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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>Homme cin&#233;ma</title>
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		<dc:creator>Hugo</dc:creator>


		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>A l'approche de l'hiver, de ses f&#234;tes et des lampions install&#233;s par l'association des commer&#231;ants du quartier, il me prend des envies d'&#233;cran plat. L'&#233;cran plat s'impose comme l'ultime jouet pour adulte &#224; s'offrir en ces temps de d&#233;prime. J'ai d&#233;j&#224; une montre extra-plate, je ne pr&#233;tends plus au ventre plat, il me reste l'image plate. T&#233;l&#233; sans profondeur, pourvoyeuse de platitudes, l'&#233;cran plat est partout, &#233;l&#233;gant et tentateur. Il d&#233;core les plateaux de t&#233;l&#233;vision qui ne se refusent &#233;videmment rien. On le (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L117xH150/arton577-fcdf3.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='117' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:117px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A l'approche de l'hiver, de ses f&#234;tes et des lampions install&#233;s par l'association des commer&#231;ants du quartier, il me prend des envies d'&#233;cran plat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;cran plat s'impose comme l'ultime jouet pour adulte &#224; s'offrir en ces temps de d&#233;prime. J'ai d&#233;j&#224; une montre extra-plate, je ne pr&#233;tends plus au ventre plat, il me reste l'image plate. T&#233;l&#233; sans profondeur, pourvoyeuse de platitudes, l'&#233;cran plat est partout, &#233;l&#233;gant et tentateur. Il d&#233;core les plateaux de t&#233;l&#233;vision qui ne se refusent &#233;videmment rien. On le retrouve aussi au salon de l'auto, dans les mus&#233;es, les halls d'a&#233;rogares, les salons d'attente des grandes entreprises, chez les &#233;chographes high-tech, chez ceux de nos amis qui ont les moyens ou dans les pr&#233;sentations boursi&#232;res des entreprises du CAC. Partout o&#249; l'on propose, o&#249; l'on drague, o&#249; l'on affiche des ambitions, o&#249; l'on cr&#233;e l'&#233;v&#233;nement, il y a des &#233;crans plats qui tapinent. L'&#233;cran plat est une fen&#234;tre moderne sur rien, mais une chouette fen&#234;tre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En visite chez Darty ou &#224; la Fnac, je regarde les &#233;crans plats avec beaucoup de d&#233;sir. Pour la premi&#232;re fois, dans ma vie de t&#233;l&#233;spectateur, le poste me semble plus enviable que ce qu'il montre. Comparant les images plates les unes aux autres, je suis comme un &#339;nologue plus fascin&#233; par les verres &#224; pied que par les grands crus qu'on y verse. Plasma ou LCD, j'aime ce rectangle horizontalement pos&#233; sur des pieds tr&#232;s discrets ou sur le mur avec lequel il fait corps. Mes envies poursuivent d'un rayon &#224; l'autre leurs lignes droites et leurs plans parfaits aux teintes acier bross&#233;. Un &#233;cran plat c'est presque aussi beau qu'une toile de Rothko. Et tellement moins cher. 120 000 francs l'ann&#233;e de leur apparition, dix fois moins aujourd'hui. Ceci dit, un Patrick Poivre d'Arvor sur &#233;cran plat le soir &#224; 20 heures, &#231;a reste cher. Mais c'est mieux. Je suis s&#251;r que le monde en plat, m&#234;me en guerre, m&#234;me dans les banlieues en feu, c'est plus beau. L'&#233;cran plat m'ira comme un costume anthracite. Bien s&#251;r, je n'oublie pas la qualit&#233; de l'image. La qualit&#233; de l'image, &#231;a veut dire quoi ? &#199;a veut dire moins de grumeaux dans la p&#226;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On doit pouvoir distinguer le poil des animaux&lt;/i&gt; &#187; me dit le vendeur. Et c'est vrai. Sur ces images en haute d&#233;finition d'une savane arbor&#233;e libre de droits, je vois chaque feuille se d&#233;couper sur la branche que fouille la trompe d'un &#233;l&#233;phant au syst&#232;me pileux d'une ind&#233;niable pr&#233;cision. Une image nette, plate et large, c'est beau comme un filet d'eau pure sur de la roche. &#171; &lt;i&gt;C'est tellement mieux qu'avant !&lt;/i&gt; &#187; s'&#233;gaye le vendeur. Il y avait le noir et blanc, il y a eu la couleur, ensuite la t&#233;l&#233;commande, puis les &#233;crans larges, bient&#244;t les coins carr&#233;s et maintenant les &#233;crans plats. Je me souviens des temps recul&#233;s o&#249; mon p&#232;re manipulait une antenne qui ressemblait &#224; un fleuret au-dessus d'une t&#233;l&#233; ronde Radiola que n'aurait pas reni&#233;e Stanley Kubrick. Il cherchait dans l'air le fluide magique qui nous apporterait en clair les devinettes de ma&#238;tre Capello ou le journal d'Yves Mourousi. Mon p&#232;re se d&#233;brouillait pour lutter contre le brouillage. Mon p&#232;re, ce h&#233;ros capable d'orienter l'antenne au millim&#232;tre pr&#232;s et de chasser la neige qui obstruait l'&#233;cran. Aujourd'hui c'est fini.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une image nette, large et plate, c'est presque un acquis social. Qui, franchement, ne re&#231;oit plus la t&#233;l&#233; correctement &#224; part quelques montagnards &#233;gar&#233;s par monts et par vaux ? Et encore. Un jour, j'en suis s&#251;r, on &#233;crira dans un pr&#233;ambule constitutionnel que chacun a droit &#224; un toit, un emploi et une image nette. Je ne vois pas quel courant r&#233;trograde pourrait bien nous priver de la garantie d'une image nette, large et plate. Non, vraiment, je ne vois pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Juste un accident professionnel</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Juste-un-accident-professionnel,139.html</link>
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		<dc:date>2006-12-01T20:24:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>En ouverture</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
		<dc:subject>Aubenas</dc:subject>

		<description>Journaliste, elle est devenue la proie des journalistes. Inconnue du grand public, elle est aujourd'hui parmi les personnalit&#233;s les plus aim&#233;es des Fran&#231;ais. Comment Florence Aubenas a-t-elle v&#233;cu cette sorte de travers&#233;e du miroir ? Que pense-t-elle de ce qui a &#233;t&#233; dit et &#233;crit sur elle et ses 157 jours de d&#233;tention ? Comment envisage-t-elle son avenir ? Son regard sur la presse a-t-il chang&#233; ? M&#233;dias l'a rencontr&#233;e alors qu'elle publiait son livre sur l'affaire d'Outreau et n'avait pas repris son poste (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-aubenas,71-+.html" rel="tag"&gt;Aubenas&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L114xH150/arton139-13c8c.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='114' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:114px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Journaliste, elle est devenue la proie des journalistes. Inconnue du grand public, elle est aujourd'hui parmi les personnalit&#233;s les plus aim&#233;es des Fran&#231;ais. Comment Florence Aubenas a-t-elle v&#233;cu cette sorte de travers&#233;e du miroir ? Que pense-t-elle de ce qui a &#233;t&#233; dit et &#233;crit sur elle et ses 157 jours de d&#233;tention ? Comment envisage-t-elle son avenir ? Son regard sur la presse a-t-il chang&#233; ? M&#233;dias l'a rencontr&#233;e alors qu'elle publiait son livre sur l'affaire d'Outreau et n'avait pas repris son poste &#224; la r&#233;daction de Lib&#233;ration.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A propos de votre ouvrage &#171; La M&#233;prise &#187; consacr&#233; &#224; l'affaire d'Outreau, vous finissez l'introduction en &#233;crivant &#171; &lt;i&gt;J'ai recommenc&#233; le livre&lt;/i&gt; &#187;. Cela a &#233;t&#233; difficile ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas du tout. C'est comme le v&#233;lo. En plus, j'en avais tr&#232;s envie. C'&#233;tait renouer avec mon m&#233;tier, ma vie ici, c'&#233;tait donc un plaisir. Pas toujours dr&#244;le tous les matins, mais j'&#233;tais contente de le faire. J'avais h&#226;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous vous y &#234;tes remise tout de suite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, au bout d'un mois. Je suis rentr&#233;e, j'ai pass&#233; un mois &#224; diverses occupations et je m'y suis remise. J'&#233;tais tenue par les d&#233;lais puisqu'il y avait l'appel du proc&#232;s d'Outreau le 3 novembre dernier. J'avais m&#234;me tr&#232;s peu de temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, vous avez recommenc&#233; &#224; &#233;crire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai recommenc&#233; &#224; aller au journal, mais c'est comme toute pompe qu'il faut r&#233;amorcer, comme lorsqu'on revient de vacances ou d'une absence qui a dur&#233;. Il faut retrouver des sujets, remettre des choses en route. Et puis, au d&#233;but, j'ai &#233;t&#233; un peu bloqu&#233;e avec le proc&#232;s qui red&#233;marrait le 3 novembre. Je n'avais pas vraiment le temps de lancer quelque chose d'important. Mais ce n'est pas compliqu&#233; et je suis d&#233;sesp&#233;r&#233;ment optimiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos rapports n'ont pas chang&#233; avec vos coll&#232;gues ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je travaille depuis vingt ans &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. C'est un univers presque familial. Les gens me connaissent bien, et ils sont tr&#232;s tol&#233;rants envers moi. Ils me laissent avoir une vie de princesse. Ils me laissent la bride sur le cou. Pour un quotidien, c'est sympa.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et votre hi&#233;rarchie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est bizarre que vous me posiez ces questions-l&#224;. Pour moi, tout est normal. Ce sont les questions que tout le monde se pose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis partie cinq mois. Je ne sais pas ce qui s'est pass&#233; ici pendant ce temps. L'autre jour, j'avais rendez-vous avec quelqu'un que je ne connaissais pas et je lui ai dit, ce que je fais toujours, pour qu'il puisse me reconna&#238;tre : &#171; &lt;i&gt;J'aurai &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#224; la main.&lt;/i&gt; &#187; Il a &#233;clat&#233; de rire. Je ne comprenais pas. Je n'ai rien v&#233;cu de tout cela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis partie cinq mois et je reviens tout d'un coup dans le m&#234;me endroit, dans le m&#234;me journal, dans le m&#234;me appartement, avec les m&#234;mes amis. Mais on vous dit que tout est chang&#233;, que tout le monde vous conna&#238;t : c'est tr&#232;s difficile &#224; comprendre et &#224; appr&#233;hender.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais comment vivez-vous le fait d'&#234;tre class&#233;e en 12e position parmi les Fran&#231;ais les plus populaires cet &#233;t&#233; ou parmi les &#171; h&#233;ros europ&#233;ens &#187; du &lt;i&gt;Time&lt;/i&gt; au mois d'octobre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est abstrait, c'est comme si on parlait de quelqu'un d'autre. Je n'arrive pas &#224; penser que c'est moi. Mais ce n'est pas grave, je pense que cela s'arr&#234;tera avant que je ne m'y habitue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand les gens me regardent dans la rue, mon premier r&#233;flexe est de me demander ce que j'ai sur la figure. Si cela avait &#233;t&#233; progressif, cela serait plus facile. Mais je suis comme dans un film. J'ouvre la porte de l'ascenseur et on me dit : &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes c&#233;l&#232;bre.&lt;/i&gt; &#187; Pour moi, il y a maldonne. C'est exotique. Pas tout &#224; fait r&#233;el. Peut-&#234;tre une blague. En tout cas tr&#232;s &#233;trange.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est flatteur, vous y prenez un certain plaisir ou cela vous g&#234;ne au contraire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela m'est &#233;gal. Les gens sont tr&#232;s gentils. Et je ne vais pas commencer &#224; calculer ce que je fais ou non en fonction de ma &#171; c&#233;l&#233;brit&#233; &#187;. Cet &#233;t&#233;, je me promenais dans un village o&#249; vit une de mes amies, et je me rendais compte que les gens me reconnaissaient, m'adressaient des petits signes. Pour moi, cela s'est arr&#234;t&#233; l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le lendemain, un chanteur - un peu sur le retour, 60 ans, qui ne fait plus la une des magazines - est arriv&#233; et les gens se sont agglutin&#233;s autour de lui, demandant des autographes. Il existe des c&#233;l&#233;brit&#233;s diff&#233;rentes. En tant que chanteur, on est somm&#233; de faire de la vitrine. Moi, on ne me demande rien. Quand je passe dans la rue, les gens me disent bonjour et puis c'est tout. Ce n'est pas intrusif. J'ai h&#233;rit&#233; d'une c&#233;l&#233;brit&#233; par hasard, qui implique beaucoup de tol&#233;rance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous allez faire un livre sur ce qui vous est arriv&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne lis pas les livres de t&#233;moignage. Quand on les re&#231;oit au journal, je ne les traite jamais. Et je ne pense pas que j'en ferais un mieux que les autres. C'est un genre que je n'aime pas. Je le dis sans jugement. Il y a des gens qui adorent. Ce sont souvent des &lt;i&gt;best-sellers&lt;/i&gt;. Mais ce n'est pas ce que j'aime lire, donc je ne vois pas pourquoi j'en &#233;crirais un. C'est une question de coh&#233;rence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous allez retourner dans des zones de guerre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certainement pas tout de suite. Ce n'est pas une question &#224; laquelle je veux me d&#233;rober, mais il existe une certaine appr&#233;hension de mes proches &#224; ce sujet, et je ne veux pas leur faire supporter cela maintenant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous avez dit dans une interview que vous aimeriez retourner en Irak.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, mais j'ai du mal &#224; le dire aussi cr&#251;ment que vous me le demandez. C'est difficile pour les membres de ma famille d'entendre ce genre de propos aujourd'hui. Je leur ai fait assumer ma vie pendant cinq mois et je ne veux pas leur demander de le refaire tout de suite. Mais cela &#233;voluera discr&#232;tement, doucement, et les questions ne se poseront plus.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_555 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/AUBENAS13.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L215xH324/AUBENAS13-bf950-ad056.jpg' width='215' height='324' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:324px;width:215px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-555 spip_doc_titre' style='width:215px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je tiens &#224; r&#233;tablir la v&#233;rit&#233; : je suis odieuse, une peste. Je peux &#234;tre tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able. Pas du tout la personne qu'on d&#233;crit. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand on interroge Christian Chesnot, la r&#233;ponse est claire : il n'a pas envie de retourner en Irak.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas ma r&#233;ponse. J'aime ce m&#233;tier mais je n'&#233;value pas l'int&#233;r&#234;t d'un reportage en termes de risques. Pour moi, ce qui compte, c'est ce qu'il y a &#224; en dire. Couvrir un proc&#232;s, m&#234;me &#224; risque z&#233;ro, est tout aussi int&#233;ressant que d'aller en Irak. Et cette envie-l&#224; est rest&#233;e la m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a quand m&#234;me des choses qui vont changer dans votre fa&#231;on de faire votre m&#233;tier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui j'ai tendance &#224; dire non, mais c'est peut-&#234;tre encore un peu t&#244;t pour l'affirmer. Je vois un changement plus important dans mon m&#233;tier avec ce qui va se passer avec &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; et ses graves probl&#232;mes financiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit sur vous, et qui &#233;tait globalement tr&#232;s flatteur, a chang&#233; le regard que vous portez sur votre travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai jamais eu de probl&#232;me de reconnaissance dans mon journal. Les gens qui travaillent sont reconnus comme tels et je n'ai jamais eu besoin de &#171; prouver &#187; des choses. Peut-&#234;tre, quand j'ai voulu devenir grand reporter, je me suis d&#233;men&#233;e pour gagner ce statut, mais j'ai toujours &#233;t&#233; bien trait&#233;e dans mon m&#233;tier. Je n'ai jamais eu de probl&#232;mes professionnels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes une enfant g&#226;t&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, parce que j'ai gagn&#233; ce que j'ai fait. Quand je suis arriv&#233;e &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, j'&#233;tais secr&#233;taire de r&#233;daction et cela me plaisait beaucoup : c'&#233;tait technique, de la relecture, des corrections, trouver des titres... Et puis, &#224; un moment, j'ai eu envie d'&#233;crire. La direction m'a dit alors : &#171; &lt;i&gt;On ne t'a pas embauch&#233;e pour cela, alors pendant un an, tu feras double t&#226;che.&lt;/i&gt; &#187; J'ai donc travaill&#233; double et j'ai obtenu mon statut. Mais je suis rentr&#233;e sans piston, j'ai fait une &#233;cole, ce n'est pas mon milieu et je pense avoir honn&#234;tement gagn&#233; ma place.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez lu ce qui s'est dit ou &#233;crit durant votre d&#233;tention ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas beaucoup.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous l'impression que les m&#233;dias ont bien rendu compte de ce qui s'&#233;tait pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce genre d'affaire est toujours tr&#232;s difficile &#224; couvrir par les m&#233;dias car il y a peu d'informations et beaucoup d'&#233;motion. Ce sont des moments de temp&#234;tes pour les m&#233;dias. Des moments o&#249; l'on se trompe, o&#249; l'on peut dire un peu n'importe quoi. Mais il faut &#234;tre indulgent. Globalement il n'y a pas eu de malentendus importants. Et m&#234;me s'il y a eu des erreurs - je n'en sais rien - ce n'&#233;tait pas dans l'intention de nuire. Dire des b&#234;tises de bonne foi n'a rien &#224; voir avec des manipulations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les portraits dress&#233;s de vous ? Vous y apparaissez comme une sainte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une erreur de casting. Tr&#232;s sinc&#232;rement, je tiens &#224; r&#233;tablir la v&#233;rit&#233; : je suis odieuse, une peste. Je peux &#234;tre tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able. Pas du tout la personne qu'on d&#233;crit. Il y a eu une grosse erreur d'appr&#233;ciation sur moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais du coup, est-ce que vous vous &#234;tes pos&#233; la question de savoir si vous, quand vous faites le portrait de quelqu'un, vous ne pouvez pas vous tromper tout autant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, bien s&#251;r. Le portrait est un art tr&#232;s difficile. C'est toujours autant le portrait de celui qui le fait que de celui qui est repr&#233;sent&#233;. Il y a une part de soi plus que dans les autres papiers. La fa&#231;on dont on voit les gens, c'est toujours une lecture tr&#232;s personnelle, qu'on le veuille ou non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela vous conduira-t-il &#224; davantage de prudence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce que je trouve dangereux dans la profession, c'est la malhonn&#234;tet&#233;. L'autre probl&#232;me qui peut se poser, c'est la supercherie, comme les prostitu&#233;es &#224; Toulouse, quand elles donnent &#224; penser qu'elles disent la v&#233;rit&#233; alors qu'elles mentent. Dans les portraits, la part de subjectivit&#233; est normale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;crit sur les m&#233;dias. Nuanceriez-vous aujourd'hui certains de vos propos ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. A mon retour, je suis pass&#233;e de l'autre c&#244;t&#233;, comme objet de m&#233;dias, mais cela n'a rien chang&#233; de ce que je pensais des m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes inqui&#232;te pour &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. C'est tr&#232;s dur car je reviens, je suis toute contente de retrouver ma place, avec un c&#244;t&#233; &#171; rentr&#233;e des classes &#187; dans le sens festif du terme, et puis tout le monde fait la t&#234;te. Je n'arrive pas &#224; &#234;tre d&#233;sol&#233;e - je suis tellement contente d'&#234;tre l&#224; - mais je me rends bien compte que c'est affreux pour &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, et pour la presse quotidienne en g&#233;n&#233;ral qui pourrait, &#224; terme, &#234;tre condamn&#233;e. Les quotidiens ne peuvent pas continuer &#224; exister tels qu'ils sont, et c'est un probl&#232;me bien plus grave que de savoir si moi je vais avoir un probl&#232;me pour circuler dans la rue.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_557 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/AUBENAS10.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/AUBENAS10-9193e-ed9f9.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Il y a un gros probl&#232;me d'autocensure dans la presse. C'est sans doute ce qui s'est pass&#233;. Des questions auxquelles je ne pouvais pas r&#233;pondre n'ont pas &#233;t&#233; pos&#233;es. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquez-vous l'attitude des m&#233;dias &#224; votre &#233;gard ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par la solidarit&#233; professionnelle. Tout le monde s'est senti concern&#233;. Les rangs se sont resserr&#233;s autour d'un sentiment de danger. Par ailleurs, je ne suis pas conflictuelle dans une profession plut&#244;t faite de coteries, de conflits, de gu&#233;guerres. Je n'ai pas d'ennemis. Cela a jou&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'engouement populaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si je devais parler de moi comme d'une autre, je dirais que je suis simplement une journaliste qui n'a jamais fait de coup tordu. Il y a des m&#233;thodes plus ou moins d&#233;licates dans la profession, mais je n'ai jamais jou&#233; de mauvais tour et je pense que cela compte. Je suis une femme : cela aussi a d&#251; jouer, en rajoutant au c&#244;t&#233; &#171; pure victime &#187;. Je le regrette, mais une femme donne l'impression d'&#234;tre davantage d&#233;sarm&#233;e qu'un homme. Je ne le vois pas ainsi, mais dans l'imaginaire collectif, cela peut compter. Et puis, &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, on est une petite &#233;quipe, tr&#232;s soud&#233;e, et ils ont bataill&#233; &#224; fond. C'est un ensemble de choses. Ce n'&#233;tait pas le cas par exemple pour Chesnot et Malbrunot qui &#233;taient pigistes. Leurs r&#233;dactions se sont moins mobilis&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A travers vous, les Fran&#231;ais se sont m&#234;me r&#233;concili&#233;s avec les journalistes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il existe une schizophr&#233;nie envers la presse. On peut dire tout &#224; la fois que les journalistes, c'est la connivence, c'est &#171; copain-coquin &#187;, qu'ils n'ont rien compris &#224; rien, et au m&#234;me moment, s'enticher d'une journaliste. Les contraires cohabitent. Et puis, les prises d'otages ont contribu&#233; &#224; donner une perception inhabituelle des journalistes. Je suis devenue une personne, et c'est rare dans la presse &#233;crite. Avant, j'&#233;tais &#171; des articles &#187;. Les gens visibles sont les &#233;ditorialistes et ceux qui parlent au nom du journal, pas les reporters. Cela a donn&#233; un visage &#224; la presse &#233;crite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand vous &#234;tes revenue, vous avez eu des propos parfois contradictoires, sur les Roumains par exemple.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma r&#233;ponse &#224; cette question est : &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais avec Hussein, point &#224; la ligne.&lt;/i&gt; &#187; Ce que vous y comprenez ou non m'est &#233;gal. Je ne peux pas vous r&#233;pondre autre chose. Je dois faire cette r&#233;ponse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La solidarit&#233;, l'amiti&#233; journalistique n'ont-elles pas emp&#234;ch&#233; de vous poser certaines questions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peut-&#234;tre. Ce qui n'a pas emp&#234;ch&#233; certains journalistes, &#224; &lt;i&gt;l'Obs&lt;/i&gt; ou &#224; &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt;, de faire des enqu&#234;tes, des reportages. Et Chirac de remercier les Roumains d'avoir aid&#233; les services secrets fran&#231;ais...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La profession a-t-elle d&#233;couvert certaines de ses limites avec votre affaire ? Serait-elle moins intransigeante envers elle-m&#234;me qu'avec les autres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a un gros probl&#232;me d'autocensure dans la presse. C'est sans doute ce qui s'est pass&#233;. Des questions auxquelles je ne pouvais pas r&#233;pondre n'ont pas &#233;t&#233; pos&#233;es. Mais c'est un mal fran&#231;ais. Chez nous, les interviews ne mettent jamais les gens tr&#232;s en danger. Prenez les hommes politiques qui r&#233;pondent &#224; des questions : ils sont davantage soucieux de l'image qu'ils vont donner que des v&#233;rit&#233;s que l'on veut leur faire dire. L'interview en France a un caract&#232;re tr&#232;s r&#233;v&#233;rencieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous-m&#234;me avez &#233;t&#233; bien trait&#233;e par les m&#233;dias.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Relativement bien. Je n'ai pas subi de mise en cause, pas v&#233;cu de contre-enqu&#234;te sur ma vie. Certains ont &#233;crit des choses fausses, mais avec une marge d'erreur acceptable, sans esprit venimeux. Vous savez, les m&#233;dias sont un produit de la soci&#233;t&#233; : ils ont donc &#233;t&#233; sensibles &#224; l'atmo- sph&#232;re g&#233;n&#233;rale. J'&#233;tais per&#231;ue comme victime. On n'allait pas me mettre en danger.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est diff&#233;rent de ce qui s'est pass&#233; avec les Roumains. Ils ont &#233;t&#233; accus&#233;s d'avoir commandit&#233; leur enl&#232;vement. La question a &#233;t&#233; pos&#233;e de savoir s'ils &#233;taient complices ou non. Il y a eu une enqu&#234;te sur eux et leur famille, dans un climat de suspicion.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je ne veux surtout pas &#234;tre une ex-otage &#224; vie. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous lu les enqu&#234;tes qui ont &#233;t&#233; faites depuis votre lib&#233;ration ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, je ne les lis pas. Je n'en ai aucune envie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est devenu Hussein Hanoun, votre guide-accompagnateur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est &#224; Toulouse, et travaille pour une entreprise d'a&#233;ronautique. Le contre-exemple de ce qui aurait pu lui arriver, pour moi, c'&#233;tait Mohammed Al-Joundi, le fixeur de Chesnot et Malbrunot. J'aurais pris comme une offense personnelle qu'il se retrouve dans une HLM avec le RMI. Il a des papiers, un boulot, des conditions de vie d&#233;centes. &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; l'a pay&#233; jusqu'au bout, jusqu'&#224; ce qu'il se d&#233;brouille seul. Le contrat &#233;tait de lui payer un salaire pendant six mois, mais &#233;videmment, s'il avait fallu prolonger, on l'aurait fait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Mohammed, c'est d&#233;gueulasse. Mais qui est ce &#171; d&#233;gueulasse &#187; ? Pour moi, l'Etat fran&#231;ais n'a pas vocation &#224; aider Mohammed. Il devrait l'&#234;tre par un patron fran&#231;ais. Evidemment, le contexte est diff&#233;rent : Mohammed ne parle pas fran&#231;ais, Hussein oui. Il n'avait pas non plus la notori&#233;t&#233; d'Hussein &#224; son arriv&#233;e en France. Mais l'Etat lui a accord&#233; une aide et des papiers : c'est tout ce qu'il pouvait lui donner. Si un patron est scandalis&#233;, il n'a qu'&#224; l'embaucher ! Ce serait plus digne pour Mohammed.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Paul Kauffmann, ancien otage au Liban, d&#233;fend co&#251;te que co&#251;te son sauveur, Jean-Charles Marchiani, aujourd'hui aux prises avec la justice pour trafic d'influence. Qu'en pensez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je comprends pourquoi il le fait. Par fid&#233;lit&#233; &#224; son histoire. Jean-Paul est rest&#233; trois ans d&#233;tenu au Liban ; Marchiani repr&#233;sente &#224; jamais l'homme qui l'a d&#233;livr&#233;. Vous connaissez la citation de Camus : &#171; &lt;i&gt;Entre la justice et ma m&#232;re, je choisis ma m&#232;re.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous &#233;prouv&#233; de la culpabilit&#233;, un sentiment de dette, &#224; l'instar de nombreux otages ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De la culpabilit&#233;, certainement. Celle d'avoir rendu mes proches malheureux. D'avoir caus&#233; du souci, de l'angoisse. C'est cela qui me pr&#233;occupe plut&#244;t que la question de savoir si l'on va me reconna&#238;tre dans la rue demain matin. Quant au sentiment de dette, c'est plus confus. Quand je pense &#224; Ingrid Betancourt - elle a exactement mon &#226;ge - je me dis que c'est tr&#232;s difficile d'attendre quelqu'un. Moi je ne l'ai pas fait. Mais je ne veux surtout pas &#234;tre une ex-otage &#224; vie. Je suis un accident professionnel, pas une victime. Les risques d'enl&#232;vement, je les connaissais avant de partir en Irak. C'est comme si un ma&#231;on tombait d'un toit : on ne va pas lui en parler toute sa vie, en lui demandant s'il a le vertige, comment il se sent et s'il peut &#224; nouveau travailler. Non, je n'aimerais pas &#234;tre que cela.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le retour du moi</title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
		<dc:subject>Servant Schreiber</dc:subject>

		<description>Dans la famille - ou plut&#244;t la dynastie - Servan-Schreiber, nous avons choisi le psy-qui-r&#233;ussit.

-
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no7,15-.html" rel="directory"&gt;n&#176;7&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-vie-publique,12-+.html" rel="tag"&gt;Vie publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-servant-schreiber,179-+.html" rel="tag"&gt;Servant Schreiber&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH145/arton140-4b2e4.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='145' class='spip_logos' style='height:145px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Grand patron de presse - aujourd'hui pr&#233;sident de &lt;i&gt;Psychologies magazine&lt;/i&gt; -, &#233;crivain essayiste, chef de clan au calme olympien, empreint de spiritualit&#233; orientale, homme soucieux de son corps et de son esprit, entour&#233; de femmes - ses trois filles, sa seconde &#233;pouse Perla, vice-pr&#233;sidente du titre - et fid&#232;le &#224; ceux qu'il aime : tel est Servan-Schreiber. A l'&#226;ge o&#249; d'autres partent &#224; la retraite, il lance des &#233;ditions de &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; de Londres &#224; P&#233;kin, et a publi&#233; un livre sur les personnes &#226;g&#233;es, &#171; Une vie en plus &#187;. A 68 ans, &#171; JLSS &#187; se veut &#224; la fois acteur et analyste de la profonde mutation du &#171; moi &#187; dans nos soci&#233;t&#233;s.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Psychologies magazine&lt;/i&gt; est devenu, en quelques ann&#233;es, l'un des plus grands succ&#232;s de la presse fran&#231;aise. Aviez-vous pressenti la d&#233;ferlante &#171; psy &#187; au moment du rachat du titre en 1997 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas du tout. Si j'ai rachet&#233; &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt;, c'est d'abord parce que ce domaine m'int&#233;ressait personnellement. J'ai souvent agi ainsi dans mon m&#233;tier : choisir ce qui semblait me correspondre, en esp&#233;rant que j'arriverais &#224; convaincre mes contemporains de partager mes envies. J'ai pass&#233; un quart de si&#232;cle dans la presse &#233;conomique au moment des belles ann&#233;es de l'&#233;conomie fran&#231;aise. C'&#233;tait satisfaisant sur un plan professionnel mais un peu aust&#232;re sur le plan du contenu et de l'int&#233;r&#234;t des sujets. Arrivant &#224; un &#226;ge o&#249; il est permis, et m&#234;me recommand&#233;, de se faire plaisir - c'est aussi le th&#232;me de mon dernier livre - je me suis dit : je ne sais pas ce que sera ma vie professionnelle d&#233;sormais mais au moins, j'irai vers ce qui me pla&#238;t. Lorsque j'ai achet&#233; &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; (cr&#233;&#233; en 1970), il ne comptait gu&#232;re que 75 000 acheteurs, il portait un nom aust&#232;re, empreint de n&#233;vrose, et un avenir &#233;conomique extr&#234;mement &#233;triqu&#233;. Mais je me disais que j'allais peut-&#234;tre m'amuser. Mon choix a donc &#233;t&#233; dict&#233; par le principe de plaisir. Ensuite, j'ai fait de mon mieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer, huit ans apr&#232;s le lancement de la nouvelle formule, un tel envol ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne l'ai compris qu'un an seulement apr&#232;s la relance du titre, quand est parue en 1999 une enqu&#234;te du CCA, portant sur le style de vie des Fran&#231;ais. Elle r&#233;v&#233;lait que les Fran&#231;ais avaient cess&#233; de cocooner, de rester chez eux par peur de l'ext&#233;rieur. Ils nourrissaient toujours une grande m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des institutions dont ils n'attendaient pas grand-chose, mais ils ressentaient aussi une envie de prendre leur vie en main. Ils se disaient de plus en plus responsables de leur bien-&#234;tre et de leur bonheur. Cela m'a frapp&#233; et c'est peut-&#234;tre l'explication &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; des ventes exceptionnelles de &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt;, qui a aujourd'hui 2,2 millions de lecteurs, un peu plus que &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_568 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Couv-Beart.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L249xH324/Couv-Beart-cd958-e55e0.jpg' width='249' height='324' alt='' style='height:324px;width:249px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Psychologies magazine&lt;/i&gt;est aujourd'hui dans le peloton de t&#234;te des trois principaux titres f&#233;minins en France...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous n'avons pas lanc&#233; &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; comme un magazine f&#233;minin. Il l'est devenu par le choix des femmes qui l'ont achet&#233; &#224; 70 %. Quand on &#233;crit &#171; nous &#187; dans &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt;, on d&#233;signe le genre humain. &#199;a ne veut pas dire &#171; nous, les femmes &#187; comme dans &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Marie-Claire&lt;/i&gt;. C'est justement ce que nos lectrices appr&#233;cient. La presse f&#233;minine a incroyablement peu chang&#233; par rapport &#224; l'&#233;volution des femmes. Au cours des trente derni&#232;res ann&#233;es, elles ont totalement boulevers&#233; leur curriculum, leur position dans la soci&#233;t&#233;, leurs espoirs et on dirait que la presse f&#233;minine s'en est &#224; peine aper&#231;ue. Bien s&#251;r, il y a des journaux comme &lt;i&gt;Marie-Claire&lt;/i&gt; et, dans une moindre mesure, &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt;, qui consacrent des articles &#224; l'&#233;mancipation des femmes, leurs droits, la description de combats, etc. Mais c'est comme un encart militant dans un ensemble qui lui-m&#234;me reste fig&#233;. Le c&#339;ur de la presse f&#233;minine reste invariablement le m&#234;me : la mode, la beaut&#233;, le people, le showbiz, les relations amoureuses. Depuis notre succ&#232;s, tous les magazines f&#233;minins se sont saupoudr&#233;s de quelques pages psycho comme une sorte de potion magique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parlons de la presse f&#233;minine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle est paralys&#233;e parce qu'elle est d&#233;pendante des annonceurs. Leurs rubriques doivent co&#239;ncider avec les d&#233;sirs de ces derniers. Nous, nous nous sommes arrang&#233;s pour subsister autrement. Il n'y a pas une rubrique dans &lt;i&gt;Psycho&lt;/i&gt; qui n'existe que pour plaire aux annonceurs et nous sommes pourtant devenus un des supports principaux de la presse f&#233;minine haut de gamme. Prenons un exemple : les annonceurs des produits de beaut&#233; ont pris l'habitude de dire aux magazines : &#171; &lt;i&gt;On vous donne des pages, mais il nous faut tant de citations r&#233;dactionnelles. Et si vous ne nous les donnez pas, vous aurez moins de pages de pub...&lt;/i&gt; &#187; C'est le renvoi d'ascenseur codifi&#233;. Nous, nous avons surmont&#233; le probl&#232;me en leur disant : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a pas d'endroit o&#249; faire les citations, donc, on ne peut pas&lt;/i&gt; &#187;. Cette d&#233;marche a demand&#233; beaucoup d'&#233;nergie et de temps, mais les annonceurs ont fini par comprendre que l'essentiel c'est que nous leur offrons un lectorat de qualit&#233;. Les lectrices de &lt;i&gt;Psychologies &lt;/i&gt;sont des femmes exclusives, les 2/3 ne lisent pas de presse f&#233;minine. Nous avons ainsi pu conjuguer annonceurs et ind&#233;pendance r&#233;dactionnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est l'avenir selon vous de la presse magazine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La presse magazine souffre d'ob&#233;sit&#233;. Il y a trop de tout. Finalement, les raisons pour lesquelles les gens ach&#232;tent des magazines ne sont pas si nombreuses : d'abord l'information (ce sont les quotidiens et des magazines comme les news, &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Fig mag&lt;/i&gt;, etc.). La deuxi&#232;me cat&#233;gorie, massive, qui repr&#233;sente pr&#232;s de 50 % des ventes de kiosque, sont les hebdomadaires de t&#233;l&#233;vision. Au passage, la t&#233;l&#233; a sauv&#233; l'industrie des magazines puisqu'elle a permis la cr&#233;ation des hebdos de t&#233;l&#233; qui font un chiffre d'affaires consid&#233;rable. Il y a 14 ou 15 millions d'exemplaires de magazines t&#233;l&#233; vendus chaque semaine, et 8 ou 10 millions de magazines gratuits qui offrent le m&#234;me service. Aucun pays n'en poss&#232;de autant. Enfin la presse f&#233;minine poss&#232;de au moins 50 titres d'importance. Tous traitent des m&#234;mes sujets : les maillots de bain en avril, un sp&#233;cial astro, la mode... Chaque cat&#233;gorie comporte trop de titres, redondants entre eux. Comme la publicit&#233; n'augmente plus, la part de chacun a tendance &#224; diminuer. La cons&#233;quence actuelle, c'est le dumping face &#224; la concurrence. La seule originalit&#233; qu'on ait trouv&#233;e, c'est la baisse des prix de l'exemplaire et de la page de pub. C'est une politique suicidaire &#224; terme. L'effritement va se poursuivre. Les meilleurs survivront, mais il n'y aura pas &#224; manger pour tout le monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, vous avez voulu ajouter &#224; cette pl&#233;thore de titres, le mensuel &lt;i&gt;Mood&lt;/i&gt; que vous pr&#233;sentez comme un &#171; bim&#233;dia &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Mood&lt;/i&gt; est une exp&#233;rience sur un march&#233; difficile, celui des jeunes femmes de 15-24 ans. Nous avons voulu le confronter aux pr&#233;occupations de &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; : connaissance de soi, am&#233;lioration des relations aux autres, &#233;changes d'exp&#233;riences.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'enjeu est de comprendre lequel, du papier ou du web, est actuellement le m&#233;dia des nouvelles g&#233;n&#233;rations. La r&#233;ponse aura des cons&#233;quences sur notre d&#233;veloppement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi avoir c&#233;d&#233; 49 % du capital de &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; au groupe Hachette en 2004 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette vente m'a permis de me d&#233;velopper plus vite et de m'assurer une s&#233;curit&#233; financi&#232;re que je n'avais pas. Quand on travaille &#224; un &#226;ge o&#249; la plupart des gens sont d&#233;j&#224; &#224; la retraite, ce n'est pas n&#233;gligeable. Mais surtout, j'ai pu ainsi m'adosser &#224; un groupe dot&#233; de moyens puissants. Hachette est le plus grand &#233;diteur international de magazines. Son service de vente et de promotion au sein des magazines du groupe est un atout important pour le d&#233;veloppement de &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;tranger et pour le lancement de &lt;i&gt;Mood&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_569 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/couvchine3.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L253xH324/couvchine3-d24ca-79039.jpg' width='253' height='324' alt='' style='height:324px;width:253px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s l'Italie, l'Espagne, l'Angle-terre, &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; s'exporte aujourd'hui en Russie et, prochainement, en Chine. La qu&#234;te du &#171; mieux vivre &#187; est-elle universelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le cas chinois est le plus frappant. On sait qu'ils sont rapides &#224; avancer dans les m&#234;mes directions que nous, mais ils sont brutalement pass&#233;s d'une soci&#233;t&#233; de p&#233;nurie et de communisme &#224; une soci&#233;t&#233; de succ&#232;s individuel possible, de prise en main de leur propre destin. Face &#224; la comp&#233;tition et &#224; ce rythme effr&#233;n&#233; de croissance, une partie de la population est un peu d&#233;boussol&#233;e. Un certain nombre de femmes chinoises ont ressenti le besoin d'un titre comme &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt;, sorte de contrepoint &#224; cette situation un peu traumatisante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;videmment, il s'adresse &#224; une &#233;lite f&#233;minine urbaine, mais elle n'en est pas moins chinoise. A travers cette exp&#233;rience, on constate que dans chaque pays, une partie de la population est concern&#233;e par cette qu&#234;te personnelle et en ressent un r&#233;el besoin. En pratique, dans chaque pays, le magazine s'adapte, il a sa propre &#233;quipe locale qui, si possible, accommode les sujets avec ses propres t&#233;moignages, interviewe ses propres experts. En Chine et en Russie, ils veulent aussi des experts occidentaux qu'ils trouvent plus l&#233;gitimes. Mais les th&#233;matiques sont les m&#234;mes : s'&#233;panouir, maintenir sa relation aux autres en bon &#233;tat, faire face aux difficult&#233;s, savoir aborder un probl&#232;me, mieux se comprendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Envisagez-vous un d&#233;veloppement aux USA ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas &#224; l'ordre du jour. Aborder le march&#233; am&#233;ricain n&#233;cessite des investissements consid&#233;rables. Il n'y a aucune raison que le titre ne prenne pas aux USA mais il faut des moyens adapt&#233;s. &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; en France est un descendant du &lt;i&gt;Psychology Today&lt;/i&gt; am&#233;ricain, bimestriel qui vend tr&#232;s peu. Il est dans cette situation d'effacement presque complet sur son march&#233; dans lequel &#233;tait &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; quand je l'ai repris.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; A travers notre exp&#233;rience chinoise, on constate que dans chaque pays, une partie de la population est concern&#233;e par cette qu&#234;te personelle et en ressent un r&#233;el besoin. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mieux vivre sa vie &#187; : tel est le sous-titre de &lt;i&gt; Psychologies&lt;/i&gt;. Pensez-vous &#171; soigner &#187; notre soci&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord, &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; n'est pas id&#233;ologique, c'est un journal pragmatique. Son succ&#232;s correspond &#224; cette demande de rep&#232;res, de pragmatisme qui permet le bonheur. Il est important d'&#234;tre au plus pr&#232;s de la r&#233;alit&#233;. A tout instant, savoir &#233;valuer la situation dans laquelle on est vraiment. Ensuite, il faut se rendre compte que cela pourrait &#234;tre pire, que nos probl&#232;mes ne sont rien compar&#233;s &#224; d'autres. Enfin, il faut voir que la vie ordinaire peut &#234;tre gratifiante. Le contentement se trouve dans l'instant pr&#233;sent. Bref, il faut chercher le plaisir dans le quotidien, s'y rendre sensible, le rep&#233;rer. Il faut se demander chaque jour : o&#249; j'en suis ? Quelles sont les sources de plaisir imm&#233;diates ? De plus, &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; n'est pas un journal pour tous mais pour chacun. Nous ne cherchons pas &#224; &#171; soigner &#187; mais &#224; aider &#224; se conna&#238;tre et &#224; s'&#233;panouir. &lt;i&gt;Psycho&lt;/i&gt; est un magazine miroir, dans lequel chacun peut trouver des situations qui le concernent, qui touchent &#224; sa propre vie. Plus on se pose de questions sur soi, sur ses relations avec les autres, plus on a de chances d'&#234;tre heureux. Plut&#244;t que de donner des conseils pratiques trop normatifs, nous pr&#233;f&#233;rons sugg&#233;rer des pistes, des rep&#232;res, pas des mod&#232;les. Poser des questions, c'est d&#233;j&#224; s'offrir une chance d'y r&#233;pondre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; n'est-il pas le reflet d'une soci&#233;t&#233; r&#233;solument tourn&#233;e sur elle-m&#234;me, de l'individu repli&#233; dans une sorte de &#171; culte du moi &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une interpr&#233;tation journalistique un peu banale, devenue presque automatique. Le ph&#233;nom&#232;ne est bien plus int&#233;ressant. Ce n'est pas du nombrilisme g&#233;n&#233;ralis&#233;. C'est ce que les Am&#233;ricains appelleraient &#171; the empowerment &#187;, c'est-&#224;-dire la prise en main de l'individu par lui-m&#234;me. C'est &#224; la fois une forme de responsabilisation qui va contre toutes les tendances de l'apr&#232;s-guerre qui &#233;taient de s'en remettre &#224; l'Etat, &#224; la soci&#233;t&#233;, aux institutions, aux m&#233;canismes de compensation dans la r&#233;partition des richesses et dont les ann&#233;es 90 ont montr&#233; les limites. Plut&#244;t que de soumettre leur destin &#224; des pouvoirs ext&#233;rieurs, les individus ont pris conscience que c'est leur affaire et leurs responsabilit&#233;s. Il ne s'agit plus de contribuer &#224; un projet social, il s'agit de s'en sortir avec ses propres moyens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est le mot d'ordre aujourd'hui : &#171; chacun pour soi &#187;, &#171; moi d'abord &#187; ou &#171; apr&#232;s moi, le d&#233;luge &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je dirais : &#171; &lt;i&gt;Chacun pour soi et pour la relation que j'&#233;tablis au monde.&lt;/i&gt; &#187; Cette qu&#234;te personnelle est accompagn&#233;e d'un grand besoin relationnel. Il ne s'agit pas d'un &#171; apr&#232;s moi le d&#233;luge &#187;. Au contraire. Alors que la famille est mise au pinacle, alors m&#234;me que les id&#233;ologies politiques et religieuses ont montr&#233; leurs limites, l'amiti&#233;, l'amour, tout ce qui est &#171; lien &#187; est plus valoris&#233; que jamais. Le contenu, le c&#339;ur de &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt;, c'est la relation aux autres, enfants, parents, amis... Et surtout, la relation &#224; soi-m&#234;me. Ce n'est pas synonyme d'un culte du moi. Toutes les id&#233;ologies d'origine religieuse ou politique - et on a vu que souvent les id&#233;ologies politiques &#233;taient simplement un d&#233;calque des id&#233;ologies religieuses - avaient en commun, presque comme premier principe, l'oubli de soi et, d'une certaine mani&#232;re, la mise en accusation de tout ce qui revendique le bonheur individuel, lequel d&#233;clenchait jadis la culpabilit&#233;. Nous n'en sommes pas encore compl&#232;tement sortis...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Comme l'amour ou la chance, le bonheur ne se cherche ni ne se trouve, il nous advient. Ce qui ne veut pas dire que l'on n'y puisse rien. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les ann&#233;es 70 &#233;taient, elles aussi, plac&#233;es sous le signe d'une qu&#234;te de soi. Cette exploration int&#233;rieure a d&#233;bouch&#233; sur une &#233;nergie &#224; partager au nom d'id&#233;aux pacifistes, libertaires, &#233;galitaires. On s'est tourn&#233; vers l'Orient, la d&#233;couverte de philosophies orientales. Aujourd'hui, l'individu semble prisonnier de son propre regard r&#233;flexif. N'est-ce pas la conclusion d'un si&#232;cle qui a &#233;chou&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je r&#233;cuse cette interpr&#233;tation. Au contraire, j'analyse cette &#233;volution comme une maturit&#233; de l'individu qui compte moins sur le monde ext&#233;rieur pour que sa vie se passe bien. C'est un progr&#232;s, une lib&#233;ration. L'exaltation des ann&#233;es 70 &#224; vouloir changer le monde et &#224; changer la vie &#233;tait une r&#233;action d'adolescent. Pour se d&#233;gager des carcans, l'individu a commenc&#233; par une r&#233;action sinon infantile, du moins adolescente, qui &#233;tait de croire que tout &#233;tait possible. On a d'abord eu la destruction des id&#233;ologies parce qu'elles se sont r&#233;v&#233;l&#233;es invivables, voire criminelles. Ensuite, on s'est plong&#233; dans une sorte de transcendance sociale, avec la conviction qu'on allait pouvoir &#171; changer la vie &#187;. Le point d'orgue co&#239;ncide avec l'&#233;lection de Mitterrand. Depuis, les illusions se sont effondr&#233;es. Donc, de l'adolescence &#224; la maturit&#233;, c'est un processus de mise en r&#233;alit&#233;. Nous sommes dans une p&#233;riode de prise en main. On n'a plus d'illusions sur la soci&#233;t&#233;. On ne veut plus qu'on nous raconte des histoires. On a compris que nous devions nous en occuper nous-m&#234;mes. On peut essayer de changer sa vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Chardonne &#233;crit dans son roman &#171; Claire &#187; : &#171; &lt;i&gt;Les hommes seraient plus heureux si on leur parlait moins du bonheur.&lt;/i&gt; &#187; Qu'en pensez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le bonheur, tout le monde en veut et c'est bien l&#233;gitime. Mais qui saurait exactement le d&#233;finir ? Est-il fugace, durable ? Peut-on se le procurer ? Boris Cyrulnik aime &#224; citer un de ses patients : &#171; &lt;i&gt;J'ai souvent connu le bonheur, mais &#231;a ne m'a pas rendu heureux.&lt;/i&gt; &#187; Comment faire la diff&#233;rence entre la satisfaction de l'instant et le sentiment de vivre &#224; l'aise dans la plupart des circonstances ? La prosp&#233;rit&#233; mat&#233;rielle, r&#233;pandue &#224; notre &#233;poque, ne garantit nullement le bonheur, alors que le d&#233;nuement contribue &#224; rendre malheureux. Donc on ne sait pas comment atteindre le bonheur et souvent ce n'est qu'apr&#232;s coup que l'on peut dire : &#171; &lt;i&gt; Ce jour-l&#224;, cette ann&#233;e-l&#224;, j'&#233;tais heureux.&lt;/i&gt; &#187; Mais le savait-on dans l'instant ? Colette disait : &#171; &lt;i&gt;J'ai eu une vie heureuse. Mon seul regret est de ne pas m'en &#234;tre aper&#231;ue plus t&#244;t.&lt;/i&gt; &#187; Comme l'amour ou la chance, le bonheur ne se cherche ni ne se trouve, il nous advient. Ce qui ne veut pas dire que l'on n'y puisse rien. Le bonheur, l'amour ou la chance sont des oiseaux qui nous visiteront plus facilement si l'on a su leur pr&#233;parer un nid et que l'on n'a pas ferm&#233; la fen&#234;tre. Je crois donc que Chardonne a raison, &#224; trop parler du bonheur on risque de le tenir &#224; distance.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_567 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/JLSScan002.jpg&quot; title='Photos : G&#233;rard Rancinan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH324/JLSScan002-d51b9-2bfcb.jpg' width='324' height='324' alt='Photos : G&#233;rard Rancinan' style='height:324px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-567 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;Photos : G&#233;rard Rancinan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le souci de soi est-il compatible avec un projet social ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Souvenons-nous de l'utopie marxiste : lorsqu'on sera arriv&#233; &#224; une soci&#233;t&#233; d'abondance, lorsque tout le monde sera servi selon ses besoins, il n'y aura plus besoin d'un Etat contraignant. On a vu ce qu'il &#233;tait advenu de ce projet. Le communisme a fait faillite, mais, dans les pays prosp&#232;res, nous approchons d'un d&#233;p&#233;rissement de l'Etat. Dans nos soci&#233;t&#233;s occidentales, la prosp&#233;rit&#233; se g&#233;n&#233;ralise, les m&#233;canismes de compensation sociale sont nombreux (bien s&#251;r, il y a toujours des gens qui souffrent et des exclus, mais ils constituent des minorit&#233;s). La majorit&#233;, b&#233;n&#233;ficiant d'une vie agr&#233;able, se d&#233;sint&#233;resse du projet politique. Elle est lib&#233;r&#233;e pour consacrer son &#233;nergie &#224; la lourde et int&#233;ressante t&#226;che de vivre. Dire que ce qui est important pour un individu c'est de vivre sa vie, c'est tourner le dos &#224; un projet politique. Celui-ci commence par : d'abord mobilisez-vous, regardez tous dans la m&#234;me direction. On ne veut plus de cela. Je ne consid&#232;re pas cela comme une d&#233;g&#233;n&#233;rescence du projet social. Il se reconstituera toujours, tout seul, sur de nouvelles bases.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A quelle n&#233;cessit&#233; r&#233;pond aujourd'hui votre dernier ouvrage &#171; Une vie en plus &#187; sur la long&#233;vit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La vieillesse, c'est tr&#232;s long. Raison de plus, comme disait Mark Twain, pour ne pas la commencer trop t&#244;t. A travers ce livre, nous cherchons des pistes pour prolonger non pas la jeunesse, mais la vitalit&#233;. C'est une vraie nouvelle fronti&#232;re pour les g&#233;n&#233;rations &#224; venir. Ind&#233;niablement, les comportements humains constituent un territoire immense que l'on commence seulement &#224; explorer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &quot;Les vrais stars sont nos clients&quot;</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Les-vrais-stars-sont-nos-clients,141.html</link>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
		<dc:subject>Berluti</dc:subject>

		<description>Comment devenir une l&#233;gende sans faire de pub ? La diva des bien chauss&#233;s r&#233;pond.

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH116/arton141-1f373.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='116' class='spip_logos' style='height:116px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Chez Berluti, on a chauss&#233; et on chausse toujours le monde entier. Ici, on ne vient pas acheter des chaussures, mais des souliers. La communication du luxe est un art difficile. Olga Berluti le ma&#238;trise &#224; la perfection, d&#233;montrant que, dans certains cercles d'initi&#233;s, la notori&#233;t&#233; ne passe pas n&#233;ces-sairement par la publicit&#233; mais par le bouche &#224; oreille. Les bouches sont grandes, les oreilles aussi.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est aujourd'hui votre r&#244;le chez Berluti ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis directrice artistique, en charge de l'image et des produits Berluti. Pour &#234;tre claire, je suis en charge de la cr&#233;ation et de la fabrication des prototypes qui, ensuite, deviennent des souliers Berluti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je gratte, je tire, j'&#233;tire, je forme, je couds, je teins, je cire des peaux pour les plier aux formes que j'ai imagin&#233;es. Des formes qui viennent &#224; la fois de mon &#226;me et de mon &#233;coute du client. En fait, je suis plus &#224; l'&#233;coute du client et du monde que de ce que l'on pourrait appeler &#171; l'int&#233;r&#234;t de ma soci&#233;t&#233; &#187;. Lorsqu'un mod&#232;le est cr&#233;&#233; et accept&#233;, il m'&#233;chappe et ce sont les &#171; commerciaux &#187; qui s'en occupent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes aussi responsable de l'image de Berluti ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, parce que c'est une image tout &#224; fait particuli&#232;re, exceptionnelle. Une image historique qui ne peut en aucun cas &#234;tre alt&#233;r&#233;e par une communication vulgaire. Par &#171; vulgaire &#187; j'entends &#171; commune &#187;. Notre client&#232;le est celle du luxe, ce qui ne veut pas toujours dire une client&#232;le riche. Nous comptons dans nos clients des personnalit&#233;s internationales c&#233;l&#233;brissimes et des hommes aux revenus modestes, qui savent que le luxe n'est pas une question de marque ou de label, mais un sentiment d'accord avec soi-m&#234;me. Le luxe est intemporel et universel &#224; la diff&#233;rence de la mode qui est &#233;ph&#233;m&#232;re. Le luxe, c'est une lame de fond.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les m&#233;dias, on parle beaucoup des souliers Berluti mais assez peu de vous en tant que cr&#233;atrice.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est quelque chose qui me va tr&#232;s bien ! Les vraies stars de la maison Berluti sont nos clients, et ce n'est pas nous qui en parlons.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_570 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/BERLU115.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/BERLU115-f641d-4f81e.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ne pas &#234;tre personnellement m&#233;diatis&#233;e est une volont&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais moi je n'ai pas &#224; &#234;tre m&#233;diatis&#233;e ! Je suis une ouvri&#232;re. Je l'ai toujours &#233;t&#233;. Je passe ma vie dans mon atelier et ce sont mes clients qui viennent &#224; ma rencontre. Je sais caresser les peaux, deviner qui elles sont, subodorer ce qu'elles veulent devenir. Je connais les huiles essentielles et me sers d'elles, un peu comme les sorci&#232;res du XVIIIe si&#232;cle connaissaient les herbes et m&#233;langeaient leurs philtres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquez-vous que vos souliers sont sans doute parmi les plus fameux du monde ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce que nos clients en parlent. C'est la meilleure publicit&#233;. Venir se chausser chez nous proc&#232;de, si j'ose dire, d'une d&#233;marche. On ne vient pas chez Berluti comme on va ailleurs. On ne porte pas des souliers Berluti comme d'autres chaussures. L'homme ordinaire qui entre chez nous et en ressort chauss&#233; est un homme exceptionnel en devenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos souliers sont directement responsables de ce &#171; devenir exceptionnel &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais non bien s&#251;r ! Ne faites pas comme si vous n'aviez pas compris ! Ce ne sont pas les souliers qui sont en cause, c'est l'homme qui a fait le choix de les porter ! Et cet homme-l&#224; est toujours dans la bonne lumi&#232;re. Les &#234;tres d'exception sont toujours dans la bonne lumi&#232;re. J'aime la lumi&#232;re... Le luxe c'est la lumi&#232;re. Lumi&#232;re se traduit en latin par Lux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Puisque la communication passe par vous, selon quels crit&#232;res acceptez-vous ou refusez-vous les reportages sur Berluti ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis extr&#234;mement sollicit&#233;e par les journalistes de presse et de t&#233;l&#233;vision et ne donne que tr&#232;s, tr&#232;s rarement une interview. Je n'aime pas parler de moi. Encore une fois, je suis une ouvri&#232;re et je tiens &#224; le rester. Parler &#224; la t&#233;l&#233;vision, r&#233;pondre &#224; une interview, c'est un m&#233;tier. &#199;a n'est pas le mien. Professionnellement, je n'accepte donc de rencontrer que des journalistes en qui j'ai confiance. Et puis, je n'ai pas d'ego. Je sors avec mon caddie faire mes courses dans le quartier et ne pas &#234;tre reconnue dans la rue me convient parfaitement. Je serais bien incapable de g&#233;rer une image de moi en ic&#244;ne ou en star !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On parle quand m&#234;me beaucoup de vous dans la presse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, mais &#231;a, c'est votre travail &#224; vous journalistes. &#199;a ne me d&#233;range absolument pas qu'on y parle de Berluti. Et quand il m'arrive de donner une interview, si je m'aper&#231;ois que mes propos ont &#233;t&#233; peu ou prou d&#233;vi&#233;s, dans le fond &#231;a ne me d&#233;range pas parce que nos clients, ceux qui me connaissent, savent rectifier. Ceux qui ne me connaissent pas ressentent l'&#233;motion qui sourd des propos et c'est bien suffisant. J'avoue que, jusqu'&#224; pr&#233;sent, j'ai eu la chance de n'avoir eu affaire qu'&#224; de bons journalistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il des publications dans lesquelles vous n'accepterez pas d'&#234;tre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, mais l&#224;, il faut que je m'explique. En ce qui concerne Berluti bottier, je n'ai aucun contr&#244;le sur ce que publie un magazine ou un journal. Le m&#233;dia prend la responsabilit&#233; de ce qu'il &#233;crit. Sur le plan personnel, il me faut un certain temps pour pardonner &#224; une publication d'avoir mal trait&#233; un client en ne l'ayant pas jug&#233; selon toutes les informations le concernant. C'est tellement facile de d&#233;molir quelqu'un sans prendre en compte toutes les informations p&#233;riph&#233;riques. C'est l&#224; quelque chose qui me r&#233;volte. Si ce magazine n'a pas mis cet homme dans la juste lumi&#232;re, il ne le fera pas non plus ni pour moi, ni pour ma maison. Donc je m'abstiens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est votre strat&#233;gie de communication ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous n'en avons pas. Nous ne communiquons pas sur le produit en lui-m&#234;me mais sur une certaine id&#233;e des hommes en Berluti. Tr&#232;s souvent je cr&#233;e moi-m&#234;me le concept de publicit&#233; pour la presse et il arrive que je fasse les photos. Sur ces photos, on ne voit que le bas d'un pantalon ou d'un jean qui casse sur une paire de souliers. L'id&#233;e est simple : l'homme qui est au-dessus et qu'on ne voit pas, &#231;a pourrait &#234;tre vous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais avez-vous au moins un vocabulaire de communication ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Il n'a pas chang&#233;. Ce sont des r&#233;f&#233;rences &#224; la po&#233;sie, l'imaginaire, la sensualit&#233;, le confort, la technique, l'exceptionnel, l'unicit&#233;... L'exception et la po&#233;sie font partie int&#233;grante des r&#232;gles Berluti. En fait, chez Berluti, on ne vend pas. On &#233;change. En 45 ans chez Berluti, je n'ai jamais encaiss&#233;. C'est toujours quelqu'un d'autre qui le fait. Moi je ne suis pas l&#224; pour vendre, mais pour guider un homme vers les souliers qui lui correspondent le mieux. Je le guide vers un r&#234;ve qu'il lui appartient de transformer en r&#233;alit&#233;. Je ne peux donc pas avoir avec lui un rapport p&#233;cuniaire, v&#233;nal. Ces souliers qu'il va mettre, qui vont faire partie de sa personnalit&#233;, ils n'ont pas de prix. Moi, je les lui offre. Ce que je lui offre aussi, c'est un peu de mon imagination et de mon amour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, quelle est l'image de Berluti ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des souliers faits pour des hommes qui ne sont pas des objets, mais des &#234;tres &#224; part enti&#232;re. Des hommes qui aiment le luxe sans ostentation mais avec une certaine originalit&#233;. Des hommes qui retrouvent dans leurs souliers une id&#233;e de sensualit&#233; et de plaisir. Un jour, un client m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Quand je suis dans un d&#238;ner et que je m'ennuie, je regarde mes souliers et &#231;a va tout de suite beaucoup mieux !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et cette image est payante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a 45 ans, les hommes qui poussaient notre porte &#233;taient rares. Berluti &#233;tait une maison qui avait d&#233;j&#224; cette r&#233;putation de singularit&#233;, mais son adresse &#233;tait assez confidentielle. Je dirais presque secr&#232;te. Aujourd'hui, les fronti&#232;res et la communication se sont ouvertes et nous sommes entr&#233;s dans une &#232;re de globalisation culturelle. Les hommes d'exception habitent le monde et ont la libert&#233; de venir chez nous. Nous, nous chaussons toujours avec la m&#234;me humilit&#233;, nous avons toujours la m&#234;me qualit&#233; l&#233;gendaire, mais du fait m&#234;me de cette ouverture, les hommes qui viennent chez nous sont beaucoup plus nombreux. Ce sont eux qui parlent de Berluti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne faites pas tellement de publicit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'aime pas trop &#231;a. Je n'aime pas ce que la publicit&#233; ach&#232;te. Comment vous expliquer sans que vous me trouviez confuse alors que c'est si clair dans ma t&#234;te... Quand je vois des pages et des pages de publicit&#233; achet&#233;es par les grandes maisons, je ne peux pas m'emp&#234;cher de penser aux petits artisans qui n'ont pas ces moyens-l&#224;. Beaucoup ont du talent et du savoir-faire, mais on n'en parle pas. Alors ils survivent comme ils peuvent, difficilement, et ils disparaissent. Un artisan qui dispara&#238;t c'est une partie de notre m&#233;moire qui meurt.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que le fait d'avoir &#233;t&#233; rachet&#233; par le groupe LVMH a chang&#233; pour Berluti ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notre maison est devenue un peu moins familiale. C'est maintenant une soci&#233;t&#233; structur&#233;e qui ouvre des boutiques partout dans le monde, m&#234;me en Chine. Mais ce qui n'a pas chang&#233;, c'est la qualit&#233; et l'unicit&#233; de nos souliers.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_572 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/427.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L215xH324/427-8d8a2-cf483.jpg' width='215' height='324' alt='' style='height:324px;width:215px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pr&#233;sentez r&#233;guli&#232;rement de nouvelles collections ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais non ! &#199;a ne veut rien dire pour moi un &#171; nouveau mod&#232;le &#187;. Je ne pr&#233;sente des nouveaux mod&#232;les que lorsque je suis pr&#234;te. Nos souliers sont intemporels - il y a d'ailleurs des clients qui les l&#232;guent &#224; leurs enfants. Cela ne veut pas dire que nous restons fig&#233;s dans la l&#233;gende. Je suis &#224; l'&#233;coute de la marche du monde. M&#234;me si une paire de Berluti n'est jamais d&#233;mod&#233;e, les hommes d'aujourd'hui ne se chaussent plus comme il y a 45 ans. Mais nous n'avons pas de &#171; gammes &#187;. Je ne fais pas du bleu, du jaune, du vert ou du noir parce que c'est &#224; la mode, mais tr&#232;s curieusement il se trouve que mes id&#233;es deviennent &#171; &#224; la mode &#187;. Donc nous sommes copi&#233;s... quand nos souliers sont copiables !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il des formes dont vous r&#234;vez, que vous dessinez et qu'ensuite vous devez apprendre &#224; faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais tout le temps ! &#199;a n'est que &#231;a ! Mes souliers naissent des r&#234;ves de mes clients. Je leur donne corps en les dessinant et ensuite, je dois &#171; apprendre &#187; &#224; les faire. Il y a des difficult&#233;s techniques qu'il faut surmonter, des cuirs sp&#233;cifiques qu'il faut apprivoiser, des coloris qu'il faut inventer. &#199;a prend du temps. C'est pour &#231;a que je n'ai pas d'assistants ! Oh ! j'ai essay&#233; ! J'ai eu des jeunes gens et des jeunes filles magnifiques. Pleins d'id&#233;es. Mais des id&#233;es dans l'air du temps... donc d&#233;j&#224; d&#233;mod&#233;es. Pour moi, chaque paire de souliers est un d&#233;fi et je ne suis en comp&#233;tition qu'avec moi-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous arrivez toujours &#224; r&#233;aliser le r&#234;ve...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'y arrive souvent. Et quand je n'y arrive pas, je d&#233;tourne. Je d&#233;truis et je reconstruis. Je blesse le cuir et je le rapi&#232;ce... Les deux questions principales que je me pose devant un mod&#232;le en gestation sont : en quoi ces souliers sont-ils des Berluti et en quoi sont-ils magnifiques ? Je n'aime pas le &#171; joli &#187;. Je n'aime que ce qui a de la force. De la personnalit&#233;. Je suis le pire censeur de mes propres cr&#233;ations et je ne supporte m&#234;me pas l'id&#233;e qu'une paire de souliers pourrait ne pas &#234;tre port&#233;e. Que la vache soit morte pour rien ! Que l'ouvrier ait transpir&#233; pour rien ! Que je me sois crev&#233; les yeux et rong&#233; les mains pour rien ! Un mod&#232;le qui ne marcherait pas, c'est le pire des cauchemars. La peste bubonique et le chol&#233;ra ensemble ! Je ne cr&#233;e pas dans l'air du temps et surtout pas pour passer le temps. Ce sont nos souliers qui, eux, indestructibles, passent dans le Temps et laissent dans le Temps l'empreinte de l'homme qui les porte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fait d'&#234;tre chauss&#233; par Berluti correspond-il &#224; un code social ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne sais m&#234;me pas de quoi vous me parlez ! Il appartient aux hommes qui portent des Berluti d'&#233;tablir, s'ils le veulent, des codes sociaux. Cette id&#233;e n'est pas incluse dans la livraison de nos souliers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'ai l'impression &#224; vous entendre que vous avez le m&#234;me cheminement cr&#233;ateur qu'un sculpteur ou un peintre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a de &#231;a ! Un artiste cr&#233;ateur ne fait pas deux expositions par an, l'une en &#233;t&#233;, l'autre en hiver, parce qu'il faut les faire ! Il travaille et, au moment o&#249; il se sent pr&#234;t, il pr&#233;sente ses &#339;uvres. C'est pareil pour moi. Et les clients le savent bien qui n'auraient jamais l'id&#233;e d'entrer chez nous pour voir les &#171; nouveaux mod&#232;les &#187;. Ils savent s'il y a ou non des choses nouvelles et ils n'ont pas besoin pour cela que l'on communique dans la presse ou &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que les hommes qui viennent chez vous vous suivent aveugl&#233;ment ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce serait leur faire insulte et dire qu'ils ne sont pas aussi exceptionnels que je le pr&#233;tends. Une paire de souliers Berluti est comme une sonate jou&#233;e &#224; quatre mains. Je travaille seule dans mon atelier mais ce qui sort de mes mains, de ma t&#234;te, de mon c&#339;ur et quelquefois de mes tripes n'est pas une cr&#233;ation sans racine. Elle est n&#233;e d'une conversation impromptue durant laquelle un homme m'a dit, quelquefois sans y toucher, quelquefois il ne l'a pas dit mais je l'ai devin&#233;, quelquefois c'est un d&#233;sir lointain inconscient, non formul&#233; avec pr&#233;cision, non explicit&#233;, ce qui lui conviendrait le mieux pour &#234;tre au mieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est de l'analyse freudienne que vous faites ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas du tout. Il suffit d'aimer les &#234;tres et de savoir les &#233;couter m&#234;me dans ce qu'ils ne disent pas concr&#232;tement. Le reste est de moi. La cr&#233;ation...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous allez chercher l'&#226;me chez vos clients ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous ne croyez pas si bien dire ! L'un de mes slogans est &#171; &lt;i&gt;vos souliers ont une &#226;me&lt;/i&gt; &#187;. Ils ont une &#171; &#226;me technique &#187; - c'est un &#233;l&#233;ment essentiel qui entre dans la fabrication du soulier - et ils ont une &#226;me dans le sens quasi spirituel, mystique du terme, une &#226;me envisag&#233;e comme un &#233;l&#233;ment essentiel de la vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez chauss&#233; le monde entier, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Allez... On va dire oui !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et j'imagine que si vous le pouviez, vous ouvririez un atelier sur la lune histoire de chausser les... lunatiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des lunatiques, nous en avons d&#233;j&#224; quelques-uns qui viennent chez nous. Des lunaires aussi. Souvent des martiens, des v&#233;nusiens, des solaires, des jupit&#233;riens et quelquefois des ovnis ! Et je les aime autant les uns que les autres. Mais vous savez, j'ai aussi chauss&#233; des hommes qui ont march&#233; sur la Lune.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'affaire Roland Dumas a-t-elle eu un impact n&#233;gatif ou positif sur l'image Berluti ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Franchement, je ne sais pas... Nous sommes bottiers, pas juges.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que vous avez le temps de lire la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je le prends, chaque matin. J'aime les pages qui claquent, le toucher du papier. J'aime les gros titres bien gras qui disent pratiquement tout en quelques mots. J'aime savoir qui &#233;crit, qui sont les r&#233;dacteurs en chef, les journalistes. Il y en a que je ne connais pas mais je sais que ce sont des amis. Je suis sensible &#224; l'&#233;criture de certains journalistes. A la fa&#231;on dont ils disent les choses. A leur pudeur quand ils veulent rester d&#233;tach&#233;s pour dire l'horreur qu'ils ont vue et pourtant, quelquefois, au d&#233;tour d'une phrase, derri&#232;re une virgule, on voit la cassure, la douleur d'avoir &#233;t&#233; t&#233;moins de ce qui s'est pass&#233;. J'aime les photos. Celles qui parlent, qui disent, ou qui, quelquefois, ne disent pas tout. J'aurais voulu &#234;tre &#233;crivain...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous l'&#234;tes un peu...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je raconte des histoires avec mes souliers. A moins que &#231;a ne soit eux qui m'en racontent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous regardez la t&#233;l&#233;vision ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La nuit. Principalement les films et les documentaires.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_571 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/BERLUT7.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/BERLUT7-6068e-2c1fe.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cin&#233;ma est aussi l'une de vos activit&#233;s...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;... annexe. Dites bien, annexe. J'ai cr&#233;&#233; des costumes pour des films. J'ai eu le bonheur d'avoir &#233;t&#233; r&#233;compens&#233;e par des prix. Mais je ne suis pas une professionnelle de la chose. Ce sont toujours des amis proches, acteurs, r&#233;alisateurs, producteurs, qui me demandent d'intervenir sur un film. Je ne le fais que si j'aime l'histoire et les gens qui la racontent. Sinon, &#231;a ne fonctionne pas. Je ne fais les choses que par amour. Que par coup de c&#339;ur. Mais m&#234;me face &#224; des films auxquels j'ai particip&#233;, j'ai un regard de spectatrice.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je viens de lire dans un magazine f&#233;minin ces propos d'une styliste c&#233;l&#232;bre : &#171; &lt;i&gt;toutes les femmes r&#234;vent de porter les souliers d'Olga Berluti de la collection &#171; rapi&#233;c&#233;e - repris&#233;e &#187; qu'elle ne fait qu'exclusivement pour les hommes. C'est de la discrimination !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ah ! c'est joli &#231;a... &#199;a me touche beaucoup !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et elle ajoute &#171; &lt;i&gt; comme je n'avais pas le choix, je suis all&#233;e m'acheter cette paire de Berluti pour homme dans ma pointure !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eh bien, voil&#224; une femme ouverte, libre dans sa t&#234;te, qui dit ce qu'elle pense, ce qu'elle veut vivre, et qui le dit bien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certes, mais vous ne chaussez que les hommes. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peut-&#234;tre qu'un jour je chausserai les femmes... Je l'ai d&#233;j&#224; fait, mais tr&#232;s rarement, pour des amies proches.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a des clients qui vous ont marqu&#233;e ? Qui vous ont appris quelque chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous les clients m'apprennent quelque chose. Je me souviens de Picasso venu chercher une paire de sandales et qui a pris un soulier expos&#233;, l'a manipul&#233; longuement, l'a regard&#233; sous toutes ses coutures et l'a repos&#233; sans un mot. Ce mod&#232;le est curieusement devenu l'un des grands classiques Berluti. D'un seul regard Picasso ne s'y &#233;tait pas tromp&#233;. Je pourrais vous parler de l'imagination de Warhol pour qui - et avec qui - faire une paire de souliers &#233;tait une v&#233;ritable aventure. J'ai r&#233;cemment ressorti toutes les formes de Warhol et je me suis aper&#231;ue que cet homme m'avait appris mon m&#233;tier parce qu'&#224; chaque paire, il me posait un probl&#232;me artistique et technique et que c'&#233;tait &#224; moi de trouver la solution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est l'homme qui vous a le plus s&#233;duite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oh ! il y en a beaucoup ! J'ai ador&#233; Sergio Leone qui &#233;tait un grand enfant po&#232;te et artiste. Truffaut et sa discr&#233;tion de grand bourgeois mais qui savait toujours tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il voulait. Cocteau pour son modernisme et la complicit&#233; que nous avions dans les choses et les id&#233;es extr&#234;mes. Jean Marais aussi, un prince. Dean Martin, qui ne voulait jamais que le m&#234;me mod&#232;le &#224; l'infini, m'a appris l'immuabilit&#233; et la p&#233;rennit&#233;. Il commandait les m&#234;mes souliers &#224; pompons, mais ouverts pour le jour et ferm&#233;s pour la nuit. Des pompons comme des boutons de fleurs, tous de la m&#234;me &#233;paisseur au millim&#232;tre pr&#232;s... Sinatra, lui, c'&#233;tait l'exc&#232;s, l'originalit&#233;, le flamboyant, presque l'excentricit&#233;. Et il lui fallait &#231;a tout de suite ! Chacun de ces hommes m'a apport&#233; des histoires magnifiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le fond, qu'est-ce que vous aimez le plus, les hommes ou leurs souliers ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'aime que les hommes qui portent ou vont porter mes souliers ! Sans eux, sans leur force, leurs fragilit&#233;s, leurs d&#233;sirs, leurs r&#234;ves, il n'y aurait pas de souliers Berluti.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> le pi&#232;ge afghan </title>
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		<dc:date>2006-12-01T20:18:48Z</dc:date>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>L'envers d'un reportage : dans cette nouvelle rubrique, un reporter revient sur son travail, les conditions dans lesquelles il s'est d&#233;roul&#233; et accepte de raconter ce qu'il n'a pas &#233;crit ou ce qui s'est pass&#233; hors image. Premi&#232;re avec Catherine Jentile. Le vieil Antonov militaire d&#233;colle de Kaboul, cabine illumin&#233;e par les reflets des leurres thermiques. Comme des centaines de feux follets qui attirent dans leur sillage les missiles que les moudjahiddin tirent sur les avions de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. Nous (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH112/arton142-e1fa0.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='112' class='spip_logos' style='height:112px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;L'envers d'un reportage : dans cette nouvelle rubrique, un reporter revient sur son travail, les conditions dans lesquelles il s'est d&#233;roul&#233; et accepte de raconter ce qu'il n'a pas &#233;crit ou ce qui s'est pass&#233; hors image. Premi&#232;re avec Catherine Jentile.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le vieil Antonov militaire d&#233;colle de Kaboul, cabine illumin&#233;e par les reflets des leurres thermiques. Comme des centaines de feux follets qui attirent dans leur sillage les missiles que les moudjahiddin tirent sur les avions de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. Nous sommes le 5 avril 1990, date de l'anniversaire de Manuel, notre cameraman. La journ&#233;e commence bien : nous n'avons pas &#233;t&#233; touch&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous volons vers une r&#233;gion turbulente, celle d'Herat, &#224; la fronti&#232;re iranienne. Mais aujourd'hui, des &#171; moudj &#187;, comme on les appelle, doivent se rallier au pouvoir central. Une grande c&#233;r&#233;monie est pr&#233;vue pour cette r&#233;conciliation d'envergure : 10 000 combattants doivent changer de camp, avec armes et bagages. Surtout des armes. Les militaires vont leur fournir kalachnikovs et autres lance-roquettes, flambant neufs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'arriv&#233;e, nous sautons dans un h&#233;licopt&#232;re pour nous rendre dans l'immense plaine o&#249; doit se d&#233;rouler cet &#233;v&#233;nement. Manuel est assis sur la citerne de r&#233;serve de carburant, pleine, pour filmer de l'h&#233;licopt&#232;re en vol, porte ouverte. D'une main, je le tiens par la ceinture, de l'autre, je croise les doigts pour qu'il ne glisse pas car je n'aurais s&#251;rement pas la force de le retenir ! On se sourit en regardant la &#171; bombe &#187; sur laquelle il est assis. L'air est frais, trop frais. Patrick, notre assistant, est rest&#233; clou&#233; au lit &#224; Kaboul, avec 40&#176; de fi&#232;vre. Je le remplace donc, en portant le tr&#233;pied qui sert &#224; Manuel pour fixer la cam&#233;ra et faire des images stables. C'est ce qui va me sauver la vie.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_574 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/JENTILE-03.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH242/JENTILE-03-d2bef-42a16.jpg' width='324' height='242' alt='' style='height:242px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;La plaine s'&#233;tend &#224; perte de vue. Un deuxi&#232;me h&#233;licopt&#232;re se pose &#224; c&#244;t&#233; du n&#244;tre. Il transporte les autorit&#233;s, des ministres, des conseillers du Pr&#233;sident et le gouverneur de la r&#233;gion. Ils sont venus pour saluer leurs ennemis d'hier, les moudjahidin qui ont d&#233;cid&#233; de faire la paix. Les anciens rebelles forment un immense carr&#233;, aux quatre coins desquels sont dispos&#233;s des chars de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. R&#233;conciliation et m&#233;fiance. L'image est magnifique : dans ce lieu d&#233;sertique, au milieu de nulle part, les foulards des Afghans jouent avec le vent, toujours le vent. Les repr&#233;sentants du pouvoir central p&#233;n&#232;trent dans ce carr&#233; de 10 000 hommes en armes, venus faire acte d'all&#233;geance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Portant toujours le mat&#233;riel, je suis la d&#233;l&#233;gation officielle, jusqu'au moment o&#249; j'entends Manuel m'appeler. Il est rest&#233; en arri&#232;re avec Jean-Pierre, le preneur de son, et il veut que je lui apporte son tr&#233;pied pour filmer de loin, faire un plan large de cette belle mise en sc&#232;ne de paix, dans ce pays d&#233;chir&#233; depuis des ann&#233;es par la guerre. Je reviens donc sur mes pas et je d&#233;cide d'en profiter pour essayer de trouver des moudjahidin qui accepteraient de r&#233;pondre &#224; mes questions. Les officiels sont maintenant trop loin, aucune envie de courir pour les rejoindre. Je les interrogerai plus tard. Les anciens rebelles sont dispos&#233;s sur plusieurs rangs. Je passe de l'un &#224; l'autre, &#224; la recherche de volontaires pour l'interview.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Soudain, je devine un murmure... &#171; Allah ou akbar... Allah ou akbar... &#187;, qui va s'amplifiant. Je trouve curieux sinon inqui&#233;tant que les hommes au milieu desquels je me trouve se mettent ainsi &#224; &#233;voquer le nom de Dieu au moment o&#249; ils se rallient &#224; un pouvoir la&#239;c. Les premiers coups de feu &#233;clatent. D'un temp&#233;rament naturellement optimiste, je pense encore &#224; ce moment-l&#224; qu'il s'agit de manifestations de joie. Mais brutalement, je vois les &#171; moudj &#187; qui m'entourent, s'enfuir. Un oc&#233;an de foulards forme une houle de panique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je comprends que nous sommes au milieu d'une fusillade. Au c&#339;ur d'une attaque suicide. Manuel, l'&#339;il dans le viseur de la cam&#233;ra, a une vision du monde r&#233;tr&#233;cie et en noir et blanc. Il n'a pas encore senti le danger. Jean-Pierre non plus. Je leur hurle de se coucher. A cause des d&#233;tonations, ils ne m'entendent pas. Je cours vers eux. Un moudjahid, que je g&#234;ne dans sa fuite, me donne un coup de crosse. Je vois en tombant que mes amis se sont enfin jet&#233;s &#224; terre. Tout cela n'a dur&#233; que quelques secondes. Le temps pour les militaires, juch&#233;s sur leurs chars, de r&#233;aliser ce qui se passe et d'ouvrir le feu &#224; la mitrailleuse lourde. Le son est sourd, les blessures mortelles et les tirs dans la panique et la peur tuent au hasard dans la foule qui court pour essayer de survivre.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_575 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/JENTILE-05.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH241/JENTILE-05-ec1b0-7a8cc.jpg' width='324' height='241' alt='' style='height:241px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;alise que je me suis couvert la t&#234;te avec les mains pour me prot&#233;ger. Je les enl&#232;ve devant le ridicule de la situation : ce genre de munition peut perforer un blindage... Je me demande successivement si Dieu existe vraiment et ce que je fais l&#224;. Je me jure que &#171; j'arr&#234;te les guerres &#187; si j'en sors vivante et puis, surtout, j'esp&#232;re que cette id&#233;e de venir dans la r&#233;gion d'Herat, pour laquelle je m'&#233;tais battue afin d'obtenir les autorisations n&#233;cessaires, ne va pas conduire &#224; la mort Manuel et Jean-Pierre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les explosions s'arr&#234;tent, nous avons surv&#233;cu tous les trois, j'ai juste quelques c&#244;tes cass&#233;es mais je ne sens pas la douleur. La plaine est d&#233;serte, jonch&#233;e des corps de morts et de bless&#233;s, atrocement mutil&#233;s, qui se comptent par dizaines. Les h&#233;licopt&#232;res qui nous avaient amen&#233;s ici ont d&#233;coll&#233; depuis longtemps pour se mettre &#224; l'abri. Il n'y a aucun moyen de quitter les lieux. Manuel le premier se ressaisit, pose sa cam&#233;ra qui a continu&#233; de filmer durant toute la fusillade et nous essayons de venir en aide aux bless&#233;s. Nous trouvons un pauvre gamin qui vient de voir son p&#232;re se faire tuer sous ses yeux. Il ne quittera plus Manuel. Nous entendons enfin le bruit des h&#233;licopt&#232;res qui reviennent.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je r&#233;alise que je me suis couvert la t&#234;te avec les mains pour me prot&#233;ger. Je les enl&#232;ve devant le ridicule de la situation. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tous les officiels ont &#233;t&#233; assassin&#233;s dans cette attaque du commando suicide qui s'&#233;tait fondu dans les rangs des moudjahidin venus d&#233;poser les armes. Ministres et conseillers politiques du pouvoir ont &#233;t&#233; abattus &#224; bout portant. J'aurais s&#251;rement connu le m&#234;me sort si Manuel ne m'avait pas appel&#233;e pour que je lui apporte son tr&#233;pied. Les kamikazes ont &#233;t&#233; tu&#233;s, ils &#233;taient d'ailleurs venus pour mourir, sachant qu'ils n'avaient aucune chance de s'&#233;chapper. Un v&#233;ritable carnage. Nous nous battons pour que le petit gar&#231;on soit parmi les premiers &#233;vacu&#233;s. Et nous continuons &#224; aller chercher d'autres bless&#233;s. Pour les embarquer, il faut s'arc-bouter, lutter contre le vent violent des h&#233;licopt&#232;res. Les foulards s'envolent, macul&#233;s de sang. Au moment o&#249; nous d&#233;collons, je ne donne pas cher de notre peau. Je pense que nous risquons d'essuyer des tirs et avec notre citerne de carburant &#224; bord, en un instant, l'h&#233;licopt&#232;re se transformera en bombe volante. De toute fa&#231;on, on ne peut rien faire : &#171; &lt;i&gt;Mektoub&lt;/i&gt; &#187;, comme disent les Arabes : &#171; &lt;i&gt;C'est &#233;crit&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous retrouvons notre vieil Antonov. Certains bless&#233;s, les plus &#171; importants &#187; probablement, sont embarqu&#233;s. Il n'y a pas de si&#232;ge dans l'avion, seulement des banquettes le long du fuselage de l'appareil. Les survivants sont donc couch&#233;s &#224; m&#234;me le sol. Des moudjahidin r&#233;ussissent &#224; monter &#224; bord. Je comprends qu'ils veulent aussi aller &#224; Kaboul. Le ton monte, ils ont des grenades &#224; la main... Finalement, ils redescendent et nous repartons vers la capitale, &#233;blouis par les leurres thermiques. A mes pieds, un pauvre soldat tire sur le bas de mon pantalon pour demander de l'aide. Je ne peux rien faire, sauf des signes d&#233;sesp&#233;r&#233;s au seul m&#233;decin qui se trouve &#224; bord. Il n'a qu'un peu de coton et un vague goutte-&#224;-goutte. L'homme est bless&#233; &#224; la poitrine. Quand nous le retournons, nous d&#233;couvrons qu'il a un &#233;norme trou dans le dos, &#224; l'endroit o&#249; est ressortie la balle de la mitrailleuse. Le docteur me fait comprendre qu'il n'y a aucun moyen de le sauver. Il est mort avant notre atterrissage &#224; Kaboul. Envelopp&#233; dans notre duvet. Pour lui tenir chaud, une derni&#232;re fois.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_573 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/JENTILE-02.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH243/JENTILE-02-00af5-62966.jpg' width='324' height='243' alt='' style='height:243px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Le soir &#224; l'h&#244;tel, Manuel a re&#231;u des messages de f&#233;licitations des plus grands m&#233;dias &#224; travers le monde pour la qualit&#233; de ses images. D'une incroyable beaut&#233; pour un &#233;v&#233;nement d'une incroyable horreur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Catherine Jentile est grand reporter &#224; TF1&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Daphn&#233; Roulier</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Daphne-Roulier,143.html</link>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Sa r&#233;ussite fait envie, mais elle pr&#234;che l'humilit&#233; et l'anticonformisme. Comment d&#233;bute-t-on dans un m&#233;tier ? Daphn&#233; Roulier, qui anime &#171; Le Cercle &#187; et &#171; L'Hebdo Cin&#233;ma &#187;, deux &#233;missions concernant le septi&#232;me art sur Canal +, a accept&#233; d'essuyer les pl&#226;tres de cette nouvelle rubrique. Qu'est-ce qui vous a donn&#233; l'id&#233;e de vous lancer dans le journalisme ? Un accident de parcours. Je me destinais plut&#244;t &#224; l'&#233;criture. Mais je n'ai pas fait preuve de beaucoup d'acharnement et d'obstination dans ce domaine. Les (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton143-a8e04.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Sa r&#233;ussite fait envie, mais elle pr&#234;che l'humilit&#233; et l'anticonformisme. Comment d&#233;bute-t-on dans un m&#233;tier ? Daphn&#233; Roulier, qui anime &#171; Le Cercle &#187; et &#171; L'Hebdo Cin&#233;ma &#187;, deux &#233;missions concernant le septi&#232;me art sur &lt;i&gt;Canal +&lt;/i&gt;, a accept&#233; d'essuyer les pl&#226;tres de cette nouvelle rubrique.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui vous a donn&#233; l'id&#233;e de vous lancer dans le journalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un accident de parcours. Je me destinais plut&#244;t &#224; l'&#233;criture. Mais je n'ai pas fait preuve de beaucoup d'acharnement et d'obstination dans ce domaine. Les hasards de la vie ont fait que j'ai commenc&#233; &#224; &#171; piger &#187; pour diff&#233;rents titres : &lt;i&gt;Le Figaro Litt&#233;raire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Figaro Magazine&lt;/i&gt;, puis pour &lt;i&gt;Globe&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Vogue&lt;/i&gt;, tout en faisant mes &#233;tudes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel genre d'&#233;tudes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un DEA de lettres, un DESS d'ethno-m&#233;thodologie avant d'int&#233;grer le CELSA en 3e cycle. C'est &#224; ce moment-l&#224; que j'ai commenc&#233; &#224; travailler : j'ai d&#233;croch&#233; un stage r&#233;mun&#233;r&#233; de six mois au &lt;i&gt;Monde des livres&lt;/i&gt;. Un vrai boulot, pas un stage d'observation. Parall&#232;lement, un ami m'a avertie que &lt;i&gt;LCI&lt;/i&gt; cherchait des journalistes. Comme je n'avais jamais fait de t&#233;l&#233; et que c'&#233;tait un univers qui m'&#233;tait parfaitement &#233;tranger, je lui ai r&#233;pondu que cela ne m'int&#233;ressait pas. Finalement, rendez-vous a &#233;t&#233; pris pour moi avec J&#233;r&#244;me Bellay et Guillaume Durand. Je m'en souviens tr&#232;s bien : j'avais un &#233;norme sac besace et Bellay, un monceau de lettres sur son bureau. Evidemment, j'ai tout renvers&#233;, les lettres se sont &#233;parpill&#233;es au sol. L'horreur ! J'&#233;tais rouge de honte !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; tout, ils m'ont convoqu&#233;e &#224; un casting. Je n'avais jamais travaill&#233; sur d&#233;p&#234;che, jamais parl&#233; face &#224; une cam&#233;ra et j'avais 48 h pour &#234;tre sinon op&#233;rationnelle, du moins convaincante. A l'&#233;poque, j'avais quelques copains journalistes. On les a r&#233;quisitionn&#233;s pour me donner un coup de main... Un stage commando : 48 h de training intensif sur d&#233;p&#234;ches &lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt;. Proprement cauchemardesque : je n'avais absolument pas l'esprit de concision, c'&#233;tait m&#234;me contraire &#224; tout ce que l'on m'avait enseign&#233; pendant mes &#233;tudes de lettres &#224; la Sorbonne : d&#233;velopper, d&#233;velopper, d&#233;velopper. L&#224;, il fallait couper, couper, couper... Mes essais ont &#233;t&#233; catastrophiques. En fin de compte, Bellay m'a appel&#233;e quinze jours plus tard pour me proposer un CDD de trois mois renouvelable.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_576 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/enfant.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L243xH324/enfant-f81c6-4d752.jpg' width='243' height='324' alt='' style='height:324px;width:243px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris &#224; tourner, monter, mixer mes sujets et cela trois fois par jour. Chaque jour, j'&#233;tais sur le point d'abandonner. Finalement, pour une raison qui m'&#233;chappe, je n'ai pas l&#226;ch&#233; la rampe - sans doute par orgueil, plus que par conviction. Je ne le regrette pas : &#231;a a &#233;t&#233; une formidable &#233;cole ! Au bout de six mois, Bellay s'est mis en t&#234;te de me faire passer des essais cam&#233;ra, de me faire faire des &#171; journaux &#224; blanc &#187; parce que, disait-il, &#171; &lt;i&gt;je prenais bien la lumi&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, ce qui avait le don de m'&#233;nerver. Certains me regardait de travers, &#233;videmment. Nous &#233;tions deux ou trois &#224; faire cela et ce n'&#233;tait pas forc&#233;ment du go&#251;t de tout le monde - ce que je peux ais&#233;ment concevoir. La concurrence est f&#233;roce dans ce m&#233;tier : beaucoup de strapontins, peu de places... Cela a dur&#233; un mois et demi. Un beau matin, je croise Bellay devant les casiers &#224; courrier et il me lance : &#171; &lt;i&gt;Tu commences demain &#224; 6 h. Si tu es mauvaise, tu es vir&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Et il a suivi son chemin. Ce n'&#233;tait pas la meilleure des mises en confiance, mais quel coup de cravache ! C'&#233;tait exactement ce qu'il fallait m'ass&#233;ner... J'ai d&#233;marr&#233; &#224; l'antenne avec plus ou moins de bonheur, mais j'y ai incontestablement appris tout ce que je sais. Je ne pouvais pas r&#234;ver meilleure formation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est votre plus mauvais souvenir &#224; l'antenne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un fou rire. Je me levais aux &#171; horreurs &#187; pour &#234;tre l&#224; &#224; 2 h du mat', le direct &#233;tant &#224; 6 h. Je dormais peu. Je tenais sur les nerfs. Comme chaque matin, pour me donner de l'allant et me d&#233;rider un peu, quelqu'un (je ne sais plus qui, mais je ne le f&#233;licite pas) m'a racont&#233; quelque chose dans l'oreillette. La blague du jour comme il y a le plat du jour... Bref, j'ai attrap&#233; un &#233;norme fou rire alors que je parlais d'attentats en Alg&#233;rie. Un fou rire nerveux, irr&#233;pressible, incongru et d'une obsc&#233;nit&#233; folle compte tenu du contexte. J'en conserve un souvenir &#233;pouvantable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et votre meilleur souvenir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est plus difficile &#224; dire. J'oublie tr&#232;s vite. Tout se fait dans l'urgence. A chaque interview, c'est un peu comme si je passais le bac. Il y a une mont&#233;e d'adr&#233;naline... puis, si j'ose dire, &#171; une descente &#187;... o&#249; je vide (partiellement) mon disque dur... Je me souviens n&#233;anmoins de la pr&#233;sence de Gorbatchev sur le plateau de &#171; Nulle part ailleurs &#187;, &#224; l'&#233;poque o&#249; Guillaume Durand en avait les commandes. Je pr&#233;sentais alors le journal. Il avait une fa&#231;on diff&#233;rente d'occuper l'espace. J'imagine que c'est ce que l'on appelle &#171; l'aura &#187;. Emma Bonino m'a aussi beaucoup impressionn&#233;e. Et puis, ma rencontre avec Wim Wenders : j'ai rencontr&#233; ce jour-l&#224; un grand homme, d'une humilit&#233; rare.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment &#234;tes-vous pass&#233;e de l'info au cin&#233;ma ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis un rat de projo - publiques ou priv&#233;es - et ce d'autant plus que j'habite un quartier o&#249; il n'y a &#171; que &#187; des salles de cinoche. J'y passais tout mon temps libre. J'aime le cin&#233;ma comme j'aime les livres. Je suis une &#171; DVDphage &#187; quasi obsessionnelle. Et je trouvais que c'&#233;tait dommage de ne rien en faire. Ils sont venus me chercher l'ann&#233;e derni&#232;re pour &#171; Le Cercle &#187; et cela s'est fait tout naturellement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est un plaisir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Immense ! Imaginez : c'est formidable d'&#234;tre pay&#233;e pour regarder des films. M&#234;me si c'est &#233;norm&#233;ment de boulot. Les gens n'ont peut-&#234;tre pas forc&#233;ment conscience du travail que cela exige en amont. On ne se contente pas d'aller voir les films. Il faut par ailleurs se &#171; nourrir &#187; beaucoup... engloutir des quantit&#233;s industrielles de documentations pour r&#233;diger les interviews. Avec &#171; L'Hebdo Cin&#233;ma &#187; et &#171; Le Cercle &#187;, je visionne en moyenne 16 films par semaine, sachant que la programmation des &#233;missions est diff&#233;rente. Faites le calcul : c'est du 8 h-minuit six jours sur sept. Je suis ravie, mais c'est un sacerdoce.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_577 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Roulier_010.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/Roulier_010-c9029-f0e25.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est la plus grande qualit&#233; que devrait avoir un journaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'humilit&#233; : un invit&#233; ne devrait jamais servir de faire-valoir au journaliste. Il faut &#234;tre au service de son invit&#233; et non le contraire. C'est parfois un travers de la t&#233;l&#233;vision. Et puis &#233;videmment la rigueur, le travail. V&#233;rifier 15 fois ses infos.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quel est le d&#233;faut que l'on retrouve le plus souvent chez un journaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ne pas v&#233;rifier suffisamment ses infos. Quand on ma&#238;trise un peu un dossier, on se rend compte que la presse manque parfois de rigueur, qu'elle est truff&#233;e d'infos contradictoires ou de chiffres fantaisistes. C'est un d&#233;tail, mais on &#233;corche tout le temps mon nom dans la presse &#233;crite. Or, quand on &#233;crit sur quelqu'un, le b-a-ba est de v&#233;rifier l'orthographe de son nom. Aux Etats-Unis, les secr&#233;taires de r&#233;daction sont tenus de v&#233;rifier deux fois chaque information de la plus anodine &#224; la plus importante, avant publication. M&#234;me si cet usage, malheureusement, est en perte de vitesse. Tout est pass&#233; au crible. Il y a comme un double filtre, un tamis qui nous manque terriblement ici. Je me rends compte que lorsque je donne une interview, il y a souvent une atomisation de mes propos, des mots que je n'utilise pas, des tournures de phrase tronqu&#233;es, escamot&#233;es. Du coup, on me fait tenir des propos que je n'ai pas tenus... C'est invraisemblable. C'est d'ailleurs tr&#232;s ennuyeux car c'est aussi une source d'information, je reprends fr&#233;quemment des interviews d'acteurs, et leurs propos sont souvent d&#233;tourn&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes belle, jeune et intelligente. Est-ce que certains vous le font payer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne suis plus si jeune que cela, j'ai 37 ans. Belle, c'est extr&#234;mement subjectif. Intelligente, c'est &#224; voir. Je pense que c'est un milieu incontestablement plus dur pour une femme, &#224; plusieurs titres. Pour s'imposer, il faut en faire le double, voire le triple d'un homme. On ne dira jamais d'un mec qui d&#233;fend ses convictions que c'est un emmerdeur. On dira toujours d'une femme, si elle est fid&#232;le &#224; ses opinions, que c'est une emmerdeuse, une chieuse, une &#171; casse-couilles &#187;, voire une hyst&#233;rique. C'est un m&#233;tier incontestablement sexiste et encore tr&#232;s machiste. Mais on peut le faire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui symbolise pour vous &#171; le &#187; journaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pierre Desgraupes, assur&#233;ment. Et puis Georges de Caunes. Il me fascine parce qu'il a fait des choses litt&#233;ralement &#171; extra-ordinaires &#187;, autrement dit &#224; la marge, comme faire des directs depuis une &#238;le d&#233;serte en recr&#233;ant les conditions de vie d'un Robinson Cruso&#233; : il a d'ailleurs failli en crever. Ou des directs depuis l'antre d'un ours... Il se foutait des conventions et des positions &#233;tablies... Un anticonformiste qui ne courait pas apr&#232;s le pouvoir. C'&#233;tait un affranchi, un irr&#233;ductible. L'incarnation du journalisme le plus ind&#233;pendant et le plus libre qui soit. Un exemple &#224; suivre, en somme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &quot;Rien ne vaut une bonne catastrophe&quot;</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Rien-ne-vaut-une-bonne-catastrophe,144.html</link>
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		<dc:date>2006-12-01T20:15:43Z</dc:date>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Les moments de v&#233;rit&#233;, &#224; la t&#233;l&#233;vision, ce sont les catastrophes. Bien entendu, il y a aussi les faits divers. Les faits divers permettent &#224; la t&#233;l&#233;vision de donner toute la mesure de son talent : interviews des voisins (&#171; je n'aurais jamais cru &#231;a de lui, un monsieur si discret ! &#187;), traque des proches de l'assassin et/ou de la victime (avec, si possible, t&#233;moignage exclusif du p&#232;re ou de la m&#232;re), reconstitution aux petits oignons, hypoth&#232;ses et supputations, chasse aux suspects. Et, bien entendu, avis (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L117xH150/arton144-3fafd.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='117' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:117px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les moments de v&#233;rit&#233;, &#224; la t&#233;l&#233;vision, ce sont les catastrophes. Bien entendu, il y a aussi les faits divers. Les faits divers permettent &#224; la t&#233;l&#233;vision de donner toute la mesure de son talent : interviews des voisins (&#171; &lt;i&gt;je n'aurais jamais cru &#231;a de lui, un monsieur si discret !&lt;/i&gt; &#187;), traque des proches de l'assassin et/ou de la victime (avec, si possible, t&#233;moignage exclusif du p&#232;re ou de la m&#232;re), reconstitution aux petits oignons, hypoth&#232;ses et supputations, chasse aux suspects. Et, bien entendu, avis autoris&#233;s d'experts (psys, en g&#233;n&#233;ral), qui ne connaissent rien au fait divers en question, mais qui ont tout de m&#234;me quelque chose &#224; dire (les experts ont toujours quelque chose &#224; dire). Oui, le fait divers est la providence du journal t&#233;l&#233;vis&#233;, dont il fait souvent l'ouverture : il faut bien app&#226;ter le client.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reste que, sur l'&#233;chelle de Richter du tr&#233;molo t&#233;l&#233;visuel, la catastrophe est un cran au-dessus du fait divers. C'est d'abord une question de logistique. Un tremblement de terre ou un ouragan &#224; l'autre bout du monde, c'est le branle-bas de combat dans les r&#233;dactions : mobilisation des correspondants sur place (s'il y en a), r&#233;quisition d'envoy&#233;s sp&#233;ciaux, achats d'images aux t&#233;l&#233;visions locales, etc. Une place &#224; part est faite &#224; un feuilleton en soi : la pr&#233;paration, le d&#233;part, le voyage, l'arriv&#233;e et le travail sur place d'une &#233;quipe fran&#231;aise de sauveteurs (pompiers, Samu...) dont on nous fait comprendre qu'ils sont attendus comme le Messie et que, comme de juste, ils font des miracles. Tout cela est on ne peut plus normal : on ne va tout de m&#234;me pas reprocher &#224; la t&#233;l&#233;vision de couvrir du mieux possible un &#233;v&#233;nement qui bouleverse l'opinion, qui s&#232;me la mort et la d&#233;solation. Elle fait son boulot, qui est d'informer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;O&#249; est le malaise, alors ? Dans ce petit quelque chose qui finit toujours par s'insinuer et transpara&#238;tre : une catastrophe, c'est la promesse d'images spectaculaires, c'est de l'&#233;motion, du drame, du suspense. Ce n'est jamais dit, jamais avou&#233;, jamais revendiqu&#233;. Mais c'est comme un message secret &#233;crit &#224; l'encre sympathique (quoique pas sympathique du tout). L'annonce d'un ouragan, par exemple. Cette fa&#231;on de relayer les d&#233;p&#234;ches qui promettent le pire (&#171; &lt;i&gt;il est pass&#233; du degr&#233; 4 au degr&#233; 5, sur une &#233;chelle qui en compte 5&lt;/i&gt; &#187;). Accrochez-vous, chers t&#233;l&#233;spectateurs ! &#199;a va &#234;tre terrible ! Vous vous souvenez de l'ouragan d'avant ? Eh bien, vous n'avez encore rien vu ! Celui-l&#224; va &#234;tre pire ! Bien pire ! D'apr&#232;s les sp&#233;cialistes, c'est le pire du pire ! Et puis cette d&#233;ception subliminale, qu'on lit dans le regard, qu'on entend dans la voix du pr&#233;sentateur : &#171; &lt;i&gt;Aux derni&#232;res nouvelles, l'ouragan serait r&#233;trograd&#233; du degr&#233; 4 au degr&#233; 3...&lt;/i&gt; &#187; Pas si terrible que &#231;a, en fait. Bon, on est bien contents pour ceux qui vont y &#233;chapper. Bien s&#251;r, bien s&#251;r. Mais il y a comme du regret dans la moue du pr&#233;sentateur. Toute cette mobilisation, tout ce branle-bas de combat, toute cette excitation pour pas grand-chose, finalement. Pour rien, si &#231;a se trouve. On essaye tout de m&#234;me d'assurer le spectacle, on choisit des images de vent, de vagues, de toits envol&#233;s, d'arbres abattus. Mais le c&#339;ur n'y est plus. Le record du pire ouragan ne sera pas battu. Il y a comme un d&#233;pit d'enfant dans la moue du pr&#233;sentateur. Il insiste aupr&#232;s des envoy&#233;s sp&#233;ciaux : &lt;i&gt;&#171; Vous &#234;tes s&#251;r que l'ouragan a perdu de sa force ?&lt;/i&gt; &#187; Il essaye d'y croire encore, il s'accroche. Mais on sent bien qu'il est d&#233;&#231;u. Tant pis. Passons aux faits divers...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'exag&#232;re ? Oui, sans doute. Je suis injuste. Je sollicite. J'interpr&#232;te. J'extrapole. Et pourtant, qui ne ressent cette confuse impression ? Je ne mets en cause ni les journalistes sur place, ni les pr&#233;sentateurs. Il se joue l&#224; quelque chose qui les d&#233;passe : un &#233;pisode du feuilleton con&#231;u, mis en sc&#232;ne, r&#233;alis&#233; par la t&#233;l&#233;vision elle-m&#234;me. Par la machine t&#233;l&#233;vision. Qui a sa propre logique, ses propres lois. Elle en veut toujours plus. Toujours plus d'images. Toujours plus d'&#233;motions. Toujours plus de spectacle. La catastrophe r&#233;veille la b&#234;te. Elle s'&#233;broue, renifle, s'excite. Elle sent venir le grand moment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et nous aussi, qui sommes ses complices, ses victimes consentantes. Nous aussi, qui sommes d&#233;&#231;us si la promesse n'est pas tenue...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> &quot;De Mazarin aux Guignols&quot; </title>
		<link>http://www.revue-medias.com/De-Mazarin-aux-Guignols,145.html</link>
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		<dc:date>2006-12-01T20:14:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>

		<description>La presse satirique demeure une institution en France. Le &#171; bon mot &#187; y est roi, m&#234;me s'il est injuste. Patrick Eveno revient sur plus de deux si&#232;cles de son histoire. Le Canard encha&#238;n&#233; et Charlie Hebdo sont les derniers h&#233;ritiers d'une longue tradition fran&#231;aise, la presse satirique. Certes, d'autres pays ont &#233;galement cultiv&#233; ce genre : il existe des traditions, d'abord anglaise, repr&#233;sent&#233;e notamment par Punch apparu en 1841 ; allemande, avec Kladderadatsch fond&#233; &#224; Berlin en 1848 et Simplicissimus (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH70/arton145-5ce92.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='70' class='spip_logos' style='height:70px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;La presse satirique demeure une institution en France. Le &#171; bon mot &#187; y est roi, m&#234;me s'il est injuste. Patrick Eveno revient sur plus de deux si&#232;cles de son histoire.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le Canard encha&#238;n&#233; et Charlie Hebdo sont les derniers h&#233;ritiers d'une longue tradition fran&#231;aise, la presse satirique. Certes, d'autres pays ont &#233;galement cultiv&#233; ce genre : il existe des traditions, d'abord anglaise, repr&#233;sent&#233;e notamment par Punch apparu en 1841 ; allemande, avec Kladderadatsch fond&#233; &#224; Berlin en 1848 et Simplicissimus publi&#233; &#224; Munich &#224; partir de 1896. La presse satirique fran&#231;aise se situe &#224; la rencontre de deux courants, &#171; l'esprit fran&#231;ais &#187; de Rabelais, Chamfort, Voltaire ou Diderot et la verve populaire des sans-culottes ; en bref, l'homme de lettres m&#226;tin&#233; de l'homme du peuple, le fin lettr&#233; acoquin&#233; avec le titi parisien. Cet &#171; esprit &#187; devient exercice de journaliste lors de la R&#233;volution fran&#231;aise et des r&#233;volutions de 1830 et 1848.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La presse satirique s'est d&#233;velopp&#233;e dans les p&#233;riodes troubl&#233;es. On en trouve les pr&#233;mices dans &#171; les Mazarinades &#187; &#224; l'&#233;poque de la Fronde, mais c'est en 1789 qu'&#233;cl&#244;t la premi&#232;re floraison, notamment avec Le P&#232;re Duchesne fond&#233; par H&#233;bert en 1790. Le P&#232;re Duchesne &#233;tait un type populaire n&#233; dans les foires, sorte de Polichinelle ou de Guignol. Pendant pr&#232;s de quatre ans, Jacques-Ren&#233; H&#233;bert fit de son journal le porte-voix des sans-culottes et un v&#233;ritable succ&#232;s de presse : les ventes atteignent parfois 80 000 exemplaires, plusieurs dizaines d'imitations apparaissent. Face &#224; ce redoutable propagandiste, Rivarol, avec Les Actes des ap&#244;tres, lance une tradition satirique royaliste, bient&#244;t reprise par l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mise sous l'&#233;teignoir par la censure napol&#233;onienne puis par la surveillance exerc&#233;e par la Restauration, la presse satirique est relanc&#233;e &#224; partir de 1830, notamment par Philippon et sa c&#233;l&#232;bre poire repr&#233;sentant Louis-Philippe, qui fonde La Caricature (1830-1835) et Le Charivari (1832-1893) ; elle se poursuit avec L'Eclipse (1868-1919), Le Grelot (1871-1907) ou Le Triboulet, journal royaliste financ&#233; par la duchesse d'Uz&#232;s (1878-1893). La nouveaut&#233; du XIXe si&#232;cle, c'est bien &#233;videmment le recours de plus en plus fr&#233;quent &#224; la caricature. D&#232;s les ann&#233;es 1830, la technique permet l'impression rapide et &#224; bon march&#233; de gravures sur bois, ce qui favorise la publication de dessins &#224; charge. Le genre appelle &#224; lui des artistes majeurs comme Honor&#233; Daumier et des illustrateurs demeur&#233;s c&#233;l&#232;bres : Caran d'Ache, Cham, Forain, Andr&#233; Gill, Hermann-Paul, Ibels, Robida, Steinlein, Willette...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1898, l'affaire Dreyfus voit m&#234;me s'affronter deux journaux : Psst ! et Le Sifflet. La Belle Epoque, gr&#226;ce aux lois tr&#232;s lib&#233;rales sur la presse, reste un moment b&#233;ni pour la satire. Le courant anarchiste est repr&#233;sent&#233; par Le P&#232;re Peinard d'Emile Pouget (1889-1902), mais le journal embl&#233;matique reste L'Assiette au Beurre qui, de 1901 &#224; 1912, atteint un sommet sans doute in&#233;gal&#233;. Aux c&#244;t&#233;s des journaux proprement satiriques se d&#233;veloppe une presse &#171; amusante &#187;, tant&#244;t grivoise comme La Vie parisienne, tant&#244;t simplement humoristique comme Le Rire (1894-1940) ; la caricature de m&#339;urs et la gauloiserie affadissent alors le projet politique de la presse satirique. La Grande Guerre est un r&#233;v&#233;lateur et permet la naissance d'une institution, Le Canard encha&#238;n&#233;, fond&#233; deux fois en 1915 et 1916 par Maurice Mar&#233;chal et le dessinateur H-P Gassier. Dans son sillage arrive Le Merle blanc (1919-1940) ainsi qu'une nouvelle g&#233;n&#233;ration de caricaturistes avec Effel, Dubout ou Sennep. Dans les ann&#233;es 1930, la satire est plus marqu&#233;e id&#233;ologiquement : &#224; gauche dans Marianne (1932-1940), &#224; droite avec Candide (1924-1940) et &#224; l'extr&#234;me droite avec Je suis partout (1930-1944) et Gringoire (1928-1944).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Seconde Guerre mondiale est fatale &#224; de nombreux pol&#233;mistes et caricaturistes, trop largement engag&#233;s dans la collaboration et l'antis&#233;mitisme. Au Pilori, &#171; hebdomadaire de combat contre la jud&#233;o-ma&#231;onnerie &#187; se distingue par sa violence au milieu d'autres journaux qui ne sont pourtant pas frileux. A la Lib&#233;ration, Le Canard encha&#238;n&#233;, qui s'&#233;tait sabord&#233; en 1940, rena&#238;t, quasiment seul sur le march&#233; de la presse satirique. Il faut attendre les ann&#233;es 1960, avec le journal &#233;ph&#233;m&#232;re de Sin&#233;, Sin&#233;massacre, puis avec L'Enrag&#233; en 1968, pour que la verve satirique se multiplie. Autour de l'&#233;quipe d'Hara-Kiri dirig&#233;e par le professeur Choron appara&#238;t en 1969 L'hebdo Hara-Kiri puis Charlie Hebdo qui le remplace apr&#232;s l'interdiction de 1970 due &#224; la c&#233;l&#232;bre une &#171; Bal tragique &#224; Colombey : un mort &#187;. Sin&#233;, Reiser, Cabu, G&#233;b&#233;, Willem, Wolinski, une g&#233;n&#233;ration de dessinateurs renouvelle le genre. Apr&#232;s plus de dix ans d'interruption de 1981 &#224; 1992, Charlie Hebdo est de nouveau dans les kiosques.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_578 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/BalTragique.png&quot; title='' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L262xH324/BalTragique-209ce-1ebe3.png' width='262' height='324' alt='' style='height:324px;width:262px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Depuis plus de deux si&#232;cles, la presse satirique, en d&#233;pit de hauts et de bas, continue son aventure en France. Elle d&#233;veloppe tous les aspects de la critique politique avec le peuple contre les princes qui nous gouvernent, &#233;conomique et sociale, soutenant les petits contre les gros (qu'ils fussent des aristos ou des bourgeois) et parfois satire nationale (la patrie apparaissant comme expression du peuple uni contre les puissants qui divisent pour r&#233;gner). Elle utilise le verbe et le dessin ; le &#171; bon mot &#187; est roi, m&#234;me s'il est injuste ; elle pratique le parler populaire, le tutoiement, l'outrance parfois jusqu'&#224; l'insulte. Le portrait &#224; charge et la caricature tiennent une place importante, parce qu'ils &#233;gaient les pages, mais aussi parce qu'ils sont souvent plus d&#233;vastateurs qu'un &#233;ditorial. Il lui faut en permanence trouver un d&#233;licat &#233;quilibre entre le texte et le dessin, de mani&#232;re &#224; int&#233;resser le lecteur sans le lasser. Enfin, la presse satirique a contribu&#233; &#224; perp&#233;tuer un genre journalistique : l'investigation. R&#233;v&#233;ler le dessous des cartes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question actuelle est bien &#233;videmment celle de la rel&#232;ve ; certes, Le Canard encha&#238;n&#233; se porte &#224; merveille en d&#233;pit de ses 90 ans, mais la presse satirique est concurrenc&#233;e sur ses terres par la presse &#171; people &#187;, qui prive son a&#238;n&#233;e de r&#233;v&#233;lations concernant la vie personnelle des c&#233;l&#233;brit&#233;s, et surtout par les Guignols de l'info, qui ont r&#233;ussi &#224; marier verbe et image avec une force in&#233;dite &#224; la t&#233;l&#233;vision. Prenant la rel&#232;ve des chansonniers, les Guignols sont en passe de ringardiser la caricature avec leurs marionnettes plus vraies que nature et leurs phrases &#224; l'emporte-pi&#232;ce qui valent nombre d'&#233;ditoriaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entretien avec Claude Angeli</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Entretien-avec-Claude-Angeli,146.html</link>
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		<description>Le Canard / Charlie : Face &#224; face - mais pas sur le m&#234;me ring - des deux derniers mohicans de la presse satirique fran&#231;aise. Vous avez annonc&#233; cette ann&#233;e des r&#233;sultats exceptionnels : hausse des ventes et abonnements de 4 %, un b&#233;n&#233;fice net de 4,9 millions d'euros. Comment expliquez-vous cette insolente sant&#233; financi&#232;re ? Et &#231;a dure depuis plus de trois d&#233;cennies ! Avec m&#234;me des ann&#233;es encore meilleures. Cela tient au fait que le journal se vend bien : 52 000 abonnements et 400 000 exemplaires en (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no7,15-.html" rel="directory"&gt;n&#176;7&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-en-une,63-+.html" rel="tag"&gt;en UNE&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L101xH150/arton146-c812c.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='101' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:101px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Le Canard / Charlie : Face &#224; face - mais pas sur le m&#234;me ring - des deux derniers mohicans de la presse satirique fran&#231;aise.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez annonc&#233; cette ann&#233;e des r&#233;sultats exceptionnels : hausse des ventes et abonnements de 4 %, un b&#233;n&#233;fice net de 4,9 millions d'euros. Comment expliquez-vous cette insolente sant&#233; financi&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et &#231;a dure depuis plus de trois d&#233;cennies ! Avec m&#234;me des ann&#233;es encore meilleures. Cela tient au fait que le journal se vend bien : 52 000 abonnements et 400 000 exemplaires en moyenne, chaque semaine, en kiosque ; et au fait que l'on d&#233;pense moins que ce que l'on gagne ! Chez nous, pas de voitures de fonction, pas de secr&#233;tariat pour chaque r&#233;dacteur en chef, pas de d&#233;penses inconsid&#233;r&#233;es, pas de frais extravagants, pas de publicit&#233; &#224; l'ext&#233;rieur - notre meilleure publicit&#233; &#233;tant le journal lui-m&#234;me. Au-del&#224; des pratiques de bonne gestion, le journal est bien s&#251;r le premier facteur de r&#233;ussite, c'est une institution. Des lecteurs peuvent dispara&#238;tre, se d&#233;tacher, il y en a d'autres qui viennent ou qui reviennent. Depuis 34 ans que je suis au &lt;i&gt;Canard&lt;/i&gt;, j'ai toujours connu le journal avec un r&#233;servoir de lecteurs, qui s'agrandit de temps en temps quand on attire l'attention sur nous. Il nous est arriv&#233; de tirer jusqu'&#224; un million d'exemplaires dans les grandes p&#233;riodes, lors de certaines affaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chaque semaine, nous faisons en sorte de cr&#233;er un besoin. C'est un journal de compl&#233;ment ou de suppl&#233;ment. Nos lecteurs sont suppos&#233;s lire un quotidien, un hebdomadaire, &#233;couter la radio, regarder la t&#233;l&#233;vision. &lt;i&gt;Le Canard&lt;/i&gt; vient en plus. Il doit donc cr&#233;er la surprise dans un contexte o&#249; nous ne subissons aucune pression de l'ext&#233;rieur, parce qu'il n'y a pas de publicit&#233;, ni complaisance politique du fait de notre ind&#233;pendance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Combien &lt;i&gt;Le Canard &lt;/i&gt; a-t-il de journalistes, de pigistes, d'informateurs ext&#233;rieurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En politique-enqu&#234;te, nous sommes douze permanents, avec des pigistes &#224; Paris ou en province. Puis viennent les chroniqueurs, les r&#233;dacteurs des billets d'humeur, les secr&#233;taires de r&#233;daction, les dessinateurs - que l'on consid&#232;re comme des journalistes. L'essentiel du journal est quand m&#234;me r&#233;alis&#233; par les salari&#233;s permanents qui ont sorti la plupart des grandes affaires de ces trois derni&#232;res d&#233;cennies. L'exemple des faux &#233;lecteurs de la mairie du Ve arrondissement de Paris est r&#233;v&#233;lateur de notre fa&#231;on de travailler. Notre informateur &#233;voque - mais sans preuve - 3 000 ou 4 000 faux &#233;lecteurs. Nous avons demand&#233; &#224; un journaliste d'aller &#224; la mairie du Ve, ce qui est l&#233;gal, et de sortir la liste des &#233;lecteurs pour la v&#233;rifier. Le travail a dur&#233; trois mois et a permis de r&#233;v&#233;ler 800 faux &#233;lecteurs avec des faits tr&#232;s dr&#244;les : des appartements occup&#233;s par 15 personnes, un immeuble quasiment vide avec 45 faux &#233;lecteurs... Nous avons publi&#233; cette enqu&#234;te. Il n'y a eu aucune demande de droit de r&#233;ponse, aucun proc&#232;s, ni m&#234;me de menaces de proc&#232;s. A la suite d'une plainte d&#233;pos&#233;e par une association contre la mairie, les gendarmes se sont lanc&#233;s dans une investigation de trois ans qui a r&#233;v&#233;l&#233; 3 500 faux &#233;lecteurs. Eh bien, ce travail d'enqu&#234;te, nous pouvons le faire parce que nous sommes au &lt;i&gt;Canard&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_580 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/CANARD-01.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/CANARD-01-75970-0b893.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui veut dire qu'on vous apporte l'information ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. &#199;a aussi, c'est un mythe. On ne peut pas publier la plus belle des informations sur un simple coup de t&#233;l&#233;phone. Un haut fonctionnaire peut nous pr&#233;venir, mais nous nous mettons au travail. On ne publie pas la premi&#232;re information mais celle qui r&#233;sulte d'un travail d'investigation. Un courrier peut nous aider, nous fournir une piste, mais c'est le travail des journalistes qui prime. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; re&#231;oivent aussi ce type de courrier. Des gens attirent notre attention sur des faits bizarres, mais ce n'est pas forc&#233;ment &#171; l'affaire &#187;, que ce soit celle des plombiers de la DST, des imp&#244;ts de Chaban, de Giscard, de Calvet ou d'autres... Ici m&#234;me, dans ces bureaux, des types ont pos&#233; des micros. C'est un membre de la DST qui m'a fourni l'information parce qu'il trouvait inadmissible qu'on recherche nos informateurs en nous faisant passer pour des espions de l'Est !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Canard&lt;/i&gt; a-t-il retrouv&#233; une prosp&#233;rit&#233; durable &#224; partir du moment o&#249; il a effectu&#233; sa grande mutation, de journal d'opinion &#224; journal d'information d&#233;di&#233; &#224; l'enqu&#234;te, en passant de la satire &#224; l'information ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, dans les ann&#233;es 60, avec l'arriv&#233;e de De Gaulle, la guerre d'Alg&#233;rie, le putsch d'Alger, &lt;i&gt;Le Canard&lt;/i&gt; a pris des positions critiques tr&#232;s hostiles. Le journal s'est d&#233;velopp&#233; gr&#226;ce &#224; la recherche de l'information et au journalisme d'enqu&#234;te. L'&#233;quipe de r&#233;daction s'est &#233;toff&#233;e. Mais n'oubliez pas le c&#244;t&#233; satirique, pol&#233;mique, avec des dessins qui repr&#233;sentent parfois plus qu'un article. Cette part d'information accentue la richesse du journal. Si le journal &#233;tait uniquement satirique, je crois qu'il remporterait aussi du succ&#232;s, mais pas de m&#234;me ampleur. On ach&#232;te le journal pour le tout et parce que l'on esp&#232;re y trouver des informations nouvelles dans le style du &lt;i&gt;Canard&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Prenez le mariage de la fille de Bernard Arnault. &lt;i&gt;Le Canard&lt;/i&gt; le traite d'une fa&#231;on informative, pol&#233;mique et satirique, en d&#233;veloppant le c&#244;t&#233; ind&#233;cent de ce mariage, avec la pr&#233;sence de ministres. Et vous avez &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt; qui en fait sa une et 20 pages sur l'&#233;v&#233;nement. Toute la diff&#233;rence est l&#224; : d'un c&#244;t&#233; une presse qui fait de l'esbroufe sur ce mariage et qui pr&#233;sente en photos tous ces &#171; people &#187; - libre &#224; eux ; et de l'autre, nous : deux colonnes avec cette chute &#171; Mariage ruineux, mariage heureux &#187; ! C'est le m&#233;lange des deux genres, &#224; la fois la satire et l'investigation, qui font le succ&#232;s du&lt;i&gt; Canard&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes tout de m&#234;me reconnu comme le journal qui sort des affaires, comme &#171; le garde-fou de la R&#233;publique &#187; .&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a un journalisme que j'appelle &#171; de magn&#233;tophone &#187;, qui consiste &#224; se limiter &#224; des interviews, un journalisme de pr&#233;sentation o&#249; l'on met en musique des infos, &#224; la radio, &#224; la t&#233;l&#233;vision, dans la presse &#233;crite. Il y a un journalisme de commentaire qui s'appuie sur les sondages et qui ne fatigue pas trop certains confr&#232;res : le sondage devient une source d'information, alors qu'il ne s'agit que d'une approximation, ou mieux, d'une tendance. Enfin, il y a le journalisme d'enqu&#234;te qui, en lui-m&#234;me, est un pl&#233;onasme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'il n'y a pas d'information, il n'y a pas de r&#233;flexion sur l'information, pas d'expression de qualit&#233; du politique, de l'industriel, du journaliste ou de tout autre. De quoi la satire se nourrit-elle ? D'une information pouss&#233;e &#224; son extr&#234;me. Si vous n'avez pas d'information, vous ne pouvez qu'ironiser sur celle des autres. On peut le faire avec talent comme dans &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt; ou autre, mais il manque l'&#224;-c&#244;t&#233;. Franchement, quand &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;le Figaro&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; publient des choses, c'est excellent pour tout le monde. Quand nous sommes seuls &#224; parler d'une affaire, ce n'est pas terrible. Quand des affaires sortent, que plusieurs journaux suivent et que chacun apporte sa pierre, c'est beaucoup d'&#233;mulation et un enrichissement pour la presse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne pr&#233;tends pas pour autant que nous sommes les meilleurs. Depuis quelques ann&#233;es, d'autres journalistes font un travail honorable. Mais peu dans la presse &#233;crite. Cela est inqui&#233;tant. Les nouveaux propri&#233;taires de journaux pr&#233;f&#232;rent des r&#233;dactions complaisantes. Il est vrai aussi que lorsque vous regardez les deux plus grands journaux de France, ceux de &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; et de&lt;i&gt; France 2&lt;/i&gt;, &#231;a n'incite pas &#224; s'informer. Alors que l'important dans notre profession est de radiographier la soci&#233;t&#233;, de dire aux gens ce qu'on ne veut pas qu'ils sachent, ce qu'on leur cache ou qu'on veut leur cacher, de dire enfin aux gens ce qu'ils doivent savoir. Apr&#232;s, ils r&#233;fl&#233;chissent. Ou pas...&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_579 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/canard-n_b-14.jpg&quot; title='Photos : Charles Duprat' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/canard-n_b-14-fed70-085e1.jpg' width='216' height='324' alt='Photos : Charles Duprat' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-579 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;Photos : Charles Duprat&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment &#233;viter d'&#234;tre instrumentalis&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on ne sort pas ce que l'on sait et que l'on peut prouver, on ne m&#233;rite pas d'&#234;tre tenus pour des journalistes. Il peut y avoir des tentatives d'instrumentalisation. Nous nous appuyons sur ce qui existe et nous le v&#233;rifions. Un exemple : &#224; l'universit&#233; d'&#233;t&#233; du parti de Bayrou, de Robien arrive en Falcon. Il a beau faire partie du gouvernement, il n'a pas &#224; utiliser les moyens de transport li&#233;s &#224; sa fonction pour se rendre &#224; une r&#233;union de son parti. Nous avons publi&#233; dix lignes dans le journal. Il est &#233;vident que l'information nous a &#233;t&#233; donn&#233;e par l'entourage de Bayrou. Mais on a v&#233;rifi&#233;. Dans ce cas, est-ce que nous sommes instrumentalis&#233;s ? Dans le cas de Baudis, nous avons beaucoup critiqu&#233; les journaux qui se sont emball&#233;s. C'&#233;tait malsain. L'histoire de l'h&#244;tel de passe et de la lettre d'Al&#232;gre que livre Karl Z&#233;ro, qui la repasse au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; qui publie un article...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Canard&lt;/i&gt; est-il toujours radicalement de gauche, anticl&#233;rical et antimilitariste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Radicalement... &#224; sa fa&#231;on. &lt;i&gt;Le Canard&lt;/i&gt; a une sensibilit&#233; de gauche qui est nette, qui est critique sur les ventes d'armes, sur l'arm&#233;e, sur les guerres. Nous avons pris position contre la guerre en Irak, ce qui n'est pas le cas de certains de nos confr&#232;res. Anticl&#233;rical ? Oui. Mais pas comme quand j'&#233;tais gosse et que je croassais d&#232;s que je voyais une soutane. Et puis, il faut l'occasion. On n'a pas loup&#233; Beno&#238;t XVI sur l'&lt;i&gt;Opus Dei&lt;/i&gt;. Mais aujourd'hui, l'Eglise et les partis d&#233;mocrates-chr&#233;tiens ont moins de poids.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Connaissez-vous votre lectorat, sa composition sociale, professionnelle et politique ? Est-il de gauche ou de droite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons un lectorat qui va de l'immigr&#233; int&#233;ress&#233; par la politique jusqu'&#224; l'agr&#233;g&#233; et l'homme politique. &lt;i&gt;Le Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; est un journal populaire, lu par des gens tr&#232;s diff&#233;rents. On a dit, par le pass&#233;, que le lectorat du Canard ne se composait que d'enseignants. C'est faux. Quand on explique que Philippe S&#233;guin vient de donner une bonne le&#231;on au gouvernement sur la gestion de la S&#233;curit&#233; sociale, cela int&#233;resse tout le monde, et pas seulement les employ&#233;s de la S&#233;cu ou les enseignants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; repr&#233;sente-t-il un concurrent s&#233;rieux au &lt;i&gt;Canard&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; publie peu d'informations. Il est davantage sur un registre pol&#233;mique. La d&#233;marche de &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt; consiste &#224; cultiver le c&#244;t&#233; vengeur. Sa vocation n'est pas de sortir des affaires mais d'ironiser sur les informations des autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> &quot;Je n'aimerais pas vivre dans un pays sans Canard&quot;</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Je-n-aimerais-pas-vivre-dans-un,147.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.revue-medias.com/Je-n-aimerais-pas-vivre-dans-un,147.html</guid>
		<dc:date>2006-12-01T20:11:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>
		<dc:subject>Val</dc:subject>

		<description>directeur de la publication et de la r&#233;daction de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;

-
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no7,15-.html" rel="directory"&gt;n&#176;7&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-decryptage,13-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;cryptage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-val,189-+.html" rel="tag"&gt;Val&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L105xH150/arton147-1bac3.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='105' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:105px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La presse satirique semble plut&#244;t bien se porter en France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; se porte bien ; le journal ne conna&#238;t pas de difficult&#233;s &#233;conomiques. Sur le plan national, la presse satirique n'a pas de concurrence, puisqu'il n'existe que &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;. Nous vendons 50 000 exemplaires en kiosque et environ 15 000 sur abonnement et &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt; est un journal d'info et de politique, son format ressemble &#224; celui des quotidiens. Nous sommes en plus, comme &lt;i&gt;Le Canard&lt;/i&gt;, tr&#232;s d&#233;pendants, chaque semaine, de l'information politique. Pour autant, depuis plus d'un an, nous avons d&#233;croch&#233; de la courbe d'&#233;rosion des quotidiens. Nous avons m&#234;me progress&#233; de 8 % alors que les ventes des journaux traditionnels enregistrent une baisse inqui&#233;tante. Cela prouve la bonne sant&#233; de &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt;. Et nous rend heureux, parce que, au bout de 13 ans, on peut aujourd'hui parler de r&#233;ussite.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_581 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/CHARLIE-ANNEE.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L261xH324/CHARLIE-ANNEE-81e57-429a6.jpg' width='261' height='324' alt='' style='height:324px;width:261px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Combien de journalistes, de dessinateurs collaborent &#224; &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a environ 20 journalistes et 13 dessinateurs. Je pense que c'est l'un des rares journaux au monde o&#249; il y a autant de dessinateurs qui n'ont pas un r&#244;le d'illustrateurs. Ce sont des journalistes &#224; part enti&#232;re, des chroniqueurs comme Wolinski ou Willem. Certains sont &#224; la fois d'excellents journalistes reporters et dessinateurs de presse. C'est d'ailleurs la sp&#233;cificit&#233; du journal et il en ressort forc&#233;ment des choses que l'on ne voit pas ailleurs. En tout et pour tout, avec les pigistes, nous sommes entre 40 et 50 personnes presque toutes titulaires de la carte de presse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment fonctionne votre comit&#233; de r&#233;daction : le choix des sujets, l'&#233;quilibre entre le dessin, les caricatures et les textes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La proportion dessins/textes est en gros de 50/50. Au d&#233;part, il y a un sommaire avec la pr&#233;sentation des grandes lignes d'articles sur des sujets qui int&#233;ressent ou non la r&#233;daction. La r&#233;partition se fait ensuite. Certains sujets peuvent &#234;tre trait&#233;s en dessin, d'autres uniquement en texte. En dernier ressort, le r&#233;dacteur en chef, Cabu, et moi-m&#234;me tranchons. Les dessinateurs font plusieurs propositions, r&#233;pondent aussi aux demandes du secr&#233;tariat de r&#233;daction. Tout s'organise par agr&#233;gats. Il y a une logique... pas toujours facile &#224; g&#233;rer ! Le journal est plus chaud dans les premi&#232;res pages d'actualit&#233;, et devient plus magazine autour des pages 12-13. Ces derni&#232;res concernent le mouvement des id&#233;es et sont celles qui me passionnent le plus en ce moment...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous consid&#233;rez-vous comme un journal d'opinion ou un journal d'information ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les deux. Nous faisons des enqu&#234;tes qui peuvent durer plusieurs semaines avant d'aboutir. Des chroniqueurs sont &#233;ditorialistes, donc libres de leurs opinions. Le dessin n'est pas qu'informatif. C'est aussi une fa&#231;on humoristique de hi&#233;rarchiser la r&#233;alit&#233;. &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt;, c'est de l'information et de l'opinion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui vous distingue du &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Canard&lt;/i&gt; est plus satirique, avec un humour &#224; base de jeux de mots, ce que nous ne pratiquons pas. Pour nous, l'humour passe par autre chose. Dans certains cas, peut-&#234;tre sommes-nous plus engag&#233;s et eux plus consensuels. &lt;i&gt;Le Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; est le journal de gauche le plus lu par la droite. L'h&#233;micycle le lit. &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt; &#233;nerve beaucoup plus les lecteurs de droite, qui &#233;prouvent contre nous un vrai ressentiment, alors qu'ils l'expriment rarement contre &lt;i&gt;Le Canard&lt;/i&gt;, plus institutionnel. Nous avons moins qu'eux cette fonction de &#171; potin politique &#187; qui n'est pas notre sp&#233;cialit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Canard&lt;/i&gt; semble davantage informatif, pr&#233;f&#232;re &#171; sortir &#187; des affaires que les commenter. Qu'en pensez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a des analogies avec &lt;i&gt;Le Canard&lt;/i&gt;. J'aime &lt;i&gt;Le Canard&lt;/i&gt; et je n'aimerais pas vivre dans un pays o&#249; &lt;i&gt;Le Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; n'existe pas. A une &#233;poque, je voulais d&#233;velopper l'information dans &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt;, mais tout le monde n'&#233;tait pas d'accord, arguant sur la sp&#233;cificit&#233; du commentaire dans le journal. Claude Angeli, avec qui j'en avais parl&#233;, nous a encourag&#233;s &#224; faire de l'info, ne serait-ce que pour nourrir le commentaire. L'info, c'est la vie m&#234;me d'un journal. Donc, au sein de la r&#233;daction, nous avons en permanence quatre ou cinq enqu&#234;teurs et deux ou trois &#224; l'ext&#233;rieur qui travaillent sur des enqu&#234;tes.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_583 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/val-n_b-4.jpg&quot; title='Photos : Charles Duprat' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L210xH324/val-n_b-4-332ab-79c4f.jpg' width='210' height='324' alt='Photos : Charles Duprat' style='height:324px;width:210px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-583 spip_doc_titre' style='width:210px;'&gt;&lt;strong&gt;Photos : Charles Duprat&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre journal a-t-il une ligne politique &#224; laquelle vous tenez : anticonformiste, gauche radicale, gauche r&#233;formiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut dire que le journal a une charte - qui peut para&#238;tre un peu grandiloquente - reposant sur la fid&#233;lit&#233; &#224; certains id&#233;aux d&#233;mocratiques, ceux des Lumi&#232;res, libert&#233; des individus, antiracisme, etc. &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt; est tr&#232;s libre, mais il existe un cadre. En tant que directeur de la publication, je ne publie pas ce qui est contraire &#224; ma morale, ce qui ne veut pas dire que je ne publie que des choses avec lesquelles je suis d'accord, ce n'est pas pareil. Mais je n'ai pas l'intention d'aller au tribunal pour des faits que je n'assumerais pas. Ce cadre a &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; avec Cavanna pour des raisons l&#233;gales : &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt; lui appartient, j'ai un bail de 35 ans sur le titre, moyennant le respect d'une charte que nous avons &#233;labor&#233;e ensemble. Un journal comme &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt; doit aussi refl&#233;ter ce qui se passe dans un pays et diff&#233;rentes opinions. Nous ne sommes pas une bande de scouts d'accord sur tout. Des oppositions assez violentes peuvent s'exprimer au sein du journal. Sur le fond, il se positionne &#224; gauche, de la gauche radicale &#224; une social-d&#233;mocratie r&#233;formiste en passant par une gauche libertaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En juillet 1992, vous relancez avec Cabu une nouvelle formule de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;. En quoi celle-ci doit-elle se distinguer du &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; historique des ann&#233;es 70 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a des lignes de rupture &#233;videntes, parce qu'un journal est aussi le produit de l'&#233;tat d'une soci&#233;t&#233; &#224; un moment donn&#233;. Vous savez, les ann&#233;es 70 repr&#233;sentent pour nous, aujourd'hui, un v&#233;ritable arch&#233;o-monde. C'&#233;taient les ann&#233;es Pompidou et Giscard, avec des m&#233;dias viss&#233;s et des ministres qui appelaient les journalistes dans les r&#233;dactions du service public. Les ann&#233;es 80 sont, elles, marqu&#233;es par &lt;i&gt;Canal +&lt;/i&gt;, avec des humoristes et un cynisme qui s'expriment tr&#232;s librement &#224; la t&#233;l&#233;vision. Le d&#233;bat sur la lib&#233;ralisation des m&#233;dias bat son plein : les termes, les situations graphiques, les gros mots qui choquaient ne sont plus tabous. Ce qui pouvait faire rire encore en 1970 ne fait plus du tout rire en 1992 - et je m'en r&#233;jouis car le travail d'un humoriste est d'&#234;tre un chercheur et d'inventer de nouvelles formes d'humour. Autre fait majeur : le mur de Berlin est tomb&#233;. Un journal satirique de gauche se retrouve confront&#233; &#224; un paysage politique plus compliqu&#233; qu'un sch&#233;ma binaire o&#249; il suffisait de taper sur les uns ou les autres pour se d&#233;finir clairement... La g&#233;opolitique d'aujourd'hui rend les d&#233;bats beaucoup plus complexes. &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt; est au carrefour de tous ces changements et, dans ces conditions, n'est forc&#233;ment plus le m&#234;me, parce qu'il est d'abord l'expression de l'air de son temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes la cible, sur Internet, d'attaques violentes. Comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, j'ai vu un chiffre hallucinant, plus de deux millions de citations sur mon nom ! La violence sur Internet, &#224; mon encontre, a commenc&#233; &#224; se d&#233;cha&#238;ner lorsque que je me suis prononc&#233; pour une intervention au Kosovo. J'ai donc &#233;t&#233; pro-am&#233;ricain, puis sioniste quand j'ai d&#233;fendu les accords de Gen&#232;ve... jusqu'&#224; ma position au r&#233;f&#233;rendum [pour le oui, ndlr]. Position qui a entra&#238;n&#233; un certain nombre de d&#233;sabonnements mais un nombre d'abonnements encore plus consid&#233;rable. Ce qui montre que les gens r&#233;fl&#233;chissent, que l'on peut lancer un d&#233;bat au sein d'un journal. Je n'ai jamais fait ce m&#233;tier pour conqu&#233;rir des lecteurs en leur disant ce qu'ils ont envie qu'on leur dise. Ce qui m'a le plus choqu&#233; dans la campagne du r&#233;f&#233;rendum, ce sont les mensonges. Nous &#233;tions atterr&#233;s par les personnalit&#233;s qui mentaient, d'un jour &#224; l'autre, d'un d&#233;bat &#224; l'autre selon le public. C'&#233;tait odieux...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous-m&#234;me n'&#234;tes pas tr&#232;s tendre &#224; l'&#233;gard d'Internet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne suis pas contre : je critique ce qui existe. Internet est en train de devenir un nouveau langage. Tout ce qui produit du logos est potentiellement porteur de plus de libert&#233;. Mais Internet est encore &#224; l'&#233;tat sauvage. C'est une jungle. Comme dans toute p&#233;riode pr&#233;historique, la libert&#233; n'est pas si &#233;vidente que cela avec des contingences fortes faites de violence, de diffamation, d'humour et de cr&#233;ation... C'est aussi le lieu du narcissisme et celui de la parano&#239;a : un r&#233;seau mondial qui pr&#234;te au fantasme, &#224; la th&#233;orie du complot. En politique, &#234;tre gouvern&#233; par des hommes victimes de la psychose du complot est ce qu'il y a de pire, car cela alimente leur tentation totalitaire ! Il faut &#234;tre vigilant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, de l'information circule par le biais d'Internet, mais elle manque de fiabilit&#233;. Internet, c'est de l'opinion, de la doxa. Les gens vont s'en rendre compte. L'humanit&#233; s'est enrichie de l'invention de l'imprimerie, comme elle s'enrichira de l'invention d'Internet. Elle en jouira, comme elle jouit de l'imprimerie, et en souffrira, comme on peut &#234;tre d&#233;truit par un livre. Il y a des cadres l&#233;gaux pour la litt&#233;rature et pour la presse. Pour l'instant, Internet, du fait de son origine internationale, rend difficile l'application de lois. Mais un jour, de nouvelles r&#232;gles garantiront enfin cette nouvelle libert&#233;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_582 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/charlie-sarko.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L255xH324/charlie-sarko-b28d6-abfc6.jpg' width='255' height='324' alt='' style='height:324px;width:255px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un journal satirique peut-il recevoir de la publicit&#233; sans perdre de son ind&#233;pendance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, il ne peut pas. Ou alors, c'est extr&#234;mement difficile. Nous n'avons aucune recette publicitaire. Dans le cadre d'un partenariat, nous effectuons des &#233;changes avec &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, dans des normes et sous contrat, avec z&#233;ro euro pour &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; et pour nous. Il s'agit de solidarit&#233; confraternelle, ce qui ne nous emp&#234;che pas de nous montrer critiques sur certains faits relat&#233;s par &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; et r&#233;ciproquement. Quand &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;, je n'&#233;tais pas dans la presse, mais j'ai particip&#233; personnellement, &#224; mon niveau, &#224; la fondation du journal. &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; est le journal de notre g&#233;n&#233;ration. Et je me moque de savoir si mon affection pour ce titre g&#234;ne quelqu'un. D&#233;ranger est bien le but d'un journal satirique et ce genre d'&#233;changes ne joue pas sur la ligne &#233;ditoriale. Nous avons, sur ce th&#232;me, &#233;t&#233; violemment critiqu&#233;s par &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; qui enregistre 40 % de ressources publicitaires avec de la pub pour BMW ou Cartier...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous fixez-vous des limites dans la fa&#231;on de traiter la caricature ou la satire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas d'autres limites que celles contenues dans la charte du journal. J'ai transgress&#233; r&#233;cemment ces limites sur la vie priv&#233;e, alors que je la consid&#232;re sacr&#233;e. J'ai en effet parl&#233; de la vie priv&#233;e de Sarkozy, mais je l'ai fait uniquement parce que lui-m&#234;me est pass&#233; &#224; la t&#233;l&#233; un nombre incalculable de fois, et qu'il a &#233;tal&#233; sa vie priv&#233;e dans &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt;. A partir de cet instant, on peut produire un commentaire... C'est lui qui a fait bouger la ligne, pas nous. A &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt;, nous apprenons quantit&#233; de potins que nous ne publierons jamais parce que &#231;a ne regarde personne. Pour vivre en d&#233;mocratie, il faut respecter la vie priv&#233;e. C'est la cellule de base de la d&#233;mocratie. Un pays totalitaire, c'est celui o&#249; il n'y a pas de vie priv&#233;e. De ce c&#244;t&#233;-l&#224;, nous sommes beaucoup plus pudiques que les journaux dits people, contrairement aux apparences.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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