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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>Des images hypnotiques ? </title>
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		<dc:subject>Post-scriptum</dc:subject>

		<description>Illustration : Plantu Les ann&#233;es passent et le succ&#232;s ne se d&#233;ment pas : la contestation fantasmatique du reportage de Charles Enderlin sur la mort de Mohammed al-Dura dans les bras de son p&#232;re &#224; Gaza, le 30 septembre 2000, est un genre sans cesse renouvel&#233;. Ainsi, le 2 juillet dernier, &#224; peine &#233;lu, le nouveau pr&#233;sident du Conseil repr&#233;sentatif des institutions juives de France (CRIF), Richard Prasquier, a organis&#233; une conf&#233;rence de presse dans le but de r&#233;clamer une enqu&#234;te &#171; impartiale &#187; sur cette (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_231 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/plantu.png&quot; title='Illustration : Plantu' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH322/plantu-08f26-9f0b0.png' width='324' height='322' alt='Illustration : Plantu' style='height:322px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-231 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;Illustration : Plantu&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es passent et le succ&#232;s ne se d&#233;ment pas : la contestation fantasmatique du reportage de Charles Enderlin sur la mort de Mohammed al-Dura dans les bras de son p&#232;re &#224; Gaza, le 30 septembre 2000, est un genre sans cesse renouvel&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, le 2 juillet dernier, &#224; peine &#233;lu, le nouveau pr&#233;sident du Conseil repr&#233;sentatif des institutions juives de France (CRIF), Richard Prasquier, a organis&#233; une conf&#233;rence de presse dans le but de r&#233;clamer une enqu&#234;te &#171; &lt;i&gt;impartiale&lt;/i&gt; &#187; sur cette affaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur la base de quels &#233;l&#233;ments nouveaux cette demande empress&#233;e est-elle fond&#233;e ? Aucun. Le CRIF reprend tel quel le discours bien connu de Philippe Karsenty (voir &lt;i&gt;M&#233;dias&lt;/i&gt; n&#176; 11). Pourquoi ces images hypnotisent-elles ceux qui les contestent au point de les priver du bon sens le plus &#233;l&#233;mentaire ? Est-ce parce qu'elles illustrent une r&#233;alit&#233; moralement inacceptable ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Heureusement pour eux, les 850 autres enfants palestiniens tu&#233;s dans les Territoires depuis la mort de Mohammed al-Dura l'ont &#233;t&#233; loin des cam&#233;ras.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les politiques sont pressants, les m&#233;dias press&#233;s. </title>
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		<dc:subject>Grand entretien</dc:subject>
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		<dc:subject>Daniel</dc:subject>

		<description>&#171; Journaliste culturel &#187;, comme se pla&#238;t &#224; le qualifier R&#233;gis Debray ? Bien s&#251;r. Mais surtout &#233;ditorialiste engag&#233;, militant d'une gauche qu'il voudrait, encore et toujours, mend&#233;siste. &#192; 88&#8200;ans, le cofondateur du Nouvel Observateur n'a rien perdu de sa verve. Il pointe avec brio les imperfections de l'&#233;poque. Et de ses m&#233;dias. Y compris le sien. Vous vous d&#233;finiriez comme un journaliste &#171; &#224; l'ancienne &#187; ? Si le crit&#232;re, c'est le r&#232;gne de l'image et le langage de l'Internet, alors je suis du pass&#233;. Mais si, (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no18,36-.html" rel="directory"&gt;n&#176;18&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-en-une,63-+.html" rel="tag"&gt;en UNE&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-daniel,98-+.html" rel="tag"&gt;Daniel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L101xH150/arton444-729d6.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='101' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:101px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&#171; Journaliste culturel &#187;, comme se pla&#238;t &#224; le qualifier R&#233;gis Debray ? Bien s&#251;r. Mais surtout &#233;ditorialiste engag&#233;, militant d'une gauche qu'il voudrait, encore et toujours, mend&#233;siste. &#192; 88&#8200;ans, le cofondateur du Nouvel Observateur n'a rien perdu de sa verve. Il pointe avec brio les imperfections de l'&#233;poque. Et de ses m&#233;dias. Y compris le sien.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous vous d&#233;finiriez comme un journaliste &#171; &#224; l'ancienne &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le crit&#232;re, c'est le r&#232;gne de l'image et le langage de l'Internet, alors je suis du pass&#233;. Mais si, &#224; l'int&#233;rieur de ce grand pan d'histoire que nous avons v&#233;cu, vous entendez faire des distinctions, et si nous entrons dans les singularit&#233;s professionnelles que j'ai assum&#233;es, dont on m'a cr&#233;dit&#233;, alors je dirais que R&#233;gis Debray emploie les mots justes lorsqu'il parle de moi comme d'un journaliste culturel... Mais il faut souligner que la fa&#231;on dont j'ai voulu d'abord, et incarn&#233; ensuite, un certain journalisme n'a &#233;t&#233; le fait que de certains hommes de ma g&#233;n&#233;ration. Au sein du groupe d'adolescents &#224; pr&#233;tention intellectuelle dont je faisais partie, il n'existait pas de s&#233;paration entre journalisme, engagement politique et litt&#233;rature. D'abord, nous voulions vivre comme nos ma&#238;tres &#224; penser, ceux que nous admirions le plus. Et, pour suivre leurs traces, nous avions dans l'id&#233;e que choisir une de ces voies n'excluait pas les deux autres. &#192; notre &#226;ge, nous savions d&#233;j&#224; distinguer dans le sommaire de la NRF les noms de Gide, Montherlant, Malraux, Guilloux et plus tard Sartre et Camus. C'&#233;tait pour nous les dieux d'une certaine litt&#233;rature fran&#231;aise, c'est-&#224;-dire &#224; l'&#233;poque, quasiment, de la litt&#233;rature universelle. Au fur et &#224; mesure que la politique a gagn&#233;, &#224; partir du Front populaire, ces &#233;crivains se trouvaient en prise avec les pr&#233;occupations du monde tout comme les grands Am&#233;ricains dont je vous parlerai plus loin. Ils y ont largement pris leur part, comme Saint-John Perse, ou les po&#232;tes Jules Supervielle et Pierre Jean Jouve, dont on ne savait pas qu'ils incarneraient, plus tard, la R&#233;sistance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque de mon petit groupe de Blida en Alg&#233;rie - nous &#233;tions loin de l'aristocratie d'Oran et de ses nuits folles -, un seul num&#233;ro de la NRF arrivait dans l'une des deux librairies de la ville. Il semblait avoir &#233;t&#233; fait pour nous six et nous nous le partagions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui &#233;taient ces six ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pierre Lemoine, d&#233;c&#233;d&#233; l'an dernier, avait r&#233;alis&#233; son r&#234;ve - c'est tr&#232;s rare. Rendez-vous compte ! Il affirmait d&#233;j&#224; avec un aplomb incroyable, et pour nous un peu ridicule, depuis Blida : &#171; &lt;i&gt; Je serai conservateur du mus&#233;e de Versailles.&lt;/i&gt; &#187; Et il le fut ! Or, il faut savoir ce que repr&#233;sentait l'Alg&#233;rie &#224; cette &#233;poque. Certes, ce n'&#233;tait pas, et depuis longtemps, celle de Gide qui racontait comment il empruntait plusieurs diligences pour se rendre d'Alger &#224; Biskra. Andr&#233; Gide ! J'en profite pour vous confier au passage que j'ai d&#233;couvert la beaut&#233; de ma ville natale, Blida, que je trouvais plut&#244;t laide, lorsque Gide, dans &#171; Les Nourritures terrestres &#187; l'a c&#233;l&#233;br&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Nathana&#235;l, je t'apprendrai les rondes des adolescents &#224; Blida !&lt;/i&gt; &#187; Gide a anobli la laideur famili&#232;re de mon enfance.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_227 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/JDaniel-5-2.jpg&quot; title='photo : Isabelle N&#232;gre' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/JDaniel-5-2-cfd3d-870e2.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Isabelle N&#232;gre' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-227 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Isabelle N&#232;gre&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Il y avait aussi un futur m&#233;decin, Norbert Bensa&#239;d, qui allait marquer Saint-Germain-des-Pr&#233;s. Cet homme admirable se trouvait &#234;tre mon cousin et il figure aujourd'hui parmi les &#234;tres qui me manquent le plus. Sartrien jusqu'au bout des ongles, il &#233;tait l'ami de K.S. Karol, de Rossana Rossanda et de J.-B. Pontalis. Plus tard, lorsque nous nous sommes regroup&#233;s &#224; Paris, l'&#226;me de notre petit cercle sera une jeune femme, exceptionnelle, Marie Susini, dont on ne se doutait pas qu'elle deviendrait la plus talentueuse romanci&#232;re de la Corse, l'une des plus grandes de la M&#233;diterran&#233;e. Il y avait aussi deux futurs &#233;tudiants en sciences qui ont ensuite fait leur chemin dans la recherche. Nous &#233;tions dans notre univers. Celui des affaires nous apparaissait m&#233;prisable, celui de l'argent, d&#233;testable, et comme certains de nos parents appartenaient &#224; ce milieu, on les fuyait, d&#233;lib&#233;r&#233;ment. L'engagement politique ne pouvait &#234;tre qu'&#224; gauche, et r&#233;vo&#173;lutionnaire : jeunesse socialiste r&#233;volutionnaire et, qualit&#233; indispensable, litt&#233;raire !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si vous aviez demand&#233; &#224; Norbert Bensa&#239;d quels &#233;taient ses dieux, vous auriez &#233;t&#233; surpris : Melville, Faulkner, Hemingway, et Steinbeck. Quatre grands &#233;crivains am&#233;ricains. Si l'on ajoute mon faible pour Dos Passos, Caldwell et Miller, on peut comprendre que l'Am&#233;rique repr&#233;sentait un p&#244;le d'attraction au moins aussi important que celui de la rue S&#233;bastien-Bottin. Ces dieux yankees avaient un atout : &#234;tre engag&#233;s dans la politique et dans le reportage. Ils &#233;taient romanciers comme nous r&#234;vions de l'&#234;tre, engag&#233;s politiquement comme nous avions d&#233;cid&#233; de l'&#234;tre, et journalistes, comme, si c'&#233;tait possible, nous nous appr&#234;tions &#224; l'&#234;tre. Vous aviez l&#224; la matrice de tout ce qui compte chez un homme : ce qu'il a r&#234;v&#233; d'&#234;tre autant que ce qu'il est, ce qu'il regrette de ne pas &#234;tre, ce qui est en marge de ce qu'il est.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_225 spip_documents spip_documents_center'&gt;&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L500xH334/JDaniel-3-acbac.jpg' width='500' height='334' title=&quot;photo : Isabelle N&#232;gre&quot; alt=&quot;photo : Isabelle N&#232;gre&quot; style='height:334px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous retrouvez ces traits chez les jeunes journalistes que vous embauchez au &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N'oubliez pas que, d&#232;s le premier num&#233;ro, nous r&#233;unissions les meilleurs, et je p&#232;se mes mots : Fran&#231;ois Caviglioli, Michel Cournot, Guy Dumur, Jean-Paul Enthoven, Andr&#233; Fermigier, Maurice Fleuret, Bernard Frank, Fran&#231;ois Furet, Jean-Francis Held, K.S. Karol, Katia D. Kaupp, Mona Ozouf, Claude Roy, Olivier Todd, et j'en oublie. Mais tous ont laiss&#233; une trace et certains une &#339;uvre. D'autant que, en dehors de Jean Lacouture et Pierre Nora qui ont toujours &#233;t&#233; proches, Edgar Morin, Michel Foucault et Jacques Le Goff n'&#233;taient pas loin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; moi, j'&#233;tais conscient d'avoir eu un parcours auquel rien ne me destinait. Apr&#232;s avoir &#233;crit, &#224; 25 ans, les discours du successeur de De Gaulle, j'ai cr&#233;&#233; une revue, Caliban, en 1947. Gr&#226;ce &#224; elle, j'&#233;tais &#224; mi-chemin entre litt&#233;rature et journalisme. J'ai appris mon m&#233;tier en le faisant. Le philosophe Alain disait : &#171; &lt;i&gt;J'apprends les choses en les enseignant.&lt;/i&gt; &#187; Moi, j'ai &#233;t&#233; d'une audace qui frise peut-&#234;tre l'imposture : j'ai fait une revue sans savoir comment elle se composait. Mais tr&#232;s vite, elle a r&#233;uni des grands noms et, surtout, c'est gr&#226;ce &#224; Caliban que j'ai connu Camus, qui l'a d'ailleurs parrain&#233;e. C'est lui qui m'a incit&#233; &#224; &#233;crire mon premier livre, &#171; l'Erreur &#187;, qui a &#233;t&#233; publi&#233; dans sa collection chez Gallimard. C'est ainsi que je suis devenu familier de son groupe, de sa pens&#233;e. M&#234;me si cela s'est termin&#233; par une quasi-rupture...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ensuite, je suis entr&#233; &#224; &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;. Pourquoi ? Non parce que j'&#233;tais journaliste dans l'&#226;me - ce n'&#233;tait pas le m&#233;tier que j'avais choisi -, mais &#224; cause de la guerre d'Alg&#233;rie et parce que le grand reportage que j'avais envie de faire sur ce qui se passait dans mon pays natal me rapprochait de l'ambition de Malraux quand il a &#233;crit &#171; L'Espoir &#187; sur la guerre d'Espagne. Je n'ai commenc&#233; &#224; devenir vraiment journaliste que lorsque je suis devenu directeur parce que j'avais dans l'esprit Emmanuel Berl, Camus et Beuve-M&#233;ry. Je n'ai jamais &#233;t&#233; propri&#233;taire : je dois &#234;tre un des seuls directeurs de journal en Europe &#224; ne pas avoir une seule action dans sa propre entreprise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais revenons &#224; ces d&#233;buts. Tout ce que je demandais, c'&#233;tait venir dans la patrie des lettres, des arts et des lois : la France. Je n'&#233;tais pas poss&#233;d&#233; par une sorte d'&#171; &lt;i&gt;alg&#233;rianit&#233;&lt;/i&gt; &#187; obsessionnelle et mystique. Je glorifiais la nature ; je me reconnaissais dans les descriptions que Camus appelait &#171; &lt;i&gt;l'extase de la lucidit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Mes livres de chevet dans ce domaine, c'&#233;taient bien s&#251;r &#171; Les Nourritures terrestres &#187; de Gide, &#171; Les &#206;les &#187; de Jean Grenier, &#171; Encore un instant de bonheur &#187; de Montherlant et enfin &#171; Noces &#187; de Camus, ce merveilleux chant grec qui doit beaucoup aux trois livres pr&#233;c&#233;dents. Mais j'avais envie de conna&#238;tre la source de la lumi&#232;re : la France, Paris et la rue S&#233;bastien-Bottin ! Avec la guerre d'Alg&#233;rie et la d&#233;colonisation, j'ai d&#233;couvert la grandeur et la volupt&#233; maghr&#233;bine et nord-africaine, la Tunisie et le Maroc, qui m'ont &#233;bloui davantage que l'Alg&#233;rie. Avec la guerre, toujours, je suis entr&#233; dans le reportage, &#224;&lt;i&gt; L'Express&lt;/i&gt;, nous y revoil&#224;, avec un premier papier que j'ai envoy&#233; &#224; Servan-Schreiber. Celui-ci m'a convoqu&#233;. Il avait &#224; la fois une allure de jeune chef s&#233;minariste, et un peu moniteur de ski, riche et s&#233;duisant. Mon article est paru sur une double page avec mon nom : je n'en revenais pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous publieriez, vous, dans &lt;i&gt;Le Nouvel Obs&lt;/i&gt;, un papier d'un journaliste inconnu sur deux pages sur un sujet aussi important ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une certaine complaisance envers moi-m&#234;me me pousse &#224; dire que ce ne me serait pas impossible. Peut-&#234;tre que le souvenir de ma propre carri&#232;re m'inviterait &#224; imiter Servan-Schreiber... Mais en dehors de moi, je n'y crois pas beaucoup. Je ne veux pas &#234;tre cat&#233;gorique. Je vois bien Jean-Fran&#231;ois Kahn regardant cela d'un regard fureteur, faussement &#233;tonn&#233;, voulant &#233;blouir les autres, un peu marginal et se disant : &#171; &lt;i&gt;Tiens, c'est g&#233;nial&lt;/i&gt; ! &#187; Cela ne lui serait pas impossible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui a chang&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les places sont prises. Rien de plus difficile pour un animateur enthousiaste, dynamique et qui pr&#233;tend rester encore jeune, de placer une d&#233;couverte : cela d&#233;range toute une m&#233;canique. Un journal est devenu aujourd'hui si difficile &#224; faire, &#224; tricoter. Les &#233;quipes sont tellement moins disponibles. On est confront&#233; &#224; une sorte de bureaucratisation, qui n'emp&#234;che pas les talents mais exclut toute esp&#232;ce d'improvisation. Ce n'est pas pour rien que la seule place disponible pour un jeune ambitieux est l'&#233;t&#233; au mois d'ao&#251;t, quand tout le monde est parti et qu'il ne reste qu'un secr&#233;taire de r&#233;daction, regrettant de ne pas &#234;tre en vacances, qui lira avec attention le papier qu'on lui soumet. Plusieurs personnes au &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; sont entr&#233;es ainsi et y sont rest&#233;es. Le cr&#233;neau du mois d'ao&#251;t est le meilleur ! Surtout en France o&#249; il y a une telle sacralisation de la fuite ao&#251;tienne qu'il est assez facile de trouver une place.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Mon e&#769;poque est celle, re&#769;volue en Occident, de l'engagement, de la culture et de la militance qui autorisaient a&#768; publier des articles partisans. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;prouvez de la nostalgie pour une presse qui prenait plus de risques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand je suis entr&#233; &#224; &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, le journal employait cinq personnes. D'ailleurs, m&#234;me au temps glorieux et h&#233;ro&#239;que de Giroud et Servan-Schreiber, nous n'avons jamais &#233;t&#233; tr&#232;s nombreux. Je m'y inclus car, si vous relisez les m&#233;moires de Servan-Schreiber, vous lirez qu'il &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;J'ai cr&#233;&#233; L'Express gr&#226;ce &#224; une femme, Fran&#231;oise Giroud, et deux hommes, Pierre Viansson-Pont&#233; et Jean Daniel.&lt;/i&gt; &#187; J'en &#233;tais. Je suis simplement arriv&#233; un peu plus tard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans mon singulier destin, je suis enracin&#233; dans la p&#233;riode de l'&#233;crit et sa disparition signerait mon exclusion de ce monde. &#192; vrai dire, mon &#233;poque est celle, r&#233;volue en Occident, de l'engagement, de la culture et de la militance qui autorisait &#224; publier des articles partisans qui, peut-&#234;tre, &#224; cause de cette intensit&#233;, ne faisaient pas toujours preuve d'objectivit&#233;, ni ne respectaient les lois fondamentales de notre m&#233;tier. Prenons la d&#233;colonisation : les colonis&#233;s employaient des m&#233;thodes et formulaient des propos qui auraient d&#251; susciter chez nous g&#234;ne et indignation. Mais nous avions pris leur parti : celui des victimes ! Nous avions l'impression que ce n'&#233;tait pas trahir l'&#233;thique de notre profession que de servir leur cause. Toujours cette notion d'engagement ! Je ne la d&#233;fends plus du tout.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je suis a&#768; un a&#770;ge ou&#768;, si l'on n'use pas de la liberte&#769; dont on dispose, on se prive d'un plaisir rare. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es Mitterrand, &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; &#233;tait tr&#232;s proche du Pr&#233;sident et de ses gouvernements. Trop proche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but, nous repr&#233;sentions exactement tout ce qu'il d&#233;testait. D'abord le gaullisme, ce que l'ancien de la division Leclerc que je suis est toujours rest&#233;, m&#234;me lorsque je l'ai combattu. Ensuite, le mend&#233;sisme, c'est-&#224;-dire la morale. Deux raisons pour lesquelles l'auteur du &#171; Coup d'&#201;tat permanent &#187; (remarquable pamphlet qu'il n'avait pas encore &#233;crit) n'&#233;tait pas notre tasse de th&#233;, ni notre univers. Lorsque &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; s'est pos&#233; la question de savoir s'il fallait bouder l'Union de la gauche en formation, je suis all&#233; voir Mend&#232;s France. Il nous a donn&#233; une le&#231;on, lui qui n'aimait pas beaucoup Mitterrand. Il nous a dit : &#171; &lt;i&gt;Si vous ne le soutenez pas, vous allez donner raison &#224; Malraux qui disait : &#8220;Entre les communistes et nous, il n'y a rien.&#8221;&lt;/i&gt; &#187; Les communistes &#233;taient tout. Ils avaient une h&#233;g&#233;monie intellectuelle &#233;norme ! Quand vous &#233;criviez un article, vous deviez commencer par : &#171; &lt;i&gt;Dieu sait que je ne suis pas anticommuniste, mais...&lt;/i&gt; &#187; Ces pr&#233;cautions ont dur&#233; des ann&#233;es, y compris pour les plus grands esprits ! Mend&#232;s nous a conseill&#233; de nous engouffrer dans l'Union. Et d'en expliquer les raisons dans un article. Comme je ne voulais pas l'&#233;crire, il l'a r&#233;dig&#233; lui-m&#234;me. On en a fait la une &#233;videmment. C'est &#224; ce moment-l&#224; que nous nous sommes rapproch&#233;s de Mitterrand avec la volont&#233; d'introduire la pens&#233;e de Pierre Mend&#232;s France, Michel Rocard et Edmond Maire dans le &#171; &lt;i&gt;d&#233;bat&lt;/i&gt; &#187; Mitterrand. Au fond, nous avions pour mission de &#171; &lt;i&gt;mend&#233;siser&lt;/i&gt; &#187; le mitterrandisme en action. C'est pourquoi, lorsque Mitterrand a gagn&#233;, j'ai publi&#233; un article qui m'a beaucoup &#233;t&#233; reproch&#233;, qui sp&#233;cifiait : &#171; &lt;i&gt;Nous ne savons pas si nos id&#233;es sont au pouvoir, mais nos d&#233;bats y sont.&lt;/i&gt; &#187; Par la suite, nous avons &#233;t&#233; proches de ce qu'il faisait. Et peut-&#234;tre trop proches...&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_224 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/JDaniel-4.jpg&quot; title='photo : Isabelle N&#232;gre' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L217xH324/JDaniel-4-d9752-4a31c.jpg' width='217' height='324' alt='photo : Isabelle N&#232;gre' style='height:324px;width:217px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-224 spip_doc_titre' style='width:217px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Isabelle N&#232;gre&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'inverse, vous &#234;tes s&#233;v&#232;re avec Nicolas Sarkozy. Dans votre &#233;ditorial, au moment de l'affaire du SMS, vous dites que vous ne parvenez pas &#224; &#233;prouver pour lui le respect que vous aviez pour d'autres pr&#233;sidents.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est absolument faux, du moins en ce qui me concerne personnellement, pendant la campagne de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Et cela reste faux lorsqu'il prononce des discours, m&#234;me inspir&#233;s par d'autres, comme ceux de Constantine ou r&#233;cemment pour l'Union pour la M&#233;diterran&#233;e. En revanche, j'ai &#233;t&#233; implacable et sans doute cruel sur le style que Sarkozy a donn&#233;, pendant quelques mois, &#224; la fonction pr&#233;sidentielle. Je suis &#224; un &#226;ge o&#249;, si l'on n'use pas de la libert&#233; dont on dispose, on se prive d'un plaisir rare.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes plus libre aujourd'hui par rapport &#224; Nicolas Sarkozy que vous ne l'&#233;tiez avant par rapport &#224; d'autres chefs d'&#201;tat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne sais pas. J'ai toujours &#233;t&#233; tr&#232;s fier de ma libert&#233;. J'ai fait le premier grand entretien avec Juan Carlos quand il est devenu roi d'Espagne alors que chacun autour de moi croyait qu'il fallait maintenir le franquisme. Je ne me pr&#233;occupe plus du jugement de quiconque. Ni m&#234;me des miens. Mais revenons &#224; Nicolas Sarkozy. Il a cr&#233;&#233; pendant des mois un climat qui m'a litt&#233;ralement scandalis&#233;. Je me suis souvent pos&#233; la question de savoir si c'&#233;tait l'&#233;tape de ma vie dans laquelle je me trouvais qui me faisait penser ce que je pensais, ou si c'&#233;tait bien la r&#233;alit&#233;. Je me suis donc retenu en me disant que, peut-&#234;tre, nous assistions &#224; une am&#233;ricanisation des m&#339;urs, que peut-&#234;tre les nouveaux pr&#233;sidents devaient se conduire de cette mani&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais quand je me suis retrouv&#233; dans un voyage en Alg&#233;rie avec lui - sur sa demande, car il savait que cela lui profiterait un peu &#233;tant donn&#233; le sentiment des Alg&#233;riens &#224; mon &#233;gard -, j'ai &#233;t&#233; &#233;tonn&#233;. Quelqu'un que je ne connaissais pas me tutoyait imm&#233;diatement, m'appelait par mon pr&#233;nom. J'avais gard&#233;, moi, homme de gauche, ancien membre des jeunesses socialistes r&#233;volutionnaires, un souvenir - peut-&#234;tre complex&#233; - de pr&#233;sidents comme Mend&#232;s, de Gaulle ou m&#234;me Mitterrand. Alors, c'est &#231;a, la pr&#233;sidence de la R&#233;publique ? &#192; l'&#201;lys&#233;e, devant un &#234;tre gesticulant, aboyeur, d&#233;braill&#233;, sympathique, ne cachant rien, j'&#233;tais dans un &#233;tat de g&#234;ne citoyenne et j'ai pens&#233; que j'&#233;tais d&#233;pass&#233;. Finalement, je me suis rendu compte que les Fran&#231;ais r&#233;agissaient comme moi et que je n'&#233;tais pas du tout d&#233;phas&#233;. J'avais simplement anticip&#233; sur une conception assez durable de la fonction pr&#233;sidentielle, de sa majest&#233; et de son symbolisme. Et puis sont arriv&#233;es les affaires concernant ses femmes, qui ont fait la politique fran&#231;aise, le journalisme fran&#231;ais, les actualit&#233;s, le cin&#233;ma. Tout &#224; coup, un homme arrive, physiquement pas le plus g&#226;t&#233; par la nature qui, du fait de sa gesticulation politique et sa boulimie pour le sexe, balaie les d&#233;bats et capte toutes les conversations. J'ai &#233;t&#233; r&#233;cemment invit&#233; par des philosophes &#224; un d&#238;ner o&#249; nous devions discuter d'une th&#232;se que je d&#233;veloppais dans un livre sur l'ironie de Dieu. Le repas n'avait pas commenc&#233; depuis cinq minutes que l'ironie avait &#233;t&#233; rejet&#233;e, Dieu expuls&#233; et on ne parlait plus que des femmes de Sarkozy. Mais d&#233;sormais, c'est le pr&#233;sident de la R&#233;publique qui invite les philosophes et qui accapare leurs sujets.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous le trouvez plus pressant par rapport aux m&#233;dias que ses pr&#233;d&#233;cesseurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ne soyons pas hypocrites. Les hommes politiques sont pressants, les m&#233;dias sont press&#233;s. Nicolas Sarkozy les apostrophe. Mais, si j'en crois mon exp&#233;rience, il n'est pas plus interventionniste que les autres. Au moment de l'affaire du SMS, j'ai &#233;t&#233; un peu amer. Si &#233;v&#233;nement il y a eu, ce n'&#233;tait pas le manque de vigilance sur le site - ce qui a pu arriver, ce qui est arriv&#233; et qui arrivera encore, car le site est difficilement contr&#244;lable -, mais qu'un directeur de publication d&#233;savoue son journaliste. Cela n'arrive jamais, mais je l'ai fait. Airy Routier est d'ailleurs venu me voir, pour me dire que j'avais fichu sa carri&#232;re en l'air. Mais personne n'a soulign&#233; ce que j'avais fait. Nicolas Sarkozy, quant &#224; lui, ne s'y est pas tromp&#233;. Je l'ai crois&#233; &#224; la remise de la L&#233;gion d'honneur de Tahar Ben Jelloun et il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Vous avez fait une peine immense &#224; Carla, que je ne vous pardonnerai jamais. Mais je vous ai bien lu. Vous avez dit que c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment parce que j'avais ouvert les portes de ma vie priv&#233;e que surtout il ne fallait pas y entrer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi les journalistes seraient-ils les seuls &#224; ne pas &#234;tre responsables de leurs actes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne l'ai jamais pens&#233;. Je soutiens depuis des lustres exactement le contraire. Je suis mille fois d'accord et je ne suis nullement corporatiste. Les journalistes, &#233;tant donn&#233; le pouvoir qu'ils d&#233;tiennent, leur capacit&#233; de nuisance, leur facult&#233; de faire ou d&#233;faire une r&#233;putation, doivent accepter davantage que les autres qu'on les critique, avec la plus grande s&#233;v&#233;rit&#233;. Personnellement, je n'ai jamais consid&#233;r&#233; que les critiques contre &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; &#233;taient indignes, portant atteinte &#224; la libert&#233; de la presse. C'est tout le contraire. Banalit&#233; philosophique, mais libert&#233; sans responsabilit&#233; n'en est pas une. Je suis tr&#232;s s&#233;v&#232;re avec les miens dans la presse. Je ne suis pas totalement journaliste de ce point de vue-l&#224;. Je dois rendre cette justice &#224; l'&#233;quipe du journal : personne n'a protest&#233; quand je n'ai pas tenu compte de ceux qui disaient : &#171; &lt;i&gt;On a tous commis cette faute, prenons-en la responsabilit&#233; collective.&lt;/i&gt; &#187; C'est vrai qu'une partie de la presse est aux mains de marchands d'armes, c'est vrai qu'il y a des aff&#233;rences capitalistes, mais il existe une &#233;thique pour chacun d'entre nous, ceux qui &#233;crivent, qui sont sur le terrain ou dans leur bureau, derri&#232;re leur ordinateur - mais &#231;a, ce n'est pas moi...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;crivez &#224; la main ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je dicte et je reprends.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques jours apr&#232;s l'affaire du SMS, vous avez publi&#233; une fausse information, pr&#234;tant &#224; Nicolas Sarkozy des propos qu'il n'a jamais tenus. L&#224; encore, n'est-ce pas le signe d'un vrai parti pris contre le chef de l'&#201;tat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous n'avez pas id&#233;e de la fa&#231;on dont la publication de cette fausse information m'a scandalis&#233;. Je suis alarm&#233; &#224; l'id&#233;e qu'il faille rechercher l'explication d'une telle d&#233;rive dans la mise en condition d'une opinion publique, d'ailleurs commune &#224; toutes les &#233;poques. Il y a des id&#233;es-forces, un air du temps comme disait Camus, qui est lourd de certitudes et que vous ne remettez pas tous les jours en question.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_228 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/JDaniel-1.jpg&quot; title='photo : Isabelle N&#232;gre' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/JDaniel-1-0abf7-1161f.jpg' width='216' height='324' alt='photo : Isabelle N&#232;gre' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-228 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Isabelle N&#232;gre&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; A&#768; l'origine, le journalisme rele&#768;ve ne&#769;cessairement de la de&#769;lation et de l'imposture. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cet air du temps p&#232;se sur les journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il p&#232;se sur chacun d'entre nous, &#224; chaque moment. Dans notre entretien aujourd'hui, il y a certaines choses que nous ne remettons pas en question alors qu'elles pourraient l'&#234;tre &#224; certains moments. Peu de personnes actuellement, m&#234;me parmi les meilleures, se posent la question de l'appartenance des journaux. Dans ma jeunesse, pour moi ancienne, on parlait des marchands de canons. Aujourd'hui, on les appelle les grands industriels de l'armement. Ils m&#233;ritent certainement cette promotion s&#233;mantique. &#192; cette &#233;poque, pas une conversation sans &#233;voquer l'appartenance du Temps au Comit&#233; des forges... Tout d'un coup, on doit supposer les r&#233;dactions beaucoup plus libres, gr&#226;ce aux soci&#233;t&#233;s de r&#233;dacteurs, personne n'en doute... Lorsque je me suis s&#233;par&#233; de Jean-Jacques Servan-Schreiber, je suis parti sans un sou. Pas de comit&#233; d'entreprise, pas de syndicat, pas de soci&#233;t&#233; des r&#233;dacteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a tout de m&#234;me fait un s&#233;rieux chemin depuis. Mais c'&#233;tait normal &#224; l'&#233;poque, m&#234;me pour un journal de gauche. Pourquoi personne n'en parlait ? Parce que c'&#233;tait l'air du temps. Ce m&#234;me air du temps qui peut nous conduire &#224; des fautes consid&#233;rables, &#224; des erreurs de comportement. Nous n'avons pas toujours conscience de l'&#233;volution des r&#232;gles d&#233;ontologiques, de la pression morale et sociale, alors qu'elle gouverne nos sentiments et nos comportements, comme notre fa&#231;on d'&#233;crire sur certains sujets. Comme vous le savez, j'ai toujours eu des id&#233;es pr&#233;cises sur le conflit isra&#233;lo-palestinien, et ces id&#233;es m'ont s&#233;par&#233; souvent de gens que j'aime et que je respecte. Mais c'est un fait que les sentiments que j'&#233;prouve pour ces amis exercent malgr&#233; moi une pression sur ce que j'&#233;cris. Alors il m'arrive d'en remettre. Je suis un militant qui lutte depuis 1967 en faveur de la coexistence entre deux &#201;tats, palestinien et isra&#233;lien, totalement souverains et enti&#232;rement respectueux l'un de l'autre. J'ai connu ces pressions au temps des partisans de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise et de l'h&#233;g&#233;monie intellectuelle stalinienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La peopolisation de la presse est un vrai probl&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle a toujours exist&#233;. On s'est toujours int&#233;ress&#233; aux personnages publics, mais le ph&#233;nom&#232;ne s'est d&#233;cupl&#233; &#224; cause de la puissance de la presse. Aujourd'hui, cette peopolisation s'accompagne d'un concept neuf : la transparence. L'id&#233;e qu'un homme, &#224; partir du moment o&#249; il est public, ne peut rien cacher. Le droit au secret n'existe plus. J'&#233;vite d'employer l'expression &#171; &lt;i&gt;vie priv&#233;e&lt;/i&gt; &#187; car tout est devenu vie publique. La grande nouveaut&#233;, c'est que la transparence doit &#234;tre une vertu. Et au nom de cette vertu, tous les vices sont permis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez un blog, pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour reproduire mes &#233;ditos. &#192; part cela, et pour vous faire une confidence, je suis exasp&#233;r&#233; par Internet car toutes les questions que les miens me posaient, ils les posent d&#233;sormais &#224; l'ordinateur qui r&#233;pond en g&#233;n&#233;ral mieux que moi. Je suis priv&#233; d'une partie de mon intimit&#233; conjugale et de la totalit&#233; de mon prestige culturel &#224; cause de cet amour nouveau que ma femme voue &#224; Internet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est de la jalousie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Totale. On est dans le domaine de l'adult&#232;re complet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franz-Olivier Giesbert dit qu'il s'est f&#226;ch&#233; avec vous car vous lui reprochiez ce que vous ne vous &#234;tes jamais g&#234;n&#233; de faire vous-m&#234;me : du commercial.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a tort. Franz-Olivier Giesbert, que j'aime beaucoup, fait partie des quelques personnes, comme Jean-Marie Colombani, qui m'ont &#233;t&#233; d'une fid&#233;lit&#233; incroyable. L'actuel directeur du Point n'a jamais cess&#233; de rendre hommage aux dix-sept ann&#233;es pass&#233;es &#224; mes c&#244;t&#233;s. Mais je ne lui ai jamais reproch&#233; de faire du &#171; &lt;i&gt;commercial&lt;/i&gt; &#187;. Il le fait d'ailleurs avec grand art : du commercial avec un habillage culturel souvent s&#233;duisant. Il a tout ce qu'il faut pour cela !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Chiennes de garde ont demand&#233; &#224; voir vos fesses pour avoir os&#233; publier &#224; la une du&lt;i&gt; Nouvel Obs&lt;/i&gt; celles de Simone de Beauvoir. Vous y &#234;tes pr&#234;t ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela m'a fait rire car en mai 1968, &lt;i&gt;Le Nouvel Obs&lt;/i&gt; &#233;tait vraiment dans le mouvement. J'&#233;tais le patron de la r&#233;daction lorsqu'un jour, lors d'une r&#233;union de r&#233;daction, mes collaborateurs me &#171; &lt;i&gt; proposent&lt;/i&gt; &#187; de soumettre mes &#233;ditos &#224; un comit&#233; de lecture. J'ai eu le sang-froid de ne pas rire et de leur proposer d'y r&#233;fl&#233;chir. Mais l'un d'entre eux a pr&#233;venu Sartre qui, &#224; ce moment-l&#224;, faisait la loi aupr&#232;s de moi. Celui-ci m'appelle et me dit qu'il ne comprend pas les raisons de mon refus. J'&#233;tais pris de court, intimid&#233; et embarrass&#233;. Finalement, je lui ai fait la proposition suivante : &#171; &lt;i&gt;Si vous, Jean-Paul Sartre, acceptez de donner votre &#233;dito &#224; tous les membres du comit&#233;, mais &#233;galement aux secr&#233;taires et aux administrateurs du comit&#233; des Temps modernes, alors je ferai la m&#234;me chose au Nouvel Observateur.&lt;/i&gt; &#187; Il m'a r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt;Bon, je n'ai pas beaucoup de temps&lt;/i&gt; &#187;, a raccroch&#233; et je n'en ai plus entendu parler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes content de l'arriv&#233;e de Denis Olivennes &#224; la t&#234;te du &lt;i&gt;Nouvel Obs&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme aurait dit mon ami Fran&#231;ois Furet : &#171; &lt;i&gt;Il a le profil&lt;/i&gt;. &#187; Je ne le connaissais pas. J'ai d&#233;couvert tr&#232;s vite que nous avions &#224; la fois des complicit&#233;s et des compl&#233;mentarit&#233;s. C'est celui qui se rapproche le plus de moi : culture, univers... Sa sup&#233;riorit&#233; ? Une comp&#233;tence de chef d'entreprise. Sup&#233;riorit&#233; qui n'est pas sans poser probl&#232;me. Le &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; est fait par des gens moiti&#233; journalistes, moiti&#233; intellectuels. Denis Olivennes l'a compris. Et &#231;a l'amuse de reprendre le projet. Cela me touche &#233;norm&#233;ment. Certains de mes amis le trouvent un peu trop &#224; droite. Mais peut-on &#234;tre homme d'affaires, administrateur, et s'occuper en m&#234;me temps de la r&#233;daction ? Lui le fait. Et je le soutiens totalement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; les r&#233;ticences de la soci&#233;t&#233; des r&#233;dacteurs ? Il assiste &#224; la r&#233;union du mercredi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas syst&#233;matiquement. Il perdrait en prestige et en autorit&#233;. Mais &#224; la r&#233;union des chefs de service, instaur&#233;e par Guillaume Malaurie et Michel Labro, pour examiner les grandes lignes du num&#233;ro qui va para&#238;tre, bien s&#251;r !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous-m&#234;me y assistez ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moi, ma grand-messe, c'est le vendredi. En tout cas, &#231;a l'&#233;tait, car je ne suis pas s&#251;r qu'il ne faille pas changer de formule &#224; la rentr&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est votre d&#233;finition du journalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le journalisme rel&#232;ve n&#233;cessairement, &#224; l'origine, de la d&#233;lation et de l'imposture. C'est r&#233;p&#233;ter &#224; une tierce personne quelque chose qu'on a vu, qu'on a cru voir, qu'on a cru entendre ou qu'on vous a dit. Vous avez le filtre personnel de la perception subjective, le choix des mots pour le r&#233;p&#233;ter. Au d&#233;part, vous avez l'homme h&#233;ro&#239;que qui annonce la victoire de Samothrace. Mais &#224; l'arriv&#233;e, vous avez la concierge. Elle, c'est la vraie journaliste. Elle r&#233;p&#232;te ce qu'elle entend, selon ce qu'elle veut, quelquefois inconsciemment, mais elle pratique la d&#233;lation. En bien, en mal, on d&#233;nonce. Quant &#224; l'imposture, c'est qu'il est impossible d'&#234;tre fid&#232;le, impossible de conna&#238;tre les sujets que l'on traite. Tout simplement parce qu'il n'est pas possible d'&#234;tre surpris par un &#233;v&#233;nement et ensuite avoir la comp&#233;tence pour le traiter. Un &#233;v&#233;nement est le fruit d'une surprise et d'une r&#233;p&#233;tition. Et vous devez &#234;tre &#224; la fois &#233;merveill&#233; comme le romancier mais inform&#233; comme l'historien. Cette synth&#232;se-l&#224;, qui l'a ? Quand on la pratique, on est toujours &#224; la limite de l'imposture. Le journalisme est le combat continuel entre ce qui fait son origine : la d&#233;lation et l'imposture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rien &#224; voir avec la recherche de la v&#233;rit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si, mais &#224; la condition de savoir que notre m&#233;tier consiste la plupart du temps &#224; proposer comme vrai ce qui n'est que vraisemblable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous auriez aim&#233; entrer &#224; l'Acad&#233;mie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On me l'a propos&#233;, &#224; plusieurs reprises. Pour &#234;tre franc, et sans coquetterie, j'ai r&#233;pondu que si j'&#233;tais s&#251;r d'en &#234;tre, c'&#233;tait oui. Si cela &#233;tait incertain, c'&#233;tait non. Dans ma situation, je pouvais me permettre de surprendre mes amis en acceptant les honneurs que l'ont me faisait, mais il m'&#233;tait interdit de para&#238;tre solliciter une distinction que l'on aurait pu me refuser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par Jean Daniel.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'&#233;lectrophor&#233;tique va-t-elle changer l'avenir de la presse ? </title>
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		<dc:subject>Nouveaux M&#233;dias</dc:subject>

		<description>La presse &#233;crite est en crise, et vous n'avez encore rien vu.&#8200;Avec l'arriv&#233;e du papier &#233;lectronique, le papier journal sera bient&#244;t compl&#232;tement supplant&#233;, d&#233;pass&#233;, &#233;limin&#233;. Bref, totalement &#171; has been &#187;.&#8200;Petite explication de ce que sera prochainement votre quotidien. &#171; Il est improbable qu'un adolescent d'aujourd'hui, de la g&#233;n&#233;ration des &#8220;digital natives&#8221;, n&#233;s avec Internet, lise &#224; 30 ans un journal quotidien imprim&#233;. [...]. Quels sont encore les avantages du papier ? La force de l'habitude pour plusieurs (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L131xH150/arton443-07c0d.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='131' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:131px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;La presse &#233;crite est en crise, et vous n'avez encore rien vu.&#8200;Avec l'arriv&#233;e du papier &#233;lectronique, le papier journal sera bient&#244;t compl&#232;tement supplant&#233;, d&#233;pass&#233;, &#233;limin&#233;. Bref, totalement &#171; has been &#187;.&#8200;Petite explication de ce que sera prochainement votre quotidien.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Il est improbable qu'un adolescent d'aujourd'hui, de la g&#233;n&#233;ration des &#8220;digital natives&#8221;, n&#233;s avec Internet, lise &#224; 30 ans un journal quotidien imprim&#233;. [...]. Quels sont encore les avantages du papier ? La force de l'habitude pour plusieurs g&#233;n&#233;rations de lecteurs et le confort de lecture sur de grandes feuilles, plus agr&#233;ables que sur &#233;cran. Mais tout va changer avec l'arriv&#233;e [...] de l'encre &#233;lectronique et des &#233;crans flexibles&lt;/i&gt; &#187;, affirme Robert Cauthorn, cr&#233;ateur de l'un des tout premiers sites Internet d'informations pour le &lt;i&gt;San Francisco Chronicle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s la photo et la vid&#233;o, la r&#233;volution num&#233;rique bouleverse maintenant le secteur de l'&#233;dition. Invent&#233; il y a pr&#232;s de quarante ans, longtemps inexploitable, le papier &#233;lectronique, ou &#171; &lt;i&gt;e-paper&lt;/i&gt; &#187;, est d&#233;sormais op&#233;rationnel. Selon les experts, l'onde de choc sur la presse &#233;crite sera probablement sup&#233;rieure &#224; celle provoqu&#233;e par l'av&#232;nement d'internet il y a dix ans...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Derri&#232;re le mot barbare d'&#171; &lt;i&gt;&#233;lectrophor&#233;tique&lt;/i&gt; &#187; se cache une technologie tr&#232;s simple, issue d'une longue maturation en laboratoire. Au milieu des ann&#233;es soixante, la soci&#233;t&#233; Xerox triomphe dans l'industrie de la photocopie mais pense d&#233;j&#224; &#224; la prochaine mutation. Des chercheurs associ&#233;s au Massachusetts Institute of Technology (MIT), dont Nicholas Sheridon, r&#233;fl&#233;chissent &#224; la possibilit&#233; de produire une encre &#233;lectronique (&#171; &lt;i&gt;e-ink&lt;/i&gt; &#187;), utilisable &#224; l'infini sur un papier &#233;lectronique (&#171; &lt;i&gt;e-paper&lt;/i&gt; &#187;). Apr&#232;s diverses p&#233;rip&#233;ties, leurs travaux aboutissent en 1998. Trop co&#251;teux &#224; produire, trop complexe &#224; utiliser, le produit n'est pas encore commercialisable (il le sera pour la premi&#232;re fois en 2004, au Japon). Mais les principes fondamentaux sont d&#233;couverts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'encre &#233;lectronique n'est pas liquide, mais solide. Elle est constitu&#233;e d'une multitude de capsules sph&#233;riques microscopiques contenant chacune des microparticules noires ou blanches charg&#233;es &#233;lectriquement. Ces capsules sont enserr&#233;es et maintenues c&#244;te &#224; c&#244;te entre deux feuilles de plastique. C'est cet ensemble souple, &#233;pais de 0,3 mm, qui constitue ce que, par commodit&#233;, on appelle le &#171; &lt;i&gt;papier &#233;lectronique&lt;/i&gt; &#187;. Sa dur&#233;e de vie est illimit&#233;e. Il suffit de d&#233;clencher une micro-impulsion &#233;lectronique pour provoquer la rotation des microparticules &#224; l'int&#233;rieur des capsules et l'&#233;mergence des surfaces noires ou blanches. Ainsi apparaissent instantan&#233;ment le texte ou l'image d&#233;sir&#233;s. Le niveau de r&#233;solution d&#233;pend de la densit&#233; du maillage, un peu comme le nombre des pixels des appareils photo num&#233;riques d&#233;termine la qualit&#233; de l'image.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut avoir vu une page de texte ou un dessin sur papier &#233;lectronique pour r&#233;aliser &#224; quel point l'invention est prometteuse. La d&#233;finition actuelle est de 160 pp (points par pouce), et bient&#244;t plus de 400 pp, contre 76 &#224; 92 pour un &#233;cran d'ordinateur. Cela donne une id&#233;e du saut qualitatif par rapport aux PC. Mais aussi par rapport &#224; l'impression papier. Le contraste est &#233;gal, voire tr&#232;s sup&#233;rieur aux meilleurs imprim&#233;s de presse actuellement disponibles sur le march&#233;. Les nuances de gris sont infiniment plus pr&#233;cises. Il n'y a aucun reflet, aucune vibration, aucune &#233;mission de lumi&#232;re. L'image est parfaitement nette et stable. Elle reste affich&#233;e aussi longtemps qu'on ne change pas de page. Elle peut demeurer ainsi &#224; l'&#233;cran pendant 10 000 heures...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Demain, le papier &#233;lectronique se pr&#233;sentera sous l'aspect d'une feuille de plastique souple, en couleur, avec affichage vid&#233;o, et bien s&#251;r communicante. Pour le moment, le lecteur doit se contenter d'un lecteur rigide, appel&#233; &#171; &lt;i&gt;reader&lt;/i&gt; &#187;. Son format est un peu sup&#233;rieur &#224; celui d'un livre de poche, gu&#232;re plus &#233;pais qu'un journal pli&#233;. Mais attention : ce reader n'a rien &#224; voir avec les livres &#233;lectroniques de la fin des ann&#233;es 1990, comme le Cybook de Cytale, disparu en 2002.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'usager peut stocker un grand nombre de textes et emporter ainsi en voyage une bonne partie de sa bibliothe&#768;que. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ces livres &#233;taient en r&#233;alit&#233; de minis-&#233;crans d'ordinateurs. Chers, lourds, fragiles, tr&#232;s limit&#233;s en autonomie, ils fatiguaient les yeux car l'affichage &#224; l'&#233;cran reposait sur le principe du r&#233;tro-&#233;clairage. Les nouveaux readers sont de conception tout &#224; fait diff&#233;rente. Beaucoup plus l&#233;gers (300 g en moyenne), tr&#232;s autonomes puisque consommant peu d'&#233;nergie, ils offrent un confort de lecture &#233;gal au livre. Avec quelques avantages en plus : l'usager peut augmenter le corps des caract&#232;res en fonction de sa vue, changer la typographie selon ses go&#251;ts, souligner certains passages, les annoter, les &#171; &lt;i&gt;bookmarquer&lt;/i&gt; &#187;... Il peut en outre stocker un grand nombre de textes et emporter ainsi en voyage une bonne partie de sa biblioth&#232;que, comme le font aujourd'hui les adeptes du i-Pod avec la musique ou les photos.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re usine d'&#171; &lt;i&gt;e-paper&lt;/i&gt; &#187; a &#233;t&#233; construite &#224; Ta&#239;wan en 2007. En Europe, la soci&#233;t&#233; britannique Plastic Logic a investi 96 millions d'euros dans la construction d'une usine &#224; Dresde. En Asie, Samsung, Sony, Seiko, Matsushita, Hitachi, pour s'en tenir aux grands groupes, investissent &#224; grande &#233;chelle. En Chine, la production de masse a d&#233;j&#224; commenc&#233;, impactant consid&#233;rablement les co&#251;ts &#224; la baisse. Les premiers readers (Sony, Cybook, IRex...) co&#251;taient entre 400 et 650 euros il y a un an. Une nouvelle g&#233;n&#233;ration de produits devrait arriver dans les grandes surfaces &#224; No&#235;l autour de 150-300 euros. Puis, dans un proche avenir, les &#171; &lt;i&gt;readers&lt;/i&gt; &#187; pourraient m&#234;me devenir gratuits, comme les calculatrices que l'on offre aujourd'hui en cadeau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nul ne sait &#224; quel rythme la mutation va s'op&#233;rer, mais les investisseurs en sont convaincus : le papier &#233;lectronique va entrer partout dans notre quotidien. En Chine, le livre &#233;lectronique est d&#233;j&#224; une r&#233;alit&#233; : 80 % des &#233;diteurs proposent leur catalogue en version num&#233;rique. Le gouvernement souhaite d'ailleurs remplacer tous les manuels scolaires par des supports num&#233;riques &#224; partir de 2012, pour des raisons &#224; la fois &#233;conomiques et environnementales. En novembre dernier, Amazon a lanc&#233; aux &#201;tats-Unis la premi&#232;re application grand public, le &#171; &lt;i&gt;Kindle&lt;/i&gt; &#187;. Ce reader est dot&#233; d'un modem interne qui permet une communication permanente avec le site d'Amazon (via Bluetooth, wifi ou 3G), o&#249; 125 000 livres sont d'ores et d&#233;j&#224; accessibles en version num&#233;rique, pour quelques dollars. Les grands &#233;diteurs am&#233;ricains publient d&#233;sormais syst&#233;matiquement une version num&#233;rique en m&#234;me temps que la version papier. En France, les &#233;diteurs ont pris du retard. Seules quelques maisons d'&#233;dition de taille moyenne, comme La D&#233;couverte ou L'Harmattan, ont d&#233;j&#224; op&#233;r&#233; le virage du livre &#233;lectronique. Moins de 10 000 titres francophones sont accessibles pour le moment, souvent &#224; un prix &#224; peine inf&#233;rieur &#224; la version papier (voir feedbooks.com). Cependant, la situation &#233;volue tr&#232;s rapidement : le programme Gallica vise &#224; la num&#233;risation de 300 000 livres de r&#233;f&#233;rence d'ici &#224; 2011.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_222 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/eReader-ganaxa-GeR2.jpg&quot; title='illustration : Pierre Chassagnard' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L267xH324/eReader-ganaxa-GeR2-41438-7eefe.jpg' width='267' height='324' alt='illustration : Pierre Chassagnard' style='height:324px;width:267px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-222 spip_doc_titre' style='width:267px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Pierre Chassagnard&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est sans doute dans le secteur de la presse &#233;crite que la r&#233;volution sera la plus importante, et la plus rapide. Gr&#226;ce au papier &#233;lectronique, le lecteur peut acc&#233;der en direct, o&#249; qu'il se trouve, &#224; la derni&#232;re &#233;dition de son journal ou de sa s&#233;lection de journaux. Il peut stocker les publications, annoter des articles, communiquer avec leurs auteurs, archiver des documents. Le papier &#233;lectronique supplantera le papier journal &#224; mesure qu'il gagnera en dimension et en souplesse. Et les &#233;diteurs de presse ont bien compris l'avantage qu'ils tireront de cette nouvelle technologie. Alors que leur m&#233;tier consiste &#224; produire de l'information, ils consacrent aujourd'hui 75 % de leur budget &#224; produire, &#224; distribuer et &#224; d&#233;truire son support papier, au prix d'un &#233;norme g&#226;chis environnemental. Pour des prospectivistes comme Bruno Rives (&lt;i&gt;tebaldo.com&lt;/i&gt;) ou Robert Cauthorn, le papier journal ne dispara&#238;tra pas compl&#232;tement : les quotidiens continueront d'&#234;tre imprim&#233;s pour l'&#233;dition du week-end, qui se lit &#224; la maison dans un fauteuil. Ils publieront des enqu&#234;tes, des reportages, pas de l'actualit&#233; chaude. Mais, en semaine, lorsque le lecteur est en situation de mobilit&#233; ou qu'il a acc&#232;s &#224; Internet via son poste de travail, la presse ne sera plus que num&#233;rique. Tout l'argent &#233;conomis&#233; avec le passage au papier &#233;lectronique pourra &#234;tre r&#233;investi dans le contenu.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le gouvernement chinois souhaite remplacer tous les manuels scolaires
par des supports e&#769;lectroniques &#224; partir de 2012. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En France, le groupe &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt; est en pointe sur ce sujet. Il a r&#233;alis&#233; une premi&#232;re mondiale en lan&#231;ant en septembre 2007 la version &#233;lectronique du quotidien. Le principe est simple : le lecteur souscrit un abonnement avec ou sans &#171; &lt;i&gt;reader&lt;/i&gt; &#187;. Il charge son journal par liaison filaire (s'il utilise le reader produit pour Les &#201;chos par la soci&#233;t&#233; Ganaxa) ou via une borne wifi (s'il est &#233;quip&#233; du reader Iliad, produit par I-Rex, filiale de Philips). Le journal est mis &#224; jour toutes les heures entre 4 h du matin et 21 h. L'abonnement inclut l'acc&#232;s &#224; une librairie en ligne, qui compte un millier d'ouvrages (l&lt;i&gt;ibrairie.lesechos.fr&lt;/i&gt;). Neuf mois apr&#232;s son lancement, ce service n'a convaincu qu'un millier d'abonn&#233;s. &#171; Le prix de l'offre est trop &#233;lev&#233; et les readers ne sont pas encore assez performants &#187;, analyse Lorenzo Soccavo, auteur d'un livre de r&#233;f&#233;rence, &#171; Gutenberg 2.0 &#187; et sp&#233;cialiste de l'&#233;dition &#233;lectroni-que (nouvolivractu.cluster21.com). L'obligation de souscrire un abonnement annuel p&#232;se &#233;galement. Mais Philippe Jannet, directeur des &#233;ditions &#233;lectroniques des &lt;i&gt;&#201;chos&lt;/i&gt;, est confiant : &#171; &lt;i&gt;Il faut du temps pour changer les habitudes de lecture. Nous misons sur la dur&#233;e. En outre, gr&#226;ce &#224; la publicit&#233; et &#224; la contribution de nos partenaires, les &#233;ditions &#233;lectroniques sont rentables.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Tout l'argent e&#769;conomise&#769; avec le passage de la presse au papier e&#769;lectronique pourra e&#770;tre re&#769;investi dans le contenu. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, des dizaines d'entreprises innovantes prosp&#232;rent dans ce secteur. &#171; &lt;i&gt;Nous n'essayons pas d'&#233;roder la presse imprim&#233;e ; nous offrons aux &#233;diteurs un autre moyen de distribuer leur contenu&lt;/i&gt; &#187;, affirme Richard Maggiotto, chief executive officer de Zinio, une start-up californienne. Amazon s'est engouffr&#233; dans la br&#232;che et propose d&#233;sormais le t&#233;l&#233;chargement d'un kiosque &#224; journaux, o&#249; les usagers du Kindle peuvent acheter &#224; l'unit&#233; la plupart des grands quotidiens am&#233;ricains, comme le &lt;i&gt;New-York Times&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; ou le &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt;, et m&#234;me des titres europ&#233;ens : &lt;i&gt;l'Irish Times, le Frankfurter Allgemeine Zeitung, Le Monde&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;L'offre &#233;ditoriale est int&#233;ressante, mais Amazon n'a pas travaill&#233; la maquette. Les contenus des journaux apparaissent de fa&#231;on uniforme, priv&#233;s de leur identit&#233; visuelle. Nous d&#233;veloppons un autre concept, o&#249; chaque titre conserve sa mise en pages et sa personnalit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, explique Philippe Jannet. Orange, qui envisage de lancer fin 2008 ou d&#233;but 2009 son propre reader, est int&#233;ress&#233; par ce kiosque de presse fran&#231;aise. La n&#233;gociation est en cours entre op&#233;rateurs t&#233;l&#233;phoniques et &#233;diteurs de presse pour d&#233;terminer les r&#232;gles de partage des recettes publicitaires et, peut-&#234;tre plus strat&#233;gique encore, la &#171; &lt;i&gt;propri&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187; des abonn&#233;s et des clients.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le changement de support va-t-il entra&#238;ner un changement de notre relation avec l'information ? Il y avait autrefois un rapport entre l'autorit&#233; du savoir et la forme de publication. Celui-ci dispara&#238;t totalement avec le papier &#233;lectronique. &#202;tre inform&#233;, cela voulait dire savoir ce qui se passe. Avec l'acc&#232;s permanent au stock d'informations, le sens change : est inform&#233; celui qui sait o&#249; trouver l'information dont il a besoin. &#171; &lt;i&gt;L'internaute croise un texte dans son parcours de reconnaissance, il prend note de son existence et se promet d'y revenir autant de fois que n&#233;cessaire, alors qu'hier encore il rencontrait le texte et s'en appropriait le contenu par la lecture et la prise de notes&lt;/i&gt; &#187;, observe &#201;ric Vigne dans &#171; Le Livre et l'&#233;diteur &#187; (&#233;ditions Klincksieck, 2007). Titulaire de la chaire &#171; &#201;crit et cultures dans l'Europe moderne &#187; au Coll&#232;ge de France, Roger Chartier conclut : &#171; &lt;i&gt;Les mutations de notre pr&#233;sent bouleversent, tout &#224; la fois, les supports de l'&#233;criture, la technique de sa reproduction et de sa diss&#233;mination, et les fa&#231;ons de lire. Une telle simultan&#233;it&#233; est in&#233;dite dans l'histoire de l'humanit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Dans les poubelles du Net </title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Dans-les-poubelles-du-Net,442.html</link>
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		<dc:date>2008-10-02T10:28:32Z</dc:date>
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		<dc:subject>Nouveaux M&#233;dias</dc:subject>

		<description>Soyez audacieux, choisissez un pseudo. Sur Internet, vous pouvez tout dire, barricad&#233; derri&#232;re un anonymat en b&#233;ton. Il fut un temps o&#249; l'on aurait parl&#233; de rumeur, de ragot, de caniveau. Aujourd'hui, vous pouvez d&#233;blat&#233;rer sans risque. En toute l&#226;chet&#233;. Et, en prime, vous &#234;tes moderne. Ou plut&#244;t dans le vent, comme une feuille morte. Peut-on encore dire du mal d'Internet ? Alors que chacun y va de son couplet sur la r&#233;volution en cours dans notre cyberespace, s'&#233;bahit des taux de croissance de la pub (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-nouveaux-medias,41-+.html" rel="tag"&gt;Nouveaux M&#233;dias&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Soyez audacieux, choisissez un pseudo. Sur Internet, vous pouvez tout dire, barricad&#233; derri&#232;re un anonymat en b&#233;ton. Il fut un temps o&#249; l'on aurait parl&#233; de rumeur, de ragot, de caniveau. Aujourd'hui, vous pouvez d&#233;blat&#233;rer sans risque. En toute l&#226;chet&#233;. Et, en prime, vous &#234;tes moderne. Ou plut&#244;t dans le vent, comme une feuille morte.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Peut-on encore dire du mal d'Internet ? Alors que chacun y va de son couplet sur la r&#233;volution en cours dans notre cyberespace, s'&#233;bahit des taux de croissance de la pub sur la Toile, des millions de &#171; &lt;i&gt;visiteurs uniques&lt;/i&gt; &#187;, des dizaines de millions de &#171; &lt;i&gt;pages vues&lt;/i&gt; &#187; des plus gros sites d'infos, alors que les grands groupes de presse font leurs emplettes sur le Net, acqu&#233;rant &#224; prix d'or des sites toujours riches de potentialit&#233;s, qui ose encore d&#233;noncer non seulement les d&#233;rives, les d&#233;rapages sur la Toile - c'est vrai, les autres m&#233;dias ne sont pas en reste -, mais ce qui est quasiment au c&#339;ur m&#234;me de son succ&#232;s : le recours &#224; l'anonymat, au pseudo ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous avez envie de dire du mal de la star du moment, du people &#171; &lt;i&gt;vu &#224; la t&#233;l&#233;&lt;/i&gt; &#187; ? Vous pouvez lui nuire sans risque, m&#233;dire &#224; bon compte, d&#233;noncer sans vergogne. Vous pouvez violer sa correspondance, d&#233;baller sa vie priv&#233;e, le filmer &#224; la table d'&#224; c&#244;t&#233;, le filer dans ses d&#233;placements, commenter ses bourrelets. Arm&#233; de votre t&#233;l&#233;phone portable et de ses cinq millions de pixels, vous &#234;tes toujours en chasse, traquant le visage connu, jouant les paparazzis. &#192; l'abri de votre pseudo, vous &#234;tes le roi du monde, d'un empire de l&#226;chet&#233;, de d&#233;lation, de couardise. Quand Carla Bruni compare - avant de se r&#233;tracter - les auteurs de l'info sur le d&#233;sormais fameux SMS aux d&#233;nonciateurs de palier de la Seconde Guerre mondiale, elle commet une belle bourde. Mais, en m&#234;me temps, elle touche du doigt un d&#233;but de r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au fond, qu'importe qu'une info soit vraie si elle est vraisemblable. Le on, le off, tout cela n'a plus de sens. On d&#233;balle, on jette sur le trottoir, on fait les poubelles - mais sans la discr&#233;tion d'un Mouron ou d'un Rostain qui, avant de photographier celles des stars, enl&#232;vent tout ce qui pourrait trahir un traitement m&#233;dical, une pr&#233;f&#233;rence sexuelle. Au diable ces pr&#233;cautions ! Je veux tout savoir pour tout r&#233;p&#233;ter : id&#233;al de trou de serrure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les adeptes du pseudo ont r&#233;ponse &#224; tout. Pour eux, l'anonymat c'est, comme l'&#233;crit l'un d'eux - incognito, bien s&#251;r - &#171; &lt;i&gt;volont&#233; d'expression, masque, libert&#233; de penser, volont&#233; d'&#234;tre plusieurs personnages &#224; la fois [...], expression asexu&#233;e de m&#233;lange masculin/f&#233;minin&lt;/i&gt; &#187;. Sans oublier, pr&#233;cise le m&#234;me, &#171; &lt;i&gt;les internautes qui jouent avec plusieurs pseudos [et] ne souhaitent pas que leurs diff&#233;rentes identit&#233;s soient recoup&#233;es. Certains &#233;crivent des articles politiques engag&#233;s, puis tiennent un blog sur un autre sujet et ne veulent pas que leurs points de vue dans un domaine puissent nuire &#224; l'autre et pr&#233;f&#232;rent donc utiliser des pseudos&lt;/i&gt;. &#187; Pardi !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous vous &#233;tonnez du proc&#233;d&#233; ? Au mieux, vous &#234;tes un bougon, un grincheux, un ronchon, un scribouillard d&#233;pass&#233; par la blogosph&#232;re. Au pire, vous faites partie - horreur - de l'&#233;lite. Vous &#234;tes un mandarin de l'information ; vous d&#233;fendez vos privil&#232;ges, votre caste. Comme le dit un autre blogueur, lui aussi anonyme, &#171; &lt;i&gt; la parole du tout-venant [vous] g&#234;ne &#224; un endroit qu'on n'&#233;voque pas entre gens de bonne compagnie, [c'est] une d&#233;possession symbolique du monopole d'expression [...], bref, l'incertitude, et il n'y a pas que la Bourse qui n'aime pas &#231;a&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Accueillir les commentaires d'internautes camoufl&#233;s derri&#232;re leur pseudo dans les pages des journaux, c'est accepter ce qu'on n'aurait jamais fait il y a dix ans encore. C'est au nom d'une pseudo-modernit&#233; - on a tellement peur de para&#238;tre ringard, de rater une mode, de manquer &#224; cette jeunesse qui est l'&#233;talon de toute chose - qu'ont &#233;t&#233; jet&#233;es aux orties quelques r&#232;gles de ce qu'on appelait, jadis, la presse de qualit&#233;. Un peu comme avec ces blogs de journalistes qui leur permettent, disent-ils, d'&#233;crire ce qu'ils ne peuvent coucher dans les colonnes de leurs journaux ou expliquer aux micros de leur station. Un double standard. Et souvent une double morale...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De quoi nourrir les propos d'un &#201;ric Fottorino, le patron du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; qui, dans un &#233;dito titr&#233; &#171; &lt;i&gt;Ind&#233;pendance&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt;Ainsi prosp&#232;rent des titres ou sites Internet pr&#233;tendant, en mauvais alchimistes, changer la rumeur en information, au nom d'un journalisme dit citoyen ou participatif. Le th&#232;me lancinant du &#8220;On vous cache le plus important&#8221;, d&#233;clinaison ad nauseam de la th&#233;orie du complot, abrite &#231;&#224; et l&#224; des entreprises de d&#233;sinformation qui se parent des habits de la vertu. Il y aurait la presse entrav&#233;e par ses liens &#233;conomiques et politiques. Et des m&#233;dias libres de v&#233;hiculer impun&#233;ment n'importe quoi.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Cour europ&#233;enne des droits de l'homme - &#224; ce seul &#233;nonc&#233;, on doit d&#233;j&#224; rire sur les blogs - parle d'&#171; &lt;i&gt; int&#233;r&#234;t public&lt;/i&gt; &#187; pour justifier la publication d'une information au d&#233;triment du strict respect de la vie priv&#233;e, du droit &#224; l'image et autres broutilles limitant la libert&#233; de la presse. Et si le droit dit par des magistrats habill&#233;s d'hermine - ils portent m&#234;me perruque dans certains tribunaux de cette vieille Europe - &#233;tait, contrairement &#224; ce que nos internautes proclament sur leurs chats, le meilleur rempart de cette libert&#233; d'expression qu'ils affirment ch&#233;rir ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dieu merci, des r&#233;dacteurs en chef, des directeurs de publication - bref, la hi&#233;rarchie - refusent encore de tout confondre. Et de rappeler, encore une ringardise, que les chartes et autres d&#233;clarations sign&#233;es par les journalistes les engagent. Celle de Munich - elle date de 1971 - rappelle les droits mais aussi les devoirs des professionnels - encore un gros mot - de l'information. On en citera quelques-uns, pour m&#233;moire tant ils semblent appartenir &#224; une &#232;re r&#233;volue : &#171; &lt;i&gt;Publier seulement les informations dont l'origine est connue ou les accompagner, si n&#233;cessaire, des r&#233;serves qui s'imposent [...]. Ne pas user de m&#233;thodes d&#233;loyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents [...]. S'obliger &#224; respecter la vie priv&#233;e des personnes [...]. Rectifier toute information publi&#233;e qui se r&#233;v&#232;le inexacte [...]. S'interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation et les accusations sans fondement...&lt;/i&gt; &#187; Arr&#234;tons-l&#224;. C'&#233;tait il y a un peu plus de trente-cinq ans. Le si&#232;cle dernier. On est vraiment des vieux cons.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il fut un temps - et il est toujours des contr&#233;es - o&#249; l'on risquait sa libert&#233; pour un br&#251;lot, un pamphlet, une enqu&#234;te d&#233;rangeante. On prenait, et on prend, alors un nom de guerre, un nom de plume. Vous pouvez aujourd'hui, gr&#226;ce &#224; Internet, braver la censure, d&#233;noncer les puissants, au risque encore d'un proc&#232;s et de la prison. Ils sont des dizaines pour la seule Chine &#171; &lt;i&gt;populaire&lt;/i&gt; &#187; &#224; en avoir ainsi pay&#233; le prix. Mais ici, confortablement install&#233;s dans leur living-room, c'est bien s&#251;r en toute impunit&#233; que beaucoup jouent au justicier. Louis XIV, Valcop, Babydoll, Aka ou Grusgrus nous font rire, ou pleurer. &#192; la mani&#232;re d'un sobriquet, d'un surnom ou d'un diminutif un peu ridicule. Mais enfin, Napol&#233;on signait bien d'un &#171; &lt;i&gt;Nap.&lt;/i&gt; &#187; ses lettres &#224; Marie-Louise...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au lendemain de Mai-68, on expliquait dans les amphis squatt&#233;s par les gauchistes qu'il &#233;tait essentiel de &#171; &lt;i&gt;savoir d'o&#249; l'on parle&lt;/i&gt; &#187;. Un argument qui permettait de d&#233;consid&#233;rer tout point de vue formul&#233; par une personne d'un autre bord : stalinien, social-tra&#238;tre, r&#233;ac, facho... On se souvient encore des commentaires de certaines de nos grandes consciences de l'&#233;poque jetant au caniveau telle ou telle information sous le seul pr&#233;texte qu'elle &#233;manait des colonnes de Minute. On n'en est plus l&#224;, fort heureusement. Mais a-t-on gagn&#233; au change ? Avec Internet, il n'y a plus ni oubli, ni prescription ni rectificatif. &#192; l'&#233;chelle plan&#233;taire et &#224; perp&#233;tuit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong&gt;V&#233;ronique Maurus, m&#233;diatrice au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes la m&#233;diatrice du journal&lt;i&gt; Le Monde&lt;/i&gt;. De son site Internet &#233;galement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma fonction concerne principalement l'&#233;dition papier. Les r&#233;actions auxquelles je suis confront&#233;e sont tr&#232;s diff&#233;rentes de ce que l'on peut trouver sur &lt;i&gt;lemonde.fr.&lt;/i&gt; Pendant la derni&#232;re campagne pr&#233;sidentielle par exemple, lorsque Andr&#233; Glucksmann a pris position dans nos colonnes pour Nicolas Sarkozy, notre site a re&#231;u de nombreuses r&#233;actions violentes, alors que de mon c&#244;t&#233;, j'en ai eu tr&#232;s peu, peut-&#234;tre une petite dizaine, la plupart des autres &#233;tant tr&#232;s mesur&#233;es. Je n'ai pas d'explication &#224; cela. Sur le Net, les r&#233;actions sont plus spontan&#233;es. Elles ne concernent souvent qu'un seul article. Alors que les courriers que je re&#231;ois portent sur plusieurs papiers, quelquefois sur l'ensemble du journal. Ce ne sont pas des r&#233;actions &#224; chaud : elles sont envoy&#233;es apr&#232;s un d&#233;lai ; leur ton est plus mesur&#233;. Il nous arrive aussi de recevoir des lettres d'insulte mais c'est rare : une ou deux de temps en temps. Sur la Toile, les r&#233;actions sont &#233;galement moins personnalis&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le courrier que vous recevez est-il toujours sign&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les mails et les lettres sont sign&#233;s. On ne publie rien d'anonyme, c'est la politique de la maison. Et on v&#233;rifie les adresses. Exceptionnellement, on peut permettre &#224; une lettre d'&#234;tre publi&#233;e sous pseudonyme, si le lecteur le demande et si ses raisons sont valables. On a adopt&#233; le mod&#232;le anglo-saxon de la signature assum&#233;e. On demande le nom, le pr&#233;nom, la ville. Et on s'y tient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous recevez beaucoup de courrier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous sommes le journal qui re&#231;oit le plus de courrier : l'&#233;quivalent de ce que re&#231;oit &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt;. Le chiffre varie en fonction de l'actualit&#233;, mais quotidiennement, je re&#231;ois entre 100 et 150 lettres. Autour de 2 800 par mois. C'est beaucoup plus que Sud-Ouest, par exemple. On essaie de r&#233;pondre &#224; tous, pour cela on a quelques lettres types. On ne r&#233;pond pas aux anonymes et aux injures. Il y a une cinquantaine de gens qui &#233;crivent quasiment tous les jours, c'est une sorte d'exercice pour eux. On ne leur r&#233;pond &#233;videmment pas &#224; chaque fois. Derri&#232;re le courrier, on per&#231;oit quatre types de motivation : commenter l'actualit&#233; en g&#233;n&#233;ral, commenter la mani&#232;re dont on traite l'actualit&#233;, corriger les erreurs et apporter un t&#233;moignage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui motive les courriers les plus violents ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Moyen-Orient est une sorte de fil rouge, une constante. La Belgique (conflit Flamands-Wallons) est en train de suivre le m&#234;me chemin, les lettres sont de plus en plus violentes. Il y a aussi l'&#233;cologie, la politique, les mouvements sociaux, les grands &#233;v&#233;nements internationaux, la religion. Les pages &#171; &lt;i&gt;D&#233;bats&lt;/i&gt; &#187; font beaucoup r&#233;agir. Les sujets li&#233;s &#224; la science et &#224; l'environnement aussi : c'est une nouveaut&#233;. Les OGM, les &#233;nergies nouvelles, l'eug&#233;nisme, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a eu r&#233;cemment le cas d'un homme qui a abreuv&#233; le journal de courriers, sur un ton insultant. Il &#233;crivait &#224; tous les services, tout le temps. Il se fixait sur les erreurs concernant les &#233;nergies nouvelles, il relevait toutes les impr&#233;cisions, les erreurs de mesure, etc. Je l'ai appel&#233; et ses insultes ont redoubl&#233;. C'est un fou, un cas quasiment pathologique, un homme qui prend plaisir &#224; insulter les gens. J'ai d'ailleurs &#233;crit une chronique &#224; ce sujet (&#171; &lt;i&gt;L'impr&#233;cateur&lt;/i&gt; &#187;, 12/11/2007).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong&gt;David Corchia, responsable d&#233;veloppement chez Concileo, la soci&#233;t&#233; qui mod&#232;re le site Internet de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour quelles raisons Lib&#233;ration fait-il appel &#224; Concileo pour mod&#233;rer son site ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons une longue exp&#233;rience &#233;ditoriale, plus de huit ans maintenant. En octobre 2000, nous avons commenc&#233; &#224; travailler pour le site d'&lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt;. Puis sont venus s'ajouter &lt;i&gt;Le Figaro, Le Parisien, TF1, Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; nous a rejoints il y a deux ans. Ces m&#233;dias nous font confiance parce que nous disposons d'&#233;quipes enti&#232;rement d&#233;di&#233;es &#224; la mod&#233;ration des sites. Le principe de base &#233;tait que la technologie devait s'effacer face &#224; l'ergonomie. C'est notre credo. &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; a &#233;galement &#233;t&#233; s&#233;duit par le fait que notre mod&#233;ration est op&#233;r&#233;e par un personnel bas&#233; en France avec un v&#233;ritable profil journalistique. Ils peuvent traiter les commentaires aussi bien sur le fond que sur la forme. Nous ne faisons pas de traitement en offshore, seulement pour les commentaires en anglais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi consiste votre travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous faisons en sorte que les sites de nos clients soient des environnements conviviaux o&#249; les internautes puissent s'exprimer confortablement. Et nous mod&#233;rons les commentaires pour nous assurer que tout se passe dans un cadre l&#233;gal et agr&#233;able. Avant, la mod&#233;ration se faisait en interne, mais aujourd'hui, avec le volume de commentaires, c'est devenu un m&#233;tier &#224; part enti&#232;re, parfois 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Cela demande des ressources humaines cons&#233;quentes. Nous garantissons un d&#233;lai de publication qui n'exc&#232;de pas 60 minutes. Nos employ&#233;s sont r&#233;partis par p&#244;les th&#233;matiques : finance, jeunesse, f&#233;minin, etc. Au total, environ 50 personnes s'occupent de la mod&#233;ration des sites de nos clients.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le site de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, l'anonymat des lecteurs est tol&#233;r&#233;, est-ce par choix ou par contrainte ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'anonymat a &#233;t&#233; un choix technique, mais &#231;a va &#233;voluer. Des changements sont pr&#233;vus d'ici &#224; la fin de l'ann&#233;e. Pour &#233;viter les comportements abusifs, nous avons pr&#233;conis&#233; aupr&#232;s de Lib&#233;ration de rendre obligatoire l'identification des internautes qui laissent des commentaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si l'obligation de s'identifier &#233;tait instaur&#233;e, pensez-vous que les commentaires continueraient &#224; affluer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aucun site ne demande d'infos tr&#232;s personnelles. Nous, on pr&#233;conise un mod&#232;le calqu&#233; sur ce que pratique &lt;i&gt;20 Minutes&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire mod&#233;rer a posteriori les commentaires d'internautes qui sont enregistr&#233;s, et mod&#233;rer a priori ceux qui ne le sont pas et qui refusent parfois de s'enregistrer. C'est la formule que nous conseillons &#224; nos clients. Nous avons observ&#233; que &#231;a n'avait pas d'impact n&#233;gatif sur les contributions, quantitativement. Souvent, c'est m&#234;me le contraire, parce qu'on n'est plus pollu&#233; par des propos injurieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parmi tous vos clients m&#233;dias, Lib&#233;ration fait-il figure d'exception ? Re&#231;oit-il plus de commentaires que les autres ? Plus de commentaires injurieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les m&#233;dias sont confront&#233;s aux m&#234;mes probl&#232;mes. Les injures ne sont pas propres &#224; Lib&#233;ration. Mais pour des raisons de confidentialit&#233;, je ne peux pas entrer dans les d&#233;tails.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les th&#232;mes les plus sensibles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Moyen-Orient, le pr&#233;sident de la R&#233;publique et la religion.
&lt;strong&gt;Quand d&#233;cidez-vous de ne pas publier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notre ligne directrice est simple : tout ce qui sort du cadre de la loi est banni. Les remarques p&#233;do-pornographiques ou diffamatoires par exemple. Tout ce qui entre dans le cadre de la loi est autoris&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il des r&#233;actions publi&#233;es sur le site qui seraient impubliables sur la version papier de Lib&#233;ration ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne peux pas vous r&#233;pondre.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong&gt;Patrick P&#233;pin, m&#233;diateur &#224; &lt;i&gt;Radio France&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Recevez-vous beaucoup de courriels injurieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;guli&#232;rement. Injurieux ou haineux &#224; l'endroit du travail de la r&#233;daction ou du mien. Souvent en fonction de l'actualit&#233;. Je mesure avec une certaine fiabilit&#233; l'humeur de l'opinion publique &#224; travers les courriers et courriels que je re&#231;ois. Je la v&#233;rifie ensuite dans les sondages. Il y a une concordance troublante lorsque l'on compare les deux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous recevez principalement des courriels ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, en tr&#232;s grande majorit&#233;. Je dirais 95 % de courriels. Autant de la part de jeunes que de moins jeunes d'ailleurs. Il y a une g&#233;n&#233;ralisation d'Internet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi avoir consacr&#233; votre chronique du 8 mars dernier au courrier injurieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'en avais assez. Je fais la diff&#233;rence entre le courrier d&#233;sagr&#233;able, que je peux accepter, et le courrier intol&#233;rable. Les gens ont le droit d'&#233;crire ce qu'ils veulent, bien entendu, mais que faire lorsqu'il s'agit d'un courrier inutile ? Je me suis impos&#233; de ne plus y r&#233;pondre. Un geste &#233;pistolaire de col&#232;re est acceptable. Mais pas l'injure ou l'insulte. De toute fa&#231;on, il faut bien savoir que le m&#233;diateur re&#231;oit peu de courriers agr&#233;ables. Reproches et plaintes sont mon lot quotidien. &#192; la suite de cette chronique, j'ai re&#231;u quatre ou cinq courriels de d&#233;fense me disant que tout le monde ne pense pas &#231;a et qu'on fait un travail formidable. G&#233;n&#233;ralement les courriers agr&#233;ables sont tellement rares que je les cite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous not&#233; des divergences dans le courrier adress&#233; aux diff&#233;rentes stations de &lt;i&gt;Radio France&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le courrier d&#233;sagr&#233;able vient bien plus d'&lt;i&gt;Inter&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Culture&lt;/i&gt; que de &lt;i&gt;France Info&lt;/i&gt;. Probablement parce que, dans le cas des deux premi&#232;res, la relation avec l'auditeur est passionnelle et que ce dernier a tendance &#224; penser que ces stations lui appartiennent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles informations sur eux-m&#234;mes vous donnent les auditeurs qui &#233;crivent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a d&#233;pend. Lorsque le courrier est argument&#233;, les gens se sentent oblig&#233;s de faire &#233;tat de ce qui l&#233;gitime leur prise de parole. Ils s'annoncent. Les pires sont les juristes : ils d&#233;clinent quasi syst&#233;matiquement tous leurs titres et fonctions. &#192; l'oppos&#233;, il y a ceux qui ne renseignent que les donn&#233;es brutes que l'on demande.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il un lien entre courriels peu renseign&#233;s et courriels injurieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bizarrement, ce n'est pas le plus odieux. Par principe, j'utilise peu le courrier anonyme &#224; l'antenne. Le courrier haineux n'est pas anonyme. On peut toujours soup&#231;onner les gens de se cacher derri&#232;re un pseudonyme, mais il y a une identit&#233;. &#201;crire un courriel, par rapport &#224; une lettre manuscrite, c'est aussi une fa&#231;on de se cacher : sur Internet, la question de l'anonymat se pose diff&#233;remment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Combien de courriers et courriels recevez-vous chaque semaine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autour de 120, 130. Jusqu'&#224; 400. Je dirais qu'en moyenne j'en re&#231;ois entre 150 et 200.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous r&#233;pondez &#224; tous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me suis fix&#233; pour ligne de r&#233;pondre &#224; tous, except&#233; le courrier injurieux que je mets de c&#244;t&#233; parce que je voudrais travailler l&#224;-dessus plus tard. Je sens qu'il y a l&#224; quelque chose d'int&#233;ressant. Mais d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale je r&#233;ponds de moins en moins longuement, &#224; cause du volume de courrier et du temps que cela me prend. Et puis, il y a les gens qui m'&#233;crivent tout le temps, et avec qui j'ai arr&#234;t&#233; l'esp&#232;ce de relation &#233;pistolaire qu'ils m'imposent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle proportion repr&#233;sente le courrier haineux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre 5 et 10 %. Il faut faire une diff&#233;rence entre le courrier injurieux et le courrier virulent. Souvent, une simple r&#233;ponse d&#233;samorce le courrier virulent. R&#233;pondre, c'est prendre la parole des auditeurs en consid&#233;ration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui motive le courrier haineux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;50 % de ce courrier est li&#233; &#224; l'actu et 50 % &#224; quelque chose qui a agac&#233; &#224; l'antenne : l'invit&#233;, l'animateur, une faute de fran&#231;ais, etc. Si dans une chronique je donne raison aux auditeurs, je ne re&#231;ois pas de courrier. Le courrier haineux est celui qui injurie, qui attaque ad hominem et qui n'argumente pas. Le courrier virulent est souvent d&#233;sagr&#233;able mais il est argument&#233;, donc il est acceptable. Ce qui est inacceptable, c'est l'injure gratuite.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong&gt;Xavier Monnier, directeur adjoint et directeur de la publication de &lt;i&gt;Bakchich.info&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur &lt;i&gt;bakchich.info&lt;/i&gt;, pour r&#233;pondre &#224; un commentaire laiss&#233; par un internaute, il faut cliquer sur la phrase : &#171; &lt;i&gt;R&#233;pondre poliment et sans gros mots.&lt;/i&gt; &#187; De plus, le site pr&#233;cise que les commentaires sont a priori mod&#233;r&#233;s. Cela veut-il dire que vous recevez beaucoup de commentaires injurieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas toujours injurieux mais parfois diffamatoires. La fronti&#232;re est parfois &#233;troite entre les deux, mais, &#224; Bakchich, on tol&#232;re une grande libert&#233; de ton, que l'on utilise nous-m&#234;mes dans nos articles. Si on nous dit qu'on est des &#171; &lt;i&gt;journalistes pourris&lt;/i&gt; &#187; et que c'est un minimum argument&#233;, on laisse passer. En revanche, si on nous traite juste de &#171; &lt;i&gt;sales cons&lt;/i&gt; &#187;, c'est non. Tout comme pour les propos qui peuvent nous faire courir des risques judiciaires. C'est pour se pr&#233;munir contre ces risques que l'on a d&#233;cid&#233; de mod&#233;rer les commentaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les th&#232;mes et les sujets les plus sensibles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a Sarkozy, bien s&#251;r, mais il y a aussi le football. Les affaires du foot, les questions de transferts et de corruption entra&#238;nent de nombreuses r&#233;actions inacceptables. Sur la religion, c'est souvent tranchant mais pas injurieux. Par contre, le Proche-Orient et le conflit isra&#233;lo-palestinien sont sources de commentaires insultants et diffamatoires. Idem pour les questions relatives aux rapports entre le Maroc et l'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Combien de commentaires par semaine recevez-vous, et quel pourcentage d&#233;cidez-vous de ne pas publier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre 500 et 1 000 commentaires hebdomadaires, desquels on retranche environ 10 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui se charge de mod&#233;rer les commentaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;daction. Tout le monde s'y met.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette question soul&#232;ve-t-elle un d&#233;bat interne &#224; la r&#233;daction ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Notre d&#233;bat actuel tourne autour de la question : les r&#233;dacteurs doivent-ils r&#233;pondre aux commentaires ? Pour l'instant la r&#233;ponse est non. Cela n&#233;cessiterait beaucoup de temps. On ne r&#233;pond aux internautes que lorsqu'ils nous posent des questions pr&#233;cises ou qu'ils sollicitent un renseignement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous que l'anonymat favorise le foisonnement des commentaires diffamatoires et insultants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#233;vident. Les gens se sentent &#224; l'abri et ils en profitent pour se &#171; l&#226;cher &#187;. Mais l'anonymat a aussi un bon c&#244;t&#233;. Il permet &#224; des gens d'exposer un raisonnement tout &#224; fait int&#233;ressant et constructif, qu'ils garderaient pour eux s'ils &#233;taient identifi&#233;s. Soit par timidit&#233;, soit par crainte de laisser une trace, etc. L'anonymat entra&#238;ne donc une libert&#233; qui a ses aspects n&#233;gatifs mais aussi ses bienfaits. &lt;i&gt;Rue89&lt;/i&gt;, par exemple, a mis en place une charte des commentaires qui instaure un certain nombre de r&#232;gles &#224; respecter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi rien de tel &#224; &lt;i&gt;Bakchich&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce qu'on n'a pas boss&#233; dessus [rire]. Et puis aussi parce que &lt;i&gt;Rue89&lt;/i&gt; se pr&#233;sente comme un m&#233;dia r&#233;volutionnaire &#224; trois voix. Nous, nous ne sommes pas un m&#233;dia r&#233;volutionnaire. Nous proposons &#224; nos lecteurs un espace pour r&#233;agir et discuter entre eux. Pour le moment, cela nous convient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes satisfaits de la rubrique des commentaires telle qu'elle existe actuellement. Vous n'envisagez pas de la retoucher ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On va y apporter quelques modifications de forme. On voudrait am&#233;liorer sa lisibilit&#233; et sa clart&#233;, en changeant un peu la pr&#233;sentation et certaines couleurs, mais pas plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour r&#233;diger un commentaire, la question &#171; &lt;i&gt;Qui &#234;tes-vous&lt;/i&gt; ? &#187; est &#171; &lt;i&gt;optionnelle&lt;/i&gt; &#187;. Demander aux internautes de s'identifier les ferait fuir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a ne les ferait peut-&#234;tre pas fuir mais &#231;a leur donnerait moins de libert&#233;, alors on s'y refuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rubrique &#171; &lt;i&gt;commentaires&lt;/i&gt; &#187; est-elle importante pour attirer les lecteurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle est tr&#232;s importante pour conserver les lecteurs, pour qu'ils restent plus longtemps sur le site, pour les fid&#233;liser. Mais elle ne sert pas &#224; les attirer. C'est en &#233;crivant de bons articles qu'on les attire.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong&gt;Pierre Haski, &lt;i&gt;Rue89&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utilisation de l'appellation ironique &#171; &lt;i&gt;Courageux anonyme&lt;/i&gt; &#187; a &#233;t&#233; supprim&#233;e sur le site de Rue89. Pour quelles raisons ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; victimes de notre succ&#232;s. Tr&#232;s vite, le site a attir&#233; des d&#233;bats de plus en plus volumineux et de plus en plus &#171; &lt;i&gt;chauds&lt;/i&gt; &#187;. Et l'anonymat g&#233;n&#232;re une parole souvent excessive, voire agressive. Certains commentaires transgressaient clairement la charte que nous avions mise en place, qui exigeait le respect d'un certain nombre de r&#232;gles. D'autre part, il y avait surabondance de commentaires sans int&#233;r&#234;t pour le d&#233;bat. Il &#233;tait donc indispensable de faciliter la lisibilit&#233; de ces contributions. On a alors initi&#233; un d&#233;bat avec les internautes, on leur a demand&#233; leur avis. Puis on est parvenu &#224; la conclusion qu'il fallait r&#233;server les commentaires aux internautes inscrits. &#192; partir de ce moment-l&#224; il est devenu obligatoire d'ouvrir un compte sur le site pour r&#233;agir &#224; un article. &#199;a n'emp&#234;chait en rien l'anonymat. Il demeurait possible de conserver un pseudonyme. Mais &#231;a constituait une &#233;tape suppl&#233;mentaire. De fait, &#231;a a calm&#233; le jeu. 90 % des probl&#232;mes que nous rencontrions ant&#233;rieurement ont disparu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous cherch&#233; &#224; valoriser certaines r&#233;actions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, on a d&#233;cid&#233; de valoriser les commentaires les plus pertinents. Pour cela on a cr&#233;&#233; une rubrique, &#171; &lt;i&gt;la s&#233;lection de Rue89&lt;/i&gt; &#187;, qui regroupe un certain nombre de r&#233;actions encadr&#233;es en rouge. S&#233;lectionner une r&#233;action ne signifie pas qu'on est d'accord avec elle ou qu'on l'approuve. Ce sont des commentaires dont on consid&#232;re qu'ils apportent un plus au d&#233;bat, qu'ils enrichissent la r&#233;flexion. Afin de faciliter la lisibilit&#233; des commentaires, nous avons &#233;galement introduit un syst&#232;me de notation des r&#233;actions par les internautes. Les plus mal not&#233;es se replient d'elles-m&#234;mes. Le probl&#232;me, c'est que les gens confondent souvent la pertinence et le fait d'&#234;tre d'accord ou non avec la r&#233;action. Si bien que certains internautes notent durement une r&#233;action parce qu'ils pensent diff&#233;remment, alors que ce n'est pas ce qu'on leur demande. Ce que l'on recherche en priorit&#233;, c'est &#224; r&#233;guler le d&#233;bat et &#224; faciliter la vie des gens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Recevez-vous beaucoup de r&#233;actions calomnieuses et insultantes ? Sur quels th&#232;mes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;marrage de notre site, nous avons &#233;t&#233; totalement d&#233;bord&#233;s par ce genre de r&#233;actions. On en recevait &#233;norm&#233;ment et c'&#233;tait tr&#232;s difficile &#224; g&#233;rer. Les articles sur le Proche-Orient, l'immigration et la religion appelaient automatiquement des tas de commentaires calomnieux et infects. On &#233;tait chaque fois oblig&#233; d'en supprimer plusieurs dizaines. Aujourd'hui ce n'est plus le cas. Il n'y a gu&#232;re que le Proche-Orient qui provoque encore ce genre de r&#233;actions. On trouve encore de temps &#224; autre quelques d&#233;rapages, bien s&#251;r, mais ils sont isol&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gestion des commentaires, telle qu'elle est pratiqu&#233;e par la r&#233;daction et par les internautes eux-m&#234;mes, vous satisfait-elle aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'inscrire n'&#233;tait pas fait pour &#234;tre dissuasif, mais &#231;a l'est devenu. Pourtant, ce n'est pas tr&#232;s contraignant. &#192; &lt;i&gt;Rue89&lt;/i&gt;, on appr&#233;cie &#233;norm&#233;ment la masse des commentaires. C'est un moyen irrempla&#231;able d'enrichissement du contenu. Les r&#233;dacteurs du site lisent les r&#233;actions des internautes, les commentent, parfois s'en servent pour r&#233;diger de nouveaux articles. &#192; la suite d'un article sur Universal, par exemple, on est all&#233;s voir Pascal N&#232;gre pour qu'il r&#233;agisse &#224; un certain nombre de r&#233;actions d'internautes que nous avions s&#233;lectionn&#233;es. Autre exemple, nous avons soumis Denis Olivennes, &#224; l'&#233;poque encore PDG de la Fnac, auteur d'un rapport sur le t&#233;l&#233;chargement et la protection des &#339;uvres, aux critiques de nos lecteurs. Il y a r&#233;pondu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a proc&#233;d&#233; par exp&#233;rimentation. On est parvenu &#224; un &#233;quilibre assez satisfaisant. Trop de commentaires tuent le commentaire. L&#224; on est dans une phase o&#249; c'est g&#233;rable. Un article d&#233;passe rarement les 500 r&#233;actions. Sur &lt;i&gt;Rue89&lt;/i&gt;, depuis le d&#233;but, il n'y a pas de mod&#233;ration a priori, seulement a posteriori. Lorsqu'un internaute r&#233;agit, il est automatiquement publi&#233;. Ce n'est qu'a posteriori que l'on peut le reprendre, voire supprimer son commentaire si n&#233;cessaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui se charge de lire les r&#233;actions des lecteurs et de les filtrer &#233;ventuellement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chaque journaliste est cens&#233; mod&#233;rer les commentaires relatifs &#224; ses propres papiers. Le but, c'est aussi que les r&#233;dacteurs r&#233;pondent aux internautes. Mais tous ne peuvent pas le faire, pour des questions de disponibilit&#233;, y compris de disponibilit&#233; intellectuelle, parce que cet exercice implique un certain &#233;tat d'esprit. On demande m&#234;me aux journalistes ext&#233;rieurs &#224; notre r&#233;daction de s'y plier, mais ce n'est pas toujours simple. Lorsque le sujet est chaud, on peut s'y mettre &#224; plusieurs, et les webmasters viennent donner un coup de main. Si on sait qu'il y a un risque de d&#233;rapage, on surveille les r&#233;actions en permanence. Plusieurs blogeurs associ&#233;s &#224; &lt;i&gt;Rue89&lt;/i&gt; jouent le jeu &#233;galement. Ils r&#233;pondent aux commentaires. M&#234;me pour ceux qui ne sont pas forc&#233;ment proches des id&#233;es du site. Ils re&#231;oivent souvent des quantit&#233;s de r&#233;actions, pas toujours aimables, mais ils y r&#233;pondent et argumentent. Un jour, on a fait un papier sur Martin Hirsch, et on a eu l'agr&#233;able surprise de voir qu'il s'&#233;tait inscrit sur le site pour y laisser un commentaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les r&#233;actions ont &#233;galement une autre fonction : elles permettent de corriger les fautes d'orthographe et les coquilles qui nous &#233;chappent. Au d&#233;but, les internautes &#233;taient agressifs lorsqu'ils nous signalaient une erreur. Puis ils se sont apais&#233;s en constatant que l'on tenait compte de leurs remarques et que l'on apportait les corrections qu'ils pointaient. Ils jouent maintenant un r&#244;le de vigilance qui nous convient. Cela fait partie du c&#244;t&#233; communautaire du site. D'ailleurs les gens se connaissent. Ils s'interpellent par leurs pseudos, anticipent les r&#233;actions des uns et des autres. L'autre jour nous avons eu la surprise de recevoir la visite de l'un de nos commentateurs les plus assidus, r&#233;sidant &#224; Rennes. Il est venu, en famille, avec un commentateur parisien avec lequel il s'est li&#233;. Ils s'appellent par leurs pseudos. Ils se sont rencontr&#233;s sur le site et sont devenus amis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis, les lecteurs peuvent avoir une fonction de mod&#233;rateurs, en signalant un &#171; &lt;i&gt;contenu illicite&lt;/i&gt; &#187; et nous aider ainsi &#224; rep&#233;rer les d&#233;rives qui pourraient nous &#233;chapper.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Bienvenue chez les People </title>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>Toute r&#233;sistance est inutile ! La soci&#233;t&#233; des people est l&#224;, autour de nous, grignotant sans cesse de nouveaux territoires. On aurait tort de vouloir se boucher les yeux et les oreilles : nous sommes dedans. Elle s'est immisc&#233;e en nous, dans nos consciences, presque &#224; notre insu. Les enqu&#234;tes d'opinion en t&#233;moignent : pour devenir c&#233;l&#232;bre, un salari&#233; sur six serait pr&#234;t &#224; renoncer &#224; son travail. Pr&#234;t &#224; n'importe quoi pour vivre ce fantasme de la notori&#233;t&#233; &#224; tout prix. Et, bien s&#251;r, s'octroyer les avantages (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Toute r&#233;sistance est inutile ! La soci&#233;t&#233; des people est l&#224;, autour de nous, grignotant sans cesse de nouveaux territoires. On aurait tort de vouloir se boucher les yeux et les oreilles : nous sommes dedans. Elle s'est immisc&#233;e en nous, dans nos consciences, presque &#224; notre insu. Les enqu&#234;tes d'opinion en t&#233;moignent : pour devenir c&#233;l&#232;bre, un salari&#233; sur six serait pr&#234;t &#224; renoncer &#224; son travail. Pr&#234;t &#224; n'importe quoi pour vivre ce fantasme de la notori&#233;t&#233; &#224; tout prix. Et, bien s&#251;r, s'octroyer les avantages qui vont avec : la richesse, la beaut&#233;, la jeunesse et, par-dessus tout peut-&#234;tre, cette toute-puissance qui donne l'illusion qu'en un claquement de doigts nos d&#233;sirs les plus fous seront combl&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des inconnus sans talent notable deviennent c&#233;l&#232;bres du jour au lendemain en participant &#224; &#171; &lt;i&gt;Loft Story&lt;/i&gt; &#187; ; une ex-otage, Natascha Kampusch, anime un talk-show &#224; la t&#233;l&#233; autrichienne ; un chef d'&#201;tat fra&#238;chement &#233;lu squatte la une de Voici et de Closer pendant trois mois. Depuis une dizaine d'ann&#233;es, la sph&#232;re people n'a cess&#233; de s'&#233;largir. L'&#233;mergence de la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; a, bien s&#251;r, acc&#233;l&#233;r&#233; le ph&#233;nom&#232;ne, promettant une forme de d&#233;mocratie (ce sont les spectateurs qui &#233;lisent le vainqueur de la &#171; &lt;i&gt;Star Ac&lt;/i&gt; &#187;) l&#224; o&#249; r&#233;gnait une aristocratie jalouse de ses privil&#232;ges. Mais c'est l'extension du ph&#233;nom&#232;ne au domaine politique qui a fait exploser les rep&#232;res, suscitant une confusion parfois troublante au sein du public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autrefois, il fallait accomplir quelque acte h&#233;ro&#239;que pour devenir une l&#233;gende - Christophe Colomb d&#233;couvre le continent am&#233;ricain. Puis, il y eut les stars, qui singent les exploits des pr&#233;c&#233;dents - Depardieu interpr&#232;te Colomb au cin&#233;ma. Quant aux vedettes, n&#233;es dans le petit &#233;cran, elles sont les faire-valoir des stars, qu'elles re&#231;oivent dans leurs &#233;missions - Michel Drucker interviewe Depardieu lors de la sortie de &#171; 1492 &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, c'est dans le contexte d'&#233;mergence de la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233;, &#224; la fin des ann&#233;es 1990, que prolif&#232;rent les people, avec la c&#233;l&#233;brit&#233; pour seul attribut. Paris Hilton en constitue un paradigme parfait : il lui suffit d'appara&#238;tre, de se rendre &#224; une pompe &#224; essence, de promener dans la rue son chien Timkerbell, pour qu'elle soit aussit&#244;t la cible des photographes. Dans son cas, la c&#233;l&#233;brit&#233; ne n&#233;cessite aucune qualit&#233; particuli&#232;re. Sa vie, pour reprendre la terminologie de Guy Debord, est un spectacle permanent. Certes, d'une cat&#233;gorie &#224; l'autre, on constate une d&#233;gradation du sens, doubl&#233;e d'un brouillage des valeurs qui rend paradoxalement le lofteur Steevy plus c&#233;l&#232;bre, par exemple, que le plasticien Raymond Hains. Mais il serait aussi vain de d&#233;plorer cette &#233;volution que de pleurer la disparition des locomotives &#224; vapeur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quintessence d'un nouveau r&#234;ve universel en Occident, qui se fonde sur les ruines des id&#233;ologies collectives, ce d&#233;sir effr&#233;n&#233; de c&#233;l&#233;brit&#233; se heurte toutefois de plein fouet &#224; une r&#233;alit&#233; qui rel&#232;ve des lois de la physique : plus on compte de gens c&#233;l&#232;bres, et moins la c&#233;l&#233;brit&#233; peut &#234;tre &#233;clatante, puisque c'est pr&#233;cis&#233;ment le fait qu'il existe une masse d'anonymes qui permet &#224; une minorit&#233; d'acc&#233;der &#224; la lumi&#232;re. Dans ces conditions, le quart d'heure de c&#233;l&#233;brit&#233; promis par Andy Warhol risque bien de se r&#233;duire comme peau de chagrin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi, sans doute, appara&#238;t aujourd'hui sur le Web, gr&#226;ce au d&#233;veloppement des sites communautaires du type Facebook ou MySpace, une nouvelle cat&#233;gorie de people : les microc&#233;l&#233;brit&#233;s. L&#224; o&#249; l'espace mat&#233;riel des m&#233;dias commen&#231;ait &#224; saturer, l'espace virtuel ouvre un horizon infini. Gr&#226;ce &#224; Internet, le message d'un inconnu peut &#234;tre lu par autant de personnes qu'une interview de Sophie Marceau dans Gala. C'est la revanche des anonymes sur les people traditionnels. Pour eux, il s'agit d'une nouvelle chance de se projeter dans cette soci&#233;t&#233; des people qui, on le voit, n'a pas fini d'&#233;tendre sa Toile.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&quot;Les mafieux ont t&#226;ch&#233; les rues de la Sicile du sang des journalistes&quot;</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Les-mafieux-ont-tache-les-rues-de,440.html</link>
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		<dc:date>2008-10-02T10:15:53Z</dc:date>
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		<dc:subject>Presse</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
		<dc:subject>Abbate</dc:subject>

		<description>En Italie, enqu&#234;ter sur la mafia est une activit&#233; &#224; haut risque. Lirio Abbate, 38 ans, correspondant &#224; Palerme, en Sicile, de l'agence de presse Ansa, s'est sp&#233;cialis&#233; dans les enqu&#234;tes sur le crime organis&#233; et ses collusions avec le monde politique. Au p&#233;ril de sa vie. La Camorra &#224; Naples, la 'Ndrangheta en Calabre, Cosa Nostra en Sicile et Sacra Corona Unita dans les Pouilles, les quatre principales mafias du sud du pays n'h&#233;sitent pas &#224; menacer de mort ceux qui r&#233;v&#232;lent au grand jour leurs (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-presse,34-+.html" rel="tag"&gt;Presse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-en-une,63-+.html" rel="tag"&gt;en UNE&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-abbate,141-+.html" rel="tag"&gt;Abbate&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L118xH150/arton440-14638.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='118' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:118px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;En Italie, enqu&#234;ter sur la mafia est une activit&#233; &#224; haut risque. Lirio Abbate, 38 ans, correspondant &#224; Palerme, en Sicile, de l'agence de presse Ansa, s'est sp&#233;cialis&#233; dans les enqu&#234;tes sur le crime organis&#233; et ses collusions avec le monde politique. Au p&#233;ril de sa vie.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Camorra &#224; Naples, la 'Ndrangheta en Calabre, Cosa Nostra en Sicile et Sacra Corona Unita dans les Pouilles, les quatre principales mafias du sud du pays n'h&#233;sitent pas &#224; menacer de mort ceux qui r&#233;v&#232;lent au grand jour leurs agissements criminels. Au total, une dizaine de journalistes travaillent sous protection polici&#232;re. Intimidations, lettres anonymes, pneus crev&#233;s, voitures ray&#233;es s'y comptent par centaines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En septembre 2007, Lirio Abbate a &#233;chapp&#233; &#224; une tentative d'attentat apr&#232;s qu'une bombe a &#233;t&#233; d&#233;couverte sous sa voiture, en bas de chez lui. Un mois plus tard, un chef mafieux l'a menac&#233; en public, lors d'un proc&#232;s. Il poursuit aujourd'hui son travail, malgr&#233; les intimidations, et deux gardes du corps l'accompagnent partout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lors d'une pr&#233;c&#233;dente rencontre, il y a quelques mois, vous nous aviez dit que vous seriez peut-&#234;tre forc&#233; de quitter la Sicile un jour. Pourtant, vous &#234;tes toujours l&#224;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tant que l'&#201;tat m'accordera sa protection, je continuerai &#224; travailler ici, en Sicile. D'abord parce que l'agence Ansa me permet de suivre les plus importantes enqu&#234;tes judiciaires en cours dans les trois r&#233;gions du Sud italien : la Sicile, la Calabre et la Campanie. C'est l&#224; que les mafias sont les plus puissantes et que les collusions entre mafieux et politiques sont les plus agissantes. L'information y est malheureusement insuffisante. Et il ne faut pas oublier que, dans le sud de l'Italie, certains m&#233;dias sont dirig&#233;s par des personnes qui, accus&#233;es de complicit&#233; avec des organisations mafieuses, font l'objet d'enqu&#234;tes judiciaires. La mafia recycle aussi de l'argent sale dans le milieu de la presse et de l'&#233;dition, s'offrant par la m&#234;me occasion la possibilit&#233; de contr&#244;ler l'information.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment &#234;tes-vous devenu un sp&#233;cialiste de la mafia ? Vous &#234;tes peu nombreux en Italie &#224; travailler uniquement sur cette question ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai commenc&#233; &#224; m'int&#233;resser &#224; la mafia en 1990. J'avais 19 ans. J'ai appris &#224; me familiariser avec cet univers en fr&#233;quentant les tribunaux et les bureaux des magistrats. Francesco La Licata, correspondant du quotidien national La Stampa, grand connaisseur de Cosa Nostra et ami du juge Giovanni Falcone&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Assassine&#769; par la mafia en 1992' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, a &#233;t&#233; un vrai guide pour moi. Mon &#171; &lt;i&gt;ma&#238;tre de mafia&lt;/i&gt; &#187; en quelque sorte.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_221 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Lirio-Abbate-2_HD.jpg&quot; title='photo : Jean-Fran&#231;ois Julliard' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/Lirio-Abbate-2_HD-1768b-b7675.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Jean-Fran&#231;ois Julliard' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-221 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Jean-Fran&#231;ois Julliard&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;t&#233; victime d'une tentative d'attentat en septembre 2007, mais c'est surtout lors du proc&#232;s du chef mafieux Leoluca Bagarella que vous avez pris au s&#233;rieux les menaces qui pesaient sur vous ? Que s'est-il pass&#233; lors de ce proc&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le visage de la mafia est r&#233;apparu dans ma vie, plus mena&#231;ant et plus tangible que jamais, un matin d'octobre, dans une prison &#224; haute s&#233;curit&#233;. Le big boss Leoluca Bagarella, accus&#233; d'&#234;tre &#224; l'origine de centaines d'assassinats, a demand&#233; et obtenu la parole &#224; la fin d'un proc&#232;s intent&#233; contre lui. Il m'a alors accus&#233; directement et publiquement. Il savait que j'&#233;tais l'auteur d'une d&#233;p&#234;che qui le concernait. Or, je continue &#224; me demander comment un d&#233;tenu, plac&#233; en isolement dans une prison &#224; haute s&#233;curit&#233;, a pu savoir qu'une information reprise par l'ensemble des m&#233;dias avait d'abord &#233;t&#233; diffus&#233;e par l'agence Ansa. Et, surtout, comment savait-il que j'en &#233;tais l'auteur ? Cela reste un myst&#232;re sur lequel j'invite les magistrats &#224; se pencher. Bagarella, dont l'intervention &#233;tait retransmise en vid&#233;oconf&#233;rence, a &#233;voqu&#233; &#171; &lt;i&gt;l'homme de l'Ansa de Palerme&lt;/i&gt; &#187; et point&#233; directement son doigt sur moi. Bagarella, le chef mafieux de Corleone, le beau-fr&#232;re de Tot&#242; Riina, l'homme qui a organis&#233; tant de massacres, est sorti de l'ombre pour me menacer ouvertement.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les chefs mafieux se nourrisent du mythe qu'ils incarnent. Cela vaut pour de simples tueurs a&#768; gages. Pendant leur proce&#768;s, ils chantent leurs propres louanges. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La presse italienne regorge d'informations sur la mafia, pourtant celle-ci ne s'en prend pas syst&#233;matiquement aux journalistes. Qu'est ce qui d&#233;clenche, &#224; un moment donn&#233;, les repr&#233;sailles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les chefs mafieux se nourrissent du mythe qu'ils incarnent. Cela vaut pour de simples tueurs &#224; gages. Pendant leurs proc&#232;s, ils chantent leurs propres louanges et se vantent de leurs agissements criminels. Mais si quelqu'un d&#233;voile leurs contacts ou leurs complices dans la pr&#233;tendue &#171; &lt;i&gt;bonne soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;, ou &#233;tablit la liste de leurs biens et de leurs richesses, alors l&#224; ils se f&#226;chent vraiment et cherchent &#224; se venger. C'est aussi un signe de peur et d'inqui&#233;tude de leur part. Les clans sont &#233;puis&#233;s par les enqu&#234;tes des magistrats et affaiblis par des condamnations &#224; la r&#233;clusion perp&#233;tuelle ou les saisies de biens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le livre &#171; I Complici &#187;, que j'ai &#233;crit avec mon confr&#232;re Peter Gomez, nous d&#233;voilons cette m&#233;canique. Nous n'avons rien voulu taire, surtout pas les noms des personnes concern&#233;es. Les hommes politiques italiens n'en ont visiblement tir&#233; aucun enseignement. Ceux qui ont tremp&#233; dans des histoires mafieuses continuent de se pr&#233;senter aux &#233;lections. Les seuls qui ont r&#233;agi apr&#232;s la publication du livre sont les mafieux : les menaces dont j'ai fait l'objet refl&#232;tent en quelque sorte la r&#233;alit&#233; du milieu criminel italien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi refont-elles surface aujourd'hui ? La situation semblait s'&#234;tre calm&#233;e depuis la p&#233;riode noire des assassinats politiques, au d&#233;but des ann&#233;es 1990.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne faut pas oublier que, pendant des d&#233;cennies, les mafieux ont tach&#233; les rues de la Sicile du sang d'hommes politiques, de syndicalistes, de magistrats, de pr&#234;tres et de journalistes. Des hommes et des femmes ont &#233;t&#233; tu&#233;s parce qu'ils ont os&#233; jeter un &#339;il indiscret sur leur business. Et puis, c'est vrai, les choses ont paru se calmer, tomber dans l'oubli.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais r&#233;cemment, les journalistes ont enfin commenc&#233; &#224; se demander pourquoi les collusions &#233;taient si &#233;troites entre organisations criminelles et soci&#233;t&#233; civile. Pourquoi des hommes politiques, mais aussi des m&#233;decins et des repr&#233;sentants de plusieurs cat&#233;gories professionnelles avaient des liens &#233;troits avec la mafia. Les mafieux ont alors recommenc&#233; &#224; se faire entendre, parfois m&#234;me &#224; se montrer publiquement avec l'effronterie qui les caract&#233;rise. Et les menaces de mort, les intimidations ont repris. L'attentat en bas de chez moi a &#233;t&#233; organis&#233; pour me tuer.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les campagnes me&#769;diatiques orchestre&#769;es par les mafias ne sont possibles que gra&#770;ce a&#768; la collaboration de journalistes complaisants, complices. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est la limite &#224; ne pas franchir lorsqu'on travaille sur le crime organis&#233; ? Peut-on dire sans risque d'une personne qu'elle a des collusions avec la mafia ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons le devoir d'informer les citoyens sur ceux qui administrent les affaires publiques, si&#232;gent au Parlement et votent les lois de notre pays. Documents en main, le journaliste dispose d'une marge de man&#339;uvre &#233;norme par rapport aux magistrats ou aux enqu&#234;teurs. Ces derniers ne peuvent agir que si des lois ont &#233;t&#233; viol&#233;es. Or, tr&#232;s souvent, il est difficile d'obtenir une preuve contre quelqu'un. Quand un homme politique partage son d&#233;jeuner ou son d&#238;ner avec un chef mafieux, il ne commet aucun d&#233;lit. Mais un journaliste qui le d&#233;couvre a le droit de le raconter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le probl&#232;me est que tous les journalistes en Italie ne partagent pas les m&#234;mes convictions. Des retranscriptions d'&#233;coutes administratives de conversations entre des mafieux ont r&#233;v&#233;l&#233; les strat&#233;gies d'encerclement mises au point par la Camorra et Cosa Nostra. Les mafias orchestrent de v&#233;ritables campagnes m&#233;diatiques pour lutter contre les lois qui pourraient leur nuire, pour d&#233;nigrer les magistrats ou les enqu&#234;teurs qui s'en prennent &#224; leurs activit&#233;s. Or, ces campagnes ne sont possibles que gr&#226;ce &#224; la collaboration de journalistes complaisants, complices, voire amis des boss mafieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;t&#233; victime d'une tentative d'attentat, mais la mafia utilise-t-elle d'autres moyens plus discrets pour faire taire les journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ceux qui comptent vraiment, contr&#244;lent souvent une partie de l'&#233;conomie d'une ville ou d'une r&#233;gion. Lorsqu'un journal ose d&#233;noncer leurs agissements, il prend le risque de perdre le soutien des entreprises qui ach&#232;tent de la publicit&#233; dans ses colonnes. Un directeur de m&#233;dia courageux peut vite se retrouver au bord de la faillite.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_220 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Lirio-Abbate-3_HD.jpg&quot; title='photo : Jean-Fran&#231;ois Julliard' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/Lirio-Abbate-3_HD-52ac9-30829.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Jean-Fran&#231;ois Julliard' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-220 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Jean-Fran&#231;ois Julliard&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; la diff&#233;rence d'autres confr&#232;res menac&#233;s dans la r&#233;gion, vous travaillez pour une agence de presse mondialement connue. Est-ce une protection suppl&#233;mentaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r. En travaillant pour une agence, on n'est pas connu du grand public puisqu'on ne signe pas ses papiers. M&#234;me si les menaces prof&#233;r&#233;es par Bagarella et le fait qu'il connaisse mon identit&#233; montrent que cette protection est relative.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les journalistes siciliens sont-ils solidaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le syndicat local des journalistes est pr&#233;sent. Si tous n'appr&#233;cient pas mon travail, une majorit&#233; de confr&#232;res sont heureusement solidaires des journalistes int&#232;gres. Et ils sont nombreux dans ce cas en Sicile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment faites-vous pour continuer &#224; recueillir des informations sur un sujet aussi d&#233;licat que le crime organis&#233; en &#233;tant accompagn&#233; en permanence de gardes du corps ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je trouve toujours une mani&#232;re de contacter mes sources. Apr&#232;s un an et demi de protection polici&#232;re, j'ai appris beaucoup de choses et peut-&#234;tre que lorsque je n'aurai plus besoin d'une escorte, je pourrai &#233;crire un manuel pour mes confr&#232;res qui vivront une situation similaire. Je pourrai intituler ce livre &#171; &lt;i&gt;Comment r&#233;ussir &#224; publier des scoops malgr&#233; une escorte&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez une famille, comment vit-elle cette situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas bien, mais je ne veux pas trop en parler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi continuez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis t&#234;tu. Je veux aller au fond des choses, ne pas me d&#233;clarer vaincu. Et puis, eux, je ne veux pas les laisser tranquilles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Assassine&#769; par la mafia en 1992&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Serge Halimi, la Savonarole du Diplo</title>
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		<dc:date>2008-10-02T10:06:56Z</dc:date>
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		<dc:subject>Presse</dc:subject>

		<description>Serge Halimi, &#171; journaliste irr&#233;v&#233;rencieux &#187;, a pris la t&#234;te du Diplo en mars 2008.&#8200;Loin du &#171; journal des cercles consulaires et diplomatiques &#187; imagin&#233; par Hubert Beuve-M&#233;ry, son actuel directeur a pris l'engagement de r&#233;injecter du &#171; journalisme, du recul et de l'ouverture &#187; dans un mensuel affaibli par luttes de pouvoir et baisse des ventes.&#8200;Avec ses m&#233;thodes.&#8200;Souvent brutales. Maison de l'Am&#233;rique latine, boulevard Saint-Germain. Ce samedi 14 juin 2008, les Amis du Monde diplomatique tiennent leur AG, (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Serge Halimi, &#171; journaliste irr&#233;v&#233;rencieux &#187;, a pris la t&#234;te du Diplo en mars 2008.&#8200;Loin du &#171; journal des cercles consulaires et diplomatiques &#187; imagin&#233; par Hubert Beuve-M&#233;ry, son actuel directeur a pris l'engagement de r&#233;injecter du &#171; journalisme, du recul et de l'ouverture &#187; dans un mensuel affaibli par luttes de pouvoir et baisse des ventes.&#8200;Avec ses m&#233;thodes.&#8200;Souvent brutales.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Maison de l'Am&#233;rique latine, boulevard Saint-Germain. Ce samedi 14 juin 2008, les Amis du Monde diplomatique tiennent leur AG, suivie d'une rencontre avec la r&#233;daction. C'est le moment tr&#232;s attendu de d&#233;couvrir l'&#233;tonnant personnage qui, le 1er janvier 2008, a succ&#233;d&#233; &#224; Ignacio Ramonet &#224; la direction de la r&#233;daction du Diplo : Serge Halimi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les amis d'un journal sont toujours des gens formidables. L'Association recense 4 300 adh&#233;rents, au sens fort de ce qu'est une adh&#233;sion, et une amiti&#233;. De l'ing&#233;nieur de Courbevoie, pour qui Le Nouvel Obs et le PS ont vir&#233; &#224; droite et qui serait orphelin s'il n'y avait le Diplo, &#224; la militante d'Attac, mont&#233;e de Clermont-Ferrand, qui a d&#233;couvert le Diplo en 1976 quand ses profs en licence de psycho l'ont encourag&#233;e &#224; lire ce mensuel &#171; &lt;i&gt;document&#233;&lt;/i&gt; &#187;, avec ses cartes magiques, expliquant, situant tout. Ce qui les rassemble, outre le refus de la soci&#233;t&#233; de march&#233;, de consommation et de spectacle, c'est le go&#251;t de la lecture, de l'information et d'une presse qui, comme le dit Fran&#231;oise Calvez, pr&#233;sidente de l'association, &#171; &lt;i&gt;porte des choses pointues aupr&#232;s du plus grand nombre pour que ces connaissances deviennent des armes de l'esprit&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut &#234;tre un crois&#233; des Lumi&#232;res pour entrer dans ce pav&#233; de textes, et le d&#233;guster (on trouve des articles formidables qu'on ne lit pas ailleurs) ; ils sont plus de 1 million dans ce cas, &#224; raison des 170 000 exemplaires pour l'&#233;dition fran&#231;aise, et de la quarantaine d'&#233;ditions internationales (sous forme de suppl&#233;ments). L'influence du Diplo est particuli&#232;rement sensible dans les pays arabes et en Am&#233;rique latine, o&#249; il fonctionne comme un s&#233;maphore. L'assembl&#233;e se r&#233;jouit &#224; la nouvelle qu'une collecte a permis de sortir avec les Amis palestiniens de Ramallah une &#171; &lt;i&gt;&#233;dition Ramallah&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et voil&#224;, apr&#232;s avoir fris&#233; le naufrage, l'aventure continue, incarn&#233;e par ce quinqua aux allures de post graduate, pull-over, cheveux courts, lunettes, sourire malin en coin, et regard m&#233;fiant. Quand &#171; &lt;i&gt;Serge&lt;/i&gt; &#187; s'installe &#224; la table, encadr&#233; par ses amis tuteurs, il va droit au but, sans inhibition vis-&#224;-vis des anciens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela fait belle lurette que le mensuel n'est plus le &#171; &lt;i&gt;journal des cercles consulaires et diplomatiques&lt;/i&gt; &#187; imagin&#233; en mai 1954 par le p&#232;re fondateur de ce qui fut pour des g&#233;n&#233;rations d'&#233;tudiants de Sciences Po le quotidien de la rue des Italiens, Hubert Beuve-M&#233;ry. En 1973, sous la direction de Claude Julien, le Diplo est devenu autonome, avec sa propre ligne &#233;ditoriale, tiers-mondiste, post-marxiste et anticapitaliste, soutenant les mouvements de lib&#233;ration, cherchant un visage humain au socialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une nouvelle &#232;re s'est ouverte, avec Bernard Cassen et Ignacio Ramonet, des altermondialistes militants de filiation marxiste qui vont cr&#233;er Attac, contre la &#171; &lt;i&gt;pens&#233;e unique&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Comment arracher des milliards de personnes &#224; la d&#233;tresse du sous-d&#233;veloppement sans les plonger dans un mod&#232;le productiviste et de consommation &#8220;&#224; l'occidentale&#8221;, n&#233;faste pour la plan&#232;te et mortel pour l'ensemble de l'humanit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &#233;ditorialise Ramonet en d&#233;cembre 1997. Le Diplo soutient les zapatistes, les Palestiniens, Chavez...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ventes ont &#233;t&#233; excellentes. En 1996, le Diplo est filialis&#233;. Le capital se r&#233;partit entre Le Monde (51 %), l'Association des amis du Diplo (24,5 %), et, pour les personnels (dont une dizaine de journalistes), la fondation G&#252;nter Holzmann (24,5 %), du nom du richissime Bolivien d'origine allemande dont le legs miraculeux permit aux salari&#233;s d'entrer au capital.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puis, le courant altermondialiste s'est essouffl&#233;, affaibli par ses divisions, par l'incapacit&#233; &#224; apporter une r&#233;ponse politique. &#171; &lt;i&gt;Le Diplo, reprochent des fid&#232;les du mensuel en d&#233;saccord avec la ligne Ramonet, est devenu un br&#251;lot, une tribune dogmatique, un non-journal, dont les contributeurs sont principalement des universitaires &#233;crivant des papiers de fond plut&#244;t que des journalistes enqu&#234;tant sur le terrain. On aurait d&#251; s'ouvrir au d&#233;bat lors du r&#233;f&#233;rendum europ&#233;en, pas se poser en inconditionnel du non, comme si le oui &#233;tait abject. Le public du Diplo ne se limite pas &#224; un petit noyau de marxistes durs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; En 2005, la crise e&#769;clate, violente, publique, sordide, a&#768; la direction d'Attac et a&#768; celle consanguine du Diplo. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les ventes ont chut&#233;. La panade &#233;conomique (d&#233;saffection de l'&#233;crit, concurrence d'Internet et des gratuits...) frappant la presse nationale n'a rien arrang&#233;. En 2005, la crise &#233;clate, violente, publique, sordide, &#224; la direction d'Attac et &#224; celle consanguine du Diplo. Bernard Cassen, Jacques Nikonoff, Ignacio Ramonet, Maurice Lemoine font bloc contre Dominique Vidal et Alain Gresh. Pour faire court, on est en pleine confusion &#224; la fin 2007. Trop de haine, plus de pilote.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Association des personnels (par 11 voix contre 10) a retoqu&#233; Alain Gresh, candidat. Elle pr&#233;sente Bruno Lombard. L&#224;, les Amis du Diplo (11 voix sur 20) disent &#171; &lt;i&gt;non&lt;/i&gt; &#187; ; l'homme est tr&#232;s estimable, mais ce n'est pas un journaliste. Alors que le temps est venu de revenir &#224; une approche plus journalistique. La candidature de Serge Halimi (sollicit&#233;e) a permis de sortir de l'impasse. Il obtient cinq sur cinq au Conseil de surveillance. Soulagement g&#233;n&#233;ral. &#171; &lt;i&gt;On est repartis du bon pied&lt;/i&gt; &#187;, se r&#233;jouit Fran&#231;oise Calvez ce 14 juin. Six mois ont pass&#233;, et aujourd'hui, l'ancienne animatrice de la maison de la Culture de Valence peut rendre un hommage appuy&#233; &#224; Ignacio Ramonet, saluant &#171; &lt;i&gt;celui qui a fait du Diplo une arme de l'esprit&lt;/i&gt; &#187;. Avant que de donner la parole &#224; &#171; &lt;i&gt;Serge&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si atypique peut-il sembler, le profil de Serge Halimi est presque id&#233;al. Sur le plan du pedigree, le fils de Gis&#232;le, docteur en sciences politiques de l'universit&#233; de Berkeley, puis professeur associ&#233; &#224; Paris-VIII de 1994 &#224; 2000, sp&#233;cialiste des &#201;tats-Unis, combine une carri&#232;re d'universitaire et celle d'un journaliste maison &#224; la plume ac&#233;r&#233;e. Politiquement, il est &#171; gauche de gauche &#187;, combattant sans concession les forces de l'&#171; empire &#187; n&#233;olib&#233;ral, et le mod&#232;le occidental. Face &#224; DSK le social-d&#233;mocrate, il cite Jaur&#232;s. &#171; &lt;i&gt;C'est nous qui sommes les vrais h&#233;ritiers du foyer des a&#239;eux ; nous en avons pris la flamme, vous n'en avez gard&#233; que la cendre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le &#8220;devoir d'irrespect&#8221; que Serge Halimi revendique en a fait un pamphle&#769;taire a&#768; la hargne conteste&#769;e. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La gauche, accuse-t-il, n'a jamais cess&#233; de capituler, constante dans sa faillite jusqu'&#224; la chute finale. En se ralliant au mod&#232;le am&#233;ricain, elle s'est vid&#233;e de son histoire. De l'esp&#233;rance au renoncement, la chute a &#233;t&#233; in&#233;vitable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224; o&#249; le profil commence &#224; poser question, c'est que le &#171; &lt;i&gt;devoir d'irrespect&lt;/i&gt; &#187; qu'il revendique ce 14 juin, en plein accord avec la salle, en a fait un pamphl&#233;taire &#224; la hargne contest&#233;e. Le journaliste a acquis sa notori&#233;t&#233; en 1997, avec son livre &#171; Les nouveaux chiens de garde &#187;. Il stigmatise le r&#244;le corrupteur, ali&#233;nateur, manipulateur des m&#233;dias, instrumentalis&#233;s par les puissantes multinationales de la plan&#232;te. Il fustige nomm&#233;ment les &#171; &lt;i&gt;journalistes de r&#233;v&#233;rence&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;au service des puissants&lt;/i&gt; &#187;, tartuffes, complaisants, falsificateurs. Ren&#233;gats, tra&#238;tres sont ces &#171; &lt;i&gt;journalistes dominants&lt;/i&gt; &#187; (r&#233;f&#233;rence aux m&#226;les dominants) issus des &#171; &lt;i&gt;classes instruites&lt;/i&gt; &#187;, pass&#233;s par des &#233;coles qui leur ont inculqu&#233; une sociabilit&#233; bourgeoise. &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; n'&#233;chappent pas &#224; la descente en flammes : &#171; &lt;i&gt;Lib&#233; dans les ann&#233;es 1980, TF1 au d&#233;but des ann&#233;es 1990 et Le Monde depuis 1994 ont &#233;t&#233; tour &#224; tour les vecteurs de l'id&#233;ologie &#233;conomique dominante.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Membre du groupe m&#233;dias &#224; Attac, Halimi explique que l'organisation n'a pas gagn&#233; un militant en s'exposant &#224; la m&#233;diatisation. Les contestataires qui passent &#224; la t&#233;l&#233; sont des tra&#238;tres : &#171; &lt;i&gt;S'ils parlent pour les m&#233;dias, ils se taisent sur eux.&lt;/i&gt; &#187; Se fourvoyer sur les plateaux, c'est se dissoudre dans des d&#233;bats truqu&#233;s, r&#233;gis par l'info-spectacle et la pipolisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le style (le stylet ?) Halimi est tranchant, d&#233;finitif. Comme l'est l'homme dans ses relations de travail. Des qui le connaissent bien et qui, pour &#233;viter les embrouilles, pr&#233;f&#232;rent ne pas &#234;tre cit&#233;s, lui reprochent une &#171; &lt;i&gt; arrogance surplombante&lt;/i&gt; &#187;. Passons sur la personne priv&#233;e pour nous contenter du pol&#233;miste. Celui-l&#224; y va au vitriol. Allez sur Acrimed et Plan B (deux sites dont il est l'inspirateur) : les charges, nominales, sont d'une rare violence. Dire d'un confr&#232;re du Monde qu'il est vil, veule et l&#226;che, affubler Alain Minc d'une bosse, lyncher Schneidermann, arguments psychiatriques &#224; l'appui, n'est pas rago&#251;tant, &#224; mon go&#251;t.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je d&#233;teste cette figure de rh&#233;torique judiciaire, dont il raffole, qui consiste &#224; faire un proc&#232;s imaginaire o&#249; lui joue les r&#244;les du procureur et de l'accus&#233;. Il y a des pays pour ce genre de parodies cauchemardesques. Je me m&#233;fie aussi des agitateurs vertueux, obs&#233;d&#233;s par le complot des puissants et la trahison des clercs, qu'il faut livrer &#224; la vindicte publique. Je suis allergique &#224; cette th&#233;matique de la trahison, du ren&#233;gat, de la pourriture. &#171; &lt;i&gt;Il y a du Savonarole en lui&lt;/i&gt; &#187;, sugg&#232;re un connaisseur, qui diagnostique une &#171; &lt;i&gt;parano structur&#233;e&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Sur le fond, Serge Halimi dresse le me&#770;me re&#769;quisitoire que Franc&#807;ois Bayrou, Se&#769;gole&#768;ne Royal, incidemment &#8220;Les Guignols de l'info&#8221; et le cafe&#769; du commerce. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, Serge Halimi ne pr&#234;che pas dans le d&#233;sert. La majorit&#233; des journalistes, surtout les non-grad&#233;s, la &#171; &lt;i&gt;pi&#233;taille&lt;/i&gt; &#187;, disent le respecter et l'estimer, sans trop le conna&#238;tre. &#171; &lt;i&gt;Il dit tout haut ce que nous on n'ose pas dire, sur les compromissions d'Untel ou Unetelle, les m&#233;nages.&lt;/i&gt; &#187; Sa violence ne choque pas. C'est la loi du genre. &#199;a passe ET &#231;a casse. Somme toute, sur le fond, il dresse le m&#234;me r&#233;quisitoire que Fran&#231;ois Bayrou, S&#233;gol&#232;ne Royal, incidemment &#171; Les Guignols de l'info &#187;, une bonne partie de l'opinion, et le caf&#233; du commerce. Bien s&#251;r, ses exc&#232;s de langage suscitent des r&#233;serves dans le milieu plus polic&#233; des gens du Monde et du Diplo. D'autant que les diatribes de Serge Halimi n'ont jamais m&#233;nag&#233; la maison m&#232;re : &#171; &lt;i&gt; On peut mettre en cause des syst&#232;mes, des m&#233;caniques, mais il va trop loin en s'en prenant aux personnes, en faisant le tri entre le juste et l'injuste, le bon et le m&#233;chant&lt;/i&gt; &#187;, fait remarquer un Ami du Diplo. Qui a vot&#233; sans h&#233;siter pour Halimi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'impr&#233;cateur a le m&#233;rite de l'authenticit&#233;, il ne tra&#238;ne pas de casserole, ne se fait pas mousser dans les m&#233;dias. &#171; &lt;i&gt;C'est le type qui veut vraiment sauver l'&#226;me du monde&lt;/i&gt;, ironise un syndicaliste. &lt;i&gt;Parfois je me dis que j'aurais pr&#233;f&#233;r&#233; le cynisme &#224; l'intransigeance, le juge &#224; l'inquisiteur, mais non, il pense ce qu'il dit, dit ce qu'il pense. Je le d&#233;teste ontologiquement. Halimi fait partie de la sous-cat&#233;gorie des Juifs qui n'ont pas le sens de l'humour, ni du second degr&#233;. S'il parle, c'est une profession de foi. Il se croit sorti de la cuisse de Jupiter &#224; un &#226;ge o&#249; on ne devrait plus y croire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Maison de l'Am&#233;rique latine. Six mois ont pass&#233; et les Amis du Diplo se f&#233;licitent de leur choix jupit&#233;rien. Serge Halimi avait promis de r&#233;injecter du journalisme, du recul et de l'ouverture dans le mensuel. Il l'a fait. Il suffit de parcourir le num&#233;ro de juin : &#171; &lt;i&gt;On red&#233;couvre des articles sign&#233;s par des envoy&#233;s sp&#233;ciaux.&lt;/i&gt; &#187; La prestation du fougueux nouveau directeur est un sans-faute. On imagine un jeune Lancelot adoub&#233; par les vieux chevaliers de la Table ronde. Son intervention commence par de &#171; &lt;i&gt;bonnes nouvelles&lt;/i&gt; &#187; : la baisse des ventes, continue de 2003 &#224; 2007, est stopp&#233;e. La diffusion totale a augment&#233; de 2,8 %, gr&#226;ce aux abonnements qui ont d&#233;pass&#233; les 80 000 abonn&#233;s pour l'&#233;dition fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En revanche, les recettes publicitaires ont diminu&#233; de moiti&#233;. Elles n'ont jamais &#233;t&#233; bien importantes (pas plus de 5 % du budget), mais elles restent n&#233;cessaires. Bon, les deux derniers exercices ont &#233;t&#233; d&#233;ficitaires mais rien de pr&#233;occupant. On est loin des difficult&#233;s du Monde, v&#233;cu au Diplo comme une m&#232;re prodigue &#224; tenir &#224; distance. Les nouveaux produits devraient permettre de r&#233;tablir l'&#233;quilibre : les Atlas, la boutique en ligne...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Halimi explique qu'il veut faire &#171; &lt;i&gt; un journal plus r&#233;actif et mieux &#233;crit&lt;/i&gt; &#187;. Le contexte concurrentiel est encourageant, analyse-t-il. &lt;i&gt;Le Monde, Lib&#233;&lt;/i&gt; et autres bless&#233;s de guerre tentent de r&#233;tablir l'&#233;quilibre en comprimant effectifs et pagination. Mille pages dans l'ann&#233;e pour &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, qui continuera de traiter l'international &#171; &lt;i&gt; mais en privil&#233;giant une approche soci&#233;tale et les portraits&lt;/i&gt; &#187;. Cet appauvrissement r&#233;dactionnel conforte le &lt;i&gt;Diplo&lt;/i&gt;, grand journal internationaliste qui ne m&#233;gote pas sur son espace. &#171; &lt;i&gt;Plus que jamais, il faut miser sur l'enqu&#234;te, le reportage, une &#233;criture fine. Des analyses, c'est bien, mais on ne trouve que &#231;a partout ailleurs, et gratuitement, &#231;a lasse. Nous devons donc rehausser notre &#233;criture, corriger les d&#233;fauts d'un mensuel trop abstrait, trop universitaire, pas assez vivant. Sur certains sujets, nous sommes trop pr&#233;visibles, nous devons &#234;tre moins militants, en finir avec les sermons r&#233;p&#233;titifs, ce qui ne veut pas dire &#234;tre moins engag&#233;s. Il s'agit d'&#234;tre plus efficaces, de laisser les professionnels de l'information &#224; leurs &#233;ditoriaux. Notre r&#244;le n'est pas de dire ce qu'il faut penser m&#234;me si nous sommes s&#251;rs de ce que nous pensons.&lt;/i&gt; &#187;
L'exercice requis est paradoxal, contre nature. &#171; &lt;i&gt;Avoir une opinion et ne pas l'exprimer&lt;/i&gt; &#187; est un exploit quand on a le temp&#233;rament de savoir tout sur tout mieux que tous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Halimi cite Jack London qui, il y a cent ans, disait des classes sup&#233;rieures qu'elles n'&#233;taient pas vivantes : &#171; &lt;i&gt;Ils ont l'intelligence sans passion.&lt;/i&gt; &#187; &#192; quand un nouveau slogan : &#171; &lt;i&gt;Passionn&#233;ment Diplo&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'humour noir de l'information ordinaire. </title>
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		<description>Modes d'emploi incompr&#233;hensibles, panneaux de signalisation ambigus, r&#233;troprojections illisibles... Si vous avez &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; ces difficult&#233;s de l'information ordinaire, nous avons trouv&#233; le &#171; d&#233;codeur &#187; : Christian Morel, sociologue, est sp&#233;cialiste des boutons et autres pictogrammes qui nous plongent chaque jour dans la perplexit&#233;... Vous &#234;tes sp&#233;cialiste de sujets originaux qui sont autant d'angles morts de la sociologie : les &#171; d&#233;cisions absurdes [1] &#187; ou, plus r&#233;cemment, ce que vous appelez&#8194;l'&#171; (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Modes d'emploi incompr&#233;hensibles, panneaux de signalisation ambigus, r&#233;troprojections illisibles... Si vous avez &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; ces difficult&#233;s de l'information ordinaire, nous avons trouv&#233; le &#171; d&#233;codeur &#187; : Christian Morel, sociologue, est sp&#233;cialiste des boutons et autres pictogrammes qui nous plongent chaque jour dans la perplexit&#233;...&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes sp&#233;cialiste de sujets originaux qui sont autant d'angles morts de la sociologie : les &#171; d&#233;cisions absurdes&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Les d&#233;cisions absurdes &#187;, aux &#233;di- tions Gallimard, 2002.' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187; ou, plus r&#233;cemment, ce que vous appelez&#8194;l'&#171; information ordinaire&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; L'enfer de l'information ordi- naire &#187;, aux &#233;ditions Gallimard, (...)' id='nh1-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187;. D'o&#249; vous vient cette envie d'adopter des sujets &#171; &lt;i&gt; orphelins&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me suis int&#233;ress&#233; en effet &#224; des sujets peu trait&#233;s, ou trait&#233;s de fa&#231;on superficielle, alors que leurs r&#233;percussions sont consid&#233;rables. Le th&#232;me de l'erreur a &#233;t&#233; amplement abord&#233; par les sciences humaines. En revanche, ce que je nomme la &#171; &lt;i&gt;d&#233;cision absurde&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire l'erreur radicale et persistante, n'a jamais fait l'objet d'analyse approfondie. Elle est pourtant &#224; l'origine de catastrophes technologiques majeures comme l'explosion de la navette Challenger en 1986. Par ailleurs, elle explique bien des d&#233;tresses minuscules, bien des difficult&#233;s de la vie quotidienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi en mati&#232;re d'information. Professionnellement, vous assistez ou avez certainement d&#233;j&#224; assist&#233; &#224; des pr&#233;sentations &#171; &lt;i&gt;r&#233;troprojet&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, qui sont &#224; peu pr&#232;s illisibles. C'est le cas dans toutes les entreprises. J'expliquais pourquoi dans &#171; Les d&#233;cisions absurdes &#187;. Dans mon dernier livre, j'aborde et je tente de th&#233;oriser l'ensemble de cette &#171; &lt;i&gt;information ordinaire&lt;/i&gt; &#187; : ces pictogrammes, boutons, modes d'emploi qui nous plongent dans la perplexit&#233;. Mais aussi certains aspects de l'information journalistique qui demeurent tr&#232;s insatisfaisants. &#192; ma connaissance, ce th&#232;me n'a jamais &#233;t&#233; trait&#233; de fa&#231;on fouill&#233;e. Pourtant, encore une fois, son emprise sur notre vie de tous les jours est immense. Mais il est vrai qu'&#233;lever un menu tracas au rang de sujet sociologique n'est pas une d&#233;marche naturelle pour un chercheur !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce votre pass&#233; de cadre d'entreprise qui explique cet int&#233;r&#234;t pour les sujets inexplor&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai en effet un parcours atypique. J'ai poursuivi mes &#233;tudes de sociologie jusqu'au doctorat mais la carri&#232;re acad&#233;mique me semblait trop restrictive. Je voulais observer le monde de l'int&#233;rieur. C'est lorsque l'on est plong&#233; au c&#339;ur des choses que l'on peut le mieux les comprendre. Je suis donc devenu cadre d'entreprise et je viens d'ailleurs d'achever ma carri&#232;re comme DRH d'une importante division de Renault. Pendant toutes ces ann&#233;es, j'ai cultiv&#233; mon go&#251;t pour la r&#233;flexion, j'ai &#233;crit quelques articles dans des revues sp&#233;cialis&#233;es et sign&#233; un premier ouvrage sur la gr&#232;ve, qui est rapidement devenu une r&#233;f&#233;rence&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-3' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; La gr&#232;ve froide &#187;, aux &#233;ditions d'or- ganisation, 1981 (r&#233;&#233;dit&#233; en 1994 aux (...)' id='nh1-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Puis il y a eu, en 2002, &#171; Les d&#233;cisions absurdes &#187;. Ce livre est nourri de cas que je connais pour les avoir moi-m&#234;me v&#233;cus. Il m'a fait conna&#238;tre d'un public plus large.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les d&#233;cisions absurdes &#187;, puis &#171; L'enfer de l'information ordinaire &#187; ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans la prestigieuse Biblioth&#232;que des sciences humaines de Pierre Nora.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, je n'avais aucune recommandation chez Gallimard. Il se trouve que les douze autres &#233;diteurs &#224; qui j'avais envoy&#233; le manuscrit des &#171; d&#233;cisions absurdes &#187; l'ont refus&#233;. Sans doute parce que les sciences humaines se vendent mal. En outre, il n'entrait dans aucune case des disciplines universitaires. C'est pourquoi je continue de d&#233;fendre ma d&#233;marche et ma libert&#233; : la recherche acad&#233;mique est corset&#233;e par un cloisonnement &#233;tanche. Dans mes travaux au contraire, je touche &#224; la fois &#224; la sociologie, &#224; la linguistique, aux sciences cognitives...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les cas que je traite sont tellement extraordinaires que je n'ai pas besoin d'en rajouter. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'humour n'est pas si courant chez les chercheurs. En tout cas dans leurs publications. Or, vos livres pourraient relever d'une anthologie de l'humour noir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est le sujet qui s'y pr&#234;te ! Les cas que je traite sont tellement extraordinaires que je n'ai pas besoin d'en rajouter pour &#234;tre dr&#244;le tout en restant fid&#232;le &#224; la r&#233;alit&#233; d&#233;crite. Cela dit, pour conclure sur mon parcours et les refus que j'ai essuy&#233;s de la part d'un certain nombre d'&#233;diteurs, je ne voudrais pas passer pour un sociologue maudit. Il faut savoir que des chercheurs comme Jean-Daniel Reynaud, Henri Mendras ou Raymond Boudon ont soutenu mes recherches depuis le d&#233;but. Et je ne suis pas tout &#224; fait le seul &#224; m'int&#233;resser &#224; ces sujets. Dominique Boullier, et je suis injuste en n'en citant qu'un, poursuit lui aussi des travaux sur les modes d'emploi &#224; l'Universit&#233; de Compi&#232;gne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier cercle de l'enfer de l'information, c'est donc les modes d'emploi, mais aussi les panneaux de signalisation, les boutons, les pictogrammes... Pourquoi toutes ces tentatives de nous simplifier la vie quotidienne finissent-elles par nous la compliquer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Prenons le cas le plus simple, celui des boutons : s'ils sont difficiles &#224; interpr&#233;ter, c'est parce qu'ils sont r&#233;gis par des codes linguistiques, avec tout ce que cela comporte d'arbitraire, d'ambigu&#239;t&#233;, voire de &#171; &lt;i&gt;grammaire&lt;/i&gt; &#187; dans le cas des boutons multifonctions, et non par des codes ergonomiques tendant vers l'universel. Quant aux modes d'emploi, il faut avoir &#224; l'esprit que la plupart des merveilles technologiques que nous utilisons font corps avec leur mode d'emploi : l'objet et sa documentation sont ins&#233;parables. Or tout se passe comme si la complexit&#233; avait &#233;t&#233; extraite de l'objet, de sa r&#233;alit&#233; technique, et transf&#233;r&#233;e vers l'information qui est indispensable pour profiter de toutes les fonctions offertes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; &lt;i&gt;tout automatique&lt;/i&gt; &#187; est donc un leurre...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La plupart du temps, puisqu'il faut savoir le faire fonctionner. Prenez le cas d'un v&#233;hicule moderne avec sa cl&#233; sans contact, son r&#233;gulateur de vitesse, ses comportements pr&#233;programm&#233;s... Si vous pr&#234;tez cette voiture &#224; un ami en lui expliquant que tout marche tout seul, je mets ma main &#224; couper qu'il vous appelle au bout de cinq minutes en vous expliquant qu'il ne comprend pas telle fonction ou qu'il n'arrive pas &#224; d&#233;marrer le v&#233;hicule. L'apprentissage existe mais il est toujours &#224; refaire ou &#224; reprendre car rien n'est adapt&#233; &#224; l'utilisation intermittente. Le probl&#232;me de la complexit&#233; est aussi celui de la diversit&#233;. Aujourd'hui, il y a plusieurs fa&#231;ons de mettre &#224; l'arr&#234;t un ordinateur, ou m&#234;me un v&#233;hicule... et on ne sait plus que faire !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Derri&#232;re chaque objet et son mode d'emploi, l'usager est per&#231;u comme un cr&#233;tin absolu et inerte qui a besoin d'&#234;tre assist&#233; massivement &#224; chaque &#233;tape. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors on se tourne vers le mode d'emploi, et... tout se complique encore plus !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Exactement. Derri&#232;re chaque objet et son mode d'emploi il y a cet aspect idiotproof : l'id&#233;e qu'il faut all&#233;ger au maximum la t&#226;che de l'utilisateur. C'est une des bonnes intentions dont est pav&#233; l'enfer de l'information. L'usager y est per&#231;u comme un cr&#233;tin absolu et inerte qui a besoin d'&#234;tre assist&#233; massivement &#224; chaque &#233;tape. N'en d&#233;plaise aux ing&#233;nieurs et aux ergonomes, l'usager reste un &#234;tre humain qui raisonne, qui cherche &#224; interpr&#233;ter ce qu'on lui dit, qui prend les devants. Ce qu'il y a de terrible et d'angoissant c'est que chaque &#233;volution technologique, chaque nouvelle version d'un produit ajoute une couche de complexit&#233;. J'&#233;voquais tout &#224; l'heure le fait que la plupart des documents &#171; &lt;i&gt;r&#233;troprojet&#233;s&lt;/i&gt; &#187; dans les entreprises durant les ann&#233;es 1980 &#233;taient illisibles : mais la vid&#233;o-projection et un logiciel comme PowerPoint ont aggrav&#233; le ph&#233;nom&#232;ne par l'insertion d'images qui subissent des r&#233;ductions successives, ou de polices de caract&#232;res qui deviennent illisibles, sans que l'utilisateur s'en aper&#231;oive. Vista est un outil infiniment plus complexe et difficile &#224; apprivoiser que Windows, tant il cherche &#224; anticiper, le plus souvent faussement, les intentions de son utilisateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Derri&#232;re ces erreurs, il y a toujours la m&#234;me image de l'homme d&#233;cal&#233; de la r&#233;alit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La science &#233;conomique avait mis au c&#339;ur de ses mod&#232;les un Homo economicus abstrait et rationnel, qui donnait toujours la m&#234;me r&#233;ponse aux stimuli qu'il recevait : la sociologie est d'ailleurs n&#233;e en partie pour corriger cette vision. Nous avons construit, souvent de fa&#231;on tr&#232;s &#233;labor&#233;e, un Homo informatus tout aussi chim&#233;rique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le deuxi&#232;me cercle de votre enfer, on trouve de nombreux travers journalistiques. Le plus visible d'entre eux est le mod&#232;le de l'histoire tronqu&#233;e, que vous introduisez par la &#171; &lt;i&gt;parabole du surfeur&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, dans les reportages sur le surf, le surfeur commence toujours par glisser sur la vague. Ensuite, il dispara&#238;t dans les flots. Et puis... plus rien ! On ne voit jamais un surfeur r&#233;appara&#238;tre. On ne sait pas ce qu'il devient. C'est exactement ce qui se passe chaque fois que les m&#233;dias couvrent un sujet br&#251;lant. Au moment o&#249; l'&#233;v&#233;nement se produit, accident ou crise, la couverture est abondante, parfois disproportionn&#233;e. Mais la fin de l'histoire ne nous est jamais racont&#233;e, alors m&#234;me qu'elle est porteuse de cons&#233;quences lourdes et qu'elle d&#233;tient souvent la cl&#233; de sa compr&#233;hension. Prenez le crash, en septembre 1998, du vol Swissair New York-Gen&#232;ve. En 2003, la publication du rapport officiel n'a quasiment pas &#233;t&#233; reprise. Et pourtant, le rapport en question concluait notamment &#224; l'inflammabilit&#233; d'un mat&#233;riau isolant, r&#233;put&#233; ininflammable, qui &#233;quipait un grand nombre d'avions. Qu'a-t-on fait depuis dans les appareils &#233;quip&#233;s du m&#234;me mat&#233;riau ? Nous ne le saurons jamais. L'histoire tronqu&#233;e est ainsi le mod&#232;le dominant du r&#233;cit journalistique. Son mod&#232;le inverse, l'histoire suivie, qui est brillamment illustr&#233; par certains m&#233;dias ou certains journalistes dans la tradition du narrative journalism am&#233;ricain, fait plut&#244;t figure de contre-exemple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez une explication ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord des raisons culturelles : le journaliste a en t&#234;te l'id&#233;e que la suite de l'histoire est inexistante ou n'est pas int&#233;ressante. Durant ma carri&#232;re industrielle, j'ai &#233;t&#233; confront&#233; &#224; un conflit social dur dans un contexte de fermeture d'usine. Les journalistes l'ont abondamment couvert, avec le pr&#233;suppos&#233; que sa violence &#233;tait telle qu'elle rendait tout d&#233;nouement impossible. R&#233;sultat : les n&#233;gociations et l'accord qui a suivi ont &#233;t&#233; totalement pass&#233;s sous silence...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 2 ao&#251;t 2005, &#224; Toronto par mauvais temps, un avion d'Air France a rat&#233; son atterrissage. Images spectaculaires, &#233;motion. Mais, lorsque le rapport officiel a &#233;t&#233; publi&#233;, tout r&#233;cemment, le 16 octobre 2007, il a &#233;t&#233; accueilli dans une indiff&#233;rence absolue. Or ses conclusions, plut&#244;t pr&#233;occupantes, dissipent la th&#232;se de la m&#233;sentente entre les pilotes qui pr&#233;valait jusque-l&#224;. Que dit le rapport ? Que, compte tenu des coordonn&#233;es du vol et des conditions m&#233;t&#233;orologiques, et si l'on se r&#233;f&#232;re au manuel de pilotage de l'appareil, les pilotes n'avaient pas une longueur de piste suffisante pour atterrir ! En effet la proc&#233;dure d'Air France, qui demande aux pilotes de calculer la longueur de l'atterrissage en fonction des conditions qui r&#232;gnent &#224; l'arriv&#233;e, ne les oblige pas &#224; recalculer cette longueur pendant le vol en fonction de l'&#233;volution de ces conditions. Le cas d'Air France est loin d'&#234;tre unique, puisque les autorit&#233;s am&#233;ricaines ont diffus&#233; une note d'alerte &#224; ce sujet. La fin de l'histoire &#233;tait la suivante : la proc&#233;dure d'atterrissage par mauvais temps n'est pas &#171; &lt;i&gt;robuste&lt;/i&gt; &#187;. Ne croyez-vous pas que cela int&#233;resse le public ? Moi-m&#234;me, j'ai propos&#233; le sujet &#224; certains m&#233;dias, y compris sous forme d'articles d&#233;j&#224; r&#233;dig&#233;s. En vain. C'&#233;tait un scoop mais il n'int&#233;ressait personne ! Je vous laisse juge...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'autres raisons expliquent-elles cette indiff&#233;rence &#224; la suite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a bien d'autres raisons : parmi les raisons culturelles, on peut ajouter que les crises sont plus facilement remarquables que les continuit&#233;s, le d&#233;but souvent plus visible que la fin et que l'instantan&#233; prime sur la dur&#233;e. Il y a aussi les conditions de production de l'information, qui font que beaucoup de sujets, curieusement, ne sont &#233;voqu&#233;s et repris que selon leur calendrier judiciaire, ou selon le calendrier tout court, dans un esprit de comm&#233;moration. Le drame de Minamata&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans les ann&#233;es 1950, la compagnie Chisso a d&#233;vers&#233; ill&#233;galement du mer- cure (...)' id='nh1-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, au Japon, a resurgi &#224; l'occasion d'un jugement. Le mod&#232;le de l'histoire suivie, qui passe souvent par le r&#233;cit d'une histoire collective, est par ailleurs p&#233;nalis&#233; dans l'&#233;conomie actuelle des m&#233;dias, puisqu'il exige des moyens importants d&#233;ploy&#233;s pendant de nombreuses ann&#233;es. &#192; la pr&#233;dominance de l'histoire tronqu&#233;e, on trouve aussi des motifs de l'ordre du marketing : ce pr&#233;suppos&#233; que le lecteur ou le t&#233;l&#233;spectateur &#233;tant par nature volatile et infid&#232;le, il faut que chacune des unit&#233;s d'information qui lui sont propos&#233;es - &#233;mission, &#233;pisode, article - soit autonome, car il ne sera peut-&#234;tre plus l&#224; demain. Les cons&#233;quences de l'histoire tronqu&#233;e sont lourdes, puisque l'usager des m&#233;dias ne dispose le plus souvent que d'une version appauvrie des faits, priv&#233;e de son sens v&#233;ritable et des le&#231;ons qu'il faut en tirer.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_219 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/morel-1.jpg&quot; title='Photos : Christophe Zaragoza' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/morel-1-e3f3d-45846.jpg' width='324' height='217' alt='Photos : Christophe Zaragoza' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-219 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;Photos : Christophe Zaragoza&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous explorez aussi l'enfer de la vulgarisation journalistique. Vous montrez, exemples &#224; l'appui, qu'elle privil&#233;gie toujours la description &#224; l'explication.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est en effet le mod&#232;le dominant de la vulgarisation technique et scientifique. Il est rare - mais, une nouvelle fois, il existe d'excellents contre-exemples - d'acc&#233;der de fa&#231;on claire aux causes des ph&#233;nom&#232;nes d&#233;crits. Vous trouverez beaucoup d'information sur les cyclones, sur leur itin&#233;raire et les dommages qu'ils provoquent. Rien ou presque, en revanche, sur la fa&#231;on dont ils se forment. Pour en revenir &#224; l'explosion en vol de Challenger, exemple d&#233;cid&#233;ment fertile en illustrations pour mes recherches, j'ai vu une incroyable animation qui montrait en ralenti artistique le ballet des morceaux et des &#233;clats de la fus&#233;e, dessinait la trajectoire pr&#233;cise de chacun d'eux : mais qui ne disait rien des causes de la catastrophe. Cette r&#233;ticence des journalistes &#224; entrer dans la complexit&#233; est particuli&#232;rement vive pour certaines disciplines, comme la neurologie ou la physique quantique, domaines o&#249; j'ai cherch&#233; en vain des vulgarisations claires. Il est vrai que ce sont des sujets tr&#232;s complexes. Le m&#234;me silence explicatif enveloppe la sociologie, mais c'est un fait que peu de sociologues font l'effort d'&#234;tre accessibles.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Quand on est impuissant &#224; expliquer, on essaye toujours de frapper l'imagination en employant les grands moyens. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'enfer de la vulgarisation il y a autant de &#171; bruits &#187; que de silences...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Quand on est impuissant, ou qu'on ren&#226;cle &#224; expliquer, on essaye toujours de frapper l'imagination en employant les grands moyens, que ce soit les nombres ou les unit&#233;s de mesure, ou bien en utilisant toutes sortes de comparaisons baroques. Vous trouverez ainsi un article sur la construction d'un pont qui rapporte son co&#251;t &#224; celui d'un certain nombre de terrains de base-ball ! On c&#232;de aussi &#224; la tentation de l'embellissement : c'est le cas des infographies luxuriantes et incompr&#233;hensibles de &lt;i&gt;USA Today&lt;/i&gt;. L'id&#233;e qu'un bon sch&#233;ma vaut mieux qu'un long discours est mise &#224; mal par les prouesses des graphistes qui pr&#233;f&#233;reront toujours un beau sch&#233;ma &#224; un bon sch&#233;ma. Ce d&#233;faut g&#233;n&#233;ral d'explication fait germer dans les esprits l'image de la bo&#238;te noire, de la main invisible, avec au bout la tentation de l'irrationnel : si on renonce &#224; expliquer clairement le darwinisme, il ne faut pas s'&#233;tonner de la r&#233;surgence des th&#232;ses cr&#233;ationnistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la th&#233;orie de l'information ordinaire qui conclut votre livre, vous accordez une large place &#224; une loi g&#233;n&#233;rale qui est d'ordre linguistique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Les travaux de linguistes modernes consid&#232;rent que le langage est n&#233; pour lier les hommes entre eux, et non pour informer. Les caract&#233;ristiques principales du langage humain sont la r&#233;cursivit&#233; - en gros la grammaire -, l'argumentation, l'ambigu&#239;t&#233;, le sens du r&#233;cit et la recherche esth&#233;tique. Or ces caract&#233;ristiques s'accordent mal avec les besoins de l'information ordinaire. En les &#233;liminant, les concepteurs de mode d'emploi ou les journalistes vont &#224; l'encontre de nos attentes d'&#234;tres humains p&#233;tris de langage. Et en les conservant, ils appauvrissent l'information d&#233;livr&#233;e. &#201;coutez les bulletins m&#233;t&#233;o de Jo&#235;l Collado sur &lt;i&gt;France Inter&lt;/i&gt; : chacun d'entre eux est un po&#232;me o&#249; une nature romantique d&#233;cha&#238;ne ses forces. Vous aurez plaisir &#224; l'&#233;couter, mais vous resterez dans le plus complet d&#233;sarroi quant &#224; la fa&#231;on de vous habiller ce jour-l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les graphistes pr&#233;f&#233;reront toujours un beau sch&#233;ma &#224; un bon sch&#233;ma. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le consommateur dans son enfer quotidien vous appara&#238;t finalement plus r&#233;sign&#233; que r&#233;volt&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a en effet un blues du consommateur, qui va se r&#233;signer &#224; une utilisation d&#233;grad&#233;e des objets technologiques, &#224; une information incompl&#232;te et priv&#233;e de sens. Mais il va aussi exercer comme un droit de retrait, ne consentir qu'&#224; une implication limit&#233;e. Il n'est pas dupe de sa condition d'Homo informatus. Et, surtout, il reste ouvert &#224; d'autres propositions. Il existe un public pr&#234;t &#224; acheter une information compl&#232;te, argument&#233;e, explicative...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le mod&#232;le &#8220;Wiki&#8221; de l'Internet collaboratif me semble plut&#244;t fiable pour sortir des impasses de la vulgarisation journalistique. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, de nouveaux outils s'offrent aujourd'hui &#224; lui pour sortir de l'enfer. Contrairement &#224; d'autres chercheurs qui le vouent aux g&#233;monies, vous paraissez plut&#244;t confiant dans les vertus d'Internet.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, et m&#234;me trois fois oui. Une fa&#231;on de r&#233;soudre les difficult&#233;s que soul&#232;ve la technologie est d'avoir recours &#224; ce que j'appelle des &#171; &lt;i&gt;conseillers officieux d'usage&lt;/i&gt; &#187;. Des parents, des amis qui vont vous aider &#224; ma&#238;triser le fonctionnement de votre logiciel ou de votre cafeti&#232;re. &#192; travers les blogs et les forums, Internet est un moyen tr&#232;s efficace d'&#233;largir ce cercle de conseillers &#224; la plan&#232;te enti&#232;re. Pas plus tard qu'il y a quelques semaines, cela m'a permis de configurer mon nouveau t&#233;l&#233;phone portable. Autre application de l'Internet, les moteurs de recherche qui vont vous permettre de renouer les fils d'une histoire tronqu&#233;e. La fin de l'histoire de l'atterrissage manqu&#233; de Toronto peut &#234;tre trouv&#233;e sur Google assez facilement, moyennant quelques t&#226;tonnements. Il est vrai que cela suppose une attitude active par rapport &#224; l'information. Et il faut ma&#238;triser l'anglais... Mais ce m&#233;dia &#233;volue si vite que de nouveaux outils permettront d'en trouver le bon usage. Dernier exemple : le mod&#232;le &#171; &lt;i&gt;Wiki&lt;/i&gt; &#187; de l'Internet collaboratif me semble plut&#244;t fiable, au moins en mati&#232;re d'information technique, pour sortir des impasses de la vulgarisation journalistique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; force de travailler sur ce qui devrait marcher, vous &#234;tes devenu le sp&#233;cialiste de ce qui ne marche pas. Allez-vous pers&#233;v&#233;rer longtemps dans cette voie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Figurez-vous que non ! Je m'int&#233;resse aujourd'hui &#224; l'extr&#234;me fiabilit&#233;, dans la lign&#233;e de l'&#233;cole de Berkeley, qui a montr&#233; que certaines organisations humaines ont d&#233;velopp&#233; une fiabilit&#233; exceptionnelle. Prenez le pont d'un porte-avions, qui est sans doute un des lieux les plus dangereux du monde : on y constate un taux d'accidents tr&#232;s faible au regard des al&#233;as existants. Pourquoi ? Parce que l'erreur n'est pas consid&#233;r&#233;e comme infamante. Au rebours de ce qui se passe dans la plupart des organisations, elle est porteuse d'une valeur positive : c'est le moyen d'un perfectionnement progressif. Mais il s'agit d'un sujet difficile : les voies de l'excellence sont beaucoup plus imp&#233;n&#233;trables que celles de la d&#233;faillance !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#171; Les d&#233;cisions absurdes &#187;, aux &#233;di- tions Gallimard, 2002.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-2' id='nb1-2' class='spip_note' title='Notes 1-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#171; L'enfer de l'information ordi- naire &#187;, aux &#233;ditions Gallimard, 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-3' id='nb1-3' class='spip_note' title='Notes 1-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#171; La gr&#232;ve froide &#187;, aux &#233;ditions d'or- ganisation, 1981 (r&#233;&#233;dit&#233; en 1994 aux &#233;ditions Octar&#232;s).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-4' id='nb1-4' class='spip_note' title='Notes 1-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Dans les ann&#233;es 1950, la compagnie Chisso a d&#233;vers&#233; ill&#233;galement du mer- cure dans la baie de Minamata, au Japon, occasionnant des milliers de victimes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Visibilit&#233;s et m&#233;dias</title>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>Les d&#233;bats sur la publicit&#233; donn&#233;e par les m&#233;dias &#224; la vie priv&#233;e des hommes et femmes politiques sont bien &#233;tranges. La vie priv&#233;e est une croyance r&#233;cente. Historiquement, elle est li&#233;e au triomphe de la bourgeoisie au xixe si&#232;cle. Les &#226;ges ant&#233;rieurs ne la connaissaient pas. Elle traduit l'extension &#224; la vie collective de l'intimit&#233; qui s'exprimait au confessionnal. De religion politique qu'il &#233;tait sous l'Ancien R&#233;gime, le christianisme est devenu au xixe si&#232;cle religion bourgeoise : la vie priv&#233;e s'est (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton437-31a53.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les d&#233;bats sur la publicit&#233; donn&#233;e par les m&#233;dias &#224; la vie priv&#233;e des hommes et femmes politiques sont bien &#233;tranges. La vie priv&#233;e est une croyance r&#233;cente. Historiquement, elle est li&#233;e au triomphe de la bourgeoisie au xixe si&#232;cle. Les &#226;ges ant&#233;rieurs ne la connaissaient pas. Elle traduit l'extension &#224; la vie collective de l'intimit&#233; qui s'exprimait au confessionnal. De religion politique qu'il &#233;tait sous l'Ancien R&#233;gime, le christianisme est devenu au xixe si&#232;cle religion bourgeoise : la vie priv&#233;e s'est impos&#233;e dans la soci&#233;t&#233; comme structure et comme valeur &#224; la faveur de ce passage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La notion de vie priv&#233;e suppose une coupure traversant l'homme, une dualit&#233; dans son existence. L'homme aristocratique, qui pr&#233;c&#233;da l'homme bourgeois, &#233;tait tout un. Un id&#233;al, aujourd'hui d&#233;chu, le traversait : il devait &#234;tre ce qu'il paraissait, il devait para&#238;tre ce qu'il &#233;tait. L'homme bourgeois, lui, se d&#233;double. Il n'est pas un, il est deux. La critique d&#233;velopp&#233;e par Marx contre l'id&#233;alisme et l'humanisme bourgeois est &#233;clairante : l'id&#233;ologie bourgeoise clive l'homme en homme priv&#233;, d'un c&#244;t&#233;, et citoyen de l'autre. Ces deux entit&#233;s entrent en conflit dans le m&#234;me &#234;tre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les pol&#233;miques sur la repr&#233;sentation m&#233;diatique de la vie priv&#233;e des politiques se font inconsciemment l'&#233;cho de cette coupure d&#233;finissant l'homme bourgeois, tout en la d&#233;pla&#231;ant. Ils pr&#233;supposent que le d&#233;tenteur du pouvoir est double, &#224; l'instar de chaque &#234;tre humain : il serait, par moments, un homme priv&#233; et, par moments, un homme public. Ses actes d'homme ordinaire - amours, go&#251;ts, vie familiale, vacances - s'inscriraient dans sa vie priv&#233;e quand seuls ses actes politiques ressortiraient de sa vie publique. Les moraliseurs proclament alors : les citoyens n'ont que les seconds &#224; conna&#238;tre ; la vie priv&#233;e du prince n'est pas un fait politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette attitude moralisatrice combine l'erreur &#224; l'ignorance. L'Ancien R&#233;gime consid&#233;rait que le roi poss&#233;dait r&#233;ellement deux corps. Deux corps unis dans la m&#234;me vie, dont la mort marquait le divorce. &#171; &lt;i&gt;Le roi est mort, vive le roi !&lt;/i&gt; &#187; : son corps biologique a cess&#233; de vivre, mais pas son corps mystique, qui perp&#233;tue son existence dans l'h&#233;ritier. Les commentateurs du jour pr&#233;supposent au contraire que le prince n'a qu'un seul corps mais qu'il poss&#232;de r&#233;ellement deux vies, la vie priv&#233;e et la vie publique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le roi de France, lui, n'en poss&#233;dait qu'une : sa vie de roi, publique de part en part, jusque sur la chaise perc&#233;e. Tout d&#233;tenteur du pouvoir peut &#234;tre appel&#233; prince. Les moralisateurs incendiaires, qui s'en prennent r&#233;guli&#232;rement &#224; l'exposition m&#233;diatique de la vie priv&#233;e des gouvernants, m&#233;connaissent tout &#224; la fois l'histoire (que nous venons de rappeler), les exigences de la communication et l'essence de la politique. Ils oublient - ce que Machiavel nous enseigne - la connexion entre l'exposition de la vie priv&#233;e et la nature du pouvoir politique : publiques &#233;taient les amours de Louis XIV ou de Napol&#233;on, et l'Empereur ayant &#233;t&#233; un romantique, ses chagrins comme ses pleurs &#233;taient &#233;galement publics. Le prince n'est pas un fonctionnaire ou un bureaucrate cessant d'&#234;tre prince le soir tomb&#233;. Il continue de l'&#234;tre, m&#234;me quand il dort. Parce que le pouvoir n'est ni une fonction, ni un emploi, mais un r&#244;le.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La critique des moralisateurs demeure inf&#233;od&#233;e aux conceptions de l'existence dat&#233;es du xixe si&#232;cle. Les formes contemporaines de l'exhibition de la vie priv&#233;e marquent la fin d'une parenth&#232;se. Nous vivons le cr&#233;puscule de la vision bourgeoise de la vie. Une nouvelle forme de la visibilit&#233; s'impose. C'est elle qu'il faut interroger - en demandant : qu'est-ce que la visibilit&#233;, l'exposition m&#233;diatique ? Quelle doit &#234;tre son &#233;thique ? -, plut&#244;t que de r&#233;primander la d&#233;rive m&#233;diatique sur fond de nostalgie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La France face aux g&#233;ants de l'hyperm&#233;dia </title>
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		<dc:date>2008-10-02T09:52:58Z</dc:date>
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		<dc:subject>Radio/T&#233;l&#233;</dc:subject>

		<description>&#192; la veille des &#233;tats g&#233;n&#233;raux de la presse pr&#233;vus cet automne, M&#233;dias fait le point sur cette &#171; industrie strat&#233;gique qui m&#233;rite d'&#234;tre d&#233;velopp&#233;e &#187;, selon Nicolas Sarkozy. Tour d'horizon des grands groupes mondiaux, o&#249; la France fait encore figure de nain h&#233;mipl&#233;gique face &#224; des Gulliver m&#233;diatiques parfois plus audacieux. &#171; Le probl&#232;me de la France, c'est que nous n'avons pas de groupes de communication fran&#231;ais de dimension internationale. &#187; &#192; la veille du Congr&#232;s de Versailles, le pr&#233;sident de la R&#233;publique (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&#192; la veille des &#233;tats g&#233;n&#233;raux de la presse pr&#233;vus cet automne, M&#233;dias fait le point sur cette &#171; industrie strat&#233;gique qui m&#233;rite d'&#234;tre d&#233;velopp&#233;e &#187;, selon Nicolas Sarkozy. Tour d'horizon des grands groupes mondiaux, o&#249; la France fait encore figure de nain h&#233;mipl&#233;gique face &#224; des Gulliver m&#233;diatiques parfois plus audacieux.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le probl&#232;me de la France, c'est que nous n'avons pas de groupes de communication fran&#231;ais de dimension internationale.&lt;/i&gt; &#187; &#192; la veille du Congr&#232;s de Versailles, le pr&#233;sident de la R&#233;publique a, comme &#224; son habitude, allum&#233; une fus&#233;e &#224; plusieurs &#233;tages. Dans une interview au Monde, le 17 juillet 2008, il l&#226;che du lest pour faire d&#233;coller la montgolfi&#232;re constitutionnelle, et lance quelques p&#233;tards pour l'automne. &#171; &lt;i&gt;Les journaux ont de moins en moins de lecteurs, de moins en moins de publicit&#233;, et de plus en plus de difficult&#233;s &#224; vivre&lt;/i&gt; &#187;, dit-il, avant de d&#233;cr&#233;ter en cons&#233;quence la d&#233;mocratie en danger.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le constat est flagrant, mais &#224; nuancer. Entre 1998 et 2007, le taux de p&#233;n&#233;tration des lecteurs de magazines ne recule que de 97 % &#224; 96 %, et celui des quotidiens de 21 % &#224; 18 %. Les investissements publicitaires, eux, sont pass&#233;s de 3,7 Mde en 1997 &#224; 4,3 Mde dix ans plus tard, soit une hausse de 14,8 % selon Irep-France Pub. C'est une stagnation, compte tenu de l'inflation, qui se traduit par une baisse de la part de march&#233; de l'&#233;crit de 15,6 % &#224; 13,4 % dans l'ensemble du g&#226;teau publicitaire. Avant tout au profit d'Internet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le taux de rentabilit&#233; des quotidiens europ&#233;ens est de 13,3 %, contre 2,5 % en France, souligne un banquier sp&#233;cialiste des m&#233;dias, et le taux moyen europ&#233;en est de 12,8 % pour les magazines, contre 7,5 % pour les titres fran&#231;ais.&lt;/i&gt; &#187; D'o&#249; des r&#233;ductions de postes qui s'acc&#233;l&#232;rent depuis l'arriv&#233;e des gratuits, pour maintenir de faibles marges.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le probl&#232;me est mondial. La presse quotidienne am&#233;ricaine a supprim&#233; 4 000 emplois, pour les seuls mois de mai, juin, et juillet. Dont 100 d&#233;parts au &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt;, 50 &#224; &lt;i&gt;USA Today&lt;/i&gt;, et autant au &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;, tandis que 100 autres sont pr&#233;vus au &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; d'ici &#224; la fin de l'ann&#233;e. R&#233;sultat, les paginations sont r&#233;duites. Plus courts, les articles se replient sur les informations locales.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; En France, seuls deux quotidiens nationaux, L'Equipe et Les Echos, sont be&#769;ne&#769;ficiaires. Or il n'est d'inde&#769;pendance qu'e&#769;conomique et financie&#768;re. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, les quotidiens et les hebdomadaires allemands ont vu leur diffusion baisser de 31,4 millions par jour en 1997, &#224; 26 millions en 2007, soit moins 17 %. Mais sur la m&#234;me p&#233;riode le quotidien &lt;i&gt;Suddeutsche Zeitung&lt;/i&gt; et l'hebdomadaire &lt;i&gt;Die Zeit&lt;/i&gt; ont progress&#233; de 8 et 7 %. Pas de fatalit&#233;, donc, la cr&#233;ativit&#233; paie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France seuls deux quotidiens nationaux, &lt;i&gt;L'&#201;quipe&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt;, sont b&#233;n&#233;ficiaires. Or, il n'est d'ind&#233;pendance qu'&#233;conomique et financi&#232;re, ce qui pose un probl&#232;me de fond pour la presse d'information. Non content de garantir d&#233;sormais dans la Constitution &#171; &lt;i&gt;la libert&#233;, le pluralisme, et l'ind&#233;pendance des m&#233;dias&lt;/i&gt; &#187; &#224; l'article 34, Nicolas Sarkozy a propos&#233; des &#233;tats g&#233;n&#233;raux de la presse &#233;crite qui aborderont trois th&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;quilibre &#233;conomique et financier, tout d'abord, et notamment les co&#251;ts de production. &#171; &lt;i&gt;Nous avons les journaux les moins bien diffus&#233;s du monde&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare le Pr&#233;sident. La distribution sera donc la deuxi&#232;me &#233;tape de ce marathon : NMPP, rar&#233;faction des points de vente, d&#233;veloppement du portage. Celui-ci ne repr&#233;sente que 22 % de la diffusion en France, alors que la PQR a construit son succ&#232;s sur ce syst&#232;me, tel &lt;i&gt;Le T&#233;l&#233;gramme&lt;/i&gt; dont 70 % de la diffusion est assur&#233;e par portage. Troisi&#232;me point, passer le cap de la r&#233;volution num&#233;rique, qui devrait provoquer de rudes n&#233;gociations sur les droits d'auteur des journalistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le domaine digital, les performances sont in&#233;gales. &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; tire un joli 13 % de ses revenus d'Internet, alors que &lt;i&gt;Elle.fr&lt;/i&gt; ne r&#233;colte que 1 million de visiteurs uniques, lorsque &lt;i&gt;auFeminin.com&lt;/i&gt; caracole &#224; 5,5 millions fin 2007. L'arriv&#233;e de Didier Quillot &#224; la t&#234;te de Lagard&#232;re Active change la donne, mais son objectif de &#171; &lt;i&gt;r&#233;aliser entre 5 % et 10 % des ventes dans le num&#233;rique fin 2009&lt;/i&gt; &#187; reste en de&#231;&#224; de l'allemand Burda (2,2 Mde) qui atteint d&#233;j&#224; 16 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le grand groupe de communication fran&#231;ais Lagard&#232;re n'a pas de t&#233;l&#233;vision et le grand groupe de t&#233;l&#233;vision fran&#231;ais Bouygues n'a pas de presse. Quant au groupe de t&#233;l&#233;vision Canal+, il n'est pr&#233;sent qu'en France&lt;/i&gt; &#187;, affirme Nicolas Sarkozy. Le poids lourd TF1, avec ses 30,8 % d'audience, et surtout, sa part de march&#233; publicitaire de 55 % en 2007, fait figure de nain h&#233;mipl&#233;gique d&#232;s que l'on quitte l'Hexagone. Le p&#244;le t&#233;l&#233; de Bouygues (2,7 Mde) est en effet &#233;quivalent au britannique ITV, mais plus petit que l'allemand RTL (5,7 Mde), ou que l'italien Mediaset (4 Mde). Il n'est d'autre part puissant que dans l'audiovisuel, m&#234;me s'il a eu la bonne id&#233;e de prendre une participation dans le quotidien gratuit &lt;i&gt;Metro&lt;/i&gt; (34 % du capital). Tout comme &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; a eu l'intelligence de s'asseoir au tour de table de &lt;i&gt;20 Minutes&lt;/i&gt; (&#224; hauteur de 50 %).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant au groupe Lagard&#232;re, num&#233;ro un fran&#231;ais (8,5 Mde), s'il joue gagnant dans les magazines (&lt;i&gt;Elle, Psychologies, Car and Driver&lt;/i&gt;...), le livre (Grasset, Fayard, Harrap's...) et la distribution (Relay, Virgin...), il a rat&#233; le train de la t&#233;l&#233; (sauf 20 % dans &lt;i&gt;Canal+ France&lt;/i&gt;). En face, l'allemand Bertelsmann, num&#233;ro un europ&#233;en (18,8 Mde), creuse l'&#233;cart, m&#234;me si son b&#233;n&#233;fice net a &#233;t&#233; divis&#233; par six par rapport &#224; 2006. Le num&#233;ro 5 mondial des m&#233;dias est mieux diversifi&#233;, gr&#226;ce &#224; sa forte pr&#233;sence dans l'audiovisuel qui p&#232;se 30 % de ses revenus, et 139 % de son r&#233;sultat net ! Avec les cha&#238;nes allemandes, mais aussi via &lt;i&gt;M6&lt;/i&gt; en France, &lt;i&gt;RTL Nederland&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Antena 3&lt;/i&gt; en Espagne. Sa branche presse &#233;crite Gruner + Jahr a g&#233;n&#233;r&#233; 2,8 Mde d'activit&#233;, dont 585 Me pour la filiale fran&#231;aise, Prisma Presse (&lt;i&gt;G&#233;o, Gala, Capital&lt;/i&gt;...).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;G+J &#233;dite 285 titres dans 20 pays, un chiffre &#224; comparer avec les 230 titres dans 42 pays de Lagard&#232;re Active, qui affichent un chiffre d'affaires de 2,2 Mde. Cette diff&#233;rence de taille se retrouve entre l'hebdomadaire &lt;i&gt;Stern&lt;/i&gt;, vendu &#224; 1 million d'exemplaires, avec 4 880 pages de pub par an, et &lt;i&gt;Match&lt;/i&gt;, diffus&#233; &#224; 736 000 exemplaires avec 1 760 pages de pub en 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais avec Lagard&#232;re et Vivendi (21,6 Mde), maison m&#232;re de&lt;i&gt; Canal&lt;/i&gt; et d&#233;tentrice de 18 % de l'am&#233;ricain&lt;i&gt; NBC&lt;/i&gt;, on a bien affaire &#224; deux g&#233;ants de l'hyperm&#233;dia. M&#234;me si Vivendi, actionnaire principal de SFR, leader mondial du jeu avec Activision Blizzard, et num&#233;ro un mondial du disque avec Universal, que les Rolling Stones viennent de rejoindre, n'est pas ce que l'on appelle un pure player. Ce ne sont pas pour autant de petits joueurs, comme en t&#233;moigne leur chiffre d'affaires r&#233;alis&#233; &#224; l'international, 63 % et 38 % respectivement.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Personne ne peut pre&#769;tendre e&#769;galer Rupert Murdoch, le Charles Quint des me&#769;dias, qui ne voit jamais le soleil se coucher sur son empire. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes confront&#233;s &#224; Murdoch et &#224; des g&#233;ants de cette nature&lt;/i&gt; &#187;, mart&#232;le &#224; juste titre le chef de l'&#201;tat, en ajoutant qu'il n'est &#171; &lt;i&gt;pas ill&#233;gitime de vouloir favoriser l'&#233;mergence de groupes de communication forts&lt;/i&gt; &#187;. Personne ne peut cependant pr&#233;tendre &#233;galer Rupert Murdoch, le Charles Quint des m&#233;dias, qui ne voit jamais le soleil se coucher sur son empire baptis&#233; NewsCorp (21,2 Mde). Pr&#233;sent dans tous les pays de l'h&#233;misph&#232;re Nord, sur tous les supports (180 journaux, 15 TV...), et tous les segments : le haut de gamme avec &lt;i&gt;The Times&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;, ou le grand public avec&lt;i&gt; The Sun&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;New York Post&lt;/i&gt;. Sans oublier le livre (Harper Collins), le cin&#233;ma (Twentieth Century Fox), ou l'Internet (MySpace et ses 115 millions de visiteurs uniques).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; cette &#233;chelle, &#171; &lt;i&gt; il n'y a pas assez de concentration dans les m&#233;dias fran&#231;ais,&lt;/i&gt; confie Franck Louvrier, le directeur de la communication de l'&#201;lys&#233;e. &lt;i&gt;Il faut autoriser les groupes audiovisuels &#224; poss&#233;der de la presse &#233;crite, et le seuil qui emp&#234;che une t&#233;l&#233;vision de d&#233;tenir plus de 49 % du capital pourrait venir dans les d&#233;bats&lt;/i&gt; &#187;. Autant de verrous &#224; faire sauter pour redonner du tonus &#224; un secteur strat&#233;gique, qui doit se d&#233;velopper plus rapidement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, apr&#232;s avoir amorc&#233; la r&#233;organisation de l'audiovisuel ext&#233;rieur d&#232;s le lendemain de son &#233;lection, Nicolas Sarkozy a mis les pieds dans le PAF le 8 janvier, en revoyant le financement de la t&#233;l&#233;vision publique. Il s'attaque maintenant aux probl&#232;mes de la presse &#233;crite. En trois temps, le pr&#233;sident de la R&#233;publique aura donc remodel&#233; le paysage m&#233;diatique fran&#231;ais. &#192; son image, c'est-&#224;-dire en mouvement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;
Thierry Dussard est journaliste et ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; Sciences Po.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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