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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>Notre Ami SARKOZY</title>
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		<description>Un auteur satirique anglais du XIXe si&#232;cle remarque que, de tous les genres d'orateurs, un seul, celui des pr&#234;tres et des pasteurs -mais on pourrait y rajouter les popes et les imams - b&#233;n&#233;ficie d'un privil&#232;ge consid&#233;rable : personne n'apporte jamais de contradictions &#224; leurs sermons et hom&#233;lies. De tous les ministres du gouvernement de Raffarin, un seul jouit aussi d'une faveur comparable : tr&#232;s peu de m&#233;dias, en tout cas pas ceux qui ont les plus larges audiences, se risquent, sinon, bien s&#251;r, &#224; (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH108/arton64-de629.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='108' class='spip_logos' style='height:108px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un auteur satirique anglais du XIXe si&#232;cle remarque que, de tous les genres d'orateurs, un seul, celui des pr&#234;tres et des pasteurs -mais on pourrait y rajouter les popes et les imams - b&#233;n&#233;ficie d'un privil&#232;ge consid&#233;rable : personne n'apporte jamais de contradictions &#224; leurs sermons et hom&#233;lies. De tous les ministres du gouvernement de Raffarin, un seul jouit aussi d'une faveur comparable : tr&#232;s peu de m&#233;dias, en tout cas pas ceux qui ont les plus larges audiences, se risquent, sinon, bien s&#251;r, &#224; remettre en cause, du moins &#224; discuter, critiquer, &#233;valuer l'efficacit&#233; du ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, pr&#233;c&#233;demment ministre de l'Int&#233;rieur, Nicolas Sarkozy. Au chapitre de l'action gouvernementale, enti&#232;rement vou&#233; &#224; la cause de la R&#233;publique, omniscient, omnicomp&#233;tent, le ministre d'Etat n'est n&#233;cessairement anim&#233; que du seul souci de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et il sert &#224; chaque instant le bien public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mieux encore : compte tenu de ses exceptionnelles dispositions, il peut m&#234;me lui arriver d'&#234;tre approuv&#233; et c&#233;l&#233;br&#233; pour son action avant m&#234;me qu'il n'ait agi. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit quand, au lendemain des r&#233;gionales, il est pass&#233; de l'Int&#233;rieur aux Finances. &#171; &lt;i&gt;Nul doute&lt;/i&gt; &#187; (sic), assurait ainsi, dans ce gigantesque concert d'&#233;loges, une cons&#339;ur, pas isol&#233;e, de l'audiovisuel public, qu'il r&#233;aliserait &#224; Bercy les m&#234;mes prouesses que place Beauvau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Faut-il vraiment le souhaiter ? Fin avril, la une du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; nous d&#233;voilait en effet la port&#233;e des prouesses : selon les statistiques officielles du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, au premier trimestre 2004 - sous Sarkozy donc - crimes et d&#233;lits contre les personnes avaient augment&#233; de 10 % ! L'info, qui a s&#251;rement attrist&#233; le successeur de Sarko, Dominique de Villepin, aurait d&#251; provoquer un toll&#233; &#233;norme : depuis deux ans, un front uni de m&#233;dias nous serinait que le premier flic de France avait proprement terrass&#233; le dragon de la d&#233;linquance. Seuls, peut-&#234;tre, terr&#233;s dans une cave de banlieue o&#249; ils attendaient en claquant des dents une arrestation imminente, quelques rares petits malfrats rappelaient encore l'existence, il y a bien longtemps, d'une &#232;re ins&#233;curitaire socialiste... Au lieu de quoi, et sauf exceptions m&#233;ritoires (bravo, par exemple, au &#171; 19-20 &#187; de &lt;i&gt;France 3&lt;/i&gt;), t&#233;l&#233;s, radios et journaux enregistr&#232;rent le mauvais chiffre. Et pass&#232;rent &#224; autre chose...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, d&#233;nonc&#233;e par la Commission nationale de d&#233;ontologie de la s&#233;curit&#233;, l'augmentation sensible des bavures polici&#232;res (plus 11,3% de sanctions en 2003 selon l'Inspection g&#233;n&#233;rale de la police nationale elle-m&#234;me) n'a pas autrement &#233;mu. L'ordre sarkozien des choses sans doute... Kif-kif encore au rayon &#233;lectoral. A la veille du deuxi&#232;me tour des r&#233;gionales, pas un coin de rue d'Ile-de-France qui ne se soit enrichi de l'affiche &#171; Sarkozy avec Cop&#233; ! &#187; (la t&#234;te de liste UMP). Pour le Waterloo qu'on sait. Relativement inefficace contre le FN, &#171; l'effet Sarko &#187; pourrait donc &#234;tre plus r&#233;duit que de bons esprits nous le juraient ? Tout portait &#224; le croire, la plupart des commentateurs s'abstinrent m&#234;me d'y penser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s son entr&#233;e au gouvernement, Sarkozy a b&#233;n&#233;fici&#233; d'un pr&#233;jug&#233; favorable d'une grande majorit&#233; de m&#233;dias, et souvent sans l'ombre d'une r&#233;serve. Exemple &#233;clairant : peu apr&#232;s son arriv&#233;e &#224; l'Int&#233;rieur, le flamboyant, encercl&#233; bien s&#251;r de micros et cam&#233;ras, d&#233;barque &#224; Toulouse pour limoger - presque en direct - le directeur d&#233;partemental des polices urbaines officiellement coupable de mauvais r&#233;sultats, ce qui &#233;tait au moins inexact. Au vrai, le personnage tenait du monstre ! Il avait en effet, poursuivait le ministre, pouss&#233; la perversit&#233; jusqu'&#224; &#171; organiser des matches de foot &#187; entre jeunes des banlieues. Apocalypse Now en Haute-Garonne ! Accessoirement - mais combien de titres eurent le scrupule de le pr&#233;ciser ? - le sanctionn&#233;, ancien membre du cabinet Chev&#232;nement &#224; l'Int&#233;rieur, &#233;tait aussi le p&#232;re de cette &#171; police de proximit&#233; &#187; dont Sarko ne voulait plus entendre parler...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reprocher au gardien de la paix Nicolas de n'avoir pas tout r&#233;ussi en deux ans serait &#233;videmment inepte : le retour &#224; plus de s&#233;curit&#233; sera long ; la Corse, o&#249; Sarkozy n'a pas eu que des bonheurs, ne reviendra pas si vite &#224; un Etat de droit qu'elle n'a pas connu en deux si&#232;cles et demi. Quant &#224; &#171; organiser &#187; dans la joie et l'harmonie le culte musulman en France... En revanche, il est permis de faire grief aux m&#233;dias, ou &#224; certains grands m&#233;dias, d'avoir jur&#233; que Zorro &#233;tait arriv&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il entre divers &#233;l&#233;ments dans ce comportement assez b&#233;at : un rien de fascination bien fran&#231;aise pour les petits C&#233;sar, incontestablement de l'admiration pour un vrai talent politique au sein d'un gouvernement bien terne, quelque complaisance aussi pour les m&#233;thodes communicantes du ministre, avocat de profession. En d'autres termes, avec la presse, Sarko sait y faire. Parfois brutalement. Sans trop se faire prier, un de ses collaborateurs raconte ainsi qu'en 1999, en difficult&#233; &#224; la t&#234;te du RPR, et &#224; quelques minutes de passer &#224; &#171; 7 sur 7 &#187; (&lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt;), le virtuel messie de l'UMP lan&#231;a, en coulisses donc, &#224; l'animateur de l'&#233;mission Michel Field : &#171; &lt;i&gt;Je te pr&#233;viens, si tu m'emmerdes, je balance ton salaire en direct !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Effet passager d'une contrari&#233;t&#233; momentan&#233;e ? En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, notre ami sait user avec les journalistes d'une mani&#232;re qui ne lui r&#233;ussit pas si mal avec beaucoup de ses autres interlocuteurs : laisser entendre &#224; son vis-&#224;-vis qu'il est hic et nunc la personne la plus importante de la plan&#232;te. Et que ses pr&#233;occupations sont donc du m&#234;me ordre. Le tout sur le mode le plus familier, car Sarko tutoie beaucoup de journalistes. Ce qui r&#233;duit &#224; l'occasion leur agressivit&#233;. Comment, en effet, sans passer pour inamical et mal &#233;lev&#233;, insister lourdement aupr&#232;s d'une &#233;minence qui, sur une question cruciale, vous r&#233;pond, exc&#233;d&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Oh, ne m'emmerde pas avec &#231;a !&lt;/i&gt; &#187; Pour r&#233;colter de l'information, vouvoyer des ministres n'a peut-&#234;tre pas que des inconv&#233;nients.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Last but not least&lt;/i&gt; : Sarkozy aime aussi &#171; se l&#226;cher &#187; avec la presse. Moins peut-&#234;tre en &#171; balan&#231;ant &#187; l&#224; encore ses infos qu'en multipliant les jugements d&#233;finitifs mais toujours chaleureux sur ses coll&#232;gues. Untel ? &#171; &lt;i&gt;Le type m&#234;me de la fausse valeur&lt;/i&gt; &#187;. Un autre ? &#171; &lt;i&gt;Un con !&lt;/i&gt; &#187; Puis, la main sur le bras du journaliste : &#171; &lt;i&gt;&#201;coute, tu ne vas tout de m&#234;me pas me dire le contraire, hein ?&lt;/i&gt; &#187; Bien s&#251;r, ce ne sont ni Raffarin, ni Fillon, ni Perben qui auraient de ces &#233;carts complices. Il est vrai que ces malcommunicants n'ont pas tout &#224; fait les ambitions d'un Sarko. Ni, par voie de cons&#233;quence, ses besoins de s'assurer de bons copains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le blog tisse sa toile</title>
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		<description>S'agit-il d'une mode, finalement assez conformiste dans son expression, du balbutiement d'une r&#233;volution &#224; venir, ou encore d'un formidable tremplin pour l'expression de son seul ego ? Insolites, il y a encore quelques ann&#233;es, les blogs en tous genres ont envahi le Web. V&#233;ritables outils de communication et de libre expression, ces &#171; journaux de bord &#187; sur la Toile se limitent encore trop souvent &#224; un &#171; bavardage &#187; en ligne. Cependant, le d&#233;veloppement de blogs de qualit&#233; pourrait bien, demain, (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L113xH150/arton63-cb2cc.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='113' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:113px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;S'agit-il d'une mode, finalement assez conformiste dans son expression, du balbutiement d'une r&#233;volution &#224; venir, ou encore d'un formidable tremplin pour l'expression de son seul ego ?&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Insolites, il y a encore quelques ann&#233;es, les blogs en tous genres ont envahi le Web. V&#233;ritables outils de communication et de libre expression, ces &#171; journaux de bord &#187; sur la Toile se limitent encore trop souvent &#224; un &#171; bavardage &#187; en ligne. Cependant, le d&#233;veloppement de blogs de qualit&#233; pourrait bien, demain, bousculer le monde de la communication.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rejetant toutes approches marketing ou commerciales, un nombre grandissant de &#171; passionn&#233;s &#187; cr&#233;ent leur weblog. Ainsi, tout comme les journalistes, les auteurs de blogs (weblogger ou blogger) choisissent les informations qu'ils jugent int&#233;ressantes et en rapport avec le(s) th&#232;me(s) de leur blog. Jour apr&#232;s jour, ils les publient selon un ordre chronologique en les commentant, les analysant sur un ton tr&#232;s personnel et en toute subjectivit&#233;. Mais surtout, les lecteurs de ces blogs peuvent r&#233;agir en faisant part de leurs commentaires et engager ainsi une v&#233;ritable discussion avec l'auteur du site. Tirant profit des technologies mobiles, les blogs sont devenus moblogs (contraction des mots mobile et weblog) et cherchent &#224; coller au plus pr&#232;s &#224; l'&#233;v&#233;nement. D&#233;sormais, &#224; tout moment et en tout lieu, le blogger peut r&#233;actualiser son site en envoyant des textes, des photographies, des messages vocaux comme l'illustre le warblog de Kevin Sites, journaliste en Irak, mis &#224; jour via son t&#233;l&#233;phone mobile. En somme, ces nouveaux journaux personnels, estim&#233;s entre trois et quatre millions dans le monde, ambitionnent, tout comme les m&#233;dias classiques, de capter un auditoire mais aussi de le fid&#233;liser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'essor du ph&#233;nom&#232;ne blog date des ann&#233;es 1999-2000. A cette &#233;poque, plusieurs outils gratuits de publication (Pitas, Livejournal, Blogger) offrent la possibilit&#233; de r&#233;aliser un blog en quelques clics. Ensuite, les &#233;v&#233;nements de port&#233;e internationale tels que les attentats du 11 septembre 2001 ou la seconde guerre en Irak en 2003 amplifieront l'engouement pour ces sites de libre expression. D&#232;s lors, des milliers de personnes vont &#171; prendre la parole &#187;. Les opposants &#224; la guerre compteront parmi les plus prompts &#224; r&#233;agir en cr&#233;ant les warblogs, sites consacr&#233;s uniquement au conflit irakien, face &#224; la carence de critiques des m&#233;dias am&#233;ricains &#224; l'&#233;gard de la politique de l'administration Bush. En fait, la tr&#232;s m&#233;diatique guerre en Irak aura servi de r&#233;v&#233;lateur. Exemple : le cas du d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre &#171; Salam Pax &#187;, architecte irakien qui se distingua en publiant, d&#232;s 2002, un journal de bord d&#233;crivant sa vie quotidienne et celle de ses compatriotes avant et pendant la chute de la dictature ; ou encore, la publication de warblogs par des correspondants de guerre, tels que Christopher Allbritton ou Kevin Sites, envoy&#233;s par &lt;i&gt;Associated Press&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;CNN&lt;/i&gt;, et remettant ouvertement en cause leur couverture du conflit irakien.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Un internaute am&#233;ricain sur dix affirme consulter des blogs. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rents types de blogs existent. Tout d'abord, ceux ax&#233;s sur l'auteur sont de quasi-journaux intimes, &#224; une diff&#233;rence pr&#232;s, celle d'&#234;tre ouverts sur le Web. On y trouve des blogs d'artistes et de po&#232;tes. Dans cette cat&#233;gorie &#233;galement, les weblogs &#171; d'information th&#233;matique &#187;, &#233;dit&#233;s par des passionn&#233;s qui d&#233;veloppent des sujets vari&#233;s : nouvelles technologies, cin&#233;ma, sports, guerre, etc. Ensuite, viennent les blogs que l'on peut qualifier &#171; d'information et d'opinion &#187;, tenus par des non-professionnels des m&#233;dias donnant leur avis, avec plus ou moins de talent, sur l'actualit&#233; g&#233;n&#233;rale et politique qu'elle soit nationale ou internationale. Et enfin, les blogs de professionnels (journalistes, universitaires, experts de toutes sortes, hommes politiques, etc.) qui ont opt&#233; pour cet outil de communication &#171; tendance &#187;, afin de diffuser leurs points de vue et s'assurer d'une tribune dans leur domaine de pr&#233;dilection.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les journalistes qui se sont lanc&#233;s dans l'aventure, il existe &#233;videmment de nombreux avantages &#224; poss&#233;der leur propre blog. Notamment, celui d'&#233;crire sur les sujets de leur choix, sans aucune contrainte li&#233;e &#224; l'espace comme dans les supports papiers, mais aussi, le fait de pouvoir assurer leur propre publicit&#233;. A ce sujet, le blog cr&#233;&#233; en septembre 2003 par un journaliste fran&#231;ais expatri&#233; &#224; Washington D.C., est instructif &#224; plus d'un titre. En effet, Thomas Cantaloube pr&#233;cise que la cr&#233;ation de son site - mis en veille depuis - s'est faite &#224; un moment o&#249; les responsables de r&#233;dactions &#171; n'&#233;taient pas r&#233;ceptifs &#224; ses propositions &#187;. D&#232;s lors, le blog lui permet de &#171; raconter un certain nombre de &#8220;faits et gestes&#8221; de la politique am&#233;ricaine &#187; et de pouvoir les &#171; commenter &#187;. Mais pour l'heure, les blogs de qualit&#233; de journalistes fran&#231;ais sont rares. Heureusement, des francophones comme Isabelle Hontebeyrie, journaliste canadienne, prouvent que les blogs sont loin de se limiter tous &#224; de brefs textes et &#224; une sorte de &#171; bavardage &#187; en ligne. Certains d'entre eux sont d&#233;sormais devenus bien plus pertinents sur certains th&#232;mes que bon nombre de titres de presse. N&#233;anmoins, les blogs traitant de l'actualit&#233; ne se limitent pas aux r&#233;dacteurs professionnels : chacun peut interpr&#233;ter l'actualit&#233;. A titre d'exemple, l'auteur du site &#171; Netlex Blogs &#187; qui fait part de ses &#171; r&#233;flexions personnelles, en toute ind&#233;pendance &#187;, en d&#233;fendant &#171; une approche citoyenne de l'actualit&#233; &#187; fran&#231;aise, internationale, culturelle, allant jusqu'&#224; aborder des questions de soci&#233;t&#233;. Tout ceci sans faire du journalisme ni &#171; pr&#233;tendre &#224; l'objectivit&#233; &#187;. D&#232;s lors, le risque n'est-il pas de voir certains bloggers traiter des sujets dont ils ne ma&#238;trisent ni les tenants, ni les aboutissants ? Pour Jay Rosen, directeur du d&#233;partement de journalisme &#224; l'universit&#233; de New York, les lecteurs ont d&#233;sormais pris la parole. Certains se mettent &#224; imaginer de nouvelles sources d'information alternatives aux &#171; anciens &#187; m&#233;dias. D'autres envisagent carr&#233;ment un r&#233;seau plan&#233;taire de &#171; m&#233;dias libres &#187;, tels que les blogs collectifs Indymedia, en mesure de traiter des sujets tus par les m&#233;dias ou encore de les pousser &#224; tenir compte d'informations qui n'auraient jamais &#233;t&#233; port&#233;es &#224; la connaissance du public.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_799 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/042-illust-blog.png&quot; title='' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH236/042-illust-blog-82ab3-59eca.png' width='324' height='236' alt='' style='height:236px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Si vous croyez tout ce que vous lisez, mieux vaut ne pas lire ! &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e en puissance des blogs, ces derni&#232;res ann&#233;es, correspond pour les m&#233;dias traditionnels occidentaux &#224; une p&#233;riode de malaise profond, comme l'illustrent le mea-culpa r&#233;cent du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; sur ses erreurs commises en Irak, les falsifications d'articles au &lt;i&gt;USA Today&lt;/i&gt;, ou encore le sentiment des journalistes am&#233;ricains sur les pressions &#233;conomiques qui feraient &#233;voluer leur m&#233;tier dans le mauvais sens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'avenir de la presse passe par le Net, seuls quelques titres leaders continuent d'investir. Globalement, le r&#233;sultat de ces versions &#233;lectroniques est d&#233;cevant. En fait, dans leur tr&#232;s grande majorit&#233;, ils sont calqu&#233;s sur le mod&#232;le dominant, sans originalit&#233; et ne tirant aucun profit des atouts du Web. Un manque flagrant d'interactivit&#233;, sans prise en compte de l'avis des lecteurs directement en relation avec le contenu des articles ; organisation de la lecture identique &#224; celle du support papier ; discours convenu. Ces faiblesses de la presse en ligne constituent les points forts des blogs et expliquent leurs succ&#232;s aupr&#232;s des internautes ; sans oublier que pour les bloggers, le lecteur n'est pas un consommateur d'information. Des tentatives de r&#233;cup&#233;ration du concept blog ont &#233;t&#233; men&#233;es par la presse &#233;crite (&lt;i&gt;The Guardian, le Wall Street Journal, San Jose Mercury&lt;/i&gt;) avec plus ou moins de succ&#232;s. En France, en mai 2004, Lib&#233;ration, se targuant d'&#234;tre le pr&#233;curseur national, confiait &#224; certains de ses journalistes la mission de recr&#233;er &#224; l'int&#233;rieur du site lib&#233;ration.fr, de v&#233;ritables espaces personnels &#224; travers les &#171; blogs de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#187;. Mais la spontan&#233;it&#233; qui fait le succ&#232;s des blogs peut-elle se d&#233;cr&#233;ter ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La diffusion et l'adoption des blogs ne se limitent pas aux m&#233;dias, journalistes ou autres professionnels en qu&#234;te de reconnaissance. Ainsi, en copiant leurs homologues d'outre-Atlantique o&#249; la bataille des blogs bat son plein dans l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, nos hommes politiques ont investi le terrain. Diff&#233;rentes personnalit&#233;s, comme Dominique Strauss-Kahn ou Alain Lipietz compl&#232;tent dor&#233;navant leur campagne de communication par les blogs. Ces derniers vont au-del&#224; des sites Web des partis politiques qui traitent principalement du d&#233;roulement, des enjeux des &#233;lections, fournissant aux militants de nouveaux mat&#233;riels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le blog de Dominique Strauss-Kahn tente de tisser, sur un ton personnel, &#171; un &#233;change direct &#187; avec le public sur tous les sujets de soci&#233;t&#233;. Pourtant, entre le &#171; Rapport sur le projet europ&#233;en &#187; et l'unique texte sur le &#171; mariage entre personnes de m&#234;me sexe &#187;, le site est ponctu&#233; d'invitations &#224; &#233;couter, voir ou lire DSK dans les m&#233;dias... Somme toute, l'int&#233;r&#234;t d'un tel blog semble fort limit&#233; et surtout, combien de temps tiendront ces hommes politiques ? Le temps d'une pr&#233;-campagne &#233;lectorale, comme le blog de Jean-Fran&#231;ois Cop&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Immanquablement, on cherche &#224; adapter le blog &#224; l'entreprise, march&#233; plus solvable. Au-del&#224; du cas de Microsoft qui a cr&#233;&#233; en 2004, au sein de son site Channel 9, un moblog r&#233;serv&#233; aux d&#233;veloppeurs, l'entreprise pourrait s'approprier le ph&#233;nom&#232;ne, afin d'augmenter son emprise sur son march&#233; et tenter de se rapprocher du consommateur ; ou encore, transformer le concept en outil de communication interne. En d&#233;finitive, le mouvement ne fait que relancer, &#224; peu de frais, l'&#233;ternel discours sur le partage des connaissances, des savoir-faire au sein de l'entreprise dont on sait bien que le principal frein au d&#233;veloppement des nouvelles solutions est bien souvent le chef d'entreprise lui-m&#234;me, sceptique sur l'utilit&#233; de tels outils.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Si vous croyez tout ce que vous lisez, mieux vaut ne pas lire !&lt;/i&gt; &#187; C'est en ces termes qu'un blogger cherche &#224; r&#233;veiller l'esprit critique des ses lecteurs. Selon une &#233;tude r&#233;alis&#233;e par Fernanda Bertini Vi&#233;gas, en janvier 2004, aupr&#232;s de 480 bloggers, 36 % des interrog&#233;s affirment avoir eu des ennuis li&#233;s &#224; la publication d'information, et 12 % des probl&#232;mes juridiques ou professionnels pour les m&#234;mes motifs. Les bloggers n'ont donc qu'&#224; bien se tenir et veiller &#224; la qualit&#233; et au s&#233;rieux des contenus. Par ailleurs, si les risques de d&#233;sinformation sont toujours possibles, l'avantage des blogs sur les m&#233;dias traditionnels est bien de permettre aux utilisateurs de v&#233;rifier, par eux-m&#234;mes, les sources d'information. Sachant que l'objectif du blogger est de conqu&#233;rir et de fid&#233;liser ses lecteurs, sans la d&#233;ontologie des professionnels de l'information, l'enjeu est bien de gagner la confiance, le respect des lecteurs, en veillant &#224; la qualit&#233; de son site et &#224; l'int&#233;r&#234;t de ses liens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les blogs r&#233;pondent &#224; une partie des attentes des internautes, puisque, selon &#171; Pew Internet &#187; de 2004, un peu plus d'un internaute am&#233;ricain sur dix affirme les consulter. En quelques ann&#233;es, nous passons donc du concept d'information sur mesure, &#171; personnalis&#233;e &#187;, sens&#233;e satisfaire l'attente des internautes, &#224; la &#171; personnalit&#233; &#187; de l'auteur qui va filtrer la masse consid&#233;rable d'informations sur le Web, avec un ton tranchant sur les discours convenus des m&#233;dias et dialoguer avec les lecteurs. Gr&#226;ce &#224; l'Internet, une nouvelle &#232;re de d&#233;mocratisation de l'information s'est ouverte o&#249; chacun peut s'exprimer librement. Alors : je blog, donc je suis ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;David Salinenn est charg&#233; de cours au d&#233;partement info-communication de l'IUT de Tours&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Je n'ai pas d'hostilit&#233; de principe &#224; la censure</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Je-n-ai-pas-d-hostilite-de,57.html</link>
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		<dc:date>2006-11-30T21:27:15Z</dc:date>
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		<dc:subject>En ouverture</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
		<dc:subject>Finkielkraut</dc:subject>

		<description>L'auteur de &#171; La d&#233;faite de la pens&#233;e &#187; s'explique. Sur ces m&#233;dias qu'il accuse de &#171; criminaliser Isra&#235;l &#187;. Sur sa participation &#224; des talk-shows. Sur les larmes de Juliette Binoche. Et d'avouer : &#171; J'aurais eu peur d'&#234;tre journaliste. &#187; Aujourd'hui, une partie de la communaut&#233; juive accuse les m&#233;dias d'&#234;tre propalestiniens et de rendre compte de la r&#233;alit&#233; de fa&#231;on partiale. Est-ce votre sentiment ? Il y a peut-&#234;tre une soci&#233;t&#233; du spectacle mais je ne crois pas qu'on puisse parler des m&#233;dias en bloc. Contre la (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L105xH150/arton57-f13b4.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='105' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:105px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;L'auteur de &#171; La d&#233;faite de la pens&#233;e &#187; s'explique. Sur ces m&#233;dias qu'il accuse de &#171; criminaliser Isra&#235;l &#187;. Sur sa participation &#224; des talk-shows. Sur les larmes de Juliette Binoche. Et d'avouer : &#171; &lt;i&gt;J'aurais eu peur d'&#234;tre journaliste.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, une partie de la communaut&#233; juive accuse les m&#233;dias d'&#234;tre propalestiniens et de rendre compte de la r&#233;alit&#233; de fa&#231;on partiale. Est-ce votre sentiment ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a peut-&#234;tre une soci&#233;t&#233; du spectacle mais je ne crois pas qu'on puisse parler des m&#233;dias en bloc. Contre la paresse du concept, nous devons au contraire op&#233;rer sans cesse des distinctions. Reste que la confiance s'est rompue entre les Juifs et la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Les Juifs se sentent mis en cause dans leur &#171; &#234;tre juif &#187; par ce qui leur appara&#238;t comme une criminalisation constante d'Isra&#235;l. Cette criminalisation n'est pas le fait d'institutions, de l'Etat, du gouvernement, elle vient d'en bas, elle &#233;mane de l'opinion et de ceux qui la font, journalistes ou enseignants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a trois ans, j'ai &#233;t&#233; contact&#233; par &lt;i&gt;Radio Communaut&#233; juive&lt;/i&gt;, une des quatre radios qui se partagent la fr&#233;quence juive, et on m'a demand&#233; de venir, chaque dimanche, m'exprimer, r&#233;fl&#233;chir &#224; haute voix sur la confusion des temps, dans une &#233;mission confi&#233;e &#224; Ilana Cicurel. J'ai accept&#233; sans h&#233;siter alors m&#234;me que j'avais vu dans l'apparition des radios communautaires un mauvais coup contre le monde commun. Mais le climat a chang&#233;. Cette radio juive n'est pas pour moi un lieu familial prot&#233;g&#233; du questionnement politique. C'est l&#224; au contraire que je peux parler politique, aller jusqu'au bout de ce que je pense et, si besoin est, critiquer tel ou tel aspect de la politique isra&#233;lienne : personne ne m'attend au tournant, je suis en confiance. Dans l'espace public, au contraire, les d&#233;s sont pip&#233;s : soit j'adh&#232;re &#224; la vision simpliste du conflit, soit je suis class&#233; parmi les assassins. Comme je me refuse au m&#233;lodrame qui &#233;rige les Isra&#233;liens en oppresseurs sadiques et les Palestiniens en victimes absolues, mon compte est bon : je suis Sharon qui est lui-m&#234;me un monstre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'&#234;tes pas aussi libre sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'anime l'&#233;mission &#171; R&#233;pliques &#187; depuis 1985 et j'ai toujours b&#233;n&#233;fici&#233; d'une libert&#233; totale. On ne dit pas : &#171; &lt;i&gt;Finkielkraut est dingue sur Isra&#235;l, sur le reste, &#231;a va.&lt;/i&gt; &#187; Je pense que si on me jugeait dingue sur Isra&#235;l, on me retirerait l'&#233;mission. Non, c'est le public qui me fait peur. L'extr&#234;me gauche progressiste aujourd'hui est nombreuse et chauff&#233;e &#224; blanc. Mon courrier en t&#233;moigne. Ce n'est donc pas sur cette antenne que je peux d&#233;velopper un propos nuanc&#233; au sujet du Moyen-Orient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand Philippe Lan&#231;on dit que vous &#234;tes le &#171; porte-flingue parisien d'Isra&#235;l &#187;, comment le vivez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Philippe Lan&#231;on a exprim&#233; ses regrets pour ces propos. Ils ont, dit-il, d&#233;pass&#233; sa pens&#233;e. J'en suis d'autant plus heureux qu'il est un journaliste pour qui j'ai beaucoup d'estime. Mais le m&#234;me Lan&#231;on a pris parti dans l'affaire m&#233;diatique qui a r&#233;cemment agit&#233; &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; : le renvoi de Miguel Benasayag. Dans la chronique de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; qu'il a consacr&#233;e &#224; cet &#233;v&#233;nement, Lan&#231;on parle d'Alexandre Adler comme d'un &#233;trange et cruel &#171; mythomane sioniste &#187;. Cette phrase m'a sid&#233;r&#233;. Aujourd'hui, le sionisme n'est plus une cat&#233;gorie politique, c'est une insulte, un synonyme de racisme. D'o&#249; l'actuelle douleur des Juifs. La haine d'Isra&#235;l et du nom d'Isra&#235;l s'exprime de nos jours exclusivement dans l'idiome de l'antiracisme et il n'y a aucun moyen de r&#233;primer ni m&#234;me de combattre l'incitation &#224; la haine antiraciste. L'incitation &#224; la haine raciale, on sait comment faire. L'incitation &#224; la haine antiraciste, on ne sait pas. Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment de cette incitation-l&#224; que beaucoup de Juifs se sentent victimes. Tous les m&#233;dias ne sont pas &#224; mettre dans le m&#234;me sac, mais notre &#233;poque a une forte propension &#224; lire le conflit isra&#233;lo-palestinien avec les seules cat&#233;gories du racisme et de l'antiracisme. Les Isra&#233;liens tortionnaires racistes qui pratiquent ou ont pratiqu&#233; la purification ethnique, contre les Palestiniens victimes du racisme. Voil&#224; la vision qui pr&#233;vaut aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez le m&#234;me sentiment, avez-vous expliqu&#233;, en lisant &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Soyons clair : il ne s'agit pas pour moi, contrairement &#224; ce qui est dit sur tous les tons, de soustraire Isra&#235;l &#224; la critique. Il s'agit de soustraire le conflit isra&#233;lo-palestinien &#224; la grille de l'antiracisme. Un exemple : &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a publi&#233;, en juin 2002, une tribune libre de Sami Na&#239;r, Dani&#232;le Sallenave et Edgar Morin, intitul&#233;e &#171; Isra&#235;l-Palestine : le cancer &#187;. Le texte est digne du titre : on y lit que &#171; le peuple &#233;lu agit comme la race sup&#233;rieure &#187; et que cette situation &#171; suscite sans cesse de nouveaux r&#233;sistants, dont de nouvelles bombes humaines &#187;. On lit &#233;galement ceci : &#171; &lt;i&gt;Les Juifs qui furent humili&#233;s, m&#233;pris&#233;s, pers&#233;cut&#233;s, humilient, m&#233;prisent, pers&#233;cutent les Palestiniens. Les Juifs qui furent victimes d'un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens. Les Juifs victimes de l'inhumanit&#233; montrent une terrible inhumanit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Les Juifs, les Juifs, les Juifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; ceux qui ont cru bon de poursuivre les auteurs de l'article devant les tribunaux, Edwy Plenel et Jean-Marie Colombani ne se sont pas content&#233;s de d&#233;fendre la libert&#233; d'expression. Ils ont c&#233;l&#233;br&#233; le texte lui-m&#234;me comme le grand exemple d'une pens&#233;e de la complexit&#233;. Or rabaisser un conflit sur le mod&#232;le de la guerre contre Hitler, ce n'est pas de la complexit&#233;, c'est du simplisme. Dire que les Juifs d'hier sont les nazis d'aujourd'hui, c'est jouer avec le feu. Je me sens de plus en plus &#233;tranger &#224; un espace public o&#249; complexe veut dire idiot.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_793 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/11.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/11-c726d-dcf7a.jpg' width='216' height='324' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-793 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; O&#249; est le pouvoir id&#233;ologique ? Dans les officines du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur ? ou au c&#339;ur de la presse bien-pensante ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous reprochez les amalgames, mais vous les pratiquez aussi parfois. Dans l'&#233;mission &#171; Tout le monde en parle &#187;, vous avez fait pleurer Juliette Binoche qui, pour la premi&#232;re fois, &#233;tait descendue dans la rue pour d&#233;fendre la cause palestinienne. Votre discours n'&#233;tait-il pas un peu r&#233;ducteur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pas fait pleurer Juliette Binoche. Je n'ai pas d&#233;cid&#233; d'&#233;craser, tel un char isra&#233;lien, cette jolie jeune femme. Nous &#233;tions assis c&#244;te &#224; c&#244;te, elle venait de participer &#224; une manifestation propalestinienne et je lui ai simplement dit : &#171; &lt;i&gt; La cause que vous d&#233;fendez est une cause l&#233;gitime, mais ce que r&#233;clame de nous l'exp&#233;rience du XXe si&#232;cle, c'est d'apporter aux Palestiniens, comme &#224; tous les peuples, un soutien &#233;clair&#233;. Je vous demande de les soutenir les yeux ouverts, et je ne crois pas que ce soit ce que vous faites.&lt;/i&gt; &#187; A ma grande surprise, elle s'est mise &#224; pleurer. Quand j'ai vu &#231;a, quand j'ai vu Thierry Ardisson se lever, aller lui essuyer les yeux, puis interrompre l'&#233;mission, puis me dire qu'il n'allait certainement pas couper ce moment intense (&#171; &lt;i&gt;Tu me connais...&lt;/i&gt; &#187;), je me suis dit : c'en est fait de moi, mon compte est bon. A ce moment-l&#224;, Jean-Louis Murat, un chanteur que je rencontrais pour la premi&#232;re fois, m'a mis du baume au c&#339;ur en me disant : &#171; &lt;i&gt;Vous savez, les actrices pleurent comme elles veulent.&lt;/i&gt; &#187; Je ne veux pas mettre en doute la sinc&#233;rit&#233; des larmes de Juliette Binoche. Ce que je constate, c'est que quelqu'un comme Jean-Louis Murat &#233;tait lui-m&#234;me stup&#233;fait de la disproportion entre ce que je disais, le ton que j'employais, et les larmes. Reste &#233;videmment une autre question, qui tient au fonctionnement des m&#233;dias : o&#249; peut-on d&#233;battre ? Ce que Philippe Lan&#231;on me reproche en r&#233;alit&#233;, c'est d'&#234;tre all&#233; me &#171; commettre &#187; chez Ardisson. Quoi ? Le type qui a &#233;crit &#171; La d&#233;faite de la pens&#233;e &#187;, qui donne des le&#231;ons &#224; tout le monde, va dans un des talk-shows parmi les plus vulgaires. A cette &#233;poque, je publiais un livre : &#171; L'imparfait du pr&#233;sent &#187;, dans lequel je dis des choses jug&#233;es r&#233;actionnaires par le nouvel air du temps. Je m'attendais donc, et je n'ai pas &#233;t&#233; d&#233;&#231;u, &#224; &#234;tre sacqu&#233; par la presse bien-pensante. J'ai choisi la t&#233;l&#233;vision comme une instance d'appel contre le pouvoir des m&#233;diateurs. Je ne me repens pas, je ne revendique pas non plus. Mais il faut, pour dispara&#238;tre, plus de courage que je n'en ai.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez particip&#233; &#224; un d&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233; avec Tarik Ramadan ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je m'y suis senti contraint par l'immense retentissement de son article. Dans un texte publi&#233; sur le site du Forum social europ&#233;en, Ramadan avait accus&#233; un certain nombre d'intellectuels juifs de trahir la cause de l'universel en soutenant inconditionnellement la politique criminelle d'Isra&#235;l. J'&#233;tais sur la liste. C'&#233;tait m&#234;me ma photo qui, honneur supr&#234;me, ornait l'article. Ramadan ajoutait que le principal architecte de la guerre en Irak &#233;tait Paul Wolfowitz, &#171; sioniste notoire &#187;. Bref, d'apr&#232;s lui, les Isra&#233;liens &#233;taient les grands tireurs de ficelles de la politique de l'hyperpuissance. C'est quand m&#234;me beaucoup. J'ai d'abord re&#231;u un appel du Nouvel Observateur qui m'a mis au courant de l'article, mais j'ai refus&#233; de r&#233;agir. J'ai pens&#233; na&#239;vement que Ramadan, cette fois, s'&#233;tait discr&#233;dit&#233; tout seul. Puis, j'ai constat&#233; que l'opinion &#233;tait tr&#232;s divis&#233;e, que l'extr&#234;me gauche faisait corps autour de Ramadan et que cet article l'avait transform&#233; de personnalit&#233; connue en homme c&#233;l&#232;bre. Dans ce contexte, j'ai estim&#233; qu'il me fallait lui r&#233;pondre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec qui refuseriez-vous de d&#233;battre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne d&#233;battrais pas avec un n&#233;gationniste. Sauf &#224; voir vaciller le monde m&#234;me, il faut maintenir une ligne de d&#233;marcation tr&#232;s nette entre ce qui rel&#232;ve de l'information et ce qui rel&#232;ve de l'opinion. Les faits ne peuvent pas devenir des opinions. Si les faits deviennent des opinions, c'en est fini du pluralisme. Le pluralisme, c'est le d&#233;saccord sur une m&#234;me r&#233;alit&#233;, un m&#234;me monde. D&#232;s lors qu'il y a autant de mondes que de points de vue, l'espace public se transforme en asile de fous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les journalistes sont les gardiens des v&#233;rit&#233;s factuelles. Celles-ci sont fragiles, menac&#233;es et pas seulement par le pouvoir. Une libert&#233; d'opinion et une libert&#233; d'expression pouss&#233;es &#224; leur paroxysme tuent l'information. Que reste-t-il, en effet, de l'information quand la r&#233;alit&#233; des attentats du 11 septembre est mise sur le m&#234;me plan que l'argumentation de Thierry Meyssan ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etes-vous favorable &#224; l'interdiction de ces discours n&#233;gationnistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pas d'hostilit&#233; de principe &#224; la censure. Toute soci&#233;t&#233; fonctionne sur un certain nombre d'interdits. Il arrive que la censure menace la libert&#233; mais le combat contre toute censure m&#232;ne au nihilisme et le nihilisme - tout est possible, tout est permis, tout est &#233;gal - menace la civilisation. Pourquoi, par exemple, ne pas montrer des films pornographiques &#224; la t&#233;l&#233;vision ? Pour que les enfants et les parents ne regardent pas la m&#234;me chose ensemble. La t&#233;l&#233;vision est un meuble familial. La pornographie n'a pas sa place dans la famille, sauf &#224; penser que ces distinctions m&#234;mes - parents, enfants, jeunes, vieux, etc. - doivent tomber. La signification ultime du refus absolu de la censure, c'est l'abolition de toutes les distinctions : entre les faits et les opinions, entre les diff&#233;rentes classes d'&#226;ge, entre les hommes et les femmes, entre les parents et les enfants. Il est de notre devoir de r&#233;sister &#224; ce mouvement d'indiff&#233;renciation g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous du proc&#232;s de Dieudonn&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai une trop haute id&#233;e de l'humour pour accepter qu'il devienne le nouveau v&#233;hicule de l'ignominie. Je regrette, au risque de vous choquer, que l'Olympia n'ait pas pris la d&#233;cision d'annuler les spectacles de Dieudonn&#233;, en disant que ses propos &#233;taient indignes et qu'ils n'avaient pas leur place dans l'espace public. L'Olympia a annul&#233; le spectacle &#224; la suite des menaces de quelques t&#234;tes br&#251;l&#233;es de la communaut&#233; juive. Il ne s'agissait plus de prot&#233;ger la R&#233;publique, et les Juifs, de cette violence verbale et du mensonge. Il s'agissait de prot&#233;ger Dieudonn&#233; des Juifs. Alors, deux conclusions : primo, ceux qui ont lanc&#233; ces menaces sont des imb&#233;ciles, il ne fallait pas menacer Dieudonn&#233; ; secundo, l'affaire Dieudonn&#233; a fait resurgir l'antis&#233;mitisme dans un milieu qui lui semblait naturellement hostile : le show-business et la jet-set. La jet-set est spontan&#233;ment plan&#233;taire, elle ignore les fronti&#232;res et se moque des pr&#233;jug&#233;s de race et de couleur. Elle milite contre l'exclusion, l'intol&#233;rance, l'homophobie. Mais voici qu'un Noir appara&#238;t comme un martyr de la libert&#233; d'expression. Alors, il a beau dire que les Juifs tout-puissants sont des n&#233;griers reconvertis dans la banque et le terrorisme, il devient de bon ton de le d&#233;fendre contre les censeurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes moins s&#233;v&#232;re avec Oriana Fallaci ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, l&#224; encore, c'est une l&#233;gende qui court sur mon compte. Dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, puis de mani&#232;re toujours plus nette dans &lt;i&gt;Actualit&#233; juive&lt;/i&gt; et dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, j'ai dit qu'en &#233;crivant que &#171; &lt;i&gt;les musulmans se reproduisent comme des rats&lt;/i&gt; &#187;, Oriana Fallaci succombe &#224; la tentation raciste et qu'elle est inexcusable. J'ai &#233;t&#233; tr&#232;s clair. Mais comme je n'avais pas fait de ce livre l'&#233;quivalent anti-islamique de &#171; Bagatelle pour un massacre &#187;, j'ai &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; comme islamophobe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pour Daniel Mermet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Daniel Mermet en Palestine et Isra&#235;l, c'&#233;taient six heures de propagande. Avec des phrases comme celle-ci : &#171; &lt;i&gt;Pendant la guerre, en Isra&#235;l comme ailleurs, en Isra&#235;l plus qu'ailleurs, les affaires continuent.&lt;/i&gt; &#187; J'attends autre chose du service public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'accuseriez-vous d'&#234;tre un journaliste militant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Daniel Mermet est un journaliste hypermilitant, totalement allergique au d&#233;bat. Prenons l'affaire Ramadan. Je con&#231;ois que l'on d&#233;fende Ramadan. Mais alors, la moindre des choses, c'est de le confronter &#224; des gens qui ont pu &#234;tre bless&#233;s par ses attaques, &#224; Andr&#233; Gluksmann par exemple qui ne s'est que tr&#232;s peu exprim&#233; sur Isra&#235;l, &#224; Bernard-Henri L&#233;vy mis en cause pour son soutien &#224; la guerre en Irak alors qu'il a d&#233;fendu la position fran&#231;aise : il y avait donc quelques adversaires qui auraient pu le mettre un peu en difficult&#233;. Je ne parle pas de moi, en l'occurrence. Mais qu'a fait Daniel Mermet ? Il a invit&#233; des gens exclusivement favorables &#224; Ramadan. Daniel Mermet estime qu'il incarne la contestation, et la contestation n'est pas contestable puisqu'elle conteste. Il y a l&#224; un v&#233;ritable fanatisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y-a-t-il une diff&#233;rence entre un journaliste militant et un journaliste qui d&#233;fend des opinions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a, en tout cas, une diff&#233;rence entre un journaliste qui fait de la propagande et un journaliste qui d&#233;fend des opinions. Lors d'un d&#233;bat, si vous vous sentez partie prenante, vous devez mettre un point d'honneur &#224; faire entendre les voix de ceux qui ne sont pas d'accord avec vous. Et c'est ce que j'essaie de faire, &#224; mon modeste niveau, &#224; &#171; R&#233;pliques &#187; sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;. A la suite de son article sur le &#171; cancer isra&#235;lo-palestinien &#187;, j'ai invit&#233; Edgar Morin, et je l'ai invit&#233; seul afin d'&#233;viter la situation du deux contre un. Je pense que les contestataires patent&#233;s pourraient se plier &#224; la m&#234;me discipline. Mais ils ne le font pas parce que c'est le propre de la contestation de se sentir incontestable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour le reste, un journaliste engag&#233;, qui va l&#224; o&#249; est l'&#233;v&#233;nement, doit sans cesse s'obliger &#224; tracer cette ligne de d&#233;marcation dont je parlais tout &#224; l'heure entre le fait et l'opinion. C'est absolument capital, et tr&#232;s difficile ; mais si on ne s'y oblige pas, il y a des faits que l'on dissimule parce que, pr&#233;cis&#233;ment, ils desservent votre id&#233;ologie. Le journalisme, c'est quoi ? D&#232;s lors qu'on ne le pense pas simplement dans le face-&#224;-face glorieux, h&#233;ro&#239;que avec le pouvoir, c'est le lieu de r&#233;sistance des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques &#224; l'id&#233;ologie, c'est-&#224;-dire aux grands r&#233;cits qui se donnent pour vocation d'embrasser la r&#233;alit&#233; pass&#233;e, pr&#233;sente et future. La lutte des classes est devenue une id&#233;ologie quand on a tout expliqu&#233; en fonction de l'exploitation. L'antiracisme devient une id&#233;ologie quand on explique tout dans les termes d'une logique de l'exclusion, de la discrimination. Heureusement, il y a les faits. Les faits rappellent toutes les id&#233;ologies &#224; l'ordre de la contingence. Et les journalistes rappellent les faits. Sauf quand ils succombent eux-m&#234;mes &#224; l'id&#233;ologie. C'est le cas aujourd'hui du journal Le Monde : ce quotidien a mis pr&#232;s de trois ans &#224; reconna&#238;tre la r&#233;alit&#233; du nouvel antis&#233;mitisme. Le m&#234;me journal a pris la t&#234;te de la campagne contre Renaud Camus car l'antis&#233;mitisme dont &#233;tait accus&#233; cet &#233;crivain solitaire r&#233;pondait &#224; l'id&#233;e pr&#233;con&#231;ue que Le Monde se faisait de l'antis&#233;mitisme : une saloperie fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_794 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/06.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L222xH324/06-8c328-a26dc.jpg' width='222' height='324' alt='' style='height:324px;width:222px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Est-ce que le journalisme, ce doit &#234;tre le trou de la serrure ? Est-ce que vous avez choisi d'&#234;tre journaliste pour &#231;a ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;dias seraient donc partisans ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les chemins du mensonge sont pav&#233;s de bonnes intentions. Prenez la question de l'ins&#233;curit&#233;. Beaucoup de journalistes aujourd'hui nous expliquent que l'ins&#233;curit&#233; est un fantasme. Pourquoi ? Pour des raisons &#224; caract&#232;re id&#233;ologique. Face &#224; des faits massifs et perturbateurs, on pratique presque syst&#233;matiquement, dans les m&#233;dias m&#234;mes, la d&#233;n&#233;gation. On s'est &#233;mu tr&#232;s longuement des quinze jours d'insistance sur l'ins&#233;curit&#233; qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle et qui ont pr&#233;tendument fait le succ&#232;s de Le Pen. Mais on aurait d&#251; s'&#233;mouvoir des longues ann&#233;es de d&#233;n&#233;gation qui, &#224; mon avis, expliquent bien davantage le score du Front National. Quand le sens commun est insult&#233; &#224; ce point, &#231;a peut rendre les gens fous ! Jospin aurait dit un jour : &#171; &lt;i&gt; On ne gouverne pas contre Le Monde.&lt;/i&gt; &#187; Alors, o&#249; est le pouvoir id&#233;ologique ? Dans les officines du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur ? Ou au c&#339;ur de la presse bien-pensante ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;crit, en parlant des m&#233;dias : &#171; la triste exception fran&#231;aise du copinage g&#233;n&#233;ralis&#233; &#187;. Un autre travers de la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, il tient, je crois, au centralisme fran&#231;ais. La France ne sera jamais, comme l'Italie ou l'Allemagne, un pays polycentrique. Tout se passe &#224; Paris. De plus, la France n'a pas r&#233;ussi, comme l'Angleterre, &#224; s'offrir plusieurs journaux nationaux de m&#234;me qualit&#233; et de m&#234;me dimension. Le magist&#232;re du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; est aujourd'hui &#233;vident et pour de longues ann&#233;es encore. Je ne crois pas en l'innocence ; il y a et il y aura toujours des ph&#233;nom&#232;nes de copinage, mais c'est en France qu'ils prennent la forme la plus &#233;hont&#233;e. Notre pays n'a pas su &#233;laborer une v&#233;ritable d&#233;ontologie journalistique. J'ai vu ce qui s'est pass&#233; au &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; apr&#232;s l'affaire de ce journaliste qui avait bidonn&#233; des informations. Il n'y a pas d'&#233;quivalent en France. Quand un journal est accus&#233; de faits pr&#233;cis, il r&#233;pond par une d&#233;nonciation du complot et du retour de l'id&#233;ologie fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &#171; Les nouveaux chiens de garde &#187;, Serge Halimi qualifie certains journalistes de serviteurs du grand capital. Etes-vous d'accord ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai essay&#233; de d&#233;battre avec Serge Halimi, qui a refus&#233; de participer &#224; mon &#233;mission, comme d'ailleurs &#224; d'autres &#233;missions sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;. Je conteste l'id&#233;e selon laquelle notre soci&#233;t&#233; est divis&#233;e en deux camps : celui des opprim&#233;s et de la v&#233;rit&#233;, du juste et du vrai, le camp de Serge Halimi ; face &#224; lui, le camp des serviteurs de la domination. Cela conduit Serge Halimi &#224; multiplier les amalgames, &#224; faire comme si je pensais comme Alain Touraine, comme si je n'avais aucune divergence avec Bernard-Henri L&#233;vy et tout &#224; l'avenant. En outre, Serge Halimi ne peut pas pratiquer autre chose que l'insulte : les nouveaux chiens de garde, comme leur nom &#233;l&#233;gant l'indique, sont &#224; la fois des ignorants - la v&#233;rit&#233; est progressiste - et des m&#233;chants, puisqu'ils mettent leur talent purement rh&#233;torique au service de l'injustice et de l'oppression. Le totalitarisme ne commence pas avec &#171; Big Brother &#187;, il faut bien une pens&#233;e qui nous m&#232;ne &#224; lui. Or, cette pens&#233;e, c'est pr&#233;cis&#233;ment la division de l'humanit&#233; en deux blocs. Au bout du compte, l'humanit&#233; v&#233;ritable est r&#233;serv&#233;e &#224; un seul camp, et nous ne sommes rien d'autre que les ennemis du genre humain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les ann&#233;es soixante-dix, vous avez trait&#233; avec Pascal Bruckner de l'&#233;mancipation des m&#339;urs. Quel regard portez-vous aujourd'hui sur la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis que j'ai &#233;crit avec Pascal Bruckner &#171; Le nouveau d&#233;sordre amoureux &#187; et &#171; Au coin de la rue l'aventure &#187;, j'ai chang&#233;, m&#251;ri, vieilli, mais ce sont des livres dont je ne renie ni l'euphorie, ni l'inspiration. Il ne s'agissait pas de nous inscrire dans le grand mouvement de lib&#233;ration sexuelle, mais bien plut&#244;t d'essayer de pr&#233;server la beaut&#233; de l'amour du discours de lib&#233;ration. L'orgasme comme r&#233;volution, c'&#233;tait notre cible. Quand je vois la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;, quand je vois aujourd'hui les m&#233;faits de cette indiff&#233;renciation dont j'ai d&#233;j&#224; parl&#233;, je suis catastroph&#233;. Je pense que nous vivons une gigantesque &#171; d&#233;s&#233;rotisation &#187; du monde. L'amour, l'&#233;rotisme, l'excitation m&#234;me ont besoin de distinction, de s&#233;paration, de porte, de mur. Je suis horrifi&#233; par ce monde o&#249; les &#233;crans ont remplac&#233; les rideaux. Triste aussi, parce que ceux qui s'en &#233;meuvent sont imm&#233;diatement qualifi&#233;s de rabat-joie, de censeurs. C'est extraordinaire de voir aujourd'hui comment la &#171; d&#233;s&#233;rotisation &#187; du monde va de pair avec le discours de la lib&#233;ration absolue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous critiquez les m&#233;dias, mais vous les pratiquez beaucoup...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Essayez d'entendre ce que j'ai dit, je ne fais pas une critique des m&#233;dias. A partir du moment o&#249; je crois &#224; l'existence des v&#233;rit&#233;s factuelles, je pense que les journalistes ont une fonction essentielle dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous faites tout de m&#234;me une critique radicale du fonctionnement des m&#233;dias.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, mais il y a beaucoup d'intellectuels qui &#233;prouvent &#224; l'&#233;gard du journaliste en tant que tel de la condescendance et m&#234;me du m&#233;pris : le journaliste serait superficiel, la v&#233;rit&#233; toujours plus profonde. Je crois pour ma part que les v&#233;rit&#233;s factuelles sont fragiles et que c'est au journaliste de les rapporter pour nous vacciner contre notre propre tentation id&#233;ologique. Il faut que nous ayons une place en nous pour les v&#233;rit&#233;s qui nous sont d&#233;sagr&#233;ables. Pour moi aussi, il existe des v&#233;rit&#233;s sur le Moyen-Orient qui sont d&#233;sagr&#233;ables. Et il y en a tous les jours. Sans les journalistes, ces faits-l&#224;, je ne les conna&#238;trais pas. Dans le conflit entre syst&#232;me et r&#233;alit&#233;, c'est toujours la r&#233;alit&#233; qui c&#233;derait le pas face au syst&#232;me, s'il n'y avait le journalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois aussi que le droit de savoir ne doit pas couvrir l'indiscr&#233;tion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Ce qui est peut-&#234;tre une meilleure r&#233;ponse &#224; votre question. Je pense &#224; une phrase magnifique de Soljenitsyne disant qu'il y a aussi un droit de ne pas savoir, de ne pas encombrer notre &#226;me cr&#233;&#233;e par Dieu avec des comm&#233;rages, avec des potins et des racontars. On n'a pas besoin de croire en Dieu pour donner raison &#224; Soljenitsyne. Ce n'est pas la vocation des journalistes que de photographier l'agonie de Lady Di. Et quand je lis dans l'&#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; que l'un des paparazzi &#233;tait &#224; Sarajevo, je me dis qu'il y a quelque chose de pourri pour que l'on puisse mettre les deux activit&#233;s sur le m&#234;me plan ou, pire encore, l&#233;gitimer l'une par l'autre. La solidarit&#233; pouss&#233;e &#224; cette extr&#233;mit&#233; a un nom : corporatisme. Il y a une dimension de la vie qui doit &#234;tre pr&#233;serv&#233;e, c'est le secret.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Personne n'est oblig&#233; de regarder la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, mais la paresse est au fond de l'&#234;tre humain. Tout ce qui est d'acc&#232;s imm&#233;diat est pr&#233;f&#233;rable &#224; ce qui demande de se creuser un peu la t&#234;te. Il y a sans doute aussi en nous une sorte de pulsion &#224; regarder les choses par le trou de la serrure. C'est extraordinaire, le trou de la serrure. Est-ce que le journalisme, ce doit &#234;tre le trou de la serrure ? Est-ce que vous avez choisi d'&#234;tre journaliste pour &#231;a ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'avez jamais &#233;t&#233; tent&#233; par le journalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'aurais peur du journalisme. Je r&#233;fl&#233;chis tout le temps, je ne publie pas &#233;norm&#233;ment : &#233;crire me donne le trac. Et je me souviens de ce qui m'est arriv&#233; la premi&#232;re fois que j'ai fait du journalisme. C'&#233;tait en 1979. Michel Foucault avait cr&#233;&#233; une petite cellule intellectuelle qui faisait du &#171; reportage d'id&#233;es &#187; pour le &lt;i&gt;Corriere della Sierra&lt;/i&gt;. J'&#233;tais parti aux Etats-Unis pour faire une enqu&#234;te sur ce que l'on appelait alors la &#171; nouvelle droite &#187;. J'&#233;tais terroris&#233;, je n'avais pas confiance en moi. Dans l'avion, avant m&#234;me d'avoir rencontr&#233; quelqu'un, j'essayais de commencer mon article. Je me souviens m'&#234;tre install&#233; dans un bureau de l'universit&#233; de Berkeley et d'avoir t&#233;l&#233;phon&#233; &#224; mes parents en pleurant : &#171; &lt;i&gt;Je ne peux pas, je n'y arrive pas, je vais tout arr&#234;ter, je vais d&#233;missionner.&lt;/i&gt; &#187; J'ai surmont&#233; cette angoisse et j'ai fini par &#233;crire les six articles qui m'&#233;taient demand&#233;s. Et j'ai beau avoir pris de la bouteille, la peur m'habite toujours. Le journaliste, c'est celui qui doit promettre, et tenir ses promesses en temps voulu. J'ai toujours trouv&#233; que cela avait quelque chose de surhumain. Vous voyez, les raisons pour lesquelles je ne fais pas de journalisme tiennent &#224; ma propre disposition, &#224; ma propre fragilit&#233; intime, mais certainement pas &#224; un quelconque m&#233;pris que j'&#233;prouverais pour cette profession. &lt;i&gt;
Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par Alain Finkielkraut.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &quot;un m&#233;tier de schizophr&#232;ne&quot; </title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Le m&#233;tier de journaliste est un m&#233;tier de schizophr&#232;ne. Pas dans le travail lui-m&#234;me, le quotidien des enqu&#234;tes, des reportages, de la r&#233;flexion &#233;ditoriale. Mais dans l'image que le journaliste se fait de son propre m&#233;tier, &#224; travers celle qui est commun&#233;ment v&#233;hicul&#233;e. Tout le monde a un point de vue sur le journalisme. Ce qui est un juste retour des choses, puisque les journalistes ont un point de vue sur tout. Ce point de vue, d'ailleurs, contribue pour une bonne part &#224; fabriquer ce qu'on appelle (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton59-c7d0b.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='100' class='spip_logos' style='height:100px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le m&#233;tier de journaliste est un m&#233;tier de schizophr&#232;ne. Pas dans le travail lui-m&#234;me, le quotidien des enqu&#234;tes, des reportages, de la r&#233;flexion &#233;ditoriale. Mais dans l'image que le journaliste se fait de son propre m&#233;tier, &#224; travers celle qui est commun&#233;ment v&#233;hicul&#233;e. Tout le monde a un point de vue sur le journalisme. Ce qui est un juste retour des choses, puisque les journalistes ont un point de vue sur tout. Ce point de vue, d'ailleurs, contribue pour une bonne part &#224; fabriquer ce qu'on appelle l'opinion. Ce qui fait que, la plupart du temps, quand les journalistes &#233;crivent &#171; on pense que, on dit que... &#187;, ils rapportent une opinion qu'ils ont eux-m&#234;mes forg&#233;e. La boucle est boucl&#233;e quand ils citent &#171; des milieux g&#233;n&#233;ralement bien inform&#233;s &#187;. Par qui, sinon par eux-m&#234;mes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette &#171; circulation circulaire de l'information &#187;, comme disait Bourdieu, n'est pas pour rien dans la mise en cause de ce que l'on appelle &#171; pens&#233;e unique &#187;, &#171; bien-pensance m&#233;diatique &#187; ou ce que vous voulez. Dont serait coupable la classe journalistique dans son ensemble. La chasse aux journalistes est ainsi devenue, depuis plusieurs ann&#233;es, l'un des sports les plus en vogue. Au hasard : ils trafiquent les faits, manipulent la v&#233;rit&#233;, ils sont copains comme cochons avec les politiques, ils sont sous la coupe du pouvoir &#233;conomique, ils refl&#232;tent l'id&#233;ologie dominante, ils sont superficiels, ils travaillent trop vite, ils sont coup&#233;s de la vie r&#233;elle, ils sont versatiles, ils sacrifient tout aux scoops, etc, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et c'est l&#224; que le journaliste devient schizophr&#232;ne. Quand il lit certaines de ces charges, de ces diatribes, il est exasp&#233;r&#233; par leur mauvaise foi. Par leurs pr&#233;suppos&#233;s id&#233;ologiques, leur sectarisme dogmatique. Par leur ignorance, aussi. Combien de ces contempteurs des m&#233;dias savent-ils r&#233;ellement comment travaillent les journalistes ? Combien sont venus voir, de pr&#232;s, comment on fabrique un journal ? C'est pratique, de mettre tous les journalistes dans le m&#234;me sac, de leur pr&#234;ter le m&#234;me cynisme, la m&#234;me soumission aux lois du march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme si les journalistes ne se posaient jamais de questions sur leur propre travail, comme si la plus petite enqu&#234;te, le plus banal reportage, ne soulevaient jamais chez eux la moindre interrogation, le moindre scrupule. Comme si les choix r&#233;dactionnels ne faisaient pas l'objet de d&#233;bats, de discussions, de controverses. Le journaliste sait qu'il n'est pas infaillible. Il en fait r&#233;guli&#232;rement la douloureuse exp&#233;rience. Il lui arrive de se tromper. De se faire manipuler. Mais entre les contraintes de temps, de longueur, celles de la &#171; commande &#187;, de l'attente des lecteurs, et le respect des faits, du r&#233;el, il trace son chemin du mieux qu'il peut, sous l'&#339;il de sa conscience. Et l'image qu'on se fait de lui, de son m&#233;tier, lui semble souvent caricaturale, insupportable. Injuste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, quand il s'arr&#234;te devant un kiosque et qu'il regarde les unes de tous les journaux, de tous les magazines, il lui arrive d'&#234;tre submerg&#233; par le d&#233;couragement. Il se demande s'il fait bien le m&#234;me m&#233;tier que tous ceux qui fabriquent ces journaux tapageurs, rentre-dedans, d&#233;magogiques, soumis aux diktats de la mode, aux caprices de l'air du temps, envahis par les recettes pour maigrir ou les r&#233;v&#233;lations sur qui est avec qui. Il voit, aussi, les manchettes de journaux r&#233;put&#233;s s&#233;rieux qui, parfois, le font douter de son propre engagement professionnel. Il reste l&#224;, devant le kiosque, h&#233;b&#233;t&#233;, comme saisi d'un vertige existentiel. Il se dit que si les journalistes se font taper dessus, ils ne l'ont vraiment pas vol&#233;. Que raconte donc cette masse de papier, que r&#233;v&#232;lent ces milliers de photos ? Quelle vision de l'homme, du monde, propagent tous ces journaux ? Journaliste, il a envie de d&#233;noncer le journalisme. Il a honte. Il est effar&#233; par le vide, la b&#234;tise, la vulgarit&#233;, la l&#226;chet&#233;. Mais il suffit qu'il entende, le soir m&#234;me, autour d'une table : &#171; &lt;i&gt;c'est encore une invention de journalistes&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;les journalistes racontent vraiment n'importe quoi&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;de toute fa&#231;on, ils sont tous pourris&lt;/i&gt; &#187; pour qu'il se sente bless&#233; dans ce qu'il a de plus intime. Pour qu'il ait envie de d&#233;fendre ces journalistes dont vient tout le mal, ces boucs &#233;missaires que s'invente la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi est le journaliste : un jour, il a envie d'&#233;crire un pamphlet qui d&#233;noncera les impostures, les d&#233;rives, les compromissions de sa profession. Le lendemain, il br&#251;le de r&#233;gler leur compte aux donneurs de le&#231;ons professionnels, aux impr&#233;cateurs de service, aux petits ma&#238;tres qui se font un nom sur le dos des autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est aussi pour cela qu'il fait ce m&#233;tier-l&#224; et qu'il l'aime : parce qu'il l'oblige sans cesse &#224; se faire l'avocat et le procureur de sa propre pratique. Journaliste de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>ma vie avec les m&#233;dias</title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
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		<dc:subject>Le Pen</dc:subject>

		<description>Le pr&#233;sident du Front national persiste &#224; se pr&#233;senter en victime, mais en veut moins aux journalistes qu'on ne l'aurait cru. Il d&#233;fend l'investigation et le secteur public. Apr&#232;s un demi-si&#232;cle de vie publique, consid&#233;rez-vous que vos relations avec les m&#233;dias ont &#233;t&#233; positives ou n&#233;gatives pour votre carri&#232;re ? Il ne peut pas y avoir de carri&#232;re politique dans un syst&#232;me d&#233;mocratique sans l'intervention des m&#233;dias. Ils sont le passage oblig&#233; entre discours et public, pour autant qu'ils en retransmettent (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-le-pen,161-+.html" rel="tag"&gt;Le Pen&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH149/arton60-68c18.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='149' class='spip_logos' style='height:149px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Le pr&#233;sident du Front national persiste &#224; se pr&#233;senter en victime, mais en veut moins aux journalistes qu'on ne l'aurait cru. Il d&#233;fend l'investigation et le secteur public.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s un demi-si&#232;cle de vie publique, consid&#233;rez-vous que vos relations avec les m&#233;dias ont &#233;t&#233; positives ou n&#233;gatives pour votre carri&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir de carri&#232;re politique dans un syst&#232;me d&#233;mocratique sans l'intervention des m&#233;dias. Ils sont le passage oblig&#233; entre discours et public, pour autant qu'ils en retransmettent l'int&#233;gralit&#233;. Mais tout cela a beaucoup &#233;volu&#233; en un demi-si&#232;cle. Le r&#244;le de la t&#233;l&#233;vision, par exemple, n'a cess&#233; de grandir par rapport &#224; la radio ou &#224; la presse &#233;crite. L'attitude des m&#233;dias &#224; mon &#233;gard est assez diff&#233;rente de celle qu'elle &#233;tait &#224; mes d&#233;buts. On appelle cela commun&#233;ment &#171; la diabolisation de Le Pen &#187;, et pendant longtemps, les journalistes qui prenaient le risque de rapporter fid&#232;lement mes propos &#233;taient s&#233;v&#232;rement critiqu&#233;s, voire boycott&#233;s dans l'exercice de leur profession. Certains m'ont fait l'aveu d'&#234;tre pass&#233;s devant de v&#233;ritables tribunaux &#233;rig&#233;s par leurs coll&#232;gues pour qu'ils se justifient d'avoir &#171; servi la soupe &#224; Le Pen &#187;. Ce qui voulait dire reproduire ses propos sans commentaires hostiles, sans pr&#233;sentation n&#233;gative. Encore aujourd'hui, je ne suis jamais invit&#233; aux &#233;missions de vari&#233;t&#233;s, o&#249; l'on re&#231;oit parfois les hommes politiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous regrettez de ne pas &#234;tre invit&#233; dans ces &#233;missions de divertissement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas exactement du divertissement. L'&#233;mission de Drucker, par exemple, permet &#224; un homme politique de pr&#233;senter, &#224; une heure de grande &#233;coute, d'autres aspects de sa personnalit&#233;, de faire venir sur le plateau des amis qui sont charg&#233;s de dire du bien de lui. Or, Michel Drucker a affirm&#233; que jamais il ne recevrait Le Pen. De la m&#234;me mani&#232;re, Madame Sinclair avait d&#233;clar&#233;, alors qu'elle animait une grande &#233;mission politique : &#171; &lt;i&gt;Jamais je n'inviterai Le Pen.&lt;/i&gt; &#187; Et ce ne sont pas des cas isol&#233;s. J'ai donc &#233;t&#233; exclu de toute une partie de la communication, celle qui permet g&#233;n&#233;ralement &#224; un homme politique de pr&#233;senter d'autres facettes de sa personnalit&#233; : son caract&#232;re, ses centres d'int&#233;r&#234;ts, ses go&#251;ts, en mati&#232;re culturelle, artistique, musicale, etc. Je suis un ami des b&#234;tes, j'ai beaucoup d'animaux, des chats, des chiens : jamais je n'ai eu un seul reportage sur cet aspect de ma personnalit&#233;. J'ai vu les chiens de Monsieur Chirac, ceux de Monsieur Mitterrand. J'ai vu les chats de tel ou tel autre. Le Pen non. Le Pen est forc&#233;ment d&#233;moniaque, il ne peut pas &#234;tre vraiment humain. Tout ce qui le rapproche d'un &#234;tre normal, en quelque sorte le favorise. Si je peux me montrer tel que je suis, alors g&#233;n&#233;ralement je gagne des voix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais cette diabolisation dont vous parlez, ne vous a-t-elle pas &#233;galement servi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, jamais. J'aime mieux &#234;tre aim&#233; que d&#233;test&#233;. Or j'ai la r&#233;putation d'&#234;tre l'homme le plus d&#233;test&#233; de France. Je suis celui qu'on voit en queue de liste dans les diff&#233;rents sondages de popularit&#233;. Heureusement, cela n'est pas tout &#224; fait confirm&#233; par les &#233;lections... Tout de m&#234;me, il y a un parti pris du monde m&#233;diatique. Les commentaires des m&#233;dias - c'est un peu moins vrai maintenant - campaient volontiers un personnage que l'on peut ais&#233;ment d&#233;tester.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Il y a, en France, des sujets qui sont tabous, que l'on n'a m&#234;me pas le droit d'&#233;voquer ou d'effleurer, sous peine de tomber sous les accusations de l'Inquisition. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous vous consid&#233;rez plut&#244;t comme une victime ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est tout &#224; fait clair, &#224; quelques exceptions pr&#232;s. Par exemple, dans l'une des &#233;missions dont j'ai &#233;t&#233; la vedette et dont le promoteur a &#233;t&#233; accus&#233; d'avoir servi ma promotion politique. C'&#233;tait &#171; L'heure de v&#233;rit&#233; &#187; qui &#233;tait n&#233;anmoins con&#231;ue comme une sorte de tribunal r&#233;volutionnaire. Il y avait quatre intervenants. Trois vous prenaient sous le feu crois&#233; de leurs questions : le second lan&#231;ait une question avant que j'aie pu r&#233;pondre au premier de fa&#231;on &#224; me d&#233;stabiliser et &#224; me faire sortir de mes gonds. Lors de l'une de ces &#233;missions, au moment o&#249; la musique commence et o&#249; j'entre sur le plateau, quelqu'un m'aborde par derri&#232;re et me dit : &#171; &lt;i&gt;Monsieur Le Pen, votre fille est &#224; l'h&#244;pital, mais ce n'est pas grave, ce n'est pas mortel.&lt;/i&gt; &#187; Il se trouve que ma fille &#233;tait sur le plateau, heureusement ! Mais c'&#233;tait fait pour tenter de me troubler. Quoi qu'il en soit, Fran&#231;ois-Henri de Virieu a avou&#233; lui-m&#234;me qu'il avait &#233;t&#233; l'objet de pressions &#233;normes et de menaces diverses pour ne plus m'inviter. Mais il a tenu bon.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains vous accusent d'utiliser ce statut de victime &#224; votre avantage, et de temps en temps de le susciter !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pense que c'est ce que Dutroux doit dire des filles qu'il a tortur&#233;es ! Qu'elles y prenaient un certain plaisir et qu'il en a fait des vedettes aujourd'hui ! C'est ridicule !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez eu plusieurs fois des probl&#232;mes avec les m&#233;dias autour de ce qu'on a appel&#233; les &#171; d&#233;rapages &#187; de Jean-Marie Le Pen.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qu'on a qualifi&#233; comme tel ! C'est un d&#233;rapage si on le qualifie de &#171; d&#233;rapage &#187; plut&#244;t que d'&#171; expression d'une opinion &#187;. Alors, ces d&#233;rapages, c'&#233;tait quoi ? On a exploit&#233;, durant ces 20 derni&#232;res ann&#233;es de vie politique, ce que j'avais dit &#224; la radio, dans une &#233;mission de &lt;i&gt;RTL&lt;/i&gt;, sur les chambres &#224; gaz. J'ai r&#233;pondu que je n'&#233;tais pas un sp&#233;cialiste de la question, que je n'en avais jamais vues, et j'ai poursuivi : &#171; &lt;i&gt;Je ne dis pas qu'elles n'ont pas exist&#233;, mais en tout &#233;tat de cause, c'est un point de d&#233;tail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale.&lt;/i&gt; &#187; Ce qui est tout &#224; fait &#233;vident. Si on prend dix histoires de ce conflit et qu'on y regarde la place des chambres &#224; gaz, ce sont quatre lignes sur 2 500 pages. Vous n'avez qu'&#224; examiner tous les M&#233;moires : ceux de Churchill, Staline, de Gaulle, ou Eisenhower, aucun ne mentionne l'existence des chambres &#224; gaz. D&#232;s lors, qu'y avait-il d'outrageant ou d'insultant dans ce que j'ai dit ? Cela ne faisait que refl&#233;ter mon opinion. Cinq jours plus tard, je faisais une conf&#233;rence de presse &#224; l'Assembl&#233;e nationale. Et j'ai dit : &#171; &lt;i&gt;Si j'ai pu blesser quelqu'un, je le regrette car je suis moi-m&#234;me victime de guerre, je suis moi-m&#234;me pupille de la nation, par cons&#233;quent je comprends tr&#232;s bien la douleur des gens qui ont perdu des proches pendant la guerre.&lt;/i&gt; &#187; Il y a un journal qui a sauv&#233; l'honneur de la profession, c'est le &lt;i&gt;Quotidien de Paris&lt;/i&gt;, avec Philippe Tesson et Dominique Jamet, qui ont publi&#233; l'int&#233;gralit&#233; de ma conf&#233;rence de presse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le deuxi&#232;me &#171; d&#233;rapage &#187;, c'est &#171; Durafour cr&#233;matoire &#187;, lors d'un discours de banquet &#224; propos d'un monsieur qui avait dit : &#171; &lt;i&gt;Il faut exterminer le Front national&lt;/i&gt; &#187;. Plusieurs ann&#233;es auparavant, &lt;i&gt;Le Canard Encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; avait mis en manchette &#171; le colonel Dufour... cr&#233;matoire &#187;. C'est tout &#224; fait normal, c'est un journal satirique et de gauche. Il ne peut donc y avoir d'intention malicieuse. Tandis que Le Pen, qu'est-ce qu'il a voulu dire ? Monsieur Durafour n'&#233;tait pas juif, il n'y avait absolument aucun rapport, gu&#232;re qu'une onomatop&#233;e, une assonance. Voil&#224;, ces deux choses-l&#224;, ce sont les &#171; d&#233;rapages &#187; de Le Pen.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous connaissez bien les m&#233;dias. Regrettez-vous d'avoir, avec ces mots, pr&#234;t&#233; le flanc &#224; vos adversaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si je raisonne ainsi, je m'interdis tout ! Je viens d'&#234;tre condamn&#233; &#224; 25 000 euros d'amende, et encore j'ai &#233;chapp&#233; &#224; ce que demandait le parquet de la R&#233;publique - c'est-&#224;-dire monsieur Raffarin et monsieur Chirac - &#224; savoir un an d'in&#233;ligibilit&#233; et deux mois de prison, pour avoir dit : &#171; &lt;i&gt; Il y a aujourd'hui cinq millions de musulmans en France, quand ils seront 25 millions, nous serons oblig&#233;s de raser les murs et de descendre du trottoir.&lt;/i&gt; &#187; Je suis condamn&#233;. Il y a, en France, des sujets qui sont tabous, que l'on n'a m&#234;me pas le droit d'&#233;voquer ou d'effleurer, sous peine de tomber sous les accusations de l'Inquisition. Il est interdit, en France, de se r&#233;f&#233;rer &#224; la pr&#233;f&#233;rence nationale. On n'a pas le droit de dire en France qu'un Fran&#231;ais devrait avoir plus de droits qu'un &#233;tranger. C'est une proposition jug&#233;e moralement condamnable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne pouvez tout de m&#234;me pas dire que vous &#234;tes ignor&#233; des m&#233;dias.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Prenons l'exemple des &#233;lections europ&#233;ennes. La base de calcul du temps d'antenne n'&#233;tait pas le nombre de d&#233;put&#233;s europ&#233;ens, mais celui des d&#233;put&#233;s fran&#231;ais de l'Assembl&#233;e nationale. C'est aberrant, mais c'est comme cela. Cela aurait pu &#234;tre aussi le nombre de partis repr&#233;sent&#233;s au conseil municipal de Cajarc ! Et comme nous ne sommes pas repr&#233;sent&#233;s &#224; l'Assembl&#233;e nationale...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et vous, que regardez-vous ? Qu'&#233;coutez-vous ? Que lisez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je lis beaucoup de journaux, sans parler de la revue de presse des &#233;ditoriaux de la presse r&#233;gionale que je re&#231;ois par fax dans la matin&#233;e. Ajoutez &#224; cela les mensuels, les hebdos, les d&#233;p&#234;ches &lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt;, mais aussi les livres ! Et les livres, vous savez qu'il en sort en France 14 000 par an. Heureusement, j'ai des insomnies la nuit. Je dors quatre heures, je lis une heure et je redors trois heures. Je lis donc au moins une heure par jour de livre ! Et je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'hommes politiques qui le fassent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On dit de vous que vous regardez beaucoup la t&#233;l&#233;vision ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, j'aime beaucoup la t&#233;l&#233;vision. La t&#233;l&#233;vision est, comme la langue d'Esope, la meilleure et la pire chose du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais que regardez-vous &#224; la t&#233;l&#233;vision ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des d&#233;bats, et puis des &#233;missions simplement pour me faire une opinion. Je jette au moins un coup d'&#339;il sur les &#233;missions de t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; pour savoir de quoi il retourne. J'aime bien les films, et je les regarde souvent &#224; la t&#233;l&#233;vision : pour des raisons de s&#233;curit&#233;, on me conseille de ne pas aller dans les cin&#233;mas. J'&#233;coute la radio &#233;galement : le matin, je zappe un peu entre &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt; et&lt;i&gt; RTL&lt;/i&gt;. Je prends &lt;i&gt;France Info&lt;/i&gt; sur mon parcours automobile pour venir ici. En m&#234;me temps, j'ai lu &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; en prenant mon petit d&#233;jeuner, et dans ma voiture, j'ai &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;France Soir&lt;/i&gt;. En arrivant &#224; mon bureau, je trouve &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En mati&#232;re d'information, que trouvez-vous le plus satisfaisant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt; pour les informations brutes, et &lt;i&gt;France Info&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre journal pr&#233;f&#233;r&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'aime assez &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. Je lis, c'est vrai, moins souvent &lt;i&gt;l'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, encore qu'ils aient fait de gros progr&#232;s de pr&#233;sentation depuis qu'ils sont largement subventionn&#233;s par les capitalistes fran&#231;ais... J'appr&#233;cie &#233;galement de regarder le journal t&#233;l&#233;vis&#233; le midi en d&#233;jeunant, bien que ce ne soit pas tr&#232;s bon pour la di&#233;t&#233;tique...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez un pr&#233;sentateur pr&#233;f&#233;r&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Patrick Poivre d'Arvor... mais j'aime bien les dames aussi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes un gros consommateur de m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, par n&#233;cessit&#233; et par go&#251;t.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'avez-vous pas &#233;t&#233; journaliste durant quelques mois ? C'est m&#234;me le seul moment o&#249; vous avez &#233;t&#233; salari&#233;, quand vous travailliez pour &lt;i&gt;Minute&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, j'&#233;tais directeur de la publicit&#233;, pas journaliste. En revanche, j'ai effectivement &#233;t&#233; journaliste, et j'avais la meilleure r&#233;daction du monde, &#224; la fin de mon s&#233;jour en Indochine o&#249;, avec Jacques Peyrat qui &#233;tait mon camarade de bataillon, nous avons anim&#233; &lt;i&gt;Caravelle&lt;/i&gt;, le journal du corps exp&#233;ditionnaire. Puis j'ai lanc&#233; un journal politique. En r&#233;alit&#233;, il s'agissait d'une s&#233;lection d'articles de la presse que j'&#233;clairais par un &#233;ditorial de pr&#233;sentation, lequel a pris de plus en plus d'importance. C'est l&#224; que j'ai un petit peu touch&#233; au journalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez des amis parmi les journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, encore que certains craignent d'&#234;tre eux-m&#234;mes victimes de la contagion pers&#233;cutoire... M&#234;me chose lorsque je croisais monsieur Giscard d'Estaing dans les couloirs du Parlement europ&#233;en, il ne me saluait que si nous &#233;tions seuls.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous des journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le probl&#232;me, ce sont les &#233;coles de journalisme. Elles sont marxistes, pour ne pas dire extr&#233;mistes. Prenons l'&#233;cole de journalisme du Louvre, par exemple. L&#224;-bas, le Parti communiste c'est l'extr&#234;me droite. Il y a toute la gamme des autres extr&#233;mismes : mao&#239;stes, trotskistes, de diff&#233;rentes couleurs d'ailleurs. Alors il faut un certain temps au journaliste qui sort de cette &#233;cole pour s'adapter &#224; la r&#233;alit&#233; des choses et juger par lui-m&#234;me. C'est un petit peu comme les jeunes gens qui sortent de nos lyc&#233;es. Comme notre enseignement est marxiste, les jeunes sortent marxistes. Et puis la vie &#233;tant ce qu'elle est, ils font leur propre exp&#233;rience. On peut voir d'ailleurs la diff&#233;rence de vote des 18-24 ans et des 25-34 ans.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_795 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Scan002-Le-Pen.jpg&quot; title='Photos : G&#233;rard Rancinan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH324/Scan002-Le-Pen-923c8-d1315.jpg' width='324' height='324' alt='Photos : G&#233;rard Rancinan' style='height:324px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-795 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;Photos : G&#233;rard Rancinan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Lorsque je croisais monsieur Giscard d'Estaing dans les couloirs du Parlement europ&#233;en, il ne me saluait que si nous &#233;tions seuls. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y-a-t-il quelque chose qui reste comme votre pire souvenir d'une rencontre avec les m&#233;dias, et comme votre meilleur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un des meilleurs, c'est peut-&#234;tre ma rencontre avec Dan Rather, le c&#233;l&#232;bre journaliste de &lt;i&gt;CBS&lt;/i&gt;. J'ai b&#233;n&#233;fici&#233; d'une interview d'une demi-heure, alors que d'habitude avec lui, c'est dix minutes. Et c'&#233;tait tr&#232;s int&#233;ressant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mieux qu'avec des journalistes fran&#231;ais ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Il avait la r&#233;putation de bousculer ses interlocuteurs, y compris le pr&#233;sident de la R&#233;publique. Il a &#233;t&#233; avec moi extr&#234;mement courtois, correct. Il m'a juste fait une remarque &#224; un moment. Il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Ici, c'est moi qui pose les questions.&lt;/i&gt; &#187; J'avais r&#233;pondu &#224; une question par une autre question. Mon plus mauvais souvenir avec les m&#233;dias, c'est peut-&#234;tre le premier d&#233;bat avec Tapie o&#249; il cherchait la provocation physique. C'&#233;tait le d&#233;bat sur &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt;, anim&#233; par PPDA. D'ailleurs, initialement, Tapie n'&#233;tait pas pr&#233;vu au programme. Ce qui &#233;tait pr&#233;vu, c'&#233;tait les t&#234;tes de listes et au dernier moment, c'est Tapie qui les a remplac&#233;es. C'&#233;tait de la provocation, du genre : &#171; &lt;i&gt;Sors si t'es un homme&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est votre pire souvenir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, j'ai aussi &#233;t&#233; tr&#232;s choqu&#233; par certaines &#233;missions comme &#171; Droit de savoir &#187; et &#171; Envoy&#233; sp&#233;cial &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais l&#224;, il s'agissait de reportages ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, de propagande dont j'&#233;tais la cible, sans pouvoir r&#233;pondre. Un des derniers contacts d&#233;plaisants que j'ai eus avec les journalistes, c'est avec Serge Moati. En d&#233;but de campagne, Moati, qui est un homme assez agr&#233;able, assez souriant, m'a demand&#233; s'il pouvait me suivre pendant la pr&#233;sidentielle. Nous n'avons rien &#224; cacher, aussi l'y ai-je autoris&#233;, bien que je sache qu'il est socialiste. Je dois dire que l'&#233;mission qu'il a tir&#233;e de ces 20 heures de tournage m'a beaucoup d&#233;&#231;u. Il a replong&#233; dans &#171; le d&#233;tail &#187;, dans l'affaire de Carpentras, dans les &#171; d&#233;rapages &#187;, etc. Il a transform&#233; son reportage en &#233;mission de propagande. Mais peut-&#234;tre a-t-il d&#251; le faire ? C'est le cas de beaucoup de journalistes...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des incidents - et pas seulement verbaux - ont oppos&#233; votre service d'ordre &#224; des journalistes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des incidents de quel genre ? Il n'y en a pas &#224; la f&#234;te de l'&lt;i&gt;Humanit&#233;&lt;/i&gt; ? Il n'y en a pas avec le service d'ordre du Parti socialiste ? On a m&#234;me instaur&#233; un syst&#232;me &#224; la grande f&#234;te &#171; Bleu-blanc-rouge &#187; - o&#249; n'importe qui peut entrer, il suffit de payer - pour prot&#233;ger les journalistes des provocateurs ou des gens qu'on ne conna&#238;t pas. On propose aux journalistes d'&#234;tre prot&#233;g&#233;s. Ensuite, ils acceptent ou non...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous condamnez ces incidents ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'ils sont du fait de mon service d'ordre, oui. Mais vous savez, il y a aussi des gens qui se conduisent tr&#232;s mal dans la profession. En 30 ans de vie du Front national, avez-vous eu connaissance d'incidents s&#233;rieux ? C'est vrai, il y a eu des incidents entre la presse et moi. Quand, par exemple, nous avons propos&#233; que les m&#233;dias soient r&#233;glement&#233;s comme les autres pouvoirs, encadr&#233;s ne serait-ce que par une d&#233;ontologie professionnelle. Du coup, chaque fois que j'arrivais &#224; une tribune, les journalistes qui &#233;taient au premier rang se levaient et sortaient. Un autre incident, au Crillon cette fois, o&#249; les provocateurs professionnels de monsieur Karl Z&#233;ro posaient des questions incongrues en conf&#233;rence de presse, et o&#249; j'ai r&#233;pondu &#171; No comment. &#187; Eh bien, tous les journalistes - sauf celui du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; - sont sortis par solidarit&#233; avec le propos provocateur de Jean-Paul Lepers qui est un professionnel en la mati&#232;re. Voil&#224; le genre d'incidents qui ont &#233;maill&#233; ma vie politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui vos rapports avec la presse sont moins conflictuels ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, on se rencontre quelquefois dans des d&#233;jeuners aux si&#232;ges des journaux, ou encore, nous les invitons. On se conna&#238;t mieux, et donc cela se passe mieux. Mais ce ne sont pas toujours les journalistes eux-m&#234;mes qui posent probl&#232;me. C'est souvent &#224; l'&#233;chelon de leur r&#233;daction en chef, ou de leur direction. En particulier, les titres sont fr&#233;quemment modifi&#233;s, quelquefois sans rapport avec le contenu de l'article.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous vous &#234;tes plaint &#224; plusieurs reprises au cours de cet entretien de la diabolisation dont vous feriez l'objet. Est-ce qu'elle s'&#233;tend aujourd'hui &#224; votre fille ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marine, c'est un cas un peu particulier. Les gens se sont demand&#233;s si j'avais pouss&#233; Marine parce qu'elle &#233;tait ma fille. En r&#233;alit&#233;, ce sont les m&#233;dias qui l'ont faite. Marine est comme un cheval de course. Les amateurs et les professionnels du turf ont regard&#233;, ont trouv&#233; qu'elle avait des qualit&#233;s, et ce sont eux qui l'ont promue.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le mensonge est le principe g&#233;n&#233;ral de la vie politique fran&#231;aise. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Finalement, les m&#233;dias ne sont pas si mal ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils sont un point de passage n&#233;cessaire. On ne peut qu'aspirer &#224; avoir les relations les meilleures possible avec des gens dont va d&#233;pendre le passage de votre message au grand public. Mais ce n'est pas toujours facile, et quelquefois la malveillance est d&#233;lib&#233;r&#233;e ou affich&#233;e. Ou l'ostracisme ! Alors qu'apr&#232;s tout ils sont, pour certains, fonctionnaires de l'administration dans des radios ou des t&#233;l&#233;visions d'&#201;tat. Ce qui me choque, ce sont ceux qui &#233;crivent sans se donner la peine de venir &#224; la source. J'ai vu sortir des livres sur moi, &#233;crits par des gens qui ne s'&#233;taient m&#234;me pas donn&#233; la peine de solliciter un entretien de deux heures. Je trouve cela d&#233;ontologiquement condamnable. Il me para&#238;t tr&#232;s difficile d'&#233;crire sur quelqu'un que l'on n'a m&#234;me pas rencontr&#233; physiquement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un Fran&#231;ais sur deux ne croit pas &#224; l'information qui leur est propos&#233;e. Qu'en pensez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois que ce n'est pas de la faute des journalistes. Le mensonge est le principe g&#233;n&#233;ral de la vie politique fran&#231;aise. Tous les chiffres sont faux, truqu&#233;s. Qu'il s'agisse des crimes et d&#233;lits ou du nombre de ch&#244;meurs. Tout le monde le sait. On manipule, on en retire... Or, dans une d&#233;mocratie qui se respecte, il devrait y avoir un culte de la v&#233;rit&#233; de l'information &#224; l'&#233;gard du public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'en veux aussi &#224; ceux qui pr&#233;tendent faire de l'information et qui, en r&#233;alit&#233;, politisent leur message. Je ne pense pas &#224; l'&lt;i&gt;Humanit&#233;&lt;/i&gt;. C'est l'organe du Parti communiste, on le sait. Mais quand &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; s'intitule &#171; journal d'information &#187;, tout le monde sait que c'est un journal d'influence trotskiste. Il y a tromperie sur la marchandise. On est loin du journal de r&#233;f&#233;rence... Il y a l&#224; des d&#233;rives que, peut-&#234;tre, une chambre d&#233;ontologique pourrait corriger ou m&#234;me sanctionner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Globalement vous diriez, en 50 ans de vie politique, que la presse s'est am&#233;lior&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai de l'estime et de l'admiration pour la vraie presse d'investigation. Pour ceux qui r&#233;v&#232;lent des choses, qui vont au fond des dossiers. J'ai rencontr&#233;, il y a quelque temps, un journaliste - de gauche - qui m'a r&#233;v&#233;l&#233; enqu&#234;ter depuis des mois sur l'accident d'AZF, et il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Je vous garantis &#224; 99,9 % que c'est un attentat, et que tout le monde le sait.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce journalisme d'investigation, vous le trouvez o&#249; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parfois dans &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Le Figaro Magazine&lt;/i&gt;, parfois aussi dans le &lt;i&gt;Nouvel Observateur.&lt;/i&gt; De temps en temps, il y a des perc&#233;es. Et c'est cela qui m'int&#233;resse. Car il y a en France - et c'est insupportable - des sujets tabous ! L'immigration est un sujet dont il est mals&#233;ant et m&#234;me dangereux de s'occuper. On ne veut pas donner les chiffres. Il faut faire des recoupements extr&#234;mement complexes &#224; partir des donn&#233;es de l'&#201;ducation nationale, &#224; partir des prestataires de l'Aide m&#233;dicale d'&#201;tat, etc. Et on s'aper&#231;oit que certaines personnes, qui n'ont pas le droit d'&#234;tre en France, b&#233;n&#233;ficient de notre syst&#232;me de sant&#233;, pay&#233; par le peuple fran&#231;ais. Quand vous exprimez une opinion comme celle-ci, qui n'est pas insultante, vous &#234;tes condamn&#233; ! Or, c'est non seulement mon droit, mais mon devoir d'avoir une totale libert&#233; d'expression sur ces sujets-l&#224; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes donc pour une libert&#233; d'expression totale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. J'ai entendu l'autre jour une heure d'&#233;mission sur &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt; sur la fellation, pendant laquelle rien ne nous &#233;tait &#233;pargn&#233;, ni le go&#251;t, ni l'odeur, en long, en large, en travers... Je crois &#233;galement qu'on peut se passer d'un article de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; dans lequel on voit deux dames avec un godemich&#233; &#224; la main et o&#249; on nous explique que gr&#226;ce &#224; cela, les Am&#233;ricaines ont r&#233;solu leurs probl&#232;mes sentimentaux...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela vous choque ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un peu, oui. Cela ne me choque pas dans Play-Boy ou dans Lui. Mais je suis choqu&#233; quand - &#224; une heure o&#249; les enfants peuvent regarder la t&#233;l&#233;vision - on voit deux femmes se rouler un patin et se passer la main entre les jambes. Oui, c'est vrai, cela me choque. Je suis un vieil officier de la L&#233;gion, j'ai &#233;t&#233; pr&#233;sident d'associations d'&#233;tudiants : je ne suis pas b&#233;gueule, mais cette d&#233;gradation progressive de la morale et de la morale sociale dans les m&#233;dias m'inqui&#232;te car elle est commun&#233;ment admise. On peut pratiquement parler de tout, sauf de certains sujets politiques. Avec des exc&#232;s insupportables ! Aujourd'hui, si vous ne vous d&#233;clarez pas en faveur de l'homosexualit&#233;, vous &#234;tes r&#233;put&#233; homophobe. La neutralit&#233; n'existe pas. Vous n'&#234;tes pas pour, donc vous &#234;tes contre. Et vous &#234;tes stigmatis&#233;. Or je pense que la libert&#233; d'opinion, c'est aussi avoir la libert&#233; de ne pas avoir d'opinion sur un certain nombre de sujets.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etes-vous pour un service public dans l'audiovisuel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis en faveur d'un secteur &#233;tatique de l'information. Je pense que l'&#201;tat doit &#234;tre en mesure de s'exprimer - et pas seulement dans le concert g&#233;n&#233;ral de l'information.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais aujourd'hui on ne peut pas dire que le secteur public soit le porte-parole de l'&#201;tat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, mais il pourrait l'&#234;tre. Je pense qu'il y a n&#233;cessit&#233; que l'&#201;tat puisse s'exprimer quoi qu'en pensent les m&#233;dias. Je suis donc pour un service public relativement limit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous seriez donc d&#233;favorable &#224; la privatisation de &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma foi, oui. Il y a d'autres cha&#238;nes. Sont-elles plus libres ? Je n'en suis pas s&#251;r.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par Jean-Marie Le Pen.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Un suisse passe &#224; l'Est </title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Patron de presse, Michael Ringier cultive la discr&#233;tion. Ce Suisse exerce pourtant une influence croissante. En particulier, dans les pays d'Europe orientale et centrale. Mais aussi en France. Mai 2004, h&#244;tel Bristol. Ils sont venus, ils sont tous l&#224;. Depuis 17 ans, Michael Ringier pr&#233;sente &#224; Paris, en mai, les comptes du groupe de presse &#233;ponyme. Et, chaque fois, les salons du Bristol semblent exigus. Pour rien au monde, correspondants de grandes agences internationales, gens de presse, (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Patron de presse, Michael Ringier cultive la discr&#233;tion. Ce Suisse exerce pourtant une influence croissante. En particulier, dans les pays d'Europe orientale et centrale. Mais aussi en France.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mai 2004, h&#244;tel Bristol. Ils sont venus, ils sont tous l&#224;. Depuis 17 ans, Michael Ringier pr&#233;sente &#224; Paris, en mai, les comptes du groupe de presse &#233;ponyme. Et, chaque fois, les salons du Bristol semblent exigus. Pour rien au monde, correspondants de grandes agences internationales, gens de presse, analystes financiers, lobbyistes, &#233;minences grises, comploteurs, ne manqueraient le rendez-vous. Certains ne se revoient qu'&#224; cette occasion. D'autres y viennent pour cette m&#234;me raison. Bien entendu, les journalistes forment le gros du bataillon. A croire que pour un rubriquard &#171; m&#233;dias &#187;, manquer la conf&#233;rence de presse de Michael Ringier au Bristol, ce serait comme rater le Festival de Cannes pour un critique de cin&#233;ma...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Assis autour de l'immense table, on reconna&#238;t, au hasard, Philippe Thureau-Dangin, directeur de la r&#233;daction de &lt;i&gt;Courrier International&lt;/i&gt;, un directeur artistique inspirateur de 50 % des maquettes de presse qui ont compt&#233; ces 20 derni&#232;res ann&#233;es, ou encore Philippe Robinet, consid&#233;r&#233; comme le chef de file de la nouvelle &#233;dition fran&#231;aise... Tous ont &#233;t&#233; convi&#233;s par Jean-Cl&#233;ment Texier, le Talleyrand de la presse, dont les r&#233;seaux dans les m&#233;dias et la finance sont sans &#233;quivalent connu. Affluence record donc pour un homme et un groupe dont l'activit&#233; en France tutoie le z&#233;ro absolu !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il fut un temps o&#249; le groupe Ringier &#233;ditait, depuis Paris, un superbe magazine culturel francophone, Emois ; un temps o&#249; l'entreprise suisse de presse &#233;tait actionnaire du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt;... Mais aujourd'hui, rien. Si ce n'est la pr&#233;sence du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dans le capital du grand quotidien de Suisse romande, &lt;i&gt;Le Temps&lt;/i&gt;, dont Ringier est l'actionnaire majoritaire... Voil&#224; pourquoi, avec la distance et l'ironie dont on dit qu'elle est la marque de fabrique des &#226;mes bien n&#233;es, Michael Ringier s'amuse de tant de popularit&#233; et entame son intervention par un dr&#244;le de constat : &#171; &lt;i&gt;Les matins doivent &#234;tre ennuyeux &#224; Paris pour qu'il y ait encore une fois autant de monde autour de la table.&lt;/i&gt; &#187; Une sorte de miroir aux Helv&#232;tes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Faussement modeste, Michael Ringier. Car le propri&#233;taire du premier groupe de presse suisse compte chaque jour davantage parmi les acteurs essentiels de la communication et des m&#233;dias. Europ&#233;en convaincu, il est aujourd'hui l'une des passerelles entre la vieille et la nouvelle Europe. Amusant pour un Suisse... Ce r&#244;le, ce destin, il le doit &#224; sa volont&#233; d'investir dans les pays issus de l'ex-bloc communiste. &#171; &lt;i&gt;J'ai eu la chance extraordinaire de pouvoir vivre mon m&#233;tier au moment de la chute du mur&lt;/i&gt; &#187;, se f&#233;licite-t-il. A force de volont&#233;, il est devenu le premier &#233;diteur de presse en Roumanie, en R&#233;publique tch&#232;que, en Slovaquie et en Hongrie. Le groupe suisse &#233;dite une grande partie des quotidiens populaires de ces pays, et publie des magazines people, de t&#233;l&#233;vision ou d'&#233;conomie. Ringier est aussi l'actionnaire principal du premier journal populaire de Serbie, &lt;i&gt;Blic&lt;/i&gt;. Sa singularit&#233; &#233;ditoriale tient dans ce subtil &#233;quilibre : que populaire ne verse pas dans populisme. De fait, le groupe Ringier assure le gros de la pr&#233;sence francophone en Europe centrale et orientale, face aux int&#233;r&#234;ts principalement allemands et am&#233;ricains. &#171; &lt;i&gt;Nous avons commenc&#233; dans un petit pays o&#249;, pour nous d&#233;velopper, il fallait se diversifier. Cela explique notre capacit&#233; &#224; faire toutes sortes de presse&lt;/i&gt; &#187;, analyse Michael Ringier. Issu d'un petit pays, il n'a eu de cesse d'investir dans d'autres petits pays. Du moins en Europe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car Ringier, cela se sait peu, est sans doute l'&#233;diteur occidental le mieux implant&#233; en Chine. Au pays du matin calme, il publie 17 magazines, tr&#232;s sp&#233;cialis&#233;s, qui repr&#233;sentent un chiffre d'affaires des plus modestes : 12 millions d'euros. &#171; &lt;i&gt;Je suis pragmatique, s'il y a de la place pour un quotidien de qualit&#233;, je tente l'aventure ; si cela ne semble pas r&#233;aliste, je regarde vers la presse quotidienne populaire, ou bien encore je d&#233;veloppe des magazines ou des titres de niche.&lt;/i&gt; &#187; L'homme ne cherche pas &#224; se donner le beau r&#244;le. Il entend d'abord exercer son m&#233;tier d'&#233;diteur et consid&#232;re que la rentabilit&#233; de ses op&#233;rations est la meilleure garantie de son ind&#233;pendance. Son groupe, 100 % familial, est l'un des derniers ind&#233;pendants &#224; ce niveau d'influence. Il y a quelques mois, un projet de rapprochement avec Springer mena&#231;ait de bouleverser la r&#233;partition du pouvoir. L'accord aurait port&#233; Ringier aux tout premiers rangs mondiaux de l'&#233;dition, au prix d'une perte de souverainet&#233; de la famille. &#171; &lt;i&gt; Je n'ai pas eu envie de perdre une partie du contr&#244;le. C'&#233;tait trop t&#244;t ou trop tard.&lt;/i&gt; &#187; Il est des habitudes dont on a du mal &#224; se d&#233;faire. En affaires aussi, le c&#233;libat a ses bons c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De fa&#231;on plus anecdotique, l'&#233;diteur suisse vient de r&#233;aliser sa premi&#232;re perc&#233;e outre-Rhin en cr&#233;ant &lt;i&gt;Cicero&lt;/i&gt;, sorte de &lt;i&gt;New Yorker&lt;/i&gt; germanique, haut de gamme litt&#233;raire, griff&#233; par les grandes plumes allemandes. Fa&#231;on d'irriguer le p&#244;le &#171; livres &#187; du groupe. Car Ringier ne s'est pas limit&#233; &#224; la presse et &#224; l'impression, ses deux activit&#233;s d'origine. &#171; &lt;i&gt;Notre m&#233;tier,&lt;/i&gt; pr&#233;cise-t-il, &lt;i&gt;c'est l'information et le contenu.&lt;/i&gt; &#187; Ainsi le groupe produit quelques &#233;missions, en particulier pour la T&#233;l&#233;vision suisse romande. Voil&#224; pourquoi les visiteurs des salons de l'h&#244;tel Bristol sont si nombreux. Chaque ann&#233;e, ils viennent dans le secret espoir d'apprendre que Michael Ringier a d&#233;cid&#233; de passer &#224; l'offensive en terre gauloise et que de nouveaux espaces vont s'ouvrir. Et chaque ann&#233;e, l'espoir est d&#233;&#231;u. Chaque ann&#233;e, les visiteurs du matin se promettent d'&#234;tre patients et de revenir l'ann&#233;e suivante...&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_796 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/cicero2.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L252xH324/cicero2-ede52-e78a6.jpg' width='252' height='324' alt='' style='height:324px;width:252px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Ce millionnaire aime l'odeur de l'encre, l'attente haletante de l'information et du scoop, le stress des d&#233;lais. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'homme porte beau. Son compatriote capital, Albert Cohen, aurait pu y reconna&#238;tre son Solal. Mince et &#233;lanc&#233;, le visage &#233;maci&#233;, Michael Ringier, polyglotte, h&#233;ritier d'une des grandes fortunes vaudoises, longtemps joueur de tennis class&#233;, avait tout pour &#233;largir le cercle des dandys inutiles. Il aurait alors figur&#233; dans certains des magazines qu'il &#233;dite aujourd'hui. Mais voil&#224;, l'homme s'est d&#233;couvert une passion : &#171; &lt;i&gt;Ma formation, c'est dix ans de journalisme, dont sept ans en Allemagne.&lt;/i&gt; &#187; Pas de grandes &#233;coles prestigieuses &#224; son actif mais une immersion sans retenue dans les tourbillons des r&#233;dactions. Ce millionnaire aime l'odeur de l'encre, le toucher du papier, le jeu des maquettes, l'attente haletante de l'information et du scoop, le stress des d&#233;lais, les discussions sans fin sur les bons et les mauvais &#171; sujets &#187;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Michael Ringier n'a jamais eu besoin de tuer le p&#232;re. Son grand-p&#232;re s'en est charg&#233; avant lui. Le fondateur de la dynastie, homme d'industrie et de presse remarquable, cr&#233;a une imprimerie et des journaux pour la faire tourner. Il a v&#233;cu jusqu'&#224; 93 ans, faisant dire aujourd'hui &#224; son petit-fils que lui-m&#234;me est peut-&#234;tre &#171; une menace g&#233;n&#233;tique pour l'entreprise &#187;. Cette long&#233;vit&#233; n'a gu&#232;re permis au fils du fondateur de se faire une place ni dans l'entreprise ni dans la profession. Le p&#232;re de Michael Ringier aura surtout pass&#233; sa vie &#224; voyager &#224; travers le monde. Au cours de ses p&#233;riples, il aura plus d'une fois fait escale en France. Car on aime la France chez les Ringier. Et sans rancune, puisqu'ils sont les descendants de huguenots fran&#231;ais venus trouver refuge dans les cantons suisses au XVIIe si&#232;cle. Aujourd'hui encore, Michael Ringier vient trois ou quatre fois par an en France. Il adore le style de vie et appr&#233;cie les rencontres organis&#233;es avec des &#233;diteurs et surtout leurs auteurs qui enrichissent sa r&#233;flexion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la mort du fondateur, son fils aura le bon go&#251;t de ne pas chercher &#224; imprimer sa marque. &#201;l&#233;gamment, il passera le flambeau &#224; son fils, apr&#232;s qu'un maire du palais eut g&#233;r&#233; l'affaire durant une dizaine d'ann&#233;es. Une p&#233;riode suffisamment longue pour que celui-ci p&#251;t se former et faire ses premi&#232;res armes de manager de presse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Michael Ringier a toujours pris plus de plaisir et mis plus de passion dans la m&#233;canique &#233;ditoriale que dans le m&#233;cano financier. Quoique... Ce Suisse spinoziste n'entend pas pour autant poser au m&#233;c&#232;ne dilapideur de fortune familiale. Il n'aime rien tant que les rencontres avec des intellectuels, des sportifs, des membres de la classe politique. &#171; &lt;i&gt;Je ne peux pas lire les journaux qui sont imprim&#233;s en mon nom : c'est donc &#224; travers des &#233;changes directs que j'arrive &#224; comprendre la r&#233;alit&#233; de ces pays&lt;/i&gt; &#187;, explique-t-il. Partout en Europe centrale, il joue cette carte. Et cela lui r&#233;ussit plut&#244;t bien. &#171; &lt;i&gt;Je ne suis pas une menace pour les pouvoirs en place&lt;/i&gt; &#187;, assure Michael Ringier. Un seul exemple : &#171; &lt;i&gt;Le pr&#233;sident roumain m'a salu&#233; comme son homme de presse favori car je suis le seul &#224; ne pas vouloir prendre sa place ou exercer une influence pour promouvoir d'autres affaires.&lt;/i&gt; &#187; Le patron de presse aime faire de la politique sans aller &#224; l'affrontement direct mais en ayant conscience de son influence : &#171; &lt;i&gt;J'ai,&lt;/i&gt; reconna&#238;t-il, &lt;i&gt;tous les avantages de la politique li&#233;s aux d&#233;bats d'id&#233;es et aux rencontres, sans en subir les inconv&#233;nients.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Ringier, cela se sait peu, est sans doute l'&#233;diteur occidental le mieux implant&#233; en Chine. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Michael Ringier a la chance de pouvoir faire uniquement ce qui lui pla&#238;t : le d&#233;veloppement de ses titres, les rencontres en altitude, l'&#233;change approfondi avec les journalistes. Aucune nouvelle maquette n'est valid&#233;e sans son assentiment, sans qu'il se soit pench&#233; avec passion sur son &#233;quilibre et sa coh&#233;rence. Il est pr&#234;t &#224; prendre des risques et lui aussi a laiss&#233; quelques plumes dans l'Internet. Moins que d'autres. On doit d'ailleurs &#224; ses &#233;quipes le pionnier de la cyberpresse francophone, webdo.ch, qui, dans les ann&#233;es 2000, faisait r&#233;f&#233;rence sur la Toile pour son inventivit&#233; r&#233;dactionnelle. Pour autant, Michael Ringier ne cherche pas &#224; surfer sur l'&#233;cume de la mode, m&#234;me s'il d&#233;clare sans d&#233;tour qu'il faut savoir &#234;tre opportuniste. &#171; &lt;i&gt;Je me m&#233;fie des choses trendy&lt;/i&gt; &#187;, affirme-t-il en homme pos&#233; pour qui suivre l'air du temps ne peut suffire &#224; assurer la p&#233;rennit&#233; de son groupe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En revanche, il sait prendre des risques et forcer la chance. Son fonctionnement laisse de c&#244;t&#233; a priori et biens&#233;ances. &#171; &lt;i&gt;On essaie, et si cela marche, on continue ; sinon il ne faut pas h&#233;siter &#224; arr&#234;ter&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume-t-il. Dans l'entreprise, les r&#244;les sont fort bien d&#233;finis : Martin Werfeli, pr&#233;sident du directoire, assure la gestion et le d&#233;veloppement industriel et commercial du groupe, tandis que Michael Ringier se r&#233;serve les aspects &#233;ditoriaux. Le plus souvent, il est accompagn&#233; par Jacques Pillet, le &#171; journaliste r&#233;f&#233;rence &#187; qui a r&#233;volutionn&#233; la presse suisse en inventant &lt;i&gt;l'Hebdo&lt;/i&gt;, un news proche d'un magazine comme &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;. Ironie et humour en plus. Dans le groupe Ringier, le pouvoir v&#233;ritable s'exerce au sein du comit&#233; d'&#233;thique, institu&#233; par Michael Ringier, lequel se penche r&#233;guli&#232;rement sur la qualit&#233; des articles, les erreurs commises, les d&#233;rapages possibles. &#171; &lt;i&gt; Lorsque l'on se trompe, il importe de le dire tout de suite et de chercher les modifications permettant que cela ne se reproduise plus.&lt;/i&gt; &#187; Ce sage pragmatisme suisse ressemble &#224; une profession de foi. Est-il exportable ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>le clan des journalistes</title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
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		<description>Le Clan des journalistes

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no2,3-.html" rel="directory"&gt;n&#176;2&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-en-une,63-+.html" rel="tag"&gt;en UNE&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-kahn,131-+.html" rel="tag"&gt;Kahn&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton62-55017.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Existe-t-il une id&#233;ologie journalistique ? Le fondateur de &lt;i&gt;L'Ev&#233;nement du jeudi&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; penche plut&#244;t pour un discours fait de connivences tacites et de centralisme absolu.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, vous revenez souvent sur la question de la cr&#233;dibilit&#233;, du s&#233;rieux des journalistes. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pas cette impression. Paradoxalement, le journal qui rel&#232;ve le plus syst&#233;matiquement les entorses &#224; la d&#233;ontologie, &#224; la publication d'informations discutables, c'est &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;. Mais il ne les rel&#232;ve pas quand c'est lui qui les commet...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Prenons un exemple. Nous avons regrett&#233;, comme beaucoup, que certains m&#233;dias colportent de pr&#233;tendues informations sur des soir&#233;es sado-masochistes auxquelles Dominique Baudis aurait particip&#233;. D'embl&#233;e, nous n'y avons pas cru et nous avons montr&#233; que cela ne tenait pas la route. Mais qui est responsable de la propagation de ces mensonges ? Les m&#233;dias bien s&#251;r, mais avant tout &#171; l'intoxicateur &#187;, en l'occurrence un gendarme. Cinq minutes de r&#233;flexion auraient d&#251; suffire &#224; &#233;carter ces rumeurs. Qu'un ancien maire, un centriste mod&#233;r&#233; qui a peur de son ombre, qui regarde &#224; droite et &#224; gauche chaque fois qu'il fait un pas, qui ne dit jamais un mot plus haut que l'autre, aille dans un bouge de sa ville, se livre &#224; des horreurs devant des dizaines de personnes qui peuvent le d&#233;noncer d&#232;s le lendemain, &#231;a ne tient pas debout. C'est tellement effarant que nous avons - comme d'autres - essay&#233; d'analyser comment des m&#233;dias pouvaient intoxiquer et &#234;tre intoxiqu&#233;s comme cela. Mais ce n'est pas notre sp&#233;cialit&#233; de rechercher les erreurs et les fautes de la presse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce le fait de tel ou tel journaliste, ou d'un mode de fonctionnement des m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce cas-l&#224;, nos propres investigations tendent &#224; montrer que tout a &#233;t&#233; organis&#233; par un ou deux gendarmes li&#233;s &#224; deux, voire trois journalistes. C'est ce noyau qui a irradi&#233; l'ensemble des m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#234;me chose sur d'autres affaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le noyau &#224; la base des rumeurs reprises par la presse est souvent tr&#232;s petit. Mais d'habitude, ce sont plut&#244;t des informations de type id&#233;ologique. Prenons un autre exemple : la responsabilit&#233; de l'arm&#233;e dans les massacres en Alg&#233;rie. Nous continuons &#224; penser qu'il s'agit d'une d&#233;sinformation, d'une intoxication terrible pour affirmer que ce n'&#233;tait pas les islamistes, mais l'arm&#233;e qui &#233;tait responsable de ces assassinats. Deux ou trois personnes sont &#224; l'origine de cette propagation : Fran&#231;ois G&#232;ze des &#201;ditions La D&#233;couverte, Jos&#233; Gar&#231;on de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, Jean-Pierre Tuquoi du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;... Trois personnes comp&#233;tentes, consid&#233;r&#233;es comme connaissant bien le sujet, tr&#232;s activistes. Cela a suffi &#224; cr&#233;er ce formidable mouvement d'opinion. Et c'est tr&#232;s souvent comme cela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des affaires de ce type expliqueraient le discr&#233;dit qui frappe les journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur Baudis, nous n'avons re&#231;u aucune lettre nous f&#233;licitant d'avoir fait preuve de prudence, d'avoir eu raison avant bien d'autres. En revanche, nous avons croul&#233; sous les missives nous accusant d'avoir &#171; &lt;i&gt;couvert les notables&lt;/i&gt; &#187;, d'&#234;tre &#171; &lt;i&gt;aux ordres des &#233;lites et des dominants&lt;/i&gt; &#187;. Ce qui veut dire que nous allions &#224; l'encontre de ce que le public attendait. R&#233;sultat, je ne suis pas s&#251;r que dans ce dossier, les lecteurs en veuillent &#224; ceux qui leur ont menti. Pour beaucoup, les &#171; gens d'en haut &#187; sont coupables collectivement, sont des &#171; pourris &#187;. Sans parler de l'aspect voyeur. Plus g&#233;n&#233;ralement, le discr&#233;dit de la presse est li&#233; &#224; un certain nombre d'&#233;v&#233;nements, de Timisoara &#224; la guerre du Golfe en passant par l'invention des armes de destruction massive d&#233;tenues par l'Irak, qui ont conduit les gens &#224; conclure : &#171; &lt;i&gt; On ne peut croire en rien, on nous ment.&lt;/i&gt; &#187; Certains sont m&#234;me all&#233;s jusqu'&#224; affirmer qu'il n'y avait pas d'avion qui s'&#233;tait &#233;cras&#233; sur le Pentagone... Ce discr&#233;dit tient &#233;galement &#224; l'impression de beaucoup de lecteurs ou de t&#233;l&#233;spectateurs qu'il y a une pens&#233;e m&#233;diatique dominante. Pour eux, la radio le matin, la t&#233;l&#233;vision le soir, les quotidiens relaient le m&#234;me discours qui, de plus, ne correspond pas &#224; ce qu'ils vivent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce discours unique, uniforme est parfois - cela pourrait &#234;tre le cas sur le mariage des homosexuels - en d&#233;connexion totale avec ce que ressentent bon nombre d'individus. Au point qu'il peut &#234;tre per&#231;u comme terroriste et oppresseur. En m&#234;me temps, les gens n'osent pas dire qu'ils ne sont pas d'accord : ils ont l'impression qu'ils seraient alors trait&#233;s comme des d&#233;linquants. Du m&#234;me coup, ils int&#233;riorisent une v&#233;ritable haine, &#224; l'&#233;gard des m&#233;dias notamment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on parler de &#171; caste journalistique &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Franchement, je ne crois pas qu'il y ait une pens&#233;e unique. Mais un discours m&#233;diatique extraordinairement dominant, oui ! Sur l'immigration par exemple, il reste des points de friction importants : entre &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, on ne peut pas dire que les points de vue soient les m&#234;mes... Reste que pour les gens, les m&#233;dias, ce sont d'abord la radio et la t&#233;l&#233;vision. Et dans ce domaine, on a l'impression d'un discours uniforme. Sur le mariage des homosexuels par exemple, il est clair que, d&#233;j&#224;, le discours dominant c'est qu'on est ringard et fasciste si on n'accepte pas ce &#171; progr&#232;s de la civilisation &#187;, cette &#171; avanc&#233;e de la modernit&#233; elle-m&#234;me &#187;. La dynamique du discours est d&#233;j&#224; celle-l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_797 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/jf-kahn01.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L217xH324/jf-kahn01-6d461-76710.jpg' width='217' height='324' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:324px;width:217px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-797 spip_doc_titre' style='width:217px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; On est l'un des rares pays o&#249; trois journaux donnent le &quot;la&quot; en &#233;tant dans la m&#234;me ville. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'o&#249; vient cette uniformit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le fait qu'il y ait un seul syst&#232;me &#233;conomique pr&#234;te plus &#224; une pens&#233;e unique que s'il y avait affrontement entre plusieurs syst&#232;mes. Il faut ajouter &#224; cela un ph&#233;nom&#232;ne typiquement fran&#231;ais : la restriction extraordinaire du champ du pluralisme. M&#234;me au Burkina Faso, il y a plus de journaux qui font l'opinion. Chez nous, il y en a trois. J'aime beaucoup &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; - c'est un journal tout &#224; fait respectable - mais on ne peut pas dire qu'il p&#232;se r&#233;ellement.&lt;i&gt; Le Parisien&lt;/i&gt; a fait des progr&#232;s inou&#239;s, et c'est sans doute un des journaux populaires parmi les meilleurs au monde, mais lui non plus ne fait pas l'opinion. Pas plus que &lt;i&gt;Sud-Ouest&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt;. Je le regrette, mais aujourd'hui, seuls comptent &lt;i&gt;Le Monde, Le Figaro&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. Un exemple : quand Marie-No&#235;lle Lienemann fait un livre pour dire tout ce qu'elle reproche &#224; Jospin, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; signe un &#233;ditorial en disant qu'elle &#171; crache dans la soupe &#187;. D&#232;s le lendemain, c'&#233;tait le th&#232;me de tous les &#233;ditoriaux dans tous les journaux de province, dans toutes les radios. Avec les m&#234;mes termes, les m&#234;mes mots.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces trois journaux dictent &#233;galement la fa&#231;on de penser des journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, pour &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt;. A la radio, &#224; la t&#233;l&#233;vision, avant m&#234;me de penser, ils les lisent. Un peu de &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt;, mais uniquement pour les faits divers. De plus, on est l'un des rares pays o&#249; seulement trois journaux donnent le &#171; la &#187;, en &#233;tant tous dans la m&#234;me ville. Alors qu'aux Etats-Unis, les journaux qui p&#232;sent peuvent &#234;tre faits &#224; Washington, Los Angeles, New York ou Boston. M&#234;me chose en Grande-Bretagne, en Italie, etc. Du coup, ceux qui font ces journaux &#224; Paris vivent en circuit ferm&#233;. L'opinion est faite par cinq ou six personnes. Ces gens se connaissent, vivent ensemble, fr&#233;quentent les m&#234;mes restaurants, les m&#234;mes bistrots, les m&#234;mes conf&#233;rences de presse. A la limite, m&#234;me s'ils ne pensent pas tout &#224; fait la m&#234;me chose au d&#233;but, ils finissent, &#224; force de se fr&#233;quenter, par mettre leurs pens&#233;es au diapason, par arriver &#224; un consensus. De plus, ils sont souvent issus du m&#234;me milieu sociologique, fr&#233;quentent de plus en plus les m&#234;mes &#233;coles o&#249; on les formate de la m&#234;me fa&#231;on. Ils ont les m&#234;mes r&#233;f&#233;rences culturelles, ils lisent les m&#234;mes livres, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par ailleurs, il se trouve - m&#234;me si c'est en train de changer - que ceux qui ont 50-55 ans, qui sont directeurs, r&#233;dacteurs en chef, &#233;ditorialistes, sont des post soixante-huitards. Y compris au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; ou aux &lt;i&gt;&#201;chos&lt;/i&gt;, contrairement &#224; ce que les gens croient. Mais avec les ann&#233;es, ils ont &#233;volu&#233;, leur salaire a augment&#233;, ils ont occup&#233; un v&#233;ritable espace de pouvoir, ils ont fr&#233;quent&#233; les puissants, leur id&#233;ologie s'est effondr&#233;e, ils ont bascul&#233; vers le mod&#232;le n&#233;o-lib&#233;ral. Au nom de la modernit&#233;. Mais comme ils ne veulent pas s'avouer qu'ils ont &#233;volu&#233; &#224; droite, ils se sont confectionn&#233;s une id&#233;ologie syncr&#233;tique qui est un m&#233;lange de n&#233;o-lib&#233;ralisme en mati&#232;re &#233;conomique et sociale, et de discours soixante-huitard en mati&#232;re soci&#233;tale et de m&#339;urs. Si on les laissait faire, ce serait oui au mariage homosexuel, et oui &#224; une remise en cause du Smic. Une id&#233;ologie &#224; laquelle beaucoup se sont ralli&#233;s et dont &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; est l'organe. En toute libert&#233;, en toute sinc&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne partage pas du tout la rh&#233;torique &#171; halimiesque &#187; ou &#171; bourdieusienne &#187; n&#233;o-marxiste sur le capital qui impose sa loi. Je ne dis pas que demain Dassault n'imposera pas sa ligne au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, mais pour l'instant ce n'est pas cela. C'est en toute libert&#233; que les journalistes expriment des opinions auxquelles ils croient sinc&#232;rement.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_798 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/jf-kahn03.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L212xH324/jf-kahn03-3c71f-56ab1.jpg' width='212' height='324' alt='' style='height:324px;width:212px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Jamais la presse n'a &#233;t&#233; aussi libre, aussi ind&#233;pendante qu'aujourd'hui. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne croyez pas que des capitalistes, des multinationales tirent les ficelles.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le cas fran&#231;ais qui nous occupe ici, absolument pas. En revanche, pour l'Am&#233;rique, c'est clair : la guerre d'Irak a &#233;t&#233; en grande partie, si ce n'est d&#233;clench&#233;e, du moins rendue possible gr&#226;ce &#224; la presse Murdoch. Peut-&#234;tre que demain on va revenir en France dans le m&#234;me sch&#233;ma avec Dassault. Mais pour l'instant, ce n'est pas le cas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La publicit&#233; ne p&#232;se-t-elle pas sur l'ind&#233;pendance des m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis bien plac&#233; pour en parler puisque je suis boycott&#233; par la pub. Mais il ne faut pas croire que c'est parce que nous sommes trop anticapitalistes, trop &#224; gauche ou trop &#224; droite. Non, c'est beaucoup plus formel. Les publicitaires sont les meilleurs adh&#233;rents de cette id&#233;ologie syncr&#233;tique dont je vous ai parl&#233;. Ils viennent tous de 68. Et ils sont tous ralli&#233;s au n&#233;o-lib&#233;ralisme, &#224; l'id&#233;ologie de leurs clients. Le journal qui les s&#233;duit, c'est &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; et pas &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt;. Et d&#232;s lors qu'on ne partage pas cette id&#233;ologie, ils n'aiment pas. Du coup, ils nous expliquent, na&#239;vement, que nous devrions avoir une mise en page comme Le &lt;i&gt;Nouvel Observateur,&lt;/i&gt; du papier comme &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, des unes comme &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;. Ce n'est pas aussi politico-&#233;conomique que le croit encore une fois l'&#233;cole bourdieusienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les coups de t&#233;l&#233;phone des hommes politiques n'existent plus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dieu sait que je suis critique sur le fonctionnement des m&#233;dias. Mais jamais la presse n'a &#233;t&#233; aussi libre, aussi ind&#233;pendante qu'aujourd'hui. Si, il y a dix ans, un scandale &#233;claboussait la droite, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; n'en parlait pas. Aujourd'hui, il s'en fait l'&#233;cho, il le raconte. Et il enqu&#234;te. La seule chose que &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; a censur&#233;e, c'est le livre de P&#233;an et Cohen sur &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;... C'est la solidarit&#233; entre directeurs de journaux. Les bisbilles au sein de l'UMP, les journalistes en parlent et m&#234;me plut&#244;t mieux que les autres : il faut dire qu'ils sont aussi mieux renseign&#233;s. J'ai connu une &#233;poque o&#249; on ne parlait pas de l'affaire des diamants de Giscard sur &lt;i&gt;Antenne 2&lt;/i&gt;. Il y a maintenant une autonomisation des r&#233;dactions qu'on ne peut pas ignorer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment peut-on combattre cette uniformisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai l'impression que cela commence &#224; &#233;voluer. La crise de la presse en mati&#232;re de diffusion pousse les uns et les autres &#224; s'interroger. Les livres contre &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ont interpell&#233; l'ensemble de la profession. Et puis, pour la premi&#232;re fois depuis vingt-cinq ans, je vois de jeunes journalistes de 22-23 ans qui sont form&#233;s pour r&#233;pondre aux critiques que je viens de faire. Compl&#232;tement lib&#233;r&#233;s, totalement &#233;mancip&#233;s de cette esp&#232;ce de &#171; formatisation &#187;. Ils ont une &#233;criture, un talent, une dr&#244;lerie, une distanciation, un humour que je n'avais jamais vus. On est peut-&#234;tre &#224; la fin d'un cycle. La filiation soixante-huitarde n'a plus de sens et la crise du mod&#232;le n&#233;o-lib&#233;ral est &#233;vidente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faudrait-il mettre en place une structure d'autor&#233;gulation de la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne suis ni pour ni contre, je pense simplement que c'est impossible. D'abord parce que la profession sera toujours contre : elle dira que c'est du vichysme, du p&#233;tainisme. Mais il y a une difficult&#233; suppl&#233;mentaire : on peut faire un Ordre des m&#233;decins parce que tout le monde sait ce qu'est un m&#233;decin. M&#234;me chose pour un architecte. Mais je voudrais savoir comment on d&#233;finit un journaliste. J'en connais qui ne savent pas &#233;crire, qui ne savent pas penser, qui n'ont fait aucune &#233;tude particuli&#232;re. Mais de plus, quid du journaliste de &lt;i&gt;France Dimanche&lt;/i&gt;, ou de celui d'&lt;i&gt;Ici Paris&lt;/i&gt; ? Ils vont respecter des r&#232;gles d&#233;ontologiques sur le respect de la vie priv&#233;e ? Evidemment non. Alors qu'est-ce qu'on dit ? Ce ne sont pas de bons journalistes ? Qui l'acceptera ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par Jean-Fran&#231;ois Kahn.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &quot;les m&#233;dias ne nous prennent que ce que nous voulons bien&quot;</title>
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		<dc:date>2006-11-30T21:26:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>

		<description>&#171; Les m&#233;dias ne nous prennent que ce que nous voulons bien. &#187;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no2,3-.html" rel="directory"&gt;n&#176;2&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-decryptage,13-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;cryptage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-en-une,63-+.html" rel="tag"&gt;en UNE&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L112xH150/arton65-42a00.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='112' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:112px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;D'Isabelle Huppert, il serait insultant de rappeler qu'elle a du talent. Elle a mieux que &#231;a. Un curieux m&#233;lange d'ironie et de distance. &#192; la fois transparente et opaque. Normal que la presse s'y perde quand elle tente de la cerner. Pas d'images sucr&#233;es. Pas de r&#233;v&#233;lations intimes. Elle est &#224; prendre telle qu'elle le veut bien, ou &#224; laisser...&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfant, dans quel &#171; environnement m&#233;dias &#187; viviez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#233;dia est un mot relativement r&#233;cent... Non, il n'y avait pas &#171; d'environnement m&#233;dias &#187; quand j'&#233;tais enfant. J'ai commenc&#233; &#224; lire la presse alors que j'&#233;tais d&#233;j&#224; adulte. Quant &#224; la t&#233;l&#233;vision, nous ne l'avons eue qu'assez tard. Je me souviens d'ailleurs du jour o&#249; j'ai d&#233;couvert que tout le monde avait le m&#234;me programme. C'&#233;tait comme d&#233;couvrir que le p&#232;re No&#235;l n'existe pas... Moi, je pensais que chaque poste de t&#233;l&#233;vision faisait un programme sp&#233;cifique pour chaque t&#233;l&#233;spectateur ! En fait, j'anticipais. Sans le savoir, je parlais d&#233;j&#224; du DVD.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'est pass&#233;e votre premi&#232;re exp&#233;rience personnelle avec les m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me souviens de la premi&#232;re photo. C'&#233;tait sur la terrasse de &lt;i&gt;France-Soir&lt;/i&gt; et l'article parlait de mes taches de rousseur. J'&#233;tais tr&#232;s contente qu'un photographe et un journaliste fassent quelque chose sur moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, quel type de relations entretenez-vous avec ces interlocuteurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elles varient selon les m&#233;dias. On dit peut-&#234;tre la m&#234;me chose, mais pas de la m&#234;me fa&#231;on, selon que l'on s'adresse aux lecteurs d'un quotidien ou d'un mensuel, d'une revue de cin&#233;ma ou d'un magazine de mode. La t&#233;l&#233;vision, c'est encore autre chose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une actrice a-t-elle besoin de la presse pour exister professionnellement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un peu, oui, mais... on sait bien qu'il y a des acteurs, des chanteurs, des peintres, des cr&#233;ateurs qui &#171; existent &#187; artistiquement et professionnellement alors qu'ils sont ignor&#233;s des m&#233;dias. Ils existent dans d'autres sph&#232;res que celles dites &#171; populaires &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais la notori&#233;t&#233; d'une actrice passe aussi par les m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a l&#224; deux plans distincts. D'abord la critique ou la chronique cin&#233;matographique qui fait la notori&#233;t&#233; d'une actrice dans le cadre de son travail et, ensuite, l'image compl&#233;mentaire ou parall&#232;le qu'une actrice veut donner d'elle, en dehors de ses r&#244;les. On va dire une image plus &#171; personnelle &#187;, plus &#171; priv&#233;e &#187; si vous voulez. Les deux passent n&#233;cessairement par les m&#233;dias. Une actrice a donc besoin des m&#233;dias... mais les m&#233;dias ont besoin d'elle, parce qu'&#224; partir du moment o&#249; elle est connue, le public la r&#233;clame et la presse doit satisfaire cette demande. Mais il faut que cette relation soit &#233;quilibr&#233;e. Une actrice ne doit pas se sentir redevable de la demande d'un m&#233;dia. Elle doit savoir l'utiliser et y contr&#244;ler sa pr&#233;sence pour &#233;viter les d&#233;rapages. En fait, c'est un rapport de force. Il y a un c&#244;t&#233; pr&#233;dateur des m&#233;dias et l'important est de savoir ce que l'on peut ou l'on veut leur donner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Actuellement, quel est le m&#233;dia le plus important ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Personnellement, j'ai une pr&#233;f&#233;rence pour la presse &#233;crite. Dans l'&#233;crit, l'imaginaire se lib&#232;re diff&#233;remment. C'est une question d'espace. La t&#233;l&#233;vision est une machine impitoyable o&#249; la parole est imm&#233;diate et le silence mal venu. La pr&#233;sence &#224; la t&#233;l&#233;vision est li&#233;e au genre d'&#233;mission, &#224; la personnalit&#233; de l'intervieweur, au temps de parole, au montage quand il s'agit d'une &#233;mission enregistr&#233;e. Le rapport de force est rarement en faveur de l'interview&#233;, sauf dans les rares &#233;missions plus confidentielles, plus tardives, o&#249; le temps de parole n'a pas la m&#234;me valeur que dans des &#233;missions de tr&#232;s grande &#233;coute.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon quels crit&#232;res acceptez-vous de r&#233;pondre &#224; une interview ou de faire une s&#233;rie de photos ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La plupart du temps, une interview ou une s&#233;ance photos s'inscrivent dans le plan de promotion d'un film. &#201;videmment, j'accepte aussi de travailler avec les m&#233;dias en dehors de la sortie d'un film. La preuve en est avec vous d'ailleurs ! Mon vrai crit&#232;re est de ne pas &#234;tre constamment pr&#233;sente dans la presse ou &#224; la t&#233;l&#233;vision. J'ai aussi le d&#233;sir qu'en dehors de la promotion d'un film, les m&#233;dias puissent m'offrir un espace de v&#233;rit&#233;, de libert&#233; et d'expression personnelle. Cela dit, toute parole est mise en sc&#232;ne ! C'est donc une v&#233;rit&#233; toute relative.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous passez pour &#234;tre l'une des actrices qui se prot&#232;ge le mieux des indiscr&#233;tions.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce domaine, il y a ce qui vous &#233;chappe et ce que l'on souhaite faire passer. Tout cela navigue entre le conscient et l'inconscient. Parfois, quand on feint de croire que les choses vous ont &#233;chapp&#233;, c'est que l'on a souhait&#233; qu'elles vous &#233;chappent. C'est d'ailleurs l&#224; un c&#244;t&#233; assez myst&#233;rieux des m&#233;dias... J'ai l'impression que les m&#233;dias savent d&#233;crypter les attentes, les d&#233;sirs, quelquefois les besoins plus ou moins avou&#233;s d'une personnalit&#233;. Ils viennent donc lui prendre ce qu'elle veut bien leur donner. Mais il faut &#234;tre extr&#234;mement prudent car au moindre faux pas la machine m&#233;diatique s'emballe et elle devient incontr&#244;lable. Bien s&#251;r, il y a aussi des m&#233;dias qui volent, purement et simplement.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_801 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Huppert-Isabell.he_2212_003.jpg&quot; title='photos : Carole Bellaiche - H&amp;K' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L238xH324/Huppert-Isabell.he_2212_003-75cae-ceaca.jpg' width='238' height='324' alt='photos : Carole Bellaiche - H&amp;K' style='height:324px;width:238px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-801 spip_doc_titre' style='width:238px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Carole Bellaiche - H&amp;K&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; J'ai l'impression que les m&#233;dias savent d&#233;crypter les attentes, les d&#233;sirs, quelque-fois les besoins plus ou moins avou&#233;s d'une personnalit&#233;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous &#233;t&#233; en butte &#224; ce qu'il est convenu d'appeler la presse &#224; scandale et les paparazzi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Tr&#232;s rarement. Je ne suis pas une actrice susceptible d'int&#233;resser les m&#233;dias en dehors de son activit&#233; professionnelle. En tout cas pas suffisamment pour qu'ils d&#233;pensent leur &#233;nergie &#224; tenter de voler des choses qui d'ailleurs n'existent pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas assez scandaleuse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai plut&#244;t le sentiment qu'ils s'int&#233;ressent &#224; des personnalit&#233;s qui viennent elles-m&#234;mes se placer sur un terrain propice &#224; ce type d'exploitation m&#233;diatique. Mais cela n'exclut pas de ma part une autoprotection sans faille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est votre pire exp&#233;rience de m&#233;dia ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Franchement... Je n'en ai pas. Ma pire exp&#233;rience serait que ma vie priv&#233;e soit &#233;tal&#233;e de fa&#231;on ind&#233;cente. Ma vie priv&#233;e ne concerne que moi et je ne vois pas ce qu'elle pourrait apporter de plus dans la perception que le public a de moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que &#171; la beaut&#233; &#187;, &#171; le charme &#187;, sont des crit&#232;res importants dans le choix des photos que vous destinez &#224; la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, bien s&#251;r, mais ce qui me motive c'est, avant tout, leur qualit&#233;. Ce n'est pas n&#233;cessairement la beaut&#233; du mod&#232;le qui fait la belle photo. Cela tient au regard du photographe et &#224; son talent. Ce n'est pas simple de d&#233;finir une belle photo. J'ai &#233;t&#233; r&#233;dactrice en chef invit&#233;e du &lt;i&gt;Figaro Madame&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;Cahiers du Cin&#233;ma&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;R&#233;ponses Photo&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt;. J'ai pu contr&#244;ler le choix des photos, des cadrages, des regards, mais si je faisais &#231;a chaque fois qu'une photo de moi para&#238;t, j'y passerais tout mon temps ! D'autant qu'en fonction des sp&#233;cificit&#233;s des magazines, il y a des imp&#233;ratifs incontournables. Photos de mode, de beaut&#233;, photos en pied ou portraits, reportage journalistique... Il y a une infinit&#233; d'images.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous &#234;tes toujours d'accord sur les photos de vous qui paraissent dans la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, puisque c'est moi qui les choisis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment d&#233;finiriez-vous l'image que les m&#233;dias donnent de vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas &#224; moi qu'il faut poser cette question. Mon image dans les m&#233;dias est g&#233;n&#233;ralement li&#233;e &#224; la nature d'un r&#244;le dans un film. Et c'est tr&#232;s confortable comme &#231;a. Alors, comment le public m'imagine-t-il au-del&#224; de cette repr&#233;sentation, &#231;a vraiment je ne sais pas. Je dirais qu'il ne conna&#238;t gu&#232;re plus de moi que ce que j'ai envie qu'il en connaisse. Comme disait Godard : &#171; &lt;i&gt;Une image juste. Juste une image.&lt;/i&gt; &#187; Une actrice &#233;tant un personnage public, elle ne peut pas pr&#233;tendre &#224; ce que rien ne soit dit sur elle sans son autorisation expresse. Il faut accepter de faire partie de l'espace public, ou le supporter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorsque les m&#233;dias vous approchent, qu'est-ce qui les int&#233;resse le plus ? La beaut&#233; ? Le talent ? Les r&#233;v&#233;lations personnelles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, je suis le relais entre un film et le public. Je fais peu d'utilisation de ma personne en dehors de ce cas de figure. Mais je peux aussi parler d'autre chose que de cin&#233;ma ou de th&#233;&#226;tre sans avoir l'impression d'&#234;tre trahie. L'important pour moi est que je m'y &#171; retrouve &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce qu'aujourd'hui le public s'identifie davantage &#224; une actrice en fonction de ses r&#244;les ou en fonction de son image v&#233;hicul&#233;e par la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne sais pas. Je n'ai jamais eu le sentiment d'&#234;tre une actrice populaire. Dans l'imaginaire collectif, j'occupe la place que m'ont donn&#233;e les r&#244;les que j'ai choisi de jouer. Et j'ai un d&#233;sir d'actrice suffisamment fort et combl&#233; pour ne pas avoir besoin que l'exposition m&#233;diatique vienne relayer quelque chose qui ne serait pas pleinement satisfait par &#231;a. En clair, mon exposition au cin&#233;ma et au travers des mes r&#244;les me suffit. Cela ne veut pas dire qu'&#234;tre expos&#233;e ne me fait pas plaisir. J'aime, comme d'autres, que l'on parle de moi, que l'on publie des photos, mais jusqu'&#224; un certain point et certainement pas &#224; n'importe quel prix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous le sentiment qu'aujourd'hui des personnalit&#233;s connues utilisent les m&#233;dias pour faire passer des r&#233;v&#233;lations personnelles, des histoires d'amour, des r&#232;glements de comptes, et cela en fonction d'une sorte de plan marketing personnel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un acteur est un &#234;tre paradoxal qui &#224; la fois s'aime &#233;norm&#233;ment et ne se pla&#238;t pas beaucoup... Je crois qu'il y a chez certains une forme de d&#233;sarroi, une sorte de peur de ne pas exister s'ils ne sont pas vus et reconnus. Et les m&#233;dias jouent de cela. Alors, encore une fois, il faut savoir ne pas se plier syst&#233;matiquement &#224; cette sollicitation. En fait, il faut avoir une certaine confiance en soi pour pouvoir r&#233;sister &#224; ce type d'appel. Mais on peut avoir aussi un grand plaisir narcissique... Je le comprends parfaitement !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est l'influence des m&#233;dias sur le succ&#232;s ou l'&#233;chec d'un film ou d'une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On sait bien que certains films ont b&#233;n&#233;fici&#233; de quasi-matraquages m&#233;diatiques mais n'ont pas eu les r&#233;sultats escompt&#233;s. Il y a un lien extr&#234;mement myst&#233;rieux qui se noue entre un film et le public, qui &#233;chappe absolument &#224; toute tentative d'explication rationnelle. Par contre, la critique joue un r&#244;le important quand, &#224; l'inverse des Etats-Unis par exemple, elle permet &#224; des films fragiles d'exister pleinement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quel &#233;tat d'esprit attendez-vous la critique d'un film ou d'une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre dans lesquels vous jouez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'entends beaucoup d'acteurs qui affirment ne plus lire les critiques parce que cela ne les int&#233;resse pas. Ce n'est pas mon cas. J'ai plut&#244;t du plaisir &#224; les lire. Il faut dire que j'ai &#233;t&#233; rarement malmen&#233;e. Disons que j'ai eu plus de critiques louangeuses que blessantes. Cela dit, &#231;a m'est arriv&#233; aussi... La critique est subjective et je con&#231;ois parfaitement qu'il y ait des journalistes qui ne m'aiment pas. On ne peut pas plaire &#224; tout le monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'imagine que vous lisez la presse en dehors des pages cin&#233;ma/ spectacle. Que pensez-vous de l'information en g&#233;n&#233;ral ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un domaine qui me d&#233;passe. Certes, je lis la presse, mais je ne suis ni politologue, ni &#233;ditorialiste, ni journaliste d'investigation... L'information a tendance &#224; grossir tel ou tel &#233;v&#233;nement. Mais je ne pense pas que la presse mente ou manipule sciemment. Sa responsabilit&#233; r&#233;side davantage dans ce qu'elle choisit de dire ou de taire, plut&#244;t que dans sa fa&#231;on de le rapporter.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_800 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Huppert-Isabell.he_1826_002.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L241xH324/Huppert-Isabell.he_1826_002-dd7ab-dc705.jpg' width='241' height='324' alt='' style='height:324px;width:241px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le public ne connait gu&#232;re plus de moi que ce que j'ai envie qu'il en connaisse. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;dias ne disent qu'une partie des choses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais moi je ne sais pas si les m&#233;dias ont toutes les informations !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;dias ont-ils un r&#233;el pouvoir sur l'opinion publique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui et non. Regardez l'histoire Clinton. La presse a essay&#233; de le d&#233;truire par tous les moyens et, finalement, elle n'y est pas arriv&#233;e. Je ne pense pas qu'il soit aussi facile que &#231;a d'influencer la pens&#233;e des individus. Nos soci&#233;t&#233;s ont une relation aux m&#233;dias heureusement moins candide qu'avant et je ne suis pas s&#251;re qu'il y ait encore beaucoup de gens pour penser que puisque c'est dans le journal, c'est forc&#233;ment vrai. Je mettrais quand m&#234;me un b&#233;mol en ce qui concerne la t&#233;l&#233;vision. L&#224;, il y a l'image qui - bien qu'elle soit susceptible d'&#234;tre manipul&#233;e - vient apporter une preuve visible, tangible &#224; l'information. A la t&#233;l&#233;vision, l'image est r&#233;elle. Dans la presse &#233;crite, &#224; l'exception de certains reportages, il s'agit bien souvent d'analyses, de tribunes o&#249; s'affrontent des opinions divergentes ou compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne peut donc se faire une opinion que si on lit toute la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est difficilement faisable quand on n'a pas fait du journalisme son m&#233;tier. Chacun se fait une opinion &#224; travers la presse qu'il lit... qui est d'ailleurs souvent en accord avec ses id&#233;es. C'est l&#224; que la t&#233;l&#233;vision est tr&#232;s diff&#233;rente de la presse &#233;crite, parce qu'elle rassemble au m&#234;me moment des individus qui entendent le m&#234;me message. A bien y r&#233;fl&#233;chir, je crois que le vrai pouvoir des m&#233;dias est celui de la t&#233;l&#233;vision : avec des images mont&#233;es habilement, on peut dire ce que l'on veut, comme on le veut, faire passer le message de son choix ou l'&#233;motion souhait&#233;e. Comme le dit un hebdomadaire c&#233;l&#232;bre, &#171; le poids des mots, le choc des photos &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce &#224; dire que l'information peut &#234;tre biais&#233;e en fonction &#171; d'int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a n'est pas pour rien que lorsqu'une dictature prend le pouvoir, elle s'empresse de s'annexer les m&#233;dias et de museler ceux qui ne lui seraient pas favorables. C'est la seule fa&#231;on d'imposer le message ! Mais j'ose esp&#233;rer qu'en France nous sommes encore dans une d&#233;mocratie !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous de la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; genre &#171; Loft &#187;, &#171; Greg le millionnaire &#187; ou &#171; Star-ac &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai regard&#233; &#171; Le Loft &#187; une ou deux fois. Je voulais savoir pourquoi ce qui, a priori, ne m'int&#233;ressait pas, pouvait int&#233;resser des millions de gens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et alors ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma foi, j'ai des amis r&#233;alisateurs, metteurs en sc&#232;ne, que cela int&#233;resse. Les jeux, les situations, les improvisations, la dramaturgie... Ce qui pose question, c'est pourquoi ce type d'&#233;mission conna&#238;t un tel succ&#232;s populaire. Voyeurisme ? Peut-&#234;tre. Ou plut&#244;t le fantasme selon lequel on pourrait abolir la diff&#233;rence entre gens c&#233;l&#232;bres et anonymes. Puisque tout est montr&#233;, alors tout le monde doit se montrer. Tout le monde doit avoir sa part du g&#226;teau. &#201;videmment, &#231;a donne plut&#244;t envie de rentrer chez soi. Mais tout cela est dans le droit fil de ce que devient la t&#233;l&#233;vision. Elle est capable du pire et du meilleur. Regarder le meilleur - qui se fera de plus en plus rare - est une question de choix personnel et de curiosit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par Isabelle Huppert.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Dans &quot;presse people&quot;, il y a &quot;presse&quot; </title>
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		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>

		<description>L'ancien r&#233;dacteur en chef de Voici s'amuse de ce que les m&#233;dias &#171; s&#233;rieux &#187; s'interrogent si souvent sur la presse &#171; pourrie &#187;. Alors que bien souvent, leurs m&#233;thodes sont les m&#234;mes. En avril 2004, je comparaissais devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir &#171; reproduit et diffus&#233; une &#339;uvre de l'esprit en violation des droits de son auteur &#187;. En d'autres termes, j'&#233;tais accus&#233; d'avoir publi&#233;, dans Voici, une photo pr&#233;tendument vol&#233;e. L'affaire remontait &#224; un lundi de d&#233;cembre 1998. Je n'en avais pas (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;L'ancien r&#233;dacteur en chef de Voici s'amuse de ce que les m&#233;dias &#171; s&#233;rieux &#187; s'interrogent si souvent sur la presse &#171; pourrie &#187;. Alors que bien souvent, leurs m&#233;thodes sont les m&#234;mes.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En avril 2004, je comparaissais devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir &#171; &lt;i&gt;reproduit et diffus&#233; une &#339;uvre de l'esprit en violation des droits de son auteur&lt;/i&gt; &#187;. En d'autres termes, j'&#233;tais accus&#233; d'avoir publi&#233;, dans &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt;, une photo pr&#233;tendument vol&#233;e. L'affaire remontait &#224; un lundi de d&#233;cembre 1998. Je n'en avais pas le moindre souvenir, et c'est &#224; la lecture du dossier d'instruction que j'ai reconstitu&#233; le fil des &#233;v&#233;nements : ce jour-l&#224;, un informateur, inconnu des services de &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt;, avait d&#233;pos&#233; au journal des photos de plateau prises sur le tournage de &#171; Jeanne d'Arc &#187; de Luc Besson. L'&#171; &#339;uvre de l'esprit &#187; en question, au demeurant mal cadr&#233;e et peu piqu&#233;e, repr&#233;sentait le r&#233;alisateur du &#171; Cinqui&#232;me &#233;l&#233;ment &#187; en compagnie de Dustin Hoffman et de Milla Jovovich (de dos). J'avais valid&#233; la publication de cette photo dans les pages &#171; Potins &#187;. L'informateur n'avait jamais donn&#233; de ses nouvelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face au tribunal, j'ai tent&#233; d'expliquer le mode de circulation des photos entre prestataires et magazines. La pratique que j'ai d&#233;crite, et qui n'est pas propre &#224; Voici, a suscit&#233; un m&#233;lange de scepticisme et de suspicion : Quoi ? Des photos laiss&#233;es en communication, sans aucune trace &#233;crite ? N'&#233;tions-nous pas, d&#233;j&#224;, dans un syst&#232;me vou&#233; &#224; la fraude ? Indiff&#233;rent au fait qu'en pr&#232;s de trente ans de carri&#232;re, je n'avais jamais publi&#233; la moindre photo vol&#233;e au sens propre, le procureur avait choisi de partager le point de vue de l'avocat de la partie adverse : &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt; &#233;tant un magazine &#224; la morale plus que douteuse, pourquoi s'&#233;tonner que son r&#233;dacteur en chef soit un voleur en puissance ? J'ai, entre-temps, &#233;t&#233; relax&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un de mes confr&#232;res, signant r&#233;guli&#232;rement dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et d'autres titres &#171; prestigieux &#187;, m'a un jour expliqu&#233; que la presse fran&#231;aise se partage entre &#171; &lt;i&gt;la presse pas pourrie&lt;/i&gt; &#187; (mettons trois quotidiens et quatre &#171; news &#187;) et l'autre (la presse magazine). Le &#171; vrai journaliste fran&#231;ais &#187; travaille dans la presse d'information. Le &#171; vrai journaliste fran&#231;ais &#187; est un curieux m&#233;lange de &#171; &lt;i&gt;columnist&lt;/i&gt; &#187; et de &#171; reporter &#187;, dans des proportions qui rappellent celles des composants du p&#226;t&#233; d'alouette. A 98 %, le &#171; vrai journaliste fran&#231;ais &#187; est &#171; &lt;i&gt;columnist&lt;/i&gt; &#187;. Cela correspond mieux &#224; sa nature atrabilaire. Et puis, communiquer ses humeurs et distribuer bl&#226;mes et avertissements, sugg&#233;rer des exclusions, voil&#224; qui est autrement reposant qu'enqu&#234;ter. D'ailleurs, pourquoi enqu&#234;ter (sans compter qu'aujourd'hui &#231;a co&#251;te souvent une fortune...) ? L'important, c'est d'&#234;tre dans le camp des bien-pensants. Sinon, on est excommuni&#233;. Fid&#232;le &#224; ce principe, &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; s'est cru autoris&#233; &#224; traiter de &#171; salaud &#187; Ivan Rioufol - qui signe un bloc-notes tous les vendredis dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; et a le tort de ne pas b&#234;ler de concert avec ses confr&#232;res. Mais, me dira-t-on, de quoi je me m&#234;le ? Apr&#232;s trente ans pass&#233;s &#224; &#339;uvrer dans la presse pourrie, aurais-je oubli&#233; que je n'ai pas mon mot &#224; dire sur des sujets aussi s&#233;rieux ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, les m&#233;dias s&#233;rieux m'appellent r&#233;guli&#232;rement pour &#233;voquer mon pass&#233; indigne. Quatre ans apr&#232;s mon limogeage, je reste l'&lt;i&gt;usual suspect&lt;/i&gt; que l'on s'arrache quand il s'agit d'&#233;voquer ce qui, &#224; mes yeux, reste un non-&#233;v&#233;nement (du lundi) : &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt;, un magazine populaire qui s'int&#233;resse &#224; la vie priv&#233;e des c&#233;l&#233;brit&#233;s d'une fa&#231;on bien innocente si on compare son &#171; pouvoir de nuisance &#187; &#224; celui de ses &#233;quivalents grands-bretons, am&#233;ricains, italiens ou grecs. R&#233;guli&#232;rement, je rencontre, dans des caf&#233;s, des confr&#232;res, souvent aimables, appoint&#233;s par&lt;i&gt; Le Nouvel Observateur, Le Figaro&lt;/i&gt;. On m'invite &#224; la t&#233;l&#233;vision. L'&#233;mission change parfois de titre - &#171; La face cach&#233;e du people &#187;, &#171; Les dessous du people &#187;, &#171; Presse people : un business qui rapporte gros &#187;, &#171; L'enfer de la vie de star &#187; ou &#171; Faut-il renforcer les lois qui prot&#232;gent la vie priv&#233;e ? &#187; - mais le contenu est invariablement le m&#234;me, et c'est le pire des marronniers de la t&#233;l&#233; : m&#234;mes archives, m&#234;mes intervenants, m&#234;mes b&#226;illements. Les producteurs les plus habiles s'efforcent de transformer le show en pseudo-service public et confient aux psy et autres substituts du procureur que sont les Mireille Dumas de service le soin d'apporter la gravit&#233; et les larmes indispensables. Pour ma part, l'exercice est r&#233;gl&#233; : je dois reconna&#238;tre ce que je n'ai jamais refus&#233; de reconna&#238;tre, r&#233;p&#233;ter encore et encore comment - et surtout combien - &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt; payait ses informateurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la t&#233;l&#233;vision - &#224; l'exception notoire d'Yves Calvi - on tombe syst&#233;matiquement sur des animateurs ignorants mais volontiers redresseurs de torts. J'ai, un jour, affront&#233; le plateau glacial (il y aurait une enqu&#234;te &#224; faire sur le rapport des animateurs de t&#233;l&#233; &#224; la climatisation) de Mlle Roullier. Quand je suis arriv&#233; en coulisses, elle &#233;tait aux prises avec V&#233;ronique Genest, &#224; qui elle voulait faire avouer le montant de ses gains annuels. C'est son c&#244;t&#233; &#171; investigation &#187;, &#224; Daphn&#233;. V&#233;ronique Genest avait r&#233;torqu&#233; : &#171; &lt;i&gt;Et vous, vous le diriez, combien vous gagnez par mois ? - 80 000 francs&lt;/i&gt; &#187;, avait r&#233;pondu la demoiselle. Un &#233;change qui dispara&#238;trait au montage.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je ne vois aucune diff&#233;rence entre le contenu, les m&#233;thodes et la vocation lucrative de &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Droit de savoir&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mon tour venu, Mlle Roullier cita, sur un ton de reproche, un passage de mon livre &#171; Voil&#224; ! &#187; o&#249; j'expliquais &#234;tre entr&#233; &#224; &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt; pouss&#233; par la n&#233;cessit&#233;. Elle me jeta avec m&#233;pris : &#171; &lt;i&gt;On a toujours le choix, non ?&lt;/i&gt; &#187; Ah ! Daphn&#233;, que r&#233;pondre &#224; cela ? Bien s&#251;r que j'aurais pu choisir de devenir &#171; fin de droits &#187;. Mais l'id&#233;e ne m'avait pas travers&#233; l'esprit. Contrairement &#224; Daphn&#233; et au reste du monde, je n'avais pas, en 1995, de pr&#233;jug&#233;s &#224; l'&#233;gard de &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt;. Ou alors, un a priori bien ordinaire : c'&#233;tait juste un magazine que je ne lisais pas et que je trouvais ennuyeux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je m'&#233;tais un peu frott&#233; au &#171; people &#187; en participant &#224; la premi&#232;re formule d'&lt;i&gt;Interview&lt;/i&gt;, futur &lt;i&gt;Entrevue&lt;/i&gt;. Les galipettes de Pamela Anderson et de Tommy Lee me passionnaient mod&#233;r&#233;ment, mais elles avaient fait de moi un &#171; expert &#187;. En 1994, Axel Ganz en personne m'avait appel&#233; pour que je vienne assurer la rel&#232;ve du r&#233;dac chef de &lt;i&gt;Gala&lt;/i&gt;, un certain Bernd Runge - aujourd'hui responsable du groupe Cond&#233; Nast en Allemagne - dont on a appris, en mai dernier, que c'&#233;tait un ancien de la Stasi. Nom de code : Olden... Le d&#233;licieux Olden &#233;tait glac&#233; comme une lame de couteau. Grand jeune homme &#224; la silhouette irr&#233;prochable, il ressemblait &#224; un chef de char de la Wehrmacht d&#233;crit par Jean Cau. Je me souviens d'un d&#233;jeuner que nous avons pris ensemble dans un restaurant russe de la rue Daru. Le tovaritch Olden avait l'air mal &#224; l'aise. Il trouvait les blinis un peu chers et s'indignait de la d&#233;sinvolture des Fran&#231;ais en mati&#232;re de note de frais - lui que la Stasi n'avait jamais r&#233;mun&#233;r&#233; qu'avec quelques florins hongrois (&#224; cette &#233;poque, il en fallait 265 pour obtenir un dollar US)...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A &lt;i&gt;Gala&lt;/i&gt;, la premi&#232;re brass&#233;e de photos que je fus amen&#233; &#224; consulter repr&#233;sentait la rentr&#233;e des classes des rejetons de Sarah Ferguson. &#171; &lt;i&gt;Qu'en penses-tu ?&lt;/i&gt; m'avait demand&#233; Bernd Runge. &lt;i&gt;- &#199;a vaut un &#233;cho...&lt;/i&gt; &#187;, avais-je hasard&#233;. Bernd Runge avait hoch&#233; la t&#234;te et command&#233; une double &#224; la maquette. Ce malentendu persista quatre semaines, apr&#232;s quoi, je rendis mon tablier. J'&#233;tais, &#224; l'&#233;poque, jeune et ignorant et, quand Axel Ganz, d&#233;sireux de conna&#238;tre les raisons de mon d&#233;part pr&#233;cipit&#233;, me demanda &#171; &lt;i&gt;Pourquoi les journalistes fran&#231;ais ne savent-ils pas faire &lt;i&gt;Gala&lt;/i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, je r&#233;pondis avec arrogance : &#171; &lt;i&gt;Parce que ce n'est pas du journalisme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, je ne sais toujours pas tr&#232;s bien ce qu'est le journalisme. Dans mes r&#234;ves, un journal ressemble au &lt;i&gt;Shinbone Star&lt;/i&gt; et un journaliste &#224; Dutton Peabody. Mais je continue &#224; avoir un faible pour les tablo&#239;ds anglais. Lorsque je suis &#224; Londres, je fais comme tout le monde et il m'arrive d'acheter plusieurs &#233;ditions cons&#233;cutives du &lt;i&gt;Evening Standard&lt;/i&gt;, rien que pour un paragraphe de plus. Sinon, il faut attendre deux &#224; trois jours pour lire ces m&#234;mes histoires, racont&#233;es de fa&#231;on sibylline dans la presse &lt;i&gt;broadsheet&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A propos de cette &#171; avance &#187; des tablo&#239;ds, il faudrait presque rendre hommage &#224; l'&#233;tonnante intuition de Piers Morgan, qui s'est fait, il y a peu, virer du &lt;i&gt;Mirror&lt;/i&gt; pour avoir publi&#233; des photos truqu&#233;es montrant des militaires britanniques humiliant des prisonniers irakiens. C'&#233;tait quelques jours avant la publication des (vraies) photos d'Abou Ghra&#239;b - des situations que les faussaires du &lt;i&gt;Mirror&lt;/i&gt; n'avaient pas os&#233; imaginer. Maladroit, Piers Morgan, mais visionnaire !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au printemps dernier, &#171; Le Droit de savoir &#187; m'a sollicit&#233; pour participer &#224; une de ces &#233;missions qui fustigent la presse &#171; people &#187;. Au bout de trois questions, j'ai demand&#233; gr&#226;ce. La salive me faisait d&#233;faut pour r&#233;p&#233;ter ce que j'avais d&#233;j&#224; dit cent fois. J'ai expliqu&#233; &#224; l'&#233;missaire de M. Villeneuve que j'&#233;tais d'accord pour une interview, &#224; condition de dire que je ne voyais aucune diff&#233;rence entre le contenu, les m&#233;thodes et la vocation lucrative de &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt; et celle du &#171; Droit de savoir &#187;. Mon correspondant est rest&#233; silencieux puis m'a dit qu'il me rappellerait. Quelques semaines plus tard, une jeune femme, plus accrocheuse, m'a convaincu de la retrouver dans un bar voisin de mon domicile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je lui ai r&#233;p&#233;t&#233; que je ne voyais aucune diff&#233;rence entre &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt; et &#171; Droit de savoir &#187; et que la presse &#171; people &#187; et l'info-spectacle fonctionnent de la m&#234;me fa&#231;on : d'abord, choisir un sujet racoleur (les putes bosniaques des boulevards des Mar&#233;chaux / la liaison d'une c&#233;l&#233;brit&#233; mari&#233;e avec une autre c&#233;l&#233;brit&#233; mari&#233;e) ; ensuite, mettre sur (sous ?) la table assez d'argent pour payer les informateurs ou les figurants ; puis, publier / diffuser en se voilant un peu la face (d&#233;noncer la brutalit&#233; du proxo mont&#233;n&#233;grin / montrer combien l'adult&#232;re porte pr&#233;judice aux femmes / maris tromp&#233;s et aux enfants abandonn&#233;s) ; et enfin, encaisser (vente au num&#233;ro / &#233;crans de publicit&#233;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis, une derni&#232;re fois, j'ai d&#233;clin&#233; l'offre de M. Villeneuve. Je n'ai plus rien &#224; dire sur la presse &#171; people &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jacques Colin est journaliste et &#233;crivain.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Risques de panurgisme</title>
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		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>
		<dc:subject>Roman</dc:subject>

		<description>L'affaire &#171; Richard Roman &#187; a montr&#233; jusqu'&#224; la caricature combien la presse se contentait trop souvent de suivre les conclusions de la justice. Sans veiller au principe de pr&#233;caution. Jo&#235;l Roman, r&#233;dacteur en chef de la revue Esprit, s'est retrouv&#233; &#224; son corps d&#233;fendant partie prenante dans un fait divers : en juillet 1988, son fr&#232;re, Richard, a &#233;t&#233; accus&#233; du viol et du meurtre d'une petite fille, C&#233;line, et incarc&#233;r&#233; quatre ans durant. Victime d'une succession d'erreurs et de manipulations de t&#233;moignages, (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-roman,171-+.html" rel="tag"&gt;Roman&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton67-56cac.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;L'affaire &#171; Richard Roman &#187; a montr&#233; jusqu'&#224; la caricature combien la presse se contentait trop souvent de suivre les conclusions de la justice. Sans veiller au principe de pr&#233;caution.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jo&#235;l Roman, r&#233;dacteur en chef de la revue &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, s'est retrouv&#233; &#224; son corps d&#233;fendant partie prenante dans un fait divers : en juillet 1988, son fr&#232;re, Richard, a &#233;t&#233; accus&#233; du viol et du meurtre d'une petite fille, C&#233;line, et incarc&#233;r&#233; quatre ans durant. Victime d'une succession d'erreurs et de manipulations de t&#233;moignages, il a finalement b&#233;n&#233;fici&#233; d'un non-lieu, avant d'&#234;tre acquitt&#233; en 1992. Jo&#235;l Roman revient sur les aspects m&#233;diatiques de cette affaire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;guli&#232;rement, on assiste &#224; des emballements m&#233;diatiques &#224; partir d'un fait divers. Le cas de &#171; l'affaire Richard Roman &#187; n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; cette fatalit&#233;. Comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plusieurs facteurs permettent d'expliquer ce ph&#233;nom&#232;ne. Le premier, c'est qu'un &#233;v&#233;nement de cette nature cr&#233;e une sorte d'appel d'air m&#233;diatique. Surtout s'il se produit dans une p&#233;riode estivale pauvre en actualit&#233;. D'un seul coup, une dizaine de journalistes se retrouvent dans un petit village, fr&#233;quentent le m&#234;me restaurant, le m&#234;me h&#244;tel et passent leur journ&#233;e &#224; chercher des informations sur un fait divers particuli&#232;rement scabreux. Il y a alors un ph&#233;nom&#232;ne d'excitation, d'auto-intoxication, de comp&#233;tition et de rumeurs. Une situation assez comparable &#224; ce que peuvent vivre les correspondants de guerre quand ils sont ensemble dans les m&#234;mes h&#244;tels &#224; &#233;changer les m&#234;mes informations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le deuxi&#232;me facteur d'emballement dans ce qu'on a appel&#233; &#171; l'affaire Roman &#187; tient au fait qu'en cette saison d'&#233;t&#233;, les r&#233;dacteurs en chef ou les chefs de service &#233;taient pour beaucoup en vacances. L'encadrement, moins professionnel, pouvait se laisser aller plus ais&#233;ment aux d&#233;rapages. On a aussi d&#233;p&#234;ch&#233; sur place beaucoup de quasi-d&#233;butants moins capables de recul. Cela dit, des journalistes chevronn&#233;s se sont aussi laiss&#233;s aller aux m&#234;mes facilit&#233;s que les plus jeunes.
Je souligne &#233;galement l'effet &#171; d'autol&#233;gitimit&#233; &#187; entretenu par les m&#233;dias. A un certain moment, chaque article apportait un &#233;l&#233;ment suppl&#233;mentaire &#224; charge, chaque article avait pour fonction de l&#233;gitimer les autres articles, le travail de l'ensemble des journalistes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Une victime, m&#234;me de bonne foi, peut ne pas dire la v&#233;rit&#233;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous du &#171; suivisme &#187; de la plupart des m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'avoue avoir d&#233;couvert &#224; cette occasion le mode de fonctionnement de nombreux journalistes et de nombreux m&#233;dias. Globalement, la notion d'enqu&#234;te se limitait le plus souvent &#224; reprendre les propos de ceux qui menaient l'instruction et les investigations. Parfois m&#234;me, des journalistes ont invent&#233; et suscit&#233; des t&#233;moignages !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En outre, il est &#233;vident que la victime cr&#233;e de l'empathie et que le coupable probable n'entra&#238;ne pas le m&#234;me sentiment. Mais justement, le r&#244;le de la presse c'est de d&#233;passer cette r&#233;action naturelle. Une victime, m&#234;me de bonne foi, peut ne pas dire la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut cependant rappeler que ce d&#233;rapage m&#233;diatique n'a d'abord &#233;t&#233; rendu possible que parce que la justice a failli : ce sont les &#171; &#233;lucubrations &#187; du procureur charg&#233; de l'enqu&#234;te, comme il les a lui-m&#234;me qualifi&#233;es, qui ont stimul&#233; la presse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En m&#234;me temps, d'autres journalistes ont refus&#233; de reprendre purement et simplement les th&#232;ses officielles, dont parfois des titres &#224; la r&#233;putation peu flatteuse comme &lt;i&gt;Le Nouveau D&#233;tective&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Il faut dire que seule la presse &#233;crite a pu et su produire des analyses allant &#224; rebours de la th&#232;se officielle de la justice. Mais dans un premier temps, seul Lionel Duroy de &lt;i&gt;L'Ev&#233;nement du jeudi&lt;/i&gt; a fait l'effort d'une contre-enqu&#234;te. Il s'est rendu sur place et a fait le d&#233;placement en voiture, il a chronom&#233;tr&#233; les diff&#233;rentes phases. Il a vu que la th&#232;se accusant Richard ne tenait pas la route. Le journaliste m'a dit plus tard qu'&#224; l'origine, il avait un pr&#233;jug&#233; d&#233;favorable. J'avais fait le m&#234;me travail de recoupement, pour arriver &#224; la m&#234;me conclusion. Cela dit, Lionel Duroy fut tr&#232;s courageux de publier cette enqu&#234;te car il allait &#224; l'encontre de ses coll&#232;gues. M&#234;me au sein de son journal, il a eu du mal &#224; faire accepter son travail. Ensuite, &lt;i&gt;Le Nouveau D&#233;tective&lt;/i&gt; a, lui aussi, fait une analyse qui remettait en question la th&#232;se officielle. C'est seulement au cours du proc&#232;s, lorsqu'appara&#238;tront les failles et les manipulations de l'instruction, que la plupart des journaux vont d&#233;couvrir le dossier et la r&#233;alit&#233; des faits. Et, m&#234;me &#224; ce moment-l&#224;, certains refuseront la r&#233;alit&#233; ! La plupart des journalistes ont chang&#233; de position sans le dire, passant par pertes et profits leurs errances ant&#233;rieures. Il n'y a eu aucune autocritique. C'est d'ailleurs une r&#233;alit&#233; plus g&#233;n&#233;rale : la presse est souvent incapable de se remettre en cause.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout de m&#234;me, vous faites peu de cas des d&#233;bats internes de la profession, de ses remises en cause comme au moment du faux charnier de Timisoara, de la publication de sondages attestant la perte de cr&#233;dibilit&#233; de la presse...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La presse s'interroge quand elle fait visiblement face &#224; une entreprise de manipulation, comme dans le cas de Timisoara. C'est une r&#233;action face &#224; un &#233;l&#233;ment ext&#233;rieur. Elle ne se remet pas en cause sur ses pratiques ordinaires. Elle ne revient pas apr&#232;s coup sur le traitement de l'information. Sauf exception.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On voit pourtant appara&#238;tre des chartes d&#233;ontologiques, des m&#233;diateurs, ...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est vrai et des affaires comme celle dont nous parlons ont entra&#238;n&#233; quelques &#233;volutions. Mais elles restent r&#233;duites et de peu de poids. En fait, c'est du c&#244;t&#233; de la l&#233;gislation que les choses ont le plus &#233;volu&#233;, avec en particulier un renforcement de la pr&#233;somption d'innocence et du droit &#224; l'image. Je crois par exemple que l'interdiction de photographier une personne dans une situation d&#233;gradante, comme d'&#234;tre menott&#233;e, est un r&#233;el progr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_802 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/MR-PINK-1.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/MR-PINK-1-efce6-90b58.jpg' width='216' height='324' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-802 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le public consomme ce qu'on lui donne. On ne peut pas dire qu'il a les m&#233;dias qu'il m&#233;rite car nous sommes l&#224; dans le primat de l'offre. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut aussi le voir comme une mani&#232;re de prot&#233;ger certaines personnalit&#233;s.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas impossible mais je retrouve l&#224; un discours fr&#233;quent de la part des m&#233;dias qui crient &#224; l'impossibilit&#233; de travailler, privil&#233;giant le droit de la presse sur celui de la libert&#233; individuelle. Or, la d&#233;mocratie c'est d'abord le droit de la libert&#233; individuelle, le droit &#224; la dignit&#233;. Ce qui ne doit en rien emp&#234;cher les m&#233;dias de faire leur travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut quand m&#234;me y voir une fa&#231;on de prot&#233;ger les puissants.
Mais les puissants ont droit comme les autres au respect de leur vie priv&#233;e. &#201;videmment, cette protection doit s'arr&#234;ter au moment o&#249; elle prot&#233;gerait des actions d&#233;lictueuses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne pouvez pas non plus passer sous silence le d&#233;veloppement des droits de r&#233;ponse et la multiplication des proc&#232;s en diffamation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous avez raison, mais je noterai d'abord que cela concerne seulement la presse &#233;crite. Dans le secteur de l'audiovisuel, la seule parade, c'est d'attendre qu'une affaire chasse l'autre, c'est de compter sur l'oubli. Ce qui est malgr&#233; tout assez maigre. Par ailleurs, il n'est pas neutre de noter que le droit de r&#233;ponse est le plus souvent accord&#233; en fonction du pouvoir de celui qui le demande. De m&#234;me d'ailleurs que les proc&#233;dures judiciaires engag&#233;es pour diffamation sont plut&#244;t le fait de ceux qui ma&#238;trisent les r&#232;gles du syst&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le public joue aussi sa partition...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le public consomme ce qu'on lui donne. On ne peut pas dire qu'il a les m&#233;dias qu'il m&#233;rite car nous sommes l&#224; dans le primat de l'offre. Ce sont les m&#233;dias qui proposent les contenus. Certes, l'opinion ne va pas spontan&#233;ment vers le plus difficile, le plus exigeant, mais cela ne veut pas non plus dire qu'elle va spontan&#233;ment vers le pire. Je ne crois pas que l'opinion soit dupe. Le public est tr&#232;s versatile : ce sont souvent les m&#234;mes qui regardent des &#233;missions et qui les critiquent. Faire porter la responsabilit&#233; sur le public me para&#238;t &#234;tre un argument tr&#232;s paresseux. Les m&#233;dias sont responsables des contenus diffus&#233;s, des informations &#233;mises. C'est &#224; eux de recouper et de v&#233;rifier les informations. C'est leur fonction, leur r&#244;le. Le travail journalistique ne se limite pas &#224; &#234;tre une simple plaque photographique, &#224; &#234;tre un porte-voix. En outre, ce type d'arguments rel&#232;ve des pr&#233;dictions autor&#233;alisatrices. Prenez l'exemple de la couverture des &#233;lections europ&#233;ennes : les grands m&#233;dias n'en parlent pas, ou peu, au pr&#233;texte que cela n'int&#233;resse pas, et bien entendu, comme cela n'a pas &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;, l'abstention est au rendez-vous et vient confirmer le pronostic.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon vous, les m&#233;dias sont souvent &#224; c&#244;t&#233; de la plaque ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils amplifient ou minorent selon des crit&#232;res qui ne sont pas n&#233;cessairement ceux de l'importance r&#233;elle des &#233;v&#233;nements. Prenons l'exemple du voile. Les jeunes filles concern&#233;es sont une infime minorit&#233; et bien souvent il ne s'agit que d'une question li&#233;e &#224; l'adolescence. En Seine-Saint-Denis, l'un des d&#233;partements de France les plus sensibles &#224; ce probl&#232;me, la m&#233;diatrice a recens&#233; moins de dix cas dans l'ann&#233;e 2003. Or, des lobbies d&#233;sireux de faire passer une loi ont d&#233;tourn&#233; ces quelques cas pour en faire une affaire nationale. Ils ont construit une actualit&#233; et organis&#233; par la suite un battage m&#233;diatique faisant pression sur les autorit&#233;s politiques qui, r&#233;ticentes &#224; l'origine, ont fini par se laisser entra&#238;ner dans une logique d&#233;magogique. Et la presse, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, n'a pas su relativiser cette question, enqu&#234;ter pour savoir combien de personnes &#233;taient r&#233;ellement concern&#233;es, pour montrer qui &#233;tait &#224; l'origine de la surench&#232;re.
Autre exemple : le mariage homosexuel. Un responsable politique croit utile de prendre position &#224; ce propos, et la presse multiplie toutes affaires cessantes les sujets, les t&#233;moignages... Chaque personnalit&#233; politique se sent oblig&#233;e de donner son avis. Cela finit par produire une sorte de d&#233;bat assez artificiel, en d&#233;calage &#224; la fois par rapport aux attentes de l'opinion et aux probl&#232;mes politiques de l'heure.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le droit de r&#233;ponse est le plus souvent accord&#233; en fonction du pouvoir de celui qui le demande. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Seriez-vous favorable &#224; l'instauration d'une sorte d'autorit&#233; pour pr&#233;venir les d&#233;rapages ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, par nature, je ne suis pas tr&#232;s favorable aux Ordres de toute sorte. Je crois aussi que les m&#233;dias sont oblig&#233;s de prendre en compte diff&#233;rentes contraintes li&#233;es &#224; la production de l'information, li&#233;es &#224; la comp&#233;tition entre les diff&#233;rents supports. Mais il peut y avoir un travail de fond men&#233; par les m&#233;dias au sein de leur r&#233;daction pour mettre en place des proc&#233;dures, des chartes comme il en existe &#224; &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt;, au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut souhaiter que la presse applique une sorte de principe de pr&#233;caution avant de monter en &#233;pingle un &#233;v&#233;nement. Il ne faut pas confondre obligation d'informer et obsession du scoop qui peut entra&#238;ner mensonges et mise en cause injustifi&#233;e de personnes ou d'institutions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par Jo&#235;l Roman.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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