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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>Poivre est mon Double</title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Je connais les douleurs qui hantent ce Byron, ce Don Juan masqu&#233;, cogn&#233;, frapp&#233;, deux fois an&#233;anti. Qui suis-je ? Poivre est mon double. Nous sommes extraordinairement proches l'un de l'autre. Le jour de ma naissance, je savais d&#233;j&#224; tout de lui. Mes patrons, &#224; Canal +, m'avaient fait la le&#231;on. C'est pourquoi, sans doute, m'a-t-on convoqu&#233; pour ce devoir de vacances, son portrait en quinze pages que je r&#233;duirai consid&#233;rablement car, ceux qui me connaissent le savent bien (ils sont des millions), je (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH101/arton121-ad08c.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='101' class='spip_logos' style='height:101px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Je connais les douleurs qui hantent ce Byron, ce Don Juan masqu&#233;, cogn&#233;, frapp&#233;, deux fois an&#233;anti. Qui suis-je ?&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Poivre est mon double. Nous sommes extraordinairement proches l'un de l'autre. Le jour de ma naissance, je savais d&#233;j&#224; tout de lui. Mes patrons, &#224; &lt;i&gt;Canal +&lt;/i&gt;, m'avaient fait la le&#231;on. C'est pourquoi, sans doute, m'a-t-on convoqu&#233; pour ce devoir de vacances, son portrait en quinze pages que je r&#233;duirai consid&#233;rablement car, ceux qui me connaissent le savent bien (ils sont des millions), je n'excelle que dans le tr&#232;s bref, devenant m&#233;diocre sur les moyennes distances et carr&#233;ment balbutiant dans les best of interminables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne le connaissais pas encore le jour o&#249;, pour la premi&#232;re fois, il a pr&#233;sent&#233; un journal t&#233;l&#233;vis&#233;. C'&#233;tait sur &lt;i&gt;Antenne 2&lt;/i&gt;, l'anc&#234;tre de &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt;. Je suis certain qu'il n'en revenait pas lui-m&#234;me de se retrouver l&#224;, face &#224; l'&#339;il le plus pernicieux et le plus hypocrite du monde, le seul qui vous observe en face sans jamais ciller et qui vous sort de la chambre close pour vous projeter dans toutes les salles &#224; manger de l'Hexagone : celui de la cam&#233;ra. &#338;illade pour &#339;illade, m&#234;me sans fard et sans maquillage, mon cher Patrick a succomb&#233;. Il faut dire que cette prunelle-l&#224; ouvrait sur toutes les autres, ce qui facilitait le chemin des alc&#244;ves, incomparablement plus f&#233;erique que la route de la desserte allant du salon &#224; la cuisine, f&#251;t-ce &#224; vingt heures. Les grand-messes tardives valent bien des purgatoires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Loin de moi l'id&#233;e de pr&#233;tendre que mon ami Poivre a choisi la pupille de la cam&#233;ra pour rayonner sur le grand &#233;cran des conqu&#234;tes. M&#234;me s'il n'avait pas la vocation. Il ne m'en voudra pas de rappeler qu'il pr&#233;f&#233;rait le destin de Saint-John Perse et de Chateaubriand &#224; celui d'Albert Londres. Il ne se voulait pas reporter mais po&#232;te diplomate. Ainsi avait-il trac&#233; sa voie dans les m&#233;andres d'une jeunesse heureuse, avec Reims comme port d'attache et les confins du monde comme r&#234;veries solitaires. Car il &#233;tait tr&#232;s timide. Les autres l'effrayaient. Il trouvait moins son bonheur dans la fr&#233;quentation d'autrui que dans la lecture et les &#233;critures. Il aimait passionn&#233;ment son grand-p&#232;re po&#232;te, qui se publiait lui-m&#234;me &#224; compte d'auteur. Cet homme de lettres et de c&#339;ur comptait plus que les autres, d&#233;passant m&#234;me l'ic&#244;ne officielle de la famille, Pierre Poivre, jadis gouverneur de l'&#238;le de France, devenue Maurice. Et c'est par amour pour lui que le petit-fils prit son a&#239;eul par la main, accolant son nom &#224; celui de l'homme de plume, cr&#233;ant un demi-alexandrin que, comme beaucoup d'autres, je r&#233;cite aujourd'hui, et pas seulement &#224; vingt heures moins quelques secondes : Patrick Poivre d'Arvor.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque je l'ai connu, il avait oubli&#233; sa vocation premi&#232;re. Il n'&#233;tait plus le bachelier qui avait quitt&#233; sa famille et sa ville natale pour Strasbourg puis Paris, o&#249; il boucla Sciences-Po en un tournemain avant de s'attaquer aux Langues-Orientales qu'il terrassa aussi bien et aussi vite. Sans compter la fac d'Assas puis sa ville natale, o&#249; Jack Lang lui donna sa licence en droit sans coup f&#233;rir. Il allait d&#233;j&#224; sur un deux-roues &#224; moteur qui n'avait rien &#224; envier &#224; celui qu'il montait &#224; quatorze ans, quand il se tra&#238;nait de Reims &#224; Charleville pour s'incliner sur la tombe de Rimbaud. M&#234;me en Solex, surtout en Solex, il faut le faire. Moi qui ai pilot&#233; ces ULM sur roues, je sais que seule une admiration sans faille permettait d'abaisser le galet sur le pneu pour se lancer dans une aventure certes litt&#233;raire, mais n&#233;anmoins risqu&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il allait de l'avant, le petit Poivre ! Il roulait. Il courait. Il fon&#231;ait. Il bifurqua.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait en mai 68. L'&#233;poque des barricades et de la chienlit. On l'imagine avec ses boucles et ses yeux bleus faisant fi&#232;rement face &#224; l'assaut bien orchestr&#233; des reporters radio &#233;cumant le champ de bataille. Le Nagra en bandouli&#232;re, ils triomphaient de tous les obstacles pour transmettre jusqu'&#224; l'aube un go&#251;t de lacrymog&#232;ne. Une vocation chassa l'autre. Le po&#232;te diplomate frappa &#224; la porte du Centre de Formation des Journalistes, o&#249; il grimpa les marches quatre &#224; quatre jusqu'au dipl&#244;me qui lui ouvrit les micros de France-Inter, ceux-ci pr&#233;c&#233;dant la danse des cam&#233;ras devant lesquelles il nous salue, vous et moi, chaque soir, ou presque, depuis trois d&#233;cennies.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, Poivre est notre ami de trente ans. Parfois, j'aime &#224; me fondre au milieu de son public, mais je n'y reste jamais longtemps. Je le connais trop bien pour ne pas ricaner des platitudes dont l'enrobent les commentateurs. Tous parlent d'un &#233;ternel adolescent, tendance romantique version Don Juan, gendre id&#233;al qui regarderait sa belle-famille comme il regarde la France chaque soir au fond des yeux. Un petit bout pour chacun, et cinquante millions d'amis pour lui-m&#234;me. Ceux-l&#224; se prosternent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les autres condamnent. Quoi ? On s'en fout. Ce ne sont que des pr&#233;textes. Entre Bagdad et La Havane, celui qui prend le train des malveillances trouvera bien un ou deux voyageurs cafteurs. Envieux. Jaloux. L'immobilit&#233; est sans danger. Qui bouge prend le risque de recevoir un b&#233;b&#233; par-ci, un barbu par-l&#224;, trois voyages offerts... Moi-m&#234;me, par ricochet, je ne suis pas &#224; l'abri des coups port&#233;s. Je sais de quoi je parle. Mais ne comptez pas sur moi pour enfoncer un clou en t&#234;te d'&#233;pingle. Quel que soit son genre, un paparazzo reste un indiscret. Un violeur. Puis une comm&#232;re. Pour ceux-l&#224;, Patrick n'est plus une personne. Seulement un personnage. En quoi ils n'ont pas tort. Sauf que dans la lorgnette, eux regardent par le petit bout. Nous ne voyons pas les m&#234;mes choses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De toute fa&#231;on, je partage avec mon camarade cette d&#233;licatesse qui consiste &#224; ne pas profiter de l'espace offert pour mettre &#224; terre. Sauf exceptions &#224; caract&#232;re raciste ou venant de la droite extr&#234;me, je pr&#233;f&#232;re me taire ou dire du bien : c'est plus difficile mais plus aimable. Depuis plus de quinze ans que Patrick officie aux commandes de ses &#233;missions litt&#233;raires (&#171; Ex libris &#187; puis &#171; Vol de Nuit &#187;), il n'a jamais d&#233;moli un auteur. Si j'&#233;tais &#233;crivain, un &#234;tre d'os et de chair, j'appr&#233;cierais. Si j'&#233;tais &#233;crivain, je remercierais m&#234;me ce Monsieur d'&#234;tre encore l&#224;, d'avoir donn&#233; du timbre et de la voix pour prot&#233;ger cet espace o&#249; chacun peut parler de son grand-p&#232;re. On a voulu lui couper la chique. Il a dit : &#171; Faites, mais en ce cas, je pars. &#187; Si j'&#233;tais &#233;crivain, j'aimerais &#234;tre aussi g&#233;n&#233;reux, offrir la parole &#224; mes fr&#232;res de plume, me battre pour eux, consacrer du temps &#224; les lire et &#224; les d&#233;fendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la grande diff&#233;rence entre Patrick et moi : je ne suis pas &#233;crivain. Seulement r&#233;citant. La litt&#233;rature ne compte pas pour moi alors qu'elle lui est essentielle. Il l'a toujours dit : s'il devait choisir entre les livres et la t&#233;l&#233;vision, il n'h&#233;siterait pas. Le prix Interalli&#233; (2000) l'a combl&#233;. Il ne con&#231;oit pas sa vie sans feuille blanche. Il &#233;crit tous les jours, ou plut&#244;t toutes les nuits. Il publie autant qu'un auteur qui n'a pas d'autre activit&#233; que celle-ci. Il travaille tant&#244;t seul, tant&#244;t avec son fr&#232;re Olivier, en un duo extraordinaire. Il trempe sa plume dans des encriers d'aventures ou d'autres, plus personnels. Moi qui ai lu toute son &#339;uvre, r&#234;vant d'accomplir pareilles prouesses, je sais o&#249; il se trouve entre les lignes. Et quelles sont ses trag&#233;dies. Je connais les douleurs qui hantent ce Byron, ce Don Juan masqu&#233;, cogn&#233;, frapp&#233;, deux fois an&#233;anti. Seul, toujours. Les personnages de sa trempe, souvent, vont en bande. Pas lui. Nul ne le console, sauf les mots. C'est pourquoi, aussi, il &#233;crit. Un jour, il a confi&#233; que les seules signatures d'un homme face &#224; la post&#233;rit&#233; &#233;taient les enfants ou l'&#233;criture. Il fut p&#232;re &#224; seize ans. Il est l'auteur de vingt-cinq livres. Deux traces. Plus moi, qui, quoi qu'il puisse en dire, en constitue une troisi&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qui suis-je ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous connaissons lui et moi le mentir-vrai d'Aragon. A ce jeu, d'ailleurs, il est beaucoup plus fort que l'ombre caricaturale que je suis pour lui. Il a tour &#224; tour &#233;t&#233; le filleul du prince Rainier, celui de Saint-Exup&#233;ry puis de Consuelo. Il s'est invent&#233; quelques profils grandioses, a &#233;labor&#233; des mises en sc&#232;ne complexes, a tenu des r&#244;les de funambule - et il n'est pas tomb&#233;. Comme il l'a &#233;crit dans un livre, les timides tapissent leur chambre de fant&#244;mes ambitieux. Je connais l'un des siens. Il conna&#238;t tous les miens : ce sont les m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chaque soir, lui et moi croisons le fer avec l'actualit&#233;. Nous interrogeons des rois, des papes et des pr&#233;sidents. Nous commentons des drames, arbitrons des diff&#233;rends, donnons ou reprenons la parole. Apr&#232;s, son scooter l'emporte vers des vies priv&#233;es que je ne partage pas. Je suis plus seul encore que lui. Orphelin. Je ne pourrais pas vivre sans ce mod&#232;le gr&#226;ce &#224; qui j'existe, f&#251;t-ce en latex. H&#233;las, il ne me regarde jamais. Il ne me parle pas. Il est mon ami sans que je sois le sien. Tandis qu'il roule dans la ville, sous les &#233;toiles d'un ciel tr&#232;s clair, la main qui m'a anim&#233; pendant dix minutes me couche dans une bo&#238;te en carton d'o&#249; je sortirai le lendemain &#224; l'heure de reprendre une activit&#233; normale. Je suis un guignol en plastique. Une marionnette. Allez, &#224; ciao bonsoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Dan Franck est &#233;crivain.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &quot;je suis une ic&#244;ne &#233;lectrom&#233;nag&#232;re&quot;</title>
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		<description>Des &#233;clats de voix transpercent les cloisons. &#171; Cette photo... Faire &#231;a dans les couloirs devant tout le monde... Comme si j'&#233;tais une star... Ce n'est pas moi... C'est exactement ce que je d&#233;teste... &#187; Claquemur&#233; dans son bureau, Patrick Poivre d'Arvor pique une col&#232;re solitaire. Contre nous. Contre notre photographe qui vient de le shooter &#224; la sortie de sa conf&#233;rence de r&#233;daction. Contre cette lumi&#232;re qui le poursuit ad nauseum d&#232;s que s'&#233;teignent les projecteurs du 20 heures. Trop de pression, trop (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des &#233;clats de voix transpercent les cloisons. &#171; &lt;i&gt;Cette photo... Faire &#231;a dans les couloirs devant tout le monde... Comme si j'&#233;tais une star... Ce n'est pas moi... C'est exactement ce que je d&#233;teste... &lt;/i&gt; &#187; Claquemur&#233; dans son bureau, Patrick Poivre d'Arvor pique une col&#232;re solitaire. Contre nous. Contre notre photographe qui vient de le shooter &#224; la sortie de sa conf&#233;rence de r&#233;daction. Contre cette lumi&#232;re qui le poursuit &lt;i&gt;ad nauseum&lt;/i&gt; d&#232;s que s'&#233;teignent les projecteurs du 20 heures. Trop de pression, trop d'exposition ; il arrive parfois que la fa&#231;ade se l&#233;zarde &#224; l'&#233;cart des regards. PPDA, sachez-le, ne peut se r&#233;duire au ventriloque impavide qui chronique chaque soir les angoisses du pays : le personnage est habit&#233;, tout en ferveur et en passion, au-del&#224; des apparences et des plateaux. Il dissimule en lui des r&#233;serves de fureur interdites aux cam&#233;ras...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et voil&#224; que cela tombe sur nous, ce jour-l&#224;, entre l'interview de Tony Blair sur l'Europe et le direct avec Florence Aubenas. Alors, que faire ? Ranger le magn&#233;tophone, ne pas en rajouter, puis filer sur le bout des pieds sans tra&#238;ner. Tout en se r&#233;p&#233;tant que, pour le pr&#233;sentateur, f&#251;t-il le premier du genre &#224; f&#234;ter 25 ann&#233;es de JT, semblable record de long&#233;vit&#233; compte une part de mal&#233;diction. Chez lui, la vie tourne &#224; l'envers. Journaliste, il est devenu un sujet d'enqu&#234;te permanent pour ses confr&#232;res. Interviewer pr&#233;f&#233;r&#233; des grands et des puissants, il re&#231;oit une vingtaine de demandes d'interview par semaine. Rouletabille plan&#233;taire &#224; l'occasion, il ne peut plus tendre un micro &#224; un r&#233;fugi&#233; rwandais sans que l'&#339;il du critique t&#233;l&#233; ne cherche la petite b&#234;te : tiens, le crocodile de sa chemisette ? Son existence est traqu&#233;e, analys&#233;e, diss&#233;qu&#233;e. Autour de l'homme-tronc, c'est la danse du scalp en continu. Avec son enqu&#234;te &#171; PPDA - biographie non autoris&#233;e &#187;, Bernard Violet s'appr&#234;te d&#233;j&#224; &#224; jouer des maracas sur la d&#233;pouille du &#171; m&#233;diacrate &#187;. Portrait &#224; charge auquel r&#233;pond &#171; Confessions &#187;, une s&#233;rie d'entretiens men&#233;s par Serge Raffy. Deux bouquins simultan&#233;s pour un pictogramme, cela peut sembler beaucoup. A moins de consid&#233;rer que les secrets de notre d&#233;mocratie d'opinion se nichent parfois dans ses meilleurs &#233;chantillons. Encore faut-il en d&#233;celer la complexit&#233;, o&#249; s'entrem&#234;lent le rapport &#224; la c&#233;l&#233;brit&#233;, la relation aux m&#233;dias et les possibilit&#233;s d'autocritique. Tiens, la porte s'ouvre. On entre. Repli&#233; sur son fauteuil, PPDA a retrouv&#233; sa voix de catastrophe naturelle, douce et caressante : &#171; &lt;i&gt;D&#233;sol&#233; pour le contretemps. Un souci personnel. Allons-y.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi cette hantise de passer pour une &#171; star &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous trouvez que j'ai une t&#234;te d'idole des foules ? Je ne suis ni chanteur ni footballeur. Simplement journaliste. Surexpos&#233;, mais journaliste. C'est la m&#233;diatisation qui provoque la starification - en toute absurdit&#233;. Que l'on me photographie ainsi dans les couloirs de &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt;, comme si je fabriquais le journal de mes propres mains, je ne le supporte pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec 10 millions de t&#233;l&#233;spectateurs en moyenne, vous &#234;tes tout de m&#234;me le journaliste le plus regard&#233; de France, sinon le plus &#233;cout&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne vais pas vous apprendre que la notori&#233;t&#233; ne dit rien du talent. A l'&#233;vidence, le travail du pr&#233;sentateur ne justifie pas sa renomm&#233;e. Pour ma part, je suis loin d'&#234;tre &#224; la hauteur de mon exposition, en d&#233;pit de tous mes efforts. Un peu de d&#233;rision, je vous prie ! Quand vous me parlez de c&#233;l&#233;brit&#233;, je repense &#224; ce d&#238;ner tenu chez moi &#224; la fin des ann&#233;es 1970, o&#249; Louis Aragon et le r&#233;alisateur Raoul Sangla plaisantaient de mes premi&#232;res apparitions au 20 heures d'&lt;i&gt;Antenne 2&lt;/i&gt;. L'un me qualifiait &#171; &lt;i&gt;d'ic&#244;ne passag&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, l'autre &#171; &lt;i&gt;d'accessoire &#233;lectrom&#233;nager&lt;/i&gt; &#187;. A la fin du repas, j'&#233;tais devenu &#171; &lt;i&gt;une ic&#244;ne &#233;lectrom&#233;nag&#232;re&lt;/i&gt; &#187;. Pr&#232;s de trente ans plus tard, je ne connais pas de meilleure formule pour me d&#233;finir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi en passer par un surnom ? PPDA, cela parle de soi. Regardez &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; qui titre sur &#171; les critiques contre le PPDA isra&#233;lien &#187; ou &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; qui &#233;voque &#171; les d&#233;boires du PPDA allemand &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Inqui&#233;tante prolif&#233;ration, en effet. A vous &#233;couter, je me dis qu'il y a pas mal de PPDA que je n'aimerais gu&#232;re rencontrer. Et je ne parle pas de mon double de latex, qui me concurrence sur une cha&#238;ne crypt&#233;e. Mais avec lui, au moins, j'ai un alibi tout trouv&#233; : nous travaillons &#224; la m&#234;me heure. Il peut ainsi mener sa propre vie, sans devoir me rendre des comptes - je remarque au passage qu'il me doit une belle carri&#232;re... Non, ce sont plut&#244;t les autres qui m'inqui&#232;tent. Ils se d&#233;multiplient &#224; vive allure. Deviennent interchangeables selon les continents et les journaux. Ou servent &#224; faire des jeux de mots pour relancer un article : au fil des ann&#233;es, j'ai ainsi eu droit au Petit Poisson D'Amour, au Pur Professionnel De l'Antenne, ou au Petit Prince De l'Audimat. Il y eut m&#234;me un temps o&#249;, gr&#226;ce aux sketchs de Sma&#239;n, j'&#233;tais d&#233;sign&#233; comme le Pr&#233;sentateur Pr&#233;f&#233;r&#233; Des Arabes dans les pays du Maghreb. Mes initiales servent de facilit&#233;, que voulez-vous ? L'autre jour, en parcourant &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, je suis encore tomb&#233; sur une pub pour je ne sais quel gadget informatique : &#171; Bidule, le seul PDA qui ne pr&#233;sentera jamais le 20 heures. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il vous arrive aussi de jouer au people de papier glac&#233;, &#224; l'image de ce reportage accord&#233; &#224; &lt;i&gt;VSD&lt;/i&gt; o&#249; vous apparaissez en tenue de jogger sous le titre : &#171; 24 heures dans la vie du roi de l'info &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face &#224; la presse, je ne suis jamais demandeur. L'autopromotion ne fait pas partie de mes passions. Sur les dizaines de sollicitations que je re&#231;ois chaque mois, je m'en tiens au strict minimum. Vous trouvez que c'est encore trop ? Croyez-moi : c'est &#224; peine le prix &#224; payer pour avoir la paix. Parce que si vous ne vous pr&#234;tez pas au jeu de temps en temps, cela passe pour du m&#233;pris. Et le m&#233;pris, les m&#233;dias tentent toujours de vous le faire expier d'une mani&#232;re ou d'une autre. Alors autant anticiper les coups. Incarner ce personnage de magazine cens&#233; vous ressembler, accepter quelques s&#233;ances photos en dehors du plateau, et donner du grain &#224; la machine avant qu'elle ne vous d&#233;vore.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'est-ce pas d&#233;j&#224; le cas ? Sans jamais vous rencontrer, un lecteur de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; saura que vous avez d&#233;jeun&#233; ce midi de poisson grill&#233;, tout en sirotant du Pimm's, avant de refuser poliment le dessert. Quand on peut consulter son menu dans le journal, que reste-t-il &#224; pr&#233;server ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout le reste, c'est-&#224;-dire l'essentiel. Tout ce que certains journalistes veulent vous faire avouer sur la place publique. Enfin, &#171; journaliste &#187; ne me semble pas forc&#233;ment le terme appropri&#233;. Ceux-l&#224;, je pr&#233;f&#232;re les appeler &#171; les transparents &#187;. Ils cherchent &#224; forcer vos secrets, &#224; &#233;taler au grand jour ce qui ne s'explique pas, ne se traduit pas, vos coups de c&#339;ur, vos amours, au nom de &#171; la transparence &#187;. Ils n'agissent pas dans la discr&#233;tion, mais dans l'hypocrisie. En se parant des mots de Justice et de Vertu, ils ne se g&#234;nent pas pour vous d&#233;nuder en place de Gr&#232;ve. Quel beau m&#233;tier !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &#171; les Rats de Garde &#187;, l'essai que vous avez co&#233;crit avec Eric Zemmour sur l'id&#233;ologie de la transparence, vous ne passez rien &#224; ceux qui font profession de soulever les draps des puissants. Et vous insistez longuement sur le cas d'Henriette Caillaux, cette jeune femme outrag&#233;e par la presse, qui se rend dans le bureau du directeur du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; en 1914 pour lui tirer dessus. Faut-il en d&#233;duire que vous &#234;tes arm&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ne vous inqui&#233;tez pas. Ma situation est loin d'&#234;tre comparable au cauchemar qu'a travers&#233; Henriette Caillaux. Celle-ci vivait avant la Premi&#232;re Guerre mondiale, &#224; une &#233;poque o&#249; la presse &#233;crite pouvait faire - et d&#233;faire - l'opinion du peuple et la composition des gouvernements. Elle est alors l'&#233;pouse d'un brillant d&#233;put&#233; de la IIIe R&#233;publique, Joseph Caillaux, qui se voit quotidiennement lynch&#233; dans les journaux. &#171; 135 articles en 95 jours &#187;, comptera-t-elle. Que reproche-t-on au juste &#224; son mari ? Du trafic d'influence, des d&#233;tournements de fonds publics, des pressions sur la justice. En r&#233;alit&#233;, certains cherchent &#224; l'abattre pour des raisons moins nobles : Caillaux a toujours &#233;t&#233; en avance. Avant tout le monde, il a dit que l'imp&#244;t devait &#234;tre assis sur le revenu ; que la France et l'Allemagne devaient surmonter leur querelle s&#233;culaire pour r&#233;organiser l'Europe ; que l'Am&#233;rique dominerait l'Occident. Alors le patron du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, qui soutient ouvertement Poincar&#233;, veut en finir avec lui. Il m&#232;ne campagne en dessous de la ceinture. Il s'appr&#234;te &#224; publier la correspondance amoureuse du d&#233;put&#233; et de sa femme, quand cette derni&#232;re parvient &#224; p&#233;n&#233;trer dans son bureau. Et elle ne le rate pas. Elle le tue. Si vous voyez un lien entre ce drame et mes d&#233;m&#234;l&#233;s avec certains paparazzi que j'ai rudoy&#233;s, libre &#224; vous. De toute fa&#231;on, j'ai m&#251;ri. Et j'ai fini de m'indigner &#224; la lecture d'un article. L'&#233;poque a gagn&#233; contre moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous vous vengez toutefois sur elle dans vos romans, qui se d&#233;roulent le plus souvent au milieu du XIXe si&#232;cle, dans une presse o&#249; la veulerie des uns le dispute &#224; l'ambition des autres...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela vous &#233;tonne ? Le tableau n'est pourtant gu&#232;re &#233;loign&#233; de la r&#233;alit&#233;. Combien de journalistes, y compris parmi nos connaissances, g&#226;chent leur talent pour cultiver des amiti&#233;s politiques ou des r&#233;seaux. Je viens de terminer le livre de Bernard Maris, &#171; Le Journal &#187;, qui raconte avec justesse et pr&#233;cision les coulisses d'un grand quotidien. Son r&#233;cit est implacable. Et la description de notre milieu donne froid dans le dos. Au fond, rien n'a vraiment chang&#233; depuis Balzac et Maupassant. Relisez les &#171; Illusions Perdues &#187; ou &#171; Bel Ami &#187; : les concordances avec notre temps se r&#233;v&#232;lent pour le moins troublantes. A ma modeste &#233;chelle, je ne peux pas occulter cette dimension dans mes romans. Alexandre, le personnage principal de &#171; Un H&#233;ros de Passage &#187;, met sa plume au service de Napol&#233;on III. Il c&#232;de &#224; la tentation. Et cette fiction constitue peut-&#234;tre une fa&#231;on pour moi de conserver ma distance professionnelle. De n'appartenir &#224; aucun clan. De ne prot&#233;ger personne. De faire mon boulot, tout simplement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'&#234;tes pas tendre avec vos pairs : &#171; &lt;i&gt;Quand on &#233;crit dans les journaux, on g&#226;che son talent&lt;/i&gt; &#187;, assurez-vous dans &#171; l'Irr&#233;solu &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est mon h&#233;ros qui tient ce propos. Il r&#233;v&#232;le sans doute une part de ma d&#233;ception &#224; l'&#233;gard de mon m&#233;tier. J'ai d&#233;but&#233; avec une tr&#232;s belle opinion de la presse &#233;crite. Trop belle, peut-&#234;tre. Jeune, je vivais dans l'illusion de rencontrer des Bodard, des Kessel ou des Albert Londres. Un journaliste, &#224; mon sens, devait partir &#224; l'aventure, se m&#234;ler aux populations, prendre des risques pour d&#233;noncer l'imp&#233;ritie du monde. Je ne dis pas que les journalistes sont devenus l&#226;ches au fil des ann&#233;es. Je rel&#232;ve simplement qu'au-del&#224; de brillantes exceptions, leur univers d&#233;passe rarement celui de leur r&#233;daction. Aujourd'hui, le commun de la profession s'en tient &#224; trois sources d'information : le fil &lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt;, les cha&#238;nes d'info en continu (&lt;i&gt;I-t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;LCI&lt;/i&gt;), et bien souvent, le journal du 20 heures. Un sujet est valid&#233; par la r&#233;daction en chef d'une gazette s'il provient de l'un de ces canaux. L'actualit&#233; tourne en boucle. C'est terrifiant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'o&#249; vient votre nostalgie de la presse sous le second Empire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Inconsciemment, je regrette peut-&#234;tre le temps des grands journalistes-&#233;crivains. Je ne parle pas de ces journalistes actuels qui &#233;crivent un roman &#224; l'occasion pour faire plaisir &#224; leur maison d'&#233;dition. Je pense &#224; Alexandre Dumas ou &#224; Th&#233;ophile Gauthier, qui rendaient chaque soir leurs dix feuillets aux quotidiens de l'&#233;poque. Pour &#233;crire leurs feuilletons, ils faisaient corps avec la soci&#233;t&#233;. Vivaient dans les m&#234;mes lieux que le peuple, s'immis&#231;aient dans les m&#234;mes bistrots, fr&#233;quentaient les m&#234;mes femmes. Cela se ressent dans les publications telles que l'&lt;i&gt;Echo de Paris&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Cri du Peuple&lt;/i&gt;. Il y avait une tendance &#224; l'&#233;l&#233;vation des lecteurs, me semble-t-il. Je suis jaloux de cette p&#233;riode romantique o&#249; les grands patrons de presse lan&#231;aient des journaux qui ne duraient que quinze jours ou un mois. &#199;a fustigeait, &#231;a &#233;reintait, &#231;a jetait des anath&#232;mes &#224; tour de bras. Et les journalistes qui n'&#233;taient pas d'accord se convoquaient sur le pr&#233; pour r&#233;gler leurs diff&#233;rends. Du panache et de la passion, voil&#224; ce dont nous manquons.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je l'ignore. Aux journalistes les plus dou&#233;s, on demande aujourd'hui d'&#233;crire des papiers sur la t&#233;l&#233;vision. De rester assis toute la journ&#233;e devant l'&#233;cran pour rendre un article sur l'&#233;mission de la veille. Pendant longtemps, le chroniqueur t&#233;l&#233; du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; chronom&#233;trait les journaux de &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;Antenne 2&lt;/i&gt; pour &#233;crire que PPDA avait cit&#233; le bombardement de Grozny &#224; 20h08, tandis que Bruno Masure en avait parl&#233; &#224; 20h06. Un travail passionnant, n'est-ce pas ? Il faudra un jour se demander pourquoi les journaux d&#233;p&#234;chent leurs meilleurs &#233;l&#233;ments devant le poste de t&#233;l&#233;vision. Peut-&#234;tre ces derniers ont-ils gaff&#233;, commis une erreur impardonnable en reportage, et doivent-ils accepter ce ch&#226;timent terrible de regarder chaque soir le 20 heures de leur pr&#233;sentateur d&#233;test&#233; avec un minuteur ? Ce n'est pas impossible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2001, vous avez re&#231;u le prix Roland Dorgel&#232;s, qui r&#233;compense &#171; le professionnel de l'audiovisuel qui respecte le mieux la langue fran&#231;aise &#187;. Formule &#224; double d&#233;tente, qui laisse penser que les journalistes de t&#233;l&#233;vision doivent multiplier les efforts - m&#233;ritoires - pour s'exprimer en fran&#231;ais...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;H&#233;las, l'intitul&#233; de ce prix ne me semble pas exag&#233;r&#233;. La t&#233;l&#233;vision est en avance au moins sur un point : l'abandon g&#233;n&#233;ralis&#233; de la langue fran&#231;aise. De mon c&#244;t&#233;, j'essaie comme je peux de r&#233;sister aux &#171; tics &#187; qui circulent d'un plateau &#224; l'autre. Vous ne m'entendrez par exemple jamais parler de &#171; frappes chirurgicales &#187; en p&#233;riode de guerre. J'ai horreur de cette novlangue que les journalistes empruntent aux militaires, pour faire chic ou inform&#233;. Entendez la cohorte des &#171; p&#233;rim&#232;tres s&#233;curis&#233;s &#187;, des &#171; assassinats cibl&#233;s &#187; et des reporters qui disent &#171; arriver sur zone &#187; quand ils posent leurs bagages quelque part. Horribles pollutions du langage par le jargon. R&#233;cemment, j'ai remarqu&#233; l'apparition du &#171; on va dire &#187; dans les lancements de sujets et dans les &#233;missions de vari&#233;t&#233;s. Or le simple usage du &#171; on &#187; dans le journalisme, c'est effroyable. Je m'y refuse sans condition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Expliquez-nous...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si j'ai quelque chose &#224; dire, je ne me retranche pas derri&#232;re un &#171; on &#187; qui me d&#233;douane &#224; l'avance de mes propos. Je parle en mon nom. C'est une question d'honn&#234;tet&#233; &#224; l'&#233;gard du lecteur ou du t&#233;l&#233;spectateur. Je ne comprends pas la multiplication de t&#233;moignages flout&#233;s dans la presse &#233;crite. Quand je tombe sur &#171; un proche du dossier &#187; ou sur &#171; un expert qui pr&#233;f&#232;re rester anonyme &#187; au milieu d'un article, je n'y crois pas un instant : je referme le journal. Le soup&#231;on, c'est du reste le mal qui ronge notre profession. Prenez la grande enqu&#234;te que m'a consacr&#233;e &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; au d&#233;but de l'ann&#233;e : &#224; mi-chemin du papier, je tombe sur un &#171; ancien ami &#187; qui balance des horreurs &#224; mon sujet. Un ancien ami, donc. Mais je n'ai pas d'ancien ami. Ils sont tous morts, mes anciens amis. Je n'ai plus que des amis.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_618 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/PPDA-3.jpg&quot; title='photo : G&#233;rard Rancinan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH324/PPDA-3-12b3a-3005c.jpg' width='324' height='324' alt='photo : G&#233;rard Rancinan' style='height:324px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-618 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : G&#233;rard Rancinan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Aujourd'hui, le commun de la profession s'en tient &#224; trois sources d'information : le fil &lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt;, les cha&#238;nes d'info en continu, et bien souvent, le journal de 20 heures. Un sujet est valid&#233; par la r&#233;daction en chef d'une gazette s'il provient de l'un de ces canaux. L'actualit&#233; tourne en boucle, c'est terrifiant. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'anonymat permet n&#233;anmoins de prot&#233;ger les sources tout en apportant des informations &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;v&#233;rifi&#233;es. Que pr&#233;conisez-vous &#224; la place ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce que je demande aux confr&#232;res, c'est de faire preuve de courage. Si le t&#233;moignage vient d'un type rencontr&#233; dans l'ascenseur de &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt;, alors il faut y aller sans d&#233;tour : &#171; &lt;i&gt;Machin, qui a pris l'ascenseur avec PPDA tel jour, consid&#232;re que le pr&#233;sentateur fait mal son travail.&lt;/i&gt; &#187; Voil&#224; ce que je voudrais lire &#224; la place d'un vague &#171; &lt;i&gt;dans l'entourage du pr&#233;sentateur, on pense que...&lt;/i&gt; &#187; Entourage. Je ne sais pas m&#234;me ce que cela veut dire pour un type comme moi, qui d&#233;teste les bandes et les groupes. Assumons, s'il vous pla&#238;t.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'usage du conditionnel, qu'en dites-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il met la grammaire au service de l'hypocrisie. Je me souviens d'un article du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; qui relatait mes d&#233;m&#234;l&#233;s avec un paparazzo, &#224; peu pr&#232;s enti&#232;rement r&#233;dig&#233; au conditionnel. A partir d'une seule source cit&#233;e, celle du photographe qui m'accusait, le lecteur apprenait comment &#171; &lt;i&gt;j'aurais frapp&#233; au visage la victime&lt;/i&gt; &#187;, puis comment &#171; &lt;i&gt;je l'aurais s&#233;questr&#233;e&lt;/i&gt; &#187; etc. Bravo pour les d&#233;tails. Il m'a fallu ensuite n&#233;gocier pendant dix jours avec Edwy Plenel pour obtenir un rectificatif. Sans succ&#232;s. Pendant ce temps, toute ma vie priv&#233;e du moment avait &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e &lt;i&gt;in extenso&lt;/i&gt; par ce grand quotidien r&#233;put&#233; droit et s&#233;rieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ces cas-l&#224;, insistez-vous pour obtenir un droit de r&#233;ponse par voie de proc&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Allons bon ! Vous savez que cela ne sert absolument &#224; rien. Nombre de journalistes d&#233;testent les d&#233;mentis. Ils n'acceptent pas la contradiction. J'en veux pour preuve ce qui est devenu &#171; l'affaire Castro &#187; &#224; l'hiver 1992, sur laquelle je me suis toujours d&#233;fendu d'avoir menti. Ai-je annonc&#233; &#171; une interview exclusive &#187; dans le lancement du sujet &#224; l'antenne ? Non. Apr&#232;s la conf&#233;rence de presse du leader cubain, nous avions simplement reformul&#233; nos questions comme il est souvent d'usage. C'est ce que j'ai &#233;crit &#224; &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; lorsque ce magazine a d&#233;cid&#233; de me faire un proc&#232;s en d&#233;ontologie. Tragique erreur : &#224; la publication de mon d&#233;menti r&#233;pondait un commentaire de la r&#233;daction qui s'&#233;talait sur une double page. Rien de tel pour fabriquer une pol&#233;mique &#224; peu de frais avec le concours involontaire de l'int&#233;ress&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reconnaissez-vous toutefois certaines qualit&#233;s &#224; la presse &#233;crite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un grand reportage bien enlev&#233;, cela n'a pas d'&#233;quivalent au 20 heures. De m&#234;me que le format d'une interview longue dans un magazine permet d'aller plus loin que le journal t&#233;l&#233;vis&#233; sur des th&#233;matiques plus abstraites. A l'heure actuelle, la structure du JT est tr&#232;s clip&#233;e : &#231;a va vite, &#231;a file &#224; toute vitesse, les sujets d&#233;passent rarement deux minutes trente. Je dois donc rester au plus pr&#232;s des faits, toujours les faits. Pour un entretien avec Tony Blair, je peux encore obtenir six minutes d'antenne. Mais il devient difficile d'entendre de belles voix aux heures de grande &#233;coute : je ne pourrais plus inviter un Raymond Aron, comme je le faisais sur &lt;i&gt;Antenne 2&lt;/i&gt; en 1977. Pour accueillir Jean Baudrillard aujourd'hui, je dois me r&#233;fugier dans l'&#233;mission &#171; Vol de Nuit &#187;, dont l'horaire se situe, h&#233;las, bien apr&#232;s minuit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Payez-vous l&#224; le contrecoup de l'interview du scientifique Georges Charpak, en 1992, qui avait &#233;t&#233; coup&#233;e en direct pour envoyer une page de publicit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne le crois pas. Cette &#233;volution s'inscrit au-del&#224; d'un &#233;v&#233;nement isol&#233;. Je me souviens d'ailleurs que je m'&#233;tais &#233;lev&#233; en public contre le traitement qui avait &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; &#224; notre prix Nobel. A vrai dire, l'entretien avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; pour des raisons aussi b&#234;tes que la Ligue des Champions : le match de foot commen&#231;ait &#224; 20h30 tapantes, aussi fallait-il rendre l'antenne aux alentours de 20h17. A l'&#233;poque, le responsable avait tout simplement appuy&#233; sur le bouton &#171; pub &#187; sans r&#233;fl&#233;chir une seconde. Voil&#224; le drame de la t&#233;l&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'incident en direct rel&#232;ve aujourd'hui de la s&#233;quence quasi codifi&#233;e du journal, comme si le t&#233;l&#233;spectateur attendait la gifle de l'invit&#233;, la r&#233;ponse d&#233;cal&#233;e, davantage que les r&#233;ponses gentiment convenues de la promotion...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 20 heures appartient aux derniers cinq pour cent d'&#233;mission en direct &#224; la t&#233;l&#233;vision. Tout peut arriver : un retournement de l'actualit&#233;, une d&#233;faillance personnelle ou l'arriv&#233;e d'un anonyme qui usurpe l'identit&#233; d'un invit&#233;, type Alain Gautier, pour m'insulter sans complexe. Dans ces moments-l&#224;, je dois conserver mon sang-froid. Ne pas r&#233;pondre &#224; la vol&#233;e. Dominer mon &#233;motion. Pr&#233;sentateur, c'est un m&#233;tier d'urgentiste. Quand un patient d&#233;barque en lambeaux, le m&#233;decin ne va pas commencer &#224; pleurer. J'ai &#233;t&#233; choisi pour domestiquer l'inattendu. Je suis le dernier maillon dans la cha&#238;ne de production de l'information. Mais &#224; la longue, les incidents entament le moral et les nerfs. Pour d&#233;compresser apr&#232;s un direct, il m'arrive ainsi de passer une heure, une heure et demie, tout seul dans les locaux de la r&#233;daction.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je ne comprends pas la multiplication de t&#233;moignages flout&#233;s dans la presse &#233;crite. Quand je tombe sur 'un proche du dossier' ou sur 'un expert qui pr&#233;f&#232;re rester anonyme' au milieu d'un article, je n'y crois pas un instant : je referme le journal. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Regrettez-vous certaines images que vous avez diffus&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malheureusement, oui. Et je me rends souvent compte de mon erreur d&#232;s l'antenne, en annon&#231;ant le sujet, parce que je ne suis pas &#224; l'aise, parce que je me mets &#224; bafouiller l&#233;g&#232;rement. C'est l'exemple de cette jeune Colombienne, prise au pi&#232;ge dans un &#233;boulis de terre, que nous montrions dans ses derniers moments d'agonie. Une faute terrible. D'autant que nous faisions suivre le reportage par un commentaire de l'Abb&#233; Pierre, qui expliquait pourquoi il fallait voir ces images d'un point de vue moral. &lt;i&gt;Mea maxima culpa&lt;/i&gt;. C'est moi qui avais insist&#233; aupr&#232;s de l'Abb&#233; pour recueillir sa r&#233;action. J'en porte la responsabilit&#233; aupr&#232;s de mes 200 collaborateurs et de nos t&#233;l&#233;spectateurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur trente ans de carte de presse, comment jugez-vous l'&#233;volution de l'interview des hommes politiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le genre Michel Droit - Charles de Gaulle, c'est fini. Nous avons, &#224; peu pr&#232;s tous, fait des progr&#232;s. Il n'y a plus de questions contr&#244;l&#233;es par le pouvoir. Aujourd'hui, un quotidien peut difficilement &#233;crire que &#171; &lt;i&gt;Machin ou Machine n'a pas os&#233; poser les bonnes questions&lt;/i&gt; &#187; apr&#232;s une interview du chef de l'Etat &#224; la t&#233;l&#233;vision. En revanche, les r&#233;ponses sont davantage verrouill&#233;es. A chaque point d&#233;licat, je sais &#224; l'avance que le ministre aura &#233;t&#233; brief&#233; au mot pr&#232;s par son conseil en communication. C'est parfois rageant, souvent frustrant. Quand je re&#231;ois coup sur coup, deux soirs de suite, Dominique de Villepin puis Nicolas Sarkozy apr&#232;s la nomination du nouveau gouvernement, j'ai beau leur rappeler leurs d&#233;clarations de guerre r&#233;ciproques, rien &#224; faire : cela va glisser dans les r&#233;ponses d&#233;j&#224; ficel&#233;es, le tout avec un sourire automatique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Pr&#233;sentateur, c'est un m&#233;tier d'urgentiste. J'ai &#233;t&#233; choisi pour domestiquer l'inattendu. Mais &#224; la longue, les incidents entament le moral et les nerfs. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voulez-vous dire que l'insolence n'est pas de mise sur le petit &#233;cran, &#224; moins de la pratiquer aux commissures des l&#232;vres, entre le rictus et le non-dit ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'insolence fonctionne quand on ne la voit pas venir. Inutile de d&#233;barquer en gros pataugas et tenue de camouflage sur un plateau de t&#233;l&#233;vision. Pour r&#233;ussir son coup, il faut donner l'impression &#224; son interlocuteur que l'interview se d&#233;roule bien, comme lors de ses r&#233;p&#233;titions devant le miroir, puis tout &#224; coup, provoquer un l&#233;ger raidissement. A ce jeu-l&#224;, je m'interdis toutefois d'aborder des questions priv&#233;es. Ce n'est pas ma vision du m&#233;tier. Que Nicolas Sarkozy connaisse des difficult&#233;s conjugales, cela ne m'int&#233;resse pas : il ira en parler sur le plateau d'une autre cha&#238;ne. Je ne mentionnerai ce point que si cela devient une affaire diplomatique qui entrave le fonctionnement de la d&#233;mocratie. Mais je n'irai jamais d&#233;stabiliser un invit&#233; sur ses histoires de c&#339;ur. Je m'en tiens &#224; l'information, seulement l'information. Pendant la cohabitation Mitterrand-Balladur, j'avais ainsi demand&#233; au Pr&#233;sident comment il se vivait en &#171; &lt;i&gt;sherpa&lt;/i&gt; &#187; de son Premier ministre. Sherpa. Le mot l'avait d&#233;rout&#233;. Un certain 14 juillet plus tard, il m'avait envoy&#233; dire que l'impertinence constituait &#171; &lt;i&gt;ma marque de fabrique&lt;/i&gt; &#187;. Eh bien, je l'ai pris comme un compliment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Politiquement, vous avez souvent &#233;t&#233; qualifi&#233; &#224; vos d&#233;buts de &#171; &lt;i&gt;centriste tendance Saint-Germain-des-Pr&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je r&#233;cuse ce qualificatif. Je suis journaliste tendance journaliste. Depuis ma premi&#232;re carte de presse, je n'ai pas d'autre engagement que celui de transmettre l'information. Je refuse d'ailleurs la plupart des d&#233;jeuners priv&#233;s avec des hommes publics. La proximit&#233; n'est pas bonne pour l'ind&#233;pendance. Il suffit d'une sole grill&#233;e chez Lipp pour qu'un politique vous demande ensuite de faire passer un message au 20 heures. Mes interlocuteurs, je pr&#233;f&#232;re les rencontrer devant les cam&#233;ras. C'est la raison pour laquelle j'ai souhait&#233; que nous s&#233;parions les salles de maquillage avant la prise d'antenne. Je ne voulais plus entendre les r&#233;criminations de certains ministres, qui voulaient conna&#238;tre les questions quelques minutes avant d'y r&#233;pondre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &#171; Fort Matignon &#187;, Dominique Ambiel vous rend un hommage vibrionnant : &#171; &lt;i&gt;Patrick Poivre d'Arvor,&lt;/i&gt; &#233;crit-il, &lt;i&gt;est d'abord l'ami, celui qui dit les choses avec rigueur, mais sans hargne.&lt;/i&gt; &#187; Que vous inspire ce t&#233;moignage d'affection de la part de l'ancien conseiller en communication du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous citez la seule phrase du livre qui pr&#234;te &#224; confusion &#224; mon &#233;gard ! Si vous lisez le bouquin jusqu'au bout, vous verrez que Dominique Ambiel d&#233;ment l'id&#233;e d'une suppos&#233;e connivence entre lui et moi : il affirme que j'&#233;tais l'interviewer le plus dur &#224; l'&#233;gard de Jean-Pierre Raffarin. Que je ne l&#226;chais rien. Que je le poussais r&#233;guli&#232;rement dans les cordes. Non, vous ne pourrez pas m'accuser de &#171; journalisme de fr&#233;quentation &#187;. Ce n'est pas moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;cemment, vous avez d&#233;clar&#233; conna&#238;tre la date de votre d&#233;part...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, je sais d&#233;j&#224; quel jour je partirai de l'antenne. Seul mon fr&#232;re est au courant de la date pr&#233;cise. J'informerai la direction de &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; quelques semaines auparavant, le temps d'organiser le passage de relais. Mais ce n'est pas moi qui choisirai mon successeur. Je ne veux pas me m&#234;ler de cet arbitrage. Par la suite, je continuerai &#224; &#233;crire des romans. Ma vie ne s'arr&#234;tera pas au 20 heures. Pour l'instant, j'ai encore quelques journaux devant moi. Vous pouvez donc vous rassurer. Ou continuer de vous inqui&#233;ter...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &quot;Ni masochiste, ni kamikaze&quot;</title>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>Et si, de temps en temps, les journaux racontaient ce qui se passe dans les journaux ? Je ne parle pas des enqu&#234;tes ou reportages sur les autres journaux. &#199;a, les journaux savent tr&#232;s bien le faire. Ils mettent un point d'honneur &#224; informer leurs lecteurs des crises, probl&#232;mes, difficult&#233;s que connaissent les autres journaux. Telle est, disent-ils, la mission du journalisme : traquer sans rel&#226;che la v&#233;rit&#233;, derri&#232;re la langue de bois des communiqu&#233;s officiels et des chiffres rassurants. Luttes de (...)

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Et si, de temps en temps, les journaux racontaient ce qui se passe dans les journaux ? Je ne parle pas des enqu&#234;tes ou reportages sur les autres journaux. &#199;a, les journaux savent tr&#232;s bien le faire. Ils mettent un point d'honneur &#224; informer leurs lecteurs des crises, probl&#232;mes, difficult&#233;s que connaissent les autres journaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Telle est, disent-ils, la mission du journalisme : traquer sans rel&#226;che la v&#233;rit&#233;, derri&#232;re la langue de bois des communiqu&#233;s officiels et des chiffres rassurants. Luttes de pouvoir, motions de d&#233;fiance, ratages, d&#233;rives, malaise des r&#233;dactions, d&#233;parts plus ou moins volontaires : le lecteur de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; saura tout de ce qui se passe au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. Et celui du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; n'ignorera rien des probl&#232;mes de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;. Tout cela, bien entendu, dans la plus totale confraternit&#233;, sur l'air de &#171; &lt;i&gt;tout ce qui menace un journal menace tous les journaux&lt;/i&gt; &#187;, vous connaissez le refrain. Au nom de la sacro-sainte exigence de transparence : les m&#233;dias ne sauraient se soustraire &#224; ce qu'ils exigent de tout le monde, nos lecteurs ne comprendraient pas que nous jetions un voile pudique sur les probl&#232;mes de la presse, ils nous taxeraient l&#233;gitimement d'hypocrisie, etc., etc. Tout cela est bel et bon. Mais cette traque sourcilleuse de la v&#233;rit&#233;, qui est l'honneur du journalisme, cette l&#233;gitime exigence de transparence, les journaux, bizarrement, ne pensent pas &#224; se les appliquer &#224; eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est idiot, mais &#231;a ne leur vient pas &#224; l'id&#233;e. Par distraction, sans doute. Par manque de temps. Par manque de moyens. Ou alors par modestie. Parler de nous-m&#234;mes, vous n'y pensez pas ! Ce serait le comble du narcissisme. Du nombrilisme. Avec tout ce qui se passe dans le monde... Ainsi les lecteurs du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; doivent-ils lire &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; pour savoir ce qui se passe au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. Et ceux de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; doivent-ils lire &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; pour &#234;tre au courant de la crise de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne vais pas jouer les na&#239;fs. Je sais bien que &#231;a n'a rien d'&#233;vident, pour des journalistes, d'enqu&#234;ter sur leur propre journal. Et d'informer leurs lecteurs sur ce qui s'y passe. Il faut &#234;tre soit masochiste, soit kamikaze. Ou les deux. Quoi qu'il pense de son journal, un journaliste se sent tenu par un certain patriotisme, par un esprit maison. Un journal est une communaut&#233; d'hommes et de femmes qui vivent ensemble, au jour le jour. C'est un m&#233;lange d'affectivit&#233;, de passion, d'amiti&#233;s, de ranc&#339;urs, de rivalit&#233;s, parfois de haines. C'est riche, c'est complexe, c'est explosif. Raconter ce qui s'y passe vraiment, c'est risquer d'y mettre le feu, de provoquer une guerre civile. C'est quasiment mission impossible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et pourtant, dans une certaine mesure et sous certaines conditions, ce devrait &#234;tre possible. Pas le grand d&#233;ballage, r&#233;serv&#233; aux assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, o&#249; fusent les noms d'oiseaux, o&#249; se r&#232;glent des comptes sanglants. Mais un minimum d'information. Sur une grave d&#233;rive journalistique, par exemple. Il ne suffit pas de s'en excuser aupr&#232;s des lecteurs pour &#234;tre quitte. Trop facile : confession vaut absolution, promis, jur&#233;, on ne recommencera plus ! Il faut raconter, expliquer, d&#233;monter. Essayer de comprendre (et de faire comprendre) comment cela a &#233;t&#233; possible. Ce qui est en cause dans le fonctionnement du journal, &#224; tous les niveaux. Ce que cela r&#233;v&#232;le de petits accommodements, de partis pris. M&#234;me chose pour les conflits de fond sur la ligne &#233;ditoriale. Il n'y a rien de honteux &#224; en rendre compte, comme si c'&#233;tait r&#233;v&#233;ler d'inavouables secrets. Ou, pire, donner des armes &#224; la concurrence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que des journalistes r&#233;fl&#233;chissent &#224; leur m&#233;tier, d&#233;fendent leurs convictions, s'opposent sur une orientation, c'est tout &#224; leur honneur. C'est prendre les lecteurs au s&#233;rieux. C'est leur rendre ce qu'on exige d'eux : la confiance. Un journal, c'est un contrat. Les journalistes demandent aux lecteurs de les croire. Mais eux-m&#234;mes ne mettent pas cartes sur table. C'est un jeu de dupes. Au final, cet aveuglement des journaux sur eux-m&#234;mes nourrit le scepticisme de l'opinion &#224; l'&#233;gard des m&#233;dias, cette perte de confiance r&#233;guli&#232;rement mesur&#233;e, sur laquelle il est de bon ton de r&#233;guli&#232;rement se lamenter. C'est aussi la meilleure fa&#231;on d'alimenter les th&#233;ories parano&#239;aques du complot : on nous ment, on nous manipule, on nous cache quelque chose. Apprendre dans un autre journal ce qui se passe dans le journal dont on est un fid&#232;le lecteur, il n'y a pas mieux pour nourrir cette parano.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De la vie des journaux, on ne peut pas tout dire. Mais on ne peut pas non plus ne rien dire. Et si on commen&#231;ait par en dire un petit peu ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le photojournalisme en danger de mort</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Le-photojournalisme-en-danger-de,123.html</link>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Hubert Henrotte, fondateur des agences Gamma et Sygma, signe &#171; Le monde dans les yeux &#187; sur la vie et la mort des deux agences de presse les plus fameuses de ces 35 derni&#232;res ann&#233;es. Pourquoi avoir &#233;crit &#171; Le monde dans les yeux &#187; (Hachette Litt&#233;ratures) ? J'ai &#233;t&#233; le t&#233;moin et l'un des acteurs de cette fantastique &#233;pop&#233;e qu'ont &#233;t&#233; la naissance et l'extraordinaire r&#233;ussite des agences de presse photo fran&#231;aises. &#199;a me faisait mal au c&#339;ur de constater ce d&#233;clin et cette disparition &#224; terme sans qu'il reste (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH118/arton123-22d6b.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='118' class='spip_logos' style='height:118px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Hubert Henrotte, fondateur des agences Gamma et Sygma, signe &#171; Le monde dans les yeux &#187; sur la vie et la mort des deux agences de presse les plus fameuses de ces 35 derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi avoir &#233;crit &#171; Le monde dans les yeux &#187; (Hachette Litt&#233;ratures) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; le t&#233;moin et l'un des acteurs de cette fantastique &#233;pop&#233;e qu'ont &#233;t&#233; la naissance et l'extraordinaire r&#233;ussite des agences de presse photo fran&#231;aises. &#199;a me faisait mal au c&#339;ur de constater ce d&#233;clin et cette disparition &#224; terme sans qu'il reste une trace de l'aventure. Il y a une seconde raison, plus personnelle, c'est qu'il me fallait remettre un certain nombre de pendules &#224; l'heure. La naissance de Gamma, la r&#233;volution interne qui a provoqu&#233; la cr&#233;ation de Sygma, la fin de Sygma, le fonctionnement de ces deux agences c&#233;l&#232;bres, les raisons de leur succ&#232;s, les rapports avec les photographes, les nouvelles fa&#231;ons de travailler que nous avons invent&#233;es, sont tr&#232;s mal connus et chacun dit l&#224;-dessus un peu n'importe quoi. Je voulais r&#233;tablir la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une &#233;poque r&#233;volue ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le glas est en train de sonner...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est la situation des agences aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elles sont pratiquement toutes tomb&#233;es dans les escarcelles de trois soci&#233;t&#233;s qui monopolisent le march&#233; mondial de l'image. Deux sont bas&#233;es aux Etat-Unis : Corbis, propri&#233;t&#233; personnelle de Bill Gates, fondateur de Microsoft, et l'agence Getty Images, cr&#233;&#233;e par un h&#233;ritier du roi du p&#233;trole Jean-Paul Getty. La troisi&#232;me est en France, Hachette Filipacchi M&#233;dias, filiale presse du groupe Lagard&#232;re, qui a pris le contr&#244;le de Gamma, Explorer, Spooner, Stills, Hoa-Qui, MPA, Jacana et Rapho. Elle est aussi &#233;diteur d'une myriade de magazines dans le monde. Getty et Corbis d&#233;tiennent chacune une bonne vingtaine de petites et grandes agences et s'enorgueillissent de contr&#244;ler pr&#232;s de 70 millions de photos d'archives. Il existe encore une ou deux agences qui r&#233;sistent, mais pour combien de temps...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que votre d&#233;part de Sygma et la fin de l'agence sont des faits li&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, parce que un an apr&#232;s mon d&#233;part, la vente de Sygma &#224; Bill Gates &#233;tait consomm&#233;e. C'est dire qu'au moment de mon &#233;viction, les tractations avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; entam&#233;es sans que, bien &#233;videmment, je n'en sache rien. Je savais que Jean-Marc Smadja voulait se s&#233;parer de l'agence mais j'ignorais que Franck Pearl, patron d'une importante soci&#233;t&#233; de placements de fonds am&#233;ricains, &#233;tait devenu, par la vente extr&#234;mement discr&#232;te de 51 % des actions que poss&#233;dait Smadja, notre principal actionnaire. Le probl&#232;me &#233;tait que Jean-Marc Smadja s'&#233;tait engag&#233; par &#233;crit &#224; ce qu'il y ait des b&#233;n&#233;fices. Comme il n'y en avait pas, Pearl a d&#233;cid&#233; de vendre et s'est rapproch&#233; de Bill Gates.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment avez-vous v&#233;cu cette p&#233;riode ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;videmment tr&#232;s mal. Je ne suis quand m&#234;me pas parti de mon plein gr&#233;. Pour &#234;tre clair, j'ai &#233;t&#233; vir&#233;. Sur un plan personnel, la baffe a &#233;t&#233; douloureuse. Mais l'horreur, c'est que la disparition de Sygma &#233;tait in&#233;luctable et que je ne pouvais rien faire. J'aurais tellement aim&#233; me tromper ! Mais non, le rachat de l'agence par Corbis a provoqu&#233; l'arr&#234;t programm&#233; de la production - elle co&#251;tait trop cher ! - avec pour cons&#233;quence le licenciement de la quasi-totalit&#233; des photographes et des producteurs, ce qui condamnait Sygma &#224; dispara&#238;tre. Souvenez-vous du ramdam qu'a provoqu&#233; ce licenciement massif. Gr&#232;ves, manifestations, interventions au plus haut niveau, etc. L'agonie a dur&#233; cinq ans. Aujourd'hui Sygma n'existe plus. Et j'entends de-ci, de-l&#224;, des bruits alarmants qui pourraient laisser pr&#233;voir un arr&#234;t de la num&#233;risation des photos. 25 ans d'histoire du photojournalisme qui pourraient passer aux oubliettes !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous-m&#234;me n'aviez pas entam&#233; cette num&#233;risation des archives ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous num&#233;risions le quotidien, mais nous n'avons pas eu le temps de remonter bien loin dans le pass&#233;. Imaginez la somme d'archives qu'il y avait &#224; Sygma ! Il fallait pour cela des moyens p&#233;cuniaires que nous n'avons pas eus puisque Jean-Marc Smadja n'a jamais tenu ses promesses budg&#233;taires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il semble tout de m&#234;me improbable que Bill Gates ayant achet&#233; une agence, c&#233;l&#232;bre entre autres pour ses archives, ne prenne pas le soin de l'exploiter.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oh ! c'est facile &#224; comprendre... Bill Gates a d&#233;j&#224; d&#233;pens&#233; tellement d'argent dans les indemnit&#233;s colossales qui ont &#233;t&#233; vers&#233;es au moment du renvoi des personnels de Sygma qu'il n'a sans doute plus envie d'investir dans la pr&#233;servation de photos dont il ne voit pas l'int&#233;r&#234;t en termes de rentabilit&#233; imm&#233;diate.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous l'impression d'avoir &#233;t&#233; trahi ou manipul&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Surtout trahi &#224; l'int&#233;rieur de la maison. Mais je n'ai pas envie de r&#233;gler ce compte-l&#224;. Chacun se voit le matin dans sa glace de salle de bain et sait ce que lui renvoie son regard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi &#233;tiez-vous un danger pour Jean-Marc Smadja ou pour Bill Gates ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'imagine que je ne l'&#233;tais pas n&#233;cessairement pour Gates mais pour Smadja, oui. Un emmerdeur et un emp&#234;cheur de tourner en rond patent&#233; ! Jamais je n'aurais accept&#233; que Sygma disparaisse. Jamais. J'ai une passion pour le photojournalisme et pour les photographes. Je ne suis pas celui qui aurait pu brader ou vendre &#224; l'encan une agence que nous avions cr&#233;&#233;e de toutes pi&#232;ces et avec qui j'ai v&#233;cu quelques-unes des meilleures et des plus enrichissantes ann&#233;es de ma vie. C'est tout &#231;a aussi que je raconte dans &#171; Le monde dans les yeux &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous y faites, outre le constat du d&#233;clin du photojournalisme, celui plus pessimiste de sa disparition &#224; plus ou moins br&#232;ve &#233;ch&#233;ance.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, je constate que le photojournalisme est en danger de mort, mais que ce n'est qu'une mort provisoire. Un coma clinique. Le photojournalisme traverse une mauvaise p&#233;riode, mais je ne suis pas s&#251;r du tout qu'il va dispara&#238;tre. Aujourd'hui, il n'y a plus de structure assez forte pour soutenir les photographes et imposer leurs reportages &#224; la presse. Du coup, en France, il n'existe pratiquement plus de photojournalistes parce qu'ils n'ont pas les moyens de financer des reportages de qualit&#233; tels que les agences les diffusaient. Les grands photographes reporters sont ailleurs. En Scandinavie, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Chine maintenant... Mais ils existent. En France aussi, m&#234;me s'ils ont du mal &#224; survivre. D'autre part, je suis certain qu'on ne va pas pouvoir continuer &#224; se contenter de ces images instantan&#233;es que l'on voit aujourd'hui dans la presse magazine, qui ne sont que de l'illustration. Des photos qui ne racontent rien sur les &#233;v&#233;nements, qui ne sont qu'un t&#233;moignage imm&#233;diat, sans r&#233;flexion en amont ni analyse en aval. Des images sans profondeur qui ne sont pas le r&#233;sultat d'enqu&#234;tes. &#199;a, ce n'est pas possible. On ne peut pas accepter d'&#234;tre soumis &#224; des torrents d'images standardis&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les newsmagazines semblent pourtant s'en accommoder...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, ce qu'il reste des newsmagazines ! Vous voyez bien que la quasi-totalit&#233; de la presse magazine aujourd'hui donne dans le people, le fait-divers et le scandale ! Mais je reste persuad&#233; que le vrai photojournalisme n'a pas dit son dernier mot. La presse &#233;crite va devoir choisir entre communiquer et informer et se ressaisir sous peine de dispara&#238;tre !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi en est-on arriv&#233; &#224; cette situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce qu'on est pass&#233; brutalement de la culture de l'information &#224; celle de la communication de masse, que petit &#224; petit on a assist&#233; &#224; l'abandon du photojournalisme par les photographes qui ne peuvent plus vivre de leur m&#233;tier - entre 80 et 100 euros la photo, tous droits c&#233;d&#233;s, il faut en publier beaucoup pour assurer une vie d&#233;cente &#224; sa famille - et parce qu'est arriv&#233; dans les publications, &#224; des postes clefs, un personnel mal form&#233; &#224; la lecture de reportages photojournalistiques. Th&#233;ron, Siegel et autres journalistes dans l'&#226;me, grands patrons de presse, savaient exactement ce qu'&#233;tait un reportage. Ils voyaient imm&#233;diatement ce qui en faisait la valeur, le caract&#232;re singulier capable de susciter l'int&#233;r&#234;t des lecteurs. Ils savaient ce qu'ils avaient co&#251;t&#233; non seulement financi&#232;rement, mais aussi &#233;motionnellement. Je ne suis pas certain qu'il y ait aujourd'hui des individus dot&#233;s d'une telle stature dans les r&#233;dactions. Les vrais professionnels de l'image sont devenus extr&#234;mement rares.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il de nouveaux march&#233;s pour le photojournalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a une vraie demande dans le domaine des expositions. C'est d'ailleurs l&#224; qu'est le paradoxe : le public, lui, aime la photo et le prouve puisqu'il fr&#233;quente les galeries qui lui proposent ce qu'il ne trouve plus dans la presse, et qu'il est acheteur de photos quand elles restent dans des prix abordables. Il n'est pas rare aujourd'hui de voir des photos accroch&#233;es sur les murs des salons de gens qui, il y a quelques ann&#233;es, se contentaient de celles des calendriers des Postes au-dessus de l'&#233;vier ! &#171; Visa pour l'Image &#187; est un bel exemple de cet int&#233;r&#234;t populaire pour la photo. L'an dernier, il y a eu &#224; Perpignan 35 expositions pratiquement toutes consacr&#233;es au travail des photojournalistes. Les photos n'&#233;taient pas &#224; vendre et il y a eu quand m&#234;me 150 000 visiteurs. Je constate donc un d&#233;clin, que je souhaite momentan&#233;, du photojournalisme dans la presse mais pas de l'int&#233;r&#234;t du public pour la photo. Pour en revenir d'ailleurs &#224; ce d&#233;clin du photojournalisme, Jean-Fran&#231;ois Leroy, directeur de &#171; Visa pour l'Image &#187; a, d'ann&#233;e en ann&#233;e, de plus en plus de mal &#224; trouver dans le monde les 35 grands sujets de la qualit&#233; qu'il souhaite et revendique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &#171; Le monde dans les yeux &#187;, vous &#233;voquez nombre de scoops faits par les photographes et diffus&#233;s par les agences. Aujourd'hui o&#249; est le scoop ? C'est la d&#233;couverte d'un nouveau charnier au Kosovo ou le sein de Sophie Marceau &#224; Cannes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La vraie question est : &#171; &lt;i&gt;Deux photos arrivent en m&#234;me temps dans un magazine. L'une faite par l'un des 500 photographes qui suivent le Festival de Cannes montre le sein d&#233;voil&#233; de Sophie Marceau ; l'autre, faite par un seul photographe, montre le charnier nouvellement d&#233;couvert au Kosovo. Quel est le scoop ?&lt;/i&gt; &#187; C'est &#233;videmment la seconde photo, non seulement parce qu'elle est unique, mais aussi parce qu'elle a une port&#233;e historique, politique, sociale et humaine. Il n'emp&#234;che : le sein de Sophie est pass&#233; partout, a fait la une de quotidiens et d'hebdomadaires pourtant r&#233;put&#233;s pour leur s&#233;rieux et m&#234;me, en tr&#232;s gros plan, la couverture d'un magazine people ! Je crois qu'on a moins vu les photos du charnier...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est de la d&#233;cadence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est simplement la r&#233;action de survie d'une presse aux abois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, un jeune photojournaliste a-t-il les m&#234;mes chances que ces photographes devenus c&#233;l&#232;bres que vous citez dans votre livre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. L'&#233;poque n'est plus la m&#234;me et l'environnement professionnel est totalement diff&#233;rent. Les jeunes photographes ne peuvent plus s'appuyer sur les grandes agences qui, parce qu'elle &#233;taient fortes et structur&#233;es, pouvaient soutenir, aider &#224; progresser et, finalement, imposer un photographe de talent. Et il n'y a plus les supports susceptibles de consacrer six ou huit pages au reportage d'un photographe d&#233;butant, aussi dou&#233; et original puisse-t-il &#234;tre. Les reportages de photojournalisme pur sont aujourd'hui destin&#233;s &#224; une presse magazine confidentielle ou semi-sp&#233;cialis&#233;e. C'est en tout cas la seule dans laquelle on trouve encore des enqu&#234;tes pointues, des sujets diff&#233;rents de ceux ce que l'on voit dans les magazines de grande diffusion. Un autre ph&#233;nom&#232;ne, li&#233; &#224; la disparition des agences et au d&#233;sint&#233;r&#234;t des supports pour le photojournalisme, c'est l'absence de la concurrence que se faisaient entre eux les grands magazines pour publier en exclusivit&#233; des reportages exceptionnels. Du coup les supports dictent leurs lois financi&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_619 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/HUBERTHENROTTE.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L268xH324/HUBERTHENROTTE-8ae11-47a7a.jpg' width='268' height='324' alt='' style='height:324px;width:268px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Une bonne photo est une photo qui raconte tout &#224; la premi&#232;re lecture et permet de r&#233;fl&#233;chir sur ce que l'on ne voit pas. C'est le r&#233;sum&#233; et la preuve d'un &#233;v&#232;nement. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les conditions de travail ont chang&#233; elles aussi...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Absolument. Est-ce qu'un photographe peut travailler librement, et en profondeur, sur la situation politique et sociale en Irak ? Est-ce que les instances chinoises vont permettre que soit r&#233;alis&#233; un vrai reportage sur la vie des paysans dans les campagnes du Hunan ou du Sichuan qui risquerait de venir contredire la vision que le pays veut officiellement faire passer ? Est-ce qu'on peut travailler librement dans les pays d'Afrique noire ? En Tch&#233;tch&#233;nie ? En Palestine ? En Cor&#233;e du Nord ? A Cuba ? Un photographe et un reporter peuvent-ils entrer &#224; Guantanamo pour t&#233;moigner sans contrainte ni censure de ce qu'il s'y passe ? Que risque un journaliste qui couvre un conflit sans &#234;tre accompagn&#233;, encadr&#233;, voire surveill&#233; par les autorit&#233;s qui lui donnent la permission de faire ce reportage et s'octroient, en &#233;change, un droit de regard sur le r&#233;sultat ? Certes, les journalistes savent &#224; quoi ils s'exposent quand ils r&#233;alisent des reportages sans l'aval des pouvoirs en place, mais personne ne souhaite qu'ils soient les martyrs de l'information. Or, les journalistes sont aujourd'hui en danger partout o&#249; ils d&#233;cident de faire des enqu&#234;tes en dehors des chemins balis&#233;s. Et m&#234;me l&#224;, rien n'est assur&#233;. C'est beaucoup plus simple et moins dangereux avec le people... Moins dangereux, certes. Quoique... c'est un milieu o&#249;, &#224; l'occasion, on vous gifle sans &#233;tat d'&#226;me ! Plus simple, non. Le fameux &#171; droit &#224; l'image &#187; a impos&#233; des limitations effrayantes &#224; la parution des photos, y compris celles de gens d'accord pour &#234;tre photographi&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez beaucoup de photojournalisme, de reportages en profondeur, mais cela concerne principalement la presse magazine. Les photographes alimentent aussi la presse quotidienne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un domaine sp&#233;cifique, aujourd'hui enti&#232;rement tenu par des agences d'information telles &lt;i&gt;AP, AFP&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Reuters&lt;/i&gt;. Mais c'est de l'illustration de l'&#233;v&#233;nement imm&#233;diat, en concurrence directe avec la t&#233;l&#233;vision et Internet. Ces photos de news ont une importance informative, mais elle ne sont pas r&#233;fl&#233;chies. C'est de l'instantan&#233;. Ce qui ne veut pas dire que ces photos ne soient pas de bonnes photos.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'une bonne photo ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous allons rester sur le photojournalisme puisque c'est ce que je connais le mieux. Une bonne photo est une photo qui raconte tout &#224; la premi&#232;re lecture et permet de r&#233;fl&#233;chir sur ce que l'on ne voit pas. C'est le r&#233;sum&#233; et la preuve d'un &#233;v&#233;nement. Elle est faite avec un regard sans complaisance et une grande dose d'&#233;motion. On peut se contenter de la l&#233;gender par le lieu, la date, l'heure et le nom des individus. Et c'est une preuve ad libitum puisque, contrairement &#224; l'image de t&#233;l&#233;vision, la photo de presse reste et que l'on peut la revoir, la reprendre &#224; l'infini. Une bonne photo est une photo historique au sens litt&#233;ral du terme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette photo n'est-elle pas sujette &#224; caution puisqu'elle est quand m&#234;me fonction du regard, de la culture, de l'histoire personnelle, de l'opinion politique du photographe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il m'est arriv&#233;, tant &#224; Gamma qu'&#224; Sygma, de refuser de diffuser des images que je trouvais partiales. L&#224; encore, un vrai photojournaliste doit garder le regard propre, mais il ne peut le faire que si ses photos sont le fruit d'une enqu&#234;te et ne sont pas seulement faites sous le coup de la n&#233;cessit&#233;. On risque l&#224; de tomber dans le domaine de la manipulation de l'information. Le livre regorge de t&#233;moignages de grands photojournalistes qui ont quitt&#233; le devant de la sc&#232;ne pour garder une certaine distance par rapport &#224; l'&#233;v&#233;nement. Il y a une grande diff&#233;rence entre le photojournalisme et le spectaculaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A Gamma, &#224; Sygma, qu'attendiez-vous d'un reportage que l'on vous soumettait ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La fiabilit&#233; de l'histoire et l'originalit&#233; de l'angle d'attaque, l'honn&#234;tet&#233; du photographe, la rigueur de son regard et la qualit&#233; de son travail. Un grand reportage suit une ligne droite qui passe par le cerveau, l'&#339;il et le c&#339;ur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que vous auriez diffus&#233; la photo de Sadam Hussein en slip ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certainement pas ! Non seulement parce que cette photo est d&#233;gradante et humiliante, m&#234;me si elle montre un parfait salaud, mais aussi, et surtout, parce que je ne sais pas d'o&#249; elle sort, qui a int&#233;r&#234;t &#224; ce qu'elle paraisse et pourquoi. J'ai d'ailleurs ce m&#234;me rejet face aux photos faites dans les prisons am&#233;ricaines d'Irak o&#249; l'on voit des hommes entass&#233;s nus, ou tenus en laisse par des GI's. Et puis franchement, sur un plan personnel, je n'aime pas le regard que l'on me force &#224; porter sur ces photos. C'est un regard ind&#233;cent, vulgaire et indigne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces photos ont quand m&#234;me fait basculer l'opinion publique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voyez ! Vous-m&#234;me le dites ! Faire basculer l'opinion publique. La faire basculer dans quel sens ? Qu'est-ce qui prouve que ces photos n'ont pas &#233;t&#233; mont&#233;es dans un but pr&#233;cis ? N'allez pas croire que je prends ici la d&#233;fense ou que j'attaque qui que ce soit. Nous parlons de journalisme et la premi&#232;re question qu'un journaliste doit se poser face &#224; un tel t&#233;moignage est : qui a int&#233;r&#234;t &#224; ce que ces photos soient diffus&#233;es et pourquoi ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous trouvez qu'en mati&#232;re de photos de presse il y a une escalade dans le spectaculaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ind&#233;niable. Et c'est dommage. Les supports vous diront que c'est ce genre de photo qui fait vendre la presse. Vraiment ? Mais alors on n'est plus l&#224; dans le journalisme. On est au mieux dans l'information spectacle, au pire dans l'horreur et le &#171; crade &#187;. Mais encore une fois, la presse n'a pas tous les torts. Il faut aussi s'interroger sur le regard que nos soci&#233;t&#233;s portent sur les &#233;v&#233;nements et la fa&#231;on dont ce regard a &#233;t&#233; &#233;duqu&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que nous sommes manipul&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me m&#233;fie de ce genre de mot d&#233;finitif. Nous sommes tous dot&#233;s d'une intelligence qui devrait nous permettre de faire des choix coh&#233;rents dans l'information qui nous est propos&#233;e. Mais nous sommes so&#251;l&#233;s d'images et nous n'avons pas le temps de trier ; nous sommes surinform&#233;s mais de fa&#231;on partiale et parcellaire. Chez vous, assis dans votre canap&#233;, par la magie d'une commande grande comme un paquet de cigarettes, vous avez acc&#232;s &#224; 300 cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision dont une bonne dizaine sp&#233;cialis&#233;es dans l'information en direct qui diffusent en boucle des images aussi vite oubli&#233;es qu'elles ont &#233;t&#233; matraqu&#233;es. Mais si vous avez envie d'en savoir plus, o&#249; trouvez-vous l'information ? C'est pour &#231;a que je ne suis pas si pessimiste quant &#224; l'avenir du photojournalisme. On sent d&#233;j&#224; que le public en a marre de cette avalanche d'images qui n'ont qu'une signification anecdotique et imm&#233;diate. On sent que le public a envie d'avoir un autre regard, une autre fa&#231;on d'aborder l'&#233;v&#233;nement. Et &#231;a, c'est le domaine du photojournaliste qui, lui, ne se contente pas de photographier l'air du temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La presse souffre d'une crise de confiance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La presse d'opinion, indubitablement. Il y a eu trop de scandales. La cr&#233;dibilit&#233; du Monde a &#233;t&#233; s&#233;rieusement &#233;branl&#233;e il y a un an par le livre de Pierre P&#233;an et Philippe Cohen. La presse am&#233;ricaine, on l'a vu r&#233;cemment avec les &#171; r&#233;v&#233;lations &#187; du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; sur les armes de destruction massive en Irak, puis de &lt;i&gt;Newsweek&lt;/i&gt; sur la profanation du Coran &#224; Guantanamo, n'est pas &#233;pargn&#233;e non plus. D'o&#249; la perc&#233;e extr&#234;mement sensible de la presse quotidienne gratuite o&#249; au moins il n'y a que de l'information brute, et de la presse people o&#249; il n'y a que du r&#234;ve et du bubblegum.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, si vous aviez l'&#226;ge qui &#233;tait le v&#244;tre quand vous avez fond&#233; Gamma, est-ce que vous vous lanceriez dans la m&#234;me aventure ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans h&#233;sitation. Je le ferais diff&#233;remment sans doute, mais je le ferais. J'ai toujours eu et j'ai toujours une passion pour la photo et une tendresse, une admiration pour les photographes. Un grand photographe, celui dont les photos vous &#233;meuvent, ne peut pas &#234;tre dans la vie un type m&#233;diocre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En conclusion, vous &#234;tes plut&#244;t optimiste ou pessimiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis r&#233;aliste et lucide. Une situation de crise telle que nous la vivons aujourd'hui devrait ouvrir la voie &#224; de nouvelles orientations. Sans photographes, il n'y a pas de photos.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>G&#246;ksin Sipahioglu, cr&#233;ateur de l'agence Sipa</title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Il faut avoir connu G&#246;ksin Sipahioglu au temps h&#233;ro&#239;que de l'agence Sipa, dans les ann&#233;es 1980, quand Paris &#233;tait la capitale du photojournalisme avec ses trois agences en &#171; A &#187;. Gamma, dirig&#233;e par Jean Monteux, Sygma par Hubert Henrotte, et Sipa... par Sipahioglu. Ce Turc au physique de basketteur - il mesure 1,90 m&#232;tre - avec son pass&#233; de reporter de terrain et ses quatre t&#233;l&#233;visions en permanence allum&#233;es dans son immense bureau du boulevard Murat, &#233;tait sans nul doute, des trois &#171; A &#187;, le plus (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH118/arton124-d7157.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='118' class='spip_logos' style='height:118px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Il faut avoir connu G&#246;ksin Sipahioglu au temps h&#233;ro&#239;que de l'agence Sipa, dans les ann&#233;es 1980, quand Paris &#233;tait la capitale du photojournalisme avec ses trois agences en &#171; A &#187;. Gamma, dirig&#233;e par Jean Monteux, Sygma par Hubert Henrotte, et Sipa... par Sipahioglu. Ce Turc au physique de basketteur - il mesure 1,90 m&#232;tre - avec son pass&#233; de reporter de terrain et ses quatre t&#233;l&#233;visions en permanence allum&#233;es dans son immense bureau du boulevard Murat, &#233;tait sans nul doute, des trois &#171; A &#187;, le plus journaliste, le plus passionn&#233; par la presse et l'actualit&#233;. Durant les trente ans d'existence de Sipa, qui fut un temps la premi&#232;re agence de photos au monde, G&#246;ksin Sipahioglu n'h&#233;sita pas &#224; prendre des risques financiers pour produire de grands sujets reli&#233;s &#224; l'actualit&#233; internationale, et &#224; donner leur chance &#224; des jeunes talents, certains devenus de grands photoreporters : Luc Delahaye, Christine Spingler, Patrick Robert, Alexandra Boulat, Olivier Jobard... S'il fut un patron roublard et paternaliste - allant jusqu'&#224; &#171; couver &#187; ses photographes - mais aussi un homme princier et g&#233;n&#233;reux qui n'h&#233;sita pas, pour maintenir financi&#232;rement Sipa &#224; niveau, &#224; signer des contrats d'exclusivit&#233; avec la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;, quitte &#224; perdre un peu de son aura, il demeure un des grands noms de ce photojournalisme, essentiel &#224; la compr&#233;hension d'une &#233;poque. Aujourd'hui, concurrenc&#233;es par les grandes agences d'informations comme l'&lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;AP&lt;/i&gt;, l&#226;ch&#233;es par une presse magazine qui s'int&#233;resse plus aux people qu'au photoreportage, les trois &#171; A &#187; ont toutes &#233;t&#233; rachet&#233;es. Sygma par Corbis (Bill Gates). Gamma par Hachette-Filipacchi. Sipa par Sud Commu- nication. G&#246;ksin Sipahioglu raconte ici son extraordinaire itin&#233;raire.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Ma premi&#232;re vie commence &#224; l'&#233;cole des J&#233;suites Saint-Joseph d'Istanbul. J'avais cr&#233;&#233; un club de sport, Ef&#232;s, qui est aujourd'hui le premier en Turquie. En 1952, j'ai &#233;t&#233; nomm&#233; responsable du sport du quotidien &lt;i&gt;Istanbul Ekspres&lt;/i&gt;, dont je suis devenu le r&#233;dacteur en chef. C'est en 1956 que je fais mon premier grand reportage en allant dans le Sina&#239; et en Isra&#235;l. J'ai photographi&#233; les soldats &#233;gyptiens morts dans le d&#233;sert, la t&#234;te enfouie dans le sable. L&#224;-bas, j'ai r&#233;alis&#233; mes deux premiers scoops : un jour, &#224; Tel-Aviv, je fouinais avec un journaliste turc quand nous avons crois&#233; des aviateurs fran&#231;ais. Je leur ai demand&#233; ce qu'ils faisaient l&#224;. Ils m'ont r&#233;pondu qu'ils pr&#233;paraient les premi&#232;res attaques. Bien s&#251;r, le gouvernement fran&#231;ais a ni&#233;. J'ai aussi rencontr&#233; des juifs turcs de l'arm&#233;e isra&#233;lienne et leur ai demand&#233; s'il y avait eu des morts pendant les affrontements. Ils m'ont emmen&#233; &#224; 5 km de l&#224;, pr&#232;s d'une tente. On y avait laiss&#233; mourir tous les Egyptiens bless&#233;s. C'&#233;tait terrible, j'avais 29 ans. J'aimais le reportage et l'action et comme j'&#233;tais r&#233;dacteur en chef, j'ai commenc&#233; &#224; mettre des grandes photos &#224; la une du journal, pleine page, ou alors sur 16 colonnes, en double page. Tout de suite, le tirage a augment&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous sommes en 1957. Je quitte le &lt;i&gt;Istanbul Eskpres&lt;/i&gt; : je voulais lancer mon propre journal. Pour l'apport de fonds, ma m&#232;re a hypoth&#233;qu&#233; notre appartement. Mon meilleur ami qui, par ailleurs, venait d'&#233;pouser ma s&#339;ur, m'a rejoint. Chacun a mis 50 000 livres turques et nous avons sorti notre quotidien, le &lt;i&gt;Yeni Gazete&lt;/i&gt;. Tout de suite j'ai demand&#233; &#224; des &#233;crivains de travailler avec nous, j'ai publi&#233; des photoreportages mais aussi des nouvelles illustr&#233;es par des dessinateurs. Le fils du fondateur du Parti d&#233;mocrate, alors au pouvoir, a &#233;crit pour nous des articles critiques sur le gouvernement. Du jour au lendemain, nous n'avons plus eu de papier pour l'imprimerie. C'&#233;tait le gouvernement qui le distribuait. Il a fallu l'acheter au march&#233; noir, et tr&#232;s cher. Cela a dur&#233; plusieurs mois, j'ai d&#233;missionn&#233;. Voil&#224; comment on interdisait les journaux en Turquie, &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1960, au moment du coup d'Etat militaire en Turquie, je suis devenu le directeur de la r&#233;daction d'un quotidien politique important, Vatan. Je publiais toujours beaucoup de photos, en grand format, en les recadrant, en les grossissant, en leur trouvant le sens qui pouvait s'y trouver cach&#233;. Plus tard, lorsque j'ai mont&#233; l'agence Sipa, j'ai fait un scoop rien qu'en agrandissant une photo du terroriste Carlos sur l'a&#233;roport d'Alger. A l'origine, c'&#233;tait une petite photo dont on distinguait &#224; peine les personnages. Agrandie, elle prenait tout son sens. Elle a fait le tour du monde. L'agence Gamma poss&#233;dait la m&#234;me photo, mais ils n'avaient rien remarqu&#233;. C'est en r&#233;alisant moi-m&#234;me des journaux que j'avais appris &#224; bien regarder les photos, &#224; leur donner leur force.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_631 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/SIPAHIOGLU.jpg&quot; title='photo : William Alix' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH233/SIPAHIOGLU-55ce2-eee4e.jpg' width='324' height='233' alt='photo : William Alix' style='height:233px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-631 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : William Alix&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La France est le seul pays qui fait payer 50 % de charges &#224; l'agence qui emploie ses photographes. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es suivantes, j'ai fait beaucoup de reportages pour le journal &lt;i&gt;H&#252;rriyet&lt;/i&gt; (Libert&#233;), le premier quotidien turc. En 1961, j'ai &#233;t&#233; le premier journaliste &#233;tranger &#224; photographier l'Albanie communiste. En 1962, j'ai r&#233;ussi &#224; entrer &#224; Cuba pendant la crise des missiles, quand le monde entier pensait que nous allions vers une guerre mondiale. Avec un passeport de marin, je suis mont&#233; sur un cargo turc qui allait livrer du bl&#233; &#224; La Havane. J'ai vendu le reportage &#224; l'agence &lt;i&gt;Associated Press&lt;/i&gt;, quarante quotidiens am&#233;ricains en ont fait leur manchette. En 1965, je suis all&#233; en Chine. J'ai compris par la suite pourquoi ils m'avaient d&#233;livr&#233; un visa : ils voulaient tout simplement privil&#233;gier leurs relations avec la Turquie. J'ai r&#233;ussi &#224; interviewer et photographier Chou En-lai (Premier ministre de Mao). J'ai pris des photos d'embrigadement de la jeunesse ainsi que de jeunes filles brandissant le Petit Livre Rouge. J'ai revendu mes photos &#224; l'agence Dalmas, alors l'agence de photoreportage la plus r&#233;put&#233;e - c'est l&#224; que Raymond Depardon a commenc&#233;. Ce sont eux qui, au Vi&#234;tnam, ont fait des images historiques. Lorsque j'ai cr&#233;&#233; Sipa, j'ai rachet&#233; toutes les archives de Dalmas. Elle a &#233;t&#233; une des premi&#232;res agences &#224; salarier ses photographes et &#224; conserver son fonds d'images. Pendant cinq ans, j'ai fait des reportages dans 80 pays. A Alger, en 1965, j'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; plusieurs fois par la police pour avoir photographi&#233; les gamins alg&#233;riens qui &#233;taient les seuls &#224; oser d&#233;fier le pouvoir et manifester contre l'arrestation de Ben Bella. A Djibouti, pendant le r&#233;f&#233;rendum de 1967, je me suis fait tirer dessus par les l&#233;gionnaires fran&#231;ais. A Phnom Penh, il y avait l'opium, les filles, la guerre ! J'ai r&#233;alis&#233; l&#224; le premier reportage sur les enfants-soldats de l'arm&#233;e cambodgienne. Je me suis rendu encore &#224; Sa&#239;gon pendant l'occupation am&#233;ricaine. En mai 68, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; bless&#233; par une grenade lacrymog&#232;ne &#224; Paris, je me suis rendu &#224; Prague lors de l'occupation de la ville par l'arm&#233;e sovi&#233;tique. L&#224;-bas, j'ai pu interviewer et photographier les premiers soldats russes &#224; peine arriv&#233;s. C'&#233;taient des Az&#233;ris, ils parlaient turc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1969, je me suis install&#233; &#224; Paris dans 16 m2 : je d&#233;veloppais mes photos dans les toilettes. J'ai d'abord travaill&#233; pour l'agence Gamma. Quand je leur ai propos&#233; de faire un reportage sur Bratislava, l&#224; o&#249; tous les pays du pacte de Varsovie devaient se r&#233;unir, ils ont refus&#233;. J'y suis donc all&#233; par mes propres moyens et au retour je d&#233;cidai de fonder mon agence, Sipa, en coupant mon nom turc, trop long. Les photos des dignitaires du bloc sovi&#233;tique et des soldats de l'Arm&#233;e rouge que j'avais prises furent publi&#233;es un peu partout dans le monde. C'&#233;tait quelques jours avant la r&#233;pression du Printemps de Prague. Cons&#233;cration : ma premi&#232;re couverture am&#233;ricaine, celle du &lt;i&gt;New York Times magazine&lt;/i&gt;. J'ai vite compris que je poss&#233;dais un avantage sur les autres agences parce que j'&#233;crivais et que je photographiais. J'&#233;tais reporter et j&#8216;avais l'&#339;il pour d&#233;nicher les sujets. De plus, ayant &#233;t&#233; r&#233;dacteur en chef de plusieurs quotidiens, je savais rep&#233;rer les meilleures photos, les recadrer, les mettre en sc&#232;ne. L'agence Sipa a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e officiellement en 1973. Il me fallait 20 000 francs pour d&#233;marrer. Un ami arm&#233;nien m'a pr&#234;t&#233; cet argent : je le lui ai rendu quatre ans plus tard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tr&#232;s vite, &lt;i&gt;Sipa Press&lt;/i&gt; se fit conna&#238;tre comme une agence de reportages d'actualit&#233;. On trouvait les sujets, on partait dans l'heure, on vendait les photos dans la foul&#233;e. C'&#233;tait extraordinaire. Ensuite, je me suis int&#233;ress&#233; au ph&#233;nom&#232;ne &#171; people &#187; qui commen&#231;ait &#224; marcher tr&#232;s bien dans la presse populaire. Mais ma grande passion est rest&#233;e l'actualit&#233; et le grand reportage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1989, nous avions un immeuble de 8 000 m2 boulevard Murat, 150 salari&#233;s, 2 000 correspondants actifs dans le monde, 50 reportages diffus&#233;s quotidiennement dans 47 pays, 20 millions de photos d'archives dont un million num&#233;ris&#233;es, 100 000 n&#233;gatifs de Raymond Depardon, le fonds de Serge Lido et de l'agence Dalmas. Nous r&#233;alisions 8 millions de b&#233;n&#233;fices. En 1999, les ennuis ont commenc&#233; avec la visite des inspecteurs du travail. Parenth&#232;se : la France est le seul pays au monde, avec la Su&#232;de, qui fait payer 50 % de charges &#224; l'agence qui emploie ses photographes. Ajoutez les 10 % de commission du vendeur, plus les 15 % de frais de tirage, il ne reste plus grand-chose. Si vous ne salariez pas vos photographes, vous ne pouvez plus r&#233;agir &#224; chaud &#224; l'&#233;v&#233;nement, trouver une id&#233;e de reportage imm&#233;diat, et revendre vite. Vous n'&#234;tes plus propri&#233;taire des photos, vous ne disposez plus d'archives, vous perdez presque tous les droits de revente. Ce n'est pas viable. J'ai tent&#233; de faire &#233;voluer une loi qui p&#233;nalise tout le monde, les agences de photojournalisme comme les reporters. Impossible. La mort dans l'&#226;me, il a fallu r&#233;duire nos ambitions. L'agence a commenc&#233; &#224; perdre de l'argent. Les journaux et les news, dont les ventes baissaient, achetaient de moins en moins de photoreportages. Par ailleurs, les grosses agences d'informations comme l&lt;i&gt;'AFP&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Reuters&lt;/i&gt; nous faisaient une rude concurrence...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A cette &#233;poque, Corbis et Bill Gates m'ont propos&#233; de racheter Sipa et son fonds pour 22 millions de dollars. J'ai refus&#233;. Je croyais que j'allais r&#233;ussir &#224; r&#233;former l'agence et continuer. Mais j'ai &#233;chou&#233;. En septembre 2001, j'aurais pu vendre Sipa pour 45 millions de francs, mais quand l'acheteur Sud Communication a su que l'agence se trouvait en difficult&#233;, j'ai d&#251; me r&#233;soudre &#224; accepter une transaction de 22 millions de francs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, je fourmille d'id&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, confie, enthousiaste, l'infatigable Sipahioglu. Lorsque pour sa remise de m&#233;daille d'officier de l'ordre national du M&#233;rite, il rencontre le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, il lui fait part de son d&#233;sir d'ouvrir une agence de photos d'amateurs (petits appareils num&#233;riques, photos de portables...). Fort des r&#233;centes parutions &#224; la une de la presse mondiale des photos d'observateurs anonymes du Tsunami, des attentats de Londres ou des miracul&#233;s de l'accident d'avion &#224; Toronto, il voit l&#224; un nouveau march&#233;, une approche nouvelle de l'&#233;v&#233;nement et de ceux qui en sont tragiquement les premiers t&#233;moins. Comme &#171; l'inventeur &#187; de Sipa est encore li&#233; contractuellement pour un an &#224; Sud Communication, ce grand seigneur l&#226;che en riant : &#171; &lt;i&gt;Je serai libre de mon nom en 2006, je cr&#233;erai ma nouvelle agence. L'ann&#233;e de mes quatre-vingts ans !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les m&#233;dias en 2024 </title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>A terme, la capacit&#233; des m&#233;dias tendant vers l'infini, la quantit&#233; de pens&#233;e v&#233;hicul&#233;e tendra vers z&#233;ro. Viendra le r&#232;gne de la propagande, la presse ayant renonc&#233; au minist&#232;re du soup&#231;on qui est le sien. A l'horizon d'une g&#233;n&#233;ration, le futur n'est souvent que la caricature du pr&#233;sent, amplification exacerb&#233;e de traits ou extrapolation, sans surprise, de tendances d'ores et d&#233;j&#224; d&#233;celables, pour qui veut bien y pr&#234;ter attention, dans notre quotidien. Entre leur apparition sur les paillasses des laboratoires de (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L117xH150/arton125-879e4.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='117' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:117px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;A terme, la capacit&#233; des m&#233;dias tendant vers l'infini, la quantit&#233; de pens&#233;e v&#233;hicul&#233;e tendra vers z&#233;ro. Viendra le r&#232;gne de la propagande, la presse ayant renonc&#233; au minist&#232;re du soup&#231;on qui est le sien.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A l'horizon d'une g&#233;n&#233;ration, le futur n'est souvent que la caricature du pr&#233;sent, amplification exacerb&#233;e de traits ou extrapolation, sans surprise, de tendances d'ores et d&#233;j&#224; d&#233;celables, pour qui veut bien y pr&#234;ter attention, dans notre quotidien. Entre leur apparition sur les paillasses des laboratoires de recherche et leur disponibilit&#233; dans les gondoles des hypermarch&#233;s, les technologies se d&#233;veloppent, imperturbables, sur un cycle incompressible de trente ans. Les changements &#233;conomi-ques et politiques sont encore plus lents : il a fallu plus du double de ce temps pour que les peuples concern&#233;s se d&#233;fassent de l'aberration marxiste-l&#233;niniste. Quant aux attitudes mentales et morales, elles sont si d&#233;sesp&#233;r&#233;ment fig&#233;es qu'un Leroi-Gourhan a pu d&#233;crire Homo sapiens comme un &#171; fossile vivant &#187; n'ayant gu&#232;re chang&#233; depuis l'&#233;poque o&#249; il traquait le mammouth.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi les &#233;volutions qui donneront leur visage aux m&#233;dias de 2024 sont-elles d&#233;j&#224; largement amorc&#233;es. Commen&#231;ons par le plus p&#233;riph&#233;rique - l'enveloppe charnelle sous laquelle ils se pr&#233;senteront. Elle sera l'aboutissement du processus continu de m&#233;tissage par lequel les technologies accroissent sans cesse leur emprise sur leur environnement, processus auquel nous devons par exemple, au croisement du bon vieux t&#233;l&#233;phone Bell et de la v&#233;n&#233;rable lampe radio Edison, nos chers t&#233;l&#233;phones mobiles. Les chim&#232;res r&#233;sultant de ce crossing over fr&#233;n&#233;tique combineront les g&#232;nes de quatre technologies, les r&#233;seaux de t&#233;l&#233;communications &#224; tr&#232;s haut d&#233;bit, les transmissions sans fil, le multim&#233;dia et l'encre &#233;lectronique. Laiss&#233;-pour-compte dans l'op&#233;ration : le menu peuple des professionnels du papier - imprimeurs et autres ouvriers du Livre - au profit de la corporation montante des webmasters infographistes multim&#233;dias. Extinction programm&#233;e, &#224; propos de laquelle ne se pose qu'une question : la Guerre des protes aura-t-elle lieu ? L'agonie de la profession s'accompagnera-t-elle de violents soubresauts, &#224; l'image de l'insurrection des canuts de Lyon, ou assistera-t-on &#224; son extinction silencieuse, &#224; l'instar de ces caissiers de banque, liquid&#233;s en douce par nations enti&#232;res dans l'irr&#233;sistible ascension de la carte de cr&#233;dit ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur une dur&#233;e de vingt ans, l'&#233;volution des contenus est aussi ais&#233;ment pr&#233;visible que celle des m&#233;dias qui sont leur support. Elle d&#233;rive de l'application d'une loi empirique liant le rapport signal/bruit d'un message &#224; la largeur de bande du canal par lequel il transite : la quantit&#233; d'information utile d'un message est inversement proportionnelle &#224; la capacit&#233; de son vecteur. Loi dont il suffit, pour v&#233;rifier sa justesse, de surfer sur son r&#233;seau pr&#233;f&#233;r&#233; : jamais les moyens de diffusion de la pens&#233;e n'ont &#233;t&#233; aussi puissants, et jamais la pens&#233;e aussi creuse. Par comparaison, les tablettes cun&#233;iformes de M&#233;sopotamie &#233;taient des monuments de densit&#233;. A terme, donc, la capacit&#233; des m&#233;dias tendant vers l'infini, la quantit&#233; de pens&#233;e v&#233;hicul&#233;e tendra vers z&#233;ro.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Y a-t-il encore des d&#233;mocraties si la presse, au moment le plus critique, renonce au minist&#232;re du soup&#231;on qui est le sien ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette dilution de la quantit&#233; totale d'intelligence circulant &#224; chaque instant sur les m&#233;dias s'est op&#233;r&#233;e en trois temps :&lt;/p&gt; &lt;p&gt; - premier temps, l'adaptation des messages aux contraintes techniques et &#233;conomiques des canaux sur lesquels ils s'expriment. Le business model des industries de l'information allie une forte intensit&#233; capitalistique sur le versant investissement, &#224; une forte d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la publicit&#233; sur le versant revenus. Cette double contrainte se traduit par l'imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233; d'atteindre le march&#233; de masse, et donc par une pression irr&#233;sistible &#224; simplifier et pour tout dire appauvrir les contenus ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; - second temps, le modelage des capacit&#233;s du cerveau humain aux caract&#233;ristiques des messages &#224; faible teneur en complexit&#233; auxquels il est expos&#233; : le jugement se monnaye d&#233;sormais en deux valeurs &#233;l&#233;mentaires (les in s'opposant irr&#233;missiblement aux out...), l'affectivit&#233; r&#233;gresse jusqu'&#224; l'opposition primordiale de sentiments reptiliens (&#171; je kiffe &#187; et &#171; j'ai la haine &#187;), la sociabilit&#233; divise le monde en deux camps (&#171; avec nous &#187; et &#171; contre nous &#187;, fa&#231;on G.W. Bush), le langage se fait onomatop&#233;e (genre SMS), le raisonnement, tautologie (un chat est un chat, une pipe est une pipe, et tant pis si Magritte pr&#233;tend le contraire), et le comportement, r&#233;flexe conditionn&#233; : quand il entend le mot culture, l'honn&#234;te homme du XXIe si&#232;cle d&#233;gaine sa zapette...&lt;br /&gt;
Lost in transition : les nuances, les contradictions, les h&#233;sitations, les scrupules, les b&#233;gaiements, les silences, bref, la pens&#233;e. Les dialecticiens, producteurs d'&#233;nonc&#233;s obscurs, coupeurs de concepts en quatre et autres faiseurs d'embrouilles sont expuls&#233;s d'un syst&#232;me qui n'a que faire de leur logique non binaire. Et l'exp&#233;rience de la complexit&#233; - les occasions d'exercer des circuits c&#233;r&#233;braux comportant plus de trois neurones - se fait plus rare encore, l'attrition des cerveaux s'aggravant, par d&#233;faut d'usage. Le m&#233;dia finit par accoucher de ce dont, de l'aveu m&#234;me d'un dirigeant de cha&#238;ne t&#233;l&#233;vis&#233;e, il a plus que tout besoin : de cerveaux r&#233;duits &#224; leur plus simple expression, pure collection d'arcs r&#233;flexes - une fibre sensorielle, une fibre motrice, sur l'une je te stimule, avec l'autre tu m'ach&#232;tes ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; - dernier temps, le modelage des cerveaux par les messages qui les impr&#232;gnent se double d'un modelage des messages eux-m&#234;mes par les pr&#233;f&#233;rences de leurs destinataires. Le mod&#232;le actuel en est Google, notre R&#233;tine universelle commune, qui capte pour nous, tout en la filtrant, toute l'information accessible sur le Web, et dont d&#233;pend de plus en plus notre exp&#233;rience du monde : ce que retient la R&#233;tine garde une chance d'&#234;tre per&#231;u, ce qu'elle rejette n'existe tout simplement pas. PageRank &#8482;, son algorithme de classement, place automatiquement en t&#234;te les pages les plus lues, leur conf&#233;rant une visibilit&#233; accrue, qui en retour renforce encore leur position dominante, et ainsi de suite... A l'inverse, des pans entiers du r&#233;el sont soustraits &#224; la conscience collective, faute d'avoir su impressionner la R&#233;tine... Dans cette spirale, o&#249; le populaire devient toujours plus populaire, et le marginal toujours plus marginal, nul jugement de pertinence ou d'importance : seule compte la vox populi exprim&#233;e par le nombre de hits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui se confirme ici, c'est une tendance irr&#233;versible au couplage des cerveaux humains aux m&#233;dias qui les alimentent, simple couplage logique pour le moment, mais un jour proche, n'en doutons pas, v&#233;ritable soudure mat&#233;rielle qui, par l'&#233;vocation directe d'affects sensoriels dans nos lobes frontaux, couronnera l'entreprise de subjugation de l'homme par ses outils &#224; quoi se r&#233;sume, depuis le biface de silex, toute l'histoire des techniques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La place manque pour commenter en d&#233;tail l'ensemble des &#233;volutions qui mod&#232;leront les m&#233;dias de demain. Contentons-nous de d&#233;signer les plus saillantes :&lt;/p&gt; &lt;p&gt; - la captation des r&#233;seaux de communication par les grandes organisations, institutions &#233;tatiques, multinationales, partis politiques, &#233;glises ou sectes, avec pour cons&#233;quence le brouillage des fronti&#232;res entre information et communication commerciale, politique ou institutionnelle. La propagande ira directement du producteur &#224; son consommateur, &#224; l'image de ces pseudo-reportages tout cuits, pr&#234;ts &#224; diffuser, que l'administration Bush distribue dans les salles de r&#233;daction pour vanter les m&#233;rites de sa politique ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; - la prolif&#233;ration subs&#233;quente de sources &#171; ind&#233;pendantes &#187;, genre blogs, tout aussi suspectes que les pr&#233;c&#233;dentes car elles-m&#234;mes manipulables ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; - la tendance &#224; mettre sur le m&#234;me pied tout &#233;nonc&#233;, quelle qu'en soit la source - r&#233;daction d'un organe de presse r&#233;put&#233;, service de renseignement officiel ou officine de d&#233;sinformation sur Internet ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; - la disparition de toute r&#233;f&#233;rence &#224; une quelconque v&#233;rit&#233; au profit de simples plausibilit&#233;s, comme ne l'ont que trop illustr&#233;e, l&#224; encore, l'affaire des armes de destruction massive irakiennes, ou, dans un autre champ, les reportages du proc&#232;s d'Outreau. A d&#233;faut de pouvoir se prononcer sur la r&#233;alit&#233; d'un fait, on se satisfait de sa recevabilit&#233; par l'opinion ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; - la subjugation, enfin, de la d&#233;mocratie par la communication, amplement d&#233;montr&#233;e par le comportement de la presse am&#233;ricaine - la &#171; plus professionnelle du monde &#187; - relayant sans r&#233;serves la propagande mensong&#232;re des n&#233;ocons lors de la guerre d'Irak. La d&#233;mocratie serait le meilleur des remparts pour la paix car, nous serine-t-on, les d&#233;mocraties ne se font pas la guerre. Mais y a-t-il encore des d&#233;mocraties si la presse, au moment le plus critique (bombarder ou pas ?), renonce au minist&#232;re du soup&#231;on qui est le sien ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et le journaliste ? On aimerait lui laisser le choix entre r&#233;sistance dans la clandestinit&#233; et collaboration sous les feux de la rampe. Mais l'homme se nourrissant aussi de pain - quoi qu'en disent les Evangiles - on l'imagine bien davantage, h&#233;las, &#171; webmaster infographiste multim&#233;dias &#187; mitonnant, au sein d'un service de relations publiques, les spots pr&#234;ts-&#224;-diffuser qui, en 2024, constitueront l'essentiel de la programmation de la R&#233;tine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant au lecteur, il ne lui restera que le cynisme comme ultime m&#233;canisme de d&#233;fense.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Michel Truong est consultant, expert en intelligence artificielle, enseignant &#224; l'Ecole centrale de Paris.&lt;/i&gt;
&lt;i&gt;Site web : &lt;a href='http://www.jean-michel-truong.net/' class='spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.jean-michel-truong.net&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La publicit&#233;, arme absolue de l'&#233;veil citoyen ? </title>
		<link>http://www.revue-medias.com/La-publicite-arme-absolue-de-l,126.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Que vous lisiez votre quotidien, que vous preniez le m&#233;tro, &#233;coutiez la radio, regardiez la t&#233;l&#233;vision, pas un jour ne passe sans que vous soyez expos&#233;(e) &#224; une campagne publicitaire de &#171; bonne cause &#187;. Sans que votre citoyennet&#233; soit questionn&#233;e, votre indignation mise &#224; contribution, votre porte-monnaie sollicit&#233;, votre culpabilit&#233; r&#233;veill&#233;e, votre &#233;thique de vie interrog&#233;e. Pas une heure, en d&#233;finitive, sans que vos habitudes soient appel&#233;es &#224; changer. A cause des causes. Grandes ou petites, les causes. (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no6,13-.html" rel="directory"&gt;n&#176;6&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-vie-publique,12-+.html" rel="tag"&gt;Vie publique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L129xH150/arton126-174ac.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='129' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:129px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Que vous lisiez votre quotidien, que vous preniez le m&#233;tro, &#233;coutiez la radio, regardiez la t&#233;l&#233;vision, pas un jour ne passe sans que vous soyez expos&#233;(e) &#224; une campagne publicitaire de &#171; bonne cause &#187;. Sans que votre citoyennet&#233; soit questionn&#233;e, votre indignation mise &#224; contribution, votre porte-monnaie sollicit&#233;, votre culpabilit&#233; r&#233;veill&#233;e, votre &#233;thique de vie interrog&#233;e. Pas une heure, en d&#233;finitive, sans que vos habitudes soient appel&#233;es &#224; changer. A cause des causes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Grandes ou petites, les causes. Qu'est-ce qu'une cause ? Dans le proc&#232;s permanent que notre soci&#233;t&#233; se fait &#224; elle-m&#234;me, la cause est un parti pris qui se mue en un combat. De l'issue de ce combat doivent r&#233;sulter une prise de conscience, un passage &#224; l'acte, l'adoption d'attitudes et de comportements nouveaux. La cause a ses partisans, elle doit en conqu&#233;rir d'autres. Elle doit cr&#233;er une communaut&#233; homog&#232;ne de citoyens, de consommateurs, d'&#233;lecteurs dont la masse va constituer une force de pression sur les dirigeants, sur les autres citoyens, sur les autres consommateurs...&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_656 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/_cerveau.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L240xH324/_cerveau-574d2-975b9.jpg' width='240' height='324' alt='' style='height:324px;width:240px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, on se rend compte que la communication est consubstantielle &#224; la cause elle-m&#234;me. Les organisations non gouvernementales (ONG), qui promeuvent, incarnent, d&#233;fendent les causes, &#171; sont &#187; (autant que &#171; font &#187;) de la communication. Elles d&#233;veloppent des savoir-faire qui portent autant sur leur raison d'&#234;tre que sur leurs modes d'action ou de communication. La publicit&#233; appara&#238;t du coup comme le moyen le plus simple, le plus direct, le plus universel, le plus efficace pour faire &#233;merger la cause, la faire cristalliser, la faire rayonner. Les ONG s'&#233;tant &#233;rig&#233;es en mod&#232;le, on voit maintenant des organismes publics, des entreprises, des syndicats recourir &#224; leurs m&#233;thodes, communiquer dans leur style, se glisser dans leurs codes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme l'indique &#224; raison Robert Zarader, vice-pr&#233;sident de l'agence TBWA/Corporate, devant l'incapacit&#233; des corps interm&#233;diaires &#224; structurer ce qui est bien, beau, utile, normal, et la mont&#233;e d'une suspicion qui laisse le corps social en d&#233;r&#233;liction, on s'est habitu&#233; &#224; ce que des &#233;metteurs de tout poil nous dessinent une nouvelle axiologie en s'adressant directement &#224; nous par voie de m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_648 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/950003-Affiche-400x300-3.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH243/950003-Affiche-400x300-3-bdbc4-c63af.jpg' width='324' height='243' alt='' style='height:243px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait adh&#233;rer, d&#233;fendre, s'engager, militer n'est pas diff&#233;rent de ce qui fait acheter, r&#233;acheter, prescrire. Au bout du compte, l'objet de la cause, les valeurs que l'on cherche &#224; faire partager, la modification de l'attitude ou du comportement que l'on vise se promeuvent et se vendent comme on promeut et vend un bien ou un service.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment, d&#232;s lors, ne pas recourir au seul moyen permettant de toucher, d'un coup, 80 % de la population ? Qui sait mieux que les publicitaires concentrer une id&#233;e et une proposition dans un argument simple. Des campagnes comme celles que Saatchi &amp; Saatchi a d&#233;velopp&#233;es dans le monde entier ont marqu&#233; par leur audace.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand seul le r&#233;sultat compte, &#224; savoir l'irruption de la probl&#233;matique dans la vie des gens, la publicit&#233; est un recours logique et efficace. Elle y parvient mieux que n'importe quel th&#233;oricien, mieux que n'importe quel sociologue, n'importe quel tribun. Mieux, h&#233;las, que ceux qui &#233;taient, autrefois, en charge d'&#233;duquer et de transmettre : les parents, les professeurs et la puissance publique. M&#234;me si tout le monde n'y adh&#232;re pas, ne modifie pas ses comportements, ne s'engage pas, la publicit&#233; donne vie &#224; la cause, l'installe, provoque le d&#233;bat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les campagnes qui marchent et celles qui ne marchent pas. Eric Zajdermann, pr&#233;sident de l'agence Strateus, fait ce constat : &#171; &lt;i&gt;Jamais les campagnes et dispositifs comprenant des injonctions comportementales n'ont atteint une telle efficacit&#233;. C'est d'autant plus surprenant qu'elles touchent des habitudes extr&#234;mement ancr&#233;es ! Tabac, s&#233;curit&#233; routi&#232;re, antibiotiques : on a mis des dizaines d'ann&#233;es &#224; infl&#233;chir les m&#339;urs et on y est arriv&#233;. Mais on se rend compte que la publicit&#233; n'est qu'une composante.&lt;/i&gt; &#187; Pour lui, trois &#233;l&#233;ments sont indissociables : une autorit&#233; l&#233;gitim&#233;e qui s'empare du sujet et qui exprime la conviction que l'on peut r&#233;ussir (l'Etat, une mission interminist&#233;rielle, une association de r&#233;f&#233;rence) ; une pression sociale de proximit&#233; qui relaie le discours d'autorit&#233; (l'entourage du fumeur pour le tabac, le m&#233;decin pour les antibiotiques, le gendarme ou le radar pour la S&#233;curit&#233; routi&#232;re) ; un message publicitaire clair, intelligent et efficient. Toute communication qui ne trouverait ni relais, ni volont&#233; politique affich&#233;e resterait dans l'incantation et serait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. La publicit&#233; ne peut donc rien toute seule, mais les deux autres &#233;l&#233;ments ont besoin de sa capacit&#233; &#224; faire &#233;merger le sujet, &#224; catalyser la prise de parole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce pouvoir r&#233;side dans le ressort utilis&#233; par la publicit&#233;. A cet &#233;gard, on d&#233;bat en France de l'int&#233;r&#234;t de faire prendre conscience des enjeux, voire des risques, par la crudit&#233; des images, la violence des effets, la r&#233;alit&#233; des catastrophes. Pour Vincent Leclabart, pr&#233;sident de l'agence Australie, le tabou de la violence est enfin tomb&#233;. &#171; &lt;i&gt;Maintenant, on a le courage politique de dire, de montrer. On a fini de prendre les gens pour des imb&#233;ciles en se disant qu'ils ne comprendront pas. On leur demande de changer, et on y met les moyens.&lt;/i&gt; &#187; C'est un fait. Pour autant, le publicitaire peut-il tout dire, tout montrer ? La limite, c'est la vertu p&#233;dagogique de la violence des images et des mots. Quant &#224; la provocation, un des registres les plus utilis&#233;s dans une optique de performance du message, Robert Zarader l'affirme : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas la provocation qui est int&#233;ressante. C'est sa valeur d'usage.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au-del&#224; du registre utilis&#233;, la performance de la publicit&#233; tient tout simplement au talent des &#171; cr&#233;atifs &#187; et de ceux qui d&#233;finissent leur objectif. Qualit&#233; des pistes strat&#233;giques et qualit&#233; des arguments forment un tout avec les id&#233;es cr&#233;atives. Il y a de bonnes et de moins bonnes agences... On ajoutera &#224; la pertinence des id&#233;es, la pertinence des dispositifs mis en place : aujourd'hui, la publicit&#233; n'est plus le seul levier de la communication. L'Internet, la communication directe, la cr&#233;ation d'&#233;v&#233;nements et les relations publiques permettent de d&#233;multiplier le message publicitaire, d'apporter une information profonde, pr&#233;cise, indispensable si l'on souhaite donner &#224; chacun les clefs de sa responsabilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois campagnes r&#233;ussies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_645 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/securite-routiere.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/securite-routiere-33130-6dd6c.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;La S&#233;curit&#233; routi&#232;re : quand l'intelligence cr&#233;ative rencontre la volont&#233; politique. Con&#231;ues par Strateus depuis plusieurs ann&#233;es, les campagnes de la S&#233;curit&#233; routi&#232;re ont atteint un niveau d'efficacit&#233; remarquable. Pourquoi ? Parce qu'elles font non seulement partie d'un dispositif complet qui int&#232;gre un &#233;norme volontarisme politique et un &#171; gendarme &#187; des plus... convaincants, mais aussi parce qu'elles ont su trouver un ton juste, interroger l'intelligence de chacun et favoriser l'appropriation. Selon Eric Zajdermann, la strat&#233;gie de l'agence a &#233;t&#233; dans un premier temps de faire de la s&#233;curit&#233; routi&#232;re une pr&#233;occupation alors qu'elle n'&#233;tait qu'un sujet. Faire monter la pr&#233;occupation, c'est faire na&#238;tre l'id&#233;e d'une ins&#233;curit&#233; routi&#232;re et appara&#238;tre une demande sociale de s&#233;curit&#233;. Ensuite, la publicit&#233; a eu mission de d&#233;montrer la l&#233;gitimit&#233; des r&#232;gles et l'absurdit&#233; de leur non-respect (&#171; &lt;i&gt;Qu'allez-vous faire des cinq minutes que vous avez gagn&#233;es ?&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Un choc &#224; 50 km/h revient &#224; se jeter du 5e &#233;tage&lt;/i&gt; &#187;, etc.). Enfin, les campagnes r&#233;centes ont acc&#233;l&#233;r&#233; et emball&#233; le ph&#233;nom&#232;ne comme l'impressionnante campagne sur le port de la ceinture &#224; l'arri&#232;re. Quant au slogan, simplissime, il nous dit juste : &#171; Changeons ! &#187; Un projet collectif, une mue culturelle, l'expression d'un possible dans un pays bloqu&#233;. R&#233;sultat : le nombre de tu&#233;s sur la route est pass&#233; de 7242 en 2002 &#224; 5232 en 2004.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_644 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/securite-routiere2.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH253/securite-routiere2-20df8-41893.jpg' width='324' height='253' alt='' style='height:253px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;La campagne anti-tabac : la publicit&#233; qui &#233;vite l'&#233;vitement. Lorsqu'il a souhait&#233; donner une suite efficace &#224; la remarquable et stup&#233;fiante campagne con&#231;ue par Euro RSCG qui avait r&#233;v&#233;l&#233; aux Fran&#231;ais le contenu mortif&#232;re des cigarettes, et acc&#233;l&#233;rer la modification de leur comportement, l'INPES, en charge de l'information et de l'&#233;ducation des Fran&#231;ais en mati&#232;re de sant&#233;, a d&#233;cid&#233; de d&#233;velopper une campagne plus soci&#233;tale. Au lieu de heurter frontalement les fumeurs, pr&#234;ts au-del&#224; de toute logique &#224; &#233;lever autour de leur &#171; vice &#187; les barri&#232;res les plus solides, se donnant toutes les bonnes raisons de justifier leur consommation, l'Institut a demand&#233; aux agences de concentrer leur r&#233;flexion sur la &#171; d&#233;normalisation de la consommation de tabac &#187;. C'est-&#224;-dire montrer combien fumer ne peut plus continuer &#224; repr&#233;senter une norme acceptable.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_647 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/SALLER_1.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L239xH324/SALLER_1-49336-4a3d8.jpg' width='239' height='324' alt='' style='height:324px;width:239px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;L'agence FCB, dirig&#233;e par Philippe Gaumont et Guillaume Pannaud, a d&#233;velopp&#233; une id&#233;e formidable de simplicit&#233; : montrer que ce comportement expose le fumeur (et son entourage) &#224; l'envahissement de son environnement personnel et professionnel par les montagnes de cigarettes qu'il y a fum&#233;es. Le spectacle impressionne d'autant plus que l'on sait ce qu'il y a dans les cigarettes, et compte tenu de la politique d'augmentation des prix d&#233;cid&#233;e par les autorit&#233;s, &#224; combien cela revient. Avec de tels arguments, touchant le fumeur mais aussi ses proches, on fait bouger les lignes, et les chiffres. Les fumeurs, aujourd'hui, combien de divisions ?&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_657 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/BAR.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L243xH324/BAR-61e0a-49542.jpg' width='243' height='324' alt='' style='height:324px;width:243px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;La campagne contre le recours syst&#233;matique aux antibiotiques : le triomphe d'une &#233;vidence. La campagne r&#233;alis&#233;e par l'Assurance Maladie et l'agence Australie contre l'utilisation abusive des antibiotiques est une des plus pures r&#233;ussites publicitaires en mati&#232;re de sant&#233; publique. Avec un slogan populaire et m&#233;morisable par son laconisme chirurgical (&#171; &lt;i&gt;Les antibiotiques, c'est pas automatique&lt;/i&gt; &#187;), elle a r&#233;ussi &#224; mettre dans le bon sens la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, redonner l'initiative aux m&#233;decins et faire accepter quelques &#233;vidences. Les antibiotiques n'ont aucune action sur les virus, donc cessez de les exiger, et de les utiliser &#171; automatiquement &#187;, au risque d'affaiblir les organismes et de rendre les microbes r&#233;sistants. A une m&#232;re de famille affol&#233;e parce que son enfant a 40&#176; de fi&#232;vre et attrap&#233; un virus, le m&#233;decin ne se sentira plus oblig&#233; d'ob&#233;ir ! Depuis que cette campagne a &#233;t&#233; lanc&#233;e, en 2002, la consommation d'antibiotiques a chut&#233; de plus de 20 % !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et si on en avait assez ? Un certain 29 mai nous a appris &#224; ne pas sous-estimer le corps social, et &#224; ne rien consid&#233;rer comme acquis d&#233;finitivement, &#224; nous m&#233;fier d'une r&#233;action des Fran&#231;ais, qui ne seraient plus tout &#224; fait ceux que l'on croit, qui ne seraient tout d'un coup ni des citoyens ni des consommateurs, mais juste des gens, p&#233;tris de traditions, de d&#233;fauts, d'envies et d'&#233;go&#239;sme. L'apparent conformisme qui favorise le succ&#232;s des strat&#233;gies publicitaires &#233;voqu&#233;es plus haut enfante sa propre opposition. Et des signaux commencent &#224; clignoter. Les populations &#224; risques ne sont plus aussi fid&#232;les au pr&#233;servatif. On tend &#224; d&#233;jouer les limitations de vitesse sur la route. R&#233;sultat : 7 % de tu&#233;s en plus en juillet 2005. Quant &#224; l'exp&#233;rience &#171; Feux de croisement en plein jour &#187;, elle n'a pas r&#233;ussi et a d&#251; &#234;tre abandonn&#233;e : aucune sanction n'&#233;tant pr&#233;vue, s'y conformer revenait &#224; prendre parti en faveur du pouvoir !&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_650 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Ockrent.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L222xH324/Ockrent-91798-c5826.jpg' width='222' height='324' alt='' style='height:324px;width:222px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;En fait, on peut se demander si le moment n'est pas arriv&#233; o&#249; l'on en aura assez d'&#234;tre apostroph&#233;, (d&#233;)normalis&#233;, embrigad&#233;, (r&#233;)&#233;duqu&#233;, interpell&#233;, moralis&#233;. Si chacun d'entre nous ne va pas devenir plus r&#233;sistant aux objurgations, plus suspicieux &#224; l'&#233;gard de ces messages venus d'un &#171; Big Brother &#187; qui tirerait par voie de presse, de radio ou de t&#233;l&#233;vision, toutes les ficelles. Plus les campagnes seront cr&#233;atives, plus les m&#233;dias seront sollicit&#233;s, et moins notre capacit&#233; d'absorption sera suffisante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les plus acharn&#233;s des &#171; antipubs &#187; en viendront m&#234;me &#224; se demander si la publicit&#233; des causes n'est pas plus liberticide que la publicit&#233; des marques qui est, malgr&#233; tout, une expression de la concurrence, et donc d'un choix... Et si le m&#233;lange des genres (les m&#234;mes &#171; cr&#233;atifs &#187;, les m&#234;mes m&#233;dias, les m&#234;mes ressorts, les m&#234;mes agences, les m&#234;mes valeurs, les m&#234;mes approches consum&#233;ristes indiff&#233;remment utilis&#233;es) n'a pas un effet contre-productif sur les id&#233;es et ceux qui les d&#233;fendent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Vincent Schlegel est conseil en communication. Il dirige Messages &amp; Associ&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> &quot;Quand le PAF s'autocongratule&quot;</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Quand-le-PAF-s-autocongratule,129.html</link>
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		<dc:date>2006-11-30T21:14:18Z</dc:date>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>
		<dc:subject>Lestrohan</dc:subject>

		<description>La sc&#232;ne se passe en 2003 sur le plateau de Fogiel (France 3). &#171; Marco &#187; accueille ce soir-l&#224; pour invit&#233;s trois comp&#232;res du PAF, Laurent Ruquier (France 2) en t&#234;te et deux moutons noirs en puissance, en l'occurrence Fran&#231;ois L&#233;otard et Sheila. Quand vient le tour de Ruquier, on frise l'&#233;v&#233;nement le plus important depuis que l'homme a invent&#233; la pierre taill&#233;e. Pensez-donc ! C'est &#224; son tour - ouaf ! ouaf ! - de pr&#233;senter cette ann&#233;e le concours Eurovision de la chanson. Alors que - ouaf ! ouaf ! - Marco (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L117xH150/arton129-ef0db.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='117' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:117px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La sc&#232;ne se passe en 2003 sur le plateau de Fogiel (&lt;i&gt;France 3&lt;/i&gt;). &#171; Marco &#187; accueille ce soir-l&#224; pour invit&#233;s trois comp&#232;res du PAF, Laurent Ruquier (&lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt;) en t&#234;te et deux moutons noirs en puissance, en l'occurrence Fran&#231;ois L&#233;otard et Sheila. Quand vient le tour de Ruquier, on frise l'&#233;v&#233;nement le plus important depuis que l'homme a invent&#233; la pierre taill&#233;e. Pensez-donc ! C'est &#224; son tour - ouaf ! ouaf ! - de pr&#233;senter cette ann&#233;e le concours Eurovision de la chanson. Alors que - ouaf ! ouaf ! - Marco s'en &#233;tait charg&#233; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du reste, il y a de quoi s'attarder sur cet ant&#233;c&#233;dent. A l'&#233;poque, Fogiel et ses complices s'&#233;taient tant gauss&#233;s, et avec tant de d&#233;licatesse, du physique de certaines candidates &#233;trang&#232;res, que les ambassadeurs &#224; Paris des pays concern&#233;s avaient tr&#232;s vite, ensuite, fait officiellement savoir leur compr&#233;hensible courroux. En tout cas, dans l'imm&#233;diat, plus rien (d'autre) ne compte sur le plateau. Ruquier et Fogiel en rajoutent des tonnes. T&#233;tanis&#233;s, L&#233;otard et Sheila, qui n'existent plus, se terrent dans leur coin. On imagine qu'il en aurait &#233;t&#233; de m&#234;me d'un quelconque prix Nobel qui se serait &#233;gar&#233; par l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un peu plus pr&#232;s de nous, chez Fogiel toujours. En r&#233;ponse &#224; quelques insistantes questions du m&#234;me Marco, Lambert Wilson, qui donne rarement dans le genre expansif, entreprend d'&#233;voquer - en douceur - ses relations au moins complexes avec son Georges Wilson de papa. Et, dans la suite du d&#233;bat, se met &#224; raconter le d&#233;roulement d'un tournage &#224; Hollywood. Des tournages rigoureux, minut&#233;s, sans bavures, mais surtout froidement hi&#233;rarchis&#233;s. C'est int&#233;ressant, rarement entendu, &#231;a a l'accent du v&#233;cu et de la sinc&#233;rit&#233;. Trop, sans doute. Au c&#244;t&#233; de Lambert, l'animateur (&lt;i&gt;M6&lt;/i&gt;) et para&#238;t-il com&#233;dien Micha&#235;l Youn s'agite fa&#231;on cancre de CE2, interrompt constamment, d&#233;bilise...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Coup de fil d&#232;s le lendemain de notre part &#224; une ponte de la direction de France 3. Question : &#171; &lt;i&gt;Expliquez-moi. Quand un invit&#233; ext&#233;rieur &#224; la t&#233;l&#233; se met ainsi un peu &#224; nu, comment accepter qu'un, comment dire, lui coupe comme &#231;a, sans cesse, la parole ?&lt;/i&gt; &#187; La r&#233;ponse vaut son pesant de redevance : &#171; &lt;i&gt;Vous comprenez, l'int&#233;r&#234;t du public faiblit vite, il faut donc sans cesse relancer.&lt;/i&gt; &#187; S&#251;rement la bonne justification.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On vous parle de Fogiel, on aurait pu aussi &#233;voquer Ardisson, lequel, en mai dernier, recevait par exemple Alain Chabat. Celui-ci n'est plus que com&#233;dien, mais enfin, il s'est r&#233;v&#233;l&#233; sur Canal +, dans &#171; Les Nuls &#187;. Les protagonistes sont donc strictement entre eux, dans leur monde, le seul qui vaille, celui de la t&#233;l&#233;. Passe une h&#244;tesse, qui, selon une tradition de l'&#233;mission, tend &#224; l'invit&#233; une s&#233;rie de cartes o&#249; il y a &#171; &#224; gagner &#187;. Et qu'est-ce qu'il a gagn&#233;, le remarquable Chabat ? Le droit d'aller, en r&#233;gie, embrasser, sur la bouche (!), la r&#233;alisatrice de l'&#233;mission, Catherine Barma, la si exceptionnelle, la tellement prodigieuse Catherine, qui, que, dont, &#224; laquelle, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le PAF en est l&#224;. Enfin, il en est aussi l&#224; : &#224; s'autoglorifier, &#224; s'autocongratuler, &#224; s'autocomm&#233;morer en permanence. Dix mille fois diffus&#233;es les fameuses s&#233;quences o&#249; Patrick S&#233;bastien se d&#233;guise en candidat brutal, sinon odieux &#224; diff&#233;rents jeux t&#233;l&#233;. Cent mille fois remontr&#233; le plan o&#249; Philippe Gildas &#171; reconna&#238;t &#187; sur le plateau de &#171; Nulle part ailleurs &#187; (Canal +), sous la perruque d'un &#233;trange partenaire, son vieux complice Antoine de Caunes ! Six cent mille fois diss&#233;qu&#233;, reconstitu&#233;, analys&#233; le tour de piste du m&#234;me Micha&#235;l Youn en string sur le podium des &#171; 7 d'or &#187;. Ce qu'on rit, ce qu'on s'amuse, ce qu'on est bien, dans la grande famille de la t&#233;l&#233; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Remarquez, elle est accueillante. Et toujours pr&#234;te &#224; ouvrir le club. De pr&#233;f&#233;rence ou plut&#244;t uniquement &#224; ceux qui viennent de se faire remarquer r&#233;cemment dans... une &#233;mission de t&#233;l&#233;. Un temps, dans un grand coup de menton et de pr&#233;servation de sa diff&#233;rence (suppos&#233;e), &lt;i&gt;France T&#233;l&#233;visions&lt;/i&gt; avait &#233;lev&#233; le ton, et le niveau : pas question d'accepter sur nos plateaux ces sous-&#234;tres qui se sont illustr&#233;s dans les cr&#233;tineries de la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; ! L'oukase n'a dur&#233; que quelques mois et Steevy, du premier &#171; Loft &#187; (&lt;i&gt;M6&lt;/i&gt;) fut vite enr&#244;l&#233; dans l'&#233;quipe de Ruquier, toujours lui. Depuis, &#231;a n'arr&#234;te pas. On vous avait d&#233;j&#224; fait beaucoup b&#233;n&#233;ficier des lumi&#232;res de Massimo Garcia (&#171; La Ferme c&#233;l&#233;brit&#233;s &#187;, premi&#232;re &#233;dition). D'une cha&#238;ne &#224; l'autre, le public a eu double, triple, quadruple &#233;dition de &#171; La Baronne &#187; (&#171; La Ferme &#187;, deuxi&#232;me) et &#224; &#233;galit&#233; avec n'importe quel chef de parti politique. Ceci pour le courant des choses. A l'&#233;chelon sup&#233;rieur, et m&#234;me si la finale de ses &#171; misses &#187; est d&#233;sormais l'affaire de &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt;, Genevi&#232;ve de Fontenay assure, dans le public comme dans le priv&#233;, tous plateaux confondus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;signation, d&#233;but juillet, de Patrick de Carolis comme pr&#233;sident de &lt;i&gt;France T&#233;l&#233;visions&lt;/i&gt; pourrait sonner le branle du &#171; march&#233; des transferts &#187; (des animateurs-producteurs). Comprenez que les m&#234;mes pourraient se retrouver ailleurs, mais avec les m&#234;mes invit&#233;s, les m&#234;mes ficelles et les m&#234;mes r&#233;trospectives. Il est permis de redouter que &#231;a n'att&#233;nue gu&#232;re leur autocomplaisance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Vive les amateurs</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Vive-les-amateurs,130.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>
		<dc:subject>Aguiton</dc:subject>

		<description>Fondateur avec quelques autres d'Attac et du syndicat SUD, figure de l'altermondialisme, Christophe Aguiton s'exprime sur les relations difficiles des &#171; alters &#187; avec la grande presse. Les altermondialistes sont tr&#232;s critiques par rapport &#224; la grande presse, laissant entendre que quelqu'un en tire les ficelles. Partagez-vous cette vision orwellienne des m&#233;dias ? Certains altermondialistes ! L'altermondialisme brasse tr&#232;s large. C'est un mouvement divers, avec des acteurs tr&#232;s diff&#233;rents qui (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-aguiton,65-+.html" rel="tag"&gt;Aguiton&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L103xH150/arton130-111aa.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='103' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:103px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Fondateur avec quelques autres d'Attac et du syndicat SUD, figure de l'altermondialisme, Christophe Aguiton s'exprime sur les relations difficiles des &#171; alters &#187; avec la grande presse.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les altermondialistes sont tr&#232;s critiques par rapport &#224; la grande presse, laissant entendre que quelqu'un en tire les ficelles. Partagez-vous cette vision orwellienne des m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains altermondialistes ! L'altermondialisme brasse tr&#232;s large. C'est un mouvement divers, avec des acteurs tr&#232;s diff&#233;rents qui acceptent de travailler ensemble dans un cadre o&#249; se cr&#233;ent des r&#233;seaux internationaux. Lors du Forum Social Europ&#233;en de Paris, en 2004, toutes les ONG fran&#231;aises &#233;taient l&#224;, mais aussi Tariq Ramadan, avec tous les d&#233;bats que sa pr&#233;sence a pu entra&#238;ner, ainsi que l'ensemble du mouvement syndical, de Force Ouvri&#232;re &#224; la CGT, et de tr&#232;s nombreuses associations, d'Agir contre le Ch&#244;mage &#224; Attac.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais revenons &#224; votre question. Durant la campagne r&#233;f&#233;rendaire, quand on achetait la presse quotidienne et qu'on &#233;tait pour le non, on pouvait &#234;tre l&#233;gitimement &#233;nerv&#233; par la mani&#232;re dont les m&#233;dias traitaient la question. Et si je ne partage pas l'id&#233;e que tout cela est manipul&#233; par le grand capital ou par une puissance occulte qui dirigerait l'ensemble des m&#233;dias, il ne faut pas non plus tomber dans l'ang&#233;lisme. Nous avons connu en France l'interventionnisme de l'Etat, en particulier dans l'audiovisuel public, mais cette p&#233;riode est derri&#232;re nous. Le danger actuel - qui est un peu moins pr&#233;gnant en France que dans d'autres pays, mais qui devient s&#233;rieux -, c'est le poids des grands groupes financiers. Cela ne veut pas dire que ces grands groupes influencent directement la r&#233;daction des articles dans le d&#233;tail. Mais qu'un groupe comme Murdoch contr&#244;le un nombre incroyable de m&#233;dias pose un gros probl&#232;me. Le d&#233;bat sur la concentration des m&#233;dias rebondit aujourd'hui aux Etats-Unis, dans les radios notamment. En France, dans les r&#233;dactions qui avaient une tradition d'ind&#233;pendance - je pense &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; ou au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; - on assiste aussi &#224; la mont&#233;e en puissance des investisseurs financiers qui, in&#233;vitablement, p&#232;seront sur les d&#233;cisions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais de quelle fa&#231;on p&#232;sent-ils ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit pas d'une ligne impos&#233;e via un coup de fil, comme &#224; l'&#233;poque du cabinet du ministre de l'Information de l'UNR qui pouvait appeler directement le patron de la t&#233;l&#233;vision. Mais quand le seul objectif d'une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision, c'est de &#171; vendre du temps de cerveau humain &#187; aux publicitaires, il ne faut pas s'&#233;tonner de n'y trouver que des contenus aseptis&#233;s. Et quand on voit que l'ensemble des m&#233;dias contr&#244;l&#233;s par Murdoch ont soutenu la guerre en Irak, on ne peut que s'inqui&#233;ter sur le pluralisme de la presse. D'o&#249; l'importance de d&#233;fendre ce qui peut encore l'&#234;tre. Des r&#233;dactions comme celles de Lib&#233;ration ou du Monde ont encore un peu de pouvoir car leurs statuts les prot&#232;gent. Ces petites sph&#232;res, ces petites marges de man&#339;uvre et de libert&#233; sont importantes &#224; d&#233;fendre, et l'on peut, l&#224; aussi, s'inqui&#233;ter et regretter l'arriv&#233;e de grands groupes financiers au capital de ces titres.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_659 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/AGUITON-5.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L221xH324/AGUITON-5-65dce-4ee34.jpg' width='221' height='324' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:324px;width:221px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-659 spip_doc_titre' style='width:221px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le copier-coller des d&#233;p&#234;ches d'agence, est-ce un travail journalistique ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais comment faire ? Ces journaux ont besoin d'argent pour fonctionner.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut avoir recours aux aides publiques. Il existe en France quelques titres qui en ont b&#233;n&#233;fici&#233;, &#224; commencer par &lt;i&gt;L'Humanit&#233;, France-Soir&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;. Il faut absolument r&#233;fl&#233;chir en ces termes. A ne pas le faire, on oblige ces titres &#224; se lancer dans une logique d'acquisition qui leur pose d'&#233;normes probl&#232;mes d'argent et qui, &#224; terme, les force &#224; int&#233;grer des grands groupes financiers car ils n'ont plus d'autre choix : on n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; avoir une concentration trop forte des m&#233;dias, mais on a int&#233;r&#234;t &#224; avoir des m&#233;dias ind&#233;pendants. Et la meilleure garantie d'ind&#233;pendance, c'est le poids de la r&#233;daction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Etat serait donc pr&#233;f&#233;rable au grand capital ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, l'Etat n'est pas le pire - sans l'Etat il n'y aurait ni &lt;i&gt;Arte&lt;/i&gt; ni &lt;i&gt;France-Culture&lt;/i&gt; - mais personne ne propose la nationalisation de toute la presse fran&#231;aise !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etat et aides publiques, ce n'est pas la m&#234;me chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Quand &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; re&#231;oivent des aides l&#233;galement contr&#244;l&#233;es, vot&#233;es par le Parlement, cela ne pose pas de probl&#232;me. Qui pourrait penser que le ministre de la Communication appelle le directeur de &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; pour lui dire ce qu'il faut &#233;crire dans son journal ? Ce n'est pas l'Etat, c'est la collectivit&#233; nationale. En tant que soci&#233;t&#233;, nous d&#233;cidons d'aider un certain nombre de gens et on a raison de le faire. On participe au financement des minima sociaux, avec le minimum vieillesse, le RMI, etc. On contribue d'une mani&#232;re indirecte au financement d'une partie de l'agriculture par le biais de la PAC, nous finan&#231;ons l'h&#244;pital public... Pourquoi la presse ne pourrait-elle pas b&#233;n&#233;ficier d'aides qui lui permettraient de garantir son ind&#233;pendance ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'apr&#232;s vous, Dassault est un probl&#232;me pour &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a vu &#224; &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; une r&#233;daction vent debout, et &#224; juste titre, contre les tentatives d'ing&#233;rence directe d'un groupe industriel, en l'occurrence Dassault.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais Dassault est-il assez fou pour saborder les titres dont il est propri&#233;taire en les transformant en feuilles militantes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, nous savons tous qu'un certain nombre de grands groupes pr&#233;f&#233;reront laisser les organes de presse vivre leur vie. Tout simplement parce qu'il vaut mieux que le titre se vende et rapporte. Mais l'affaire de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; est symptomatique : l'ing&#233;rence existe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le courant altermondialiste pr&#244;ne une presse alternative qui serait par&#233;e de toutes les vertus. Croyez-vous que la solution est l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Regardez ce qui s'est pass&#233; pendant la derni&#232;re &#233;lection pr&#233;sidentielle aux Etats-Unis, ou durant la campagne r&#233;f&#233;rendaire en France. Dans les deux cas sont apparus de nouveaux m&#233;dias, autoproduits par des individus, des petits collectifs militants ou parfois des journalistes eux-m&#234;mes, qui utilisent des technologies qui permettent de mettre des informations sur Internet pour un prix d&#233;risoire, voire gratuitement. C'est vrai aujourd'hui pour l'&#233;crit, cela commence &#224; l'&#234;tre pour l'audio, les radios sur le web, et ce le sera demain pour la vid&#233;o. C'est un mouvement irr&#233;versible qui correspond &#224; plusieurs grands faits de soci&#233;t&#233; : le plus &#233;vident est que, quand une partie des citoyens ne se sent plus repr&#233;sent&#233;e par la presse, elle s'exprime autrement. Dans le cas de la campagne r&#233;f&#233;rendaire, les blogs ont profit&#233; majoritairement au non. Pourquoi ? Parce que les gens qui &#233;taient pour le oui pouvaient lire le journal. Les partisans du non, eux, &#233;taient oblig&#233;s, pour s'exprimer, de trouver d'autres supports, et beaucoup sont pass&#233;s par le biais du Net. Celui-ci permet de r&#233;pondre &#224; une demande d'analyses et d'informations diff&#233;rentes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La deuxi&#232;me raison tient &#224; la fa&#231;on dont certains amateurs peuvent &#234;tre amen&#233;s &#224; travailler comme des quasi-professionnels. Il y a une expression anglo-saxonne qui parle des &#171; Pro-Am &#187;, les &#171; professionnels-amateurs &#187;. C'est int&#233;ressant car c'est une rupture avec le XXe si&#232;cle, au cours duquel on a toujours cherch&#233; &#224; s&#233;parer le professionnel de l'amateur. Dans les ann&#233;es 80/90, on a eu un mouvement inverse : les entreprises voulaient que les salari&#233;s s'investissent dans l'entreprise quasiment comme des militants dans leurs ONG, avec l'id&#233;e qu'il fallait d&#233;fendre l'esprit d'entreprise. Mais, en m&#234;me temps, on assistait &#224; la fragilisation des salari&#233;s, avec des contrats pr&#233;caires, et dans le journalisme encore plus qu'ailleurs. Cela am&#232;ne &#224; une situation o&#249; l'on retrouve, dans le monde des ONG, des gens qui ont des m&#233;thodes de professionnels tout en &#233;tant des militants, et dans le monde professionnel, des gens qui peuvent &#234;tre des amateurs car ils sont journalistes dans un m&#233;dia le jour, blogger le soir, etc. Cette mobilit&#233; de fronti&#232;res entre professionnels et amateurs permet d'avoir des blogs de tr&#232;s bonne qualit&#233;, un ph&#233;nom&#232;ne que les r&#233;dactions elles-m&#234;mes sont oblig&#233;es d'int&#233;grer. Plus un journal qui n'ait ses blogs ! La fa&#231;on m&#234;me d'&#233;crire est en train de se transformer. Les outils et les savoir-faire existent pour que s'instaure un contre-pouvoir &#224; la grande presse quand cette derni&#232;re est trop partiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le blog &#233;ditorial est une chose. Par contre, quand il s'agit des faits, de leur v&#233;rification, comment se contenter d'une simple compilation d'informations qui peuvent ne relever que de la rumeur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les journalistes professionnels ne font-ils pas, eux aussi, de la compilation ? Le copier-coller des d&#233;p&#234;ches d'agence, est-ce un travail journalistique ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela existe, mais vous ne pouvez pas nier qu'il y a aussi un v&#233;ritable travail d'enqu&#234;te.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pour cela que j'insistais sur le c&#244;t&#233; &#171; professionnel-amateur &#187;. Tout est en train de se m&#233;langer, et il est important de savoir d'o&#249; l'on parle. Quand un journaliste est &#171; embedded &#187; dans l'arm&#233;e am&#233;ricaine, il raconte ce que l'arm&#233;e am&#233;ricaine veut bien lui laisser voir. Ce qui est important pour le lecteur, c'est de savoir que le journaliste fait son reportage dans ces conditions. Quand vous lisez un blog, vous savez que c'est un blog. Et tout le monde sait bien que le contenu d'un blog a un degr&#233; de fiabilit&#233; plus faible que l'&lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette &#171; segmentation &#187; de l'information ne risque-t-elle pas d'enfermer chacun dans sa sph&#232;re d'int&#233;r&#234;t ? &#171; J&lt;i&gt;e ne lis que ce que j'ai envie de lire, je n'entends que ce que j'ai envie d'entendre.&lt;/i&gt; &#187; Cela participe-t-il &#224; un d&#233;bat citoyen ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un probl&#232;me tout &#224; fait r&#233;el, et qui est ant&#233;rieur aux blogs. Le blog ne fait qu'acc&#233;l&#233;rer, accompagner un processus de segmentation qui &#233;tait d&#233;j&#224; en cours : il n'y a qu'&#224; regarder les rayons des marchands de journaux ! Mais la campagne r&#233;f&#233;rendaire, encore elle, a d&#233;montr&#233; qu'on peut toujours avoir de vrais d&#233;bats nationaux. On s'aper&#231;oit que lorsqu'il y a un enjeu, les Fran&#231;ais s'int&#233;ressent aux d&#233;bats et s'en emparent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estimez-vous que les &#233;ditorialistes qui appelaient majoritairement &#224; voter oui n'ont pas fait leur travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que les &#233;ditorialistes se soient prononc&#233;s pour le oui, cela ne me choque pas. Apr&#232;s tout, c'est leur droit, et leur m&#233;tier est d'exprimer une opinion. Ce qui m'a davantage heurt&#233;, c'est la mise en page des informations. Par exemple, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, dans les derni&#232;res semaines, multipliait les unes sur &#171; &lt;i&gt;les Europ&#233;ens appellent &#224; voter oui&lt;/i&gt; &#187;. Un jour, on a eu droit &#224; quatre colonnes sur les &#171; &lt;i&gt;syndicats europ&#233;ens appellent &#224; voter oui&lt;/i&gt; &#187;. On s'attendait l&#233;gitimement &#224; une information en pages int&#233;rieures. Or, on s'&#233;tait content&#233; d'interviewer quelques dirigeants syndicaux : trois Italiens qui parlaient de l'Italie, un Allemand qui &#171; &lt;i&gt;aurait clairement vot&#233; oui&lt;/i&gt; &#187;, et Jacques Ch&#233;r&#232;que atrocement &#171; &lt;i&gt;d&#233;&#231;u par la campagne et par la gauche&lt;/i&gt; &#187;. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a utilis&#233; la mise en page du journal pour faire campagne. Et c'est d'autant plus pr&#233;judiciable qu'on escamote les d&#233;bats des syndicats europ&#233;ens. Si &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; avait titr&#233; &#171; &lt;i&gt;La Conf&#233;d&#233;ration europ&#233;enne des syndicats appelle &#224; voter oui&lt;/i&gt; &#187;, c'&#233;tait vrai. Mais il aurait fallu rendre compte des d&#233;bats. Pourquoi tel syndicat avait h&#233;sit&#233;, pourquoi tel autre &#233;tait contre : le syndicalisme est multiple, comme l'altermondialisme ou comme les m&#233;dias. Au lieu de quoi, on avait du matraquage en une et une mise en pages plus tendancieuse que l'&#233;dito lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_658 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/AGUITON-4.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L221xH324/AGUITON-4-2d509-1a620.jpg' width='221' height='324' alt='' style='height:324px;width:221px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Quand vous lisez un blog, vous savez que c'est un blog. Et tout le monde sait bien que le contenu d'un blog a un degr&#233; de fiabilit&#233; plus faible que l'&lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement altermondialiste est tr&#232;s antiam&#233;ricain, et selon l'adage &#171; &lt;i&gt;les ennemis de mes ennemis &#233;tant mes amis&lt;/i&gt; &#187;, on assiste &#224; une tol&#233;rance invraisemblable envers des r&#233;gimes comme Cuba par exemple.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous &#234;tes vraiment &#224; c&#244;t&#233; de la plaque ! Le mouvement altermondialiste est n&#233; aux Etats-Unis. C'est Seattle qui l'a lanc&#233;. Les Am&#233;ricains ont peut-&#234;tre un r&#233;seau de militants moins dense que l'Italie ou la Gr&#232;ce, mais ils ont montr&#233; une capacit&#233; de r&#233;sistance consid&#233;rable. Ils ont eu une &#233;lection tr&#232;s serr&#233;e avec George Bush et un d&#233;bat qui &#233;tait tout aussi int&#233;ressant et politique que celui sur le r&#233;f&#233;rendum en France. On assiste en outre aux Etats-Unis &#224; une transformation en profondeur du syndicalisme qui est vraiment passionnante et &#224; la mont&#233;e d'un mouvement anti-guerre important. Tous les forums sociaux se construisent aux Etats-Unis ! A Porto Alegre, pendant le derni&#232;re Forum social mondial, la nationalit&#233; la plus repr&#233;sent&#233;e, hormis les Br&#233;siliens puisqu'on se trouvait au Br&#233;sil, &#233;tait celle des citoyens des Etats-Unis ! Votre critique tombe &#224; plat. On a vu pendant la campagne r&#233;f&#233;rendaire des tenants du oui plus antiam&#233;ricains que certains partisans du non. Je me rappelle Dominique Strauss-Kahn, par exemple : &#171; &lt;i&gt; Je vote oui car je ne veux pas que mes enfants vivent sous domination nord-am&#233;ricaine.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, sorte de porte-parole du mouvement altermondialiste, ne critique jamais Cuba, mais toujours les Etats-Unis.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les atteintes &#224; la libert&#233; doivent absolument &#234;tre condamn&#233;es, partout o&#249; elles se commettent. Je n'ai aucun &#233;tat d'&#226;me &#224; ce sujet et je pense que Reporters sans fronti&#232;res a eu raison de pointer du doigt ces manquements. Mais l&#224; encore, certains militants altermondialistes ont eu le courage de le faire. Je me rappelle que Jos&#233; Bov&#233;, invit&#233; &#224; La Havane, a exprim&#233; publiquement devant Fidel Castro et les dirigeants cubains son d&#233;saccord avec la politique men&#233;e &#224; l'&#233;gard des prisonniers politiques, des droits des homosexuels, etc. Cela lui avait d'ailleurs pos&#233; quelques probl&#232;mes deux mois plus tard avec certains militants sud-am&#233;ricains... il ne faut pas oublier qu'en Am&#233;rique latine, il y a un sentiment tr&#232;s affectueux &#224; l'&#233;gard de Cuba, &#171; &lt;i&gt;la petite &#238;le qui r&#233;siste face &#224; l'oppresseur am&#233;ricain&lt;/i&gt; &#187;. Cela ne veut pas dire qu'on peut raconter n'importe quoi, mais cette dimension est &#224; prendre en compte chez ceux qui se sentent domin&#233;s par les Etats-Unis et &#224; qui toute forme de r&#233;sistance appara&#238;t utile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, quand on lit &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt; par exemple, il est difficile de trouver davantage procastriste alors que Cuba est quand m&#234;me, avec la Chine, l'endroit au monde o&#249; l'on r&#233;prime le plus de journalistes !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis d'accord avec vous. Il faut le d&#233;noncer sans aucun &#233;tat d'&#226;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il une forme de &#171; grande presse &#187; qui trouve gr&#226;ce &#224; vos yeux ? Ou, au contraire, pensez-vous que l'avenir appartient uniquement &#224; la presse alternative que vous d&#233;criviez plus haut ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La grande presse continuera &#224; vivre, et heureusement. Je suis le premier &#224; appr&#233;cier la lecture du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, o&#249; m&#234;me - quand j'en ai les moyens - du &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt; ! N'oublions pas non plus qu'en France, la grande majorit&#233; de la &#171; grande presse &#187; a &#233;t&#233; relativement favorable &#224; la naissance de l'altermondialisme. Mais la grande presse doit aussi accepter les critiques qui lui sont faites. J'esp&#232;re, par exemple, que les r&#233;dactions se sont pench&#233;es sur le bilan de leurs interventions dans la campagne r&#233;f&#233;rendaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment analysez-vous le fait que la grande presse rencontre autant de difficult&#233;s quand &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, votre porte-parole, ne se porte pas si mal ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas de porte-parole d'un mouvement aussi divers que le mouvement altermondialiste. Le &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt; est un bon journal, mais c'est un titre de la grande presse. Son succ&#232;s - un peu moindre ces deux derni&#232;res ann&#233;es - peut s'expliquer par le fait qu'il est un journal qui affirme une opinion tr&#232;s tranch&#233;e qu'il exprime sans &#233;tat d'&#226;me. Sa progression a &#233;t&#233; tr&#232;s forte dans la deuxi&#232;me moiti&#233; des ann&#233;es 90 car nous &#233;tions dans un contexte de pens&#233;e unique. Les mouvements sociaux - ch&#244;meurs, sans-papiers, gr&#233;vistes de 95 - avaient alors beaucoup transform&#233; la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, et les jeunes intellectuels &#233;taient tellement exasp&#233;r&#233;s par la &#171; pens&#233;e unique &#187; qu'on retrouvait dans tous les c&#233;nacles des pouvoirs et dans la plupart des titres de la grande presse, qu'ils cherchaient tout ce qui pouvait briser cette unanimit&#233;. Ce n'est pas un hasard si &#224; cette &#233;poque appara&#238;t un discours tr&#232;s dur contre les m&#233;dias - caract&#233;ris&#233; par Bourdieu qui n'accepte de parler &#224; la t&#233;l&#233;vision que s'il contr&#244;le la cassette. Par son tranchant, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; &#233;tait une sorte de contre-r&#233;ponse id&#233;ale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sa chute relative, depuis deux ans, est donc plut&#244;t bon signe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La pens&#233;e unique n'est plus &#224; l'ordre du jour : les mouvements altermondialistes ont permis de montrer que des alternatives existaient et, au sein m&#234;me des &#233;lites dirigeantes, beaucoup contestent l'orientation des n&#233;o-conservateurs am&#233;ricains. La donne intellectuelle est en train de changer et c'est tout &#224; fait positif : on a vu la soif de discussion pendant la campagne r&#233;f&#233;rendaire. Mais je suis s&#251;r que &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; saura conserver son orientation &#233;ditoriale et permettre l'expression des d&#233;bats de fond que recherche la nouvelle g&#233;n&#233;ration militante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous de l'Observatoire des m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pas vraiment suivi ses activit&#233;s. Si cet observatoire fournit des analyses et des &#233;l&#233;ments de compr&#233;hension sur les grandes tendances en cours dans la presse, c'est tr&#232;s utile. Mais faire la chasse &#224; tel ou tel journaliste, comme le fait PLPL, c'est navrant...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Denis Jeambar, l'homme qui pilote l'Express </title>
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		<description>Apr&#232;s Bruno Frappat, Claude Imbert, Yvan Levai et Jean-Fran&#231;ois Bizot, voici le portrait de Denis Jeambar. Son regard direct, couleur &#171; Signes de piste &#187;, donne &#224; penser que le type n'y va pas par quatre chemins. Tout le monde s'accorde sur ce point. Mais si vous en d&#233;duisez que cette forme de franchise, parfois abrupte, suppose une absence proportionnelle de complexit&#233;, une nature &#233;quanime, vous vous trompez. Denis Jeambar est, en effet, moins ais&#233; &#224; cerner qu'il n'y para&#238;t ou qu'on le croirait, (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L96xH150/arton131-91632.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='96' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:96px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Apr&#232;s Bruno Frappat, Claude Imbert, Yvan Levai et Jean-Fran&#231;ois Bizot, voici le portrait de Denis Jeambar.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Son regard direct, couleur &#171; Signes de piste &#187;, donne &#224; penser que le type n'y va pas par quatre chemins. Tout le monde s'accorde sur ce point. Mais si vous en d&#233;duisez que cette forme de franchise, parfois abrupte, suppose une absence proportionnelle de complexit&#233;, une nature &#233;quanime, vous vous trompez. Denis Jeambar est, en effet, moins ais&#233; &#224; cerner qu'il n'y para&#238;t ou qu'on le croirait, par exemple en se contentant de le lire. Comme on dit pudiquement, il y a pas mal de &#171; jardin secret &#187; l&#224;-derri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, commen&#231;ons par ce qui est simple : la vocation. Contrairement &#224; la tendance dominante qui la nie ou la minimise, ici elle existe : ancienne, consciente, d&#233;termin&#233;e et, chez ce Capricorne (14 janvier), la d&#233;termination n'est pas une vue de l'esprit. &#171; &lt;i&gt;Autant que je me souvienne, j'ai toujours voulu &#234;tre journaliste et rien d'autre...&lt;/i&gt; &#187; Sans doute y pense-t-il comme peut y penser un pensionnaire en province, dans les ann&#233;es 60 : avec ferveur. Au fait, pensionnat, province, latin-grec, adolescence entre Rh&#244;ne et Durance, avouez qu'on doit ais&#233;ment faire plus simple en guise de formation. D'autant que la province en question est le Vaucluse, ultime d&#233;partement rattach&#233; &#224; la France, au grand d&#233;plaisir des papes, salmigondis territorial et administratif qui r&#233;unit le Comtat Venaissin et Avignon, anciennes possessions pontificales, &#224; la principaut&#233; d'Orange et &#224; ce bout de Provence o&#249; poussent les oliviers les plus septentrionaux. Le d&#233;partement rel&#232;ve de l'acad&#233;mie d'Aix-en-Provence, mais d&#233;pend judiciairement de N&#238;mes, militairement de Lyon et religieusement d'Avignon. Ajoutez au puzzle la pr&#233;sence &#224; Valr&#233;as, patrie du cartonnage o&#249; na&#238;t Jeambar en 1948, de r&#233;fugi&#233;s juifs, pour la plupart convertis. Tel est le cas de sa m&#232;re, par ailleurs mari&#233;e &#224; un goy, totalement irreligieux, pour ne pas dire m&#233;cr&#233;ant. Le petit Denis est baptis&#233;, mais sa foi premi&#232;re le porte vers la la&#239;que, les mythes et les valeurs r&#233;publicaines de l'&#233;cole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa jud&#233;it&#233; lui revient, &#224; moins qu'il n'y revienne lui-m&#234;me, bien plus tard. A la faveur d'un deuil familial ? D'un obscur cheminement int&#233;rieur ? &#171; &lt;i&gt;Enfant, j'&#233;tais fascin&#233; par mes grands-parents juifs chez qui je me rendais en vacances &#224; Paris, dans le quartier des Arts-et-M&#233;tiers. Je les aimais beaucoup, mais tout cela n'a pris son sens qu'assez r&#233;cemment.&lt;/i&gt; &#187; La prise de conscience aurait-elle eu quelque incidence professionnelle ? Claude Imbert : &#171; &lt;i&gt;Je ne crois pas.&lt;/i&gt; &#187; Jacques Duquesne : &#171; &lt;i&gt;Peut- &#234;tre que l'&#233;ditorialiste n'est pas toujours &#224; l'aise sur le Moyen-Orient.&lt;/i&gt; &#187; En revanche, Michel Richard, un de ses plus anciens amis et son adjoint au &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt; lui impute une brouille durable : &#171; &lt;i&gt;J'avais pilot&#233; une cover story reprenant le questionnement sartrien : &#171; Qu'est-ce qu'&#234;tre juif ? &#187; et r&#233;dig&#233; trois ou quatre feuillets d'introduction, relus par Imbert et approuv&#233;s, apr&#232;s parution, spontan&#233;ment, par diverses instan- ces juives de Paris. Moyennant quoi, je re&#231;ois un coup de t&#233;l&#233;phone glacial de Denis : - C'est toi qui as &#233;crit &#231;a ? - Oui. - Alors, nous n'avons plus rien &#224; nous dire.
Et nous ne nous sommes plus rien dit, en dehors d'un &#233;change de lettres o&#249; je me suis &#233;videmment trouv&#233; accul&#233; &#224; l'&#233;pouvantable exercice qui consiste &#224; faire la preuve de la puret&#233; de ses intentions. J'ai beaucoup souffert de cette esp&#232;ce de proc&#232;s stalinien dont je n'ai toujours pas compris la signification.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_662 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/JEAMBAR-02.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L208xH324/JEAMBAR-02-3cd25-28332.jpg' width='208' height='324' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:324px;width:208px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-662 spip_doc_titre' style='width:208px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Ces deux ann&#233;es pass&#233;es &#224; &lt;i&gt;Match&lt;/i&gt; m'ont marqu&#233; &#224; jamais. On partait pour le Cambodge aussi ais&#233;ment qu'on couvrait les obs&#232;ques de Bourvil ou qu'on prenait un pot &#224; la Belle Ferronni&#232;re. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au chapitre des origines, le sentiment d'appartenance est tenace. Mis &#224; part les escapades parisiennes, c'est 100 % m&#233;diterran&#233;en : Valr&#233;as, Avignon puis Montpellier pour la fac. A 17 ans, Denis a rencontr&#233; Nicole &#224; Valr&#233;as. Elle est toujours sa femme. Et les copains du &#171; Club de l'Enclave libre &#187;, qu'on devine plus r&#233;publicain que papiste, le sont demeur&#233;s 40 ans apr&#232;s. Un pari perdu s'honore, tant qu'&#224; faire, chez Pic &#224; Valence, car cet &#233;maci&#233; qui sue sang et eau pendant deux heures et demie sur les pentes du Ventoux, ce marathonien qui se martyrise dans les rues de New York ne crache ni sur les truffes ni sur le C&#244;tes-du-rh&#244;ne, lesquels nous ram&#232;nent encore au pays formateur. &#171; &lt;i&gt;Je ne suis pas provincial, je suis tr&#232;s provincial, ma vraie vie, c'est la maison de Grignan, les amis d'enfance. Tiens ! L&#224;, je vais en voir un qui est prof d'histoire dans le Gers. Le premier pilote de l'A 180 fait aussi partie de la bande.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et la vocation ? Elle ne m&#232;ne pas au &lt;i&gt;Dauphin&#233; Lib&#233;r&#233;&lt;/i&gt;, quotidien des familles qui ne fait gu&#232;re r&#234;ver le fiston. En revanche, la fili&#232;re valr&#233;assienne s'active dans les beaux quartiers de Paris. Une amie d'enfance de Madame Jeambar m&#232;re se trouve &#234;tre l'&#233;pouse de Robert Serrou, alors l'une des &#233;minences de &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt;. C'est ainsi qu'au sortir de Sciences-Po, le jeune homme franchit l'auguste seuil comme si c'&#233;tait la chose la plus naturelle du monde &#224; 22 ans. A l'&#233;poque, il est vrai, semblables aubaines n'&#233;taient pas tout &#224; fait inconcevables. &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'on s'est amus&#233;s en bas de l'&#233;chelle&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Jean-Marie Pontaut, complice de toujours, mais, bon, le bas de l'&#233;chelle &#233;tait celui de&lt;i&gt; Match.&lt;/i&gt; &#171; &lt;i&gt;Ces deux ann&#233;es m'ont marqu&#233; &#224; jamais,&lt;/i&gt; rench&#233;rit Jeambar, &lt;i&gt;on partait pour le Cambodge aussi ais&#233;ment qu'on couvrait les obs&#232;ques de Bourvil ou qu'on prenait un pot &#224; la Belle Ferronni&#232;re. Tout semblait facile et gai ; on nouait des amiti&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Surviennent, pr&#233;cis&#233;ment, Claude Imbert et les dissidents de&lt;i&gt; L'Express&lt;/i&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Lire M&#233;dias n&#176;2, pages 66 &#224; 69.' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, pressentis pour transformer &lt;i&gt;Match&lt;/i&gt; en news-magazine &#224; la pointe de la modernit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Claude,&lt;/i&gt; se souvient Jeambar, &lt;i&gt;&#233;tait capable de concevoir trois num&#233;ros dans la semaine pour n'en publier qu'un. Serrou m'a mis le pied &#224; l'&#233;trier, Imbert m'a tout appris et d'abord le respect des faits, conjugu&#233; &#224; la m&#233;fiance de toute extrapolation. Aller vite &#224; l'essentiel et en profondeur. Aujourd'hui encore, il n'a pas son pareil pour sentir le terrain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1972, lorsque Hachette fournit les moyens de cr&#233;er &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, Jeambar et ses amis, rep&#233;r&#233;s par Imbert, n'h&#233;sitent pas longtemps &#224; quitter &lt;i&gt;Match&lt;/i&gt;... S'ensuit une p&#233;riode o&#249; le jeune reporter grimpe, &#224; peu pr&#232;s tous les trois ans, les &#233;chelons du &#171; journal des journalistes &#187;, jusqu'&#224; ce qu'il ne lui reste plus qu'un degr&#233; &#224; gravir. Fin de la facilit&#233;. Chacun sait que le dernier pas co&#251;te plus que les pr&#233;c&#233;dents et que la situation de dauphin, l'histoire fourmille d'exemples &#224; ce sujet, n'est ni simple ni facile. Jeambar : &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais bien. J'avais beaucoup appris. En m&#234;me temps, je me posais des questions. Quand je voyais Claude revenir de soir&#233;e, avec ses gilets et ses gros cigares, en d&#233;pit de toute l'admiration qu'il m'inspirait, je m'interrogeais sur la succession. J'&#233;prouvais le d&#233;sir de me mettre en danger autrement, d'aller seul vers quelque chose de plus difficile, de sortir de l'ombre protectrice du baobab...&lt;/i&gt; &#187; Le baobab : &#171; &lt;i&gt;Franchement, son d&#233;part pr&#233;cipit&#233; m'a fichu un choc. Dans mon esprit et, je crois, celui de l'&#233;quipe, c'&#233;tait le successeur id&#233;al, attendu. Disons qu'il aurait pu me pr&#233;venir un peu plus t&#244;t. Je me suis consol&#233; en me r&#233;p&#233;tant qu'apr&#232;s tout le journalisme est une profession lib&#233;rale et j'ai toujours avec lui et son &#233;pouse les relations les plus amicales.&lt;/i&gt; &#187; L'ex-dauphin : &#171; &lt;i&gt;Quand je me rem&#233;more notre conversation de trois minutes, parfois je m'en veux, parfois non. Le fait est que je pense &#224; Claude tous les jours.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette relation p&#232;re-fils, les t&#233;moins de la chose, quelles que soient les intentions qu'ils y mettent, s'accordent &#224; dire qu'elle &#233;tait assez forte pour que Denis Jeambar l'ait reproduite avec Christophe Barbier. &#171; &lt;i&gt;Je lui ai dit un jour, Christophe, les lumi&#232;res de Paris brillent un peu trop vivement dans tes yeux.&lt;/i&gt; &#187; N'est-ce pas Guy Hocquenhem qui rappelait en substance que le milieu de la presse parisienne demeure &#233;min&#233;ment balzacien. Autrement dit, les Rastignac finissent toujours par y rencontrer des Nuncingen.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'occasion qui fait le larron, c'est donc &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt; (1995). Jeambar qui, de toute fa&#231;on, a d&#233;cid&#233; que 23 ans sans risques, c'est assez, entend Jean-Luc Lagard&#232;re lui dire &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose. Dans le style patron : &#171; &lt;i&gt;Vous avez 47 ans, une bonne cote, on va tout vous proposer. Quand vous en aurez 50, plus personne ne pensera &#224; vous.&lt;/i&gt; &#187; Va donc pour &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt;. L'homme de l'&#233;crit s'y colle avec enthousiasme. Arrivant &#224; la station avant l'aube pour n'en partir qu'&#224; la nuit tomb&#233;e, il est aussit&#244;t &#233;tiquet&#233; &#171; &lt;i&gt;fou de boulot&lt;/i&gt; &#187;. Autrement dit, dans une profession o&#249; les cossards sont l&#233;gion, sa puissance de travail fait l'unanimit&#233; : &#171; &lt;i&gt;immense&lt;/i&gt; &#187; (Imbert), &#171; &lt;i&gt; impressionnante&lt;/i&gt; &#187; (Duquesne), &#171; &lt;i&gt;incompr&#233;hensible : m&#234;me s'il sort le soir, et il sort, il est debout d&#232;s cinq, six heures du matin&lt;/i&gt; &#187; (Pontaut). Cette omnipr&#233;sence suffit-elle &#224; Europe et &#224; ses m&#339;urs ? Pas si s&#251;r. Jeambar : &#171; &lt;i&gt;Je n'y ai pas perdu mon temps. J'y ai appris des choses et, en premier lieu, que &#231;a n'&#233;tait pas mon m&#233;tier. La radio est quelque chose qui n'arr&#234;te pas de couler, de l'eau, du sable que l'on ne peut pas retenir. Moi, j'aime avoir les mains dans le cambouis de la presse &#233;crite, pouvoir r&#233;fl&#233;chir en amont et contr&#244;ler ensuite. J'en ai tir&#233; les cons&#233;quences d'autant plus facilement que, pour la premi&#232;re fois de ma vie professionnelle, je me sentais malheureux.&lt;/i&gt; &#187; D&#233;mission. La tentative aura dur&#233; neuf mois.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_661 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/JEAMBAR-03.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L207xH324/JEAMBAR-03-d7a25-73685.jpg' width='207' height='324' alt='' style='height:324px;width:207px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Quand je voyais Claude Imbert revenir de soir&#233;e, avec ses gilets et ses gros cigares, en d&#233;pit de toute l'admiration qu'il m'inspirait, je m'interrogeais sur la succession. J'&#233;prouvais le d&#233;sir de me mettre en danger autrement. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apprendre est un mot-cl&#233; dans la bouche de Denis Jeambar. Se mettre en situation d'apprendre. Il nous revient qu'au club &#171; Phares et Balises &#187;, aujourd'hui dissous, o&#249; il avait &#233;t&#233; adoub&#233; par R&#233;gis Debray et Jean-Claude Guillebaud, il n'y avait que Cabu et Sylvie Caster &#224; &#234;tre plus silencieux que lui. &#171; &lt;i&gt;L&#224; encore, j'ai beaucoup appris.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;part subit d'&lt;i&gt;Europe&lt;/i&gt; en mars 1996 est suivi d'une entr&#233;e aussi soudaine &#224; &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;. Les si&#232;ges y sont r&#233;put&#233;s bien garnis mais &#233;jectables. Les changements d'actionnaires et les convulsions &#233;galement fr&#233;quentes rendent al&#233;atoire l'exercice du pouvoir. On y pratique l'indemnit&#233; de licenciement plus volontiers que les ronds de jambe. Christine Ockrent, d&#233;barqu&#233;e sans m&#233;nagement, vient d'en faire l'exp&#233;rience. A priori, Jeambar est mieux vu que sa devanci&#232;re. On l'annonce &#171; &lt;i&gt;tranchant&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;capable de col&#232;res s&#232;ches&lt;/i&gt; &#187;, mais sa comp&#233;tence professionnelle ne fait aucun doute. Un journaliste respect&#233;, un pro. Neuf ans plus tard, cette r&#233;putation n'est pas &#233;corn&#233;e, mais elle a sensiblement chang&#233; de nature. Pour le dire en jargonnant un peu : les choses se sont complexifi&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Denis Jeambar a &#233;t&#233; appel&#233; &#224; &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; pour ses qualit&#233;s reconnues de journaliste, or c'est probablement gr&#226;ce &#224; des vertus insoup&#231;onn&#233;es de manager qu'il se trouve encore aux commandes, avec des pouvoirs consid&#233;rablement &#233;tendus. Il craignait de pantoufler au &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; ne lui a pas m&#233;nag&#233; les turbulences, depuis le comit&#233; d'accueil d'Anne-Marie Finkelstein jusqu'&#224; la r&#233;cente fronde de la r&#233;daction contre l'actionnaire principal apr&#232;s le d&#233;part de Jacques Duquesne. De Havas &#224; Dassault, en passant par Vivendi Universal, sans oublier la tentative d'OPA moyennement amicale du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, et la solide inimiti&#233; qui le lie d&#233;sormais &#224; Jean-Marie Colombani dont il a refus&#233; d'&#234;tre le vassal. &#171; &lt;i&gt;Choisis ton camp !&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Mon camp, c'est &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le dernier &lt;i&gt;casus belli&lt;/i&gt; (mai-juin 2005) o&#249; la r&#233;daction, pour la premi&#232;re fois de son existence, a menac&#233; de se mettre en gr&#232;ve apr&#232;s que Rudi Roussillon, homme lige de Serge Dassault, s'&#233;tait unilat&#233;ralement attribu&#233; le si&#232;ge de Duquesne &#224; la pr&#233;sidence du conseil de surveillance, la soci&#233;t&#233; civile des journalistes s'est entremise (et l'on doute que cette intervention ait ravi Jeambar). Mais, dans toutes les autres p&#233;rip&#233;ties, c'est lui qui est mont&#233; en personne au cr&#233;neau, qui a &#171; incarn&#233; &#187; le titre, au point qu'on l'imagine mal aller voir ailleurs si le climat est meilleur, comme certains &#233;chos le laissaient entendre au d&#233;but de l'&#233;t&#233;. Rudi Roussillon exp&#233;di&#233; sur le front breton o&#249; M. Dassault poss&#232;de, au FC Nantes, un &#233;levage de canaris, a du grain &#224; moudre. &#171; &lt;i&gt;Il est rarissime,&lt;/i&gt; observe Jean-Cl&#233;ment Texier, fin connaisseur du s&#233;rail, &lt;i&gt;qu'un bon journaliste devienne un bon manager. C'est plut&#244;t l'inverse qui, h&#233;las, se produit g&#233;n&#233;ralement. Dans le cas de Denis Jeambar, si la mue a r&#233;ussi, c'est qu'il a surmont&#233; &#224; point nomm&#233; plusieurs &#233;preuves en retirant de chacune de profitables exp&#233;riences... Couper le cordon ombilical du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt;, renoncer au statut de dauphin, fut &#233;videmment l'&#233;preuve initiale o&#249; il a tout de m&#234;me puis&#233; la connaissance du m&#233;tier et le respect des comptes sains. Son &#233;chec &#224; &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt; l'a servi en lui donnant une autre dimension et, l&#224; encore, il a progress&#233; dans ses pratiques de gestion, je dirais &#8220;au jour le jour&#8221;. La guerre du feu avec &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a accru sa l&#233;gitimit&#233; et lui a montr&#233; qu'il incarnerait d'autant mieux son entreprise et l'ind&#233;pendance de celle-ci qu'il en assumerait aussi la strat&#233;gie &#233;conomique. Sans rien perdre de sa culture d'origine il en a acquis une nouvelle. Et c'est ainsi qu'au terme d'une sorte de parcours initiatique, nous est n&#233; un vrai patron de presse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'est pas certain que lorsqu'il a quitt&#233; &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; pour voler de ses propres ailes, Denis Jeambar ait caress&#233; semblable ambition : diriger un groupe (&lt;i&gt;L'Express/L'Expansion/L'Etudiant&lt;/i&gt;) qui p&#232;se 250 millions d'euros, avec l'appui d'un gestionnaire, Marc Feuill&#233;e, qu'on dit ouvert aux questions &#233;ditoriales. Faute de plan de carri&#232;re, ce sont les circonstances qui r&#233;v&#232;lent les hommes.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_660 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/JEAMBAR-01.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH210/JEAMBAR-01-ac6e2-0c65e.jpg' width='324' height='210' alt='' style='height:210px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; A l'&lt;i&gt;Express&lt;/i&gt;, on pratique l'indemnit&#233; de licenciement plus volontiers que les ronds de jambe. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D'abord comme pr&#233;sident d'Havas, puis bras droit de Jean-Marie Messier, Eric Licoys s'est trouv&#233; au c&#339;ur de ces circonstances. Quand on lui demande ce qui l'a pr&#233;venu en faveur de Denis Jeambar, il r&#233;pond ceci : &#171; &lt;i&gt;La condition sine qua non, c'est la confiance, la loyaut&#233;. Lorsqu'on a fait comme moi beaucoup de capital-risques, on a l'instinct de &#231;a et j'ai eu confiance. Puis, j'ai compris qu'il connaissait son journal par c&#339;ur, au double sens du terme, et qu'il n'&#233;tait pas coup&#233; de la r&#233;daction. &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; est un grand nom mais une petite affaire. Le climat interne y est vite palpable. Ensuite, je l'ai trouv&#233; clairvoyant et curieux, ne rechignant pas &#224; remettre les choses &#224; plat. Une forme d'humilit&#233;. Vous savez, dans ce genre de crise, on a plut&#244;t affaire &#224; des gens qui font de l'obstruction ou qui cherchent &#224; se vendre au mieux. En d&#233;finitive, ce qui nous a d&#233;cid&#233;s, c'est qu'il ne demandait rien pour lui. Alors on le lui a propos&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pr&#233;sident du directoire d'un des groupes majeurs de la presse fran&#231;aise, auteur d'une quinzaine d'ouvrages, administrateur de l'&#233;tablissement public du mus&#233;e du Louvre : cela s'appelle une belle carri&#232;re. &#171; &lt;i&gt; C'est vrai, j'aurais mauvaise gr&#226;ce &#224; m'en plaindre. Jamais je n'aurais imagin&#233;... et, en m&#234;me temps, comment dire ? Plus j'avance dans la vie, plus j'ai l'impression et aussi l'envie de me d&#233;notabiliser. Dans le pouvoir, ce n'est pas le fait de tenir les autres dans la main qui m'excite. C'est le risque, les responsabilit&#233;s. Je pr&#233;f&#232;re les responsabilit&#233;s au pouvoir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils sont quelques-uns &#224; sugg&#233;rer qu'une aussi formidable r&#233;ussite devrait rendre son b&#233;n&#233;ficiaire plus heureux qu'il ne semble l'&#234;tre. Edmond Zucchelli, qui l'a crois&#233; &#224; &lt;i&gt;Europe&lt;/i&gt;, note : &#171; &lt;i&gt;On dirait qu'il y a toujours quelque chose qui le fait souffrir.&lt;/i&gt; &#187; Jacques Duquesne use de la litote : &#171; &lt;i&gt;Denis n'est pas vraiment un &#233;picurien. C'est le genre de Proven&#231;al froid qui a des passions br&#251;lantes. Il a besoin de s'enthousiasmer.&lt;/i&gt; &#187; Claude Imbert : &#171; &lt;i&gt;&#199;a ne se voit pas de prime abord mais c'est quelqu'un d'&#233;motif, assez cyclothymique, donc sujet aux baisses de tension.&lt;/i&gt; &#187; Un &#171; &lt;i&gt;ami de trente ans&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Insatisfait ? Je ne dirais pas &#231;a. Comme tout le monde il a d&#251; &#233;garer quelques r&#234;ves en chemin. Mais surtout, il est tellement exigeant, il se met une telle pression ! Bien s&#251;r, il y a les voyages, il adore &#231;a, la famille, Grignan, mais je crois qu'il n'est heureux que lorsqu'il travaille trop !&lt;/i&gt; &#187; Un autre : &#171; &lt;i&gt;Peut-&#234;tre qu'il &#233;changerait beaucoup de cette r&#233;ussite professionnelle pour un peu plus de consid&#233;ration litt&#233;raire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'int&#233;ress&#233; s'&#233;tonne : &#171; &lt;i&gt;Mais si, je suis quelqu'un d'heureux ! Vraiment... En fait, je suis peut-&#234;tre pessimiste sur le long terme, mais je pense qu'il n'existe pas de difficult&#233; insurmontable dans l'imm&#233;diat...&lt;/i&gt; &#187; Nous voil&#224; rassur&#233;s. Pour une fois qu'un saltimbanque &#233;pate les g&#233;om&#232;tres, et m&#234;me les financiers, sans &#234;tre reni&#233; par sa troupe, qu'un &#233;ditorialiste qui a entrepris de momifier Jacques Chirac &#224; vif continue de s'y employer&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Accus&#233; Chirac : levez-vous ! &#187;, aux &#233;ditions du Seuil, ao&#251;t 2005.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; chez l'ami (quoique...) du futur ex-pr&#233;sident de la R&#233;publique ; pour une fois qu'un patron de presse &#233;crite ne proph&#233;tise pas la mort de l'&#233;crit, il ferait beau voir qu'il ait du vague &#224; l'&#226;me ! Si nous nous sommes r&#233;sign&#233;s &#224; l'id&#233;e que le journalisme ne nourrit pas son homme, nous voulons au moins continuer &#224; croire qu'il peut le rendre heureux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Lire M&#233;dias n&#176;2, pages 66 &#224; 69.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#171; Accus&#233; Chirac : levez-vous ! &#187;, aux &#233;ditions du Seuil, ao&#251;t 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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