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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>Rester aux aguets</title>
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		<dc:subject>Edito</dc:subject>

		<description>A la fois t&#233;moins et protagonistes de la campagne, les m&#233;dias ont &#233;t&#233; au c&#339;ur de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Et pas seulement apr&#232;s l'attaque en r&#232;gle men&#233;e par Fran&#231;ois Bayrou contre les grands groupes de presse au service exclusif, d&#233;non&#231;ait-il, du &quot;couple&quot; Sarkozy-Royal. On en a tout dit. On leur a tout reproch&#233;. Une chose et son contraire. D'&#234;tre trop puissants et, en m&#234;me temps, de se faire distancier par la blogosph&#232;re. Les journalistes &#233;taient un jour absents et, le lendemain envahissants. Et comme (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A la fois t&#233;moins et protagonistes de la campagne, les m&#233;dias ont &#233;t&#233; au c&#339;ur de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Et pas seulement apr&#232;s l'attaque en r&#232;gle men&#233;e par Fran&#231;ois Bayrou contre les grands groupes de presse au service exclusif, d&#233;non&#231;ait-il, du &quot;&lt;i&gt;couple&lt;/i&gt;&quot; Sarkozy-Royal. On en a tout dit. On leur a tout reproch&#233;. Une chose et son contraire. D'&#234;tre trop puissants et, en m&#234;me temps, de se faire distancier par la blogosph&#232;re. Les journalistes &#233;taient un jour absents et, le lendemain envahissants. Et comme toujours, le maudit tandem m&#233;dias-sondages &#233;tait accus&#233; de tous les p&#234;ch&#233;s de la R&#233;publique apr&#232;s qu'on s'en fut all&#233;grement servi pour s'imposer aux siens...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rien de bien neuf. Sur le fond, au moins. Sur l'intensit&#233; des critiques, un suil a &#233;t&#233; franchi. Comme si l'on se sentait enfin autoris&#233; &#224; r&#233;gler ses comptes, &#224; dire tout haut son exasp&#233;ration, &#224; se venger d'une certaine suffisance. Beaucoup qu n'aiment pas les m&#233;dias l'ont fait savoir. En plus grand nombre qu'on pouvait le penser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut dire que la personnalit&#233; d'un des candidats - qui, finalement, s'est impos&#233;- laissait craindre &#224; certains que plusieurs des m&#233;dias parmi les plus puissants se mettent &#224; son service. S'il n'en fut rien - quoi qu'en disent les militants du camp adverse-, le doute &#233;tait l&#224;. Il s'est immisc&#233;, puis install&#233;, soup&#231;onneux, mordant, corrosif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On l'a rappel&#233;, &#224; juste raison, Nicolas Sarkozy est un proche, voire un intime de quelques-uns des grands patrons de la presse fran&#231;aise. Il se pr&#233;sente m&#234;me comme le &quot;&lt;i&gt;fr&#232;re&lt;/i&gt;&quot; d'Arnaud lagard&#232;re. Plus interventionniste que ses pr&#233;d&#233;cesseurs, il n'h&#233;site jamais &#224; interpeller un journaliste, &#224; t&#233;l&#233;phoner &#224; une r&#233;daction, &#224; &quot;&lt;i&gt;influencer&lt;/i&gt;&quot; tel ou tel de ses amis en charge de l'info. Il ne s'en cache gu&#232;re. Jouant m&#234;me l'&#233;tonn&#233; quand on s'en inqui&#232;te. On a bien le droit de choisir ses amis. Ils sont aux manettes ? Qu'y puis-je ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De cette proximit&#233;, les journalistes ont tout &#224; craindre. Ils doivent rester aux aguets. Quand Sylvio Berlusconi se vante de conseiller &quot;&lt;i&gt;Nicolas&lt;/i&gt;&quot;, on peut hausser les &#233;paules devant cette nouvelle fanfaronnade du tycoon italien. Mais quand m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, les journalistes se savent sous surveillance. Le public ne leur pardonnera pas de manquer de vigilance. Paradoxalement, l'arriv&#233;e du candidat de l'UMP aux commandes de l'Etat peut avoir un effet positif, obligeant chacun &#224; se montrer encore plus sourcilleux en mati&#232;re d'ind&#233;pendance. L'&#233;pisode du yacht en a donn&#233; un avant-go&#251;t. Encourageant. D'autant que l'ironie et m&#234;me l'insolence n'ont pas &#233;t&#233; l'apanage des seuls m&#233;dias class&#233;s &#224; gauche. Et certains silences, oublis ou r&#233;tentions d'informations font d&#233;sormais d&#233;bat public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au lieu d'enfourcher le vieux canasson de la lutte des classes entre patrons de m&#233;dias, vendus &#224; la droite lib&#233;rale, et r&#233;dactions, gardiennes de l'&#233;thique et de la probit&#233;, pouruqoi ne pas parier sur les chances qu'offre toute nouvelle &#233;poque ? Une &#233;poque qui verrait, par exemple, la presse reconqu&#233;rir un public las de son manque d'audace et d'impertinence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Vive la transgression</title>
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		<dc:subject>Mano &#224; mano</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
		<dc:subject>Giesbert</dc:subject>

		<description>Il assume. On lui reproche de ne pas respecter le off ? Il r&#233;pond qu'il l'a toujours viol&#233;. On s'&#233;tonne de son parcours sinueux, de l'Obs au Point en passant par Le Figaro ? Il r&#233;plique que &quot;la transgression ne lui a jamais fait peur&quot;. On l'attaque sur son c&#244;t&#233; grand bourgeois ? Il nie faire partie du microcosme. FOG a de la r&#233;partie, du panache m&#234;me. Et pas mal de culot. Comment passe-t-on du Nouvel Obs au Figaro ? Pour une fois, je vais dire la v&#233;rit&#233; l&#224;-dessus : c'est une banale histoire de (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-giesbert,121-+.html" rel="tag"&gt;Giesbert&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH101/arton345-92d84.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='101' class='spip_logos' style='height:101px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Il assume. On lui reproche de ne pas respecter le off ? Il r&#233;pond qu'il l'a toujours viol&#233;. On s'&#233;tonne de son parcours sinueux, de l'&lt;i&gt;Obs&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt; en passant par &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; ? Il r&#233;plique que &quot;&lt;i&gt;la transgression ne lui a jamais fait peur&lt;/i&gt;&quot;. On l'attaque sur son c&#244;t&#233; grand bourgeois ? Il nie faire partie du microcosme. FOG a de la r&#233;partie, du panache m&#234;me. Et pas mal de culot.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment passe-t-on du &lt;i&gt;Nouvel Obs&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour une fois, je vais dire la v&#233;rit&#233; l&#224;-dessus : c'est une banale histoire de succession qui a mal tourn&#233;. Quand j'ai quitt&#233; &lt;i&gt;Le Nouvel Obs&lt;/i&gt; en 1988, je m'en suis tenu &#224; un discours de circonstance parce que je culpabilisais un peu. Jean Daniel et moi ne pouvions plus cohabiter. Alors que le journal se redressait rapidement, et commen&#231;ait m&#234;me &#224; tr&#232;s bien marcher, le climat devenait irrespirable. Les conflits se d&#233;roulaient toujours &#224; porte ferm&#233;e, mais la r&#233;daction sentait bien la tension. Lors d'une r&#233;union de direction, qui se tenait dans sa cuisine, Jean Daniel a tenu &#224; mon &#233;gard des propos d'une telle violence que j'ai d&#233;cid&#233; de partir. J'&#233;tais pr&#234;t &#224; accepter la premi&#232;re proposition venue. Un poste se lib&#233;rait &#224; la Commission europ&#233;enne de Bruxelles, mais &#231;a ne m'excitait pas beaucoup, bien que je sois tr&#232;s europ&#233;en. Et puis l'offre d'Hersant est tomb&#233;e. C'&#233;tait la seconde fois qu'il me sollicitait et il ne croyait pas vraiment que je viendrais. Mais j'ai accept&#233; tout de suite. C'&#233;tait un choix tr&#232;s dur, car j'avais l'impression de quitter une famille : dix-sept ans de &lt;i&gt;Nouvel Obs&lt;/i&gt;, en passant par toutes les rubriques, culture, faits divers, sciences, politique &#233;trang&#232;re, int&#233;rieure, grands reportages, etc. J'ai gard&#233; des liens de sang avec toute la r&#233;daction, et j'ai ador&#233; travailler avec Claude Perdriel. Mais je n'ai rien regrett&#233;. Si j'&#233;tais rest&#233;, j'aurais &#233;t&#233; d&#233;truit par ce conflit permanent. Il fallait trancher ce n&#339;ud.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_346 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/IMG_0927.jpg&quot; title='photo : Isabelle N&#232;gre' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/IMG_0927-9ebb7-2e944.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Isabelle N&#232;gre' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-346 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Isabelle N&#232;gre&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que vous reprochait Jean Daniel, exactement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qu'il ne s'&#233;tait jamais g&#234;n&#233; de faire lui-m&#234;me avant : soi-disant du commercial. C'&#233;tait un faux proc&#232;s. Je ne crois pas que le commercial soit la solution. Prenez &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, qui a gagn&#233; 100 000 exemplaires en six ans et qui vient de franchir - largement - le cap des 400 000 : depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, nous avons fait une seule une sur l'immobilier, toutes les autres &#233;taient politiques. Nous avons m&#234;me fait un carton avec une couverture sur Nietzsche l'&#233;t&#233; dernier et nous n'avons jamais cess&#233; d'&#233;lever le niveau avec des pages &#171; Id&#233;es &#187; tr&#232;s sophistiqu&#233;es. Je dois &#224; la v&#233;rit&#233; de dire que c'est Jean Daniel qui m'a gens qui comptent beaucoup pour moi semblaient approuver mon choix. J'ai re&#231;u une longue lettre de Fran&#231;ois Furet : du bonheur pur. Je l'ai toujours gard&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edwy Plenel vous qualifie de &#171; &lt;i&gt;journaliste mercenaire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne me suis jamais vu ainsi. Je me m&#233;fie toujours des le&#231;ons de morale : les belles &#226;mes qui les dispensent ont rarement les mains tout &#224; fait propres. Celles que j'ai re&#231;ues pendant ma vie professionnelle ne m'ont jamais touch&#233;. J'ai toujours refus&#233; les avantages en tout genre. M&#234;me si je reconnais &#234;tre pr&#234;t &#224; beaucoup de choses pour obtenir une bonne information, je suis tr&#232;s rigoureux. Parce que c'est ainsi qu'on reste libre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'a donc pas tort ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me si j'appr&#233;cie son talent, on n'a pas la m&#234;me conception du m&#233;tier. Edwy Plenel n'aime pas ce qu'on appelle le journalisme de connivence. Par exemple, il ne faudrait pas fr&#233;quenter les hommes politiques, ni d&#233;jeuner avec eux. Je suis persuad&#233; du contraire. Je rencontre tout le monde, &#233;v&#234;ques, banquiers, truands, publicitaires, saints, &#233;crivains, ministres. Le journalisme, c'est entrer l&#224; o&#249; l'on n'est pas cens&#233; &#234;tre. J'avais &#233;t&#233; choqu&#233; &#224; l'&#233;poque quand &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; avait vir&#233; comme un malpropre un journaliste qui avait pris une note sur un bureau. &#192; mes d&#233;buts, j'ai photocopi&#233;, recopi&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le journaliste doit mouiller sa chemise, aller au contact de l'information, d&#233;couvrir des mondes, les raconter, faire partager ce qu'il sait. Si demain on interdit ce pr&#233;tendu &#171; &lt;i&gt;journalisme de connivence&lt;/i&gt; &#187;, si je n'ai plus le droit de rencontrer les gens dont je parle, je change imm&#233;diatement de m&#233;tier. Je pr&#233;f&#232;re &#234;tre cuisinier, jardinier ou libraire. &#201;videmment, ce type de journalisme est beaucoup moins fatigant : on arrive &#224; heures fixes, on regarde les d&#233;p&#234;ches, on trie, on fait un bel &#233;ditorial moralisateur et on repart. C'est le journalisme en chambre, ce que j'appelle le journalisme RTT.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes d'accord avec Alain Duhamel lorsqu'il dit que reprocher aux journalistes de d&#233;jeuner avec les politiques, c'est comme reprocher &#224; un journaliste sportif d'assister &#224; un match ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est plut&#244;t comme si on interdisait aux journalistes d'aller dans les vestiaires. Le match, c'est l'apparence, mais derri&#232;re... Soit on r&#233;duit la presse &#233;crite au r&#244;le d'observateur, qui analyse les communiqu&#233;s ou les d&#233;clarations officielles, soit on va au contact direct de l'information. Dans la premi&#232;re hypoth&#232;se, La Semaine de Suzette devient le r&#233;f&#233;rent. Ce n'est pas ma conception. Notre r&#244;le est d'aller d&#233;terrer les v&#233;rit&#233;s qu'on veut nous cacher, derri&#232;re le rideau, le paravent, l'&#233;cran, dans les vestiaires.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_343 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/IMG_1027.jpg&quot; title='photo : Isabelle N&#232;gre' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/IMG_1027-61347-9466d.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Isabelle N&#232;gre' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-343 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Isabelle N&#232;gre&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s &#171; La Trag&#233;die du Pr&#233;sident &#187;, et la pol&#233;mique sur le off, les politiques acceptent encore de vous parler ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les premi&#232;res phrases du livre, je dis qu'on ne doit jamais faire confiance &#224; un journaliste. Surtout pas &#224; moi. Pourtant, tout le monde me parle, &#224; droite comme &#224; gauche. La derni&#232;re campagne pr&#233;sidentielle &#233;tait tr&#232;s amusante et j'aurais d&#251; travailler dans un quotidien, vu la somme d'informations que je d&#233;tenais. L'entourage de chacun des trois candidats m'appelait directement quand il se passait quelque chose. Pourquoi moi ? Parce que je n'ai jamais pris personne en tra&#238;tre. Je prends ouvertement des notes devant les personnalit&#233;s que j'interroge. Elles continuent donc &#224; me faire confiance.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je suis un &#233;colo du journalisme : je ne jette rien, je recycle, je r&#233;cup&#232;re tout ! &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chirac et Villepin ont peut-&#234;tre &#233;t&#233; un peu surpris ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, ils savaient que je ferais un livre. Prenez Mitterrand. &#192; la fin de sa vie, quand on d&#233;jeunait ensemble, j'avais toujours mon cahier &#224; spirales. Parfois, il me disait : &#171; &lt;i&gt;&#199;a, c'est pour apr&#232;s&lt;/i&gt;. &#187; Tout le monde sait que ce qu'on me dit sera utilis&#233; d'une mani&#232;re ou d'une autre. Je suis un &#233;colo du journalisme : je ne jette rien, je recycle, je r&#233;cup&#232;re tout. Je ne respecte que le &lt;i&gt;deep underground&lt;/i&gt; : les histoires tr&#232;s priv&#233;es qu'&#233;videmment vous gardez pour vous. Mais le off, c'est fait pour &#234;tre racont&#233;. Et c'est moi qui d&#233;cide du moment. Si je le raconte sur-le-champ, je suis grill&#233;, je n'ai plus de source. Si j'attends trois ou cinq ans, il n'y a pas de soucis. Et je ne prends personne en tra&#238;tre puisque tout le monde sait que je fonctionne ainsi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, vous ne sentez aucune m&#233;fiance envers vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Absolument aucune. Val&#233;ry Giscard d'Estaing m'a racont&#233; derni&#232;rement trois histoires dr&#244;les, dont une &#224; mourir de rire, mais qui n'est pas racontable maintenant. Quand j'ai sorti mon cahier pour la noter, il les a r&#233;p&#233;t&#233;es lentement, et je les ai prises sous sa dict&#233;e. Effectivement, il y a deux ou trois personnes dont je n'ai pas dit du bien et qui ne veulent plus me parler. Franchement, c'est normal que Madelin ou Villepin changent de trottoir quand ils me voient, apr&#232;s tout ce que j'ai &#233;crit sur eux. Je ne fais pas partie de ces journalistes qui pensent que les politiciens devraient, en plus, dire merci quand on les a malmen&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chirac s'est servi de P&#233;an pour vous r&#233;pondre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est vous qui le dites. D'ailleurs, ce n'&#233;tait pas une mauvaise id&#233;e, on &#233;tait tous les trois sur l'affaire Mitterrand : P&#233;an, Benamou et moi. Il aurait pu prendre Benamou, il a pris P&#233;an qui a fait un joli coup journalistique avec quelques pages tr&#232;s d&#233;sagr&#233;ables sur moi dont il aurait pu se passer [sourire]...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous accuse parfois de complaisance dans votre blog.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque je l'ai lanc&#233;, un jeune blogueur en mal de publicit&#233; a envoy&#233; des commentaires pr&#233;tendus dr&#244;les et faussement l&#232;che-cul. Un enfant de cinq ans s'en serait rendu compte. On les a valid&#233;s. Si on se moque de moi, je l'accepte. C'est le jeu. &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; m'a fait une esp&#232;ce de faux proc&#232;s, un peu ridicule.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains c&#233;l&#232;brent a contrario votre franchise...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'interroge les gens sans prendre de pr&#233;cautions. Je ne roule pour personne, je ne suis pas un militant ni un petit soldat, mais j'ai des convictions politiques. Je suis lib&#233;ral dans le sens tocquevillien et je le revendique. Je suis pour l'&#233;conomie de march&#233;, pour l'Europe, pour la solidarit&#233; sociale et pour le RMI.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous &#234;tes contre le salaire minimum ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Foutaises ! O&#249; avez-vous trouv&#233; cela ? Sur Internet ? V&#233;rifiez vos sources : j'ai &#233;crit des horreurs sur les patrons goinfres et je suis &#233;videmment pour le Smic. Mais je suis aussi partisan d'un Smic Jeunes parce que je pense qu'il faut les aider &#224; entrer le plus t&#244;t possible dans le march&#233; du travail, quitte &#224; ce que l'&#201;tat compense.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un de vos amis parle de vous comme d'un &#171; &lt;i&gt;capitaine Fracasse du journalisme&lt;/i&gt; &#187;. &#199;a vous fait plaisir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me place toujours dans la prise de risques, m&#234;me si c'est dans un cadre bien pr&#233;cis : celui de notre lectorat. Le journalisme p&#233;p&#232;re a v&#233;cu. Les bons journaux sont ceux qui parlent de l'actualit&#233; vite et bien, qui plongent dans des univers diff&#233;rents. Il est quand m&#234;me frappant que &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; - suppos&#233; de centre-droit, accus&#233; par ses ennemis d'&#234;tre un journal horriblement conservateur - ait parl&#233; des banlieues mieux que ses concurrents. Au moment des affrontements, une &#233;quipe de jeunes journalistes a fait un travail incroyable, en passant sa vie sur place. Les autres titres craignaient-ils d'instaurer une connivence avec les bandes de banlieues ? En tout cas, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, on ne les a pas vus sur le terrain. Cela ne nous emp&#234;che pas de rester responsables et de nous demander, par exemple, s'il faut publier tel ou tel reportage. Dans notre journal, il y a une &#233;thique et elle est collective.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_348 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/IMG_0900.jpg&quot; title='photo : Isabelle N&#232;gre' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/IMG_0900-00156-7b742.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Isabelle N&#232;gre' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-348 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Isabelle N&#232;gre&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les belles &#226;mes qui dispensent des le&#231;ons de morales ont rarement les mains tout &#224; fait propres. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans notre num&#233;ro de d&#233;cembre, Philippe Sollers dit que vous pourriez &#234;tre le Bel Ami de notre &#233;poque. Qu'en pensez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas tr&#232;s gentil. J'aime beaucoup Maupassant, notamment ses &#171; Contes &#187;, mais &#171; Bel Ami &#187; n'est pas mon roman pr&#233;f&#233;r&#233; et je ne me reconnais pas du tout dans le personnage. J'ai des convictions fortes, je l'ai souvent prouv&#233;. Par moment, j'essaie m&#234;me de m'en prot&#233;ger. Au moment du r&#233;f&#233;rendum europ&#233;en, je m'&#233;tais transform&#233; en une esp&#232;ce de bombe humaine hyst&#233;rique parce que j'&#233;tais partisan du oui. Je ne m'inscris pas non plus dans un parcours de r&#233;ussite &#233;conomique et financi&#232;re. Philippe Sollers a simplement dit cela pour &#234;tre m&#233;chant, parce que je ne fais pas partie de son club. Sinon, je serais un journaliste absolument formidable. Typiquement parisien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous vous sentez vis&#233; par la crise de confiance dont sont victimes les journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Absolument pas. Je ne vis pas dans cet univers-l&#224;. C'est mon c&#244;t&#233; proven&#231;al et provincial. Le principal probl&#232;me des m&#233;dias, c'est la centralisation. Tous les journaux nationaux sont &#224; Paris et tout le monde s'y croise tout le temps. Journalistes, politiques, hauts fonctionnaires : tout &#231;a forme une esp&#232;ce de soupe que certains appellent microcosme. Jean Ferniot avait une formule que j'aimais bien : le &#171; &lt;i&gt;tout-&#201;tat&lt;/i&gt; &#187;. Jean-Fran&#231;ois Kahn a parl&#233; de &#171; &lt;i&gt;bullocrates&lt;/i&gt; &#187;. Eh bien, je n'en suis pas ! Fatalement, c'est un peu faux puisque je les connais tous, je les tutoie, je les vois, je les aime bien, je ne suis pas en guerre avec eux. Mais parce que j'ai des centres d'int&#233;r&#234;t diff&#233;rents, je navigue dans un autre univers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand Jean-Fran&#231;ois Kahn parle de la &#171; &lt;i&gt; bande des trois&lt;/i&gt; &#187; : &lt;i&gt;L'Obs&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, qu'est-ce que cela vous inspire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est le quatri&#232;me qui veut entrer dans la bande. Bienvenue au club ! Pour moi, &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; est un tr&#232;s bon magazine, m&#234;me si je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il publie. J'&#233;tais d'ailleurs dans son viseur ces derniers mois, parce que je refusais de me laisser enr&#244;ler dans sa croisade &#171; &lt;i&gt;anti-Sarko&lt;/i&gt; &#187;. Mais bon, j'aime bien le lire. Il a sa place dans la bande des quatre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand vous fr&#233;quentez les politiques, les puissants, vous esp&#233;rez les influencer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, j'esp&#232;re juste apprendre des choses. C'est mon travail. Je ne suis pas un journaliste d'influence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous pourriez influencer par vos id&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est le p&#233;ch&#233; capital de ceux qu'on nomme, &#224; tort, les &#171; &lt;i&gt; grands journalistes&lt;/i&gt; &#187; : la vanit&#233; les fait sombrer. Ils commencent &#224; se couvrir de l&#233;gions d'honneurs, ils s'&#233;coutent parler, ils se regardent &#233;crire, ils s'&#233;loignent peu &#224; peu de la r&#233;alit&#233;. La presse n'a aucune influence. Si les candidats qu'elle soutenait gagnaient les &#233;lections, Balladur, Jospin ou Royal auraient &#233;t&#233; &#233;lus. En g&#233;n&#233;ral, le candidat soutenu par la presse est battu. Cette vieille constante fran&#231;aise d&#233;montre le d&#233;calage entre le petit circuit parisien et l'opinion publique. Elle explique aussi les difficult&#233;s de la presse &#233;crite qui ne se remet jamais en question, vit les volets clos, n'&#233;coute pas les rumeurs de la ville. Certains journaux me font penser aux Charbonnages de France : malgr&#233; les difficult&#233;s, l'id&#233;e de se remettre en question ne leur effleure m&#234;me pas l'esprit. Souvent, on produit les journaux comme il y a trente ans. Or, tout a chang&#233; ! &#192; partir d'un certain &#226;ge, duquel je m'approche, il faut quitter ce m&#233;tier, car la mort venant, la pompe guette.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_344 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/IMG_0948.jpg&quot; title='photo : Isabelle N&#232;gre' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/IMG_0948-3f122-15c9c.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Isabelle N&#232;gre' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-344 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Isabelle N&#232;gre&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si demain vous deviez prendre la t&#234;te d'un quotidien, comment aborderiez-vous la crise de la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand je suis arriv&#233; au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; en 1988, la solution r&#233;sidait dans ce qu'on appelle le service. On donnait les horaires des cin&#233;mas, les adresses des restaurants, les th&#233;&#226;tres, les courses hippiques, les programmes de t&#233;l&#233;vision avec un maximum de d&#233;tails, etc. Aujourd'hui, c'est Internet qui s'en occupe. Faut-il des quotidiens plus l&#233;gers, plus souples ? Sans doute. Mais les hebdos aussi ont d&#251; s'adapter. Au Point, nous nous sommes battus sur tous les fronts en m&#234;me temps. Notamment sur le front intellectuel, avec des articles exigeants. Je crois &#224; l'avenir des journaux d&#232;s lors qu'ils sont identitaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous auriez pris la t&#234;te de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; si on vous l'avait propos&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question ne s'est pas pos&#233;e. Laurent Joffrin a &#233;t&#233; tr&#232;s culott&#233; et courageux. Lui aussi peut donner le sentiment d'&#234;tre dans le syst&#232;me, mais on voit bien que ce n'est pas le cas. Il adore la voile, passe beaucoup de temps en Normandie, &#224; Granville, sur son bateau, il &#233;crit des bouquins, il a la t&#234;te ailleurs. De ce point de vue, nos chemins sont parall&#232;les. On n'a pas les m&#234;mes id&#233;es politiques, c'est s&#251;r, mais on a un peu la m&#234;me fa&#231;on de travailler, en essayant de garder les portes ouvertes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais auriez-vous pris la t&#234;te de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai aucune raison de quitter &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;. Nous formons une bonne &#233;quipe, et nous avons un actionnaire qui nous fait confiance. Notre hebdomadaire est de surcro&#238;t une exception : la preuve que la presse &#233;crite a encore la &#171; &lt;i&gt;niaque&lt;/i&gt; &#187;. Quand on est bien, il ne faut pas s'en aller. Mais Laurent Joffrin a eu raison. C'est un journaliste tr&#232;s dou&#233;, qui saura refonder &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez qu'il prend la bonne direction ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est encore t&#244;t pour le dire, mais il me semble qu'il va dans le bon sens. Quand j'ai &#233;t&#233; nomm&#233; directeur de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Nouvel Obs&lt;/i&gt;, en 1985, j'avais 36 ans, tout le monde me disait que c'&#233;tait foutu, qu'il n'y avait rien &#224; faire. J'avais deux amis au conseil d'administration qui ont d&#233;missionn&#233; en me conseillant de partir aussi, parce que &#231;a ne marcherait pas. Finalement, un an apr&#232;s, c'&#233;tait reparti. Il n'y a aucune fatalit&#233; pour &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; ni pour &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;France Soir.&lt;/i&gt; Il suffit de trouver la pierre philosophale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concentration et propri&#233;t&#233; des m&#233;dias sont probl&#233;matiques en France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En ce qui concerne la concentration, il est dommage que ne se soient pas d&#233;velopp&#233;s, en France, de grands groupes de presse. Nous avons eu Hersant, qui a &#233;t&#233; tr&#232;s combattu, y compris par moi-m&#234;me au d&#233;part. D'autres ont essay&#233;. Mais aujourd'hui, Internet a chang&#233; la donne &#233;conomique. Regardez ce qu'est devenu &lt;i&gt;Time Warner&lt;/i&gt;. Songez que pour les magazines am&#233;ricains, les revenus publicitaires sur Internet sont souvent plus importants que ceux du papier. On est vraiment entr&#233;s dans une nouvelle &#232;re. S'il existe des gens courageux pour prendre des risques, d'autres types de journaux vont &#233;merger, moins chers &#224; produire. Quand certains politiques parlent de la presse &#233;crite, on a l'impression qu'ils sont rest&#233;s vingt ou trente ans en arri&#232;re. Les journalistes eux-m&#234;mes donnent l'impression de ne pas r&#233;aliser qu'il s'agit d'un domaine totalement d&#233;vast&#233;. Il n'existe plus aucun titre en France pour lequel on puisse se dire avec certitude qu'il sera encore l&#224; dans cinq ou dix ans. &#199;a va tr&#232;s vite. Les grands groupes industriels, c'est l'arbre qui cache la for&#234;t. Si on &#233;tait dans un univers de concentrations permanentes, il y aurait de quoi s'inqui&#233;ter. Mais l'&#233;crit est sur la d&#233;fensive, il n'est plus un enjeu. M&#234;me s'il a encore de l'avenir comme le prouvent les succ&#232;s du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; et de quelques autres titres. Il ne faut pas d&#233;sesp&#233;rer Gutenberg !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais il n'y a pas que la presse &#233;crite. Quand Bayrou pose le probl&#232;me de la propri&#233;t&#233; des m&#233;dias, il pense d'abord &#224; TF1...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand on dit que &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; roulait pour Nicolas Sarkozy, c'est une blague ! Tout le monde a vu la grande &#233;mission politique de la Une : &#171; J'ai une question &#224; vous poser &#187;. Sarkozy y a &#233;t&#233; s&#233;rieusement malmen&#233; : c'&#233;tait m&#234;me du massacre. La candidate socialiste a b&#233;n&#233;fici&#233;, elle, d'un traitement royal, si j'ose dire. M&#234;me chose pour Bayrou. C'est que la premi&#232;re cha&#238;ne refusait l'image sarkozyste qu'on voulait lui coller. Comme tous les dirigeants de cette cha&#238;ne, PPDA sait que le bien le plus pr&#233;cieux d'un journal, c'est sa cr&#233;dibilit&#233;. Donc, son ind&#233;pendance. Sinon, vous faites un torchon &#233;lectoral, et les torchons de ce genre sont &#233;conomiquement condamn&#233;s. Je ne crois pas que les candidats qui ont le plus attaqu&#233; les m&#233;dias, Bayrou et Royal, &#233;taient tr&#232;s sinc&#232;res dans leur d&#233;marche. Ils cherchaient surtout &#224; intimider. Par exemple, pr&#233;tendre que &lt;i&gt;Canal +&lt;/i&gt;, la cha&#238;ne des &#171; Guignols de l'info &#187;, aurait refus&#233; de diffuser le d&#233;bat Bayrou-Royal sur pression de Sarkozy, cela rel&#232;ve du fantasme ou de la malhonn&#234;tet&#233; intellectuelle. Ou des deux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'affaire Genestar, on ne peut pas nier l'intervention.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Excusez-moi, mais c'est encore de la d&#233;sinformation ! &#201;videmment, il y a eu une intervention au d&#233;part, sous le coup de la col&#232;re, mais que veut Sarkozy ? Surtout pas que Genestar soit renvoy&#233;, parce que s'il l'est, tout le monde dira que c'est de sa faute. Lorsque Lagard&#232;re a annonc&#233; le limogeage de Genestar, Sarkozy est intervenu dans l'autre sens, parce qu'il savait que &#231;a allait lui retomber dessus. Il y a quelque chose de na&#239;f et de ridicule &#224; imaginer tous ces patrons, le doigt sur la couture du pantalon devant les politiques : on est dans la &#171; &lt;i&gt;conspirationite&lt;/i&gt; &#187; et la th&#233;orie du complot. Ils savent bien que le journalisme couch&#233; n'est pas payant. Sinon, ils ont t&#244;t fait de l'apprendre &#224; leurs d&#233;pens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont vos relations avec Fran&#231;ois Pinault ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sont des rapports de confiance. Il suit le journal de pr&#232;s, avec son fils et Patricia Barbizet. Ils s'int&#233;ressent aux chiffres, &#224; la diffusion, &#224; la publicit&#233;, comme des patrons de presse. Contrairement &#224; certains autres, ils ne voient pas &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; comme un instrument de pouvoir, d'influence, mais comme un journal &#224; d&#233;velopper.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En faisant en sorte qu'il soit ind&#233;pendant et cr&#233;dible. Un journal &#224; la botte de qui que ce soit est un journal qui a &#171; la maladie &#187;. Rappelez-vous la phrase de Raymond Aron : &#171; &lt;i&gt;Qui est le patron dans un journal ? Certainement pas le propri&#233;taire, ni le PDG, ni le directeur de la publicit&#233;, ni le r&#233;dacteur en chef, ni le journaliste. C'est le lecteur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'avez jamais re&#231;u de coup de fil de Nicolas Sarkozy ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jamais. Pourtant, on a sorti l'affaire Clearstream et un dossier sur la r&#233;forme des retraites &#224; EDF qui n'&#233;tait pas c&#226;lin. Quand j'&#233;tais au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, il a bien d&#251; m'engueuler une fois ou deux, comme n'importe quel homme politique. Mais franchement, il n'a jamais &#233;t&#233; interventionniste comme le furent Mitterrand, Chirac ou Villepin, qui ont toujours appel&#233; - et menac&#233; - &#224; tort et &#224; travers. Le jeudi, quand le journal sort, je re&#231;ois des coups de fil de tous bords, et c'est normal. Quand un patron, un artiste ou un politique est agress&#233;, il appelle pour se plaindre. On est pay&#233;s pour se faire engueuler et recevoir des menaces : c'est la vie des journaux. Ce que je n'aime pas, c'est quand un homme politique man&#339;uvre pour faire virer quelqu'un, qu'il se m&#234;le de ce qui ne le regarde pas. Certains m&#233;connaissent les r&#232;gles du jeu : ils font des pressions sur les actionnaires, qui nous en informent. C'est la seule r&#232;gle : on dit tout &#224; l'actionnaire, et l'actionnaire nous dit tout. Hersant racontait toujours les pressions incroyables qu'il subissait. Comme cela, on savait &#224; quoi s'en tenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un exemple ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Balladur faisait une fixette sur moi. Hersant me l'avait dit et ce n'&#233;tait pas innocent de sa part.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_345 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/IMG_0917.jpg&quot; title='photo : Isabelle N&#232;gre' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/IMG_0917-ed978-2d9b4.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Isabelle N&#232;gre' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-345 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Isabelle N&#232;gre&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bayrou serait d&#233;magogue ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, il est politique. Il y a quelques ann&#233;es, les hommes politiques &#233;taient clou&#233;s au pilori. Aujourd'hui, ils se retournent vers nous en disant &#171; &lt;i&gt;tous pourris&lt;/i&gt; &#187;. C'est le retour &#224; l'envoyeur. Et c'est de bonne guerre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre ami PPDA dit que vous &#234;tes schizophr&#232;ne puisque vous dirigez &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; tout en affirmant que les m&#233;dias nous mentent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il exag&#232;re un peu, mais je suis toujours r&#233;vuls&#233; par le c&#244;t&#233; moutonnier des m&#233;dias. J'aime aller &#224; contre-courant. Quand je dis qu'ils mentent, c'est un peu excessif. Mais &#231;a arrive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les articles de connivence font partie du mensonge ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, dans un journal, il faut toujours quelques articles de connivence. Prenez les portraits &#224; la gloire des juges d'instruction, grand classique de la presse. On remercie la source. Les juges sont pr&#233;sent&#233;s comme les g&#233;nies des Carpates, dans un style qui rappelle &lt;i&gt;La Pravda&lt;/i&gt;. Idem en rubrique politique : quand vous tombez sur un article &#224; la gloire de personnages de deuxi&#232;me cat&#233;gorie, vous pouvez &#234;tre s&#251;r qu'il s'agit d'un renvoi d'ascenseur pour quelqu'un qui nous tuyaute.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'affaire Francelet, qui vous a valu d'&#234;tre entendu par la justice, c'est aussi une sorte de remerciement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La police et la justice ont des id&#233;es tr&#232;s pr&#233;cises sur la fa&#231;on dont nous devons exercer notre m&#233;tier. Il para&#238;t qu'il y a des gens qu'il ne faudrait pas fr&#233;quenter, ni laisser s'exprimer. De gr&#226;ce, qu'on nous donne la liste ! Si j'ai bien compris, on nous a reproch&#233; d'avoir donn&#233; la parole &#224; un homme en cavale. Le papier en question racontait une histoire &#233;tonnante, celle d'un patron, Iskandar Safa, qui poss&#232;de une entreprise fran&#231;aise d'armement tr&#232;s importante, vit au Liban et fait l'objet d'un mandat d'arr&#234;t international. Cette entreprise fran&#231;aise - les Chantiers navals de Normandie - a des stands dans tous les grands salons devant lesquels le pr&#233;sident de la R&#233;publique ou le ministre de la D&#233;fense viennent s'incliner. C'est assez paradoxal, vous en conviendrez. Je ne vois pas pourquoi on n'aurait pas le droit de raconter &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parce qu'il s'agit d'un article de commande ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous voulez rigoler ? C'est juste une bonne histoire ! Quand on donne la parole &#224; Mesrine, est-ce aussi un article de commande ? L&#224;, excusez-moi, on fait dans la &#171; &lt;i&gt;moraline&lt;/i&gt; &#187;, la fausse morale. Le journalisme consiste &#224; enqu&#234;ter, &#224; faire parler tout le monde, les accus&#233;s et les fugitifs aussi, pas seulement les procureurs. M&#234;me si ce n'est pas &#224; la mode, je crois &#224; l'information contradictoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'&#233;tait pas l'article qui &#233;tait contest&#233;, mais le fait qu'un interm&#233;diaire, Marc Francelet, ait pu toucher de l'argent pour favoriser sa publication.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ah bon ? Encore faudrait-il le prouver. Apparemment, vous &#234;tes mieux inform&#233;e que la justice. Si l'on en croit les d&#233;clarations de Safa, il a effectu&#233; deux versements huit et dix mois apr&#232;s la parution de l'article. Alors, je ne vois pas tellement le rapport. Je ne pense pas que Safa ait des probl&#232;mes d'argent : s'il avait voulu r&#233;mun&#233;rer Marc Francelet pour cet article, il l'aurait fait plus rapidement que cela, ne croyez-vous pas ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le caract&#232;re moutonnier que vous d&#233;noncez constitue-t-il une entrave &#224; la libert&#233; de la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r. Vous ne pouvez pas interviewer Machin-chose, il ne faut pas donner la parole &#224; Trucmuche. On assiste, depuis des ann&#233;es, &#224; la fixation de r&#232;gles incroyables : il ne faut pas trahir le off ? Mais j'ai toujours travaill&#233; comme &#231;a ! Il y a quinze ans, mon livre sur Mitterrand, &#171; Le Pr&#233;sident &#187;, proc&#233;dait de la m&#234;me m&#233;thode. Et personne n'avait rien trouv&#233; &#224; y redire. Aujourd'hui, scandale ! Cela traduit une certaine frilosit&#233; de la presse. Il ne faut surtout pas se salir les mains, sortir du troupeau ou prendre de risques. Et les journaux s'&#233;tonnent de ne plus vendre. &#201;videmment, si tout le monde sert la m&#234;me eau ti&#232;de...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; D&#232;s qu'un tiroir est ferm&#233;, j'ai envie de l'ouvrir. S'il est verrouill&#233;, j'ai envie de forcer la serrure parce qu'on est l&#224; pour violer les secrets. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne vous fixez pas de limites ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si, parce que j'ai une morale, et c'est la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_347 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/IMG_0911.jpg&quot; title='photo : Isabelle N&#232;gre' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/IMG_0911-b4036-f5990.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Isabelle N&#232;gre' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-347 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Isabelle N&#232;gre&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous seriez pr&#234;t &#224; donner la parole &#224; tout le monde ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela d&#233;pend. Si j'avais pu avoir une interview de Pol Pot, par exemple, je l'aurais publi&#233;e. Avec, bien s&#251;r, un papier pour mettre en perspective le personnage et raconter le g&#233;nocide qu'il a perp&#233;tr&#233;. Il ne faut pas avoir peur d'informer. Il ne faut pas non plus c&#233;der au terrorisme intellectuel qui ostracise, des deux c&#244;t&#233;s du spectre, des gens comme Redeker ou Ramadan, diabolis&#233;s et pr&#233;sent&#233;s comme des dangers publics.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous trouvez que la presse est trop bien-pensante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous ne l'avez pas remarqu&#233; ? On est noy&#233;s sous le politiquement correct, la pens&#233;e gnan-gnan, toutes ces choses qu'on n'a pas le droit de faire, de dire. &#171; &lt;i&gt;Comment pouvez-vous affirmer que c'&#233;tait les Blacks qui &#233;taient &#224; l'origine des &#233;meutes de 2005 ?&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Comment pouvez-vous dire que le tribunal de Bondy est une poubelle ?&lt;/i&gt; &#187; Or, notre travail est l&#224; : d&#232;s qu'un tiroir est ferm&#233;, j'ai envie de l'ouvrir. S'il est verrouill&#233;, j'ai envie de forcer la serrure parce qu'on est l&#224; pour violer les secrets, et les secrets d'&#201;tat aussi, soit dit en passant. On ne peut pas faire ce m&#233;tier sans prendre de risques. Il faut savoir oser. D&#232;s qu'il ose, un journal devient int&#233;ressant. Oser, ce n'est pas faire de la provocation pour la provocation. C'est sortir de temps en temps une information qui pose probl&#232;me, donner la parole &#224; des gens qui ne pensent pas comme vous ou &#224; des grands intellectuels qu'on n'&#233;coute plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les romans, pour vous, c'est une respiration par rapport &#224; cette bien-pensance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les livres sont tr&#232;s importants pour moi. Mais comme je ne suis pas bien-pensant dans les journaux, ce n'est pas un exutoire. Non, c'est juste ma passion. Quand j'avais neuf ans, je voulais &#234;tre Victor Hugo. J'ai toujours &#233;crit. J'en ai besoin. Je ne sais pas si je suis d'abord &#233;crivain ou d'abord journaliste. Mais je serai toujours &#233;crivain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Acad&#233;mie, c'est pour quand ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fantasme ! Ce n'est pas demain la veille. Figurez-vous que je n'&#233;cris pas des livres pour entrer &#224; l'Acad&#233;mie, mais pour donner du plaisir &#224; mes lecteurs, apr&#232;s m'en &#234;tre donn&#233; moi-m&#234;me en &#233;crivant. Est-ce qu'on peut comprendre cela ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les m&#233;dias ? Un milieu d'imb&#233;ciles</title>
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		<dc:date>2007-07-05T13:03:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Ma vie avec les m&#233;dias</dc:subject>
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		<dc:subject>Soral</dc:subject>

		<description>Certains diraient de lui qu'il est un auteur &quot;sulfureux&quot;. Une mani&#232;re d'insinuer sans prouver, de salir sans d&#233;montrer, d'attaquer sans prendre de risques. Une mani&#232;re de faux-cul. Nous avons pr&#233;f&#233;r&#233; interroger Alain Soral, hier au Parti communiste, aujourd'hui n&#232;gre de Le Pen. Muscl&#233;. Votre dernier roman &#171; Chute ! &#201;loge de la disgr&#226;ce &#187; est rude avec les m&#233;dias. Vous leur en voulez tellement ? J'ai commenc&#233; &#224; travailler dans le journalisme en 1979. J'ai vu l'&#233;volution du milieu, la concentration, une (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH101/arton344-281db.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='101' class='spip_logos' style='height:101px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Certains diraient de lui qu'il est un auteur &quot;&lt;i&gt;sulfureux&lt;/i&gt;&quot;. Une mani&#232;re d'insinuer sans prouver, de salir sans d&#233;montrer, d'attaquer sans prendre de risques. Une mani&#232;re de faux-cul. Nous avons pr&#233;f&#233;r&#233; interroger Alain Soral, hier au Parti communiste, aujourd'hui n&#232;gre de Le Pen. Muscl&#233;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre dernier roman &#171; Chute ! &#201;loge de la disgr&#226;ce &#187; est rude avec les m&#233;dias. Vous leur en voulez tellement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai commenc&#233; &#224; travailler dans le journalisme en 1979. J'ai vu l'&#233;volution du milieu, la concentration, une logique de plus en plus capitaliste. Et puis la soumission des journalistes, un formatage, un syst&#232;me de centrifugeuse qui expulsait tous les atypiques, les gens un peu critiques. &#192; partir de 1985-1986, &#231;a s'est acc&#233;l&#233;r&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'&#233;tait mieux avant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait plus artisanal, plus artiste. On &#233;tait dans un climat de PME. La presse d'Hersant &#233;tait beaucoup plus libre qu'aujourd'hui, non pas pour des raisons id&#233;ologiques mais de par la nature m&#234;me de l'organisation du travail. Cela se voit physiquement dans l'urbanisme, la g&#233;ographie : aujourd'hui, quand vous allez chez Filipacchi ou au &lt;strong&gt;Monde&lt;/strong&gt;, vous entrez dans des bunkers en marbre avec d&#233;tecteur de m&#233;tal &#224; l'entr&#233;e. Vous devez montrer patte blanche et laisser vos papiers d'identit&#233; &#224; un vigile. J'ai connu un journalisme de proximit&#233; o&#249; le patron &#233;tait accessible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; vous d&#233;go&#251;ter du journalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est devenu quasi impossible d'exercer cette profession aujourd'hui. Les gens ne font plus que de la promotion. Ils sont devenus agents d'ambiance ou VRP. Et ce virage n'a pas &#233;t&#233; amorc&#233; par la presse de droite, mais par des journalistes de gauche comme Edwy Plenel. Au nom d'une logique trotskiste (&#171; &lt;i&gt;la fin justifie les moyens&lt;/i&gt; &#187;), ils n'ont plus fait de journalisme, mais du combat politique par les moyens du journalisme. Au d&#233;part, cela pouvait s'expliquer par un projet r&#233;volutionnaire, mais apr&#232;s le ralliement mitterrandiste, ce n'&#233;tait plus justifiable. La derni&#232;re presse libre que j'ai connue, un peu rigolote, c'&#233;tait &lt;i&gt;L'Idiot international&lt;/i&gt; de Jean-Edern Hallier. Une esp&#232;ce de baroud d'honneur.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_349 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Alain-Soral-_9_.jpg&quot; title='photo : Pierre Payan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/Alain-Soral-_9_-cd9fc-b4df2.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Pierre Payan' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-349 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Pierre Payan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; est devenu quasiment sarkozyste, adepte du &quot;&lt;i&gt;conflit de civilisations&lt;/i&gt;.&quot; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il reste Internet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec le Web, on peut bricoler. Internet sert de catharsis &#224; l'impossibilit&#233; de faire du journalisme. Prenez Jean-Fran&#231;ois Kahn : chaque fois qu'il a essay&#233; de monter un journal autonome, la pub en &#233;tait absente. D&#233;lib&#233;r&#233;ment, pour l'asphyxier. Il &#233;tait donc dans l'obligation de trouver de l'argent, et avec l'argent arrivent les agents de l'ext&#233;rieur qui reprennent le contr&#244;le, imposent la ligne. Comme par hasard, la pub arrive toujours en proportion des journalistes coopt&#233;s sur une ligne plus ou moins atlanto-sioniste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Canard&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt; vivent sans publicit&#233;. Je voudrais bien savoir d'o&#249; vient l'argent de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, vu son peu de lecteurs. Et puis, voyez le virage pris par Philippe Val. Son journal, de gauchiste-libertaire, est devenu quasiment sarkozyste, adepte du &#171; &lt;i&gt;conflit de civilisations&lt;/i&gt; &#187;. J'aimerais savoir comment son lectorat accepte la transition, et Cabu, et Sin&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne trouvez pas que vous exag&#233;rez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous voulez rire ? Au proc&#232;s de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, Val a fait son num&#233;ro, il a accept&#233; le soutien de Sarkozy et refus&#233; celui de Dieudonn&#233;... qui l'avait pourtant accueilli en camarade dans son th&#233;&#226;tre quelque temps auparavant pour qu'il y joue son one man show. Il a dit qu'on pouvait insulter l'islam mais pas critiquer l'extr&#233;misme jud&#233;o-sioniste parce que le juda&#239;sme n'est pas une religion pros&#233;lyte ! Comment un type venu de l'extr&#234;me gauche libertaire et la&#239;carde en est arriv&#233; l&#224; ? On peut se poser la question. On devrait, m&#234;me...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est une vision &#171; &lt;i&gt;complotiste&lt;/i&gt; &#187; du monde ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas du complotisme, juste le constat de forces agissantes et de rapports de forces.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous voyez toujours des logiques l&#224; o&#249; il n'y en a pas forc&#233;ment ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que les acteurs en soient conscients ou non, les logiques globales existent. Les int&#233;r&#234;ts de classes et de clans aussi. La vision complotiste, c'est penser que des gens, pour agir ensemble, ont besoin de se r&#233;unir dans des caves, avec des cagoules, comme le Ku Klux Klan, alors qu'il suffit simplement d'avoir subi le m&#234;me endoctrinement, d'avoir des int&#233;r&#234;ts communs. Je ne crois pas au pouvoir des individus. La r&#233;alit&#233; de la politique, quand on est un peu initi&#233;, ce sont les r&#233;seaux. On n'existe pas sans eux. Pourtant, c'est le ph&#233;nom&#232;ne sur lequel les m&#233;dias travaillent le moins. Parce qu'il est disqualifi&#233; comme &#233;tant une marotte d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_350 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Alain-Soral-_70_.jpg&quot; title='photo : Pierre Payan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/Alain-Soral-_70_-21b97-0e85b.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Pierre Payan' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-350 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Pierre Payan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez que la presse est &#224; ce point d&#233;pendante des r&#233;seaux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des r&#233;seaux et du monde de l'argent, qui est aussi une id&#233;ologie. Cette id&#233;ologie commande au recrutement et impr&#232;gne les journalistes. Aujourd'hui, les trois quarts d'entre eux sont tr&#232;s jeunes, tr&#232;s incultes. Ils ont fait Sciences Po par exemple, ils ont &#233;t&#233; format&#233;s. C'est ainsi que se propage l'autocensure. Ces gens-l&#224; nous vendent un monde qu'ils prennent pour celui de la libert&#233; et du bien, le monde n&#233;olib&#233;ral, sans aucune distance critique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est cette arm&#233;e de petites t&#234;tes qui pr&#233;pare les &#233;missions, choisit les invit&#233;s, r&#233;dige les fiches. Et ce sont toujours les plus inaptes &#224; occuper la fonction qui l'occupent : des gamines stagiaires de 28 ans qui vous d&#233;bitent toutes les platitudes habituelles sur le fascisme, le racisme, toutes les &#226;neries du petit bourgeois bac +3. Quelque chose s'est mis en place progressivement pour emp&#234;cher toute critique du syst&#232;me. Je ne crois pas que ce soit le fruit du hasard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chercherait-on &#224; vous faire taire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qui ne joue pas le jeu est mis hors jeu. Un type comme moi ne peut plus s'exprimer dans les m&#233;dias de masse parce qu'il a une parole de dissidence et de v&#233;rit&#233; qui fait mouche. Pourquoi suis-je &#171; &lt;i&gt;d&#233;sinvit&#233;&lt;/i&gt; &#187; des m&#233;dias ? Parce que chaque fois que je passais chez Ardisson, je vendais entre 20 000 et 50 000 exemplaires de mes bouquins. Sans aucune autre promo. Parce que je donnais les cl&#233;s de ce monde lib&#233;ral-libertaire en train de basculer dans le lib&#233;ral-s&#233;curitaire. La bourgeoisie, dans les p&#233;riodes de prosp&#233;rit&#233;, admet la contestation comme un luxe ; dans les p&#233;riodes de r&#233;cession, elle ne veut plus entendre de critique...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pourquoi Ardisson vous invitait-t-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ardisson est l'un des types les plus intelligents - c'est-&#224;-dire politiquement form&#233;s - que j'ai rencontr&#233;s dans les m&#233;dias, ce milieu d'imb&#233;ciles. Il a une conscience assez fine de la r&#233;alit&#233;. Il aimait bien me donner la parole parce que je disais cette v&#233;rit&#233; cach&#233;e qu'il ne pouvait exprimer lui-m&#234;me. On le lui a interdit et on l'a puni.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#171; Ripostes &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'en ai &#233;t&#233; r&#233;cemment &#171; &lt;i&gt;d&#233;sinvit&#233;&lt;/i&gt; &#187; sur ordre de Besancenot. Puis, Krivine, sur &lt;i&gt;I-t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, a fait de m&#234;me quinze jours apr&#232;s. La LCR ne veut pas d&#233;battre avec moi. Leur argument, c'est qu'on ne d&#233;bat pas avec un facho. Or, ils acceptent d'affronter tous les mecs du Front national sauf moi, qui ne suis pas au Front national et qui vient du PC. Leur argumentation est toujours la m&#234;me, celle de tous les manipulateurs trotskistes : la &lt;i&gt;reductio ad Hitlerum&lt;/i&gt;. D'o&#249; vient le pouvoir de Besancenot de d&#233;cider qui va lui apporter la contradiction &#224; la t&#233;l&#233;vision ? Le Pen n'a pas ce pouvoir, lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Marie Le Pen a le pouvoir de ne pas venir si son contradicteur ne lui pla&#238;t pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas la m&#234;me chose. Besancenot dit : &#171; &lt;i&gt;Je viens, mais je ne veux pas d&#233;battre avec Soral.&lt;/i&gt; &#187; Krivine fait encore mieux. Il dit : &#171; &lt;i&gt;Je refuse Soral, je veux Askolovitch.&lt;/i&gt; &#187; Dans un combat de boxe, quand vous refusez de rencontrer le challenger qu'on vous a d&#233;sign&#233; pour choisir un toquard, un comparse, &#231;a s'appelle un combat truqu&#233;... Mais d'o&#249; vient la puissance des r&#233;seaux trotskistes ? Aujourd'hui, ils ont perdu le combat des id&#233;es, mais ils tiennent encore par l'entrisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez s&#233;rieusement que Jean-Marie Le Pen au pouvoir, c'est la libert&#233; pour tout le monde ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis plus intelligent que &#231;a et je croyais que vous l'aviez compris. Je n'ai jamais pens&#233; que Le Pen pouvait &#234;tre &#233;lu. Je voulais que les gens comprennent qui incarne la r&#233;sistance en France. Les m&#233;dias nous ont impos&#233; une &#233;lection &#224; l'am&#233;ricaine : on a &#233;cras&#233; le premier tour pour passer directement au deuxi&#232;me. Le Pen, c'&#233;tait le candidat anti-syst&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes d'accord avec l'analyse de Bayrou sur les m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bayrou a fait campagne sur les th&#232;ses du Front : contre le syst&#232;me m&#233;diatique et le monde de l'argent. Sarkozy a fait un hold-up sur le programme du Front national et S&#233;gol&#232;ne aussi, en partie. La totalit&#233; des th&#232;mes du Front ont &#233;t&#233; pill&#233;s par ces trois candidats du syst&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_352 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Alain-Soral-_60_.jpg&quot; title='photo : Pierre Payan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/Alain-Soral-_60_-ac798-93518.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Pierre Payan' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-352 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Pierre Payan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; D'o&#249; vient le pouvoir de Besancenot de d&#233;cider qui va lui apporter la contradiction &#224; la t&#233;l&#233;vision ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un reportage diffus&#233; par &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt;, vous avez tenu des propos antis&#233;mites&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Compl&#233;ments d'enqu&#234;te &#187;, France 2, 20 septembre 2004 : &#171; Quand &#224; un Fran&#231;ais, (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait une discussion &#224; b&#226;tons rompus dans un bistrot. J'ai dit exactement ce que vous pourriez dire en priv&#233;. Je me suis fait pi&#233;ger. Lorsque vous diffusez, &#224; une heure de grande &#233;coute, quarante secondes d'une discussion enflamm&#233;e de deux heures, vous pouvez tuer n'importe qui. C'&#233;tait d&#233;gueulasse de la part de &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt; de diffuser cet extrait qui n'&#233;tait pas repr&#233;sentatif de la conversation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon erreur est de ne pas fonctionner selon les codes des m&#233;dias actuels o&#249; tout est tellement verrouill&#233;, balis&#233;. En refusant le monde totalitaire qui nous est impos&#233;, je passe pour un allum&#233;. Cela ne me g&#234;ne pas. Je relisais les pol&#233;miques entre Pasolini et le PCI dans les ann&#233;es 1970 : ils le traitaient de dingue, d'artiste, de voyou. Eh bien, je pr&#233;f&#232;re &#234;tre pris pour Pasolini que pour les deux ou trois leaders du PC italien dont personne ne se souvient ! C'est Pasolini qui avait raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme lui, je refuse d'&#234;tre un bourgeois, je pr&#233;f&#232;re &#234;tre un marginal, et il me semble que, si je laisse une petite trace, ce sera celle d'un artiste. Dans le monde m&#233;diatique tel qu'il est, il n'y a pas de gradation : soit on fait comme moi, et on se retrouve &#233;tiquet&#233; extr&#233;miste ; soit, pour y &#233;chapper, on fait comme Jean-Fran&#231;ois Kahn. Comme il veut quand m&#234;me faire partie du syst&#232;me qu'il critique, &#234;tre invit&#233; &#224; des conf&#233;rences, pouvoir &#233;diter des livres, faire des plateaux t&#233;l&#233;, il appelle &#224; voter Bayrou. Je trouve &#231;a beaucoup plus ridicule, quand on se pr&#233;tend critique radical du syst&#232;me, que d'appeler &#224; voter Le Pen. Ma position est bien plus courageuse, coh&#233;rente. Et je la paie cher.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que voulez-vous dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trois jours apr&#232;s la diffusion du reportage sur &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt;, j'ai &#233;t&#233; agress&#233; par un commando de trente-cinq personnes dans une librairie. On a appel&#233; &#224; ma liquidation physique sur des sites. Ce jour-l&#224;, si je n'avais pas organis&#233; ma protection, j'aurais pris trente coups de marteau sur l'occiput. C'&#233;tait programm&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes antis&#233;mite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne sais pas ce que cela veut dire. Vous avez une d&#233;finition ?&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_351 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Alain-Soral-_62_.jpg&quot; title='photo : Pierre Payan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/Alain-Soral-_62_-f61fe-a8b17.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Pierre Payan' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-351 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Pierre Payan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rendre responsable un juif de tous les malheurs du monde, par exemple.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors non, je ne suis pas antis&#233;mite. Par contre, si quelqu'un me dit : &#171; &lt;i&gt;Je fais partie du peuple &#233;lu, car ma m&#232;re est juive&lt;/i&gt; &#187;, je lui r&#233;ponds : &#171; &lt;i&gt;Tu me parles de droit divin et de droit du sang ; en tant qu'homme de gauche, &#231;a ne m'int&#233;resse pas, et si tu me dis pour &#231;a que je suis un facho, alors je te r&#233;ponds en bonne logique que le facho, c'est toi !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquez-vous alors que la majorit&#233; des m&#233;dias soient scandalis&#233;s par vos propos ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce que &#231;a fait partie du cahier des charges ! Les journalistes savent tr&#232;s bien qu'un bon sursaut d'indignation sur ce sujet, pourtant vieux comme le monde, est la condition sine qua non pour s'&#233;lever dans les m&#233;dias. Quelqu'un qui essaierait d'&#234;tre juste un peu plus profond et coh&#233;rent dans l'analyse du probl&#232;me se cr&#233;erait imm&#233;diatement des ennuis. Quand Jean-Fran&#231;ois Kahn d&#233;clare &#224; la t&#233;l&#233; : &#171; &lt;i&gt;On ne parle pas du lobby sioniste qui est quand m&#234;me le plus puissant&lt;/i&gt; &#187;, les vigilants se taisent parce qu'il s'appelle Kahn. Un argument &#224; la limite du racialisme...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vous informez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par la lecture des journaux : &lt;i&gt;Le Figaro, Lib&#233;, Le Monde&lt;/i&gt;. Internet, des sites assez bien faits comme celui de Michel Collomb, le R&#233;seau Voltaire, des agences de presse &#233;trang&#232;res. J'essaie de croiser mon intuition et diverses informations, et je ne me trompe pas tant que &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites qu'on vous a propos&#233; d'&#234;tre &#171; &lt;i&gt;ambianceur-t&#233;l&#233;&lt;/i&gt; &#187;, c'est vrai ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai m&#234;me &#233;t&#233; re&#231;u &#224; &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; par des d&#233;cideurs qui m'ont dit : &#171; &lt;i&gt;On cherche un macho intelligent pour contrer Ruquier.&lt;/i&gt; &#187; J'avais &#233;t&#233; rep&#233;r&#233; juste apr&#232;s mon livre &#171; Jusqu'o&#249; va-t-on descendre ? &#187;, dans lequel j'ai fait jusqu'au bout la critique du communautarisme et de l'id&#233;ologie de la repentance. Je suis le seul &#224; l'avoir fait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand je vois que Bruckner a os&#233; &#233;crire un livre entier sur la &#171; &lt;i&gt; tyrannie de la repentance&lt;/i&gt; &#187; sans dire un mot sur la Shoah, c'est inou&#239; de malhonn&#234;tet&#233;, et aucun journaliste n'a os&#233; lui poser la question. Personne ne lui a dit qu'il avait oubli&#233; la matrice, la jurisprudence sur laquelle tous les communautarismes victimaires se sont align&#233;s. Pourquoi ? Parce que si vous risquez cette question-l&#224;, c'est la marginalisation imm&#233;diate. L'inquisition existe, vous savez ! Officiellement, on est dans une libert&#233; totale. On a le droit de critiquer les religions, un pays &#233;tranger. On a m&#234;me le devoir d'&#234;tre anticolonialiste. Mais allez vous attaquer s&#233;rieusement &#224; Isra&#235;l comme l'a fait Pascal Boniface, ou critiquer le juda&#239;sme, vous subissez une pers&#233;cution tous azimuts qui vous m&#232;ne au bord de la d&#233;pression nerveuse, de la faillite, qui peut m&#234;me vous conduire &#224; la mort physique. Je pr&#233;f&#233;rerais une police officielle de la pens&#233;e, ce serait plus clair.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce qu'au milieu de ce monde de porteurs d'uniformes invisibles, certains trouvent gr&#226;ce &#224; vos yeux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques-uns sont suffisamment habiles pour ne pas se mettre dans le rouge sans pour autant vendre leur &#226;me. Ils donnent dans le subliminal, le clin d'&#339;il d'initi&#233;. Bien s&#251;r, je ne peux pas donner de noms, je n'&#233;cris pas &#224; la police, mais dans un livre posthume, pour m'amuser, je transcrirai un jour un certain nombre de conversations que j'ai eues avec des journalistes, des c&#233;l&#233;brit&#233;s, des hommes politiques qui se sont l&#226;ch&#233;s avec moi, en priv&#233;, comme si cet aveu de connivence secr&#232;te fait &#224; un combattant les disculpait. Attitude sympathique mais moralement ambigu&#235;. Ne doit-on pas pr&#233;f&#233;rer un v&#233;ritable imb&#233;cile &#224; un initi&#233; l&#226;che et cynique ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;crivez dans &#171; Chute ! &#201;loge de la disgr&#226;ce &#187; : &#171; &lt;i&gt;La presse, c'est des l&#226;ches &#339;uvrant pour des cyniques.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si on enl&#232;ve les imb&#233;ciles et les militants, c'est strictement &#231;a !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est votre h&#233;ros, Robert Gros, qui le dit. Vous &#234;tes d'accord ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait un de mes pseudos, dans la presse f&#233;minine. C'est aussi celui que j'aurais pu devenir si j'&#233;tais all&#233; jusqu'au bout de ma logique de journaliste : au bout de la v&#233;rit&#233; toute nue, il y a la folie et la mort.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a veut dire qu'un journaliste cons&#233;quent doit faire de la politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De la r&#233;sistance. Par exemple en menant une double vie professionnelle. Je verrais bien Poivre d'Arvor, qui est loin d'&#234;tre un imb&#233;cile, &#233;crire la nuit, sous un pseudo et sur un site Internet bas&#233; en Malaisie, tout ce qu'il sait et qu'il ne peut pas dire &#224; la t&#233;l&#233;. Une sorte de Lorenzaccio m&#233;diatique...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#171; Compl&#233;ments d'enqu&#234;te &#187;, France 2, 20 septembre 2004 : &#171; &lt;i&gt;Quand &#224; un Fran&#231;ais, juif sioniste, vous dites : &#8220;Il y a peut-&#234;tre des probl&#232;mes qui viennent de chez vous, vous avez peut-&#234;tre fait quelques erreurs, ce n'est pas syst&#233;matiquement la faute de l'autre totalement si personne ne peut vous blairer partout o&#249; vous mettez les pieds.&#8221; Parce qu'en gros c'est &#224; peu pr&#232;s &#231;a leur histoire. Depuis 2 500 ans, chaque fois qu'ils mettent les pieds quelque part, au bout de 50 ans, ils se font d&#233;rouiller. C'est bizarre, tout le monde a toujours tort sauf eux. Le mec, il se met &#224; aboyer, &#224; hurler et &#224; devenir dingue. Tu ne peux pas dialoguer. Je pense qu'il y a une psychopathologie du juda&#239;sme sioniste qui confine &#224; la maladie mentale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>du message au massage</title>
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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no13,31-.html" rel="directory"&gt;n&#176;13&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-Grand-entretien,38-+.html" rel="tag"&gt;Grand entretien&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L97xH150/arton343-672bb.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='97' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:97px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Avec &quot;&lt;i&gt;la crise de la repr&#233;sentation&lt;/i&gt;&quot;, Daniel Bougnoux ne signe pas un &#233;ni&#232;me trait&#233; sur la communication mais un seul essai lumineux sur la presse et la crise qu'elle affronte. Notre philosophe tord le cou &#224; quelques fables comme &quot;&lt;i&gt;la fin du journalisme&lt;/i&gt;&quot; ou &quot;&lt;i&gt;la manipulation des m&#233;dias de masse&lt;/i&gt;&quot;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette crise de la presse dont tout le monde parle, est-ce une vraie crise ou tout simplement l'arriv&#233;e de nouvelles techniques qui bousculent nos habitudes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On vit la presse sur le mode de l'impatience, de la revendication soup&#231;onneuse. Les m&#233;dias auront donc toujours tort vis-&#224;-vis de nos attentes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Leur mission - informer, &#233;duquer, distraire - est tr&#232;s mal remplie. Les causes en sont : la concurrence, le raccourcissement des d&#233;lais, la dictature du direct, celle de l'opinion. La presse est prise en tenailles entre la mont&#233;e des nouvelles technologies qui lui font concurrence, et un imp&#233;ratif d&#233;mocratique - dont elle est le rouage essentiel - qui vire &#224; la revendication individualiste et &#224; l'&#233;miettement, &#224; la fragmentation, &#224; la disparition m&#234;me d'un espace public de d&#233;lib&#233;ration ou de raisonnement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a tendance &#224; enjoliver le pass&#233; de la presse pour regretter un &#226;ge d'or qui n'a jamais exist&#233;. Le mot m&#234;me de presse dit qu'elle est pressante et trop press&#233;e, qu'elle nous met sous pression, sans remplir l'attente n&#233;e de cette pression. On va ainsi de pression en d&#233;ception, un peu &#233;puis&#233; par le rythme des m&#233;dias. L'aspiration au savoir, &#224; la m&#233;moire, &#224; la connaissance est r&#233;guli&#232;rement l&#233;s&#233;e par cette information au jour le jour, qui, malgr&#233; tout, est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on imaginer des m&#233;dias sans journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un peu ce qui s'est pass&#233; dans l'&#233;mission de &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; &#171; J'ai une question &#224; vous poser &#187; o&#249; PPDA se trouve d&#233;log&#233; de sa fonction de &#171; &lt;i&gt;grand questionneur&lt;/i&gt; &#187;. On y a assist&#233; &#224; une d&#233;m&#233;diatisation. C'est un ph&#233;nom&#232;ne qu'on observe avec les blogs, Internet. Les gens pratiquent entre eux une auto-information, conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, qui s'exerce &#233;videmment au d&#233;triment d'une corporation, d'un m&#233;tier qui avait son calendrier, ses usages, ses faiblesses. Je ne pense pas que cela soit pour autant la fin du journalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On va voir repara&#238;tre le journaliste questionneur, le journaliste expert, celui qui ajoute la m&#233;moire &#224; l'actualit&#233;, notamment lors d'&#233;lections. Le journaliste n'est pas encore d&#233;tr&#244;n&#233;. Il affronte une forte concurrence qui na&#238;t de la pression d&#233;mocratique elle-m&#234;me, instrument&#233;e par les nouveaux m&#233;dias. La presse est ainsi mise au d&#233;fi d'avoir &#224; se requalifier professionnellement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne versez pas dans la nostalgie...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis toujours &#233;merveill&#233; par un kiosque &#224; journaux ou lorsque je re&#231;ois chaque matin mon journal. En tant qu'universitaire, je serais bien en peine d'avoir cette capacit&#233; de r&#233;action et de synth&#232;se face au flot quotidien. J'aime la stimulation qui vient par ce flot, tout en faisant bien la distinction entre le flot et l'&#339;uvre. L'&#339;uvre est ce qui &#233;chappe au flot. Elle ne se d&#233;classe pas du jour au lendemain, elle n'est pas mise en concurrence par d'autres canaux d'information plus rapides. Elle rel&#232;ve davantage du savoir ou de la culture.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_353 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Bougnoux-7_HDNB.jpg&quot; title='photo : Charles Duprat' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L223xH324/Bougnoux-7_HDNB-f7065-9ec42.jpg' width='223' height='324' alt='photo : Charles Duprat' style='height:324px;width:223px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-353 spip_doc_titre' style='width:223px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Charles Duprat&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'information fatigue. La communication rassure, harmonise le corps social avec lui-m&#234;me et avec le monde ext&#233;rieur. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous expliquez qu'avec les nouvelles technologies, c'est le statut m&#234;me du fait qui est remis en cause.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne serai jamais d'accord avec Virilio ou Baudrillard qui ont plaid&#233; la th&#232;se d'une pulv&#233;risation des faits. Certains faits s'imposent, d'autres se construisent, d'autres encore doivent &#234;tre recoup&#233;s avant de s'av&#233;rer : on ne vit pas dans le simulacre, l'illusion, la f&#233;erie ou l'imposture permanente. Les m&#233;dias ont toujours construit le monde, l'actualit&#233;, et c'est un immense travail. Dans &#171; &lt;i&gt;actualit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, il y a le mot acte. Construire l'actualit&#233; en est un. Chaque matin, chaque soir au journal de 20 heures, l'information est reb&#226;tie par les diff&#233;rents canaux, plateaux ou conf&#233;rences de r&#233;daction. Tout cela est plein d'artefacts, puisque c'est une construction. N&#233;anmoins, je suis reconnaissant &#224; la presse d'&#234;tre le vecteur de ce r&#233;alisme. Ce sont les citoyens qui r&#234;vent et qui disjonctent, qui se replient dans le cocon domestique. Sans la presse, leur horizon serait moins ouvert, ils auraient moins de connaissances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous venez de parler de conf&#233;rences de r&#233;daction : avec Internet, c'est fini ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'hyper-soup&#231;on port&#233; sur la presse ordinaire fait que les jeunes pr&#233;f&#232;rent les informations trouv&#233;es sur Internet - pourtant moins fiables que les autres car non recoup&#233;es et non trait&#233;es. Cette indulgence vis-&#224;-vis des nouveaux m&#233;dias se fonde, &#224; tort &#224; mon avis, sur une promesse de fra&#238;cheur, d'authenticit&#233;. C'est &#233;videmment toujours possible, car nous vivons sur le mode de l'euphorie les promesses des nouvelles technologies. Un temps d'usage, d'adaptation, de d&#233;cantation est n&#233;cessaire pour tout r&#233;&#233;quilibrer, que l'on se d&#233;prenne de cet engouement pour Internet et les blogs. On va apprendre &#224; vivre les deux espaces, les deux rythmes, qui deviendront, non pas antagonistes, mais compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais pour l'instant...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'hyper soup&#231;on peut aboutir &#224; la d&#233;saffection d'achat de presse &#233;crite et donc &#224; un probl&#232;me financier important. La publicit&#233; elle-m&#234;me migre vers les supports Internet. Nous sommes confront&#233;s &#224; un glissement et donc &#224; une adaptation, une reformulation des espaces et des m&#233;tiers. Que les citoyens s'emparent d'Internet, je trouve cela tr&#232;s bien. La cr&#233;ation d'une encyclop&#233;die comme Wikip&#233;dia, avec des contributions de non-sp&#233;cialistes, n'est pas une mauvaise chose. Il faut toujours rappeler en effet que si personne ne sait rien, personne en revanche ne sait tout. On peut trouver sur Internet un savoir de qualit&#233; &#224; condition qu'il soit mis en concurrence, recoup&#233;. Une grande comp&#233;tition s'organise pour fournir le meilleur r&#233;cit. &#192; terme, les journalistes, de par leur culture et leur exigence professionnelle, sont les mieux plac&#233;s. Les petites histoires surgies d'Internet ne les tueront pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les journalistes se sentent menac&#233;s, des d&#233;fis sont lanc&#233;s &#224; la corporation, mais cela est tout aussi valable pour les professeurs, harcel&#233;s par les nouvelles technologies, pour la justice, mise en danger par ces nouveaux moyens de propagation. Les nouvelles technologies apportent ce brassage, cette concurrence, et nous n'avons gu&#232;re le choix : il nous faut faire avec.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_355 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Bougnoux-2_HDNB.jpg&quot; title='photo : Charles Duprat' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L212xH324/Bougnoux-2_HDNB-a8347-b8231.jpg' width='212' height='324' alt='photo : Charles Duprat' style='height:324px;width:212px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-355 spip_doc_titre' style='width:212px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Charles Duprat&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Nous ne pratiquons l'information qu'&#224; condition de la d&#233;former, de l'interpr&#233;ter et de la laisser tomber. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous insistez sur la r&#233;ception de l'information, sur le fait qu'il n'y a pas d'audience passive. Vous citez Alain Souchon : &#171; &lt;i&gt; On n'lit pas tous le m&#234;me journal&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chacun lit, &#233;coute la radio ou regarde la t&#233;l&#233;vision &#224; son propre rythme, dans son propre espace-temps. L'information n'est pas une substance que l'on verse de la carafe dans le verre. Quand le cerveau traite les signaux qu'il re&#231;oit par le biais d'une page &#233;crite, d'une information entendue &#224; la radio ou vue &#224; la t&#233;l&#233;vision, d'une photo, d'un &#233;cran, il le fait en fonction de son univers personnel. &#202;tre un sujet, c'est construire son propre monde. C'est filtrer, ne laisser passer que les signaux qui nous concernent, qui ont un sens pour nous, ici et maintenant. Parfois, cela peut &#234;tre follement injuste par rapport aux propositions de l'information. Un journal propose 30 pages, 10 000 mots et je n'en isolerai qu'une part infime. Mon quotidien, je l'&#233;cornifle, je zappe, je le jette sans en avoir lu le dixi&#232;me. Mais c'est ce qui fait l'originalit&#233; de la presse : personne ne lit ni ne retient les m&#234;mes choses. La traduction, la distraction, l'accommodation sont la r&#232;gle pour chaque &#171; &lt;i&gt;r&#233;cepteur&lt;/i&gt; &#187;. Nous ne pratiquons l'information qu'&#224; condition de la d&#233;former, de l'interpr&#233;ter et de la laisser tomber.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'information, on ne la subit pas, on la traite. Le journaliste, d'abord, mais le lecteur, le r&#233;cepteur ensuite, &#224; leurs rythmes, avec leurs propres codes, leurs propres curiosit&#233;s, leurs propres d&#233;sirs. C'est ce traitement qui nous garantit contre les visions orwelliennes o&#249; chacun serait le sujet passif, &#233;cras&#233; par une propagande dominante. On n'est pas du tout dans cette situation-l&#224;. Mais, &#224; force de traiter l'actualit&#233; chacun &#224; sa mani&#232;re et selon ses propres codes, on assiste &#224; un &#233;miettement, une fragmentation. C'est la disparition de l'espace qu'on appelait public. Or, la d&#233;mocratie traditionnelle s'apparente &#224; une sc&#232;ne commune o&#249; les opinions viennent s'affronter de fa&#231;on parfois un peu th&#233;&#226;trale. Ces sc&#232;nes ont tendance &#224; dispara&#238;tre. On en reconstruit pour les grandes occasions, comme l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, o&#249; l'on a assist&#233; entre les deux tours &#224; une confrontation entre les deux finalistes en guise de d&#233;bat public. Mais on voit bien &#224; quel point les sc&#232;nes se morcellent. La d&#233;mocratie participative pr&#244;n&#233;e par S&#233;gol&#232;ne Royal passe par les blogs, par des circuits assez priv&#233;s de communication. Les nouvelles technologies ne favorisent pas la convergence optique ni une vision frontale de la sc&#232;ne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous insistez sur l'importance de ne pas r&#233;duire les m&#233;dias &#224; l'information, en mettant en avant la place r&#233;serv&#233;e dans ceux-ci au sport, &#224; la vari&#233;t&#233;, au divertissement en g&#233;n&#233;ral.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne peut pas r&#233;duire TF1 au journal de 20 heures. Les m&#233;dias, c'est de la communication. Et la communication veut dire mise en commun, en contact. La musique est un excellent instrument de communication parce qu'elle met les gens en harmonie, en phase les uns avec les autres. C'est un &#171; &lt;i&gt;amortisseur de tension&lt;/i&gt; &#187;, un tranquillisant du corps social et, &#224; terme, de chaque individu. On compte bon nombre d'&#233;missions radiophoniques pendant lesquelles les auditeurs appellent, participent, jouent, gagnent. Ce n'est pas de l'information, c'est de la relation. De la bonne relation. C'est avec cela que les cha&#238;nes font leur audience, leur budget publicitaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'information fatigue. La communication rassure, harmonise le corps social avec lui-m&#234;me et avec le monde ext&#233;rieur. Nos m&#233;dias sont, de fa&#231;on dominante, vou&#233;s &#224; la communication et de fa&#231;on marginale, &#224; l'information. Il ne faut donc pas juger les m&#233;dias sur la fourchette &#171; &lt;i&gt;est-ce vrai ?/est-ce faux ?&lt;/i&gt; &#187; parce que si le faux qualifie l'information, une communication n'est ni vraie ni fausse. Elle est chaleureuse, bon enfant, sympa, cool, fun. Or, il serait d&#233;sastreux d'appliquer ces adjectifs &#224; l'information. Ce serait sa ruine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon vous, on passe du &#171; message au massage &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une fonction tr&#232;s importante de la communication : le massage social, qui n'a rien &#224; voir avec le message. Au contraire, la communication se passe tr&#232;s bien de message. Le message pourrait f&#226;cher, ce que la communication doit &#233;viter &#224; tout prix. Elle doit &#234;tre euphorisante. La communication ne se refuse pas. Elle doit fonctionner en op&#233;rateur d'ambiance, de &#171; &lt;i&gt;climatisation&lt;/i&gt; &#187;, comme le dit Peter Sloterdijk.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_356 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Bougnoux-5_HDNB.jpg&quot; title='photo : Charles Duprat' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L210xH324/Bougnoux-5_HDNB-a6f2b-11d08.jpg' width='210' height='324' alt='photo : Charles Duprat' style='height:324px;width:210px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-356 spip_doc_titre' style='width:210px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Charles Duprat&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; On n'a que les m&#233;dias qu'on m&#233;rite. C'est profond&#233;ment vrai, assez d&#233;mocratique, voire ironique. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous d&#233;noncez &#171; &lt;i&gt;les sociologues &#224; sensibilit&#233; gauchiste ou adeptes de la th&#233;orie du complot, les d&#233;nonciateurs de la pens&#233;e unique et d'un appareil d'information assimil&#233; &#224; l'empire de la manipulation&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mod&#232;le de l'&#233;cole de Francfort, issue du choc immense du nazisme et du communisme, voit encore les &lt;i&gt;mass media&lt;/i&gt; comme dominateurs et totalitaires. Or, &#224; notre &#233;poque, la notion de masse est morte. Pas compl&#232;tement, bien s&#251;r : on assiste encore &#224; des ph&#233;nom&#232;nes de masse impressionnants &#224; l'occasion de grands matchs de foot ou de grandes manifestations &#233;lectorales. N&#233;anmoins, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les gens ne consomment plus ni la politique ni le sport sur un mode collectif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec les nouvelles technologies, on vit les choses davantage depuis chez soi, derri&#232;re un &#233;cran. Nous vivons l'&#226;ge d'une fragmentation sans pr&#233;c&#233;dent des audiences, des publics, des consommations. La notion de masse est devenue un fantasme d'intellectuels critiques, mais elle n'existe plus qu'&#224; l'horizon de nos nostalgies. La critique des m&#233;dias au nom du dogmatisme massificateur est caduque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, certains voient encore dans les m&#233;dias l'empire de la manipulation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On pourrait parler de l'empire de la s&#233;duction, ou de la communication, mais pas de la manipulation. La m&#233;fiance envers les m&#233;dias est telle que l'on vit aujourd'hui davantage dans une hyper suspicion que dans la cr&#233;dulit&#233;. L'une peut pourtant avoir les effets de l'autre. Avec la super-suspicion, on peut en arriver &#224; penser qu'on n'a affaire qu'&#224; des menteurs et des bidonneurs. Que l'attentat du 11 septembre fut une mise en sc&#232;ne m&#233;diatique et qu'aucun avion ne s'est &#233;cras&#233; ce jour-l&#224; sur le Pentagone. Notre relation de confiance aux messages m&#233;diatiques est difficile &#224; r&#233;gler, il faut toujours les questionner, les mettre en cause, mais pas au point de nous d&#233;fier radicalement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut aussi faire de la critique des m&#233;dias un fonds de commerce.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La culture du soup&#231;on est une culture partag&#233;e. Elle est d&#233;mocratique. La d&#233;mocratie &#233;tant m&#233;dia-d&#233;pendante, chaque individu se vit comme m&#233;dia-d&#233;pendant. Nous savons qu'une partie de nos r&#234;ves, de nos certitudes, de nos esp&#233;rances sont forg&#233;s par les m&#233;dias. Nous sommes donc, &#224; juste titre, inquiets de savoir comment cette &#171; &lt;i&gt;forgerie&lt;/i&gt; &#187;, cet artefact nous surplombe. La critique des m&#233;dias devient un r&#233;flexe. On peut facilement en faire, sinon un fonds de commerce, du moins un argument de campagne, de persuasion. Pour s&#233;duire les gens, on se targue de n'&#234;tre pas m&#233;diatique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On introduit ainsi une distinction, d'ailleurs illusoire, car ceux qui tiennent ce genre de discours sont en g&#233;n&#233;ral eux-m&#234;mes tr&#232;s m&#233;dia-d&#233;pendants et immerg&#233;s dans le jeu m&#233;diatique ou politico-m&#233;diatique. Toute influence, notamment pour un homme politique, passe par les m&#233;dias. Plus qu'un autre, l'homme politique est m&#233;dia-d&#233;pendant et il le sait. Sa moindre parole peut &#234;tre relay&#233;e, m&#234;me par un blog, et renvoy&#233;e, tel un boomerang. La surveillance a augment&#233;. On &#233;chappe moins aux m&#233;dias qu'avant puisqu'ils se sont ramifi&#233;s, capillaris&#233;s, notamment gr&#226;ce aux t&#233;l&#233;phones mobiles dont les photos peuvent se retrouver sur le Net quelques heures plus tard. Tout cela est source de d&#233;convenue, surprise, inconfort, harc&#232;lement et soup&#231;on pour l'homme expos&#233; et surexpos&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous citez Nicolas Sarkozy : &#171; &lt;i&gt;Les batailles politiques sont d'abord des campagnes m&#233;diatiques. La communication est &#224; l'action ce que l'aviation est &#224; l'infanterie. L'aviation doit passer pour que l'infanterie puisse sortir. C'est lorsque l'on a gagn&#233; la bataille de la communication que l'on peut commencer &#224; agir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La formule est un raccourci des relations r&#233;elles entre information et communication. En effet, une bonne information est en g&#233;n&#233;ral pr&#233;c&#233;d&#233;e par une campagne de communication. Avant de toucher les gens avec une information, il faut avoir construit avec eux une sph&#232;re de communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts et de relations mutuelles. Si l'on veut argumenter aupr&#232;s de gens qui n'ont aucune curiosit&#233; pour vous &#233;couter, il faut d'abord les s&#233;duire. La communication r&#233;pond &#224; cette n&#233;cessit&#233;, pour tout orateur, de capter la bienveillance, l'&#233;coute, le regard. Le projet d'influencer ses contemporains est impensable sans un appareil m&#233;diatique bien travaill&#233;. L'opinion se travaille, les m&#233;dias aussi. On ne peut pas reprocher &#224; un homme politique son engagement m&#233;diatique : c'est l'essentiel de son m&#233;tier.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_354 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Bougnoux-6_HDNB.jpg&quot; title='photo : Charles Duprat' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L217xH324/Bougnoux-6_HDNB-36a17-48872.jpg' width='217' height='324' alt='photo : Charles Duprat' style='height:324px;width:217px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-354 spip_doc_titre' style='width:217px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Charles Duprat&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La d&#233;ontologie suppose de chercher l'information plut&#244;t que la sensation. C'est parfois difficile car, chronologiquement, la sensation vient forc&#233;ment en premier. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'information, expliquez-vous, est une arme essentielle dans toute guerre moderne. Le terrorisme, poursuivez-vous, ne peut que &#171; &lt;i&gt;prosp&#233;rer dans notre nouvelle &#233;cologie m&#233;diatique mondialis&#233;e&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le terrorisme ne pourrait exister sans les m&#233;dias. Un attentat est pr&#233;cis&#233;ment commis pour que ceux-ci en parlent. Celui des &lt;i&gt;Twin Towers&lt;/i&gt; &#233;tait le plus &#171; &lt;i&gt;r&#233;ussi&lt;/i&gt; &#187; de tous les attentats imaginables car la cible &#233;tait &#224; ce point surexpos&#233;e, surtout lors de la deuxi&#232;me frappe, que l'on &#233;tait certain d'en voir les images reprises en boucle sur toutes les t&#233;l&#233;visions du monde. C'est la logique terroriste dans sa fulgurance : frapper une cible pour un retentissement maximum. Il ne s'agit pas forc&#233;ment de tuer des gens, mais de fabriquer des images d'horreur telles que les plus r&#233;calcitrants des m&#233;dias seront forc&#233;s de les passer. Les journalistes sont donc devant un choix crucial face aux images terroristes. Ils ne peuvent pas ne pas les passer, puisqu'il s'agit d'information.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, les relayant, ils font le jeu de leurs &#171; &lt;i&gt;commanditaires&lt;/i&gt; &#187; et forment un couple presque diabolique avec les terroristes qui prennent l'appareil m&#233;diatique en otage. La d&#233;ontologie consiste &#224; savoir jusqu'&#224; quel point on va se conformer &#224; cette sommation de r&#233;percuter l'onde de choc caus&#233;e par l'attentat. La r&#233;ponse devrait ne pas trop appuyer sur le sensationnalisme, facile devant des images de corps en morceaux, de rues d&#233;vast&#233;es, de tours effondr&#233;es. La d&#233;ontologie suppose de chercher l'information plut&#244;t que la sensation. C'est parfois difficile car, chronologiquement, la sensation vient forc&#233;ment en premier. Mais je fais confiance &#224; l'intelligence des acteurs. Un journaliste qui voit arriver de telles images se pose forc&#233;ment le cas de conscience que je viens de d&#233;crire. Relayer ou non ? Et jusqu'&#224; quel point ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un journaliste aura tendance &#224; recadrer, dans le sens de r&#233;tablir la coupure s&#233;miotique, c'est-&#224;-dire restaurer l'espace critique du spectateur pour qu'il ne soit pas frapp&#233; d'hyst&#233;rie, de d&#233;solation ou de terreur. Le journaliste doit sauver la &#171; &lt;i&gt;mentalisation&lt;/i&gt; &#187;, la capacit&#233; articul&#233;e du langage face &#224; des images qui nous remplissent d'effroi. Son r&#244;le est de d&#233;samorcer un mim&#233;tisme propice &#224; la panique. Lui-m&#234;me n'est pas un mime, un relais neutre, un fusible par lequel passe le courant. Il doit parfois jouer le r&#244;le de disjoncteur, de refroidisseur, de t&#233;moin critique par le recadrage et surtout par la parole. Cette derni&#232;re a en effet un r&#244;le th&#233;rapeutique face &#224; l'image qui, elle, est de l'ordre du choc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais les nouvelles technologies ne facilitent pas cet aspect des choses.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, car elles cherchent l'imm&#233;diatet&#233;, l'enrichissement sensoriel de l'information. Plus il y a d'images, de sons et plus nous sommes les otages du ph&#233;nom&#232;ne. Le direct nous enferme. Le diff&#233;r&#233; permet de prendre de la distance. Les nouvelles technologies productrices de toujours plus de direct, de sensations, d'urgence repr&#233;sentent donc un danger. Mais soyons clair : chaque technologie a son danger et son garde-fou.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors, on ne d&#233;chire pas tout de suite nos cartes de presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a eu un sacre du journaliste : il fallait qu'il soit partout &#224; la fois. On attend trop des m&#233;dias en g&#233;n&#233;ral. On est peut-&#234;tre aujourd'hui dans la p&#233;riode du retour de b&#226;ton. Mais on ne va pas se passer si facilement des journalistes. C'est aussi aux citoyens de faire l'information puisque ce sont eux qui l'ach&#232;tent. On n'a que les m&#233;dias qu'on m&#233;rite. C'est profond&#233;ment vrai, assez d&#233;mocratique, voire ironique. Les kiosques ne nous pr&#233;sentent jamais que ce que nous achetons. Nous ne sommes pas dans le domaine de la propagande, mais dans celui du march&#233;. Ce march&#233; nous d&#233;&#231;oit profond&#233;ment car ce qui marche n'est pas ce que nous esp&#233;rons en termes de culture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, ce qui marche c'est le caniveau o&#249; coulent la sensation, le choc, le sexe, parfois la diffamation, la rumeur, le r&#234;ve, etc. Il faut faire avec. Quand on allume son poste de radio, de t&#233;l&#233;vision ou quand on ouvre son journal, on brasse un flot impur fait d'un peu tout cela, m&#233;lang&#233; avec de la bonne information. C'est ainsi que la v&#233;rit&#233; chemine &#224; travers le mensonge, les bonnes m&#339;urs &#224; travers la d&#233;pravation, la vertu &#224; travers le vice...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pr&#234;chi-pr&#234;cha &#224; l'espagnole</title>
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		<description>Les campagnes de bien-pensance du gouvernement madril&#232;ne p&#232;sent de plus en plus sur les grands m&#233;dais de la p&#233;ninsule ib&#233;rique. (Mauvaise) humeur de Fernando Catello. Derri&#232;re chaque Espagnol se cacherait, dit-on, un dictateur &#171; refoul&#233; [1] &#187;. Il aimerait imposer ses id&#233;es, interdire tout ce qu'il n'aurait pas rendu obligatoire. Un petit Hitler ou un grand Staline, selon la pr&#233;f&#233;rence de chacun, un Torquemada, l'inquisiteur pyromane, toujours &#224; l'aff&#251;t dans nos t&#234;tes. Y compris dans celles de nos (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH115/arton342-1ce89.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='115' class='spip_logos' style='height:115px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Les campagnes de bien-pensance du gouvernement madril&#232;ne p&#232;sent de plus en plus sur les grands m&#233;dais de la p&#233;ninsule ib&#233;rique. (Mauvaise) humeur de Fernando Catello.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Derri&#232;re chaque Espagnol se cacherait, dit-on, un dictateur &#171; &lt;i&gt;refoul&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='En fran&#231;ais dans le texte.' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187;. Il aimerait imposer ses id&#233;es, interdire tout ce qu'il n'aurait pas rendu obligatoire. Un petit Hitler ou un grand Staline, selon la pr&#233;f&#233;rence de chacun, un Torquemada, l'inquisiteur pyromane, toujours &#224; l'aff&#251;t dans nos t&#234;tes. Y compris dans celles de nos gouvernants. Cet amoureux des autodaf&#233;s est derni&#232;rement sorti de son sommeil &#224; la faveur du baiser incendiaire que lui a donn&#233; le gouvernement, pourtant le plus progressiste que l'Espagne ait jamais connu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gros (boulimiques), les maigres (anorexiques), les consommateurs (accros) d'alcool, de tabac, de nourritures terrestres (malsaines) ; les d&#233;tenteurs d'opinions politiquement incorrectes ; les conducteurs pr&#233;sum&#233;s coupables d'homicide au volant (nous tous, depuis qu'a &#233;t&#233; instaur&#233; le permis &#224; points) devraient, &#224; terme, &#234;tre bannis d'une soci&#233;t&#233; obligatoirement joyeuse, compos&#233;e d'hommes, de femmes, d'enfants physiquement et mentalement irr&#233;prochables, et jeunes. Forc&#233;ment jeunes. Cet id&#233;al sera rendu accessible gr&#226;ce &#224; des lois opportunes et des m&#233;dias charg&#233;s de diffuser la bonne parole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aussi, le socialement incorrect est-il d&#233;sormais censur&#233;, comme le d&#233;noncent des firmes de mode, coupables de publicit&#233;s provocantes, telles Dolce et Gabbana ou Armani Junior. En Espagne, ces derni&#232;res ont d&#251; retirer des annonces dans la presse qui &#233;taient suppos&#233;es inciter, l'une, &#224; la violence machiste contre la femme ; l'autre, au tourisme sexuel avec des enfants. Les femmes et les enfants d'abord dans le sauvetage du Titanic moral ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les m&#233;dias secondent ce d&#233;vouement sans barguigner. Ils font campagne contre le tabac, la boulimie, l'anorexie, les graisses trafiquantes de cholest&#233;rol ; le sexisme, l'homophobie, la x&#233;nophobie, le mauvais comportement au volant. La vertueuse ambition du gouvernement du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et de ses lobbies est de former un nouvel Espagnol, moins macho, et une nouvelle Espagnole, moins femelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On d&#233;sire que, d&#232;s leur plus jeune &#226;ge, les uns et les autres acqui&#232;rent des habitudes et des pens&#233;es salutaires. Deux lois vont dans ce sens. La premi&#232;re contre la consommation de tabac dans les lieux publics. La seconde contre la publicit&#233; sur les boissons alcoolis&#233;es nocives pour la jeunesse, vin compris. La premi&#232;re n'est pratiquement pas respect&#233;e. La deuxi&#232;me, retir&#233;e face &#224; l'opposition g&#233;n&#233;rale, oubliait que les jeunes ne boivent pas de vin et que celui-ci est un des fondements de la culture et de l'&#233;conomie espagnoles.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La vertueuse ambition du gouvernement du PSOE et de ses lobbies est de former un nouvel Espagnol, moins facho, et une nouvelle Espagnole, moins femelle. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quant aux femmes, elles doivent se soumettre &#224; de nouveaux et exemplaires canons de beaut&#233;. Pour qu'elles ne donnent pas le mauvais exemple de mannequins adolescentes filiformes, les mod&#232;les de la haute couture doivent maintenant pr&#233;senter des silhouettes plus &#171; &lt;i&gt;pneumatiques&lt;/i&gt; &#187;, comme le pr&#233;conisait Aldous Huxley aux habitantes de son &#171; &lt;i&gt;meilleur des mondes&lt;/i&gt; &#187;. Non seulement pneumatiques, mais imperm&#233;ables &#224; toute critique, automatiquement consid&#233;r&#233;e comme machiste, m&#234;me si, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; hiss&#233;es sur des fauteuils minist&#233;riels par obligation de parit&#233; et non pour leurs m&#233;rites, elles font parfois preuve d'une notoire incomp&#233;tence dans leurs fonctions. L'Institut de la femme demande ainsi le retrait d'un programme t&#233;l&#233;visuel traitant de chirurgie esth&#233;tique sur Cambio Radical pour &#171; &lt;i&gt; machisme&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;sexisme&lt;/i&gt; &#187;, car &#171; &lt;i&gt;il v&#233;hicule les qualit&#233;s de la femme par son seul aspect physique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce climat de chasse &#224; l'homme ancien, criminel potentiel quand il conduit, pr&#233;sum&#233; homophobe, sadique sexuel r&#233;prim&#233;, assassin inn&#233; du couple et exploiteur habituel de la femme, le PSOE demande aux quatre quotidiens nationaux qu'ils suppriment leurs &#171; &lt;i&gt;petites annonces d&#233;di&#233;es aux rencontres&lt;/i&gt; &#187;, afin d'&#233;radiquer l'&#171; &lt;i&gt;exploitation&lt;/i&gt; &#187; de 300 000 prostitu&#233;es, en majorit&#233; immigr&#233;es, qui exercent en Espagne. Par correction, les m&#233;dias ne doivent pas mentionner la nationalit&#233; de celles qui pratiquent le plus ancien m&#233;tier du monde, non plus que celle des auteurs de d&#233;lits, alors que les immigr&#233;s occupent une place sur trois dans les prisons.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les critiques de l'islam sont tout aussi mal vues. Dans la perspective de l'Alliance des civilisations &#233;voqu&#233;e par les chefs du gouvernement espagnol, Jos&#233; Luis Rodr&#237;guez Zapatero, et turc, Tayyip Erdogan, il a &#233;t&#233; imagin&#233; que, lors de f&#234;tes votives o&#249;, traditionnellement, apparaissent des Maures et des chr&#233;tiens, en souvenir des affrontements entre envahisseurs et autochtones, les premiers n'apparaissent plus, laissant le film sans m&#233;chants arm&#233;s de cimeterre&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. le grand entretien avec Fernando Savater dans M&#233;dias n&#176; 1' id='nh1-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; ! Tout est pens&#233; pour qu'aucune moquerie, aucune caricature, m&#234;me historiques, ne fasse r&#233;f&#233;rence &#224; l'islam, comme le stipule une lettre &#233;crite &#224; quatre mains par les deux chefs de gouvernement. De son c&#244;t&#233;, la droite s'&#233;trangle devant une exposition de photographies &#171; &lt;i&gt;porno chr&#233;tiennes&lt;/i&gt; &#187;, dans lesquelles, entre autres joyeuset&#233;s, on voit la Vierge masturber le Christ. Et exige du chef du gouvernement qu'il sanctionne &#233;galement cette atteinte aux sentiments religieux de la majorit&#233; catholique espagnole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La coalition &#171; &lt;i&gt;des bons&lt;/i&gt; &#187; se comporte peu ou prou comme ces s&#339;urs ursulines dont la vieille comptine espagnole disait : &#171; &lt;i&gt;Qu'elles sont gentilles, elles nous font faire une excursion, et avec leurs savants enseignements, illuminent nos esprits pour faire de nous des petites filles accomplies, pour le jour de demain !&lt;/i&gt; &#187; Les nouveaux d&#233;vots freudiens de sainte Ursuline nous rappellent un peu ces fondateurs de l'ordre URSSulin stalinien qui voulaient nous emmener en excursion au pays de l'homme nouveau socialiste, dont la vision gr&#233;gaire terrorise Trotsky. Voire les disciples du surhomme zarathoustr&#233;en &#224; &#171; &lt;i&gt;t&#234;te blonde&lt;/i&gt; &#187; nazie, laquelle aurait effray&#233;, lorsqu'on la lui montra, Hitler soi-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'offensive officielle en faveur de la sant&#233; publique bat son plein. Le gouvernement dissuade Burger King de faire de la publicit&#233; pour un hamburger de trois &#233;tages et de 1 231 dangereuses calories, bourr&#233;es de cholest&#233;rol. On menace de refuser dans les cantines scolaires les enfants ob&#232;ses parce qu'ils ne respectent pas l'&#233;quation de masse corporelle correcte. Plus papiste que le pape, l'Organisation des consommateurs et usagers examine, loupe en main, les spots et les informations sur les aliments pour enfants &#224; la t&#233;l&#233;vision et promeut les di&#232;tes hypocaloriques ou les bienfaits de l'activit&#233; physique pour les petits. Leur z&#232;le se verrait facilit&#233; par un projet de Conseil audiovisuel avec droit de regard et de sanction (style v&#233;n&#233;zu&#233;lien) sur les contenus t&#233;l&#233;visuels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le ton r&#233;pressif d'une loi qui pr&#233;voit la possible suspension administrative de pages Web incorrectes vient d'&#234;tre revu &#224; la baisse par le Conseil d'&#201;tat, les &#171; &lt;i&gt;guides spirituels&lt;/i&gt; &#187; continuent de prolif&#233;rer (Guide pour le traitement audiovisuel de l'immigration, Guide pour nous conduire dans la relation enfance-t&#233;l&#233;vision, etc.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'interventionnisme gouvernemental, justifi&#233; par sa &#171; &lt;i&gt;bont&#233;&lt;/i&gt; &#187; sociale, est tenu pour exemplaire au plus haut niveau politique. La premi&#232;re vice-pr&#233;sidente du gouvernement, Maria Teresa Fernandez de la Vega, a souffert d'anisakis, infection due &#224; un ver log&#233; dans les entrailles des poissons. Cette maladie a peut-&#234;tre produit l'&#233;l&#233;gante maigreur qu'elle a exhib&#233;e en posant pour Vogue - ce qui lui interdirait par ailleurs de d&#233;filer sur les passerelles de la mode anti-anorexique. Serait-ce la m&#234;me qui a sugg&#233;r&#233; &#224; la ministre de la Sant&#233; d'exiger des restaurants qu'ils indiquent sur leurs cartes que le poisson a &#233;t&#233;, comme il se doit, congel&#233; &#224; vingt degr&#233;s sous z&#233;ro, pour tuer par le froid le m&#233;prisable vermisseau ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Imaginez les joies de la correction gastronomique &#224; Madrid ou Paris (tout arrive). Les restaurants n'y admettent ni hommes gros ni femmes maigres. La loi interdit d'y servir foie gras, sole meuni&#232;re, entrec&#244;te marchand de vin, camembert (d&#233;j&#224; banni des avions). On ne pourrait donc ni boire de vin, ni fumer, ni prendre de caf&#233; puisque leur nocivit&#233; est d&#233;sormais av&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Posons-nous une question plus s&#233;rieuse : f&#251;t-ce avec les meilleures intentions, un gouvernement peut-il imposer par d&#233;cret les canons esth&#233;tiques et les comportements civiques des citoyens ? Les coutumes doivent-elles se plier aux lois ? La r&#233;ponse nous concerne d&#232;s lors que les m&#233;dias sont &#233;galement impliqu&#233;s : ceux-ci vont-ils devenir de simples courroies de transmission &#224; des fins de propagande ? Les m&#233;dias doivent-ils se contenter d'informer, ou leur faut-il aussi r&#233;former les comportements sociaux ? Contr&#244;ler leurs encarts publicitaires ne limite-t-il pas leur ind&#233;pendance et leur &#233;conomie ? La publicit&#233; n'est-elle pas, en soi, une forme de communication commerciale qui requiert autant de libert&#233; d'expression que l'information ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gouvernants de la Gr&#232;ce antique d&#233;mocratique cherchaient pour leurs citoyens beaut&#233;, bont&#233; et v&#233;rit&#233;. Ils souhaitaient que l'enseignement philosophique les y aid&#226;t selon leurs v&#339;ux, qu'ils fussent sto&#239;ques, c'est-&#224;-dire asc&#232;tes, &#233;picuriens, donc h&#233;donistes, ou cyniques et alors sceptiques. Au choix. On pr&#233;f&#233;rerait que les partis de droite ou de gauche nous laissent &#233;galement le choix. Et qu'ils s'abstiennent d'enr&#244;ler les m&#233;dias dans leur apostolat. Qu'ils nous laissent lire, voir, entendre, penser, dire et &#233;crire ce que nous voulons. Qu'ils nous laissent manger, fumer, boire, aimer ou ne pas aimer &#224; notre guise. Sinon, dans cette marche forc&#233;e vers le bonheur obligatoire, nous mourrons meilleurs, plus beaux et en meilleure sant&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais certainement plus tristes, m&#233;chamment d&#233;prim&#233;s. Et moins libres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-2' id='nb1-2' class='spip_note' title='Notes 1-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Cf. le grand entretien avec Fernando Savater dans M&#233;dias n&#176; 1&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Voici le temps des vacances</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Voici-le-temps-des-vacances,341.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>Quand s'approche la chaleur qui annonce l'&#233;t&#233; avec un peu d'avance, je me souviens et je prends la tangente. Je me l&#232;ve un peu plus t&#244;t pour &#233;chapper au vacarme de la maisonn&#233;e qui ne s'&#233;brouera qu'&#224; neuf heures. Et je vais les chercher. Je file en douce au port pour boire un caf&#233; et trouver les journaux. Le caf&#233; presque seul en terrasse, accompagn&#233; d'un quotidien, c'est un plaisir sans partage pour un p&#232;re en vacances. Il y a tout ce que je peux d&#233;sirer dans ce moment vol&#233; &#224; l'agitation estivale : la (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-carte-blanche,56-+.html" rel="tag"&gt;Carte blanche&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH112/arton341-bb8d9.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='112' class='spip_logos' style='height:112px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand s'approche la chaleur qui annonce l'&#233;t&#233; avec un peu d'avance, je me souviens et je prends la tangente. Je me l&#232;ve un peu plus t&#244;t pour &#233;chapper au vacarme de la maisonn&#233;e qui ne s'&#233;brouera qu'&#224; neuf heures. Et je vais les chercher. Je file en douce au port pour boire un caf&#233; et trouver les journaux. Le caf&#233; presque seul en terrasse, accompagn&#233; d'un quotidien, c'est un plaisir sans partage pour un p&#232;re en vacances. Il y a tout ce que je peux d&#233;sirer dans ce moment vol&#233; &#224; l'agitation estivale : la solitude, le caf&#233; que je consid&#232;re comme l'ultime drogue autoris&#233;e et, bien s&#251;r, les nouvelles du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ennui, c'est que les nouvelles fra&#238;ches ne le restent jamais bien longtemps et les journaux trouv&#233;s en vacances, surtout &#224; l'&#233;tranger, sont minces et toujours en retard d'un jour et d'une actualit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Restent &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Gala&lt;/i&gt;. Je les rapporte aux femmes &#224; la fa&#231;on de b&#234;tises non assum&#233;es. Je reviens charg&#233; de ces lectures que je leur jette comme une obole. Et c'est un accord qui nous r&#233;unit autour d'une myst&#233;rieuse convention. Les &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;Gala&lt;/i&gt; sont pour les filles qui acceptent, exceptionnellement, de porter le chapeau sexiste du comm&#233;rage. Le regard farci d'une gourmandise aggrav&#233;e, elles endossent sans rechigner le r&#244;le des cancani&#232;res. Le duvet de leur l&#232;vre sup&#233;rieure mouill&#233; de chocolat ou de th&#233;, elles en oublient le service public de la tartine aux enfants pour se consacrer aux stars trop&#233;ziennes &#171; &lt;i&gt;&#224; califourchon&lt;/i&gt; &#187; sur leur jet-ski.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le jet-ski est une activit&#233; idiote, voyante et bruyante qui g&#226;che le beau souffle de la mer. Mais dans ces instants, on oublie ces fl&#233;aux mineurs et les couillons qui les pilotent se muent illico en princes des mers, en h&#233;ros de pacotille. Elles tournent les pages du bout des doigts, n&#233;gligeant les premiers cris des enfants et l'agitation qui monte. Les recettes de cuisine d'&#233;t&#233; sublimement photographi&#233;es donnent des id&#233;es color&#233;es que la paresse remet bien s&#251;r aux calendes. On ach&#232;tera les rougets et la menthe demain. Bien s&#251;r, bien s&#251;r.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Poursuivant leur lecture qui les m&#232;ne dans une rue ombrag&#233;e de Saint-Paul-de-Vence, elles s'assurent que les sandales perl&#233;es des top-mod&#232;les sont bien celles qu'elles se sont achet&#233;es avant de partir. Leurs pieds feront donc briller la nuit. &#199;a soulage.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_342 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/AbiKer_CMJN_HD.png&quot; title='illustration : Pierre Chassagnard' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L246xH324/AbiKer_CMJN_HD-cfed5-9e2ae.png' width='246' height='324' alt='illustration : Pierre Chassagnard' style='height:324px;width:246px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-342 spip_doc_titre' style='width:246px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Pierre Chassagnard&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Les hommes prendront leur tour plus tard. Chacun est dans son r&#244;le acceptant une s&#233;paration des sexes d'un autre &#226;ge. Pourtant je ne vois rien de plus dr&#244;le et enthousiasmant qu'une jeune femme qui fait l'andouille en feuilletant ces pages de rien du tout et qui se rue sur le r&#233;cit d'une nuit en bo&#238;te avec Nikos Alliagas. Elles mettent en sc&#232;ne une envie folle de tout savoir sur presque rien. Plus tard on retrouvera les magazines quelque part dans le jardin, pr&#232;s d'une raquette en mal de sa jumelle. Stars affubl&#233;es en une d'une aur&#233;ole grasse d'&#233;cran total. Le soir, ils auront pris le sable &#224; la plage et l'eau sal&#233;e aura gondol&#233; leur couverture rouge p&#233;tard. Les&lt;i&gt; Voici&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Gala&lt;/i&gt; sont des coquelicots, ils se fanent d&#232;s qu'on les cueille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une journ&#233;e suffit &#224; nous d&#233;tourner de leurs fausses nouvelles et des condamnations cons&#233;quentes et carr&#233;es au go&#251;t de papier bleu. Leur seule chance de m&#251;rir un peu est sans doute d'offrir leur grille de mots fl&#233;ch&#233;s &#224; un oisif en mal de travaux pratiques. &#171; &lt;i&gt;Son dernier tube en sept lettres&lt;/i&gt; &#187; demande la grille...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En vacances, ces menus plaisirs en papier glac&#233; finissent au pire &#224; la poubelle au mieux dans un barbecue. &#192; la ville, on prolongerait leur carri&#232;re chez un coiffeur pour dames ou dans la salle d'attente d'un m&#233;decin conventionn&#233;.
Reste &#224; compter les jours de vacances en n semaines de potins et piles de journaux fan&#233;s avec cette angoisse minuscule qui accompagne toujours le compte &#224; rebours qui nous rapproche du retour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224;.
&lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt;, je veux dire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;David Abiker est chroniqueur.&lt;/i&gt;
&lt;i&gt;Dernier ouvrage paru : &#171; Le mur des lamentations &#187;, aux &#233;ditions Michalon, 2006.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> r&#233;demption journalistique</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/redemption-journalistique,340.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.revue-medias.com/redemption-journalistique,340.html</guid>
		<dc:date>2007-07-05T12:45:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Presse</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>

		<description>Michael Finkel, star montante du journalisme am&#233;ricain, est soudainement renvoy&#233; par le New York Times pour avoir &quot;bidonn&#233;&quot; l'un de ses articles. Mais la carri&#232;re du banni rebondit gr&#226;ce &#224; une &#233;tonnante co&#239;ncidence : il devient le confident exclusif d'un meurtrier qui lui a emprunt&#233; son identit&#233;. Quand la volont&#233; de tout dire cache forc&#233;ment quelquechose. Comment avez-vous &#233;t&#233; amen&#233; &#224; cr&#233;er de toutes pi&#232;ces le personnage principal de votre article sur les enfants esclaves en C&#244;te d'Ivoire ? C'&#233;tait un sujet (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-presse,34-+.html" rel="tag"&gt;Presse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-en-une,63-+.html" rel="tag"&gt;en UNE&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L119xH150/arton340-ed105.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='119' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:119px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Michael Finkel, star montante du journalisme am&#233;ricain, est soudainement renvoy&#233; par le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; pour avoir &quot;&lt;i&gt;bidonn&#233;&lt;/i&gt;&quot; l'un de ses articles. Mais la carri&#232;re du banni rebondit gr&#226;ce &#224; une &#233;tonnante co&#239;ncidence : il devient le confident exclusif d'un meurtrier qui lui a emprunt&#233; son identit&#233;. Quand la volont&#233; de tout dire cache forc&#233;ment quelquechose.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment avez-vous &#233;t&#233; amen&#233; &#224; cr&#233;er de toutes pi&#232;ces le personnage principal de votre article sur les enfants esclaves en C&#244;te d'Ivoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait un sujet difficile et j'avais peu de temps pour l'&#233;crire. J'ai cr&#233;&#233; Youssef Male &#224; partir de plusieurs autres enfants que j'avais interview&#233;s. Pas une citation n'a &#233;t&#233; invent&#233;e, mais chacune a &#233;t&#233; attribu&#233;e &#224; une seule et m&#234;me personne. Afin que cet article se lise aussi bien qu'un roman, j'ai eu recours &#224; mon style artistique pr&#233;f&#233;r&#233;, la &#171; &lt;i&gt; creative non-fiction&lt;/i&gt; &#187;. Je me suis dit que je pouvais renoncer &#224; une partie de la r&#233;alit&#233; pour mieux atteindre la v&#233;rit&#233; intrins&#232;que de l'histoire.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Si j'avais &#233;t&#233; un peu moins bon, je n'aurais pas &#233;t&#233; vir&#233; par le &lt;i&gt;New York Post&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un journaliste peut donc adapter la r&#233;alit&#233; pour mieux la montrer, s'il en respecte l'esprit ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, on doit s'en tenir aux r&#232;gles journalistiques. Ce que j'ai fait n'est pas bien. C'est une erreur de parcours. J'ai &#233;crit plus de 200 articles et c'est ma premi&#232;re faute. De nombreux journalistes ont fait leurs papiers en qualifiant d'esclavage ce qui n'&#233;tait en fait &#171; &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; &#187; de la pauvret&#233; extr&#234;me. Paradoxalement, si j'avais &#233;t&#233; un peu moins bon, je n'aurais pas &#233;t&#233; vir&#233; par le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos autres articles ont en effet &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233;s et blanchis par le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;. Avez-vous jou&#233; de malchance avec ce dernier article ? Votre erreur est-elle vraiment une exception aux &#201;tats-Unis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La chance m'a fait d&#233;faut, mais encore une fois, j'ai trich&#233;. Je pensais pouvoir m'en tirer, je me suis fait prendre. Je me torture tous les jours en y repensant. Le niveau de v&#233;rification auquel mon sujet a &#233;t&#233; soumis, une fois mon erreur r&#233;v&#233;l&#233;e, a &#233;t&#233; extraordinaire. Le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; a envoy&#233; des gens en Afrique v&#233;rifier tout ce que j'avais fait. Je me demande quels seraient les r&#233;sultats si l'on soumettait dix journalistes au hasard &#224; un examen aussi pouss&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'un de vos confr&#232;res a dit que vous devriez &#171; &lt;i&gt;br&#251;ler dans l'enfer journalistique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les r&#233;actions &#224; mon &#233;gard ont &#233;t&#233; vari&#233;es. Certains responsables de magazines m'ont dit : &#171; &lt;i&gt;Vous ne travaillerez plus jamais pour nous&lt;/i&gt;. &#187; D'autres que ce n'&#233;tait pas si grave, qu'une erreur &#233;tait possible. Aujourd'hui, j'ai cess&#233; de m'excuser et si vous ne voulez pas me recruter ou lire ce que j'&#233;cris, c'est votre droit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'apr&#232;s &lt;i&gt;The Mail on Sunday&lt;/i&gt;, votre technique &#171; &lt;i&gt;aurait pu vous valoir un prix en Grande-Bretagne, mais a &#233;t&#233; responsable de votre renvoi aux &#201;tats-Unis, o&#249; un respect scrupuleux des faits est exig&#233;&lt;/i&gt;. &#187; La presse am&#233;ricaine place la barre plus haut que la presse europ&#233;enne en terme d'&#233;thique professionnelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai jamais travaill&#233; &#224; Londres ou &#224; Paris, donc je ne suis pas qualifi&#233; pour vous r&#233;pondre. Les journalistes europ&#233;ens sont peut-&#234;tre moins hypocrites quand leurs confr&#232;res commettent une erreur. Si le &lt;strong&gt;New York Times&lt;/strong&gt; a r&#233;agi aussi vigoureusement, et avec raison, c'est parce que le lectorat des journaux est en d&#233;clin. Les gens se tournent de plus en plus vers la t&#233;l&#233;vision, son imm&#233;diatet&#233;, sa dramatisation des faits. La presse &#233;crite se raccroche &#224; un souci d'exactitude. Le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; veut pouvoir dire en toute confiance &#224; ses lecteurs : &#171; &lt;i&gt;Ceci est la v&#233;rit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Le moindre coup &#224; sa r&#233;putation est extr&#234;mement dommageable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez d&#233;clar&#233; que votre rencontre avec le meurtrier Christian Longo vous a offert &#171; &lt;i&gt;le d&#233;but de [votre] r&#233;demption, &#224; la fois personnelle et professionnelle&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette rencontre a &#233;t&#233; l'&#233;quivalent d'une th&#233;rapie. Je ne veux surtout pas me comparer &#224; quelqu'un qui a tu&#233; toute sa famille plut&#244;t que d'avouer ses mensonges &#224; sa femme. Mais je me suis rendu compte que, malgr&#233; mes efforts pour &#234;tre honn&#234;te, les mensonges, m&#234;me mineurs, ont domin&#233; ma vie. &#202;tre en contact avec Longo, c'&#233;tait comme regarder le diable en face, &#234;tre confront&#233; aux traits les plus noirs de ma personnalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Je pense &#224; cette relation avec Longo comme une partie d'&#233;checs que j'ai perdue.&lt;/i&gt; &#187; Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai jamais vraiment cru que Longo &#233;tait innocent, mais au fond de moi-m&#234;me, je voulais trouver une explication. Je ne voulais donc pas qu'il soit coupable. J'ai perdu dans la mesure o&#249; Longo a r&#233;ussi &#224; me faire compatir &#224; son cas. Aucun crime n'est plus terrible que de tuer ses propres enfants. Il s'agit de l'acte d'un monstre, d'un fou, de quelqu'un que l'on devrait pouvoir rep&#233;rer imm&#233;diatement. Or, Christian Longo avait toutes les apparences de la normalit&#233;, il &#233;tait m&#234;me charmant et int&#233;ressant. Je n'arrivais pas &#224; concevoir comment un meurtrier et un homme normal pouvaient coexister. C'est la raison pour laquelle j'ai &#233;t&#233; &#224; la fois horrifi&#233; et fascin&#233;. Cette histoire m'a d&#233;stabilis&#233;. Je ne m'en suis toujours pas remis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a &#233;galement beaucoup mieux tir&#233; parti que moi de notre rencontre. J'&#233;tais effondr&#233; d'avoir ruin&#233; ma carri&#232;re, d&#233;sesp&#233;r&#233; de ne pouvoir rebondir, vuln&#233;rable sur le plan professionnel. Il a lu dans mes pens&#233;es comme dans un livre ouvert et m'a pris dans ses filets. Je n'ai pas su d&#233;chiffrer ses intentions, comprendre qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; tout pour &#233;chapper &#224; la peine de mort, et qu'il m'utilisait pour r&#233;p&#233;ter son r&#244;le en vue du proc&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Longo a dit qu'il n'aimait pas le ton du livre, qui le faisait passer pour plus menteur ou manipulateur qu'il ne l'est vraiment. &#199;a m'est &#233;gal. J'&#233;tais curieux de conna&#238;tre sa r&#233;action mais je n'ai pas &#233;crit une seule ligne de ce livre en me demandant comment lui-m&#234;me r&#233;agirait. Ceci dit, je pense &#224; lui tout le temps. J'ai envie de lui &#233;crire pour lui parler de mon propre enfant et voir sa r&#233;action. Mais je me mettrais &#224; nouveau &#224; sa merci et il reprendrait probablement un dialogue que je n'ai plus envie de poursuivre.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je suis devenu plus rigoureux, extr&#234;mement prudent. Mes sujets deviennent de plus en plus gris au lieu d'&#234;tre noirs ou blancs. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles le&#231;ons avez-vous tir&#233;es de cette exp&#233;rience ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des enseignements comme journaliste mais &#233;galement en tant qu'individu. La notion de v&#233;rit&#233; est compliqu&#233;e. Toute cette exp&#233;rience a assombri ma perception des choses. Je suis devenu plus sceptique, plus rigoureux, extr&#234;mement prudent. Mes sujets deviennent de plus en plus gris au lieu d'&#234;tre noirs ou blancs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; avait refus&#233; la premi&#232;re version de mon reportage en C&#244;te d'Ivoire sur l'absence d'esclavage dans les plantations de cacao. C'est pourquoi j'ai r&#233;dig&#233; un r&#233;cit sur la mis&#232;re ambiante du point de vue d'un seul enfant. Je n'ai pas su dire au directeur de la r&#233;daction : &#171; &lt;i&gt;&#201;coute, je crois vraiment tenir un bon sujet. Laisse-moi l'&#233;crire et ensuite tu d&#233;cideras.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je travaille toujours comme journaliste, aujourd'hui en Cisjordanie pour &lt;i&gt;National Geographic&lt;/i&gt;, et je peux vous garantir que d&#233;sormais tout ce que vous pourrez lire de moi sera exact. On peut vous donner une seconde chance aux &#201;tats-Unis, jamais une troisi&#232;me !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le titre du livre en anglais est &#171; True Story &#187;. Comment vos lecteurs peuvent-ils croire une seule seconde qu'il s'agit d'une histoire vraie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutes mes conversations avec Longo ont &#233;t&#233; enregistr&#233;es, ma maison d'&#233;dition a engag&#233; quelqu'un pour v&#233;rifier chaque mot, chaque fait. L'ironie de ce livre est qu'il s'agit de la non-fiction la plus exacte qui puisse &#234;tre &#233;crite. Or, il y a une diff&#233;rence entre v&#233;rit&#233; et exactitude. J'ai cit&#233; Longo scrupuleusement mais tout cela peut encore &#234;tre du mensonge. Il existe des degr&#233;s, des niveaux de v&#233;rit&#233;s. Avec Longo, j'ai eu l'impression de creuser, creuser, sans jamais atteindre le fond.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_341 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/COUV_FINKEL_HD.png&quot; title='Dernier ouvrage paru : &quot;Le journaliste et le meurtrier&quot;, aux &#233;ditions Buchet-Chastel, septembre 2006. Prix &#233;tranger des Assises internationales du Journalisme.' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L212xH324/COUV_FINKEL_HD-b5671-2dc5f.png' width='212' height='324' alt='Dernier ouvrage paru : &quot;Le journaliste et le meurtrier&quot;, aux &#233;ditions Buchet-Chastel, septembre 2006. Prix &#233;tranger des Assises internationales du Journalisme.' style='height:324px;width:212px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-341 spip_doc_titre' style='width:212px;'&gt;&lt;strong&gt;Dernier ouvrage paru : &quot;Le journaliste et le meurtrier&quot;, aux &#233;ditions Buchet-Chastel, septembre 2006. Prix &#233;tranger des Assises internationales du Journalisme.&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L' &quot;arbre &#224; nouvelles&quot; du Darfour</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/L-arbre-a-nouvelles-du-Darfour,339.html</link>
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		<dc:date>2007-07-05T12:39:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Presse</dc:subject>

		<description>Au Far West du Soudan, dans ce Darfour si longtemps oubli&#233;, une jeune femme accroche tous les mois un journal dans l'arbre devant sa maison &quot;pour donner des nouvelles aux passants&quot;. Chronique d'Al Raheel, &quot;arbre &#224; nouvelles&quot; devenu journal mondial. Pour une fois, l'arbre r&#233;v&#232;le la for&#234;t. L'&#233;troite rue sableuse qui part du march&#233; central d'El Fasher, le chef-lieu du Darfour du Nord, pour cheminer &#224; travers un quartier r&#233;sidentiel aux murs en torchis ocre, n'a pourtant rien d'une voie royale du (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no13,31-.html" rel="directory"&gt;n&#176;13&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-presse,34-+.html" rel="tag"&gt;Presse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton339-dc3cd.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='113' class='spip_logos' style='height:113px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Au Far West du Soudan, dans ce Darfour si longtemps oubli&#233;, une jeune femme accroche tous les mois un journal dans l'arbre devant sa maison &quot;&lt;i&gt;pour donner des nouvelles aux passants&lt;/i&gt;&quot;. Chronique d'Al Raheel, &quot;&lt;i&gt;arbre &#224; nouvelles&lt;/i&gt;&quot; devenu journal mondial.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour une fois, l'arbre r&#233;v&#232;le la for&#234;t. L'&#233;troite rue sableuse qui part du march&#233; central d'El Fasher, le chef-lieu du Darfour du Nord, pour cheminer &#224; travers un quartier r&#233;sidentiel aux murs en torchis ocre, n'a pourtant rien d'une voie royale du journalisme ni, a fortiori, d'une &#171; &lt;i&gt;autoroute de l'information&lt;/i&gt; &#187; pour d&#233;senclaver les arri&#232;re-cours de la mondialisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, depuis neuf ans, une jeune femme accroche tous les mois un panneau dans l'arbre devant sa maison &#171; &lt;i&gt;pour donner les nouvelles aux passants&lt;/i&gt; &#187; qui s'arr&#234;tent, commentent et emportent avec eux une autre vision, de l'int&#233;rieur, de cette &#171; &lt;i&gt;terre &#224; massacres&lt;/i&gt; &#187; qu'est devenu le Far West du Soudan. Dans une ville dont la population a doubl&#233; depuis le d&#233;but du conflit il y a quatre ans, passant &#224; pr&#232;s d'un million si l'on y inclut les 200 000 d&#233;plac&#233;s qui s'agglutinent dans des camps alentour, de petites fiches manuscrites - des feuilles dans l'arbre - rivalisent avec les bouquets satellitaires des rares privil&#233;gi&#233;s qui suivent le drame local sur des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision &#233;trang&#232;res. Le combat est in&#233;gal, mais il n'est pas s&#251;r que la v&#233;rit&#233; tombe du ciel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Awatif Isshag n'avait que quinze ans quand sa s&#339;ur est morte, en 1998, mais elle a perp&#233;tu&#233; l'id&#233;e de l'&#171; &lt;i&gt;arbre &#224; nouvelles&lt;/i&gt; &#187;. Moins f&#233;ministe que son a&#238;n&#233;e, puis submerg&#233;e par une actualit&#233; meurtri&#232;re, elle a ajout&#233; aux po&#232;mes et aux essais litt&#233;raires le news, voire des &#233;ditoriaux.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_371 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Arbre_nouvelles_HD.jpg&quot; title='Photos : L&#233;onard Vincent pour RSF' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L244xH324/Arbre_nouvelles_HD-286b3-06c81.jpg' width='244' height='324' alt='Photos : L&#233;onard Vincent pour RSF' style='height:324px;width:244px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-371 spip_doc_titre' style='width:244px;'&gt;&lt;strong&gt;Photos : L&#233;onard Vincent pour RSF&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Ayant lu un livre sur la guerre civile au Liban, elle a d&#233;crit la lutte entre le pouvoir central de Khartoum, son arm&#233;e et ses milices, d'un c&#244;t&#233;, et, de l'autre, les diverses factions rebelles darfouriennes dans un long reportage sous le titre &#171; &lt;i&gt;Beyrouth, Beyrouth&lt;/i&gt; &#187;. Pour elle qui a &#171; &lt;i&gt;des parents dans tous les camps&lt;/i&gt; &#187; et dont un grand-p&#232;re s'est &#233;teint sous une b&#226;che du Haut Commissariat pour les r&#233;fugi&#233;s (HCR) apr&#232;s avoir &#233;t&#233; chass&#233; de son village par les malfam&#233;s &#171; &lt;i&gt; re&#238;tres&lt;/i&gt; &#187; du gouvernement, les jenjawid, l'opposition tranch&#233;e entre le Bien et le Mal se ram&#232;ne &#224; un jeu de r&#244;les. &#171; &lt;i&gt;La responsabilit&#233; premi&#232;re pour les tueries incombe aux autorit&#233;s de Khartoum,&lt;/i&gt; explique-t-elle. &lt;i&gt;Mais les rebelles ne se soucient pas davantage des gens ordinaires et de leurs souffrances.&lt;/i&gt; &#187; C'est pour eux, pour &#171; &lt;i&gt;les gens du march&#233;&lt;/i&gt; &#187;, qu'elle &#233;crit. Tant&#244;t en raillant le gouverneur d'Al Fasher comme &#171; &lt;i&gt;sultan&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;parrain&lt;/i&gt; &#187;, tant&#244;t en fustigeant les &#171; &lt;i&gt;combattants de la libert&#233; de mourir&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans une petite chambre au sol dam&#233; qui lui sert de newsroom, entre deux lits et un t&#233;l&#233;viseur aux branchements hasardeux, sous la photo de son p&#232;re policier en uniforme, de son dipl&#244;me universitaire en &#233;conomie et d'un verset calligraphi&#233; du Coran, Awatif parle avec passion, et humour, de son &#171; &lt;i&gt;journal mondial&lt;/i&gt; &#187;. Elle l'a appel&#233; Al Raheel, &#171; Le Mouvement &#187;, puisque &#171; &lt;i&gt;c'est l&#224; une id&#233;e universelle, le besoin d'avancer quoi qu'il en co&#251;te&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis bient&#244;t une d&#233;cennie, mois apr&#232;s mois, elle accroche dans l'arbre &#171; &lt;i&gt;tout ce que je veux donner aux autres pour leur chemin&lt;/i&gt; &#187;. Une centaine de personnes par jour passent devant chez elle, des habitants de la ville, des d&#233;plac&#233;s venus vendre ce qui leur reste pour s'approvisionner, des nomades qui transhument avec leurs troupeaux sur une terre de plus en plus ingrate, car en voie de d&#233;sertification. &#171; &lt;i&gt;Je crois que, eux comme moi, nous cherchons aussi de la nourriture pour l'esprit, quelque chose qui tourne dans la t&#234;te, qui fait r&#233;fl&#233;chir et qui change la vie&lt;/i&gt;. &#187; On ne saurait mieux dire pourquoi, de par le monde, on vend et ach&#232;te des journaux.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_370 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Darfour_HD.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L244xH324/Darfour_HD-0be1d-173f3.jpg' width='244' height='324' alt='' style='height:324px;width:244px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je ne pouvais pas garder ce journal pour moi toute seule. Il s'est envol&#233; de mon arbre, d'abord &#224; Khartoum puis partout ailleurs. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en janvier dernier, Al Raheel &#233;tait un gratuit et Awatif son seul auteur. Soutenue par sa famille, la jeune femme offrait ses nouvelles manuscrites en &#233;change de quelques &#233;chos en retour, parfois quelqu'un qui frappait &#224; sa porte &#171; &lt;i&gt;pour discuter&lt;/i&gt; &#187;, plus rarement encore une feuille accroch&#233;e dans son arbre en guise de courrier des lecteurs. Mais &#224; la suite d'un voyage &#224; Khartoum, o&#249; une association lui a d&#233;cern&#233; un prix, tout a &#233;t&#233; chamboul&#233;. Depuis, une ONG allemande lui a fourni un ordinateur et une imprimante ; des po&#232;tes bien connus au Soudan lui envoient leurs &#339;uvres pour &#234;tre publi&#233;s chez elle ; enfin, &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt; sont venus la voir et l'ont fait conna&#238;tre dans le monde entier. Ran&#231;on de la gloire, Awatif est maintenant &#171; &lt;i&gt;d&#233;bord&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, envahie de sollicitations, de collaborateurs, de propositions comme celle de mettre son journal en ligne sur &lt;i&gt;sudanonline.com&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s 98 num&#233;ros &#224; compte d'auteur, Al Raheel fera le tour de la plan&#232;te et, &#171; &lt;i&gt;qui sait ?&lt;/i&gt; &#187;, se vendra peut-&#234;tre un jour. &#171; &lt;i&gt;J'ai perdu ma tranquillit&#233; mais c'est bien&lt;/i&gt; &#187;, dit la jeune femme qui boite depuis un accident de vaccination dans son enfance. &#171; &lt;i&gt;Je ne pouvais pas garder ce journal pour moi toute seule. Il s'est envol&#233; de mon arbre, d'abord &#224; Khartoum puis partout ailleurs&lt;/i&gt;. &#187; La fabuleuse histoire continue. C'est celle de la presse, qui n'est pas que prouesse technique et moyen de communication, mais une entreprise de sens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Merci la crise !</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Merci-la-crise,338.html</link>
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		<dc:date>2007-07-05T12:36:15Z</dc:date>
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		<dc:subject>Presse</dc:subject>
		<dc:subject>Pflimlin</dc:subject>

		<description>R&#233;my Pflimlin, directeur g&#233;n&#233;ral des NMPP, f&#234;te son premier anniversaire &#224; la t&#234;te d'un institution qui c&#233;l&#232;bre ses 60 ans cette ann&#233;e. Par un pur hasard de calendrier, l'entretien qu'il a accord&#233; &#224; M&#233;dias s'est d&#233;roul&#233; quelques jour apr&#232;s l'ouverture d'une crise entre les principaux actionnaires des NMPP et leur op&#233;rateur, Lagard&#232;re. Explications. Un an apr&#232;s votre arriv&#233;e &#224; la t&#234;te des NMPP, quel est le bilan de votre &#171; rapport d'&#233;tonnement &#187; comme disent les consultants ? [Longue r&#233;flexion...] Pour &#234;tre tr&#232;s (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no13,31-.html" rel="directory"&gt;n&#176;13&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-presse,34-+.html" rel="tag"&gt;Presse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-pflimlin,162-+.html" rel="tag"&gt;Pflimlin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L99xH150/arton338-6b8a2.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='99' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:99px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;R&#233;my Pflimlin, directeur g&#233;n&#233;ral des NMPP, f&#234;te son premier anniversaire &#224; la t&#234;te d'un institution qui c&#233;l&#232;bre ses 60 ans cette ann&#233;e. Par un pur hasard de calendrier, l'entretien qu'il a accord&#233; &#224; &lt;i&gt;M&#233;dias&lt;/i&gt; s'est d&#233;roul&#233; quelques jour apr&#232;s l'ouverture d'une crise entre les principaux actionnaires des NMPP et leur op&#233;rateur, Lagard&#232;re. Explications.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un an apr&#232;s votre arriv&#233;e &#224; la t&#234;te des NMPP, quel est le bilan de votre &#171; rapport d'&#233;tonnement &#187; comme disent les consultants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[Longue r&#233;flexion...] Pour &#234;tre tr&#232;s honn&#234;te avec vous, il y a une grande diff&#233;rence entre l'image que j'avais de cette maison au moment o&#249; j'y suis arriv&#233; et la r&#233;alit&#233; de ce que j'y ai d&#233;couvert. On m'avait d&#233;crit une institution un peu routini&#232;re, un peu fig&#233;e, un peu poussi&#233;reuse. J'y ai trouv&#233; au contraire un outil moderne, tr&#232;s efficace et des &#233;quipes tr&#232;s mobilis&#233;es. Aujourd'hui, il convient d'expliquer mieux ce que nous sommes afin de r&#233;duire ce d&#233;calage entre l'image des NMPP et leur r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quoi attribuez-vous ce d&#233;ficit d'image ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois d'abord que c'est un r&#233;flexe tr&#232;s fran&#231;ais. Il faut savoir que les NMPP sont une r&#233;ussite mondiale, regard&#233;e avec envie par nos homologues &#233;trangers. C'est le seul mod&#232;le centralis&#233; &#224; ce point et qui fonctionne avec un tel degr&#233; de finesse et de r&#233;activit&#233;. Encore r&#233;cemment, une &#233;quipe de professionnels de la presse chinoise est venue regarder comment nous faisions...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;... peut-&#234;tre parce que vous &#234;tes la seule organisation communiste qui a r&#233;ussi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[Rires.] Vous &#234;tes libre de le penser ! Mais sans rire, si vous voulez une autre preuve, pendant la derni&#232;re Coupe du monde de football, par exemple, nous avons d&#233;montr&#233; &#224; la fois notre fiabilit&#233; et notre capacit&#233; d'adaptation, en r&#233;pondant au quart de tour &#224; la demande des &#233;diteurs sportifs, qui nous ont f&#233;licit&#233;s pour ce sans-faute. Plus g&#233;n&#233;ralement, nous sommes une des rares entreprises de distribution qui sache chaque matin bouleverser son plan de travail quotidien : en fonction de l'actualit&#233;, nos clients ajustent tous les jours leurs tirages et leurs plans de distribution, jusqu'au point de vente le plus recul&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Marchand de journaux est un m&#233;tier o&#249; l'on se l&#232;ve t&#244;t, o&#249; l'on se couche tard, et o&#249; l'on gagne mal sa vie. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui marche si bien aux NMPP ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certainement nos deux m&#233;tiers de base : la logistique et les flux financiers. La logistique, &#233;videmment : plus de 3 000 titres distribu&#233;s sur 28 000 points de ventes, ce sont des flux &#171; &lt;i&gt;aller&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;retour&lt;/i&gt; &#187; d'une infinie complexit&#233;. Et les flux financiers sont tout aussi impressionnants : nous collectons le chiffre d'affaires et le reversons aux &#233;diteurs dans des d&#233;lais contractuels, m&#234;me en cas de d&#233;faillance d'un grossiste ou d'un diffuseur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce qui ne marche pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De fa&#231;on &#233;vidente, il y a un troisi&#232;me m&#233;tier que nous ne faisons pas, ou que nous faisons mal : c'est &#233;trangement celui... de vendre ! Pour des raisons historiques et id&#233;ologiques, tout le syst&#232;me est b&#226;ti sur la distribution et sur l'&#233;galit&#233; des &#233;diteurs devant celle-ci, mais pas sur cette chose pourtant essentielle, l'acte d'achat, avec ses raisons, ses impulsions, ses freins, ses h&#233;sitations... Notre comptabilit&#233; ne conna&#238;t que les journaux invendus, les ventes n'apparaissent qu'incidemment, par diff&#233;rence avec les exemplaires mis en distribution ! Et toute notre culture est color&#233;e, d&#233;form&#233;e par cette esp&#232;ce &#171; &lt;i&gt;d'exception commerciale&lt;/i&gt; &#187;. Voil&#224; pourquoi j'ai d&#233;cid&#233; de remettre le marchand de journaux et l'acheteur de presse au c&#339;ur de tout notre dispositif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est-&#224;-dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon plan de modernisation a &#233;t&#233; tr&#232;s largement repris par tous vos confr&#232;res. Je ne vais pas le d&#233;tailler ici, mais tr&#232;s sch&#233;matiquement, il y a quatre axes, quatre id&#233;es fortes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Premier axe : nous voulons d&#233;velopper le nombre de points de ventes. Aujourd'hui, trouver son journal en France est souvent un probl&#232;me. Non avons environ moiti&#233; moins de points de vente que dans d'autres pays &#233;quivalents. Et pour corser le tout, nous en perdons r&#233;guli&#232;rement 400 &#224; 500 par an... Il y avait 40 000 points de vente presse en 1952, il n'en restait plus que 28 000 l'an dernier. Mon objectif est d'en cr&#233;er 5 000 nouveaux sur trois ans. Avec des priorit&#233;s : les centres-ville, les diffuseurs de proximit&#233;, les grandes surfaces. Mais nous r&#233;fl&#233;chissons aussi avec La Poste, par exemple, pour renforcer notre pr&#233;sence en milieu rural. Les premiers r&#233;sultats sont l&#224; et je peux vous annoncer que pour la premi&#232;re fois depuis plus de dix ans, le solde du nombre de points de vente est redevenu positif en mars 2007. Nous venons par exemple d'inaugurer le trois centi&#232;me kiosque &#224; Paris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deuxi&#232;me axe : augmenter significativement la r&#233;mun&#233;ration des marchands de journaux en la faisant progresser de 16 &#224; 20 %, sous certaines obligations en termes de service rendu. C'est un effort que nous demandons aux &#233;diteurs. Je crois qu'ils ont tous compris l'enjeu et ils l'accepteront d'autant mieux que, contrairement &#224; une autre id&#233;e re&#231;ue, le syst&#232;me de diffusion par les NMPP est moins co&#251;teux que les syst&#232;mes en vigueur &#224; l'&#233;tranger. Mais nos diffuseurs sont aussi les moins bien pay&#233;s d'Europe : il y a l&#224; une contradiction insupportable si nous voulons redynamiser et motiver le r&#233;seau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on envisager d'aller plus loin, en permettant &#224; l'&#233;diteur d'accorder des commissions bonifi&#233;es &#224; ses meilleurs diffuseurs ? Comme dans l'&#233;dition de livres par exemple ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, la loi Bichet ne le permettrait pas. Mais j'ai une autre solution pour stimuler les ventes et aider chaque journal &#224; trouver son public. C'est le troisi&#232;me axe de mon plan de modernisation. Il s'agit d'aider le diffuseur &#224; vendre ce qui se vend... C'est-&#224;-dire d'utiliser son assortiment comme le lieu de rencontre naturel de l'offre et de la demande. Hormis les grands titres incontournables, un diffuseur ne sera plus tenu d'exposer la totalit&#233; de l'offre du march&#233;. C'est un point capital et tr&#232;s nouveau. Ce n'est pas en contradiction avec la loi Bichet qui dit qu'il faut une diffusion &#233;quitable. &#201;quitable ne veut pas dire &#233;galitariste. Tout le monde comprend qu'il vaut mieux &#234;tre distribu&#233; de fa&#231;on fine et cibl&#233;e qu'&#234;tre pr&#233;sent partout mais invisible, parce que noy&#233; dans la masse...&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_362 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/2_HD.jpg&quot; title='photo : Charles Duprat' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L217xH324/2_HD-35eda-0086f.jpg' width='217' height='324' alt='photo : Charles Duprat' style='height:324px;width:217px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-362 spip_doc_titre' style='width:217px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Charles Duprat&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment cela se passera-t-il en pratique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, les marchands de journaux sont r&#233;duits au r&#244;le de manutentionnaires passifs. Ils re&#231;oivent des cartons le matin. Ils d&#233;couvrent le contenu puisque c'est l'&#233;diteur qui a d&#233;cid&#233; &#224; leur place de ce qu'ils doivent mettre en vente. Et le soir, ils remballent sans avoir aucune marge d'intervention. Marchand de journaux est un m&#233;tier o&#249; l'on se l&#232;ve t&#244;t, o&#249; l'on se couche tard et o&#249; l'on gagne mal sa vie. Nous faisons donc le pari que les vendeurs doivent se r&#233;approprier ce qu'ils vendent. Une partie de l'offre de presse qu'ils mettront en vente sera finement ajust&#233;e &#224; ce qu'ils auront le plus de chance de vendre dans leur environnement commercial. Des outils statistiques fond&#233;s sur le g&#233;omarketing seront con&#231;us dans ce but. Et une autre partie, non n&#233;gligeable, sera laiss&#233;e &#224; leur enti&#232;re discr&#233;tion : &#224; eux de d&#233;fendre et de mettre en valeur les magazines auxquels ils croient. Pour les clients aussi c'est une bonne nouvelle puisque c'est le seul moyen de sortir de l'encombrement que vous trouvez encore, notamment chez les petits marchands. L'objectif est de pr&#233;senter douze titres maximum par m&#232;tre lin&#233;aire, contre plus de vingt aujourd'hui. Nous avons lanc&#233; d&#233;but juin un test grandeur nature &#224; Reims.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Aujourd'hui, les marchands de journaux sont r&#233;duits au r&#244;le de manutentionnaires passifs. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et votre dernier axe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quatri&#232;me et dernier axe : nous voulons d&#233;velopper le merchandising, am&#233;liorer &#224; la fois l'animation dans le lieu de vente et la fid&#233;lit&#233; &#224; celui-ci : un test est en cours &#224; Grenoble, portant sur la diffusion d'une carte de fid&#233;lit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et Internet dans tout &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons bien entendu une strat&#233;gie Internet et nous venons d'ailleurs de lancer un nouveau site &#224; destination de tous les particuliers : &lt;i&gt;&lt;a href='http://www.trouverlapresse.com/' class='spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.trouverlapresse.com&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Comme son nom l'indique, il permet de v&#233;rifier la disponibilit&#233; d'un titre dans tous les points de vente. Quand vous cherchez un titre rare, c'est quand m&#234;me pratique de ne pas avoir &#224; vous d&#233;placer pour rien et d'aller droit au but ! Essayez, vous verrez, &#231;a marche tr&#232;s bien... &#192; plus long terme, je vous rappelle que nous n'entendons pas en ce domaine nous substituer aux &#233;diteurs, puisque nous ne produisons pas de contenu. Notre r&#244;le vis-&#224;-vis de ce nouveau m&#233;dia prolongera notre m&#233;tier de base : la distribution. Nous r&#233;fl&#233;chissons donc aux services que nous pourrons proposer en mati&#232;re d'int&#233;gration et de diffusion de contenus &#233;lectroniques, ou bien par rapport au e-paper... Pourquoi ne pas imaginer des bornes de rechargement dans les points de vente ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout cela semble plein de bon sens... Pourquoi ne pas l'avoir fait plus t&#244;t ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce que nous sommes entr&#233;s dans une situation de crise qui oblige tous les acteurs &#224; se mobiliser pour assurer la p&#233;rennit&#233; du syst&#232;me, laquelle ne sera menac&#233;e que si nous demeurons immobiles. Sans vouloir faire d'alarmisme, il y a aujourd'hui un sentiment d'urgence partag&#233; par tous. Ces derniers mois ont &#233;t&#233; marqu&#233;s par un encha&#238;nement de circonstances qui ont acc&#233;l&#233;r&#233; le cours de l'histoire : les difficult&#233;s de la profession de diffuseur de presse, la persistance de mauvaises ventes qui touchent maintenant les magazines, relativement &#233;pargn&#233;s avant 2005. Du m&#234;me coup, chacun a pris conscience que nous allions probablement &#234;tre amen&#233;s &#224; faire &#233;voluer les contrats fondateurs de la distribution de la presse. Ainsi que son organisation qui est avant tout le fruit de l'histoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans cette perspective, le syst&#232;me de p&#233;r&#233;quation entre les gros titres et les petits a-t-il encore un sens ? N'est-il pas devenu une utopie, au regard des enjeux de la distribution moderne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est vrai que la tentation est de se dire : limitons les petits titres marginaux, plus co&#251;teux &#224; distribuer. En r&#233;alit&#233;, ce n'est pas si simple : d'une part, les petits titres finissent par faire du volume, et d'autre part, dans les interstices cr&#233;&#233;s par les gros, on peut g&#233;rer les petits... Notre m&#233;tier est un formidable m&#233;lange de foi et de math&#233;matiques. La richesse de l'offre-titres t&#233;moigne de la bonne sant&#233; de la d&#233;mocratie et de la diversit&#233; de la pens&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, faut-il continuer &#224; faire profiter de la m&#234;me solidarit&#233; confraternelle et des m&#234;mes avantages fiscaux un journal d'information g&#233;n&#233;rale et un obscur magazine de charme au tirage confidentiel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;ternel d&#233;bat ! En pratique, c'est &#224; peu pr&#232;s ing&#233;rable... On peut essayer de sortir des jugements subjectifs en se r&#233;fugiant dans le normatif. Mais lorsqu'on commence &#224; compter les pages et &#224; les classer en fonction de crit&#232;res, les questions se bousculent : o&#249; sont les fronti&#232;res ? qu'est-ce que la culture ? l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ? l'information ? l'actualit&#233; ? Et qui tranchera en toute impartialit&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 8 mars dernier, il y a eu un &#171; &lt;i&gt;clash&lt;/i&gt; &#187; historique, au Conseil Sup&#233;rieur des Messageries de Presse, entre les coop&#233;ratives actionnaires qui repr&#233;sentent 51 % de votre capital, et le groupe Lagard&#232;re, qui d&#233;tient le reste et est l'&#171; op&#233;rateur &#187; des NMPP.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette crise devra permettre &#224; tous de red&#233;finir et de consolider le pacte fondateur. Et mon plan doit permettre &#224; chacun de renouveler son engagement autour de quelques objectifs fondamentaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question centrale, c'est donc la question de la gouvernance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Le plan de d&#233;veloppement que je viens d'&#233;voquer a un co&#251;t. Environ 150 millions d'euros, sur quatre ans, d&#233;pens&#233;s dans la modernisation de l'outil logistique, le r&#233;seau informatique, le rachat de certains grossistes, la r&#233;novation des points de vente. Je dis &#224; mon Conseil : nous avons l&#224; une opportunit&#233; historique de renouer avec notre mission qui est bien de d&#233;velopper la presse &#233;crite et de faire mentir les proph&#232;tes du d&#233;clin. Donnons-nous les moyens de le faire... Ma conviction intime est qu'il faut profiter de l'agitation &#224; court terme pour faire bouger le long terme dans l'int&#233;r&#234;t de tous. Et dans le calme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vive la crise, donc ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je vais peut-&#234;tre vous choquer mais je le pense sinc&#232;rement. C'est bien connu, en chinois, le m&#234;me id&#233;ogramme veut dire &#171; &lt;i&gt;crise&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;opportunit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Je pense que nous venons d'ouvrir une formidable p&#233;riode d'opportunit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez le statut d'une entreprise priv&#233;e. Mais votre mission, pour simplifier, est d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. &#192; ce titre, peut-on imaginer que l'&#201;tat soit tent&#233; de vous soutenir plus fortement, voire de vous financer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pense m&#234;me que ce sera l'un des dossiers importants qu'aura &#224; traiter le nouveau gouvernement. L'&#201;tat, via la Direction des m&#233;dias rattach&#233;e au Premier ministre, peut aider au financement, bien entendu. Il peut aider socialement les NMPP si nous avons besoin de nous r&#233;orienter ou de nous restructurer. Il peut enfin soutenir les marchands de journaux comme il le fait pour les libraires ou les marchands de tabac... Dans une d&#233;mocratie, c'est un peu bizarre de voir qu'on soutient ceux qui vendent des cigarettes et pas ceux qui vendent des journaux, non ? [Sourire.] Mais je le redis, avant de solliciter l'aide de l'&#201;tat, je dois faire en sorte que les actionnaires des NMPP jouent pleinement leur r&#244;le.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On parle beaucoup de la crise de la presse &#233;crite...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et on en parle mal ! Il y a une crise, c'est vrai, mais elle est due &#224; la g&#233;n&#233;ralisation du num&#233;rique, et elle ne touche pas que la presse &#233;crite. Prenez les courbes d'audience des grandes cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision g&#233;n&#233;ralistes : leur baisse est quasiment calqu&#233;e sur la n&#244;tre ! En gros, la presse a perdu 20 % de sa diffusion en quinze ans. Pendant ce temps, les cha&#238;nes g&#233;n&#233;ralistes enregistraient une perte d'audience &#233;quivalente. M&#234;me une cha&#238;ne comme TF1. Si on n'en parle pas, c'est qu'elle reste premi&#232;re en parts de march&#233; et conserve une communication de leader.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pense m&#234;me que, parce qu'elle est un m&#233;dia tr&#232;s segment&#233;, fond&#233; sur des centres d'int&#233;r&#234;ts et des niches, la presse &#233;crite est plut&#244;t moins menac&#233;e que l'audiovisuel par la r&#233;volution Internet, et qu'elle saura mieux utiliser ce nouveau canal pour reconqu&#233;rir lecteurs et annonceurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les chiffres de ventes du premier trimestre continuent de baisser. On fait comment pour s'en sortir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord, on commence par y croire ! Ensuite, il faut faire le pari du contenu, de la clart&#233; du positionnement. C'est ce que font les news magazines par exemple. Et les r&#233;sultats sont l&#224;. Ces derniers mois, ils enregistrent des taux de croissance &#224; deux chiffres. La presse quotidienne a &#233;galement montr&#233; lors des r&#233;centes campagnes &#233;lectorales, et tout particuli&#232;rement la pr&#233;sidentielle, sa forte r&#233;activit&#233; et son statut de m&#233;dia de recours lorsqu'il s'agit d'&#233;chapper au bruit m&#233;diatique et d'acc&#233;der &#224; des informations hi&#233;rarchis&#233;es et d&#233;crypt&#233;es. Enfin, il faut faire le pari de l'accessibilit&#233; et donc de la distribution. On y revient toujours !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis quelques ann&#233;es, les lancements de nouveaux titres se font de plus en plus rares...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, et je le regrette. Je sais bien que dans la presse les barri&#232;res &#224; l'entr&#233;e sont hautes, les rendements pr&#233;visionnels assez faibles, les risques peut-&#234;tre plus &#233;lev&#233;s qu'ailleurs et les investisseurs peu nombreux. Mais c'est le renouvellement des produits qui assure la vitalit&#233; des march&#233;s. On le voit dans le secteur automobile o&#249; les constructeurs qui souffrent sont ceux dont la gamme n'&#233;volue pas assez vite. Dans la presse, c'est pareil. Encore une fois, notre mission fondamentale est de d&#233;velopper la presse. Et donc de renouveler l'offre de presse. Nous n'avons pas une vision nonchalante du march&#233;. Nous faisons tout pour encourager les nouveaux projets, en offrant notamment des outils et du conseil aux nouveaux venus, aux petits &#233;diteurs d&#233;pourvus de moyens en termes d'&#233;tude et de marketing. &#192; eux de faire la preuve que leur concept &#233;ditorial est fort et attrayant, et qu'il est mis en &#339;uvre de fa&#231;on rigoureuse et professionnelle. Encore une fois, ce sont avant tout les bons journalistes qui assureront la p&#233;rennit&#233; de la presse !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>V&#233;rit&#233; et politique</title>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>En partant d'un vers de Ren&#233; Char - &quot;Notre h&#233;ritage n'est pr&#233;c&#233;d&#233; d'aucun testament&quot; -, Hannah Arendt s'est engouffr&#233;e dans &quot;la br&#232;che entre le pass&#233; et le futur&quot;. C'est ainsi qu'elle nomme le lieu de la pens&#233;e critique, son espace, son territoire : entre ce qui fut et ce qui vient, ce point de rupture qu'est le pr&#233;sent. Autrement dit, la mati&#232;re m&#234;me d'un m&#233;tier a priori fort &#233;loign&#233; de la philosophie, le journalisme. Tel est le point de d&#233;part du livre que je tiens pour l'essai le plus actuel de l'auteur des (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;En partant d'un vers de Ren&#233; Char - &quot;&lt;i&gt;Notre h&#233;ritage n'est pr&#233;c&#233;d&#233; d'aucun testament&lt;/i&gt;&quot; -, Hannah Arendt s'est engouffr&#233;e dans &quot;&lt;i&gt;la br&#232;che entre le pass&#233; et le futur&lt;/i&gt;&quot;. C'est ainsi qu'elle nomme le lieu de la pens&#233;e critique, son espace, son territoire : entre ce qui fut et ce qui vient, ce point de rupture qu'est le pr&#233;sent. Autrement dit, la mati&#232;re m&#234;me d'un m&#233;tier a priori fort &#233;loign&#233; de la philosophie, le journalisme. Tel est le point de d&#233;part du livre que je tiens pour l'essai le plus actuel de l'auteur des &quot;Origines du totalitarisme&quot;. Et dont je ferais volontiers le livre de chevet de tout journaliste.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; en 1968 - &#233;ni&#232;me preuve, s'il en est besoin, des bienfaits de cette &#233;poque d&#233;sormais vou&#233;e aux g&#233;monies -, &#171; Between Past and Future &#187;, devenu &#171; La crise de la culture &#187; dans l'&#233;dition fran&#231;aise de 1972, rassemble huit &#171; &lt;i&gt;exercices de pens&#233;e politique&lt;/i&gt; &#187; parmi lesquels le texte le plus proph&#233;tique sur les d&#233;fis de notre m&#233;tier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;flexion de &#171; V&#233;rit&#233; et politique &#187; - c'est son titre - a pour origine les calomnies dont la philosophe, qui jouait parfois les reporters pour le New Yorker, avait &#233;t&#233; la cible apr&#232;s son &#171; Eichmann &#224; J&#233;rusalem &#187;. Elle a soudain le sentiment de devoir affronter un monde o&#249; le mensonge d'opinion r&#232;gne en ma&#238;tre et dans lequel, &#224; l'inverse, celui qui &#233;nonce des v&#233;rit&#233;s d'information est clou&#233; au pilori.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La diff&#233;rence entre le mensonge traditionnel et le mensonge moderne revient le plus souvent &#224; la diff&#233;rence entre cacher et d&#233;truire&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Arendt, s'alarmant des ruses invent&#233;es par notre modernit&#233; pour exclure durablement du d&#233;bat public &#171; &lt;i&gt;les v&#233;rit&#233;s politiquement les plus importantes&lt;/i&gt; &#187;. Ces v&#233;rit&#233;s-l&#224;, explique-t-elle, ce sont les v&#233;rit&#233;s de fait qu'elle oppose aux v&#233;rit&#233;s de raison, autrement dit aux mille et une v&#233;rit&#233;s d'opinion, de jugement, de commentaire, de croyance, de pr&#233;jug&#233; et de conviction qui se proposeront toujours d'ensevelir les premi&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_340 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/PLENEL-DOC02-HD-AP.png&quot; title='illustration : Laurence Le Piouff' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L246xH324/PLENEL-DOC02-HD-AP-8dbe2-384f3.png' width='246' height='324' alt='illustration : Laurence Le Piouff' style='height:324px;width:246px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-340 spip_doc_titre' style='width:246px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Laurence Le Piouff&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;C'est peu dire qu'elle est, d&#233;j&#224;, pessimiste : &#171; &lt;i&gt;Les chances qu'a la v&#233;rit&#233; de fait de survivre &#224; l'assaut du pouvoir sont tr&#232;s minces ; elle est toujours en danger d'&#234;tre mise hors du monde, par des man&#339;uvres, non seulement pour un temps, mais virtuellement, pour toujours. Les faits et les &#233;v&#233;nements sont choses infiniment plus fragiles que les axiomes, les d&#233;couvertes et les th&#233;ories &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; m&#234;me les plus follement sp&#233;culatifs - produits par l'esprit humain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un monde qui ne serait que de jugement et d'opinion, tout se vaut, tout est interchangeable. En ce sens, c'est un monde qui fait bon m&#233;nage avec l'argent, cet &#233;quivalent g&#233;n&#233;ral. Non pas l'argent comme moyen utile et instrument commode, mais l'argent-roi, l'argent sacralis&#233; et promu comme l'&#233;talon unique des r&#233;ussites et des bonheurs. Mais, surtout, ce monde de concurrence g&#233;n&#233;rale des opinions n'est plus un monde commun, car il n'est plus raccroch&#233; &#224; une r&#233;alit&#233; partag&#233;e, reconnue et assum&#233;e, &#224; partir de laquelle peuvent se confronter et s'opposer des raisonnements diff&#233;rents. Prendre soin des v&#233;rit&#233;s de fait, petites ou grandes, veiller &#224; la rigueur de leur d&#233;finition et de leur &#233;nonciation, c'est donc prendre soin de la politique comme enjeu d&#233;mocratique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La libert&#233; d'opinion&lt;/i&gt;, &#233;nonce encore Arendt, &lt;i&gt;est une farce si l'information sur les faits n'est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-m&#234;mes qui font l'objet du d&#233;bat.&lt;/i&gt; &#187; Fort logiquement, elle en d&#233;duit une d&#233;fense rigoureuse des journalistes, qu'il fait bon lire en ces temps d&#233;sabus&#233;s : &#171; &lt;i&gt; Sans eux,&lt;/i&gt; &#233;crit-elle, &lt;i&gt;nous ne nous y retrouverions jamais dans un monde en changement perp&#233;tuel, et, au sens le plus litt&#233;ral, nous ne saurions jamais o&#249; nous sommes.&lt;/i&gt; &#187; Au sortir d'une campagne pr&#233;sidentielle qui, souvent, a rel&#233;gu&#233; le journalisme artisan des v&#233;rit&#233;s de fait &#224; un r&#244;le de figurant, relire Hannah Arendt, c'est aussi se donner une ambition face &#224; la nouvelle pr&#233;sidence qui commence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Dernier ouvrage paru : &#171; Chroniques marranes &#187;, aux &#233;ditions Stock, avril 2007.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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