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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>Trop lointaine, ma Banlieue</title>
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		<dc:creator>Hugo</dc:creator>


		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>Ma Banlieue est une femme merveilleuse, dr&#244;le, belle, joyeuse, rebelle et universelle. Ne pas faire dans l'ang&#233;lisme d&#233;ontologique ? Et pourquoi pas ? Sachez que vous, les m&#233;dias, l'avez si magnifiquement diabolis&#233;e qu'&#224; une &#233;poque lointaine, au b&#251;cher elle serait pass&#233;e&#8230; Ma Banlieue est une femme qui ne se laissera jamais maquer par les m&#233;dias, qui souvent l'ont salie, humili&#233;e, mutil&#233;e&#8230; Mais elle avale votre encre sans amertume car, en secret, elle croit aux journaleux meilleurs, donc aux jours (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH112/arton569-e4a4d.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='112' class='spip_logos' style='height:112px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ma Banlieue est une femme merveilleuse, dr&#244;le, belle, joyeuse, rebelle et universelle.
Ne pas faire dans l'ang&#233;lisme d&#233;ontologique ? Et pourquoi pas ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sachez que vous, les m&#233;dias, l'avez si magnifiquement diabolis&#233;e qu'&#224; une &#233;poque lointaine, au b&#251;cher elle serait pass&#233;e&#8230; Ma Banlieue est une femme qui ne se laissera jamais maquer par les m&#233;dias, qui souvent l'ont salie, humili&#233;e, mutil&#233;e&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais elle avale votre encre sans amertume car, en secret, elle croit aux journaleux meilleurs, donc aux jours meilleurs. Ma Banlieue est un code-barres secret qu'aucun reporter de guerre ne r&#233;ussira &#224; d&#233;crypter malgr&#233; ruses, astuces ou m&#234;me fixeurs&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle se regarde &#224; la TV et ne se reconna&#238;t gu&#232;re dans vos plans vol&#233;s en night shot&#8230; C'est pas juste, c'est blessant, mais dans cette guerre m&#233;diatique, arm&#233;s de vos plumes, vous lui avez donn&#233; le mauvais r&#244;le, qu'elle endosse afin que les gros tirages br&#251;lent son image. Mais diable &#8212; &#171; &lt;i&gt;m&#233;diable&lt;/i&gt; &#187; &#8212;, comment osez-vous vous acharner sur cette femme, cette m&#232;re qui &#224; elle seule a donn&#233; naissance &#224; des dieux vivants qu'il n'est pas la peine de nommer ?&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_326 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/Djaidani-illust.png&quot; title='illustration : Carine Turin' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L255xH324/Djaidani-illust-b6fcf-aa60a.png' width='255' height='324' alt='illustration : Carine Turin' style='height:324px;width:255px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-326 spip_doc_titre' style='width:255px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Carine Turin&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Ma belle Banlieue, les bleus &#233;clabouss&#233;s sur ton visage b&#233;tonn&#233; sont ceux des morsures ind&#233;l&#233;biles d'une profession qui, avec ses mauvaises ondes radiophoniques, t'a condamn&#233;e &#224; te renfermer sur toi-m&#234;me, n'aie plus peur&#8230; Sachez que les r&#232;gles de ma Banlieue sont parfois douloureuses et elle saigne des flammes pour &#233;ponger les attaques que vous lui faites en dehors de vos guillemets, et qu'il vous sera facile de gommer avec une cro&#251;te de Tipp-Ex, voyez les d&#233;g&#226;ts de vos derni&#232;res piges, de ces derni&#232;res &#171; &lt;i&gt;pijes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma Banlieue n'est pas dupe, elle ne fera jamais le poids face &#224; la puissance de frappe de vos plumes, de vos prompteurs, de vos voix off, de vos dictaphones, de vos cam&#233;ras imperm&#233;ables au bon c&#244;t&#233; de nos classes sociales d&#233;favoris&#233;es&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma Banlieue est pauvre, mais dans son corps l'amour palpite, elle donne le sein &#224; une France qui ne fait pas le coin-coin du pouvoir. Les journalistes sont des hommes et des femmes, tout est dit, des hommes et des femmes qui, en faisant p&#233;ter l'encre, ont tach&#233; l'&#226;me de celle ci-dessus cit&#233;e&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Rachid Dja&#239;dani est &#233;crivain. Dernier ouvrage paru : &quot;Visceral&quot;, aux &#233;ditions du Seuil, f&#233;vrier 2007.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Plume ou souris ?</title>
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		<dc:date>2009-11-23T09:35:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hugo</dc:creator>


		<dc:subject>Post-scriptum</dc:subject>

		<description>Dans cette nouvelle rubrique, des journalistes, des &#233;crivains-journalistes, des journalistes-&#233;crivains, bref, des &#171; &#233;crivants &#187; de profession, selon le vocable cher &#224; Roland Barthes, &#233;voquent leurs pr&#233;f&#233;rences, habitudes, aversions, manies&#8230; Pour l'inaugurer, Eduardo Manet, auteur fran&#231;ais d'origine cubaine. Dernier titre paru : &#171; Un Fran&#231;ais au c&#339;ur de l'ouragan cubain &#187;, Fayard, 2006. J'ai vraiment commenc&#233; &#224; &#233;crire &#224; l'&#226;ge de 12 ans. Des po&#232;mes. Mon premier livre, un recueil de po&#233;sies, donc, a paru quand (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L115xH150/arton570-34205.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='115' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:115px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Dans cette nouvelle rubrique, des journalistes, des &#233;crivains-journalistes, des journalistes-&#233;crivains, bref, des &#171; &lt;i&gt;&#233;crivants&lt;/i&gt; &#187; de profession, selon le vocable cher &#224; Roland Barthes, &#233;voquent leurs pr&#233;f&#233;rences, habitudes, aversions, manies&#8230; Pour l'inaugurer, Eduardo Manet, auteur fran&#231;ais d'origine cubaine. Dernier titre paru : &#171; Un Fran&#231;ais au c&#339;ur de l'ouragan cubain &#187;, Fayard, 2006.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai vraiment commenc&#233; &#224; &#233;crire &#224; l'&#226;ge de 12 ans. Des po&#232;mes. Mon premier livre, un recueil de po&#233;sies, donc, a paru quand j'avais 15 ans. Et depuis, j'&#233;cris &#224; la main, toujours &#224; la main, avec des stylos &#224; bille tout ce qu'il y a de plus ordinaire. On m'a offert quelquefois des stylos de marque et de grand prix, dont je n'arrive pas &#224; me servir. D'abord parce que, &#233;tant &#233;tourdi, j'ai peur de les perdre ! Alors je me rabats sur le tout-venant. C'est une qu&#234;te sans fin, parce que tous ne conviennent pas, ce serait trop facile ! Il s'agit l&#224; d'un f&#233;tichisme dont je serais bien incapable de d&#233;nouer les fils.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'&#233;cris dans des cahiers &#233;galement ordinaires, je les ach&#232;te souvent &#224; Monoprix : formats divers, couvertures banales, avec ou sans lignage. En fait, les lignes sont parfaites pour les dialogues de th&#233;&#226;tre ou de cin&#233;ma&#8230; Comme j'&#233;cris presque tout le temps, et l&#224; o&#249; je me trouve, m&#234;me dans le m&#233;tro, j'ai toujours sur moi des petits carnets, m&#234;me pas en moleskine, pour prendre des notes. On m'en a offert de sublimes qui sont rest&#233;s vides parce qu'ils me faisaient peur. Si j'&#233;cris une lettre, j'ai bien peur de m'en tenir au stylo &#224; bille et au papier, je sais que c'est une honte ! J'esp&#232;re &#234;tre pardonn&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'agissant de mes livres ou de mes pi&#232;ces et de leur version finale, je passe d&#233;sormais &#224; l'ordinateur qui m'a d&#233;livr&#233; des manuscrits interminablement copi&#233;s et recopi&#233;s. L'&#233;cran est par ailleurs id&#233;al pour les dialogues de th&#233;&#226;tre (j'&#233;cris actuellement une pi&#232;ce inspir&#233;e de la trag&#233;dienne Rachel). On visualise mieux les interventions des personnages. M&#234;me avantage dans la pr&#233;sentation d'un sc&#233;nario (j'en ai deux en chantier) o&#249; il est indispensable de faire appara&#238;tre clairement le d&#233;coupage, les s&#233;quences, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis donc &#224; la fois plume et souris !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Derni&#232;re phrase &#233;crite : &#171; &lt;i&gt;Elle reviendra.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les habits neufs de la presse</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/les-habits-neufs-de-la-presse,566.html</link>
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		<dc:date>2009-11-20T11:51:33Z</dc:date>
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		<description>Philippe Lan&#231;on a regard&#233; les huit &#233;pisodes de &#171; Reporters &#187;. Il a aim&#233; cette s&#233;rie, loin de la vision balzacienne du journaliste. Et surtout le formidable fait-diversier, jou&#233; par Patrick Bouchitey, &#171; une innocence revenue de tout, mais obstin&#233;ment l&#224; &#187;. De quoi se r&#233;concilier avec une profession jamais autant brocard&#233;e. La presse a mauvaise presse. En France, en tout cas. Dans l'opinion comme &#224; l'image. Aux &#201;tats-Unis, malgr&#233; de grandes crises, c'est diff&#233;rent. Sa repr&#233;sentation film&#233;e oublie rarement (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH85/arton566-e781f.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='85' class='spip_logos' style='height:85px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Philippe Lan&#231;on a regard&#233; les huit &#233;pisodes de &#171; Reporters &#187;. Il a aim&#233; cette s&#233;rie, loin de la vision balzacienne du journaliste. Et surtout le formidable fait-diversier, jou&#233; par Patrick Bouchitey, &#171; une innocence revenue de tout, mais obstin&#233;ment l&#224; &#187;. De quoi se r&#233;concilier avec une profession jamais autant brocard&#233;e.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La presse a mauvaise presse. En France, en tout cas. Dans l'opinion comme &#224; l'image. Aux &#201;tats-Unis, malgr&#233; de grandes crises, c'est diff&#233;rent. Sa repr&#233;sentation film&#233;e oublie rarement qu'elle est au c&#339;ur de la d&#233;mocratie : n&#233;e avec elle, en elle, par et pour elle. Deux grands journalistes de pellicule, au hasard : Humphrey Bogart dans &#171; Bas les masques &#187;, l'un des meilleurs films de Richard Brooks (1952) ; Al Pacino dans &#171; R&#233;v&#233;lations &#187;, de Michael Mann (1999). Dans les deux cas, des hommes luttent dans leurs investigations et pour la libert&#233; des citoyens face &#224; des groupes de pression. Ils ont quelques d&#233;fauts, mais ce sont des missionnaires - des missionnaires d&#233;mocratiques. Du maccarthysme &#224; la guerre d'Irak, la r&#233;putation de la presse a jusqu'ici toujours ressuscit&#233; de ses plus tristes cendres : les fondements du r&#233;gime en portent les braises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, cette figure h&#233;ro&#239;que du journaliste n'existe pas. La presse moderne aurait pu na&#238;tre avec la d&#233;mocratie. Le tournant jacobin r&#233;volutionnaire, un antique rapport d'amour-haine avec le pouvoir central, la pr&#233;pond&#233;rance du styliste sur l'enqu&#234;teur dans un pays fascin&#233; par l'&#201;crivain, la sp&#233;cificit&#233; d'un capitalisme ou d'un affairisme d'&#201;tat, tout cela fait qu'elle a grandi sous pression, au salon et sans v&#233;ritable libert&#233; : des hommes tels que Benjamin Constant sont des exceptions qu'on aime citer plus que suivre. Les pouvoirs ne voulaient pas de la libert&#233; d'informer et de penser, qu'en vrai lib&#233;ral &#8212; au sens premier du mot &#8212;, il consid&#233;rait comme essentielle. Les citoyens, m&#234;me s'ils clamaient le contraire, n'en voulaient pas non plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;putation de la presse fran&#231;aise, finalement, c'est Balzac qui l'a faite. Elle est li&#233;e &#224; Paris, &#224; la culture, &#224; la mondanit&#233; souterraine, &#224; une sorte de vanit&#233; expresse. Dans &#171; Illusions perdues &#187; (1837), le romancier oppose les cr&#233;ateurs purs, livr&#233;s au labourage et &#224; la patience qu'exigent leurs &#339;uvres, aux journalistes impurs, livr&#233;s &#224; leurs app&#233;tits imm&#233;diats et superficiels. Les membres du C&#233;nacle tentent, dans une sc&#232;ne c&#233;l&#232;bre, de saper les tentations de Lucien de Rubempr&#233; : &#171; &lt;i&gt;Tu n'as que trop les qualit&#233;s du journaliste : le brillant et la soudainet&#233; de la pens&#233;e,&lt;/i&gt; lui dit Fulgence. &lt;i&gt;Tu ne te refuserais jamais un trait d'esprit, d&#251;t-il faire pleurer ton ami [&#8230;]. Le journalisme est un enfer, un ab&#238;me d'iniquit&#233;s, de mensonges, de trahisons, que l'on ne peut traverser et d'o&#249; l'on ne peut sortir pur, que prot&#233;g&#233; comme Dante par les divins lauriers de Virgile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On dira qu'il s'agit de journalisme culturel, cette derni&#232;re roue bien astiqu&#233;e du carrosse. Mais, justement : si les travers de ce journalisme ont r&#233;pandu leur plomb sur les autres domaines du m&#233;tier, ce n'est pas un hasard. Le journalisme appartenait moins &#224; l'homme de la rue qu'aux salons des &#171; &lt;i&gt;esth&#232;tes&lt;/i&gt; &#187; et du pouvoir. Le r&#244;le agressif de l'Internet, en particulier pendant le d&#233;bat sur le trait&#233; constitutionnel europ&#233;en, au printemps 2005, a prouv&#233; que cette figure balzacienne du journaliste paresseux, superficiel, et surtout membre du s&#233;rail, de l'&#233;lite, demeurait, &#224; tort ou &#224; raison, plus vive que jamais.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_311 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/reporters_8.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH182/reporters_8-041eb-e099c.jpg' width='324' height='182' alt='' style='height:182px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le feuilleton &#171; Reporters &#187;, huit &#233;pisodes produits par l'agence Capa et diffus&#233;s sur Canal +, est une bonne nouvelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il popularise en France des figures de journalistes telles qu'elles existent vraiment, mais telles qu'on ne pouvait en voir que dans les films ou s&#233;ries anglo-saxonnes. Le d&#233;but rappelle d'ailleurs un peu trop, par ses mouvements brutaux de cam&#233;ra, &#171; 24 heures &#187;. Il faut que &#231;a bouge pour que le spectateur ne bouge pas, et pour qu'il sente &#224; quel point les journalistes bougent pour lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deux r&#233;dactions vivent sous nos yeux : l'une de t&#233;l&#233;vision (la cha&#238;ne TV2F, dont le pr&#233;sident rappelle un peu Marc Tessier), l'autre de presse &#233;crite (le quotidien 24 heures dans le monde). Les pressions et rachats dont l'une et l'autre font l'objet rappellent, de pr&#232;s ou de loin, l'histoire r&#233;cente des cha&#238;nes de service public, de Canal + et, aussi, de Lib&#233;ration. Nous e&#251;mes ainsi droit nagu&#232;re, dans ce journal, &#224; un gestionnaire qui, comme dans &#171; Reporters &#187;, pr&#233;tendait juger la qualit&#233; et l'efficacit&#233; des journalistes en comptant le nombre de signes produits. Le ridicule ne l'a pas tu&#233;, mais l'a rendu muet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous e&#251;mes &#233;galement une journaliste faite otage, Florence Aubenas : sa situation a-t-elle inspir&#233;, quoique tr&#232;s vaguement, celle de Marie Montheil, c&#339;ur et t&#234;te br&#251;l&#233;e lib&#233;r&#233;e d'un pays qui rappelle la Tch&#233;tch&#233;nie ? Ce n'est m&#234;me pas s&#251;r, mais c'est cr&#233;dible. Que ce soit ou non le cas, la figure de la jeune femme reporter, livr&#233;e aux guerres et aux passions &#233;pisodiques, est loin d'&#234;tre un clich&#233; : une g&#233;n&#233;ration de femmes-reporters de guerre a d&#251; assumer une certaine solitude.
Dans la s&#233;rie, la figure balzacienne dominante du journaliste culturel dispara&#238;t.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'intrigue se concentre sur des personnages en prise avec les pouvoirs et ayant mission d'informer : aller, voir, chercher, raconter. On trouve donc des reporters de toutes sortes, enqu&#234;teurs ou non, et des journalistes politiques. Le chroniqueur est d&#233;peint comme un pisse-copie vaniteux et sans int&#233;r&#234;t : les hommes de terrain n'ont jamais aim&#233; ceux qu'ils consid&#232;rent comme des donneurs de le&#231;ons, des r&#233;form&#233;s du service &#171; &lt;i&gt;r&#233;alitaire&lt;/i&gt; &#187; ; la s&#233;rie prend leur parti. Dressons l'inventaire de ses plus belles figures.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_310 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/reporters_1.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH183/reporters_1-94656-1f451.jpg' width='324' height='183' alt='' style='height:183px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Le jeune grand reporter investigateur de t&#233;l&#233;vision, Thomas Schneider, est une charmante, courageuse (ou inconsciente) et efficace petite frappe. La morale n'est pas de ce monde : son &#233;go&#239;sme obsessionnel est son d&#233;faut n&#233;cessaire. Il lui permet de remonter &#224; tout prix les traces d'un trafic d'armes qui rappelle les aventures de la Fran&#231;afrique, l'affaire des fr&#233;gates de Ta&#239;wan, les contrats fran&#231;ais avec l'Irak sous embargo. Combien d'investiga&#173;&#173;teurs ont fini comme ce Schneider, hant&#233;s par leur sujet, contamin&#233;s par les m&#233;thodes des gens qu'ils traquaient, parano&#239;aques comme le syst&#232;me qu'ils d&#233;voilaient ? La volont&#233; de savoir danse de pr&#232;s avec le d&#233;sir de pouvoir. La petite &#233;pop&#233;e de Thomas Schneider rappelle aussi qu'il est difficile, dans ce genre d'affaires, de saisir les effets d'une information : le probl&#232;me n'est pas seulement de l'obtenir et de la v&#233;rifier ; encore faut-il savoir qui vous la donne, et dans quel but. Il est rare qu'on sache tout. Le journaliste est souvent l'instrument de r&#232;glements de comptes qu'il flaire, mais qui lui &#233;chappent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Son amante, la jolie Florence Daumal, est responsable du service politique du quotidien 24 heures. Il lui faut s&#233;duire sans &#234;tre trop manipul&#233;e, entretenir ses contacts sans devenir leur relais, entrer dans des jeux qui l'inqui&#232;tent et la flattent : la difficile ambigu&#239;t&#233; du travail de journaliste politique, si on veut bien le faire, est assez bien montr&#233;e. Ceux qui ont fr&#233;quent&#233; Nicolas Sarkozy, un s&#233;ducteur remarquable et sans compassion, n'ont pas d&#251; &#234;tre surpris. &#201;trangement, l'ambitieux et peu scrupuleux bonhomme qui, dans la s&#233;rie, joue le futur Premier ministre, a quelque chose d'Hubert V&#233;drine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Albert Lehman, jou&#233; par Didier Bezace, est un excellent directeur de la r&#233;daction. Son nouvel actionnaire finit par lui r&#233;server le sort qu'&#201;douard de Rothschild fit &#224; Serge July (lequel &#233;tait fondateur et directeur de la publication de Lib&#233;ration). Contrairement &#224; Lehman, Serge July ne s'est heureusement pas jet&#233; dans la Seine, comme le po&#232;te Paul Celan. C'est une fin peut-&#234;tre exag&#233;r&#233;e. Il y a une vie apr&#232;s le journalisme, m&#234;me si ceux qui aiment ce m&#233;tier ont raison d'en douter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le personnage formidable de la s&#233;rie est jou&#233; par Patrick Bouchitey : c'est Michel Cayatte, l'homme qui suit pour 24 heures la Justice et les Faits divers. Les cin&#233;philes se souviendront de son homonyme, le r&#233;alisateur Andr&#233; Cayatte, mort en 1989, qui fut d'abord avocat et journaliste. Il tournait des films &#224; th&#232;se, en g&#233;n&#233;ral assez lourds, sur des probl&#232;mes sociaux ou judiciaires. Michel Cayatte est plus int&#233;ressant : c'est une tortue vieillie en f&#251;t dont la m&#233;moire et la sensibilit&#233; captent le clair-obscur d'un drame, les mensonges, les mis&#232;res et l'angoisse des hommes qui le font. Son orgueil et son &#233;trange talent en font un non-ambitieux r&#233;solu. Il y en a des comme &#231;a. Ou plut&#244;t, il y en eut : l'&#233;poque ne les aime gu&#232;re. Elle pr&#233;f&#232;re les malins, les membres de l'amicale du double jeu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour devenir Cayatte, il ne suffit pas d'avoir bu, v&#233;cu, aim&#233;, d&#233;test&#233;, mal et peu dormi, &#233;cout&#233; du jazz ou de la musique cara&#239;be, tourn&#233; en rond et en carr&#233;, d'avoir &#233;t&#233; insupportable avant d'&#233;chouer, une bouteille &#224; la main, sur sa propre vie. Il faut transformer ses &#233;checs et sa solitude en une compassion aigu&#235;, puissante et sans piti&#233; : en une innocence revenue de tout, mais obstin&#233;ment l&#224;. Il faut aussi avoir lu, savoir &#233;crire, &#234;tre sans doute un &#233;crivain rat&#233; &#8212; ce qui est toujours mieux qu'un auteur r&#233;ussi de mauvais livres. Bouchitey joue cela &#224; merveille. La s&#233;rie m&#233;rite d'&#234;tre vue rien que pour lui &#8212; pour l'un de ses regards jet&#233;s sur un mort, ou un malheureux, de plus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Attach&#233;s de pr&#232;s</title>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>Le type, l&#224;, qui tripote compulsivement son organizer, c'est mon boss. Il roule en C6 gris m&#233;tal. De fonction, &#233;videmment. Il fait des notes de frais. longues comme le bras. Long le bras. Il d&#233;jeune au Polo. Il conna&#238;t du monde. Il gagne plusieurs millions d'euros par an en &#233;change d'une absence totale de vie priv&#233;e et de br&#251;lures d'estomac qu'il soigne avec des pastilles Rennie. Il a fait toutes les &#233;coles qu'il faut. Je le d&#233;teste mais il me fait bouffer. Il faut l'appeler Bernard parce qu'il est relax. (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH112/arton565-2e793.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='112' class='spip_logos' style='height:112px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le type, l&#224;, qui tripote compulsivement son organizer, c'est mon boss. Il roule en C6 gris m&#233;tal. De fonction, &#233;videmment. Il fait des notes de frais. longues comme le bras. Long le bras. Il d&#233;jeune au Polo. Il conna&#238;t du monde. Il gagne plusieurs millions d'euros par an en &#233;change d'une absence totale de vie priv&#233;e et de br&#251;lures d'estomac qu'il soigne avec des pastilles Rennie. Il a fait toutes les &#233;coles qu'il faut. Je le d&#233;teste mais il me fait bouffer. Il faut l'appeler Bernard parce qu'il est relax. Pense-t-il.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pr&#233;f&#232;re ne pas me souvenir du jour o&#249; il m'a recrut&#233;e et o&#249; je l'aimais. Je veux dire que j'aimais sa strat&#233;gie, sa volont&#233; de tout reb&#226;tir, de tout r&#233;inventer. Il m'a promis des moyens, un ordinateur portable dernier cri, des t&#233;l&#233;phones mobiles, une assistante, des cocktails d&#238;natoires pour nourrir des l&#233;gions de journalistes et de relais d'opinion. Oui c'est &#231;a. Les relais d'opinion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand je lui ai obtenu son premier &#171; &lt;i&gt;en hausse&lt;/i&gt; &#187; dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, j'ai cru qu'il allait s'&#233;vanouir de bonheur. Quand, deux ans plus tard, il a eu un &#171; &lt;i&gt; OK&lt;/i&gt; &#187; dans &lt;i&gt;Match&lt;/i&gt;, j'avoue qu'il m'a augment&#233;e et promis des stock-options. H&#233;las, deux mois plus tard il &#233;tait &#233;gratign&#233; dans un portrait qu'on n'avait pas compl&#232;tement bord&#233;, la faute du DAF. J'ai pas eu les stocks. De toute fa&#231;on, c'&#233;tait du baratin, je ne suis pas membre du comit&#233; de direction. Je n'aurais jamais eu les stocks. Il n'arr&#234;te pas avec son organizer-t&#233;l&#233;phone-casse-distributeur-d'oukazes-&#233;lectroniques.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_296 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/abikerilu.png&quot; title='illustration : Carine Turin' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L264xH324/abikerilu-7988a-d91a0.png' width='264' height='324' alt='illustration : Carine Turin' style='height:324px;width:264px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-296 spip_doc_titre' style='width:264px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Carine Turin&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux sortes de patrons, les chefs scouts et les Napol&#233;on. C'est un Napol&#233;on. Tient pas en place, s'ennuie vite, &#233;coute un mot sur deux, ne s'aper&#231;oit pas que votre p&#232;re est mort, oublie que vous avez deux enfants, ne vous regarde pas quand il parle. Ne sait plus quand vous avez commenc&#233; &#224; diriger ses RP, licencie comme il respire, tue, prend d'assaut, b&#226;tit des ch&#226;teaux en Espagne qu'il d&#233;truit puis reconstruit ailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Longtemps j'ai couv&#233; sa parole comme le lait sur le feu. Pendant ses petits d&#233;jeuners &#224; 80 euros par personne au Plaza Ath&#233;n&#233;e, je n'avais qu'une trouille : qu'il oublie le off. C'est moi qui recollais derri&#232;re, qui appelais le rubricard pour lui expliquer que &#171; &lt;i&gt;ce serait mieux s'il coupait, mais qu'en m&#234;me temps, faudrait peut-&#234;tre trouver un mot diff&#233;rent&lt;/i&gt; &#187;. Je le d&#233;teste mais il me fait bouffer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui c'est encore moi qui distribue le dossier de presse &#224; l'entr&#233;e de la salle audiovisuelle o&#249; il fait le beau derri&#232;re son pupitre transparent en attendant de pr&#233;senter &#171; &lt;i&gt;les grands axes d'une strat&#233;gie &#224; d&#233;cliner dans toutes les filiales sur la base d'&#233;ch&#233;ances contractualis&#233;es avec tous les collaborateurs du groupe&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est toujours moi qui commande ses camemberts et ses graphiques en couleur sur &#233;cran g&#233;ant &#224; l'agence de pub. Il y a un mois, j'ai obtenu qu'il soit nomin&#233; parmi les managers de l'ann&#233;e. Je me demande comment je tiens encore debout &#224; force de le suivre partout, en faisant des sourires, en m'assurant qu'il y a bien des viennoiseries, que les visiteurs ont un acc&#232;s parking et qu'ils trouveront rapidement l'&#233;tage pr&#233;sidentiel avec sa moquette &#233;paisse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des ann&#233;es que je fais voiture-balai, redoutant le mot de trop devant un parterre d'analystes financiers. Je le d&#233;teste, mais il me fait bouffer. Longtemps, j'ai aim&#233; ce job parce que j'avais l'impression d'exister. Chaque papier sur sa carri&#232;re fulgurante me valorisait. Avec le temps et sa r&#233;ussite, on me prend au t&#233;l&#233;phone. Les chefs de services me rappellent parce qu'ils savent que je leur donne de vraies infos pour leurs doubles pages ou leur colonne &#171; &lt;i&gt;confidentielle&lt;/i&gt; &#187;. Pourtant, je sais quand ils d&#233;crochent que je ne suis qu'un petit t&#233;l&#233;graphiste. Quoi de plus interchangeable qu'un carnet d'adresses mont&#233; sur une paire d'escarpins Manolo Blahnik ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En plus il est bon, le c&#8230;. S&#233;duisant avec les autres, tyran avec les siens. Une fois, j'ai m&#234;me &#233;t&#233; jalouse tellement il &#233;tait charmant avec une fille de &lt;i&gt;LCI&lt;/i&gt;. On n'en dit que du bien. Dehors, &#224; la sortie des plateaux. Dans les colloques o&#249; &#171; &lt;i&gt;Restructurator&lt;/i&gt; &#187; d&#233;livre sa parole de proph&#232;te de l'EBITDA&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='EBITDA : Earnings before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, il fait un tabac. Brillant, dr&#244;le, fonceur, p&#233;dagogue, social ! Si, social. Parfois j'ai l'impression qu'on ne parle pas du m&#234;me. C'est sans doute pour &#231;a qu'il me garde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;David Abiker est chroniqueur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;EBITDA : Earnings before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization (revenus avant int&#233;r&#234;ts, imp&#244;ts (taxes), dotations aux amortissements et provisions).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>C'&#233;tait dr&#244;lement bien</title>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>Je me souviens du coup de t&#233;l&#233;phone de Daniel Schneidermann, en 1995, pour me proposer de faire avec lui une &#233;mission de critique de la t&#233;l&#233; &#224; la t&#233;l&#233;. &#192; l'&#233;poque, il tenait chronique au Monde, moi &#224; T&#233;l&#233;rama. On se connaissait de loin, sans plus. On se fr&#233;quentait, mais &#224; distance. Je me souviens avoir tout de suite dit oui, avec enthousiasme : se servir des images pour critiquer les images, je trouvais que c'&#233;tait une id&#233;e formidable. M&#234;me si, bien s&#251;r, elle &#233;tait pleine de pi&#232;ges, de chausse-trapes. Je (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L101xH150/arton564-bcb11.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='101' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:101px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je me souviens du coup de t&#233;l&#233;phone de Daniel Schneidermann, en 1995, pour me proposer de faire avec lui une &#233;mission de critique de la t&#233;l&#233; &#224; la t&#233;l&#233;. &#192; l'&#233;poque, il tenait chronique au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, moi &#224; &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;. On se connaissait de loin, sans plus. On se fr&#233;quentait, mais &#224; distance. Je me souviens avoir tout de suite dit oui, avec enthousiasme : se servir des images pour critiquer les images, je trouvais que c'&#233;tait une id&#233;e formidable. M&#234;me si, bien s&#251;r, elle &#233;tait pleine de pi&#232;ges, de chausse-trapes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me souviens qu'on n'a pas mis longtemps &#224; trouver le titre : Daniel venait de publier un recueil de chroniques qui s'appelait &#171; Arr&#234;t sur images &#187;, c'&#233;tait exactement ce qu'on voulait faire. Je me souviens, le rouge de la honte au front, du num&#233;ro z&#233;ro de l'&#233;mission. Apr&#232;s l'enregistrement, on s'est tous regard&#233;s d'un air accabl&#233;, tellement c'&#233;tait nul, tellement c'&#233;tait rat&#233;. Un vrai de vrai num&#233;ro z&#233;ro. Et pourtant on nous a fait confiance. Et pourtant on a d&#233;cid&#233; de foncer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me souviens que la premi&#232;re ann&#233;e, Pascale Clark pr&#233;sentait l'&#233;mission avec Daniel, qui n'avait jamais fait de t&#233;l&#233;vision et avait un peu peur. Je me souviens qu'on a mis du temps &#224; trouver le bon &#233;quilibre : au d&#233;but, c'&#233;tait essentiellement de la parlote sur le plateau, autour des images de la semaine. Puis l'&#233;quipe s'est &#233;toff&#233;e, l'&#233;mission s'est construite autour d'un dossier, avec une enqu&#234;te et des reportages. C'&#233;tait nettement plus pro.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En m&#234;me temps, &#231;a ressemblait &#224; de la t&#233;l&#233;. Celle qu'on critiquait. Je me souviens que Daniel a alors eu l'id&#233;e d'introduire l'autocritique dans l'&#233;mission : &#224; la fin de l'enregistrement, un membre de l'&#233;quipe pointait nos d&#233;fauts, nos tics, nos approximations. Et une fois par an, une &#233;mission enti&#232;re &#233;tait consacr&#233;e &#224; sa critique. Je me souviens que ce n'&#233;tait pas toujours facile &#224; vivre. Surtout pour Daniel. Je ne crois pas qu'aucune autre &#233;mission de t&#233;l&#233; soit jamais all&#233;e aussi loin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me souviens que ma chronique &#233;tait totalement libre : personne ne m'a jamais fait la moindre remarque, y compris quand je me moquais de Jean-Marie Cavada, alors patron de la cha&#238;ne. Je me souviens que je m'en voulais parfois de couper les cheveux en quatre, de trop chercher la petite b&#234;te. Je me souviens de la tension sur le plateau, quand il fallait affronter, face-&#224;-face, les responsables d'&#233;missions que je trouvais d&#233;gradantes, humiliantes. Je me souviens de notre satisfaction, quand on avait le sentiment d'avoir r&#233;ussi &#224; d&#233;busquer une manipulation, un bidonnage. D&#8216;avoir d&#233;masqu&#233; l'hypocrisie des faux culs.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_291 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/remondillu.png&quot; title='illustration : Carine Turin' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L256xH324/remondillu-d4a8c-80989.png' width='256' height='324' alt='illustration : Carine Turin' style='height:324px;width:256px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-291 spip_doc_titre' style='width:256px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Carine Turin&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens que &#231;a m'&#233;nervait d'avoir l'esprit d'escalier, de trouver, apr&#232;s coup, les arguments qui m'auraient permis de clouer le bec &#224; Untel ou Unetelle. Je me souviens que, peu &#224; peu, j'avais moins de jubilation et de passion &#224; participer &#224; l'&#233;mission, que j'&#233;tais davantage sensible aux limites de l'exercice : la censure du temps, la gestion de la parole, l'impression de me faire enfermer dans un r&#244;le, un personnage. Je me souviens que j'avais surtout de plus en plus de mal &#224; supporter de regarder des &#233;missions d&#233;biles pour pouvoir en parler. Je me souviens de &#171; Loft Story &#187; et de la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;. Et que, franchement, c'&#233;tait la goutte d'eau qui faisait d&#233;border le vase.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me souviens que j'ai quitt&#233; &#171; Arr&#234;t sur images &#187; en 2002, au bout de six ans. Juste avant de quitter &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;. Je me souviens que j'ai alors quasiment arr&#234;t&#233; de regarder la t&#233;l&#233;vision. Et que &#231;a m'a fait un bien fou. Je me souviens m'&#234;tre dit que j'&#233;tais content qu'&#171; Arr&#234;t sur images &#187; continue, m&#234;me si je n'avais plus envie d'y &#234;tre. Je me souviens avoir souvent dit &#224; ceux qui la trouvaient exasp&#233;rante qu'ils la regretteraient, le jour o&#249; elle s'arr&#234;terait. Je me souviens du coup de t&#233;l&#233;phone de Daniel, quand il m'a dit que c'&#233;tait fini. Je me souviens que c'&#233;tait dr&#244;lement bien, &#171; Arr&#234;t sur images &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> un peu de morale , SVP !</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/un-peu-de-morale-SVP,367.html</link>
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		<dc:subject>Grand entretien</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
		<dc:subject>Onfray</dc:subject>

		<description>Cas rare de philosophie Best-Seller. Du cynisme, de l'h&#233;donisme et des oubli&#233;s de l'institution, Michel Onfray (48 ans) parle volontiers dans ses cours de l'Universit&#233; populaire. Il se manifeste &#233;galement sur le terrain politique, &#224; c&#244;t&#233;, sinon aux-c&#244;t&#233;s, des anti-lib&#233;raux. Vous n'aimez pas beaucoup les journalistes&#8230; Je suis nominaliste en mati&#232;re de journalisme. Je me suis trop souvent fait injurier : fasciste, nazi, antis&#233;mite, islamophobe. On m'a trait&#233; de Jdanov [1], de Staline ; Polac a dit de ma (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-Grand-entretien,38-+.html" rel="tag"&gt;Grand entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-en-une,63-+.html" rel="tag"&gt;en UNE&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-onfray,158-+.html" rel="tag"&gt;Onfray&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH101/arton367-1cb43.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='101' class='spip_logos' style='height:101px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Cas rare de philosophie Best-Seller. Du cynisme, de l'h&#233;donisme et des oubli&#233;s de l'institution, Michel Onfray (48 ans) parle volontiers dans ses cours de l'Universit&#233; populaire. Il se manifeste &#233;galement sur le terrain politique, &#224; c&#244;t&#233;, sinon aux-c&#244;t&#233;s, des anti-lib&#233;raux.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'aimez pas beaucoup les journalistes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis nominaliste en mati&#232;re de journalisme. Je me suis trop souvent fait injurier : fasciste, nazi, antis&#233;mite, islamophobe. On m'a trait&#233; de Jdanov&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Propagandiste du Parti communiste de l'URSS, ma&#238;tre &#224; penser du &#171; r&#233;alisme (...)' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, de Staline ; Polac a dit de ma philosophie qu'elle se r&#233;duisait &#224; une id&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Marre des rescap&#233;s des camps de la mort.&lt;/i&gt; &#187; La presse relaie la premi&#232;re sottise de Ra&#235;l&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#192; son corps d&#233;fendant, Michel Onfray s'est vu attribuer le titre de &#171; pr&#234;tre (...)' id='nh1-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; me concernant, et &#231;a devient une information dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Michel Onfray nomm&#233; pr&#234;tre honoraire&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;, Alain Veinstein a fait savoir que l'h&#233;donisme &#8212; il s'agissait de moi, &#233;videmment &#8212;, c'&#233;tait sonate de Mozart le matin et camps de concentration l'apr&#232;s-midi&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, effectivement, j'ai du mal &#224; trouver ces gens d&#233;fendables. Ils occupent un poste qui est une sorte de juridiction d'exception &#224; partir de laquelle on peut insulter, m&#233;priser ceux qu'on n'a pas lus. Mais par ailleurs, le journalisme peut &#234;tre la meilleure des choses quand il s'agit d'Albert Camus &#233;crivant sur l'Alg&#233;rie ou de Maurice Clavel sur Mai 68.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucun journaliste qui n'est &#233;crivain ne trouve donc gr&#226;ce &#224; vos yeux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a probablement des journalistes qui font assez bien leur travail sans &#234;tre pour autant &#233;crivains, philosophes ou sociologues&#8230; Je cherche des noms, je n'en trouve pas&#8230;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_334 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/M-MO_065.jpg&quot; title='photo : Pierre Payan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/M-MO_065-8c309-cabef.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Pierre Payan' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-334 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Pierre Payan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vous informez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je lis syst&#233;matiquement &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;. Pas &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, parce que je vis en province et qu'il n'y arrive que le lendemain. Je regarde beaucoup les cha&#238;nes d'information, &lt;i&gt;i-T&#233;l&#233;&lt;/i&gt;. C'est &#224; peu pr&#232;s tout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne lisez pas la presse de droite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pas envie d'avoir l'avis de ces gens-l&#224;, je le connais. Et puis lire &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, c'est un peu lire la presse de droite&#8230; Je suis un anti-lib&#233;ral, et quand on me dit que les uns d&#233;fendent Sarkozy, les autres S&#233;gol&#232;ne Royal, qu'il existe une distinction entre la droite et la gauche, je n'y crois gu&#232;re. Les deux professent &#224; peu pr&#232;s les m&#234;mes id&#233;es, &#224; savoir l'excellence d'une gestion lib&#233;rale de la soci&#233;t&#233;. Les d&#233;bauchages actuels de la &#171; &lt;i&gt;gauche&lt;/i&gt; &#187; par Sarkozy montrent que l'incompatibilit&#233; n'est pas majeure&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Regardez la TVA sociale : la gauche trouve &#231;a inadmissible alors qu'elle &#233;tait en train d'y travailler. S&#233;gol&#232;ne Royal a d&#233;fendu le Smic &#224; 1 500 euros et la g&#233;n&#233;ralisation des 35 heures, pour dire ensuite qu'elle trouvait ces deux id&#233;es stupides et irr&#233;alisables. J'ai &#233;t&#233; trait&#233; de &#171; &lt;i&gt;con&lt;/i&gt; &#187; et d'&#171; &lt;i&gt;abruti&lt;/i&gt; &#187; dans &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; parce que j'ai dit sur mon blog que j'avais vot&#233; blanc au second tour de la derni&#232;re pr&#233;sidentielle. Mais je ne suis pas prescripteur et n'ai pas invit&#233; &#224; le faire ! Je n'avais pas envie que les gens votent blanc. N'ayant jamais vot&#233; &#224; droite, je n'allais pas commencer &#224; voter pour des id&#233;es de droite d&#233;fendues par une femme qui se pr&#233;tend de gauche ! La presse de droite n'est pas la plus violente contre moi, mais je connais ses ficelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes tr&#232;s sensible &#224; ce que la presse dit de vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Personne n'est indiff&#233;rent au fait de se faire insulter. Affirmer : &#171; &lt;i&gt; &#199;a ne me fait rien, pourvu qu'on parle de moi&lt;/i&gt; &#187; est de l'affectation. Grasset m'envoie les papiers parus sur moi, mais je ne les lis plus. Ni les bons, ni les mauvais. Il y a eu un long portrait de moi dans Marianne&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Marianne, n&#176; 521, du 14 au 20 avril 2007 : &#171; Michel Onfray pour les nuls &#187;, (...)' id='nh1-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#8230; Truff&#233; de sottises.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le journaliste est quelqu'un qui mange dans la main d'un certain nombre de gens et qui crache sur d'autres. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par exemple ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que je ne buvais jamais de vin. C'est ridicule&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Michel Onfray est d'ailleurs connu pour appr&#233;cier les grands crus du libraire (...)' id='nh1-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#8230; Que j'avais demand&#233; &#224; Grasset de ne me verser qu'une mensualit&#233; &#233;quivalente au salaire de retrait&#233; de mon p&#232;re ouvrier. Ce qui est faux&#8230; Et autres d&#233;tails&#8230; Qu'il existait un &#171; syst&#232;me Onfray &#187;, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous accusez la presse de complicit&#233; avec la vulgate lib&#233;rale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le journaliste n'est pas une esp&#232;ce de figure platonicienne dont je dirais qu'elle est mauvaise (ou bonne) dans l'absolu d'un ciel d'id&#233;es pures. Le journaliste, dans la configuration lib&#233;rale, est quelqu'un qui mange dans la main d'un certain nombre de gens (les puissants) et qui crache sur d'autres (les petits, les faibles, les sans-grade&#8230;). &#199;a me para&#238;t &#233;vident. Quand Bourdieu est mort, les insultes ont commenc&#233; &#224; pleuvoir. Dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, journal lib&#233;ral s'il en est un, on lui reprochait d'avoir d&#233;mont&#233; les m&#233;canismes de la logique lib&#233;rale, de la reproduction de la logique lib&#233;rale, de l'universit&#233; lib&#233;rale, du journalisme lib&#233;ral. Le lendemain, dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, m&#234;me chose. Du coup, j'ai achet&#233; toute la presse. Immonde&#8230; J'en ai fait un petit livre : &#171; C&#233;l&#233;bration du g&#233;nie col&#233;rique &#187;. Bourdieu n'&#233;tait ni un g&#233;nie ni un h&#233;ros intouchable, mais cette fa&#231;on de le stigmatiser de concert avec les m&#234;mes arguments &#233;tait invraisemblable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un complot ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai jamais parl&#233; de complot. Le syst&#232;me de s&#233;lection du personnel journalistique installe dans les m&#233;dias des gens qui ont montr&#233; qu'ils &#233;taient dociles, soumis.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_327 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/M-MO_010.jpg&quot; title='photo : Pierre Payan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/M-MO_010-e30b5-1bbe2.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Pierre Payan' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-327 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Pierre Payan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous partagez les analyses de Bourdieu sur les m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r ! Mais je comprends bien que les journalistes ne peuvent pas y consentir&#8230;
Ce n'est pas le cas du &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, c'est devenu Philippe Val. Et pour lui, S&#233;gol&#232;ne Royal est la plus belle des gauches. Il reste Sin&#233; ! Mais cette c&#233;l&#233;bration de Strauss-Kahn en double page&#8230; Ils devaient, para&#238;t-il, faire &#231;a avec tous les candidats &#224; la pr&#233;sidentielle&#8230; On n'a vu que DSK ! &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, va pour le dessin, mais quand ils commencent &#224; &#233;crire&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ces conditions, existe-t-il un bon usage des m&#233;dias pour un philosophe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est comme le TGV ou l'&#233;lectricit&#233; : on ne peut pas s'en passer. C'est le mode de communication actuel : une partie d'entre eux sont aujourd'hui lib&#233;raux, comme &#224; l'&#233;poque sovi&#233;tique ils &#233;taient marxistes-l&#233;ninistes. La presse est un reflet de la civilisation, de la culture et du mode de production &#233;conomique dans lesquels elle se trouve. Les petites mains, les pigistes, le prol&#233;tariat du journalisme, sont la plupart du temps d'accord avec l'analyse de Bourdieu. Mais pas le sommet, o&#249; l'on n'aime pas beaucoup dire que le roi est nu ni montrer sa nudit&#233;. Quand je vois les journalistes et des politiques se donner l'accolade, je me dis qu'il doit &#234;tre difficile de cuisiner quelqu'un qu'on embrasse et qu'on tutoie.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le syst&#232;me de s&#233;lection du personnel journalistique installe dans les m&#233;dias des gens dociles, soumis. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le portrait que vous dressez du journaliste aujourd'hui n'est pas tr&#232;s diff&#233;rent du mod&#232;le balzacien&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les temps changent, les modalit&#233;s sont diff&#233;rentes, mais la structure reste la m&#234;me. Il faudrait faire un peu de sociologie. Pourquoi choisit-on ce m&#233;tier ? Les journalistes d'investigation, ceux qui vont sur le terrain, qui prennent des risques, n'ont pas grand-chose &#224; voir avec ceux qui ont d&#233;cid&#233; de faire la loi sur leur territoire comme un parrain fait la loi dans un quartier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, la philosophie c'est une personne, &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, une autre, au &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, encore une autre. Quelle est leur &#339;uvre ? &#192; quoi ressemble leur pens&#233;e ? Quel est leur corpus philosophique ? Il devrait pourtant &#234;tre difficile de donner des le&#231;ons sans se les appliquer &#224; soi-m&#234;me. Il y a une esp&#232;ce d'usage th&#233;rapeutique de la presse, comme un divan o&#249; le journaliste r&#232;gle des comptes en prenant en otage une &#339;uvre, une pens&#233;e ou un individu. On pourrait expliquer comment tel individu s'est servi de tel journal pour entrer au CNRS, pour viser telle tribune, pour escompter, peut-&#234;tre, un jour, le Coll&#232;ge de France. Ou comment on assassine l'ami d'un ami ou l'ennemi d'un ami&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moi qui suis un peu au courant des codes, quand j'ouvre le journal, je sais ce que ce journaliste-ci va dire de cet auteur-l&#224;, s'il est utile &#224; sa promotion sociale, s'il est inutile, s'il faut le casser ou au contraire le c&#233;l&#233;brer. On va trouver g&#233;nial, fantastique, merveilleux, l'ouvrage qui rompt l'histoire de la philosophie en deux ! Le grand livre du xxe si&#232;cle ! Et pourquoi pas celui du xxie, uniquement pour faire plaisir &#224; l'auteur, &#224; l'&#233;diteur ? Renvoi d'ascenseur. Et lorsque ce journaliste est lui-m&#234;me un auteur, on voit comment son livre, souvent indigent, est &#224; son tour &#233;lev&#233; au rang de chef-d'&#339;uvre par le c&#233;l&#233;br&#233; de la veille&#8230;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Il y a une esp&#232;ce d'usage th&#233;rapeutique de la presse o&#249; le journaliste r&#232;gle des comptes en prenant en otage une &#339;uvre ou une pens&#233;e. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aux &#201;tats-Unis, la critique litt&#233;raire ou philosophique ob&#233;it &#224; des r&#232;gles strictes qui excluent ces passe-droits, sans s'appuyer pour autant sur une vision marxiste des choses.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne suis pas marxiste. Je suis sur des positions de gauche libertaire. Les deux gauches peuvent donner l'impression d'une proximit&#233;, mais elles sont quand m&#234;me tr&#232;s diff&#233;rentes. Karl Popper a &#233;crit sur la presse des choses magnifiques. C'est un lib&#233;ral, aux deux sens du terme, bon et mauvais : au sens anglo-saxon, o&#249; le lib&#233;ral n'est jamais tr&#232;s loin du libertaire, ce qui me va. Mais si le march&#233; fait la loi, j'aime beaucoup moins&#8230; Quand Karl Popper dit que les m&#233;dias ont un r&#244;le p&#233;dagogique, j'y crois. Les m&#233;dias de masse sont de grands vecteurs d'instruction ou d'&#233;ducation. Mon p&#232;re &#233;tait ouvrier agricole, ma m&#232;re femme de m&#233;nage. Le jour o&#249; la t&#233;l&#233;vision est arriv&#233;e &#224; la maison, mes parents l'ont allum&#233;e &#224; 20 h 30. C'&#233;tait &#171; Les Perses &#187; d'Eschyle&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-5' class='spip_note' rel='footnote' title='1961, r&#233;alisation de Jean Prat, avec Maurice Garrel et Fran&#231;ois (...)' id='nh1-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; : je n'ai rien compris. Je me souviens simplement de cette diction si particuli&#232;re. Dans les ann&#233;es soixante, la t&#233;l&#233;vision pouvait montrer une pi&#232;ce d'Eschyle &#224; 20 h 30 : quel formidable instrument !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois &#224; la mission p&#233;dagogique, d'objectivit&#233; du journaliste en tant que passeur, qui consiste &#224; dire : voil&#224; ce qu'il y a dans cette &#339;uvre. Il peut ne pas &#234;tre d'accord, mais il ne d&#233;forme pas le contenu. Il m'arrivait de lire des critiques sur mes livres en me disant, je n'ai jamais &#233;crit &#231;a ! Si je l'avais &#233;crit, on pourrait me le reprocher. Mais on refabrique un objet pour pouvoir plus ais&#233;ment le d&#233;truire. Popper propose justement que les journalistes soient soumis &#224; une esp&#232;ce de charte &#233;thique, parce qu'il n'est pas possible de dire n'importe quoi, d'insulter, de m&#233;priser, de transfigurer un travail en disant qu'il est ce qu'il n'est pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites : &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e m&#234;me d'avoir &#224; me justifier me d&#233;go&#251;te.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand Polac &#233;crit que ma philosophie, c'est : &#171; &lt;i&gt;Assez des rescap&#233;s des camps de la mort&lt;/i&gt; &#187;, je serais oblig&#233; d'expliquer que je ne suis pas nazi ? Mais j'ai plut&#244;t envie d'aller lui mettre la main sur la figure ! L'&#233;poque o&#249; l'on r&#233;glait ses comptes avec un duel me pla&#238;t assez. On risquait autre chose qu'un euro de dommages et int&#233;r&#234;ts pour avoir trait&#233; quelqu'un de nazi ou l'avoir tra&#238;n&#233; dans la boue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a des journalistes &#224; qui vous casseriez la gueule ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Assez volontiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'&#234;tes pas tendre avec vos pairs. Dans &#171; La Puissance d'exister &#187;, vous parlez de ceux qui &#171; &lt;i&gt;entre deux h&#244;tels de luxe, effectuent un reportage qui permet, quelque trois jours plus tard, de donner des le&#231;ons d'humanisme, de droits de l'homme ou de politique &#233;trang&#232;re dans les colonnes des journaux&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Soyons s&#233;rieux ! On ne peut pas comparer le livre de BHL, &#171; American vertigo &#187;, avec le travail accompli par Tocqueville aux &#201;tats-Unis. Quant &#224; &#171; Qui a tu&#233; Daniel Pearl ? &#187;, il y a eu un d&#233;montage en deux pleines pages dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;. Normalement, il n'aurait pas d&#251; s'en remettre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; serait un mod&#232;le de journalisme respectueux des faits et des gens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pas les moyens d'aller v&#233;rifier que les journalistes disent vrai. Mais la r&#233;ponse de Bernard-Henri L&#233;vy n'&#233;tait pas convaincante. Le journaliste qui nous montre que &#231;a n'a pas pu se passer comme BHL le dit jette le doute sur son travail. De toute fa&#231;on, le concept m&#234;me de &#171; &lt;i&gt;romanqu&#234;te&lt;/i&gt; &#187; discr&#233;dite l'enqu&#234;te. C'est un oxymoron. Un roman n'est pas une enqu&#234;te, une enqu&#234;te n'est pas un roman. Rien ne nous permet de discerner o&#249; est le vrai, o&#249; est le faux, o&#249; est le v&#233;rifiable, o&#249; est l'inv&#233;rifiable. Quel journaliste peut se permettre de dire ce qui se passe dans la t&#234;te de quelqu'un qu'on est en train d'&#233;gorger ? &#199;a ne me para&#238;t pas un grand mod&#232;le d'enqu&#234;te&#8230; Probablement un grand moment de roman. Mais produire un concept qui avalise la disparition des fronti&#232;res entre le roman et l'enqu&#234;te, &#231;a me sid&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous seriez tent&#233; d'aller enqu&#234;ter vous-m&#234;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'aimerais bien. J'habite Argentan, sous-pr&#233;fecture, 17 000 habitants. J'ai eu envie de faire ce que Bourdieu avait fait avec &#171; La mis&#232;re du monde &#187; : mener une enqu&#234;te sur la prison, les usines, les maisons de retraite, l'h&#244;pital, les &#233;coles, etc. Comment fonctionne une ville de 17 000 habitants. J'ai une passion pour le travail de Jean Malaurie dans sa collection &#171; Terre humaine &#187;. Il aimerait que je lui &#233;crive un livre. J'ai du mal &#224; me d&#233;cider. C'est une trop belle collection, on ne s'improvise pas, comme &#231;a, ethnologue de soi-m&#234;me, de son temps ou de sa r&#233;gion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le principe du philosophe ou de l'intellectuel qui va sur place, cette figure fran&#231;aise un peu engag&#233;e, vous la trouvez l&#233;gitime ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand Barthes va au Japon, il en ram&#232;ne une vision parfois approximative, mais je pr&#233;f&#232;re deux ou trois approximations dans &#171; L'Empire des signes &#187; plut&#244;t que de lire des articles de journalistes qui n'ont jamais rien vu ou senti du Japon.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_333 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/M-MO_045.jpg&quot; title='photo : Pierre Payan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/M-MO_045-a2d94-0f152.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Pierre Payan' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-333 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Pierre Payan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais Sartre et Simone de Beauvoir sont all&#233;s &#224; Cuba et en ont rapport&#233; cinquante feuillets de fausses informations !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains partent avec leurs pr&#233;jug&#233;s et vont les v&#233;rifier sur place. Ce n'est pas du journalisme. D'autres vont voir. Mon option h&#233;doniste r&#233;side l&#224; : j'ai envie d'avoir des &#233;motions, des sensations, des perceptions. Un jour, on m'a propos&#233; de faire une pr&#233;face pour un ouvrage sur la Soci&#233;t&#233; m&#233;tallurgique de Normandie (SMN). On m'a apport&#233; des photos et on m'a demand&#233; d'&#233;crire &#224; partir d'elles. Mais travailler ainsi n'a pas de sens. Je veux aller sur place, sentir, transpirer aupr&#232;s du haut-fourneau, voir le scintillement des v&#234;tements en amiante. On ne devrait pas &#234;tre journaliste de profession. On devrait avoir une profession, et faire du journalisme parall&#232;lement. On pourrait trouver l&#233;gitime qu'un journaliste qui s'occupe de sant&#233; ait &#233;t&#233; m&#233;decin quelque temps, par exemple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous rejoignez Andr&#233; Comte-Sponville lorsqu'il dit que les journalistes sont des rat&#233;s et qu'ils traitent un domaine dans lequel ils auraient aim&#233; r&#233;ussir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'a pas tort. On pourrait faire une psychologie d'un certain type de journalisme essentiellement pourvoyeur de revanche. Dans le monde de la musique contemporaine, par exemple, des gens qui ont rat&#233; leur carri&#232;re de compositeur, voire d'interpr&#232;te, se retrouvent aujourd'hui dans tel ou tel journal et d&#233;cr&#232;tent : &#171; &lt;i&gt;&#199;a c'est &#224; chier, &#231;a c'est g&#233;nial&lt;/i&gt; &#187;, en n'ayant jamais demand&#233; la partition sur laquelle ils d&#233;blat&#232;rent&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En dehors de la sociologie de type marxiste sur la question du journalisme, il peut y avoir une psychologie, de type sartrien, qui montrerait qu'il y a parfois une esp&#232;ce de ressentiment &#224; l'&#339;uvre, de compensation de l'impuissance dans laquelle on s'est trouv&#233; &#224; r&#233;aliser soi-m&#234;me une &#339;uvre. Jetez un coup d'&#339;il sur la biographie de tel ou tel&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre rencontre avec Nicolas Sarkozy commence comme un combat. Pourriez-vous le revoir en essayant de comprendre, de rendre compte, d'&#234;tre un passeur comme vous dites ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pas rencontr&#233; Sarkozy pour v&#233;rifier mes pr&#233;jug&#233;s. C'est un homme de droite, je le savais. Quand je suis all&#233;, sur l'invitation de &lt;i&gt;Philosophie Magazine&lt;/i&gt;, faire un travail socratique, on m'a demand&#233; si j'accepterais de rencontrer un candidat &#224; la pr&#233;sidentielle pour parler de philosophie et de culture. Je n'avais aucun pr&#233;jug&#233; sur aucun candidat concernant la culture. Ils ont tous &#233;t&#233; discrets et silencieux sur ce th&#232;me pendant la campagne. Il m'a agress&#233; imm&#233;diatement sur le terrain politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec ce que vous aviez &#233;crit sur lui, c'est plut&#244;t normal, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'est-ce que j'avais &#233;crit qui m&#233;ritait cette attaque en r&#232;gle ? Je ne l'ai ni insult&#233; ni diffam&#233;. J'ai simplement rappel&#233; qu'en trente ann&#233;es de carri&#232;re, on ne l'avait jamais entendu parler de Guy M&#244;quet, de L&#233;on Blum, de Jean Jaur&#232;s, ni de De Gaulle, et que soudain, il n'y en avait que pour eux&#8230; Vous ne pensez pas que ces r&#233;f&#233;rences soudaines sentaient un peu l'argument de campagne, l'attrape-gogos ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois heures plus tard, vous l'avez trouv&#233; comment ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand on a cess&#233; de parler politique, j'ai d&#233;couvert quelqu'un de fragile qui s'int&#233;ressait de loin &#224; la philosophie, &#224; la pens&#233;e, &#224; la r&#233;flexion, mais avec en t&#234;te des pr&#233;jug&#233;s et des craintes sur cet univers dont il se m&#233;fie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une op&#233;ration de charme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne crois pas. &#199;a m'a plut&#244;t touch&#233; de voir qu'il prenait le risque de rencontrer un philosophe sur son terrain : il n'avait pas besoin de &#231;a pour &#234;tre &#233;lu, il &#233;tait au sommet de tous les sondages depuis longtemps, il aurait pu pr&#233;texter avoir autre chose &#224; faire. Sous l'ic&#244;ne, il y a un personnage fragile qui s'interroge sur lui-m&#234;me, le pouvoir, la vacuit&#233;. Je peux &#234;tre sensible &#224; la dimension existentielle de Sarkozy sans pour autant &#234;tre en phase avec sa dimension politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'il vous invitait &#224; d&#233;jeuner, vous accepteriez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pas envie qu'il m'invite&#8230; Je trouve le personnage balzacien. Je d&#233;testais le double jeu de Mitterrand, cette duplicit&#233; totale, cet homme pr&#233;tendument de gauche qui n'aimait que les valeurs de droite, qui fr&#233;quentait les vieux antis&#233;mites de toujours, &#231;a n'aurait pas &#233;t&#233; possible. Mais chez Sarkozy, on trouve une fragilit&#233; qui fait qu'on a envie de lui dire : repose-toi, calme-toi, assieds-toi, et si nous parlions un peu de toi ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez envie de le psychanalyser ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La philosophie a sauv&#233; ma vie. J'ai envie de dire &#224; d'autres d'aller voir de ce c&#244;t&#233;-l&#224;. Il y a de vrais bonheurs &#224; d&#233;couvrir, autres que le pouvoir, les honneurs, l'argent, les richesses qui sont autant de fictions. Allez voir du c&#244;t&#233; de l'amour, de l'amiti&#233;, de la culture. Vous avez raison : il ne faut pas trop approcher les hommes politiques parce qu'on d&#233;couvre leur humanit&#233;, et on perd toute libert&#233; de critiquer leur politique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Il ne faut pas trop approcher les politiques parce qu'on d&#233;couvre leur humanit&#233; et on perd toute libert&#233; de critique. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il a pris un risque, disiez-vous, en acceptant de discuter avec vous. S&#233;gol&#232;ne Royal n'a pas voulu le prendre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle a &#224; moiti&#233; dit oui, puis &#224; moiti&#233; dit non. Quand il a fallu trouver une date, il n'&#233;tait pas possible de la joindre ; elle n'a jamais repris contact et a laiss&#233; les choses en suspens&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle a pourtant vu un nombre incalculable de fois Bernard-Henri L&#233;vy durant la m&#234;me p&#233;riode. Elle le pr&#233;f&#232;re &#224; vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle a raison !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La presse fran&#231;aise s'interroge sur la possibilit&#233; de rentrer dans la vie priv&#233;e des hommes politiques. Un sacril&#232;ge ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand la vie priv&#233;e produit des effets sur la vie publique, la fronti&#232;re ne me para&#238;t plus si imperm&#233;able. La vie sexuelle de Nicolas Sarkozy doit rester de son domaine priv&#233;. Mais si ses histoires amoureuses produisent des effets politiques ou des infl&#233;chissements dans la vie publique, alors la vie priv&#233;e devient une affaire publique. Mais la ligne de d&#233;marcation n'est pas toujours aussi tranch&#233;e&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand Madame Sarkozy ne vote pas, c'est une information que les Fran&#231;ais doivent conna&#238;tre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand S&#233;gol&#232;ne Royal se s&#233;pare de son compagnon, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PS, les Fran&#231;ais doivent le savoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, et les journalistes font assez bien leur m&#233;tier sur ce point. On ne conna&#238;t pas le nom de la ma&#238;tresse de celui-ci ou l'&#233;tat de sa relation amoureuse, et c'est tr&#232;s bien. Mais savoir que le couple ne s'entend pas, et que, assez probablement, &#231;a a produit des effets sur la nomination d'un candidat &#224; la pr&#233;sidentielle, aussi mauvais &#8212; je parle de S&#233;gol&#232;ne Royal &#8212;, &#231;a me para&#238;t important pour l'histoire politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a des journaux auxquels vous ne r&#233;pondriez pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai eu une dr&#244;le d'exp&#233;rience qui m'a vaccin&#233; tr&#232;s vite et tr&#232;s t&#244;t. Quand j'&#233;tais jeune &#233;crivain chez Grasset, j'&#233;crivais un billet d'humeur pour &lt;i&gt;Le Quotidien de Paris&lt;/i&gt;. Un jour, j'ai re&#231;u une lettre parlant d'une de mes chroniques en termes tr&#232;s chaleureux. C'&#233;tait Claude Autant-Lara&#8230; Je me suis aper&#231;u &#224; cette occasion que ce que je disais prenait une coloration diff&#233;rente en fonction du support politique dans lequel il paraissait. J'ai d&#233;couvert qu'il y avait des endroits o&#249; l'on ne pouvait pas dire certaines choses qu'on pourrait dire ailleurs. Si je donnais un entretien &#224; &lt;i&gt;Pr&#233;sent&lt;/i&gt; ou &#224; &lt;i&gt;Rivarol&lt;/i&gt;, je r&#233;pondrais la m&#234;me chose qu'aujourd'hui aux m&#234;mes questions. Mais mon propos deviendrait autre chose.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_328 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/M-MO_014.jpg&quot; title='photo : Pierre Payan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/M-MO_014-829b6-d33ba.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Pierre Payan' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-328 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Pierre Payan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'information est donc disqualifi&#233;e en fonction de son origine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne dis pas que je trouve &#231;a bien. J'ai simplement constat&#233; que cela fonctionnait ainsi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous l'acceptez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un fait. Un lectorat d'extr&#234;me droite ne lira pas l'information de la m&#234;me fa&#231;on. J'ai parl&#233; tr&#232;s vite et tr&#232;s t&#244;t de la francisque de Mitterrand en signifiant mon d&#233;saccord &#224; des copains de gauche qui me r&#233;pondaient que ce n'&#233;tait pas vrai, que c'&#233;tait un bobard d'extr&#234;me droite relay&#233; par Minute. Vous avez raison, il y a des supports qui ne sont pas cr&#233;dibles. J'ai d&#233;couvert un jour dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; un article d'un &#171; &lt;i&gt;philosophe masqu&#233;&lt;/i&gt; &#187; qui disait : &lt;i&gt;&#171; Je suis un philosophe connu, d&#232;s que j'interviens, d&#232;s que je parle, d&#232;s que je dis quelque chose, c'est mon image qu'on entend. On sera d'accord avec ce que je dis parce que c'est moi, ou pas d'accord parce que c'est moi. Mais on ne lira pas mon texte, ou on produira des effets de lecture induits par ma signature ou par le support.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le jour o&#249; Michel Foucault meurt, on d&#233;couvre qu'il &#233;tait ce fameux &#171; &lt;i&gt;philosophe masqu&#233;&lt;/i&gt; &#187;. J'ai relu son article, mais pas de la m&#234;me mani&#232;re. J'avais compris une chose en le lisant sans conna&#238;tre son nom, j'en ai compris une autre en le relisant, sachant qui se cachait derri&#232;re le masque. Et je me suis dit qu'il avait raison : la signature, tout comme le support, induisent un contenu. L'objectivit&#233; ne s'obtiendrait qu'en les supprimant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous seriez tent&#233; par l'&#233;criture masqu&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'aimerais, un jour, &#233;crire un roman. Si je le fais, je l'enverrai aux &#233;diteurs, y compris au mien, sous un pseudo, pour &#234;tre jug&#233; sur le texte et pas sur mon nom.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Claude Fasquelle a dit un jour qu'il publierait m&#234;me vos recettes de cuisine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait l'autre &#233;poque de l'&#233;dition&#8230; Les m&#339;urs ont chang&#233;, y compris chez Grasset&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La presse populaire est maltrait&#233;e par les intellectuels, qu'en pensez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai travaill&#233; &#224; &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; pendant des ann&#233;es et j'ai vu le journalisme populaire de l'int&#233;rieur. Je con&#231;ois que des gens qui ont un monde &#224; eux aient besoin d'avoir une image de ce monde. La presse populaire est la presse de la vie locale : &#231;a permet de savoir qui fait quoi dans la ville, &#224; qui on a remis des m&#233;dailles, etc. C'est une information honorable, digne, mais pas neutre. Son traitement est aussi politique. Par ailleurs, certaines personnes lisent une presse &#224; destination de leur univers mental. Ils sont tristes, ils ont des vies mis&#233;rables d'un point de vue sexuel, affectif, financier, spirituel&#8230; Ils ne sont rien, leur couple n'existe plus depuis longtemps, ils ont besoin de r&#234;ver. Et donc, ils ont besoin de la vie des stars. &lt;i&gt;Gala, Voici, Paris Match&lt;/i&gt; servent &#224; &#231;a. Il m'arrive de les lire dans la salle d'attente de mon dentiste ou chez le coiffeur. On devrait pouvoir faire entrer la philosophie dans ces journaux-l&#224; &#224; la mani&#232;re d'Alain dans &lt;i&gt;La D&#233;p&#234;che de Rouen&lt;/i&gt; qui hisse le fait divers &#224; la hauteur de la m&#233;taphysique. &#192; partir de rien, un chien &#233;cras&#233; comme on dit, on fait une construction mentale, intellectuelle, et l'on tire les gens vers le haut. Cela pourrait se faire dans la presse populaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi avez-vous refus&#233; de le faire dans &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On m'avait demand&#233; de ne pas y faire de politique&#8230; Mon &#171; &lt;i&gt;option de gauche&lt;/i&gt; &#187; risquait de heurter le lectorat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Seriez-vous pr&#234;t &#224; aller voir un fait divers de plus pr&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai eu envie d'&#233;crire un livre, sur la base d'une histoire arriv&#233;e &#224; un de mes amis qui a eu &#224; souffrir de ces choses-l&#224; comme victime : comment devient-on p&#233;dophile ? Un travail philosophique &#224; la Spinoza : ni rire, ni pleurer mais comprendre. Pour moi, c'est du reportage. La nullit&#233; du fait divers r&#233;side souvent dans le traitement que l'on en fait. Nietzsche disait qu'il n'y avait pas d'objets philosophiques et d'autres qui ne le seraient pas, mais des traitements philosophiques de tous les objets. Cela pourrait &#233;galement s'appliquer au journalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'appr&#233;ciez pas beaucoup Internet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, parce que le vrai et le faux, l'invraisemblable et le r&#233;el s'y m&#233;langent. Si vous &#234;tes n&#233;gationniste, r&#233;visionniste, et que vous ouvrez un site, vous pesez autant que celui qui, depuis des ann&#233;es, a le souci de la v&#233;rit&#233; historique et effectue un r&#233;el travail d'historien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est effrayant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La jeune g&#233;n&#233;ration n'est pas format&#233;e par le livre et le papier, mais par l'&#233;cran, au sens large du terme : t&#233;l&#233;vision, Internet, cin&#233;ma, vid&#233;o, t&#233;l&#233;phone. Aux yeux de beaucoup, l'&#233;cran dit vrai, toujours, ce qui me d&#233;sole&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne l'aimez pas. Vous dites qu'il &#171; &lt;i&gt;rend fou, sot, niais, d&#233;bile, abruti&lt;/i&gt; &#187;. Rien ne pourra le sauver ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si, un usage non lib&#233;ral ! L'&#233;cran en tant que tel n'est pas condamnable, c'est l'&#233;cran lib&#233;ral sur lequel s'inscrit une vision du monde d&#233;testable qui l'est. Si sur l'&#233;cran s'inscrivait autre chose, inspir&#233; par Popper, par exemple, avec une &#233;thique pr&#233;sidant &#224; la production de l'information, alors il y aurait moins de probl&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement, qu'est-ce que &#231;a veut dire ? Qui d&#233;ciderait de ce qu'il faut faire ou non, des r&#232;gles &#224; appliquer ? La libert&#233; existe-t-elle sans ses exc&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne suis pas d'accord avec Raoul Vaneigem sur ce point. Trop optimiste, Raoul croit, comme les lib&#233;raux du xixe, que tout doit pouvoir &#234;tre dit, car, avec le d&#233;bat, le vrai triomphera du faux. Je ne le crois pas. Le vrai ne triomphe pas forc&#233;ment du faux et le d&#233;bat n'est pas la panac&#233;e&#8230; La s&#233;duction peut triompher de la v&#233;rit&#233; : tout le probl&#232;me est l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'inventeur du nihilisme journalistique, c'est Polac, avec son &#171; Droit de r&#233;ponse &#187;. Dans son &#233;mission, un ancien directeur de camp de concentration pouvait d&#233;battre avec un ancien d&#233;port&#233; au nom de la libert&#233; d'expression ! Pourvu que le premier ait la formule cinglante, le style pr&#233;cis, qu'il ait belle allure, belle apparence, et qu'on ait en face un d&#233;port&#233; un tant soit peu en d&#233;licatesse avec la langue fran&#231;aise, vaguement b&#232;gue ou inhib&#233;, quel effet cela va-t-il produire ? J'ai &#233;t&#233; prof pendant vingt ans dans un lyc&#233;e et j'ai eu un &#233;l&#232;ve n&#233;gationniste tr&#232;s malin, capable d'embobiner la classe enti&#232;re. Il fallait ensuite un vrai travail pour faire revenir les &#233;l&#232;ves de l'autre c&#244;t&#233; du r&#233;el.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais qui pourrait &#234;tre le prof de philo de l'opinion publique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est le vrai probl&#232;me&#8230; Popper donne la th&#233;orie ; la pratique ne pourrait &#234;tre que collective et communautaire. Si un individu &#233;dicte les r&#232;gles, c'est la censure au sens classique du terme. Je suis pour la loi Gayssot, je suis favorable &#224; des lois qui r&#233;priment. Apr&#232;s, on peut faire de l'histoire, r&#233;fl&#233;chir, affiner, proposer des analyses. Mais des lois doivent encadrer tout cela.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_330 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/M-MO_043.jpg&quot; title='photo : Pierre Payan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/M-MO_043-b5171-0a6df.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Pierre Payan' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-330 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Pierre Payan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut interdire la contestation du g&#233;nocide arm&#233;nien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pense m&#234;me que l'Europe devrait organiser le boycott de la Turquie tant qu'elle n'aura pas reconnu le g&#233;nocide arm&#233;nien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne pensez pas que, de glissement en glissement, on interdit beaucoup de choses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tant mieux. &#199;a ne me g&#234;ne pas si l'interdit ouvre des libert&#233;s. La libert&#233; lib&#233;rale se trouve dans le refus de l'interdiction : c'est la loi de la jungle. Le plus fort, le plus violent domine le plus faible, le plus organis&#233; domine le moins organis&#233;, etc. Je n'ai pas envie de &#231;a. Si la loi est l&#224; pour emp&#234;cher les nuisances faites aux petits, aux sans-grade, alors elle est bonne. Je suis un anarchiste qui d&#233;fend la loi ! Je ne suis pas un optimiste, je suis un tragique, je sais comment sont les hommes et comment fonctionne la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#234;me chose pour les id&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, parce que 99 % des id&#233;es sont d&#233;fendables. Il y a tr&#232;s peu d'id&#233;es dangereuses. Mais je trouve &#233;tonnant qu'un livre de Gabriel Matzneff, &#171; Les moins de seize ans &#187;, puisse &#234;tre remis en circulation, et que ce livre puisse faire l'&#233;loge de la p&#233;dophilie chez un &#233;diteur qui trouve &#231;a normal. Il y a deux poids deux mesures. Si on trouve normal que Gabriel Matzneff fasse l'&#233;loge de la p&#233;dophilie, sous pr&#233;texte d'Ath&#232;nes, d'Eraste et d'Erom&#232;ne, en disant qu'apr&#232;s tout, &#231;a contribue &#224; l'&#233;conomie d'un pays, et qu'un &#171; &lt;i&gt;petit billet gliss&#233; dans la culotte d'un petit gar&#231;on&lt;/i&gt; &#187; &#8212; c'est l'expression qu'il utilise &#8212;, &#171; &lt;i&gt;ce n'est tout de m&#234;me pas le bout du monde&lt;/i&gt; &#187;, s'il dit cela, qu'on l'&#233;dite, qu'on le diffuse, qu'on le publie, qu'on le vende dans les librairies, alors, qu'on autorise aussi les instituteurs ou les cur&#233;s &#224; tripoter les petits gar&#231;ons ! Il faut &#234;tre clair. Certaines id&#233;es n'ont pas droit de cit&#233;. La c&#233;l&#233;bration de la p&#233;dophilie, du n&#233;gationnisme et du r&#233;visionnisme ne doit pas &#234;tre permise. Des lois doivent l'interdire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des lois ou une haute autorit&#233; morale qui fixerait les limites ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai toujours un peu de mal avec les hautes autorit&#233;s. Je pense simplement qu'un peu de morale dans les endroits o&#249; l'on d&#233;cide, c'est un peu moins de lib&#233;ralisme, d&#232;s lors le march&#233; fait un peu moins la loi. Mais un peu de morale, un peu d'&#233;thique, un peu d'autocensure aussi n'ont jamais fait de mal. L'id&#233;al serait que l'on n'ait pas besoin de lois et que les gens fassent la police eux-m&#234;mes : la meilleure fa&#231;on d'&#234;tre anarchiste. Mais ne r&#234;vons pas&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les lib&#233;raux, au sens am&#233;ricain du terme, qui pr&#233;tendent que la connerie ne se combat pas &#224; coups de d&#233;crets ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils ont raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'est-ce pas contradictoire avec ce que vous venez de dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, parce que je passe mon temps &#224; combattre la connerie autrement qu'avec des lois. Sinon, je ne ferais pas une universit&#233; populaire, je n'&#233;crirais pas de livres, je ne prendrais pas la parole pour d&#233;fendre mes id&#233;es, je ne me ferais pas le VRP des id&#233;es que je d&#233;fends sur toute la plan&#232;te. Il y a un travail d'instruction, de p&#233;dagogie &#224; faire et je ne crois pas d&#233;m&#233;riter sur ce terrain-l&#224;. &#199;a me permet de dire que si, ind&#233;pendamment de ce travail p&#233;dagogique, il y a autre chose &#224; faire sur le terrain juridique, les juristes doivent s'en charger. Je suis tr&#232;s &#233;tonn&#233; qu'on puisse se retrouver au tribunal parce qu'on a trait&#233; un abruti d'abruti&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Michel Onfray est poursuivi en justice par Ra&#235;l pour l'avoir trait&#233; d'&#171; (...)' id='nh1-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, et qu'en m&#234;me temps, on puisse tout dire, n'importe quand, &#224; la t&#233;l&#233;vision, sous pr&#233;texte d'audience. Grossi&#232;ret&#233;, vulgarit&#233;, sexualit&#233; qui m&#233;prisent le corps des femmes en les transformant en objets sont courants sur nos &#233;crans. Je vois mal une haute autorit&#233; demandant de rhabiller les femmes sur les plateaux ou de rallonger leurs jupes, mais j'invite &#224; l'&#233;thique, &#224; un peu de morale, l&#224; o&#249; le march&#233; fait la loi habituellement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous auriez envie de faire une &#233;mission de t&#233;l&#233; ou de radio ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai refus&#233; plusieurs des &#233;missions de t&#233;l&#233; qu'on m'a propos&#233;es&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;finitivement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, on pourrait trouver un bon concept. Quand &#171; L'Anti-Manuel &#187; a &#233;t&#233; un succ&#232;s de librairie, on m'a fait des offres. Mais on a trouv&#233; mes propositions trop intello, ou on les a tir&#233;es vers le bas, en disant que pour parler du plaisir, on pourrait faire &#231;a dans une bo&#238;te de nuit&#8230; Moi, si je vous parle du plaisir, je vous donne rendez-vous &#224; Cyr&#232;ne, en Libye, et on va &#233;voquer Aristippe de Cyr&#232;ne avec la M&#233;diterran&#233;e en fond d'image et de l'architecture ancienne. J'avais propos&#233; un tel projet &#224; Bernard Pivot quand il a quitt&#233; le plateau de &#171; Bouillon de culture &#187;. Sous forme de Candide : on marche, on explique, on raconte. Je ne suis pas oppos&#233; &#224; l'usage de la t&#233;l&#233;vision. Je pense que son usage lib&#233;ral est assez incompatible avec un usage libertaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette soci&#233;t&#233; lib&#233;rale fait pourtant de vous un vrai succ&#232;s.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas la soci&#233;t&#233; lib&#233;rale, mais les lecteurs. &#199;a marche parce que les gens se rendent bien compte que la philosophie n'est pas qu'un truc pour universitaires, qu'elle n'est pas un ghetto quand on fait le n&#233;cessaire pour faire tomber les murs&#8230; Elle est aussi pour eux si l'on prend le temps d'expliquer, de raconter, d'&#234;tre en dehors du jargon, des trucs incompr&#233;hensibles qui font que l'on reste entre soi. Normale Sup', la Sorbonne ont fabriqu&#233; un type de philosophie destin&#233; aux philosophes. Je ne proc&#232;de pas de tout &#231;a. Quand j'&#233;tais en terminale, je ne savais m&#234;me pas que l'agr&#233;gation ou l'&#201;cole normale sup&#233;rieure existaient. Je n'ai pas les tics de ce monde-l&#224;&#8230; Quand je parle philo, c'est comme lorsque je parle jardin avec mon p&#232;re ou chasse avec mon fr&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Propagandiste du Parti communiste de l'URSS, ma&#238;tre &#224; penser du &#171; &lt;i&gt;r&#233;alisme socialiste&lt;/i&gt; &#187;, Jdanov (1896-1948) a fait r&#233;gner la terreur dans les arts et les lettres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-2' id='nb1-2' class='spip_note' title='Notes 1-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#192; son corps d&#233;fendant, Michel Onfray s'est vu attribuer le titre de &#171; &lt;i&gt;pr&#234;tre honoraire&lt;/i&gt; &#187; du mouvement ra&#233;lien le 4 mars 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-3' id='nb1-3' class='spip_note' title='Notes 1-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Marianne, n&#176; 521, du 14 au 20 avril 2007 : &#171; Michel Onfray pour les nuls &#187;, par Marie-Dominique Leli&#232;vre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-4' id='nb1-4' class='spip_note' title='Notes 1-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Michel Onfray est d'ailleurs connu pour appr&#233;cier les grands crus du libraire bordelais Denis Mollat [Ndlr].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-5' id='nb1-5' class='spip_note' title='Notes 1-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;1961, r&#233;alisation de Jean Prat, avec Maurice Garrel et Fran&#231;ois Chaumette.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-6' id='nb1-6' class='spip_note' title='Notes 1-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Michel Onfray est poursuivi en justice par Ra&#235;l pour l'avoir trait&#233; d'&#171; &lt;i&gt;abruti local&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mickey &#224; la fran&#231;aise</title>
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		<description>L'Europe enti&#232;re afflue &#224; Disneyland. Les m&#233;dias sont plus r&#233;ticents. Fran&#231;ois Banon, vice-pr&#233;sident de la communication, a son id&#233;e sur la question. Et une parade : le r&#234;ve. Alors que les chiffres de fr&#233;quentation de Disneyland traduisent une certaine r&#233;ussite du parc, il persiste &#224; &#234;tre d&#233;crit comme un &#233;chec dans les m&#233;dias. Pourquoi ? On s'en prend toujours plus facilement au num&#233;ro 1. Et puis, il a toujours &#233;t&#233; de bon ton de critiquer Disney. Lorsque l'on touche aux loisirs, &#224; la culture, &#224; l'enfance, (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;L'Europe enti&#232;re afflue &#224; Disneyland. Les m&#233;dias sont plus r&#233;ticents. Fran&#231;ois Banon, vice-pr&#233;sident de la communication, a son id&#233;e sur la question. Et une parade : le r&#234;ve.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors que les chiffres de fr&#233;quentation de Disneyland traduisent une certaine r&#233;ussite du parc, il persiste &#224; &#234;tre d&#233;crit comme un &#233;chec dans les m&#233;dias. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On s'en prend toujours plus facilement au num&#233;ro 1. Et puis, il a toujours &#233;t&#233; de bon ton de critiquer Disney. Lorsque l'on touche aux loisirs, &#224; la culture, &#224; l'enfance, on ne se situe plus dans le domaine rationnel. On a souffert de terribles pr&#233;jug&#233;s &#224; l'ouverture du parc. &#192; l'&#233;poque, Ariane Mnouchkine parlait de &#171; &lt;i&gt;Tchernobyl culturel&lt;/i&gt; &#187; et Mitterrand expliquait publiquement que nous n'&#233;tions pas sa tasse de th&#233;. Il n'est d'ailleurs pas venu &#224; l'inauguration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour r&#233;sumer, l'exception culturelle fran&#231;aise et une certaine d&#233;fiance vis-&#224;-vis des m&#233;thodes am&#233;ricaines ont sans doute p&#233;nalis&#233; les d&#233;buts m&#233;diatiques du parc. Ceci dit, quand votre image est ainsi per&#231;ue, il faut assumer et redresser le tir. Avec le recul, je suis persuad&#233; que la v&#233;rit&#233;, comme toujours, se situe dans l'entre-deux. On ne peut pas communiquer de la m&#234;me fa&#231;on outre-Atlantique et ici. Une famille am&#233;ricaine, lorsqu'elle va dans un parc d'attractions, s'y rend pour les m&#234;mes raisons qu'une famille fran&#231;aise, anglaise ou espagnole. En revanche, les Am&#233;ricains ont cinquante ans de culture Disney. On n'en a que quinze en France. Il faut en tenir compte. Et ceux qui parlent d'&#233;chec en se polarisant sur une sant&#233; financi&#232;re fragile oublient nos 175 millions de visiteurs&#8230; Nous sommes la premi&#232;re destination touristique d'Europe !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous seriez victimes de la mauvaise foi des m&#233;dias et des intellectuels fran&#231;ais ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est parce que Disney suscite parfois des r&#233;actions passionnelles que je tiens &#224; notre strat&#233;gie d'&#171; &lt;i&gt;acceptation culturelle&lt;/i&gt; &#187;. Dans certains milieux, il est mieux port&#233; de parler de d&#233;sastre culturel que de dire : &#171; &lt;i&gt; Disney est une r&#233;ussite.&lt;/i&gt; &#187; C'est plus intelligent, &#231;a fait plus cultiv&#233;. Pourtant, la &#171; &lt;i&gt;culture Disney&lt;/i&gt; &#187; trouve ses racines en Europe. Le conservateur de l'exposition Disney au Grand Palais, Bruno Girveau, a constat&#233; que les films Disney &#233;taient truff&#233;s de r&#233;f&#233;rences artistiques et architecturales europ&#233;ennes. Dans les archives, il a retrouv&#233; tous les livres achet&#233;s par Walt Disney en Europe au d&#233;but des ann&#233;es 1930 : les grandes &#339;uvres de la litt&#233;rature europ&#233;enne, fran&#231;aise, allemande, danoise, italienne ; Grimm, Perrault, Andersen&#8230; Et aussi les illustrateurs, Gustave Dor&#233;, le cin&#233;ma expressionniste allemand, etc. L'ADN de Disney, c'est l'Europe !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les familles Disney dont victimes du syndrome de la tour Eiffel : elle est l&#224;, on a tout le temps d'y aller. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a une sp&#233;cificit&#233; de la communication europ&#233;enne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Am&#233;ricaine, europ&#233;enne ou fran&#231;aise, ce n'est pas la question. Il faut d'abord que la communication parle aux gens. La strat&#233;gie mise en &#339;uvre avec Federico Gonzalez a &#233;t&#233; repens&#233;e &#224; partir d'une &#233;tude r&#233;alis&#233;e en 2005 portant sur toute l'Europe. Elle nous a montr&#233; que nos visiteurs avaient chang&#233;. On a voulu mieux comprendre qui venait &#224; Disney et pourquoi. Le r&#233;sultat a r&#233;v&#233;l&#233; des profils de &#171; &lt;i&gt;familles Disney&lt;/i&gt; &#187;, avec des particularit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Ce sont des familles et non des individus, ce qui change consid&#233;rablement notre politique d'achat d'espace. 2. Elles aiment les parcs &#224; th&#232;mes. 3. Elles aiment la marque Disney. L'&#233;tude a en outre r&#233;v&#233;l&#233; qu'elles ne venaient pas pour une nouvelle attraction, mais pour l'&#171; &lt;i&gt;exp&#233;rience&lt;/i&gt; &#187;. Et puis, elles sont victimes de ce qu'on appelle le &#171; &lt;i&gt;syndrome de la tour Eiffel&lt;/i&gt; &#187; : comme Disney, elle est l&#224; et on a tout le temps d'y aller. Il n'y a pas de sentiment d'urgence. Enfin, les gens ont tendance &#224; penser que leurs enfants sont trop petits pour ce genre d'activit&#233;s et que l'organisation du s&#233;jour est stressante : les Hollandais, par exemple, sont persuad&#233;s que pour rallier Disneyland, il faut obligatoirement passer par la place de l'&#201;toile&#8230; Les Anglais, eux, disent &#171; &lt;i&gt;c'est plein de Fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bref, on a pris conscience des id&#233;es re&#231;ues qui circulaient, et que certaines populations &#233;taient plus r&#233;ceptives que d'autres. Et plut&#244;t que d'investir en publicit&#233; en fonction de la population d'un pays, nous avons investi proportionnellement au potentiel de chaque profil de client&#232;le. En clair, cela nous conduira &#224; investir davantage en Espagne qu'en Allemagne, par exemple. On est pass&#233; d'un marketing de produit &#224; une communication sur l'exp&#233;rience du r&#234;ve : un v&#233;ritable choc culturel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors qu'en 2005, 93 % de votre budget publicitaire &#233;tait r&#233;serv&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision, elle ne repr&#233;sente plus que 66 % aujourd'hui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, toujours &#224; la suite de cette &#233;tude, on a examin&#233; les pratiques m&#233;diatiques des &#171; &lt;i&gt;famil&#173;les Disney&lt;/i&gt; &#187;. On s'est alors rendu compte qu'elles sont grandes consommatrices d'Internet, qu'elles consacrent du temps &#224; leurs loisirs et qu'elles lisent beaucoup de magazines, notamment des news. Alors, on a achet&#233; des mots clefs sur Internet. Et quand les gens tapent &#171; &lt;i&gt;week-end &#224; Paris&lt;/i&gt; &#187;, la destination Disney appara&#238;t. C'est toute notre strat&#233;gie d'achat d'espace qui a &#233;t&#233; modifi&#233;e, puisque l'on s'adresse &#224; une cible beaucoup mieux d&#233;finie. D'o&#249; le blog Disney confi&#233; &#224; une romanci&#232;re, la refonte de notre site et le d&#233;veloppement de mini-sites &#224; chaque nouvelle attraction. On ach&#232;te des banni&#232;res. On a conclu un march&#233; important avec &lt;i&gt;MSN&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Yahoo&lt;/i&gt;. On a aussi un accord avec &lt;i&gt;sncf.com&lt;/i&gt;. On est l&#224; o&#249; se trouvent nos clients.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la t&#233;l&#233;vision garde quand m&#234;me une place tr&#232;s importante. On y fait simplement des choses plus qualitatives, comme les programmes courts de Patrice Leconte &#224; l'occasion de nos quinze ans. Des artistes et des personnalit&#233;s du spectacle y ont racont&#233; leur premier r&#234;ve d'enfant.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Quand vous regardez Blanche-Neige ou Cendrillon avec votre fille, vous transmettez des pans de m&#233;moire. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement, le marketing de l'exp&#233;rience, qu'est-ce que c'est ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On communique sur ce que les gens vivent et ressentent. Nos clients nous ont expliqu&#233; qu'ils venaient &#224; Disneyland non pas pour les attractions mais pour vivre ensemble des sensations. On a donc remis le r&#234;ve au c&#339;ur de notre communication. Une marque est un contrat avec les consommateurs. De plus en plus souvent, elles mettent en avant l'exp&#233;rience du produit plut&#244;t que le produit lui-m&#234;me. Jacques Vabre nous vendait le meilleur caf&#233;. Nespresso vous transforme en esth&#232;te, en expert du caf&#233;. Et &#231;a marche, puisque les clients d&#233;veloppent un lien hyperaffectif avec le &#171; &lt;i&gt; caf&#233; corps et &#226;me&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chez Disney, on ne vend pas l'attraction Space Mountain, mais une madeleine de Proust, un r&#234;ve d'enfant r&#233;alis&#233;, une communion en famille. On peut dire ce qu'on veut sur la culture Disney, mais ce lien affectif est ind&#233;niable. Il est m&#234;me intense ! Quand vous regardez Blanche-Neige ou Cendrillon avec votre fille, vous transmettez des pans de m&#233;moire. Des expressions comme &#171; &lt;i&gt;Regarde ce Mickey&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; Ne fais pas ton Picsou&lt;/i&gt; &#187;, ou &#171; &lt;i&gt;C'est mon Jiminy Crickett&lt;/i&gt; &#187; sont entr&#233;es dans la langue. On fredonne les chansons, on a en t&#234;te les images. &#199;a explique &#224; mon sens la relation parfois passionnelle et forte de l'Europe avec Disney.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les r&#233;dactions am&#233;ricaines face &#224; la torture</title>
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		<dc:date>2007-09-07T14:03:24Z</dc:date>
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		<dc:subject>Presse</dc:subject>

		<description>Comment les m&#233;dias am&#233;ricains ont-ils couvert l'affaire des tortres et des prisons secr&#232;te d'Irak ? Eric Umansky en &#233;tablit un bilan nuanc&#233; dans les colonnes de la Columbia Journalism Review. Loin des jugements &#224; l'emporte-pi&#232;ce sur les m&#233;dias. Compte rendu et commentaires. Alors que quelques journalistes, parmi les meilleurs, ont enqu&#234;t&#233; fort t&#244;t sur des morts suspectes et d'&#233;tranges mouvements de prisonniers, leurs r&#233;dactions ont tergivers&#233;. Conscientes des difficult&#233;s de la lutte contre le terrorisme, (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-presse,34-+.html" rel="tag"&gt;Presse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH148/arton365-cc1cc.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='148' class='spip_logos' style='height:148px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Comment les m&#233;dias am&#233;ricains ont-ils couvert l'affaire des tortres et des prisons secr&#232;te d'Irak ? Eric Umansky en &#233;tablit un bilan nuanc&#233; dans les colonnes de la Columbia Journalism Review. Loin des jugements &#224; l'emporte-pi&#232;ce sur les m&#233;dias. Compte rendu et commentaires.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors que quelques journalistes, parmi les meilleurs, ont enqu&#234;t&#233; fort t&#244;t sur des morts suspectes et d'&#233;tranges mouvements de prisonniers, leurs r&#233;dactions ont tergivers&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Conscientes des difficult&#233;s de la lutte contre le terrorisme, peu enclines &#224; critiquer les forces arm&#233;es luttant contre ce fl&#233;au, victimes de l'habilet&#233; du gouvernement &#224; brouiller les pistes, les r&#233;dactions n'ont pas accord&#233; &#224; ces informations la place qu'elles m&#233;ritaient. Umansky en conclut que les directions des r&#233;dactions ont pris leurs d&#233;cisions sur une base nouvelle. Celles-ci ont toujours eu pour r&#244;le de choisir les nouvelles qui sont dignes d'&#234;tre relat&#233;es, et mesurent leur importance &#224; la longueur des textes, au choix des photos, &#224; la mise en pages.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les directions des r&#233;dactions ont longtemps refus&#233; de croire que leurs compatriotes avaient pu faire de la torture un instrument &quot;normal&quot;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans les cas des tortures commises par les forces am&#233;ricaines, les directions des r&#233;dactions ont adopt&#233; un nouveau crit&#232;re de choix : les faits rapport&#233;s &#233;taient-ils significatifs (&lt;i&gt;significant&lt;/i&gt;) ? T&#233;moignaient-ils d'une situation g&#233;n&#233;rale &#8212; par opposition au cas isol&#233;, au comportement aberrant d'un individu ? D&#232;s fin 2002, la plupart des r&#233;dactions ont refus&#233; de voir, dans les morts manifestement dues &#224; des interrogatoires pouss&#233;s, ou plus tard dans les t&#233;moignages concordants de prisonniers irakiens, autre chose que des faits non significatifs : il ne pouvait pas s'agir d'un comportement normal, encore moins du r&#233;sultat de d&#233;cisions politiques ou militaires prises aux niveaux les plus &#233;lev&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les reportages ont &#233;t&#233; refus&#233;s ou retard&#233;s : le premier article sur une mort suspecte en Afghanistan, soumis par Carlotta Gall le 5 f&#233;vrier 2003, ne sera discr&#232;tement publi&#233; par le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; qu'apr&#232;s un mois de d&#233;bats serr&#233;s au sein de la r&#233;daction. Ce qui normalement aurait d&#251; figurer en premi&#232;re page se retrouve noy&#233; dans le journal &#8212; ainsi des premiers rapports sur Abu Ghraib, publi&#233;s sans les photos&#8230; Certains titres &#171; &lt;i&gt;anecdotisent&lt;/i&gt; &#187;, voire d&#233;forment le contenu des articles. Celui de Carlotta Gall, par exemple, est sobrement intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;US military investigating death of Afghan in custody&lt;/i&gt; &#187; (&#171; L'arm&#233;e am&#233;ricaine enqu&#234;te sur la mort d'un Afghan en garde &#224; vue &#187;), alors qu'en r&#233;alit&#233;, ce sont les questions de la journaliste qui avaient provoqu&#233; l'enqu&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_325 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/redacric-1.png&quot; title='illustration : Carine Turin' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L229xH324/redacric-1-a68c8-8e5ed.png' width='229' height='324' alt='illustration : Carine Turin' style='height:324px;width:229px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-325 spip_doc_titre' style='width:229px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Carine Turin&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Eric Umansky explique que les directions des r&#233;dactions ayant longtemps refus&#233; de croire que leurs compatriotes aient pu faire de la torture un instrument &#171; &lt;i&gt;normal&lt;/i&gt; &#187;, les faits rapport&#233;s n'&#233;taient pas &#171; &lt;i&gt;significatifs&lt;/i&gt; &#187; &#8212; donc indignes d'une couverture forte. Il fallut une multiplication des cas, ou le poids des images, ou les positions par trop discutables des autorit&#233;s, ou l'indignation de l'&#233;tranger pour donner enfin aux faits leur &#171; &lt;i&gt;signification&lt;/i&gt; &#187;. Lib&#233;r&#233;s, les m&#233;dias s'en donnent alors &#224; c&#339;ur joie&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parmi les autres observations d'Eric Umansky, les plus frappantes ont trait &#224; la gestion de la communication par l'administration du pr&#233;sident Bush. Ma&#238;tres de la propagande, les divers repr&#233;sentants des autorit&#233;s ont longtemps tenu la drag&#233;e haute aux professionnels de l'information. D&#233;finitions sp&#233;cieuses de la torture, admissions partielles, soutiens apparents, sourde oreille, complexit&#233; entretenue, multiplication d'annonces d'enqu&#234;tes de d&#233;tail, le gouvernement a fait feu de tout bois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Seuls le &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Newsweek&lt;/i&gt; sortent du lot. Le journal de la capitale a &#233;t&#233; le premier &#224; r&#233;v&#233;ler que &#171; &lt;i&gt;Abu Ghraib tactics were first used at Guantanamo&lt;/i&gt; &#187; (&#171; La m&#233;thode d'Abu Ghraib a &#233;t&#233; utilis&#233;e la premi&#232;re fois &#224; Guantanamo &#187;) en premi&#232;re page. Et ce sont les journalistes de &lt;i&gt;Newsweek&lt;/i&gt; &#8212; John Barry, Michael Hirsh et Michael Isikoff, dans &#171; &lt;i&gt;The Roots of Torture&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Les Racines de la torture &#187;) &#8212; qui ont analys&#233; et r&#233;v&#233;l&#233;, le 24 mai 2004, la cha&#238;ne des d&#233;cisions menant jusqu'au sommet de l'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si quelques journalistes font bonne figure dans l'&#233;tude d'Eric Umansky, on ne peut en dire autant de leurs patrons qui semblent avoir sympathis&#233; avec les puissants de la fonction publique, accordant trop longtemps &#224; leurs dires un cr&#233;dit que les faits rapport&#233;s par leurs journalistes contredisaient. Il serait sans doute trop facile de leur jeter la pierre. Le contexte &#233;tait &#8212; et reste &#8212; l'un des plus difficiles &#224; g&#233;rer : patriotisme bellig&#233;rant et critique ne font pas bon m&#233;nage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En outre, les activit&#233;s de presse semblent r&#233;gies par une stricte hi&#233;rarchie qui, de nos jours, n'est plus de mise dans les organisations autres que militaires. Point de participation : le texte du journaliste est coup&#233;, tronqu&#233;, titr&#233;, illustr&#233;, retir&#233; par d&#233;cision unilat&#233;rale et sans recours. Certes, il est difficile de concevoir un autre syst&#232;me pour les d&#233;cisions instantan&#233;es que dicte le rythme des bouclages. Mais lorsque les questions sont de fond, lorsque les principes m&#234;mes du journalisme, et par cons&#233;quent l'int&#233;grit&#233; du journaliste, sont en cause, d&#233;bat et participation devraient &#234;tre la norme. Dans les cas &#233;voqu&#233;s par l'&#233;tude de la &lt;i&gt;Columbia Journalism Review&lt;/i&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Proche de l'&#233;cole de journalisme de la Columbia University, la Columbia (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, les journalistes se sont sentis exclus des d&#233;lib&#233;rations, victimes d'une forme d'arbitraire. Dans quel autre m&#233;tier les grands professionnels sont-ils ainsi trait&#233;s ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le paradoxe est encore plus frappant en mati&#232;re de transparence. Alors m&#234;me que notre soci&#233;t&#233; gagne en ce domaine, alors que les entreprises s'adaptent avec plus ou moins de bonne volont&#233; &#224; un monde o&#249; la notion m&#234;me de secret s'estompe, alors que chacun &#171; &lt;i&gt;webcame&lt;/i&gt; &#187; ou blogue ses sentiments jusqu'alors cach&#233;s, l'autorit&#233; des r&#233;dactions continue de s'exercer derri&#232;re un voile d'une autre &#233;poque. Quelles questions d&#233;licates se posent ? Comment sont-elles tranch&#233;es, et pourquoi ? Quelles sont les cons&#233;quences des d&#233;cisions prises ? Voil&#224; qui reste obscur au lecteur ou au spectateur &#8212; sauf exceptions. Eric Umansky n'en a relev&#233; aucune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Proche de l'&#233;cole de journalisme de la Columbia University, la Columbia Journalism Review (CJR) ouvre ses colonnes &#224; des &#233;tudes r&#233;alis&#233;es par des membres de cette facult&#233;. Dans son num&#233;ro de septembre-octobre 2006, elle publie un important article de seize pages sign&#233; Eric Umansky, &#171; &lt;i&gt;Gordon Grey fellow&lt;/i&gt; &#187; de la Graduate School of Journalism : &#171; &lt;i&gt;Failures of Imagination. American Journalists and the Coverage of American Torture&lt;/i&gt; &#187; (&#171; D&#233;fauts d'imagination. Les journalistes am&#233;ricains et la couverture de la torture am&#233;ricaine &#187;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journalistes &#224; tiroirs</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/journalistes-a-tiroirs,364.html</link>
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		<dc:date>2007-09-07T13:59:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>

		<description>Parce que les journalistes sont souvent en m&#234;me temps &#233;crivains et blogueurs, ils ne livrent pas toutes leurs infos au journal qui les emploie. Comment devenir expert en &quot;tri selectif&quot;. Ce jour-l&#224;, quand ils reposent le combin&#233; de leur t&#233;l&#233;phone, Christine Courcol et Thierry Masure savent que S&#233;gol&#232;ne Royal vient de leur faire un cadeau empoisonn&#233;. Alors que les deux journalistes de l'AFP mettent la touche finale &#224; leur livre, &#171; Les coulisses d'une d&#233;faite &#187;, qui doit sortir une dizaine de jours plus (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-decryptage,29-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;cryptage&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L91xH150/arton364-d96b7.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='91' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:91px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Parce que les journalistes sont souvent en m&#234;me temps &#233;crivains et blogueurs, ils ne livrent pas toutes leurs infos au journal qui les emploie. Comment devenir expert en &quot;&lt;i&gt;tri selectif&lt;/i&gt;&quot;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, quand ils reposent le combin&#233; de leur t&#233;l&#233;phone, Christine Courcol et Thierry Masure savent que S&#233;gol&#232;ne Royal vient de leur faire un cadeau empoisonn&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que les deux journalistes de l'&lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt; mettent la touche finale &#224; leur livre, &#171; Les coulisses d'une d&#233;faite &#187;, qui doit sortir une dizaine de jours plus tard, la candidate malheureuse tient &#224; apporter une pr&#233;cision : &#171; &lt;i&gt;S'il vous pla&#238;t, cessez de dire dans vos d&#233;p&#234;ches que Fran&#231;ois Hollande est mon compagnon&#8230; Ce n'est plus le cas.&lt;/i&gt; &#187; Un scoop de premier ordre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On lui a demand&#233; si on pouvait l'&#233;crire,&lt;/i&gt; explique Christine Courcol, trente-cinq ans de maison derri&#232;re elle. &lt;i&gt;Elle a pris le temps de r&#233;fl&#233;chir puis a accept&#233;. Elle savait que notre document sortait trois jours apr&#232;s les l&#233;gislatives. C'&#233;tait le bon timing pour elle. Et puis, elle voulait r&#233;pondre aux r&#233;v&#233;lations d'un livre&lt;/i&gt; [NDLR : &#171; La Femme fatale &#187;] &lt;i&gt;par un autre livre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les deux auteurs, le casse-t&#234;te commence. Faut-il tenir l'information secr&#232;te jusqu'&#224; la sortie du livre ? Au risque de se faire souffler dans les bronches par leur employeur. Ou alors la transformer en urgent &lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt; ? Et voir ainsi l'atout ma&#238;tre du livre s&#233;rieusement &#233;vent&#233;. &#171; &lt;i&gt;Finalement, on s'est dit qu'elle nous avait confi&#233; l'information pour l'ouvrage et qu'elle ne l'aurait pas fait pour une d&#233;p&#234;che,&lt;/i&gt; confie la journaliste.&lt;i&gt;Mais on a d&#233;cid&#233; malgr&#233; tout de pr&#233;venir notre responsable et de lui dire qu'une annonce officielle de s&#233;paration &#233;tait imminente. Sans lui pr&#233;ciser la source.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Seulement, l'exclusivit&#233; revient aux oreilles de la direction de l'Agence. Convocation, explications, savon : &#171; &lt;i&gt;Ils nous ont expliqu&#233; que tout journaliste de l'&lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt; sortant des scoops dans des livres est tenu d'en r&#233;f&#233;rer &#224; sa hi&#233;rarchie. Que nous avions pu approcher S&#233;gol&#232;ne Royal parce que nous suivions le PS pour l'agence.&lt;/i&gt; &#187; Dans les couloirs, les reproches des coll&#232;gues sont du m&#234;me tonneau. Tant pis pour la confraternit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, avec l'accord de l'int&#233;ress&#233;e, la sortie d'une d&#233;p&#234;che est finalement pr&#233;vue pour le lundi qui suit le second tour des l&#233;gislatives. &#192; l'heure du laitier et des perquisitions : six heures du mat'. Soit juste avant une interview que la socialiste doit donner sur &lt;i&gt;France Inter&lt;/i&gt;. Mais d&#232;s le dimanche soir vingt-deux heures, l'Agence choisit de briser l'embargo par peur des fuites. Sur les plateaux t&#233;l&#233;s, la nouvelle &#233;clipse imm&#233;diatement les commentaires sur les r&#233;sultats des &#233;lections.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La chronique politique vire au courrier du c&#339;ur. S&#233;gol&#232;ne Royal est fumasse. Elle t&#233;l&#233;phone aussit&#244;t aux agenciers : &#171; &lt;i&gt;Voyous&#8230; Journalistes sans foi ni loi&lt;/i&gt; &#187;, temp&#234;te-t-elle dans leur portable. &#192; l'autre bout du fil, Thierry Masure tente d'argumenter : &#171; &lt;i&gt; Mais si je ne donnais pas l'info &#224; l'&lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt;, je perdais mon job.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'histoire est embl&#233;matique. Exister entre son &#233;diteur et son r&#233;dacteur en chef. Agir comme un agent double. Faire le tri entre ce qui sera publi&#233; tout de suite et ce qui viendra nourrir un livre. Voil&#224; les &#171; &lt;i&gt;affres&lt;/i&gt; &#187; du journalisme moderne. Dur m&#233;tier.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Certaines maisons comme Albin Michel ou Fayard entretiennent des r&#233;dactions parmi les plus belles de Paris. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En effet, avec l'irruption des &lt;i&gt;quick books&lt;/i&gt;, ces livres &#233;crits en deux semaines et vendus en trois quinzaines, l'&#233;dition copiait d&#233;j&#224; les m&#233;thodes de la presse. Avec le d&#233;veloppement des documents et leurs succ&#232;s massifs (&#171; La Trag&#233;die du pr&#233;sident &#187; ; &#171; Sexus Politicus &#187; ; &#171; La Femme fatale &#187;), la voil&#224; qui marche d&#233;sormais sur ses bris&#233;es, lui vole ses sujets et enr&#244;le ses forces vives. Les rayonnages d&#233;bordent d'enqu&#234;tes en tout genre, de livres chocs, d'exclusivit&#233;s v&#233;ritables comme de r&#233;v&#233;lations deuxi&#232;me d&#233;marque. &#192; bien y regarder, certaines maisons comme Albin Michel ou Fayard entretiennent des r&#233;dactions parmi les plus belles de Paris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'investigation co&#251;te cher, provoque des dommages collat&#233;raux, trouble les actionnaires, et ne passionne pas les lecteurs,&lt;/i&gt; consid&#232;re Laurent Beccaria, le patron des Ar&#232;nes, &#233;diteur notamment de Denis Robert. &lt;i&gt;Certains journalistes pr&#233;f&#232;rent passer par l'&#233;dition pour avoir le temps et la libert&#233; d'&#233;crire.&lt;/i&gt; &#187; L'&#233;dition, une valeur refuge ? Ancien &#233;diteur chez Deno&#235;l et chez Priv&#233;, Guy Birenbaum va plus loin : &#171; &lt;i&gt; Les maisons ne servent pas uniquement de terre d'exil aux reporters en d&#233;licatesse avec leur journal. Les &#233;diteurs savent aussi provoquer les &#233;v&#233;nements, pousser les auteurs &#224; briser les tabous. Par exemple, j'ai fait &#233;crire &#224; Schneidermann le chapitre qui lui a valu son &#233;viction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='footnote' title='En octobre 2003, Daniel Schneidermann a &#233;t&#233; licenci&#233; de sa r&#233;daction &#224; cause (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &#187; Reste que l'&#233;dition peut &#234;tre, elle aussi, confront&#233;e &#224; des contraintes bien connues ailleurs : &#171; &lt;i&gt;On n'a pas encore vu un livre enqu&#234;te sur Arnaud Lagard&#232;re&lt;/i&gt;, consid&#232;re un journaliste en vue. &lt;i&gt;Est-ce parce qu'il poss&#232;de plusieurs maisons d'&#233;dition et contr&#244;le une partie de la distribution des livres ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour &#201;ric Zemmour, journaliste politique au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, les documents d'actu fonctionnent comme un syst&#232;me de vases communicants, aliment&#233; en amont par la pusillanimit&#233; des r&#233;dacteurs en chef : &#171; &lt;i&gt;Le grand public fantasme sur l'id&#233;e d'ar&#173;ticles interdits par la direction, coup&#233;s au montage. En r&#233;alit&#233;, la principale censure s'op&#232;re en amont. Dans le choix des sujets. &#192; partir de l&#224;, l'&#233;dition a le champ libre&lt;/i&gt;. &#187; D'autant qu'en aval, les t&#233;l&#233;s sont tr&#232;s demandeuses de pol&#233;miques t&#233;l&#233;g&#233;niques pour garnir leurs plateaux de talk-show. &#171; &lt;i&gt;&#201;diteurs, t&#233;l&#233;s, journalistes. C'est un syst&#232;me qui contente tout le monde&lt;/i&gt; &#187;, conclut Philippe Cohen, journaliste &#224; &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; et coauteur de &#171; La face cach&#233;e du Monde &#187; et de &#171; BHL, une biographie &#187; chez Fayard. &#171; &lt;i&gt;M&#234;me les journaux. En guise de r&#233;v&#233;lations, ils se contentent de publier les bonnes feuilles. Et si on les attaque, ils r&#233;pondent : ce n'est pas nous, c'est l'auteur du livre. En r&#233;sum&#233; : ils ne prennent aucun risque.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; On n'a pas encore vu un livre d'enqu&#234;te sur Arnaud Lagard&#232;re. Est-ce parce qu'il poss&#232;de plusieurs maisons d'&#233;dition ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si l'engouement pour ces documents n'est pas nouveau, il semble avoir pris une autre ampleur &#224; la faveur de la derni&#232;re pr&#233;sidentielle. En effet, que restera-t-il journalistiquement parlant de ce barnum &#233;lectoral ? Certainement un ouvrage phare : &#171; La Femme fatale &#187; de Rapha&#235;lle Bacqu&#233; et Ariane Chemin, toutes deux grands reporters du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. L'opus est une enqu&#234;te sur la machine Royal, ses rat&#233;s. Pour la premi&#232;re fois sont &#233;voqu&#233;es noir sur blanc sa brouille sentimentale avec Fran&#231;ois Hollande et les cons&#233;quences de celle-ci sur la campagne. Mais c'est aussi un livre qui en dit long sur l'&#233;tat de la presse fran&#231;aise. &#171; &lt;i&gt;Il est n&#233; d'une frustration,&lt;/i&gt; expli&#173;que Rapha&#235;lle Bacqu&#233;. &lt;i&gt;Au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, nous n'avions pas en charge le suivi du PS mais nous nous sommes int&#233;ress&#233;s au ph&#233;nom&#232;ne S&#233;gol&#232;ne. Et on s'est vite aper&#231;us de l'&#233;tat de d&#233;sorganisation de sa campagne, des rivalit&#233;s ouvertes entre les uns et les autres. Il y avait des choses fantastiques &#224; raconter. Mais la presse dans son ensemble semblait frileuse &#224; le faire. De peur d'un nouveau 21 avril sans doute.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En rupture de stock quarante-huit heures apr&#232;s sa sortie, le livre s'est &#233;coul&#233; &#224; plus de 350 000 exemplaires. D'un c&#244;t&#233;, il a &#233;t&#233; attaqu&#233; par les deux principaux protagonistes, Fran&#231;ois Hollande et S&#233;gol&#232;ne Royal, qui demandent 150 000 euros de dommages et int&#233;r&#234;ts aux auteurs. De l'autre, il a &#233;t&#233; salu&#233; par tous les grands journalistes politiques de la place, Kahn, Duhamel, Giesbert. Une standing ovation en forme d'aveu d'&#233;chec ? &#171; &lt;i&gt;Pourquoi ce livre a-t-il march&#233; ? Pourquoi donne-t-il l'impression de contenir des informations non lues ailleurs ?&lt;/i&gt; demande &#201;ric Zemmour. &lt;i&gt;Tout simplement parce que les auteurs, ne suivant pas le S&#233;go Tour, n'ont pas &#233;t&#233; victimes de ce que j'appelle le syndrome de Stockholm des rubricards. Dans une campagne, &#224; force de c&#244;toyer les m&#234;mes hommes ou femmes politiques au quotidien, on devient vite des aficionados. Du coup, on n'&#233;crit plus rien qui puisse leur nuire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, le livre a &#233;t&#233; diversement accueilli. Le journal a attendu un mois apr&#232;s sa sortie pour en faire mention dans ses colonnes. &#171; &lt;i&gt;Certains passages du livre ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans le quotidien,&lt;/i&gt; explique Rapha&#235;lle Bacqu&#233;. &lt;i&gt;Mais c'est vrai que, sur tout ce qui touche &#224; la vie priv&#233;e, notre conception, qui est de dire : &#8220;nous en parlons quand cela a une incidence directe sur la vie publique&#8221;&lt;/i&gt;, n'est pas partag&#233;e par l'ensemble du journal. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; en croire la journaliste, le livre permettait de mieux aborder ces questions de vie priv&#233;e. Plus de temps, plus de place pour en restituer la complexit&#233; ou les resituer dans leur contexte. Et puis, un livre, c'est loin, c'est incertain. De quoi inciter un interlocuteur &#224; se confier plus en profondeur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant au off, celui-ci se dig&#233;rerait mieux avec le temps. Pass&#233; une p&#233;riode de prescription. Avec &#171; La trag&#233;die du Pr&#233;sident &#187;, Franz-Olivier Giesbert a attendu trente ans pour livrer les d&#233;clarations au vitriol qu'il emmagasinait consciencieusement dans ses petits cahiers &#224; spirales. &#171; &lt;i&gt;Si ce sont des informations que je vais publier tr&#232;s vite, g&#233;n&#233;ralement je pr&#233;viens mes interlocuteurs que je vais les citer, et la plupart du temps, ils veulent relire les phrases choisies,&lt;/i&gt; expliquait-il au&lt;i&gt; Monde&lt;/i&gt; lors de la sortie de son livre. &lt;i&gt;Je peux aussi publier une partie de mes informations en style indirect, et je l'ai beaucoup fait. Mais lorsque je grille le off pour mes livres, je pratique la terre br&#251;l&#233;e, je n'essaie pas de m&#233;nager l'avenir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour expliquer l'inflation de ces livres enqu&#234;tes, il existe une autre raison, moins souvent avanc&#233;e. Peut-&#234;tre plus prosa&#239;que, moins chevaleresque que le combat pour la libert&#233; d'expression : la prol&#233;tarisation des journalistes. Et sa cons&#233;quence : l'envie de monnayer le scoop. Humain, tr&#232;s humain. Surtout quand l'exemple vient d'en haut. &#171; &lt;i&gt;Les salaires sont tir&#233;s vers le bas, les journalistes appartiennent maintenant &#224; la petite classe moyenne,&lt;/i&gt; commente &#201;ric Zemmour. &lt;i&gt;Il n'y a plus comme avant une aristocratie du talent mais une uniformisation &#224; deux mille euros par mois. Dans ces conditions, pas &#233;tonnant que les journalistes gardent leurs meilleures infos pour vendre leur bouquin. Moi-m&#234;me c'est ce que j'ai fait en r&#233;v&#233;lant la rencontre entre Chirac et Le Pen dans &#171; L'homme qui ne s'aimait pas &#187;. De toute fa&#231;on, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; l'aurait-il pass&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et de poursuivre : &#171; &lt;i&gt;Avant, les journalistes appartenaient &#224; une r&#233;daction. Aujourd'hui, ils se comportent comme des professions lib&#233;rales. Ils sont devenus leurs propres marques.&lt;/i&gt; &#187; Au grand dam de leur patron ? Pas forc&#233;ment. D'une certaine fa&#231;on, les livres assurent par ricochet la promotion du m&#233;dia qui les emploie. Toujours bon &#224; prendre. Et puis, &#224; en croire certains, cela ferait partie d'un deal tacite : mod&#233;ration salariale en &#233;change d'une certaine c&#233;cit&#233; de la direction sur les activit&#233;s parall&#232;les.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Calcul dangereux ? Pour Philippe Cohen, si ce syst&#232;me enrichit les journalistes, il appauvrit les journaux. Et, &#224; terme, pourrait leur nuire. &#171; &lt;i&gt;Le r&#233;sultat de tout &#231;a, c'est qu'on se retrouve avec une presse qui se compla&#238;t dans le commentaire. Et des lecteurs qui, pensant que la v&#233;rit&#233; ne se trouve plus dans la presse, finissent par la d&#233;serter.&lt;/i&gt; &#187; Ironie de l'histoire : lui aussi pr&#233;pare un nouveau livre. Avec &#201;lisabeth L&#233;vy. Sur le suicide du journalisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-1' id='nb3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;En octobre 2003, Daniel Schneidermann a &#233;t&#233; licenci&#233; de sa r&#233;daction &#224; cause de la publication de son livre &#171; Le Cauchemar m&#233;diatique &#187;, dans lequel il d&#233;plore que la direction du Monde (qu'il compare &#224; un &#171; clan sicilien &#187;) ne r&#233;ponde pas aux violentes critiques adress&#233;es contre elle par Philippe Cohen et Pierre P&#233;an dans &#171; La face cach&#233;e du Monde &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chers confr&#232;res,</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/chers-confreres,363.html</link>
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		<dc:date>2007-09-07T13:57:22Z</dc:date>
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		<dc:subject>Presse</dc:subject>

		<description>Springer a jet&#233; l'&#233;ponge. Il n'y aura pas de Bild &#224; la fran&#231;aise. Ouf de soulagement de tous ceux qui pr&#233;f&#232;rent le confort douillet - et mortif&#232;re - des bonnes vieilles habitudes aux rigueurs de la concurrence. Et ricanements des &#233;ternels bien-pensants, toujours pr&#234;ts &#224; stigmatiser la presse populaire. Jacques Colin a travaill&#233; sur le projet fran&#231;ais. Il revient effar&#233;, sur l'accueil qu'on a r&#233;serv&#233; ici au projet du quotidien de Hambourg. J'avoue. J'ai fait partie de la quarantaine de Fran&#231;ais qui (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Springer a jet&#233; l'&#233;ponge. Il n'y aura pas de Bild &#224; la fran&#231;aise. Ouf de soulagement de tous ceux qui pr&#233;f&#232;rent le confort douillet - et mortif&#232;re - des bonnes vieilles habitudes aux rigueurs de la concurrence. Et ricanements des &#233;ternels bien-pensants, toujours pr&#234;ts &#224; stigmatiser la presse populaire. Jacques Colin a travaill&#233; sur le projet fran&#231;ais. Il revient effar&#233;, sur l'accueil qu'on a r&#233;serv&#233; ici au projet du quotidien de Hambourg.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'avoue. J'ai fait partie de la quarantaine de Fran&#231;ais qui collaboraient &#224; la r&#233;alisation du &#171; &lt;i&gt;Bild &#224; la fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187;. Je ne suis mandat&#233; par personne, mais je pense qu'ils s'associeront volontiers &#224; moi pour vous remercier du soutien constant que vous avez apport&#233; &#224; ce projet. Et pourtant, vous n'aviez pas la t&#226;che facile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les journalistes du &#171; &lt;i&gt;Bild &#224; la fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187; refusant de l&#226;cher la moindre information, vous avez fait l'ef&#173;fort d'acheter &lt;i&gt;Bild&lt;/i&gt; pour en percer le honteux myst&#232;re. Certes, vous n'&#234;tes pas all&#233;s jusqu'&#224; apprendre l'allemand, mais vous avez, chaque jour, regard&#233; les images. Et chaque fois que vous trouviez un cadavre ensanglant&#233;, une femme nue, un enfant d&#233;figur&#233; par un molosse, vous avez fait une encoche.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; En France, on c&#233;l&#232;bre l'ouvrier de 1936 partant en cong&#233; sur son tandem, mais on se pince le nez lorsque &quot;Camping&quot; fait 5 millions d'entr&#233;es. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite, vous vous &#234;tes fait une religion : sous couvert de d&#233;fendre le peuple, &lt;i&gt;Bild&lt;/i&gt; avait d'abord la volont&#233; de le manipuler, c'&#233;tait juste un torchon trash. &#171; &lt;i&gt;De droite&lt;/i&gt; &#187;, ont ajout&#233; &#224; tout hasard ceux qui balbutiaient trois mots d'alle&#173;mand. Voire &#171; &lt;i&gt;catholique&lt;/i&gt; &#187;, comme M. Kai Diekmann, ou comme ce Wagner, l'auteur d'un billet quotidien qui n'h&#233;sitait pas &#224; reconna&#238;tre que face &#224; certaines questions, il ne savait que s'agenouiller et prier&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le pape, des hommes politiques de droite caress&#233;s dans le sens du poil, du sang, du people et des femmes nues, il y avait l&#224; de quoi s'inqui&#233;ter : qui oserait, en France, publier un journal fond&#233; sur le choc des mots et le poids des photos ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; ce tableau repoussant, des journalistes fran&#231;ais ont continu&#233; &#224; rejoindre le projet, venus du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt;, de&lt;i&gt; L'Express&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;L'Expansion&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt;, voire, pour certains, anciens du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. Pr&#234;tant peu d'attention aux incantations de la profession (auxquelles il fallait ajouter un discours &#233;voquant, n'ayons pas peur des mots, la mort programm&#233;e de l'ensemble de la presse quotidienne r&#233;gionale !), ils travaillaient &#224; leur projet : cr&#233;er, dans ce pays d'Europe o&#249; on lit le moins de quotidiens, un journal accessible &#224; des lecteurs d'origine modeste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;quipe de graphistes s'&#233;tait attach&#233;e &#224; trouver une maquette m&#234;lant le grand spectacle &#171; &lt;i&gt;&#224; la Bild&lt;/i&gt; &#187; aux recettes plus classiques des tablo&#239;ds britanniques, une touche adoucie visant &#224; ne pas d&#233;router le public fran&#231;ais. Le directeur de la r&#233;daction, ses adjoints et un pool de r&#233;dacteurs en chef &#233;laboraient une charte &#233;ditoriale fond&#233;e sur une intention digne d'une &#233;cole de journalisme : privil&#233;gier une information d&#233;livr&#233;e dans un langage simple, d&#233;crypter, fuir le commentaire et le remplacer par des illustrations et des infographies.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons r&#233;alis&#233; une s&#233;rie de num&#233;ros z&#233;ro qui ont re&#231;u un bon accueil lors des tests men&#233;s aupr&#232;s d'&#233;chantillons souvent non-lecteurs de quotidiens. Encore une d&#233;marche suspecte : en France, on aime d&#233;fendre le peuple, mais on &#233;vite de le fr&#233;quenter. On c&#233;l&#232;bre l'ouvrier de 1936 partant en cong&#233; sur son tandem, mais on se pince le nez quand &#171; &lt;i&gt; Camping&lt;/i&gt; &#187; fait 5 millions d'entr&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au matin du 6 juillet, certains d'entre vous ont regrett&#233; les 300 emplois directs perdus, l'&#233;mu&#173;lation qu'aurait cr&#233;&#233;e l'apparition d'un concurrent pugnace dans un environnement frileux o&#249; l'on maintient en vie des &#226;nes morts &#224; grand renfort d'argent public. Mais il &#233;tait clair que la presse fran&#231;aise &#171; &lt;i&gt;l'avait &#233;chapp&#233; belle&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La voil&#224; donc rassur&#233;e : les ventes vont continuer &#224; s'&#233;roder, mais ce sera la faute des lecteurs, qui n'ont rien compris. D'autant que, lorsqu'ils sont 4 millions, comme ceux de &lt;i&gt;Bild&lt;/i&gt;, ce sont &#171; &lt;i&gt;4 millions d'idiots&lt;/i&gt; &#187;, ainsi que l'a r&#233;sum&#233;, sur un forum Internet, un intervenant anonyme et indign&#233;. Cela ne concerne certes pas les quotidiens fran&#231;ais, qui se satisfont de ne pas avoir de lecteurs. On les comprend : si c'&#233;tait le cas, il leur faudrait apprendre &#224; &#233;crire pour eux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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