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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title> Du journalisme d'opinion aux m&#233;dias de l'Opinion</title>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>&quot;Les m&#233;dias pensent comme moi&quot; Cette percutante formule de Fran&#231;ois Brunhes r&#233;sume &#224; merveille l'id&#233;al du journaliste contemporain. Il ne s'agit pas de changer le monde, ni m&#234;me de l'interpr&#233;ter, mais de le refl&#233;ter. Pr&#233;tendument d&#233;livr&#233; des id&#233;ologies, en fait des id&#233;es elles-m&#234;mes, le journaliste moderne tend un miroir &#224; la soci&#233;t&#233; en tendant son micro &#224; chacun. &#171; Le r&#233;dacteur en chef, c'est vous &#187;, proclament adorateurs de l'interactivit&#233; et z&#233;lotes de l'auditeur-citoyen. Informer, c'est donner la parole. Le (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-carte-blanche,56-+.html" rel="tag"&gt;Carte blanche&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&quot;&lt;i&gt;Les m&#233;dias pensent comme moi&lt;/i&gt;&quot; Cette percutante formule de Fran&#231;ois Brunhes r&#233;sume &#224; merveille l'id&#233;al du journaliste contemporain. Il ne s'agit pas de changer le monde, ni m&#234;me de l'interpr&#233;ter, mais de le refl&#233;ter. Pr&#233;tendument d&#233;livr&#233; des id&#233;ologies, en fait des id&#233;es elles-m&#234;mes, le journaliste moderne tend un miroir &#224; la soci&#233;t&#233; en tendant son micro &#224; chacun.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le r&#233;dacteur en chef, c'est vous&lt;/i&gt; &#187;, proclament adorateurs de l'interactivit&#233; et z&#233;lotes de l'auditeur-citoyen. Informer, c'est donner la parole. Le m&#233;dia, c'est l'agora. &#171; &lt;i&gt;&#201;coutez-nous&lt;/i&gt; &#187;, exigeaient hier les populations exc&#233;d&#233;es de leurs gouvernants indiff&#233;rents.&#171; &lt;i&gt;Laissez-nous parler&lt;/i&gt; &#187;, lancent-elles aujourd'hui &#224; leurs lointains m&#233;diacrates. Aucun probl&#232;me : sur le march&#233; de la politique comme sur celui de l'information, le produit s'adapte &#224; la demande. Dites-nous ce que vous voulez, ou plut&#244;t dites-le aux sondeurs et audimateurs, ils transmettront.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Harry Roselmack au &#171; 20 heures &#187; ? Des primaires &#224; l'UMP ? Le client est roi. Dans la &#171; soci&#233;t&#233; des individus &#187; d&#233;crite par Marcel Gauchet, on se demandait o&#249; &#233;tait pass&#233; le peuple. On l'a retrouv&#233;. On l'appelle Opinion ou audience. Il &#233;tait souverain,elles sont reines. La contre-r&#233;volution cathodique a gagn&#233;.Tous journalistes ! Tous pr&#233;sidents ! Reste &#224; savoir si, sous couvert d'hyper-d&#233;mocratie, nous n'entrons pas dans l'&#232;re de&#171; l'&#233;galit&#233; de tous contre tous &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le journalisme d'opinion est mort, vive le journalisme de l'Opinion ! Qui veut &#171; entrer dans la carri&#232;re &#187; - m&#233;diatique -doit interroger cette mutation escamot&#233;e par la s&#233;mantique.Sous l'homonymie, l'oxymore : le journalisme de l'Opinion est celui du &#171; sans opinion &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ne se prononce pas. &#171; &lt;i&gt; Je n'ai pas choisi ce m&#233;tier pour donner mon point de vue&lt;/i&gt; &#187;, affirme une jeune journaliste. Le journaliste &#224; l'ancienne entendait produire de l'intelligibilit&#233;. Certes, il ne mettait pas son drapeau dans sa poche. On pouvait lui reprocher d'imposer sa vision, d'exercer un pouvoir sans l&#233;gitimit&#233;.C'est dans une vertueuse perspective d'autolimitation que l'impartialit&#233; a &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e en r&#232;gle d'or et la neutralit&#233; en id&#233;al.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_432 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/ILLUcarteLevy.png&quot; title='illustration : Carine Turin' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L252xH324/ILLUcarteLevy-33c48-0485e.png' width='252' height='324' alt='illustration : Carine Turin' style='height:324px;width:252px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-432 spip_doc_titre' style='width:252px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Carine Turin&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la chanson : d'un c&#244;t&#233; les faits, de l'autre les commentaires. Arm&#233; de sa plume ou de sa cam&#233;ra, le journaliste d&#233;voile une r&#233;alit&#233; que les puissants cherchent &#224; masquer.Je raconte ce que je vois. Sauf qu'en premi&#232;re ann&#233;e de sociologie, on apprend qu'il n'existe pas de r&#233;alit&#233; ind&#233;pendante de l'observateur. Nul ne peut s'affranchir de sa vision du monde - c'est l'int&#233;r&#234;t des humains. De fait, les journalistes ont mis leur drapeau dans leur poche et ont, de surcro&#238;t,oubli&#233; qu'il s'y trouvait. Par un admirable tour de passe-passe,ils ont r&#233;ussi la transmutation de leurs opinions en v&#233;rit&#233;s. Exemple entendu r&#233;cemment sur le Pacte civil adopt&#233; en Afrique du Sud : &#171; &lt;i&gt;L'apartheid frappait encore les homosexuels priv&#233;s de mariage. Apr&#232;s ce progr&#232;s, il faudra aller plus loin.&lt;/i&gt; &#187; La journaliste ignore avoir une opinion - estimable - car elle ne sait pas qu'on peut en d&#233;fendre une autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En renon&#231;ant &#224; &#233;mettre des jugements, les journalistes ne se sont pas dessaisis de leur pouvoir : ils l'exercent sans l'assumer,souvent sans le savoir. Le journalisme sans opinion est celui de l'opinion dominante. Le hic est que celle-ci est de plus en plus souvent minoritaire. D'o&#249; la r&#233;volte contre les &#233;lites politico-m&#233;diatiques baptis&#233;es &#171; bullocrates &#187; par Jean-Fran&#231;ois Kahn.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les journalistes sont donc les agents actifs, voire les idiots utiles du sacre de l'Opinion. Ainsi embo&#238;tent-ils le pas aux sondeurs sacrant S&#233;gol&#232;ne Royal comme la seule candidate possible du PS. Ainsi valident-ils comme une v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e la conversion massive des Fran&#231;ais &#224; l'&#233;cologie - sur la foi de la popularit&#233; de Nicolas Hulot. Les faits, vous dis-je !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tandis que les sondeurs sont appel&#233;s &#224; lire dans les entrailles de la soci&#233;t&#233;, l'adoration d'Internet entretient l'illusion d'un monde int&#233;gralement horizontal o&#249; chacun produit et consomme l'information qui lui sied. Autant dire que les journalistes pourraient dispara&#238;tre. Peu importe, dira-t-on, si lecitoyen y gagne. Voire. Sous le r&#232;gne radieux de l'Opinion, il y a bien un r&#233;dacteur en chef. Ce n'est ni vous ni moi. Son nom est Google.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Du journalisme selon Park</title>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>Qu'est-ce qui fait l'opinion ? Les faits ou les commentaires ? Les informations ou, justement, les opinions puisque la langue permet cette r&#233;sonance ? La r&#233;ponse de l'Am&#233;ricain Robert Ezra Park ne souffrait pas de discussion : les informations, bien s&#251;r. De quoi d&#233;primer un bataillon entier de chroniqueurs. Surtout en France tant notre tradition culturelle valorise un journalisme d'id&#233;es au d&#233;triment d'un journalisme de faits. Souvent, la profession s'y conforme : l'effet de style, de tournure et (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton300-f9674.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce qui fait l'opinion ? Les faits ou les commentaires ? Les informations ou, justement, les opinions puisque la langue permet cette r&#233;sonance ? La r&#233;ponse de l'Am&#233;ricain Robert Ezra Park ne souffrait pas de discussion : les informations, bien s&#251;r.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De quoi d&#233;primer un bataillon entier de chroniqueurs. Surtout en France tant notre tradition culturelle valorise un journalisme d'id&#233;es au d&#233;triment d'un journalisme de faits. Souvent, la profession s'y conforme : l'effet de style, de tournure et d'&#233;criture, y a meilleure r&#233;putation que l'enqu&#234;te d&#233;rangeante ou l'information d&#233;stabilisante. Est-ce pour cela que Park n'est toujours pas traduit dans notre langue, ni gu&#232;re enseign&#233; dans nos &#233;coles de journalisme ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un strict point de vue acad&#233;mique, c'est un scandale. Car, outre-Atlantique, son &#339;uvre est canonique, notamment son article-manifeste publi&#233; en 1940 dans l'American Journal of Sociology, &#171; &lt;i&gt;News as a Form of Knowledge&lt;/i&gt; &#187; (&#171; &lt;i&gt;Les informations comme forme de savoir&lt;/i&gt; &#187;). Mais on ne conna&#238;t pas plus sa th&#232;se d&#233;cisive, soutenue et publi&#233;e en allemand, en 1904, Masse und Publikum, The Crowd and the Publicdans la version anglaise, autrement dit La Foule et le Public.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_427 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/CartePLENEL_2B.png&quot; title='illustration : Carine Turin' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L256xH324/CartePLENEL_2B-396f9-d90d7.png' width='256' height='324' alt='illustration : Carine Turin' style='height:324px;width:256px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-427 spip_doc_titre' style='width:256px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Carine Turin&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Park (1864-1944) n'a rejoint l'Universit&#233; qu'&#224; 49 ans, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; reporter &#224; Detroit, Minneapolis, Chicago et New York, journaliste d'enqu&#234;te et de faits divers, se coltinant la r&#233;alit&#233; sociale la plus crue avant de reprendre ses &#233;tudes sup&#233;rieures, en Allemagne, aupr&#232;s de l'incomparable Georg Simmel. Loin d'&#234;tre dat&#233;es, les pistes ouvertes par Park restent &#233;tonnamment fructueuses. Pour la bonne raison que les questions qu'il s'est pos&#233;es, au d&#233;but du si&#232;cle dernier, rejoignent celles que nous nous posons, cent ans plus tard, face &#224; l'&#233;branlement de nos m&#233;tiers par la troisi&#232;me r&#233;volution industrielle, dite fort justement de l'information, apr&#232;s celles de la vapeur et de l'&#233;lectricit&#233;. Park &#233;tait contemporain de la deuxi&#232;me qui, techniquement, permit l'explosion de la presse de masse, tout comme aujourd'hui la troisi&#232;me permet l'explosion de l'information en ligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Son opposition du public &#224; la foule et sa d&#233;fense des informations comme un savoir rejoint le d&#233;bat pos&#233;, de nos jours, par l'avance, &#224; marche aussi co&#251;teuse que forc&#233;e, des d&#233;fenseurs de l'&#233;quation audience- gratuit&#233; comme seul mod&#232;le d'avenir pour les producteurs de nouvelles que nous sommes, quels qu'en soient le niveau, la pertinence ou la raret&#233;. Or, pour Park, le journalisme de qualit&#233; a pour mission d&#233;mocratique d'&#233;viter une r&#233;gression du public vers la foule - soit, en langage actuel, du public vers l'audience. Construire un public - soit une fid&#233;lit&#233;, une adh&#233;sion, une participation -, c'est produire une conscience commune o&#249; le conflit d&#233;mocratique peut s'&#233;panouir, trouver son sens et son issue. &#192; l'inverse, la foule, c'est-&#224;-dire la qu&#234;te de l'audience la plus large, dilue les enjeux civiques, banalise et uniformise, formate et enr&#233;gimente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Adoss&#233;e &#224; la gratuit&#233; comme dogme, elle d&#233;value l'exigence factuelle - avec ce qu'elle suppose de rigueur, de temps et de travail - pour lui pr&#233;f&#233;rer l'&#233;motion, l'instantan&#233;it&#233; et la personnalisation qui transforment le lecteur en spectateur passif plut&#244;t qu'en citoyen actif. On dira que cette dichotomie est aussi vieille que la distinction entre m&#233;dias de masse (populaires) et m&#233;dias de r&#233;f&#233;rence (&#233;litistes). Le probl&#232;me, c'est qu'au d&#233;tour de l'actuelle r&#233;volution, la vulgate &#233;conomique impose la m&#234;me norme aux seconds qu'aux premiers. C'est aussi vues sous cet angle-l&#224;, et non seulement du point de vue du pluralisme, que les crises financi&#232;res successives de nos quotidiens sont lourdes d'un enjeu d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Jenifer, Nolwenn, Jonathan et les autres</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Jenifer-Nolwenn-Jonathan-et-les,299.html</link>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>Parfois, je me plante devant un kiosque &#224; journaux et je contemple les unes des magazines. Des titres sensationnels me sautent &#224; la figure : &#171; Le chagrin d'amour de Jenifer &#187;. &#171; Pourquoi Kevin a dit non &#224; Nolwenn &#187;. &#171; Le conte de f&#233;es de Priscilla &#187;. &#171; Emeline et Jonathan : ce n'&#233;tait pas vrai ! &#187;. &#171; Natacha port&#233;e en triomphe par ses fans &#187;. &#171; Benjamin avoue enfin ! &#187;. Je regarde. Je lis. Je relis. Et j'ai l'impression d'&#234;tre soudain devenu d&#233;bile. Je n'ai pas la moindre id&#233;e de quoi on parle. Ni, surtout, (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L101xH150/arton299-f89f0.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='101' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:101px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parfois, je me plante devant un kiosque &#224; journaux et je contemple les unes des magazines. Des titres sensationnels me sautent &#224; la figure : &#171; &lt;i&gt; Le chagrin d'amour de Jenifer&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt; Pourquoi Kevin a dit non &#224; Nolwenn&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Le conte de f&#233;es de Priscilla&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Emeline et Jonathan : ce n'&#233;tait pas vrai !&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Natacha port&#233;e en triomphe par ses fans&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Benjamin avoue enfin !&lt;/i&gt; &#187;. Je regarde. Je lis. Je relis. Et j'ai l'impression d'&#234;tre soudain devenu d&#233;bile. Je n'ai pas la moindre id&#233;e de quoi on parle. Ni, surtout, de qui. Je n'ai jamais entendu parler de Jenifer. J'ignore tout de Kevin et de Nolwenn. Je ne sais pas qui sont Priscilla, Emeline, Jonathan et Benjamin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et pourtant, &#224; l'&#233;vidence, ce sont des personnalit&#233;s consid&#233;rables, comme le prouvent ces titres fracassants. On n'a m&#234;me pas besoin de pr&#233;ciser leurs noms. Leurs seuls pr&#233;noms suffisent. Je me dis que tout le monde doit savoir qui c'est. Sauf moi. Je finis par me demander si je n'ai pas &#233;t&#233; t&#233;l&#233;transport&#233;, &#224; mon insu, dans un autre pays. Ou dans une autre &#233;poque. Je suis l&#224;, devant ce kiosque, comme un &#233;tranger venu d'une autre plan&#232;te. Qu'est-ce qu'ont bien pu faire Jenifer, Kevin, Nolwenn, Priscilla, Emeline, Jonathan et Benjamin, pour &#234;tre &#224; ce point connus ?&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_419 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/ILLUcarteREMOND.png&quot; title='illustration : Carine Turin' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L248xH324/ILLUcarteREMOND-2bda4-bcadd.png' width='248' height='324' alt='illustration : Carine Turin' style='height:324px;width:248px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-419 spip_doc_titre' style='width:248px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Carine Turin&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est pourtant simple : ils sont connus parce qu'ils sont c&#233;l&#232;bres. Certes. Mais comment se fait-il que leur c&#233;l&#233;brit&#233; ne soit jamais parvenue jusqu'&#224; mes oreilles ? Dans quel monde vivent-ils ? Dans quel univers vis-je ? Sommes-nous dans nos deux galaxies parall&#232;les, qui ne se rencontreront jamais ? Ah ! comme j'aimerais faire partie de tous ces gens qui, eux, savent ! Ils voient ces titres sur Nolwenn et Kevin et aussit&#244;t, sans se poser la moindre question, ils ach&#232;tent les magazines ! Moi, j'ach&#232;te quand je vois S&#233;gol&#232;ne ou Nicolas &#224; la une. Et pas dans les m&#234;mes journaux. La v&#233;rit&#233;, c'est que je suis compl&#232;tement largu&#233;. Rejet&#233; sur la berge du flot de l'actualit&#233;, la vraie. Combien de millions de personnes se passionnent pour le chagrin d'amour de Jenifer ou le conte de f&#233;es de Priscilla ? Combien de millions de personnes en parlent entre elles, se passant les derni&#232;res infos, commentant les derniers potins ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est tout simplement fascinant. Je vois bien que je ne comprends rien &#224; la c&#233;l&#233;brit&#233;. La seule, la vraie, la c&#233;l&#233;brit&#233; fabriqu&#233;e par la t&#233;l&#233;. C'est la t&#233;l&#233; qui dit qui est c&#233;l&#232;bre. Une c&#233;l&#233;brit&#233; &#233;ph&#233;m&#232;re, certes, voire m&#233;t&#233;orique. Mais la seule qui vaille. Il m'est arriv&#233;, dans les coll&#232;ges ou les lyc&#233;es o&#249; je vais parler de mes livres, de m'entendre demander, par un adolescent soup&#231;onneux : &#171; &lt;i&gt;Est-ce que vous &#234;tes c&#233;l&#232;bre ?&lt;/i&gt; &#187;C'est visiblement le crit&#232;re num&#233;ro un. Si oui, &#231;a vaut le coup de m'&#233;couter. Sinon, qu'est-ce qu'on va se barber ! Qu'est-ce que vous voulez r&#233;pondre &#224; une telle question ? C&#233;l&#232;bre aupr&#232;s de mes amis, oui. Et peut-&#234;tre m&#234;me de mon boucher. Mais pas c&#233;l&#232;bre fa&#231;on &#171; StarAc &#187;. Autant dire parfaitement anonyme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question que je me pose, c'est si je peux continuer &#224; vivre sans savoir qui sont Nolwenn et Kevin. Est-ce que c'est grave ? Est-ce que je loupe quelque chose ? Et si oui, quoi ? Si &#231;a se trouve, bient&#244;t il n'y aura plus que des journaux qui parlent de Nolwenn et Kevin. Et alors je serai dr&#244;lement emb&#234;t&#233;. Avec mes abyssales lacunes en mati&#232;re de c&#233;l&#233;brit&#233;s, je n'y comprendrai strictement rien. Je ne pourrai plus lire aucun journal. Je serai oblig&#233; de suivre des cours du soir, des cours de rattrapage. De passer des &#233;quivalences. Un jour, enfin, je serai fin pr&#234;t. Je saurai tout sur Nolwenn et Kevin. Je serai incollable. Je me pr&#233;cipiterai au premier kiosque &#224; journaux. Et l&#224;, je verrai ce titre : &#171; &lt;i&gt;Pourquoi Magali a quitt&#233; Pascal pour Jean-Philippe&lt;/i&gt; &#187;. Magali ? Pascal ? Jean-Philippe ? Zut, encore rat&#233; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sollers/Serres. Le vigilant et l'optimiste</title>
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		<dc:subject>Grand entretien</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>

		<description>Philippe Sollers et Michel Serres n'envisagent pas tout &#224; fait de la m&#234;me mani&#232;re l'&#233;volution des m&#233;dias...Pour l'un, tout revient &#224; l'&#233;crit. Pour l'autre, les nouvelles technologies constituent une vraie coupure. Dialogue &#224; distance. Philippe Sollers : &#171; L'&#233;crit est insubmersible &#187; Omnipr&#233;sent dans les d&#233;bats, Philippe Sollers est un homme aux multiples fonctions : &#233;crivain, essayiste, directeur de collection, chroniqueur. Il nous parle de son exp&#233;rience des m&#233;dias des deux c&#244;t&#233;s de la barri&#232;re. Cela vous (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton298-bd0d7.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Philippe Sollers et Michel Serres n'envisagent pas tout &#224; fait de la m&#234;me mani&#232;re l'&#233;volution des m&#233;dias...Pour l'un, tout revient &#224; l'&#233;crit. Pour l'autre, les nouvelles technologies constituent une vraie coupure. Dialogue &#224; distance.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong&gt;Philippe Sollers : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;crit est insubmersible&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Omnipr&#233;sent dans les d&#233;bats, Philippe Sollers est un homme aux multiples fonctions : &#233;crivain, essayiste, directeur de collection, chroniqueur. Il nous parle de son exp&#233;rience des m&#233;dias des deux c&#244;t&#233;s de la barri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela vous ennuie si l'on vous dit que vous &#234;tes plut&#244;t bon journaliste. &#171; La France moisie &#187;, par exemple, est un article qui est rest&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, bien au contraire. C'est une chose &#224; laquelle je tiens : pouvoir m'exprimer de plusieurs fa&#231;ons, aller du simple au complexe. La langue fran&#231;aise est capable de remplir cette fonction. Cela me para&#238;t naturel. Il n'y a pas de s&#233;paration entre les deux &#233;critures. Elles proc&#232;dent de la m&#234;me pens&#233;e et se compl&#232;tent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En m&#234;me temps, il existe toujours une esp&#232;ce de d&#233;pr&#233;ciation des journalistes,un catalogage. On dit de plus en plus souvent &#171; les journalistes &#187; comme &#171; les Arabes &#187;, &#171; les juifs &#187;, &#171; les p&#233;d&#233;s &#187;. Il y avait voil&#224; quelque temps dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Monde, 12 octobre 2006' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; un article de Francis Marmande qui &#233;pinglait cette tendance &#171; &lt;i&gt; La faute aux journalistes&lt;/i&gt; &#187; disait-il. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l&#224;, l'affaire est grave. Si je me souviens bien de son article et si je l'ai bien lu, il se terminait sur l'assassinat d'Anna Politkovska&#239;a. Sa &#171; faute &#187; c'est tr&#232;s exactement son honneur, celui de s'&#234;tre expos&#233;e jusqu'au bout et de le payer de sa vie !&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_444 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/SollersPhilippe394A2.jpg&quot; title='photos : Jacques Sassier / Gallimard' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/SollersPhilippe394A2-b95e7-cfb89.jpg' width='324' height='217' alt='photos : Jacques Sassier / Gallimard' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-444 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Jacques Sassier / Gallimard&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un journaliste peut &#234;tre d&#233;pr&#233;ci&#233; et aussi assassin&#233;. Et cependant ce m&#233;tier mal vu suscite toujours des vocations. Comment expliquez-vous ce paradoxe ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Premi&#232;rement, le journalisme recouvre un champ consid&#233;rable d'activit&#233;s selon ce que l'on &#233;crit et la fa&#231;on dont on parle. Selon ces cas, les canaux de communication sont tr&#232;s diff&#233;rents. Deuxi&#232;mement, il faut distinguer &#224; mon avis le journalisme d'&#233;crivain du journalisme journalistique, du journalisme d'investigation, du journalisme d'enqu&#234;tes, du journalisme de r&#233;v&#233;lations, du journalisme pol&#233;mique, lesquels peuvent entra&#238;ner de redoutables cons&#233;quences selon le pays dans lequel on exerce ce m&#233;tier - Anna Politkovska&#239;a en &#233;tant l'exemple majeur et funeste. Personnellement, je m'en tiens au journalisme d'&#233;crivain, c'est-&#224;-dire &#224; quelque chose qui, touchant l'actualit&#233;, s'obstine &#224; diffuser chaque fois un petit message. Sur la litt&#233;rature, par exemple. C'est ce que je fais quand j'&#233;cris des articles. C'&#233;tait ainsi dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; voil&#224; quelque temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Maintenant j'essaie de le pratiquer dans &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;. Ainsi j'ai parl&#233; r&#233;cemment d'un petit livre merveilleux et peu chroniqu&#233; jusqu'alors, paru chez Horay, sur la fa&#231;on dont la police de jadis fichait les &#233;crivains - &#224; mon avis elle continue d'ailleurs de les ficher mais avec moins d'application que la bonne vieille police r&#233;publicaine. Vous y trouverez d'extravagants fichiers sur Hugo, sur Verlaine, sur Rimbaud, sur Proust. Pour le journalisme d'&#233;crivain, le grand exemple n'est pas &#224; aller chercher tr&#232;s loin : c'est &#233;videmment le bloc-notes de Mauriac qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un chef-d'&#339;uvre. Un journalisme d'intervention, avec un fond, qui dans son cas est prodigieux, et reste constamment tr&#232;s litt&#233;raire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le Journal du dimanche&lt;/i&gt;, une fois par mois, je commence par des consid&#233;rations sur l'actualit&#233;, le discours de Beno&#238;t XVI, le match &#171; S&#233;go-Sarko &#187;, et petit &#224; petit, j'essaie d'introduire des r&#233;f&#233;rences, des livres &#224; lire, des curiosit&#233;s dont on ne parle pas forc&#233;ment. Par exemple, je peux signaler un &#233;diteur ultramarginal, qui a publi&#233; un livre extraordinaire, la correspondance entre Vauvenargues et Voltaire&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Correspondance Voltaire et Vauvenargues &#187;, texte &#233;tabli par Lionel Dax, (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. C'est ce que j'essaye de faire aussi &#224; la radio ou &#224; la t&#233;l&#233;vision : inciter &#224; la lec- ture, partager mes d&#233;couvertes. Je pratique donc un journalisme de recommandation pour aller chercher des oreilles ou des yeux qui, &#233;ventuellement, pourraient capter ce message toujours minoritaire par d&#233;finition et aider &#224; faire comprendre de quoi il retourne lorsqu'on &#233;crit vraiment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que l'on peut encore regarder le journalisme comme le voyaient Balzac ou Maupassant, un marchepied vers le pouvoir ou vers la gloire ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a un livre que vous pouvez relire tout de suite, d&#233;finitif sur le sujet, c'est &#171; Bel-Ami &#187;, un chef-d'&#339;uvre, qui correspond exactement &#224; l'&#233;poque o&#249; la presse obtient un statut de pouvoir consid&#233;rable et c'est Maupassant qui &#233;crit. Qui pourrait &#234;tre le Bel-Ami de notre temps ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On l'a dit &#224; l'&#233;poque de Jean Ferniot... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pense que Giesbert va plus loin dans la mesure o&#249; la puissance journalistique est aujourd'hui plus grande et o&#249; elle s'inscrit dans le jeu historico-politico-&#233;conomique de fa&#231;on tr&#232;s directe. J'ajouterai en passant que le r&#234;ve de Giesbert est bien entendu d'&#234;tre pris pour un tr&#232;s bon &#233;crivain et d'entrer &#233;ventuellement &#224; l'Acad&#233;mie fran&#231;aise pour l'ensemble de son &#339;uvre. L&#224; on est un peu dans le retournement de situation, un patron de presse ou directeur de publication dont le r&#234;ve secret est de devenir &#233;crivain. M&#234;me chose pour le fichage de police dont je parlais tout &#224; l'heure. Quand on songe que la derni&#232;re affaire qui soit sortie au sujet de Mitterrand est celle des &#233;coutes t&#233;l&#233;phoniques ! Il &#233;tait tout &#224; fait grotesque de placer Edern-Hallier sur &#233;coutes. Cela ne rimait pas &#224; grand-chose. Il suffisait de fr&#233;quenter certains bars et surtout la Closerie des Lilas et de l'entendre parler pour savoir exactement ce qu'il avait en t&#234;te et ce qu'il avait &#224; dire. Mitterrand a agi de la sorte parce qu'il avait lui aussi des pr&#233;tentions litt&#233;raires, une sorte de vis&#233;e, de r&#234;ve de litt&#233;rature. Il &#233;crivait des po&#232;mes. Il s'int&#233;ressait &#224; tout &#231;a. Il fr&#233;quentait la librairie Gallimard o&#249; il achetait des grands papiers, surtout de Jacques Chardonne, de Julien Gracq. Je crains qu'avec Mitterrand, cette &#233;poque soit close. Je ne vois pas d'homme ou de femme politique nourrir des r&#234;ves de litt&#233;rature, m&#234;me m&#233;diocres.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La presse &#233;crite s'adresse d&#233;sormais &#224; des clients plut&#244;t qu'&#224; des lecteurs, c'est-&#224;-dire des gens qui lisent vraiment avec un esprit critique. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Giscard d'Estaing ? Il est acad&#233;micien... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est le dernier vivant. Mitterrand fut le dernier au pouvoir. Il existe effectivement un roman de Giscard d'Estaing dans la veine de Maupassant, mais il n'a pas beaucoup insist&#233;. Pour Mitterrand, c'&#233;tait une vraie question. Je crois qu'il en r&#234;vait. Il avait tendance &#224; investir l'&#233;criture d'un pouvoir consid&#233;rable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autre aimable qualification r&#233;serv&#233;e aux journalistes : &#171; les chiens &#187;.Vous savez,dans la phrase &#171; l'honneur d'un homme jet&#233; aux chiens &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait &#224; propos de la mort de B&#233;r&#233;govoy. Mitterrand visait Pl&#233;nel, par ailleurs excellent journaliste sur le plan de l'investigation, de la r&#233;v&#233;lation, de l'enqu&#234;te. Il a &#171; sorti des affaires &#187; comme on dit. Mais quand il y a des affaires et quand on les sort, il faut &#234;tre &#224; la hauteur. Et tout le monde ne l'est pas. C'est d'ailleurs ce genre de r&#233;v&#233;lations journalistiques qui risquent d'&#234;tre jugul&#233;es de plus en plus en France &#224; la faveur des normalisations g&#233;n&#233;rales et d'une baisse de puissance de la presse &#233;crite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que vous pensez de ce qualificatif de &#171; chien &#187; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'en r&#233;alit&#233; ce ne sont pas les journalistes mais le pouvoir qui aboie.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_442 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/SollersPhilippe394A8.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L195xH324/SollersPhilippe394A8-6301a-95d3e.jpg' width='195' height='324' alt='' style='height:324px;width:195px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autre critique r&#233;currente, les journaux seraient peupl&#233;s de militants, donc incapables de la plus &#233;l&#233;mentaire neutralit&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a se discute. La profession recouvre quand m&#234;me un &#233;ventail assez large. Il est certain que l'id&#233;ologie fourmille partout, m&#234;me si arrive une presse que je qualifierai d'ultrapublicitaire et qui risque de l'emporter d&#233;finitivement sur toute autre. La presse &#233;crite s'adresse d&#233;sormais &#224; des clients plut&#244;t qu'&#224; des lecteurs, c'est-&#224;-dire des gens qui lisent vraiment avec un esprit critique. Il est ais&#233; de constater que ce lectorat averti, exigeant, est en constante dilution. D'un autre c&#244;t&#233;, il est vrai que dans la presse dite &#171; de gauche &#187;, l'influence de Bourdieu a &#233;t&#233; consid&#233;rable. La mort de Bourdieu, qui nous para&#238;t d&#233;j&#224; si lointaine, presque pr&#233;historique d&#233;sormais, a &#233;t&#233; solennellement c&#233;l&#233;br&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'&#233;tais alors &#233;ditorialiste au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; en avait fait la une, comme pour un &#233;v&#233;nement plan&#233;taire, alors qu'aujourd'hui l'assassinat d'Anna Politkovska&#239;a n'a valu qu'une modeste manchette. Ce seul d&#233;tail devrait porter &#224; r&#233;fl&#233;chir. J'aurais &#233;t&#233; directeur du&lt;i&gt; Monde&lt;/i&gt;, j'en aurais fait la une, comme l'a fait &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. Car derri&#232;re ces assassinats perp&#233;tr&#233;s contre des journalistes, on per&#231;oit de plus en plus nettement toutes sortes de pressions &#224; l'&#339;uvre, &#224; commencer par la pression &#233;conomique sur les choix journalistiques. &#199;a va devenir, sans aucun doute, de plus en plus pr&#233;sent. Est-ce que Lib&#233;ration s'est permis cette une dans une sorte d'attitude r&#233;fractaire par rapport &#224; sa situation qui est tr&#232;s menac&#233;e ? C'est une question. Est-ce que pour la plupart des responsables politiques, l'assassinat d'Anna Politkovska&#239;a va &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un regrettable accident de parcours ?... Tout de m&#234;me, entre Gazprom, EADS, tous ces formidables contrats en jeu, il est &#233;vident que le pouvoir &#233;conomique tend &#224; s'infiltrer partout de fa&#231;on plus ou moins hypocrite et &#224; primer sur tout le reste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sans vouloir diminuer le m&#233;rite de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, il ne rate jamais un mort... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, c'est dans sa culture. Ce qui prouve que l'id&#233;ologie subsiste jusque dans des situations &#233;conomiquement contraintes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En mati&#232;re de journalisme, vous vous r&#233;f&#233;rez presque exclusivement &#224; la presse &#233;crite. Or, aujourd'hui,ne pensez-vous pas que le vrai pouvoir se trouve dans les couloirs des studios des t&#233;l&#233;visions ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De la presse au m&#233;diatique, nous changeons de registre technique, presque de nature. En tout cas d'&#233;chelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est-&#224;-dire ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'il n'y a pas de commune mesure entre ces moyens d'expressions. R&#233;fl&#233;chissez simplement au fait que le plein emploi de la technique t&#233;l&#233;visuelle, ou m&#234;me des radios, a tout juste 20-25ans. Ce n'est donc qu'un d&#233;but. On entre sur une autre plan&#232;te, plan&#232;te qui rime d'ailleurs avec Internet. Les blogs, voil&#224; de nouveaux moyens d'influence, de pou- voir. Et ils sont tr&#232;s cat&#233;goriques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diriez-vous que ce que l'on appelait l'&#171; espace public &#187; -les meetings, les r&#233;unions- se r&#233;duit d&#233;sormais &#224; l'espace m&#233;diatique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas moi qui ai invent&#233; la formule &#171; soci&#233;t&#233; du spectacle &#187;. &#199;a ne veut pas dire simple- ment la repr&#233;sentation m&#233;diatique, &#231;a signifie que tous les rapports humains sont m&#233;diatis&#233;s par des images et que &#171; les gens &#187;, comme on dit, ont de plus en plus tendance &#224; jouer un jeu de r&#244;le par le truchement de leur image &#224; l'int&#233;rieur d'un film g&#233;n&#233;ral. Il y a une &#233;vacuation de la perception individuelle, de la sensation de soi imm&#233;diatement repr&#233;sent&#233;e par des images. Donc le spectacle comme soci&#233;t&#233;, puisque c'est la m&#234;me chose.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; En r&#233;alit&#233;, ce ne sont pas les journalistes mais le pouvoir qui aboie. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;dl class='spip_document_441 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/SollersPhilippe394A4.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH323/SollersPhilippe394A4-ceef9-d679f.jpg' width='324' height='323' alt='' style='height:323px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Mais attention, cela ne veut pas dire simplement des moyens de communication ou la t&#233;l&#233;vision, ce que Bourdieu avait tendance &#224; croire, alors qu'il avait tort dans sa logique de marxiste archa&#239;que &#224; tendance stalinienne av&#233;r&#233;e. Il s'agit d'une prise en mains technique, g&#233;n&#233;ralis&#233;e, de la vie m&#234;me des humains. On a raison de dire que le XIXe si&#232;cle a dur&#233; tr&#232;s longtemps et ne s'ach&#232;ve que ces jours-ci probablement. Et encore, pas dans toutes les t&#234;tes. Peut-&#234;tre jusqu'&#224; l'&#233;poque o&#249; j'ai publi&#233;, car on travaillait ensemble, l'excellent livre de Philippe Muray qui s'appelle &#171; Le Dix-Neuvi&#232;me Si&#232;cle &#224; travers les &#226;ges &#187;. Il faut lire &#171; Bel-Ami &#187; et &#171; Le Dix-Neuvi&#232;me Si&#232;cle &#224; travers les &#226;ges &#187; en m&#234;me temps. Et Debord de pr&#233;f&#233;rence &#224; Bourdieu...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est donc la fin de l'espace public, du rassemblement, de la parole vivante ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une manif non diffus&#233;e par la t&#233;l&#233; n'existe pas. Ce qui n'est pas filmable n'existe pas. Ce qui n'est pas repr&#233;sent&#233; n'a pas eu lieu. Anna Politkovska&#239;a, journaliste russe assassin&#233;e, n'a jamais eu autant son image sur les &#233;crans que parce qu'elle est morte...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous du dispositif t&#233;l&#233;visuel n&#233;goci&#233; au centim&#232;tre pr&#232;s par les trois candidats socialistes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hallucinant. Je dirais m&#234;me que c'est une preuve d'archa&#239;sme &#233;vident. Le Parti socialiste est tr&#232;s en retard. C'est du XIXe, du pal&#233;o-sovi&#233;tisme. Or ce n'est pas du tout le d&#233;bat qui a lieu au sein du Parti socialiste. Seule S&#233;gol&#232;ne Royal a senti que l'on pouvait appara&#238;tre de fa&#231;on absolument d&#233;stabilisatrice alors que Jospin n'a rien compris &#224; la nature spectaculaire de la soci&#233;t&#233;. Voil&#224; pourquoi les socialistes sont en retard. Peut-&#234;tre vont-ils se rattraper gr&#226;ce &#224; S&#233;gol&#232;ne Royal. Il vaut mieux qu'elle parle le moins possible, elle s'en rend compte. C'est tr&#232;s bien comme &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos du domaine politique et de ses relations avec les m&#233;dias, que pensez-vous de l'entrevue, para&#238;t-il houleuse, entre Fran&#231;ois Bayrou, &#201;tienne Mougeotte et Patrick Le Lay apr&#232;s que Bayrou les avait accus&#233;s de faire le jeu du bipartisme au d&#233;triment de la pluralit&#233; d&#233;mocratique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'&#233;tais pas dans les coulisses, mais &#231;a me para&#238;t relever de la n&#233;gociation. Bayrou a pouss&#233; un cri. Pour autant la pol&#233;mique aura-t-elle vraiment lieu ? Non. Parce que de toute fa&#231;on le syst&#232;me fonctionne. Les grands groupes d'argent, Lagard&#232;re, Rothschild, Dassault, tiennent les m&#233;dias. Cela veut dire que la presse, l'information, les m&#233;dias dans leur ensemble correspondent &#224; des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques pr&#233;cis. Qui va dire le contraire ? Personne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais o&#249; se trouve le v&#233;ritable pouvoir alors ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'&#233;conomique, bien s&#251;r.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pourquoi ce pouvoir &#233;conomique actuellement si absolu a- t-il besoin d'un relais m&#233;diatique, d'un groupe de presse de peu de rapport. Comme d'une danseuse ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela d&#233;pend de besoins tr&#232;s pr&#233;cis. Premi&#232;rement, se renforcer constamment, et, deuxi&#232;mement, &#233;viter le plus possible les contestations non pr&#233;vues ou des ruptures dans le flux de la marchandisation g&#233;n&#233;rale. C'est un pouvoir qui ne va plus forc&#233;ment prendre de gants. Pourquoi le ferait-il d'ailleurs, puisqu'il a un boulevard devant lui. Voltaire me semble plus que jamais bienvenu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous qu'il puisse exister encore des lieux de r&#233;sistances, des publications qui auraient la capacit&#233; de cr&#233;er d'autres d&#233;bats hors des zones m&#233;diatiques habituelles ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est int&#233;ressant que vous posiez cette question dans ce bureau qui est celui de cette revue trimestrielle sans publicit&#233;. (Philippe Sollers embrasse d'un geste la minuscule pi&#232;ce de six m&#232;tres carr&#233;s envahie de livres o&#249; se fabrique &lt;i&gt;L'Infini.&lt;/i&gt;) Un num&#233;ro consacr&#233; enti&#232;rement &#224; Heidegger a &#233;t&#233; &#233;puis&#233; et ce num&#233;ro, divine surprise, l'a &#233;t&#233; en m&#234;me temps qu'&#233;clatait la pol&#233;mique sur le fait de savoir si le livre consacr&#233; &#224; Heidegger pouvait para&#238;tre ou non chez Gallimard. C'est un travail qui nous a demand&#233; trois ans. &#192; notre grande sur- prise, il y a eu un int&#233;r&#234;t imm&#233;diat. Je vous citerai un autre exemple. En 1989, nous avons sorti un num&#233;ro, qui a demand&#233; deux ans de travail, enti&#232;rement consacr&#233; &#224; Voltaire, num&#233;ro sp&#233;cial qui, troublante co&#239;ncidence, est paru au moment o&#249; &#233;clatait l'affaire Rushdie. Ce num&#233;ro est aujourd'hui introuvable. Mais qui, il y a vingt-cinq ans, imaginait la situation actuelle autour des ph&#233;nom&#232;nes int&#233;gristes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Seul &#224; l'&#233;poque, Ren&#233; Pommeau, ce vieil ami mort maintenant, grand sp&#233;cialiste du XVIIIe si&#232;cle, l'un des rares &#224; avoir lu int&#233;gralement les treize volu- mes de la correspondance de Voltaire, disait dans ce m&#234;me num&#233;ro, qu'il n'est pas s&#251;r que son &#171; Mahomet &#187; pourrait &#234;tre repr&#233;sent&#233; en France. &#199;a ne vous dit pas quelque chose ? Voyez &#171; Idom&#233;n&#233;e &#187; d&#233;programm&#233; &#224; Berlin. Mozart est un jeune d&#233;butant qui m&#233;rite mieux que cela d'apr&#232;s moi. L'autocensure ou la peur commencent &#224; appara&#238;tre. R&#233;cemment, dans un d&#233;placement en province, j'ai commenc&#233; &#224; parler de Casanova, de cette actualit&#233;-l&#224;, de cette peur qui s'empare de notre soci&#233;t&#233; et qui peut d&#233;g&#233;n&#233;rer, la mettant en parall&#232;le avec l'affaire Redeker. Il para&#238;t que je n'aurais pas d&#251; dire cela. On me l'a fait courtoisement remarquer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne pouvez pas nier l'ambigu&#239;t&#233; de la sph&#232;re m&#233;diatique qui peut &#224; la fois entonner le grand air de la repentance, multiplier les demandes d'excuses,les appels &#224; la prudence et dans le m&#234;me temps publier une tribune libre comme celle de Redeker. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, mais elle se trouve en accord avec son temps. Car il existe des personnes qui, sur ce plan-l&#224;, restent d'une fermet&#233; totale - la chanceli&#232;re d'Allemagne, Madame Merkel, au moment de cette scandaleuse d&#233;programmation de l'op&#233;ra &#224; Berlin, a &#233;t&#233; exemplaire. Et puis vous avez tous ceux, de plus en plus nombreux, qui vous expliquent que si on a des ennuis, c'est qu'on l'a bien cherch&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne pensez pas qu'une guerre m&#233;diatique est &#233;galement en train d'appara&#238;tre par &#233;cran interpos&#233; entre l'Occident et une autre partie du monde ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette guerre-l&#224;, il suffit qu'&#224; un moment donn&#233;, dans tel ou tel &#233;v&#233;nement, une personne comp&#233;tente s&#233;lectionne un petit bout de phrase, d'image ou de d&#233;claration, l'amplifie et d&#233;clenche ce qu'elle a envie de raisonnablement attendre. C'est magnifiquement vu. Dans la conf&#233;rence universitaire que Beno&#238;t XVI donne &#224; Ratisbonne, est-ce que sa citation, emprunt&#233;e &#224; l'empereur byzantin du XIVe si&#232;cle, Manuel le Pal&#233;ologue, un epsilon dans son intervention, a un rapport avec l'ensemble de sa d&#233;monstration ? Non, bien &#233;videmment. Mais d&#232;s lors que l'infime d&#233;tail tronqu&#233; est envoy&#233; sur Internet, qu'il est lu en Indon&#233;sie, ou en Somalie o&#249;, au passage, on tue une vieille religieuse italienne, alors le r&#233;sultat est atteint. C'est l&#224; qu'aujourd'hui r&#233;side le probl&#232;me. Cette s&#233;lection de l'information &#224; des fins politiques fait que tout ce que vous dites pourra &#234;tre retourn&#233; contre vous, car largement diffus&#233; ; et qu'il vous sera impossible d'expliquer l'ensemble de votre pens&#233;e. En s&#233;lectionnant, je cr&#233;e l'information. Ce que vous dites n'est pas ce que vous pensez. On n'a pas le temps. C'est la question &#224; laquelle on est confront&#233; constamment avec le m&#233;diatique. Le temps. &#192; la t&#233;l&#233;vision, le type regarde l'horloge, il n'&#233;coute pas ce que vous dites. Donc le mot guerre n'est pas exag&#233;r&#233;. C'est un conflit nouveau, un rapport de force jusqu'alors ignor&#233;. Il faut s'organiser en cons&#233;quence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand vous avez fond&#233; &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='En 1960, Philippe Sollers fonde la revue Tel Quel aux &#233;ditions du Seuil, (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, au d&#233;but des ann&#233;es 1960, &#233;tait-ce dans une strat&#233;gie de prise de pouvoir ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas imm&#233;diate. C'&#233;tait une revue trimestrielle au ton nouveau. Nous &#233;tions tous tr&#232;s jeunes. Mais je ne crois pas pour autant qu'on puisse vivre, exercer une activit&#233; quelconque, &#224; moins d'&#234;tre d'un j&#233;suitisme profond, sans penser &#224; des questions de pouvoir. Mais quel pouvoir ? Celui qu'on exerce vraiment ? Celui qui nous a &#233;t&#233; conc&#233;d&#233; ? Celui qui m'est encore attribu&#233; ? Il para&#238;trait que j'aurais dirig&#233; Le Monde des livres. Et pourquoi pas, tant que nous y sommes, la maison Gallimard et l'ensemble de la presse litt&#233;raire. Le pouvoir fait fantasmer. Surtout ceux qui l'ont d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, vous auriez l'&#226;ge que vous aviez quand vous avez cr&#233;&#233; &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt;, fonderiez-vous une revue ou un blog ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une revue. Sans h&#233;siter. Tout revient &#224; l'&#233;crit car l'&#233;crit est insubmersible. ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong&gt;Michel Serres : &#171; &lt;i&gt;Avec Internet, on nous arrange la vie&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Philosophe et historien des sciences, acad&#233;micien, Michel Serres a &#233;t&#233; l'un des tout premiers, avec la s&#233;rie des &#171; Herm&#232;s &#187; (cinq tomes de 1969 &#224; 1980) &#224; r&#233;fl&#233;chir sur la soci&#233;t&#233; de communication. Il dresse ici un plaidoyer en faveur des nouvelles technologies, qui inaugurent, selon lui, une rupture aussi grande que celle de l'invention de l'&#233;criture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont vos rapports avec les m&#233;dias ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai vu, non pas l'origine, mais le d&#233;veloppement de la radio. Puis, la t&#233;l&#233;vision est arriv&#233;e dans les foyers fran&#231;ais &#224; partir des ann&#233;es 1950. &#192; l'&#226;ge adulte, j'ai connu l'immense d&#233;veloppement des nouvelles technologies, de l'ordinateur au Net, en passant par le fax. Toute ma vie a donc &#233;t&#233; accompagn&#233;e par l'&#233;volution des m&#233;dias modernes. Quand j'&#233;tais jeune, entre l'agr&#233;gation de philosophie et la th&#232;se, &#224; la sortie de l'&#201;cole normale, j'ai &#233;crit cinq livres sur Herm&#232;s, le dieu de la communication, des messagers, des traducteurs, des transporteurs de messages et des relations entre les hommes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, c'&#233;tait plut&#244;t mal vu dans le monde philosophique parce qu'il &#233;tait entendu que le dieu de la philosophie &#233;tait Prom&#233;th&#233;e, dieu du travail, de la production. J'ai &#233;t&#233; le premier &#224; dire que la r&#233;volution contemporaine, c'est la communication et non pas la production. Herm&#232;s a &#233;t&#233; mon dieu. J'ai par ailleurs &#233;crit un ouvrage sur les anges, sur le parasite, comme obstacle &#224; la communication, et je viens de sortir un livre sur les ponts, comme m&#233;dia et relation entre deux rives. Le point central de la philosophie que j'essaie de construire tend finalement vers la relation et les m&#233;dias, dans l'existence et dans la production philosophique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;t&#233; l'un des premiers intellectuels fran&#231;ais &#224; porter un jugement optimiste sur le d&#233;veloppement des nouvelles technologies. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mettons de c&#244;t&#233; pessimisme ou optimisme. Je vois, dans les nouvelles technologies, une coupure beaucoup plus profonde que toute autre. Quand on prend un peu de recul historique, on est capable de dire : &#171; &lt;i&gt;&#199;a c'est nouveau, et &#231;a ne l'est pas parce qu'on l'a d&#233;j&#224; vu.&lt;/i&gt; &#187; Or, les nouvelles technologies constituent une vraie coupure. Pour quelles raisons ? Aujourd'hui, vous m'interviewez, vous utilisez deux techniques : l'enregistrement et la prise de notes. Au Moyen &#194;ge, Albert Le Grand faisait un cours &#224; la Sorbonne. Les &#233;tudiants &#233;taient debout les mains dans le dos. Il n'y avait pas de technologies... C'est encore davantage le cas avec Socrate et ses disciples, ou les ap&#244;tres de J&#233;sus-Christ qui ne prenaient pas de notes... Pourquoi ? Pour une raison tr&#232;s simple : ils avaient de la m&#233;moire, une m&#233;moire terrible. Il n'y avait pas de livres, il fallait donc qu'ils sachent Hom&#232;re par c&#339;ur et ils le savaient ! Ils &#233;taient capables de r&#233;citer un texte &#224; la virgule pr&#232;s. Nous avons besoin aujourd'hui de prendre des notes. Nous avons perdu la m&#233;moire parce qu'elle est pass&#233;e ailleurs : de la t&#234;te &#224; l'objet. J'appelle &#231;a l'externalisation de la m&#233;moire. Avec les nouvelles technologies, votre ordinateur devient votre t&#234;te. Du coup, c'est une coupure aussi importante que l'&#233;criture, qui a permis d'inventer l'histoire. C'est donc gigantesque ! Nous sommes pass&#233;s &#224; un autre temps, qui n'a probablement rien, ou tr&#232;s peu, &#224; voir avec celui qui le pr&#233;c&#232;de.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Devant la t&#233;l&#233;vision, vous &#234;tes le passager, devant votre ordinateur, vous &#234;tes le conducteur. Ce n'est pas le m&#234;me m&#233;dia. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;dl class='spip_document_445 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/MichelSerres_8.jpg&quot; title='Photos : Charles Duprat' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L214xH324/MichelSerres_8-e11a0-627d1.jpg' width='214' height='324' alt='Photos : Charles Duprat' style='height:324px;width:214px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-445 spip_doc_titre' style='width:214px;'&gt;&lt;strong&gt;Photos : Charles Duprat&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi ces nouvelles technologies de l'information changent-elles profond&#233;ment notre rapport au monde ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut commencer par dire des banalit&#233;s : avec Internet, le monde se r&#233;tr&#233;cit et, dans le m&#234;me temps, il devient plus rapide... Mais, prenons un exemple : autrefois, en guise d'adresse, on donnait les coordonn&#233;es de son domicile. Le mot adresse &#233;tait donc un rep&#232;re dans l'espace bien d&#233;termin&#233; au sein duquel nous bougeons. Aujourd'hui, on donne son num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone portable ou son adresse e-mail. On ne s'est pas aper&#231;u que d&#233;sormais l'adresse n'est plus r&#233;f&#233;r&#233;e &#224; l'espace. Avant, on vivait o&#249; l'on pouvait se d&#233;placer, o&#249; l'adresse physique permettait le rep&#233;rage galil&#233;en ou cart&#233;sien de l'espace euclidien. Tandis qu'aujourd'hui, si je vous appelle sur votre portable, vous pouvez tr&#232;s bien &#234;tre en Estonie et moi en Californie. Si je vous envoie un e-mail, je ne sais pas o&#249; vous &#234;tes. L'espace dans lequel nous vivons et pensons n'a plus rien &#224; voir avec l'espace d'autrefois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la m&#234;me chose pour les rapports entre t&#233;l&#233;vision et nouvelles technologies. La t&#233;l&#233;vision est le cours magistral d'autrefois, tandis que les nouvelles technologies sont l'interaction perp&#233;tuelle. Vous voyez la diff&#233;rence : ou je fais un cours devant dix, cent, trois millions de personnes, ou on discute ensemble. Ou je conduis la voiture, ou je suis le passager. Devant la t&#233;l&#233;vision, vous &#234;tes le passager, devant votre ordinateur, vous &#234;tes le conducteur. Ce n'est pas le m&#234;me m&#233;dia. Et pas seulement d'un point de vue r&#233;ception/action, c'est un engagement dans un cas et un abandon dans l'autre. La t&#233;l&#233; est un m&#233;dia un peu archa&#239;que. Elle ressemble &#224; ce que nous faisions de plus ancien &#224; l'universit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que r&#233;pondez-vous &#224; ceux qui regrettent la perte de la culture du livre, de l'&#233;criture ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette esp&#232;ce de sanglot sur le pass&#233; ressemble curieusement au professeur de la Sorbonne qui parlait latin et qui voyait l'arriv&#233;e de l'imprimerie comme une perte de pouvoir, puisque tout le monde pouvait avoir des livres ! Je suis du c&#244;t&#233; de Montaigne, de Rabelais. Les autres du c&#244;t&#233; du professeur de Sorbonne... Socrate disait d&#233;j&#224; que c'est terrible d'&#233;crire parce que rien ne vaut la parole vivante... Nous changeons de support. Et, dans le m&#234;me temps, nous changeons de contenu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces nouveaux contenus ne vous d&#233;concertent pas ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N'oubliez pas qu'il n'y aurait pas d'astrophysique, de physique nucl&#233;aire, de biochimie, d'oc&#233;anographie, de vulcanologie sans l'ordinateur ! Il a tout de m&#234;me permis 70% des sciences contemporaines. Sans lui, vous ne pouvez rien faire en sciences humaines : des bilans, des recensements &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te... La complexit&#233; des calculs est telle aujourd'hui - la quantit&#233; d'informations se compte par t&#233;ra maintenant - que l'ordinateur est devenu le centre m&#234;me de la recherche scientifique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais la Toile peut aussi repr&#233;senter la pire des choses. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Biblioth&#232;que nationale aussi ! On y trouve &#171; Mein Kampf &#187;. Si vous dites que le livre est propre et que la Toile est sale, je ris ! On dit que Gutenberg a commenc&#233; par imprimer la Bible, mais on ne dit jamais quel a &#233;t&#233; le second ouvrage qu'il a imprim&#233;. Tout le porno y est pass&#233; ! Et le violent aussi. Et il y en avait plein les biblioth&#232;ques ! Tous les m&#233;dias sont &#224; la m&#234;me enseigne. Le premier &#224; avoir dit &#231;a, c'est &#201;sope au Vie si&#232;cle avant J&#233;sus-Christ : &#171; &lt;i&gt;La langue est la meilleure et la pire des choses.&lt;/i&gt; &#187; Tous les m&#233;dias sont la meilleure et la pire des choses. Je peux vous dire avec la langue que je vous aime, comme je peux vous dire que je vous d&#233;teste. C'est vrai de la Toile, mais c'est aussi vrai du livre qu'on pleure... Il y a aussi des livres avec des recettes pour se suicider et pour rendre les hommes esclaves et serviles. Cet argument n'est pas nouveau.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_443 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/MichelSerres_7.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/MichelSerres_7-a8f28-ef747.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au quotidien,vous nourrissez-vous beaucoup des m&#233;dias ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Je travaille le matin et je m'interdis toute relation avec l'ext&#233;rieur de 5 heures du matin &#224; midi. Je cherche de l'information plus que du spectacle. Or, il y a aujourd'hui beaucoup plus de spectacle que d'in- formation. Lorsque je suis entr&#233; &#224; l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, j'ai eu &#224; faire l'&#233;loge de mon pr&#233;d&#233;cesseur, le ministre Edgar Faure. Je suis donc all&#233; &#224; l'Ina pour consulter les bandes de radio et les stocks d'&#233;missions de t&#233;l&#233;vision dans lesquels &#233;tait intervenu Edgar Faure. C'&#233;tait au moment o&#249; la t&#233;l&#233;vision naissait. Les premi&#232;res ann&#233;es, Edgar Faure apparaissait sur l'&#233;cran, plein visage, pendant que le journaliste, hors champ, lui posait des questions ordinaires. Devant ces &#233;missions, j'ai pris &#233;norm&#233;ment de notes parce qu'il y avait beaucoup d'informations. Deux ans apr&#232;s, le journaliste rentrait dans la lucarne et il n'y avait plus que la moiti&#233; du temps de l'information donn&#233;e par le ministre. Deux ans encore plus tard, c'&#233;tait un talk-show, avec six personnes de plus : la moiti&#233; d'Edgar Faure divis&#233;e en six. Si bien que, peu &#224; peu, je ne prenais plus de notes. &#192; la fin, c'&#233;tait un spectacle o&#249; Edgar Faure tirait sur sa pipe, et ne faisait pratiquement que cela, il n'y avait plus d'information. Cette recherche a r&#233;capitul&#233; pour moi l'essentiel de l'histoire du m&#233;dia t&#233;l&#233;vis&#233;. En cinq &#224; six ans, l'information avait disparu pour c&#233;der la place &#224; un autre objectif, relevant plut&#244;t du spectacle quede l'information. J'avais sous les yeux un homme qui avait eu l'habitude de dire beaucoup de choseset qui ne disait plus rien...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le spectacle a donc tu&#233; l'information ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ne prenez pas &#231;a pour une critique, je n'ai rien contre le spectacle. Que la politique ou que les m&#233;dias deviennent du spectacle, c'est acquis depuis Louis XIV. Versailles &#233;tait le lieu de l'op&#233;ra-bouffe du pouvoir. Si l'on vient nous annoncer, main- tenant, qu'il y a une femme nue dans la pi&#232;ce &#224; c&#244;t&#233;, on ne va pas forc&#233;ment se d&#233;placer. Si, en revanche, on nous annonce qu'il y a deux personnes qui s'y battent &#224; mort, nous allons courir. Pourquoi ? Parce qu'il y a des gens qui s'entretuent et que c'est cela qui nous attire. L'essence du spectacle, la pri&#232;re de l'Occident. Les t&#233;l&#233;spectateurs s'arr&#234;tent, s'immobilisent devant une idole, regardent le d&#233;chirement de l'autre. Acte profond&#233;ment religieux. Notre soci&#233;t&#233; est de part en part religieuse, mais d'une religion de la plus haute Antiquit&#233;. Ce qui fait un magnifique paradoxe : avec des techniques &#233;lectroniques de pointe, nous produisons des contenus qui doivent probablement dater de trois ou quatre mill&#233;naires. Un ph&#233;nom&#232;ne tr&#232;s int&#233;ressant !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'essence du spectacle, c'est la trag&#233;die, la terreur et la piti&#233;. Aristote le dit. Et naturellement, les directeurs de t&#233;l&#233;vision ont tous lu Aristote ! &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;dl class='spip_document_440 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/MichelSerres_4.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L217xH324/MichelSerres_4-57c87-bb3cc.jpg' width='217' height='324' alt='' style='height:324px;width:217px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de religion, que vous inspirent les r&#233;centes affaires du pape, des caricatures ou du professeur de Toulouse ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le pape Beno&#238;t XVI a fait une le&#231;on d'agr&#233;gation o&#249; il a cit&#233; un texte de 1423. Je l'ai lu avec attention et d'ailleurs je ne lui aurais pas donn&#233; une tr&#232;s bonne note parce qu'il se trompe un peu sur les questions touchant aux rapports entre Dieu et Raison. Mais la question n'est pas l&#224;. Cette le&#231;on d'agr&#233;g', si je l'avais faite &#224; la Sorbonne, les &#233;tudiants auraient pris des notes, y compris les int&#233;gristes. Parce qu'il y a une grande diff&#233;rence entre le savant et le politique. Le savant peut dire qu'Untel, en 1423, a dit ceci ou cela. Le politique ne peut pas le dire. Or, le pape n'est pas un prof de Sorbonne, il est politique. Comme l'a &#233;crit Weber, il y a des choses que dit le savant, il y a des choses que dit le politique. Et le politique ne peut pas tout dire. Aujourd'hui, nous sommes, en plus, dans la correction politique, ce que j'appelle &#171; l'effet soutien- gorge &#187;. Vous savez ce que c'est que le soutien-gorge ? Au XIXe si&#232;cle, on ne disait pas la bite, la vulve, on disait le ventre, le bas-ventre. On ne disait pas le ventre, on disait l'estomac. On ne disait pas l'estomac, on disait le c&#339;ur. Les organes remontaient. La pudeur faisait qu'on n'avait pas de seins mais une gorge. D'o&#249; le soutien-gorge au lieu du soutien- seins. Nous sommes dans une p&#233;riode o&#249; l'on fait en politique ce que nos anc&#234;tres ont fait sur le sexe : il ne faut pas dire. J'ai vu r&#233;cemment une repr&#233;sentation du &#171; Cid &#187; o&#249; avait &#233;t&#233; supprim&#233; le terme Maures parce que le Cid a tu&#233; des Arabes et que ce n'est pas correct !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; placez-vous le journalisme, entre le savant et le politique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le m&#233;dia est plut&#244;t du c&#244;t&#233; du politique que du savant, pour une raison de repr&#233;sentation, de violence... Vous faites un cours &#224; trois cents personnes, ce n'est d&#233;j&#224; plus tout &#224; fait un cours. Vous faites un cours &#224; cinq mille personnes, ce n'est plus pareil. Vous agissez sur des masses extraordinairement importantes. Comme la politique, les m&#233;dias c'est la trag&#233;die, la terreur et la piti&#233;. Aristote le dit. Et naturellement les directeurs de t&#233;l&#233;vision ont tous lu Aristote ! La t&#233;l&#233;vision, c'est la terreur et la piti&#233;. Si vous faites une analyse s&#233;rieuse des mots et des images qui sont le plus employ&#233;s &#224; la t&#233;l&#233;vision, ce sont ceux et celles de cadavre qui arrivent en t&#234;te, et de loin. C'est le tragique, c'est la mort, qui priment dans le vrai spectacle. Les m&#233;dias sont en fait une religion polyth&#233;iste, pa&#239;enne - les religions pa&#239;ennes sont les religions du sacrifice - qui nous parle tout le temps et uniquement de la mort. Nous avons oubli&#233; le monoth&#233;isme et nous sommes revenus &#224; un polyth&#233;isme archa&#239;que, fond&#233; sur le sacrifice humain. C'est ce qui fait de l'audimat. Les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s de midi et du soir sont aujourd'hui sont vraiment sujets au changement d'&#233;chelle qu'implique le nombre. Quand on s'adresse &#224; des millions de personnes, il y a violence, c'est in&#233;vitable. Le politique ne peut donc pas parler comme le savant. Il a une bombe sous les pieds en permanence. Les nouvelles technologies engendrent plut&#244;t une sorte de dispersion. Il y a un r&#233;seau tr&#232;s ramifi&#233;, pas de capitalisation, pas de concentration. Le mot r&#233;seau dit bien ce qu'il veut dire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La presse &#233;crite est en crise aujourd'hui. Pensez-vous que les nouvelles technologies participent &#224; sa disparition ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je sais que la presse &#233;crite est mal en point. Je suis un auteur de livres, j'en ai &#233;crit quarante-cinq ou cinquante. Le livre aussi est en mauvaise posture et m&#234;me peut-&#234;tre plus gravement. Vous avez vu les chiffres r&#233;cemment, les gosses entre 14 et 25 ans ont quasiment abandonn&#233; la t&#233;l&#233;. Ils sont tous devant l'ordinateur. Qu'il y ait un lent changement de support, c'est possible, de la m&#234;me mani&#232;re que le support oral a laiss&#233; la place &#224; l'&#233;crit. Mais je peux d&#233;montrer, en tant qu'historien des sciences, qu'au moment o&#249; l'on a invent&#233; l'imprimerie, o&#249; l'on a perdu totalement le &#171; manuscrit &#187; - c'est-&#224;-dire la fonction d'&#233;crire -, on a invent&#233; la science moderne parce qu'on n'avait plus besoin de cette m&#233;moire encombrante. Lorsque Montaigne dit : &#171; Je pr&#233;f&#232;re une t&#234;te bien faite qu'une t&#234;te bien pleine &#187;, il dit qu'il a les livres et qu'il n'a plus besoin de les avoir dans sa m&#233;moire. Il dit que la t&#234;te n'est plus pleine et que du coup, elle devient intelligente, elle peut inventer. Quand j'&#233;cris mes livres et que je vais sur la Toile pour trouver la date de naissance de Descartes que j'ai oubli&#233;e, &#231;a me prend une ou deux minutes, alors qu'auparavant, pour chercher ces renseignements. J'y passais ma vie. Je suis oblig&#233; d'&#234;tre intelligent. C'est pour cela que les gens pleurent ; il n'y a plus d'excuses, ils sont oblig&#233;s d'&#234;tre intelligents ! Tragique !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'acc&#232;s &#224; cette nouvelle m&#233;moire est encore tr&#232;s s&#233;lectif. La fracture num&#233;rique existe et semble encore colossale... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_439 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/MichelSerres_6.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/MichelSerres_6-d12da-ece38.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Je reviens du P&#233;rou. Je suis pass&#233; dans des petits villages des Andes o&#249; il y a des cybercaf&#233;s. Ces caf&#233;s, dans les montagnes du P&#233;rou, sont tellement utilis&#233;s que les lettres du clavier de l'ordinateur &#233;taient effac&#233;es. L'illettr&#233;, c'&#233;tait soudainement moi : je n'avais plus les lettres sur mon clavier. Les autres continuaient comme s'ils les avaient. Ils &#233;taient plus &#171; lettr&#233;s &#187; que moi. Et l'on parle de fracture num&#233;rique ! Les Indiens Quetchua n'ont pas d'&#233;criture. Avec les nouvelles technologies, ils sont en train de rattraper un retard de quatre mille ans ! Il faut &#234;tre parisien pour ne pas voir &#231;a et en pleurer ! La grande fracture vient de l'&#233;criture et des historiens qui ont exclu les gens sans &#233;criture. Elle n'est pas combl&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez r&#233;ellement que le Net va remplacer le livre ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'est pas compl&#232;tement s&#251;r qu'un support d&#233;truise son pr&#233;c&#233;dent. Nous avons &#233;crit, &#231;a ne nous a pas emp&#234;ch&#233;s de parler. Nous avons imprim&#233;, &#231;a ne nous a pas emp&#234;ch&#233;s d'&#233;crire. Nous disposons des nouvelles technologies, &#231;a ne nous emp&#234;che pas d'imprimer, nous avons m&#234;me tous une imprimante. Il est vrai que dans les technologies ordinaires, le moulin &#233;lectrique a supprim&#233; le moulin &#224; vent. Mais l&#224;, ce n'est pas compl&#232;tement s&#251;r puisque les anciennes technologies de communication perdurent. Il y aura sans doute quantit&#233; de d&#233;g&#226;ts, mais je ne suis pas compl&#232;tement s&#251;r que le livre soit mort. J'ai &#233;crit vingt livres sans Toile et vingt livres avec. Eh bien, le soir, j'avais auparavant le tennis-elbow ! Maintenant, c'est fini. J'ai pass&#233; vingt ans &#224; quatre pattes dans les dossiers et la poussi&#232;re &#224; la recherche d'un article &#233;crit autrefois... Maintenant, je n'ai qu'&#224; appuyer sur un bouton et j'ai l'article. Il vaut mieux une pelle m&#233;canique qu'une pelle &#224; main. C'est la premi&#232;re fois qu'on nous arrange la vie. Avant, on n'arrangeait que la vie des ouvriers du chantier de mon p&#232;re. Maintenant, on arrange la mienne, je ne vais pas m'en plaindre. Vous n'arriverez pas &#224; me faire pleurer ! ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Le Monde, 12 octobre 2006&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#171; Correspondance Voltaire et Vauvenargues &#187;, texte &#233;tabli par Lionel Dax, &#201;ditions du Sandre, 94p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;En 1960, Philippe Sollers fonde la revue Tel Quel aux &#233;ditions du Seuil, puis, en 1982, la revue L'Infini, aux &#233;ditions Gallimard o&#249; il dirige une collection du m&#234;me nom.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pour une strat&#233;gie du r&#233;el </title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Pour-une-strategie-du-reel,297.html</link>
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		<dc:subject>Pub</dc:subject>

		<description>Responsable, tol&#233;rante, bien-pensante, la pub ? A en croire les tags sur les panneaux du m&#233;tro, elle serait plut&#244;t du genre exasp&#233;rante, abrutissante et, m&#234;me, m&#233;prisante. Pas si s&#251;r. Revue de pub. Responsabilit&#233; et efficacit&#233; r&#233;ussissent &#224; vivre en intelligence, parce que les marques, et les entreprises qui sont derri&#232;re elles, ont une morale et une gouvernance qui n'ont rien &#224; envier &#224; celles des pouvoirs publics et m&#234;me des associations, ONG, collectifs et autres meutes de professeurs de vertu. (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no11,29-.html" rel="directory"&gt;n&#176;11&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-pub,37-+.html" rel="tag"&gt;Pub&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L119xH150/arton297-16fe6.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='119' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:119px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Responsable, tol&#233;rante, bien-pensante, la pub ? A en croire les tags sur les panneaux du m&#233;tro, elle serait plut&#244;t du genre exasp&#233;rante, abrutissante et, m&#234;me, m&#233;prisante. Pas si s&#251;r. Revue de pub.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Responsabilit&#233; et efficacit&#233; r&#233;ussissent &#224; vivre en intelligence, parce que les marques, et les entreprises qui sont derri&#232;re elles, ont une morale et une gouvernance qui n'ont rien &#224; envier &#224; celles des pouvoirs publics et m&#234;me des associations, ONG, collectifs et autres meutes de professeurs de vertu. Racisme, sexisme, incitations aux abus de tous ordres, ne sont qu'exceptionnellement le fait des campagnes et des marques. Banania a d&#251; ravaler son &#171; Y'a bon ! &#187;. Quant aux pin-up qui feraient vendre n'importe quoi, elles limitent leurs apparitions aux catalogues d'objets l&#233;gers, et aux r&#233;clames des marchands de voitures d'occasion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, les fabricants de dessous f&#233;minins r&#233;ussissent &#224; communiquer sans d&#233;cha&#238;ner l'ire des ligues. M&#234;me si une r&#233;union de publicitaires ne froufroute pas seulement d'un bruissement d'ailes d'anges, ce m&#233;tier s'est donn&#233;, et se donne toujours plus de r&#232;gles et d'outils d'autodiscipline. Faites un tour sur le site Internet du BVP (Bureau de v&#233;rification de la publicit&#233;), et vous conviendrez que peu de professions sont engag&#233;es dans une telle d&#233;marche collective. M&#234;me les grands probl&#232;mes d'aujourd'hui, comme l'&#233;quilibre alimentaire, y sont d&#233;battus assez honn&#234;tement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui est aga&#231;ant, c'est que la publicit&#233; ne comprend pas assez que les gens la d&#233;codent de mieux en mieux, en rep&#232;rent les ficelles. Du coup, ils la laissent parler, trop haut, trop fort, ne l'&#233;coutent plus. Comme publicitaire, on peut trouver d&#233;sesp&#233;rant que la pub tourne &#224; vide dans un monde parall&#232;le, sans connexion avec le n&#244;tre, qu'autant d'argent soit d&#233;vers&#233; dans ce syst&#232;me et que les marques s'y ab&#238;ment. Le ph&#233;nom&#232;ne de &#171; l'aspirationnel &#187;, &#224; cet &#233;gard, est spectaculaire. Aujourd'hui, une campagne se doit d'&#234;tre &#171; aspirationnelle &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'id&#233;e, c'est de ne pas parler directement &#224; ceux &#224; qui le produit ou le service s'adresse, mais - pardonnez le curieux encha&#238;nement de mots - de parler &#224; ceux &#224; qui ceux &#224; qui on s'adresse aspirent &#224; ressembler. Typiquement : le canon de beaut&#233;, le beau gosse &#224; menton carr&#233;, la famille recompos&#233;e harmonieuse, la bande de chouettes copains qui mangent du fromage ensemble dans la campagne, etc. Les habitants d'une dr&#244;le de plan&#232;te inatteignable, d'un monde parfait. Et si on ne veut pas la jouer b&#233;ate, on va dans l'outrance n&#233;gative pour sugg&#233;rer l'id&#233;e du bonheur avec encore plus de complaisance : les hommes sont moches et idiots (jamais les femmes, rassurez-vous), la voiture tombe en ruine, le banquier est un cr&#233;tin, le jeune en dreadlocks a des boutons, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, les plus belles campagnes, et les plus r&#233;ussies, &#233;chappent, me semble-t-il, &#224; la tyrannie de l'aspirationnel parce qu'elles assument de parler aux gens dans la r&#233;alit&#233; de leur vie, ici et maintenant. Ce qui ne leur interdit pas d'&#234;tre cr&#233;atives, impactantes, mais les oblige &#224; &#234;tre justes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je voudrais citer trois cas qui militent en faveur d'une &#171; strat&#233;gie du r&#233;el &#187;. La campagne de l'agence Australie pour l'assurance maladie contre l'utilisation abusive des antibiotiques : j'en ai d&#233;j&#224; parl&#233; dans M&#233;dias (septembre 2005). &#171; Les antibiotiques, c'est pas automatique &#187; : on a mis cette &#233;vidence, en l'expliquant, dans le quotidien des Fran&#231;ais. Sans circonlocutions scientifiques ni fausses blouses blanches. R&#233;sultat, de nouveaux comportements de sant&#233;, une reprise du pouvoir des m&#233;decins, et 20% de baisse de la consommation. Qu'attend-on pour faire aussi bien contre l'hyperconsommation d'anxiolytiques ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rappelez-vous, mars 2005. Un coup de tonnerre. Alors que seulement 1 % des femmes en France se d&#233;clarent &#234;tre &#171; belles &#187; au regard des canons impos&#233;s par l'industrie cosm&#233;tique, une marque, Dove, propose &#224; des femmes plus grosses, plus &#226;g&#233;es, plus rid&#233;es, ou plus rousses que les top models de revendiquer leur beaut&#233; &#224; elles, leur satisfaction d'&#234;tre comme elles sont, au lieu de se d&#233;sesp&#233;rer chaque matin en constatant qu'elles ne sont pas -au choix- Adriana Karembeu, Kate Moss ou Naomi Campbell, qu'elles ne les &#171; vaudront &#187; jamais, au sens l'or&#233;alien. L'incroyable, c'est qu'on a pris cette campagne pour une campagne de cause, militante, presque une campagne de minorit&#233;, alors que la marque s'adresse &#224; l'immense majorit&#233; des femmes ! Dove a ouvert le d&#233;bat, d&#233;plac&#233; les lignes du monde glac&#233; de la beaut&#233;. On peut faire de la publicit&#233; (cette campagne n'est rien d'autre) tout en restant dans la vraie vie et en la promouvant. En faisant progresser les ventes et en donnant &#224; la marque un territoire inexpugnable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec la campagne de la SNCF pour Transilien, son r&#233;seau de r&#233;gion parisienne, on a d&#233;couvert quelle est la vraie utilit&#233; du train de banlieue : permettre de garder intacte la merveilleuse relation qu'on a avec sa voiture, cet outil de libert&#233;, au lieu de la g&#226;cher dans les embouteillages, et d'user pr&#233;matur&#233;ment son v&#233;hicule. Au- del&#224; de la plaisanterie, c'est &#224; un changement de comportement qu'on invite, b&#233;n&#233;fique pour tous. Comment mieux valoriser les gens, en respectant leur mode de vie, le vrai ! Maintenant, on peut prendre le train tous les matins et tous les soirs, et rester un automobiliste, sans rien abdiquer, bien au contraire. Quelle justesse !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La r&#233;alit&#233; offre un spectacle plus fort que le r&#234;ve&lt;/i&gt; &#187; a coutume de dire Pascal Dupont, un grand reporter qui dirige Dissidents, une soci&#233;t&#233; de production de films publicitaires qui ne met en sc&#232;ne que &#171; &lt;i&gt;la vraie vie des vrais gens&lt;/i&gt; &#187;. Il m'a r&#233;cemment confi&#233; que des directeurs de communication et des responsables d'agences venaient d&#233;sormais le voir pour se ressourcer &#224; &#171; hauteur d'homme &#187;, quand leurs &#233;quipes se sont &#233;puis&#233;es, &#171; concept &#187; apr&#232;s &#171; concept &#187;, fable apr&#232;s fable, gimmick apr&#232;s gimmick. Un signe qui ne trompe pas. Miroir, mon beau miroir... Je sais que la part de r&#234;ve, la part de &#171; glamour &#187; (le mot est l&#226;ch&#233;, il est incontournable) sont indispensables &#224; la publicit&#233;, qu'elles en sont des moteurs. Mais il y a du beau, du dr&#244;le, de l'&#233;motion, du talent dans la vraie vie. Et si toutes les campagnes ne doivent pas &#234;tre tourn&#233;es chez M. et Mme Michu, la publicit&#233; pourrait, &#224; s'y refl&#233;ter, avoir bien meilleur tain. ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ras-le-bol de la net politique !</title>
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		<dc:subject>Internet</dc:subject>

		<description>Ces derniers mois, les articles sur la &#171; webpolitique &#187; se sont multipli&#233;s. De l'utilisation du r&#233;seau par les hommes politiques &#224; l'influence du &#171; buzz &#187; Internet sur la campagne pr&#233;sidentielle, &#231;a change des habituels marronniers de la p&#233;riode pr&#233;&#233;lectorale. Et puis c'est &#224; la mode... Alors que tout le monde ne jure que par le &quot;Web 2.0&quot;, les poncifs s'accumulent sur les pouvoirs magiques d'Internet. Cet engouement pour les nouvelles technologies rappelle &#233;trangement la folie du premier boom de (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH117/arton296-d8370.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='117' class='spip_logos' style='height:117px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Ces derniers mois, les articles sur la &#171; webpolitique &#187; se sont multipli&#233;s. De l'utilisation du r&#233;seau par les hommes politiques &#224; l'influence du &#171; buzz &#187; Internet sur la campagne pr&#233;sidentielle, &#231;a change des habituels marronniers de la p&#233;riode pr&#233;&#233;lectorale. Et puis c'est &#224; la mode...&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors que tout le monde ne jure que par le &quot;Web 2.0&quot;, les poncifs s'accumulent sur les pouvoirs magiques d'Internet. Cet engouement pour les nouvelles technologies rappelle &#233;trangement la folie du premier boom de l'Internet, en 2000, quand investisseurs et journalistes n'avaient d'yeux que pour la Net &#233;conomie. Puis est venu le krach... et tout ce petit monde s'en est retourn&#233; investir dans le b&#233;ton et les voitures au cri de &quot;&lt;i&gt;Je vous l'avais bien dit !&lt;/i&gt;&quot;. Sorti du d&#233;dain ou de l'idol&#226;trie si communs lorsqu'on parle d'Internet, que peut-on dire de l'influence de ce nouveau m&#233;dia sur la politique fran&#231;aise ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout d'abord, qu'Internet a connu un tel essor qu'il est d&#233;sormais incontournable dans le cadre d'une strat&#233;gie de communication politique. Les chiffres sont &#233;loquents. La France compte aujourd'hui 26 millions d'internautes, soit 10 millions de plus que lors de la pr&#233;sidentielle 2002. 32% d'entre eux affirment avoir consult&#233; le blog d'un homme politique dans les derniers mois (source Opinionway). Mieux : une &#233;tude vient de montrer que, depuis cette ann&#233;e, les Europ&#233;ens s'informent plus sur la Toile que dans la presse (source Jupiter Research). R&#233;sultat, les hommes politiques se ruent &#224; l'assaut du Net. Chacun y va de son blog, de son Wiki et autre gadget technologique. Il faut montrer qu'on est dans le coup et s&#233;duire ces millions d'internautes qui peuvent faire pencher la balance lors de l'&#233;lection.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les candidats aux primaires du PS se sont tous trois saisis de la question, chacun mettant en avant sur son site Internet sa personnalit&#233; et son style de communication. Dominique Strauss-Khan est l'un des premiers &#224; avoir lanc&#233; son blog, qui est aujourd'hui l'un des mieux r&#233;f&#233;renc&#233;s par les moteurs de recherche. Tapez par exemple &quot;blog PS&quot; dans Google : c'est lui qui arrive en t&#234;te des r&#233;sultats, devant le blog officiel du Parti socialiste. Gr&#226;ce &#224; cet outil, DSK affirme avoir cr&#233;&#233; un contact direct avec ses militants. Le nombre de commentaires sur son blog, plus de 160 par article, semble lui donner raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Laurent Fabius a d&#233;marr&#233; plus tard et sa vision du Net reste encore tr&#232;s classique : &quot;&lt;i&gt;Je parle, vous m'&#233;coutez&lt;/i&gt;.&quot;Pour &#234;tre dans le coup, c'est toutefois l'un des premiers &#224; s'&#234;tre lanc&#233; dans le podcasting. Ses concurrents ont rapidement suivi. DSK a ainsi lanc&#233; fin octobre sa propre &quot;WebTV&quot;. Et S&#233;gol&#232;ne Royal fait la promo de &quot;Segol&#232;ne vid&#233;o&quot;, un site qui, quoique fait de bric et de broc, lui permet d'affirmer qu'elle aussi ma&#238;trise le &quot;Web 2.0&quot;... Parmi les candidats socialistes, c'est n&#233;anmoins la strat&#233;gie Internet de l'&#233;lue du Poitou-Charentes qui s'av&#232;re la plus imaginative. Son site, &quot;D&#233;sirs d'avenir&quot;, est &#224; l'image de sa campagne : il affiche sa volont&#233; d'&#234;tre proche des gens et de les &#233;couter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Julien B&#233;zille, chef de projet Internet au PS, reconna&#238;t que son parti a d&#233;marr&#233; en retard par rapport &#224; l'UMP. Il se f&#233;licite toutefois de la campagne d'adh&#233;sion lanc&#233;e cette ann&#233;e : 80% des nouveaux inscrits ont &#233;t&#233; recrut&#233;s sur le Net. Tout en reconnaissant que, dans de nombreux cas, c'est par t&#233;l&#233;phone que les sympathisants effectuaient leur demande, les sections locales se chargeant de remplir les formulaires sur Internet... Le Monsieur Internet du PS explique que, selon lui, &quot;ce sont les &#233;lus locaux qui ont fait les meilleures choses&quot;. Il cite l'exemple de Christophe Gr&#233;bert, dont le blog suit pas &#224; pas l'activit&#233; de la mairie UMP de Puteaux, tenue par la famille Ceccaldi-Raynaud. Son travail de fourmi- il &#233;pluche les comptes de la ville et les comptes rendus des conseils municipaux- est selon Julien B&#233;zille une &quot;bouff&#233;e d'air pour la d&#233;mocratie locale&quot;. En revanche, il appr&#233;cie nettement moins la strat&#233;gie &quot;tr&#232;s agressive&quot;de l'UMP sur Internet...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car les strat&#232;ges en communication politique sur le R&#233;seau sont d'abord venus de droite. Le parti de Nicolas Sarkozy a &#233;t&#233; le premier &#224; d&#233;bloquer des sommes importantes, plus de 40% de son budget total de communication, affirme-t-il, pour accro&#238;tre sa pr&#233;sence sur le Web. Il a multipli&#233; les initiatives, cherchant &#224; occuper le terrain rapidement, parfois de mani&#232;re tr&#232;s intrusive. En septembre 2005, l'UMP a par exemple lanc&#233; une vaste campagne d'e-mailing. 300000 personnes ont ainsi re&#231;u des courriels sign&#233;s de Nicolas Sarkozy. Cette campagne a d&#233;clench&#233; un toll&#233; parmi les sympathisants de gauche, qui consid&#233;raient ces e-mails non sollicit&#233;s comme une intrusion dans leur messagerie personnelle. Certains ont port&#233; plainte, et Lib&#233;ration a m&#234;me lanc&#233; une p&#233;tition pour protester contre cette pratique. L'organisme qui r&#233;glemente en France l'utilisation de ces bases de donn&#233;es commerciales, la CNIL, a tranch&#233; en octobre 2006 : ce type d'e-mail ne pourra d&#233;sormais &#234;tre envoy&#233; qu'aux internautes qui ont express&#233;ment accept&#233;, lors de leur inscription sur un site, de recevoir de la communication politique. Pour Arnaud Dassier, consultant en netpolitique qui est &#224; l'origine de la campagne, &quot;&lt;i&gt;on &#233;crase une mouche avec un pilon. Ces campagnes d'e-mailing repr&#233;sentaient une goutte d'eau au regard du spam que l'on re&#231;oit tous les jours. C'est symptomatique d'une France o&#249; l'on privil&#233;gie la r&#233;gulation &#224; la libert&#233; !&lt;/i&gt;&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'UMP veut avant tout cr&#233;er du &quot;buzz&quot;, du bruit sur la Toile, quitte &#224; d&#233;clencher des r&#233;actions n&#233;gatives. Ce &quot;buzz&quot; est d'autant plus int&#233;ressant qu'il n'est pas comptabilis&#233; par le CSA dans le temps de parole des candidats. Le parti gaulliste travaille aujourd'hui dans toutes les directions : cr&#233;ation d'une plate-forme de blogs pour ses adh&#233;rents, diffusion de podcasts, outil de vote en ligne sur son programme, etc. Il a m&#234;me &#233;t&#233; le premier &#224; acheter des liens sponsoris&#233;s sur Google. Ainsi, pendant les &#233;meutes en banlieue de novembre 2005, un internaute qui tapait &quot;voiture br&#251;l&#233;e&quot; dans le moteur de recherche se voyait afficher un lien vers le site de l'UMP. Les partisans de Nicolas Sarkozy avaient pouss&#233; la ruse jusqu'&#224; payer pour que leur site apparaisse lorsqu'on tapait les noms des leaders du PS...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette passion pour les outils de mobilisation sur Internet est n&#233;e aux &#201;tats-Unis. Et lorsque les responsables de strat&#233;gies Internet, de droite comme de gauche, sont interrog&#233;s sur l'efficacit&#233; de leur travail, c'est outre-Atlantique qu'ils vont chercher leurs mentors. Un exemple est sur toutes les l&#232;vres : la campagne d'Howard Dean pour les primaires d&#233;mocrates, en 2003. Alors gouverneur du petit &#201;tat du Vermont, parfait inconnu sur le plan national, Dean avait cr&#233;&#233; la surprise en levant 7,5 millions de dollars (6 millions d'euros) en trois mois, gr&#226;ce &#224; une campagne en ligne. En s'appuyant habilement sur des sites communautaires et en concentrant son message sur quelques axes forts de communication, il &#233;tait devenu en peu de temps un challenger s&#233;rieux pour John Kerry. Au bout du compte, Howard Dean a perdu les primaires. Mais, parti sans une once de notori&#233;t&#233; et avec tr&#232;s peu de soutien politique, il s'est aujourd'hui octroy&#233; la place de pr&#233;sident du Comit&#233; national d&#233;mocrate, l'organe de direction de son parti. Tous les candidats &#224; la pr&#233;sidentielle fran&#231;aise r&#234;vent de suivre l'exemple du s&#233;nateur am&#233;ricain. Est-ce possible ? Non. Tout d'abord parce que, m&#234;me si le taux de connexion &#224; Internet a largement progress&#233; dans l'Hexagone ces derni&#232;res ann&#233;es, nous sommes encore en retard sur le plan des usages. Les gigantesques communaut&#233;s d'internautes am&#233;ricains, comme Meetup ou Myspace, sur lesquelles peuvent surfer les hommes politiques am&#233;ricains, sont encore embryonnaires en France. Ensuite, la principale r&#233;ussite de la campagne d'Howard Dean fut sa lev&#233;e de fonds. Or, si les citoyens am&#233;ricains sont habitu&#233;s &#224; soutenir financi&#232;rement les partis, c'est beaucoup moins courant en France. L'UMP s'y essaie, mais n'a r&#233;colt&#233; qu'une centaine de milliers d'euros : tr&#232;s peu compar&#233; aux quelque 300000 euros engloutis chaque ann&#233;e dans la communication sur Internet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, le R&#233;seau n'est pas encore un m&#233;dia de masse. Internet permet de toucher des niches, de cibler des segments de la population, mais rien ne remplace la t&#233;l&#233;vision lorsqu'il s'agit de toucher l'ensemble des citoyens fran&#231;ais. Selon Thierry Vedel, chercheur au CNRS et sp&#233;cialiste des nouvelles technologies, seuls 15 &#224; 20% des &#233;lecteurs iront chercher des informations politiques sur la Toile durant la campagne pr&#233;sidentielle. Alors que 75% des Fran&#231;ais regardent un journal t&#233;l&#233;vis&#233;... D'autant que les internautes ne repr&#233;sentent qu'une tranche limit&#233;e de la population : plut&#244;t jeune, &#233;duqu&#233;e et urbaine. Le Web peut, en revanche, servir aux hommes politiques &#224; activer leur r&#233;seau de militants, &#224; susciter des &#233;v&#233;nements. Les manifestations anti-CPE, principalement organis&#233;es par e-mail ou sur des sites Web, ont d&#233;montr&#233; que le R&#233;seau &#233;tait un outil peu co&#251;teux et efficace pour mobiliser des militants. Les r&#233;publicains am&#233;ricains ma&#238;trisent particuli&#232;rement ces techniques de marketing politique. Ils ont notamment b&#226;ti des bases de donn&#233;es extr&#234;mement d&#233;taill&#233;es sur leurs compatriotes. Ils conna&#238;traient jusqu'aux livres achet&#233;s et la marque de dentifrice des internautes pr&#233;sents sur leurs listings. Le Parti r&#233;publicain est ainsi capable de cibler les ind&#233;cis dans le cadre d'une &#233;lection locale. Ils vont jusqu'&#224; leur envoyer des e-mails nominatifs et personnalis&#233;s pour les amener aux urnes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce type d'action qui peut &#234;tre efficace sur Internet. Y faire passer un message aussi massivement qu'&#224; la t&#233;l&#233;vision est plus difficile. Car dans la blogosph&#232;re fran&#231;aise, il n'existe pas encore de voix dominantes. Le d&#233;bat est morcel&#233;, personne ne peut pr&#233;tendre le conduire v&#233;ritablement. Il existerait plus de 3 millions de blogs, sans compter les skyblogs, selon Nicolas Vanbremeersch, responsable du blog politique &quot;Versac&quot;. Les blogueurs &quot;stars&quot;, comme Lo&#239;c le Meur, en sont encore &#224; 100000 visiteurs uniques par mois. Une goutte d'eau dans l'univers de la communication politique. Pour Stanislas Magniant, fondateur d'un site r&#233;f&#233;rence en mati&#232;re de webpolitique, &quot;Internet a d'abord un r&#244;le destructeur. On ne peut pas gagner une &#233;lection sur le Net, mais on peut la perdre. Une mauvaise rumeur qui se propage, une vid&#233;o assassine qui circule peuvent tuer la popularit&#233; d'un candidat&quot;. Certains ont tent&#233; de jouer ce mauvais tour &#224; S&#233;gol&#232;ne Royal...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelle est alors la bonne strat&#233;gie pour un candidat ? En premier lieu, occuper le terrain, &#234;tre pr&#233;sent sur le plus de sites et de forums possible. Aller chercher au-del&#224; de la base de militants que l'on f&#233;d&#232;re. Dans ce domaine, Nicolas Sarkozy a tent&#233; un coup qui pourrait s'av&#233;rer fondateur d'un autre mode d'utilisation du Web. En novembre 2005, au moment de la crise des banlieues, le cin&#233;aste Mathieu Kassovitz avait port&#233; sur son blog une attaque virulente &#224; l'encontre du ministre de l'Int&#233;rieur. Ce dernier &#233;tait alors venu y r&#233;pondre directement, par le biais des commentaires, d&#233;clenchant par la suite une avalanche de r&#233;actions. Christophe Ginisty, blogueur et responsable d'une agence de relations presse, r&#233;sume bien cette d&#233;marche : &quot;&lt;i&gt;La plupart des politiques se servent du Net sans en exploiter le potentiel. Ils lancent leurs messages sur leurs propres canaux de diffusion, mais ne sortent pas de leur pr&#233; carr&#233;. Ils n&#233;gligent les commentaires, qui sont pourtant l'ADN de la blogosph&#232;re. C'est en allant commenter chez leurs adversaires qu'ils gagneront en influence.&lt;/i&gt;&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La pr&#233;sidentielle 2007 ne se gagnera pas sur Internet, car les hommes politiques sont encore loin de ma&#238;triser les effets complexes de cet outil. L'id&#233;e de g&#233;nie d'Howard Dean fut d'utiliser des outils communautaires commerciaux - plus investis par des fans de Star Warsque par des militants politiques... - pour organiser sa campagne et relayer son discours. Les partis fran&#231;ais peinent &#224; adopter cette m&#233;thode et se concentrent plut&#244;t sur la multiplication de leurs propres supports (leur podcast, leur webtv, leur blog, etc.). Or ce type de communication verticale reste peu efficace pour mobiliser en masse les internautes. Question d'incomp&#233;tence ? Pas si s&#251;r. Peut-&#234;tre que les candidats fran&#231;ais ont conscience qu'adopter la d&#233;marche du s&#233;nateur am&#233;ricain implique forc&#233;ment une perte de contr&#244;le sur leur discours politique. Si les internautes investissent v&#233;ritablement dans une campagne, hors parti, il est probable qu'ils mettent &#233;galement la main sur son d&#233;roulement et son programme. &#192; trop surfer sur la vague Internet, les hommes politiques risquent de suivre les internautes plus que de les diriger. Ce serait alors la porte ouverte &#224; une d&#233;mocratie d'opinion, o&#249; l'avis du plus grand nombre prime toujours, m&#234;me s'il est aveugle. Et le jour o&#249; Internet d&#233;cidera du sort d'une pr&#233;sidentielle, peut-&#234;tre regretterons-nous le temps de l'ORTF...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le monologue des gardiens </title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Le-monologue-des-gardiens,295.html</link>
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		<dc:subject>Presse</dc:subject>

		<description>&#171; Fidel Castro : biografia a dos voces &#187; est paru au printemps dernier en Espagne. Un pav&#233; cens&#233; reprendre cent heures de conversation entre Ignacio Ramonet et Fidel Castro. Mais truff&#233; de &#171; copi&#233;-coll&#233; &#187; de textes d&#233;j&#224; publi&#233;s. Collaborateur du quotidien El Mundo, Arcadi Espada a men&#233; l'enqu&#234;te. Le 2 avril dernier, je d&#238;nais &#224; Barcelone avec un groupe de personnes parmi lesquelles Ernesto-Hernandez Busto, &#233;crivain cubain, excellent ami et intervenant r&#233;gulier sur mon blog [1]. Tr&#232;s vite la conversation a (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH95/arton295-3f778.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='95' class='spip_logos' style='height:95px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&#171; Fidel Castro : biografia a dos voces &#187; est paru au printemps dernier en Espagne. Un pav&#233; cens&#233; reprendre cent heures de conversation entre Ignacio Ramonet et Fidel Castro. Mais truff&#233; de &#171; copi&#233;-coll&#233; &#187; de textes d&#233;j&#224; publi&#233;s. Collaborateur du quotidien &lt;i&gt;El Mundo&lt;/i&gt;, Arcadi Espada a men&#233; l'enqu&#234;te.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 2 avril dernier, je d&#238;nais &#224; Barcelone avec un groupe de personnes parmi lesquelles Ernesto-Hernandez Busto, &#233;crivain cubain, excellent ami et intervenant r&#233;gulier sur mon blog&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='www.arcadi.espasa.com.' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Tr&#232;s vite la conversation a port&#233; sur l'interview publi&#233;e le jour m&#234;me dans &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le directeur du &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt;, Ignacio Ramonet, semblait dialoguer avec Fidel Castro. L'interview se pr&#233;sentait sous forme d'extraits d'un livre qui serait bient&#244;t publi&#233;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Le livre &#171; Cien horas con Castro. Fidel Castro. Biografia a dos voces &#187; est (...)' id='nh1-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Ernesto et moi-m&#234;me &#233;tions morts de rire car Castro faisait r&#233;f&#233;rence &#224; Newton pour expliquer sa chute du 20 octobre 2004. Voil&#224; comment le dictateur cubain la racontait : &#171; &lt;i&gt;Quand je suis arriv&#233; sur les lieux, &#224; environ 15 ou 20 m&#232;tres de la premi&#232;re rang&#233;e de chaises, je ne me suis pas aper&#231;u qu'il y avait une marche relativement haute entre le carrelage et la cohue. Mon pied gauche est rest&#233; dans le vide, &#224; cause de la diff&#233;rence de hauteur. L'impulsion et la loi de gravit&#233;, d&#233;couverte il y a longtemps par Newton, ont fait que j'ai &#233;t&#233; pr&#233;cipit&#233; vers l'avant jusqu'&#224; en tomber, en une fraction de seconde, par terre. Par pur instinct, j'ai mis mes bras en avant pour amortir le coup, sinon, mon buste et ma t&#234;te auraient frapp&#233; le sol.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s notre fou rire, Ernesto me dit : &#171; &lt;i&gt;La r&#233;ponse qu'il fait &#224; Ramonet est la m&#234;me que celle cit&#233;e dans Granma.&lt;/i&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Journal officiel du Parti communiste cubain. 4. Les intervenants sur le (...)' id='nh1-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187; Le lendemain, Ernesto m'envoyait un courrier dans lequel il s'&#233;tait amus&#233; &#224; comparer l'interview de Ramonet publi&#233;e dans &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt; et le texte de Granma. Il y avait 103 mots identiques ce qui n'&#233;tait pas mal, &#233;tant donn&#233; que le texte de Granma en comptait 117.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La co&#239;ncidence m'a paru assez exemplaire de la fa&#231;on dont travaillent ces deux complices. Bien que connaissant les extraordinaires facult&#233;s de Fidel Castro, j'ai trouv&#233; invraisemblable qu'il ait pu r&#233;citer mot &#224; mot, et spontan&#233;ment, le texte de Granma. J'ai aussit&#244;t pens&#233; qu'il s'agissait d'une sorte de &#171; copi&#233;-coll&#233; &#187;. Mais je n'ai pas pouss&#233; la curiosit&#233; aussi loin que &#171; nick &#187; Tsevanrabtan alias Juan Jos&#233; Peu. Vers 18 heures, ce dernier ajoutait sur le Nickjournal (nom de l'espace des commentaires de mon blog) un autre paragraphe clon&#233;. Ce n'&#233;tait pas un paragraphe anodin. Il contenait la phrase qui avait servi &#224; titrer l'article de &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Ce pays peut s'autod&#233;truire.&lt;/i&gt; &#187;La phrase et le paragraphe &#233;taient tir&#233;s du discours prononc&#233; le 17 novembre 2005 &#224; l'occasion du soixanti&#232;me anniversaire de l'entr&#233;e de Fidel Castro &#224; l'Universit&#233;. Les similitudes entre ce discours et l'article &#233;taient absolument identiques &#224; celles d&#233;j&#224; relev&#233;es. J'ai imm&#233;diatement actualis&#233; le blog avec les nouveaux &#233;l&#233;ments apport&#233;s par Juan Jos&#233; Peu. J'ai d&#251; r&#233;p&#233;ter la m&#234;me man&#339;uvre apr&#232;s l'intervention d'un autre &#171; nick &#187; qui avait rep&#233;r&#233; une autre fausse perle spectaculaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les recherches des commentateurs se sont arr&#234;t&#233;es pour la simple raison que le livre d'Ignacio Ramonet n'&#233;tait pas encore disponible dans la plupart des librairies et que l'extrait d'&lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt; avait &#233;t&#233; pass&#233; au crible de Google de la premi&#232;re &#224; la derni&#232;re lettre. Le 9 avril, le m&#233;diateur d'&lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt; se faisait l'&#233;cho des d&#233;couvertes du blog. Il exon&#233;rait naturellement le journal d'une quelconque responsabilit&#233; (il est vrai que &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt; pouvait difficilement &#234;tre tenu pour responsable) et se fendait d'une r&#233;flexion basique : &#171; &lt;i&gt;Il est int&#233;ressant de constater l'impact des nouvelles technologies. En vingt-quatre heures, il a &#233;t&#233; possible de retrouver sans trop d'effort deux interventions du leader cubain et, au sein de chacune, les phrases exactes r&#233;p&#233;t&#233;es dans l'interview. Cette t&#226;che a mobilis&#233; plusieurs personnes, qui ne se connaissaient peut-&#234;tre pas toutes entre elles, mais ont collabor&#233; ensemble de mani&#232;re spontan&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le m&#233;diateur avait aussi interrog&#233; un repr&#233;sentant de la maison d'&#233;dition Debate, qui avait publi&#233; le livre. &#171; &lt;i&gt;Fidel Castro&lt;/i&gt;, expliquait l'&#233;diteur,&lt;i&gt;est quelqu'un de tr&#232;s pointilleux. Il a beaucoup amend&#233; le texte initial.&lt;/i&gt; &#187; J'ai moi-m&#234;me discut&#233; plus tard avec un responsable de la maison d'&#233;dition : les gens de Debate &#233;taient parfaitement conscients de la quantit&#233; de fragments de discours de Castro qui tenaient lieu de suppos&#233;es r&#233;ponses &#224; de suppos&#233;es questions. Le 10, un autre commentateur habitu&#233; du blog, &#171; nick &#187; Herc&#243;r alias H&#233;ctor W. Navarro rep&#233;rait sur Internet un autre extrait du livre, qui relatait cette fois l'excursion du Che Guevara sur le volcan Popocatepelt. Les similitudes relev&#233;es avec le discours prononc&#233; &#224; Buenos Aires par Fidel Castro le 26 mai 2003 devenaient une habitude. Mais &#171; nick &#187; H&#233;rcor introduisait une observation tr&#232;s subtile. Si, dans son discours, Castro parlait de &#171; &lt;i&gt;la volont&#233;, de la force et de la constance&lt;/i&gt; &#187; du Che, le terme de &#171; volont&#233; &#187; dans le livre de Ramonet revenait &#224; l'intervieweur. De l&#224; appara&#238;t l'hypoth&#232;se de quelque chose de plus complexe dans l'&#233;laboration du livre, qui se confirmera plus tard &#224; travers d'autres exemples. Il ne s'agit pas simplement que Castro ait introduit de son propre chef, dans les r&#233;visions, des paragraphes tir&#233;s d'anciens discours, mais que Ramonet, ou l'un de ses collaborateurs, aient retravaill&#233; sciemment certains discours qu'ils connaissaient d&#233;j&#224; pour mieux les adapter &#224; leurs propos.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le dialogue entre Castro et Ramonet sera toujours, litt&#233;ralement, un monologue. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'avalanche se d&#233;clencha le 12. &#171; Nick &#187; Tsevanrabtan nous annon&#231;a qu'il avait achet&#233; le livre et qu'il se disposait &#224; l'examiner dans le moindre d&#233;tail. Les r&#233;sultats furent spectaculaires sur les &#171; copillages &#187; dans les chapitres consacr&#233;s &#224; l'intervention cubaine en Afrique, les r&#233;f&#233;rences des attentats de &#171; Posada Carriles &#187;, la coop&#233;ration entre Cuba et l'Iran, la sant&#233; de Castro et divers autres &#233;v&#233;nements. Ses d&#233;couvertes provoqu&#232;rent quelques ironiques jubilations chez d'autres commentateurs. &#171; Nick &#187; H&#233;rcor lui demanda s'il n'&#233;tait pas trop s&#233;v&#232;re, puisque Ramonet sem- blait, au bout du compte, avoir accept&#233; d'adapter quelques dis- cours de Castro. Et il citait : &#171; &lt;i&gt;Quand Fidel Castro parlait &#224; ses admirateurs argentins depuis le perron de la Facult&#233; de droit il s'est exclam&#233; &#224; un moment en se r&#233;f&#233;rant au Che Guevara : &#8220; Vous n'imaginez pas la sensibilit&#233; de cet Argentin. &#8221; Transformant le discours, Ramonet introduisit ce changement substantiel dans la phrase : &#8220; Vous n'imaginez pas la sensibilit&#233; de cet homme. &#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chema Pascal, un autre habitu&#233; du blog, rejoint la troupe des commentateurs le 22 avril, avec son habituelle finesse. Il a trouv&#233;, par exemple, le nom de la personne qui devait se tenir au c&#244;t&#233; de Castro dans ses conversations avec Ramonet (et qui probablement prit part &#224; la r&#233;daction du livre), l'historien Pedro &#193;lvarez Tob&#237;o. Mais surtout, il &#233;claira une zone d'ombre qui prouvait l'existence de la m&#233;thode du &#171; copi&#233;-coll&#233; &#187;, dans sa version num&#233;rique la plus rigoureuse : &#171; &lt;i&gt;Dans la page dont j'ai copi&#233; le discours comme dans la page du livre,&lt;/i&gt; nota Chema Pascal, &lt;i&gt;j'ai relev&#233; cette curiosit&#233; : la phrase &#8220; le pays a beaucoup d'&#233;conomistes &#8221; garde deux espaces avec le point qui suit et celui qui la pr&#233;c&#232;de.&lt;/i&gt; &#187; Les recherches des &#171; nick &#187; ont continu&#233; jusqu'&#224; &#233;puiser toutes les possibilit&#233;s de cette confrontation num&#233;rique. Ou leur patience devant pareille incongruit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a peu &#224; dire sur les proc&#233;d&#233;s de Ramonet. Il les a lui-m&#234;me r&#233;sum&#233;s lors de la pr&#233;sentation de son livre &#224; la Maison d'Am&#233;rique de Madrid, le 26 avril 2006 : &#171; &lt;i&gt;L'interview n'est pas un genre s&#233;rieux.&lt;/i&gt; &#187; Il l'a dit ainsi et en a appliqu&#233; le principe. Il faut n&#233;anmoins souligner l'&#233;vidence : le dialogue entre Castro et Ramonet sera toujours, litt&#233;ralement, un monologue. D&#232;s lors et partant de ce point de vue, les objections m&#233;thodologiques sur une interview qui n'a pas exist&#233; en tant que telle ne sont que prurit sans importance. De m&#234;me, il est inutile de prendre au s&#233;rieux les pin&#231;ons de bonne s&#339;ur que distribue Ramonet pour son improbable d&#233;fense. Comme, par exemple, cette accusation me concernant et qu'il a complaisamment servie en plusieurs langues : &#171; &lt;i&gt;Il avait recopi&#233; sur son blog -ce journaliste s'appelle Arcadi Espada- une interview que j'ai donn&#233;e &#224; Madrid puis a reconnu qu'il s'&#233;tait pr&#233;cipit&#233;, que la photo de moi avec Fidel Castro &#233;tait un montage, et le grand argument qu'il a donn&#233;, pour prouver que l'interview n'avait pas pu avoir lieu, &#233;tait que Fidel Castro &#233;tait mort, comme chacun sait, depuis plusieurs semaines.&lt;/i&gt; &#187; Naturellement, je n'ai jamais &#233;crit cela, mais il se peut que le propos apparaisse dans un discours de Castro.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La le&#231;on de cette histoire n'est pas tant l'analyse du commerce r&#233;volutionnaire d'Ignacio Ramonet, d&#233;j&#224; tr&#232;s connu dans notre vaste monde. L'important est le r&#244;le que joue d&#233;sormais Internet dans le journalisme et la communication intellectuelle. Un enseignement que le directeur du &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt;, Leonard Downie, r&#233;sumait parfaitement : &#171; &lt;i&gt;Je crois qu'aujourd'hui plus que jamais, on attend du journalisme qu'il soit responsable, et &#231;a, c'est magnifique. Il est beaucoup plus facile pour les gens de se rendre compte que tu as commis une erreur, que tu as plagi&#233; une information, que tu as invent&#233; quelque chose, que tu as &#233;t&#233; injuste, et &#231;a aussi c'est merveilleux. Je crois que nous sommes oblig&#233;s d'&#234;tre plus rigoureux. C'est une pression que nous devons accepter, la m&#234;me que celle que nous exer&#231;ons sur le gouvernement.&lt;/i&gt; &#187; En effet, on peut d&#233;battre de savoir jusqu'&#224; quel point Internet a g&#233;n&#233;r&#233; un journalisme propre, en marge de celui pratiqu&#233; par les m&#233;dias traditionnels, mais il est clair que beau- coup de communaut&#233;s, blogs ou forums se sont convertis en implacables gardiens des plus implacables gardiens. Enfin, et contre les fantasmes d'espionnite ou les id&#233;es apocalyptiques sur la &#171; mort de l'auteur &#187;, la r&#233;alit&#233; est concluante : jamais l'auteur et son texte n'ont &#233;t&#233; aussi identifi&#233;s (et donc plus vivants et prot&#233;g&#233;s) que dans l'&#232;re digitale. Ces deux le&#231;ons, le gardien de la r&#233;volution Ignacio Ramonet les a apprises &#224; ses d&#233;pens. Mais bien tard. ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href='http://www.arcadi.espasa.com/' class='spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.arcadi.espasa.com&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-2' id='nb1-2' class='spip_note' title='Notes 1-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Le livre &#171; Cien horas con Castro. Fidel Castro. Biografia a dos voces &#187; est paru aux &#233;ditions Debate (2006, 688 pages). Les droits ont &#233;t&#233; achet&#233;s par pratiquement tous les pays hispanophones, ainsi que par de nombreux autres, en Europe et dans le monde. L'ouvrage du directeur du Monde diplomatique est en vente &#224; Cuba, d'abord dans une version expurg&#233;e d'un certain nombre de ses passages consacr&#233;s &#224; la dissidence, puis dans une seconde version remani&#233;e. Il est actuellement diffus&#233; sur l'&#238;le sous forme de fascicules, vendus &#224; la fa&#231;on des feuilletons du XIXe si&#232;cle. Une version fran&#231;aise devrait &#234;tre disponible d&#233;but 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-3' id='nb1-3' class='spip_note' title='Notes 1-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Journal officiel du Parti communiste cubain. 4. Les intervenants sur le blog d'Arcadi Espada sont tous appel&#233;s &#171; nick &#187; en r&#233;f&#233;rence au nom du journal (Nickjournal).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La tendance &#224; l' &#171; entre-soi &#187; sur France Culture </title>
		<link>http://www.revue-medias.com/La-tendance-a-l-entre-soi-sur,293.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Radio/T&#233;l&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Grand entretien</dc:subject>

		<description>Mis en cause par Elizabeth L&#233;vy, qu'il a remerci&#233;e, David Kessler, le patron de France Culture, revient sur les raisons de ce renvoi. Et s'interroge sur les lourdeurs de Radio France. Dans le num&#233;ro d'automne de M&#233;dias, &#201;lisabeth L&#233;vy refuse, &#224; propos de son &#233;viction de France Culture,&#171; qu'on mette en doute son honn&#234;tet&#233; &#187;. Je n'ai &#233;videmment jamais mis en cause son honn&#234;tet&#233;, j'ai simplement dit que la difficult&#233; de son &#233;mission &#233;tait d'&#233;viter la dualit&#233; qui fait tomber dans la critique syst&#233;matique - (...)

-
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no11,29-.html" rel="directory"&gt;n&#176;11&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-Radio-Tele,31-+.html" rel="tag"&gt;Radio/T&#233;l&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-Grand-entretien,38-+.html" rel="tag"&gt;Grand entretien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L93xH150/arton293-98af3.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='93' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:93px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Mis en cause par Elizabeth L&#233;vy, qu'il a remerci&#233;e, David Kessler, le patron de &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;, revient sur les raisons de ce renvoi. Et s'interroge sur les lourdeurs de &lt;i&gt;Radio France&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le num&#233;ro d'automne de M&#233;dias, &#201;lisabeth L&#233;vy refuse, &#224; propos de son &#233;viction de &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;,&#171; &lt;i&gt;qu'on mette en doute son honn&#234;tet&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai &#233;videmment jamais mis en cause son honn&#234;tet&#233;, j'ai simplement dit que la difficult&#233; de son &#233;mission &#233;tait d'&#233;viter la dualit&#233; qui fait tomber dans la critique syst&#233;matique - qu'&#201;lisabeth L&#233;vy nomme pessimisme - ou &#224; l'inverse, dans la complaisance. &#192; mon avis, &#171; Le Premier Pouvoir &#187; n'&#233;vitait pas ce travers. &#192; mon tour de me moquer gentiment de ses propos lorsqu'elle parle d'autocratie au sujet de &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; : un producteur s'offusque du m&#233;canisme par lequel il est remerci&#233;, mais pas de celui de sa nomination. Une nouvelle &#233;mission en remplace forc&#233;ment une autre. Si &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; fonctionne selon un syst&#232;me autocrate, il faut le d&#233;noncer tant &#224; la nomination qu'&#224; l'&#233;viction. C'est dr&#244;le de ne d&#233;couvrir le syst&#232;me qu'au moment o&#249; votre &#233;mission s'arr&#234;te...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez revendiqu&#233; une certaine dose de subjectivit&#233; &#224; son &#233;gard.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne connais pas de m&#233;dia qui n'ait un directeur charg&#233; d'assumer la responsabilit&#233; de la programmation. Patrick de Carolis et Patrice Duhamel, quand ils d&#233;cident de mettre fin &#224; l'&#233;mission de Thierry Ardisson ou de changer celle de Jean-Luc Delarue, sont dans leur r&#244;le. J'ai fait de m&#234;me avec &#201;lisabeth L&#233;vy. Je revendique cette part de subjectivit&#233; d&#232;s lors qu'elle n'occulte pas les d&#233;saccords sur le fond. Par ailleurs, je dois avouer que je ne comprends pas que l'on puisse r&#233;agir en disant : &#171; &lt;i&gt;Si je suis remerci&#233;e, c'est deux ans de travail fichu &#224; la poubelle.&lt;/i&gt; &#187; C'est une &#233;tonnante conception de l'&#233;mission de radio qui, par d&#233;finition, est fugace. Aucune &#233;mission n'est par nature appel&#233;e &#224; durer pour l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ne pensez-vous pas qu'une &#233;mission, m&#234;me imparfaite, vaut mieux que le silence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon objectif n'est pas de supprimer toute critique des m&#233;dias. Ils sont aujourd'hui trait&#233;s de fa&#231;on transversale sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;. &#171; Le Grain &#224; moudre &#187;, par exemple, a r&#233;cemment r&#233;alis&#233; une &#233;mission sur Lib&#233;ration et une autre sur le m&#233;tier de journalisme. On n'occulte pas le sujet. La porte n'est d'ailleurs pas d&#233;finitivement ferm&#233;e &#224; une nouvelle &#233;mission un jour. Mais il faudra en fixer pr&#233;cis&#233;ment les crit&#232;res et la nature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le Premier Pouvoir &#187; b&#233;n&#233;ficiait pourtant d'une bonne audience.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est vrai, comme toute notre grille du samedi matin. Je note que les r&#233;actions &#224; sa suppression, si elles ont exist&#233;, ont &#233;t&#233; mod&#233;r&#233;es. Lorsque des rumeurs, totalement infond&#233;es, ont circul&#233; sur la suppression de l'&#233;mission d'Alain Finkielkraut, nous avons re&#231;u environ mille messages : 900 pour protester, une centaine pour nous y inciter. Pour &#171; Le Premier Pouvoir &#187;, la r&#233;action n'est m&#234;me pas de l'ordre du dixi&#232;me. La l&#233;gitimit&#233; d'un choix de direction repose sur une certaine ligne &#233;ditoriale. Je n'ai m&#234;me pas besoin d'indiquer que mes choix politiques n'ont rien &#224; voir avec cette d&#233;cision, quoi qu'on ait pu en dire ! Et puis, n'aurait-il pas &#233;t&#233; plus d&#233;sagr&#233;able &#224; &#201;lisabeth L&#233;vy de se voir remplac&#233;e par une nouvelle &#233;mission sur le m&#234;me th&#232;me ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Radio France est sans doute encore marqu&#233;e par son pass&#233; depuis l'ORTF. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant vous, Laure Adler disait : &#171; &lt;i&gt;Ma seule r&#233;f&#233;rence, ce sont les auditeurs.&lt;/i&gt; &#187; Ce n'est pas votre cas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle le disait, je crois, en r&#233;action &#224; une tendance de cette maison : l'&#171; entre-soi &#187;. On parle de sujets entre gens qui les connaissent bien, qui sont contents d'en parler mais qui ne se pr&#233;occupent gu&#232;re de savoir que, de l'autre c&#244;t&#233;, il y a quelqu'un qui &#233;coute et que c'est d'abord pour lui qu'on parle... En revanche, la qu&#234;te de l'audience n'est pas non plus l'unique r&#233;f&#233;rence : n'oublions pas le contenu. C'est la rencontre des deux qui compte pour nous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Finkielkraut, dans M&#233;dias (septembre 2004), disait : &#171; &lt;i&gt;Je b&#233;n&#233;ficie d'une totale libert&#233; sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;... Mais c'est le public qui me fait peur. L'extr&#234;me gauche progressiste qui est aujourd'hui nombreuse et chauff&#233;e &#224; blanc... Ce n'est donc pas sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; que je peux d&#233;velopper un propos nuanc&#233; sur le Moyen-Orient.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On constate une mont&#233;e des extr&#234;mes, chez les auditeurs de &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; comme ailleurs, qui rend le d&#233;bat difficile. Le Proche-Orient est un sujet particuli&#232;rement sensible, qui suscite des passions et provoque toujours de nombreuses r&#233;actions. Mais les id&#233;es doivent pouvoir s'exprimer ; la contradiction des points de vue fait r&#233;fl&#233;chir sur la complexit&#233; de la r&#233;alit&#233;. &#192; l'auditeur ensuite de se forger son opinion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tonalit&#233; g&#233;n&#233;rale de votre radio est plut&#244;t &#224; gauche...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains estiment que la station est vendue au lib&#233;ralisme ; d'autres que nous sommes trop &#224; gauche. Ce qui me frappe surtout, c'est l'incroyable libert&#233; dont on jouit ici par rapport &#224; d'autres m&#233;dias. Nous n'avons aucune contrainte dans le choix des sujets. Des contraintes de moyens, d'horaires, d'organisation, certes ! Mais jamais dans les choix &#233;ditoriaux. Je crois que tous les producteurs pourront confirmer ces propos.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous reproche aussi une tendance &#224; l'immobilisme : le poids des syndicats ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il existe ind&#233;niablement des conservatismes &#224; &lt;i&gt;Radio France&lt;/i&gt;. Cette maison est un peu lourde, encore marqu&#233;e sans doute par son pass&#233; depuis l'ORTF. Mais les &#233;volutions sont possibles : on le constate tous les jours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, vous seriez pr&#234;t &#224; inviter Robert Redeker ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r ! D'autant plus que sa libert&#233; a &#233;t&#233; menac&#233;e. Si possible, d'ailleurs, dans le cadre d'un d&#233;bat contradictoire. La libert&#233; d'expression ne se divise pas. La restreindre est un signe de faiblesse de nos d&#233;mocraties occidentales. Lorsque les paroles deviennent plus graves que les actes, on assiste &#224; une incroyable inversion des valeurs. Cela m'a frapp&#233; avec le &#171; coup de boule &#187; de Zidane : on a fini par dire que les propos de Materazzi &#233;taient plus graves que la r&#233;ponse de Zidane. La violence deviendrait l&#233;gitime alors que les propos ne le seraient pas ? C'est quand m&#234;me probl&#233;matique ! ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le &#171; pongiste &#187; des matins de France Inter</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Le-pongiste-des-matins-de-France,292.html</link>
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		<dc:subject>Radio/T&#233;l&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Demorand</dc:subject>

		<description>Nicolas Demorand anime depuis la rentr&#233;e la tranche phare de France Inter, le 7h-9h30. Ce journaliste de 35 ans s'est taill&#233; la r&#233;putation d'un b&#251;cheur et d'un intervieweur mordant. Rencontre avec un ovni radiophonique. Il y a quelque chose d'&#233;trange &#224; retrouver en fin d'apr&#232;s-midi l'homme avec lequel on se r&#233;veille chaque matin. Paris, terrasse du Progr&#232;s, Nicolas Demorand ne la joue pas dandy, star, ni m&#234;me journaliste. Le style vestimentaire est passe-partout, le visage affable. Seuls points saillants (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no11,29-.html" rel="directory"&gt;n&#176;11&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-Radio-Tele,31-+.html" rel="tag"&gt;Radio/T&#233;l&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-demorand,103-+.html" rel="tag"&gt;Demorand&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH131/arton292-161ff.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='131' class='spip_logos' style='height:131px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Nicolas Demorand anime depuis la rentr&#233;e la tranche phare de France Inter, le 7h-9h30. Ce journaliste de 35 ans s'est taill&#233; la r&#233;putation d'un b&#251;cheur et d'un intervieweur mordant. Rencontre avec un ovni radiophonique.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a quelque chose d'&#233;trange &#224; retrouver en fin d'apr&#232;s-midi l'homme avec lequel on se r&#233;veille chaque matin. Paris, terrasse du Progr&#232;s, Nicolas Demorand ne la joue pas dandy, star, ni m&#234;me journaliste. Le style vestimentaire est passe-partout, le visage affable. Seuls points saillants : des tennis taille 48 et des yeux vifs. Sympathique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nicolas Demorand est &#171; la &#187; nouveaut&#233; radiophonique de la rentr&#233;e : il a pris la succession de St&#233;phane Paoli aux commandes du 7h-9h30 de &lt;i&gt;France Inter&lt;/i&gt;. Attention, ce n'est pas un novice. Depuis quatre ans, il assurait la tranche matinale de &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; o&#249; il a su trouver un ton et une place entre des briscards comme Alexandre Adler ou Alain-G&#233;rard Slama. Surtout, sous son magist&#232;re, l'audience des &#171; Matins &#187; de &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; a bondi de 40%...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En ces temps de disette, cette performance a d&#251; peser plus que son CV. Pourtant, ce que l'on retient souvent de son parcours est une scolarit&#233; sans faille. Bon &#233;l&#232;ve et m&#234;me pas honteux. &#171; &lt;i&gt;J'ai toujours aim&#233; apprendre et je me souviens que mon p&#232;re me disait sans cesse de profiter de ces ann&#233;es pour lire, lire encore et encore lire.&lt;/i&gt; &#187; De ses ann&#233;es de pr&#233;pa, il garde le souvenir d'avoir b&#251;ch&#233; comme un fou et appris &#224; s'organiser. Il est re&#231;u &#224; Normale Sup Ulm puis &#224; l'agr&#233;gation. &#192; noter, aussi, un rapide passage par Sciences Po, mais &#171; &lt;i&gt;l'organisation des &#233;tudes &#233;tait trop infantilisante compar&#233;e &#224; la libert&#233; et &#224; l'ouverture pratiqu&#233;es &#224; Ulm et je me retrouvais sur les bancs avec des &#233;tudiants &#224; qui j'avais donn&#233; des cours en pr&#233;pa&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Normale Sup, il produit un vague magazine, se prend de passion pour la radio et d&#233;couvre... Jean-Luc Delarue, sur &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;J'adorais sa fa&#231;on d'animer, sa mani&#232;re de faire passer des choses, d'interroger les politiques, de donner une place &#224; des artistes ou des scientifiques.&lt;/i&gt; &#187; Une envie et un projet se construisent alors : &#171; &lt;i&gt;J'ai compris en &#233;coutant Delarue, que c'&#233;tait dans les m&#233;dias que les choses se passaient. Ils repr&#233;sentent l'espace vital de la d&#233;mocratie.&lt;/i&gt; &#187; Bien s&#251;r, la tentation de l'enseignement sup&#233;rieur fut vive, mais &#171; &lt;i&gt;le temps de r&#233;action de la machine universitaire, les r&#232;gles hi&#233;rarchiques incroyablement pesantes et poussi&#233;reuses m'ont convaincu de passer &#224; autre chose&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nicolas Demorand rejoint donc la cohorte croissante des normaliens tent&#233;s par le journalisme. En v&#233;rit&#233;, l'exemple vient de loin. Dans les ann&#233;es 1930, Jean Prevost ou Paul Nizan se sont largement adonn&#233;s au journalisme, multipliant articles et contributions. Plus tard, Jean-Fran&#231;ois Revel ou Jacques Julliard les ont imit&#233;s. Mais ces intellectuels avaient aussi pour objet de penser le monde, de prendre position. Les normaliens-journalistes d'aujourd'hui, comme Christophe Barbier &#224; la t&#234;te de L'Express ou Emmanuel Kessler qui virevolte de &lt;i&gt;BFM&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;La Cha&#238;ne parlementaire&lt;/i&gt;, sont plus des passeurs que des penseurs. N'allez cependant pas croire qu'il suffit de disposer de dipl&#244;mes prestigieux pour se voir ouvrir les portes des grands organes de presse. Nicolas Demorand, disposant de peu d'appuis dans le s&#233;rail (hormis son fr&#232;re St&#233;phane, un temps journaliste &#224; &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt;), entre comme simple stagiaire &#224; &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; pour l'&#233;mission &#171; Staccato &#187;, chronique les livres de sociologie pour &lt;i&gt;Les Inrocks&lt;/i&gt;, avant d'avoir le bonheur de faire du journalisme gastronomique chez Gault et Millau. &#171; &lt;i&gt;Ce fut une exp&#233;rience formidable. J'ai travaill&#233; avec un seigneur, Christian Millau, capable en regardant une carte de choisir le meilleur de ce qui &#233;tait propos&#233; : je ne l'ai jamais vu se tromper.&lt;/i&gt; &#187; Retour ensuite &#224; la Maison de la Radio, d'abord pour animer &#171; Cas d'&#233;cole &#187; sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;, centr&#233; sur l'&#233;ducation, avant de se retrouver aux manettes des &#171; Matins &#187; de cette m&#234;me station.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Homme de l'&#233;crit, c'est dans l'audiovisuel que son destin s'accomplit. Un peu de t&#233;l&#233;vision les saisons pr&#233;c&#233;dentes sur &lt;i&gt;La Cinq&lt;/i&gt; o&#249; il animait &#171; Majipoor &#187; produit par Philippe Kieffer. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait une &#233;mission tr&#232;s utile et agr&#233;able qui sortait du putain de circuit de la promo et permettait &#224; des journalistes de s'engager pour d&#233;fendre un artiste. On nous a tir&#233; une balle dans la nuque en plein &#233;t&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Une autre caract&#233;ristique de ce personnage est de pouvoir jongler avec divers milieux et leurs langages... Il est de son temps, de sa g&#233;n&#233;ration. Et ses dix-huit premi&#232;res ann&#233;es de vie pass&#233;es &#224; l'&#233;tranger, au gr&#233; des affectations de son diplomate de p&#232;re, l'ont aid&#233; &#224; se forger un regard distanci&#233; sur l'actualit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutefois, il peut se mettre en col&#232;re : &#171; &lt;i&gt;J'accepte parfaitement qu'un directeur de cha&#238;ne d&#233;cide de fermer une &#233;mission ; je trouve en revanche d&#233;gueulasse de ne pas pr&#233;venir et de le faire &#224; un moment qui rend sacr&#233;ment difficile la possibilit&#233; de se retourner.&lt;/i&gt; &#187; &#171; Majipoor &#187; avait aux yeux de Nicolas Demorand l'avantage de permettre de &#171; &lt;i&gt;r&#233;instaurer de la hi&#233;rarchie entre les objets culturels&lt;/i&gt; &#187;. La culture est chose s&#233;rieuse qui peut se traiter dans la d&#233;contraction, mais non sans exigence. &#171; &lt;i&gt;Je voulais surtout &#233;viter que du culturel on passe aux sujets de soci&#233;t&#233; pour finir dans le people&lt;/i&gt;. &#187; Nicolas fut contact&#233; par France 3 pour animer &#171; Ce soir ou jamais &#187;. &#171; &lt;i&gt;Avant Fr&#233;d&#233;ric Tadde&#239;, &lt;i&gt;France 3&lt;/i&gt; avait, en effet, pens&#233; &#224; moi ; mais j'avais d&#233;j&#224; donn&#233; mon accord verbal &#224; &lt;i&gt;France Inter&lt;/i&gt; et il n'est pas envisageable de faire deux &#8220;quotidiennes&#8221; par jour.&lt;/i&gt; &#187; Reste que la proposition l'a tent&#233; : &#171; &lt;i&gt;J'esp&#232;re que Fr&#233;d&#233;ric va r&#233;ussir. Sinon, on ne parlera pas d'un projet aussi ambitieux avant dix ans. Or, il est essentiel d'offrir de la culture au grand public via la t&#233;l&#233;vision et de refuser le faux proc&#232;s de l'&#233;litisme.&lt;/i&gt; &#187; Pour celui qui s'avoue tr&#232;s bon public de TV, &#171; l&lt;i&gt;orsque Godard filme les Stones, ce n'est pas de l'&#233;litisme mais un projet artistique &#224; partir d'un groupe prodigieusement populaire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_428 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/DemorandStudio1.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH235/DemorandStudio1-5abcb-46631.jpg' width='324' height='235' alt='' style='height:235px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le style Demorand est simple : questionner et faire en sorte que la personne r&#233;ponde. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je n'ai jamais vu un bourreau de travail comme Nicolas&lt;/i&gt; &#187;, note Ali Badou, qui l'a remplac&#233; avec efficacit&#233; le matin sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Nicolas bosse et prend des notes tout le temps. Il a une capacit&#233; &#224; ingurgiter l'info et &#224; lire, qui est stup&#233;fiante&lt;/i&gt; &#187;, ajoute-t-il. &#171; &lt;i&gt;Je pense sans arr&#234;t &#224; mon &#233;mission. &#192; chaque discussion, d&#233;couverte ou lecture, je r&#233;fl&#233;chis &#224; leur utilisation possible&lt;/i&gt; &#187;, confirme Nicolas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bosseur donc, mais la vraie marque de fabrique de Nicolas Demorand est peut-&#234;tre son refus du journalisme d'amabilit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Je ne suis pas l&#224; pour &#234;tre gentil, pas plus d'ailleurs que pour &#234;tre m&#233;chant, mais pour poser des questions qui me semblent importantes et ainsi aider les auditeurs &#224; comprendre les enjeux, &#224; se forger une opinion.&lt;/i&gt; &#187; Le style Demorand est simple : questionner et faire en sorte que la personne r&#233;ponde. L'&#233;tonnant, c'est que cette fa&#231;on de faire &#233;tonne... Et parfois cela passe mal comme lorsqu'il re&#231;oit Nicolas Sarkozy et lui demande en quoi celui-ci incarne la rupture alors que depuis trente ans, il fait partie du syst&#232;me... Apr&#232;s leur passe d'armes, l'intervieweur raconte qu'il a re&#231;u beaucoup de mails de journalistes le &#171; &lt;i&gt;remerciant d'avoir fait son m&#233;tier&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je n'ai pas de r&#233;seau, je ne suis pas un journaliste politique, je me l&#232;ve chaque jour &#224; 4h30 et je suis bien trop fatigu&#233; pour d&#233;jeuner en ville. Le soir, &#224; huit heures, je vais dormir... mais je travaille chaque dossier &#224; fond. J'ai &#233;t&#233; form&#233; &#224; la fac o&#249; l'on apprend &#224; v&#233;rifier, &#224; suivre des r&#232;gles m&#233;thodologiques pour exprimer des arguments, o&#249; l'on admet la controverse...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Celui qui dit avoir &#171; &lt;i&gt;z&#233;ro vie sociale en semaine&lt;/i&gt; &#187; ne risque pas de succomber aux d&#233;lices du parisianisme et de la connivence. N'est-ce pas l&#224; un sacerdoce bien aust&#232;re pour un jeune homme ? &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s la pr&#233;pa, j'ai profit&#233; dix ans de la vie de boh&#232;me lettr&#233;. J'en ai gard&#233; une culpabilit&#233; &#224; l'id&#233;e de perdre mon temps : chaque moment doit &#234;tre mis &#224; profit pour apprendre et faire quel- que chose. Passer sa vie &#224; lire, ce n'est pas vraiment le Goulag&lt;/i&gt; ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cherchant &#224; transmettre sa curiosit&#233;, il convie volontiers devant son micro des artistes, des scientifiques ou des intellectuels capables de sortir des chemins balis&#233;s. &#171; &lt;i&gt;J'ai trouv&#233; int&#233;ressant, au moment de la sortie du film d'Al Gore, de faire dialoguer Claude All&#232;gre avec un climatologue. Ce dernier a bien fini par admettre que les doutes (minoritaires) d'All&#232;gre sur le r&#233;chauffement de la terre n'&#233;taient pas seulement des &#233;lucubrations&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autre chose : jamais pass&#233; par une &#233;cole de journalisme, Nicolas Demorand est convaincu que la fonction sociale des journalistes &#233;tant d'insuffler des id&#233;es nouvelles dans le d&#233;bat public, il est n&#233;cessaire de les former aux sciences sociales. On retrouve, ici, la conception d'un Edgar Morin disant faire du journalisme sociologique ou d'un Michel Foucault, qui comparait ses recherches &#224; une forme de journalisme prenant le risque du r&#233;el... &#192; l'&#233;cole de journalisme de Sciences Po, Demorand propose un s&#233;minaire d'introduction aux sciences sociales et &#224; Normale Sup, l'homme des matins de &lt;i&gt;France Inter&lt;/i&gt; va mettre en &#339;uvre, sur le m&#234;me principe, un travail avec une dizaine d'&#233;tudiants pour suivre l'&#233;lection pr&#233;sidentielle et produire des reportages qu'ils proposeront aux m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que l'on se rassure, ce bourreau de travail sait aussi prendre le temps d'&#233;piloguer sur les meilleures adresses de chocolatiers &#224; Paris. Lesquelles ? Marcolini, rue de Seine, et Patrick Roger, boulevard Saint-Germain ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'automne chaud d'Al-Jazira International </title>
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		<dc:subject>Radio/T&#233;l&#233;</dc:subject>

		<description>Jamais le lancement d'une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision n'aura suscit&#233; autant d'int&#233;r&#234;t et d'interrogations. Il faut dire qu'Al-Jazira International (AJI), s&#339;ur cadette de la tr&#232;s controvers&#233;e t&#233;l&#233;vision d'information qatarie Al-Jazira, a pein&#233; &#224; voir le jour. Apr&#232;s plusieurs reports, elle a finalement d&#233;marr&#233; &#224; temps partiel, le 15 novembre dernier. Les raisons invoqu&#233;es officiellement pour expliquer ces retards vont de l'indisponibilit&#233; de locaux dans les principales villes occidentales pressenties, aux complications (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L107xH150/arton291-6902d.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='107' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:107px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Jamais le lancement d'une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision n'aura suscit&#233; autant d'int&#233;r&#234;t et d'interrogations. Il faut dire qu'&lt;i&gt;Al-Jazira International&lt;/i&gt; (AJI), s&#339;ur cadette de la tr&#232;s controvers&#233;e t&#233;l&#233;vision d'information qatarie &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;, a pein&#233; &#224; voir le jour. Apr&#232;s plusieurs reports, elle a finalement d&#233;marr&#233; &#224; temps partiel, le 15 novembre dernier.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les raisons invoqu&#233;es officiellement pour expliquer ces retards vont de l'indisponibilit&#233; de locaux dans les principales villes occidentales pressenties, aux complications d'ordre technique. En particulier la difficult&#233; d'&#233;tablir un r&#233;seau de connexion entre les quatre quartiers g&#233;n&#233;raux (Doha, Kuala Lumpur, Londres et Washington) respectant une norme de diffusion de haute d&#233;finition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les obstacles mat&#233;riels ne sont pas les seuls &#224; avoir entrav&#233; la naissance de la cha&#238;ne. La r&#233;putation sulfureuse d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; entache par ricochet celle de son canal anglophone, surtout aux &#201;tats-Unis : avant le 11 Septembre, &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; y &#233;tait encens&#233;e pour sa libert&#233; de ton et ses prises de position critiques &#224; l'&#233;gard des gouvernements arabes, qui lui conf&#233;raient un r&#244;le d'avant-garde dans le processus de d&#233;mocratisation du Moyen-Orient. Depuis 2001, elle est devenue, dans l'imaginaire politique et populaire, la &#171; t&#233;l&#233;vision de la terreur &#187;, encourageant l'antiam&#233;ricanisme chez les musulmans. Cette perception est due notamment &#224; la diffusion par &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; des vid&#233;os de Ben Laden, des appels d'Al-Qa&#239;da, d'images d'otages occidentaux enlev&#233;s en Irak, ainsi qu'&#224; l'utilisation d'un vocabulaire ayant des connotations politiques et religieuses qui sont loin de faire l'unanimit&#233;. Ce qui explique, par exemple, l'expulsion d&#233;finitive de la cha&#238;ne en Irak, o&#249; les sensibilit&#233;s ethniques sont &#224; vif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour sa part, &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; accuse l'arm&#233;e am&#233;ricaine d'attaques cibl&#233;es contre ses bureaux &#224; Kaboul et &#224; Bagdad - o&#249; le journaliste Tarek Ayoub a perdu la vie en 2003. Outre-Atlantique, cet antagonisme s'est concr&#233;tis&#233; par les efforts d'organisations telles que Accuracy in Media et United American Committee pour emp&#234;cher ses &#233;missions au moyen d'intenses campagnes de discr&#233;dit. La cha&#238;ne a d'ailleurs d&#251; n&#233;gocier tr&#232;s longtemps sa distribution satellitaire. &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; International a quant &#224; elle &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; des probl&#232;mes d'assurance collective, d'op&#233;rations bancaires et de comptabilit&#233;, comme l'a expliqu&#233; Joanne Levine, sa productrice ex&#233;cutive pour le continent am&#233;ricain, dans une interview donn&#233;e dans le cadre du Project for Excellency in Journalism (PEJ). De plus, comme elle l'a d&#233;nonc&#233; dans les colonnes du Washington Post, l'ostracisme d&#233;coulant de l'attitude de l'establishment et des m&#233;dias am&#233;ricains, compromet largement le travail de ses reporters sur place. Autre fait r&#233;v&#233;lateur, &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; en arabe est titulaire d'un contrat de distribution r&#233;gulier aux &#201;tats-Unis, alors qu'en Angleterre, &lt;i&gt;Al-Jazira International&lt;/i&gt; n'est re&#231;ue qu'&#224; travers le relais de Sky Digital. Or, elle dis- pose d'un acc&#232;s irrempla&#231;able aux &#233;v&#233;nements et aux voix du Moyen-Orient (sauf en cas de restrictions mises en place par certains gouvernements pour cause de conflit avec l'&#171; a&#238;n&#233;e &#187;, &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; en arabe). En fait, le contentieux tourne autour du risque que repr&#233;sente la diffusion d'images et d'informations en anglais. Le probl&#232;me est bien dans la transmission au public anglophone de sentiments, de points de vue et de v&#233;rit&#233;s &#171; autres &#187; que ceux de l'opinion &#171; &#233;tasunienne &#187;, &#233;manant des r&#233;gions o&#249; les Am&#233;ricains sont engag&#233;s soit militairement, soit dans une offensive de diplomatie publique ad hoc- qui a derni&#232;rement montr&#233; ses limites.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Son objectif ? Devenir un canal plan&#233;taire en atteignant 40 millions de foyers. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;S'il est ind&#233;niable que certaines pratiques d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;- la diffusion en boucle d'images brutales, l'utilisation de concepts ou de d&#233;finitions culturelles pol&#233;miques - sont susceptibles de produire ressentiments et tensions, il n'en reste pas moins que, malgr&#233; les controverses dont elle fait souvent l'objet, &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; est la cha&#238;ne d'information la plus suivie et la plus cr&#233;dible du Moyen-Orient, celle o&#249; toutes les franges des soci&#233;t&#233;s arabes se trouvent repr&#233;sent&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si &lt;i&gt;Al-Jazira International&lt;/i&gt; et la cha&#238;ne arabe sont incontestablement li&#233;es - notamment en ce qui concerne le financement -, le nouveau canal insiste sur son ind&#233;pendance &#233;ditoriale. Visant essentiellement un public occidental, la cha&#238;ne s'est dot&#233;e d'une armada de journalistes c&#233;l&#232;bres et c&#233;l&#233;br&#233;s - avec, entre autres recrues, sir David Frost (&lt;i&gt;BBC&lt;/i&gt;), Raghe Omar (&lt;i&gt;BBC&lt;/i&gt;), Riz Khan (&lt;i&gt;CNN&lt;/i&gt;) et David Marash (&lt;i&gt;ABC&lt;/i&gt;) -, qui pr&#234;teront leurs visages et leur exp&#233;rience &#224; des programmes et &#224; des reportages qui se veulent &#171; objectifs &#187;, &#171; complets &#187;, &#171; efficaces &#187; et... en anglais. Au risque d'une programmation &#233;dulcor&#233;e et model&#233;e sur celle des cha&#238;nes occidentales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce risque devrait &#234;tre pourtant &#234;tre pr&#233;venu gr&#226;ce &#224; ses reporters couvrant efficacement des r&#233;gions habituellement n&#233;glig&#233;es, comme l'Afrique, l'Asie ou l'Am&#233;rique latine. Son objectif ? Devenir un v&#233;ritable canal plan&#233;taire en atteignant quarante millions de foyers. L'hostilit&#233; du march&#233; am&#233;ricain - et, pour le moment, l'impossibilit&#233; d'acc&#233;der &#224; celui de l'Australie- pourrait compromettre financi&#232;rement cette ambition. &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; est toujours dans le rouge, en raison du boycottage publicitaire saoudien. Mais les gains politiques sont &#233;normes pour le Qatar. &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; et sa version anglaise confirment la place d&#233;j&#224; consid&#233;rable du petit &#233;mirat sur la sc&#232;ne internationale. C'est &#233;galement pour rester sous les feux des projecteurs que l'&#233;mir du Qatar d&#233;pense sans compter afin de maintenir son antenne &#224; flot. Et avec succ&#232;s, puisque dans son enqu&#234;te sur l'ann&#233;e 2004, Brandchannel.com a &#233;tabli qu'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; &#233;tait la cinqui&#232;me marque la plus influente du monde, juste derri&#232;re Starbucks.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En revanche, les r&#233;serves &#233;mises au sein m&#234;me de la haute direction par ailleurs tr&#232;s bien r&#233;tribu&#233;e - ses membres sont de nationalit&#233; anglaise pour la plupart - ne sont pas tr&#232;s encourageantes. Les conflits internes seraient li&#233;s &#224; des divergences &#233;ditoriales, &#224; la nature h&#233;t&#233;rog&#232;ne du personnel engag&#233; ainsi qu'&#224; la politique apparemment arbitraire et contest&#233;e d'affectation des postes, qui am&#232;ne &#224; une dispersion des comp&#233;tences et des exp&#233;riences. On rapporte par exemple qu'une journaliste fra&#238;chement nomm&#233;e a, devant l'image du cheikh Hassan Nasrallah, demand&#233; &#224; son coll&#232;gue arabophone : &#171; &lt;i&gt;Who's this guy ?&lt;/i&gt; &#187;(&#171; &lt;i&gt;Qui est ce type ?&lt;/i&gt; &#187;). De quoi s'interroger sur les ponts d'or offerts &#224; des noms prestigieux du journalisme mondial... Et que dire au personnel arabe, apparemment d&#233;motiv&#233;, car mis sur la touche et consid&#233;rablement moins pay&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une rivalit&#233; progressive s'installe visiblement entre les deux cha&#238;nes, alors que le d&#233;part soudain du directeur de la programmation, Paul Gibbs, soul&#232;ve des questions quant &#224; l'ind&#233;pendance &#233;ditoriale et &#224; l'objectivit&#233; d'&lt;i&gt;Al-Jazira International&lt;/i&gt; , relevant d&#233;sormais du directeur g&#233;n&#233;ral du r&#233;seau &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;, Waddah Khanfar. Celui-ci, apr&#232;s avoir pris la t&#234;te des deux cha&#238;nes s&#339;urs, a affirm&#233; qu'elles auraient un &#171; news spirit &#187; en harmonie, m&#234;me si leurs agendas resteront distincts. Le but des deux &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; est en effet commun : constituer une alternative aux m&#233;dias contr&#244;l&#233;s par les gouvernements, et pallier les lacunes des cha&#238;nes &#171; occidento-centriques &#187; comme &lt;i&gt;CNN&lt;/i&gt;. Mais trop s'&#233;loigner du style d'origine compromettrait le prestige et la cr&#233;dibilit&#233; du projet &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; dans sa totalit&#233; - ou du moins nuirait &#224; l'int&#233;r&#234;t incontestable qu'elle suscite. Alors que la cha&#238;ne arabe se targue d'inviter arabophones et non-arabophones sur des plateaux o&#249; leurs propos sont traduits, il n'est pas assur&#233; qu'&lt;i&gt;Al-Jazira International&lt;/i&gt; invite des personnes qui s'exprimeraient autrement qu'en anglais...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres questions subsistent, comme celle de savoir quel est le public cibl&#233; par &lt;i&gt;Al-Jazira International&lt;/i&gt; . S'agit-il des Britanniques et des Am&#233;ricains, &#224; qui le Qatar, et &#224; travers lui une partie du monde arabe, veut envoyer un message et signifier qu'il ne lui est pas oppos&#233; ? Est-ce un moyen de r&#233;habiliter &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; aux yeux des Occidentaux - pour autant que le format adopt&#233; soit fid&#232;le &#224; celui d'origine, simple traduction des programmes arabes ? Mais peut-&#234;tre est-il erron&#233; de penser que ce sont les seuls Anglo-Saxons que l'on veut informer. N'oublions pas que l'Asie du Sud-Est compte la plus importante population musulmane au monde. Cette population ne parle g&#233;n&#233;ralement pas l'arabe mais a une bonne compr&#233;hension de l'anglais. Une telle cha&#238;ne internationale servirait non seulement &#224; resserrer les liens entre musulmans du Globe, mais permettrait aux Occidentaux de suivre des informations pr&#233;sent&#233;es par des journalistes qui sont &#171; des leurs &#187;, et de les regarder ainsi avec moins de circonspection et de m&#233;fiance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Hasni Abidi est le directeur du Centre d'&#233;tudes et de recherche sur le monde arabe et m&#233;diterran&#233;en. Cernam- Gen&#232;ve. &lt;a href='http://www.cermam.org/' class='spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.cermam.org&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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