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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title> &quot;La tyrannie de la m&#233;moire&quot;</title>
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		<dc:date>2008-06-26T17:10:21Z</dc:date>
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		<dc:subject>Grand entretien</dc:subject>
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		<dc:subject>Nora</dc:subject>

		<description>Historien, &#233;diteur et fondateur, avec Marcel Gauchet, de la revue Le D&#233;bat en 1980, Pierre Nora occupe une place &#224; part dans le milieu des historiens fran&#231;ais. Clairvoyant, sagace, un brin caustique aussi, toujours dr&#244;le, il analyse les bouleversements de notre monde, tout en se d&#233;fendant de jouer au laudator temporis acti. &#192; quel genre de m&#233;dias vous abreuvez-vous ? Je suis, h&#233;las, un drogu&#233; de la t&#233;l&#233;vision. Et de plus en plus constern&#233; par les informations sur TF1 et France 2. J'en ai m&#234;me honte. (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton384-4542a.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Historien, &#233;diteur et fondateur, avec Marcel Gauchet, de la revue Le D&#233;bat en 1980, Pierre Nora occupe une place &#224; part dans le milieu des historiens fran&#231;ais. Clairvoyant, sagace, un brin caustique aussi, toujours dr&#244;le, il analyse les bouleversements de notre monde, tout en se d&#233;fendant de jouer au &lt;i&gt;laudator temporis acti&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quel genre de m&#233;dias vous abreuvez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis, h&#233;las, un drogu&#233; de la t&#233;l&#233;vision. Et de plus en plus constern&#233; par les informations sur &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt;. J'en ai m&#234;me honte. Les faits divers remisent presque toujours les rares nouvelles importantes vers la fin du journal. Le &#171; Journal du Monde &#187; de Vincent Hervou&#235;t sur LCI est &#224; peu pr&#232;s le seul programme qui soit digne &#224; la t&#233;l&#233;vision. Le reste n'est qu'abrutissement insupportable et honteux. S'agissant de la presse &#233;crite, je la lis avec d'autant plus d'attention qu'elle va dispara&#238;tre. Dans cinq ou dix ans, tout ce qui a compos&#233; notre univers de paperasse va s'&#233;vanouir. Je lis Le Monde, Lib&#233;ration pour &#171; Rebonds &#187;, Le Figaro surtout pour l'&#233;tranger, je regarde le Herald Tribune et les trois hebdos, &#224; toute vitesse pendant le week-end, parce que je ne peux pas faire autrement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne les lisez pas par plaisir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un peu par plaisir mais aussi par devoir. Je connais la moiti&#233; des gens qui y &#233;crivent et je vais les rencontrer le lundi... Si je n'ai pas lu leur article, c'est emb&#234;tant. Et puis, je suis &#233;diteur, alors je me renseigne sur ce qu'on dit des livres. Il ne faut pas exag&#233;rer, j'ai aussi, parfois, du plaisir &#224; les lire, mais je les confonds tous les trois...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;dias ont-ils chang&#233; ou est-ce nous qui vieillissons ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si vous prenez Le Monde, ce n'est clairement plus le m&#234;me journal. Les reportages en profondeur que nous lisions n'existent plus ou si rarement. Des journalistes comme Guillermaz sur la Chine ou Alain Cl&#233;ment sur les &#201;tats-Unis &#233;taient des esprits sup&#233;rieurs et de grands connaisseurs. Ils n'ont pas d'&#233;quivalent aujourd'hui. On fait court, rapide. Mais le discours sur le niveau qui baisse est si convenu qu'on h&#233;site &#224; l'entonner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et Internet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je le manie tr&#232;s mal. Je fais partie de cette g&#233;n&#233;ration qui a des difficult&#233;s &#224; s'y mettre. Je sais que, je fais les efforts qui, mais je n'y arrive pas. J'ai senti ma vieillesse deux fois : la premi&#232;re avec la planche &#224; voile, la seconde avec Internet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous avez quand m&#234;me un avis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un compromis incroyable entre une mine d'informations et une poubelle. Il faut savoir s'y retrouver. Et reconna&#238;tre que c'est un beau monde fantastique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un monde qui est pourtant en train de manger le v&#244;tre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui et non. Il le bouleversera tr&#232;s profond&#233;ment. On est au d&#233;but d'un processus de transformation des rapports de l'&#233;crit et d'Internet. Tout a &#233;t&#233; dit l&#224;-dessus. M&#234;me dans mon domaine, l'&#233;dition, une grande partie va se retrouver sur Internet. Vous connaissez la th&#232;se de Robert Darnton, selon laquelle Internet va permettre une sorte de double vitesse. Les livres de recherche se contenteront d'exposer leur th&#232;se en cent cinquante pages, et tout l'appareil de notes sera sur Internet. Je ne suis pas s&#251;r qu'on en soit l&#224;, et m&#234;me cette th&#233;orie date un peu. Je suppose que le changement ira plus loin encore. Notre appr&#233;hension de la connaissance sera radicalement diff&#233;rente et je ne peux pas juger si elle sera meilleure ou non...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'objet livre est-il menac&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela d&#233;pend du livre. Le roman n'est pas inqui&#233;t&#233;. La litt&#233;rature grise ou scientifique est d&#233;j&#224; sur Internet. Quant &#224; la mienne... C'est pour cette raison que la th&#232;se de Darnton m'a tellement int&#233;ress&#233; - je l'ai d'ailleurs publi&#233;e dans Le D&#233;bat. Elle touche directement &#224; ce que je fais. Un exemple : il existe une &#233;dition compl&#232;te de Michelet qui n'a jamais vu le jour, avec un appareil critique de Paul Viallaneix, dont les manuscrits dorment dans les caves de l'&#201;cole normale sup&#233;rieure. Je les ai consult&#233;s et j'aurais souhait&#233; les publier en int&#233;gralit&#233; sur le Net pour ne garder qu'une version grand public en livre. Les liens entre l'auteur et son livre ne sont plus les m&#234;mes. Et dans la presse, l'environnement de l'article - fondamental quand vous lisez un journal - change en profondeur. C'est une autre &#233;ducation. Nos enfants liront de moins en moins de livres. Ils sont d&#233;j&#224; &#224; l'&#226;ge Internet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une vraie rupture ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On quitte un type de civilisation globale dont le livre, le journal, et l'histoire au sens fort, qui m'int&#233;resse comme professeur et comme historien, faisaient partie. Sans oublier &#233;videmment la langue, la grammaire. C'est le monde des humanit&#233;s. Nous allons en sortir dans quelque temps et je ne verrai pas la suite...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En tant qu'historien, ne trouvez-vous pas dangereux que les th&#232;ses du complot les plus folles rencontrent enfin leur public sur Internet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Effectivement, c'est troublant. Mais on va entrer dans un tel maelstr&#246;m que cela n'aura pas la m&#234;me nocivit&#233; qu'aujourd'hui. Les gens liront ces th&#232;ses et s'en ficheront pas mal. M&#234;me chose pour les fameuses lois m&#233;morielles. Prenez la loi Gayssot sur le r&#233;visionnisme et le n&#233;gationnisme : il n'y a pas d'&#233;quivalent aux &#201;tats-Unis. Tout se publie, et tout le monde s'en fout.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_931 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/IMG_8413_HD.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/IMG_8413_HD-467f2-b2618.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; J'ai senti ma vieillesse deux fois : la premi&#232;re avec la planche &#224; voile, la seconde avec internet. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toute cette relativisation des points de vue, n'est-ce pas le contraire de ce que vous &#234;tes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout. Les hommes ont surv&#233;cu &#224; des tas de choses et ils survivront &#224; cela aussi. Ce qu'on est, tout ce qu'on sait va changer. Il faut s'y adapter. La premi&#232;re condition pour conserver sa libert&#233; est d'en mesurer les limites. Si on n'essaie pas de comprendre le monde dans lequel on va entrer, on ne pourra pas d&#233;fendre le peu que nous voulons transmettre. L'humanit&#233; ne va pas dispara&#238;tre pour autant. La logique mentale et la chronologie historique marchent ensemble, et les deux vont &#234;tre alt&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On est entr&#233; dans la civilisation du copier-coller ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Savez-vous qu'il existe au minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale des projets sous le coude qui consistent &#224; faire exploser la discipline du fran&#231;ais et &#224; la scinder en deux ? D'un c&#244;t&#233; vous aurez &#171; Langage et communication &#187; qui sera essentiellement verbal et que vous pourrez &#233;tudier, par exemple, &#224; partir de notices qu'on r&#233;dige pour vendre un produit. Et de l'autre, &#171; Litt&#233;rature fran&#231;aise &#187;, en option. Je ne dis pas que cela va s'appliquer. Mais il y a des gens pour y avoir pens&#233;... Et si vous r&#233;fl&#233;chissez, ce genre de projet s'appuie sur une vraie logique : nos enfants auront beaucoup plus affaire &#224; l'argument ou aux langues &#233;trang&#232;res qu'&#224; Racine ! Des pans entiers de la litt&#233;rature qui avaient nourri notre imaginaire ne sont plus pour eux que broutilles. Pour dire vite, la litt&#233;rature classique. Sauf, et c'est ce qui me frappe, les m&#233;moires, les essais qui parlent d'eux. Si vous demandez &#224; des jeunes quels sont les auteurs les plus brillants de la litt&#233;rature fran&#231;aise, ils r&#233;pondront Chateaubriand, Proust ou Rousseau pour ses &#171; Confessions &#187;. Autrement dit, la litt&#233;rature du moi. De Gide, son &#171; Journal &#187;, de Stendhal, sa litt&#233;rature &#233;gotiste. Tout cela refl&#232;te une &#233;volution normale. Pouvez-vous lire Rabelais ? La litt&#233;rature courtoise ? Moi, je ne peux pas, alors que nos parents le faisaient. Il y a une sorte de tri permanent. Nos parents ou grands-parents lisaient Lamartine et cela nous paraissait ridicule. Je ne suis pas fataliste pour autant. Qu'est-ce qui justifiait qu'on aborde cette litt&#233;rature ? La langue et la connaissance de soi et de l'autre. Mais les jeunes aujourd'hui ont cette connaissance par les voyages, par les rapports entre filles et gar&#231;ons. Quant &#224; la langue, c'est un probl&#232;me. Vous entendez la fa&#231;on dont s'exprime le pr&#233;sident de la R&#233;publique ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment fonctionnent les intellectuels par rapport aux m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La mont&#233;e en puissance des m&#233;dias a cr&#233;&#233; un probl&#232;me pour ceux qu'on appelait traditionnellement les intellectuels. Un probl&#232;me fond&#233;, me semble-t-il, sur un paralogisme, un faux argument selon lequel, lorsque vous &#233;crivez, vous &#234;tes lu par trois, ou trois mille, ou trois cent mille personnes, mais si vous dites un mot &#224; la t&#233;l&#233;vision, vous atteignez trois millions de spectateurs. Le message est d&#233;multipli&#233; par le m&#233;dia. Donc, passez &#224; la t&#233;l&#233;vision. Or, ce n'est pas vrai, car l'influence d'un intellectuel ou d'un homme de pens&#233;e ne se mesure pas &#224; son audience imm&#233;diate. Son rayonnement n'est pas d&#233;pendant de l'audimat. Mais ce paralogisme fait que les intellectuels sont n&#233;anmoins attir&#233;s comme des mouches par les m&#233;dias. Par ailleurs, s'est op&#233;r&#233;e simultan&#233;ment entre radio et t&#233;l&#233;vision une s&#233;paration radicale. &#192; la radio, vous pouvez dire beaucoup de choses, et certains intellectuels dits m&#233;diatiques, type Finkielkraut, le d&#233;montrent &#224; sati&#233;t&#233;. Il a d'ailleurs refus&#233; de succ&#233;der &#224; Pivot parce qu'il avait conscience qu'&#224; partir du moment o&#249; l'image vous d&#233;vore, la parole n'est plus entendue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; un moment donn&#233;, j'ai &#233;t&#233; sensible &#224; la typologie complexe qui pouvait exister entre les intellectuels m&#233;diatiques. Un homme comme Paul Ric&#339;ur a probablement pass&#233; un nombre d'heures infini &#224; la t&#233;l&#233;vision : ce n'&#233;tait pas un intellectuel m&#233;diatique pour autant. Edgar Morin pouvait passer pour un intellectuel m&#233;diatique, mais pas tout &#224; fait comme les autres. M&#234;me chose pour Michel Serres. Minc fait partie d'une tout autre cat&#233;gorie : tr&#232;s intelligent, ayant moins lu les ouvrages de fond que ceux qui les r&#233;sument, connaissant assez de monde pour &#234;tre au courant de tout, mais occup&#233; ailleurs... Minc est capable de faire une copie d'ENA tous les ans, un petit livre de deux cent cinquante pages, bien trouss&#233;. Disons un &#233;narco-m&#233;diatique plut&#244;t qu'un intellectuel m&#233;diatique. Chemin faisant, je me suis aper&#231;u que toutes ces cat&#233;gories s'effa&#231;aient et qu'en fait d'intellectuel m&#233;diatique, il n'y en avait qu'un : Bernard-Henri L&#233;vy. Un ph&#233;nom&#232;ne ! Un peu comme Sarkozy en politique. Ils ont d'ailleurs des points communs et appartiennent au m&#234;me &#226;ge m&#233;diatique. BHL est l'incarnation de l'intellectuel m&#233;diatique. Il lui faut pour cela des qualit&#233;s tout &#224; fait sp&#233;ciales, qu'il poss&#232;de, et il a cette disposition qui fait que, m&#234;me lorsqu'il &#233;crit un livre sur Sartre, il l'&#233;crit pour les journalistes. Ce livre ne compte pas pour un philosophe. Il l'a remis en selle, mais aupr&#232;s de qui ? Aupr&#232;s des journalistes. Son univers est spontan&#233;ment celui des m&#233;dias, il a tout ce qu'il faut pour y r&#233;ussir. C'est un ph&#233;nom&#232;ne que je consid&#232;re avec un peu de stupeur et aussi un peu d'admiration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mettriez-vous un Glucksmann ou un Finkielkraut dans la m&#234;me cat&#233;gorie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, pas Finkielkraut. Et Glucksmann, c'est encore diff&#233;rent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez dit : &#171; &lt;i&gt; Un intellectuel m&#233;diatique vit du commerce des id&#233;es des autres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. L'antitotalitarisme que Bernard-Henri L&#233;vy a r&#233;ussi &#224; faire passer dans le grand public existait sous toutes ses formes auparavant, mais n'avait pas &#171; mordu &#187; comme il a su le faire mordre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils ont donc leur utilit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand ils disent de bonnes choses, pourquoi pas ? Mais la vraie vie de l'esprit est ailleurs. Ils ne sont pas incapables de la sentir et, &#224; certains &#233;gards, de la faire passer. Ils illustrent l&#224; aussi un &#226;ge de l'intellectuel tout terrain. Y en aura-t-il d'autres apr&#232;s eux ? Pas s&#251;r. M&#234;me chose en politique. Cette mani&#232;re qu'a Nicolas Sarkozy de faire de la politique inaugure-t-elle une mani&#232;re dont on ne pourra plus revenir ? Ou, au contraire, est-ce une exception et &#224; Sarkozy succ&#233;dera-t-il un mod&#232;le Jospin ou Jupp&#233; ? Une fois pass&#233; le moment BHL, tr&#232;s li&#233; &#224; sa propre personne - m&#234;me si un ou deux autres lui ressemblent beaucoup et lui courent apr&#232;s - les choses ne vont-elles pas entrer dans la banalit&#233; ? La m&#233;diatisation est aujourd'hui tellement &#224; port&#233;e de tous. &#192; un moment, un ressentiment profond a exist&#233; entre les visibles et les invisibles. L'intellectuel qui ne passait pas dans les m&#233;dias se vivait comme un &#171; prolo &#187;. Aujourd'hui, c'est un peu comme pour Internet. Tout cela se g&#233;n&#233;ralise tellement... Ce qui est plus grave, c'est que la vie de l'esprit risque de se r&#233;duire de telle sorte qu'elle n'aura plus le vent en poupe...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; cause des m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; cause du devenir de la civilisation et de la culture. Il est tr&#232;s difficile aujourd'hui pour un intellectuel d'avoir une relation d&#233;tendue avec les journalistes. J'ai toujours essay&#233; d'adopter, envers les m&#233;dias, la formule de Churchill pour les d&#233;corations : &#231;a ne se demande pas, &#231;a ne se refuse pas et &#231;a ne se porte pas. Si on me demande de passer &#224; la t&#233;l&#233;vision, je ne refuse pas mais je n'en fais pas une histoire. Cette ivresse, li&#233;e &#224; la notori&#233;t&#233; ph&#233;nom&#233;nale que le passage procure &#224; un certain moment, et qui peut para&#238;tre enviable &#224; beaucoup, va &#233;galement se tasser. Comme disait &#224; peu pr&#232;s Andy Warhol, on aura tous notre quart d'heure de t&#233;l&#233;vision, et puis voil&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette esp&#232;ce de prestige que donnait le passage dans les m&#233;dias va dispara&#238;tre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tr&#232;s certainement. M&#234;me chose pour Gallimard. Nous sommes dans une oasis qui ne peut pas durer. La maison est amen&#233;e &#224; dispara&#238;tre ou &#224; se transformer &#224; tel point qu'elle deviendra autre chose. Pour l'instant, elle demeure une citadelle de la vie de l'esprit que j'admire et dans laquelle je me sens bien.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_932 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/IMG_8364_HD.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
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&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'influence d'un intellectuel ne se mesure pas &#224; son audience imm&#233;diate. Son rayonnement n'est pas d&#233;pendant de l'audimat. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'avenir des revues ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est probl&#233;matique. Je me pose d'autant plus de questions que nous f&#234;terons les trente ans du D&#233;bat en mai 2010. Trente ann&#233;es riches que nous avons beaucoup incarn&#233;es, mises en sc&#232;ne, port&#233;es. On pourrait tout arr&#234;ter. D'une certaine fa&#231;on, il y aurait de l'&#233;l&#233;gance &#224; mettre la clef sous la porte. D'autant que ce n'est pas moi qui continuerai encore bien longtemps... Mais d'un autre c&#244;t&#233;, plus le d&#233;sert gagne, plus les oasis sont pr&#233;cieuses. Il existe quand m&#234;me - je n'ose pas dire une mission, le mot est pr&#233;tentieux - un travail &#224; faire pour donner des instruments d'intelligibilit&#233; &#224; ceux que ce travail aide &#224; comprendre notre &#233;poque. Et puis, on jouit des privil&#232;ges de l'exterritorialit&#233;. On ne d&#233;pend de personne, ce qui est pr&#233;cieux dans un monde comme le n&#244;tre. On n'est pas universitaires, donc pas pris dans la hi&#233;rarchie mandarinale ou carri&#233;riste. Un syst&#232;me hors marchand, car l&#224; encore, notre influence ne se mesure pas &#224; notre audience. C'est un privil&#232;ge inou&#239;. Notre parole est libre. Prenez un tout petit fait, mais significatif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au moment de la construction de la Grande Biblioth&#232;que, qui &#233;tait l'un des exemples les plus typiques de la d&#233;rive monarchique de la fin du deuxi&#232;me septennat de Fran&#231;ois Mitterrand, qui s'y int&#233;ressait ? Pas grand monde. Qui avait la libert&#233; de parole sur cet &#233;difice ? Pas grand monde non plus. On &#233;tait presque les seuls &#224; pouvoir dire ce qu'on en pensait. Du coup, Mitterrand faisait chercher notre revue, &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, par des estafettes pour savoir si on avait encore &#171; frapp&#233; &#187;, disait-il. &#192; un &#233;chelon minime, on a eu une certaine influence. C'est un tout petit exemple &#233;videmment, mais il est typique de ce qu'une revue comme la n&#244;tre, dans une maison comme Gallimard, a comme possibilit&#233;s - gr&#226;ce au &#171; prestige &#187; acquis. Bref, &#224; notre minuscule niveau, on a une libert&#233; et des moyens. Il serait dommage de s'en priver. Je pense donc que nous restons utiles. Mais je me pose la question, sans savoir pour autant y r&#233;pondre : ne devons-nous pas changer la formule, et en particulier, int&#233;grer Internet ? Penser &#224; une revue &#224; deux vitesses, publier certains auteurs uniquement sur le Web, m&#234;me si cela risque d'&#234;tre tr&#232;s difficile &#224; faire admettre &#224; ceux qui seraient concern&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous l'admettriez, vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, bien s&#251;r. Plus &#231;a change, et rapidement, plus il existe une petite partie pour aimer que &#231;a ne change pas. Je pense &#224; l'Acad&#233;mie fran&#231;aise : qu'il existe, dans un monde en pleine mutation, des gens qui soient conscients de cette mutation et qui incarnent autre chose que la nouveaut&#233;, ce n'est pas si mal !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le village d'Ast&#233;rix ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En quelque sorte. Nous r&#233;sistons &#224; l'envahisseur.
Nicolas Sarkozy enverrait-il aujourd'hui une estafette pour venir qu&#233;rir &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt; ? Tout le monde parlant de lui, Le D&#233;bat ne serait qu'une voix parmi d'autres. Mais je pense que si je lui demandais un entretien pour faire la une, il y aurait bien un Minc pour lui souffler : &#171; &lt;i&gt;Fais-le, c'est important.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Acad&#233;mie fran&#231;aise ferait donc partie de ces lieux qu'il faudrait d&#233;fendre envers et contre tout ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Acad&#233;mie, c'est le verre &#224; moiti&#233; plein ou &#224; moiti&#233; vide. Plus la peine de faire son proc&#232;s, il n'a pas cess&#233; d'&#234;tre fait depuis trois si&#232;cles. Parlons plut&#244;t du c&#244;t&#233; positif : c'est la seule des institutions fran&#231;aises qui subsiste, telle quelle, de la France de l'Ancien R&#233;gime. C'est une archive, un vestige, une relique, une momie. Et pour un historien, bien s&#251;r, un objet pr&#233;cieux. Jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente, 1984, les historiens de l'Acad&#233;mie &#233;taient tous de droite, d'Action fran&#231;aise ou d'histoire dite &#171; acad&#233;mique &#187;. &#192; part Ernest Lavisse, qui est &#224; l'origine de la grande &#171; Histoire de France &#187; en vingt-sept volumes. Et tout &#224; coup, entrent &#224; l'Acad&#233;mie Fernand Braudel, Georges Duby, suivi de Fran&#231;ois Furet, puis de Ren&#233; R&#233;mond, et enfin on me sollicite. Je n'ai pas jug&#233; d&#233;shonorant d'&#234;tre le cinqui&#232;me... Pour un litt&#233;raire, c'est une autre affaire. L'Acad&#233;mie a beaucoup chang&#233; depuis le temps o&#249; elle &#233;tait le refuge de l'extr&#234;me droite. Elle l'&#233;tait jusque dans les ann&#233;es 1930, et m&#234;me les ann&#233;es 1960. Elle s'est transform&#233;e &#224; partir de Mauriac. On nous reproche beaucoup de ne rien faire. Personnellement, je pense que si l'on faisait vraiment quelque chose, cela ferait longtemps qu'on aurait termin&#233; de le faire et on ne servirait plus &#224; rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Terrible logique !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a une pr&#233;sence symbolique. Une esp&#232;ce d'&#233;ternit&#233; en marche, &#224; pas tr&#232;s lents, qui n'est pas pour me d&#233;plaire. Que les hommes ne soient pas &#224; la hauteur, c'est malheureusement le fait de toute institution... Regardez le Coll&#232;ge de France : quelques-uns sauvent la mise. C'est la m&#234;me chose partout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous occupez le si&#232;ge de Michel Droit, un journaliste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai eu la chance de ne pas le conna&#238;tre. Et de d&#233;couvrir en travaillant qu'il avait eu une jeunesse magnifique. Couvert de d&#233;corations et de blessures &#224; 22 ans, apr&#232;s &#234;tre entr&#233; &#224; 18 ans dans la R&#233;sistance. Son d&#233;but de vie a &#233;t&#233; extraordinaire et sa fin tragique. Un accident de chasse atroce, o&#249; son fusil est parti tout seul, a tu&#233; un p&#232;re de quatre enfants, des malversations financi&#232;res lorsqu'il si&#233;geait &#224; la CNCL&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Commission nationale de la communication et des libert&#233;s.' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, d&#233;couvertes sur indications de Mitterrand, et &#224; partir desquelles il s'est fait lyncher, Alzheimer pour finir... Il &#233;tait bon journaliste - apr&#232;s tout, ce n'&#233;tait pas un crime d'&#234;tre gaulliste. Ses livres sont bien plus int&#233;ressants qu'on a pu le dire. Cela m'a donc permis de faire un discours en r&#233;habilitation, plus facile qu'un discours encenseur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes tr&#232;s critique envers les lois m&#233;morielles, autant de limites pos&#233;es &#224; la libert&#233; d'expression...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et de d&#233;clarations de v&#233;rit&#233; officielle et d'&#233;tablissement d'une v&#233;rit&#233; d'&#201;tat qui sont le propre des pays totalitaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquez-vous que l'on s'y fasse si facilement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne s'y fait pas. Heureusement, Accoyer, pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e nationale, qui est oppos&#233; &#224; ces lois et voudrait y mettre un coup d'arr&#234;t, a mis sur pied r&#233;cemment une commission charg&#233;e de faire un rapport pour d&#233;terminer, apr&#232;s quinze ans de d&#233;rive, l'attitude du l&#233;gislateur vis-&#224;-vis du pass&#233;. Cette commission m'a convoqu&#233;. J'&#233;tais le premier &#224; &#234;tre entendu, en tant que pr&#233;sident de &#171; Libert&#233; pour l'histoire &#187;, petite association &#224; la t&#234;te de laquelle j'ai succ&#233;d&#233; &#224; Ren&#233; R&#233;mond.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_933 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/IMG_8407_HD.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/IMG_8407_HD-fa05c-034be.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Minc est capable de faire une copie d'ENA tous les ans, un petit livre de 250 pages, bien trouss&#233;. Il est un &#233;narco-m&#233;diatique plut&#244;t qu'un intellectuel m&#233;diatique. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous mettez sur le m&#234;me plan la loi Gayssot et la loi Taubira ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elles n'ont pas la m&#234;me nature et n'ont pas &#233;t&#233; inspir&#233;es par les m&#234;mes raisons. La loi Gayssot n'a jamais menac&#233; les historiens, elle &#233;tait faite pour les pr&#233;server contre les faussaires. En soi, elle n'est pas &#171; coupable &#187;. Mais elle a servi de loi mod&#232;le. Elle a engendr&#233; toutes les autres. La loi sur les Arm&#233;niens de 2001 se r&#233;duit &#224; une ligne : &#171; &lt;i&gt;La R&#233;publique fran&#231;aise reconna&#238;t le g&#233;nocide arm&#233;nien&lt;/i&gt;. &#187; Ce n'est pas une loi, mais une d&#233;claration de principe. Elle ne le devient que par ses arr&#234;t&#233;s d'application. Tels que les demandent les Arm&#233;niens, ces arr&#234;t&#233;s sont les m&#234;mes que ceux de la loi Gayssot. La loi Taubira, elle, permet aux descendants d'esclaves d'intenter un proc&#232;s au nom des crimes contre l'humanit&#233; que constituent les traites outre-Atlantique et en Europe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les autres traites et les autres formes d'esclavage, y compris contemporain, n'y sont pas vis&#233;es. L'expression &#171; descendants d'esclaves &#187; r&#233;pond aux &#171; fils et filles de d&#233;port&#233;s &#187;, selon la formule de Klarsfeld. La loi Gayssot - loi m&#232;re - a eu des effets pervers. Trois d'entre nous y &#233;tions assez hostiles lorsqu'elle a &#233;t&#233; formul&#233;e : Pierre Vidal-Naquet, pour des raisons dreyfusardes, si j'ose dire, Madeleine R&#233;b&#233;rioux, ancienne communiste qui savait ce que ce genre de loi voulait dire, et moi, parce que je commen&#231;ais &#224; travailler sur la m&#233;moire et que j'avais le sentiment que si on mettait le petit doigt dans l'engrenage, apr&#232;s les Juifs, ce serait n'importe qui. En plus, on avait l'air de faire des juifs les chouchous de la R&#233;publique, ce qui n'est jamais bon. &#171; Libert&#233; pour l'histoire &#187; s'est oppos&#233;e au principe m&#234;me de ces lois. On &#233;tait donc oblig&#233; d'y inclure la loi Gayssot, sous peine d'avoir l'air, l&#224; aussi, de privil&#233;gier une partie de la population fran&#231;aise. J'ajoute que, quinze ans plus tard, avec Internet, il devient impossible d'arr&#234;ter la diffusion des travaux n&#233;gationnistes ou r&#233;visionnistes. Revenir sur cette loi ferait scandale aujourd'hui, il est donc pr&#233;f&#233;rable de la garder. Mais si notre revendication anti-lois m&#233;morielles ne l'avait pas incluse, cela n'aurait pas eu de sens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos d&#233;tracteurs affirment que la loi Gayssot impose aux historiens une v&#233;rit&#233; d'&#201;tat, au contraire de la loi Taubira.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est l'inverse ! La loi Gayssot n'impose rien : elle n'a jamais emp&#234;ch&#233; un historien de travailler sur le g&#233;nocide ou l'holocauste, tandis que la loi Taubira autorise toutes les d&#233;rives. En 1945, quand vous faisiez une loi sur les crimes contre l'humanit&#233;, vous &#233;tiez devant un ph&#233;nom&#232;ne qui d&#233;passait l'entendement, et ce que vous instituiez pouvait appara&#238;tre comme un progr&#232;s de la conscience humaine. Semblable cat&#233;gorie juridique impliquait qu'il existait des crimes tels qu'il ne pouvait jamais y avoir prescription. Or, celle-ci portait sur les individus qui avaient commis ces crimes. La loi Taubira porte sur des &#233;v&#233;nements bien plus anciens. Comme les acteurs ont disparu, elle s'en prend aux gens qui &#233;voquent ces crimes, c'est-&#224;-dire aux historiens, ce qui est une absurdit&#233; intellectuelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quel sens y a-t-il &#224; condamner un ph&#233;nom&#232;ne historique vieux de plus de quatre si&#232;cles ? L'histoire est pav&#233;e de crimes contre l'humanit&#233; et si vous commencez, vous n'avez aucune raison de ne pas poursuivre en justice les crimes commis en Vend&#233;e, la Saint-Barth&#233;lemy, ou pourquoi pas, les Croisades ? O&#249; allons-nous si nous criminalisons le pass&#233; tout entier ? C'est nier la diff&#233;rence des temps, principe m&#234;me de l'histoire, et projeter ind&#251;ment des jugements de valeurs contemporains sur le pass&#233;. Pour la conscience publique et sociale, un Noir au xvie si&#232;cle n'est pas comparable &#224; un Noir aujourd'hui. Je viens de publier &#171; Journal d'un n&#233;grier &#187;, &#233;crit au xviiie si&#232;cle. C'est passionnant. Le n&#233;grier en question a lu les anti-esclavagistes et se d&#233;fend : &#171; &lt;i&gt;Mon m&#233;tier est-il vraiment abominable&lt;/i&gt; ? &#187; Je ne lui donne pas raison, mais je trouve int&#233;ressant d'&#233;couter ses arguments. &#192; cause de la loi Taubira, le livre a err&#233; d'&#233;diteurs en &#233;diteurs qui n'ont pas os&#233; le publier. Ce n'est pas tr&#232;s sain. Cette loi impose une sorte de censure, en tout cas d'autocensure intellectuelle qui va tr&#232;s loin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous du go&#251;t de notre &#233;poque pour la comm&#233;moration ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224; encore, j'ai une capacit&#233; d'absence d'indignation morale stup&#233;fiante. Et de r&#233;alisme intellectuel total. Apr&#232;s ce culte de la comm&#233;moration, nous allons certainement entrer dans l'&#232;re de la comm&#233;moration de la comm&#233;moration. On va s&#251;rement f&#234;ter les vingt ans du bicentenaire de la R&#233;volution. C'est ridicule, et li&#233; &#224; la mont&#233;e en puissance tyrannique et h&#233;g&#233;monique du r&#232;gne de la m&#233;moire. M&#234;me enjeu que celui des lois m&#233;morielles : la pression des groupes particuliers sur les d&#233;put&#233;s pour faire reconna&#238;tre ce qu'ils appellent &#171; leur m&#233;moire &#187; - mais qui est au mieux des demandes de r&#233;paration, et des probl&#232;mes identitaires - est un des grands probl&#232;mes de notre temps par rapport &#224; la mondialisation. Les revendications noires aujourd'hui ont ceci de positif : elles supposent qu'une insertion de ces groupes est en voie de s'accomplir au sein de la soci&#233;t&#233; civile. S'ils &#233;taient condamn&#233;s &#224; l'invisibilit&#233; intellectuelle, ils ne pourraient m&#234;me pas s'exprimer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce &#233;galement d&#251; aux m&#233;dias, qui fonctionnent volontiers sur les couples victimes-bourreaux, gentils-m&#233;chants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;videmment. Les m&#233;dias fonctionnent en noir et blanc, &#224; la victimisation et &#224; l'h&#233;ro&#239;sation, et donc contribuent &#224; exprimer l'air du temps et sa fausse moralisation. C'est la nature m&#234;me du m&#233;dia qui pousse aux faits-divers, &#224; la victime, au sentiment. Cet air du temps a tout envahi, comme il a envahi l'histoire elle-m&#234;me et j'ai tendance &#224; penser que notre r&#244;le est de l'expliquer. Prendre conscience des limites d'une action est la premi&#232;re forme de la libert&#233;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_934 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/IMG_8378_HD.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/IMG_8378_HD-a297f-49ffe.jpg' width='324' height='217' alt='' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Si l'on faisait vraiment quelque chose &#224; l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, cela ferait longtemps qu'on aurait termin&#233; de le faire et on ne servirait plus &#224; rien. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment conserver la trace des m&#233;dias et le faut-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a actuellement des milliers, pour ne pas dire des millions d'heures de radio ou de t&#233;l&#233;vision qui sont en voie de naufrage pour des raisons mat&#233;rielles ou faute de supports capables de les exploiter. Pour des organismes comme l'INA, une course de vitesse s'est instaur&#233;e afin de restaurer des millions de documents. Le probl&#232;me financier est partiellement r&#233;solu. Le temps de num&#233;risation impose une lutte contre la montre entre la d&#233;perdition des documents et leur enregistrement num&#233;rique. Le tri soul&#232;ve un autre obstacle - que conserver et que jeter ? Toute s&#233;lection est un jugement sur la post&#233;rit&#233; comme sur le pass&#233;. Cela induit une question de m&#233;thode : faut-il tout garder ou faut-il au contraire &#233;chantillonner ? &#192; qui, &#224; quoi, comment cela va-t-il servir ? Faut-il garder pour garder, parce que nous n'avons pas le droit de juger, m&#234;me si nous sommes oblig&#233;s de le faire ? &lt;i&gt;In fine&lt;/i&gt;, si l'on pouvait tout pr&#233;server, ce serait mieux, mais &#224; quelle fin ? Quelle va &#234;tre l'attitude de nos descendants devant un stockage g&#233;antissime ? Son exploitation sera-t-elle seulement possible ? Penser au casse-t&#234;te, d&#233;j&#224; aujourd'hui, du stockage des enregistrements oraux - cette m&#233;moire proth&#232;se archiv&#233;e - qui ne sont utilisables que s'ils sont &#233;cout&#233;s du d&#233;but &#224; la fin, et qui demandent une &#233;ducation historienne tr&#232;s sp&#233;cialis&#233;e...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Prenez les archives de la s&#233;curit&#233; sociale : elles repr&#233;sentent quelques centaines de kilom&#232;tres, et &#233;videmment, ne vont cesser d'augmenter. Si vous savez les interroger, ce stock vous permettrait de tout conna&#238;tre d'une soci&#233;t&#233;, de ses pathologies, de ses obsessions, de ses maladies physiques ou mentales. C'est le reflet de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Pour la premi&#232;re fois, on a la capacit&#233; technique de tout garder alors qu'on entre dans un monde fait pour et par l'oubli, qui ne peut que se sentir &#224; mille lieues de ce que cette m&#233;moire repr&#233;sente. Le contraste entre cette mont&#233;e en puissance du mat&#233;riel documentaire qui serait ainsi religieusement enregistr&#233;, scrupuleusement archiv&#233;, richement repr&#233;sent&#233;, et cette soci&#233;t&#233;, qui a besoin d'oublier, c'est quelque chose que l'esprit aura beaucoup de mal &#224; analyser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez enseign&#233; au lyc&#233;e d'Oran avant l'ind&#233;pendance. Quel regard portez-vous sur ce lieu de m&#233;moire conflictuel qu'est l'Alg&#233;rie pour la France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis frapp&#233; par cette symbiose, cette fusion qui existe toujours entre l'Alg&#233;rie et la France : cet exceptionnalisme historique...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes retourn&#233; en Alg&#233;rie depuis 1960 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jamais, malheureusement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;t&#233; tr&#232;s s&#233;v&#232;re avec les m&#233;dias lors de la comm&#233;moration du 60e anniversaire de la lib&#233;ration des camps : &#171; &lt;i&gt;La mise en sc&#232;ne t&#233;l&#233;visuelle confinait parfois &#224; l'obsc&#233;nit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Pour vous, &#171; &lt;i&gt;cela prouve l'irresponsabilit&#233; des m&#233;dias&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je m'&#233;tais un peu fait engueuler d'avoir dit cela, m&#234;me par des critiques des m&#233;dias. Je me souviens notamment d'&#201;lisabeth L&#233;vy qui m'avait dit que j'exag&#233;rais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ne pensez-vous pas que le fait qu'&#201;lisabeth L&#233;vy soit juive p&#232;se sur son regard ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien entendu. Je le lui ai d'ailleurs dit. Pourtant, rappelez-vous, c'&#233;tait un d&#233;luge d'horreur. &#192; la fois insupportable et inassimilable. Qui ne pouvait provoquer qu'une sorte de rejet absolu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une caricature de fonctionnement des m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Absolument. On assistait &#224; la projection de films d'&#233;poques diff&#233;rentes, dont on n'expliquait pas par qui ils &#233;taient faits. Un t&#233;lescopage dans lequel vous plongiez les gens, sans point de vue historique pour remettre tout cela en perspective... Je ne me l'explique pas. Il me semble que dans cette affaire, la seule personne assez digne a &#233;t&#233; Simone Veil, mais elle-m&#234;me s'est fait pi&#233;ger par Paris Match lorsqu'elle est retourn&#233;e &#224; Auschwitz avec ses enfants et ses petits-enfants. Tout y &#233;tait : la comm&#233;moration, l'horreur, la victimisation absolue. Exemple type de l'extraordinaire difficult&#233; &#224; int&#233;rioriser, contextualiser, expliquer...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;dias ne sont peut-&#234;tre pas faits pour cela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peut-&#234;tre. Mais je ne voudrais surtout pas avoir l'air du &lt;i&gt;laudator temporis acti&lt;/i&gt;&quot;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Laudateur du temps r&#233;volu&quot;.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Les choses changent. Point c'est tout.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Commission nationale de la communication et des libert&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Laudateur du temps r&#233;volu&quot;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Plume ou souris ?</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Plume-ou-souris,383.html</link>
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		<dc:date>2008-06-26T17:05:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Nouveaux M&#233;dias</dc:subject>

		<description>Fernando Arrabal, po&#232;te, auteur dramatique et cin&#233;aste espagnol d'expression fran&#231;aise. Son &#339;uvre a &#233;t&#233; couronn&#233;e par les plus grands prix, comme le prix Nabokov du roman, le prix World Theater ou le Grand Prix du Th&#233;&#226;tre de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise. Dernier titre paru : &#171; Panique. Manifeste pour le troisi&#232;me mill&#233;naire &#187;, aux &#233;ditions Punctum, en 2006. Longtemps, j'ai g&#226;ch&#233; du papier avec bonheur... &#192; ce moment, on ne me demandait pas &#171; plume ou souris ? &#187; comme on interrogerait un chasseur : &#171; Gibier &#224; plumes ou (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L114xH150/arton383-f7980.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='114' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:114px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Fernando Arrabal, po&#232;te, auteur dramatique et cin&#233;aste espagnol d'expression fran&#231;aise. Son &#339;uvre a &#233;t&#233; couronn&#233;e par les plus grands prix, comme le prix Nabokov du roman, le prix World Theater ou le Grand Prix du Th&#233;&#226;tre de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise. Dernier titre paru : &#171; Panique. Manifeste pour le troisi&#232;me mill&#233;naire &#187;, aux &#233;ditions Punctum, en 2006.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Longtemps, j'ai g&#226;ch&#233; du papier avec bonheur... &#192; ce moment, on ne me demandait pas &#171; plume ou souris ? &#187; comme on interrogerait un chasseur : &#171; Gibier &#224; plumes ou &#224; poil ? &#187; La plume me renvoie &#224; l'oiseau, &#224; l'oie, aux anciennes tables de multiplication. La souris, comme le furet, passe par ici et repassera par l&#224;. Bien install&#233;e sur son tapis, elle guide ma main qui clique sur des objets fractals. Auparavant, mon stylo glissait et crissait sur le papier quadrill&#233; d'un grand cahier &#224; spirale de l'&#233;poque de Bourbaki et ses ensembles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; pr&#233;sent je prom&#232;ne le rongeur sur une surface lisse. Je ne sais pas si plus ch&#232;re &#224; la g&#233;om&#233;trie de Mandelbrot ou &#224; celle de son grand fr&#232;re Euclide. Sur l'&#233;cran les mots s'&#233;talent, bien lisibles, mais neutres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nagu&#232;re, mon &#233;criture donnait au texte une partie de sa forme. De son style, avant de conna&#238;tre la th&#233;orie de catastrophes et Ren&#233; Thom. Maintenant, j'ai gagn&#233; en clart&#233; mais perdu une partie de mon identit&#233;. Plus de ratures, de repentirs. Ni allongeails ni paperolles. Ni de conjecture Poincar&#233; enfin r&#233;solue. J'ai beau caresser l'animal, ce contact n'est pas aussi sensuel que lorsque j'appuyais sur la tige de mon stylo pour cracher des lettres sur la surface de la page. Mais la souris ne permet pas seulement d'en tracer et de former des mots sur un &#233;cran, m'obligeant &#224; lever la t&#234;te au lieu de me pencher sur une feuille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La feuille appelle l'arbre et le bois dont elle est issue. La nature soudain s'&#233;loigne un peu plus avec la th&#233;orie math&#233;matique des n&#339;uds. La souris me permet de m'&#233;lancer vers l'infini. Vers Internet. Elle me conduit ainsi vers l'araign&#233;e et sa Toile. Et l&#224; r&#232;gnent le magma et la confusion qui nous ont tant boulevers&#233;s au mouvement &#171; panique &#187;. Au lieu de l'angoisse possible de la page blanche et du n&#233;ant, j'&#233;prouve le vertige du trop-plein, du tohu-bohu primordial, tr&#232;s cher Topor [il me manque tous les jours]. L&#224;, des histoires, celles des blogs, font-elles l'Histoire ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au seuil du nouveau mill&#233;naire (an 8), le vertige me saisit. De la plume d'oie au stylo et du stylo &#224; la souris et &#224; l'&#233;cran, je suis pass&#233; sans presque m'en apercevoir de la nature &#224; l'artefact puis &#224; l'artifice. &#192; moi Vinci, Pythagore, Fermat !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; quand le premier clone ? Le premier homme artificiel cr&#233;&#233; dans un laboratoire ? Cloner des souris est un premier pas. Quand l'homme lui-m&#234;me sera capable d'imiter la vie sans avoir recours &#224; ses organes et &#224; ses substances, nous serons dans la th&#233;orie math&#233;matique des motifs. Voil&#224; que je saute du coq &#224; l'&#226;ne, de l'espace au temps en compagnie de Perelman. Bref, revenons, non &#224; nos moutons, mais &#224; notre sujet : disons que, comme Pierrot au clair de la lune, je n'ai plus de plume. Et sans nul besoin de refuser la m&#233;daille Fields : j'ai une souris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&quot;Dans le journalisme, l'objectivit&#233; n'existe pas&quot;</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Dans-le-journalisme-l-objectivite,382.html</link>
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		<dc:date>2008-06-26T17:03:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Presse</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
		<dc:subject>Sol&#233;</dc:subject>

		<description>Avec quarante ans de carri&#232;re au Monde, Robert Sol&#233; est le plus ancien collaborateur du quotidien. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; m&#233;diateur pendant huit ans, il est aujourd'hui patron du Monde des livres, et billettiste parfois acerbe.&#8200;Regard lucide sur un journal en crise. Votre meilleur souvenir durant ces quarante ann&#233;es de carri&#232;re ? Mon plus beau jour a &#233;t&#233; celui de mon embauche. Quelle journ&#233;e formidable ! Pour entrer au Monde, j'&#233;tais vraiment pr&#234;t &#224; faire n'importe quoi, m&#234;me &#224; balayer les couloirs ! C'&#233;tait (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-Sole,182-+.html" rel="tag"&gt;Sol&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton382-1573f.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Avec quarante ans de carri&#232;re au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, Robert Sol&#233; est le plus ancien collaborateur du quotidien. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; m&#233;diateur pendant huit ans, il est aujourd'hui patron du &lt;i&gt;Monde des livres&lt;/i&gt;, et billettiste parfois acerbe.&#8200;Regard lucide sur un journal en crise.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre meilleur souvenir durant ces quarante ann&#233;es de carri&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon plus beau jour a &#233;t&#233; celui de mon embauche. Quelle journ&#233;e formidable ! Pour entrer au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, j'&#233;tais vraiment pr&#234;t &#224; faire n'importe quoi, m&#234;me &#224; balayer les couloirs ! C'&#233;tait le journal o&#249; je voulais travailler. Par conviction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre pire souvenir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y en a plusieurs. Les plus r&#233;cents sont nos conflits internes provoqu&#233;s par la crise que nous traversons. Ce sont des souvenirs collectifs tr&#232;s p&#233;nibles. Je me souviens aussi de la succession de Jacques Fauvet qui a &#233;t&#233; tr&#232;s dure et qui s'est mal pass&#233;e m&#234;me si, dans le m&#234;me temps, on avait le sentiment d'inventer quelque chose. Pour la premi&#232;re fois en effet, on &#233;lisait au suffrage universel le directeur du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. Mais on ne savait pas comment proc&#233;der. On a t&#226;tonn&#233;, enregistr&#233; les candidatures, choisi le mode des deux tours, en singeant un peu l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Une exp&#233;rience douloureuse, car on s'est rendu compte qu'il &#233;tait tr&#232;s difficile d'&#233;lire le patron d'une petite communaut&#233; de travail. Et &#231;a s'est encore compliqu&#233; par la suite ! De l'&#233;lection d'un directeur de journal, nous avons &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; d&#233;signer le patron d'un groupe. C'&#233;tait un autre m&#233;tier qui s'ajoutait au premier. Aujourd'hui, nous sommes toujours dans cette difficult&#233; : &#224; la fois journalistes, salari&#233;s et actionnaires du journal, nous vivons une certaine &#171; schizophr&#233;nie &#187; et une contradiction permanente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;t&#233; m&#233;diateur pendant huit ans, c'&#233;tait un choix ou une figure impos&#233;e dans votre longue carri&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On me l'a propos&#233;. J'ai commenc&#233; par dire non, puis j'ai accept&#233;, mais avec des conditions. Je voulais exercer diff&#233;remment, en m'exprimant &#224; la premi&#232;re personne, ce que j'ai fait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'&#233;tait pas le cas avant vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, dans la tradition du journal, on ne disait pas &#171; je &#187;. Mon souhait &#233;tait de cr&#233;er un rapport de proximit&#233; avec le lecteur. Je constate avec plaisir que V&#233;ronique Maurus, qui m'a succ&#233;d&#233; &#224; ce poste, a &#233;galement adopt&#233; ce style. Ce choix me mettait en situation de pouvoir critiquer le journal, et pas seulement de le d&#233;fendre. D'ailleurs, j'avais titr&#233; ma premi&#232;re chronique &#171; Au risque de d&#233;plaire &#187;. Entendez : au risque de d&#233;plaire au lecteur mais aussi &#224; la r&#233;daction et &#224; la direction. En r&#233;alit&#233;, j'ai souvent d&#233;plu &#224; la r&#233;daction, et surtout &#224; la direction avec laquelle j'&#233;tais en d&#233;saccord sur les orientations journalistiques, mais qui m'a laiss&#233; une totale libert&#233; pendant huit ans. &#192; une exception pr&#232;s : j'ai &#233;t&#233; censur&#233; au moment de la sortie du fameux livre &#171; La face cach&#233;e du Monde&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='La face cach&#233;e du Monde &#187;, de Pierre P&#233;an et Philippe Cohen, aux &#233;ditions des (...)' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quelle mani&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans m'avertir, on a supprim&#233; quinze lignes dans l'une de mes chroniques.
J'aurais pu d&#233;missionner, mais j'ai choisi de publier &#224; nouveau la semaine suivante ces quinze lignes, en les d&#233;veloppant et en demandant &#224; la direction de s'expliquer. Ce qu'a fait Edwy Plenel. En huit ans, c'est le seul incident que j'ai connu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a-t-il perdu ses rep&#232;res depuis la parution de ce livre remettant en cause son statut de journal de r&#233;f&#233;rence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce livre nous a port&#233; un coup ! Mais ce n'&#233;tait pas tellement nouveau. D'autres ouvrages sur &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; publi&#233;s. Je ne pense pas que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; puisse s'afficher comme un journal de r&#233;f&#233;rence. Il essaie d&#233;j&#224; d'&#234;tre un journal de qualit&#233;, et je pense qu'aujourd'hui, l'image s'est r&#233;tablie. Personnellement, j'&#233;tais tout &#224; fait contre les manchettes provocantes, racoleuses, ambigu&#235;s parce qu'on ne savait pas si elles exprimaient des positions politiques ou r&#233;pondaient simplement &#224; des op&#233;rations de marketing. Je l'ai d'ailleurs &#233;crit dans ma rubrique du m&#233;diateur. Ce choix &#233;ditorial nous a fait un tort consid&#233;rable. Aujourd'hui, c'est fini. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a peut-&#234;tre perdu en vigueur, en &#233;tonnement, mais il a gagn&#233; en sobri&#233;t&#233;. On lui fait sans doute plus confiance, me semble-t-il.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_928 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/9_HD.jpg&quot; title='photos : Charles Duprat' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/9_HD-ebcad-6fadd.jpg' width='216' height='324' alt='photos : Charles Duprat' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-928 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Charles Duprat&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'enjeu est de r&#233;sister aux pressions, d'essayer d'&#234;tre honn&#234;te et de rendre compte aussi de livres qu'on n'aime pas. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En tant qu'observateur privil&#233;gi&#233;, comment avez-vous per&#231;u les r&#233;actions des lecteurs pendant cette p&#233;riode de remise en cause profonde du journal ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai beaucoup comment&#233; la crise dans ma rubrique. Un constat : les lecteurs ont un attachement passionn&#233; pour ce journal, leur journal ! Pour certains, c'&#233;tait inadmissible qu'on le critique dans un livre. Pour d'autres, ce livre exprimait ce qu'ils ressentaient d&#233;j&#224;. En tant que m&#233;diateur, je devais prendre acte, r&#233;pondre aux r&#233;actions des lecteurs et donner la r&#233;ponse du journal mis en cause. M'engager personnellement et librement en apportant un commentaire, une analyse, &#233;ventuellement un point de vue. C'est &#231;a le r&#244;le du m&#233;diateur : faire &#233;cho, donner la r&#233;ponse et puis commenter soi-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes tout de m&#234;me d&#233;pendant d'un journal qui vous emploie et qui a une ligne &#233;ditoriale &#224; d&#233;fendre. Cette fonction n'est-elle pas intenable, prisonni&#232;re de l'autocensure ou de la manipulation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a une certaine ambigu&#239;t&#233;, puisque le m&#233;diateur est un salari&#233; nomm&#233; par le directeur du journal, qui lui propose de s'exprimer librement. L'autocensure ? Je l'exprime de la fa&#231;on suivante : tout ce que j'&#233;cris, je le pense, mais je n'&#233;cris pas tout ce que je pense. C'est une r&#232;gle que j'ai appliqu&#233;e pendant huit ans, et qui m'a parfaitement convenu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'avez-vous appris pendant toutes ces ann&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai port&#233; sur le journal un regard diff&#233;rent, celui du lecteur et, en prenant plus de recul, je suis devenu plus exigeant. Une exp&#233;rience tr&#232;s enrichissante, un peu troublante aussi. Le m&#233;diateur fait part des critiques des lecteurs &#224; la r&#233;daction, &#233;coute les journalistes mis en cause, le cas &#233;ch&#233;ant refait l'enqu&#234;te... Pourquoi cette une ? Pourquoi ce titre ? Connaissant lui-m&#234;me la machine de l'int&#233;rieur, le m&#233;diateur est capable d'appr&#233;cier la qualit&#233; d'un titre, d'&#233;valuer son ambigu&#239;t&#233;, de savoir pourquoi tel ou tel mot a &#233;t&#233; utilis&#233;. Apr&#232;s tant d'ann&#233;es pass&#233;es &#224; ce poste, au service de mon journal, j'ai eu la sensation de le red&#233;couvrir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous vous sentiez vraiment utile ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai en m&#233;moire un exemple o&#249; j'ai vraiment eu ce sentiment. Lorsque Daniel Schneidermann a &#233;t&#233; licenci&#233; pour avoir &#233;crit un livre sur le journal, on a re&#231;u des centaines de lettres ou de messages de soutien. La direction ne souhaitait pas que je fasse &#233;cho &#224; ce courrier. J'ai insist&#233; pour le faire car c'&#233;tait mon travail. J'ai demand&#233; &#224; Jean-Marie Colombani - ce fut la seule et unique fois - de r&#233;pondre aux lecteurs dans ma chronique afin de s'expliquer, et il a accept&#233;. Je pense avoir rempli, ce jour-l&#224;, un r&#244;le de m&#233;diation entre les lecteurs et le journal. J'ai publi&#233; une page en s&#233;lectionnant moi-m&#234;me le courrier, avec des avis partag&#233;s sur ce licenciement et en donnant la parole au directeur. J'ai ensuite apport&#233; un commentaire, sans me prononcer car je n'avais pas &#224; le faire, sinon je sortais de mon r&#244;le. Il y a eu d'autres temps forts. Dans l'affaire Baudis par exemple, j'ai &#233;t&#233; tr&#232;s critique &#224; l'&#233;gard du journal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce &#224; l'&#233;crivain que vous &#234;tes devenu que vous devez votre nomination de responsable du Monde des livres, ou &#224; votre parcours de journaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pense que les deux ont jou&#233;. J'&#233;cris des romans, des essais, ce qui a certainement jou&#233; dans cette nomination. On per&#231;oit toujours diff&#233;remment un journaliste qui devient romancier. Nous sommes plusieurs dans ce cas au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. &#192; commencer par &#201;ric Fottorino, l'actuel directeur. Au fond de lui-m&#234;me, tout journaliste a plus ou moins l'envie de devenir romancier. Personnellement, je l'ai souhait&#233; avant de devenir journaliste. Je crois que j'ai fait l'&#233;cole de journalisme parce que je voulais &#233;crire. &#192; l'&#233;poque, je n'avais pas forc&#233;ment compris le sens de l'information. C'est venu ensuite.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_929 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/4_HD.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/4_HD-de70b-68cdb.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est selon vous le profil id&#233;al pour assumer la fonction de critique litt&#233;raire avec objectivit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'objectivit&#233; n'existe pas dans le journalisme et encore moins dans le domaine de la critique litt&#233;raire. Un critique litt&#233;raire juge un livre avec toute sa subjectivit&#233;. L'important, &#233;videmment, est de garder son ind&#233;pendance. J'appartenais &#224; trois jurys litt&#233;raires dont j'ai d&#233;missionn&#233; quand j'ai &#233;t&#233; nomm&#233;. C'est la r&#232;gle au &lt;i&gt;Monde des livres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parce qu'il y a conflit d'int&#233;r&#234;ts ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il pourrait y avoir confusion des genres. En revanche, je poursuis ma carri&#232;re d'&#233;crivain, et je publie dans des maisons d'&#233;dition auxquelles je ne me sens absolument pas li&#233;. La plupart de mes livres sont publi&#233;s aux &#233;ditions du Seuil et je ne m'interdis pas de rendre compte d'un livre publi&#233; par cet &#233;diteur, parce que je me sens totalement ind&#233;pendant et libre d'&#233;crire ce que je veux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous subissez des pressions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On en subit mille en permanence ! Chaque &#233;diteur, chaque auteur veut qu'on parle de ses livres. L'enjeu est de r&#233;sister aux pressions, de conserver son ind&#233;pendance, d'essayer d'&#234;tre honn&#234;te et de rendre compte aussi de livres qu'on n'aime pas !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous une charte d&#233;ontologique au &lt;i&gt;Monde des livres&lt;/i&gt;, ou chacun raisonne-t-il en fonction de sa conscience ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous n'avons aucune charte &#233;crite, mais une tradition suivie avec scrupule. Par exemple, un collaborateur r&#233;gulier du &lt;i&gt;M&lt;/i&gt;&lt;i&gt;onde des livres&lt;/i&gt; qui dirige une collection chez un &#233;diteur ne traitera jamais un livre publi&#233; par cette maison. Autre r&#232;gle, r&#233;cente celle-ci : quand l'un de nos journalistes publie un livre, il a droit &#224; une simple notice avec un traitement &#233;quivalent pour tout le monde, ce qui n'&#233;tait pas le cas auparavant. De la m&#234;me fa&#231;on, on se doit de parler du plus grand nombre de maisons d'&#233;dition, petites et grandes. Je ressens beaucoup de satisfaction quand je vois dans nos pages des articles concernant, en moyenne, une vingtaine de maisons d'&#233;ditions. La tentation consisterait &#224; ne s'occuper que de la production des plus grandes !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous des d&#233;bats politiques lors de l'organisation des pages ? Par exemple, la pol&#233;mique engendr&#233;e par l'invitation des &#233;crivains isra&#233;liens au Salon du livre a-t-elle &#233;t&#233; abord&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le cas du dernier Salon du livre, la question s'est &#233;videmment pos&#233;e. J'avais eu une proposition du journal isra&#233;lien Haaretz pour faire un num&#233;ro commun avec Le Monde des livres. Je m'y suis oppos&#233;. En revanche, comme c'est un bon journal, je souhaitais utiliser ses journalistes pour r&#233;aliser un num&#233;ro sur la litt&#233;rature isra&#233;lienne. Nous avons sorti avec eux un num&#233;ro sp&#233;cial complet de onze pages sur Isra&#235;l. J'ai tenu &#224; ce qu'il y ait dans ce num&#233;ro une voix palestinienne. J'ai fait moi-m&#234;me un article sur l'autobiographie du pr&#233;sident de l'universit&#233; al-Qads de J&#233;rusalem, Sari Nusseibeh. Je pense que nous avons fait un bon num&#233;ro. Le simple fait de faire un num&#233;ro sp&#233;cial nous positionnait contre le boycott. En revanche j'ai soulign&#233;, dans un &#233;ditorial, la maladresse d'avoir choisi d'inviter les &#233;crivains isra&#233;liens au Salon du livre l'ann&#233;e du soixanti&#232;me anniversaire de l'&#201;tat d'Isra&#235;l. La visite d'&#201;tat de Shimon Peres a donn&#233; une coloration politique inutile au Salon.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment voyez-vous le m&#233;tier de journaliste aujourd'hui. Est-il s&#233;rieusement menac&#233; par internet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, il n'est ni menac&#233; ni condamn&#233;, m&#234;me si les supports changent. Vous &#171; couvrez &#187; aujourd'hui une manifestation exactement comme il y a cinquante ans. Vous descendez dans la rue avec votre calepin, vous comptez avec votre doigt mouill&#233; le nombre de manifestants, vous regardez, vous en rendez compte strictement de la m&#234;me fa&#231;on. Ce qui change c'est le support, la pr&#233;sentation, la longueur. Est-ce que je vais le faire pour le journal ou sur son site Internet ? Telle est la nouvelle donne. Le lecteur va-t-il r&#233;agir imm&#233;diatement sur Internet &#224; l'instinct, ou prendra-il son temps pour m'&#233;crire ? Demain, le compte rendu de la manifestation sera-t-il sur mon t&#233;l&#233;phone portable ? Sans doute.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_930 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/5_HD.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/5_HD-46946-9d240.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'autocensure ? Je l'exprime de la fa&#231;on suivante : tout ce que j'&#233;cris, je le pense, mais je n'&#233;cris pas tout ce que je pense. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; terme, les supports payants de la presse quotidienne, notamment ceux de la presse nationale, ne sont-ils pas condamn&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est &#233;vident qu'en dessous d'un seuil de num&#233;ros vendus, un journal payant n'est pas l&#233;gitime et ne peut exister. Au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, la compl&#233;mentarit&#233; entre l'imprim&#233; et le site est une question concr&#232;te que nous nous posons quotidiennement. Le journal doit-il devenir plus mince, plus dense, plus centr&#233; sur certains sujets et laisser par exemple &#224; Internet le soin de compl&#233;ter ? Faut-il maintenir la tradition, en restant le &#171; journal de l'honn&#234;te homme &#187;, o&#249; l'on trouve un peu de tout, avec des sujets qui n'int&#233;ressent pas forc&#233;ment tout le monde ? Entre l'&#233;dition papier et l'&#233;dition &#233;lectronique, laquelle faut-il privil&#233;gier ? Ce sont deux supports compl&#232;tement diff&#233;rents. Nous sommes dans la pr&#233;histoire d'Internet. On n'a encore rien vu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous avez des r&#233;ponses ? Un journal existe &#224; la seule condition qu'il soit unique et indispensable. S'il se banalise, il n'y aura pas de place pour lui dans un secteur attaqu&#233; par le ph&#233;nom&#232;ne de la gratuit&#233;. &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt; est &#224; sa fa&#231;on unique et indispensable, &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Courrier international&lt;/i&gt; aussi... Ces derni&#232;res ann&#233;es, Le Monde a tenu ce cap. Il le tient encore et ne ressemble &#224; aucun autre quotidien. Prenez le dessin de Plantu. Certains ici pensaient qu'il &#233;tait ringard et qu'il fallait le remplacer par une photo ! Je me suis battu pour le garder car c'est une sp&#233;cificit&#233; du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Encourageriez-vous un jeune &#224; devenir journaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r ! Ce m&#233;tier a toujours &#233;t&#233; difficile. C'est encore plus vrai aujourd'hui. Mais il ne faut surtout pas se d&#233;courager quand on a une passion. Moi, j'ai la passion des mots, de l'&#233;criture, de l'expression. Je ne passe pas une journ&#233;e sans consulter cent fois le Petit Robert, qui est mon livre de chevet. Je pourrais me passer de tous les autres !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;D'origine &#233;gyptienne, Robert Sol&#233; a publi&#233; une dizaine de romans, d'essais et d'ouvrages historiques sur l'&#201;gypte, notamment aux &#233;ditions du Seuil, parmi lesquels &#171; Le Tarbouche &#187; (1992), &#171; Le S&#233;maphore d'Alexandrie &#187; (1994), &#171; La Mamelouka &#187; (1996). Il est aussi auteur du &#171; Dictionnaire amoureux de l'&#201;gypte &#187; (Plon 2001) et coauteur de &#171; Alexandrie l'&#201;gyptienne &#187; (Stock, 1998) et &#171; Fous d'&#201;gypte &#187; (Bayard 2005).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;La face cach&#233;e du Monde &#187;, de Pierre P&#233;an et Philippe Cohen, aux &#233;ditions des Mille et Une Nuits, 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Anne Nivat, &#233;criture au long cours</title>
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		<dc:subject>Presse</dc:subject>

		<description>Farouchement ind&#233;pendante, la fille de Georges Nivat incarne mieux que quiconque le passage du grand reportage de la presse &#224; l'&#233;dition. O&#249; que l'on voit Anne Nivat, dans un bar &#224; Paris, lors d'une rencontre inopin&#233;e &#224; Bordeaux ou dans une ville improbable accueillant les Prix Albert Londres, la m&#234;me image demeure : Anne Nivat donne l'impression d'&#234;tre &#224; la fois attentive &#224; vous et perp&#233;tuellement aux aguets. Il y a chez elle du min&#233;ral et de l'animal - ne serait-ce que pour ce regard au laser, &#224; la fois (...)

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;O&#249; que l'on voit Anne Nivat, dans un bar &#224; Paris, lors d'une rencontre inopin&#233;e &#224; Bordeaux ou dans une ville improbable accueillant les Prix Albert Londres, la m&#234;me image demeure : Anne Nivat donne l'impression d'&#234;tre &#224; la fois attentive &#224; vous et perp&#233;tuellement aux aguets. Il y a chez elle du min&#233;ral et de l'animal - ne serait-ce que pour ce regard au laser, &#224; la fois capable de ne pas vous l&#226;cher et brusquement en qu&#234;te de ce qui bouge derri&#232;re vous. Elle attire ou repousse, irrite ou attendrit, admet ou est admise. Elle ne s'en soucie pas. C'est peut-&#234;tre sa force. Au fond, sa notori&#233;t&#233; relativement r&#233;cente repose sur un malentendu. Voil&#224; une reporter de presse &#233;crite r&#233;compens&#233;e &#224; 31 ans par le prix Albert Londres, pour son premier livre au titre provocateur, &#171; Chienne de guerre &#187;. Or, obtenir ce prix &#224; cet &#226;ge-l&#224;, pour sa premi&#232;re intrusion dans des terres de guerre et pour un livre de surcro&#238;t, n'est pas donn&#233; &#224; tout le monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est aussi une jeune femme qui a farouchement d&#233;fendu pendant dix ans son ind&#233;pendance et men&#233; sa vie comme elle l'entendait - autrement dit en allant o&#249; elle voulait, s'affranchissant des emb&#251;ches mat&#233;rielles et m&#234;me des journaux. C'est l'une des rares journalistes fran&#231;aises &#224; pouvoir accepter sans probl&#232;me une correspondance pour n'importe quel journal new-yorkais, ou n'importe quelle radio russe sans s'embarrasser des contraintes de la langue. Pourtant, on semble d&#233;couvrir Anne Nivat pour ses capacit&#233;s de cam&#233;l&#233;on &#224; int&#233;grer une soci&#233;t&#233; en guerre hors du statut pr&#233;tendument privil&#233;gi&#233; du journaliste et dans une immersion totale. Tr&#232;s r&#233;cemment, son dernier livre &#171; Bagdad zone rouge&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Tous les livres d'Anne Nivat, du premier &#171; Chienne de guerre &#187; au dernier &#171; (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187; ne pouvait &#234;tre comment&#233; sans que l'on rappelle ses s&#233;jours en Irak qu'elle passait dans des familles irakiennes, rev&#234;tue du lourd manteau noir que doivent, pour leur s&#233;curit&#233;, rev&#234;tir toutes les femmes, et sans se pr&#233;valoir du titre de reporter.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_927 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/5074V4.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L217xH324/5074V4-b1459-6a1ce.jpg' width='217' height='324' alt='' style='height:324px;width:217px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; C'est ainsi qu'Anne Nivat a toujours avanc&#233; : davantage par refus qu'en faisant ce qu'elle d&#233;sirait faire. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quand on lui pose la question, Anne Nivat s'&#233;tonne. &#171; &lt;i&gt;J'ai d&#233;but&#233; ainsi en Tch&#233;tch&#233;nie, tout simplement parce que c'&#233;tait en 1998 mon premier reportage et que de toute fa&#231;on on ne pouvait faire autrement. Il n'y avait pas de laissez-
passer, sinon accompagn&#233; de l'arm&#233;e russe, il n'y avait pas d'h&#244;tel ni de ligne de front. Alors, est-ce un d&#233;faut ? C'est toujours ainsi que j'ai travaill&#233;. J'ai des amis dans chacun des pays o&#249; d&#233;sormais je me rends et je m'efforce de parler d'eux davantage que de l'actualit&#233; imm&#233;diate. Mais peut-&#234;tre tout cela est-il un hasard.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un retour en arri&#232;re s'impose. Anne Nivat n'est plus tout &#224; fait une journaliste comme les autres. Pourquoi ? Parce que ses reportages paraissent finalement assez peu dans les journaux, mais essentiellement dans des livres que publie, depuis le premier, Claude Durand, aux &#233;ditions Fayard. C'est ici qu'on en revient &#224; l'enfance. Ann&#233;es 1970. Anne et son fr&#232;re a&#238;n&#233; vivent en Haute-Savoie dans un village minuscule, Esery, juste au-dessus d'Annemasse. Il y a un jardin r&#233;cemment plant&#233; d'un bouleau qui rappelle les plaines slaves. Les parents sont professeurs de russe. Enfin pas tout &#224; fait professeurs. Les deux sont les interlocuteurs de tout ce que l'intelligentsia opprim&#233;e par le r&#233;gime sovi&#233;tique peut conna&#238;tre en France.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Annemasse et ses environs sont id&#233;aux pour Georges Nivat. Le p&#232;re d'Anne est une sommit&#233; qui enseigne &#224; Gen&#232;ve, et son histoire seule vaudrait un roman accord&#233; avec le si&#232;cle. Il est n&#233; dans le Clermont-Ferrand des ann&#233;es trente d'un p&#232;re professeur qui enseignait le fran&#231;ais, le grec et le latin et entendait qu'il soit, lui, un distingu&#233; professeur d'anglais. Ce &#224; quoi il ob&#233;it en faisant m&#234;me des &#233;tudes &#224; Oxford. Mais on peut &#234;tre dans un lyc&#233;e auvergnat et s'enthousiasmer pour Dosto&#239;evski, apprendre le russe avec une figure historique du slavisme, Pierre Pascal, passer l'agr&#233;gation et partir dans le Moscou des ann&#233;es 1950. Au fond, Georges Nivat est un Fran&#231;ais russe comme il existe des Russes fran&#231;ais. L&#224;-bas, il rencontre Boris Pasternak, celui du &#171; Docteur Jivago &#187;, et se fiance avec une jeune femme, Irina, fille naturelle du romancier. &#192; la mort de ce dernier, elle et sa m&#232;re sont aussit&#244;t envoy&#233;es au goulag et Georges Nivat expuls&#233;. Il rentre en France et est appel&#233; pour une guerre d'Alg&#233;rie o&#249; il sera bless&#233;. Enfin de retour, il &#233;pouse une agr&#233;g&#233;e de russe, Lucile, qu'il rencontre &#224; Toulouse, la m&#232;re d'Anne. Il est donc, dans les ann&#233;es 1970, professeur de langue et de litt&#233;rature russe, sp&#233;cialiste mondial, traducteur de Soljenitsyne, stup&#233;fiant connaisseur et d&#233;couvreur d'auteurs inconnus en France et qui sont naturellement des opposants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est dans cet univers que toute l'enfance d'Anne Nivat se fortifie. &#171; &lt;i&gt;Nous recevions sans arr&#234;t &#224; la maison des r&#233;fugi&#233;s russes. Mon p&#232;re et ma m&#232;re vivaient et pensaient russe. Quand ils ne voulaient pas que l'on comprenne les conversations personnelles, ils parlaient russe. Et j'ai eu ma m&#232;re comme professeur jusqu'en terminale. Je suis partie &#224; Paris en 1986 en hypokh&#226;gne pour la simple raison que si je n'allais pas l&#224;-bas, je me serais retrouv&#233;e &#224; Gen&#232;ve avec mon p&#232;re qui m'aurait &#233;galement enseign&#233; le russe.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_926 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Anne-Nivat-2.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH243/Anne-Nivat-2-dba28-036a8.jpg' width='324' height='243' alt='' style='height:243px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; S'&#233;tonner qu'Anne Nivat soit habill&#233;e couleur locale quand elle travaille en Tch&#233;tch&#233;nie, en Afghanistan ou en Irak rel&#232;ve de la part d'intervieweurs d'une pi&#232;tre connaissance de la situation. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'Anne Nivat a toujours avanc&#233;. Davantage par refus qu'en faisant ce qu'elle d&#233;sirait faire. Enseigner ? D&#233;cid&#233;ment &#231;a l'ennuie. La Russie l'attire. Elle sera donc journaliste apr&#232;s son doctorat de Sciences Po. Journaliste pour qui ? Cela ne la pr&#233;occupe pas vraiment. Elle part &#224; Moscou en 1998 et demande &#224; quelques journaux s'ils accepteraient des correspondances. Surtout sur le Caucase et la Tch&#233;tch&#233;nie qui &#224; nouveau est sur le point de se r&#233;volter. Elle y va. Propose des papiers que Ouest-France et Lib&#233;ration acceptent. &#192; peine y arrive-t-elle que l'une des guerres coloniales les plus effrayantes de l'apr&#232;s-URSS recommence. Anne Nivat s'y trouve plong&#233;e &#224; son corps d&#233;fendant et &#224; c&#339;ur vaillant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle fait partie de ces pionniers ou plut&#244;t de ces pionni&#232;res car, fait &#233;trange, la majorit&#233; des reporters qui se retrouv&#232;rent en Tch&#233;tch&#233;nie furent des femmes. Comme Isabelle Astigarraga de l'&lt;i&gt;AFP&lt;/i&gt; lors du premier conflit, Manon Loiseau, Laure Mandeville, Sophie Shihab, Nathalie Nougareyde, parmi d'autres, fournirent leur t&#233;moignage &#224; des journaux dont la plupart des lecteurs ne savaient pas la veille o&#249; &#233;tait la Tch&#233;tch&#233;nie et ce que signifiait le Caucase. Lib&#233;ration, le titre qui recueille le plus r&#233;guli&#232;rement ses envois, l'engage peu apr&#232;s. Doit-on parler de rapides dissensions ? Peut-&#234;tre pas, mieux vaut parler de distance. Ce qu'elle &#233;crit ne rentre pas dans la difficile discipline d'un quotidien. &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; et elle se s&#233;parent &#224; l'amiable. &#171; &lt;i&gt;C'est Marc Semo qui me donne le premier ce conseil : &#233;cris plut&#244;t un livre. Je l'&#233;coute et je r&#233;dige mon premier r&#233;cit, &#8220;Chienne de guerre&#8221;, que je propose &#224; Claude Durand chez Fayard. Le seul conseil qu'il me donne est : &#8220;&#201;crivez &#224; la premi&#232;re personne.&#8221; Le livre marche. Depuis je ne suis plus attach&#233;e &#224; aucun journal et j'&#233;cris les livres que mes seuls reportages suscitent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Claude Durand se souvient : &#171; &lt;i&gt;Georges Nivat, mon tr&#232;s vieil ami, celui avec qui j'ai entam&#233; cette immense aventure de la traduction de la litt&#233;rature russe et qui dirige pour nous le monumental panorama que nous y consacrons - sept volumes de mille pages - m'a demand&#233; de rencontrer sa fille. Elle m'a tout de suite intrigu&#233; : une petite jeune femme que je devinais intr&#233;pide. Dans la foul&#233;e de son premier succ&#232;s, j'ai publi&#233; tous ses autres titres. Il faut remarquer que ce sont des livres &#233;norm&#233;ment traduits en Russie, ce qui para&#238;t normal, mais &#233;galement aux &#201;tats-Unis, ce qui est assez rare. J'aime chez elle cette grande libert&#233; de ton et ce courage qui lui permettent de raconter, non pas l'histoire imm&#233;diate, mais comment des individus dans des pays de guerre vivent une situation historique. J'ajouterai qu'aucun de ses r&#233;cits n'est &#233;dit&#233; &#224; moins de trente mille exemplaires&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre l&#224; que repose le malentendu dont nous parlions plus haut. Apr&#232;s tout, s'&#233;tonner qu'Anne Nivat soit habill&#233;e couleur locale quand elle travaille en Tch&#233;tch&#233;nie, en Afghanistan ou en Irak, rel&#232;ve tout de m&#234;me de la part d'intervieweurs d'une pi&#232;tre connaissance de la situation. Pour ce que nous en savons, tr&#232;s peu de reporters en 1989, ou plus tard, sont pass&#233;s du Pakistan en Afghanistan en culottes de golf, mais plut&#244;t barbus et affubl&#233;s d'un shalwar kamiz. Depuis plus de vingt ans, c'est une r&#232;gle de base dans ces pays de nouvelles guerres : si l'on veut v&#233;ritablement avoir acc&#232;s &#224; une autre information que celle qui est pr&#233;m&#226;ch&#233;e, mieux vaut se fondre avec la population et ne pas d&#233;pendre des laissez-passer que d&#233;livrent les autorit&#233;s en place.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_925 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Anne-Nivat.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH243/Anne-Nivat-4c94d-c4a6e.jpg' width='324' height='243' alt='' style='height:243px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Sa d&#233;marche s'oppose &#224; la mode actuelle d'une agitation fr&#233;n&#233;tique revendiqu&#233;e par les marchands de &quot;coups&quot;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En revanche, ce qui est &#233;tonnant de nos jours - et plut&#244;t inhabituel -, c'est cette revendication de la lenteur et de la r&#233;flexion, de la longueur et de la vie quotidienne contre l'&#233;motion &#224; tout prix et l'information vendue au m&#232;tre. D'une certaine fa&#231;on, cette d&#233;marche s'oppose &#224; la mode actuelle d'une agitation fr&#233;n&#233;tique revendiqu&#233;e par les marchands de &#171; coups &#187;. Or, la diff&#233;rence m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;e : si Anne Nivat occupe une place singuli&#232;re dans le monde du grand reportage d'aujourd'hui, c'est parce qu'elle incarne une rupture. Ce n'est pas tout de vouloir traduire le quotidien des pays convuls&#233;s et des vies sous les bombes. Courage pour courage, d'autres qu'elle ont choisi des modes d'expression singuliers pour traduire la complexit&#233; du monde. Manon Loiseau, par exemple, autre prix Albert Londres&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; La Mal&#233;diction de na&#238;tre fille &#187;, prix Albert Londres 2006 avec Alexis Maraut (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, utilise la cam&#233;ra et la t&#233;l&#233;vision pour dire le malheur des femmes de l'Inde ou de l'Asie. Vivent en Irak des journalistes, encore des femmes soit dit en passant, qui ne quittent le pays que pour de brefs retours en France et proposer leurs reportages. Ce qui est intrigant, avec Anne Nivat, est la fa&#231;on dont elle utilise le livre comme autre support d'information. Ses longs r&#233;cits ont d&#233;sormais un nombre d'aficionados impressionnant qui la suivent de salons du livre en &#233;missions de t&#233;l&#233;vision avec une v&#233;ritable d&#233;votion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Faut-il donc retourner &#224; l'enfance ? S'&#233;loigner de la vie suppos&#233;e parisienne et mondaine telle que la pr&#233;sente son dernier pr&#233;facier Olivier Rolin ? De l'image de la compagne de Jean-Jacques Bourdin, journaliste-vedette de &lt;i&gt;RMC&lt;/i&gt; apr&#232;s avoir &#233;t&#233; une figure de &lt;i&gt;RTL&lt;/i&gt;, infatigable bateleur des ondes, le seul &#224; l'avoir retenue &#224; Paris le temps d'un b&#233;b&#233; et mis fin &#224; une adolescence qui a dur&#233; pr&#232;s de quinze ans ? Ou &#233;couter des voix plus inattendues ? Val&#233;rie Zanetti, une amie secr&#232;te, auteur de romans pour enfants qu'il faut &#233;galement conseiller aux adultes&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Notamment &#171; Quand j'&#233;tais soldate &#187; ainsi que &#171; Une bouteille dans la mer de (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, poss&#232;de peut-&#234;tre la cl&#233; : &#171; &lt;i&gt;J'ai toujours &#233;t&#233; frapp&#233;e par sa vitalit&#233; et sa capacit&#233; &#224; parler de ses passions. C'est une fille d'une grande modestie, qui n'en a rien &#224; faire de se mettre en avant et qui a un d&#233;sir visc&#233;ral de faire partager son exp&#233;rience. Il n'est pas anodin d'aller chercher la guerre et la prendre en pleine face, j'en sais quelque chose. Est-ce la raison pour laquelle Anne ne se livre jamais en bloc ? Est-ce par pudeur ? Mais elle cloisonne toutes ses relations tout en consacrant beaucoup de temps &#224; chacune des personnes. Et puis j'aime sa voix, rare, grave, g&#233;n&#233;reuse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s un tel dithyrambe, il n'y aurait plus qu'&#224; fermer le ban si ne s'&#233;levaient encore quelques critiques. Anne Nivat aurait-elle pass&#233; autant de temps qu'elle le dit en Irak ? Ses m&#233;thodes sont-elles aussi orthodoxes qu'elle le pr&#233;tend ? Quand on lui pose la question, elle semble surprise. &#171; &lt;i&gt;Pour mon dernier livre, j'ai exactement pass&#233; deux fois trois semaines dans une famille que je connais depuis tr&#232;s longtemps, qui est devenue amie et voil&#224; des mois et des mois que je la retrouve. Comme je l'ai fait en Tch&#233;tch&#233;nie. Comme je l'ai fait en Afghanistan.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question est close. Ses yeux cherchent ailleurs. &#171; &lt;i&gt; Au fond, ce que je souhaite, c'est un jour m'&#233;tablir autre part qu'&#224; Paris pour m'occuper de mes deux hommes, le petit et le grand. Et pouvoir repartir pour dire dans mes livres la voix de ceux &#224; qui on ne donne jamais la parole&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_924 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Couv-Livre-Anne-Nivat.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L204xH324/Couv-Livre-Anne-Nivat-90ab6-b9b16.jpg' width='204' height='324' alt='' style='height:324px;width:204px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Tous les livres d'Anne Nivat, du premier &#171; Chienne de guerre &#187; au dernier &#171; Bagdad, zone rouge &#187; sont publi&#233;s aux &#233;ditions Fayard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-2' id='nb2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#171; La Mal&#233;diction de na&#238;tre fille &#187;, prix Albert Londres 2006 avec Alexis Maraut et Grand Prix du Figra.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-3' id='nb2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Notamment &#171; Quand j'&#233;tais soldate &#187; ainsi que &#171; Une bouteille dans la mer de Gaza &#187; aux &#233;ditions &#201;cole des Loisirs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>duel in&#233;gal</title>
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		<dc:subject>Presse</dc:subject>

		<description>Y a-t-il place en France pour deux quotidiens &#233;conomiques rentables ? La r&#233;ponse est non, si l'on en juge par les ann&#233;es r&#233;centes. Les exemples europ&#233;ens montrent que l'&#233;quation n'a pas non plus &#233;t&#233; r&#233;solue chez nos plus proches voisins. Mais le rachat des &#201;chos par LVMH et la reprise de La Tribune par Alain Weill rebat les cartes. Deux quotidiens &#233;conomiques valent mieux qu'un. En tout cas pour les lecteurs. Le taux de duplication entre Les &#201;chos (486 000 lecteurs) et La Tribune (225 000 lecteurs) est (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no17,33-.html" rel="directory"&gt;n&#176;17&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L121xH150/arton380-d36ca.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='121' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:121px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Y a-t-il place en France pour deux quotidiens &#233;conomiques rentables ? La r&#233;ponse est non, si l'on en juge par les ann&#233;es r&#233;centes. Les exemples europ&#233;ens montrent que l'&#233;quation n'a pas non plus &#233;t&#233; r&#233;solue chez nos plus proches voisins. Mais le rachat des &lt;i&gt;&#201;chos&lt;/i&gt; par LVMH et la reprise de &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; par Alain Weill rebat les cartes.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Deux quotidiens &#233;conomiques valent mieux qu'un. En tout cas pour les lecteurs. Le taux de duplication entre &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt; (486 000 lecteurs) et &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; (225 000 lecteurs) est d'ailleurs de 16,7 %. Autrement dit, 119 000 personnes lisent chaque jour les deux titres, selon l'&#233;tude &#171; La France des cadres actifs 2007 &#187;. C'est &#233;galement pr&#233;f&#233;rable pour les annonceurs, qui ont ainsi le choix. Tout comme pour les entreprises, petites ou grandes, dont les activit&#233;s sont &#233;valu&#233;es par deux interlocuteurs diff&#233;rents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais existe-t-il un lectorat suffisant pour assurer la rentabilit&#233; de deux quotidiens &#233;conomiques ? Rien n'est moins s&#251;r, et les exemples europ&#233;ens paraissent m&#234;me d&#233;montrer le contraire. La situation est assez claire : en Grande-Bretagne et en Italie, un seul organe de presse &#233;conomique occupe le terrain. Tandis que chez nos autres voisins, si deux quotidiens cohabitent en Allemagne, et m&#234;me trois en Espagne, un seul semble b&#233;n&#233;ficiaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt;, lanc&#233; en 1888, qui se consid&#233;rait alors comme &#171; &lt;i&gt;l'ami de l'honn&#234;te financier... et du sp&#233;culateur l&#233;gitime&lt;/i&gt; &#187; affiche aujourd'hui une diffusion de 440 000 exemplaires. Le &lt;i&gt;FT&lt;/i&gt;, pour les initi&#233;s, donne le ton avec son papier rose saumon, au point d'&#234;tre devenu la couleur embl&#233;matique des quotidiens ou des suppl&#233;ments &#233;conomiques dans le monde entier. Sans rival dans les &#238;les britanniques, le titre, qui appartient au groupe Pearson, doit sa prosp&#233;rit&#233; &#224; son rayonnement international. Il est en effet imprim&#233; dans vingt-trois villes de par le monde, et affiche un r&#233;sultat op&#233;rationnel de 56 M&#163; pour 2007, soit 70,8 M&#8364;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La performance du quotidien italien &lt;i&gt;Il Sole 24 Ore&lt;/i&gt; n'en est que plus remarquable, puisque ses 346 000 exemplaires sont exclusivement vendus dans la p&#233;ninsule. N&#233; en 1965 de la fusion de deux journaux historiques - &lt;i&gt;Il Sole&lt;/i&gt;, fond&#233; cent ans plus t&#244;t par les tenants du lib&#233;ralisme lombard, et &lt;i&gt;24 Ore&lt;/i&gt;, lanc&#233; en 1946 -, le titre est devenu la r&#233;f&#233;rence oblig&#233;e des d&#233;cideurs. Il faut dire que le journal appartient &#224; la Confindustria, le Medef italien. Certes, deux autres titres tentent de surfer dans son sillage, mais &lt;i&gt;Italia Oggi&lt;/i&gt; et&lt;i&gt; Finanza &amp; Mercati&lt;/i&gt; n'ont que de modestes diffusions. Du coup, le journal &#233;conomique italien se sent pousser des ailes. Il s'est implant&#233; en Espagne, en prenant 15 % d'&lt;i&gt;El Economista&lt;/i&gt;, en 2006, pour des r&#233;sultats encore limit&#233;s &#224; moins de 22 000 exemplaires par jour. Sans parvenir &#224; inqui&#233;ter le premier quotidien &#233;conomique et financier espagnol, &lt;i&gt;Expansion&lt;/i&gt;, dont la diffusion l'an dernier &#233;tait de 50 000 exemplaires. Il appartient &#224; un autre groupe italien, Rizzoli, qui a rachet&#233; le groupe Recoletos en 2007. Reconnaissable &#224; son papier rose, h&#233;ritage du &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt; et du groupe Pearson, qui s'en est s&#233;par&#233; en 2004, &lt;i&gt;Expansion&lt;/i&gt; reste donc le leader espagnol.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela ne laisse gu&#232;re d'espace au num&#233;ro deux du march&#233;, &lt;i&gt;Cinco Dias&lt;/i&gt;, publi&#233; depuis 1978 par le groupe Prisa, le tr&#232;s riche &#233;diteur d'&lt;i&gt;El Pais&lt;/i&gt;. Le quotidien demeure d&#233;ficitaire, avec seulement 37 000 exemplaires, malgr&#233; une forte progression en 2007 obtenue gr&#226;ce &#224; une politique astucieuse de plus-produits.
En Allemagne, le &lt;i&gt;Financial Times Deutschland&lt;/i&gt; lanc&#233; en 2000 n'a pas non plus r&#233;ussi &#224; contester la supr&#233;matie du &lt;i&gt;Handeslblatt&lt;/i&gt; (150 000 exemplaires), qui &#233;tait rest&#233; sans concurrent depuis sa cr&#233;ation en 1946. Propri&#233;t&#233; du groupe Holtzbrink, &#233;galement &#233;diteur de &lt;i&gt;Die Zeit&lt;/i&gt;, le grand hebdomadaire des intellectuels, Handeslblatt se vante d'&#234;tre le meilleur quotidien &#233;conomique allemand, et le journal le plus cher du pays : 1,90 &#8364;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &lt;i&gt;FT Deutschland&lt;/i&gt; avait pourtant constitu&#233; une joint-venture &#224; 50/50 avec Gruner + Jahr (G+J), filiale de Bertelsmann, leader europ&#233;en des m&#233;dias, et engag&#233; 130 journalistes pour entamer ce monopole. Huit ans plus tard, les tirages ont rarement d&#233;pass&#233; les 100 000 exemplaires, et un tiers de la diffusion est gonfl&#233; par des ventes aux tiers (avions, h&#244;tels...). Le titre a perdu 50 M&#8364; depuis sa cr&#233;ation, et Pearson a d&#233;cid&#233; de c&#233;der sa participation &#224; G+J pour 8 M&#8364;, en janvier 2008. L'exemple allemand est significatif : la prime au leader g&#233;n&#232;re des profits, et r&#233;serve au second la gestion des pertes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est donc pas un hasard si Bernard Arnault a choisi de troquer un quotidien d&#233;ficitaire contre un titre rentable : &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; (77 000 exemplaires en 2007), contre &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt; (119 000) quitte &#224; payer le prix fort : 240 M&#8364;, soit vingt-quatre fois le r&#233;sultat net des &lt;i&gt;&#201;chos&lt;/i&gt; en 2006. Pour apaiser toutes craintes, les journalistes pourront b&#233;n&#233;ficier de la clause de cession durant deux ans. En outre, le groupe LVMH a investi 30 millions d'euros dans &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; avant la vente, et fait un pr&#234;t de 10 millions &#224; l'acqu&#233;reur, tout en s'engageant &#224; y investir 4 millions sur trois ans en publicit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la question reste pos&#233;e : le g&#226;teau est-il assez gros ? &#171; &lt;i&gt;Il n'y a pas de place pour deux quotidiens &#233;conomiques sur le march&#233; fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187;, a r&#233;pondu en expert Olivier Fleurot, pr&#233;sident ex&#233;cutif de Publicis Worldwide, et ancien directeur g&#233;n&#233;ral des &lt;i&gt;&#201;chos&lt;/i&gt;, puis du &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Strat&#233;gies&lt;/i&gt;, 25 octobre 2007).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il va donc falloir tout le talent d'Alain Weill, PDG de Next&#173;radioTV (BFM, BFM TV, RMC, et le groupe Tests : 105 M&#8364; en 2007, et 11,7 M&#8364; de pertes), pour redresser, et surtout repositionner &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt;. News Participations, sa holding personnelle, a acquis le titre pour un euro symbolique. Il mise sur une politique low cost et la polyvalence des contenus pour y arriver.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; J&lt;i&gt;'ai dit aux journalistes de &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; qu'ils devront travailler &#224; 50 % pour le Web, &#224; 50 % pour le papier. Pas forc&#233;ment en temps, mais dans leur t&#234;te... Il y aura plus de gens qui consulteront le site, m&#234;me si le journal restera la r&#233;f&#233;rence, le produit de luxe qui fera la r&#233;putation de la marque&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarait Alain Weill (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 26 d&#233;cembre 2007), avant d'afficher son ambition : &#171; &lt;i&gt;Faire un quotidien &#233;conomique incontournable, influent et rentable.&lt;/i&gt; &#187; Ses deux premi&#232;res d&#233;cisions : le transfert d'Erik Izraelewicz des &lt;i&gt;&#201;chos&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt;, ainsi que l'arriv&#233;e de Val&#233;rie Decamp, d&#233;bauch&#233;e de &lt;i&gt;M&#233;tro&lt;/i&gt;, annoncent une remise &#224; plat du titre. Et nul doute que l'ancienne directrice du quotidien global su&#233;dois a d&#251; faire son march&#233; de bonnes id&#233;es en Europe avant de se lancer. Notamment du c&#244;t&#233; italien, dont le groupe de presse &#233;conomique d&#233;tient &#233;galement une radio.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alain Weill va aussi s'inspirer du succ&#232;s de la marque &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt; , qui a su d&#233;velopper &#171; &lt;i&gt;un syst&#232;me d'informations&lt;/i&gt; &#187;, selon l'expression de Nicolas Beytout, le nouveau pr&#233;sident du p&#244;le m&#233;dias de LVMH, en cr&#233;ant deux magazines, &lt;i&gt;Enjeux&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;S&#233;rie limit&#233;e&lt;/i&gt;, ainsi qu'une activit&#233; salons, conf&#233;rences, &#233;tudes et formations, qui rapporte &#224; elle seule plus de 20 M&#8364; de revenus, avec une rentabilit&#233; cinq fois sup&#233;rieure &#224; celle du quotidien. Des diversifications que tous les m&#233;dias tentent de mettre en &#339;uvre, aussi bien en France qu'&#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Thierry Dussard est journaliste et ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; Sciences Po&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tout r&#233;inventer ou mourir</title>
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		<description>Un nouveau &#171; French tycoon &#187; ? Discret, opini&#226;tre, rus&#233;, ce routier de la radio, passionn&#233; d'information et de marketing, est d'abord pass&#233; par HEC avant d'apprendre son m&#233;tier aupr&#232;s de Jean-Paul Baudecroux, chez NRJ, puis de voler de ses propres ailes. En quelques ann&#233;es, il a b&#226;ti un groupe de m&#233;dias atypique dont il contr&#244;le aujourd'hui 35 % du capital. Autour de la radio, qui reste le c&#339;ur historique de NextRadioTV (avec les marques RMC et BFM), une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision sur TNT (BFM TV) ainsi que des (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH101/arton379-6c39f.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='101' class='spip_logos' style='height:101px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Un nouveau &#171; French tycoon &#187; ? Discret, opini&#226;tre, rus&#233;, ce routier de la radio, passionn&#233; d'information et de marketing, est d'abord pass&#233; par HEC avant d'apprendre son m&#233;tier aupr&#232;s de Jean-Paul Baudecroux, chez &lt;i&gt;NRJ&lt;/i&gt;, puis de voler de ses propres ailes.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En quelques ann&#233;es, il a b&#226;ti un groupe de m&#233;dias atypique dont il contr&#244;le aujourd'hui 35 % du capital. Autour de la radio, qui reste le c&#339;ur historique de NextRadioTV (avec les marques &lt;i&gt;RMC&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;BFM&lt;/i&gt;), une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision sur TNT (&lt;i&gt;BFM TV&lt;/i&gt;) ainsi que des magazines et un site Internet leader sur les nouvelles technologies (groupe Tests). Et, depuis peu, un quotidien &#233;conomique, &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt;, rachet&#233; &#224; Bernard Arnault, log&#233; sous sa holding personnelle. Au total, une capitalisation boursi&#232;re comprise entre 260 et 350 millions de francs pour plus de 100 millions d'euros de chiffre d'affaires et quelque 650 salari&#233;s.
Ses d&#233;tracteurs soulignent que le groupe est durablement endett&#233;, que le pari de &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; est risqu&#233; et que le cours de bourse de NextRadioTV n'a gu&#232;re d&#233;coll&#233; depuis son introduction. Ses supporters, au contraire, expliquent que, sur la m&#234;me p&#233;riode, la capitalisation boursi&#232;re de &lt;i&gt;NRJ&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; divis&#233;e par trois... Ils soulignent le pragmatisme du patron de NextRadioTV, son obsession du marketing et son sens du &#171; coup &#187; : arracher par exemple l'exclusivit&#233; des droits de diffusion radio de la Coupe du monde de football 2002. Ou improviser le d&#233;bat Fran&#231;ois Bayrou et S&#233;gol&#232;ne Royal entre les deux tours de la derni&#232;re &#233;lection pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En attendant, Alain Weill, 47 ans, a fait son entr&#233;e au panth&#233;on des fortunes fran&#231;aises. Pas de quoi &#233;mouvoir cet homme tranquille, &#233;tranger aux paillettes du showbiz, qui partage ses loisirs entre sa famille et ses amis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il re&#231;oit &lt;i&gt;M&#233;dias&lt;/i&gt; au si&#232;ge de son groupe, dans l'immeuble moderne, sobre et fonctionnel, qu'il partage avec quelques concurrents (le groupe Lagard&#232;re, la cha&#238;ne &lt;i&gt;KTO&lt;/i&gt;...). Ambiance simple et studieuse dans son bureau d'angle, perch&#233; au-dessus du p&#233;riph&#233;rique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque Alain Weill nous rejoint, le photographe est en train de &#171; shooter &#187; son bureau dont le journaliste d'un grand quotidien du soir avait cru bon, &#224; l'occasion d'un portrait qui lui &#233;tait consacr&#233;, de devoir souligner la banalit&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est donc &#231;a la fameuse table qui vous sert de bureau ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsqu'on a d&#233;m&#233;nag&#233; &lt;i&gt;RMC&lt;/i&gt; de Monaco, certains meubles pouvaient encore servir, et notamment cette table. Je l'ai rapport&#233;e &#224; Paris. On n'allait quand m&#234;me pas la jeter ? Franchement, je ne comprends pas pourquoi les journalistes se sont arr&#234;t&#233;s &#224; ce d&#233;tail...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-&#234;tre parce que vous avez la r&#233;putation d'&#234;tre tr&#232;s peu d&#233;pensier... On dit m&#234;me que vous avez b&#226;ti un groupe &#171; low cost &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je sais, et c'est un peu de ma faute. Au moment de notre introduction en Bourse, j'ai employ&#233; cette image parce que je pensais que le concept &#233;tait &#224; la fois compr&#233;hensible et attrayant. L'image &#233;tait certainement trop belle, elle est rest&#233;e, elle nous colle un peu &#224; la peau. En r&#233;alit&#233;, nous sommes &#171; low cost &#187; par rapport aux op&#233;rateurs historiques. Nous n'avons pas leur lourdeur. Nous n'avons pas non plus leurs moyens. Alors nous les mettons en priorit&#233; l&#224; o&#249; c'est strat&#233;gique. Ce qui n'a rien &#224; voir avec la qualit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les compagnies a&#233;riennes &#171; low cost &#187;, ce n'est pas sur les avions qu'on &#233;conomise. Au contraire. Quand vous prenez un vol easyJet, vous voyagez dans un avion aussi moderne que ceux d'Air France. Plus moderne parfois. Et aussi bien entretenu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans nos m&#233;tiers, c'est pareil. Lorsque nous avons n&#233;goci&#233; l'exclusivit&#233; des droits radio pour la Coupe du monde de football, je me souviens que nos journalistes voyageaient en classe &#233;conomique pour aller commenter des matchs dont nous avions l'exclusivit&#233;. Dans la cabine avant, en business, il y avait les journalistes des cha&#238;nes concurrentes... priv&#233;es de matches !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-il vrai que vous avez &#233;t&#233; influenc&#233; par l'ouvrage &#171; Do More With Less &#187; de Patrick Mercier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. J'en ai achet&#233; une dizaine pour les offrir &#224; tous mes collaborateurs. C'est un bouquin original et dans lequel je me suis reconnu. C'est bourr&#233; de conseils utiles qui m'ont beaucoup aid&#233; lorsque j'ai repris &lt;i&gt;RMC&lt;/i&gt;, par exemple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai retenu qu'il fallait toujours &#234;tre num&#233;ro un de quelque chose ! &#202;tre num&#233;ro deux sur tous les plans n'est pas viable. Aujourd'hui, &lt;i&gt;RMC&lt;/i&gt; est leader sur le sport. &lt;i&gt;BFM&lt;/i&gt; sur l'&#233;conomie. &lt;i&gt;BFM TV&lt;/i&gt; sur l'information. Le groupe Tests sur les nouvelles technologies. Et nous r&#233;fl&#233;chissons, &#233;videmment, &#224; faire de &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; le leader de quelque chose...&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_923 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/168.jpg&quot; title='photos : Christophe Zaragoza' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/168-ce864-a57bf.jpg' width='324' height='217' alt='photos : Christophe Zaragoza' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-923 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Christophe Zaragoza&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &#201;videmment, une non-information reprise par une d&#233;p&#234;che, dans nos m&#233;tiers, &#231;a devient...une information ! &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il para&#238;t aussi que vous voulez d&#233;j&#224; &#234;tre num&#233;ro un chez vous, dans votre propre groupe...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224; encore c'est ma faute. Dans une r&#233;union un peu anodine, au cours d'un d&#233;bat, j'ai expliqu&#233; que lorsque le fonds d'investissement Alpha, qui m'accompagne depuis sept ans et qui a &#233;videmment vocation &#224; sortir, allait se retirer, je monterai tr&#232;s naturellement dans le capital de mon propre groupe. Entre nous, c'est une parfaite &#171; non-information &#187;, &#224; la fois banale et logique. Lorsqu'on poss&#232;de 35 % d'une entreprise qui va bien, on a &#233;videmment envie d'en poss&#233;der plus, d'&#234;tre encore un peu plus chez soi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les investisseurs d'Alpha le savent. Je le sais. Les observateurs le savent. Tout le monde le sait. Mais dans la salle, ce jour-l&#224;, il y avait un journaliste de &lt;i&gt;Reuters&lt;/i&gt; qui a fait une d&#233;p&#234;che. &#201;videmment, une non-information reprise par une d&#233;p&#234;che, dans nos m&#233;tiers, &#231;a devient... une information ! Alors, elle s'est d'elle-m&#234;me transform&#233;e en &#171; scoop &#187;. En quelques heures, c'est devenu &#171; Alain Weill lance une OPA sur son propre groupe ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut dire qu'on n'a jamais parl&#233; autant de vous que depuis que vous avez rachet&#233; La Tribune.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Franchement, j'en ai &#233;t&#233; le premier surpris. D'un point de vue capitalistique, &lt;i&gt;BFM&lt;/i&gt; &lt;i&gt;TV&lt;/i&gt; &#233;tait quand m&#234;me une op&#233;ration bien plus importante que La Tribune. Mais en France, c'est comme &#231;a. Le &#171; vrai &#187; statut, dans les m&#233;dias, c'est patron de presse. Je n'y peux rien !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant la presse va mal...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un euph&#233;misme. La presse quotidienne nationale est m&#234;me en voie de disparition. Je pense que personne n'en a vraiment conscience. Imaginez : pas un seul quotidien ne gagne de l'argent ! La seule et vraie question qu'il faut se poser, c'est : &#171; &lt;i&gt;Q&lt;/i&gt;&lt;i&gt;uel est le prochain titre qui va dispara&#238;tre ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela dit, l&#224; aussi, c'est un peu une sp&#233;cificit&#233; fran&#231;aise. Partout ailleurs dans le monde, la presse &#233;crite va mieux qu'on ne le dit. M&#234;me avec le d&#233;veloppement d'Internet, les m&#233;dias traditionnels continuent &#224; bien se porter et &#224; se d&#233;velopper.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour &#234;tre honn&#234;te, quand j'ai regard&#233; le dossier de&lt;i&gt; La Tribune&lt;/i&gt;, &#231;a m'a confort&#233; de voir que Murdoch rachetait le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;. Son groupe fait preuve d'une grande vision. Je me suis dit que si lui aussi investissait dans la presse &#233;crite, je n'&#233;tais pas totalement fou !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, aujourd'hui, tout le monde devrait &#234;tre en train de repenser le syst&#232;me, de tout r&#233;inventer en fonction de la nouvelle demande, des nouveaux circuits de distribution, des nouvelles habitudes de consommation d'information... H&#233;las ! au lieu de se retrousser les manches, on continue &#224; se demander comment maintenir telle ou telle habitude, tel ou tel avantage...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faudrait-il changer pour inverser la tendance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Beaucoup de choses... Si on compare avec d'autres pays, nos journaux co&#251;tent environ trois fois plus cher. Pas uniquement &#224; cause du syndicat du Livre. C'est un tout. Le syst&#232;me, mod&#232;le issu de la guerre avec un statut un peu particulier, n'a pas su &#233;voluer : le journal qui arrive &#224; 11 heures au bureau quand vous avez d&#233;j&#224; &#233;cout&#233; la radio et regard&#233; Internet, c'est mort ! Je ne parle m&#234;me pas du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; qui arrive le lendemain en province... Sinc&#232;rement, vous pensez que ce syst&#232;me peut tenir encore longtemps ? La presse doit renoncer &#224; s'accrocher &#224; son r&#244;le historique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du point de vue du contenu, elle doit s'affirmer dans un r&#244;le nouveau, qui n'est pas concurrent mais compl&#233;mentaire des nouveaux m&#233;dias. Au lieu de le nier, elle doit en tirer parti. Proposer plus de recul, de v&#233;rification, d'analyse...
Du point de vue de la gestion, il faut aussi &#171; tourner la page &#187;, si j'ose dire, et g&#233;rer de fa&#231;on plus dynamique, plus moderne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et de ce point de vue, je suis tr&#232;s optimiste car il me semble qu'il y a beaucoup de r&#233;serves de croissance et d'innovation. Regardez les magazines. Ils sont tr&#232;s dynamiques en termes de marketing. &#201;trangement, ce n'est pas le cas des quotidiens qui ont eu tendance &#224; s'endormir. Beaucoup n'ont m&#234;me pas leur propre service commercial. Ma conviction, c'est qu'il faut g&#233;rer une entreprise de presse comme une autre industrie et ne pas se placer syst&#233;matiquement dans la d&#233;fense d'un mod&#232;le et d'une nostalgie. En termes de marketing, par exemple, la presse est &#224; l'&#226;ge de pierre...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas de raison que &#231;a ne marche pas &#224; partir du moment o&#249; l'on sait se r&#233;former, s'adapter. Et ceux qui n'arrivent pas &#224; se r&#233;former doivent d'abord s'en prendre &#224; eux-m&#234;mes...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; qui pensez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; beaucoup de monde. Et pas seulement dans la presse. Prenez le Quid. Ce n'est pas de la presse mais c'est le m&#234;me probl&#232;me, une v&#233;ritable institution. Tout le monde pensait : &#171; &lt;i&gt;Le Quid est &#233;ternel, il ne peut pas dispara&#238;tre.&lt;/i&gt; &#187; Eh bien, pour la premi&#232;re ann&#233;e, il ne sera pas r&#233;&#233;dit&#233;... Tout simplement parce que son propri&#233;taire n'a pas su se remettre en cause. Et pourtant, s'il l'avait voulu, il aurait pu, lui, cr&#233;er Wikip&#233;dia ! Quand on sait s'adapter, tout est possible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez fait le MBA d'HEC. On constate qu'il y a de plus en plus de &#171; managers &#187; et de moins en moins de &#171; journalistes &#187; &#224; la t&#234;te des m&#233;dias.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois que c'est une bonne chose. Historiquement, en France, nous avons eu beaucoup de journalistes patrons de presse. Ils avaient comme principal souci, et souvent comme seul souci, de faire des journaux de qualit&#233;. Pas forc&#233;ment de les vendre. Bien s&#251;r, il y a des exceptions. Axel Ganz, par exemple, a &#233;t&#233; un grand journaliste et un grand patron. Mais globalement, les patrons de presse fran&#231;ais ont trop pens&#233; &#224; leur profession et pas assez &#224; leurs lecteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment allez-vous rentabiliser &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous allons tout modifier : le fond et la forme. On y travaille. La nouvelle formule sortira &#224; l'automne et nous esp&#233;rons &#234;tre &#224; l'&#233;quilibre financier en 2010. C'est ambitieux mais c'est jouable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous allons revoir la politique commerciale. Prenez les abonnements, par exemple. S'abonner est un geste courant de la vie moderne. Aujourd'hui, dans la presse, les abonnements se font majoritairement &#224; l'ann&#233;e. Nous allons proposer un abonnement au mois, comme c'est le cas pour le t&#233;l&#233;phone ou Internet... Plut&#244;t que de payer 300 euros par an, il vaut mieux payer 30 euros pas mois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le plan de la publicit&#233;, vous savez que tous les professionnels se plaignent de la conjoncture. Je fais une analyse un peu diff&#233;rente. Je crois que la part de march&#233; de la publicit&#233; est structurellement tr&#232;s basse dans les quotidiens fran&#231;ais. Regardez le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;, par exemple [il d&#233;plie un vieil exemplaire sur sa table basse]. Vous voyez la quantit&#233; de pub qu'il y a dans ces journaux ? Ma conviction, c'est qu'il existe une vraie marge de progression chez nous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En termes de distribution &#233;galement, nous r&#233;fl&#233;chissons &#224; des syst&#232;mes d'abonnement &#171; entreprise &#187; dans lesquels les journaux seront port&#233;s d&#232;s 7 heures du matin au domicile des abonn&#233;s. L&#224; aussi, il faut tout inventer. Pour vous donner une comparaison : &lt;i&gt;M&#233;tro&lt;/i&gt; diffuse dix fois plus de journaux que&lt;i&gt; La Tribune&lt;/i&gt;, et son co&#251;t de distribution est de moiti&#233; inf&#233;rieur ! Vous voyez les marges de progression possibles !&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_922 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/169.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/169-f6ca8-61e03.jpg' width='324' height='217' alt='' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; En France, c'est comme &#231;a : le &quot;vrai&quot; statut, dans les m&#233;dias, c'est patron de presse. Je n'y peux rien ! &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela veut dire que vous allez sortir des NMPP ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sortir, non. Travailler plus finement avec eux, oui. Je ne pense pas que La Tribune doive &#234;tre pr&#233;sente dans le moindre petit kiosque du fin fond de la France. On va devoir se concentrer sur des kiosques rentables. D'autant qu'aujourd'hui, &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt; doivent supporter plus de 60 % d'invendus ! Vous imaginez un peu ce que &#231;a implique ? On imprime des journaux pour les pilonner et faire perdre de l'argent &#224; tout le monde ! Ce n'est pas viable...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'avez pas &#233;t&#233; tent&#233; de transformer&lt;i&gt; La Tribune&lt;/i&gt; en gratuit ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Si on veut un gratuit, il ne faut pas partir d'un payant. Pour reprendre mon exemple, si vous voulez faire easy Jet, vous ne partez pas d'Air France. En revanche, je crois beaucoup &#224; des syst&#232;mes &#171; mixtes &#187; qui sont d&#233;j&#224; largement r&#233;pandus. Avec d'un c&#244;t&#233; de &#171; vrais abonn&#233;s &#187; qui payent. Et de l'autre, de &#171; faux abonn&#233;s &#187; qui ne payent pas, comme chaque fois que vous recevez un journal &#224; l'essai sans trop savoir pourquoi pendant quelques mois. Et, enfin, avec des journaux payants que vous recevez gratuitement. Comme dans les a&#233;roports ou dans les h&#244;tels. Cela ne se limite d'ailleurs pas &#224; la presse &#233;crite. &#192; l'h&#244;tel, par exemple, vous ne payez pas votre abonnement &#224; &lt;i&gt;Canal +&lt;/i&gt;. Chez vous, oui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les mauvaises langues disent que Bernard Arnault vous a c&#233;d&#233; &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; parce qu'il &#233;tait persuad&#233; que vous ne sauriez pas la redresser...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je l'ai entendu dire, moi aussi, mais c'&#233;tait avant qu'on ne la reprenne ! La rumeur, d'ailleurs, venait de tous ceux qui esp&#233;raient qu'on ne l'aurait pas... En r&#233;alit&#233;, Bernard Arnault sait tr&#232;s bien que nous avons prouv&#233;, par le pass&#233;, notre capacit&#233; &#224; relancer des marques en difficult&#233;. Je crois surtout qu'il avait besoin d'un repreneur cr&#233;dible, &#171; acceptable &#187; pour la r&#233;daction de &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt;. Sans quoi il n'aurait jamais pu r&#233;aliser son op&#233;ration sur &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt;. Et il nous donne la chance de devenir le premier groupe de presse &#233;conomique en France : je ne vais pas m'en plaindre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la foul&#233;e, vous avez d&#233;bauch&#233; le patron de la r&#233;daction des &lt;i&gt;&#201;chos&lt;/i&gt;, Erik Izraelewicz&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Depuis, &#201;ric B&#233;ziat, r&#233;dacteur en chef &#233;dition aux &#201;chos, est devenu le nouveau (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; (un autre HEC !). C'est un coup de poignard dans le dos de Bernard Arnault ou un nouveau cadeau qu'il vous fait ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Honn&#234;tement, Erik s'&#233;tait tellement oppos&#233; &#224; l'arriv&#233;e de Bernard Arnault aux &#201;chos que son d&#233;part, qui n'&#233;tait pas pr&#233;vu, arrangeait tout le monde. En ce qui me concerne, je vous ai dit que je voulais envoyer un signal fort &#224; propos de notre ambition &#233;ditoriale pour &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt;. Et de notre ind&#233;pendance. Le choix d'Erik &#233;tait id&#233;al.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez sinc&#232;rement que la r&#233;daction de &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; est plus ind&#233;pendante que celle des &lt;i&gt;&#201;chos&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois plus &#224; l'ind&#233;pendance financi&#232;re qu'au contr&#244;le de la r&#233;daction par les journalistes. Une r&#233;daction qui d&#233;pend de ses banquiers n'est plus ind&#233;pendante ! Qu'on le veuille ou non, l'argent reste la meilleure des garanties d'ind&#233;pendance. Surtout si c'est un pure player des m&#233;dias qui est derri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pas un industriel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Les industriels qui investissent dans les m&#233;dias, ce n'est pas forc&#233;ment une tr&#232;s bonne chose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est pourtant monnaie courante ! LVMH, Lagard&#232;re, Bouygues, Dassault...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne veux pas parler pour les autres. Mais du point de vue des affaires, un groupe industriel qui investit dans les m&#233;dias se comporte avant tout comme un actionnaire, ce qui est normal puisqu'il a d'autres m&#233;tiers dans son portefeuille d'activit&#233;s. Mais les actionnaires sont rarement des d&#233;veloppeurs. Leur logique - et on ne peut pas leur en vouloir - c&#8216;est de g&#233;rer des participations avant de d&#233;velopper du business. Les pure players, eux, sont des d&#233;veloppeurs par nature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le contenu, ils ont souvent une tentation d'intervention plus forte : une partie de leur groupe a pour m&#233;tier, entre autres, de parler de ses activit&#233;s... Chez nous, vous comprenez que ce n'est pas le cas. J'ai toujours pens&#233; qu'il fallait laisser les journalistes faire leur boulot et qu'intervenir au profit d'un annonceur, par exemple, &#233;tait une erreur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'&#234;tes vraiment jamais tent&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Honn&#234;tement, non. Pas au quotidien. Je me sens moi aussi &#224; la fois un peu journaliste et un peu patron. Quand on me pose la question, j'ai du mal &#224; d&#233;finir la fronti&#232;re... Je n'ai pas de carte de presse, mais je suis passionn&#233;, et tr&#232;s impliqu&#233;. Dans la nouvelle formule de &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt;, par exemple. Mais pas dans les choix r&#233;dactionnels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chacun sait que notre nouveau pr&#233;sident de la R&#233;publique a du mal &#224; lutter contre ses penchants interventionnistes. Les mauvaises langues, toujours elles, racontent qu'il vous a appel&#233; pour vous engueuler. Vous d&#233;mentez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, c'est exact. Il m'a appel&#233;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_921 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/68.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/68-ac1f5-0d6bb.jpg' width='324' height='217' alt='' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Nous r&#233;fl&#233;chissons, &#233;videmment, &#224; faire de &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt;, le leader de quelque chose. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#231;a ne vous choque pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, &#231;a ne me choque pas [il h&#233;site]. Pour &#234;tre honn&#234;te, &#231;a me surprend... Sur le moment, c'est un peu bizarre ! Surtout que je ne connaissais pas les raisons de sa col&#232;re. Apr&#232;s v&#233;rification, c'&#233;tait parce qu'un auditeur avait appel&#233; pour livrer &#224; l'antenne un t&#233;moignage qui impliquait sa vie priv&#233;e. Cela venait des auditeurs et pas de la r&#233;daction. C'&#233;tait une rumeur, pas une information... Objectivement, nous ne sommes pas l&#224; pour relayer des rumeurs mais pour diffuser des informations fiables. Alors oui, on peut se poser la question de la pertinence d'une intervention...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas toujours facile de faire la part des choses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pas impossible. Dans le pass&#233;, j'ai &#233;t&#233; choqu&#233; par le cas Mazarine Pingeot. C'&#233;tait tr&#232;s clairement de la dissimulation d'information avec la complicit&#233; de journalistes qui &#233;taient au courant. Cacher, c'est manipuler. Plus r&#233;cemment, je pense que la situation n'&#233;tait pas non plus tr&#232;s saine entre Fran&#231;ois Hollande et S&#233;gol&#232;ne Royal. Mais lorsqu'il n'y a pas de cons&#233;quence sur la vie publique, je pense que ce n'est plus notre job de traiter l'information. Moi aussi, si on relayait des rumeurs et des informations &#224; la fois fausses et pr&#233;judiciables &#224; mon groupe ou &#224; ma personne, je t&#233;l&#233;phonerais... Mais encore une fois, cela n'a rien &#224; voir avec l'ind&#233;pendance. Il ne faut pas tout confondre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous aussi, vous intervenez parfois. Vous venez de d&#233;poser un recours devant le Conseil d'&#201;tat pour protester contre la mauvaise exposition de BFM TV sur CanalSat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est exact. La cha&#238;ne&lt;i&gt; i&gt;TV&lt;/i&gt;, notre concurrente, b&#233;n&#233;ficie d'un avantage indu sur CanalSat. Je ne discute pas son ant&#233;riorit&#233;, qui est &#233;vidente. Mais la diff&#233;rence de num&#233;rotation l'est moins. &lt;i&gt;BFM TV&lt;/i&gt; ne figure pas sur la mosa&#239;que des programmes. Elle ne figure pas non plus sur le guide des programmes de CanalSat ainsi que sur le guide &#233;lectronique. Vous trouvez &#231;a normal, vous ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est une d&#233;claration de guerre &#224; &lt;i&gt;Canal +&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Nous avons de bonnes relations. Mais quand on est dans son bon droit, il ne faut pas h&#233;siter &#224; en user.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La suppression de la publicit&#233; sur les cha&#238;nes publiques, est-ce une aubaine pour vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, au fond, je crois que c'est une bonne chose. Pas seulement pour la t&#233;l&#233;vision, mais pour tous les m&#233;dias priv&#233;s. Il est plus simple et plus sain que l'argent public aille aux m&#233;dias publics, et que l'argent priv&#233; aille aux cha&#238;nes priv&#233;es. C'est une bonne d&#233;cision. La seule chose contestable, &#224; mes yeux, c'est la forme. Personne n'&#233;tait au courant...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'avenir de la t&#233;l&#233;vision ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est radieux ! Nous sommes &#224; la veille d'une r&#233;volution qui va bouleverser les habitudes de consommation d'images. C'est la fameuse &#171; t&#233;l&#233;vision sur mobile &#187;. Ce n'est pas pour apr&#232;s-demain, mais pour demain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;videmment, vous &#234;tes candidat...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;videmment. Nous avons d&#233;pos&#233; trois dossiers. Mais honn&#234;tement, cela ne changera pas le paysage que vous connaissez. Ce sera transparent pour le consommateur. Les gagnants seront les grandes cha&#238;nes nationales qui sont d&#233;j&#224; leaders sur la t&#233;l&#233;vision &#171; fixe &#187;. Les spectateurs voudront toujours voir les grandes cha&#238;nes en mobilit&#233;. Ce sera comme une sorte de &#171; transistor t&#233;l&#233;vision &#187; si vous voulez. &lt;i&gt;RTL&lt;/i&gt; est leader en France, que vous l'&#233;coutiez chez vous ou dans votre voiture. Ce sera pareil pour la t&#233;l&#233;vision. M&#234;me si je le regrette d'avance, le leader de la t&#233;l&#233;vision mobile ne sera pas &lt;i&gt;BFM TV&lt;/i&gt;. Mais... &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;France T&#233;l&#233;com a r&#233;ussi un joli coup en partageant les droits de diffusion du football avec &lt;i&gt;Canal +&lt;/i&gt;. Craignez-vous la concurrence des entreprises de t&#233;l&#233;com qui se lancent dans la diffusion, voire la production de programmes de t&#233;l&#233;vision ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec les sommes en jeu, tout le monde peut trembler. Le seul b&#233;n&#233;fice de France T&#233;l&#233;com est comparable &#224; la somme des chiffres d'affaires des principales cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision. Financi&#232;rement, le jeu est in&#233;gal. Mais il s'agit de deux m&#233;tiers fondamentalement diff&#233;rents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour faire un parall&#232;le avec la grande distribution, la d&#233;marche de France T&#233;l&#233;com serait comparable &#224; celle des &#171; marques distributeurs &#187; dans les supermarch&#233;s. Vous pouvez proposer votre propre gamme de produits, mais vous ne pouvez pas vous permettre de ne pas proposer les produits des autres. Carrefour peut proposer du &#171; riz Carrefour &#187;, &#224; condition de laisser le choix, dans ses rayons, entre les autres marques de riz. Sinon, les clients ne viendront plus chez Carrefour !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, imaginez qu'Orange signe un accord d'exclusivit&#233; pour la diffusion du football et que Free signe la m&#234;me chose pour le rugby. Si je suis &#224; la fois passionn&#233; de foot et de rugby, je fais quoi ? Je ne vais quand m&#234;me pas prendre deux abonnements t&#233;l&#233;phoniques ou Internet... Le syst&#232;me ne fonctionne pas lorsqu'on pousse la logique &#224; fond. Il se d&#233;veloppera donc en parall&#232;le ou en compl&#233;ment. Mais pas en remplacement.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je me sens &#224; la fois un peu journaliste et un peu patron. Quand on me pose la question, j'ai du mal &#224; d&#233;finir la fronti&#232;re. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Spontan&#233;ment, vous ne parlez pas beaucoup d'Internet...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si, bien s&#251;r. Comme vous le savez, l'ann&#233;e 2007 a &#233;t&#233; une ann&#233;e de fort d&#233;veloppement pour nous. Nous voulions investir dans l'Internet, mais les prix pratiqu&#233;s pour le rachat des sites &#233;taient tels que nous n'en avions pas les moyens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors nous avons rachet&#233; le groupe Tests parce qu'il y avait en son sein une vraie p&#233;pite, &lt;i&gt;01net&lt;/i&gt;, qui est le site n&#176; 1 en termes de fr&#233;quentation et qui est aussi le n&#176; 1 en termes de t&#233;l&#233;chargements de logiciels au niveau europ&#233;en.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous des mod&#232;les payants comme &lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pas la pr&#233;tention de tout comprendre mais je trouve &#231;a bien compliqu&#233;. C'est un site payant. R&#233;sultat, le jour o&#249; ils sortent un scoop, tous les sites le relayent, &#224; commencer par leurs concurrents. C'est une formidable publicit&#233; pour le site mais vous ne pouvez pas en savoir plus &#224; la source puisque vous &#234;tes oblig&#233; de vous abonner ! Et comme vous avez d&#233;j&#224; eu l'info ailleurs, vous n'avez aucune envie de vous abonner... Franchement, je trouve &#231;a bizarre. [En r&#233;fl&#233;chissant, Alain Weill manipule de vieux documents prot&#233;g&#233;s par un &#233;tui en plastique.]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est un scoop que vous cachez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, c'est quelque chose que j'ai retrouv&#233; dans les archives de la comptabilit&#233; de &lt;i&gt;RMC&lt;/i&gt;. Ce sont des vieux re&#231;us de pige de... Philippe Labro ! 200 francs, &#224; l'&#233;poque, pour couvrir les &#233;lections am&#233;ricaines. Sympa, non ? Je vais les lui donner, je pense que &#231;a lui fera plaisir. Vous voyez, c'est comme mon bureau, &#231;a peut encore servir. Je n'allais quand m&#234;me pas le jeter !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-1' id='nb3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Depuis, &#201;ric B&#233;ziat, r&#233;dacteur en chef &#233;dition aux &#201;chos, est devenu le nouveau directeur artistique de La Tribune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La t&#233;l&#233;vision et le Tour de France</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/La-television-et-le-Tour-de-France,378.html</link>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>Le Tour de France cycliste est un &#233;v&#233;nement t&#233;l&#233;visuel avant d'&#234;tre un &#233;v&#233;nement sportif. Tout dans cette &#233;preuve, jusqu'aux moindres d&#233;tails, est d&#233;sormais pens&#233; en fonction du petit &#233;cran. Les spectateurs, les d&#233;cors, les paysages eux-m&#234;mes sont pr&#233;par&#233;s pour attirer les cam&#233;ras. Qu'est-ce que le Tour de France ? Il y a longtemps que ce n'est plus seulement une course cycliste, les r&#233;sultats, ayant perdu toute cr&#233;dibilit&#233; sportive, important peu. Sociologiquement, le Tour est la m&#234;me chose que &#171; La Gloire de (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton378-a13c6.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le Tour de France cycliste est un &#233;v&#233;nement t&#233;l&#233;visuel avant d'&#234;tre un &#233;v&#233;nement sportif. Tout dans cette &#233;preuve, jusqu'aux moindres d&#233;tails, est d&#233;sormais pens&#233; en fonction du petit &#233;cran. Les spectateurs, les d&#233;cors, les paysages eux-m&#234;mes sont pr&#233;par&#233;s pour attirer les cam&#233;ras.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'est-ce que le Tour de France ? Il y a longtemps que ce n'est plus seulement une course cycliste, les r&#233;sultats, ayant perdu toute cr&#233;dibilit&#233; sportive, important peu. Sociologiquement, le Tour est la m&#234;me chose que &#171; La Gloire de mon p&#232;re &#187; : un exercice collectif de la nostalgie. Nostalgie d'une France pass&#233;e de vie &#224; tr&#233;pas et jadis chant&#233;e par Charles Trenet, &#171; Nationale 7 &#187;, &#171; Douce France &#187;. Nostalgie des r&#233;cr&#233;ations de l'&#233;cole communale o&#249;, sous le marronnier, on devisait sur Bobet et Robic, Coppi et Bartali, Anquetil et Poulidor.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La radio et la presse permettaient, du temps de leur supr&#233;matie, de suivre la course, de se focaliser sur elle. Elle seule existait, mais elle &#233;tait invisible, ce qui en faisait un &#233;v&#233;nement onirique qui exaltait l'imagination. En montrant tout de la course, la t&#233;l&#233;vision se condamne &#224; la description, tandis que la presse et la radio sugg&#233;raient tout en ne montrant rien. La t&#233;l&#233;vision, en nous collant aux images, t&#233;tanise l'imagination. Tant qu'on ne voyait pas les coureurs, g&#233;ants d'une route de r&#234;ve, ils demeuraient des chim&#232;res, comme les dieux de l'Olympe. On les imaginait, sur la foi de radioreporters soulev&#233;s d'enthousiasme et de journalistes &#224; la plume ail&#233;e. En banalisant la course et les coureurs, l'irruption de la t&#233;l&#233;vision a fini par les secondariser. Diffuser l'&#233;tape dans son int&#233;gralit&#233;, tout montrer d'elle, la rend prosa&#239;que, malgr&#233; les efforts des commentateurs pour plaquer une chanson de geste h&#233;ro&#239;que sur le direct. De fait, la course et les coureurs ne sont plus qu'un pr&#233;texte pour un vaste show t&#233;l&#233;vis&#233;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_920 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/MEDIA17_REDEKER_02.jpg&quot; title='illustration : Justine Gautron' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L246xH324/MEDIA17_REDEKER_02-65d65-54d39.jpg' width='246' height='324' alt='illustration : Justine Gautron' style='height:324px;width:246px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-920 spip_doc_titre' style='width:246px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Justine Gautron&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Les paysages, l'histoire, la g&#233;ographie et les gens de France occupent le centre de ce show. La cam&#233;ra s'attarde sur les villages, les &#233;difices remarquables, les rivi&#232;res, les autochtones, en une interminable succession de cartes postales, aussi color&#233;es que mi&#232;vres. La t&#233;l&#233;vision se fait alors imagerie d'&#201;pinal - le Tour de France servant de support &#224; une candide repr&#233;sentation de l'histoire, de la g&#233;ographie, des Fran&#231;ais. Pourtant, tout ce qui occupe si longuement l'&#233;cran - ch&#226;teaux, tours, &#233;glises fortifi&#233;es, restes m&#233;di&#233;vaux, Nord meurtri, Alsace bless&#233;e, villes fortifi&#233;es &#224; la Vauban, r&#233;sidus des guerres de religion, des batailles de la R&#233;volution, Languedoc cathare, Vend&#233;e insurg&#233;e, etc. - renvoie &#224; la violence, &#224; l'affrontement sanglant, &#224; la guerre civile, &#224; la chair sanguinolente de l'histoire. En transformant l'hexagone en un d&#233;pliant touristique, &#171; l'&#233;pinalisation &#187; t&#233;l&#233;visuelle accompagnant le Tour de France efface la violence, d&#233;r&#233;alise l'histoire, leur substituant un parc &#224; clich&#233;s inoffensifs et f&#233;d&#233;rateurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est parce que le Tour de France - invent&#233; en 1903 pour la presse &#233;crite - n'est pas fait pour la t&#233;l&#233;vision que celle-ci est contrainte de le dissoudre dans un show touristique plus vaste. La nostalgie trouve &#224; s'y nourrir : la retransmission t&#233;l&#233;visuelle de cette course fait revivre les le&#231;ons d'histoire et de g&#233;ographie de l'&#233;cole communale. Trois semaines durant, chaque &#233;t&#233;, ce feuilleton cathodique permet une excursion du t&#233;l&#233;spectateur dans son enfance. Un bain - certes un peu ti&#232;de - de jouvence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pr&#234;cher dans le d&#233;sert ?</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Precher-dans-le-desert,377.html</link>
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		<dc:date>2008-06-26T16:41:24Z</dc:date>
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		<dc:subject>Radio/T&#233;l&#233;</dc:subject>

		<description>M&#233;dias a voulu en savoir plus sur ce qui se passait en terre d'islam. Nous nous sommes rendus &#224; Doha, capitale du Qatar, pays de la mythique cha&#238;ne Al-Jazira. &#192; l'h&#244;tel Sheraton de Doha, ouverture du Doha Forum on Democracy, Development and Free Trade La grande salle du Sheraton, &#224; Doha, Qatar. C'est ici, au bord du golfe Persique, dans ce minuscule &#233;mirat (250 000 habitants, 11 427 km2) d'une p&#233;ninsule Arabique gorg&#233;e de p&#233;trole et de gaz que se tient le huiti&#232;me &#171; Forum de Doha sur la d&#233;mocratie, le (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-Radio-Tele,31-+.html" rel="tag"&gt;Radio/T&#233;l&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH132/arton377-6e86c.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='132' class='spip_logos' style='height:132px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;i&gt;M&#233;dias&lt;/i&gt; a voulu en savoir plus sur ce qui se passait en terre d'islam. Nous nous sommes rendus &#224; Doha, capitale du Qatar, pays de la mythique cha&#238;ne &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'h&#244;tel Sheraton de Doha, ouverture du Doha Forum on Democracy, Development and Free Trade&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La grande salle du Sheraton, &#224; Doha, Qatar. C'est ici, au bord du golfe Persique, dans ce minuscule &#233;mirat (250 000 habitants, 11 427 km2) d'une p&#233;ninsule Arabique gorg&#233;e de p&#233;trole et de gaz que se tient le huiti&#232;me &#171; Forum de Doha sur la d&#233;mocratie, le d&#233;veloppement et le libre-&#233;change &#187;. Parler de d&#233;mocratie &#224; un d&#233;sert de distance de l'Arabie saoudite, et alors que le mot sonne comme quasiment obsc&#232;ne dans la plupart des &#201;tats arabes environnants, c'est quand m&#234;me os&#233;. &lt;i&gt;M&#233;dias&lt;/i&gt; a tent&#233; l'aventure, d'autant que la session, intitul&#233;e &#171; Future of the role of free media &#187;, promettait d'&#234;tre instructive. En prime, le Qatar, c'est le pays d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;, la mythique cha&#238;ne arabe d'informations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ambiance : l'h&#244;te, His Highness Sheikh Hamad Bin Khalifa Al-Thani, &#233;mir de l'&#201;tat du Qatar, commence son allocution par la formule rituelle : &#171; &lt;i&gt; In the Name of God, The Most Compassionate, The Most Merciful.&lt;/i&gt; &#187; Au nom de Dieu, on en dit des choses, des vertes et des pas m&#251;res, tout particuli&#232;rement dans une r&#233;gion de la plan&#232;te rong&#233;e par un islam fondamentaliste qui veut faire r&#233;gner la charia. Au nom de Dieu, des foules fanatis&#233;es dans la rue r&#233;clament la mort d'&#233;crivains, de journalistes, de dessinateurs, pour blasph&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Heureusement, le nom de Dieu peut avoir bon dos. Le discours d'ouverture est une vraie ouverture. L'&#233;mir, majestueux dans la tenue traditionnelle des princes du d&#233;sert, lit son message proph&#233;tique : &#171; &lt;i&gt;Sans d&#233;mocratie, nous ne pourrions trouver une place pour nous-m&#234;mes dans notre temps ; l'innovation et la modernisation passent par la participation populaire et le respect des droits de l'homme.&lt;/i&gt; &#187; Il y a urgence, conclut-il, &#171; &lt;i&gt; le climat est lourdement nuageux, avec des fum&#233;es &#233;paisses&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des fum&#233;es &#233;paisses, bel euph&#233;misme. &#199;a p&#232;te de partout, Isra&#235;l, Gaza, Irak, Soudan/Darfour, Liban, Syrie, Afghanistan. Il n'est qu'&#224; voir comment les invit&#233;s venus des pays de l'Ouest, principalement europ&#233;ens (peu d'Am&#233;ricains), personnalit&#233;s de haut rang, ministres et ex-ministres, maires, industriels, prennent des pr&#233;cautions oratoires pour parler raison avec leurs vis-&#224;-vis arabes et musulmans. Est-ce par filiation &#224; la patrie des Lumi&#232;res que les Fran&#231;ais sont venus si nombreux ? Une vingtaine d'&#233;lus, parmi lesquels S&#233;gol&#232;ne Royal (pr&#233;sent&#233;e comme &#171; French Socialist Party Presidential Candidate &#187;), &#201;dith Cresson, Dominique de Villepin.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Des nu&#233;es de cha&#238;nes arabophones se disputent la conqu&#234;te satellitaire ; pas un &#233;mirat qui n'ait sa flotte. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au pays d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; (&#171; l'&#238;le &#187; en arabe)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourquoi Doha ? Depuis qu'en 1995, le souverain a renvers&#233; son p&#232;re, en vacances suisses, le Qatar veut s'inspirer d'un Islam des Lumi&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;mir a os&#233; casser des tabous. Il a dot&#233; le pays d'une Constitution. Les femmes peuvent conduire. Et surtout, in the name of God le mis&#233;ricordieux, il a fond&#233;, en novembre 1996, &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;. La cr&#233;ation de cette &lt;i&gt;CNN&lt;/i&gt; arabique, au patronyme embl&#233;matique (&#171; l'&#238;le &#187; en arabe), marque un saut historique dans le futur. &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; s'est impos&#233;e comme Le lieu, L'antenne ouverte &#224; tous, et &#224; tous les points de vue, o&#249; des Isra&#233;liens peuvent s'exprimer autant que leurs ennemis mortels, o&#249; des femmes musulmanes peuvent revendiquer leurs droits. O&#249; les Am&#233;ricains ne dictent pas leur vision CNNis&#233;e du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La jeune Fondation Ibn Rushd pour la libert&#233; de pens&#233;e, du nom du m&#233;decin et philosophe Ibn Rushd, dit Averroes (1126-1198), ne s'y est pas tromp&#233;e. Ce regroupement d'intellectuels et universitaires du Moyen et du Proche-Orient a attribu&#233; son prix 1999 &#224; cette &#171; &#238;le &#187; de la libert&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, le groupe &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;, toujours propri&#233;t&#233; de l'&#233;mirat, rayonne. Au fil des &#233;v&#233;nements, la qualit&#233; de ses &#233;quipes a forc&#233; le respect des grands fr&#232;res occidentaux. La cha&#238;ne arabophone touche aujourd'hui une audience de plus de cinquante millions de t&#233;l&#233;spectateurs, &#224; raison d'une moyenne d'&#233;coute de deux heures par jour (prime time &#224; 21 h). Elle s'est doubl&#233;e en novembre 2006 d'une version anglophone, avec sa propre r&#233;daction. &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; a aussi ses d&#233;clinaisons &#171; sports &#187; et &#171; documentary &#187;. Et devient de plus en plus pr&#233;sente sur le Net, et sur les t&#233;l&#233;phones mobiles, en jouant de l'interactivit&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le dispositif inclut un autre bijou de famille, une cha&#238;ne panarabe pour les enfants, &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; Children's Channel, lanc&#233;e dans les airs le 9 septembre 2005, comme une alternative aux cha&#238;nes &#171; &lt;i&gt;qui exposent les enfants arabes &#224; la violence et &#224; des programmes inappropri&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Elle apporte aux jeunes Arabes et &#224; leurs familles &#224; travers le monde une source de divertissement fiable et objective, tout en leur permettant de d&#233;velopper leur savoir et leurs talents&lt;/i&gt; &#187;, dit son directeur g&#233;n&#233;ral. Son initiatrice, sa bonne f&#233;e, est le personnage le plus discret, et sans aucun doute le plus influent de la saga Qatar : l'&#233;pouse de l'&#233;mir, Son Altesse Sheikha Mozah bint Nasser Al Missned, une femme au caract&#232;re bien tremp&#233;, francophile et humaniste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bon, vais-je apprendre, la cha&#238;ne des kids n'a pas encore fait son trou. &#201;duquer et distraire des enfants dont l'&#226;ge s'&#233;tale de 3 &#224; 15 ans n'est pas &#233;vident. Sahla et le robot Nad, Elias et ses le&#231;ons d'&#233;lectricit&#233;, Elsa et son cours d'harmonie, beaut&#233;, fitness, Greta, Saeeeb et leurs exp&#233;riences, ou Tariq Al Najah pour la p&#233;dagogie des petits, peinent &#224; trouver leur public. Les kids trouvent que &#171; c'est pas rigolo &#187;, ils veulent des s&#233;ries et des cartoons am&#233;ricains, et les parents musulmans orthodoxes jugent que c'est trop lib&#233;ral.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le p&#233;trole et le gaz ont fait du Qatar un &#201;tat richissime qui peut ais&#233;ment investir une (petite) partie des dividendes en finan&#231;ant &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; ou le Forum pour la d&#233;mocratie. C'est le prix &#224; payer pour donner une identit&#233; et un futur &#224; cet ancien petit port de p&#234;che devenu un gigantesque chantier d'o&#249; pointent vers le ciel &#233;chauff&#233; des dizaines d'immenses tours en construction, &#224; l'esth&#233;tique orientale. De la vieille ville, reste un souk reconstitu&#233; &#224; l'identique, par la volont&#233; de l'&#233;mir, avec le torchis blanc et les poutres de bois, o&#249; d&#233;ambulent les silhouettes gracieuses des femmes en abaya noire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Qatar n'est pas encore le pays de Cocagne de la d&#233;mocratie, la loi coranique reste en vigueur, mais en industriel et homme de marketing avis&#233;, l'&#233;mir - et la Sheikha - ont fait l'analyse que les r&#233;serves naturelles s'&#233;puiseront avant la fin du si&#232;cle, et que la richesse viendra alors d'autres ressources, de la capacit&#233; du Qatar &#224; s'&#234;tre projet&#233; dans l'&#232;re moderne du tout-communication.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le syndrome islamique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Retour sur le futur, en avril 2008, au Sheraton. &#171; &lt;i&gt; Ne vous faites pas avoir par le baratin, enqu&#234;tez, trouvez les vrais faits&lt;/i&gt; &#187;, sugg&#232;re mon voisin de table, un businessman qatari qui, sous la tenue traditionnelle, d&#233;couvre au poignet une montre Cartier sertie de diamants qui vaut son pesant de containers d'or noir. Il laisse entendre que &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; est trop complaisante avec le mouvement islamique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis 1996, il y a eu le 11-Septembre, Ben Laden, Al-Qa&#239;da, le terrorisme, l'Irak, les raids sanglants d'Isra&#235;l. Les positions se sont durcies, les haines t&#233;tanis&#233;es. &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; est v&#233;cue en Occident comme la cha&#238;ne qui donne la parole &#224; Ben Laden et ses amis ; et dans les pays arabes comme trop aimable &#224; l'&#233;gard d'Isra&#235;l et des Am&#233;ricains.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que le Qatar reste un lieu o&#249; &#171; &#231;a se discute &#187; est un miracle. La partie est loin d'&#234;tre gagn&#233;e ; on peut m&#234;me se demander, &#224; la huiti&#232;me &#233;dition du Forum, en quoi les choses ont avanc&#233;. Si ce n'est pour des pays comme la Turquie qui, pour adh&#233;rer &#224; l'Europe, doivent conc&#233;der de nouvelles libert&#233;s, &#224; contrec&#339;ur. En fait, chacun invoque sa culture, son identit&#233;, son rythme pour justifier le d&#233;ficit d&#233;mocratique. Comme dit Tayyip Erdogan, Premier ministre turc, &#171; &lt;i&gt;la d&#233;mocratie est un processus dynamique, pas un &#233;tat de fait. &#192; chaque pays son exp&#233;rience et son rythme. Il faudra donc s'adapter et satisfaire les &#8220;standards europ&#233;ens&#8221; en mati&#232;re des libert&#233;s et droits de l'homme&lt;/i&gt; &#187;. Des standards !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;ponse du pr&#233;sident du Parlement europ&#233;en, Hans-Gert Hermann P&#246;ttering, est flottante : &#171; &lt;i&gt;La tol&#233;rance est un chemin &#224; deux sens. Il ne s'agit pas de se d&#233;partir de ses convictions mais de respecter celles des autres. En Europe, les m&#233;dias sont libres. On ne peut pas interf&#233;rer. On ne peut que faire jouer le m&#233;canisme de l'autoresponsabilit&#233; : qu'en pensent les autres cultures ?&lt;/i&gt; &#187;
Le parlementaire n'aurait pas publi&#233; les caricatures, mais il ne les aurait pas interdites. Il n'en aurait pas eu l'autorit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La guerre de religion entre les partisans d'un journalisme libre et ceux de m&#233;dias aux ordres n'a jamais &#233;t&#233; aussi intense. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La session consacr&#233;e aux m&#233;dias confirme que la guerre de religion entre les partisans d'un journalisme libre et ceux de m&#233;dias aux ordres n'a jamais &#233;t&#233; aussi intense. Des nu&#233;es de cha&#238;nes arabophones se disputent la conqu&#234;te satellitaire ; pas un &#233;mirat qui n'ait sa flotte infos-sports-documentaires-divertissements-jeunesse. Rien qu'au Kowe&#239;t, rappelle un intervenant, on compte vingt-trois cha&#238;nes de t&#233;l&#233; terrestres et sept satellitaires. Les cha&#238;nes occidentales d'information continue, &lt;i&gt;CNN, BBC&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;France 24&lt;/i&gt; feraient presque figure d'exotiques outsiders.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il va falloir pas mal d'humour &#224; Wadah Khanfar, directeur g&#233;n&#233;ral de &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; network, pour conserver son calme, face &#224; des confr&#232;res et dignitaires marocain, soudanais, &#233;gyptien, kowe&#239;tien qui ont un sens tr&#232;s relatif des libert&#233;s. Il observe que s'il y a eu une tendance positive pour les m&#233;dias, apr&#232;s &#171; &lt;i&gt;les ann&#233;es de tergiversations&lt;/i&gt; &#187; qui ont suivi le 11-Septembre, le climat s'est &#224; nouveau alourdi. Le Qatar est le seul pays &#224; ne pas avoir sign&#233; une charte de la Ligue arabe qui permet d'interdire un programme de t&#233;l&#233;vision satellitaire s'il choque les voisins. Un truc carr&#233;ment liberticide, au pr&#233;texte de la tol&#233;rance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette charte exprime un &#233;tat de crise,&lt;/i&gt; s'inqui&#232;te Wadah Khanfar. &lt;i&gt;Ce dont nous avons besoin, c'est de plus de professionnalisme, de plus de technique, de plus d'investigation, de plus de r&#233;alit&#233;, de plus de compr&#233;hension. On sent bien la volont&#233; de brider les m&#233;dias, partout. Heureusement que les m&#233;dias interactifs &#233;chappent au contr&#244;le, et permettent &#224; tous de participer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas d'applaudissements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un ancien ministre de l'Information du Soudan, qui s'honore d'avoir mis les radios sous contr&#244;le de l'&#201;tat, contre f&#233;rocement. Lui, le pacte, il le trouve tr&#232;s bien. Oui, il est normal que les &#201;tats contr&#244;lent les m&#233;dias, et fixent des contraintes pour que ne soient pas dites des choses irresponsables et choquantes. Il en veut plus car le pacte ne concerne pas toutes ces cha&#238;nes intruses qui d&#233;bordent dans la r&#233;gion en d&#233;versant leurs insanit&#233;s &#171; &lt;i&gt;Il faudrait une l&#233;gislation internationale qui punisse toute atteinte &#224; la religion et &#224; la culture d'autrui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Abdelbari Atwan, r&#233;dacteur en chef du quotidien Al Qudo Al Arabi &#224; Londres, pro Al-Qa&#239;da, acquiesce et accable l'Am&#233;rique. &#171; &lt;i&gt;Nous vivons une d&#233;cennie tragique et c'est la faute des &#201;tats-Unis. Ils ont impos&#233; leur terminologie. Ils veulent nous contr&#244;ler et nous induire en erreur avec toutes leurs cha&#238;nes arabophones.&lt;/i&gt; &#187; La loi Blair qui menace de prison toute personne faisant circuler des textes incitant au terrorisme est &#171; &lt;i&gt;une iniquit&#233;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autre grand classique de l'argument qui tue : la non-qualification de l'humaniste occidental. &#171; &lt;i&gt;Vous voyez avec vos yeux d'Europ&#233;ens. Nous, on a besoin de r&#233;gimes autoritaires&lt;/i&gt; &#187;, lance, agac&#233;, un journaliste libanais en entendant un Fran&#231;ais critiquer le r&#233;gime de Ben Ali. Pour un peu, l'homme du Sud, fort d'une condamnation sans appel du n&#233;ocolonialisme de l'Occident mat&#233;rialiste, d&#233;non&#231;ant sa fa&#231;on de vouloir imposer ses formats, ses standards, ses mani&#232;res de voir, ses stars, ses m&#339;urs d&#233;cadentes l&#233;gitimerait, au nom du repli identitaire, le maintien en Afrique, &#171; chez nous &#187;, des us les plus barbares, jusqu'&#224; l'excision, et, bien s&#251;r, une censure sourcilleuse des m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'intervention de lord Tim Bell, Chime Communications, UK, un magnat de presse &#224; la Murdoch, vorace, r&#233;gnant sur des armadas de quotidiens, d'hebdos, de radios, de t&#233;l&#233;s ne va pas dissiper le malentendu, mais l'attiser. Les extr&#234;mes se nourrissent entre eux, par un ph&#233;nom&#232;ne de repoussoir. &#171; &lt;i&gt;Le pouvoir est au public, aux consommateurs. Un quotidien n'a de sens que s'il est lu, une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision que si elle est regard&#233;e. C'est le peuple qui dicte les contraintes, juge sir Bell. En Grande-Bretagne, les gens regardent ce qu'ils veulent. &#192; eux de d&#233;cider s'ils sont d'accord ou non avec ce qu'ils lisent, entendent, voient. C'est le public qui a le contr&#244;le des m&#233;dias. Et si ce que le public appr&#233;cie le plus dans les programmes de notre cha&#238;ne &#233;mettant sur le Proche-Orient, ce sont les soap operas, c'est leur libre choix, leur libert&#233;, on ne leur impose rien, ils ne veulent pas des program-mes d&#233;primants. Les gouvernements qui ont la stupidit&#233; de vouloir contr&#244;ler les m&#233;dias &#233;chouent toujours.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Personne ne veut aborder la question, taboue, de la religion : l'islam est-il compatible avec les libert&#233;s ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas une voix pour objecter que des contrain-tes l&#233;gales, - respect de la personne, non-apologie de la violence et de la pornographie, protection contre la diffamation - il y en a dans les pays libres, Grande-Bretagne incluse. L'argument &#171; moderno populo r&#233;ac &#187; selon lequel le peuple a toujours raison ne tient pas la route. &#199;a ne veut pas dire que le peuple a toujours tort. Mais &#224; Doha, on est &#224; des univers de ce que serait un d&#233;bat analogue au MIP de Cannes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Personne ne veut aborder la question, taboue, de la religion : l'islam est-il compatible avec les libert&#233;s, ou, plus exactement, qu'est-ce qui dans l'interpr&#233;tation du Coran l'est ou ne l'est pas ? Qu'est-ce qui ferait qu'on a le droit d'attaquer les religions en Europe, de caricaturer le pape quitte &#224; choquer les catholiques, mais qu'on n'aurait pas le droit de faire de m&#234;me avec l'islam ? M&#234;me question concernant la culture et l'identit&#233; d'un peuple : quelle est la part de valeurs humanistes universelles ? Peut-on accepter, au pr&#233;texte du respect de l'autre, l'excision, le tchador, la bigoterie ? &#171; Et pourquoi devrait-on accepter de d&#233;nuder nos femmes et faire un tas de choses qu'Allah nous interdit de faire ? &#187; r&#233;pondront les bons musulmans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Derri&#232;re les tables dispos&#233;es en cercles concentriques, beaucoup, s'ils s'&#233;panchaient, ajouteraient : &#171; &lt;i&gt;Qui sont ces Occidentaux donneurs de le&#231;ons qui m&#233;prisent les Arabes, les musulmans, la religion, la morale ? Ils rient de nous. Leurs m&#233;dias sont sous contr&#244;le des lobbies sionistes. La preuve, le torrent de larmes et d'indignation que suscitent les victimes d'un attentat, quand les Isra&#233;liens peuvent massacrer des femmes et des enfants, d&#233;vaster le Liban, &#233;lever des murs de la honte sans provoquer la m&#234;me indignation.&lt;/i&gt; &#187; Et les d&#233;mocrates occidentaux ne savent pas trop quoi r&#233;pondre. Ils ne veulent pas choquer une opinion musulmane qu'ils savent exacerb&#233;e. Alors, comme l'a fait le pr&#233;sident du Parlement europ&#233;en, ils appellent les journalistes, les &#233;crivains, les cin&#233;astes, les caricaturistes &#224; &#234;tre responsables, &#224; ne pas jeter de l'huile sur le feu, &#224; respecter la sensibilit&#233; musulmane.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pourtant, il y a de l'espoir : Le &#171; professionnalisme &#187; d'un r&#233;dac chef&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; est un camp retranch&#233;, loin du centre-ville de Doha. Une s&#233;r&#233;nit&#233; toute professionnelle r&#232;gne sur le grand plateau de la salle de r&#233;daction, semblable &#224; tous les autres studios de t&#233;l&#233;vision du genre, sauf l'esth&#233;tique orientale du d&#233;corum et les spots qui projettent sur les murs des formes aux couleurs pastel : rose, bleu, jaune. On s'attendrait &#224; voir Aladin d&#233;coller sur un tapis volant, mais ce n'est qu'un habillage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ahmed Sheikh est r&#233;dacteur en chef de la cha&#238;ne arabophone. D'origine palestinienne, il fait partie de la petite &#233;quipe pionni&#232;re de 1996. Est-il fier d'&#234;tre ici, de cette aventure, que ressent-il ? Les questions tombent &#224; plat. &#171; &lt;i&gt;Fier, &#231;a veut dire quoi ?&lt;/i&gt; &#187; Il n'est pas fier. Il est content, satisfait de pouvoir faire son boulot de journaliste dans des conditions normales. S'il y a un miracle &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;, c'est bien la normalit&#233;. &#171; &lt;i&gt;C'est bon de travailler dans un environnement professionnel. Et parce que c'est pro, on peut faire un bon job. Nous sommes des professionnels. Nous ne sommes pas un parti. Nous n'avons pas de programme. Nous ne cherchons pas &#224; influencer qui que ce soit. Si nous avons une influence, c'est celle de donner des informations et de permettre ainsi aux gens de choisir, de se faire leur opinion.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224;. Le petit tour d'horizon s'ach&#232;ve. Des Ahmed Sheikh, il y en a beaucoup d'autres &#224; &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; et dans le monde arabe. Qui sait ce que le futur nous garde en r&#233;serve ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Willy Ronis, jeune photographe de 98 ans</title>
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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&#192; c&#244;t&#233; de Doisneau et de Boubat, il incarne le troisi&#232;me mousquetaire, bien vivant lui, et quel panache !&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; vos d&#233;buts, vous avez travaill&#233; avec la mode, notamment pour &lt;i&gt;Vogue&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Je ne peux pas dire que j'ai vraiment aim&#233; &#231;a, mais c'&#233;tait l&#233;ger. Le milieu du luxe, de la frivolit&#233; m'amusait. Cela ne m'emp&#234;chait pas de travailler avec s&#233;rieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela vous changeait de la presse communiste...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rien &#224; voir, en effet... J'ai travaill&#233; en parall&#232;le pour ces deux mondes parce que Edmonde Charles-Roux avait eu connaissance de mes photographies de banlieue. Elle m'a dit : &#171; J&lt;i&gt;e voudrais des photos de mode dehors, en ext&#233;rieur.&lt;/i&gt; &#187; C'est ainsi que j'ai commenc&#233; pour &lt;i&gt;Vogue&lt;/i&gt;. Il n'y avait aucune implication sociale l&#224;-dedans. C'&#233;tait la mode, avec son c&#244;t&#233; artificiel, mais avec ses difficult&#233;s sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, cela se fait beaucoup d'utiliser des photographes &#224; contre-emploi de ce qu'ils ont l'habitude de faire. &#192; l'&#233;poque, c'&#233;tait pr&#233;curseur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Edmonde Charles-Roux reprenait avec moi une d&#233;marche qu'elle avait d&#233;j&#224; initi&#233;e avec Doisneau, et un peu avec Boubat aussi. Mais d&#233;j&#224; avant nous, une pl&#233;iade de grands reporters allemands de la p&#233;riode de la R&#233;publique de Weimar avaient pens&#233; &#224; transporter la photographie &#224; l'ext&#233;rieur, avec les al&#233;as que cela peut produire, mais &#233;galement les merveilleux hasards dont on peut profiter... Ils ont repr&#233;sent&#233; une mine pour les photographes europ&#233;ens qui leur ont succ&#233;d&#233; et qui connaissaient leur travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;galement travaill&#233; pour &lt;i&gt;Life&lt;/i&gt; qui vous avait sollicit&#233; parce que vous pouviez aller l&#224; o&#249; leurs photographes n'&#233;taient pas admis.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Life&lt;/i&gt; avait vu mes reportages sociaux parus dans &lt;i&gt;Regards&lt;/i&gt;, et ils voulaient les reproduire. Puis, ils ont voulu travailler en &#171; premi&#232;re main &#187;. Je ne voyais pas pourquoi j'aurais refus&#233;. Pourtant, l'&#233;cueil &#233;tait bien pr&#233;sent puisque, lorsque je leur ai demand&#233; un droit de regard sur mes l&#233;gendes, ils m'ont r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt;&#201;coute, Willy, on veut bien le faire, mais ce serait hypocrite de notre part puisqu'elles seront de toute fa&#231;on r&#233;&#233;crites &#224; New York.&lt;/i&gt; &#187; Comme j'avais d&#233;j&#224; eu des m&#233;saventures avec certaines publications en Angleterre, je voulais absolument garder la ma&#238;trise de mes commentaires.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; On est constamment, dans la forme de photographie qui a &#233;t&#233; la mienne, au bord du ratage. C'est &#224; la fois exaltant et dur &#224; vivre. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos m&#233;saventures &#233;taient dues &#224; une mauvaise traduction ou &#224; un probl&#232;me d'interpr&#233;tation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; une distorsion du sens. Par exemple, une de mes photographies parue dans je ne sais plus quel journal britannique repr&#233;sentait un d&#233;l&#233;gu&#233; parlant &#224; un groupe d'une trentaine de gr&#233;vistes. La l&#233;gende initiale &#233;tait : &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s des n&#233;gociations avec le patronat, le d&#233;l&#233;gu&#233; vient informer les ouvriers de l'&#233;tat des discussions.&lt;/i&gt; &#187; Or, comme la photo &#233;tait prise en hauteur et en plong&#233;e, le d&#233;l&#233;gu&#233; &#233;tait dans le bas de l'image. Ils l'ont coup&#233; et ont introduit un commentaire qui n'avait rien &#224; voir avec la gr&#232;ve, en l'occurrence : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;vang&#233;lisation du monde ouvrier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment avez-vous r&#233;agi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas grand-chose &#224; faire. Attaquer ? Ce n'est pas suffisamment grave. &#201;ventuellement, si vous &#234;tes en bons termes avec la publication, ils accepteront de publier un petit rectificatif. Mais vous connaissez l'utilit&#233; de ce genre de choses...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez donc cess&#233; votre collaboration avec &lt;i&gt;Life&lt;/i&gt;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas moi qui ai arr&#234;t&#233; ! Je leur ai dit : &#171; &lt;i&gt;Ne me donnez plus de sujets sociaux &#224; traiter, mais plut&#244;t des sujets d'information g&#233;n&#233;rale sur les arts, les lettres, la vie culturelle, qui ne me poseront pas de probl&#232;mes de conscience.&lt;/i&gt; &#187; Ils ont accept&#233;... et ne m'ont plus jamais rien command&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec le recul, n'avez-vous pas eu l'impression de l'avoir cher pay&#233; dans la suite de votre carri&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je l'ai cher pay&#233; parce que travailler avec &lt;i&gt;Life&lt;/i&gt;, c'&#233;tait important, tant du point de vue de l'audience - c'&#233;tait un support prestigieux - que des moyens mat&#233;riels sans commune mesure avec la plupart des autres publications !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des regrets ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le plan mat&#233;riel, oui. Mais c'&#233;tait une question de morale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retoucher vos l&#233;gendes, &#231;a n'est jamais arriv&#233; avec la presse communiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Nous &#233;tions en plein accord sur les sujets &#224; traiter et sur la signification de ce qu'&#233;taient la lutte ouvri&#232;re et les mouvements sociaux en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les photographes se plaignent beaucoup des conditions de travail actuelles : la presse n'a plus les moyens d'accueillir ou de financer des reportages de longue dur&#233;e. C'est une r&#233;alit&#233; ou une esp&#232;ce de nostalgie mal fond&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas du tout, c'est vrai. Parce que la presse illustr&#233;e, comme la presse &#233;crite, est en crise. &#192; l'arriv&#233;e de la t&#233;l&#233;vision, les publicitaires ont mis une grande part de leur budget dans le petit &#233;cran. Du coup, la presse &#233;crite et illustr&#233;e accordait moins de place au reportage. Et tout cela s'est accentu&#233; avec la premi&#232;re guerre du Golfe, en 1991. Curieusement, c'est &#231;a qui a tout boulevers&#233;... Les reporters-photographes ont aujourd'hui beaucoup moins de possibilit&#233; de faire valoir leur talent, et moins de commandes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que cela participe &#224; l'&#233;closion du star system de la photo : c&#233;l&#233;brit&#233; pour quelques-uns quand les autres n'existent pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a dure depuis si longtemps... Les sujets people dans les magazines de mode ou d'information g&#233;n&#233;rale ont fait exploser la cote de certains photographes de talent. Hamilton et ses nymphettes, par exemple, m&#234;me si cela n'a dur&#233; qu'un temps. Ou Helmut Newton, qui a eu une carri&#232;re tout &#224; fait exceptionnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous-m&#234;me, en avez-vous p&#226;ti ? Cartier-Bresson ou Doisneau vous ont-ils fait de l'ombre ? Et, aujourd'hui, ne faites-vous pas un peu d'ombre &#224; d'autres photographes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Question de long&#233;vit&#233; : je suis encore vivant, alors que Cartier-Bresson ou Doisneau ne sont plus de ce monde, mais ils sont tr&#232;s bien d&#233;fendus par ceux qui s'occupent de leurs droits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais d'autres photographes humanistes comme vous, Sabine Weiss par exemple, est-ce qu'elle ne p&#226;tit pas de votre notori&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oh ! non. N'oubliez pas que je ne fais plus de photos depuis six ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous continuez &#224; exposer, &#224; publier...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mes archives, &#233;videmment. Mon exposition &#224; l'H&#244;tel de Ville a &#233;t&#233; quelque chose d'assez exceptionnel, d'une ampleur que personne n'imaginait, pas m&#234;me les organisateurs. Ils ont d&#251; doubler le temps de l'exposition, qui a fait plus de 500 000 entr&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une vraie cons&#233;cration, celle du public ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a repr&#233;sente quelque chose... Mais je dois dire que rien dans tout cela ne m'est jamais mont&#233; &#224; la t&#234;te. J'ai toujours continu&#233; mon travail comme par le pass&#233;, et si j'ai eu au cours de ma vie des moments assez favorables, je n'ai jamais consid&#233;r&#233; que j'&#233;tais &#171; arriv&#233; &#187;, que j'avais ma place et que je la conserverai. Non, j'ai toujours su que j'exer&#231;ais un m&#233;tier fragile, et qu'il me manquait probablement certaines qualit&#233;s pour m'assurer une vie exempte de difficult&#233;s. En somme, j'ai fait partie de ces photographes qui, par caract&#232;re probablement, n'&#233;taient pas des fonceurs, ont travaill&#233; avec leur petite honn&#234;tet&#233;, avec de temps en temps des r&#233;sultats assez flatteurs, tant sur le plan moral que sur le plan mat&#233;riel, mais toujours sur le fil du rasoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En avez-vous souffert ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La somme de travail que je fournissais &#233;tait &#233;norme, mais les r&#233;sultats n'&#233;taient pas toujours proportionnels &#224; la qualit&#233; de ce que je produisais. Ce qui m'a sauv&#233;, c'est que je ne suis pas entr&#233; en photographie par vocation. Je suis tomb&#233; dedans par accident. Je ne le regrette pas puisque ce mariage de raison est devenu mariage d'amour. Mais cela m'a pr&#233;serv&#233; de certains chocs psychologiques, qui m'auraient immanquablement d&#233;stabilis&#233; si j'avais d&#251; constater qu'une vocation profonde n'&#233;tait pas suivie d'effets ou de r&#233;sultats probants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si vous aviez vingt ans aujourd'hui, quel genre de photographe seriez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'en sais rien ! La physionomie de la photographie a tellement chang&#233;...
Paparazzi ? Ah ! non, s&#251;rement pas ! Je ne l'ai fait qu'une fois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quelles circonstances ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait en 1946 ou 1947. Une publication mensuelle, &lt;i&gt;Bref&lt;/i&gt; - une erreur d'avoir adopt&#233; ce titre-l&#224; parce que sa vie a &#233;t&#233; tr&#232;s courte - m'a demand&#233; un reportage sur de Gaulle. Ils voulaient des photos du g&#233;n&#233;ral pendant le week-end, &#224; Colombey, &#224; la messe du dimanche matin, avec un peu de sauce autour... J'ai accept&#233;. Je me suis donc rendu &#224; Colombey, un samedi soir. &#192; l'h&#244;tel, pendant le d&#238;ner, un homme s'approche de moi - il avait vu mon appareil - et se pr&#233;sente comme garde du corps de De Gaulle. Il m'explique qu'il veille &#224; ce que rien ne vienne g&#234;ner de Gaulle dans son d&#233;sir d'&#234;tre tranquille et me fait comprendre tout de suite que je n'aurai pas la vie facile. Nous d&#238;nons ensemble, cordialement, et le lendemain matin je me prom&#232;ne autour de l'&#233;glise, dans le petit cimeti&#232;re, pour faire quelques clich&#233;s. Je remarque une grange avec un &#233;tage en face de l'&#233;glise. Il y avait une &#233;chelle, je grimpe et j'attends. Un peu avant dix heures, arrive la traction de De Gaulle. Je le prends de dos entrant dans l'&#233;glise puisque je suis en plong&#233;e en face du b&#226;timent. Puis, je descends afin de p&#233;n&#233;trer dans l'&#233;glise pour faire quelques photos. L&#224;, mon &#171; camarade &#187; de la veille s'avance vers moi et me dit &#171; pas de photos dans l'&#233;glise &#187;, et il me pousse contre le mur. Il ne me restait plus qu'&#224; attendre la sortie de la messe.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je ne suis pas entr&#233; en photographie par vocation. Je suis tomb&#233; dedans par accident. Je ne le regrette pas puisque ce mariage de raison est devenu mariage d'amour. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le garde du corps vous avait &#224; l'&#339;il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autant plus qu'il n'y avait pas d'autre photographe... Lorsque les cloches sonnent la fin de la messe, le gars me regarde d'une mani&#232;re un peu plus appuy&#233;e, et au moment o&#249; je m'avance, il me coince contre le mur avec son coude pour me maintenir. Heureusement, j'avais pens&#233; &#224; r&#233;gler ma distance et mon temps de pose et j'ai pu faire la photo de De Gaulle dans le creux de son coude, sans rien lui dire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il ne s'en est pas rendu compte ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y avait du bruit et il n'a pas entendu le d&#233;clenchement. Et puis j'ai pris un air d&#233;sol&#233;. Je n'&#233;tais d'ailleurs s&#251;r de rien. Nous sommes m&#234;me all&#233;s d&#233;jeuner ensemble parce qu'il &#233;tait tr&#232;s content de son coup. Et moi, j'ai eu ma photo...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous de tous ces reportages sur la vie priv&#233;e des personnalit&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une forme d'illustration, mais que je n'appr&#233;cie pas. Ma photo du g&#233;n&#233;ral de Gaulle, c'&#233;tait une esp&#232;ce de gageure, de d&#233;fi &#224; moi-m&#234;me, et je savais que &#231;a n'aurait pas de lendemain. J'ai fait deux ou trois sujets pour la presse &#224; sensation, mais je savais que je pouvais travailler avec dignit&#233;. Pas pour arracher quelque chose d'une vie priv&#233;e qui aurait pr&#233;f&#233;r&#233; rester &#224; l'abri d'une certaine publicit&#233;. Je pense &#224; un reportage &#224; l'occasion d'un accident de chemin de fer qui avait eu lieu pr&#232;s de Lyon. On m'a demand&#233; de photographier la veuve du m&#233;canicien et la mise en bi&#232;re du m&#233;canicien et du chauffeur, le jour de l'enterrement. J'ai accept&#233; de le faire pour France-Dimanche. Mais je n'ai pas trich&#233;, et en arrivant, j'ai expliqu&#233; &#224; la veuve et ses deux enfants pourquoi j'&#233;tais l&#224;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne l'avez pas fait en cachette.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La famille &#233;tait au courant et avait accept&#233; que je la photographie, que je l'interroge sur l'&#233;v&#233;nement. C'&#233;tait un train de voyageurs dont la locomotive &#224; vapeur - nous &#233;tions en 1948 - avait pris feu. Le m&#233;canicien et le chauffeur ont sacrifi&#233; leur vie pour &#233;teindre l'incendie et &#233;viter un terrible accident. J'ai fait une photo de la veuve &#233;plor&#233;e devant le cercueil ouvert o&#249; l'on voyait les deux hommes. C'est une de mes photos pr&#233;f&#233;r&#233;es : une v&#233;ritable mater dolorosa.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si on vous avait propos&#233; il y a dix ans d'&#234;tre le photographe d'un pr&#233;sident de la R&#233;publique, comme l'a fait Bettina Rheims, auriez-vous accept&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, parce que je n'aime pas les portraits. Si j'accompagne un journaliste, je n'ai pas les coud&#233;es franches, et seul, j'ai toujours peur d'ennuyer la personne, de la mettre en situation de vouloir partir le plus vite possible. Je ne suis pas &#224; l'aise. Une exception toutefois, avec Isabelle Huppert. D'abord parce que je l'admire et puis, elle m'a dit : &#171; &lt;i&gt; Je vous donne toute la matin&#233;e, faites ce que vous voulez.&lt;/i&gt; &#187; Dans ces conditions, je n'avais pas lieu de me sentir g&#234;n&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s le succ&#232;s remport&#233; par votre livre &#171; Belleville-M&#233;nilmontant &#187; en 1954, vous &#234;tes rest&#233; dix-sept ans sans rien publier &#224; cause, dit-on, de vos rapports difficiles avec des &#233;diteurs...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord, le succ&#232;s du &#171; Belleville-M&#233;nilmontant &#187; n'a pas &#233;t&#233; un succ&#232;s commercial. Plut&#244;t un succ&#232;s d'estime... Mais, c'est vrai, je suis assez ombrageux et lorsque quelque chose ne me para&#238;t pas tr&#232;s clair, ni tr&#232;s net, je me r&#233;tracte comme les cornes d'un escargot. &#199;a a &#233;t&#233; souvent difficile, et j'ai eu affaire &#224; des interlocuteurs qui n'&#233;taient pas toujours honn&#234;tes. J'en suis devenu m&#233;fiant. Un &#233;diteur m'a fait deux coups pendables, qui m'ont consid&#233;rablement refroidi dans mes rapports avec ce milieu. Un recueil de mes photos a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; sans que j'y sois associ&#233; : je n'ai pas eu de regard sur la mise en pages, le format pr&#233;vu &#224; l'origine n'a pas &#233;t&#233; respect&#233;. Sur le plan technique, enfin, les pr&#233;cautions que je voulais prendre n'ont pas pu l'&#234;tre puisque j'&#233;tais tenu &#224; l'&#233;cart. Finalement, je l'ai compl&#232;tement rejet&#233; ; il ne figure pas dans ma bibliographie.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Certains photographes n'ont pas le sens de la mesure, et leur attitude, m&#234;me si'ils n'en sont pas tout &#224; fait conscients, est parfois agressive. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'avez pas pu vous opposer &#224; sa sortie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai voulu le faire, mais on m'en a dissuad&#233;. Finalement, l'&#233;diteur en question, un homme habile, n'a pas voulu rester sur cet &#233;pisode, et m'a propos&#233; un autre ouvrage en m'assurant que celui-l&#224; se passerait bien. &#199;a n'a pas &#233;t&#233; le cas, et j'ai cess&#233; mes relations avec lui. Ce deuxi&#232;me livre ne figure pas non plus dans ma bibliographie. Et quand je tombe sur un exemplaire chez un bouquiniste, je l'ach&#232;te et le d&#233;chire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez dit : &#171; &lt;i&gt;La rue est un ballet.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas tout le temps, ce serait trop beau. Mais il existe des moments o&#249; les personnages forment des figures dont on peut avoir l'impression que c'est un arr&#234;t sur image d'un ballet film&#233;. Ce sont ces instants qu'il faut enregistrer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais pour &#231;a, il faut un &#339;il.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien souvent, on voit un personnage int&#233;ressant qui fait corps avec la vie de la rue. Mais ce n'est pas suffisant. Les autres &#233;l&#233;ments dans le champ ne doivent pas avoir l'air d'une fausse note par rapport au personnage initial. Et &#231;a, c'est tr&#232;s difficile. Mais aussi tellement merveilleux quand on r&#233;ussit, que cela vous paye de toutes les difficult&#233;s rencontr&#233;es. On est constamment, dans la forme de photographie qui a &#233;t&#233; la mienne, au bord du ratage. C'est &#224; la fois exaltant et dur &#224; vivre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voil&#224; six ans que vous ne faites plus de photos : vous continuez &#224; regarder ce qui se passe dans la rue avec votre &#339;il de photographe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis tr&#232;s peu dans la rue. J'ai des difficult&#233;s &#224; marcher. Je n'ai d'ailleurs plus cet &#339;il actif que j'avais quand je me promenais avec mon appareil. Et quand je pense que j'ai photographi&#233; pendant soixante-treize ans, je serais bien ingrat et stupide de me plaindre...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autre citation : &#171; &lt;i&gt;Une photo, &#231;a se m&#233;rite&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand je sortais avec mon appareil, je ne savais jamais ce que j'allais rapporter. Alors, lorsque je voyais quelque chose, je faisais tout de suite une photo, mais toujours avec l'id&#233;e que c'&#233;tait peut-&#234;tre am&#233;liorable. C'est l&#224; que commen&#231;ait l'attente... J'essayais de soigner l'environnement de mani&#232;re qu'il accompagne le sujet principal comme un &#233;crin le fait d'un bijou. Et l'&#233;crin, ce sont les autres. Avec un risque constant d'&#233;chec, qui m'a rendu cette activit&#233; si pr&#233;cieuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le go&#251;t du risque ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le risque du ratage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous de l'&#233;volution du droit &#224; l'image ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains photographes n'ont pas le sens de la mesure, et leur attitude, m&#234;me s'ils n'en sont pas tout &#224; fait conscients, est parfois agressive. J'ai toujours travaill&#233; dans la discr&#233;tion, mais sans me cacher, sans t&#233;l&#233;objectif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela ne vous a pas &#233;pargn&#233; les probl&#232;mes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai eu un probl&#232;me. Mais pas au moment o&#249; j'ai pris la photo : vingt-huit ans apr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La photo de la fleuriste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Un apr&#232;s-midi, au march&#233; aux fleurs de Saint-Eustache, je photographie une fleuriste, jeune, jolie, en train de servir une cliente. Je suis &#224; un m&#232;tre cinquante d'elle. Elle me voit et me sourit au moment o&#249; elle tend le bouquet qu'a achet&#233; sa cliente. Cette photo n'a &#233;t&#233; publi&#233;e que tr&#232;s longtemps apr&#232;s, en couverture d'un album sur les Halles. Entre-temps, un ami me dit qu'il conna&#238;t cette fleuriste, et qu'elle travaille pr&#232;s de chez moi. Je lui rends visite et lui offre l'album. On a des relations amicales. Elle me raconte sa vie, ses d&#233;ceptions. Et puis un jour, je re&#231;ois un de ces fameux papiers bleus, me notifiant qu'elle me poursuit en justice parce que je ne lui ai pas demand&#233; l'autorisation de la photographier... Pourtant, elle l'aimait beaucoup cette photo, elle l'avait m&#234;me punais&#233;e dans son magasin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et vous avez perdu...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai gagn&#233; en premi&#232;re instance et perdu en appel. Depuis, la jurisprudence s'est un peu assouplie, parce qu'on s'est rendu compte que toute une m&#233;moire du temps pr&#233;sent &#233;tait vou&#233;e &#224; se perdre si les photographes n'osaient plus travailler dehors. Aujourd'hui, lorsqu'une photo est prise dans la rue et qu'il n'y a pas de malignit&#233; dans le regard port&#233; sur les gens, qu'on ne cherche pas &#224; ridiculiser, cela ne pose plus de probl&#232;mes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le festival du film off</title>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'&#233;tais l'autre jour au soleil, &#224; la terrasse d'un caf&#233; tr&#232;s connu de Saint-Germain-des-Pr&#233;s dont je tairai le nom pour &#233;viter toute publicit&#233;. Je buvais tranquillement une boisson gazeuse tr&#232;s sucr&#233;e que je ne citerai pas pour &#233;viter d'inciter les enfants &#224; en consommer, quand un ministre (ou un secr&#233;taire d'&#201;tat, je ne sais plus) est arriv&#233;, cravate au vent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je sirotais donc mon C... Light en regardant les filles passer sur le trottoir quand j'ai vu cet &#233;lu issu d'un parti de gouvernement s'asseoir, passer commande, ouvrir un grand quotidien du soir et entreprendre de se curer tr&#232;s consciencieusement le nez avec l'air satisfait de ceux qui cherchent et trouvent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne devrais pas le dire - car il ne me viendrait pas &#224; l'esprit de d&#233;valoriser la fonction politique au moment o&#249; elle est affaiblie -, mais il a confectionn&#233; une boulette qu'il a coll&#233;e sous la table. Je sors cette r&#233;v&#233;lation parce que ce ministre donne g&#233;n&#233;ralement l'image de quelqu'un d'extr&#234;mement distingu&#233;. Je n'aurais - &#233;videmment - pas pr&#234;t&#233; attention &#224; ce d&#233;tail si l'&#233;dile en question n'avait &#233;t&#233; rejoint par l'animatrice d'une &#233;mission phare d'une cha&#238;ne du c&#226;ble, laquelle avait, la semaine d'avant, fait la couverture d'un magazine que chacun aura bien entendu reconnu s'il est proche des entourages et des familiers du syst&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pas pour habitude de faire les poubelles mais ce qui a suivi, en plein Paris, en a &#233;tonn&#233; plus d'un ce jour-l&#224;, d'autant plus qu'il &#233;tait midi &#224; la terrasse de ce caf&#233; o&#249; les habitu&#233;s des all&#233;es du pouvoir et tous ceux qui fr&#233;quentent le milieu ne manqueront pas de se rep&#233;rer. Aussi, et pour &#233;viter que l'histoire ne soit d&#233;form&#233;e, je pr&#233;f&#232;re, avec la rigueur des mots et la force des faits, restituer la sc&#232;ne telle que j'ai pu la voir.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_909 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/mains-cadre-copie.jpg&quot; title='illustration : Virginie Bourgery-Tramard' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L246xH324/mains-cadre-copie-823b7-bf0f2.jpg' width='246' height='324' alt='illustration : Virginie Bourgery-Tramard' style='height:324px;width:246px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-909 spip_doc_titre' style='width:246px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Virginie Bourgery-Tramard&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que la pr&#233;sentatrice est arriv&#233;e en jupe courte r&#233;v&#233;lant d'interminables jambes h&#226;l&#233;es, le ministre a sorti le doigt de son nez et s'est lev&#233; pour lui passer galamment un si&#232;ge sous les fesses. Bien entendu, je n'aurais rien r&#233;v&#233;l&#233; de la sc&#232;ne si, par la suite, je n'avais entrevu, &#224; mon grand &#233;tonnement, d'ailleurs, ce qui suit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce ministre qui se dit depuis toujours bon p&#232;re de famille et mari&#233; &#224; la m&#232;re de ses deux enfants, qu'il aime d'un amour tendre, cet homme exemplaire donc, enlace la m&#233;diatique jeune femme et lui d&#233;vore la bouche. Je p&#232;se mes mots quand je vous dis qu'il lui d&#233;vore sa bouche au point que le gar&#231;on de caf&#233; venu prendre la commande renonce &#224; les d&#233;ranger.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tandis que le baiser se prolongeait et que je m&#233;ditais sur les fronti&#232;res existant entre vie publique et vie priv&#233;e, m'interrogeant sur les bornes d&#233;ontologiques, les limites professionnelles et les nouvelles lignes de fracture entre journalisme de terrain, investigation et crotte de nez, j'ai avis&#233; la chemise cartonn&#233;e du ministre d&#233;couvrant dessus la mention &#171; confidentiel &#187;. Le couple tout &#224; ses papouilles n'a pas vu le dossier s'ouvrir sous l'effet d'un coup de vent r&#233;v&#233;lant au grand jour une note blanche o&#249; une s&#233;rie de noms connus apparaissait clairement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce moment qu'a choisi le troisi&#232;me protagoniste de la sc&#232;ne pour rejoindre le couple qui, l'apercevant, a retrouv&#233; une contenance plus habituelle. Identifiant la personne qui descendait d'une voiture avec chauffeur, et dont vous devinez j'imagine le pedigree, mon sang n'a fait qu'un tour, j'ai sorti mon portable et j'ai film&#233;. J'ai film&#233; ce qui aurait d&#251; changer la face des relations que le pouvoir politique entretient avec les m&#233;dias lorsque se m&#233;langent de mani&#232;re clandestine les affaires publiques et la vie priv&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je tenais, l&#224; c'est clair, la vid&#233;o de l'ann&#233;e, une pastille tout en image qui allait, pour au moins une semaine, devenir le v&#233;ritable Viagra de l'info, la faisant se cabrer, se raidir pour se vider en un &#233;norme et poisseux scandale. Le c&#339;ur battant, j'ai couru chez moi en oubliant de r&#233;gler l'addition, et apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion sur l'avenir du m&#233;tier de journaliste et son n&#233;cessaire r&#244;le de m&#233;diation entre rumeur, on dit et qu'en dira-t-on citoyen, je me suis r&#233;solu &#224; monter le film et &#224; le mettre sur Dailytube.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eh bien, vous n'allez pas me croire, mais la vid&#233;o &#233;tait inexploitable et l'image surexpos&#233;e !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Foutu contre-jour.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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