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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>Les journalistes se sont conduits comme des couillons</title>
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		<dc:date>2006-12-01T20:54:21Z</dc:date>
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		<dc:subject>En ouverture</dc:subject>
		<dc:subject>Wiel</dc:subject>

		<description>L'un des &#8220;condamn&#233;s-innocent&#233;s&#8221; d'Outreau revient sans m&#233;nagement sur le traitement m&#233;diatique de l'affaire. Tenez-vous les m&#233;dias pour en partie responsables de ce fiasco judiciaire ? Ils ont jou&#233; un r&#244;le dans le climat qui s'est install&#233; d&#232;s le d&#233;but de l'affaire. Toute cette histoire rel&#232;ve du domaine du fantasme et pas de celui de la raison. Mais qui a fait quoi... chacun a jou&#233; un r&#244;le. Les m&#233;dias ont donn&#233; de l'ampleur &#224; cette imposture en jetant sur la place publique des informations tronqu&#233;es, non (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L99xH150/arton158-0e584.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='99' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:99px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;L'un des &#8220;condamn&#233;s-innocent&#233;s&#8221; d'Outreau revient sans m&#233;nagement sur le traitement m&#233;diatique de l'affaire.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tenez-vous les m&#233;dias pour en partie responsables de ce fiasco judiciaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils ont jou&#233; un r&#244;le dans le climat qui s'est install&#233; d&#232;s le d&#233;but de l'affaire. Toute cette histoire rel&#232;ve du domaine du fantasme et pas de celui de la raison. Mais qui a fait quoi... chacun a jou&#233; un r&#244;le. Les m&#233;dias ont donn&#233; de l'ampleur &#224; cette imposture en jetant sur la place publique des informations tronqu&#233;es, non v&#233;rifi&#233;es, mais qui ont aliment&#233; l'imaginaire. A partir de l&#224;, le public s'est empar&#233; de ces informations et a fantasm&#233; &#224; son tour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous que le fait d'&#234;tre un homme d'Eglise a &#233;t&#233; pour les m&#233;dias une circonstance aggravante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;tonn&#233;, au d&#233;but de l'affaire, d'entendre mon avocate me dire que dans l'opinion publique, il y avait la certitude que pr&#234;tre &#233;gale p&#233;dophile. Et je la soup&#231;onne d'ailleurs d'avoir &#224; ce moment-l&#224; pens&#233; exactement la m&#234;me chose de moi. Apr&#232;s Saint-Omer, elle m'a t&#233;l&#233;phon&#233; en me disant que l&#224;, elle &#233;tait s&#251;re que j'&#233;tais innocent... ce qui laisse &#224; supposer qu'avant, elle avait des doutes ! Franchement j'&#233;tais assez na&#239;f parce que jamais cela ne me serait venu &#224; l'id&#233;e. Pourquoi ai-je pris sept ans au proc&#232;s de Saint-Omer ? Est-ce que c'est parce que j'&#233;tais pr&#234;tre, donc &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; coupable ? Est-ce que c'est parce que je donnais l'impression de d&#233;fier les juges ? Ou encore &#224; cause de l'anticonformisme que j'affichais face &#224; la cour ? J'imagine que c'est l'ensemble qui a indispos&#233; les jur&#233;s. Vous savez, dans le fond, je suis persuad&#233; que ce sont l&#224; des incidentes, et que ce proc&#232;s &#233;tait truqu&#233; depuis le d&#233;but. C'est une certitude dont je m'explique dans le livre que j'&#233;cris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quoi traite ce livre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De ce que j'ai v&#233;cu. La prison, le comit&#233; de soutien, Saint-Omer. Paris... Une r&#233;flexion sur la justice.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a quand m&#234;me eu quelques scandales r&#233;cents mettant en cause des hommes d'Eglise dans des affaires de p&#233;dophilie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes... Mais on ne peut pas tirer de r&#232;gles g&#233;n&#233;rales de ce qui est inhabituel et exceptionnel.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_526 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Dominique-Wiel-_-gendarme.jpg&quot; title='Photo : Philippe Huguen / AFP' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH309/Dominique-Wiel-_-gendarme-37289-5f909.jpg' width='324' height='309' alt='Photo : Philippe Huguen / AFP' style='height:309px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-526 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;Photo : Philippe Huguen / AFP&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-526 spip_doc_descriptif' style='width:324px;'&gt;Dominique Wiel, mis en examen dans l'affaire d'Outreau, &#224; la sortie du palais de justice de Boulogne-sur-Mer, le 15 janvier 2002.&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que, pendant que vous &#233;tiez en prison, des journalistes ont tent&#233; de vous contacter pour avoir votre version de cette affaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aucun. Personne. De toute fa&#231;on comment auraient-ils pu le faire ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-&#234;tre par le biais de votre comit&#233; de soutien...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon comit&#233; de soutien, sp&#233;cialement mon fr&#232;re Fran&#231;ois, a essay&#233; de joindre les journalistes. Silence radio ! Personne ne l'a rappel&#233;. Mais qu'est-ce que vous croyez ? Ce n'est pas du tout extraordinaire. Je re&#231;ois au moins une lettre par jour de gens qui gal&#232;rent dans l'institution judiciaire et qui me demandent comment faire pour toucher un journaliste qui voudrait bien les &#233;couter. Fran&#231;ois est parvenu, apr&#232;s un an d'efforts, &#224; rencontrer Eric Dussart &#224; &lt;i&gt;La Voix du Nord&lt;/i&gt;. Il a r&#233;ussi &#224; le faire changer d'opinion, &#224; le convaincre que j'&#233;tais non coupable et, &#224; partir de l&#224;, &lt;i&gt;La Voix du Nord&lt;/i&gt; s'est faite beaucoup plus discr&#232;te. C'est Dussart qui a donn&#233; &#224; mon fr&#232;re les contacts avec l'&lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt; &#224; laquelle il a envoy&#233; un dossier de huit pages relatant l'affaire de mon point de vue. L'&lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt; a diffus&#233; ce communiqu&#233; avant le proc&#232;s de Saint-Omer. Donc, th&#233;oriquement, tous les journalistes l'ont eu. Ce n'est pas pour &#231;a que les choses ont chang&#233; et que les m&#233;dias ont fait mention des doutes qu'ils auraient d&#251; logiquement en retirer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre comit&#233; de soutien, comment s'est-il constitu&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il s'est cr&#233;&#233; de fa&#231;on spontan&#233;e avec des gens d'Outreau qui me connaissaient depuis des ann&#233;es. Depuis 1967 ! Des amis, des voisins, des copains avec qui j'ai milit&#233; &#224; ATTAC, &#224; la CFDT, &#224; la JOC... J'ai toujours milit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce qu'en prison, vous saviez ce que l'on &#233;crivait sur vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Je pr&#233;f&#233;rais ne pas savoir. C'&#233;tait d&#233;j&#224; suffisamment difficile &#224; vivre comme &#231;a. J'&#233;tais abonn&#233; au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et &#231;a me suffisait amplement pour imaginer ce qui pouvait &#234;tre dit ailleurs. Je prenais tout &#231;a avec une certaine s&#233;r&#233;nit&#233;. Je savais que tout &#233;tait faux et j'avais la conviction que &#231;a ne pouvait pas continuer ainsi. Un jour, ils s'en apercevraient et ils seraient bien emmerd&#233;s ! &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; le premier &#224; bouger, mais apr&#232;s la presse belge. Un journaliste a commenc&#233; &#224; mettre en doute certains d&#233;tails de l'instruction qui lui semblaient bizarres. J'ai un souvenir tr&#232;s net de la lecture de ce papier. L&#224; j'ai compris que &#231;a y &#233;tait : ils allaient enfin comprendre !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que les gens de l'ext&#233;rieur, votre fr&#232;re, votre comit&#233; de soutien, vous tenaient au courant des horreurs qu'on disait sur votre compte &#224; tous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Ils m'ont prot&#233;g&#233; de tout ce sordide. Et je dois dire qu'ils ont &#233;t&#233; extraordinaires dans leur conviction : pour eux, j'&#233;tais &#233;videmment innocent de ce dont on m'accusait. De mon c&#244;t&#233;, j'avais l'impression que ce qu'on lisait dans la presse &#233;tait &#224; ce point d&#233;taill&#233; que n'importe qui aurait d&#251; douter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment receviez-vous psychologiquement, intellectuellement, voire physiquement, ne serait-ce que les &#233;chos des jugements p&#233;remptoires des m&#233;dias dont vous saviez, vous, qu'ils v&#233;hiculaient de fausses informations sur l'affaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que vous r&#233;pondre ? Je n'en ai pas r&#233;ellement souffert puisque je ne savais pas. Mes col&#232;res, quand j'en ai eues, &#233;taient provoqu&#233;es par les aberrations, l'injustice de l'instruction. Aujourd'hui, j'ai le sentiment que les journalistes se sont conduits comme des couillons. Ils suivaient le juge d'instruction et le procureur parce que c'&#233;tait confortable pour eux. Ils &#233;taient les victimes consentantes d'une manipulation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez qu'il y a eu manipulation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand m&#234;me ! Comment avaient-ils leurs informations, lesquelles allaient toutes dans le m&#234;me sens ? J'ai ma petite id&#233;e l&#224;-dessus. Ils se contentaient de ce qu'on leur disait, quitte, au besoin, &#224; en rajouter une couche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous soup&#231;onnez une manipulation volontaire orchestr&#233;e par les instances judiciaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gros probl&#232;me ! Entre ce que je pense et la v&#233;rit&#233;, il y a peut-&#234;tre un d&#233;calage. Je suis persuad&#233; que c'&#233;tait voulu mais que personne n'avait pr&#233;vu que tout &#231;a allait leur sauter &#224; la figure... D'ailleurs, lorsque Burgaud s'est rendu compte que &#231;a commen&#231;ait &#224; sentir le br&#251;l&#233;, il a laiss&#233; l'affaire &#224; quelqu'un d'autre et s'est barr&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'ai l'impression que vous avez une autre id&#233;e...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;coutez, quand m&#234;me... Mais l&#224;, c'est vraiment une lecture personnelle de cette affaire. Retournons fin 2001, d&#233;but 2002. Juste avant la pr&#233;sidentielle. L'affaire tombe bien. Il faut montrer aux gens qu'on vit dans un monde dangereux, horrible, qui fait peur. Regardez, juste avant l'&#233;lection, il y a eu l'histoire de ce pauvre vieux d'Orl&#233;ans tabass&#233; par une bande de voyous qui ont mis le feu &#224; sa baraque. Ce sont les voisins qui l'ont h&#233;berg&#233; le temps que tout le quartier l'aide &#224; reconstruire sa maison. Cette histoire est pass&#233;e en boucle sur toutes les t&#233;l&#233;s. La t&#234;te de ce pauvre homme rou&#233; de coups, avec des cocards sur la figure... &#199;a, c'&#233;tait une image qu'on n'avait jamais vue ! A ce moment-l&#224;, les sujets sur l'ins&#233;curit&#233;, la d&#233;linquance, les actes de p&#233;dophilie se bousculaient sur les &#233;crans et dans la presse. Je suis persuad&#233; que ce n'est pas un hasard.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_528 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/DOMINIQUE-WIEL-03.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L213xH324/DOMINIQUE-WIEL-03-e5e42-b8ce4.jpg' width='213' height='324' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:324px;width:213px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-528 spip_doc_titre' style='width:213px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Pourquoi ai-je pris sept ans au proc&#232;s de Saint-Omer ? Est-ce que c'est parce que j'&#233;tais pr&#234;tre, donc &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; coupable ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis que vous &#234;tes reconnu non coupable, avez-vous eu la curiosit&#233;, l'envie, le besoin de lire tout ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit sur cette affaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. J'ai pratiquement lu tous les livres r&#233;cemment parus sur le sujet, mais je n'ai pas lu le dossier de presse que m'a fourni un copain. Je l'ai &#224; peine ouvert. J'ai lu les premiers papiers de Steve Fernandes dans &lt;i&gt;La Voix du Nord&lt;/i&gt; et &#231;a m'a tr&#232;s largement suffi. J'ai d'ailleurs rencontr&#233; Fernandes. C'&#233;tait pitoyable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, vous avez tout de m&#234;me connaissance des commentaires faits dans les m&#233;dias sur cette affaire et sur vous. Vous n'avez pas eu envie de contacter certains de ces journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non... Vous savez, les m&#233;dias ne sont qu'un v&#233;hicule de cette affaire. Personne n'est r&#233;ellement coupable individuellement de ce qui s'est pass&#233;. C'est tout un syst&#232;me qui est responsable... Dans &#171; Arr&#234;t sur Images &#187; j'ai rencontr&#233; le journaliste de &lt;i&gt;France 3&lt;/i&gt; Boulogne qui avait fait des reportages tr&#232;s durs, d&#233;gueulasses, au d&#233;but de l'affaire. Il me faisait des excuses en veux-tu, en voil&#224;... J'ai appr&#233;ci&#233; mod&#233;r&#233;ment, ses excuses lui venaient trop facilement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquez-vous que tous les m&#233;dias aient plong&#233; dans la m&#234;me eau trouble ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bof ! C'est un ph&#233;nom&#232;ne actuel. L'actualit&#233; &#224; chaud jet&#233;e en p&#226;ture sans aucune r&#233;flexion. La passag&#232;re du RER, le bagagiste de Roissy sont aussi des exemples de l'information imm&#233;diate, sans v&#233;rifications s&#233;rieuses. C'est ce qu'est devenue la presse. Elle doit aller vite et les journalistes n'ont pas le temps de r&#233;fl&#233;chir. Ils prennent les apparences pour des certitudes. C'est d'ailleurs ce qui s'est pass&#233; avec les aides maternelles d'Outreau. Si, au lieu de se servir des t&#233;l&#233;phones portables, elles avaient d&#251; aller jusqu'&#224; un t&#233;l&#233;phone fixe, &#231;a leur aurait laiss&#233; le temps de r&#233;fl&#233;chir et de se dire que les gamins leur montaient un bateau ! Comme elles se parlaient par les portables, elles &#233;changeaient des impressions imm&#233;diates, &#233;videmment sans r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais cette propagation d'informations &#224; l'emporte-pi&#232;ce a dur&#233; un temps infini !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une fois que c'est parti, comment faire marche arri&#232;re ? L'actualit&#233; est chaude tous les jours et l'on passe d'un &#233;v&#233;nement &#224; l'autre. L'affaire d'hier est boucl&#233;e. L'affaire d'aujourd'hui est une autre histoire sur laquelle il faut &#234;tre tout de suite, et si possible le premier. La machine m&#233;diatique est toujours sous pression et quand elle s'emballe, on ne peut rien faire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce d&#233;ballage d'horreurs prouverait-il que la p&#233;dophilie est vendeuse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ah oui ! Comme le terrorisme. Ce sont les p&#233;ch&#233;s capitaux modernes. Le diable !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que vous avez l'impression d'avoir &#233;t&#233; un &#171; produit m&#233;diatique &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant l'instruction et le proc&#232;s, nous &#233;tions, nous tous accus&#233;s d'Outreau, vendus &#224; l'opinion publique, en vrac, comme une bande de monstres pervers, ce qui justifiait la curiosit&#233; de l'affaire. Et j'imagine que le fait d'avoir un pr&#234;tre dans le tableau ajoutait un peu de croustillant &#224; tout &#231;a. Aujourd'hui, chacun d'entre nous est devenu, individuellement, un produit m&#233;diatique. Il n'y a pas que nous d'ailleurs. Tous les protagonistes de l'affaire le sont.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Que les m&#233;dias s'expliquent sur leurs d&#233;rives quasi hyst&#233;riques, ce n'est pas mon probl&#232;me, c'est le v&#244;tre ! Est-ce que vous pr&#234;tez serment quand on vous donne votre carte de presse ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, que pensez-vous des records d'audimat r&#233;alis&#233;s par les t&#233;l&#233;visions lors des retransmissions en direct des auditions de la commission parlementaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette intrusion des moyens audiovisuels dans le fonctionnement d'une institution qui, g&#233;n&#233;ralement, pratique le secret et se veut totalement imperm&#233;able, est extraordinaire. Ces auditions publiques sont importantes. Pas seulement parce qu'on y fait le proc&#232;s du proc&#232;s, mais parce que le d&#233;roulement r&#233;v&#233;l&#233; de cette affaire permet de comprendre que, si elle est exemplaire, elle n'est pas unique ou exceptionnelle. Ces auditions permettent de mettre en lumi&#232;re des dysfonctionnements - le mot a &#233;t&#233; beaucoup employ&#233; - des aberrations, des injustices qui, sans cela, seraient rest&#233;es totalement secr&#232;tes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous avez refus&#233; d'assister &#224; l'audition du juge Burgaud ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce que je ne voulais pas &#234;tre t&#233;moin de ce qu'on veut faire de Burgaud : le bouc &#233;missaire de toute cette affaire. Je ne voulais pas &#234;tre de la cur&#233;e ni de la mise en sc&#232;ne de la condamnation annonc&#233;e d'un lampiste. Et puis, nous, on l'a beaucoup vu, Burgaud. Ce n'&#233;tait peut-&#234;tre pas la peine d'en rajouter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est votre sentiment apr&#232;s cette audition ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis bien aise de ne pas avoir fait le d&#233;placement &#224; Paris pour assister &#224; l'audition ! Les questions les plus g&#234;nantes n'ont pas &#233;t&#233; pos&#233;es. On n'a, par exemple, pas pouss&#233; le juge Burgaud &#224; s'expliquer sur l'arrestation des deux Daniel Legrand alors qu'un &#171; Dany le grand &#187; &#233;tait recherch&#233;, pas plus qu'on ne l'a embarrass&#233; ni avec les agendas de M. Mar&#233;caux, ni avec l'impossibilit&#233; pour Pierre Martel d'&#234;tre en m&#234;me temps au golf d'Hardelot et dans l'appartement des Delay un jour de f&#234;te des m&#232;res. J'ai aussi &#233;t&#233; tr&#232;s surpris de la pr&#233;sence de deux avocats aux c&#244;t&#233;s du juge Burgaud. Les d&#233;put&#233;s et les responsables ont ainsi laiss&#233; &#224; penser que cette commission s'&#233;tait &#233;rig&#233;e en tribunal. Dommage !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre r&#233;action &#224; son interview dans &lt;i&gt;L'Express &lt;/i&gt; o&#249; il refusait de pr&#233;senter des excuses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;videmment &#231;a m'a agac&#233;, r&#233;volt&#233; m&#234;me, mais qu'est-ce que vous voulez qu'on dise ? Il est semblable &#224; lui-m&#234;me. Il a raison cet homme ! Pourquoi pr&#233;senterait-il des excuses puisque tout ce qu'il a fait &#233;tait parfaitement l&#233;gal ? Il est inattaquable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut, peut-&#234;tre, lui reprocher de n'avoir pas &#233;t&#233; tr&#232;s humain.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous plaisantez ? Depuis quand est-ce une obligation ? Et puis qu'est-ce qu'on entend par &#234;tre &#171; humain &#187; ? Il est juge, lui !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Souhaitez-vous que des repr&#233;sentants des m&#233;dias dont les reportages ont forg&#233; une partie de l'opinion publique au moment o&#249; vous passiez pour coupable, soient entendus par la commission parlementaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois qu'il en est question, non ? Mais qui va aller repr&#233;senter la presse ? C'est vous ? Que les m&#233;dias s'expliquent sur leurs d&#233;rives quasi hyst&#233;riques, ce n'est pas mon probl&#232;me, c'est le v&#244;tre ! Comment &#231;a marche chez vous ? D&#233;ontologie, soit... Et alors ? Est-ce que vous pr&#234;tez serment quand on vous donne votre carte de presse ? Est-ce que vous avez une autorit&#233; au-dessus de vous qui vous tape sur les doigts quand vous faites des erreurs ? J'ai appris r&#233;cemment qu'un journaliste consciencieux devait faire une contre-enqu&#234;te et v&#233;rifier les informations qu'on lui donnait. O&#249; &#233;taient-elles les contre-enqu&#234;tes pendant l'instruction et le proc&#232;s ? Les m&#233;dias vont s'expliquer sur quoi ? Sur la pratique du colportage plut&#244;t que de l'information ? Si les journalistes, apr&#232;s cette affaire, veulent faire une r&#233;forme sur la fa&#231;on dont &#231;a fonctionne chez eux, c'est &#224; eux de la faire. Pour r&#233;pondre &#224; votre question oui, &#233;videmment, &#231;a nous plairait bien, mais &#231;a va servir &#224; quoi ? Et puis de toute fa&#231;on, vous ne le ferez pas... La presse est un quatri&#232;me pouvoir sans contre-pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_527 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/DOMINIQUE-WIEL-02.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L219xH324/DOMINIQUE-WIEL-02-03f80-2dc09.jpg' width='219' height='324' alt='' style='height:324px;width:219px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La presse est un quatri&#232;me pouvoir sans contre-pouvoir. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous justement qu'il pourrait y avoir un contre-pouvoir &#224; celui des m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne peux pas r&#233;pondre &#224; cette question. Peut-&#234;tre l'honn&#234;tet&#233;, l'objectivit&#233; individuelle. Quelqu'un qui dit ses doutes et pointe les incoh&#233;rences. Le &#171; J'accuse &#187; de Zola...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pourriez attaquer certains journaux en diffamation...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous croyez que je n'en ai pas marre des proc&#232;s, des juges, des avocats, des tribunaux ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; tout, les m&#233;dias aujourd'hui vous rendent justice.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'en suis bien content ! &#199;a a commenc&#233; &#224; la sortie du proc&#232;s de Saint-Omer o&#249; j'en avais pris pour sept ans. Deux journalistes sont venus me serrer la main. St&#233;phane Durand-Soufflant du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; et Acacio Pereira du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. &#199;a, je vais vous dire, je ne risque pas de l'oublier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand &#224; la sortie de votre acquittement &#224; Paris, la presse s'est pr&#233;cipit&#233;e sur vous, quelle a &#233;t&#233; votre r&#233;action ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai trouv&#233; &#231;a normal. Naturel. On est dans un syst&#232;me o&#249; les individus r&#233;agissent en fonction de ce syst&#232;me. J'ai donn&#233;, il y a quelques jours, une interview &#224; une journaliste du &lt;i&gt;Nouveau D&#233;tective&lt;/i&gt; qui est sans doute le magazine le plus lu dans les prisons, alors que le papier d'un autre journaliste dans le m&#234;me canard, paru pendant que j'&#233;tais en prison, m'a valu d'&#234;tre caillass&#233; par les autres d&#233;tenus. Voil&#224;, c'est le syst&#232;me...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que vous inspire le fait d'&#234;tre aujourd'hui un h&#233;ros dans les m&#233;dias apr&#232;s y avoir &#233;t&#233; d&#233;crit comme un parfait salaud ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La presse met autant d'&#233;nergie &#224; vous enfoncer qu'&#224; vous monter au pinacle. Bon, c'est la vie. J'essaie de regarder &#231;a avec un certain d&#233;tachement. Et puis vous savez bien qu'une actualit&#233; en chasse une autre... Dans le fond, je suis assez satisfait d'&#234;tre en France. Nous, on est sortis au bout de trois ans. Mais si on avait &#233;t&#233; en Irak ? Ou au Texas ? Peut-&#234;tre qu'&#224; l'heure qu'il est je serais d&#233;j&#224; pass&#233; sur une chaise &#233;lectrique !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un r&#233;cent num&#233;ro du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt;, Gilles Balbastre pr&#233;tend, en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; l'affaire d'Outreau, que &#171; &lt;i&gt;les m&#233;dias sont un tribunal implacable, &#224; la fois juge et bourreau&lt;/i&gt; &#187; et il ajoute &#171; &lt;i&gt;et l&#224; il n'y a pas d'appel, m&#234;me pas la reconnaissance d'une erreur m&#233;diatique&lt;/i&gt; &#187;. Que vous inspire cette r&#233;flexion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis tout &#224; fait d'accord ! Les m&#233;dias p&#232;sent sur l'opinion publique qui p&#232;se sur les institutions. C'est comme les jeux du cirque. Le public demande des t&#234;tes et nous &#233;tions pris dans cette spirale. Dans la logique du d&#233;but de l'affaire, on aurait tous d&#251; en prendre pour dix ans. Quant &#224; la reconnaissance des erreurs et les excuses, on a en d&#233;j&#224; parl&#233;. Vous savez, j'&#233;tais persuad&#233; que j'allais me sortir de ce bourbier, mais jamais je n'ai pens&#233; que cela pourrait se faire gr&#226;ce aux m&#233;dias. J'&#233;tais seulement persuad&#233; que la v&#233;rit&#233; finirait par &#233;clater.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, dans quel &#233;tat d'esprit lisez-vous la presse ou regardez-vous la t&#233;l&#233;vision ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pas de t&#233;l&#233;vision chez moi, donc le probl&#232;me est r&#233;gl&#233;. Quant &#224; la presse, je lis principalement &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et je suis bien oblig&#233; de croire ce qui y est &#233;crit. Mais quand m&#234;me, je ne me forge pas une opinion d&#233;finitive d'apr&#232;s ce que je lis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous vous y retrouvez dans tout &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'est ce que vous entendez par &#171; tout &#231;a &#187; ?...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tant d'actes de contrition, de respect apr&#232;s tant d'opprobre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis serein. Je n'ai pas d'esprit de vengeance. Je n'ai pas de ranc&#339;ur. Ce qui m'est arriv&#233;, c'est un accident de la vie. Comme il y a des gens qui ont des accidents de la route. Vous savez, j'ai eu le temps de r&#233;fl&#233;chir sur le sens du mot &#171; justice &#187; et sur la fa&#231;on dont ce mot a &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;... avec notre accord tacite d'ailleurs. Mais c'est valable pour chacun des coaccus&#233;s. Vous avez remarqu&#233; que nous ne cherchons pas nos mots pour parler. Les choses &#224; dire nous viennent naturellement parce que le choc a &#233;t&#233; incroyablement violent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous, &#224; un moment, perdu la foi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il me faudrait un livre pour r&#233;pondre &#224; votre question. Ma foi, depuis que je suis jeune, a toujours &#233;t&#233; travers&#233;e par le doute. Le doute est le c&#244;t&#233; pile de la foi, c'est toujours comme cela que je l'ai v&#233;cu... mais curieusement, en prison, je n'ai jamais dout&#233;. C'&#233;tait une &#233;preuve, bien s&#251;r. J'en suis sorti.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les m&#233;dias m'ont pourri la vie</title>
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		<dc:subject>En ouverture</dc:subject>
		<dc:subject>Bardot</dc:subject>

		<description>V&#233;ritable mythe, sex-symbol des ann&#233;es 60 et 70, B.B. raconte, avec la franchise qu'on lui conna&#238;t, le calvaire que lui ont fait endurer les m&#233;dias. Commen&#231;ons par la cause que vous d&#233;fendez : la protection des animaux. Est-elle suffisamment prise en compte par les m&#233;dias ? Non, pas du tout. C'est un miracle chaque fois qu'on en parle. Il est tr&#232;s rare que nous passions aux journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s. Je suis oblig&#233;e de supplier les journalistes - PPDA, Arlette Chabot, etc. - et si je n'appelle pas (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;V&#233;ritable mythe, sex-symbol des ann&#233;es 60 et 70, B.B. raconte, avec la franchise qu'on lui conna&#238;t, le calvaire que lui ont fait endurer les m&#233;dias.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Commen&#231;ons par la cause que vous d&#233;fendez : la protection des animaux. Est-elle suffisamment prise en compte par les m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, pas du tout. C'est un miracle chaque fois qu'on en parle. Il est tr&#232;s rare que nous passions aux journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s. Je suis oblig&#233;e de supplier les journalistes - PPDA, Arlette Chabot, etc. - et si je n'appelle pas personnellement les uns ou les autres, ils ne le font pas d'eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'autres se montrent-ils plus r&#233;ceptifs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la m&#234;me chose pour tous les m&#233;dias. Dites bien les m&#233;dias : ce n'est pas forc&#233;ment le fait des journalistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle que soit leur sensibilit&#233; politique et quelle que soit leur nature : presse &#233;crite, radio, t&#233;l&#233;vision ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils s'en foutent. Ils ne sont pas concern&#233;s par les animaux. Un peu comme l'environnement. Et pourtant l'environnement a la cote aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne sais pas. Ce n'est pas &#224; la mode. Pas assez people.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre combat est tr&#232;s personnalis&#233; autour de votre nom. Cela vous aide-t-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Je suis compl&#232;tement boycott&#233;e. Je pensais &#224; une &#233;poque que mon nom pouvait servir &#224; quelque chose, ouvrir des portes. Ce n'est plus le cas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains ont eu des mots tr&#232;s durs &#224; votre &#233;gard. Cela vous blesse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand les propos sont durs &#224; mon encontre, j'essaie d'en faire abstraction. Si cela touche &#224; mon action, cela me blesse &#233;norm&#233;ment. Je ne le m&#233;rite pas et on n'a pas le droit de mettre en cause mon courage et mon opini&#226;tret&#233; dans le combat que je m&#232;ne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez vous aussi employ&#233; certaines formules franches et parfois dures. Les avez-vous regrett&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Pas du tout. Je ne suis pas le genre de Chirac &#224; faire mes excuses pour un oui ou pour un non.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_529 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/SAPA990101099660.jpg&quot; title='Photo : AFP' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH243/SAPA990101099660-e5baa-7a207.jpg' width='324' height='243' alt='Photo : AFP' style='height:243px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-529 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;Photo : AFP&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-529 spip_doc_descriptif' style='width:324px;'&gt;1971&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; J'&#233;tais traqu&#233;e comme un animal ; j'ai voulu mourir &#224; cause de cela. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais quand vous traitez Fogiel de &#171; petit con &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je vous le redis de tout mon c&#339;ur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez que cela fait avancer les choses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais vous avez vu ce qu'il m'a fait ? Alors, &#171; petit con &#187;, ce n'est rien par rapport &#224; ce que j'ai subi durant son &#233;mission.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;t&#233; idol&#226;tr&#233;e par les m&#233;dias.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jamais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, durant dix ans, vous avez &#233;t&#233; la femme la plus photographi&#233;e du monde.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, mais pas idol&#226;tr&#233;e. Les m&#233;dias ont toujours dit des choses &#233;pouvantables sur moi. Beaucoup de m&#233;chancet&#233;s. Et m&#234;me si on me photographiait, m&#234;me si on me coursait dans la rue, m&#234;me si on ne me laissait jamais vivre en paix, c'&#233;tait rarement pour dire des choses qui me mettaient en valeur. Cela m'a fait du mal. On a dit que j'&#233;tais une voleuse de mari, que j'avais des amants en pagaille. Je cherchais la tranquillit&#233; et la presse &#224; travers moi cherchait le scandale ! Cela en a &#233;t&#233; ainsi toute ma vie, cela m'a pourri l'existence, cela m'a fait une r&#233;putation abominable dont j'ai eu beaucoup de mal &#224; me d&#233;faire. Cela a &#233;t&#233; la plus grande injustice de ma vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez donc souffert de votre notori&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas de la notori&#233;t&#233; &#224; proprement parler, mais cette image d&#233;form&#233;e de moi, qui a constamment &#233;t&#233; jet&#233;e en p&#226;ture au public, m'a irrit&#233;e au plus haut point. Ma vie a toujours &#233;t&#233; simple. Mais les m&#233;dias ne montraient qu'une face de la m&#233;daille et cachaient l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'exag&#233;rez pas un peu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je vais vous raconter une anecdote. Un jour, en bas de mon immeuble, j'ai crois&#233; mon p&#232;re qui venait m'apporter une rose. C'&#233;tait rituel chez lui, il me prouvait sa tendresse en d&#233;posant r&#233;guli&#232;rement une rose avec un petit mot charmant chez ma concierge. Or, ce jour-l&#224;, bien que sachant que j'&#233;tais traqu&#233;e par des photographes planqu&#233;s dans des voitures ou cach&#233;s sous les porches des immeubles d'en face, j'ai pris le temps de l'embrasser tendrement. Quelques jours plus tard, j'ai d&#233;couvert une des photos prises ce jour-l&#224; dans un journal o&#249; la l&#233;gende disait &#224; peu pr&#232;s ceci : &#171; Elle ne se contente plus de s&#233;duire les jeunes gens en s&#233;rie mais exerce maintenant son pouvoir sur les hommes plus que m&#251;rs, comme en t&#233;moigne la photo ci-dessus. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Offens&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Cette profession g&#226;che, d&#233;grade, extermine tout sur son passage. Ils sont les Attila du XXe si&#232;cle, les fl&#233;aux de Dieu et le cauchemar des stars. Vous ne pouvez pas imaginer ce que j'ai v&#233;cu. J'&#233;tais sans arr&#234;t en alerte. Je vivais en recluse. Les photographes avaient &#233;lu domicile au bistro en bas de chez moi et certains allaient m&#234;me jusqu'&#224; louer &#224; prix d'or les chambres de bonne de l'immeuble d'en face qui donnaient directement dans mon salon. Je vivais fen&#234;tres et rideaux ferm&#233;s, me m&#233;fiant de tout et de tous !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous vous &#234;tes m&#234;me battue physiquement avec certains d'entre eux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais partout o&#249; j'allais, j'&#233;tais traqu&#233;e. Pas seulement en France : &#224; l'&#233;tranger &#233;galement ! En Italie o&#249; j'avais r&#233;ussi &#224; d&#233;jouer leur surveillance en me d&#233;guisant, j'ai &#233;t&#233; assaillie par un commando de paparazzi alors que je me reposais au bord d'un lac. J'ai &#233;t&#233; leur proie, ils m'ont poursuivie, jet&#233;e &#224; terre, pi&#233;tin&#233;e, j'ai re&#231;u des crachats, des coups de pied dans la figure. Alors, oui, je me suis battue de toutes mes forces avec mes poings et mes pieds.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai v&#233;cu la m&#234;me chose, dans un autre genre, &#224; New York, lors de la pr&#233;sentation de &#171; Viva Maria &#187;. Un cordon de police &#233;tait cens&#233; assurer ma s&#233;curit&#233;. En vain d'ailleurs. La foule &#233;tait trop importante. Je me souviens de Louis Malle, Pierre Salinger et quelques autres qui m'aidaient &#224; sortir de la voiture. Les policiers, au coude &#224; coude, n'arrivaient pas &#224; endiguer le flot hurlant de la foule. Soudain, nous f&#251;mes litt&#233;ralement port&#233;s, soulev&#233;s de terre, ballott&#233;s par une mar&#233;e humaine extraordinaire ! J'ai re&#231;u &#224; ce moment un coup en pleine figure ! Un flash a &#233;clat&#233; &#224; trois centim&#232;tres de mon &#339;il droit. Cela m'a provoqu&#233; un d&#233;collement de r&#233;tine. A moiti&#233; aveugle et assomm&#233;e, j'ai quand m&#234;me pu gagner le hall, agripp&#233;e &#224; Louis Malle. Il y eut ce soir-l&#224; de nombreux bless&#233;s. J'en garde un souvenir &#233;pouvantable, et une l&#233;sion irr&#233;versible de mon seul &#339;il valide.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'aviez aucun repos ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me &#224; la Madrague, ma maison &#233;tait cern&#233;e par les t&#233;l&#233;objectifs. Il y en avait partout, sur les bateaux ancr&#233;s devant, sur les arbres alentour. Chacun de mes gestes &#233;tait &#233;pi&#233;, photographi&#233;, diss&#233;qu&#233;. Vous savez, j'ai voulu mourir &#224; cause de cela. J'&#233;tais traqu&#233;e comme un animal, sursautant &#224; la moindre feuille qui bougeait, m'enfuyant au moindre bruit, scrutant tout ce qui pouvait ressembler de pr&#232;s ou de loin &#224; un appareil photo. Vous voulez une autre anecdote ? Un jour que je prenais le soleil recroquevill&#233;e dans un petit coin prot&#233;g&#233; entre le portail et le ponton, j'ai vu arriver une grotesque Am&#233;ricaine qui nageait en poussant devant elle un cageot de bois. Elle &#233;tait affubl&#233;e d'un bonnet de bain en plastique multicolore. Soudain l'Am&#233;ricaine se l&#232;ve, sort en deux secondes un appareil du cageot et me mitraille &#224; bout portant avec un objectif superprofessionnel. L'Am&#233;ricaine &#233;tait en r&#233;alit&#233; un des plus redoutables photographes de presse &#224; scandale de l'&#233;poque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Lazareff fait figure d'ic&#244;ne aujourd'hui. Qu'en pensez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lazareff &#233;tait le parrain de mon fils. J'avais des liens d'amiti&#233; avec lui. Cela ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de tr&#232;s mal se conduire vis-&#224;-vis de moi, en achetant et publiant les &#171; m&#233;moires &#187; de mon secr&#233;taire de l'&#233;poque. Et s'il avait pris soin de me pr&#233;venir - au nom de ces pr&#233;tendus liens qui existaient entre nous - il a quand m&#234;me jet&#233; en p&#226;ture toute ma vie priv&#233;e dans &lt;i&gt;France Dimanche&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous des journalistes aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela d&#233;pend des journalistes. Mais en g&#233;n&#233;ral, je me m&#233;fie. Je ne donne pas souvent d'interviews et quand j'en donne, je fais attention &#224; qui je parle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;De peur de vous retrouver devant des gens de mauvaise foi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, ou qui n'ont pas de r&#233;el int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il des journalistes &#224; qui vous ne donneriez pas d'interview aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Je n'irai jamais me coller dans une &#233;mission d'Ardisson.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez eu des mots tr&#232;s durs sur la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La t&#233;l&#233;vision est profond&#233;ment gangren&#233;e par ce genre d'&#233;missions. Je la regarde toute la soir&#233;e : croyez-moi, c'est dur ! Quelquefois il n'y a rien &#224; voir tellement c'est stupide. Les programmes sont parfois lamentables ! Le petit &#233;cran magique ne refl&#232;te plus, h&#233;las, qu'une d&#233;cadence bien dirig&#233;e, tirant son public vers ce que &#171; la France d'en bas &#187; peut offrir de plus d&#233;gradant, de plus ordinaire, de plus vulgaire. La t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; n'est qu'une machine d'ab&#234;tissement, un crime contre l'intelligence ! Que fait le CSA ? A quoi servent ces &#171; sages &#187; qui laissent diffuser pareilles conneries ?&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_530 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/brigitte-06.jpg&quot; title='photo : G&#233;rard Schachmes' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L218xH324/brigitte-06-6e47a-b6474.jpg' width='218' height='324' alt='photo : G&#233;rard Schachmes' style='height:324px;width:218px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-530 spip_doc_titre' style='width:218px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : G&#233;rard Schachmes&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les journalistes sont des Attila du XX&#232;me si&#232;cle, les fl&#233;aux de Dieu, le cauchemar des stars. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toute la t&#233;l&#233;vision ressemble &#224; ce sombre tableau ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Heureusement, non ! Il reste encore l'&#233;l&#233;gant Michel Drucker, et puis Julien Lepers, Nicolas Hulot ou Pascal Sevran et sa personnalit&#233; d&#233;rangeante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les &#233;missions que vous aimez regarder ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'aimais bien regarder Bernard Pivot. Maintenant je regarde l'&#233;mission de Franz-Olivier Giesbert et parfois celle de Mireille Dumas qui a une fa&#231;on moins &#171; procureur &#187; de dire les choses ou d'interroger ses invit&#233;s. Et puis je regarde des films, en g&#233;n&#233;ral am&#233;ricains, ou &lt;i&gt;Arte&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et en mati&#232;re de presse &#233;crite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; : je fais les mots crois&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas flatteur !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si, ils sont tr&#232;s durs les mots crois&#233;s du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rien d'autre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; jamais, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; jamais, &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt; jamais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et dans les hebdos ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Match&lt;/i&gt;, qui devient nul. Vous comprenez, j'ai connu Match &#224; la belle &#233;poque...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt;, qui vous a lanc&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; est devenu l'horreur pour moi. Ils font l'apologie de la fourrure et essaient de faire croire aux jeunes filles que se regarder le nombril, traiter les hommes comme de la merde et se croire la plus belle du monde parce qu'on vous a relook&#233;e pendant dix minutes, c'est la vraie vie. C'est une image tr&#232;s superficielle de l'existence que donnent ces journaux aux jeunes filles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et des magazines comme &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne connais pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment prenez-vous les attaques dont vous avez fait l'objet, quand on dit de vous que vous &#234;tes raciste, homophobe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'attends qu'ils se calment puisque ce n'est pas vrai. Je ne peux pas me d&#233;fendre de choses qui ne sont pas vraies. Alors, je laisse couler. Mais cela me blesse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne faites pas de proc&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai fait des proc&#232;s quand j'&#233;tais encore star de cin&#233;ma mais pour des histoires de vie priv&#233;e. Maintenant, ce sont les autres qui m'en font. Tellement, d'ailleurs, que j'ai d&#251; me rendre au moins cinq fois &#224; la XVIIe chambre du TGI de Paris. J'ai perdu &#224; chaque fois et cela me co&#251;te cher.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_532 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/SAPA990219236260.jpg&quot; title='Photo : AFP' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L257xH324/SAPA990219236260-ed72f-a8f65.jpg' width='257' height='324' alt='Photo : AFP' style='height:324px;width:257px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-532 spip_doc_titre' style='width:257px;'&gt;&lt;strong&gt;Photo : AFP&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-532 spip_doc_descriptif' style='width:257px;'&gt;1961&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Que fait le CSA ? A quoi servent ces &quot;sages&quot; qui laissent diffuser pareilles conneries ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez attaqu&#233; des m&#233;dias pour atteinte &#224; la vie priv&#233;e, mais vous avez vous-m&#234;me &#233;t&#233; condamn&#233;e pour &#171; &lt;i&gt;atteinte &#224; la vie priv&#233;e, propos fautifs et atteinte au droit &#224; l'image&lt;/i&gt; &#187; de votre fils et de son p&#232;re, Jacques Charrier, lors de la publication de vos m&#233;moires en 1996. N'est-ce pas paradoxal ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui est paradoxal, c'est que mon fils Nicolas me fasse un proc&#232;s alors que je lui avais donn&#233; &#224; lire mon manuscrit bien avant son &#233;dition lorsqu'il &#233;tait en vacances pour plusieurs semaines &#224; la Madrague et qu'il n'avait alors formul&#233; aucune objection.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous faites plus attention maintenant &#224; ce que vous dites ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, je continue de la m&#234;me fa&#231;on.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et comment jugez-vous ceux qui vous intentent ces proc&#232;s - la Ligue des droits de l'homme, le Mrap ? C'est une incompr&#233;hension mutuelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je trouve cela lamentable et triste. Qu'ils me poursuivent, c'est leur droit. Mais que les tribunaux me donnent tort alors que j'ai pr&#233;dit des choses qui surviennent aujourd'hui, cela me blesse. Ces ligues et associations qui attaquent, d&#233;noncent, tra&#238;nent en justice tout ce qui n'est pas politiquement correct, tout ce qui n'est pas pens&#233;e unique, au nom d'une haine qui doit &#234;tre &#233;radiqu&#233;e, au nom d'&#233;v&#233;nements porteurs de racisme &#224; sens unique. Tous ceux-l&#224; sont l'image m&#234;me de la haine qu'ils combattent avec assiduit&#233;, de l'intol&#233;rance qu'ils fustigent. Ils &#233;pient, sont &#224; l'aff&#251;t du moindre signe, c'est l'Inquisition du XXIe si&#232;cle. On se croirait revenu aux ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre o&#249; l'&#233;puration faisait rage !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand vous &#234;tes all&#233;e chez Fogiel, cela faisait sept ann&#233;es que vous n'&#233;tiez pas all&#233;e dans une &#233;mission de ce genre &#224; la t&#233;l&#233;vision. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'allais jamais dans ce genre d'&#233;missions. C'est un concours de circonstances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous iriez sans probl&#232;me chez Michel Drucker. Ce n'est donc pas la t&#233;l&#233;vision en soi qui pose un probl&#232;me.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si, la t&#233;l&#233;vision est un probl&#232;me. Michel Drucker incarne la t&#233;l&#233;vision que j'appr&#233;cie, mais c'est une exception.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a des choses qu'on ne peut pas dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'en connais un bout. Mais cela ne m'emp&#234;che pas de continuer &#224; les dire. On pouvait dire davantage de choses il y a trente ans ou m&#234;me dix ans. Plus le temps passe et moins on a la possibilit&#233; de s'exprimer librement. C'est le politiquement correct qui s'impose. On n'a plus le droit de penser diff&#233;remment des autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est votre &#171; emploi du temps m&#233;diatique &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'&#233;coute &lt;i&gt;Radio Classique&lt;/i&gt;, puis je prends &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;. Je regarde les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s de 13 h et de 20 h. Et je zappe entre &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt;. S'agissant des pr&#233;sentateurs, j'ai une petite pr&#233;f&#233;rence pour PPDA.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous lisez la presse d'extr&#234;me droite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est mon mari qui la lit. Moi je regarde le dessin de la deuxi&#232;me page dans &lt;i&gt;Minute&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;crivez dans &lt;i&gt;Pr&#233;sent&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, j'ai &#233;crit dans Pr&#233;sent &#224; l'occasion de l'A&#239;d-el-K&#233;bir pour protester contre les &#233;gorgements dans les cours d'immeubles. C'&#233;tait il y a plus de quinze ans. Une seule fois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Politiquement, les m&#233;dias de droite sont plus attentifs &#224; vos propos que les autres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, il y a boycott des deux c&#244;t&#233;s, la droite n'&#233;tant plus la droite...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos prises de position politiques ont nui &#224; votre combat pour les animaux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A un certain moment peut-&#234;tre. Mais je ne suis pas une femme politique. Je dis simplement mes opinions personnelles qui ne refl&#232;tent pas les opinions de ma fondation. Je dis ce que je pense et ma fondation est apolitique. D'ailleurs, des parlementaires de tous bords nous soutiennent dans notre combat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Philippe Tesson, le Combat au Quotidien </title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Philippe-Tesson-le-Combat-au,160.html</link>
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		<dc:date>2006-12-01T20:51:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Apr&#232;s Bruno Frappat, Claude Imbert, Ivan Leva&#239;, Jean-Fran&#231;ois Bizot et Claude Cabanes, voici le portrait de Philippe Tesson. R&#234;vons d'une fresque peinte dans le hall d'une &#233;cole de journalisme. Y seraient portraitur&#233;s quelques t&#233;nors de la profession, assez v&#233;n&#233;rables pour avoir fr&#233;quent&#233; les antichambres de la R&#233;publique quand on y croisait Vincent Auriol ou Ren&#233; Pl&#233;ven. Certains exigeraient le trait charg&#233; de Daumier ; pour d'autres conviendraient mieux le sourire carnassier de Bel Ami, le profil romain (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no8,17-.html" rel="directory"&gt;n&#176;8&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-vie-publique,12-+.html" rel="tag"&gt;Vie publique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH108/arton160-21eae.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='108' class='spip_logos' style='height:108px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Apr&#232;s Bruno Frappat, Claude Imbert, Ivan Leva&#239;, Jean-Fran&#231;ois Bizot et Claude Cabanes, voici le portrait de Philippe Tesson.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#234;vons d'une fresque peinte dans le hall d'une &#233;cole de journalisme. Y seraient portraitur&#233;s quelques t&#233;nors de la profession, assez v&#233;n&#233;rables pour avoir fr&#233;quent&#233; les antichambres de la R&#233;publique quand on y croisait Vincent Auriol ou Ren&#233; Pl&#233;ven. Certains exigeraient le trait charg&#233; de Daumier ; pour d'autres conviendraient mieux le sourire carnassier de Bel Ami, le profil romain de l'&#233;ditorialiste sentencieux ou la gueule cass&#233;e du baroudeur. Des mod&#232;les sont encore disponibles. Mais si l'on tient au &#171; Portrait de Dorian Gray &#187;, bien qu'il ne f&#251;t jamais journaliste, seul Philippe Tesson ferait l'affaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A 78 ans, et en vertu d'on ne sait quel pacte faustien, lui ont &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;es la bedaine entretenue &#224; la table des jurys, ainsi que la ride am&#232;re du moraliste ext&#233;nu&#233; d'avoir toujours raison. Ancien patron de presse, donc jalous&#233; &#224; plus d'un titre (&lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Quotidien&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les Nouvelles Litt&#233;raires&lt;/i&gt;), il a conserv&#233; l'&#339;il clair et ironique, la m&#232;che avantageuse, la silhouette fringante du pigiste d&#233;butant et les dispositions qu'on attribue &#224; celui-ci, peut-&#234;tre &#224; tort : curiosit&#233;, enthousiasme, disponibilit&#233;, bonne humeur. Et d'ailleurs, il pige. Notamment &#224; &lt;i&gt;Paris Premi&#232;re&lt;/i&gt; et au &lt;i&gt;Fig Mag&lt;/i&gt;. Non pas comme &#224; ses d&#233;buts, puisqu'il pr&#233;sente la particularit&#233; rarissime d'avoir commenc&#233; au poste de r&#233;dacteur en chef, mais plut&#244;t comme il le fit au &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; pendant 13 ans (1970-1983).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui n'est pas banal pour un type class&#233; &#224; droite. L'&#233;tiquette l'amuse. Du reste, tout l'amuse. Prenant le monde au s&#233;rieux, il envisage, ou affecte d'envisager, la vie avec l&#233;g&#232;ret&#233;. Difficile de le compter au nombre des nouveaux grincheux ou des rabat-joie de toujours. Trop &#233;l&#233;gant pour se plaindre. Le concernant, &#233;l&#233;gance est un mot dont il y a lieu de se m&#233;fier, car il vient trop facilement sous la plume. M&#234;me ceux qui n'appr&#233;cient que mod&#233;r&#233;ment le confr&#232;re lui reconnaissent cette qualit&#233;. En y ajoutant le courage et, fa&#231;on de temp&#233;rer, l'incons&#233;quence... &#171; El&#233;gance &#187;, &#171; courage &#187;, &#171; incons&#233;quence &#187; : la panoplie renvoie &#224; une &#233;poque o&#249; imprimer un blasph&#232;me ne compromettait pas la paix des nations. Pour moucher un impudent, le soufflet &#233;tait alors un r&#233;flexe plus r&#233;pandu que le proc&#232;s en diffamation. Remontant plus loin dans l'Histoire, on songe aussi &#224; ces gentilshommes du temps des Valois, immortalis&#233;s par Alexandre Dumas. Le raffinement ne les emp&#234;chait pas de ramener leurs fraises ni de tirer l'&#233;p&#233;e pour un oui ou pour un non, surtout pour un non. On imagine assez bien Philippe Tesson, collectionnant les duels &#224; une port&#233;e d'arquebuse du Louvre, dans ce quartier qui allait devenir le creuset de la presse parisienne.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_533 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/TESSON-03-N_B.jpg&quot; title='photo : Roger Picard' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L240xH324/TESSON-03-N_B-ff36a-83221.jpg' width='240' height='324' alt='photo : Roger Picard' style='height:324px;width:240px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-533 spip_doc_titre' style='width:240px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Roger Picard&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'amour du th&#233;&#226;tre serait la cl&#233; de sa personnalit&#233;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le nom de notre bretteur est si intimement li&#233; &#224; cet univers - la presse parisienne - qu'il semble y &#234;tre n&#233; entre une lino et une roto. Erreur. C'&#233;tait &#224; Wassigny, chef-lieu de canton de l'Aisne, aux confins de la Thi&#233;rache, du Cambr&#233;sis et de la Belgique. Un coin de ce Nord gras, brumeux et po&#233;tique, que pas une guerre n'a oubli&#233; et qui n'en a oubli&#233; aucune. Ses parents d'origine paysanne ont acc&#233;d&#233; &#224; la notabilit&#233;. Ma&#238;tre Tesson est le notaire du village et Philippe, &#233;colier en blouse grise &#224; la communale, enfant de ch&#339;ur en aube blanche &#224; la messe du dimanche. La religion est tr&#232;s pr&#233;sente, sans &#234;tre oppressante. Du foyer familial, le fils se rem&#233;more la chaleur avec une &#233;motion qui, cette fois, ne semble pas jou&#233;e. Lorsqu'il &#233;voque les sortil&#232;ges de la campagne, raviv&#233;s par les vacances, le cercle de famille, les escapades de l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re (&#171; Je me sens r&#233;solument franco-belge &#187;), il revient visiblement &#224; cette enfance rurale comme &#224; sa &#171; vraie patrie &#187; (Mauriac). M&#232;re a de l'ambition pour son fils. Elle l'installe &#224; cinq ans devant un piano et l'inscrit &#224; Stanislas, &#233;tablissement parisien des plus recommandables. Mais le petit pensionnaire doit revenir &#224; Wassigny. Son p&#232;re est prisonnier. Des officiers allemands habitent chez lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je me suis mis &#224; observer avec intensit&#233; ce qui se passait autour de moi. Sans &#234;tre capable de l'analyser, je devinais que j'assistais &#224; la grande Histoire en train de se faire. J'&#233;tais t&#233;moin d'un chamboulement de toutes les valeurs : autorit&#233;, honneur, libert&#233;. Cela a eu, chez moi, un retentissement consid&#233;rable. Outre que j'ai m&#251;ri plus vite qu'un gar&#231;on de mon &#226;ge en temps de paix, la guerre et ses cons&#233;quences ont d&#233;termin&#233; &#224; jamais ma fa&#231;on d'appr&#233;hender le monde... Et d'un autre c&#244;t&#233;, j'y ai sans doute puis&#233; - est-ce vraiment paradoxal ? - mon go&#251;t pour la langue et la litt&#233;rature allemandes. En juillet 45, c'est-&#224;-dire au lendemain de la lib&#233;ration, apr&#232;s avoir pass&#233; le bac, j'ai particip&#233; &#224; l'un des tout premiers voyages d'&#233;tudiants outre-Rhin. C'&#233;tait extr&#234;mement troublant. L'affaissement de l'&#226;me allemande y &#233;tait palpable. Et pourtant, on allait bient&#244;t voir flotter quelques drapeaux europ&#233;ens aux frontons d'h&#244;tels transform&#233;s en colonies de vacances.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, avant le baccalaur&#233;at, avant deux ann&#233;es d'immersion romantique &#224; T&#252;bingen, il y aura les classes de 5e, 4e et 3e au coll&#232;ge voisin du Cateau-Cambr&#233;sis, guerre oblige, o&#249; le meilleur copain, le presque fr&#232;re, s'appelle Pierre Mauroy. Leur amiti&#233; persiste... On est s&#233;rieux quand on a 14 ans : on veut &#234;tre &#233;crivain. Ou, mieux encore : auteur de pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre. &#171; Peut-&#234;tre que cette inclination me vient de ma m&#232;re qui ext&#233;riorisait volontiers ses sentiments. Elle &#233;tait m&#234;me capable d'emportements. Pour elle, de toute fa&#231;on : &#8220;il fallait dire&#8221;. Elle m'y a incit&#233;, moi et ensuite ses petits-enfants. En sorte que j'ai, tr&#232;s t&#244;t, naturellement consid&#233;r&#233; que le th&#233;&#226;tre &#233;tait la forme sup&#233;rieure de l'expression. C'est par la voix que passent les passions. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet amour des planches, contract&#233; &#224; l'adolescence, ne s'est jamais d&#233;menti. Sa longue collaboration au &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; portait sur le th&#233;&#226;tre. Aujourd'hui encore, Philippe Tesson voit, en saison, trois pi&#232;ces par semaine. Il dirige le bimensuel &lt;i&gt;L'avant-sc&#232;ne th&#233;&#226;tre&lt;/i&gt; et poss&#232;de une librairie qui s'appelle Coup de Th&#233;&#226;tre&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Coup de th&#233;&#226;tre, 19, boulevard Raspail - 75007 Paris' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Si on lui demande au d&#233;bott&#233; quels sont ses &#233;crivains pr&#233;f&#233;r&#233;s, il h&#233;site un peu avant de citer Chateaubriand (&#171; &lt;i&gt;par certains c&#244;t&#233;s, il est exasp&#233;rant. J'aurais bien aim&#233; l'avoir comme stagiaire. Je lui aurais demand&#233; de faire des portraits&lt;/i&gt; &#187;), C&#233;line (&#171; ou plut&#244;t &#8220;Le Voyage&#8221; dont l'humanit&#233;, la douleur m'ont boulevers&#233; &#187;) et les romantiques allemands (&#171; &lt;i&gt;pour moi, il s'agit d'une sorte d'&#233;crivain collectif&lt;/i&gt; &#187;) ; mais il s'empresse d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;Naturellement, au-dessus, tr&#232;s au-dessus, je mets William Shakespeare&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='De pr&#233;f&#233;rence dans la traduction de Jean-Michel Desprats (La Pl&#233;&#239;ade et (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, le plus grand &#233;crivain de tous les temps.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Semblable constance dans la d&#233;votion th&#233;&#226;trale d&#233;passe le loisir bourgeois et m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te. D'autant que pour nombre de &#171; Tessonologues &#187;, elle constituerait la cl&#233; de sa personnalit&#233;. Bertrand de Saint-Vincent (ex-&lt;i&gt;Quotidien de Paris&lt;/i&gt;) pirandellise : &#171; &lt;i&gt;C'est un acteur, un acteur excellent m&#234;me, qui interpr&#232;te divers personnages contradictoires dont il est &#224; la fois l'auteur et le metteur en sc&#232;ne. Il est presque toujours en repr&#233;sentation puisque, pour lui, le monde est une sc&#232;ne.&lt;/i&gt; &#187; Un autre : &#171; &lt;i&gt;&#201;coutez-le parler. Plus personne, et surtout pas dans l'audiovisuel, n'a cette diction, cette voix qui porte jusqu'au troisi&#232;me balcon.&lt;/i&gt; &#187; Si le monde est une sc&#232;ne, les spectateurs les mieux plac&#233;s, autrement dit ses collaborateurs, consid&#232;rent sans exception que &#171; La conf&#233;rence de r&#233;daction &#187; fut un triomphe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un livre de souvenirs&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Bernard Morrot, &#171; France, ta presse fout le camp &#187; (L'Archipel)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, moins vachard avec Tesson qu'avec ses autres patrons (nous reparlerons de cette mansu&#233;tude), Bernard Morrot croque ces &#171; &lt;i&gt;conf&#233;rences de r&#233;daction interminables, auxquelles pouvait assister et participer, d&#232;s 11 heures, qui venait &#224; passer &#224; proximit&#233; du brouhaha qu'elles g&#233;n&#233;raient. Il pr&#233;sidait ces d&#233;lires avec la gr&#226;ce d'un chasseur de papillons attrapant au hasard un sp&#233;cimen rare &#233;gar&#233; parmi une nu&#233;e de l&#233;pidopt&#232;res ordinaires&lt;/i&gt; &#187;. Cr&#233;&#233;e &#224; &lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt;, reprise avec succ&#232;s au &lt;i&gt;Quotidien&lt;/i&gt;, &#171; La conf&#233;rence de r&#233;daction &#187; de Philippe Tesson a finalement &#233;t&#233; beaucoup plus jou&#233;e que &#171; Comme il vous plaira &#187;, voire &#171; Boeing-Boeing &#187;. Si Morrot estime, sans doute &#224; juste titre, qu'elle &#171; &lt;i&gt;pr&#234;tait main-forte &#224; la d&#233;sorganisation&lt;/i&gt; &#187;, la plupart de ses interpr&#232;tes s'en souviennent avec nostalgie. Emmanuel de Brantes (aujourd'hui &#224; &lt;i&gt;Radio Nova&lt;/i&gt;) : &#171; &lt;i&gt;&#199;a pouvait durer plus de deux heures et c'&#233;tait fort distrayant parce que Tesson poussait perversement chacun &#224; l'exc&#232;s. Au fond, c'est &#231;a qui lui plaisait : stimuler, faire passer de l'&#233;lectricit&#233; dans le ronron franco-camembert.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, rien a priori ne destinait le jeune nordiste au journalisme &#224; haute tension. Apr&#232;s avoir obtenu de son p&#232;re de lui &#233;pargner des &#233;tudes de droit pour soutenir ses ambitions litt&#233;raires (&#171; &lt;i&gt;Je sais, je suis un enfant g&#226;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;), l'aimable d&#233;butant, sympathique et sociable, se met, comme il le dit plaisamment, &#171; &lt;i&gt;sur le march&#233;&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais un Rubempr&#233; au petit pied, plut&#244;t lucide, me semble-t-il. Je n'avais pas de g&#233;nie, je ne serai pas un grand &#233;crivain mais il ne me paraissait pas extravagant d'envisager une carri&#232;re litt&#233;raire.&lt;/i&gt; &#187; Il y a un projet de &#171; Vigny par lui-m&#234;me &#187; au Seuil, qui n'aboutit pas. Des amiti&#233;s se nouent dans le Paris des ann&#233;es cinquante, capitale Saint-Germain-des-Pr&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parall&#232;lement, l'emploi fort recherch&#233;, parce que bien r&#233;mun&#233;r&#233; et, somme toute, paralitt&#233;raire, de secr&#233;taire des d&#233;bats parlementaires (qu'exer&#231;aient comme lui Michel Cournot et Bernard Pingaud) l'introduit dans le s&#233;rail politique et m&#233;nage d'autres contacts. Roger St&#233;phane, Pierre Boutang et Maurice Clavel, trio qui laisse r&#234;veur, op&#232;rent la jonction avec le journalisme et, en particulier, &lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt;, o&#249; les uns et les autres donnent des tribunes. Rencontre d&#233;cisive avec Smadja, Clavel et la presse. &#171; &lt;i&gt;Je n'ai pas eu la vocation. Je voulais &#233;crire, pas devenir journaliste. Mais voil&#224;, je me suis rendu rue du Croissant. J'y ai respir&#233; l'odeur de l'encre, ressenti la fi&#232;vre du quotidien, la seule, la vraie. J'ai &#233;prouv&#233; cette griserie de la page ouverte, du maintenant-on-efface-tout-et-on-recommence. Presque sur-le-champ, j'ai compris que c'&#233;tait pour moi, qu'il y avait l&#224; de quoi r&#233;pondre &#224; ma curiosit&#233;, &#224; mon go&#251;t du monde, mon d&#233;sir de comprendre, de faire partager par le discours, l'&#233;criture.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Smadja, m&#233;decin et homme d'affaires tunisien, est riche &#224; Tunis, mais d&#233;sargent&#233; &#224; Paris o&#249; il s'obstine &#224; maintenir l'illustre titre. Smadja, d&#233;j&#224; &#226;g&#233;, a besoin de quelqu'un de jeune &#224; ses c&#244;t&#233;s. Smadja, qui ne conna&#238;t ni la politique fran&#231;aise ni ses acteurs, a besoin d'un conseiller et d'un porte-plume. Smadja a besoin d'un fils. &#171; &lt;i&gt;C'est sans doute ce que j'ai &#233;t&#233; pour lui&lt;/i&gt; &#187;, reconna&#238;t Tesson, &#171; &lt;i&gt;et il a &#233;t&#233; un second p&#232;re pour moi, jusqu'au meurtre que constituait le fait de cr&#233;er &lt;i&gt;Le Quotidien&lt;/i&gt; avec une partie de la r&#233;daction de &lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt;, de toute fa&#231;on condamn&#233;...&lt;/i&gt; &#187; A 32 ans, Philippe Tesson devient r&#233;dacteur en chef d'un quotidien au titre prestigieux. Certes la rotative ahane &#224; la cave. Il pleut sur le marbre, l'escalier n'a plus toutes ses marches ; mais il y r&#244;de encore l'ombre de Camus, plus grande, au demeurant, que le temps qu'il lui a r&#233;ellement consacr&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La promptitude de cette ascension explique le d&#233;dain de Tesson, en mati&#232;re d'embauche, pour les CV de dix pages. &#171; &lt;i&gt;Il p&#234;che son personnel,&lt;/i&gt; &#233;crit encore Bernard Morrot, &lt;i&gt;&#224; l'intuition, &#224; la gueule du client.&lt;/i&gt; &#187; Il n'h&#233;sitera jamais &#224; faire du stagiaire engag&#233; le lundi un &#233;ditorialiste du mardi ou un critique de cin&#233;ma du mercredi, selon affinit&#233;s. S'explique &#233;galement ainsi le fait que &lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt; puis &lt;i&gt;Le Quotidien&lt;/i&gt; aient constitu&#233; une sorte d'&#233;cole de journalisme des quatre jeudis, o&#249; l'on essuyait parfois des coups de semonce, car le ma&#238;tre &#233;tait capable de col&#232;res subites. D'autant plus vite oubli&#233;es qu'elles &#233;taient, faut-il le pr&#233;ciser, aussi bien jou&#233;es qu'au Fran&#231;ais. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce que les anciens &#233;l&#232;ves pullulent du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;National Hebdo&lt;/i&gt; et au &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, d'&lt;i&gt;i-t&#233;l&#233;&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt;. On en d&#233;duit que l'enseignement y &#233;tait mod&#233;r&#233;ment id&#233;ologique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; Maurice Clavel, troisi&#232;me larron de la r&#233;v&#233;lation, il fut &#233;videmment l'homme lige de mai 68. A force de rappeler l'&#171; article proph&#233;tique &#187; de Pierre Viansson-Pont&#233;, on a oubli&#233; que &lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt; anticipa le mouvement et fut certainement plus en phase avec lui que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, du moins dans sa dimension lyrique et insurrectionnelle. Aux &#233;lections de juin 1968, Tesson et Clavel jouent les prolongations en pr&#233;sentant une liste &#171; Combat pour une soci&#233;t&#233; nouvelle &#187; dans le IVe arrondissement de Paris, autant dire le casse-t&#234;te assur&#233;. &#171; &lt;i&gt;Trois mois de bonheur : la permanence rue Saint-Beno&#238;t, dans un petit appartement au-dessus de chez Marguerite Duras, les &#8220;affiches&#8221; quotidiennes de Maurice, les cohortes d'&#233;tudiantes, les meetings sous les pr&#233;aux, les d&#233;bats sur la place publique.&lt;/i&gt; &#187; On le croit sans peine : des tr&#233;teaux, une estrade, du public, des bravos et des lazzis pour de vrai. Enfin le th&#233;&#226;tre !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trois ans plus tard, Tesson, qui s'est mari&#233; avec une jeune femme m&#233;decin, propose &#224; quelques investisseurs un projet qui les estomaque : &#171; &lt;i&gt;Quoi, un journal uniquement pour des m&#233;decins ? Et quotidien par-dessus le march&#233; ! Vous &#234;tes fou, &#231;a ne marchera jamais.&lt;/i&gt; &#187; Il fait le tour de France des laboratoires pharmaceutiques, en contacte une quarantaine. Une demi-douzaine suivent. Non seulement &lt;i&gt;Le Quotidien du m&#233;decin&lt;/i&gt; marche tout de suite mais, d&#232;s le dixi&#232;me mois, il commence &#224; rapporter gros. L'as du bricolage, des bouts de chandelle et des bouclages tardifs n'est pas f&#226;ch&#233; de faire la nique aux experts du marketing.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La suite coule de source. Tesson a l'&#226;ge et le d&#233;sir de devenir son propre patron. Il vient d'y go&#251;ter. Smadja a 80 ans et n'entend pas renoncer &#224; sa danseuse, m&#234;me si celle-ci n'est plus tr&#232;s ingambe. &lt;i&gt;Le Quotidien de Paris&lt;/i&gt; na&#238;t en avril 1974 de l'impossible succession, dans une grande rigueur manag&#233;riale : pas d'&#233;tude de march&#233;, ni r&#233;gie publicitaire ni plan m&#233;dias, pas de mailing, pas d'accord avec le Syndicat du Livre, recrutement au pied lev&#233; et surtout, pas de num&#233;ro z&#233;ro. Publicitairement exsangue, mais servi par la disparition rapide de &lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt; et un assez joli succ&#232;s d'estime, le nouveau-n&#233; se maintient &#224; la voltige jusqu'&#224; ce que l'&#233;lection de Fran&#231;ois Mitterrand ouvre, &#224; un journal d'opposition moins acad&#233;mique que &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, un boulevard o&#249; &lt;i&gt;Le Quotidien&lt;/i&gt; choisit de s'engouffrer tous phares allum&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Essayer d'imaginer Tesson avec une moustache ! &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un anti-mitterrandisme f&#233;roce dope les ventes (jusqu'&#224; 350 % sur un titre), lui fait parfois doubler &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, qui plafonne pour des raisons inverses, et friser les 100 000 exemplaires en 1982. Une blague, qui circule encore aujourd'hui, r&#233;sume assez bien le ton. Fran&#231;ois Mitterrand annonce qu'il va traverser la Seine sans se mouiller. Le jour dit, il descend sur la berge, les eaux s'&#233;cartent, et le Pr&#233;sident traverse &#224; pied sec. Que titre &lt;i&gt;Le Quotidien&lt;/i&gt; ? &#171; Mitterrand ne sait pas nager. &#187; N&#233;anmoins, &#224; proportion que la r&#233;sistance au monarque s'&#233;mousse, l'irr&#233;v&#233;rence syst&#233;matique &#224; son endroit fait moins recette et &lt;i&gt;Le Quotidien&lt;/i&gt; d&#233;cline doucement jusqu'&#224; s'&#233;teindre en 1994. Philippe Tesson peut, enfin, faire ses d&#233;buts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quel regard porte-t-il sur cet itin&#233;raire singulier, c'est-&#224;-dire sur lui-m&#234;me ? &#171; &lt;i&gt;D'abord, je me suis beaucoup amus&#233; et je continue &#224; le faire. Ce n'est pas si mal. Ma curiosit&#233;, mon go&#251;t des autres - on n'aime jamais assez - ont nourri ma conception, &#224; bien des &#233;gards incoh&#233;rente, de ce m&#233;tier. Mais c'est le dogmatisme qui est coh&#233;rent et je suis le contraire d'un dogmatique. Je suis toujours all&#233; o&#249; m'a guid&#233; mon intuition. J'assume donc mon incons&#233;quence et mes contradictions. Le seul talent que je me reconnaisse est d'avoir su quelquefois rassembler les talents des autres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rideau ? Non. Certains membres de la troupe dispers&#233;e ont un mot &#224; ajouter. Dominique Jamet : &#171; &lt;i&gt;Tesson est l'incarnation de ce que devrait toujours &#234;tre un journaliste, quelqu'un de cultiv&#233;, de libre, dont la curiosit&#233; est sans cesse en &#233;veil. Un mod&#232;le, en voie de disparition, de journaliste global. Aujourd'hui, la sp&#233;cialisation fait que chacun creuse son sillon en ignorant le reste. Lui s'est toujours int&#233;ress&#233; &#224; tout. De la premi&#232;re page &#224; la plus humble des rubriques. Et derri&#232;re ses pirouettes, il cache une grande force de caract&#232;re.&lt;/i&gt; &#187; Bertrand de Saint-Vincent : &#171; &lt;i&gt; Il a quelque chose de charismatique, qui tient &#224; son intelligence, &#224; son enthousiasme, &#224; son c&#244;t&#233; lib&#233;ral ascendant libertaire. Du style, du panache et assez de g&#233;n&#233;rosit&#233; pour qu'on lui pardonne sa mauvaise foi et ses foucades. Il est impr&#233;visible. Il aime mieux laisser faire que donner des le&#231;ons. C'est un peu l'anti-Plenel. Essayez d'imaginer Tesson avec une moustache !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Laurent Joffrin&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Co-auteur avec Philippe Tesson de &#171; O&#249; est pass&#233;e l'autorit&#233; ? &#187; (Nil &#233;ditions) (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; : &#171; &lt;i&gt;Un personnage de roman, vif-argent, charmeur. Une figure parisienne comme il en existait au XIXe si&#232;cle, qui aime prendre la posture, de sorte que ses emportements le conduisent parfois au-del&#224; de ce qu'il pense r&#233;ellement.&lt;/i&gt; &#187; Jean-Marie Borzeix : &#171; &lt;i&gt;Pour moi, c'est d'abord un grand r&#233;dacteur en chef. Attentif aux autres mais &#233;galement tr&#232;s respect&#233;. Ne vous y trompez pas : tous les godelureaux qu'il a couv&#233;s le vouvoyaient. On n'&#233;tait pas &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; et c'&#233;tait le patron. Lib&#233;ral ? Assur&#233;ment, mais pas au sens o&#249; on l'entend d&#233;sormais. Disons qu'il aime tellement la libert&#233; d'expression qu'il mettra toujours un point d'honneur &#224; publier une opinion contraire &#224; la sienne. Enfin, beaucoup d'entre nous lui sont redevables de nous avoir permis d'&#234;tre ce que nous avions r&#234;v&#233; d'&#234;tre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; oblige &#224; reconna&#238;tre que cet envoi de fleurs ne sera pas contrebalanc&#233;, comme il conviendrait, par une vol&#233;e de bois vert, voire un coup de pied de l'&#226;ne un peu vicieux. M&#234;me en sollicitant quelques mauvaises langues patent&#233;es, nous ne sommes pas parvenus &#224; collecter des avis d&#233;favorables qui soient argument&#233;s. Ou alors de vagues &#171; farceur &#187;, &#171; creux &#187;, &#171; d&#233;nu&#233; de conviction &#187;, &#171; vaniteux &#187;, &#171; r&#233;ac &#187;, aussit&#244;t regrett&#233;s : &#171; Ne l'&#233;crivez pas, au fond je l'aime bien. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous en sommes donc r&#233;duits &#224; nous interroger sur ce respect g&#233;n&#233;ral. Suffirait-il de durer pour faire l'unanimit&#233; ? Nous n'aurons pas la cruaut&#233; de d&#233;montrer, exemples &#224; l'appui, que cette hypoth&#232;se ne tient pas. Est-ce un effet de r&#233;seau ? Ses anciens prot&#233;g&#233;s resteraient-ils ses d&#233;biteurs ? Peu probable : beaucoup ne le voient plus, ou rarement ; et de l'eau a coul&#233; sous les ponts. De la crainte ? Il n'a gu&#232;re de pouvoir de r&#233;torsion, si tant est qu'il en ait jamais eu. Se pourrait-il, en fin de compte, qu'il profite indirectement d'une d&#233;ploration inavou&#233;e ? Auquel cas, cet empressement &#224; c&#233;l&#233;brer la personnalit&#233;, la libert&#233; de ton du franc-tireur Philippe Tesson et son statut de fauteur de trouble, au sens qui inclut &#233;videmment la s&#233;duction, auquel cas cet empressement serait, aussi, une fa&#231;on de signifier que la presse quotidienne actuelle manque cruellement de personnalit&#233;s, de libert&#233; de ton, de francs-tireurs, et surtout de fauteurs de trouble.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Poser la question, est-ce y r&#233;pondre ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Coup de th&#233;&#226;tre, 19, boulevard Raspail - 75007 Paris&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;De pr&#233;f&#233;rence dans la traduction de Jean-Michel Desprats (La Pl&#233;&#239;ade et Folio)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Bernard Morrot, &#171; France, ta presse fout le camp &#187; (L'Archipel)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Co-auteur avec Philippe Tesson de &#171; O&#249; est pass&#233;e l'autorit&#233; ? &#187; (Nil &#233;ditions) et, par ailleurs, directeur de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Audrey Pulvar</title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
		<dc:subject>Pulvar</dc:subject>

		<description>La pr&#233;sentatrice du 19/20 de France 3 fait la part de sa couleur de peau dans son ascension. Et se refuse &#224; donner des le&#231;ons de journalisme. D'o&#249; vient votre envie de journalisme ? Enfant, j'habitais la Martinique : vous pouvez imaginer les conditions de vie l&#224;-bas il y a 25 ou 30 ans : pas de t&#233;l&#233;vision par satellite, encore moins d'Internet. Mes parents &#233;taient f&#233;rus d'information, radio et presse &#233;crite, mais il fallait la chercher. En ondes courtes, on &#233;coutait Radio Moscou, Radio Canada, des (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L97xH150/arton161-7745c.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='97' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:97px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;La pr&#233;sentatrice du 19/20 de &lt;i&gt;France 3&lt;/i&gt; fait la part de sa couleur de peau dans son ascension. Et se refuse &#224; donner des le&#231;ons de journalisme.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'o&#249; vient votre envie de journalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfant, j'habitais la Martinique : vous pouvez imaginer les conditions de vie l&#224;-bas il y a 25 ou 30 ans : pas de t&#233;l&#233;vision par satellite, encore moins d'Internet. Mes parents &#233;taient f&#233;rus d'information, radio et presse &#233;crite, mais il fallait la chercher. En ondes courtes, on &#233;coutait &lt;i&gt;Radio Moscou&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Radio Canada&lt;/i&gt;, des radios cubaines aussi. Mon p&#232;re &#233;tait tr&#232;s engag&#233; politiquement et du coup, on assistait &#224; de nombreuses r&#233;unions &#224; la maison, jusqu'&#224; des heures avanc&#233;es de la nuit. Tout cela m'a incit&#233;e &#224; &#234;tre curieuse du monde, et, &#224; mon tour, passionn&#233;e d'information. A neuf ou dix ans, je feuilletais les vieux magazines et je m'amusais &#224; constater la diff&#233;rence entre la r&#233;alit&#233; et ce que les journalistes avaient pr&#233;vu ou annonc&#233;. Mais la vraie r&#233;v&#233;lation m'est apparue vers 12-13 ans, en tombant par hasard sur un journal t&#233;l&#233;vis&#233; de Christine Ockrent. Je ne me souviens plus de quoi elle parlait, mais j'ai &#233;t&#233; bluff&#233;e. D'abord, une femme ! C'&#233;tait rare &#224; la t&#233;l&#233;vision de l'&#233;poque. En plus, elle n'&#233;tait pas seulement pr&#233;sentatrice, elle ma&#238;trisait parfaitement le sujet dont elle parlait, elle &#233;tait brillante. Je me suis dit : &#171; Voil&#224;, c'est &#231;a que je veux &#234;tre. &#187; Et cela a tourn&#233; &#224; l'obsession au point que mes proches m'avaient surnomm&#233;e &#171; Ockrent &#187;. Dans ma chambre, j'avais des posters de Michael Jackson et des photos de &#171; ma &#187; journaliste. En grandissant, l'envie ne m'a pas quitt&#233;e et j'ai d&#233;cid&#233; de faire des &#233;tudes de journalisme pour r&#233;aliser ce r&#234;ve.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est-&#224;-dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'envie d'&#234;tre grand reporter, de parcourir le monde, de redresser les torts et de d&#233;fendre la veuve et l'orphelin. J'ai un peu d&#233;chant&#233; depuis. Mais j'ai quand m&#234;me fait pas mal de terrain avant de ne plus faire que de l'antenne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le terrain vous manque ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, beaucoup. Pour moi, le vrai sens du m&#233;tier de journaliste, c'est l'enqu&#234;te, le reportage. Pr&#233;senter un journal, ce n'est qu'un aspect du m&#233;tier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez une carri&#232;re fulgurante. Comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fulgurante ? J'ai commenc&#233; &#224; &lt;i&gt;Antilles T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; en 1994 o&#249; j'ai fait du terrain, anim&#233; des magazines, pr&#233;sent&#233; le journal. Ayant toujours beaucoup travaill&#233;, j'ai beaucoup appris en peu de temps. A mon arriv&#233;e &#224; Paris en 2002, j'ai commenc&#233; sur &lt;i&gt;LCI&lt;/i&gt;. Comme j'&#233;tais une nouvelle t&#234;te, les gens avaient l'impression que je sortais de l'&#233;cole et que j'apprenais le m&#233;tier, mais j'avais quand m&#234;me d&#233;j&#224; huit ann&#233;es de t&#233;l&#233;vision derri&#232;re moi, qui ont fait la diff&#233;rence. Et les choses se sont acc&#233;l&#233;r&#233;es. Mais, vu la quantit&#233; de travail fournie depuis 12 ans et toute modestie mise &#224; part, je n'ai pas l'impression d'avoir vol&#233; le poste que j'occupe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre couleur de peau vous a aid&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, vous dites &#233;galement qu'&#224; cause d'elle, vous avez d&#251; en faire quatre fois plus que les autres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les deux sont vrais. Je veux dire qu'une fois arriv&#233;e &#224; un certain stade, ma couleur de peau est tomb&#233;e &#224; pic. Je ne me fais pas d'illusion sur mon arriv&#233;e au Soir 3. En revanche, pour le 19/20, j'imagine mal que l'on confie le fleuron de la cha&#238;ne &#224; quelqu'un juste pour sa couleur de peau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, avez-vous &#233;t&#233; confront&#233;e au racisme dans les m&#233;dias pour lesquels vous avez travaill&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gens ont l'habitude de voir les Noirs et les Arabes &#224; des postes d'&#233;boueurs, de vigiles ou de femmes de m&#233;nage. Mais un Noir &#224; l'antenne, cela surprend. Tout simplement parce que l'on n'a pas l'habitude de le voir &#224; cette place-l&#224;, alors qu'il y a des journalistes comp&#233;tents et qualifi&#233;s de toutes origines, comme il y a des m&#233;decins, des architectes, de grands cadres de l'administration...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quel genre de racisme s'agit-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les journalistes qui ne sont pas BBBC - bien blancs, bien caucasiens - ont tous d&#251; en faire beaucoup plus que les autres pour arriver &#224; un m&#234;me poste. Beaucoup de gens nous passent la main dans le dos et pr&#233;tendent qu'ils nous aiment beaucoup, pourvu que l'on reste &#224; notre place. C'est encore tr&#232;s r&#233;pandu et c'est assez insupportable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est votre plus mauvais souvenir &#224; l'antenne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'en ai plein. La panne de magn&#233;to durant un journal o&#249; j'ai pass&#233; mes 30 premi&#232;res minutes d'antenne &#224; lancer des sujets qui ne partaient pas. Le jour o&#249;, c'&#233;tait en Martinique, les milliers de cassettes qui &#233;taient archiv&#233;es juste au-dessus du studio ont commenc&#233; &#224; tomber comme des dominos dans un fracas &#233;pouvantable parce qu'il y avait eu le matin m&#234;me un tremblement de terre assez important. Un d&#233;but d'incendie. Je pourrais vous en citer beaucoup et j'ai eu droit &#224; un certain nombre de b&#234;tisiers...&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_534 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/audrey-pulvar.jpg&quot; title='photo : France 3' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/audrey-pulvar-ae087-eccb8.jpg' width='216' height='324' alt='photo : France 3' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-534 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : France 3&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Vu la quantit&#233; de travail fournie depuis 12 ans, je n'ai pas l'impression d'avoir vol&#233; le poste que j'occupe. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et votre meilleur souvenir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'interview du musicien cubain Compay Segundo, maintenant d&#233;c&#233;d&#233;. Ce sont surtout des rencontres. Des personnes invit&#233;es sur le plateau et qui sont devenues des amis. Des gens avec qui j'ai discut&#233; pendant une heure apr&#232;s le journal. J'ai du mal &#224; en choisir un en particulier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 19-20, c'est un plaisir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, j'aime mon m&#233;tier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et votre &#233;mission sur la cha&#238;ne de l'Assembl&#233;e nationale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224; aussi, c'est un grand plaisir parce que j'ai le loisir de recevoir des invit&#233;s sur la longueur. Pendant le journal, je re&#231;ois les gens pour des interviews de trois minutes maximum, c'est tr&#232;s frustrant. L&#224;, j'ai 52 minutes, ce qui me permet de mener de vrais d&#233;bats. Les th&#232;mes abord&#233;s sont tr&#232;s vari&#233;s : l'Ukraine, le Rwanda, un sp&#233;cial Maroc assez critique, et un sujet qui me tient &#224; c&#339;ur : le climat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les commentaires sur vous sont souvent &#233;logieux, &#171; le bijou de &lt;strong&gt; &lt;i&gt;France 3&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, &#171; la perle noire &#187;, &#171; belle et talentueuse &#187;, mais on trouve aussi des critiques : on vous reproche votre duret&#233; et votre s&#233;v&#233;rit&#233; &#224; l'antenne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je vis vraiment ce dont je rends compte. Du coup, j'ai du mal &#224; avoir les yeux qui p&#233;tillent quand je parle du tueur en s&#233;rie Michel Fourniret, de la pollution des plages ou d'une guerre. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, il y a quand m&#234;me davantage de mauvaises nouvelles que de bonnes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment &#234;tre d&#233;tendue en annon&#231;ant des catastrophes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut que j'apprenne &#224; me contr&#244;ler car cela g&#234;ne apparemment certains t&#233;l&#233;spectateurs qui me trouvent trop s&#233;rieuse. Pourtant, d&#232;s que je passe &#224; des sujets moins graves, ou m&#234;me &#224; la politique, je deviens tout &#224; coup beaucoup moins s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, on vous a reproch&#233; votre ton lors de votre interview muscl&#233;e de Nicolas Sarkozy.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas d&#233;lib&#233;r&#233;. Monsieur Sarkozy a des r&#233;ponses muscl&#233;es. J'aurais pu ou j'aurais d&#251; faire diff&#233;remment, mais c'&#233;tait la tonalit&#233; de l'interview. Je me suis coul&#233;e dans le m&#234;me registre. Lorsque j'avais re&#231;u, quelques jours auparavant, Dominique de Villepin ou Jean-Louis Borloo, le ton des entretiens avait &#233;t&#233; tr&#232;s diff&#233;rent. Ce qui ne m'avait pas emp&#234;ch&#233;e de leur poser les questions que je voulais leur poser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre hi&#233;rarchie vous a reproch&#233; cette interview ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, mais quand j'ai d&#233;brief&#233; avec Paul Nahon, il a point&#233; du doigt les passages qui pouvaient passer pour de l'agressivit&#233;, en me signalant que je devais &#234;tre attentive &#224; cela. Il m'a propos&#233; de prendre exemple sur notre &#171; ma&#238;tre &#224; tous &#187;, Patrick Poivre d'Arvor qui, avec une patte de velours, sait parfaitement donner les coups de griffe n&#233;cessaires et poser les questions qui d&#233;rangent tout en gardant le sourire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand on baigne comme vous dans l'info, est-ce qu'on a encore envie de s'informer ailleurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'aime bien attraper la fin des 20 h de &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt; parce que j'apprends beaucoup en regardant Poivre et Pujadas et la fa&#231;on dont les autres r&#233;dactions traitent les m&#234;mes sujets. En revanche, je ne regarde quasiment pas la t&#233;l&#233;. A part &#171; Urgences &#187; et &#171; FBI port&#233;s disparus &#187;, je ne vois aucune &#233;mission et je ne regarde aucun film. Je pr&#233;f&#232;re aller au cin&#233;ma, au th&#233;&#226;tre, dans les mus&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous lisez la presse par obligation professionnelle, mais y a-t-il un journal que vous liriez par plaisir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'appr&#233;cie beaucoup la presse en g&#233;n&#233;ral. Et j'ai un grand plaisir le mercredi matin : je prends mon caf&#233; en lisant la chronique gastronomique de Fran&#231;ois Simon dans le &lt;i&gt;Figaroscope&lt;/i&gt;. Je ne mettrais pas forc&#233;ment les pieds dans les restaurants dont il parle, mais je me r&#233;gale en le lisant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle devrait &#234;tre la plus grande qualit&#233; d'un journaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis toute petite, et serais bien mal inspir&#233;e de donner des le&#231;ons de journalisme &#224; quiconque. Mais selon moi, la plus grande qualit&#233; d'un journaliste, outre bien s&#251;r la curiosit&#233; et l'ouverture d'esprit, c'est l'humilit&#233;. On ne fait que de la t&#233;l&#233;, que de la radio ou que de la presse &#233;crite. Quand on s'amuse &#224; relire les pr&#233;visions des m&#233;dias quelques mois apr&#232;s qu'un &#233;v&#233;nement a eu effectivement lieu, on se rend compte qu'on se trompe beaucoup. Alors, gardons la t&#234;te froide.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quel est le d&#233;faut que vous trouvez le plus fr&#233;quemment chez les journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'arrogance. Beaucoup d'entre nous sommes des donneurs de le&#231;ons. Je n'y &#233;chappe pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est pour vous la figure du journalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Christine Ockrent, toujours elle. J'aime bien aussi Christiane Amanpour sur &lt;i&gt;CNN&lt;/i&gt;, mais je n'ai pas encore trouv&#233; meilleure r&#233;f&#233;rence que Christine Ockrent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Internet ne tue pas (forcement) les journalistes</title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>

		<description>Avec Internet, le contenant d&#233;termine de plus en plus le contenu, le public &#8220;contr&#244;le&#8221; l'information. Serait-ce la fin du journalisme ? Entretien avec Bruno Patino, directeur de la publication de T&#233;l&#233;rama et pr&#233;sident du Monde Interactif et Jean-Fran&#231;ois Fogel, journaliste, consultant et &#233;crivain, auteurs de &#171; Une presse sans Gutenberg &#187; En quoi Internet change-t-il l'histoire de la presse ? JF. FOGEL : Pour la premi&#232;re fois est apparu un m&#233;dia qui agit aussi comme diffuseur des autres m&#233;dias ; cela (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton162-9127e.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec Internet, le contenant d&#233;termine de plus en plus le contenu, le public &#8220;contr&#244;le&#8221; l'information. Serait-ce la fin du journalisme ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entretien avec Bruno Patino, directeur de la publication de &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; et pr&#233;sident du &lt;i&gt;Monde Interactif&lt;/i&gt; et Jean-Fran&#231;ois Fogel, journaliste, consultant et &#233;crivain, auteurs de &#171; Une presse sans Gutenberg &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi Internet change-t-il l'histoire de la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;JF. FOGEL : &lt;/strong&gt;Pour la premi&#232;re fois est apparu un m&#233;dia qui agit aussi comme diffuseur des autres m&#233;dias ; cela lui permet de les m&#233;langer et de les concurrencer. Jusqu'ici un m&#233;dia, c'&#233;tait un &#233;metteur, acheminant vers son audience&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Audience : public touch&#233; par un m&#233;dia' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; un contenu d'un type unique, &#224; travers son propre canal de diffusion. Ce sch&#233;ma a explos&#233; dans une multiplicit&#233; de combinaisons et cette complexit&#233; installe les autres m&#233;dias dans une instabilit&#233; permanente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 27 novembre dernier, 11 millions et demi de Fran&#231;ais regardaient le journal de 20 h sur &lt;strong&gt; &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;. Les autres m&#233;dias restent donc minoritaires...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. PATINO : &lt;/strong&gt;Bien s&#251;r, la t&#233;l&#233;vision reste le m&#233;dia dominant. Mais Internet, peu &#224; peu, devient un m&#233;dia massif, et nous pensons qu'il va sans doute devenir, dans le domaine de l'information, le plus important des m&#233;dias. Il est loin de s'adresser &#224; un public marginal, y compris dans ses d&#233;veloppements les plus r&#233;cents ! Songez qu'un des programmes les plus podcast&#233;s&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Podcast : moyen de diffusion de fichiers sonores ou vid&#233;o sur (...)' id='nh1-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; en France aujourd'hui est &#171; Les grosses t&#234;tes &#187; de &lt;i&gt;RTL&lt;/i&gt;. Ce qui est en jeu, c'est le contexte du message, la fa&#231;on dont il va &#234;tre consomm&#233;. Internet est un m&#233;dia massif, mais pas forc&#233;ment un mass media. Aujourd'hui, plus de trois millions de foyers am&#233;ricains sont &#233;quip&#233;s de TiVo, ce syst&#232;me de t&#233;l&#233;vision interactive, ce d&#233;codeur intelligent qui r&#233;agit &#224; des algorithmes&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Algorithme : succession de tests ou d'actions dans le but de d&#233;crire le (...)' id='nh1-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; et vous propose une programmation en fonction de votre &#171; profil &#187;, de vos go&#251;ts ou de vos centres d'int&#233;r&#234;t : selon les donn&#233;es disponibles aujourd'hui, toute personne qui adopte TiVo ne revient jamais en arri&#232;re. C'est comme vous et le t&#233;l&#233;phone portable : vous ne reviendrez pas en arri&#232;re !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'attend le public aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. PATINO : &lt;/strong&gt;Aujourd'hui encore, le credo des grandes cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision ou des radios repose sur des grands rendez-vous. Le patron de &lt;i&gt;CBS &lt;/i&gt;en 1956, Roger Stanton, disait : &#171; We built America as a nation. &#187; C'est la th&#233;orie du lien social bien avant qu'elle ne soit exprim&#233;e en fran&#231;ais. Il soutenait que, parce que plusieurs personnes regardaient en m&#234;me temps le m&#234;me programme de t&#233;l&#233;vision, il construisait quelque chose qui allait bien au-del&#224; de la simple consommation d'un m&#233;dia. Mais le num&#233;rique et sa possibilit&#233; de voir les &#233;missions de fa&#231;on asynchrone, en solitaire, nomade, changent la nature du m&#233;dia ! Evidemment, quelques programmes phares resteront toujours synchrones : une finale de coupe du monde de football, par exemple. Mais sur un tr&#232;s grand nombre d'&#233;missions, et notamment l'information, j'en suis convaincu, la consommation simultan&#233;e est en train de laisser la place &#224; une consommation asynchrone.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Internet ne produit pas d'information, il en redistribue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;JF. FOGEL :&lt;/strong&gt; Sur un r&#233;seau, la circulation est pour partie une production d'information. L'audience cherche avec des outils comme les moteurs de recherche un contenu qui lui para&#238;t plus performant, plus pertinent que ce qu'offrent les m&#233;dias traditionnels. L'audience donne le label &#171; info &#187; aux contenus qu'elle retient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le travail journalistique ne poss&#232;de donc pas de valeur ajout&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;JF. FOGEL : &lt;/strong&gt;Quand Google News propose sa liste des informations les plus pr&#233;sentes en ligne, l'audience juge ce mode de traitement journalistique acceptable. L'utilisation de la liste s'&#233;tend d'ailleurs dans la presse gratuite et sur Internet. Autrefois, la presse r&#233;sumait l'essentiel ; aujourd'hui, on cherche le &lt;i&gt;best of&lt;/i&gt;. L'information est abord&#233;e d'une fa&#231;on diff&#233;rente. Les journalistes, attach&#233;s &#224; d&#233;terminer eux-m&#234;mes la hi&#233;rarchie de l'information, constatent - y compris sur les sites Internet de titres prestigieux - que le public trouve &#233;patant d'acc&#233;der &#224; un hit-parade. Il plonge lui-m&#234;me dans l'information jug&#233;e la plus importante par l'ensemble du public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce la mort du journalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;JF. FOGEL :&lt;/strong&gt; Non, mais il lui faut accepter que l'audience est active, qu'elle a en main une partie des leviers et ne va pas les l&#226;cher.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. PATINO : &lt;/strong&gt;Rupert Murdoch a dit : &#171; &lt;i&gt;Donnez &#224; vos lecteurs le contr&#244;le de votre m&#233;dia, ils le prendront ; ne le leur donnez pas, vous les perdrez !&lt;/i&gt; &#187; Je pense que cela refl&#232;te vraiment l'&#233;poque que nous sommes en train de vivre. Cela ne veut pas dire que le journaliste cesse d'exister ou d'avoir un savoir-faire qui importe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que devient ce savoir-faire dans ces conditions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;JF. FOGEL :&lt;/strong&gt; Il comprend un travail de dialogue, d'&#233;coute et plus seulement d'expression. Pourquoi n'existerait-il pas de cr&#233;ativit&#233; journalistique dans ces t&#226;ches-l&#224; ? On assiste actuellement &#224; une crispation d'une partie de la profession qui veut maintenir sa capacit&#233; &#224; donner rendez-vous &#224; l'audience devant le kiosque, ou &#224; une certaine heure &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision. Mais le public qui utilise les t&#233;l&#233;phones nomades, les messageries instantan&#233;es, - 10 millions de Fran&#231;ais sont sur Messenger tous les jours - ne comprend pas pourquoi il doit changer de comportement quand ce n'est pas un proche mais un professionnel de l'information qui communique avec lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si Internet ne fait que brasser de l'info d&#233;j&#224; existante, on aura toujours besoin des journalistes pour fournir cette information &#224; la base !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. PATINO : &lt;/strong&gt;On a besoin des journalistes en tant que collecteurs d'informations, m&#234;me si on les soup&#231;onne de r&#233;agir aux sollicitations des cabinets de communication et qu'on met en doute leur comp&#233;tence et leur ind&#233;pendance. Et puis n'oubliez pas que toutes les sources importantes &#233;mettent dans le cyberespace et qu'une partie de l'information s'y trouve. Il faut donc aller la chercher.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mont&#233;e en puissance des sites d'informations s'est accompagn&#233;e d'une suspicion g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; l'&#233;gard des m&#233;dias.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. PATINO : &lt;/strong&gt;La technologie pousse &#224; la d&#233;sinterm&#233;diation. Or, le journaliste est un interm&#233;diaire. Alors que s'accentuait cette suspicion par rapport &#224; l'interm&#233;diaire humain, se d&#233;veloppait un cr&#233;dit, une confiance &#224; l'endroit de l'interm&#233;diaire m&#233;canique ou algorithmique. Du m&#234;me coup, une information sur l'information devient n&#233;cessaire, et fait d&#233;sormais partie du r&#244;le journalistique premier.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_535 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/FAUGEL-PATINO-06.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/FAUGEL-PATINO-06-a4938-c1879.jpg' width='216' height='324' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-535 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le public qui utilise les t&#233;l&#233;phones nomades, les messageries instantan&#233;es, ne comprend pas pourquoi il doit changer de comportement quand c'est un professionnel de l'information qui communique avec lui. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autre paradoxe : alors qu'il y a infiniment plus de b&#234;tises sur Internet que dans la presse classique, on ne lui en tient pas rigueur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;JF. FOGEL :&lt;/strong&gt; Google au premier chef remonte beaucoup de propositions erron&#233;es. Pourquoi s'en accommode-t-on alors qu'&#224; l'inverse, on est exasp&#233;r&#233; quand un m&#233;dia traditionnel anim&#233; par des humains faillit &#224; son tour ? Je crois que c'est d&#251; au fait que sur Internet, l'utilisateur tient les leviers. Internet n'est pas tout &#224; fait un m&#233;dia, mais plut&#244;t un prolongement, un outil. A contrario, la presse, c'est les journalistes. La perception de ce nouveau m&#233;dia introduit une distance diff&#233;rente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est ce qui explique la crise de la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;JF. FOGEL : &lt;/strong&gt;La boucle est un peu rapide ! La presse a un triple probl&#232;me : son mod&#232;le &#233;conomique, sa mutation technologique et les changements de comportement de son audience. Il est probable qu'il y a interd&#233;pendance de ces &#233;l&#233;ments. Le fait que l'audience devienne un acteur qui &#171; traite &#187; elle-m&#234;me pour partie son information et qu'elle puisse v&#233;rifier ce qui lui est offert lui donne une capacit&#233; critique envers les m&#233;dias. La technologie lui permet aussi de modifier tr&#232;s vite ses habitudes. Dans un secteur industriel lourd comme la presse sur papier qui suppose des investissements &#224; long terme, le choc est brutal, la crise para&#238;t violente. Mais dans une perspective historique longue, on voit que de nombreux comportements d'inqui&#233;tudes face &#224; Internet ressemblent &#224; ceux v&#233;cus lors de l'arriv&#233;e de la radio ou de la t&#233;l&#233;vision. Or, les m&#233;dias en place ont alors su r&#233;viser leur offre et leur mod&#232;le &#233;conomique pour tenir compte de ces entrants. Au bout du compte, les m&#233;dias ont toujours surv&#233;cu &#224; l'arriv&#233;e d'un nouveau m&#233;dia et je pense que cela va &#224; nouveau se produire avec Internet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous des &#171; bi-m&#233;dias &#187; tels que les envisage &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. PATINO : &lt;/strong&gt;Si un &#171; bi-m&#233;dia &#187; veut dire deux canaux pour s'adresser au m&#234;me public, je constate, tant en France qu'&#224; l'&#233;tranger, que cela ne fonctionne pas. Soit on s'adresse &#224; des audiences diff&#233;rentes, soit on s'adresse &#224; la m&#234;me audience mais dans un contexte tellement diff&#233;rent qu'on n'est jamais per&#231;u comme le m&#234;me m&#233;dia. Si &#171; bi-m&#233;dia &#187; signifie que, pour des grands titres comme &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, il est n&#233;cessaire et vital d'avoir une double strat&#233;gie pour le m&#233;dia imprim&#233; et pour le m&#233;dia num&#233;rique et que les deux doivent se coordonner, cela me semble une &#233;vidence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais Serge July pourtant, revendique plut&#244;t la premi&#232;re hypoth&#232;se...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;JF. FOGEL : &lt;/strong&gt;Il est le seul entrepreneur de presse au monde &#224; revendiquer cela. On a d&#233;j&#224; pu constater que lorsqu'un journal papier n'est pas en kiosque, pour des raisons de gr&#232;ve par exemple, il n'y a pas augmentation des visites sur son site, parfois c'est le contraire ! Le report de l'un &#224; l'autre ne s'observe pas. A l'inverse, quand il existe une actualit&#233; autour d'un titre, les deux supports augmentent en m&#234;me temps mais dans des populations diff&#233;rentes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge July se trompe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;JF. FOGEL : &lt;/strong&gt;Peut-&#234;tre que les chiffres qu'il d&#233;tient montrent que &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; est un cas &#224; part o&#249; les deux audiences, celle du papier et celle de l'&#233;cran, tendent &#224; se fondre. Sur Internet, on est oblig&#233; d'&#234;tre pragmatique. On apprend en faisant des erreurs. Il n'existe pas de livres, d'enseignements d&#233;finitifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faut-il faire payer l'information sur Internet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. PATINO : &lt;/strong&gt;Personne ne peut aujourd'hui pr&#233;tendre conna&#238;tre le mod&#232;le &#233;conomique d'Internet. Il faut rester tr&#232;s humble. Internet est un march&#233; qui a ses propres lois. Plus vous &#234;tes dans un domaine qui peut &#234;tre per&#231;u comme substituable - et la notion de perception est ici centrale - plus ce service tend vers la gratuit&#233;. L'information dans son ensemble est devenue aujourd'hui gratuite dans l'univers du num&#233;rique pour ces raisons micro-&#233;conomiques. En revanche, il existe quelques traitements qui sont encore ressentis comme irrempla&#231;ables par une certaine population et qui peuvent se faire payer. D'o&#249; l'&#233;mergence de mod&#232;les mixtes. Mais globalement, l'information a tendance &#224; devenir une sorte de commodit&#233; aujourd'hui sur le web. C'est le mod&#232;le qui se dessine.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; De nombreux comportements d'inqui&#233;tudes face &#224; Internet ressemblent &#224; ceux v&#233;cus lors de l'arriv&#233;e de la radio ou de la t&#233;l&#233;vision. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est donc la mort de la presse classique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;JF. FOGEL : &lt;/strong&gt;A tout le moins la r&#233;invention de son mod&#232;le. Tout semble ouvert. Longtemps, on a v&#233;cu sur l'id&#233;e que la presse &#233;crite &#233;tait payante, la radio et la t&#233;l&#233;vision gratuites. Or, la t&#233;l&#233;vision et la radio payantes sont en train de se d&#233;velopper. Certains processus vont &#224; rebours de l'&#233;volution connue : ISPN, la cha&#238;ne sportive aux Etats-Unis, na&#238;t comme t&#233;l&#233;vision, se diversifie sur un des sites Internet les plus sophistiqu&#233;s du monde, et devient maintenant un journal papier. Les d&#233;clinaisons, les cat&#233;gories payant / gratuit sont &#224; regarder prudemment. La presse &#233;crite s'est fond&#233;e sur le sch&#233;ma : je diffuse un contenu ; en contrepartie, j'obtiens une recette. Aujourd'hui, cela peut &#234;tre r&#233;vis&#233; - les gratuits en sont l'illustration. Ils renoncent &#224; la recette de la diffusion mais en all&#233;geant leurs co&#251;ts de distribution, l'&#233;quation fonctionne. Avec la presse num&#233;rique, cela va encore plus loin : ce qui est important, ce n'est pas de vendre du contenu, c'est d'avoir une grande audience et de lui offrir un acc&#232;s plus encore qu'un contenu. C'est le mod&#232;le de Google qui facilite l'acc&#232;s &#224; l'information pour un public immense et vit de la publicit&#233; agr&#233;g&#233;e &#224; cette fonction. D'une fa&#231;on globale, les m&#233;dias aujourd'hui passent d'un mod&#232;le de diffusion &#224; un mod&#232;le d'audience.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'exprime-t-on sur Internet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;JF. FOGEL :&lt;/strong&gt; Actuellement, tous les prix de journalisme sur Internet, comme ceux de la FNPI (Fondation pour un nouveau journalisme ib&#233;ro-am&#233;ricain), ONA (Online News Association), SND (Society for News Design), couronnent des travaux faits avec &#171; Flash &#187;, la technologie de Macromedia qui m&#234;le son, texte, animation, vid&#233;o, photo. Internet, quand on y reconna&#238;t l'excellence, offre ce qui n'est encore qu'un infra-langage allant davantage vers l'audiovisuel que l'&#233;crit - le r&#233;gulateur du r&#233;cit semble &#234;tre plut&#244;t la bande son. Mais il existe peu d'&#233;tudes sur les pratiques de lecture sur &#233;cran : les concepts de mise en pages, couleurs, approches typographiques, m&#233;morisation du texte restent flous. Et pour tout complexifier encore, les journalistes eux-m&#234;mes ont des outils divers. Vous visitez trente r&#233;dactions Internet, vous voyez trente solutions diff&#233;rentes. Forger un outil qui fonctionne et corresponde &#224; vos besoins, c'est le d&#233;but du travail journalistique sur Internet. Avec &lt;i&gt;lemonde.fr&lt;/i&gt;, nous avons produit notre outil nous-m&#234;mes ; il est efficace, la r&#233;daction aide &#224; le d&#233;velopper, et l'audience sait se servir du site qu'il produit. C'est d'abord sur ce front que se m&#232;ne le combat. Au-del&#224;, la fa&#231;on dont le site parle &#224; son audience et la mani&#232;re dont la soci&#233;t&#233; va r&#233;partir son expression entre virtuel et r&#233;el, vont configurer le journalisme de demain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rendez-vous dans un an ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. PATINO ET JF. FOGEL : &lt;/strong&gt;Un an, c'est loin. Internet va plus vite que cela...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;JF. Fogel et B. Patino, &#171; Une presse sans Gutenberg &#187; aux &#233;ditions Grasset, octobre 2005.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Audience : public touch&#233; par un m&#233;dia&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-2' id='nb1-2' class='spip_note' title='Notes 1-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Podcast : moyen de diffusion de fichiers sonores ou vid&#233;o sur Internet&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-3' id='nb1-3' class='spip_note' title='Notes 1-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Algorithme : succession de tests ou d'actions dans le but de d&#233;crire le comportement d'une personne. Les algorithmes les plus classiques sont les algorithmes de tri qui permettent d'ordonner des &#233;l&#233;ments dans un ordre croissant ou d&#233;croissant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title> &quot;Confessions d'un arroseur arros&#233;&quot;</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Confessions-d-un-arroseur-arrose,164.html</link>
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		<dc:date>2006-12-01T20:47:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Carte blanche &#224; alain R&#233;mond

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L113xH150/arton164-1d67a.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='113' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:113px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a un moment d&#233;licat, dans la vie d'un journaliste, c'est quand il a lui-m&#234;me affaire &#224; d'autres journalistes. Prenons un exemple au hasard : le mien. J'&#233;cris non seulement des articles, mais &#233;galement des livres. Disons que je suis &#224; la fois journaliste et auteur. Du m&#234;me coup, je m'expose au jugement (plus ou moins bienveillant) de mes chers confr&#232;res, qui font m&#233;tier de lire les livres et de les critiquer. C'est normal. C'est la r&#232;gle du jeu. Je ne vais tout de m&#234;me pas me plaindre s'il arrive qu'un de mes livres se fasse &#233;reinter, quand je pense &#224; toutes les horreurs que j'ai pu &#233;crire sur Untel ou Untel, du temps o&#249; j'&#233;tais critique de t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s tout, personne ne m'oblige &#224; &#233;crire des livres. Je l'ai bien cherch&#233;. Ce qui est plus probl&#233;matique, c'est quand on s'aper&#231;oit qu'un critique (un confr&#232;re, donc) a mal lu votre livre. Ou n'a lu que la quatri&#232;me de couverture, qu'il reproduit mot &#224; mot. Ou bien n'a lu que la moiti&#233; du livre. &#199;a m'est arriv&#233; un jour, dans un grand quotidien. J'avais &#233;crit un livre qui, vers la moiti&#233;, basculait du bonheur vers le malheur, du paradis vers l'enfer. Le critique n'a lu que la partie bonheur. Il a parl&#233; de mon livre comme d'une tendre et douce &#233;l&#233;gie. En plus, il &#233;tait court, mon livre. Vraiment tr&#232;s court. Il aurait tout de m&#234;me pu le lire en entier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une autre fois, pour un autre livre, j'ai &#233;t&#233; interview&#233;, sur une t&#233;l&#233;vision r&#233;gionale, par le pr&#233;sentateur du journal. Juste avant, il avait tenu &#224; me dire combien il avait aim&#233; mon livre, qui l'avait tellement touch&#233;. Pendant l'interview, il s'est mis &#224; me poser des questions sur l'histoire, sur les personnages. Et je me suis aper&#231;u qu'il ne l'avait pas lu. Qu'il m&#233;langeait avec un autre livre. Croyez-moi : pour rattraper le coup, en direct, il faut faire une sacr&#233;e gymnastique. J'ai fini par me poser &#224; moi-m&#234;me les questions. Et puisqu'on parle d'interviews...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Combien de fois ai-je lu avec effarement, avec consternation, dans tel ou tel journal, les propos qui m'&#233;taient pr&#234;t&#233;s ? Avais-je vraiment dit cela ? Etait-ce possible ? Dans un de mes livres, je racontais que l'universit&#233; o&#249; j'avais fait mes &#233;tudes, &#224; Rome, &#233;tait situ&#233;e juste &#224; c&#244;t&#233; de la Fontaine de Trevi. L&#224; o&#249; Fellini, quelques ann&#233;es plus t&#244;t, avait tourn&#233; &#171; La Dolce Vita &#187;. Sous la plume du confr&#232;re (qui &#233;tait une cons&#339;ur), c'est devenu : il a fait la dolce vita &#224; Rome. Si seulement...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous n'imaginez pas ce que &#231;a rend modeste, d'un seul coup, sur son propre m&#233;tier de journaliste. J'ai fait des dizaines d'interviews, des dizaines de portraits. Et je suis t&#233;tanis&#233; &#224; l'id&#233;e de mes propres bourdes, de mes propres &#226;neries. Combien d'interview&#233;s, &#224; la lecture des propos que je leur avais pr&#234;t&#233;s, se sont exclam&#233;s : mais c'est pas vrai ! Quel abruti ! Combien de fois ai-je moi-m&#234;me mal compris, mal interpr&#233;t&#233; ? Rude le&#231;on, que de se retrouver de l'autre c&#244;t&#233; de la barri&#232;re. Et comme on comprend, soudain, pourquoi l'opinion fait de moins en moins confiance aux journalistes...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand on sort un livre, on se plie au rituel du &#171; service de presse &#187;. Pour ceux qui l'ignorent, cela consiste, avant la mise en vente du livre, &#224; l'envoyer, muni d'une d&#233;dicace, &#224; une palanqu&#233;e de journalistes, dans l'espoir qu'ils en rendront compte. G&#233;n&#233;ralement, &#231;a se passe dans une pi&#232;ce exigu&#235;, sinistre, en sous-sol. Sur la table, il y a la pile de vos livres. Dans vos mains, la liste des journalistes. On lit la liste. Elle a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e par votre &#233;diteur, qui vous a demand&#233; de cocher ceux que vous connaissez. Parce que, forc&#233;ment, vous en connaissez. Mais la plupart : aucune id&#233;e. Ni qui ils sont. Ni ce qu'ils font exactement. On prend un livre. On &#233;crit une d&#233;dicace. Et ainsi de suite. Jusqu'&#224; extinction de la pile. Et de la liste. C'est long. Tr&#232;s long. Au d&#233;but, on est plein d'allant. Plein d'espoir. A la fin, on ne sait plus trop ce qu'on fait. Ni si &#231;a sert &#224; quelque chose. Combien, dans toute cette liste, liront votre livre, l'aimeront, en parleront ? On n'en sait rien. On doute. On a un coup de blues. Le soir, accabl&#233;, on rentre chez soi. On ouvre le courrier. Tiens, un livre. D&#233;dicac&#233; par l'auteur. Ah ! oui, c'est vrai, je suis journaliste. Je suis sur la liste...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Dernier ouvrage paru : &#171; Je marche au bras du temps &#187;, &#233;ditions du Seuil, janvier 2006.
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&quot;Les journalistes sont-ils productifs ?&quot; </title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Les-journalistes-sont-ils,165.html</link>
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		<dc:date>2006-12-01T20:46:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>

		<description>Existe-t-il un rapport entre la crise de la presse et le temps de travail des journalistes ? Pas si simple. &#171; Onze semaines de vacances ! Eh b&#233;, ils ne s'ennuient pas ! &#187; On a beau multiplier les micros-trottoirs pour varier les r&#233;actions du tout-venant, seul le vocabulaire exclamatif change. Onze semaines par an, c'est en effet le total moyen de temps libre (cong&#233;s annuels + RTT + r&#233;cup&#233;rations) dont b&#233;n&#233;ficient les journalistes titulaires dans la presse parisienne, depuis la n&#233;gociation et la mise (...)

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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Existe-t-il un rapport entre la crise de la presse et le temps de travail des journalistes ? Pas si simple.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Onze semaines de vacances ! Eh b&#233;, ils ne s'ennuient pas !&lt;/i&gt; &#187; On a beau multiplier les micros-trottoirs pour varier les r&#233;actions du tout-venant, seul le vocabulaire exclamatif change. Onze semaines par an, c'est en effet le total moyen de temps libre (cong&#233;s annuels + RTT + r&#233;cup&#233;rations) dont b&#233;n&#233;ficient les journalistes titulaires dans la presse parisienne, depuis la n&#233;gociation et la mise en application des lois Aubry. Alors, des privil&#233;gi&#233;s qui se la coulent douce, les journalistes ? Et cafteur et gaffeur, cet article ? Par certains c&#244;t&#233;s, peut-&#234;tre...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au moment o&#249; la presse quotidienne, particuli&#232;rement sous sa forme dite &#171; nationale &#187;, se bat contre la mort (&lt;i&gt;France Soir&lt;/i&gt;), ouvre largement ses &#171; guichets de d&#233;part &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;), tente de limiter son &#233;rosion &#224; coups de nouvelles formules (&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;) et de nouveaux &#171; concepts &#187; (&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;), ou se fait gratuite et promeut un nouveau mod&#232;le &#233;conomique (&lt;i&gt;20 minutes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;M&#233;tro&lt;/i&gt; devenu leader des quotidiens nationaux en Su&#232;de), peut-&#234;tre serait-il bon de poser, au-del&#224; de la banale comptabilit&#233; des jours travaill&#233;s, une simple question : que produisent exactement les journalistes de la presse &#233;crite ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;ponse est digne de Fernand Raynaud : un certain nombre de feuillets... Au fil du temps, des responsables de journaux, pas toujours sortis des &#233;coles d'&#233;picerie (pardon, de commerce), ont voulu en avoir le c&#339;ur et les comptes nets et quantifier la production de leur r&#233;daction. Malgr&#233; nos efforts, nous n'avons pu mettre la main sur ces &#233;tudes, mais nous avons au moins obtenu le r&#233;sum&#233; oral de l'une d'elles, remontant &#224; une demi-douzaine d'ann&#233;es : elle concluait que les grands reporters &#233;taient les moins productifs et que le commentateur de tennis (on jouait Wimbledon &#224; ce moment-l&#224;) l'&#233;tait le plus ! Inutile de dire que l'objet, comme ceux qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233; ou suivi, a &#233;t&#233; prestement enterr&#233; sous six pieds de papier, avec mal&#233;diction syndicale incorpor&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car on n'aime pas beaucoup, chez les syndicalistes de la profession, le &#171; rapport homme-page &#187;. Fran&#231;ois Boissarie, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Syndicat national des journalistes (SNJ) pendant plus de 20 ans, s'indigne : &#171; &lt;i&gt; Il y a toujours un responsable administratif ou financier pour dire : le budget de la r&#233;daction est tant, nous sommes tant et nous produisons tant, donc je divise par tant... Le journalisme, &#231;a ne fonctionne pas &#224; la productivit&#233; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ah ! comme il &#233;tait beau le journalisme d'avant, quand il &#233;voluait entre asc&#232;se (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; de Beuve-M&#233;ry) et grande vie (le &lt;i&gt;France Soir&lt;/i&gt; de Lazareff) avec toutes les formes interm&#233;diaires, mais en ne comptant jamais ni son temps ni ses lignes... Un homme de presse &#233;m&#233;rite et nostalgique se souvient de ses d&#233;buts dans la presse quotidienne r&#233;gionale dans les ann&#233;es 60 : &#171; &lt;i&gt;C'&#233;taient des journ&#233;es de 12 heures, on ne quittait jamais avant minuit ; le samedi, je venais d&#233;couper les d&#233;p&#234;ches et le dimanche b&#226;tir la une du lundi ; le tout pour un salaire d'instituteur. Apr&#232;s 68 et les accords de Grenelle, la presse s'est fonctionnaris&#233;e, on est entr&#233; dans un monde d'horaires !&lt;/i&gt; &#187; Dans sa bouche, cela sonne comme &#171; horreurs &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fonctionnaires, le gros mot est l&#226;ch&#233; aussi par un r&#233;cent responsable du tr&#232;s &#233;grotant &lt;i&gt;France Soir&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Sur 70 journalistes, avec 2 mois de vacances et 18 jours de RTT, je n'en avais en permanence que 30 de disponibles. C'est ing&#233;rable ! Heureu-sement, j'avais de nombreux permanents, ainsi que des pigistes, qui se remuaient les fesses et qui aimaient leur m&#233;tier. Car journaliste, c'est quand m&#234;me antinomique de fonctionnaire, non ?&lt;/i&gt; &#187; Sans doute, mais rappelons la d&#233;finition antinomique que donnait de cette engeance Henri Guernut, rapporteur de la premi&#232;re loi sur le statut des journalistes en 1933 : &#171; Tout &#224; la fois &#233;crivains ou artistes et employ&#233;s salari&#233;s. &#187; Et en tant que tels, l'usage constant veut en France qu'ils soient &#171; mal pay&#233;s mais libres &#187; (un &#233;diteur). Tout du moins depuis les lointaines ordonnances de 1944 qui ont accr&#233;dit&#233; la noble id&#233;e que la presse n'&#233;tait pas un instrument de profit commercial mais un v&#233;ritable service public. Un patron de groupe fra&#238;chement retrait&#233;, qui se revendique toujours de gauche, le r&#233;sume abruptement, quoique anonymement : &#171; &lt;i&gt;Il y a beaucoup de journalistes et de journaux, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; par exemple, qui se consid&#232;rent toujours comme un service public. Et les actionnaires n'ont jamais vraiment consid&#233;r&#233; que la presse devait int&#233;grer des facteurs de productivit&#233;. Comment expliquer, sinon, que les 170 journalistes du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; il y a 15 ans produisaient plus de pages que les 300 d'aujourd'hui ?&lt;/i&gt; &#187; Il r&#233;pond lui-m&#234;me : &#171; &lt;i&gt; Par le service public plus le confort social.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A commencer par le confort social des patrons. Car, face &#224; ces &#171; &#233;crivains ou artistes &#187; naturellement individualistes, sarcastiques et grandes gueules, face &#224; des syndicats volontiers maximalistes et partageux (&#171; Y'a de la thune ! &#187; entendait-on &#224; la grande &#233;poque du Livre), face aux pouvoirs publics qui ne ren&#226;clent pas trop &#224; distribuer avantages et subventions &#224; ces acteurs influents, les dirigeants des journaux, souvent journalistes eux-m&#234;mes, ont une tendance naturelle &#224; laisser filer : &#171; &lt;i&gt;Quand il y a de l'argent, on le distribue au lieu de rationaliser les structures ou de moderniser les &#233;quipements,&lt;/i&gt; commente le sociologue des m&#233;dias Jean-Marie Charon. &lt;i&gt;On est dans un secteur &#224; la gestion sous-d&#233;velopp&#233;e o&#249; tout le monde se tient par la barbichette. Si les dirigeants avaient expliqu&#233; les enjeux au lieu de se battre jadis contre la t&#233;l&#233;, et hier contre les gratuits, ils auraient une autre l&#233;gitimit&#233; &#224; l'heure des crises.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les &#233;tudes de productivit&#233; ont toutes &#233;t&#233; enterr&#233;es sous six pieds de papier, avec mal&#233;diction syndicale incorpor&#233;e. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une crise, il y en a justement une &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, comme on sait. Au moment de l'application des lois Aubry, les accords d'entreprise ont privil&#233;gi&#233;, au dire de Louis Dreyfus, directeur g&#233;n&#233;ral, &#171; &lt;i&gt;une interpr&#233;tation large et g&#233;n&#233;reuse du temps de travail&lt;/i&gt; &#187;. R&#233;sultat : 22 jours de RTT et 6 jours de r&#233;cup&#233;ration par an, d'ailleurs &#233;tendus &#224; l'ensemble du personnel. &#171; &lt;i&gt;A cette &#233;poque, tout le monde a fait pareil sans se poser de questions, nous nagions en pleine euphorie publicitaire. C'est d'ailleurs la seule p&#233;riode o&#249; &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; a gagn&#233; de l'argent, entre 1995 et 2000.&lt;/i&gt; &#187; Mais voil&#224;, la pub a, depuis lors, fui vers le Net, les jeunes lecteurs vers les gratuits et les moins jeunes vers le multim&#233;dia ou le nonisme. Avec le personnel qui reste (85 sur 344 sont partants, dont 30 journalistes), il faut maintenant mettre en musique la nouvelle partition de Serge July : le &#171; bi-m&#233;dia &#187;. Et cela, reconna&#238;t courageusement Louis Dreyfus, &#171; &lt;i&gt;ouvre n&#233;cessairement la question de l'organisation du travail, de l'implication et de l'investissement personnel des journalistes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ah ! ils ont bien chang&#233; les journalistes ! Certes, ils ont 40 ans d'&#226;ge moyen &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt;, 45 ans au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ou au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, mais ceux qui arrivent ont massivement chang&#233; de sexe - ce sont &#224; plus de 60 % des femmes -, de statut - pigistes corv&#233;ables et &#171; bouclables &#187; &#224; merci - d'id&#233;al - parlez du prestige de la presse et du statut professionnel dans les &#233;coles de journalisme ! - et de temps : &#171; &lt;i&gt;Les jeunes sont issus de la g&#233;n&#233;ration des loisirs, de la consommation, ils utilisent volontiers la RTT&lt;/i&gt; &#187;, soupire avec compr&#233;hension un &#233;minent DRH.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fran&#231;ois Boissarie reste serein : &#171; &lt;i&gt;Il n'est pas anormal d'avoir des vacances en plus, car les journ&#233;es des journalistes sont tr&#232;s longues. Mais c'est vrai que parfois les &#233;quipes ont du mal &#224; s'organiser pour que chacun puisse prendre ses cong&#233;s...&lt;/i&gt; &#187; C'est un euph&#233;misme. Mais au fait, les journ&#233;es des journalistes, qui sont pour la plupart des cadres, sont-elles vraiment plus longues que celles de la plupart des cadres du secteur priv&#233;, qui travaillent au moins 20 jours de plus qu'eux (selon le syndicat de la PQR, ses journalistes travaillent de 185 &#224; 190 jours par an) ? Et d'ailleurs, &#224; quoi bon tant de temps libre si on ne peut pas en profiter, ce qui est le cas de nombreux r&#233;dacteurs ou chefs de service, qui en sont r&#233;duits &#224; essayer de &#171; revendre leur RTT &#187;, comme au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, ou &#224; stocker leurs cong&#233;s en souffrance pour partir plus t&#244;t &#224; la retraite, comme au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La presse est devenue une activit&#233; de luxe qui doit produire de la lecture &#224; forte plus-value d'information, d'intelligence et de travail. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Productivit&#233;, complice de l'inhumanit&#233; &#187; ? Ce slogan, inscrit au pochoir sur le trottoir devant une banque des Grands Boulevards parisiens, ancien quartier de la presse, r&#233;sume bien le dilemme : aujourd'hui, tout le monde dans la PQN et la PQR, des patrons aux journalistes en passant par les organisations des uns et des autres, sait bien qu'une &#233;ventuelle r&#233;organisation du temps de travail, comme dans les autres secteurs &#233;conomiques, n'est qu'un &#233;l&#233;ment d'une r&#233;flexion et d'une n&#233;gociation globales. Mais &#224; l'heure du Net et des gratuits, la &#171; grande presse &#187; n'est plus seulement une forme de service public qui produit des signes et des feuillets, aussi prestigieux soient-ils. Elle est devenue une activit&#233; de luxe qui doit produire de la lecture, &#224; forte plus-value d'information, d'intelligence et de travail, donc de qualit&#233; sup&#233;rieure et &#233;gale quels que soient le jour ou la saison. C'est comme cela aussi qu'on d&#233;fend la libert&#233; et l'ind&#233;pendance de la presse.&lt;br&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Regardons donc de plus pr&#232;s encore comment fonctionnent les grands journaux de nos voisins, &lt;i&gt;El Pais&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;The Guardian&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Frankfurter Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;la Repubblica&lt;/i&gt; et les autres, et m&#234;me -&lt;i&gt; horresco referens&lt;/i&gt; - les gratuits. Et souvenons-nous de &#171; l'&#233;t&#233; de la canicule &#187;, ou de &#171; l'agression du RER D &#187; en juillet 2004 : comme les minist&#232;res, certaines r&#233;dactions &#233;taient d&#233;sert&#233;es &#224; ce moment-l&#224;. Et &#231;a s'est lu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> une productrice de films face aux m&#233;dias</title>
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		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>

		<description>Comme attach&#233;e de presse, puis productrice de films, Lise Fayolle fait face aux m&#233;dias depuis quarante ans. Et dresse un bilan &#224; l'occasion de la sortie, le 26 avril, de son prochain film, &#8220;Les filles du botaniste&#8221; de Dai Sijie. Vous avez commenc&#233; votre carri&#232;re en tant qu'attach&#233;e de presse pour des majors am&#233;ricaines. Quel &#233;tait votre r&#244;le exactement ? Le m&#233;tier n'&#233;tait pas homologu&#233; et n'existait pas vraiment. Du coup, nous avions une grande libert&#233;. Nous &#233;tions les rois et les reines de la place ! Avec (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Comme attach&#233;e de presse, puis productrice de films, Lise Fayolle fait face aux m&#233;dias depuis quarante ans. Et dresse un bilan &#224; l'occasion de la sortie, le 26 avril, de son prochain film, &#8220;Les filles du botaniste&#8221; de Dai Sijie.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez commenc&#233; votre carri&#232;re en tant qu'attach&#233;e de presse pour des majors am&#233;ricaines. Quel &#233;tait votre r&#244;le exactement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le m&#233;tier n'&#233;tait pas homologu&#233; et n'existait pas vraiment. Du coup, nous avions une grande libert&#233;. Nous &#233;tions les rois et les reines de la place ! Avec Bertrand Tavernier, Pierre Rissient, France Doelnick, nous avions acc&#232;s aux personnalit&#233;s, aux stars du cin&#233;ma et il y avait tr&#232;s peu de concurrence. Mais pour les Am&#233;ricains qui venaient tourner &#224; Paris, la France c'&#233;tait comme pour nous la Mongolie int&#233;rieure. Un pays o&#249; il ne fallait surtout pas faire de presse. Mon r&#244;le principal &#233;tait de dire non. De temps en temps, on avait m&#234;me des consignes explicites sur les journaux &#224; ne pas contacter. Par exemple, Ava Gardner ne voulait pas que j'organise quoi que ce soit avec &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt;, c'&#233;tait mentionn&#233; dans son contrat. C'&#233;tait un autre m&#233;tier. C'&#233;tait aussi une autre &#233;poque. On avait des budgets, des chauffeurs, des notes de restaurant illimit&#233;es. On organisait des voyages de presse &#224; Los Angeles, &#224; Londres. On faisait descendre les journalistes dans de grands h&#244;tels. &#199;a ne les emp&#234;chait pas de dire ce qu'ils pensaient du film, mais peut-&#234;tre de fa&#231;on moins agressive. Les producteurs avaient aussi d'autre moyens qu'aujourd'hui et pouvaient, pour lancer un film, acheter des pages de publicit&#233; dans les quotidiens. Il y avait de l'argent pour s'occuper des films. Il y en a moins aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les principales qualit&#233;s d'une attach&#233;e de presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;videmment, une ouverture vers l'autre, un sens de la communication et surtout l'int&#233;r&#234;t de ce que l'on avait &#224; d&#233;fendre. Il y a des films dont j'ai refus&#233; de m'occuper simplement parce que, souvent &#224; cause du sujet, je savais que je n'&#233;tais pas la mieux plac&#233;e pour le faire ! Les attach&#233;s de presse - &#224; l'&#233;poque, mais je crois que c'est la m&#234;me chose aujourd'hui - savent de quoi ils parlent. Ils ont une culture cin&#233;matographique et font un important travail de recherche en documentation sur les sujets des films. Ce travail est maintenant simplifi&#233; par l'acc&#232;s &#224; Internet. Disons que ce m&#233;tier est devenu un peu plus technique, plus m&#233;thodique, plus organis&#233;, moins &#233;motionnel qu'il ne l'a &#233;t&#233;. Mais, heureusement, je connais bien des attach&#233;s de presse qui ont su rester inventifs et ont des id&#233;es originales au moment du lancement d'un film.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous aviez de l'influence sur les journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils &#233;taient moins sur la d&#233;fensive qu'ils ne le sont aujourd'hui. Si j'emmenais des journalistes &#224; Los Angeles en premi&#232;re classe, il n'y avait pas de suspicion &#224; mon &#233;gard. En 1973, quand j'ai commenc&#233; &#224; faire de la production, je pouvais inviter un critique &#224; d&#233;jeuner, m&#234;me si j'avais quelque arri&#232;re-pens&#233;e. Aujourd'hui, cela ne me viendrait plus &#224; l'id&#233;e. La presse tente de s'&#233;loigner des tentations que procure ce m&#233;tier. Finalement, c'est plut&#244;t bon signe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains se laissaient circonvenir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Disons qu'il leur arrivait d'avoir de la reconnaissance. Les voyages de presse avaient lieu pendant les tournages ; les journalistes r&#233;alisaient des interviews des acteurs et cr&#233;aient un d&#233;sir de voir le film. A sa sortie, s'ils n'avaient plus envie d'en dire du bien parce que le film ne correspondait pas &#224; leur attente, ils s'arrangeaient pour diff&#233;rer leur critique de quelques jours. Le climat &#233;tait plus chaleureux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Des fraises et du sang &#187;, de Stuart Hagmann, a &#233;t&#233; prim&#233; &#224; Cannes en 1970. Ce n'&#233;tait pourtant pas le meilleur film de la s&#233;lection. Aviez-vous pu approcher le jury ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous me parlez des calendes grecques ! Ce serait impensable aujourd'hui. Les membres du jury &#233;taient abordables, se promenaient, allaient au restaurant, sur la plage. Maintenant ils sont gard&#233;s, on ne peut pas leur parler. Et m&#234;me si on a un ami &#224; l'int&#233;rieur, on n'oserait pas l'appeler. Les choses ont chang&#233;, sont devenues beaucoup moins conviviales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A quoi est d&#251; ce changement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y avait beaucoup moins de films et on avait davantage le temps de les d&#233;fendre. Regardez le mercredi, jour de sortie des nouveaux films dans les salles, il n'est pas rare aujourd'hui d'avoir plus de vingt nouvelles productions &#224; l'affiche ! Alors que nous &#233;tions six ou sept attach&#233;s de presse, on en compte au moins cinquante de nos jours. Tout est d&#233;multipli&#233;. &#171; Mon &#187; prochain film, &#171; Les filles du botaniste &#187;, sort le 26 avril, mais la date initialement retenue &#233;tait le 15 mars. Quand il y a trop de sorties le m&#234;me jour, avec des grosses machines comme le 25e &#171; Indiana Jones &#187;, on d&#233;cale, sinon on passe inaper&#231;u. La r&#233;alit&#233; c'est que, m&#234;me si le public est diff&#233;rent, m&#234;me si la t&#233;l&#233;vision est notre premier concurrent, on a toujours le m&#234;me nombre de personnes qui vont au cin&#233;ma. Les petits films sont comme des avions priv&#233;s qui tentent d'atterrir entre deux gros Boeings. En fait, c'est pareil pour la presse. Pour son lectorat, un journaliste doit d'abord parler des grosses productions. Souvent, les petits films passent apr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; rencontr&#233; des journalistes pr&#234;ts &#224; tout pour obtenir une interview ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a m'est arriv&#233; une fois. Je ne citerai pas le nom de cette journaliste fameuse qui, pendant le tournage de &#171; Las Vegas, un couple &#187; de George Stevens avec Liz Taylor et Warren Beatty, m'a cass&#233; les pieds pour rencontrer Warren. A force de le harceler, il a accept&#233; de la recevoir en me priant de venir ouvrir sa porte une dizaine de minutes plus tard pour signifier la fin de l'entrevue. C'est ce que j'ai fait, pour d&#233;couvrir, horriblement g&#234;n&#233;e, ma journaliste tr&#232;s occup&#233;e. Le papier fut particuli&#232;rement &#233;logieux...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui les journalistes courent moins derri&#232;re les gens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est le march&#233; de l'offre et de la demande ! Il y a des gens que la presse veut absolument, justement parce qu'ils sont tr&#232;s difficilement abordables, et il y a des gens qui veulent absolument &#234;tre dans la presse parce qu'il s'agit de leur survie. Je crois quand m&#234;me que les journalistes ont une notion assez exacte de leur pouvoir sur le public. A un certain moment, ils abandonnent la course &#224; l'&#233;chalote !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vu du c&#244;t&#233; de la production, quelle est l'incidence de la presse sur les entr&#233;es d'un film ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les grosses machines, elle est minime. En revanche, les m&#233;dias peuvent s'enticher d'un petit film &#224; d&#233;couvrir et en faire un &#233;v&#233;nement. &#199;a, c'est une chose extraordinaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que, par principe, la presse n'aime pas les gros budgets ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne peux pas r&#233;pondre &#224; la place des journalistes. Certains films &#224; gros budget abordent des th&#232;mes s&#233;rieux, sont une r&#233;flexion personnelle sur la vie et le fonctionnement de nos soci&#233;t&#233;s, mais ne rencontrent pas pour autant l'estime de la critique. Par exemple, &#171; La Constance du jardinier &#187; de Fernando Meirelles, qui traite de l'abandon de l'Afrique, n'a pas &#233;t&#233; bien accueilli par la critique. Elle aurait voulu que le sujet soit film&#233; diff&#233;remment. Certes, il y a des ficelles, une histoire d'amour - d'ailleurs tr&#232;s belle et originale - mais moi, cela ne me d&#233;range pas. Certains critiques en ont jug&#233; autrement. C'est leur droit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#234;me chose pour &#171; La Fille de Ryan &#187; de David Lean ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les critiques avaient ador&#233; &#171; Lawrence d'Arabie &#187; et je n'ai toujours pas compris pourquoi ils n'ont pas aim&#233; &#171; La Fille de Ryan &#187;. C'&#233;tait pourtant un film magnifique. Ils disaient : &#171; &lt;i&gt; Comment peut-on d&#233;penser tant d'argent pour faire un film intimiste ?&lt;/i&gt; &#187; Mais si David Lean avait les moyens de le faire, pourquoi le lui reprocher ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous trouvez parfois que la critique est injuste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour &#171; La Fille de Ryan &#187;, oui. On a reproch&#233; au film sa lenteur. Mais dans &#171; Barry Lyndon &#187;, de Stanley Kubrick, cette m&#234;me lenteur devenait tout &#224; coup quelque chose de sublime. Pourquoi une telle diff&#233;rence de traitement ? Peut-&#234;tre la communication du film a-t-elle &#233;t&#233; mal faite...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La presse peut donc faire le succ&#232;s ou l'&#233;chec d'un film ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas si simple. Prenez &#171; Les Choristes &#187; de Christophe Barratier. La critique n'&#233;tait pas unanime. Cela n'a pas emp&#234;ch&#233; son succ&#232;s. Certains films sont parfois au-dessus des lois. Des &#233;tudes ont &#233;t&#233; faites, sans jamais fournir de r&#233;ponse. Pourquoi, subitement, &#171; Les Choristes &#187; cassent la baraque ? Il n'y a pas d'explication.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un film &#171; assassin&#233; &#187; peut donc avoir un vrai succ&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Cela vient de ce que le public populaire ne lit pas n&#233;cessairement les critiques. Je pense que seule une petite partie de notre soci&#233;t&#233; est en contact avec le monde artistique, pas la majorit&#233; du public de cin&#233;ma. Il n'y a pas d'explication. Toscan du Plantier disait : &#171; Le public a toujours raison. &#187; Eh oui ! malgr&#233; les m&#233;dias, malgr&#233; la critique, le public va ou ne va pas voir un film.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_536 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/IMG_6414.jpg&quot; title='photos : Isabelle N&#232;gre' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/IMG_6414-4981a-780df.jpg' width='216' height='324' alt='photos : Isabelle N&#232;gre' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-536 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Isabelle N&#232;gre&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Autrefois, je pouvais inviter un critique &#224; d&#233;jeuner, m&#234;me avec arri&#232;re-pens&#233;e ! Aujourd'hui, &#231;a ne me viendrait plus &#224; l'id&#233;e. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais les revues sp&#233;cialis&#233;es dans le cin&#233;ma passent pour faire la pluie et le beau temps sur les entr&#233;es.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Regardez les tirages : &lt;i&gt;Studio&lt;/i&gt; tire &#224; 90 000 exemplaires. Cela va toucher au maximum 300 000 personnes. Ce n'est pas tr&#232;s important. La premi&#232;re semaine, ce sont les &#233;normes affiches dans le m&#233;tro, dans les autobus qui remplissent les salles. La promotion ! Ensuite il y a la d&#233;ception ou l'enthousiasme, qui circulent de bouche &#224; oreille. Certains films d&#233;marrent tr&#232;s fort et retombent aussi rapidement. C'est tr&#232;s compliqu&#233;, une sortie de film. Voyez ce qui vient de se passer avec &#171; Angel-A &#187; de Luc Besson. Absente &#224; la sortie de son film, je ne l'ai pas encore vu, mais j'ai du mal &#224; imaginer comment Luc Besson, avec le talent qu'il a, a pu faire un film aussi mauvais qu'on le dit. Et comme je me pose la question, ma foi... je vais aller le voir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vaut-il mieux avoir un prix &#224; Cannes, ou quelques bonnes critiques dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela d&#233;pend du film. Un gros film, qui a un budget de lancement important, a plus de chances qu'un film d'auteur qui, lui, aura besoin de Cannes. C'est math&#233;matique, mais loin d'&#234;tre automatique. Les m&#233;dias sont extr&#234;mement importants dans le cas de films fragiles, r&#233;alis&#233;s avec de petits moyens, qui n'ont pas, par la promotion, un acc&#232;s direct au public. J'ai presque envie de dire que le destin d'un film &#233;chappe &#224; la logique. Ainsi &#171; Diva &#187; de Jean-Jacques Beineix. Aucun succ&#232;s &#224; sa sortie. Pierre Bromberger - producteur, distributeur et propri&#233;taire de salles - voit &#171; Diva &#187; par hasard, trouve que c'est un film admirable et d&#233;cide de le programmer dans sa salle du Quartier latin. Et l&#224;, on ne sait pas pourquoi, c'est plein. Ensuite, le bouche &#224; oreille a fonctionn&#233;. Les critiques &#233;taient mauvaises, mais &#171; Diva &#187; est rest&#233; un an &#224; l'affiche, et il a eu quatre C&#233;sar, dont celui de la meilleure premi&#232;re &#339;uvre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'&#233;chec de &#171; La Lune dans le caniveau &#187;, du m&#234;me Jean-Jacques Beineix, c'est une revanche de la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, je ne pense pas. Parfois, la presse se sert de gimmicks. Un d&#233;tail qui fait parler du film en bien ou en mal. Je pourrais vous citer une multitude d'exemples. Bernardo Bertolucci aurait-il eu le m&#234;me impact sur le public s'il n'y avait pas eu l'histoire du beurre dans &#171; Le Dernier tango &#224; Paris &#187; ? Dans ce film, Brando enduisait de beurre une partie extr&#234;mement intime de l'anatomie de Maria Schneider, et s'ensuivait ce que vous savez si vous avez vu le film. Ce moment-l&#224; a &#233;t&#233; mont&#233; en &#233;pingle par la presse et c'est devenu : &#171; Allez voir l'histoire du beurre ! &#187; &#199;a n'avait plus rien &#224; voir avec le film. Dans &#171; Le Sh&#233;rif &#187; d'Yves Boisset, le SAC avait intent&#233; un r&#233;f&#233;r&#233; pour que la mention de son nom soit occult&#233;e par un &#171; bip &#187;. Cela nous semblait une catastrophe. Eh bien, dans les salles, chaque fois que l'on entendait &#171; bip &#187;, le public se mettait &#224; scander &#171; le SAC &#187; et cela a fait le succ&#232;s populaire du film. Revenons &#224; &#171; La Lune dans le caniveau &#187;. Pendant le tournage, Depardieu et Beineix ont eu des difficult&#233;s de communication. Manque de chance, G&#233;rard Depardieu se trouve dans une bo&#238;te de nuit &#224; deux heures du matin face &#224; un journaliste de &lt;i&gt;France Inter&lt;/i&gt; qui lui demande : &#171; &lt;i&gt;Alors ? &#8220;La Lune dans le caniveau&#8221; ?&lt;/i&gt; &#187; Et G&#233;rard - qui n'avait pas bu que de l'eau min&#233;rale - lui r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;Dites plut&#244;t &#8220;La lune dans l'&#233;go&#251;t&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; Cela a &#233;t&#233; le gimmick qui a fait parler du film dans les m&#233;dias, h&#233;las, de fa&#231;on extr&#234;mement n&#233;gative.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;tiez s&#251;re &#224; l'&#233;poque que c'&#233;tait un bon film ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je le suis toujours ! Je le regarde encore de temps en temps. Avec le recul, je vois des d&#233;tails qui auraient justifi&#233; une bonne coupe. Mais c'est quand m&#234;me un beau, un tr&#232;s beau film, en avance sur son temps. Maintenant on me dit que c'est un film culte. Le temps se charge de remettre les pendules &#224; l'heure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains films n'ont pas un gros succ&#232;s &#224; leur sortie en salle, mais font finalement une grosse audience &#224; la t&#233;l&#233;vision. Cela permet au producteur de rentrer dans ses frais ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les passages &#224; la t&#233;l&#233;vision vous confortent, quand ils ont fait un beau taux d'audience, dans l'id&#233;e que vous avez eu raison de vous battre pour faire ce film, m&#234;me s'il n'a pas fonctionn&#233; dans les salles, parce que, en d&#233;finitive, le public l'a aim&#233;. Mais c'est tellement difficile de financer un film aujourd'hui ! Les portes d'acc&#232;s &#224; l'argent ne sont pas nombreuses et elles sont tr&#232;s &#233;troites. On a souvent l'&#233;go qui cogne au chambranle ! Quelle part du film reste-t-il &#224; un producteur lorsque le tournage est termin&#233; ? Pas grand-chose... Producteur ind&#233;pendant n'est pas un m&#233;tier tr&#232;s lucratif. Un film re&#231;oit des avances de tr&#233;sorerie qu'il faut ensuite rembourser sur les premi&#232;res recettes. Le producteur peut ensuite - le cas &#233;ch&#233;ant - rentrer dans ses frais et se payer un salaire. Mais c'est un risque insens&#233; ! Bien des films ne pourraient voir le jour si ce genre de producteurs ind&#233;pendants, un peu fous, n'acceptaient pas de prendre ce risque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela implique-t-il chez le producteur une certaine peur des m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout d&#233;pend du type de films que vous produisez et des budgets auxquels vous avez acc&#232;s. La presse s'adresse au public qui n'a pas besoin de conna&#238;tre l'arri&#232;re-cuisine d'une production. Le public va au cin&#233;ma pour rire, r&#234;ver, r&#233;fl&#233;chir, &#234;tre &#233;mu. C'est pour &#231;a que ce qui se passe sur un &#233;cran est magique et n'ob&#233;it &#224; aucune r&#232;gle pr&#233;&#233;tablie. Cela pos&#233;, il faut une certaine dose d'inconscience pour continuer &#224; faire des films comme je les fais. J'ai eu une p&#233;riode de ma vie o&#249; je faisais des films commerciaux, beaucoup plus populaires, avec des stars. En vieillissant, on s'attache &#224; des sujets particuliers, des choses plus difficiles, on a davantage l'esprit de d&#233;couverte, et tant pis si l'argent n'est pas au rendez-vous. On se d&#233;brouille. On met les petites cuill&#232;res en argent de sa grand-m&#232;re au mont-de-pi&#233;t&#233; et on hypoth&#232;que sont appartement, mais on fait le film !&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_537 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/21-34.jpg&quot; title='&quot;Les filles du botaniste&quot;, de Dai Sijie. Sortie le 26 avril 2006.' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/21-34-af784-4e82c.jpg' width='324' height='217' alt='&quot;Les filles du botaniste&quot;, de Dai Sijie. Sortie le 26 avril 2006.' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-537 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;&quot;Les filles du botaniste&quot;, de Dai Sijie. Sortie le 26 avril 2006.&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La critique, quand elle est mauvaise, ne fait jamais plaisir, mais il m'est arriv&#233; de constater, y compris sur mes films, qu'elle avait raison... &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon vous, les critiques de cin&#233;ma sont-ils vraiment libres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je l'esp&#232;re ! Dans le fond, j'ai vraiment l'impression qu'ils disent ce qu'ils ont envie de dire et qu'ils font bien leur boulot.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#234;me dans les revues sp&#233;cialis&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'il y a des pressions, fatalement elles sont secr&#232;tes. Mais, vous savez, les enjeux sont si peu importants par rapport &#224; ce qui se passe dans le monde aujourd'hui...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette presse sp&#233;cialis&#233;e, vous la lisez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r. Mais permettez que je garde ma pr&#233;f&#233;rence pour moi. Je vous rappelle que je sors un film en avril prochain !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous &#233;t&#233; victime de journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La critique, quand elle est mauvaise, ne fait jamais plaisir, mais il m'est arriv&#233; de constater, y compris sur mes films, qu'elle avait raison... Ce que je n'aime pas, c'est qu'un journaliste se serve de la critique pour r&#233;gler un compte personnel avec un acteur, un r&#233;alisateur ou un producteur. Une fois, un journaliste - je crois que c'&#233;tait dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; - a &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Lise Fayolle, au demeurant fort sympathique, a pris l'habitude de nous importer des navets am&#233;ricains, etc.&lt;/i&gt; &#187; Je n'ai jamais import&#233; ni tomates, ni patates, ni navets d'Am&#233;rique ! &#199;a m'a un peu vex&#233;e, c'est tout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez utilis&#233; votre droit de r&#233;ponse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Ce n'&#233;tait pas bien grave. Une autre fois, - et cela m'a fait plaisir - un journaliste du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; a &#233;crit que j'avais la meilleure cantine du cin&#233;ma...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les rumeurs d'ordre priv&#233; pendant le tournage d'un film sont-elles organis&#233;es, contr&#244;l&#233;es ? Et par qui : la presse, la production, les attach&#233;s de presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a quand m&#234;me autre chose &#224; faire !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'en avez jamais organis&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jamais. M&#234;me en tant qu'attach&#233;e de presse, &#231;a ne m'est pas venu &#224; l'id&#233;e. Par contre, les paparazzi s'en chargent toutes les cinq minutes. Regardez Voici !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez produit entre trente et quarante films ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moins que &#231;a. J'en ai beaucoup coproduit. En tout, je dois avoir produit ou coproduit 32 films, parmi lesquels &#171; Providence &#187; d'Alain Resnais sur lequel nous &#233;tions quatre producteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lequel de vos films a le mieux march&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Probablement le tout premier : &#171; Docteur Fran&#231;oise Gailland &#187; de Jean-Louis Bertucelli. Il y a aussi &#171; La Cl&#233; sur la porte &#187; d'Yves Boisset avec Annie Girardot et Patrick Dewaere, &#171; Le Sherif &#187;, toujours avec Patrick Dewaere, ou &#171; Les Hommes pr&#233;f&#232;rent les grosses &#187; de Jean-Marie Poir&#233;. Il doit y en avoir d'autres quand m&#234;me...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et votre film pr&#233;f&#233;r&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La Lune dans le caniveau &#187; de Jean-Jacques Beineix, et &#171; Balzac et la petite tailleuse chinoise &#187; de Dai Sijie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous que les m&#233;dias seront capables de ramener le public dans les salles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous avez des questions difficiles. Je crois qu'on lit de moins en moins la presse. H&#233;las ! car lorsqu'elle d&#233;cide de d&#233;fendre un film, bon sang ! elle le fait bien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La t&#233;l&#233;vision a un r&#244;le &#224; jouer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle a un r&#244;le d'information indispensable. Quand Patrick Poivre d'Arvor, &#224; 20 h 30, termine son journal - il l'a fait pour &#171; Balzac et la petite tailleuse chinoise &#187; - en disant : &#171; &lt;i&gt; Je viens de voir un film tir&#233; d'un bouquin que j'avais lu et ador&#233;, allez le voir&lt;/i&gt; &#187;, &#233;videmment, &#231;a aide... Un plateau de Michel Drucker, ce n'est pas inutile non plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce qu'un producteur sait, avant la sortie de son film, s'il est bon ou non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, et cela n'a rien &#224; voir avec la presse. Il voit les d&#233;fauts de son film. Mais ce qu'il y a de plus rageant, c'est quand il soul&#232;ve un probl&#232;me face &#224; un metteur en sc&#232;ne autiste qui refuse de l'&#233;couter et que, plus tard, la critique rel&#232;ve ce m&#234;me probl&#232;me. &#199;a, c'est dur. Alors vous faites une belle petite photocopie, vous la glissez dans une enveloppe, et &#231;a part avec des commentaires extr&#234;mement d&#233;sagr&#233;ables qui commencent par : &#171; Si tu m'avais &#233;cout&#233;e... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quelques jours, vous sortez &#171; Les Filles du botaniste &#187;. Avez-vous peur des r&#233;actions des m&#233;dias face &#224; ce film tout de m&#234;me assez singulier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peur ? Non, mais je me m&#233;fie... C'est comme les singes que je viens de voir au Costa Rica. Je ne les craignais pas, mais il y en a quand m&#234;me un qui m'a mordu la cuisse !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Patrick Chauvel, tout feu tout flamme</title>
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		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>

		<description>Acteur majeur de la r&#233;ussite des agences fran&#231;aises, il est aujourd'hui r&#233;alisateur et romancier. &#171; Sky &#187;, son dernier roman, est un succ&#232;s de librairie. C'est un s&#233;ducteur : bagout, talent pour l'anecdote et l'autod&#233;rision. C'est un sens aigu de la confraternit&#233; : fid&#233;lit&#233; en amiti&#233; comme &#224; l'h&#233;ritage de son p&#232;re, le grand reporter Jean-Fran&#231;ois Chauvel et de son oncle, Pierre Schoendoerffer. C'est une totale inaptitude aux contingences mat&#233;rielles du quotidien. Patrick Chauvel a un c&#339;ur &#171; gros comme &#231;a &#187;, (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Acteur majeur de la r&#233;ussite des agences fran&#231;aises, il est aujourd'hui r&#233;alisateur et romancier. &#171; Sky &#187;, son dernier roman, est un succ&#232;s de librairie.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est un s&#233;ducteur : bagout, talent pour l'anecdote et l'autod&#233;rision. C'est un sens aigu de la confraternit&#233; : fid&#233;lit&#233; en amiti&#233; comme &#224; l'h&#233;ritage de son p&#232;re, le grand reporter Jean-Fran&#231;ois Chauvel et de son oncle, Pierre Schoendoerffer. C'est une totale inaptitude aux contingences mat&#233;rielles du quotidien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Patrick Chauvel a un c&#339;ur &#171; gros comme &#231;a &#187;, comme les &#233;clats d'obus qui l'ont &#233;pingl&#233; au Cambodge ou &#224; Panama et qu'il fait parfois cliqueter telles des m&#233;dailles. Sans jamais se prendre r&#233;ellement au s&#233;rieux. Mais Patrick Chauvel, c'est aussi et surtout l'absence de tout compromis et un courage hors norme de Beyrouth &#224; Grozny. Ses reportages appartiennent d&#233;sormais au panth&#233;on de Sipa et de Sygma. &#171; Tonton flingueur &#187; &#224; la gouaille facile, il semble tout droit sorti d'un film d'Audiard : &#224; la fois photographe, journaliste, romancier, r&#233;alisateur et grand &#171; rapporteur de guerre &#187;. Un chevalier du verbe et un seigneur de la pellicule. Un vrai.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos d&#233;buts en agence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s &lt;i&gt;France Soir&lt;/i&gt; en 1970 et Pierre Lazareff comme premier patron, c'est G&#246;ksin Sipahioglu qui m'embauche &#224; Sipa Presse ; puis je rejoins l'agence Sygma pour laquelle je couvre la majeure partie des conflits, du Vi&#234;tnam &#224; Isra&#235;l et la Palestine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui vous a fait quitter Sipa ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s que j'ai &#233;t&#233; bless&#233; au Cambodge, G&#246;ksin m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Tu es dangereux.&lt;/i&gt; &#187; Je lui ai r&#233;pondu que c'est la guerre qui est dangereuse. Il m'a r&#233;torqu&#233; : &#171; &lt;i&gt;Je t'aime beaucoup mais tu ne couvriras plus les guerres.&lt;/i&gt; &#187; Ma blessure m'a contraint au ch&#244;mage technique et c'est G&#233;rard de Villiers qui m'a envoy&#233; sur les th&#233;&#226;tres de ses livres. Je suis alors all&#233; voir Hubert Henrotte, avec mes photos mal tir&#233;es, sous-expos&#233;es. Il ne faut pas se leurrer, je n'&#233;tais pas tr&#232;s bon photographe, mais j'ai eu de la chance et Hubert Henrotte m'a dit : &#171; &lt;i&gt;On va essayer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pressentiez-vous &#224; l'&#233;poque la place qu'allaient occuper les agences fran&#231;aises dans la presse mondiale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'&#233;tais tellement obnubil&#233; par mes photos et le souci de partir que je n'avais aucune id&#233;e du succ&#232;s &#224; venir. Mais je savais qu'en tant que Fran&#231;ais, nous b&#233;n&#233;ficiions d'une r&#233;elle r&#233;putation de mecs, &#171; the guys &#187;, qui faisaient les grands reportages, m&#234;me si au Vi&#234;t-nam, la plupart des confr&#232;res &#233;taient anglo-saxons. Avec Henri Bureau, Alain Dejean, Fran&#231;oise de Mulder, Christian Simonpietri, Patrick Huet, Gilles Caron, Michel Laurent et d'autres... nous cherchions &#224; ressembler aux photographes h&#233;ros auxquels nous nous identifiions.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_538 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Haiti.jpg&quot; title='Ha&#239;ti, 1991.' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH225/Haiti-2dc48-53bdb.jpg' width='324' height='225' alt='Ha&#239;ti, 1991.' style='height:225px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-538 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;Ha&#239;ti, 1991.&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-538 spip_doc_descriptif' style='width:324px;'&gt;Patrick Chauvel / Sygma / Corbis.&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le photojournalisme a toujours &#233;t&#233; pour moi une fa&#231;on de vivre, de satisfaire le d&#233;mon du journalisme qui continue, encore aujourd'hui, de me prendre aux tripes. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce la presse fran&#231;aise ou am&#233;ricaine qui a contribu&#233; au lancement des agences fran&#231;aises ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La presse am&#233;ricaine a particip&#233; &#224; asseoir la notori&#233;t&#233; des agences fran&#231;aises dont on parlait d&#233;j&#224; beaucoup : nous &#233;tions reconnus pour &#234;tre toujours disponibles et pr&#234;ts &#224; rester tr&#232;s longtemps sur les coups. Nous &#233;tions tous &#171; fauch&#233;s &#187; mais anim&#233;s d'une vraie passion. Les Anglo-Saxons &#233;taient plus pr&#233;occup&#233;s que nous par l'argent. Comme c'&#233;tait le d&#233;marrage des agences, sans trop de fric &#224; la cl&#233;, nous &#233;tions de jeunes fous pr&#234;ts &#224; &#171; gicler &#187; sans un rond.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fait d'&#234;tre &#224; 50 % des frais et &#224; 50 % d'int&#233;ressement sur les ventes des reportages a-t-il favoris&#233; la pr&#233;dominance des agences fran&#231;aises ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#224; la fois vrai et secondaire car nous &#233;tions tous pr&#234;ts &#224; payer pour partir, sans nous soucier de savoir combien nous pouvions gagner. G&#246;ksin Sipahioglu m'aurait dit : &#171; &lt;i&gt;Tu pars sur la lune, sans aucune chance de gagner un kopeck, encore moins de revenir&lt;/i&gt; &#187;, je serais parti avec le sourire aux l&#232;vres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'insouciance &#224; l'&#233;gard de l'argent davantage que la qualit&#233; des images expliquerait donc le succ&#232;s de ces agences ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout &#224; fait. M&#234;me les patrons de presse avaient cette hargne d'&#234;tre pr&#233;sents sur toute l'actualit&#233; comme chez Henrotte et G&#246;ksin. Ce dernier n'h&#233;sitait pas &#224; envoyer tout le monde pour faire de la &#171; r&#233;cup &#187;, voire un plombier qui aurait fait des images. G&#246;ksin prenait trente photographes, il les jetait en l'air et il y en avait toujours deux qui retombaient sur leurs pieds et &#233;taient tr&#232;s bien. Moi, j'avais en plus le souci de me faire un pr&#233;nom par rapport &#224; mon p&#232;re grand reporter, Jean-Fran&#231;ois Chauvel et &#224; mon oncle, Pierre Schoendoerffer qui m'avaient transmis, sinon le talent, du moins l'envie de faire mieux qu'eux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces agences ont donc &#233;t&#233; des structures de diffusion, avant de se soucier de qualit&#233; photographique, &#224; l'oppos&#233; de Magnum, qui &#233;tait d&#233;j&#224; la r&#233;f&#233;rence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me suis toujours moqu&#233; de cela et m&#234;me si je trouve admirable ce qu'ont fait et continuent de produire des Luc Delahaye ou des James Nachtwey, le photojournalisme a toujours &#233;t&#233; pour moi une fa&#231;on de vivre, de satisfaire le d&#233;mon du journalisme qui continue, encore aujourd'hui, de me prendre aux tripes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etes-vous d'accord, avec Hubert Henrotte, pour dire qu'une bonne photo est le r&#233;sum&#233; et la preuve d'un &#233;v&#233;nement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une bonne formule mais n'oublions pas l'&#233;motion. Je me suis toujours senti proche du lecteur - qu'il puisse imaginer avoir fait mes images en amateur plus ou moins maladroit, loin de l'esth&#233;tique des photographes que je viens de citer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer que les grandes agences fran&#231;aises ont occup&#233; jusque dans les ann&#233;es 85-90, la premi&#232;re place sur le march&#233; mondial du photojournalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aucun de nos confr&#232;res anglais, allemands ou am&#233;ricains n'aurait pratiqu&#233; la m&#233;thode sans filet des Fran&#231;ais. Ils &#233;taient trop soucieux de la qualit&#233; premi&#232;re de l'image. Comme l'avait soulign&#233; un &#233;diteur de &lt;i&gt;Time&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;Newsweek&lt;/i&gt;, entre James Nachtwey et moi, la diff&#233;rence est que James prend d'abord, avec sa cellule &#224; main, la mesure de la lumi&#232;re ambiante, puis fait la photo. Moi, je fais le contraire. Les agences fran&#231;aises ont, en quelque sorte, essuy&#233; les pl&#226;tres jusqu'au moment o&#249; les USA ont compris tout l'int&#233;r&#234;t qu'ils avaient &#224; nous copier et, comme d'habitude, &#224; faire mieux par la suite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les agences fran&#231;aises &#233;taient cr&#233;dibles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si nous ne l'avions pas &#233;t&#233;, notre raison de vivre en tant que t&#233;moins aurait &#233;t&#233; an&#233;antie. Tous nos clients, quotidiens et magazines, nous faisaient une confiance totale. Nous suivions le chemin &#233;troit que nous avaient montr&#233; les anciens, m&#234;me s'il y avait parfois des exceptions &#224; la r&#232;gle comme cette photo de Henri Bureau &#224; Bassorah, dans la guerre Iran-Irak, o&#249; il fait poser son chauffeur en armes devant la raffinerie d'Abadan en feu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors, comment expliquer le d&#233;clin de ces agences, dans les ann&#233;es 90 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plusieurs raisons &#224; cela. D'abord, la passion est devenue un m&#233;tier et non plus une fa&#231;on de vivre. Un jeune photographe veut avoir sur sa carte de visite... une guerre. Nous nous retrouvons &#224; c&#244;toyer d'anciens paparazzi, partis pour pouvoir dire : &#171; J'ai fait Beyrouth. &#187; C'est pourquoi j'ai voulu cr&#233;er une agence sans signature. Mais on me r&#233;pondait : &#171; &lt;i&gt;C'est facile pour toi Chauvel, tu as d&#233;j&#224; un nom.&lt;/i&gt; &#187; Le succ&#232;s des agences est la raison m&#234;me de leur mort.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_539 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Cambodge.jpg&quot; title='Guerre civile au Cambodge, 1974.' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH214/Cambodge-d4519-13005.jpg' width='324' height='214' alt='Guerre civile au Cambodge, 1974.' style='height:214px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-539 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;Guerre civile au Cambodge, 1974.&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-539 spip_doc_descriptif' style='width:324px;'&gt;Patrick Chauvel / Sygma / Corbis.&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Coma clinique, dit Hubert Henrotte. Est-ce &#233;galement li&#233; &#224; l'apparition d'excellents photographes qui, en Chine, en Russie ou au Bangladesh, cr&#233;ent leurs propres agences &#171; &#224; la fran&#231;aise &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un effet et non une cause. A un moment donn&#233;, les patrons d'agences ont manqu&#233; le virage. Au lieu d'&#234;tre &#233;litistes, ils ont engag&#233; trop de gens. Il ne fallait surtout pas grandir. Les reportages co&#251;taient cher, &#233;taient rares, se vendaient tr&#232;s bien et, au moins, on les voyait comme des Ferrari dans la rue. Si nous &#233;tions rest&#233;s petits, nous serions toujours exceptionnels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'&#233;tait-ce pas le prix &#224; payer, une sorte de ran&#231;on de la gloire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les patrons d'agences n'&#233;taient plus &#224; la hauteur de ce qu'ils avaient cr&#233;&#233;. Ils furent au d&#233;part des g&#233;nies malgr&#233; eux mais le succ&#232;s les a d&#233;pass&#233;s, provoquant une esp&#232;ce de boulimie. Et quand, dans les ann&#233;es 90, il a fallu trouver les fonds n&#233;cessaires pour passer de l'argentique au num&#233;rique, ils sont devenus la proie des pr&#233;dateurs. Ils auraient d&#251; rester les m&#233;c&#232;nes auxquels ils ressemblaient &#224; leur d&#233;but. Quand, sur la table lumineuse, on a fini par pr&#233;f&#233;rer des photos de Caroline de Monaco &#224; une proposition d'un photographe sur la famine en Afrique, on a chang&#233; de m&#233;tier et de monde. La question n'&#233;tait plus : &#171; Est-ce que ce photographe est bon ou mauvais ? &#187; mais &#171; Est-ce que son id&#233;e peut rapporter de l'argent ? &#187; Les patrons d'agences sont devenus tout d'un coup des petits marchands de soupe. G&#246;ksin, qui aime les photographes, fut contraint de faire du show-biz comme tout le monde pour conserver une chance de survie &#224; la passion de sa vie que fut Sipa Presse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce cette commercialisation &#224; outrance ou l'apparition du direct &#224; la t&#233;l&#233; qui a modifi&#233; la pratique du photojournalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois que les pionniers avaient grandi trop vite, &#233;taient devenus des m&#233;galos. Ils engageaient de plus en plus de personnel. Ils avaient un bureau avec secr&#233;taire en minijupe, plus grand que l'appartement moyen d'un photographe qu'ils envoyaient en reportage. C'&#233;tait la course &#224; la rentabilit&#233; : nous n'&#233;tions plus que trois ou quatre &#224; partir en reportage et vingt-cinq &#224; faire du show-biz.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Erreur d'objectif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Magnum l'a prouv&#233;, dont les photographes ont su rester &#171; petits &#187; malgr&#233; leurs probl&#232;mes. Nos patrons d'agences se sont menti &#224; eux-m&#234;mes. Quand G&#246;ksin Sipahioglu ou Hubert Henrotte affirment avoir &#171; lanc&#233; &#187; des photographes, ils ont raison. Pourquoi ont-ils arr&#234;t&#233; ? Hubert Henrotte le regrette encore aujourd'hui. Ils se sont tromp&#233;s au point d'avoir voulu leur propre cha&#238;ne t&#233;l&#233;. Ils auraient d&#251; garder leur diff&#233;rence, sans devenir les jumeaux de la t&#233;l&#233;vision. Pour avoir les moyens de financer leurs ambitions, ils ont n&#233;glig&#233; leur savoir-faire initial : le news et le grand reportage. Mais c'est vrai, &#224; un moment donn&#233;, nous n'&#233;tions plus rentables : il y avait plus de gens assis sur leur cul &#224; Sygma que sur le terrain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'est-ce pas un peu trop caricatural ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour chaque patron, il fallait &#234;tre plus gros que l'agence d'&#224; c&#244;t&#233;. Ils n'ont donc cess&#233; de gonfler sans se soucier du retour en force des agences filaires comme l'&lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt; ou l'&lt;i&gt;AP&lt;/i&gt; aux Etats-Unis. Et ils ont fini par exploser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le photojournalisme est mort ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne le crois pas. Le photojournalisme rena&#238;t toujours de ses cendres. Un Laurent Van Der Stock, un No&#235;l Quidu ou un J&#233;r&#244;me Delay ont toujours, chevill&#233;e au corps, la passion qui fut la n&#244;tre. Les nouveaux &#171; collectifs &#187; sont dans les pas de leurs a&#238;n&#233;s, m&#234;me s'ils ont le d&#233;faut de ne pas avoir de patron. Magnum fait toujours &#233;cole, r&#233;ussissant &#224; pr&#233;server l'esprit de Henri Cartier-Bresson et de Robert Capa.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_540 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/002.jpg&quot; title='Photo : Alain Mingam' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/002-fdb52-5fb65.jpg' width='324' height='217' alt='Photo : Alain Mingam' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-540 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;Photo : Alain Mingam&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-540 spip_doc_descriptif' style='width:324px;'&gt;Patrick Chauvel sur le tournage de &quot;L'&#201;toile du soldat&quot;, de Christophe de Ponfilly. Afghanistan, ao&#251;t 2005.&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si vous aviez vingt ans aujourd'hui, avec quelle agence souhaiteriez-vous travailler ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'irais au Darfour ou en Irak, en essayant de vendre ponctuellement des photos &#224; &lt;i&gt;Associated Press&lt;/i&gt; comme je le faisais au Vi&#234;tnam, r&#234;vant de me faire remarquer par Magnum ou &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>James Nachtwey, adieu au business</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/James-Nachtwey-adieu-au-business,173.html</link>
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		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
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		<description>Laur&#233;at des plus prestigieux prix de la presse, James Nachtwey est aujourd'hui consid&#233;r&#233; comme le plus grand photographe de guerre. &#171; Anti-guerre &#187; rectifie le collaborateur de Time Magazine, cofondateur de l'agence VII. De passage &#224; Paris, il s'interroge sur &#171; la grandeur et la d&#233;cadence &#187; de Gamma, Sipa et Sygma. Comment expliquez-vous le succ&#232;s, d&#232;s les ann&#233;es 80, des agences de photographies fran&#231;aises ? La vigilance, l'engagement partout dans le monde, des professionnels pleins de ressources, le (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-nachtwey,155-+.html" rel="tag"&gt;Nachtwey&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton173-54562.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='100' class='spip_logos' style='height:100px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Laur&#233;at des plus prestigieux prix de la presse, James Nachtwey est aujourd'hui consid&#233;r&#233; comme le plus grand photographe de guerre. &#171; Anti-guerre &#187; rectifie le collaborateur de &lt;i&gt;Time Magazine&lt;/i&gt;, cofondateur de l'agence VII. De passage &#224; Paris, il s'interroge sur &#171; la grandeur et la d&#233;cadence &#187; de Gamma, Sipa et Sygma.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquez-vous le succ&#232;s, d&#232;s les ann&#233;es 80, des agences de photographies fran&#231;aises ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La vigilance, l'engagement partout dans le monde, des professionnels pleins de ressources, le sens de l'aventure et de la prise de risques... Les &#171; French Photographers &#187; &#233;taient vraiment partout. Ils arrivaient souvent les premiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais la qualit&#233; des images n'&#233;tait-elle pas la premi&#232;re raison de cette r&#233;ussite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, elle a toujours &#233;t&#233; tr&#232;s pointue, tr&#232;s haut de gamme. Rappelez-vous la guerre des Six-Jours, en 1967, et les photos exceptionnelles de Gilles Caron.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'avez-vous jamais voulu int&#233;grer une de ces trois agences ?&lt;/strong&gt; `&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. J'ai toujours souhait&#233; travailler pour une agence am&#233;ricaine qui corresponde mieux &#224; ma sensibilit&#233;. Je suis devenu membre de Black Star, dirig&#233;e par Howard Chapnick, un homme exceptionnel, charismatique, une voix de l'Am&#233;rique, respect&#233;e partout dans le monde. Je n'avais pas besoin de regarder ailleurs. Je ne voulais travailler avec personne d'autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand commence le d&#233;clin des agences fran&#231;aises ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand Corbis et Getty sont devenus tr&#232;s pr&#233;sents sur le march&#233;, instaurant une concurrence qui a fini par mener lesdites agences vers la banqueroute.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Leurs patrons &#233;taient de mauvais managers ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils &#233;taient davantage pr&#233;occup&#233;s par le business que par le sens journalistique dont ils avaient toujours fait preuve &#224; l'origine. Ils ont tr&#232;s vite oubli&#233; que leur succ&#232;s, source de beaucoup d'argent, reposait d'abord sur le travail, la production des photographes, leurs prises de risques permanentes. En raison m&#234;me des dangers, les clich&#233;s qu'ils r&#233;alisaient &#233;taient les meilleurs du monde. Les patrons d'agences n'ont pas su partager leurs b&#233;n&#233;fices, la r&#233;ussite financi&#232;re, avec ceux qui, sur le terrain, en &#233;taient &#224; l'origine. Ils ont tr&#232;s bien r&#233;ussi, en &#171; businessmen &#187;, pour leur propre compte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces &#233;checs ont-ils ouvert un espace pour des jeunes photographes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il existe encore de tr&#232;s grands photographes au talent incontestable, qui ne courent pas syst&#233;matiquement apr&#232;s l'argent mais apr&#232;s une meilleure qualit&#233; de leur travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette &#171; d&#233;cadence &#187; des agences fran&#231;aises n'est-elle pas le signe d'une crise de la presse en g&#233;n&#233;ral ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un fait qu'aujourd'hui, il y a de moins en moins de place pour ce type d'images. Les magazines font preuve, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, de moins d'audace face au pouvoir de la t&#233;l&#233;vision, donnant la priorit&#233; au business le plus facile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les agences fran&#231;aises auront-elles marqu&#233; l'histoire de la presse et de la photographie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elles ont d&#233;j&#224; disparu. Les agences &#233;taient simplement du business. Seules subsisteront quelques images de valeur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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