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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>L'image est crue, le mot est cuit !</title>
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		<dc:date>2008-07-17T14:00:31Z</dc:date>
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		<dc:subject>Grand entretien</dc:subject>
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		<description>&#171; Ne pas raconter sa vie telle qu'on l'a v&#233;cue, mais la vivre telle qu'on la racontera. &#187; Le ton est donn&#233;. Reporter pour Combat, Le Monde, Le Nouvel Observateur, Jean Lacouture revendique un &#171; journalisme de prise de position &#187;, qui p&#232;se sur le monde. Il en assume tous les risques. &#171; Un sang d'encre &#187;, consacr&#233; au journalisme, n'appara&#238;t pas dans la bibliographie qui accompagne votre dernier livre ... Je n'avais m&#234;me pas remarqu&#233; qu'il n'y &#233;tait pas. C'est une faute &#233;ditoriale, car je n'ai aucun remords (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-Lacouture,133-+.html" rel="tag"&gt;Lacouture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton405-c865f.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&#171; &lt;i&gt;Ne pas raconter sa vie telle qu'on l'a v&#233;cue, mais la vivre telle qu'on la racontera&lt;/i&gt;. &#187; Le ton est donn&#233;. Reporter pour &lt;i&gt;Combat, Le Monde, Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, Jean Lacouture revendique un &#171; &lt;i&gt;journalisme de prise de position&lt;/i&gt; &#187;, qui p&#232;se sur le monde. Il en assume tous les risques.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Un sang d'encre &#187;, consacr&#233; au journalisme, n'appara&#238;t pas dans la bibliographie qui accompagne votre dernier livre ...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'avais m&#234;me pas remarqu&#233; qu'il n'y &#233;tait pas. C'est une faute &#233;ditoriale, car je n'ai aucun remords ni regret le concernant. Je suis toujours &#233;tonn&#233; du nombre de livres que j'ai &#233;crits. Je me demande comment tout cela a pu sortir de moi. Et, surtout, comment j'ai trouv&#233; le temps de les &#233;crire...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'introduction d'&#171; Un sang d'encre &#187; justement, figure une lettre qu'Andr&#233; Malraux vous a adress&#233;e dans laquelle on peut lire : &#171; &lt;i&gt; On ne sait pas quand on dit la v&#233;rit&#233; mais on sait quand on ment.&lt;/i&gt; &#187; Une bonne morale pour un journaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne crois pas que le journalisme s'ordonne autour de v&#233;rit&#233; et mensonge. Ces deux notions sont tellement imbriqu&#233;es et leur fronti&#232;re tellement incertaine... J'admire beaucoup Andr&#233; Malraux, mais il ne connaissait pas bien le journalisme. Certes, &#224; une &#233;poque de sa vie, il a publi&#233; un journal. Mais c'&#233;tait une publication militante, oppos&#233;e &#224; la colonisation fran&#231;aise, o&#249; v&#233;rit&#233; et mensonge importaient peu. Dans son esprit, la colonisation &#233;tait mauvaise, mensong&#232;re, et la lib&#233;ration du peuple vietnamien ou, plus tard, chinois, constituait la v&#233;rit&#233;. Mais &#224; partir de ces grands th&#232;mes, les faits &#233;taient secondaires. Il jouait avec la v&#233;rit&#233; et le mensonge comme personne. Il a m&#234;me r&#233;ussi &#224; se faire passer pour un agent de l'Internationale communiste de Canton alors qu'il ne s'&#233;tait que vaguement promen&#233; &#224; Hong Kong ! Cela lui a d'ailleurs valu une r&#233;ponse, dans un article de la NRF, de Trotsky, qui l'avait pris au s&#233;rieux. Se faire prendre au s&#233;rieux par Trotsky : un chef-d'&#339;uvre, non ? Et je trouve cela presque plus beau que la v&#233;rit&#233;. &#201;videmment, il existe des crimes, comme la Shoah, les g&#233;nocides, sur lesquels on ne peut pas transiger. Mais pour le reste... La vie est au moins autant li&#233;e &#224; l'art, &#224; la charit&#233;, &#224; la douceur ou &#224; la bont&#233; qu'&#224; la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand vous parlez du journalisme, vous revenez toujours aux notions de transmission, prospection, engagement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#226;ge m'a plut&#244;t d&#233;sengag&#233;, m&#234;me si je ne l'ai jamais &#233;t&#233; au sens o&#249; l'entendait Sartre. Pour lui, l'engagement allait jusqu'&#224; l'appartenance &#224; un appareil. Pour ma part, je n'ai jamais appartenu &#224; aucune organisation, &#224; aucun parti. Mais, impliqu&#233; dans des luttes collectives, j'ai accept&#233; de plaider pour l'ind&#233;pendance de ces pays en consonance, en alliance m&#234;me avec des staliniens qui &#233;taient mal plac&#233;s pour d&#233;fendre la libert&#233; o&#249; que ce soit. Je reconnais avoir abusivement &#233;pous&#233; la cause vietnamienne. Je me suis senti quasiment en &#233;tat d'amiti&#233;, d'admiration avec des gens comme Ho Chi Minh ou V&#245; Nguy&#234;n Gi&#225;p. De grands hommes, mais communistes, et tout sauf d&#233;mocrates. La cause &#233;tant ce qu'elle &#233;tait - et ils en furent les principaux artisans -, j'avais consid&#233;r&#233; que je pouvais saluer leur travail de lib&#233;ration provisoire du colonialisme. Restait ensuite &#224; lib&#233;rer leur pays du communisme, ce qui &#233;tait une autre affaire, toujours en cours d'ailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un entretien accord&#233; &#224; &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt; en 1978, vous disiez : &#171; &lt;i&gt;Je n'avais aucun moyen de v&#233;rifier mes informations.&lt;/i&gt; &#187; N'est-ce pas probl&#233;matique pour un journaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est le lot de nombreux journalistes d'&#234;tre interdits de s&#233;jour dans certains pays o&#249; ils repr&#233;sentent une presse trop libre. Dans ces cas-l&#224;, il devient difficile de contr&#244;ler ses informations, ce qui m'est arriv&#233;, h&#233;las ! &#224; propos du Cambodge et du Vi&#234;t-nam. Pour le Vi&#234;t-nam, les choses &#233;taient relativement claires : un r&#233;gime totalitaire se battait pour la lib&#233;ration nationale, comme les communistes fran&#231;ais l'avaient fait durant la Seconde Guerre mondiale. M&#234;me sans contr&#244;ler ses informations, on connaissait &#224; peu pr&#232;s le degr&#233; d'authenticit&#233; historique et le caract&#232;re b&#233;n&#233;fique de la r&#233;volution vietnamienne, autant que son caract&#232;re pervers d'ailleurs. Je savais qu'il s'agissait d'un r&#233;gime stalinien, mais qui se battait pour se lib&#233;rer. Et, &#224; tout prendre, le Sud-Vi&#234;t-nam &#233;tait plus proche de Ho Chi Minh que du pr&#233;sident am&#233;ricain de l'&#233;poque. Pendant vingt ans, je n'ai pas eu de visa pour le Sud-Vi&#234;t-nam. Non plus pour le Cambodge, ni d'un c&#244;t&#233; ni de l'autre : d&#232;s lors, on &#233;crit &#224; partir des documents &#224; sa disposition. Cela n'a pas forc&#233;ment beaucoup chang&#233; aujourd'hui. Quand vous ouvrez Le Monde, tr&#232;s peu de journalistes sont sur place. Combien reste-t-il de correspondants &#224; l'&#233;tranger ? De nos jours, le journalisme se fait apparemment &#224; partir des grandes agences, qui travaillent d'ailleurs tr&#232;s bien. Je fais largement confiance &#224; l'&lt;i&gt;AFP, AP&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Reuters&lt;/i&gt;, mais on ne peut plus dire &#171; &lt;i&gt;je contr&#244;le&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Rapporter des faits &#187; ne vous suffit pas. Votre conception du journalisme - &#224; contre-courant de ce qui se pratique aujourd'hui - vous m&#232;ne &#224; vouloir peser sur la r&#233;alit&#233; et pas seulement en rendre compte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis effectivement un journaliste d'intervention. Pas un appareil photographique, mais un citoyen. Mes lecteurs n'ont jamais pu se faire d'illusions sur le fait que j'&#233;tais un journaliste revendiquant une interpr&#233;tation des faits. Libre &#224; eux de ne pas me lire si mes positions leur d&#233;plaisaient. En Alg&#233;rie, j'avais plus de sympathie pour le combattant des djebels que pour le colonel Trinquier. Pas question pour autant de transformer la r&#233;alit&#233; ; pas question de dire que l'un a tortur&#233; et que l'autre est un agneau si je n'en ai pas la preuve ! Je n'ai jamais cess&#233; d'afficher des partis pris, assur&#233; que ceux qui n'en avaient pas n'&#233;taient pas &#171; vrais &#187;. Un homme ou une femme ne peut pas &#234;tre neutre. Un &#201;tat oui, &#224; l'exemple de la Suisse, mais pas une personne. C'est ma conviction la plus intime depuis toujours. Et toute ma vie j'ai pris position.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne croyez pas aux journalistes qui pr&#233;tendent s'effacer derri&#232;re les faits ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela ne veut rien dire. D&#232;s l'instant o&#249; vous prenez un stylo, vous n'&#234;tes pas effac&#233;. Vous pouvez &#233;ventuellement effacer les autres, ou certaines de vos phrases, mais jamais votre individualit&#233;. Le journalisme induit, par d&#233;finition, une prise de position. L'honn&#234;tet&#233; m'impose de dire qu'il peut y avoir des crapules dans mon camp, mais j'indique quel est mon camp. Et dans le camp oppos&#233; aussi, certains m&#233;ritent le respect. Peut-&#234;tre m&#234;me dans l'entourage de Bush ou de Poutine...&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_959 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Jean-Lacouture-8.jpg&quot; title='photos : Charles Duprat' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/Jean-Lacouture-8-16976-67248.jpg' width='216' height='324' alt='photos : Charles Duprat' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-959 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Charles Duprat&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le demi-mot existe, pas la demi-image. Nous sommes plus simplistes dans l'univers de l'image que dans celui du mot. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et dans l'entourage de Nicolas Sarkozy ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aussi, certainement. Quelques &#233;gar&#233;s dont on ne comprend pas bien ce qu'ils fabriquent encore l&#224; au bout de six mois. Mais Fadela Amara ou Martin Hirsch sont des gens sympathiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez parfois regrett&#233; vos absences de prudence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai toujours su reconna&#238;tre mes erreurs, et j'en ai commis beaucoup. Je suis un homme du premier jet, je m'enthousiasme. Pour Nasser, par exemple. Je l'avais pris pour un patriote r&#233;formateur &#233;gyptien, mais il a malheureusement voulu monter sur le tapis magique du panarabisme qui l'a conduit - c'&#233;tait in&#233;vitable - au conflit avec Isra&#235;l. Au Cambodge, pour lequel je suis venu tr&#232;s tard &#224; la v&#233;rit&#233;, j'ai p&#233;ch&#233; par arrogance intellectuelle. Je ne pouvais pas imaginer que des hommes que j'avais fr&#233;quent&#233;s, avec qui j'avais d&#238;n&#233;, soient autre chose que l'impression que j'en avais gard&#233;e. Comment imaginer que Monsieur Lang Sary soit un Himmler ? Il s'est av&#233;r&#233; ensuite &#234;tre un buveur de sang... Mais j'ai &#233;crit un livre entier pour dire que je m'&#233;tais tromp&#233;, dont la premi&#232;re phrase est : &#171; &lt;i&gt;La honte aurait suffi&lt;/i&gt;. &#187; Le journalisme de prise de position que j'ai pratiqu&#233; comporte beaucoup de d&#233;rapages. Les reconna&#238;tre ne suffit pas. Ils ont pu conduire tel ou tel dans une mauvaise direction. Et faute avou&#233;e n'est jamais qu'&#224; moiti&#233; pardonn&#233;e...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous aviez l'impression de peser sur la r&#233;alit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;crire &#224; la fois dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, c'&#233;tait effectivement peser sur la r&#233;alit&#233;. J'ai des responsabilit&#233;s sur une partie de l'histoire de mon pays, et m&#234;me, sans &#234;tre compl&#232;tement ridicule, du monde... Peut-&#234;tre que l'histoire du Vi&#234;t-nam ou celle de l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie se seraient d&#233;roul&#233;es un petit peu diff&#233;remment si je n'avais pas &#233;crit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela donne un sentiment de puissance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De responsabilit&#233; apr&#232;s coup, oui. De puissance dans l'instant, je vous assure que non. J'ai publi&#233; un article sur le g&#233;n&#233;ral de Gaulle, au lendemain de son retour, dans lequel j'&#233;crivais qu'il ne pourrait pas se lib&#233;rer des colonels qui l'avaient conduit au pouvoir. Et bien, je me suis tromp&#233; : de Gaulle &#233;tait plus fort que ceux qui l'avaient port&#233;. Mon article &#233;tait s&#251;rement tr&#232;s bien tourn&#233;, mais surtout tr&#232;s faux. Et il n'a pas eu d'impact parce que de Gaulle &#233;tait sup&#233;rieur &#224; un mauvais article.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les journalistes fran&#231;ais p&#232;sent-ils toujours aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La France est passablement marginalis&#233;e. Notre journalisme p&#232;se moins parce que notre pays p&#232;se moins. Mais nous ne sommes pas un cas isol&#233;. Prenez les &#201;tats-Unis : je suis compl&#232;tement d&#233;concert&#233;, et m&#234;me d&#233;&#231;u, par la faiblesse de la r&#233;sistance am&#233;ricaine &#224; George Bush, qui repr&#233;sente le comble de la nullit&#233;. Le vice-pr&#233;sident am&#233;ricain, Dick Cheney, est un personnage d'une perversit&#233; sans commune mesure. Il est le salaud int&#233;gral, la honte personnifi&#233;e ! Alors, il y a bien quelques articles de-ci de-l&#224;, mais le journalisme a perdu de son poids... Le fric est devenu plus fort que les mots. Un dollar p&#232;se davantage qu'une phrase de Walter Lippman. Ce n'&#233;tait pas le cas il y a cinquante ans. En France, o&#249; la presse se conduit assez bien &#224; l'&#233;gard de Sarkozy - il n'y a pas d'abaissement -, c'est identique. Le pouvoir de l'argent, du patronat compte plus aujourd'hui que les articles des journalistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais n'est-ce pas ce journalisme de prise de position qui a abouti &#224; une crise de confiance de l'opinion envers la presse, et donc amoindri son pouvoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avons-nous abus&#233; de notre personnalit&#233; ? Les starlettes du journalisme qui faisaient la pluie et le beau temps ont-elles d&#233;cr&#233;dibilis&#233; les journaux ? Peut-&#234;tre. Nos partis pris excessifs ont pu contribuer &#224; d&#233;pr&#233;cier l'autorit&#233;, le caract&#232;re scientifique de la presse. C'est ce que vous dites, et je n'ai pas grand-chose &#224; vous opposer. Je ne sais pas pourquoi la prise de position d'un grand journaliste aujourd'hui p&#232;se moins qu'il y a trente ans. Pourtant, c'est un fait. Le Monde n'a plus le m&#234;me poids qu'&#224; l'&#233;poque de Beuve-M&#233;ry et Jacques Fauvet. N'oubliez pas qu'au Figaro, on trouvait Mauriac et Raymond Aron. Rien de comparable aujourd'hui. Notre cavalcade de journalisme personnel - qui a &#233;t&#233;, je crois, assez belle - a-t-elle montr&#233; les limites du journalisme ? Peut-&#234;tre l'opinion a-t-elle fini par penser que, malgr&#233; le talent des journalistes qui s'exprimaient, tout cela n'&#233;tait qu'approximations... Je n'ai pas de r&#233;ponse.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_958 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Jean-Lacouture-7.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/Jean-Lacouture-7-deb11-16daa.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'analyse de Vincent Hervou&#235;t sur &lt;i&gt;LCI&lt;/i&gt; est nettement sup&#233;rieure &#224; tout ce que je peux lire dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment analysez-vous cette d&#233;testation de l'opinion envers la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons us&#233; d'un cr&#233;dit dont nos cadets ne b&#233;n&#233;ficient plus aujourd'hui. Avons-nous m&#233;sus&#233; de notre pouvoir ? L'&#226;ge d'or du journalisme - des ann&#233;es 1945 &#224; 1980 - a &#233;t&#233; assez exceptionnel. Y compris dans la presse r&#233;gionale. C'&#233;tait formidable ! Mais c'est fini.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais nous sommes pass&#233;s depuis &#224; l'&#226;ge d'or de la t&#233;l&#233;vision...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous avez raison, et j'en suis un exemple frappant puisque j'ai tr&#232;s largement remplac&#233; la presse &#233;crite par le petit &#233;cran... &#192; tel point que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; me para&#238;t souvent insipide. Peut-&#234;tre que &#201;ric Fottorino et Laurent Greilsamer, tr&#232;s bons journalistes que j'aime beaucoup, referont un bon journal d'ici trois ou quatre ans. Mais le fait est que je peux tout &#224; fait me passer du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; aujourd'hui, alors que je serais r&#233;ellement ennuy&#233; de rater l'&#233;mission de &lt;i&gt;LCI&lt;/i&gt; entre 18 h 30 et 20 h...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pr&#233;f&#233;rez&lt;i&gt; LCI&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tr&#232;s clairement. L'analyse de politique &#233;trang&#232;re de Vincent Hervou&#235;t dans l'&#233;mission de Michel Field sur LCI est nettement sup&#233;rieure &#224; tout ce que je peux lire dans Le Monde actuellement. Plus intelligent, plus vivant. Et la politique par Michel Field, c'est tout &#224; fait p&#233;n&#233;trant. Bien s&#251;r, il y a un peu de chiqu&#233; dans la t&#233;l&#233;vision, mais leurs fl&#232;ches, leurs coups de projecteurs sont toujours &#233;clairants. J'&#233;coute la radio aussi, le matin principalement : je rate rarement mon ami Bernard Guetta &#224; 8 h 15 et la revue de presse de Clotilde Dumetz &#224; 8 h 30 sur &lt;i&gt;France Inter&lt;/i&gt; que je trouve formidable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une des raisons de cette crise du journalisme, c'est le soup&#231;on de connivence qui p&#232;se sur les journalistes. Pourquoi aujourd'hui plus qu'hier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il s'agit d'une m&#233;fiance accrue du public, mais je ne crois pas que cette connivence soit tr&#232;s r&#233;elle. Je suis bien s&#251;r &#233;pouvant&#233; par le fait que les grands journaux soient achet&#233;s les uns apr&#232;s les autres par les industriels, mais n'oubliez pas que &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, &#224; l'&#233;poque des Malraux et Aron, &#233;tait entre les mains de je ne sais quel gougnafier riche comme Cr&#233;sus. Ceux qui ont fait l'honneur de la presse fran&#231;aise ont souvent &#233;t&#233; pay&#233;s par des gens qui n'&#233;taient pas tr&#232;s honorables. Apr&#232;s tout, un article de Mauriac, m&#234;me s'il mettait en question les propri&#233;t&#233;s de son patron au Maroc, se vendait tellement bien que tout le monde y trouvait son compte. Ce qui a chang&#233;, c'est que la propri&#233;t&#233; des m&#233;dias est plus notoire aujourd'hui. Tout le monde sait que Le Figaro appartient &#224; Monsieur Dassault. P&#232;se-t-il pour autant sur la r&#233;daction ? Je n'ai pas l'impression que la presse soit aux ordres. Elle ne me para&#238;t pas beaucoup plus domestiqu&#233;e qu'elle ne l'&#233;tait autrefois. C'est &#233;videmmenune faiblesse pour elle d'&#234;tre domin&#233;e par le grand capital, mais surtout d'&#234;tre surplomb&#233;e par la radio et la t&#233;l&#233;vision. La raison de la crise du journalisme est &#233;galement due &#224; l'absence de &#171; grandes causes &#187; pour lesquelles se battre. Vous voulez vous battre pour le plan Sarkozy contre la vie ch&#232;re ? Franchement, ce n'est pas tr&#232;s excitant...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucune cause ne vous mobilise plus aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des causes partielles. J'aimerais que l'assassinat d'Anna Politkovska&#239;a soit &#233;lucid&#233;, qu'Ingrid Betancourt soit lib&#233;r&#233;e, que les populations du Darfour soient mieux prot&#233;g&#233;es...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les droits de l'homme ne sont pas une cause suffisante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Il s'agit d'une cause &#233;minemment respectable, mais pas collective. Ce que j'appelle &#171; grande cause &#187; ne pourrait pas se d&#233;liter dans un opportunisme politique, dans un portefeuille minist&#233;riel de transition et m&#233;diocrement assum&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;ologie de la transparence vous irrite profond&#233;ment...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Tous &#224; poil ! &#187; C'est vrai, cela m'exasp&#232;re. C'est compl&#232;tement absurde car la civilisation n'est qu'habillement et organisation des rapports. Elle va &#224; l'encontre des &#171; &lt;i&gt;Oh ! Madame, que vous &#234;tes laide !&lt;/i&gt; &#187; et autres &#171; &lt;i&gt;Bonjour Monsieur, savez-vous que vous &#234;tes cocu ?&lt;/i&gt; &#187;. La transparence &#233;quivaut &#224; une injure dans les rapports humains qui sont &#171; arrang&#233;s &#187; pour faire moins de mal &#224; l'autre. On ne divulgue pas les n&#233;gociations secr&#232;tes qui se tiennent &#224; Oslo pour aboutir &#224; un plan de paix, sinon c'est foutu. J'admire profond&#233;ment les gens qui, encore aujourd'hui, expliquent que leurs propos sont off dans une conf&#233;rence de presse. Leur degr&#233; de confiance dans les rapports humains est admirable : &#171; J'instruis votre compr&#233;hension, mais bien s&#251;r, vous &#234;tes un professionnel capable de distinguer entre ceci et cela, alors, ne le r&#233;p&#233;tez pas ! &#187; La bonne marche d'un journal est faite de rapports de confiance que le public n'a pas forc&#233;ment &#224; conna&#238;tre. Le non-dit est aussi important et aussi vrai que le dit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites dans votre livre qu'&#171; avant, on savait lire le non-dit &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gens sont moins simples, moins idiots qu'on ne le pense. Mais l'image a un c&#244;t&#233; plus impudique que le mot. &#192; partir du moment o&#249; l'information est faite par l'image, elle &#233;clipse les nuances. Le demi-mot existe, pas la demi-image. Nous sommes donc plus simplistes dans l'univers de l'image que dans celui du mot. L'image est plus proche du r&#233;el, elle est plus crue. Le mot, lui, est cuit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le non-respect du off n'est pas l'apanage de la jeune g&#233;n&#233;ration. Franz-Olivier Giesbert le revendique, par exemple.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si vous citez ce nom, &#233;videmment nous serons imm&#233;diatement en d&#233;saccord. Pour parler clairement, c'est un voyou. De grand talent, mais un voyou quand m&#234;me. R&#233;duire les choses &#224; &#171; &lt;i&gt;tout politique est un menteur et tout journaliste un tra&#238;tre&lt;/i&gt; &#187; ne me para&#238;t m&#233;riter qu'une paire de gifles. Il dirige tr&#232;s bien Le Point - ce qui n'est pas le cas de son &#233;mission de t&#233;l&#233;vision o&#249; je le trouve mauvais -, mais vous l'aurez compris, he's not my cup of tea...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous d&#233;testez l'id&#233;e du &#171; journalisme citoyen &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne la d&#233;teste pas, je dis simplement que c'est la fin du journalisme. Si tout le monde est journaliste, plus personne ne l'est. Je n'ai pas de m&#233;pris pour cela, il s'agit d'une &#233;volution, mais aussi de la fin de notre m&#233;tier. Certaines professions ont disparu - les conducteurs de diligence - et le journalisme dispara&#238;tra tr&#232;s certainement avec l'Internet g&#233;n&#233;ralis&#233;. Je serais honteux pour l'humanit&#233; si les musiciens, les peintres ou les sculpteurs disparaissaient, mais les journalistes, apr&#232;s tout... Je finirai d'ailleurs probablement ma carri&#232;re d'auteur avec un livre sur les grands journalistes auxquels j'ai envie de rendre hommage. C'est mon dernier projet.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_960 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Jean-Lacouture-17.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/Jean-Lacouture-17-5e79c-11f29.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le non-dit est aussi important et aussi vrai que le dit. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez nous donner quelques noms ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En d&#233;jeunant avec Jean Daniel l'autre jour, je lui disais vouloir commencer par H&#233;rodote et L&#233;on l'Africain, mais il pense que c'est remonter un peu loin. Alors, je vais plut&#244;t d&#233;buter avec Th&#233;ophraste Renaudot.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites de ce dernier qu'il &#233;tait autant journaliste qu'humanitaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je l'ai d&#233;couvert r&#233;cemment et cela m'a fait grand plaisir. Comme j'aime beaucoup mon m&#233;tier, j'ai &#233;t&#233; ravi d'apprendre que le cr&#233;ateur de ma profession &#233;tait &#224; la fois Beuve-M&#233;ry et Coluche...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revenons &#224; cette mort du journalisme que vous pr&#233;disez.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, c'est une de mes grandes diff&#233;rences avec Bernard Guetta. Moi, qui suis vieux, je per&#231;ois cela comme une fin. Lui, encore jeune, pense que cela ne fait que recommencer autrement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;crivez &#224; la main ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Et je n'ai pas de t&#233;l&#233;phone portable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos inqui&#233;tudes au sujet d'Internet ne viennent-elles pas du fait que vous ne le pratiquez pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous avez mis le doigt sur le probl&#232;me. C'est &#233;videmment parce que je suis impuissant &#224; l'utiliser que je le d&#233;teste. Si me m'y &#233;tais mis, je l'aurais peut-&#234;tre apprivois&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Le journalisme est un m&#233;tier de jeune homme&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De jeune homme ou de jeune femme ! C'est vrai, le journalisme de reportage appartient &#224; la jeunesse. &#192; partir d'un certain moment, on devient froussard, on n'a plus envie de quitter ceux qui vous sont chers. Pour moi, la rupture s'est faite vers 60 ans. Je n'ai plus eu envie de courir le monde. Je voyage encore un peu, mais pour le plaisir. L'enqu&#234;te, c'est fini.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Le journalisme est un accident dans ma vie&lt;/i&gt;. &#187; Vous le regrettez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas du tout, du tout, du tout ! Le journalisme qui m'est tomb&#233; sur la t&#234;te est bien tomb&#233;. Il m'en manque s&#251;rement un certain nombre de vertus : l'esprit d'entreprise, le culot. Je trouve tout naturel de parler &#224; un chef d'&#201;tat, mais je suis &#233;pouvant&#233; &#224; l'id&#233;e de m'adresser, dans la rue, &#224; quelqu'un que je ne connais pas. Je suis timide. J'ai l'esprit de finesse gasconne, j'ai du nez, mais je ne suis pas ce qu'on appelle un baroudeur. M&#234;me si j'ai fait aussi du journalisme de baroud en Alg&#233;rie, en Indochine, je suis assez peureux, j'ai souvent la trouille. Mais cela ne m'a pas beaucoup g&#234;n&#233; dans mon travail. Et puis j'ai fait quand m&#234;me des trucs de fou. Je suis all&#233; sur la ligne de feu entre le Maroc et l'Alg&#233;rie, au lendemain de la guerre d'Alg&#233;rie, avec trois autres confr&#232;res. Bodard &#233;tait l&#224; aussi mais ne nous a pas accompagn&#233;s, estimant qu'on allait y laisser notre vie. Nous sommes revenus six heures plus tard, heureusement sains et saufs, et nous lui avons racont&#233; ce qu'on avait vu. R&#233;sultat, son article est paru avant le mien le lendemain matin...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez une r&#233;elle facilit&#233; d'&#233;criture.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est vrai et c'est une qualit&#233; dans ce m&#233;tier, tout comme l'impertinence. J'ai de la facilit&#233; dans l'expression. Je ne connais pas l'angoisse de la page blanche. L'amorce vient facilement. C'est le principal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous d&#233;noncez dans le journalisme d'investigation une &#171; &lt;i&gt; p&#233;rilleuse confusion des genres qui fait du journalisme une police sans loi, une justice sans droit, une inquisition sans foi&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne peux pas dire plus, ni mieux...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous d&#233;noncez &#233;galement le journalisme &#171; sh&#233;rif &#187; : &#171; &lt;i&gt;Qui tire le premier a gagn&#233; ; on verra bien apr&#232;s si le cavalier noir &#233;tait innocent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je peux, non pas m'en vanter, mais l'avouer : je n'ai jamais sorti un scoop de ma vie. Je n'ai jamais &#233;t&#233; le premier &#224; dire quelque chose. Souvent le second, ou le troisi&#232;me, mais jamais le premier. Peut-&#234;tre suis-je le Poulidor de la presse...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Plume ou souris ?</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Plume-ou-souris,404.html</link>
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		<dc:subject>Nouveaux M&#233;dias</dc:subject>

		<description>Georges-Olivier Ch&#226;teaureynaud, nouvelliste et romancier fran&#231;ais, prix Renaudot en 1982 avec &#171; La facult&#233; des songes &#187;. Dernier titre paru : &#171; L'Autre rive &#187;, Grasset, 2007. L'&#233;criture m'a pris tr&#232;s jeune, d&#232;s sept ans, en pension. Pour sortir de l'ennui. Puis, c'est devenu &#224; l'adolescence une activit&#233; sacr&#233;e et, &#224; vrai dire, assez pu&#233;rile. La po&#233;sie appelle la sacralisation. J'&#233;crivais donc des po&#232;mes que je calligraphiais sur de beaux papiers. La prose narrative m'a lib&#233;r&#233; une premi&#232;re fois. Encore (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Georges-Olivier Ch&#226;teaureynaud, nouvelliste et romancier fran&#231;ais, prix Renaudot en 1982 avec &#171; La facult&#233; des songes &#187;. Dernier titre paru : &#171; L'Autre rive &#187;, Grasset, 2007.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;criture m'a pris tr&#232;s jeune, d&#232;s sept ans, en pension. Pour sortir de l'ennui. Puis, c'est devenu &#224; l'adolescence une activit&#233; sacr&#233;e et, &#224; vrai dire, assez pu&#233;rile. La po&#233;sie appelle la sacralisation. J'&#233;crivais donc des po&#232;mes que je calligraphiais sur de beaux papiers. La prose narrative m'a lib&#233;r&#233; une premi&#232;re fois. Encore fallait-il que je trouve un &lt;i&gt;modus operandi&lt;/i&gt; me permettant d'arriver &#224; une &#233;criture v&#233;ritablement efficace.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai abandonn&#233; les beaux papiers et la calligraphie, et me suis tourn&#233; vers la machine &#224; &#233;crire. Pendant les vingt premi&#232;res ann&#233;es de mon activit&#233; d'&#233;crivain, il n'y avait pas d'ordinateurs. Taper &#224; la machine repr&#233;sentait un gain de temps, certes, mais restait encore un travail de longue haleine. J'ai donc v&#233;cu une seconde lib&#233;ration avec l'arriv&#233;e de l'ordinateur. J'ai &#233;t&#233; l'un de ceux qui ont achet&#233; les premiers ordinateurs avec un simple traitement de texte. &#192; l'&#233;poque, c'&#233;tait une machine d'une lenteur assez extraordinaire. Chaque fois que je faisais une sauvegarde, je voyais tout mon texte d&#233;filer sous mes yeux. Mais c'&#233;tait un grand bond par rapport aux manuscrits successifs, aux refrappes inlassables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, je me sers d'un ordinateur portable, m&#234;me si je ne travaille que chez moi. Mais je dois pr&#233;ciser que j'&#233;cris toujours &#224; la main. J'&#233;cris d'abord &#224; la main par s&#233;quences de quinze, vingt lignes que je ressaisis imm&#233;diatement sur mon ordinateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plume ou souris ? Je suis dans ce domaine &#224; voile et &#224; vapeur. Il y a quelque chose dans le fait d'&#233;crire &#224; la main d'extr&#234;mement satisfaisant pour l'esprit, &#231;a coule litt&#233;ralement. Le mot qui va du cerveau &#224; la plume donne l&#8216;impression d'un surgissement naturel. Il &#233;mane de nous comme une humeur. Sans &#234;tre f&#233;tichiste, j'ai besoin de ce manuscrit. C'est un brouillon n&#233;cessaire, mais il reste un brouillon destin&#233; &#224; la poubelle. Je prends d'ailleurs tr&#232;s peu de notes. Les seules que je prenne sont mes id&#233;es de nouvelles ou de romans. Je les consigne dans un vieux registre de comptable. Une fois ma nouvelle ou mon roman termin&#233;s, je reviens &#224; mon registre et inscris le titre de l'ouvrage et un &#8220;ok&#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dernier &#8220;ok&#8221;, une nouvelle, &#8220;Escargot, pie, furet&#8221;. Derni&#232;re phrase &#233;crite : &#8220;&lt;i&gt;Nulles b&#234;tes prodigieuses ou improbables ne hantent plus l'&#233;tage d&#233;sinvesti. Gorbius et Terebent, en les fuyant, les ont entra&#238;n&#233;es avec eux. Jusqu'o&#249; ? Sous quels cieux ?&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Recherche mod&#232;le &#233;conomique d&#233;sesp&#233;r&#233;ment</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Recherche-modele-economique,403.html</link>
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		<dc:subject>Internet</dc:subject>

		<description>Depuis un peu plus d'un an, des journalistes ouvrent sur Internet des nouveaux sites d'informations. Ils esp&#232;rent tous trouver LA formule. Convictions et pragmatisme s'y c&#244;toient. La presse &#233;crite traverse la crise que l'on sait. Quelques-unes de ses vedettes ont mis le cap sur Internet, son exp&#233;rimentation et son interactivit&#233;. Chacun &#224; sa fa&#231;on, mais avec le m&#234;me objectif - et souvent une m&#234;me incertitude : se d&#233;marquer des m&#233;dias existants, afficher son ind&#233;pendance et survivre dans un univers o&#249; (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-internet,36-+.html" rel="tag"&gt;Internet&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH118/arton403-47a82.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='118' class='spip_logos' style='height:118px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Depuis un peu plus d'un an, des journalistes ouvrent sur Internet des nouveaux sites d'informations. Ils esp&#232;rent tous trouver LA formule. Convictions et pragmatisme s'y c&#244;toient.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La presse &#233;crite traverse la crise que l'on sait. Quelques-unes de ses vedettes ont mis le cap sur Internet, son exp&#233;rimentation et son interactivit&#233;. Chacun &#224; sa fa&#231;on, mais avec le m&#234;me objectif - et souvent une m&#234;me incertitude : se d&#233;marquer des m&#233;dias existants, afficher son ind&#233;pendance et survivre dans un univers o&#249; l'information est instantan&#233;e, profuse, et bien souvent gratuite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'embl&#233;e, la question financi&#232;re fait s'opposer deux strat&#233;gies : abonnement ou gratuit&#233; ? L'ancien directeur de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, Edwy Plenel, a lanc&#233; &lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt; au tarif de 9 euros par mois, et la version Web d'&#171; Arr&#234;t sur images &#187; de Daniel Schneidermann est accessible moyennant 30 euros l'ann&#233;e. En revanche, des sites comme &lt;i&gt;Le Post&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;De source s&#251;re&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Rue89&lt;/i&gt; ou encore &lt;i&gt;Obiwi&lt;/i&gt;, qui pr&#233;f&#232;re le magazine &#224; l'actualit&#233;, ont opt&#233; pour le tout-gratuit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; mi-chemin de ces deux mod&#232;les, &lt;i&gt;Bakchich.info&lt;/i&gt; s'est dirig&#233; vers une formule mixte : si le site Internet lanc&#233; en mai 2006 reste gratuit, il faudra mettre la main &#224; la poche (35 euros l'ann&#233;e pour cinquante num&#233;ros) pour t&#233;l&#233;charger une parution hebdomadaire plus approfondie et des enqu&#234;tes &#224; para&#238;tre en ligne. &#171; &lt;i&gt;On peut aussi imaginer de faire payer les lecteurs pour avoir acc&#232;s &#224; des dossiers sp&#233;ciaux, th&#233;matiques, ou pour &#234;tre pr&#233;venus directement d'un scoop&lt;/i&gt; &#187;, avance Fran&#231;ois Blanc, conseil en strat&#233;gie d'information qui a planch&#233; sur le business plan de &lt;i&gt;Bakchich&lt;/i&gt;. Saluant la &#171; &lt;i&gt;prudence de ce mod&#232;le hybride&lt;/i&gt; &#187;, ce sp&#233;cialiste se dit aussi &#171; &lt;i&gt;convaincu qu'il existe un march&#233; de la v&#233;rit&#233; totalement sous-exploit&#233; en France&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; A &lt;i&gt;Rue89&lt;/i&gt;, &quot;&lt;i&gt;la r&#233;daction v&#233;rifie toutes les informations venues des citoyens&lt;/i&gt;&quot;, insiste Pierre Haski. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En misant sur la r&#233;v&#233;lation d'informations in&#233;dites relat&#233;es avec humour, &lt;i&gt;Bakchich&lt;/i&gt; ne cache pas, en effet, sa volont&#233; de concurrencer&lt;i&gt; Le Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;. Nicolas Beau, aujourd'hui directeur de la r&#233;daction de &lt;i&gt;Bakchich&lt;/i&gt;, y a d'ailleurs longtemps travaill&#233; : &#171; &lt;i&gt;Notre ligne,&lt;/i&gt; explique-t-il,&lt;i&gt; c'est de donner des informations que l'on ne trouve nulle part ailleurs, quitte &#224; rester en marge de l'actualit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; L'id&#233;e a s&#233;duit plusieurs investisseurs, dont l'homme d'affaires tunisien et opposant au pouvoir en place Khema&#239;s Toumi. Ce qui n'emp&#234;che pas le site de d&#233;marcher les annonceurs pour compl&#233;ter les recettes. &#171; &lt;i&gt; Avec environ 300 000 visiteurs uniques par mois en janvier, nous n'int&#233;ressons pas encore les gros annonceurs&lt;/i&gt; &#187;, reconna&#238;t Nicolas Beau, mais sa &#171; &lt;i&gt; courbe d'audience en nette progression&lt;/i&gt; &#187; lui donne confiance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reste &#224; franchir le seuil, plus que symbolique, du million de visiteurs uniques par mois, qui marque l'arriv&#233;e de la publicit&#233; : aujourd'hui, en effet, une dizaine de sites d'informations l'ont d&#233;pass&#233; et se partagent 80 % de la manne publicitaire. &#171; &lt;i&gt;Avec ce million de visiteurs, vous r&#233;coltez un million d'euros de recettes,&lt;/i&gt; d&#233;taille Pierre Haski, ancien de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; qui a fond&#233; &lt;i&gt;Rue89&lt;/i&gt; en mai 2007. &lt;i&gt;Si vous atteignez 2 millions de visiteurs, les recettes montent &#224; 3 millions d'euros !&lt;/i&gt; &#187; Pour l'heure, son site compte 450 000 visiteurs mensuels et ambitionne d'approcher fin 2008 le fameux million qui lui permettrait d'&#233;quilibrer ses comptes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En attendant, &lt;i&gt;Rue89&lt;/i&gt; s'est lanc&#233; dans la prestation de services, en concevant notamment le site litt&#233;raire &lt;i&gt;Bibliobs&lt;/i&gt; pour &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;. Vendre des contenus peut aussi &#234;tre un moyen de renflouer les caisses, comme le fait &lt;i&gt;De source s&#251;re&lt;/i&gt;, m&#234;me si, souligne son r&#233;dacteur en chef Pierre-Louis Rozyn&#232;s, les ressources restent &#171; &lt;i&gt;principalement publicitaires. Notre objectif est d'atteindre le point mort courant 2008 : la premi&#232;re ann&#233;e, nous nous sommes attach&#233;s &#224; faire de l'audience. La courbe progresse r&#233;guli&#232;rement et nous avons atteint 350 000 visiteurs uniques par mois &#224; la fin de l'ann&#233;e 2007. Nous sommes maintenant entr&#233;s dans la deuxi&#232;me &#233;tape qui consiste &#224; commercialiser cette audience.&lt;/i&gt; &#187; Cette pr&#233;occupation est partag&#233;e par tous les sites, except&#233;, peut-&#234;tre, par Le Post qui profite de son affiliation au Monde interactif. &#171; &lt;i&gt;Pour l'instant, nous ne nous posons pas la question du financement&lt;/i&gt; &#187;, avance le responsable &#233;ditorial Beno&#238;t Rapha&#235;l qui refuse cependant de d&#233;voiler l'&#233;conomie de son site.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus &#224; l'aise avec ces questions, Julien Jacob, cofondateur du magazine &lt;i&gt;Obiwi&lt;/i&gt;, ne cache pas que, selon lui, &#171; &lt;i&gt;le secret de la pub, c'est d'avoir de petites niches&lt;/i&gt; &#187;. Il faut dire qu'avec des rubriques comme la d&#233;coration, la mode ou les loisirs, il est plus facile d'attirer les annonceurs puisque ceux-ci peuvent davantage cibler leur public que sur les sites d'informations g&#233;n&#233;rales. D'o&#249; la confiance affich&#233;e par Julien Jacob : apr&#232;s une lev&#233;e de fonds initiale de 3 millions d'euros en 2007, il table sur une rentabilit&#233; d'ici deux ans et, d'ici trois, sur &#171; &lt;i&gt;une &#233;quipe de 70 personnes, 5 millions de visiteurs uniques par mois et un chiffre d'affaires de 11 millions d'euros&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais vivre de la publicit&#233; suppose une d&#233;pendance qui oblige &#224; rester vigilant. Pour Pierre Haski, &#171; &lt;i&gt; la publicit&#233; ne pose pas de probl&#232;mes tant que la ligne rouge n'est pas franchie&lt;/i&gt; &#187;. Pas question, donc, pour lui, d'autoriser les annonceurs &#224; ins&#233;rer leurs propres mots-cl&#233;s dans le nuage de tags qui servent &#224; la navigation du site, comme on le lui a propos&#233;. D'autres se montrent encore plus cat&#233;goriques, tel Edwy Plenel qui a choisi de ne s'appuyer que sur les abonnements pour &#233;viter toute suj&#233;tion. Un pari alors que la plupart des sites d'informations sont gratuits et que les grands quotidiens am&#233;ricains comme le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; ou le &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt; ont renonc&#233; &#224; leur formule payante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais Fran&#231;ois Bonnet, directeur &#233;ditorial de &lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt;, r&#233;fute cette &#171; &lt;i&gt; vulgate selon laquelle tout est gratuit sur Internet&lt;/i&gt; &#187;. Et de citer &lt;i&gt;Courrier international&lt;/i&gt;, ou certains dossiers de &lt;i&gt;The Economist&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Moins qu'un pari,&lt;/i&gt; insiste-t-il, &lt;i&gt;c'est une forte conviction que les gens sont pr&#234;ts &#224; payer pour une information ind&#233;pendante de qualit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Un premier tour de table en 2007 a permis &#224; &lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt; de rassembler 3,2 millions d'euros. &#171; &lt;i&gt;De quoi garantir au moins deux ans de salaire &#224; la trentaine de journalistes recrut&#233;s, la plupart ayant &#233;t&#233; d&#233;bauch&#233;s d'autres m&#233;dias&lt;/i&gt; &#187;, affirme Marie-H&#233;l&#232;ne Smi&#233;jan, directrice g&#233;n&#233;rale du site. L'&#233;quipe promet aux happy few des enqu&#234;tes fouill&#233;es, des points de vue originaux, ainsi qu'une large documentation compl&#233;mentaire et le making of des enqu&#234;tes. Plusieurs milliers de personnes se seraient abonn&#233;es avant le lancement du site d&#233;but mars. &#192; terme, Edwy Plenel et son &#233;quipe esp&#232;rent en rassembler 70 000, nombre fatidique pour atteindre le point mort.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En toute ind&#233;pendance, donc. M&#234;me si Beno&#238;t Thieulin, qui g&#232;re l'aspect technique du site, avait fait partie des comit&#233;s &#171; D&#233;sirs d'avenir &#187; de S&#233;gol&#232;ne Royal, laquelle a, d&#232;s le mois de d&#233;cembre, affich&#233; son soutien &#224; &lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt; - suivie, plus discr&#232;tement il est vrai, par Dominique de Villepin et par Fran&#231;ois Bayrou... En r&#233;ponse &#224; la pol&#233;mique naissante, Fran&#231;ois Bonnet a pris le parti de &#171; &lt;i&gt;remerci[er] tous les responsables politiques, &#224; droite comme &#224; gauche&lt;/i&gt; &#187; qui &#171; &lt;i&gt;d&#233;cideront d'aider &#224; leur mani&#232;re &#224; la naissance d'un m&#233;dia libre et ind&#233;pendant&lt;/i&gt; &#187;. Dont acte.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Daniel Schneidermann dit moins craindre la pression des annonceurs que sa propre autocensure. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;S'il refuse &#233;galement la publicit&#233;, Daniel Schneidermann a un raisonnement un peu diff&#233;rent. Il dit moins craindre la pression des annonceurs que sa propre autocensure, li&#233;e &#224; la tyrannie du nombre de &#171; pages vues &#187; : &#171; &lt;i&gt;C'est l'obsession de tous les sites et, malgr&#233; notre vigilance, notre ordre de priorit&#233;s risquerait de s'inverser, de pr&#233;f&#233;rer l'audience &#224; la pertinence...&lt;/i&gt; &#187; D'o&#249; le choix d'un site payant. Sur son nom, et fort de douze ann&#233;es d'&#233;missions sur &lt;i&gt;France 5&lt;/i&gt;, Daniel Schneidermann a r&#233;ussi &#224; r&#233;unir d&#232;s son lancement en janvier quelque 30 000 abonn&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Nous pouvons fonctionner un an&lt;/i&gt; &#187;, estime le journaliste, conscient que &#171; &lt;i&gt;le moment crucial sera celui des r&#233;abonnements. Nous ajusterons alors notre &#233;quipe en fonction de nos ressources.&lt;/i&gt; &#187; Aujourd'hui, Arr&#234;t sur images version web compte, outre son fondateur, six journalistes et autant de chroniqueurs. Comme pour la plupart de ces sites, la r&#233;daction est r&#233;duite, &#171; optimis&#233;e &#187; dit Pierre-Louis Rozyn&#232;s, &#224; la t&#234;te d'une &#233;quipe de huit personnes &#224; &lt;i&gt;De source s&#251;re&lt;/i&gt;, contre une quinzaine pour &lt;i&gt;Rue89&lt;/i&gt; et seulement trois salari&#233;s (plus une vingtaine de pigistes r&#233;guliers) pour &lt;i&gt;Bakchich&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Heureusement, les lecteurs peuvent venir &#224; la rescousse de ces r&#233;dactions aux moyens limit&#233;s pour signaler une information ou apporter un t&#233;moignage ! Car si le &#171; journalisme citoyen &#187; tant en vogue il y a un ou deux ans, notamment avec la cr&#233;ation d'&lt;i&gt;Agoravox&lt;/i&gt;, n'est plus de mise aujourd'hui, beaucoup de sites continuent de surfer sur la vague de l'interactivit&#233;. C'est m&#234;me le principe de base d'&lt;i&gt;Obiwi&lt;/i&gt;, qui compte sur l'expertise de passionn&#233;s pour d&#233;velopper des informations dans des domaines aussi divers que les jeux de soci&#233;t&#233;, la p&#234;che ou les compositions florales. Le journaliste se contente alors d'&#233;diter le contenu. &#171; &lt;i&gt;Il est vrai&lt;/i&gt;, reconna&#238;t Julien Jacob, &lt;i&gt;que la question du professionnalisme des auteurs se pose moins pour nous dans la mesure o&#249; nos sujets sont rarement pol&#233;miques...&lt;/i&gt; &#187; &#192; &lt;i&gt;Rue89&lt;/i&gt;, la parole se partage entre journalistes, experts et simples citoyens, mais &#171; &lt;i&gt; la r&#233;daction v&#233;rifie toutes les informations venues des citoyens&lt;/i&gt; &#187;, insiste Pierre Haski, satisfait de ces &#171; &lt;i&gt;contributions qui viennent enrichir le site&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, id&#233;al participatif ou aubaine pour ces nouveaux m&#233;dias qui se lancent avec peu de moyens ? Si &lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt; distingue clairement le travail journalistique des d&#233;bats qu'il souhaite susciter au sein de sa communaut&#233; de lecteurs, &lt;i&gt;Le Post&lt;/i&gt;, lui, met en avant &#171; &lt;i&gt; l'importance du t&#233;moignage et du partage d'exp&#233;riences&lt;/i&gt; &#187; dans ce qui se veut &#171; &lt;i&gt;un grand journal populaire&lt;/i&gt; &#187;. Les commentaires, en particulier, ont leur importance, puisqu'ils constituent des articles potentiels, comme le sont devenus le t&#233;moignage d'un travailleur pauvre sur &lt;i&gt;Le Post&lt;/i&gt; ou celui d'un cheminot en gr&#232;ve sur &lt;i&gt;Rue89&lt;/i&gt;, au moment des mouvements sociaux de novembre dernier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chaque journaliste de l'&#233;quipe de Pierre Haski doit aussi tenir compte des commentaires qui concernent son article pour, le cas &#233;ch&#233;ant, les utiliser lors de la mise &#224; jour du papier initial. Car le travail du journaliste, et sa responsabilit&#233; &#233;ditoriale, ne s'arr&#234;tent plus au point final. Le m&#233;tier &#233;volue mais continue d'exister, en d&#233;pit des Cassandre qui pr&#233;disaient que la participation de tout un chacun &#224; la fabrique de l'information signerait la fin du journalisme. Deux inconnues d&#233;termineront l'avenir de ces nouvelles exp&#233;riences : la r&#233;action des publicitaires et celle des lecteurs dont on ignore encore s'ils sont vraiment pr&#234;ts &#224; payer et pour quelle information. Verdict d'ici deux ans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&quot;Les chefs ne m'int&#233;ressent pas&quot;</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Les-chefs-ne-m-interessent-pas,402.html</link>
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		<dc:subject>Presse</dc:subject>

		<description>Accompagn&#233; de sa petite amie ou d'un myst&#233;rieux steward d'Air France, l'un des personnages les plus &#233;nigmatiques de la presse fran&#231;aise se d&#233;place, de bistrots en palaces cinq &#233;toiles, incognito. Fran&#231;ois Simon, critique gastronomique pour le Figaro, France Inter et Paris Premi&#232;re, revendique la plus stricte d&#233;ontologie professionnelle. Petit crochet par les cuisines de la presse gastronomique. Quand &#234;tes-vous arriv&#233; au Figaro ? Il y a vingt ans. Vous &#234;tes critique gastronomique... Depuis vingt-cinq (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Accompagn&#233; de sa petite amie ou d'un myst&#233;rieux steward d'Air France, l'un des personnages les plus &#233;nigmatiques de la presse fran&#231;aise se d&#233;place, de bistrots en palaces cinq &#233;toiles, incognito. Fran&#231;ois Simon, critique gastronomique pour &lt;i&gt;le Figaro, France Inter&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Paris Premi&#232;re&lt;/i&gt;, revendique la plus stricte d&#233;ontologie professionnelle. Petit crochet par les cuisines de la presse gastronomique.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand &#234;tes-vous arriv&#233; au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a vingt ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes critique gastronomique...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis vingt-cinq ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; travailliez-vous avant &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chez Gault &amp; Millau, puis pour C&lt;i&gt;uisine et Vins de France&lt;/i&gt;. J'ai &#233;t&#233; form&#233; par Christian Millau il y a vingt-six ans exactement. J'&#233;tais enqu&#234;teur et journaliste dans le magazine et pour les guides. Ils avaient besoin d'un jeune journaliste et ils m'ont embauch&#233; sans se soucier de mes connaissances en mati&#232;re de gastronomie. Je leur avais dit, du reste, que je n'y connaissais pas grand-chose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Initiation avec Christian Millau plus qu'avec Henri Gault ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, ils n'&#233;taient d&#233;j&#224; plus tellement ensemble. J'ai connu Henri Gault apr&#232;s coup, et j'ai eu beaucoup de bonheur &#224; parler avec lui. On s'entendait bien, tout comme avec Christian Millau. Et par chance, j'ai gard&#233;, avec ce dernier, d'excellents contacts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Combien de temps avez-vous pass&#233; avec eux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quatre ans. Ensuite, je suis rest&#233; deux ans comme r&#233;dacteur en chef de &lt;i&gt;Cuisine et Vins de France&lt;/i&gt; et, enfin, il y a vingt ans, j'ai &#233;t&#233; appel&#233; au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, pour cr&#233;er, avec d'autres, &lt;i&gt;Le Figaroscope.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand &#234;tes-vous devenu le critique gastronomique du Figaro ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est venu lentement. J'occupe cette place depuis dix ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une place importante...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce que l'on dit. On est en plein c&#339;ur de cible, notre lectorat constituant une population assez bourgeoise qui aime aller au restaurant. On peut donc dire que la rubrique gastronomique a son importance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est une place convoit&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ose le penser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous devez susciter pas mal de jalousies ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;norm&#233;ment. Mais je n'entends rien &#224; tout cela, car je ne fais pas partie de la vie gastronomique, je ne vais dans aucun cocktail, aucun voyage, aucun repas organis&#233;s, je ne rencontre quasiment jamais les chefs, et encore moins mes confr&#232;res. Je sais que c'est un milieu tr&#232;s envieux, m&#233;chant, petit, mesquin, sournois, acide. Mais je suis ailleurs. J'ai tr&#232;s peu d'amis, je vis seul, et je suis tr&#232;s bien comme &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au sein de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, comment &#234;tes-vous per&#231;u ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme quelqu'un d'amusant, parce que mes papiers sont parfois dr&#244;les. Je fais rire les gens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un journaliste pas comme les autres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si, dans la mesure o&#249; je m'appuie sur une d&#233;ontologie s&#233;rieuse. Mon journal paie toutes les additions. Je ne me pr&#233;sente jamais, je ne ressemble pas au critique gastronomique habituel qui profite de sa situation pour boire et se nourrir... Et puis, j'&#233;cris des articles sur d'autres sujets. Je ne m&#232;ne pas la belle vie. Je mange dans des petits restaurants, voire des mauvais. Je fais moi-m&#234;me mes r&#233;servations... Pour acc&#233;der &#224; des adresses comme &#171; The Fat Duck &#187;, le restaurant de Heston Blumenthal en Angleterre, par exemple, j'ai mis huit semaines avant d'obtenir une table un mardi &#224; midi, alors que si j'avais t&#233;l&#233;phon&#233; en me pr&#233;sentant, je l'aurais eue le vendredi soir &#224; 20 h 30 et on serait venu me chercher en voiture &#224; la gare. Mais &#231;a ne m'int&#233;resse pas. En gastronomie, j'ai l'impression qu'on peut choisir d'&#234;tre soit du c&#244;t&#233; des chefs et des guides, soit du c&#244;t&#233; du public, c'est-&#224;-dire des lecteurs. Et je m'aper&#231;ois que si les gens m'aiment bien, c'est parce que je suis de leur c&#244;t&#233;. Sans aucune d&#233;magogie : je n'ai simplement pas envie d'&#234;tre avec les chefs, en cuisine : ce monde-l&#224; ne m'int&#233;resse pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Souvent, entre un bistrot et un trois-&#233;toiles, entre Thierry Breton et Guy Savoy, par exemple, vous penchez plut&#244;t pour le premier qui est &#224; la t&#234;te d'un petit restaurant du c&#244;t&#233; de la gare du Nord (&#171; Chez Michel &#187;). Vous n'avez pas peur de choquer votre lectorat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, parce qu'on se ressemble. Mes lecteurs sont all&#233;s chez Guy Savoy et ils ont d&#251; trouver &#231;a tr&#232;s cher et peut-&#234;tre un peu surfait. En revanche, ils sont all&#233;s, peut-&#234;tre gr&#226;ce &#224; moi, &#171; Chez Michel &#187;, rue de Belzunce, et ils ont trouv&#233; &#231;a formidable. Lorsque je regarde les tabl&#233;es, je reconnais des lecteurs &#171; types &#187; du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;. &#199;a ne m'ennuie pas de parler des endroits o&#249; la gourmandise existe. Elle est devenue populaire, plus du tout grande bourgeoise ni luxueuse. Finalement, les gourmands sont peu nombreux chez Guy Savoy, au Crillon ou au Plaza, qui sont pour moi des endroits de fiction culinaire : un peu abstraits, parfois bons, horriblement chers, loin de nous, loin des lecteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous tenez beaucoup &#224; l'incognito : vous craignez les attentats ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dire ce que l'on pense de ces grands chefs si arrogants, c'est parfois dangereux...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#234;me au poste que vous occupez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Apr&#232;s une mauvaise critique, c'est un d&#233;luge terrible. La direction pense, &#224; juste titre, que ce sont de bons restaurants. Le Guy Savoy est un bon restaurant, mais c'est un restaurant d&#233;cevant, ce qui n'est pas la m&#234;me chose. L'anonymat m'est n&#233;cessaire car je suis sensible aux rapports humains. Et, pour moi, l'amiti&#233; parasite le jugement. Si je rencontre un chef, cela devient plus difficile d'&#233;crire sur son restaurant. Par exemple, je connais Pierre Gagnaire, j'ai m&#234;me fait un livre avec lui parce que je trouve l'homme passionnant. Mais ensuite, &#233;crire un papier sur lui, c'est comme s'il fallait remettre une table d'aplomb.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les autres critiques sont de connivence avec les grands chefs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, parce qu'ils aiment avoir ce genre de rapports avec eux. Je ne peux les en bl&#226;mer, &#224; chacun sa position. Il m'est impossible d'&#233;crire honn&#234;tement sur un chef que je connais. Si d'autres veulent leur faire des papouilles et se faire inviter, c'est leur probl&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tes-vous bien pay&#233; au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, mieux pay&#233; que les autres journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; je travaille trois fois plus que les autres, il est normal que je sois un peu mieux pay&#233;. Mais comme je refuse beaucoup d'avantages financiers de ce milieu, en travaillant uniquement de ma plume, je dois en faire davantage pour gagner l'argent que je pourrais obtenir plus facilement ailleurs. Je m'oblige &#224; &#233;crire des livres qui me rapportent tr&#232;s peu et je refuse tous les publi-reportages (la publicit&#233;, les dossiers de presse, etc.). Je me complique &#233;norm&#233;ment la vie.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La critique gastronomique va partout, elle dit tout et n'importe quoi. Les gens attentent une litt&#233;rature plus proche de la r&#233;alit&#233;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; r&#232;gle toutes vos notes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, dans la mesure o&#249; elles sont justifi&#233;es et raisonnables, dans la mesure o&#249; je n'abuse pas... Si je prends une coupe de champagne avec ma &lt;i&gt;girl-friend&lt;/i&gt;, je paye de ma poche. En revanche, l'entr&#233;e, le plat, le dessert et le vin, que je prends toujours dans les 30-40 euros, et au maximum 60-80 euros, sont &#224; la charge du m&#233;dia qui m'emploie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;quentez-vous souvent les trois-&#233;toiles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, le mois dernier, je suis all&#233; chez Guy Savoy, aux Ambassadeurs et chez H&#233;l&#232;ne Darroze, et j'ai eu un gros probl&#232;me de notes de frais. C'est horriblement cher.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gastronomie et, par la m&#234;me occasion, la critique gastronomique faisaient partie de ce qu'on appelle aujourd'hui l'&#171; exception fran&#231;aise &#187;. Avec le succ&#232;s de &#171; Ratatouille &#187;, le film de Walt Disney, c'est toute une tradition qui tombe de son pi&#233;destal ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est du Walt Disney, avec tout ce que &#231;a suppose de caricature. L'&#233;criture de ce film &#233;tait assez ambivalente. Sympathique, mais grev&#233;e par un probl&#232;me de culture. Dans l'imaginaire am&#233;ricain, le rat correspond &#224; l'&#233;tranger, avec une dimension tr&#232;s dynamique. En revanche, dans la culture fran&#231;aise de ma g&#233;n&#233;ration - j'ai un peu plus de cinquante ans -, c'est un &#233;l&#233;ment tr&#232;s troublant, symbole d'une hygi&#232;ne d&#233;testable. Les rats sont la phobie des chefs. Alors, voir un rat r&#233;ussir dans ce milieu ! Il s'agit d'une sorte d'&#233;galitarisme un peu discutable. Le personnage du critique aussi est troublant : de m&#233;chant, il d&#233;cide finalement de sacrifier sa carri&#232;re au sein d'un grand journal pour dire du bien d'un repas qu'il a trouv&#233; bon. C'est exactement &#231;a, un critique : pouvoir sacrifier sa carri&#232;re &#224; la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est la v&#233;ritable port&#233;e de la critique ? Un de vos articles peut-il faire le succ&#232;s d'un restaurant ou la ruine d'un chef ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il peut acc&#233;l&#233;rer les deux. Si un restaurant est mauvais, il va fermer un peu plus vite. Ce ne sera pas de la faute du journaliste, mais celle de la cuisine. Et si l'&#233;tablissement est bon, un &#233;loge peut acc&#233;l&#233;rer son succ&#232;s. Au lieu de mettre six mois &#224; un an pour d&#233;coller, il pourra d&#233;marrer en trois semaines. Et &#231;a, c'est formidable !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les guides ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils font souvent trop de concessions au &#171; gastronomiquement correct &#187; et, du coup, perdent de la cr&#233;dibilit&#233; aupr&#232;s du public, de moins en moins dupe de la qualit&#233; d'une table. Quand on dit d'un grand restaurant qu'il est fantastique, merveilleux, et que ce n'est pas vrai, les lecteurs se disent : &#171; &lt;i&gt;Je n'y connais rien, je suis un idiot&lt;/i&gt; &#187; et, donc &#171; &lt;i&gt; je ne suis pas digne de la grande gastronomie.&lt;/i&gt; &#187; Je trouve &#231;a un peu pervers. Les guides excluent les gens qui aimeraient aimer. Et le &#171; gastronomiquement correct &#187; devient &#171; pens&#233;e commune &#187;. La critique gastronomique est totalement paradoxale. Elle va partout, elle dit tout et n'importe quoi. Les gens attendent une litt&#233;rature plus proche de la r&#233;alit&#233;. Sans pour autant tomber dans la d&#233;magogie comme le &#171; Zagat &#187; qui reprend simplement les avis des gens. Entre les guides acad&#233;miques et le &#171; Zagat &#187;, on doit pouvoir trouver un juste milieu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a plus de trente ans, la &#171; nouvelle cuisine &#187; est devenue un succ&#232;s plan&#233;taire, en grande partie gr&#226;ce &#224; la plume de Henri Gault et Christian Millau. S'agissait-il d'une simple invention m&#233;diatique, comme le pr&#233;tend Paul Bocuse aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand Bocuse parle de ph&#233;nom&#232;ne m&#233;diatique, il sait de quoi il parle. C'est la clef de sa formidable r&#233;ussite, bien au-del&#224; de sa cuisine, somme toute assez banale. Mais on ne peut pas limiter la nouvelle cuisine &#224; un ph&#233;nom&#232;ne m&#233;diatique. Ce qu'ont fait Christian Millau et Henri Gault &#233;tait formidable. Ils ont permis &#224; des chefs, comme Bocuse d'ailleurs, d'avoir une fiert&#233;, d'&#234;tre reconnus, de devenir des stars, de gagner beaucoup d'argent et d'acc&#233;der &#224; une r&#233;ussite professionnelle, et souvent personnelle, qu'ils n'auraient jamais eue sans l'aide des m&#233;dias. Ce qui s'est pass&#233; a fait beaucoup de bien &#224; la gastronomie, m&#234;me si certains n'ont pas su garder la t&#234;te froide.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les chefs trouvent moins dommageable de parler de moi que de la m&#233;diocrit&#233; de leur carte. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils ont eu du flair, Gault et Millau, ils faisaient de vraies d&#233;couvertes !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et, surtout, ils ont d&#233;barrass&#233; la gastronomie de tout son c&#244;t&#233; ampoul&#233;, &#171; saucier &#187;, dat&#233;, comme le font aujourd'hui les gens du Fooding ou d'Omnivore. C'est le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne acc&#233;l&#233;rateur et r&#233;oxyg&#233;nant. Ils ont apport&#233; aussi une &#233;criture, un certain humour, qui a beaucoup plu aux lecteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'humour et le style sont essentiels &#224; la bonne critique gastronomique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un critique qui se prend trop au s&#233;rieux est ennuyeux, comme une nourriture qui se prend trop au s&#233;rieux est ennuyeuse, comme un restaurant, comme un chef. Le monde de la table a besoin d'un peu de fantaisie, d'un peu de folie, m&#234;me de contradiction, et pourquoi pas, d'un peu d'ironie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez vu &#171; Mondovino &#187;, le film de Jonathan Nossiter ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce film d&#233;crit un monde manich&#233;en, mais a permis au vin de sortir de l'&#226;ge de pierre dans lequel se situe sa m&#233;diatisation. On en parle tr&#232;s mal dans les journaux parce qu'il y a une &#233;lite de critiques qui sait tout mais qui ne donne pas les cl&#233;s pour comprendre. Je le regrette beaucoup. La critique des vins forme une sorte d'aristocratie arrogante, repli&#233;e sur elle-m&#234;me, qui d&#233;fend un monde de parvenus, de privil&#233;gi&#233;s. Vraiment, la communication sur le vin est d&#233;solante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le film, Nossiter fait du critique am&#233;ricain Robert Parker sa t&#234;te de turc. Cela vous semble justifi&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parker a r&#233;ussi &#224; cr&#233;er un syst&#232;me. Et &#224; l'imposer. Ceux qui s'en plaignent doivent admettre qu'il y va &#233;galement de la responsabilit&#233; des vignerons qui ont accept&#233; le go&#251;t Parker. Personne ne leur demandait de faire des vins tr&#232;s bois&#233;s, tr&#232;s habill&#233;s, &#171; machos &#187;, des vins de soleil. On ne peut pas reprocher &#224; Parker son succ&#232;s. Ce n'est pas lui qui a dit aux gens : &#171; Faites comme &#231;a. &#187; Moi, j'aime bien les vins &#171; Parker &#187;, mais je ne suis pas exclusif. C'est comme si on reprochait &#224; Gault et Millau d'avoir impos&#233; la nouvelle cuisine dans tous les restaurants. Aujourd'hui, on assiste au m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne avec Ferran Adri&#224;, en Espagne. Ce qu'il fait est exceptionnel, mais ce n'est pas lui qui impose aux autres - comme un terroriste - de faire des &#233;cumes, de l'azote, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il un renouveau de la critique gastronomique en France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, une nouvelle g&#233;n&#233;ration est pr&#233;sente. Je n'en pense que du bien. M&#234;me si les d&#233;fauts de leurs anciens se reproduisent. Certains sont l&#224; pour faire de l'argent, d'autres pour le pouvoir. Ce n'est pas grave. Je suis favorable &#224; ce que les jeunes prennent le pouvoir !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a l'impression que la presse gastronomique fran&#231;aise s'est affaiblie, alors qu'elle montre une grande vitalit&#233; aux &#201;tats-Unis, en Espagne, en Italie...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si vous faites une revue de blues &#224; Chicago, personne ne l'ach&#232;tera. C'est la m&#234;me chose en France. Les gens sont persuad&#233;s de tout savoir sur la bouffe, ce qui est faux ; d'&#234;tre de formidables gourmets, ce qui est &#233;galement faux. C'est une illusion fran&#231;aise. On n'ach&#232;te pas les journaux sur un sujet qu'on pense, &#224; tort, mieux conna&#238;tre que les autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous reprochez aussi &#224; la presse gastronomique fran&#231;aise de ne pas faire de prospection, de ne pas devancer le mouvement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;gal est une bonne revue, qui s'appuie sur un r&#233;el travail. Chaque titre est diff&#233;rent. Omnivore est bien aussi : de l'air y circule. Pour Gault &amp; Millau, j'avoue ne pas comprendre. Il existe un l&#233;ger d&#233;calage entre l'esprit du temps et ce que traduisent certains de ces journaux. Et, finalement, une revue comme celle de Lignac, dont tout le monde dit pis que pendre, refl&#232;te mieux l'air du temps que d'autres revues tr&#232;s s&#233;rieuses. Mais est-ce que les gens attendent une r&#233;ponse d'un journal ? Je ne le pense pas. On est dans l'&#232;re des images et du son. Si la presse &#233;crite n'arrive pas &#224; trouver le bon langage, la bonne formule, et si elle n'est pas dans l'esprit du temps, elle devient acad&#233;mique, dat&#233;e, lourde, lente. Elle est &#171; &#224; c&#244;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'apr&#232;s la presse anglo-saxonne, le centre du monde gastronomique n'est plus en France : pour la cuisine, il se situe en Espagne, au Japon ou aux &#201;tats-Unis, et on constate une menace bien r&#233;elle des vins du Nouveau Monde.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On n'est plus seuls &#224; diriger le monde. D'autres villes prennent le relais. Ce qui se passe &#224; Tokyo est formidable. On y sent une excitation gastronomique, un vrai bonheur. Je suis s&#251;r qu'un jour ou l'autre, on trouvera &#224; Paris des adresses similaires, un peu d&#233;complex&#233;es, qui vont faire un tabac. C'est tr&#232;s positif. Nous ne sommes plus les meilleurs ? Tant mieux ! Plus il y a de bijoutiers dans une rue, plus on vend de bijoux. Plus il y a de grandes capitales de la gastronomie, plus elles vont se renforcer. Londres s'am&#233;liore sans arr&#234;t. Mais aussi New York, Sydney, Beyrouth, Istanbul, Osaka, S&#233;oul, Shanghai.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acceptez-vous d'&#233;voquer vos bagarres avec les grands noms de la cuisine fran&#231;aise, Robuchon, Guy Martin... ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a n'a aucun int&#233;r&#234;t parce qu'on veut toujours en faire des affaires personnelles. Moi, je prends un polaro&#239;d du repas, et ensuite je le donne au lecteur, en disant : &#171; &lt;i&gt;Voil&#224; ce que j'ai mang&#233;. Maintenant, &#224; vous de voir. Si vous allez chez Guy Martin, au Grand V&#233;four, prenez des plats classiques, plut&#244;t que ses cr&#233;ations.&lt;/i&gt; &#187; Je donne des conseils. Si parfois des chefs veulent en faire des conflits de personnes, c'est probablement parce qu'ils trouvent moins dommageable de parler de moi que de parler de la m&#233;diocrit&#233; de leur carte. Et je vous le r&#233;p&#232;te, la seule chose qui m'int&#233;resse, c'est mon repas, pas eux. Ce ne sont pas mes amis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez comme C&#233;line, qui disait que &#231;a ne l'int&#233;ressait pas de savoir si l'auteur qu'il lisait &#233;tait enrhum&#233; le jour o&#249; il a &#233;crit...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On s'en fout. Les lecteurs du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, quand ils vont dans un grand restaurant, ne vont pas voir le chef. Ils vont manger et payer. C'est &#231;a la r&#233;alit&#233;, la base. C'est trop facile de dire &#171; &lt;i&gt; Il ne m'aime pas&lt;/i&gt; &#187;. Est-ce que c'est bon ou non ? Est-ce que l'on passe une bonne soir&#233;e ? Chez Guy Savoy, il y a un formidable sommelier, &#201;ric Mancio, gr&#226;ce &#224; qui j'ai pass&#233; r&#233;cemment une soir&#233;e divine. Parce que c'est un homme bon, gentil, humble. Il m'a propos&#233; une bouteille &#224; 50 euros. C'&#233;tait parfait. Le plat &#233;tait moins r&#233;ussi, mais j'ai quand m&#234;me pass&#233; une excellente soir&#233;e, gr&#226;ce au sommelier. C'est ce qui compte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que le steward d'Air France que vous citez de temps en temps dans vos articles existe vraiment ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai rendez-vous avec lui mardi prochain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il vous donne vraiment tous ces tuyaux, toutes ces bonnes adresses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un malade de bouffe. Il passe sa vie dans les restaurants. Quand il se pose, il retire sa casquette, et il passe &#224; table. C'est un vrai passionn&#233;, franchouillard, franco-fran&#231;ais, cocardier. Pour moi, c'est un rep&#232;re tr&#232;s int&#233;ressant. Par exemple, lorsque je vais manger &#224; des tables difficiles en Bourgogne - il est de l&#224;-bas -, je me fie &#224; lui. S'il est d&#233;&#231;u, je sais que &#231;a ne va pas. Je l'ai amen&#233; dans des endroits formidables, et &#224; chaque fois le papier &#233;tait bon. Parce qu'avec lui &#224; mes c&#244;t&#233;s, je me dis que je peux y aller.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le m&#233;tier vous amuse toujours ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est formidable d'aller au restaurant ! Pour &#234;tre franc, je ne suis pas passionn&#233; par la bouffe. Parler des diff&#233;rences de tomates ou de c&#233;pages de vins ne m'int&#233;resse pas. En revanche, j'adore boire, manger et observer le spectacle des restaurants. C'est un lieu o&#249; on est bien, content, et d'o&#249; l'on ressort logiquement meilleur que lorsqu'on est entr&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Peut-on encore parler du Rwanda ?</title>
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		<dc:subject>Presse</dc:subject>

		<description>Poursuivis en france pour &#171; complicit&#233; de diffamation raciale &#187; et &#171; complicit&#233; de provocation publique &#224; la haine raciale &#187;, et en Belgique pour racisme, x&#233;nophobie, r&#233;visionnisme et &#171; quasi-n&#233;gationnisme &#187;, Pierre P&#233;an, auteur de &#171; Noires fureurs, blancs menteurs &#187;, et Fayard, son &#233;diteur, font l'objet d'un v&#233;ritable proc&#232;s en sorcellerie. En histoire, le temps permet souvent d'&#233;claircir le d&#233;bat. La dur&#233;e est essentielle pour analyser la complexit&#233; d'un &#233;v&#233;nement et sa signification. Les ann&#233;es qui passent (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-presse,34-+.html" rel="tag"&gt;Presse&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L102xH150/arton401-ad6a3.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='102' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:102px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Poursuivis en france pour &#171; complicit&#233; de diffamation raciale &#187; et &#171; complicit&#233; de provocation publique &#224; la haine raciale &#187;, et en Belgique pour racisme, x&#233;nophobie, r&#233;visionnisme et &#171; quasi-n&#233;gationnisme &#187;, Pierre P&#233;an, auteur de &#171; Noires fureurs, blancs menteurs &#187;, et Fayard, son &#233;diteur, font l'objet d'un v&#233;ritable proc&#232;s en sorcellerie.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En histoire, le temps permet souvent d'&#233;claircir le d&#233;bat. La dur&#233;e est essentielle pour analyser la complexit&#233; d'un &#233;v&#233;nement et sa signification. Les ann&#233;es qui passent font &#233;merger des t&#233;moignages, des documents, des faits, autant de rep&#232;res &#224; partir desquels s'&#233;labore la connaissance historique. Mais, dans le cas du Rwanda, il semble que ce soit plut&#244;t le contraire. Plus le temps s'&#233;coule, moins on comprend ce qui s'est d&#233;roul&#233; entre 1990 et 1994, tant les th&#232;ses en pr&#233;sence s'opposent. Les affects personnels, et surtout les int&#233;r&#234;ts en jeu, sont trop puissants : comme si l'heure de la v&#233;rit&#233; historique n'&#233;tait pas encore venue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dix-sept ans apr&#232;s le d&#233;but de l'offensive du Front patriotique rwandais (FPR) contre le Rwanda ; treize ans apr&#232;s l'attentat du 6 avril 1994 qui co&#251;ta la vie au pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana, d&#233;clencha le g&#233;nocide de centaines de milliers de Tutsis et de Hutus mod&#233;r&#233;s, et permit au FPR de conqu&#233;rir le pouvoir, il est toujours aussi difficile d'expliquer ce qui s'est produit. Difficile, et risqu&#233;. Pierre P&#233;an en fait actuellement l'exp&#233;rience &#224; ses d&#233;pens. &#171; Journaliste d'investigation &#187; exp&#233;riment&#233;, l'auteur d'&#171; Une jeunesse fran&#231;aise &#187; (1994) et de &#171; La Face cach&#233;e du Monde &#187; (2003) est un habitu&#233; des scoops. M&#233;thodique, bien document&#233; (P&#233;an a pu consulter des sources in&#233;dites, et notamment les archives de l'&#201;lys&#233;e), il a consacr&#233; huit mois &#224; la r&#233;daction de &#171; Noires fureurs, blancs menteurs &#187;, un pav&#233; de 496 pages, sans compter les annexes. Cette enqu&#234;te n'est pas un ouvrage universitaire. Le ton est subjectif, provocateur, revendiqu&#233; comme tel.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Aujourd'hui, plus personne ne doute que le r&#233;gime de Paul Kagame est une dictature, pour ne pas dire une dictature totalitaire. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai &#233;t&#233; r&#233;volt&#233;, boulevers&#233; par ce que j'ai d&#233;couvert &#224; mesure que je progressais dans cette enqu&#234;te ; j'ai &#233;crit ce livre avec mes tripes&lt;/i&gt; &#187;, reconna&#238;t P&#233;an. De fait, le style, pamphl&#233;taire, ignore la nuance et les pr&#233;cautions d'usage. Des erreurs et des approximations sont faciles &#224; r&#233;cuser. La plupart des personnes qu'il met en cause (parfois sans avoir recueilli leur version des faits avant publication) ont d'ailleurs choisi de lui r&#233;pondre par voie de presse sur ce terrain, &#233;ludant au passage les faits pr&#233;cis qui leur sont reproch&#233;s. Mais l&#224; n'est pas le d&#233;bat. La th&#232;se centrale du livre de P&#233;an est la suivante : l'histoire officielle du Rwanda est fausse, elle est maquill&#233;e par le pouvoir actuel pour masquer ses crimes. Et l&#233;gitimer son emprise dictatoriale sur la soci&#233;t&#233;. Les attaques contre la politique de la France au Rwanda et la mise en cause de l'op&#233;ration Turquoise ne sont que des op&#233;rations de propagande et de diversion. Enfin, P&#233;an d&#233;nonce les &#171; blancs menteurs &#187; - les r&#233;seaux d'influence activ&#233;s par le FPR en Europe et la position partiale, voire sectaire, de personnalit&#233;s ou d'ONG occidentales pro-FPR.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, plus personne ne doute que le r&#233;gime du pr&#233;sident Paul Kagame est une dictature, pour ne pas dire une dictature totalitaire. Mais, curieusement, alors que la critique de n'importe quelle dictature dans un autre pays susciterait l'int&#233;r&#234;t, sinon le soutien, dans le cas du Rwanda, elle &#233;veille imm&#233;diatement le soup&#231;on. La raison, finalement simple, tient aux conditions de naissance de ce r&#233;gime. Le FPR s'est empar&#233; du pouvoir en mettant fin au g&#233;nocide des Tutsis orchestr&#233; par des extr&#233;mistes hutus, dans l'indiff&#233;rence de la communaut&#233; internationale. Un peu comme cela s'est produit lors de la naissance de l'&#201;tat d'Isra&#235;l, ces circonstances exceptionnelles conf&#232;rent une l&#233;gitimit&#233; quasi absolue au pouvoir. Bien rares sont ceux qui, &#233;chappant au complexe de culpabilit&#233;, osent la mettre en cause.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce que fait P&#233;an. &#192; l'origine, son enqu&#234;te ne portait que sur l'attentat du 6 avril 1994. Elle visait &#224; prouver la responsabilit&#233; du FPR. Selon P&#233;an, ce ne sont pas des extr&#233;mistes hutus hostiles &#224; la politique de partage du pouvoir finalement consentie par Habyarimana qui ont abattu l'avion pr&#233;sidentiel, comme le FPR l'a imm&#233;diatement affirm&#233; et comme la plupart des m&#233;dias internationaux n'ont depuis cess&#233; de le r&#233;p&#233;ter. Cette pr&#233;misse, qui fonde la l&#233;gitimit&#233; du nouveau r&#233;gime rwandais, et sur la base de laquelle le Tribunal p&#233;nal international pour le Rwanda (TPIR) rend la justice &#224; Arusha, est erron&#233;e. C'est, au contraire, le FPR qui a commis cet attentat, justement pour &#233;viter l'application des accords d'Arusha dont il ne voulait pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car, d&#232;s le d&#233;but, celui-ci avait pour ambition de conqu&#233;rir la totalit&#233; du pouvoir, &#224; n'importe quel prix. P&#233;an veut montrer comment le FPR a manipul&#233; les r&#233;fugi&#233;s tutsis en exil pour justifier ses objectifs belliqueux, comment il a instrumentalis&#233; la minorit&#233; tutsie, puis les partis d'opposition au Rwanda et l'opinion publique internationale, devant lesquels il s'est pr&#233;sent&#233; comme un mouvement de lib&#233;ration nationale et de lutte d&#233;mocratique. Allant au bout de son raisonnement, P&#233;an formule une accusation grave : le FPR connaissait les risques que faisait courir &#224; la minorit&#233; tutsie du Rwanda sa strat&#233;gie de surench&#232;re dans la violence. C'est en connaissance de cause qu'il a provoqu&#233; le chaos. Il porte donc une part de responsabilit&#233; dans le massacre des Tutsis et des Hutus mod&#233;r&#233;s perp&#233;tr&#233; par les extr&#233;mistes hutus. Sans parler des crimes de guerre et crimes contre l'humanit&#233;, nombreux, voire syst&#233;matiques, qu'il a lui-m&#234;me commis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qu'affirment ses d&#233;tracteurs, P&#233;an ne nie pas le g&#233;nocide des Tutsis (m&#234;me s'il conteste les chiffres avanc&#233;s) : il le place dans un cadre historique diff&#233;rentL'ancienne procureure g&#233;n&#233;rale du TPIR, Carla Del Ponte, n'&#233;crivait-elle pas elle-m&#234;me, avant que le pr&#233;sident Paul Kagame e&#251;t refus&#233; cat&#233;goriquement toute investigation sur ce sujet le 28 juillet 2002, avant que le TPIR ne s'inclin&#226;t en septembre 2002 : &#171; &lt;i&gt;Si c'est le FPR qui a abattu l'avion, il faudrait r&#233;&#233;crire l'histoire du g&#233;nocide&lt;/i&gt; &#187; ? Dans &#171; Noires fureurs... &#187;, l'attentat du 6 avril n'est plus un point de d&#233;part. C'est, au contraire, l'aboutissement d'une strat&#233;gie tr&#232;s &#233;labor&#233;e, qui a repos&#233; en grande partie sur la d&#233;sinformation et la manipulation de l'opinion publique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pierre P&#233;an n'est ni le premier, ni le seul &#224; faire porter au FPR la responsabilit&#233; de l'attentat du 6 avril. L'universitaire belge Filip Reyntjens a envisag&#233; ce sc&#233;nario d&#232;s 1996 dans &#171; Trois jours qui ont fait basculer l'histoire &#187;. Allant beaucoup plus loin dans les d&#233;tails et l'&#233;num&#233;ration des preuves, Stephen Smith a reformul&#233; cette hypoth&#232;se dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; en 2002. Et nombreux sont les chercheurs qui ont argument&#233; dans le m&#234;me sens : Pierre Erny, James Gasana, Bernard Lugan, Charles Onana, Robin Philpot...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Pierre P&#233;an n'est ni le premier, ni le seul &#224; faire porter au FPR la responsabilit&#233; de l'attentat du 6 avril. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un mois avant la parution de &#171; Noires fureurs... &#187;, Abdul Ruzibiza a publi&#233; son propre t&#233;moignage, accablant. Dans &#171; Rwanda, l'histoire secr&#232;te &#187;, cet ancien membre des commandos FPR, aujourd'hui r&#233;fugi&#233; en Europe, explique en d&#233;tail comment il a lui-m&#234;me particip&#233; &#224; la pr&#233;paration de cet attentat. S'il a d&#233;cid&#233; de se retourner contre son propre camp, passant du statut de h&#233;ros &#224; celui de paria, c'est qu'il a finalement r&#233;alis&#233; que sa famille, tutsie, massacr&#233;e durant le g&#233;nocide, n'aurait peut-&#234;tre pas p&#233;ri si le FPR ne s'&#233;tait pas obstin&#233; dans sa conqu&#234;te du pouvoir par la violence. Une conqu&#234;te qui, d'ailleurs, n'a profit&#233; qu'&#224; un tout petit noyau d'affairistes proches de Paul Kagame.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, si le t&#233;moignage de Ruzibiza a rencontr&#233; un &#233;cho consid&#233;rable au Rwanda, il est curieusement pass&#233; presque inaper&#231;u en Europe. Pas de d&#233;bat, pas de pol&#233;mique, pas de proc&#232;s. On fait comme s'il n'existait pas. Andr&#233; Guichaoua, auteur de la postface du t&#233;moignage de Ruzibiza, et St&#233;phen Smith s'en &#233;tonnent : ou bien ce t&#233;moignage est un faux, et il doit &#234;tre d&#233;nonc&#233;, ou bien il est fond&#233; et alors pourquoi n'est-il pas pris en compte ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'en va pas de m&#234;me pour le livre de Pierre P&#233;an, personnalit&#233; connue et m&#233;diatique. D&#232;s sa parution, &#171; Noires fureurs... &#187; provoque une onde de choc. Ce que P&#233;an &#233;crit sort du cercle des sp&#233;cialistes et touche un vaste public, mettant ainsi en p&#233;ril l'image de lui-m&#234;me que le FPR a patiemment construite. D'autant que, en cette fin d'ann&#233;e 2005, une rumeur court : le juge Jean-Louis Brugui&#232;re, qui enqu&#234;te sur l'attentat du 6 avril au nom des familles des pilotes fran&#231;ais tu&#233;s dans l'explosion de l'avion pr&#233;sidentiel, est sur le point de d&#233;poser des mandats d'arr&#234;t internationaux contre des cadres dirigeants du FPR. En Espagne, au Canada, d'autres menaces judiciaires se pr&#233;cisent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans surprise donc, la riposte officielle vient de l'association rwandaise Ibuka (&#171; Souviens-toi &#187;, en kinyarwanda). Cette organisation, qui se pose en repr&#233;sentante des victimes du g&#233;nocide, est bien connue des associations internationales de d&#233;fense de droits de l'homme qui travaillent sur le Rwanda. Amnesty International, Human Rights Watch ou International Crisis Group ont eu maintes fois l'occasion d'&#233;voquer son r&#244;le dans la d&#233;nonciation arbitraire des opposants, la d&#233;lation et la production de faux t&#233;moins sur commande.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 24 janvier 2006, Ibuka organise une premi&#232;re conf&#233;rence de presse &#224; Kigali pour d&#233;noncer le livre de P&#233;an. Son pr&#233;sident, Fran&#231;ois-Xavier Ngarambe, haut cadre du FPR, ancien directeur de la S&#233;curit&#233; sociale et actuel directeur g&#233;n&#233;ral de la compagnie d'assurances Sonarwa, annonce des poursuites pour &#171; r&#233;visionnisme &#187; et &#171; n&#233;gationnisme &#187;. Puis il mobilise les r&#233;seaux europ&#233;ens d'Ibuka pour engager une campagne de harc&#232;lement m&#233;diatique et judiciaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le pr&#233;sident d'Ibuka Belgique, Placide Kalisa, recrute dix-sept plaignants parmi la communaut&#233; tutsie en exil. Ce n'est pas assez. Pour gonfler ce chiffre jug&#233; insuffisant, Ibuka Rwanda apporte 200 plaignants suppl&#233;mentaires, recrut&#233;s et r&#233;mun&#233;r&#233;s par ses soins. Ces plaignants sont pr&#233;sent&#233;s &#224; l'opinion publique comme des rescap&#233;s indign&#233;s par les propos de P&#233;an. Ce n'est pas tout &#224; fait exact : Servilien Sebasoni est porte-parole du FPR ; Jean Sayinzoga, ex-secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du minist&#232;re des Finances, est pr&#233;sident de la Commission nationale de d&#233;mobilisation des arm&#233;es ; Pierre Ndorimana, ancien d&#233;put&#233; FPR, est l'ancien pr&#233;sident de la Cour constitutionnelle...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains des plaignants ont m&#234;me une exp&#233;rience solide dans le harc&#232;lement des journalistes hostiles &#224; leur cause. Antoine Mugesera, ex-commissaire &#224; la planification au Comit&#233; central du FPR, s&#233;nateur, membre du conseil d'administration de Rwandatel, s'est r&#233;cemment illustr&#233; en faisant incarc&#233;rer &#224; Kigali le P&#232;re Theunis, ancien responsable de la revue Dialogue, dont Mugesera convoitait la direction. Le toll&#233; international provoqu&#233; par cette arrestation scandaleuse et le fiasco judiciaire qui s'ensuivit contraignirent Kigali &#224; faire marche arri&#232;re et &#224; lib&#233;rer le P&#232;re Theunis. Quant &#224; Eug&#232;ne Twagira Mutabazi, il s'est fait f&#226;cheusement conna&#238;tre il y a douze ans en montant de toutes pi&#232;ces une s&#233;rie de faux t&#233;moignages contre Andr&#233; Sibomana, r&#233;dacteur en chef du bimensuel catholique Kinyamateka. Initi&#233;e par Rakya Omaar, directrice d'African Rights (organisation n&#233;e d'une scission avec Africa Watch en raison de ses partis pris), cette &#171; enqu&#234;te &#187; fut ensuite recycl&#233;e par Christian Terras dans les colonnes du mensuel Golias. Un volumineux rapport de Reporters Sans Fronti&#232;res d&#233;cortiqua cette op&#233;ration .&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La mobilisation d'Ibuka en France est plus laborieuse. Sa pr&#233;sidente, Esp&#233;rance Mutuyisa-Brossard, et Me Bernard Maingain, avocat d'Ibuka Rwanda et repr&#233;sentant des plaignants en Belgique, sollicitent des avocats fran&#231;ais pour ouvrir un deuxi&#232;me front judiciaire en France. Mais, &#224; la veille d'une conf&#233;rence de presse militante organis&#233;e &#224; Paris le 17 f&#233;vrier 2006 &#224; leur insu, ceux-ci se d&#233;sistent : &#171; &lt;i&gt;J'ai le triste sentiment d'&#234;tre pi&#233;g&#233; [...] Je me retire de ce dossier&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Me Xavier Dhonte. &#171; &lt;i&gt;Utiliser des victimes du g&#233;nocide plut&#244;t que d&#233;fendre intelligemment, dignement et efficacement leur juste cause n'est pas conforme &#224; ma conception du m&#233;tier d'avocat. N'ayant pas l'intention d'&#234;tre grossi&#232;rement instrumentalis&#233; &#224; cet effet [...], je n'interviendrai &#224; aucun titre dans le dossier P&#233;an&lt;/i&gt; &#187;, ajoute Me Alain Ottan. Peu apr&#232;s, Me Michel Tubiana, avocat de parties civiles et de la Ligue des droits de l'homme, ainsi que le Mrap, &#233;galement associ&#233;s malgr&#233; eux &#224; cette initiative, se retir&#232;rent &#224; leur tour.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Avant m&#234;me le d&#233;but des d&#233;bats, le &quot;n&#233;gationniste P&#233;an&quot;, comme le nomme aimablement Bernard Henri-L&#233;vy, est d&#233;j&#224; sali. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, Ibuka France ne pouvant se constituer partie civile, c'est... SOS Racisme qui le fait en son nom. L'initiative est loin de faire l'unanimit&#233; au sein d'un mouvement dont Pierre P&#233;an est l'un des parrains, et qui connut par le pass&#233; des combats plus glorieux. Mais son pr&#233;sident actuel, Dominique Sopo, est un proche de Patrick de Saint-Exup&#233;ry, auteur d'un livre controvers&#233; sur le r&#244;le de la France au Rwanda 7. Opportun&#233;ment invit&#233; &#224; Kigali par Ibuka en f&#233;vrier 2006, Dominique Sopo a repris les th&#232;ses de cette organisation &#224; son compte. C'est donc tout naturellement que les pr&#233;sidents d'Ibuka Rwanda et d'Ibuka France se trouvent &#224; ses c&#244;t&#233;s lors de la conf&#233;rence de presse qu'il organise le 5 octobre 2006 &#224; Paris pour annoncer le d&#233;p&#244;t de la plainte contre Pierre P&#233;an. Selon lui, son livre, &#171; n&#233;gationniste &#187;, &#171; reprend de fait des pr&#233;suppos&#233;s de l'id&#233;ologie g&#233;nocidaire qui a conduit au drame des Tutsis &#187;, &#171; les clich&#233;s et les st&#233;r&#233;otypes les plus grossiers &#224; l'encontre des Tutsis &#187;. P&#233;an &#171; &lt;i&gt;ne nie pas le g&#233;nocide, mais il jette un trouble sur qui sont les victimes et qui sont les bourreaux&lt;/i&gt; &#187;. Conclusion : &#224; sa lecture, &#171; &lt;i&gt; on se demande si les Tutsis n'ont pas m&#233;rit&#233; leur sort&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, la plainte de SOS Racisme ne porte ni sur le r&#233;visionnisme, ni sur le n&#233;gationnisme suppos&#233;s de P&#233;anUne fois encore, la th&#232;se centrale - la responsabilit&#233; du FPR dans l'attentat du 6 avril et la relecture de l'histoire rwandaise que cela impose - est enti&#232;rement gomm&#233;e. Seules sont incrimin&#233;es les pages 41-44, extraites du chapitre premier, &#171; Hutus-Tutsis. Une br&#232;ve histoire des rivalit&#233;s, strat&#233;gies et ruses politiques au pays des Mille Collines &#187;. Dans ce chapitre, l'auteur &#233;voque la &#171; &lt;i&gt;culture du mensonge&lt;/i&gt; &#187; qui impr&#232;gne l'ensemble de la soci&#233;t&#233; rwandaise, et singuli&#232;rement l'&#233;lite traditionnelle tutsie : &#171; &lt;i&gt;&#192; ces rudiments d'histoire et de g&#233;ographie [que l'auteur vient d'&#233;num&#233;rer], il est important d'ajouter et de garder en t&#234;te que le Rwanda est aussi le pays des mille leurres, tant la culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis, et, dans une moindre part, par impr&#233;gnation, chez les Hutus&lt;/i&gt; &#187; (p. 41). Le th&#232;me est ensuite d&#233;velopp&#233; &#224; partir de citations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, ces affirmations ne sont pas de Pierre P&#233;an. Elles sont reprises d'un m&#233;moire r&#233;dig&#233; pour le TPIR par Antoine Nyetera, un Tutsi descendant du roi Kigeri III... Tous les observateurs qui ont &#233;crit sur le Rwanda depuis sa &#171; d&#233;couverte &#187;, il y a un si&#232;cle, ont d&#233;crit ce trait culturel, qui a fait l'objet de plusieurs &#233;tudes universitaires jamais contest&#233;es (Coupez et Kamanzi, 1970 ; Perugia, 1978 ; Overdulve, 1997 ; Erny, 2003). En kinyarwanda, il y a m&#234;me un mot pour d&#233;signer ce concept : &#171; ubgenge &#187;, qui signifie &#171; &lt;i&gt;forme particuli&#232;re d'intelligence, qui vise l'acquisition d'avantages mat&#233;riels et sociaux par quelque moyen que ce soit. L'&#233;quivalent en fran&#231;ais le plus acceptable serait fourberie, si ce terme n'avait pas une connotation p&#233;jorative, alors que celle d'ubgenge est admirative... &#192; d&#233;faut de substantif, le fran&#231;ais poss&#232;de un adjectif assez &#233;quivalent : malin&lt;/i&gt; &#187; (A. Coupez).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelle que soit l'issue des proc&#232;s, les 217 plaintes rwandaises et la plainte de SOS Racisme ont co&#251;t&#233; &#224; Pierre P&#233;an beaucoup de temps, d'argent et d'&#233;nergie. Avant m&#234;me le d&#233;but des d&#233;bats, le &#171; n&#233;gationniste P&#233;an &#187;, comme le nomme aimablement Bernard Henri-L&#233;vy dans les colonnes du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt;, est d&#233;j&#224; sali. Il suffit pour s'en rendre compte de consulter les nombreux sites Internet qui reprennent en boucle les accusations &#233;manant de &#171; sites d'informations &#187; plus que suspects. Quant au fond du d&#233;bat, il est, comme par hasard, escamot&#233; par cet &#233;cran de fum&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le r&#244;le politique du journaliste en d&#233;mocratie</title>
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		<dc:date>2008-07-17T12:18:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>Quel doit &#234;tre le r&#244;le politique du journaliste dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique ? Des d&#233;rives r&#233;centes - journalisme de complaisance, d'accompagnement ou de d&#233;magogie, soumission &#224; la pression de l'audience - mettent en &#233;vidence l'acuit&#233; de cette question. Cette interrogation en pr&#233;suppose une autre, plus radicale : qu'est-ce que la d&#233;mocratie ? La d&#233;mocratie n'est pas ce qu'on en dit g&#233;n&#233;ralement. Ni ce que les m&#233;dias, le plus souvent, affirment. Elle ne peut se r&#233;duire ni au suffrage universel (capable d'&#233;lire (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton400-9318e.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quel doit &#234;tre le r&#244;le politique du journaliste dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique ? Des d&#233;rives r&#233;centes - journalisme de complaisance, d'accompagnement ou de d&#233;magogie, soumission &#224; la pression de l'audience - mettent en &#233;vidence l'acuit&#233; de cette question. Cette interrogation en pr&#233;suppose une autre, plus radicale : qu'est-ce que la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;mocratie n'est pas ce qu'on en dit g&#233;n&#233;ralement. Ni ce que les m&#233;dias, le plus souvent, affirment. Elle ne peut se r&#233;duire ni au suffrage universel (capable d'&#233;lire et de r&#233;&#233;lire un tyran, de se pervertir dans le pl&#233;biscite et qui, de plus, reste compatible avec d'autres syst&#232;mes politiques) ni &#224; la participation active &#224; la vie collective (les totalitarismes exigent une implication de chacun dans la construction du social, avec souvent une adh&#233;sion quasi obligatoire au parti et au syndicat dominant). Elle ne peut se r&#233;duire non plus &#224; l'&#233;galit&#233; des droits, dans la mesure o&#249; celle-ci pourrait aussi &#234;tre octroy&#233;e par un r&#233;gime monarchique ou totalitaire &#233;galitariste. &#201;cartant ces approches insuffisantes, le philosophe Alain nous propose une indication autrement plus f&#233;conde : pour lui, la d&#233;mocratie, &#171; c'est le contr&#244;le continu et efficace des gouvern&#233;s sur les gouvernants &#187;. Elle se d&#233;finit moins par l'origine du pouvoir (source de la l&#233;gitimit&#233;) que par la posture des gouvern&#233;s. Le citoyen, d'apr&#232;s Alain, c'est &#171; le Contr&#244;leur &#187; ! Dans cette activit&#233; de contr&#244;le g&#238;t la vitalit&#233; d&#233;mocratique. Si les institutions sont la chair de la d&#233;mocratie, le contr&#244;le par les gouvern&#233;s en est le sang.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_957 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/MONTAGE-CARTE-BLANCHE-01.jpg&quot; title='illustration : Olivier Fontvieille' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L246xH324/MONTAGE-CARTE-BLANCHE-01-40c4f-845dc.jpg' width='246' height='324' alt='illustration : Olivier Fontvieille' style='height:324px;width:246px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-957 spip_doc_titre' style='width:246px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Olivier Fontvieille&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons une &#233;poque d'inversion de la posture d&#233;mocratique : c'est le pouvoir qui contr&#244;le de plus en plus les citoyens, et non le contraire. Radars au bord des routes, surveillance de la navigation internet, tests ADN pour un oui ou pour un non, fichiers administratifs multiples, malades suspect&#233;s d'obtenir des arr&#234;ts de travail g&#233;n&#233;reux, voil&#224; quelques-uns des &#233;chantillons de la grande tendance actuelle au retournement contre les citoyens de la posture de base de la d&#233;mocratie, le contr&#244;le. Sans oublier le plus inqui&#233;tant : l'invasion de l'espace public par des cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance qui changent la nature m&#234;me de la plus &#233;l&#233;mentaire des libert&#233;s, celle d'aller et venir sans que les autorit&#233;s le sachent. L'inversion du contr&#244;le signe la mauvaise sant&#233; de la d&#233;mocratie, dont la surveillance permanente des gouvern&#233;s est une pathologie. Michel Foucault, avec son concept de &#171; soci&#233;t&#233; de contr&#244;le &#187; - m&#234;me s'il s'est tromp&#233; en pr&#233;tendant que les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le allaient remplacer les soci&#233;t&#233;s de discipline, alors qu'elles se combinent sous nos yeux -, avait nomm&#233; par avance le type d'enfermement dans lequel nous sommes entr&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le contr&#244;le des gouvernants par les gouvern&#233;s, autrement dit la d&#233;mocratie pleine, est impossible sans les m&#233;dias. Du fait que les gouvern&#233;s n'ont pas par eux-m&#234;mes acc&#232;s aux donn&#233;es permettant ce contr&#244;le, la vitalit&#233; d&#233;mocratique ne peut s'exercer sans le travail des journalistes. Le journaliste peut &#234;tre le salut de la d&#233;mocratie. Certes, il ne doit pas se substituer aux gouvern&#233;s en endossant le r&#244;le du &#171; Contr&#244;leur &#187; qui leur revient. Il leur apporte la nourriture intellectuelle, sous forme d'informations, d'enqu&#234;tes et d'analyses, qui les change en citoyens. L'office du journaliste - informer et analyser - reconstitue le climat permettant la r&#233;appropriation de l'activit&#233; de contr&#244;le par les citoyens. L&#224; se situe son r&#244;le politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pierre-Louis Basse, l'antimondain</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Pierre-Louis-Basse-l-antimondain,399.html</link>
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		<dc:date>2008-07-17T12:14:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Radio/T&#233;l&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Basse</dc:subject>

		<description>C'est une voix et un caract&#232;re. Pierre-Louis Basse, pilier d'Europe 1 : ni faire-valoir de &#171; gauche &#187; d'une &#171; r&#233;daction de droite &#187;, ni donneur de le&#231;ons de journalisme &#171; objectif &#187;. Un espion rue Fran&#231;ois-Ier... Pierre-Louis Basse anime une belle tranche d'infos &#224; la mi-journ&#233;e, le week-end sur Europe 1, et met le ballon rond en &#233;quation chaque lundi soir. Pas encore quinquag&#233;naire, ce journaliste est aussi &#233;crivain, dans la lign&#233;e d'un Jean Pr&#233;vost. On peut &#234;tre r&#233;tif aux id&#233;es de Pierre-Louis Basse, (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L101xH150/arton399-333df.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='101' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:101px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;C'est une voix et un caract&#232;re. Pierre-Louis Basse, pilier d'&lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt; : ni faire-valoir de &#171; gauche &#187; d'une &#171; r&#233;daction de droite &#187;, ni donneur de le&#231;ons de journalisme &#171; objectif &#187;. Un espion rue Fran&#231;ois-Ier...&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pierre-Louis Basse anime une belle tranche d'infos &#224; la mi-journ&#233;e, le week-end sur &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt;, et met le ballon rond en &#233;quation chaque lundi soir. Pas encore quinquag&#233;naire, ce journaliste est aussi &#233;crivain, dans la lign&#233;e d'un Jean Pr&#233;vost. On peut &#234;tre r&#233;tif aux id&#233;es de Pierre-Louis Basse, difficile en revanche de ne pas aimer le personnage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rien de plus &#233;loign&#233; du dandy que l'animateur de &#171; Faites comme chez vous &#187;. R&#226;bl&#233;, dense, Pierre-Louis Basse passerait plut&#244;t pour un &#171; homme de peu &#187; allant cultiver son jardin ouvrier que pour une star du journalisme. Son monde, c'est la culture ouvri&#232;re, Nizan et Camus, la R&#233;sistance et les luttes sociales. Ferr&#233; et Reggiani, plut&#244;t que les paillettes, le foot business ou les soir&#233;es chez Castel. Il ne vit pas dans les parages du Flore, ou, pire, de l'Avenue, mais &#224; Saint-Ouen. M&#234;me si Guillaume Durand est &#171; &lt;i&gt;un fr&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, le footballeur Bernard Lama, &#171; &lt;i&gt;un grand ami&lt;/i&gt; &#187;, et qu'il avoue &#171; &lt;i&gt;une &#233;norme affection&lt;/i&gt; &#187; pour J&#233;r&#244;me Garcin, il ne fr&#233;quente gu&#232;re les people et d&#233;teste le mot lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre pour cela qu'en 2003, il avait d&#233;clench&#233; l'alerte sur les risques d'&#233;meutes en banlieue. Dommage que son livre &#171; Ma ligne 13 1 &#187; n'ait pas &#233;t&#233; lu par nos &#233;minences politiques et m&#233;diatiques. &#171; &lt;i&gt;Je suis effray&#233; par la c&#233;cit&#233; de notre m&#233;tier face &#224; certaines r&#233;alit&#233;s. O&#249; &#233;taient les journalistes avant, pendant et apr&#232;s les &#233;meutes ? Il a fallu que ce soit des Suisses qui r&#233;alisent le Bondy Blog et viennent vivre dans les quartiers !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Journaliste de radio depuis plus de vingt-cinq ans, il aura pass&#233; la plus grande partie de sa vie professionnelle &#224; &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt;. Il y est entr&#233; au service des sports en 1986, apr&#232;s avoir r&#233;ussi &#224; d&#233;crocher un rendez-vous avec Elkabbach. &#171; &lt;i&gt;G&#233;rard Carreyrou m'a donn&#233; ma chance en m'accordant un contrat de trois mois pour d&#233;buter.&lt;/i&gt; &#187; Les deux hommes avaient beaucoup parl&#233; litt&#233;rature et histoire. Pour Pierre-Louis Basse, &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt; c'est LA radio, celle que toute sa famille &#233;coutait, dans une cuisine o&#249; l'on parlait couramment la langue communiste. P&#232;re et grand-p&#232;re r&#233;sistants. &#171; J&lt;i&gt;e me souviens que mon grand-p&#232;re ne s'est jamais senti proche de Thorez ou de Marchais parce qu'ils s'&#233;taient planqu&#233;s durant la guerre.&lt;/i&gt; &#187; Ce grand-p&#232;re avait &#233;t&#233; intern&#233; dans le camp o&#249; se trouvaient les vingt-sept fusill&#233;s de Ch&#226;teaubriant, dont Guy M&#244;quet. Un Guy M&#244;quet dont Pierre-Louis Basse avait &#233;crit la biographie bien avant que, par la gr&#226;ce de Sarkozy, il ne devienne une ic&#244;ne r&#233;publicaine et obligatoire. Basse salue d'ailleurs l'initiative pr&#233;sidentielle. Pour la beaut&#233; du geste, l'&#233;motion partag&#233;e. Comment d'ailleurs &#233;chapper &#224; la figure du jeune lyc&#233;en puisque c'est la m&#232;re de Basse qui, secr&#232;tement, mit &#224; l'abri les planches du baraquement sur lesquelles les vingt-sept avaient grav&#233; leurs derniers mots.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le jeune Nantais aurait pu passer par la case d&#233;linquance et s'y perdre : &#171; &lt;i&gt; La fronti&#232;re est toujours mince...&lt;/i&gt; &#187; Mais la fid&#233;lit&#233; &#224; une histoire familiale et &#224; son code de valeurs l'emporte. Basse se prend d'amour pour la litt&#233;rature, les beaux textes et l'histoire. L'homme qui s'est r&#234;v&#233; champion de ski fera trois kh&#226;gnes avant de tomber dans la radio, au grand dam de sa m&#232;re qui le voulait professeur. Avant&lt;i&gt; Europe 1&lt;/i&gt;, il t&#226;te de &lt;i&gt;Sud Radio&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Radio Top Essonne&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Radio France H&#233;rault&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Il ne s'agit pas de suivre la pente douce du consensus mais de proposer aux (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour Basse, &#171; &lt;i&gt; le journalisme c'est l'action et le r&#234;ve&lt;/i&gt; &#187;. Une fa&#231;on d'agir sur le r&#233;el, de faire avancer les choses et, bien s&#251;r, la possibilit&#233; de rencontres avec des femmes et des hommes remarquables. &#171; &lt;i&gt;&#192; Europe 1, je suis responsable de mon &#233;mission, titre compris. J'invite qui je souhaite d&#232;s lors que la personne est de qualit&#233;, que son action ou sa pens&#233;e nous aident &#224; comprendre le monde et &#224; sortir de nos certitudes. C'est moi qui ai voulu cette tranche l'apr&#232;s-midi car la matinale demande trop d'engagement physique et personne n'a jamais cherch&#233; &#224; m'imposer un invit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; L'homme est fier d'avoir gagn&#233; 400 000 auditeurs ces trois derniers mois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Respect pour le travail et l'effort, respect de ceux qui ont droit &#224; la culture et au savoir, m&#234;me si ce ne sont pas des h&#233;ritiers. Go&#251;t de l'apprentissage et de la connaissance, aversion pour le relativisme et l'absence de hi&#233;rarchie. &#171; &lt;i&gt; Sur ce point, je me sens en parfait accord avec Finkielkraut qui refuse que l'on confonde Camus et Cauet, Sartre et Dechavanne...&lt;/i&gt; &#187; Basse veut pratiquer un journalisme de vigilance, qui d&#233;range. Il ne s'agit pas de suivre la pente douce du consensus mais de maintenir le cap d'une v&#233;ritable rigueur, de proposer aux auditeurs des choix tranch&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Les bateleurs sont &#224; la mode, mais il faut se battre pour aider &#224; discerner le vrai du faux. Dire que Gracq n'est pas Fogiel et que Romorantin-Cr&#233;teil, ce n'est pas Italie-Br&#233;sil. Le combat est l&#224;. Je suis une sorte d'espion qui apporte &#224; Europe le souffle et les r&#233;f&#233;rences de mon monde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Basse, qui fut pourtant licenci&#233; d'&lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt; en 2004 pour y revenir en 2006, affirme b&#233;n&#233;ficier d'une libert&#233; totale : &#171; &lt;i&gt;Je n'ai jamais &#233;t&#233; censur&#233;, ni politiquement, ni intellectuellement.&lt;/i&gt; &#187; Ce qui n'interdit pas les prises de bec, &#224; tout le moins les discussions. Il ne se veut pas militant, ayant depuis longtemps pris ses distances avec tout embrigadement. &#171; &lt;i&gt; Lorsque le PC a refus&#233; d'appeler &#224; une marche silencieuse pour l'assassinat de Pierre Goldman, j'ai jet&#233; ma carte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le journaliste &#224; la voix chaude d&#233;finit &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt; comme &#171; &lt;i&gt;un bel ensemble de personnalit&#233;s. Il y a des individualit&#233;s qui s'appr&#233;cient plus que d'autres, comme dans une famille, des personnes avec lesquelles on peut avoir des d&#233;saccords mais qui sont respectables&lt;/i&gt; &#187;. On pourrait ainsi le croire tr&#232;s &#233;loign&#233; d'une Catherine Nay, &#224; bien des &#233;gards son antith&#232;se, mais pour autant il lui voue estime et affection. &#171; &lt;i&gt;Elle assume ses choix et fait remarquablement bien son travail. J'adore discuter avec elle car elle a un vrai regard sur l'actualit&#233; et ses acteurs&lt;/i&gt;. &#187; La relation est identique avec Elkabbach. Ils sont on ne peut plus diff&#233;rents, mais partagent une m&#234;me passion de l'information. Basse refuse de jouer les victimes ou les h&#233;ros : &#171; &lt;i&gt;Je ne suis pas obs&#233;d&#233; par la politique mais je sais d'o&#249; je viens.&lt;/i&gt; &#187; Il sait surtout s'en souvenir.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; C'est Pierre-Louis Basse, qui, le premier, &#233;mit un doute sur un certain match OM-Valenciennes. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Et le sport dans cette histoire ? Pierre-Louis Basse aurait pu &#233;crire &#171; Plaisirs des sports &#187;, le beau livre de Jean Pr&#233;vost ; au lieu de quoi, il cosigne en 1993 &#171; Un r&#234;ve modeste et fou &#187;, une biographie &#233;l&#233;gante et serr&#233;e de Cantona, qui va le faire entrer dans la cat&#233;gorie des &#233;crivains ayant du souffle. Plus tard, il va nous gratifier d'un &#171; 19 secondes 83 centi&#232;mes 4 &#187;, sur la course sid&#233;rale de Tom Smith aux JO de 1968, termin&#233;e par un poing lev&#233; depuis quarante ans. Basse ne commente pas le sport, il le raconte et le fait vivre. C'est lui aussi qui, le premier, &#233;mit un doute sur un certain match OM-Valenciennes. Ce fait d'armes lui vaudra les foudres et le tenace ressentiment de Bernard Tapie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi va Pierre-Louis Basse, entre passions affirm&#233;es et d&#233;testations assum&#233;es. &#192; des ann&#233;es-lumi&#232;re du journalisme de cour. R&#233;solument c&#244;t&#233; contre-pouvoir. Finalement, c'est surtout pour lui une belle mani&#232;re de parler aux hommes, de les ramener &#224; la r&#233;alit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Ce monde n'a pas de sens sup&#233;rieur, disait Camus, mais l'homme est le seul &#234;tre &#224; exiger d'en avoir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Il ne s'agit pas de suivre la pente douce du consensus mais de proposer aux auditeurs des choix tranch&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pour des despotes &#233;clair&#233;s</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Pour-des-despotes-eclaires,398.html</link>
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		<dc:date>2008-07-17T12:08:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Radio/T&#233;l&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
		<dc:subject>Moati</dc:subject>

		<description>Serge Moati est l'un des derniers protagonistes de la t&#233;l&#233;vision de &#171; papa &#187;. Celle qui aimait les risques. R&#233;alisateur, conseiller de Mitterrand, journaliste, conteur, ou encore producteur et animateur de &#171; Ripostes &#187; sur France 5 : impossible de faire la liste compl&#232;te des activit&#233;s pass&#233;es, pr&#233;sentes et futures de Serge Moati. Pas si grave... En quoi la t&#233;l&#233;vision a-t-elle &#224; voir avec la d&#233;mocratie ? Si vous consid&#233;rez que l'information est un droit de l'homme, alors la t&#233;l&#233;vision peut appara&#238;tre (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-moati,147-+.html" rel="tag"&gt;Moati&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton398-61985.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='100' class='spip_logos' style='height:100px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Serge Moati est l'un des derniers protagonistes de la t&#233;l&#233;vision de &#171; papa &#187;. Celle qui aimait les risques. R&#233;alisateur, conseiller de Mitterrand, journaliste, conteur, ou encore producteur et animateur de &#171; Ripostes &#187; sur &lt;i&gt;France 5&lt;/i&gt; : impossible de faire la liste compl&#232;te des activit&#233;s pass&#233;es, pr&#233;sentes et futures de Serge Moati. Pas si grave...&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi la t&#233;l&#233;vision a-t-elle &#224; voir avec la d&#233;mocratie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Si vous consid&#233;rez que l'information est un droit de l'homme, alors la t&#233;l&#233;vision peut appara&#238;tre comme un &#233;l&#233;ment qui d&#233;finit la situation d&#233;mocratique dans un pays. Il suffit de regarder la t&#233;l&#233;vision ou de lire la presse dans un pays sous dictature pour le comprendre. La gestion de l'information est une des pr&#233;occupations majeures des r&#233;gimes dictatoriaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi la t&#233;l&#233;vision produit-elle de la soci&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une question passionnante mais complexe. Si, pour paraphraser Saint-Exup&#233;ry, l'amour c'est regarder ensemble dans la m&#234;me direction, lorsque l'ensemble de la famille regarde la t&#233;l&#233;vision, il y a ce que vous nommez &#171; production de soci&#233;t&#233; &#187;. Mais on peut aborder les choses autrement : la t&#233;l&#233;vision d&#233;veloppe ses propres images, son propre code, fonctionne dans une &#233;conomie sp&#233;cifique avec ses intervenants propres. Elle produit des signes, un langage diff&#233;rent de celui de la soci&#233;t&#233; qui l'entoure. En ce sens, elle est, en effet, soci&#233;t&#233;. Surtout, elle propose un regard et donne une vision du monde dont parfois on peut se sentir exclu. Il m'arrive de regarder des &#233;missions et de me sentir mal &#224; l'aise, pas &#224; ma place. Par exemple, ces &#233;missions o&#249; le but est d'exclure l'autre, de s'en moquer m&#233;chamment, brutalement. L&#224;, je n'ai plus le sentiment d'appartenir &#224; la m&#234;me soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est le lien de la t&#233;l&#233;vision avec le politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le monde de la t&#233;l&#233;vision n'est pas s&#233;par&#233; de celui du pouvoir politique, m&#234;me s'il n'est plus aux ordres. Les cha&#238;nes publiques sont financ&#233;es par la collectivit&#233;, par l'imp&#244;t, cela cr&#233;e des obligations. Par ailleurs, les choix, les d&#233;cisions politiques influent sur la marche des t&#233;l&#233;visions, et pas seulement en termes d'actualit&#233;. Est-il possible que la t&#233;l&#233;vision soit coup&#233;e de l'&#233;volution du pays et des grandes mesures qui affectent la vie quotidienne des habitants ? Lorsque j'ai lanc&#233; la r&#233;gionalisation de &lt;i&gt;France 3&lt;/i&gt;, cela avait une r&#233;sonance par rapport &#224; la politique de r&#233;gionalisation men&#233;e par Gaston Deferre &#224; partir de l'&#233;lection de Mitterrand.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La t&#233;l&#233;vision joue donc un r&#244;le politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r. Lorsque je d&#233;cide dans les ann&#233;es 1983 de programmer une fois par semaine &#224; 20 h 30 &#171; Cin&#233;ma sans visa &#187;, pour pr&#233;senter des &#339;uvres r&#233;alis&#233;es par les cin&#233;astes du tiers-monde, je fais un geste politique qui d&#233;pend de ma conception du monde et de la t&#233;l&#233;vision. Mais en aucune fa&#231;on, je ne r&#233;pondais &#224; une injonction du pouvoir ni n'allais prendre mes ordres &#224; l'&#201;lys&#233;e. Au contraire d'ailleurs, car des copains qui &#233;taient alors dans les all&#233;es du pouvoir se demandaient ce qui me prenait et affirmaient qu'avec des choix de ce genre, j'allais leur faire perdre les &#233;lections ! La t&#233;l&#233;vision peut donc jouer un r&#244;le politique et r&#233;pondre &#224; des enjeux civiques, mais il faut bien dire qu'avec la parcellisation du paysage audiovisuel, les choses sont beaucoup plus complexes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le choix s'est &#233;largi mais, simultan&#233;ment, on constate une rar&#233;faction des possibles. Des &#233;missions critiques ou culturelles ont disparu sans jamais &#234;tre remplac&#233;es.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les patrons de cha&#238;nes ne prennent plus le temps de laisser une &#233;mission s'imposer, de trouver son public et d'&#233;voluer. Il faut faire de l'audience tout de suite. La concurrence est devenue tr&#232;s rude. Le probl&#232;me c'est que les politiques, de droite comme de gauche, ne savent pas ce qu'ils demandent &#224; la t&#233;l&#233;vision publique. Du coup, il est tr&#232;s difficile pour ceux qui la dirigent de tenir un cap. D'autant plus que l'instance qui les a nomm&#233;s, le CSA, n'est pas celle qui les contr&#244;le, c'est-&#224;-dire Bercy.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_955 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Ripostes8_HD.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/Ripostes8_HD-7f368-8de8b.jpg' width='324' height='217' alt='' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Si l'audience se transforme en procureur, c'est la catastrophe. Les go&#251;ts changeant rapidement, vous risquez d'&#234;tre toujours &#224; contretemps &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis vingt ans, nous avons tous parl&#233; de t&#233;l&#233;vision publique, &#171; populaire et de qualit&#233; &#187;. Mais cela veut dire quoi ? Quels sont les moyens, quels sont les objectifs ? Les patrons de cha&#238;nes devraient &#234;tre jug&#233;s sur leur capacit&#233; &#224; tenir des objectifs clairement assign&#233;s. Par rapport &#224; ses objectifs, Patrick Le Lay a &#233;t&#233; un excellent patron de cha&#238;ne qui a su maintenir un cap, d&#233;velopper de l'audience, toucher le grand public, faire venir les budgets publicitaires et construire ainsi une machine tr&#232;s rentable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne peut pas, en t&#233;l&#233;vision, courir apr&#232;s plusieurs choses &#224; la fois. Si l'objectif est de proposer une cha&#238;ne qui fasse r&#233;fl&#233;chir, qui favorise l'&#233;closion de jeunes talents, qui donne la priorit&#233; &#224; l'expression culturelle sous toutes ses formes, il ne faut pas en attendre aussi succ&#232;s d'audience et forte rentabilit&#233;. Semblables projets sont plus faciles &#224; mener en l'absence de sanction d'audience. Et les dirigeants doivent &#234;tre jug&#233;s sur la tenue de ces objectifs et non sur l'audimat.
Dans les ann&#233;es 1980, il &#233;tait encore possible de mettre en avant la culture parce que le paysage &#233;tait moins concurrentiel et que l'ambiance g&#233;n&#233;rale, l'effet Jack Lang, faisait que l'on s'int&#233;ressait plus &#224; la cr&#233;ativit&#233;. Mais il ne faut pas id&#233;aliser les choses : pour lancer les programmes r&#233;gionaux, pour en faire parler, j'ai programm&#233; &#171; Dynastie &#187; &#224; 17 heures avant de diffuser trois heures de programmes propres &#224; chaque cha&#238;ne de r&#233;gion... J'ai aussi profit&#233; du fait, qu'&#224; l'&#233;poque, &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Antenne 2&lt;/i&gt; ont abandonn&#233; la diffusion des programmes r&#233;gionaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'audience n'est pas le bon indicateur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'audience est l'aiguillon. Il faut tout de m&#234;me faire des choses qui touchent le public. On a besoin d'indicateurs. Mais si l'audience se transforme en procureur, alors c'est la catastrophe. Vous &#234;tes uniquement dans le court terme. Et vous manquez d'efficacit&#233; car, les go&#251;ts changeant rapidement, vous risquez d'&#234;tre toujours &#224; contretemps en raison des d&#233;lais n&#233;cessaires pour produire de nouvelles &#233;missions. L'audience ne peut pas dicter enti&#232;rement sa loi. C'est le cas dans le domaine de l'information : on sait que la politique &#233;trang&#232;re n'int&#233;resse gu&#232;re nos compatriotes mais peut-on imaginer un journal s&#233;rieux sans qu'il traite du monde, tel qu'il va ou ne va pas ? Il faut aussi faire preuve d'un peu de courage, j'utilise m&#234;me des grands mots : de courage citoyen.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La t&#233;l&#233;vision, ce n'est pas une histoire de consensus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut des despotes &#233;clair&#233;s pour mener les cha&#238;nes. Des gens qui, ayant des ambitions claires en termes de programmes, se bagarrent pour les mettre en &#339;uvre. L'&#201;tat pourrait &#234;tre ce prescripteur, mais aussi un m&#233;c&#232;ne. Rien n'interdirait &#224; un Fran&#231;ois Pinault, qui aime et d&#233;fend l'art moderne, de lancer une cha&#238;ne qui soit fond&#233;e sur la mise en avant de la culture et des cr&#233;ateurs. En ce cas, l'objectif ne serait pas d'atteindre la rentabilit&#233;, mais de toucher un public nouveau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ripostes &#187; est pratiquement la seule &#233;mission de d&#233;bat. Or, vous avez dit un jour que &#171; les m&#233;dias &#233;taient ennemis de la complexit&#233; &#187;. Comment vous sortez-vous de cette contradiction ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est tr&#232;s difficile de traiter de la complexit&#233; dans le temps imparti par le m&#233;dia et en raison de la n&#233;cessit&#233; d'int&#233;resser un public qui n'est pas seulement compos&#233; de sp&#233;cialistes du sujet. Sur &#171; Ripostes &#187;, et plus largement dans mon m&#233;tier, j'essaye de permettre aux personnes qui interviennent d'expliciter leur point de vue, j'essaye de reformuler leurs propos pour les rendre intelligibles au plus grand nombre. Pour moi, il est fondamental que la personne qui s'exprime soit comprise. Lorsque je pose une question, je prends soin de signaler qu'elle n'est pas &#171; ferm&#233;e &#187;. Qu'il faut nuancer. C'est ma responsabilit&#233; et c'est une fa&#231;on d'exercer mon m&#233;tier de mani&#232;re citoyenne.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_956 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Ripostes5_HD.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/Ripostes5_HD-7debd-6dcec.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Sarkozy a montr&#233; qu'il voulait le job. C'est ce qui a fait la diff&#233;rence. Je ne dis pas cela par esprit de cour : je suis trop vieux pour retourner ma veste. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez une exp&#233;rience unique de la relation du politique aux m&#233;dias. Comment voyez-vous ses &#233;volutions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous sommes pass&#233;s de l'&#233;poque des militants, dans les camps, &#224; celle des professionnels. Dans les ann&#233;es 1970, personne ne connaissait le mot communication, nous parlions de technique, de fa&#231;on de filmer, de mise en sc&#232;ne, mais pas de communication. &#192; droite comme &#224; gauche, les conseillers intervenaient &#224; titre b&#233;n&#233;vole et n'auraient pas compris qu'il en f&#251;t autrement. C'est d'ailleurs pour cela qu'avec Robert Badinter nous avions pu imposer un cadre aussi contraignant pour le d&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233; du second tour de 1981 avec Giscard d'Estaing. Ne voulant pas d&#233;battre, Mitterrand nous avait demand&#233; de fixer des r&#232;gles tr&#232;s strictes pour d&#233;courager nos adversaires. Mais ces derniers, persuad&#233;s de la sup&#233;riorit&#233; de leur candidat et n'ayant pas pens&#233; &#224; la signification du langage de l'image, ont tout accept&#233;. Le d&#233;bat s'est d&#233;roul&#233; &#224; partir de r&#232;gles &#233;tablies par un homme de t&#233;l&#233;vision, mais certainement pas par un communicant. Avec Jacques Pilhan, gourou de la communication de Mitterrand puis de Chirac, l'&#232;re des professionnels de la communication est advenue. Ce sont d&#233;sormais des conseillers r&#233;mun&#233;r&#233;s qui analysent froidement les attentes de l'opinion et qui formatent les discours. Ils interdisent une relation directe entre les politiques et le pays. L'intuition de l'homme politique est brid&#233;e. Sa nature, son rapport aux autres sont encadr&#233;s par des experts et des structures qui interdisent de raconter ce qui se passe, de filmer le r&#233;el. Le seul qui se laisse filmer, qui joue le jeu, c'est Le Pen.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez que la victoire de Nicolas Sarkozy s'explique principalement par son talent de communicant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nicolas Sarkozy a chang&#233; fondamentalement la nature de la politique. Il a compris qu'il fallait se mettre en avant, avoir une r&#233;elle personnalit&#233;. Il a gagn&#233; parce qu'il a cru en son intuition, qu'il est all&#233; chercher les votes l&#224; o&#249; ils &#233;taient, par exemple au Front national, sans pour autant faire la politique de Le Pen. D'une certaine mani&#232;re, il a agi en disciple de Fran&#231;ois Mitterrand qui avait compris qu'il fallait gagner les voix communistes sans appliquer leur programme. L'actuel Pr&#233;sident cr&#233;e l'actualit&#233; et donne le tempo. Les journalistes politiques ne sont plus capables de faire autre chose que de commenter ses faits et gestes, sans pouvoir les mettre en perspective ni les analyser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sarkozy a dit et montr&#233; qu'il voulait le job, qu'il y croyait. C'est ce qui a fait la diff&#233;rence. Il &#233;tait bien dans son r&#244;le. Je ne dis pas cela par esprit de cour : je suis trop vieux pour retourner ma veste. Mais je l'ai vu durant le &#171; Ripostes &#187; sp&#233;cial o&#249; il avait en face de lui des interlocuteurs comp&#233;tents et tenaces : il a aim&#233; cet affrontement et su faire passer ses messages. Il avait une intuition fulgurante de ce qu'il fallait faire et dire. Sarkozy a gagn&#233; parce qu'il y croyait et que cela se sentait. En face on voyait qu'elle n'y croyait pas... Cela a d'ailleurs &#233;t&#233; confirm&#233; par la suite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Cardoze, entre Quichotte et Fracasse</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Cardoze-entre-Quichotte-et,397.html</link>
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		<dc:subject>Radio/T&#233;l&#233;</dc:subject>

		<description>Un brillant journaliste de l'Humanit&#233;, ayant un jour claqu&#233; la porte du quotidien de ses r&#234;ves, fit le tour de la plupart des principaux m&#233;dias fran&#231;ais. Et ce ne fut pas triste. &#171; Le Gascon rouge &#187; : le titre de l'un de ses romans semble &#234;tre fait pour l'auteur lui-m&#234;me. Couleur d'un drapeau qu'il a longtemps brandi et qu'il se refuse &#224; fouler aux pieds. Allure cavali&#232;re et verbe frott&#233; d'ail qui &#233;voquent d'Artagnan, toujours pr&#234;t &#224; en d&#233;coudre. Penchant notable pour la flamboyance. Enfin, le livre qu'il (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Un brillant journaliste de l'Humanit&#233;, ayant un jour claqu&#233; la porte du quotidien de ses r&#234;ves, fit le tour de la plupart des principaux m&#233;dias fran&#231;ais. Et ce ne fut pas triste.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Le Gascon rouge &#187; : le titre de l'un de ses romans semble &#234;tre fait pour l'auteur lui-m&#234;me. Couleur d'un drapeau qu'il a longtemps brandi et qu'il se refuse &#224; fouler aux pieds. Allure cavali&#232;re et verbe frott&#233; d'ail qui &#233;voquent d'Artagnan, toujours pr&#234;t &#224; en d&#233;coudre. Penchant notable pour la flamboyance. Enfin, le livre qu'il vient de publier s'appelle &#171; L'armoire rouge &#187;. Il s'agit d'un petit meuble h&#233;rit&#233; du grand-p&#232;re &#233;b&#233;niste, dont le possesseur exhume ses souvenirs dans le d&#233;sordre qu'est toute vie. L'&#233;diteur pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;M&#233;moire - et non m&#233;moires - d'un journaliste, du communisme &#224; la m&#233;t&#233;o.&lt;/i&gt; &#187; Ce coq-&#224;-l'&#226;ne ne suppose pas que le PC (p&#233;c&#233; pour les intimes) ait jamais fait la pluie et le beau temps sous nos climats - encore que... - mais renvoie &#224; une &#233;poque o&#249; Michel Cardoze &#233;tait une &#171; ic&#244;ne &#233;lectrom&#233;nag&#232;re &#187;, selon la m&#233;taphore dont Raoul Sangla, grand r&#233;alisateur, avait, un jour, affubl&#233; Christine Ockrent et PPDA.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les plus de 20 ans n'ont pu oublier ces bulletins m&#233;t&#233;orologiques dada&#239;stes au cours desquels un grand gaillard &#224; la voix de bronze et aux moustaches en rapi&#232;re se pr&#233;sentait, revers du veston piqu&#233; d'une m&#233;ga fleur. Il &#233;maillait le rendez-vous de la nation avec ses cumulus, de citations d'auteurs confidentiels, tel l'admirable Ram&#243;n G&#243;mez de la Serna, qui avaient de quoi sid&#233;rer Dal&#237; et Cantona r&#233;unis. Ce n'&#233;tait pas au temps du service public d'Herv&#233; Bourges, mais juste apr&#232;s, sur la cha&#238;ne acquise par les maisons de ma&#231;on. Pourtant, la sourcilleuse m&#233;nag&#232;re aux cinquante balais en redemandait. Brigitte Bardot un peu moins, surtout quand l'olibrius annon&#231;ait la temp&#233;rature pr&#233;vue pour la corrida du lendemain ! Pr&#232;s de vingt ans apr&#232;s, Cardoze, dont la moustache a blanchi et qui n'arbore plus de v&#233;g&#233;tation &#224; sa boutonni&#232;re, est reconnu et cajol&#233; partout o&#249; il va. Nonce Paolini, le nouveau patron de &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; &#171; en qu&#234;te de sens &#187;, devrait se souvenir des pastilles po&#233;tiques jadis coll&#233;es par un mousquetaire sur les &#233;crans Bouygues...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, l'int&#233;ress&#233; appr&#233;cie en connaisseur ce que fait Louise Bourgoin, en mati&#232;re de sabotage m&#233;t&#233;orologique sur &lt;i&gt;Canal +&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Elle est la seule qui ait innov&#233; et qui surprend.&lt;/i&gt; &#187; Cardoze aurait peut-&#234;tre d&#251; accepter de pr&#233;senter la m&#233;t&#233;o, comme TF1 le lui avait propos&#233; lors de la premi&#232;re guerre du Golfe, depuis un porte-avions ou au-dessus des puits de p&#233;trole en feu. Avec un chrysanth&#232;me ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le personnage ne se r&#233;duit pas &#224; cette pittoresque et m&#233;morable parenth&#232;se. Sans rien dire d'une quinzaine d'ouvrages, Cardoze a t&#226;t&#233; de tous les genres journalistiques, au gr&#233; des circonstances qui, comme chacun sait, s'att&#233;nuent rarement, de ses convictions, du hasard et des rencontres. Presse &#233;crite &#224; L'Humanit&#233;, sa plus durable collaboration - n'y voyez pas malice -, mais aussi beaucoup de radio. Il fut l'une des &#171; voix &#187; (dans le registre Paoli, Artur ou Leva&#239;) de &lt;i&gt;France Inter&lt;/i&gt; (remarquable &#171; Tabous &#187;), d'&lt;i&gt;Europe 1, RTL&lt;/i&gt; (forte plut&#244;t que &#171; grosse t&#234;te &#187;) et &lt;i&gt;RMC&lt;/i&gt;, o&#249; &#171; Sud &#187; connut un succ&#232;s de neuf ans auquel lui-m&#234;me mit un terme. Le microphage se dit toujours &#233;pris de ce m&#233;dia chaud. &#171; &lt;i&gt;On y joue sur la voix, ses vibrations, ses silences. On est l&#224;, seul ou presque, &#224; s'entendre parler en sachant qu'on est ainsi re&#231;u dans l'intimit&#233; de quelqu'un. C'est excellent pour le narcissisme et autrement &#233;rotique que les autres m&#233;dias. J'aime mieux &#234;tre identifi&#233; par ma voix que par mes moustaches&lt;/i&gt; ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'emp&#234;che, l'&#233;tiquette professionnelle mentionne d'un c&#244;t&#233; &#171; m&#233;t&#233;o &#187;, de l'autre &#171; coco &#187;. Au point que la premi&#232;re activit&#233;, imagin&#233;e par Mich&#232;le Cotta &#171; &lt;i&gt;pour le sauver&lt;/i&gt; &#187; d'une possible charrette (&#171; &lt;i&gt;Ne m'insulte pas, je vais faire de toi une star&lt;/i&gt; &#187;), &#233;clipse des p&#233;pites t&#233;l&#233;visuelles comme &#171; Ext&#233;rieur Nuit &#187; et &#171; Performances &#187; (&lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt;) plus audacieuses que ce que l'on voit aujourd'hui sur &lt;i&gt;France T&#233;l&#233;visions&lt;/i&gt; et m&#234;me sur &lt;i&gt;Arte&lt;/i&gt;. Au point que la seconde, la rouge, lui colle encore &#224; la peau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout commence dans les ann&#233;es soixante du si&#232;cle dernier. Membre des jeunesses communistes, militant actif gravissant les &#233;chelons de la f&#233;d&#233;ration girondine - jusqu'&#224; &#234;tre plus tard pr&#233;sent&#233; par le Parti contre Jacques Chaban-Delmas -, le jeune Bordelais conna&#238;t d'abord la petite fiert&#233; d'&#234;tre le correspondant local de&lt;i&gt; L'Huma&lt;/i&gt;, puis l'insigne faveur d'&#234;tre appel&#233; au si&#232;ge du &#171; journal de Jaur&#232;s &#187; &#224; Paris. Ce dernier ne recrutant pas dans les &#233;coles de journalisme, l'imp&#233;trant est exp&#233;di&#233; &#224; l'&#233;cole centrale du Parti, sise &#224; Choisy-le-Roi, pour une formation de quatre mois, dans la folie bourgeoise o&#249; les Thorez (autrement dit, la Sainte Famille) avaient r&#233;sid&#233;. Ayant re&#231;u l'onction du comit&#233; central, l'ambitieux provincial installe &#171; &lt;i&gt;l'&#233;pouse patiente de ces temps-l&#224;&lt;/i&gt; &#187; et leurs enfants dans une HLM de Fontenay-sous-Bois qu'ils habit&#232;rent dix ans.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'&#233;tiquette professionnelle mentionne d'un c&#244;t&#233; &quot;m&#233;t&#233;o&quot;, de l'autre &quot;coco&quot;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est assez pour conna&#238;tre un journal, ses acteurs et leurs usages ; assez pour se poser quelques questions existentielles propres aux ann&#233;es 1970. Par exemple, comment peut-on &#234;tre &#224; la fois journaliste et appoint&#233; par un parti politique ? Que devient la libert&#233; d'expression soumise &#224; un pareil contrat ? Comment admirer un Jacques Duclos alors qu'il a tent&#233; de n&#233;gocier avec l'occupant la reparution de &lt;i&gt;L'Huma&lt;/i&gt; pendant la guerre ? Comment concilier la pers&#233;cution nazie v&#233;cue &#224; Bordeaux par Georges-Isaac et Edmond-Mo&#239;se Cardoze, respectivement grand-p&#232;re et p&#232;re de Michel, avec le mod&#232;le sovi&#233;tique plus qu'ambigu - le mot est faible - sur la &#171; question juive &#187; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai adh&#233;r&#233; au communisme &#224; 17-18 ans au nom de ce que ma g&#233;n&#233;ration appelait encore la &#8220;Grande Id&#233;e&#8221; et qui se proposait de changer le monde pour le rendre meilleur. Quoi de plus exaltant ? C'&#233;tait de l'ordre de la croyance et sans doute suis-je croyant de nature. Nous n'avions que le mot r&#233;el &#224; la bouche alors que nous vivions dans une id&#233;alisation permanente. &#199;a me para&#238;t toujours pr&#233;f&#233;rable au cynisme, m&#234;me si celui-ci peut &#234;tre la sauvegarde du jugement. H&#233;las ! qui dit croyant dit cr&#233;dule : je l'&#233;tais. Ainsi pour Duclos et sa n&#233;gociation, je croyais l'ignorer alors que je me suis peu &#224; peu rendu compte que je savais (gr&#226;ce &#224; un bouquin de Claude Angeli, me semble-t-il) mais que j'avais refoul&#233; cette infamie. Sur l'antis&#233;mitisme, m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne sans doute et je faisais d'autant plus facilement la sourde oreille que l'importance de mes origines ne m'&#233;tait pas encore apparue... Quant &#224; &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; par le Parti, c'&#233;tait dans la lign&#233;e du r&#233;volutionnaire professionnel et je consid&#233;rais comme un honneur de toucher le m&#234;me salaire qu'un ouvrier m&#233;tallurgiste. M&#234;me si existaient &#224; c&#244;t&#233; quelques &#8220;avantages sociaux&#8221;, lesquels, pour un troupier comme moi, n'allaient pas jusqu'aux vacances dans une villa au bord de la mer Noire, privil&#232;ge r&#233;serv&#233; aux dignitaires du journal. Et puis mon v&#339;u le plus cher &#233;tait d'&#233;crire : que pouvait-il y avoir de mieux que d'acc&#233;der au club de ceux qui se reconnaissent par le style ? Oui, je vivais dans une esp&#232;ce de clivage schizophr&#233;nique. D'un c&#244;t&#233;, le Parti qui incarnait le devoir, il n'&#233;tait donc pas question d'avoir raison contre le Parti. De l'autre, l'&#233;criture comme r&#233;compense voire comme pansement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;criture, soit. Mais comment un jeune homme f&#233;ru de litt&#233;rature pouvait-il se satisfaire du jargon de &lt;i&gt;L'Huma&lt;/i&gt;, incantatoire et prudhommesque : toutes ces mises en perspective, ces masses laborieuses, ces forces d'exemple et autre bilan globalement positif ? &#171; &lt;i&gt;Je ne m'en satisfaisais pas. Du reste, je n'ai jamais &#233;t&#233; tr&#232;s fan des &#233;ditorialistes politiques du journal. Je leur pr&#233;f&#233;rais les bonnes plumes, les billettistes, ceux qui &#233;taient imprim&#233;s en italiques ou en gras : Andr&#233; Wurmser, Nelly Feln, Georges Bouvard, Louis Luc ou Michea au sport. Pour moi, la Grande Id&#233;e &#233;tait indissociable de mes &#233;motions litt&#233;raires. Marchais et son gang r&#233;gnant, j'ai d'ailleurs trouv&#233; une solution de repli en m'occupant de la page culturelle. Puis je suis parti.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Michel Cardoze &#171; &lt;i&gt;quitte la presse communiste&lt;/i&gt; &#187; au cours de l'hiver 1979-1980. Les chars sovi&#233;tiques entrent &#224; Kaboul et les &#171; r&#233;novateurs &#187; auxquels il croyait sont d&#233;vor&#233;s tout crus pas l'ogre Marchais. Il se jure de ne pas &#171; &lt;i&gt;cracher dans la soupe&lt;/i&gt; &#187;. C'est pourtant ce qu'on attend plus ou moins du &#171; &lt;i&gt;journaliste coco&lt;/i&gt; &#187; capable d'avoir trait&#233; Chirac de menteur sur un plateau : la valeur ajout&#233;e du ren&#233;gat, le souffre du d&#233;froqu&#233;, les secrets du transfuge de l'Est... Les propositions n'ont donc pas manqu&#233; jusqu'&#224; ce que le &#171; &lt;i&gt;jeune chanoine rouge des ann&#233;es 1960 tombe dans le pot &#224; confiture de la consommation et de la soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt; &#187; sur fond de brumes matinales se dissipant peu &#224; peu...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai d'abord ressenti &#231;a comme une offense &#224; la perception que j'avais de moi-m&#234;me et de mon m&#233;tier. R&#233;trograder de la Grande Id&#233;e &#224; l'emploi de saltimbanque ! Puis j'ai pris du plaisir &#224; d&#233;jouer le propos initial, &#224; le subvertir. Et &#231;a marchait du feu de Dieu, de sorte que Mougeotte a mis du temps &#224; se d&#233;barrasser de moi. Enfin, soyons honn&#234;tes, une exposition maximale au pic de l'audience, c'est jouissif&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Semblable parcours m&#233;nage des rencontres tous azimuts. Une &#171; &lt;i&gt;source proche de l'int&#233;ress&#233;&lt;/i&gt; &#187;, dirait l'&lt;i&gt;AFP,&lt;/i&gt; assure que celui-ci est &#171; &lt;i&gt;aussi fid&#232;le en amiti&#233; qu'en inimiti&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Envers ceux qu'il n'aime gu&#232;re, il peut avoir la dent carnassi&#232;re, mais il parle avec chaleur de certains anciens de &lt;i&gt;L'Huma&lt;/i&gt;, &#224; commencer par Laurent Salini, son &#171; ma&#238;tre paternel &#187;, ou de confr&#232;res de &#171; l'autre bord &#187;, comme Philippe Tesson (d&#233;cid&#233;ment adul&#233; par toute la profession), Jean Ferniot, Arlette Chabot, Yves Mourousi, on en passe, peu suspects d'avoir &#233;t&#233; des taupes du KGB... Aurait-il pu avoir une autre vie ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le dramaturge Guy Suire pense que &#171; &lt;i&gt;c'est un com&#233;dien n&#233;&lt;/i&gt; &#187;. D'une certaine mani&#232;re, Michel Cardoze lui donne aujourd'hui raison en &#171; faisant ses contes &#187; en public, disant Cyrano de Bergerac, Marguerite de Navarre ou Th&#233;ophile de Viau. Avec un rien de cabotinage, para&#238;t-il, et beaucoup de gourmandise. Montaigne, Gascon issu comme lui de &#171; la vieille nation &#187;, tirerait peut-&#234;tre de cette histoire la morale suivante : &#171; &lt;i&gt; C'est le jouir, non le poss&#233;der, qui nous rend heureux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un jour je serai Yamakasi</title>
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		<dc:subject>Portfolio</dc:subject>

		<description>Du jour o&#249;, bambin, je vis Superman &#224; la t&#233;l&#233;, voler devint ma pr&#233;occupation premi&#232;re. J'allais voir papa et lui dis mon dessein. Lui me r&#233;torqua : &#171; Dieu punit les voleurs, c'est p&#233;cher de voler. &#187; Il y a toujours eu un probl&#232;me de communication entre mon p&#232;re et moi. J'ai compris qu'il fallait que je me d&#233;brouille tout seul si je voulais chevaucher les nuages. En douce j'allais chaparder le tapis de pri&#232;re du marabout du b&#226;timent D. Apr&#232;s son retour de la mosqu&#233;e, il avait l'habitude d'&#233;tendre sa natte (...)

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Du jour o&#249;, bambin, je vis Superman &#224; la t&#233;l&#233;, voler devint ma pr&#233;occupation premi&#232;re. J'allais voir papa et lui dis mon dessein. Lui me r&#233;torqua : &#171; &lt;i&gt; Dieu punit les voleurs, c'est p&#233;cher de voler.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a toujours eu un probl&#232;me de communication entre mon p&#232;re et moi.
J'ai compris qu'il fallait que je me d&#233;brouille tout seul si je voulais chevaucher les nuages.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En douce j'allais chaparder le tapis de pri&#232;re du marabout du b&#226;timent D. Apr&#232;s son retour de la mosqu&#233;e, il avait l'habitude d'&#233;tendre sa natte sur son balcon, Je la p&#234;chais &#224; l'aide d'un hame&#231;on au bout de ma pelote de lacets. La cape rouge aux armoiries de La Mecque devait &#234;tre b&#233;nie des anges : elle m'allait comme un gant. Elle avait m&#234;me une boussole qui m'indiquait la route des &#233;toiles. Contre quelques bonbecs, ma s&#339;urette m'abandonna ses collants turquoise tricot&#233;s par maman. Sur l'un de mes sweats bleu ciel, je customisais un &#171; S &#187; magistral au Fat Cap jaune. Mon slip red au super pouvoir avait d&#233;j&#224; r&#233;ussi &#224; faire dispara&#238;tre mon asticot de mon champ de vision, preuve qu'il &#233;tait bien magique. Dans ma tenue super mini h&#233;ros, j'avais la grande classe. Fin pr&#234;t, il ne me restait plus qu'&#224; m'envoler du haut de mon dixi&#232;me &#233;tage, quand, dans un ultime reflet de miroir, j'aper&#231;us ma tignasse pleine de bouclettes...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ni une ni deux, je stoppe net le d&#233;collage. Superman n'est pas fris&#233; ! Mes tifs ne sont pas assez a&#233;rodynamiques pour me permettre de planer. J'&#244;tais donc mon slip moule burnes, tout l'attirail de super-h&#233;ros, et je redevins un petit bout d'homme qui continua secr&#232;tement de r&#234;ver qu'un jour il volerait de ses propres ailes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres y sont parvenus pour moi : les Yamakasi, auto baptis&#233;s d'un nom venu du berceau de l'humanit&#233; qui &#233;voque l'esprit fort. Aujourd'hui, je les rencontre pour la premi&#232;re fois. Originaires des ghettos fran&#231;ais, sans mic ni adoration pour la Nike, ils ont conquis une notori&#233;t&#233; qui d&#233;passe nos fronti&#232;res. &#171; A. D. Haine. &#187; Dans leurs regards se devine une intelligence f&#233;line. Quatre hommes p&#233;tris d'eau, d'air, de terre et de feu sacr&#233;. Je les shake en guise de r&#233;v&#233;rence. Un big up pour ces fils d'immigr&#233;s aux visages &#233;pic&#233;s de l'Orient &#224; l'oc&#233;an Pacifique. V&#234;tus souple, sans cape magique ni masque de justicier, le pas l&#233;ger sur un sillon bitum&#233; plus us&#233; qu'une vert&#232;bre d'ouvrier, nous marchons. On partage des sourires. Des mi-mots s'&#233;changent pleins d'amour et de respect pour l'humain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mes Yamakasi ne sont pas tomb&#233;s du ciel, mais se sont catapult&#233;s des bas-fonds pour l'atteindre. &#199;a se voit sur leurs corps tatou&#233;s d'ex-blessures qui auraient fait succomber bien des gladiateurs. Sans filet ni armure, ils y vont des prouesses physiques. De la haute voltige ! Ils ont r&#233;volutionn&#233; l'art du d&#233;placement. C'est s&#251;r ! Pas casse-cou, lucides - surtout quand ils se lancent dans le vide - leur corps devient la marionnette de leur esprit. &#192; vue d'&#339;il, ils se m&#233;tamorphosent et ricochent, &#233;tincelants, sur l'&#233;piderme du b&#233;ton. Rien ne les d&#233;tourne du cap qu'ils se sont fix&#233; : ouvrir un centre pour les petits fr&#232;res qui r&#234;vent de croquer d'autres horizons. Pour eux, transmettre leur savoir c'est la plus joyeuse des galipettes. Je reste bouche b&#233;e devant Williams, Ch&#226;u, Yann, Laurent qui, apr&#232;s avoir trinqu&#233; avec moi, vont marcher, courir, sauter de bloc en bloc, sans effets sp&#233;ciaux ni trucages, pour finalement se percher au sommet d'un immeuble. Gargouilles de notre espace urbain. Puis soudain les quatre amis solides et fiers, telle la graine d'une rose des vents, disparaissent en un battement de paupi&#232;res. Big up &#224; vous mes super-h&#233;ros, un jour je serai Yamakasi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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