre mani&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est-&#224;-dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eh bien, lorsque j'&#233;tais journaliste sportif, je ne pratiquais aucun sport. Je m'y suis mis quand les autres arr&#234;tent, &#224; cinquante ans. Je suis alors revenu sur la plupart des lieux que je ne fr&#233;quentais que comme reporter. Par exemple, les piscines, parce que je viens de d&#233;couvrir la natation. Par exemple, le v&#233;lo et certaines routes du Tour de France que je ne connaissais qu'au travers de Greg LeMond. Bon, je ne grimpe plus l'Izoard, mais le week-end dernier j'ai quand m&#234;me fait 130 kilom&#232;tres. J'ai beau p&#233;daler comme un facteur, j'abats bon an mal an mes 4 000 bornes... Pour le foot, &#231;a passe par des copains qui me font partager leur passion du stade &#224; laquelle notre amiti&#233; doit ses rites. Julien Clerc est dingue de Tigana. Je vois Goldman &#224; l'O.M. quand je descends de mes Alpilles ; Bruel, Bacri, Darmon au P.S.G... Le sport reste une sorte de famille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais sans pratique professionnelle : aucun regret ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oh ! si. Un tr&#232;s grand regret, m&#234;me. On m'avait sollicit&#233; pour couvrir le Mundial de l'&#233;t&#233; 1998 et j'&#233;tais partant, mais &#224; mes conditions, qui n'ont pas &#233;t&#233; jug&#233;es recevables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lesquelles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai demand&#233; &#224; &#234;tre d&#233;charg&#233; de toute autre t&#226;che d&#232;s janvier 98. C'est une chose de suivre le foot en spectateur, m&#234;me passionn&#233;, et tout autre chose de couvrir une coupe du monde. Je n'avais pas comment&#233; depuis 12 ans, il me semblait donc que six mois ne seraient pas de trop pour me remettre &#224; niveau. Simple honn&#234;tet&#233; professionnelle. Je ne voulais surtout pas venir en touriste. J'avais besoin de nouer des contacts avec un milieu, une g&#233;n&#233;ration de joueurs qui n'&#233;taient plus ceux que j'avais connus, d'aller voir des matchs &#224; l'&#233;tranger. On a consid&#233;r&#233; qu'une absence de cette dur&#233;e n'&#233;tait pas r&#233;aliste. Je le regrette encore.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_673 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/DRUCKER-1.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/DRUCKER-1-ffabd-a206e.jpg' width='216' height='324' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-673 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; J'attends Lionel Jospin depuis cinq ans. Les hommes politiques ressemblent aux vedettes du show-biz : ils pr&#233;f&#232;rent se montrer quand ils sont en promo. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le JT de 20 heures ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sinc&#232;rement, &#231;a reste un fantasme. Je suis n&#233; journaliste. C'est chez moi une fa&#231;on presque &#233;pidermique de regarder le monde, d'appr&#233;hender les choses, dont le sport n'est qu'une partie. Quand j'intervenais &#224; &lt;i&gt;Europe&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;RTL&lt;/i&gt;, je passais mon temps &#224; la r&#233;daction. Comment dire ? C'est l&#224; que les choses se passent, quoi ! Alors, le 20 heures, comment ne pas &#234;tre tent&#233; quand on a &#231;a dans la peau. Elkabach, &#224; un moment, y avait pens&#233;. &#199;a ne s'est pas fait, voil&#224; tout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et si on vous avait propos&#233;, comme &#224; Delarue, Fogiel et Chain, de participer sur &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; au d&#233;bat entre les jeunes et Jacques Chirac ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a aurait pu &#234;tre une exp&#233;rience int&#233;ressante. Pourquoi pas ? Utile ou pas ? Je ne sais pas... [un temps] En tout cas, j'aurais &#233;tudi&#233; la question... [un temps] Honn&#234;tement, j'aurais pr&#233;f&#233;r&#233; interroger directement le Pr&#233;sident.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A &#171; Vivement Dimanche &#187;, vous avez interrog&#233; directement de nombreux hommes politiques. Y en a-t-il un qui ait d&#233;clin&#233; l'invitation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aucun. Simplement, je respecte leur agenda. C'est ainsi que j'attends Lionel Jospin depuis cinq ans. &#199;a se fera quand il le jugera opportun. De ce point de vue-l&#224;, les hommes politiques ressemblent aux vedettes du &lt;i&gt;showbiz&lt;/i&gt; : ils pr&#233;f&#232;rent se montrer quand ils sont en promo. Il y a aussi des r&#232;gles non &#233;crites. Raffarin est le seul Premier ministre en exercice &#224; avoir accept&#233;. Par ailleurs, la vie politique et les diverses &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales contribuent &#224; leur fa&#231;on au casting et au calendrier, de sorte qu'il se passe en g&#233;n&#233;ral au moins quatre ans avant qu'un de mes invit&#233;s revienne sur le plateau. Comme je dois programmer longtemps &#224; l'avance, j'en suis d&#233;j&#224; par exemple &#224; tenir compte de la prochaine &#233;lection pr&#233;sidentielle, du cheminement de chacun et des accidents de parcours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc, vous ne pouvez pas vous contenter de l'info-t&#233;l&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous les matins, mais pas sp&#233;cialement t&#244;t, 10h30, je m'attable au caf&#233; de l'Alma avec &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;France-Soir&lt;/i&gt; pour une revue de presse qui dure au moins une heure, mais qui, en fait, ne s'y limite jamais puisque l'apr&#232;s-midi arrive &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;. Je lis aussi les news magazines, chez moi le soir et, parfois, dans les trajets en voiture. Je parcours les unes pour me faire une id&#233;e, mais je commence syst&#233;matiquement par la &#171; der &#187;. D'abord la m&#233;t&#233;o, &#233;go&#239;stement, pour savoir par quel temps je sortirai mon v&#233;lo, puis je remonte jusqu'aux pages politiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une pr&#233;f&#233;rence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a d&#233;pend des sujets trait&#233;s : avec un peu de chacun on aurait une sorte de quotidien id&#233;al. Je trouve Le Parisien tr&#232;s bien fait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tr&#232;s P.S.G...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas mal oui, mais comme &#224; Eygali&#232;res je passe &#224; La Provence et &#224; l'O.M., &#231;a r&#233;tablit l'&#233;quilibre. Chaque week-end, je lis encore deux ou trois heures. D'ailleurs, je ne pourrais pas faire autrement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ce m&#233;tier o&#249; la f&#233;rocit&#233; est bien port&#233;e, vous incarnez la gentillesse au point que, parfois, on vous la reproche... Au fait, &#234;tes-vous r&#233;ellement gentil ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne sais pas ce que cela veut dire, &#234;tre gentil. Si c'est &#234;tre attentif aux autres, les respecter, qu'ils soient riches ou mis&#233;rables, forts ou faibles, c&#233;l&#232;bres ou inconnus, si c'est les recevoir avec courtoisie et sans cette forme d'agression qui est plut&#244;t &#224; la mode, alors oui, je suis gentil. Mais je ne le suis pas avec tout le monde. Vous dites qu'on me le reproche ? Je ne sais pas si depuis 40 ou 45 ans que je fais ce m&#233;tier, le public me l'a reproch&#233;. Je ne sais pas non plus si je suis vraiment gentil, il faudrait demander &#224; mes proches ce qu'ils en pensent. Oui, je suis plut&#244;t d'un commerce agr&#233;able, et j'aime l'harmonie. Ne vous m&#233;prenez pas : contrairement &#224; ce qu'on peut penser, je n'aime pas du tout qu'on me marche sur les pieds. Je me mets rarement en col&#232;re, mais cela m'arrive. Et quand on a abus&#233; de cette gentillesse une fois, deux fois, trois fois, je ferme ma porte. Je suis quelqu'un d'assez lucide sur les gens. Il est vrai que, par rapport &#224; notre &#233;poque particuli&#232;rement cynique, violente et m&#234;me cruelle, je suis un peu d&#233;cal&#233;. C'est sans doute mon &#233;ducation qui veut cela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la c&#233;l&#232;bre photo de &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt; (200 invit&#233;s pour la 200e de &#171; Vivement Dimanche &#187;), on note quelques absents de poids : auriez-vous vos t&#234;tes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas du tout ! C'est &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt; qui a limit&#233; le nombre des invit&#233;s. Sinon tout le monde ne rentrait pas sur la photo. C'est aussi simple que cela. On a surtout pris les 200 qui &#233;taient certains d'&#234;tre libres au jour et &#224; l'heure o&#249; on a pris la photo. Et m&#234;me comme cela, il n'y avait pas assez de place pour tout le monde. Du coup, on a choisi en fonction du box-office, mais surtout en fonction des origines des personnes. On a voulu un &#233;quilibre entre les chanteurs, les acteurs, les musiciens et les hommes et femmes politiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand on vous dit que vous avez plus d'amis et d'invit&#233;s &#224; droite qu'&#224; gauche, que r&#233;pondez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne me l'a jamais dit... Je n'ai jamais fait le compte. Je ne choisis pas mes amis en fonction de leurs opinions politiques. Si vous ne deviez avoir d'amis que ceux qui votent comme vous, la vie serait compliqu&#233;e. Je crois en outre que le clivage droite / gauche est totalement d&#233;pass&#233; parce que c'est l'&#233;conomie qui dirige le monde et non plus l'id&#233;ologie. Je n'ai jamais fait le calcul de mes amis qui &#233;taient &#224; droite ou &#224; gauche. Ma famille, originaire d'Europe centrale, votait &#224; gauche : apparemment, cela ne se voit pas sur mon visage.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_672 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/DRUCKER-2.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/DRUCKER-2-91c7e-8fa87.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; On s'est aper&#231;u que la &quot;mauvaise herbe&quot; de moins de cinquante ans ne suffisait pas &#224; faire tourner une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre notori&#233;t&#233; fait que vous &#234;tes aussi sujet d'articles dans la presse t&#233;l&#233;, magazine, people. Vous est-il arriv&#233; de vous sentir bless&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Il m'est arriv&#233; d'&#234;tre &#233;gratign&#233; mais globalement, depuis quarante ans, je n'ai pas &#224; me plaindre, je n'ai jamais &#233;t&#233; flingu&#233;. S'agissant des papiers qui me concernent, il y en a au moins un qui m'a fait tr&#232;s plaisir parce que je l'ai attendu 38 ans de la part de &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;. La journaliste, Emmanuelle Anizon, a men&#233; une enqu&#234;te de pr&#232;s de trois mois. &#199;a m'a bluff&#233;... C'est en effet tr&#232;s troublant de se trouver des deux c&#244;t&#233;s de la barri&#232;re. Il faut prendre &#231;a avec recul, ou du moins essayer... Incontestablement, j'aime mieux &#234;tre auteur que sujet. Pendant deux ans, j'ai fait des papiers sur le Tour pour &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt;. &#199;a, &#231;a me pla&#238;t de plus en plus. Une fois, j'avais lu un bouquin de Calixthe Beyala. J'en ai fait une critique que j'ai adress&#233;e au &lt;i&gt;Nouvel Obs&lt;/i&gt; et que J&#233;rome Garcin a publi&#233;e. J'en ai &#233;t&#233; assez fier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a ici beaucoup de photos de votre fr&#232;re disparu, Jean...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si Jean avait v&#233;cu, je vous aurais re&#231;u dans notre bureau commun de la soci&#233;t&#233; &#171; Drucker &amp; Drucker &#187;. Que nous n'ayons pu mener &#224; bien ce projet qui nous tenait &#224; c&#339;ur, &#224; cause de sa mort, restera le grand regret de mon existence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes extr&#234;mement sensible &#224; la dur&#233;e dans tous les domaines (carri&#232;res longues, amiti&#233;s, etc.). Comment cela s'accommode-t-il d'un &#171; &lt;i&gt;pays sans m&#233;moire&lt;/i&gt; &#187; (l'expression est de vous) et d'une profession o&#249; l'on est obs&#233;d&#233; par les changements, la nouveaut&#233;, le jeunisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec quelques autres, on est en train de d&#233;montrer le contraire. On s'inscrit dans la dur&#233;e tout en s'adaptant &#224; l'&#233;poque, en surfant sur les vagues sans se renier. Je me suis inscrit dans cette dur&#233;e en changeant radicalement de style d'&#233;mission avec tous les risques que cela comporte. Il n'y a aucune commune mesure entre &#171; Champs-Elys&#233;es &#187; et &#171; Vivement Dimanche &#187;. Je me suis toujours remis en question, beaucoup plus qu'on ne l'imagine, tout en restant qui je suis. Mais j'ai &#233;volu&#233;, physiquement, mentalement. J'ai d&#233;marr&#233; &#224; 20 ans, et maintenant j'en ai 62. Si je suis encore l&#224;, c'est aussi d'une certaine mani&#232;re parce que j'ai &#233;pous&#233; les meubles - je dis bien &#233;pous&#233; seulement - mais je n'ai jamais voulu faire du jeunisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ceux qui ont voulu en faire se sont tromp&#233;s puisque maintenant, ce sont plut&#244;t les seniors ou les quinquag&#233;naires qui sont &#224; la mode en France. On s'est aper&#231;u que la &#171; mauvaise herbe &#187; de moins de 50 ans ne suffisait pas &#224; faire tourner une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision. Et puis, 60 ans aujourd'hui, c'est tr&#232;s jeune. Ce n'&#233;tait pas le cas il y a trente ans... Je consid&#232;re la jeunesse comme un &#233;tat d'esprit. On peut s'inscrire dans la dur&#233;e &#224; condition de ne pas vouloir faire jeune pour faire jeune. Le jeunisme &#224; tout prix est ridicule. Pour &#234;tre bien dans sa peau, il faut vivre avec son temps, certes, mais surtout pas se renier. Vous savez, Charles Aznavour &#224; 81 ans pourrait donner beaucoup de le&#231;ons de jeunisme &#224; des chanteurs de 35 ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes en France l'un des pionniers de &#171; l'&lt;i&gt;infotainment&lt;/i&gt; &#187;, m&#233;lange des genres souvent d&#233;cri&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne vois pas pourquoi le m&#233;lange des genres serait condamnable a priori. Je reconnais que c'est un exercice d&#233;licat, voire p&#233;rilleux et, pour cette raison, il exige qu'on s'impose des r&#232;gles tr&#232;s strictes, et d'abord en amont. Pour ma part je fais du divertissement pr&#233;par&#233; journalistiquement. Parce que, comme je vous l'ai dit, je crois toujours avoir une approche journalistique des choses. Ensuite, on ne peut pas faire, dire et laisser dire n'importe quoi en escomptant que plus &#231;a fera de bruit et plus il y aura d'audience. D'abord, ce n'est pas vrai et, par-dessus le march&#233;, vous perdez toute l&#233;gitimit&#233;. Votre m&#233;diation devient suspecte ; on ne vous fait simplement plus confiance. Les r&#232;gles commencent par la mise en sc&#232;ne, je suis m&#234;me tent&#233; de dire, la mise en page ; c'est une sorte de graphisme qui doit donner le ton. Ce n'est pas pour rien que j'ai choisi un titre d'&#233;mission qui renvoie &#224; Fran&#231;ois Truffaut, ni que le g&#233;n&#233;rique est en noir et blanc. Il y a l&#224; une sorte de d&#233;claration d'intention. Et puis il faut laisser &#224; la parole le temps de s'installer. La r&#233;alisation doit &#234;tre discr&#232;te, ne pas courir artificiellement apr&#232;s le rythme, se montrer circonspecte dans les mouvements de cam&#233;ra.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Godard dit qu'un travelling est une affaire de morale...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne connaissais pas cette formule, mais j'y souscris. Un plan large et un gros plan n'ont pas la m&#234;me signification. Si vous abusez de gros plans pour transmettre du pathos ou de l'affrontement, vous changez de registre. Le public, qui n'est pas idiot, le sent et vous n'avez plus aucune cr&#233;dibilit&#233; &#224; ses yeux. Encore une fois, cela d&#233;pend du ton, de l'accord entre la conception et le style de l'&#233;mission. Pour rester sur le terrain ludique, vous pouvez avoir la m&#234;me diff&#233;rence qu'entre un jeu de hasard et un jeu de connaissances. Ce qui nous &#233;loigne tout de m&#234;me beaucoup du proc&#232;s d'intention syst&#233;matique. Je me m&#233;fie d'ailleurs des r&#233;flexes corporatistes et de leurs dogmes. Que je sache, il existe de mauvais journalistes titulaires d'une carte de presse. Son obtention n'a jamais &#233;t&#233; une garantie de talent. Je me trompe ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;La commission d'attribution des cartes de presse en est actuellement &#224; plus de 103 000.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Marronniers et immortelles </title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Marronniers-et-immortelles,214.html</link>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Qu'ils profitent ou non des vacances, les m&#233;dias restent prolixes. M&#234;me si c'est pour ne rien dire... Contrairement &#224; ce qu'enseigne la botanique, les marronniers fleurissent toute l'ann&#233;e. Pour le dire sur le mode de la fable, m&#234;me la presse-fourmi tend &#224; jouer aux cigales d&#232;s que les nouvelles politiques et &#233;conomiques se font moins pressantes. Ordinairement, le tournoi de tennis de Roland-Garros et le festival de cin&#233;ma de Cannes annoncent le d&#233;but de l'&#233;t&#233;. Cette ann&#233;e, un examen r&#233;f&#233;rendaire a (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no5,11-.html" rel="directory"&gt;n&#176;5&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-vie-publique,12-+.html" rel="tag"&gt;Vie publique&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH59/arton214-b8f9b.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='59' class='spip_logos' style='height:59px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Qu'ils profitent ou non des vacances, les m&#233;dias restent prolixes. M&#234;me si c'est pour ne rien dire...&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qu'enseigne la botanique, les marronniers fleurissent toute l'ann&#233;e. Pour le dire sur le mode de la fable, m&#234;me la presse-fourmi tend &#224; jouer aux cigales d&#232;s que les nouvelles politiques et &#233;conomiques se font moins pressantes. Ordinairement, le tournoi de tennis de Roland-Garros et le festival de cin&#233;ma de Cannes annoncent le d&#233;but de l'&#233;t&#233;. Cette ann&#233;e, un examen r&#233;f&#233;rendaire a inhabituellement prolong&#233; la scolarit&#233;. C'est fini. La vigilance peut desserrer son col et les vacances devenir un sujet d'actualit&#233;. L'information s&#233;rieuse, ou r&#233;put&#233;e telle, le c&#232;de peu ou prou &#224; l'humeur des cong&#233;s pay&#233;s, forc&#233;ment frivole. L'oisivet&#233; dicte ses r&#232;gles et son calendrier. M&#234;me si, statistiquement, une majorit&#233; de nos compatriotes partent peu ou pas du tout en vacances, celles-ci imposent leur mode de vie et leurs modes tout court &#224; l'ensemble des populations. D&#232;s lors que le pr&#233;sident de la R&#233;publique baguenaude &#224; Br&#233;gan&#231;on en short beige et socquettes noires, le ton est donn&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chacun, cependant, y sacrifie &#224; sa fa&#231;on. Prenons le cas du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. Sous le magist&#232;re de Jacques Fauvet, la rue des Italiens publiait chaque &#233;t&#233; un roman policier - de bonne tenue, cela va sans dire - qui r&#233;sistait comme il pouvait au saucissonnage des protes. La r&#233;daction elle-m&#234;me a fini par r&#233;agir contre cette coutume paresseuse, en proposant qu'un journaliste maison soit charg&#233; de r&#233;diger, &#224; la place des &#171; bonnes feuilles &#187;, une s&#233;rie originale dont l'aspect intemporel ne serait pas d&#233;nu&#233; d'enseignements. Jean-Claude Guillebaud inaugura la formule avec succ&#232;s en 1979 par un &#171; Voyage vers l'Asie &#187; ; ses &#171; Croisades &#187; - 1993 - restent peut-&#234;tre le mod&#232;le du genre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On voit par l&#224; que les titres ne renoncent pas &#224; leur identit&#233; d&#232;s que le mercure grimpe. Il y a peu de chances pour que &lt;i&gt;Les Echos&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; s'adonnent soudain &#224; la cosm&#233;tologie ou au hit-parade, sauf &#224; en mesurer l'impact sur le march&#233;. Les publications sp&#233;cialis&#233;es dans l'immobilier urbain traiteront estivalement de l'immobilier baln&#233;aire. Il s'agit donc d'abord d'une adaptation, d'un habillage de saison et assez souvent d'un d&#233;shabillage, non d'un &#171; repositionnement strat&#233;gique &#187;. Un sujet de vacances peut d'ailleurs &#234;tre abord&#233; de fa&#231;on badine et adopter des couleurs de plus en plus aust&#232;res en vertu de son &#233;volution. Ainsi, la m&#233;morable canicule de 2003 a-t-elle modestement entam&#233; sa carri&#232;re &#224; la rubrique m&#233;t&#233;orologique pour la poursuivre en pages &#171; faits divers &#187; et &#171; avis de d&#233;c&#232;s &#187;, puis de se muer en &#233;v&#233;nement politique avant de finir en affaire d'Etat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette ann&#233;e 2003 nous fournit le cas plut&#244;t rare d'une information estivale dopant les ventes de papier et les audiences, le morbide feuilleton Trintignant-Cantat s'&#233;tant ajout&#233;, si l'on ose dire, &#224; l'h&#233;catombe nationale. En r&#232;gle plus g&#233;n&#233;rale, les tirages de la presse quotidienne, surtout parisienne, ont tendance &#224; fondre au soleil pour des raisons que le premier chauffeur de taxi pourrait exposer s'il ne s'&#233;tait lui-m&#234;me absent&#233; : rebaptis&#233;s juillettistes et ao&#251;tiens, les Parisiens d&#233;sertent la capitale d&#232;s qu'ils le peuvent. Nombre de kiosques et de buralistes ont tir&#233; leurs rideaux et les touristes &#233;trangers sont moins friands de publications fran&#231;aises que de cuisine du m&#234;me nom. Au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, on enregistre une moyenne de 10 % d'abonnements suspendus pendant les vacances. Tout en observant, ou en esp&#233;rant, que les plus fid&#232;les peuvent acheter le journal sur les lieux de leur vill&#233;giature. Toutefois, rien n'est plus impr&#233;visible qu'un lecteur d&#233;branch&#233;, puis transport&#233; &#224; Belle-Ile ou &#224; Essaouira. Passe encore pour les festivaliers d'Avignon, Aix, Orange ou pour les tribus du Lub&#233;ron. Mais le moyen de toucher les randonneurs, les plaisanciers, les locataires de ruines dans les Causses, les reclus de l'Aubrac ou les ermites des monts c&#233;venols ? Cette &#233;vaporation de la client&#232;le concerne au premier chef les gratuits, dont les r&#233;centes performances sont exclusivement urbaines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Equipe&lt;/i&gt; poss&#232;de des lecteurs moins volatils et un agenda d'enfer. A d&#233;faut de Coupe du monde de football ou de Jeux olympiques, il lui reste l'increvable Tour de France cycliste (2 au 24 juillet), m&#234;me si pour les adorateurs de la petite reine, comme on ne dit plus, le culte et ses deniers sont surtout l'affaire de &lt;i&gt;France T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;. Moins d'une semaine apr&#232;s le sprint final sur les Champs-Elys&#233;es, et faisant suite &#224; la bourse des transferts (offres limit&#233;es, salaires mirobolants, stabilit&#233; d'emploi nulle), le championnat de France de Ligue 1 reprend (30 juillet). &lt;i&gt;L'Equipe&lt;/i&gt; est certainement moins mal lotie que &lt;i&gt;Les Echos&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Rien n'est plus impr&#233;visible qu'un lecteur d&#233;branch&#233;, puis transport&#233; &#224; Belle-&#206;le ou &#224; Essaouira. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;A &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, sans r&#233;cuser le fl&#233;chissement saisonnier, Antoine de Gaudemar, directeur de la r&#233;daction, pr&#233;f&#232;re mettre en avant quelques points positifs : &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r, des lecteurs r&#233;guliers d&#233;crochent, mais il existe aussi des non-lecteurs qui peuvent, &#224; l'occasion, &#234;tre s&#233;duits, profiter d'un temps de lecture qui n'est pas compt&#233; et auxquels conviennent nos papiers plus &#171; magazine &#187;, plus d&#233;cal&#233;s par rapport &#224; l'actualit&#233;. Par exemple, la s&#233;rie que nous avions consacr&#233;e aux lieux mythiques des cin&#233;astes. Cet &#233;t&#233;, ce sera le sexe &#224; travers les &#226;ges... Je crois pouvoir dire que notre cahier d'&#233;t&#233; trouve son public pendant les six &#224; sept semaines de son existence.&lt;/i&gt; &#187; Comme le feuilleton du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, le cahier estival de &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; atteste la persistance de l'identit&#233; du titre sous la formule de circonstance dont nous parlions plus haut. Ainsi, ses tests de connaissances, irr&#233;v&#233;rencieux, helzapoppinesques, n'ont rien de commun avec ce qui se publie ailleurs depuis que Walter Levino a impos&#233; le genre : c'est du&lt;i&gt; Lib&#233;&lt;/i&gt; pur jus...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Temps de lecture allong&#233;&lt;/i&gt; &#187; sugg&#232;re Antoine de Gaudemar : certains acheteurs d'espace publicitaire commencent &#224; y voir un int&#233;r&#234;t ; mais il s'agit d'une infime minorit&#233;. &#171; &lt;i&gt;En &#233;t&#233;,&lt;/i&gt; r&#233;sume un professionnel, laconique et accabl&#233;, &lt;i&gt;tous les &#8220;pubards&#8221; sont en vacances.&lt;/i&gt; &#187; Inconcevable aux Etats-Unis et nettement moins r&#233;pandue dans les principaux pays europ&#233;ens, cette autre exception fran&#231;aise est difficile &#224; chiffrer, le &#171; manque &#224; gagner &#187; l'est toujours ; mais, en terme de tr&#233;sorerie, elle est sans doute plus dommageable que l'&#233;rosion des ventes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle affecte in&#233;galement les t&#233;l&#233;visions qui, par ailleurs, r&#233;duisent leurs co&#251;ts de production en recourant massivement &#224; des rediffusions et best of archi-rentabilis&#233;s, mais p&#233;nalise surtout la presse &#233;crite, et, en premier lieu, les quotidiens. M&#234;me ceux qui, &#224; l'inverse de leurs homologues parisiens, voient venir les beaux jours sans d&#233;plaisir : on veut parler ici des grands r&#233;gionaux dont les zones de diffusion co&#239;ncident opportun&#233;ment avec la g&#233;ographie des vacances, &#224; commencer par le littoral. Dans des bourgades c&#244;ti&#232;res, des petites villes dolentes du bord de mer, les vacanciers multiplient soudain la population par dix, par cinquante, par cent. Parmi ces arrivants, il y a d'anciens autochtones. De retour au pays, ils rach&#232;tent tout naturellement &#171; leur &#187; journal. Pour ceux qui se contentent de s&#233;journer dans la r&#233;gion, celui-ci fait partie des sp&#233;cialit&#233;s locales, au m&#234;me titre que le petit ros&#233; qui voyage mal, les espadrilles et les corridas. Saviez-vous qu'au sud de la Loire, on en parle presque tous les jours sans honte ni remords ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les estivants compensent pendant six &#224; huit semaines la carence d&#233;mographique des dix autres mois de l'ann&#233;e en fournissant un appoint de lecteurs potentiels qui n'est pas une vue de l'esprit. &lt;i&gt;Nice-Matin, Midi libre, Sud-Ouest&lt;/i&gt; et surtout &lt;i&gt;Ouest France&lt;/i&gt; &#233;tablissent en effet leur record de ventes en &#233;t&#233;. Les d&#233;serteurs parisiens ne sont pas perdus pour tout le monde.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_674 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/tong.png&quot; title='' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L299xH324/tong-59399-539a5.png' width='299' height='324' alt='' style='height:324px;width:299px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Nos ch&#232;res &#233;lites intellectuelles pr&#233;f&#232;rent la lumi&#232;re du &lt;i&gt;Phare de R&#233;&lt;/i&gt; aux lueurs du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ces num&#233;ros gagnants font d'ailleurs l'objet d'un &#171; effort r&#233;dactionnel et commercial &#187; dont on se dispense ais&#233;ment le reste du temps : r&#233;unions anticip&#233;es, constitution d'&#233;quipes d&#233;charg&#233;es des basses besognes, pages sp&#233;ciales, promotion : on met le paquet, allant m&#234;me parfois jusqu'&#224; oser parler d'&#233;criture... Il faut croire que le dispositif ne passe pas inaper&#231;u puisque, invariablement, d&#232;s qu'on y met un terme, il se trouve quelques abonn&#233;s pour le regretter. Pourquoi changer ? Ils aimaient mieux ce journal d'&#233;t&#233; plus vif, plus app&#233;tissant, moins terre &#224; terre. Ainsi, on ne mettrait les petits plats dans les grands que pour app&#226;ter les touristes. Apr&#232;s leur d&#233;part, la tambouille de la cantine serait obligatoirement resservie aux lecteurs captifs. Pourquoi ? La question n'est pas sans int&#233;r&#234;t pour la PQR (presse quotidienne r&#233;gionale). Mais le train-train et la publicit&#233; reprenant, les pr&#233;s carr&#233;s retrouvant leurs propri&#233;taires et le &#171; manque de place &#187; faisant rage (que de crimes commis contre le journalisme au nom de cette providentielle contrainte !), on ne s'interrogera pas davantage sur l'embellie de l'&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La manne profite &#233;videmment aussi &#224; des f&#233;odalit&#233;s de moindre prestige que les baronnies de Bretagne ou la Septimanie. Ainsi, &lt;i&gt;Le Phare de R&#233;&lt;/i&gt; fr&#244;le-t-il en haute saison le double de son tirage hebdomadaire moyen (15 000 exemplaires). Fond&#233; en 1949 et rachet&#233; il n'y a gu&#232;re par Thierry Verret - pour nettement moins cher que feu &lt;i&gt;l'Ev&#233;nement&lt;/i&gt; - ce journal d'imprimeur compte parmi ses 7 000 abonn&#233;s de belles figures germanopratines. A Saint-Martin, Ars et m&#234;me aux Portes, il est souvent mieux port&#233; que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;. On consacre, en tout cas, plus de temps et d'attention aux petites annonces de l'un qu'aux grands &#233;ditoriaux de l'autre. Voil&#224; qui en dit long sur la funeste d&#233;mobilisation m&#233;diatique de l'&#233;t&#233; : nos &#233;lites, nos ch&#232;res &#233;lites intellectuelles pr&#233;f&#233;rant la lumi&#232;re du Phare de R&#233; aux lueurs du Monde !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les vacances sont synonymes de d&#233;lassement, de r&#234;ve, de plaisir, de d&#233;paysement : ne pourrait-on pas employer les m&#234;mes termes pour d&#233;finir la majeure partie de la presse magazine ? Rien d'&#233;tonnant &#224; ce que celle-ci soit mieux assortie que les quotidiens d'information &#224; la vie sans information, au farniente et au laisser-rouler. Ne constitue-t-elle pas, &#224; longueur d'ann&#233;e, une sorte de r&#233;p&#233;tition p&#233;riodique, de mont&#233;e progressive vers le bien-&#234;tre, l'&#233;panouissement de soi ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pourquoi les plus informatifs d'entre eux, les news, mettent en &#233;t&#233; la p&#233;dale douce sur les dossiers de fond et exposent de pr&#233;f&#233;rence leur versant le plus aimable. Ainsi, le suppl&#233;ment magazine de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; devient-il plus ou moins sa locomotive. Syst&#233;matiquement consacr&#233; aux r&#233;gions touristiques les plus fr&#233;quent&#233;es (C&#244;te d'Azur, C&#244;te Basque, Bretagne, Languedoc-Roussillon, etc.), il les explore &#224; tour de r&#244;le, de fa&#231;on suffisamment exhaustive pour s&#233;duire &#224; la fois le visiteur et l'indig&#232;ne et, par-dessus le march&#233; - l'astuce strat&#233;gique est l&#224; - demeurer en vente sur place les semaines suivantes. Cette combinaison du proche qui s'installe et du lointain qui se renouvelle (cette ann&#233;e, ce sera &#171; les grandes places mythiques dans le monde &#187;) porte ses fruits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux &#171; pictures &#187; et aux &#171; peoples &#187;, ils n'ont pas &#224; se donner tant de mal puisqu'ils sont &#224; 100 % &#171; raccord &#187; avec le climat ambiant, les lecteurs se trouvant par surcro&#238;t sur le th&#233;&#226;tre de leurs op&#233;rations favorites : sea, sex and sun. L'&#233;t&#233;, ce n'est pas seulement une saison, c'est un concept : de 25 &#224; 35 % d'augmentation pour &lt;i&gt;Match, VSD&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Gala&lt;/i&gt; en 2004 ! Il sera difficile de faire mieux.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les lectrices sont somm&#233;es de demeurer actives m&#234;me dans leurs chaises longues. De participer &#224; la marche du monde en se passant de la peau mate sur le dos. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour les magazines f&#233;minins, de loin les plus nombreux, tout baigne dans l'huile solaire. Il y a quelques ann&#233;es, on aurait pu croire que l'excommunication du bronzage intensif, longtemps parole d'&#233;vangile mais facteur de m&#233;lanome, allait porter un coup fatal &#224; des d&#233;cennies de rh&#233;torique exaltant le bain de soleil et les carnations h&#226;l&#233;es, voire boucan&#233;es. C'&#233;tait sous-estimer sa facult&#233; d'adaptation r&#233;capitul&#233;e dans un titre de &lt;i&gt;Questions de Femmes&lt;/i&gt; : &#171; On dit oui aux autobronzants. &#187; Le nouveau discours, pr&#233;ventif et parapharmaceutique, fourmille d'avantages, sans parler de la publicit&#233; qu'il g&#233;n&#232;re. Il est moins limit&#233; dans le temps que le seul barbouillage d'ambre solaire entre le 14 juillet et le 15 ao&#251;t puisqu'on peut &#171; initier le traitement &#187; bien avant les premiers rayons de soleil ; il rev&#234;t une sorte de l&#233;gitimit&#233; scientifique, quasiment m&#233;dicale : vous avez not&#233; le mot &#171; traitement &#187; s'agissant de vacances ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On compte d&#233;sormais plus de formules et de symboles chimiques dans la presse f&#233;minine que dans &lt;i&gt;Sciences et Vie&lt;/i&gt;. Les g&#233;lules aux couleurs de bonbons anglais, innocentes donc, sont en train de ringardiser les cr&#232;mes. La cosm&#233;tologie ressemble de plus en plus &#224; une cat&#233;gorie festive de la dermatologie, ce qui rassure la lectrice, soucieuse de sa sant&#233; (&#171; R&#233;veillez votre &#233;nergie &#187;, Avantages), sans nuire &#224; l'apologie oblig&#233;e de l'h&#233;donisme. Car il s'agit, co&#251;te que co&#251;te, de se faire plaisir, d'&#234;tre bien dans sa peau et son string, cool, de se vider la t&#234;te, relax, heureuse, oui, c'est cela, heureuse, en tout cas de positiver, d'en profiter &#224; fond.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A cet effet, la presse f&#233;minine de qualit&#233; s'en tiendra &#224; un classicisme de bon aloi. Pourquoi s'&#233;carter des recettes &#233;prouv&#233;es ? &#171; Dossier silhouette : ventre, cuisses, fesses &#187; (&lt;i&gt;Top Sant&#233;&lt;/i&gt;), r&#233;gimes minceur (partout), &#171; 620 id&#233;es pour &#234;tre au top &#187;, pas moins, (&lt;i&gt;Shopping&lt;/i&gt;, par ailleurs imbattable sur les sandales, de quoi marcher pendant un si&#232;cle, bouquins &#224; lire sur la plage et lunettes de soleil, pour ressembler aux stars qui en portent toute l'ann&#233;e). Car les lectrices sont somm&#233;es de demeurer actives m&#234;me dans leurs chaises longues. De participer &#224; la marche du monde et aux progr&#232;s de l'esp&#232;ce en se passant de la peau mate dans le dos : &#171; Soyez fraiche, dynamique et sexy &#187; (&lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Est-il besoin de pr&#233;ciser que le sujet dominant pour ne pas dire obsessionnel puisque tout y renvoie, du &#171; petit haut coquin &#187; &#224; la &#171; cuisine aphrodisiaque &#187;, est le sexe. Ce qu'on appelait nagu&#232;re &#171; amours de vacances &#187; et qui suscitait les conseils de M&#233;nie Gr&#233;goire, du&#232;gne de l'&#232;re glaciaire, ignore d&#233;sormais la litote ou les pr&#233;cautions oratoires : &#171; Sur la plage &#224; trois : leur meilleur souvenir sexuel &#187; (&lt;i&gt;Glamour&lt;/i&gt;). La presse &#171; djeune &#187; ou &#171; ado &#187; ne rechigne pas &#224; la man&#339;uvre. A vrai dire, on ne voit plus gu&#232;re que &lt;i&gt;Modes et Travaux&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le P&#232;lerin&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'Argus Automobile&lt;/i&gt; pour n&#233;gliger ce cr&#233;neau porteur, alors qu'ils ont en magasin le point &#224; l'endroit et &#224; l'envers, la p&#233;cheresse Marie-Madeleine et toutes sortes de transports &#224; essieu rigide.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Telle est la cruaut&#233; de l'&#233;t&#233; : tandis que les titres collet mont&#233; transpirent et sont frapp&#233;s de p&#233;remption d&#232;s leur premi&#232;re exposition au soleil, toutes ces publications capiteuses, &#233;chancr&#233;es, troublantes, jouissent par surcro&#238;t d'une seconde vie, l'automne et l'hiver suivants, sur les tables basses des m&#233;decins et des dentistes, o&#249; elles sont &#224; nouveau interminablement compuls&#233;es - l'attente est longue en ces lieux - y compris par les messieurs. Vous parlez d'un &#171; taux de visibilit&#233; &#187;. On serait annonceur qu'on n'h&#233;siterait pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Retirons donc marronnier. C'est un peu court, d&#233;suet, voire d&#233;sobligeant. Pour qualifier semblable constance th&#233;matique et les variations sans fin qui exploitent le genre sans l'&#233;puiser, cet art de faire tant avec si peu, pour rendre justice &#224; son caract&#232;re imputrescible, parlons plut&#244;t de ces fleurs qui jamais ne vieillissent ni ne s'alt&#232;rent, les immortelles. Elles ne sentent rien, dites-vous ? On ne peut tout de m&#234;me pas tout avoir !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tour de France : l'&#232;re du &quot;tout&#233;l&#233;&quot; </title>
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		<dc:date>2006-11-30T21:39:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>La cam&#233;ra et l'ordinateur ont tu&#233; l'&#233;pop&#233;e des for&#231;ats du Galibier. Apr&#232;s plus d'un si&#232;cle d'existence et malgr&#233; une concurrence de plus en plus vive sur la sc&#232;ne sportive, le Tour parle toujours autant &#224; l'imagination. Il faut croire que les journalistes y sont pour quelque chose. Mais quels journalistes ? L&#224; est la question. Georges Briquet pour la radio, Robert Chapatte pour la t&#233;l&#233;vision et Pierre Chany pour la presse &#233;crite ont beaucoup fait en leur temps pour la notori&#233;t&#233; du Tour. Antoine Blondin a (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no5,11-.html" rel="directory"&gt;n&#176;5&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-vie-publique,12-+.html" rel="tag"&gt;Vie publique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH59/arton216-bda24.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='59' class='spip_logos' style='height:59px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;La cam&#233;ra et l'ordinateur ont tu&#233; l'&#233;pop&#233;e des for&#231;ats du Galibier.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s plus d'un si&#232;cle d'existence et malgr&#233; une concurrence de plus en plus vive sur la sc&#232;ne sportive, le Tour parle toujours autant &#224; l'imagination. Il faut croire que les journalistes y sont pour quelque chose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais quels journalistes ? L&#224; est la question. Georges Briquet pour la radio, Robert Chapatte pour la t&#233;l&#233;vision et Pierre Chany pour la presse &#233;crite ont beaucoup fait en leur temps pour la notori&#233;t&#233; du Tour. Antoine Blondin a donn&#233; &#224; la geste cycliste un lustre quasi inexistant (malgr&#233; Albert Londres ou Colette) avant ses chroniques &#233;crites pour &lt;i&gt;L'Equipe&lt;/i&gt; entre 1954 et 1982. Mais chacun a emport&#233; son style dans sa tombe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, la t&#233;l&#233;vision n'est pas seulement le m&#233;dium ultra dominant : elle EST le Tour. L'achat de l'exclusivit&#233; en 1986 en a fait la coproductrice du spectacle avec des moyens humains et mat&#233;riels (130 millions d'euros investis, 200 personnes sur le terrain) qui ont transform&#233; la vision de la course. L'exclusivit&#233; a aussi modifi&#233; le rapport entre le monde cycliste et les t&#233;moins de l'&#233;preuve. Ceux qui ne payent pas les droits sont incit&#233;s, en raison de la longueur de la retransmission t&#233;l&#233;vis&#233;e (80 heures de direct en tout), &#224; se retrouver devant les &#233;crans de la salle de presse puis &#224; attendre leur tour d'interview, une fois la t&#233;l&#233;vision servie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi les journalistes de radio et de presse &#233;crite, y compris les plus fameux, sont devenus t&#233;l&#233;-d&#233;pendants. Il fut un temps o&#249; ils suivaient (ou plut&#244;t pr&#233;c&#233;daient) la course en voiture &#224; 40 &#224; l'heure. D&#233;sormais, ils sont fortement tent&#233;s d'emprunter un itin&#233;raire hors Tour (fl&#233;ch&#233;) qui leur permet de gagner deux &#224; trois heures sur leurs confr&#232;res qui suivent le parcours officiel. La plupart des v&#233;hicules de la &#171; presse avant &#187; sont des loges sur quatre roues occup&#233;es par des sponsors, des &#233;lus et autres personnalit&#233;s invit&#233;es. Seules une colonie de motos et quelques voitures de radioreporters restent en prise directe avec la course.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du fait de la croissance exponentielle du nombre de journalistes (300 en 1980, 1 000 aujourd'hui), la cohabitation avec le reste de la caravane (3 500 suiveurs et 1 500 v&#233;hicules en tout) ne va pas sans tensions. Chaque ann&#233;e, l'Association internationale des journalistes de cyclisme (AIJC) n&#233;gocie avec l'organisateur des am&#233;nagements pour faciliter l'acc&#232;s aux sources, en l'esp&#232;ce les comp&#233;titeurs. Le vainqueur de l'&#233;tape et le (nouveau) maillot jaune sont d&#233;sormais astreints &#224; une conf&#233;rence de presse d'une vingtaine de minutes, traduite en anglais et en fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pour les autres coureurs, c'est la chasse &#224; l'homme. Des zones &#233;troitement d&#233;limit&#233;es et surveill&#233;es (par des vigiles et parfois par la gendarmerie elle-m&#234;me) s&#233;parent t&#233;l&#233;, radio et presse &#233;crite derri&#232;re la ligne d'arriv&#233;e. Rien n'impose aux p&#233;daleurs d'aller d'une zone &#224; l'autre, sinon leur bon vouloir. Surtout en montagne o&#249;, plut&#244;t que d'affronter une meute de chasseurs d'images dont l'excitation est proportionnelle &#224; l'int&#233;r&#234;t de l'&#233;tape, les coureurs ont plut&#244;t envie de gagner leur h&#244;tel ou leurs autobus mastodontes qui campent sur les sites de d&#233;part et d'arriv&#233;e comme sur des lieux touristiques. Les reporters s'agglutinent aupr&#232;s des portes verrouill&#233;es en esp&#233;rant que leur interlocuteur, d&#251;ment pr&#233;venu, voudra bien avoir l'obligeance de descendre les marches pour r&#233;pondre &#224; des questions.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_675 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/tshirt-jaune.png&quot; title='' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L251xH324/tshirt-jaune-ecb85-b3316.png' width='251' height='324' alt='' style='height:324px;width:251px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Car la t&#233;l&#233;vision, si elle semble d&#233;cortiquer la course, n'en montre que l'&#233;cume. La vie d'un peloton est anim&#233;e de mouvements sous-marins qu'il devient compliqu&#233; de rep&#233;rer, en raison des rapports de plus en plus fugitifs entre la presse et les coureurs. Le journaliste embedded se demande parfois si le Tour n'est pas un monde virtuel, une sorte de jeu vid&#233;o en relief dont il est un personnage &#224; escamoter d'un petit coup de t&#233;l&#233;commande.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On comprend pourquoi le verbe a perdu de sa vigueur. La t&#233;l&#233;vision v&#233;hicule un discours st&#233;r&#233;otyp&#233; qui finit par impr&#233;gner l'&#233;crit lui-m&#234;me. L'important n'est plus ce qui est dit, mais qui le dit. En cela, le cyclisme &#233;pouse son temps avec le mim&#233;tisme propre aux sports professionnels. Les journalistes d'&#233;criture s'adaptent aussi &#224; l'&#233;poque. A la narration, souvent &#233;pique, qui a fait la gloire des anciens (et du Tour), a succ&#233;d&#233; la glose, souvent froide. Cette glaciation s'explique aussi, dans une certaine mesure, par le recours d&#233;sormais syst&#233;matique &#224; l'ordinateur portable : il a install&#233; devant les yeux des r&#233;dacteurs un &#233;cran suppl&#233;mentaire et dans leur esprit la hantise du &#171; bug &#187;. La primaut&#233; du mat&#233;riel a chang&#233; le regard et le langage. Le Tour est devenu moins litt&#233;raire et plus visuel. Comme la soci&#233;t&#233;, en somme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Herv&#233; Mathurin est journaliste. Il a suivi plus de 30 Tours de France.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Notre jeu de l'&#233;t&#233; : Aimez-vous les journalistes ? </title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Aimez-vous-les-journalistes,217.html</link>
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		<dc:date>2006-11-30T21:39:11Z</dc:date>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Un test (peu scientifique) pour ausculter le d&#233;samour de l'opinion publique envers les journalistes. Les journalistes, c'est comme les h&#244;tesses de l'air et les pompiers. Petits, filles et gar&#231;ons les mettent aux premiers rangs de leurs aspirations professionnelles futures. Devenus grands, leurs yeux se dessillent : finalement, les unes ne seraient que des serveuses pressur&#233;es et pressuris&#233;es, les autres des briqueurs de grandes &#233;chelles et des r&#233;ceptacles de fantasmes bott&#233;s [NDLR : pardon &#224; ces (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-vie-publique,12-+.html" rel="tag"&gt;Vie publique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH59/arton217-20e3a.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='59' class='spip_logos' style='height:59px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Un test (peu scientifique) pour ausculter le d&#233;samour de l'opinion publique envers les journalistes.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les journalistes, c'est comme les h&#244;tesses de l'air et les pompiers. Petits, filles et gar&#231;ons les mettent aux premiers rangs de leurs aspirations professionnelles futures. Devenus grands, leurs yeux se dessillent : finalement, les unes ne seraient que des serveuses pressur&#233;es et pressuris&#233;es, les autres des briqueurs de grandes &#233;chelles et des r&#233;ceptacles de fantasmes bott&#233;s [NDLR : pardon &#224; ces deux estimables professions]. Quant aux journalistes, il suffit de consulter le &#171; barom&#232;tre annuel de confiance des Fran&#231;ais dans les m&#233;dias &#187;, initi&#233; en 1987 par Jean-Louis Missika, pour s'en persuader : si l'on a un tant soit peu d'estime de soi, mieux vaut aujourd'hui &#234;tre pompier d'a&#233;roport que travailleur des m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;fiance g&#233;n&#233;rale vis-&#224;-vis des faits rapport&#233;s, mise en doute de la cr&#233;dibilit&#233;, de l'honn&#234;tet&#233;, du d&#233;sint&#233;ressement, du simple professionnalisme des journalistes, qu'ils soient de l'&#233;crit ou de l'audiovisuel - m&#233;dia chaud, la radio est cependant trait&#233;e avec un peu plus de chaleur -, effarement devant les salaires et les avantages des stars du 20 heures : ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, nos 1 000 concitoyens consult&#233;s expriment une pi&#232;tre opinion des pel&#233;s, des galeux de la carte de presse. Alors, comment expliquer l'&#233;motion et la mobilisation populaires que d&#233;clenchent l'enl&#232;vement, les mauvais traitements, ou pis encore, de quelques repr&#233;sentants de cette profession si d&#233;valoris&#233;e ? Par l'activisme &#233;chevel&#233; de Reporters sans fronti&#232;res ? Par les accents persuasifs des hommes et femmes-troncs de la messe du soir ? Par la perverse Schadenfreude (le plaisir du malheur des autres), comme disent les Allemands, qui s'y connaissent ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eh bien, non, nous pensons qu'il y a l&#224; de l'amour, un amour v&#233;ritable, mais terriblement d&#233;&#231;u. Faute de le prouver par un sondage et une analyse hors des moyens de M&#233;dias, nous vous proposons ce petit test estival en 17 questions. En toute rigueur journalistique...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le test en 17 questions :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt;	&lt;i&gt;Pour vous, les journalistes sont :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -des &#171; chiens &#187; (Fran&#231;ois Mitterrand,pr&#233;sident)&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -des &#171; chiens de garde &#187; (Serge Halimi, journaliste)&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -des &#171; chiens couchants &#187; (Herv&#233; Le Corre, auteur de polars)&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -des &#171; hy&#232;nes dactylographes &#187; ou &#171; chacals &#224; stylo &#187; (Alexandre Fadeiev, &#233;crivain stalinien)&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -des &#171; chiens &#233;cras&#233;s &#187; (la presse quotidienne r&#233;gionale)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt;	&lt;i&gt;Si on vous dit &#171; romanqu&#234;te &#187;, vous pensez &#224; :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -l'affaire Al&#232;gre&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -l'affaire d'Outreau&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Emile Zola&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Albert Londres&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -un &#233;ditorialiste du&lt;i&gt; Point&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Pour vous, un bon journaliste est :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -un journaliste kidnapp&#233;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -un journaliste &#233;tranger (de pr&#233;f&#233;rence am&#233;ricain)&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -un r&#233;dacteur en chef du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -un animateur qui vous invite &#224; la t&#233;l&#233;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;-De notori&#233;t&#233; publique, le sociologue Pierre Bourdieu n'aimait pas les journalistes, qui le lui rendaient bien (ceux du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt; except&#233;s). Saviez-vous :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -que ce &#171; g&#233;nie col&#233;rique &#187; (Michel Onfray) faisait une exception pour L&#233;on Zitrone ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -qu'il vaut mieux recouper cette information ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.&lt;/strong&gt;	&lt;i&gt;-&#171; &lt;i&gt;Le gouvernement ment, la presse ment, mais dans une d&#233;mocratie, ce sont des mensonges diff&#233;rents&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Etes-vous d'accord avec cette formule anglo-saxonne ? Ne la trouvez-vous pas bien optimiste ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.&lt;/strong&gt; -&lt;i&gt;Quelle fiction &#171; de presse &#187; pr&#233;f&#233;rez-vous :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&#171; Front Page (Sp&#233;ciale derni&#232;re) &#187;, avec Tony Curtis et Walter Matthau&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&#171; All the President's Men &#187; (&#171; Les Hommes du pr&#233;sident &#187;), avec Dustin Hoffman et Robert Redford&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&#171; Under Fire &#187;, avec Nick Nolte et Gene Hackman&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&#171; TF1 contre F2 &#187;, avec Patrick Poivre d'Arvor et David Pujadas&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;7.&lt;/strong&gt;	-&lt;i&gt;&#171; &lt;i&gt;Le journalisme rock, ce sont des gens qui ne savent pas &#233;crire interviewant des gens qui ne savent pas parler pour des gens qui ne savent pas lire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Etes-vous d'accord avec cette d&#233;finition du regrett&#233; Frank Zappa ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Si oui, s'applique-t-elle &#224; d'autres secteurs du journalisme ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;8.&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Pour vous, le journalisme sportif est :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -un journalisme comme les autres&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -un journalisme sup&#233;rieur aux autres (vu son audience et son lectorat)&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -au journalisme ce que la musique militaire est &#224; la musique&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;9.&lt;/strong&gt;	-&lt;i&gt;Pensez-vous que la formule de Laurence J. Peter (celui du principe du m&#234;me nom) : &#171; &lt;i&gt;Les &#233;conomistes sont des gens qui vous diront demain pourquoi ce qu'ils avaient pr&#233;vu hier ne s'est pas produit aujourd'hui&lt;/i&gt; &#187; convient aussi &#224; :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Jean-Pierre Gaillard&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Jean-Marc Sylvestre&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Oncle Bernard (&lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -M. M&#233;t&#233;o&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;10.&lt;/strong&gt;	-&lt;i&gt;&#171; &lt;i&gt;Le journalisme m&#232;ne &#224; tout, &#224; condition d'en sortir&lt;/i&gt; &#187; : laquelle de ces personnalit&#233;s justifie-t-elle le mieux cet aphorisme :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -No&#235;l Mam&#232;re&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Dominique Baudis&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Jean-Pierre Raffarin&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	-l'heureux propri&#233;taire de l'auberge &#171; A la pur&#233;e de fenouil &#187;, dans le Luberon&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;11.&lt;/strong&gt;	&lt;i&gt;Cherchez l'intrus :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -publi-r&#233;dactionnel&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -animation de conventions&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -coaching&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -d&#233;ontologie&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;12.&lt;/strong&gt;	-&lt;i&gt;Pour vous, le comble de la patience est de chercher :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -une aiguille dans une meule de foin&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -un journaliste en Cor&#233;e du Nord&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -un article d&#233;favorable &#224; L'Or&#233;al dans la presse f&#233;minine&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;13.&lt;/strong&gt;	&lt;i&gt;-A votre avis, quelle est la bonne orthographe :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -L'&#233;thique du journalisme&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Les tics du journalisme&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Les TIC (technologies de l'information et de la communication) du journalisme&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;14.&lt;/strong&gt;	-&lt;i&gt;La formule gagnante du JT de 20 heures :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -1/3 de m&#233;t&#233;o, 1/3 de compassion, 1/3 de promotion pour la cha&#238;ne&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -25 % d'audimat minimum&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -La mise en images du&lt;i&gt; Monde&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; du jour&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;15.&lt;/strong&gt;	-&lt;i&gt;Parmi les privil&#232;ges auxquels donne droit la carte de presse, lequel trouvez-vous le plus scandaleux :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -L'acc&#232;s gratuit aux mus&#233;es&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Un abattement fiscal plafonn&#233; &#224; 7 650 euros&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Un kir de bienvenue dans certains &#233;tablissements&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Un appartement de la ville de Paris&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;16.&lt;/strong&gt;	&lt;i&gt;-Dans &#171; Les Illusions perdues &#187;, Balzac s'en prenait au trafic des livres en &#171; service de presse &#187;...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Vous pr&#233;f&#233;rez conserver vos illusions et penser que cette pratique mesquine est r&#233;volue&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Vous venez d'acheter les derniers prix litt&#233;raires chez Gibert Joseph (entre -30 et -50 %, avec un envoi de l'auteur en prime)&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Vous venez de vendre les derniers prix litt&#233;raires chez Gibert Joseph (apr&#232;s avoir arrach&#233; la page de garde)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;17.&lt;/strong&gt;	&lt;i&gt;-Robert M&#233;nard est aux journalistes :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Ce que Brigitte Bardot est aux animaux &#224; fourrure&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Ce que l'abb&#233; Pierre est aux plus d&#233;munis&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -Ce que Saint Antoine de Padoue est aux prisonniers et aux objets perdus...&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_676 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/tintin.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L215xH324/tintin-46736-982f0.jpg' width='215' height='324' alt='' style='height:324px;width:215px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; R&#233;ponses :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1)	-Si vous avez scrupuleusement r&#233;pondu &#224; toutes les questions, pas de doute, vous aimez les journalistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2)	-Si vous avez r&#233;pondu scrupuleusement &#224; toutes les questions, pas de doute, vous n'aimez pas les journalistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3)	-Si vous avez r&#233;pondu n'importe comment &#224; toutes les questions, pas de doute, vous &#234;tes un(e) journaliste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journaux et toros : Folie d'&#233;t&#233; au sud </title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Folie-d-ete-au-sud-par,218.html</link>
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		<dc:date>2006-11-30T21:39:02Z</dc:date>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>M&#234;me en France, la couverture des corridas n'&#233;chappe plus &#224; la t&#233;l&#233; ni &#224; l'Internet. Chaque &#233;t&#233;, avec la r&#233;gularit&#233; qui sied aux ruminants, les toros de combat pointent leurs cornes dans les colonnes des journaux. Il est m&#234;me &#233;tonnant de constater combien ils s'accordent avec les jours qui rallongent, les premi&#232;res asperges, les chaleurs de Pentec&#244;te ; comment ils atteignent leur apog&#233;e dans la lourde et orageuse chaleur des 15 ao&#251;t d'Aquitaine ; disparaissent progressivement d&#232;s que l'automne s'annonce, (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH59/arton218-6123f.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='59' class='spip_logos' style='height:59px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;M&#234;me en France, la couverture des corridas n'&#233;chappe plus &#224; la t&#233;l&#233; ni &#224; l'Internet.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Chaque &#233;t&#233;, avec la r&#233;gularit&#233; qui sied aux ruminants, les toros de combat pointent leurs cornes dans les colonnes des journaux. Il est m&#234;me &#233;tonnant de constater combien ils s'accordent avec les jours qui rallongent, les premi&#232;res asperges, les chaleurs de Pentec&#244;te ; comment ils atteignent leur apog&#233;e dans la lourde et orageuse chaleur des 15 ao&#251;t d'Aquitaine ; disparaissent progressivement d&#232;s que l'automne s'annonce, quand la &#171; Feria des Vendanges &#187; de N&#238;mes rappelle les v&#233;rit&#233;s de la terre et la r&#233;colte du raisin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On aurait tort de croire &#224; l'effet de mode. Les corridas, leurs comptes rendus, et donc l'abondante &#233;vocation taurine dans les journaux des r&#233;gions concern&#233;es (c'est-&#224;-dire sur les terres qui vont des rivages atlantiques au delta du Rh&#244;ne, au sud d'une ligne continue de Bordeaux &#224; Marseille), se sont impos&#233;s dans des circonstances parfois pittoresques bien avant la Premi&#232;re Guerre mondiale. On sait d'ailleurs trop peu que l'un des plus c&#233;l&#232;bres chroniqueurs taurins fut Th&#233;ophile Gautier. Fort de ses voyages en Espagne, il s'imposa comme envoy&#233; sp&#233;cial du Temps, quand Cuchares, seule grande gloire depuis la mort de Montes, fut engag&#233; &#224; Bayonne pour ce dimanche historique du 21 ao&#251;t 1853, date de la premi&#232;re corrida moderne donn&#233;e en France. Cela eut pour effet d'&#233;nerver prodigieusement Alexandre Dumas qui vitup&#233;ra : &#171; &lt;i&gt;Gautier pr&#233;tend conna&#238;tre l'Espagne mieux que les Espagnols.&lt;/i&gt; &#187; Jalousies ib&#233;riques sur fond de corridas, qui ont pr&#233;figur&#233; d'autres duels d'auteurs. Sans se r&#233;f&#233;rer &#224; d'aussi prestigieuses signatures, on assista tr&#232;s t&#244;t &#224; l'&#233;closion d'une litt&#233;rature journalistique particuli&#232;re, et m&#234;me d'un style qui a &#233;pous&#233; &#224; la fois tr&#232;s &#233;troitement le champ s&#233;mantique de la presse (diatribe, opinion et pamphlet) et les modes d'&#233;criture de ce temps-l&#224; (emphase, romantisme).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les journaux quotidiens, y compris en province, &#233;tant plus nombreux qu'aujourd'hui, ne pouvaient abandonner une once de terrain &#224; leurs concurrents. On parlerait maintenant de bataille d'audimat. Cela eut pour cons&#233;quence de multiplier les experts ; ce qui valait pour la corrida valait &#233;galement pour l'op&#233;ra, le ballet, le &#171; bel canto &#187; et les soir&#233;es mondaines. Mais ce qui est stup&#233;fiant est &#233;galement le nombre de feuilles tauromachiques : deux &#224; Bordeaux au d&#233;but du si&#232;cle (dont Le Sportman gazette du Toro-Sport qui fait cohabiter nouvelles d'automobiles et nouvelles d'ar&#232;nes), une &#224; Toulouse, Le Toril, une &#224; Marseille, Corrida et bient&#244;t une autre &#224; N&#238;mes, Biou y Toros, qui reste la doyenne de tous les titres taurins, Espagne comprise. Pour remplir ces pages : des passionn&#233;s, nullement journalistes mais lettr&#233;s en col cass&#233;, canne &#224; pommeau, moustaches conqu&#233;rantes. Ils se targuent d'une connaissance approximative de la langue castillane, de quelques certitudes sur la fa&#231;on de pr&#233;senter une &#171; muleta &#187; &#224; un toro, d'un brin de plume caustique, tout ceci accommod&#233; &#224; la sauce cart&#233;sienne. Naturellement, ils profitent des mois d'&#233;t&#233; pour se d&#233;placer. Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, le voyage &#224; S&#233;ville ou le d&#233;part vers Madrid, sans &#234;tre impossibles, demeurent r&#233;serv&#233;s aux plus fortun&#233;s d'entre eux. Reste une exception culturelle fran&#231;aise en mati&#232;re de voir et d'&#233;crire la tauromachie qui n'a pas tout &#224; fait disparu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Premier constat. La langue taurine ne recule devant aucune hyperbole, se jette sur l'image ampoul&#233;e avec la m&#234;me fr&#233;n&#233;sie qu'un touriste sur une fausse affiche de Carmen, utilise une traduction approximative ; bref, elle a construit un m&#233;talangage couramment utilis&#233; dans les journaux du cru en juillet ou en ao&#251;t, et qui, par extension, permet d'affirmer qu'un facteur f&#234;te sa &#171; despedida &#187; alors qu'il part calmement en retraite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deuxi&#232;me observation. Afin de para&#238;tre plus castillans, les journalistes taurins s'affublent d'un pseudonyme &#224; consonance ib&#233;rique comme les chroniqueurs espagnols l'avaient fait en s'inspirant des surnoms attribu&#233;s aux toreros. Ainsi, des Auguste Laffront (L'Equipe) deviennent des &#171; Paco Tolosa &#187;, Marcelle Cantier (Biou y Toros) se change en &#171; Miqueleta &#187;. Il y a des &#171; Don Pepe &#187; et des &#171; Tio Pepe &#187;, des &#171; Aguilita &#187; (Petit aigle) et des &#171; Aviador &#187; (Aviateur) et m&#234;me r&#233;cemment, un &#171; Monosabio &#187; litt&#233;ralement &#171; Singe Savant &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est dans cette confusion que s'apostrophent avec une violence insoup&#231;onnable les chroniqueurs des ann&#233;es 20. L'histoire a retenu la haine que se vouaient &#224; Bordeaux &#171; Don Severo &#187; en fait Marcel Grand, de La Petite Gironde, et Jean Cistac de La Rainais, &#171; Juan Leal &#187; de son nom de plume, chroniqueur &#224; La France de Bordeaux. On n'aurait pu imaginer deux hommes aussi oppos&#233;s. Le premier grand et jovial, directement issu de ce Bordeaux gouailleur des immigr&#233;s landais, l'autre, ancien lieutenant de cavalerie, sec, ne perdant pas un pouce de sa petite taille.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_677 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/TAUREAU-5.jpg&quot; title='Photo : Michel Dieuzaide' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH214/TAUREAU-5-9e826-c8eb0.jpg' width='324' height='214' alt='Photo : Michel Dieuzaide' style='height:214px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-677 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;Photo : Michel Dieuzaide&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Ils avaient &#233;t&#233; amis autrefois, puis f&#226;ch&#233;s, officiellement pour un d&#233;saccord sur Juan Belmonte, en fait pour une obscure raison de pr&#233;s&#233;ance un jour qu'un &#233;leveur andalou les avait invit&#233;s en sa propri&#233;t&#233;. Ils en vinrent m&#234;me &#224; se d&#233;fier en duel, l'un voulant le pistolet, l'autre le sabre, et il fallut que les directions des deux titres s'en m&#234;lent pour que le combat soit annul&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Demeure depuis une litt&#233;rature incompr&#233;hensible le reste de l'ann&#233;e, convenant parfaitement au rythme de l'&#233;t&#233;, myst&#233;rieuse au profane et donc parfaitement exotique. Il arrive encore de lire sous la plume de quelque tardif litt&#233;rateur, toujours sous l'influence de cette &#233;criture d'un autre &#226;ge, des phrases admirables, comme : &#171; &lt;i&gt;le maestro mania avec autorit&#233; la serge de la senestre&lt;/i&gt; &#187;. Traduction : &#171; le torero a bien tor&#233;&#233; de la main gauche &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour &#234;tre franc, ce genre de perle devient de plus en plus rare. En moins de trente ans, la presse taurine a subi une r&#233;volution. Les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision priv&#233;es se sont ru&#233;es vers un spectacle populaire en Espagne, mais encore &#224; l'abri des folies financi&#232;res du football, et vers une passion locale en France, une &#171; niche &#187; selon l'expression consacr&#233;e, qui, &#224; elle seule, a engrang&#233; les abonnements. Les ann&#233;es 80 furent celles de l'&#233;mergence des spectacles t&#233;l&#233;vis&#233;s sur Via Digital au sud des Pyr&#233;n&#233;es et Canal Plus au Nord, grandement aid&#233;e par l'apparition d'un torero adul&#233;, Paco Ojeda.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ajoutons chez nous l'intarissable bagout et la force de conviction de Simon Casas, directeur des ar&#232;nes de N&#238;mes de l'&#232;re Bousquet. Il n'en fallait pas davantage pour que la t&#233;l&#233;vision s'installe dans le &#171; callejon &#187;, y impose ses lois, rende d&#233;suets les baronnets des cahiers &#224; spirales et leurs commodes convictions. Avec Simon Casas et &lt;i&gt;Canal Plus&lt;/i&gt;, apparaissent les professionnels de l'ar&#232;ne reconvertis en consultants, bien plus cr&#233;dibles mais surtout bien plus p&#233;dagogiques. M&#234;me ph&#233;nom&#232;ne en Espagne. Les cha&#238;nes priv&#233;es s'arrachent les exclusivit&#233;s en fonction de leur audience r&#233;gionale, d'&lt;i&gt;Andalucia TV&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;Canal Sur&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autre d&#233;tail d'importance : les toreros ayant rapidement compris ce qui &#233;tait en jeu, les contrats deviennent diff&#233;rents selon que la corrida sera t&#233;l&#233;vis&#233;e ou pas, en direct ou non. Un apr&#232;s-midi de triomphe t&#233;l&#233;vis&#233; quintuple les effets et multiplie les engagements. Mais que dire d'un d&#233;sastre... Pour &#234;tre plus forts, les ennemis d'hier, &lt;i&gt;Via Digital&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Canal Plus Espagne&lt;/i&gt;, se sont associ&#233;s autour d'une structure commune, Sogecable, qui assure 55 retransmissions d'avril &#224; septembre. Aujourd'hui, une corrida se n&#233;gocie en moyenne 100 000 euros lors de la feria la plus importante, celle de Madrid - retransmise comme celle de S&#233;ville dans son int&#233;gralit&#233; -, ce qui est encore juteux pour les deux parties quand on sait qu'un rendez-vous de ce genre assure une audience du niveau d'un match de la Liga.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce qui demeure aujourd'hui imbattable, incomparable et incroyable est l'&#233;v&#233;nement Pampelune. Tout a commenc&#233; par un drame. Le 13 juillet 1995, un jeune Am&#233;ricain de Boston, Matthew Peter Tassio d&#233;cide de courir l'encierro. Il a 22 ans, un polo rouge et un bermuda. Il croit que c'est un jeu. Il tr&#233;buche devant un toro roux de Torrestrella qui lui plante la corne dans le ventre. Il meurt avant son arriv&#233;e &#224; l'h&#244;pital. L'ann&#233;e suivante, au lieu de la seule t&#233;l&#233;vision espagnole qui du 7 au 14 juillet, assurait d&#233;j&#224; une audience record de 5 millions de t&#233;l&#233;spectateurs &#224; 7h45, heure du croissant et du &#171; cafe con leche &#187;, d&#233;barquent trois &#171; networks &#187; am&#233;ricains dont &lt;i&gt;CNN Sports&lt;/i&gt;. &#171; Fight and blood &#187;. Les m&#226;nes d'Hemingway sont convoqu&#233;s. Depuis, il n'y a plus de morts, mais une inflation de commentaires. 97 cha&#238;nes, asiatiques, canadiennes, US bien s&#251;r, et m&#234;me su&#233;doises ou finlandaises, retransmettent la totalit&#233; ou des extraits des trois minutes de courses des jeunes &#171; mozos &#187; dans les vieilles rues de Pampelune, que regardent en direct plus de cent millions de passionn&#233;s. La France n'a pas r&#233;ussi &#224; y ins&#233;rer une cam&#233;ra. Ce n'est pas faute d'en avoir eu l'occasion. &lt;i&gt;Canal Plus&lt;/i&gt; s'&#233;tait vu offrir en 1998, pour la somme d&#233;risoire de 160 000 francs (24 000 euros), de diffuser l'encierro. La direction avait pr&#233;f&#233;r&#233; les dessins anim&#233;s des matins de juillet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dommage car depuis 1985, de Jean-Louis Burgat &#224; Carole Solive et l'agence Capa, la cha&#238;ne faisait &#339;uvre de d&#233;couvreur, et retransmettait du 25 juin au 15 ao&#251;t huit corridas des plus grandes ferias de France et d'Espagne. L'arriv&#233;e de Jean-Marie Messier &#224; la t&#234;te de la holding &#224; laquelle la cha&#238;ne appartenait sonna le glas. On pr&#233;texta que le budget de fonctionnement (4 millions de francs) &#233;tait dispendieux, ce qui laisse r&#234;veur quand on conna&#238;t la suite de l'aventure J2M. Il semble plus probable que l'intervention d'une associ&#233;e am&#233;ricaine jugeant le spectacle barbare a provoqu&#233; l'arr&#234;t provisoire des &#233;t&#233;s taurins qui, timidement, red&#233;marrent cette ann&#233;e avec deux retransmissions en diff&#233;r&#233;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_678 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/toros-mag.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH216/toros-mag-9c2df-83f55.jpg' width='324' height='216' alt='' style='height:216px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Et la presse &#233;crite alors ? Comment n'a-t-elle pas &#233;t&#233; submerg&#233;e ? Tr&#232;s curieusement, elle a profit&#233; de cette avalanche d'images pour faire sa mue et consid&#233;rer ces mois de lumi&#232;res avec moins de romantisme et davantage de rigueur. Ce qui frappe, c'est la continuit&#233; affirm&#233;e des quotidiens du Sud &#224; maintenir leurs rubriques taurines apr&#232;s la disparition de leurs chroniqueurs tut&#233;laires et &#224; choisir des correspondants. &lt;i&gt;Sud-Ouest&lt;/i&gt; qui couvre la r&#233;gion o&#249; se donnent le plus de spectacles en France dans le triangle Bordeaux, Bayonne, Toulouse, assure le compte rendu de 135 courses, de la modeste novillada sans picador &#224; la corrida de feria, orgueil du maire et de son pr&#233;sident du comit&#233; des f&#234;tes. Vincent Bourg, &#171; Zocato &#187;, a pu succ&#233;der &#224; Georges Dubos, l'un des critiques les plus imposants du XXe si&#232;cle. Il en est de m&#234;me &#224; La D&#233;p&#234;che du Midi o&#249; un journaliste, Patrick Louis, a pris le relais d'Andr&#233; Poublanc, tandis que &lt;i&gt;Midi Libre&lt;/i&gt; consacre l'essentiel de ses efforts &#224; la couverture de la Feria de N&#238;mes, mais sait profiter de l'exp&#233;rience de tous les anciens toreros qui ont &#233;merg&#233; en trente ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De ce point de vue, la presse nationale n'est pas en reste. Au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, le Bayonnais Francis Marmande a succ&#233;d&#233; au Bordelais Jean Lacouture. A &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, le N&#238;mois Jacques Durand donne chaque semaine de l'&#233;t&#233;, pour les &#233;ditions au sud de la Loire, une &#233;l&#233;gante chronique &#224; l'humour teint&#233; de nostalgie. A &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt;, l'Arl&#233;sien Patrick Forestier creuse le sillon du Languedocien Jean Cau. Comment ne pas &#234;tre &#233;tonn&#233; de voir la maison d'&#233;dition &#171; Verdier &#187;, dont les pr&#233;occupations sont tr&#232;s &#233;loign&#233;es du &#171; campo &#187; andalou, confier &#224; Jean-Michel Mariou une collection de textes remarquables consacr&#233;s &#224; l'art tauromachique ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment ne pas relever que, suivant les mythiques Cahiers de la Corrida, naissent r&#233;guli&#232;rement - mais surtout perdurent - des revues telles que Terres Taurines d'Andr&#233; Viard. Et surtout, comment ne pas s'int&#233;resser aux sites sp&#233;cialis&#233;s sur le Net qui ont pouss&#233; en quatre ans ? Ils proposent ce dont r&#234;ve tout aficionado dans son salon : prof&#233;rer SA v&#233;rit&#233; &#224; la face du monde. Inutile de les nommer tous. Ils sont &#224; l'image foutraque de ce nouveau monde avec ses illumin&#233;s, ses proph&#232;tes, ses chapelles et ses contrev&#233;rit&#233;s. Mais en Espagne, trois au moins sont incontournables, &lt;i&gt;6Toros6, Portal Taurino&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Mundotoro&lt;/i&gt; qui donne en direct le compte rendu de tous les principaux spectacles. La France poss&#232;de avec Corridas.net un remarquable rendez-vous qui triple ses visites au mois d'ao&#251;t. Un million de visiteurs se connectent pour lire l'&#233;dito du jour et les nouvelles de la veille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin existe un autre aspect des &#233;t&#233;s taurins et pas le moindre : la juxtaposition d'univers aussi &#233;trangers qu'un trou noir et une galaxie. Ce qui vaut, dans le plus b&#233;nin des cas, quelques belles confusions. Ainsi, celle d'une st&#233;no de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; voil&#224; quelque vingt ans : sans doute tromp&#233;e par l'accent chantant d'un auteur local qui lui dictait : &#171; &lt;i&gt;prenez Ruiz Miguel&lt;/i&gt; &#187;, elle &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Ren&#233; Luis Miguel&lt;/i&gt; &#187;... Restait au correspondant &#224; se couvrir la t&#234;te de cendres et &#224; arriver aux ar&#232;nes &#224; la derni&#232;re seconde. Et que dire de cette interpr&#233;tation tr&#232;s po&#233;tique d'un &#171; estocanazo &#187; (grand coup d'&#233;p&#233;e) qu'on retrouva dans le journal ainsi libell&#233; : &#171; &lt;i&gt;estoc aux naseaux&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_679 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/visuelcouv2.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L222xH324/visuelcouv2-50629-21b1d.jpg' width='222' height='324' alt='' style='height:324px;width:222px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement l'&#233;poque o&#249; la corrida, pour sa force d'&#233;motion et son particularisme culturel, ne peut &#234;tre admise au sein des colonnes avec la m&#234;me bienveillante neutralit&#233; qu'un match de hockey sur gazon. Il se produit des collisions &#233;tonnantes. Ainsi, un journal pourtant situ&#233; en pleine terre d'ar&#232;nes pla&#231;a &#224; l'autre bout de la cha&#238;ne de r&#233;daction un anti-taurin militant, charg&#233;, dans un tourment de conscience professionnelle, de mettre en place les comptes rendus d'une pratique qu'il ex&#233;crait. Il opta pour une chirurgie objective qu'il estimait compatible &#224; la fois avec sa probit&#233; professionnelle et sa d&#233;testation personnelle : tout ce qui d&#233;passait la longueur pr&#233;vue &#233;tait supprim&#233;. Et les lecteurs ne surent jamais pourquoi Jose Tomas fut un jour sacr&#233; roi des toreros en coupant quatre oreilles, alors qu'il n'apparaissait pas dans le compte rendu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutefois, la palme de l'&#233;t&#233; revient au jeune stagiaire &#224; qui l'on avait confi&#233; deux colonnes et quinze signes pour loger ce titre &#224; rallonge d'un redoutable journaliste, f&#233;ru de jeux de mots : &#171; &lt;i&gt;Des Cuadri... r&#233;acteurs, seigneurs de la piste&lt;/i&gt; &#187;. Il trancha et titra : &#171; &lt;i&gt;Premi&#232;re corrida&lt;/i&gt; &#187;. Ce &#224; quoi l'anc&#234;tre d&#233;sabus&#233; r&#233;pondit le lendemain : &#171; &lt;i&gt;Je ne titre plus. Mettez : &#8220;Deuxi&#232;me corrida&#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Yves Hart&#233; est journaliste. Auteur de &#171; Toros et Toreros - La huiti&#232;me couleur &#187; aux &#233;ditions Confluences - 1999.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'&#233;t&#233; de tous les dangers </title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Pour les fabriquants de la presse f&#233;minine, l'&#233;t&#233; c'est pas des vacances ! Les gens n'imaginent pas le stress des r&#233;dactrices en chef des magazines f&#233;minins avant l'&#233;t&#233;. C'est d'une violence qu'on ne soup&#231;onne pas. La question est quasi ontologique : comment combler le vide sid&#233;ral qui envahit juillet et ao&#251;t dans tous les kiosques &#224; journaux ? Terrible dilemme : que faire du rien qui nous tombe dessus comme une herse, provoquant angoisse et panique dans la hi&#233;rarchie de Elle, Marie Claire, du Figaro (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH59/arton219-5930a.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='59' class='spip_logos' style='height:59px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Pour les fabriquants de la presse f&#233;minine, l'&#233;t&#233; c'est pas des vacances !&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les gens n'imaginent pas le stress des r&#233;dactrices en chef des magazines f&#233;minins avant l'&#233;t&#233;. C'est d'une violence qu'on ne soup&#231;onne pas. La question est quasi ontologique : comment combler le vide sid&#233;ral qui envahit juillet et ao&#251;t dans tous les kiosques &#224; journaux ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Terrible dilemme : que faire du rien qui nous tombe dessus comme une herse, provoquant angoisse et panique dans la hi&#233;rarchie de Elle, Marie Claire, du Figaro Madame, et de toute la presse sur papier glac&#233; ? N'ayons pas peur des mots : nous sommes dans un trou noir, une b&#233;ance, une parenth&#232;se abyssale qui glacent le sang. Oui, rien n'est plus &#233;pouvantable que d'avoir &#224; remplir un journal quand il n'y a rien &#224; dire. Alors, chaque ann&#233;e, c'est la m&#234;me chose : chez nos amis de la presse &#171; femme &#187;, rien de d&#233;sagr&#233;able ne doit venir perturber le doux repos estival de la lectrice bien-aim&#233;e. Le message &#224; distiller est simple comme une hom&#233;lie papale : il faut buller heureux. Dans toutes les r&#233;dactions, la course au sujet &#171; cool &#187; est lanc&#233;e. On sonne l'alarme : &#171; &lt;i&gt;Trouvez illico des th&#232;mes top sympas !&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a, bien s&#251;r, les incontournables, les &#171; people en vacances &#187;. O&#249;, quand, qui, quoi et pourquoi ? Les reporters courent les plages pour savoir o&#249; Laetitia Casta va bien pouvoir se dorer la pilule. Ira-t-elle dans son village de Lumio, en Corse, pr&#233;parer la confiture de ch&#226;taignes pour l'hiver ? Fuira-t-elle quelque part aux Bahamas ou &#224; Moustique, chez un riche ami milliardaire ? Pour r&#233;pondre &#224; toutes ces &#233;nigmes sans fond, il faut faire appel &#224; des sp&#233;cialistes. Des photographes qui passent leur temps &#224; tenter de &#171; shooter &#187; les propri&#233;t&#233;s des stars vues d'avion. Les &#171; people flyers &#187;. Les f&#233;minins s'arrachent ce genre de chasseurs d'images. Il y a souvent de grosses d&#233;ceptions : toutes les &#171; cabanes &#187; de nos c&#233;l&#233;brit&#233;s se ressemblent. Elles ont g&#233;n&#233;ralement plus de vingt pi&#232;ces, sont enfouies derri&#232;res des haies hautes comme la tour Eiffel, poss&#232;dent une, voire deux piscines, un solarium discret, pour &#233;viter les t&#233;l&#233;objectifs des paparazzi. Il faut donc multiplier les angles de vue pour donner du rythme &#224; ces sujets bateaux, si je puis dire. Ainsi, on a pu voir, il y a quelques ann&#233;es, le ch&#226;teau-bunker de Claudia Schiffer dans le magazine Elle, quelque part dans l'archipel des Bal&#233;ares. On ne voyait pratiquement rien sur plusieurs pages. Mais c'&#233;tait quand m&#234;me beau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'autre grande hantise du f&#233;minin juillettiste est le sexe. Il faut r&#233;ussir ses vacances &#224; tout prix c&#244;t&#233; libido. La grande difficult&#233; est de renouveler le genre. Et trouver des sujets originaux. Un sacr&#233; challenge. Car le filon n'est pas &#233;puis&#233; : il est racl&#233; jusqu'au trognon. Les pillards iconoclastes, depuis des d&#233;cennies, ont tout pris. Il ne reste que des rogatons. Un vrai cauchemar. Mais il faut pourtant poursuivre dans la joie et la bonne humeur. Et recommencer &#224; sortir la bo&#238;te &#224; fantasmes. Oui, vous pourrez trouver enfin le point &#171; G &#187; tout pr&#232;s du &#171; Point Rencontre &#187;, quelque part sur une plage de Ramatuelle, entre la douche municipale et le terrain de boules. Vous pourrez aussi vous amuser avec les copines &#224; calculer votre taux orgasmique, ou encore brosser le portrait de l'amant id&#233;al, non pas le conjoint, triste sire. L'&#233;t&#233;, sur les jet&#233;es bretonnes ou biarrotes, on consomme de l'amant comme une glace de chez Berthillon. Faut-il jeter le cornet apr&#232;s usage ? Le jeu consiste &#224; choisir entre le ma&#238;tre nageur, tendance surfeur &#171; Brice de Nice &#187;, ou le petit vendeur de pizzas, un peu latino, yeux noirs et mains lestes pour malaxer la p&#226;te &#224; pain. L'&#233;t&#233; sera chaud et rigolo, comme le four du petit pizzaioIo, appelons-le Mario.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'&#233;t&#233;, la temp&#233;rature aidant, nos f&#233;minins &#233;gr&#232;nent avec une assiduit&#233; et une constance exemplaires la grande liste des songes les plus fous. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Autre sujet r&#233;current : les r&#234;ves &#233;rotiques. Moins impliquants pour les lectrices que les parades sexuelles d'Ibiza ou des plages du Cap d'Agde. L&#224;, on est dans le soft, dans l'imaginaire. Pas de quoi provoquer un big-bang amoureux. Mais tout de m&#234;me. L'&#233;t&#233;, la temp&#233;rature aidant, nos f&#233;minins &#233;gr&#232;nent avec une assiduit&#233; et une constance exemplaires la grande liste des songes les plus fous, dans les limites de la loi, bien s&#251;r. Pour toutes celles qui n'ont pas le courage de passer &#224; l'acte, les Emma Bovary h&#233;sitantes, il y a cet oc&#233;an de d&#233;sirs, de pulsions, de caresses virtuelles, qui s'appelle l'inconscient. Fontaine miraculeuse pour nos r&#233;dactrices qui peuvent se pencher et s'&#233;pancher &#224; cette source &#224; frissons. Rien n'est laiss&#233; au hasard dans la p&#234;che au lectorat pudibond. Les psychologues sont convoqu&#233;s, interrog&#233;s sous toutes les coutures. &#171; &lt;i&gt;R&#234;ver de faire l'amour avec le concierge, est-ce tromper son mari, docteur ?&lt;/i&gt; &#187; Et, in&#233;vitablement, la tr&#232;s philosophique et tr&#232;s lancinante question ardissonienne, &#171; &lt;i&gt;Sucer, c'est tromper ?&lt;/i&gt; &#187;, s'immisce dans les conversations sous toutes les formes, des plus provocantes aux plus hypocrites. Exemple : &#171; &lt;i&gt;Si je regarde la braguette du marchand de chichis, est-ce le signe que j'ai envie d'un autre homme que mon mari ?&lt;/i&gt; &#187; Si vous voulez conna&#238;tre la r&#233;ponse alambiqu&#233;e du psy, jetez-vous sur votre magazine pr&#233;f&#233;r&#233;, vous la trouverez immanquablement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, pour celles qui ne supportent pas cette avalanche de stupre format&#233;, il reste les enqu&#234;tes soci&#233;tales, sur les nouvelles r&#232;gles du jeu amoureux, les nouvelles perversions des &#171; c&#233;libattantes &#187;, les nouveaux r&#233;gimes express, en trois jours, en cinq jours, en huit jours, pour &#233;liminer cellulite et autres impuret&#233;s, enfin, les nouvelles folies d'Hollywood en mati&#232;re d'&#233;pilation maillot. Attention, dites toujours &#171; nouveau &#187;. Il faut bannir le mot &#171; dernier &#187; de votre vocabulaire. Ne dites jamais &#171; le dernier amant de Julia Roberts &#187;. Pourquoi donc serait-il le dernier ? Il est juste nouveau. Les f&#233;minins d&#233;testent le mot &#171; dernier &#187; car il signifie la fin de quelque chose, le d&#233;nouement. Or, dans le monde du beau et de la femme parfaite, rien n'est jamais d&#233;finitif ni tragique. Tout est exultation, joie, jeu, jouissance, extase. Tout est nouveau, jeune, fr&#233;tillant, lumineux. Et l'&#233;t&#233; doit &#234;tre ce moment de total et d'&#233;ternel renouvellement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Terrible charge que d'avoir &#224; g&#233;rer cette vitrine paradisiaque. Cons&#233;quence : les r&#233;dactrices de magazines sont souvent atteintes d'un syndrome neurasth&#233;nique inconnu. Comment vivre cette &#233;trange schizophr&#233;nie, typique des fabricants de magazines fr&#233;n&#233;tiquement positifs, dont la mission est de peindre le monde tout en bleu m&#234;me quand il pleut des cordes ? Pendant que les lectrices exultent devant le spectacle de l'&#233;ternelle jeunesse, les r&#233;dactrices vieillissantes flippent forc&#233;ment. Comment pourrait bien &#234;tre l'&#233;t&#233; cette ann&#233;e ? Beau ? Certes, mais il faut un plus. Elles peuvent lancer, pour rire, une mode, &#224; la fin d'une conf&#233;rence de r&#233;daction tristounette. &#171; &lt;i&gt;Et si l'&#233;t&#233; &#233;tait SM ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aussit&#244;t dit, aussit&#244;t fait. On concocte illico dans l'enthousiasme g&#233;n&#233;ral une page mode genre &#171; panoplie sadomaso vue chez Colette &#187;, puis on met sur orbite une s&#233;rie de faits divers, bondages, crimes passionnels et autres r&#233;cits estampill&#233;s &#171; Basic instinct &#187;. Avec des photos chics ou wharolis&#233;es. Et, en toute logique, vous ne devrez pas &#233;chapper &#224; l'affaire Stern, la mort du banquier nietzsch&#233;en, courant derri&#232;re sa seconde peau, et assassin&#233; par une femme po&#232;te sp&#233;cialiste du latex.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Difficile m&#233;tier : comment faire durer le bonheur sous cellophane ? Comment transformer Mario le pizzaiolo en super h&#233;ros ? Les chroniqueuses sp&#233;cialistes de ce qu'on appelle les papiers d'humeur, telles, par exemple, Alix Girod de l'Ain ou Sophie Fontanel, du journal Elle, ont l'art de sauver les meubles dans cet exercice p&#233;rilleux. Seuls leur ironie grin&#231;ante, leur causticit&#233; et leur humour vous font sortir la t&#234;te du bassinet d'eau ti&#232;de, sentant la cr&#232;me &#224; bronzer, qu'on nous livre &#224; l'&#233;poque des hamacs et des glaces au sel de Gu&#233;rande. Heureusement, pour les pragmatiques et les fines gueules, il y a les pizzas de Mario.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Serge Raffy est &#233;crivain, journaliste au &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entretien avec Robert Ebguy : En vacances, on &#233;teint les projecteurs du monde</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/En-vacances-on-eteint-les,220.html</link>
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		<dc:date>2006-11-30T21:38:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
		<dc:subject>Ebguy</dc:subject>

		<description>En &#233;t&#233;, la proximit&#233; et la vie quotidienne dominent la hi&#233;rarchie de l'information. Pourquoi la presse est-elle si l&#233;g&#232;re en p&#233;riode estivale ? Parce que pendant l'&#233;t&#233;, on rel&#226;che la tension. On parle de choses plus l&#233;g&#232;res, tout s'all&#232;ge comme si l'on voulait tenir &#224; l'&#233;cart une actualit&#233; devenue trop lourde. Quitter le stress de l'information bombard&#233;e au quotidien... On a envie de rel&#226;cher pression et attention. Pour prendre une comparaison religieuse, c'est car&#234;me toute l'ann&#233;e et tout d'un coup arrive le (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH59/arton220-3727a.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='59' class='spip_logos' style='height:59px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;En &#233;t&#233;, la proximit&#233; et la vie quotidienne dominent la hi&#233;rarchie de l'information.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi la presse est-elle si l&#233;g&#232;re en p&#233;riode estivale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce que pendant l'&#233;t&#233;, on rel&#226;che la tension. On parle de choses plus l&#233;g&#232;res, tout s'all&#232;ge comme si l'on voulait tenir &#224; l'&#233;cart une actualit&#233; devenue trop lourde. Quitter le stress de l'information bombard&#233;e au quotidien... On a envie de rel&#226;cher pression et attention. Pour prendre une comparaison religieuse, c'est car&#234;me toute l'ann&#233;e et tout d'un coup arrive le moment du carnaval. On parle d'&#233;rotisme, on se met &#224; faire des tests psychologiques d&#233;biles, on a le droit d'&#234;tre idiot, on fait tout ce qu'on ne fait pas le reste de l'ann&#233;e. Alors on se met aussi en tr&#234;ve de l'actualit&#233;, on d&#233;cide que la guerre de l'information s'arr&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a un attachement quasi religieux aux nouvelles du matin, &#224; l'information, &#224; la presse avec laquelle on communie dans une m&#234;me vision du monde toute l'ann&#233;e. L'&#233;t&#233;, c'est le moment du d&#233;crochage, de la d&#233;sintoxication de cette drogue, je dirais de cet opium du peuple moderne qu'est devenue l'info. Pendant un petit moment, c'est comme si l'on refusait le formatage de l'ann&#233;e, mon Bernard Guetta du matin, mon &#233;ditorial de Claude Imbert, mon coup de gueule de Jean-Fran&#231;ois Kahn, on se d&#233;barrasse de ses marottes. On se fout de ce que peuvent raconter nos &#233;ditorialistes ou nos chroniqueurs sur l'&#233;quilibre du monde... C'est le moment des vacances, celui de la vacuit&#233; et du vide...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le refus de l'information ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Regardez ce qui se passe lorsqu'il y a une gr&#232;ve sur une radio, on se rend compte qu'un grand nombre d'auditeurs aiment bien le vide. Ils continuent &#224; &#233;couter leur France Inter, ils n'ont plus leurs infos mais ils appr&#233;cient la musique en boucle, et cette sensation de vide, de creux, de manque leur semble plut&#244;t agr&#233;able.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Redonner de l'app&#233;tence par rapport aux nouvelles, c'est la fonction de la tr&#234;ve. Ce besoin de tr&#234;ve est aussi pour les journalistes une occasion d'humilit&#233;. Car ce sont de grands enfants qui croient faire exister le monde en le regardant ou en le racontant. Mais durant l'&#233;t&#233;, le monde continue de tourner, m&#234;me si l'on parle de fesses sur la plage. C'est un apprentissage de distance, de remise &#224; niveau par rapport &#224; l'influence des grands &#233;v&#233;nements sur le monde. Une histoire que l'on se raconte, mais dont au final, tout le monde se moque. On parle tous les jours de la Chine, m&#234;me si personne n'y est all&#233;. L'id&#233;e de rendre familier le lointain est en fait une id&#233;e tr&#232;s r&#233;cente. Faire croire qu'on peut prendre le pouls de la plan&#232;te &#224; travers les nouvelles est une illusion, un simulacre comme dit Baudrillard. Alors le carnaval de l'&#233;t&#233; permet de remettre les choses en place. Bien s&#251;r, l'enjeu est toujours le m&#234;me : qu'est-ce que je peux raconter &#224; des gens qui sont en vacances. 1/ qu'il fait beau partout, 2/ que la vie est belle, 3/ qu'on a droit au bonheur. L'ensemble des infos se retrouve ainsi format&#233; selon le m&#234;me principe : et si l'on croyait au bonheur, l'espace d'un ou deux mois ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y aurait un accord implicite entre les m&#233;dias et les lecteurs pour parler d'un autre monde ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, d'un monde meilleur que le traditionnel Atlas g&#233;ographique qu'on leur sert toute l'ann&#233;e. Les m&#233;dias sont finalement conformistes, organis&#233;s &#224; peu pr&#232;s tous de la m&#234;me fa&#231;on, autour de rubriques et de rendez-vous. Donc pas de surprise. Sauf, en prime, la volont&#233; de mettre en sc&#232;ne l'actualit&#233; de la fa&#231;on la plus savoureuse possible, des couvertures ou des ouvertures qui jouent la surench&#232;re dans la dramatisation. Quand on regarde les news magazines, ce ne sont que des catastrophes, il faut prendre un Prozac juste apr&#232;s ! Et soudain, pendant deux mois, on voit des gens qui sourient, des sujets sur l'art, les loisirs, la culture. En p&#233;riode de vacances, de d&#233;tente, impasse sur les sujets qui traitent de l'ins&#233;curit&#233;, du stress, de la comp&#233;tition qui structurent l'actualit&#233; quotidienne. Et qui nous r&#233;p&#232;tent qu'il n'y a que menaces dans le monde ! Quand arrivent les vacances, on &#233;teint les projecteurs et on parle d'autre chose comme si on d&#233;cidait de regarder diff&#233;remment le monde en faisant un &#233;cart de 180 degr&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On &#233;teint les projecteurs mais pour d&#233;couvrir d'autres marronniers, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, la politique des marronniers est toujours la m&#234;me. Avant l'&#233;t&#233;, vous allez vous rendre sur la plage pour vous d&#233;nuder. Vous allez vous montrer... Donc il faut maigrir. Les journaux f&#233;minins commencent de plus en plus t&#244;t, d&#232;s le mois d'avril, en donnant des recettes pour maigrir bien avant l'&#233;t&#233;... Sant&#233; Magazine, lui, le fait toute l'ann&#233;e, c'est sa vocation, avec un r&#233;gime diff&#233;rent chaque mois... C'est une &#233;norme pression sociale. Et la chasse aux bourrelets est aussi valable pour les hommes. On reprend tous les classiques du rapport &#224; la s&#233;duction, l'amour, le sexe, la beaut&#233;, l'&#233;ternelle jeunesse, le roman qu'on emporte, les discussions sur la plage... Et l'on sort des num&#233;ros sp&#233;ciaux, notamment f&#233;minins.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_680 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/2.jpg&quot; title='Photos : Charles Duprat' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L217xH324/2-09d80-fbc82.jpg' width='217' height='324' alt='Photos : Charles Duprat' style='height:324px;width:217px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-680 spip_doc_titre' style='width:217px;'&gt;&lt;strong&gt;Photos : Charles Duprat&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'&#233;t&#233;, les lecteurs ont le sentiment que les m&#233;dias deviennent interactifs, alors que le reste de l'ann&#233;e, ils leur imposent leur vision du monde. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est donc impossible pour un news de sortir une couverture sur un sujet s&#233;rieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est toujours possible, mais les lecteurs sur la plage vont se demander de quoi vous leur parlez. Ils veulent regarder le monde d'une fa&#231;on diff&#233;rente : ce que font les r&#233;dacteurs en chef qui modifient volontairement la hi&#233;rarchie de l'information en mettant en avant des sujets plut&#244;t l&#233;gers que douloureux et tristes, avec plus ou moins de mauvaise conscience. Je me suis r&#233;cemment amus&#233; &#224; analyser les couvertures du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; de ces trente derni&#232;res ann&#233;es, ils en avaient publi&#233; un poster. Vous aviez toutes les couvertures, sauf celles du mois de juillet et d'ao&#251;t bien s&#251;r ! Parce que c'est un journal s&#233;rieux !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant l'on pourrait penser que les gens ont plus de temps, en vacances, &#224; consacrer &#224; la lecture ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est faux. Le temps de lecture n'est pas extensible. Quand ils partent en vacances, &#224; l'exception des drogu&#233;s de l'info, leur objectif est de &#171; se reconstruire &#187;, c'est-&#224;-dire investir du temps dans des choses qui profitent imm&#233;diatement, qui s&#233;curisent, afin d'&#234;tre ensuite plus forts dans un monde de plus en plus corrosif. Or, les nouvelles nous replongent dans l'univers du quotidien, de la difficult&#233;. C'est comme une chape de plomb...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quand on leur parle en &#233;t&#233;, de cr&#232;me solaire, de loisirs ou de sexe, vous pensez que les lecteurs y croient !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, parce que les m&#233;dias se mettent en connivence avec leur univers. Ils sont dans leur proximit&#233; et dans leur fa&#231;on de voir le monde &#224; ce moment de leur vie. La presse est consid&#233;r&#233;e comme un produit de luxe en France, ce qui explique aussi ses difficult&#233;s. Les lecteurs en veulent pour leur argent et jugent assez mal le fait de payer pour ne lire que des nouvelles douloureuses qui les renvoient &#224; leurs probl&#232;mes. L'&#233;t&#233;, ils ont le sentiment qu'on s'int&#233;resse &#224; eux, que les m&#233;dias deviennent interactifs, alors que le reste de l'ann&#233;e, ils leur imposent leur vision du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le refus du poids du monde est une des raisons du succ&#232;s des blogs aux Etats-Unis dont la presse se nourrit de plus en plus pour b&#226;tir son contenu. Cet alter-journalisme est une fa&#231;on de sortir du cadre, de ce carcan oppressant pour s'exprimer librement au c&#339;ur de l'&#233;v&#233;nement sans &#171; off record &#187;. Nous en sommes encore loin en France o&#249; la tendance, timide dans certains m&#233;dias, est d'utiliser des journalistes &#171; bloggers &#187; mais sans aller &#224; la source.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, quelles &#233;volutions constatez-vous dans le rapport des Fran&#231;ais &#224; l'information ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils veulent plus de terrain, de proximit&#233;. Les infos les plus cr&#233;dibles sont les plus proches. Ils adh&#232;rent &#224; l'information qui les concerne quand elle est proche de leurs pr&#233;occupations quotidiennes. Sinon, il y a comme une forme de d&#233;fiance. La multiplication des sources d'information, notamment via Internet, met davantage en relief les faiblesses, les partis pris, les carences d'informations et d&#233;cr&#233;dibilise le monopole de l'influence. Cette multiplication d&#233;veloppe l'opinion contradictoire, donc la remise en cause des supports traditionnels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;tudes que nous avons men&#233;es montrent qu'on demande au journaliste d'&#234;tre beaucoup plus qu'une simple courroie de transmission. Il faudrait qu'il soit un catalyseur, un animateur social, capable de donner un fil rouge par rapport &#224; l'actualit&#233;. On lui demande du sens, du suivi, de la structure narrative et non de l'&#233;ph&#233;m&#232;re &#224; longueur de journ&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est pas vraiment la r&#233;ponse qu'apporte un m&#233;dia comme la t&#233;l&#233; par exemple ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'origine, la mission des t&#233;l&#233;visions de service public &#233;tait d'informer et de distraire. Quand on passe dans le priv&#233;, il n'y a plus d'obligation, sinon de vendre et de g&#233;n&#233;rer du profit. Le leurre est de croire qu'elles doivent g&#233;n&#233;rer du social, un h&#233;ritage qui date de 68, alors qu'elles n'en ont aucune obligation, sinon morale. Quand &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; arrive dans le PAF, l'objectif est clair : il s'agit pour la cha&#238;ne de Bouygues de faire de l'argent. La fameuse phrase de son pr&#233;sident sur la &#171; &lt;i&gt;part disponible de cerveau&lt;/i&gt; &#187;, n'est pas anodine, ni exceptionnelle, puisque &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; le fait depuis le d&#233;but ! Autrement dit, elle pratique dans ses programmes de la pure d&#233;magogie, en ne diffusant que ce que son public a envie de voir, &#224; travers une mise en sc&#232;ne de leur vie. C'est le succ&#232;s de la t&#233;l&#233; du v&#233;cu et non de la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;, expression abusive puisque par principe tout est invent&#233; !&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_681 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/6.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L238xH324/6-229ca-c16a7.jpg' width='238' height='324' alt='' style='height:324px;width:238px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La pulsion, le d&#233;sir, l'app&#233;tence, le voyeurisme, le besoin de r&#233;gresser, c'est &#231;a qui structure aujourd'hui les programmes de t&#233;l&#233;vision. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nos m&#233;dias sont donc devenus d&#233;magogiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re oui, parce qu'ils sont dans le marketing pur, non de l'offre mais de la demande. Un &#233;metteur fort comme la t&#233;l&#233; est s&#251;r de sa vision id&#233;ologique du monde et convaincu de l'adh&#233;sion de son public. Qu'est-ce qui fonctionne ? La pulsion, le d&#233;sir, l'app&#233;tence, le voyeurisme, le besoin de r&#233;gresser, c'est &#231;a qui structure aujourd'hui les programmes des t&#233;l&#233;visions. Et le niveau ne fait que descendre. Alors &#233;videmment, ceux qui pensent, mais c'est une vision &#233;litiste, que la presse doit avoir un r&#244;le de citoyen, jouer une fonction noble, servir de m&#233;diateur entre le public et les pouvoirs en place, ne se retrou- vent pas dans ces m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La proximit&#233;, c'est aussi l'inflation du fait divers ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La hi&#233;rarchie de l'information est fonction de la cible. Si je suis une personnalit&#233; politique ou du monde &#233;conomique, je m'int&#233;resse d'abord aux informations internationales, puis nationales et enfin en tout dernier aux faits divers. Mais cela ne concerne qu'une toute petite minorit&#233;. Pour s'adresser au plus grand nombre, une t&#233;l&#233;vision doit faire de l'audience et renverser cette hi&#233;rarchie en traitant d'abord de la proximit&#233;, de la vie quotidienne, comme le fait avec succ&#232;s la presse quotidienne r&#233;gionale. La PQR est d'ailleurs une mine d'or pour la t&#233;l&#233; qui s'y est mise. Mais avec la puissance de la t&#233;l&#233;, l'impact est multipli&#233; par dix, ce qui donne ce sentiment d'horreur. Rien ne lui est plus facile que de cr&#233;er une ambiance s&#233;curitaire et de mettre les peurs en &#233;vidence : il suffit de passer en boucle une personne &#226;g&#233;e qui se fait agresser et c'est gagn&#233; ! C'est un m&#233;canisme assez simple pour manipuler l'opinion. D'ailleurs, quand on interroge les personnes sur le jugement qu'elles portent sur les m&#233;dias, le mot manipulation revient constamment, ce qui n'&#233;tait pas le cas il y a vingt ans. L'indice de confiance &#224; l'&#233;gard des m&#233;dias baisse r&#233;guli&#232;rement, comme &#224; l'&#233;gard des politiques. C'est un ph&#233;nom&#232;ne assez r&#233;cent et plut&#244;t inqui&#233;tant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Robert Ebguy est sociologue, universitaire, directeur de recherche du Centre de communication avanc&#233; (CCA international). Dernier ouvrage paru : &#171; La France en culottes courtes, Pi&#232;ges et d&#233;lices de la soci&#233;t&#233; de consolation &#187;, aux &#233;ditions Latt&#232;s - avril 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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