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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>C'est le parler vrai qui pla&#238;t aux m&#233;dias</title>
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		<dc:subject>Grand entretien</dc:subject>
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		<description>Dany le Rouge, Cohn-Bendit le Vert, t&#233;nor du Parlement europ&#233;en et toujours enfant ch&#233;ri des m&#233;dias. Il revient sur quarante ann&#233;es de liaisons parfois dangereuses avec les m&#233;dias. Vous avez toujours eu de bons rapports avec les m&#233;dias, comment l'expliquez-vous ? C'est facile &#224; expliquer mais je ne sais pas si c'est facile &#224; entendre. J'ai une relation naturelle avec les journalistes. Je leur parle comme &#224; n'importe qui. &#199;a leur pla&#238;t. Une complicit&#233; s'instaure puisque je n'ai rien &#224; leur vendre et je (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton465-368bd.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Dany le Rouge, Cohn-Bendit le Vert, t&#233;nor du Parlement europ&#233;en et toujours enfant ch&#233;ri des m&#233;dias. Il revient sur quarante ann&#233;es de liaisons parfois dangereuses avec les m&#233;dias.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez toujours eu de bons rapports avec les m&#233;dias, comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est facile &#224; expliquer mais je ne sais pas si c'est facile &#224; entendre. J'ai une relation naturelle avec les journalistes. Je leur parle comme &#224; n'importe qui. &#199;a leur pla&#238;t. Une complicit&#233; s'instaure puisque je n'ai rien &#224; leur vendre et je dis ce que je pense. C'est &#231;a qui a construit mon image. Un peu avant 1968, le syndicalisme &#233;tudiant &#233;tait langue de bois. Avec moi, c'&#233;tait autre chose. J'&#233;tais diff&#233;rent, je parlais autrement, je rigolais. Les m&#233;dias m'ont instrumentalis&#233; parce qu'ils ont eu quelque chose de diff&#233;rent &#224; raconter, en passant par quelqu'un de neuf, et j'ai fait la m&#234;me chose, parce qu'avec eux, je pouvais faire avancer le schmilblick. Mais cette utilisation r&#233;ciproque, parfaitement consciente, a cr&#233;&#233; une connivence objective entre eux et moi.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Cette utilisation r&#233;ciproque, parfaitement consciente, a cre&#769;e&#769; une connivence objective entre les m&#233;dias et moi. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes plus qu'un bon client alors ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S&#251;rement. Parce que je ne fais pas de diff&#233;rence entre le off et le in. Et comme je n'arrive pas &#224; me taire et que je raconte tout, &#231;a pla&#238;t. C'est aussi simple que cela.
Comment une relation de quarante ans ne s'use-t-elle pas ? Parce que je ne me suis pas laiss&#233; enfermer dans le pi&#232;ge d&#233;mentiel de Mai 68. Je ne pouvais pas raconter pendant quarante ans la rue Soufflot et les pav&#233;s du Quartier latin... J'ai eu un parcours, une &#233;volution, des ruptures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis le seul &#224; avoir &#233;t&#233; candidat en Allemagne, puis en France, en Allemagne &#224; nouveau, et encore en France. France-Allemagne : 2-2 ! Tout le monde se dit : &#171; &lt;i&gt;Comment fait-il ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? C'est int&#233;ressant.&lt;/i&gt; &#187; La structure est toujours la m&#234;me, mais il y a une nouvelle histoire, un nouveau discours que je greffe sur la m&#234;me personnalit&#233;. Et puis, avec l'&#226;ge, je m'exprime autrement. &#199;a suscite une certaine curiosit&#233;. On peut dire que je sais perp&#233;tuellement me repositionner de mani&#232;re &#224; redevenir int&#233;ressant.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_198 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/CB_1.jpg&quot; title='photo : Bruno L&#233;vy' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/CB_1-a4cd2-ebaa0.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Bruno L&#233;vy' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-198 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Bruno L&#233;vy&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;t&#233; pr&#233;curseur de l'utilisation des m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On cite toujours Nicolas Sarkozy en &#171; &lt;i&gt;exemple&lt;/i&gt; &#187;, mais en y regardant de plus pr&#232;s, c'est ce que vous faites depuis des ann&#233;es. La comparaison est dangereuse ! Il est vrai que Sarkozy en impose par son incroyable pr&#233;sence. Il se donne &#224; fond, &#231;a surprend, on a l'impression qu'il ne calcule rien, alors que c'est tout le contraire. Il a un m&#233;pris total pour les m&#233;dias, et pas seulement pour eux d'ailleurs. Or, les journalistes sont souvent tr&#232;s masos : plus on leur marche dessus, plus ils aiment. Moi, par contre, je ne m&#233;prise pas les journalistes, je les aime bien. Et je ne viens pas pour leur fourguer mon message. Ils font partie de l'espace, de l'explication, du d&#233;chiffrage politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il ne vous s&#233;duit en rien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le personnage, quelque part, me fascine. Il y a quelques semaines, devant les pr&#233;sidents de groupes du Parlement europ&#233;en, il a expliqu&#233; la G&#233;orgie, la Russie, les n&#233;gociations. C'&#233;tait une incroyable pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre ! Si j'avais ouvert mon portable pour enregistrer sa prestation, je serais millionnaire ! Toutes les t&#233;l&#233;s du monde l'auraient pass&#233;e en boucle. C'est Luchini en politique, assez ph&#233;nom&#233;nal. Apr&#232;s son num&#233;ro, il encha&#238;ne et me dit : &#171; &lt;i&gt;Tu sais, Daniel, dans ce que pr&#233;tendent les m&#233;dias, il y a une chose qui est vraie, je fais tout.&lt;/i&gt; &#187; Clac, comme &#231;a !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que lui r&#233;pondez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#199;a se voit, et c'est pour &#231;a que &#231;a ne marche pas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il trouve que vous avez pris du ventre et pas lui : il vous a vraiment dit &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jamais. D'apr&#232;s Le Canard, il pr&#233;tend que je suis le plus embourgeois&#233;. C'est quand m&#234;me invraisemblable ! C'est lui qui va passer ses vacances dans la villa de Carla Bruni...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Sarkozy veut se&#769;duire tout le monde, me&#770;me ceux qu'il hait. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes jaloux car vous n'avez pas &#233;pous&#233; Carla Bruni ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, elle n'est pas mon genre. M&#234;me si j'ai bien aim&#233; son premier disque. Honn&#234;tement, je ne suis pas du tout envieux. Notre similitude, c'est la pr&#233;sence physique, un certain don oratoire. Et la tentative de s&#233;duction. Sauf que la mienne vise les gens que j'aime bien. Lui veut s&#233;duire tout le monde, m&#234;me ceux qu'il hait. Lorsque je lui rentre dedans &#224; Strasbourg, &#224; propos de la Chine, il me t&#233;l&#233;phone le lendemain, en me disant : &#171; &lt;i&gt;Tu dois comprendre, c'est le m&#234;me combat, on va d&#233;fendre la liste des dissidents, je te rappellerai avant mon d&#233;part pour faire le point.&lt;/i&gt; &#187; Il m'appelle la veille de son voyage pour m'expliquer ce qu'il va faire, et &#224; son retour pour me rendre compte de ses discussions. Il ne supporte pas...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;...Qu'on ne l'aime pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas seulement. Strasbourg, c'&#233;tait formidable. Quand j'ai pris la parole, Bernard Kouchner, que je connais depuis longtemps, chuchote &#224; Sarko : &#171; &lt;i&gt;Fais gaffe, il a l'&#233;motion pour lui, &#231;a va passer comme &#231;a &#224; la t&#233;l&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Sarko se dit que, s'il me rentre dedans, il est foutu. Il n'a pas support&#233; que l'&#233;motion change de camp. Lui qui &#233;tait sur le registre : &#171; &lt;i&gt;Moi je vais changer la politique, les droits de l'homme...&lt;/i&gt; &#187; Tout d'un coup, il devenait le Giscard-Mitterrand-Helmut Schmidt traditionnel de la real politik que personne ne veut plus entendre, et que personne ne supporte. C'est cette image-l&#224; qu'il voulait gommer en &#233;tant gentil avec moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce fonctionnement avec les m&#233;dias est identique en France et en Allemagne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Allemagne, on attend une presse un peu moins excit&#233;e, moins centralis&#233;e aussi puisqu'il n'y a pas l'&#233;quivalent, l&#224;-bas, de la presse parisienne. Mais en France comme outre-Rhin, c'est le parler vrai qui pla&#238;t aux m&#233;dias. Pas celui qui est tactique, right or wrong, mais celui qui dit les choses telles qu'il les pense.
Vous avez une attitude diff&#233;rente face &#224; un journaliste allemand et &#224; un fran&#231;ais ? Non, je suis confront&#233; au m&#234;me type de presse, et donc, j'ai le m&#234;me genre de relation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les journalistes aussi sont les m&#234;mes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au bout du compte, ce sont en effet les m&#234;mes. La diff&#233;rence est ailleurs. Je suis tr&#232;s connu en Allemagne, mais j'ai davantage marqu&#233; l'histoire en France. Quand je me balade avec ma femme &#224; Paris, elle est toujours fascin&#233;e - parfois &#233;nerv&#233;e aussi - parce que des gens, souvent des femmes, m'abordent en disant : &#171; &lt;i&gt;Ah ! vraiment, tu m'as sauv&#233; la vie !&lt;/i&gt; &#187; Des trucs &#224; la fois justes et d&#233;lirants. Les m&#233;dias sont conscients du fait que, gr&#226;ce &#224; mon appartenance &#224; cette histoire, et &#224; cette capacit&#233; &#224; r&#233;sister aux rides politiques, je continue d'exercer une certaine fascination. Elle est moins grande en Allemagne.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_199 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/CB_2.jpg&quot; title='photo : Bruno L&#233;vy' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/CB_2-aef18-f088a.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Bruno L&#233;vy' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-199 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Bruno L&#233;vy&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quarante ans, avez-vous constat&#233; une &#233;volution des journalistes eux-m&#234;mes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Beaucoup appartiennent &#224; la g&#233;n&#233;ration des ann&#233;es 1960, la mienne. Nous avons v&#233;cu les m&#234;mes choses. La jeune g&#233;n&#233;ration, elle, a envie de les d&#233;poussi&#233;rer. Ceux-l&#224; ont tendance &#224; trouver que l'on m'a assez vu. Pourtant, ils ressortent souvent diff&#233;rents d'une discussion avec moi. Ils comparent. Se disent : &#171; &lt;i&gt;Hier, on a pass&#233; une heure avec un jeune politique de 35 ans et on s'est ennuy&#233;s..&lt;/i&gt;. &#187; Ils sont toujours surpris par le fait qu'on puisse &#234;tre vieux physiquement et jeune dans la t&#234;te. Ils sont surpris par mon c&#244;t&#233; direct et, pour le coup, assez rare en politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette sinc&#233;rit&#233; vous a jou&#233; des tours ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous l'avez parfois regrett&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pas de regrets parce que je ne peux pas agir autrement. Mais j'ai quand m&#234;me eu une exp&#233;rience traumatisante, juste apr&#232;s l'affaire Joschka Fischer&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Joschka Fischer, alors ministre des Affaires e&#769;trange&#768;res et ami de Daniel (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. En 1975, j'avais sorti &#171; Le Grand Bazar&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Le Grand Bazar &#187;, aux e&#769;ditions Belfond, 1975.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187;, dans lequel figurait un passage provocateur sur l'&#233;ducation sexuelle des enfants. Vu aujourd'hui, c'est compl&#232;tement incompr&#233;hensible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, toute la presse avait parl&#233; du livre sans m&#234;me &#233;voquer ce passage. &#199;a n'avait choqu&#233; personne ! Bettina R&#246;hl, la fille de Ulrike Meinhof&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Bettina Ro&#776;hl, fille de la terroriste allemande Ulrike Meinhof, e&#769;tait partie (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, en Allemagne, est tomb&#233;e, vingt-cinq ans plus tard, sur les bonnes feuilles du livre que mon &#233;diteur, &#224; l'&#233;poque, avait vendues &#224; un magazine friand de femmes d&#233;nud&#233;es. Elle a propos&#233; le &#171; &lt;i&gt;scoop&lt;/i&gt; &#187; au Spiegel et au Bild. Ils m'ont interrog&#233; et en ont conclu qu'il n'y avait pas de quoi fouetter un chat : &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait l'&#233;poque, et d'ailleurs, c'est illisible aujourd'hui.&lt;/i&gt; &#187; Et puis l'histoire s'est envol&#233;e en Angleterre, et de l&#224;, est arriv&#233;e sur le bureau de Jacqueline R&#233;my &#224; L'Express. Elle m'appelle, souhaite me voir. J'&#233;tais en campagne &#233;lectorale pour soutenir les Verts &#224; Grenoble. Elle vient jusqu'&#224; mon h&#244;tel. Elle est m&#234;me mont&#233;e dans ma chambre parce qu'il n'y avait pas de place au salon. Je lui explique le contexte. Je prends soin &#233;galement de lui pr&#233;ciser que les parents des enfants de l'&#233;poque ont r&#233;dig&#233; un texte pour dire que cette histoire &#233;tait compl&#232;tement folle - vous vous doutez que nous en avions discut&#233;. Bref, elle avait tous les &#233;l&#233;ments en main, mais elle en a quand m&#234;me fait tout un plat. Ceci dit, le pire a &#233;t&#233; le 20 heures de TF1, programm&#233; depuis longtemps puisque je soutenais les Verts pour la campagne municipale. La premi&#232;re question de Jean-Claude Narcy a &#233;t&#233; : &#171; &lt;i&gt;&#202;tes-vous un p&#233;dophile ?&lt;/i&gt; &#187; Pas mal, non ? J'aurais peut-&#234;tre d&#251; &#233;couter mon entourage puisque tout le monde m'avait d&#233;conseill&#233; de m'y rendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous y &#234;tes all&#233; quand m&#234;me...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait sur la place publique. J'avoue que j'ai pris un coup dans l'estomac.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment avez-vous r&#233;agi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je lui ai &#233;videmment r&#233;pondu que je n'&#233;tais pas p&#233;dophile ! Pour la premi&#232;re fois, j'ai senti que cette journaliste, R&#233;my, et lui, Narcy, alors qu'ils avaient tous les &#233;l&#233;ments en leur possession, voulaient me d&#233;truire. C'est une des rares fois o&#249; j'ai &#233;t&#233; confront&#233; &#224; l'instinct de destruction des m&#233;dias. L'Express &#233;tait, &#224; l'&#233;poque, sur un terrain tr&#232;s souverainiste, en pleine guerre avec Le Monde, et cassait du pro-europ&#233;en. La pol&#233;mique a rebondi en Angleterre. Une journaliste de &lt;i&gt;l'Independent&lt;/i&gt;, &#224; qui je n'ai jamais parl&#233;, a fait un article extraordinaire : &#171; &lt;i&gt;Vous voulez des textes des ann&#233;es 70 ?&lt;/i&gt; &#187; demandait-elle dans son papier. Et elle a sorti des &#233;crits f&#233;ministes des ann&#233;es 1960, des trucs sur la sexualit&#233;, ce qu'il fallait faire avec les enfants... Ce que j'avais &#233;crit relevait, si j'ose dire, de l'enfantillage !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment l'avez-vous v&#233;cu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tr&#232;s mal. J'&#233;tais au bord de la rupture. Et puis, &#224; Francfort, des parents et leurs enfants ont publi&#233; une tribune de soutien. Ce qui est extraordinaire, c'est que je n'ai pas eu le temps de souffler que c'&#233;tait d&#233;j&#224; d&#233;gonfl&#233;. Sur le moment, l'affaire a pris une ampleur incroyable, Lib&#233; a sorti son num&#233;ro sp&#233;cial o&#249; ils balayaient devant leur porte, mais huit jours apr&#232;s, c'&#233;tait fini.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a n'a pas alt&#233;r&#233; la confiance que vous accordez aux journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils ont &#233;t&#233; deux &#224; m'attaquer. Tous les autres m'ont d&#233;fendu. Je me souviens de Bernard Pivot, qui avait &#233;crit dans le Journal du Dimanche sur le th&#232;me &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes compl&#232;tement cingl&#233;s, n'oubliez pas que c'&#233;taient les ann&#233;es 70 !&lt;/i&gt; &#187; Et de Sollers aussi, qui m'avait rassur&#233; en disant : &#171; &lt;i&gt;Tu sais Dany, quand il n'y a rien, il n'y a rien, et quand il y a rien, &#231;a s'arr&#234;te.&lt;/i&gt; &#187; J'ai appris que si certains journalistes veulent te rentrer dedans, la majorit&#233; r&#233;agit autrement. Reste que si Mme R&#233;my me demandait une interview...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous refuseriez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne crois pas. Ce serait compl&#232;tement con : m&#234;me si, th&#233;oriquement, je me dis qu'il faut &#234;tre prudent, je n'y arrive pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Familialement parlant, ce n'est pas la seule mauvaise exp&#233;rience ? Votre fr&#232;re...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout le monde conna&#238;t les relations intenses qui nous lient mon fr&#232;re et moi. Lorsque Gaby s'est lanc&#233; dans ce livre&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Intole&#769;rable intole&#769;rance &#187;, aux e&#769;ditions de la Diffe&#769;rence, (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, il m'en a parl&#233;. D&#232;s le d&#233;but, je lui ai dit qu'il &#233;tait cingl&#233;. Mais lui &#233;tait dans son trip, assez int&#233;ressant, qui consistait &#224; dire : &#171; &lt;i&gt;Si c'&#233;tait vrai, si les chambres &#224; gaz n'avaient pas exist&#233; et que nous ne soyons pas all&#233;s au bout de cette r&#233;flexion, que nous ayons refus&#233; cette v&#233;rit&#233;, tu te rends compte de ce que nous allons payer ?&lt;/i&gt; &#187; Lorsqu'il s'est fait attaquer, je lui ai dit : &#171; &lt;i&gt;Gaby, que ceux qui reviennent des camps racontent des histoires, c'est vraisemblable : tout le monde raconte des histoires et ils vivent des choses tr&#232;s difficiles. Mais Faurisson est antis&#233;mite et donc son raisonnement, sa fa&#231;on d'&#233;crire l'histoire partent d'un sentiment antis&#233;mite. Tu n'y arriveras pas !&lt;/i&gt; &#187; Il confondait v&#233;racit&#233; et libert&#233; d'expression.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_201 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/CB_4.jpg&quot; title='photo : Bruno L&#233;vy' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/CB_4-640f9-58246.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Bruno L&#233;vy' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-201 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Bruno L&#233;vy&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et vous, qu'en pensez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis contre la loi Gayssot en France, et contre son homologue en Allemagne. Je l'ai dit : &#171; &lt;i&gt;Vous mettez en prison des gens qui nient Auschwitz : c'est malin ! Apr&#232;s, ils font du pros&#233;lytisme en prison, ils rassemblent des jeunes immigr&#233;s. On leur demande pourquoi ils sont en t&#244;le. &#8220;Parce que j'ai dit quelque chose contre les Juifs.&#8221; Et c'est reparti...&lt;/i&gt; &#187; Sur ce genre de sujets, la loi est une erreur. D'un autre c&#244;t&#233;, on est confront&#233; &#224; un vrai probl&#232;me : la blessure. J'ai rencontr&#233; des gens qui revenaient des camps et qui ne supportaient pas ce genre de propos. Et pour cause ! Comment trancher ? Je suis attach&#233; &#224; la libert&#233; d'expression.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, il faut bien le dire, je ne vais pas mettre trop d'&#233;nergie &#224; d&#233;fendre ces cons de n&#233;gationnistes. De la loi Gayssot &#224; celle sur le g&#233;nocide arm&#233;nien : c'est la m&#234;me logique. En tant que pr&#233;sident de la commission parlementaire mixte, je suis all&#233; parler le premier des Arm&#233;niens en Turquie, en 1980. &#199;a a fait un barouf incroyable, les Turcs sont arriv&#233;s avec trois heures de film d&#233;fendant leur th&#232;se. Une horreur, mais c'&#233;tait tr&#232;s int&#233;ressant. La soci&#233;t&#233; doit mettre au banc ces gens-l&#224;. Les victimes doivent savoir qu'on est de leur c&#244;t&#233;, mais les lois vot&#233;es sur ces sujets cr&#233;ent souvent plus de probl&#232;mes qu'elles n'en r&#232;glent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Est-ce que le moralement condamnable doit &#234;tre juridiquement condamnable ? &#201;videmment non ! On ne peut pas r&#233;gler l'histoire par le droit. Mais les choses sont diff&#233;rentes selon qu'il s'agit du racisme verbal - &#171; &lt;i&gt;Sale Juif, sale Arabe&lt;/i&gt; &#187; et l&#224;, c'est s&#251;rement &#224; la justice de trancher - ou d'un discours intellectuel. Les th&#232;ses antis&#233;mites de Faurisson rel&#232;vent du d&#233;bat, de la politique. &#199;a, c'est valable pour la France. En Allemagne, les choses sont diff&#233;rentes. Que faire avec toute cette extr&#234;me droite, tr&#232;s active, cette jeunesse nostalgique qui sort des disques &#224; la gloire du nazisme ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous ne savez plus quelle attitude adopter ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis fondamentalement persuad&#233; qu'il ne sert &#224; rien de les interdire. Mais c'est dur, car ils sont plus qu'&#233;nervants !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;fendre le droit d'expression de ces gens-l&#224; n'est pas le but de votre vie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur ce sujet-l&#224;, j'ai donn&#233;. J'ai sign&#233; dans les ann&#233;es 1970 un texte avec un avocat, un copain, pour la lib&#233;ration de Rudolf Hess&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Rudolf Hess est une personnalite&#769; majeure du IIIe Reich. Il e&#769;tait le (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Je trouvais qu'au bout de trente ans, il pouvait sortir. Je suis oppos&#233; aux peines de prison de plus de trente ans. Pour tout le monde. Le seul argument valable pour s'y opposer est, &#224; mon sens, la question de la r&#233;cidive. Pour Hess, cela me semblait improbable. Je me suis donc prononc&#233; pour sa lib&#233;ration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les p&#233;dophiles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a d&#233;pend. Mais je suis pour leur lib&#233;ration si des mesures d'encadrement n&#233;cessaires sont prises pour les emp&#234;cher de recommencer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous lib&#233;reriez Dutroux au bout de trente ans ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas de but en blanc. Il faudra le lib&#233;rer si, au bout de trente ans, toute une s&#233;rie de psys attestent d'une &#233;volution de sa personnalit&#233; telle qu'elle ne constitue plus un danger pour les autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous prendriez ce risque ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'y suis favorable. Mais je comprends que d'autres ne le souhaitent pas. De toute fa&#231;on, ce n'est pas moi qui trancherai. C'est un juge qui d&#233;cidera et j'accepterai son verdict.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce sont les hommes politiques qui font les lois que le juge applique ! Les politiques &#233;laborent et votent les lois : dans quelles conditions peut-on lib&#233;rer quelqu'un, et dans quelles autres ne peut-on pas le faire. La justice, elle, doit d&#233;cider en fonction de ces lois. Au cas par cas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le jour o&#249; &#231;a tourne mal, l'homme politique tape sur le juge, pas sur la loi...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Personne ne peut assurer que la loi fonctionne &#224; chaque fois. Par exemple, faut-il l&#233;gif&#233;rer pour obliger les personnes d'un certain &#226;ge &#224; repasser leur permis de conduire ? Rappelez-vous le monsieur qui a fauch&#233; trois pompiers ! Si on vote une loi, je suis pour. C'est vrai qu'&#224; partir de 60-65 ans, il faudrait r&#233;guli&#232;rement contr&#244;ler nos capacit&#233;s &#224; conduire. Mais toutes ces lois ensemble ne font qu'encadrer le risque sans l'&#233;liminer. Et tous ceux qui disent &#171; &lt;i&gt;risque z&#233;ro&lt;/i&gt; &#187; sont des menteurs.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; C'est la dramaturgie nationale qui structure l'opinion publique et les me&#769;dias. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi l'Europe n'int&#233;resse-t-elle pas les m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce que l'espace public est national et que la dimension dramatique, tragique de la politique ne s'exprime qu'&#224; ce niveau. S&#233;gol&#232;ne ou Sarkozy ? Barack Obama ou McCain ? Cameron ou George Brown ? Merkel ou Schroeder ? C'est la dramaturgie nationale qui structure l'opinion publique et les m&#233;dias. Une fois &#224; Bruxelles - except&#233; si vous &#234;tes quelqu'un de connu, mais il n'y en a pas beaucoup -, vous travaillez avec des journalistes tr&#232;s sp&#233;cialis&#233;s, dans un nouvel espace politique qui n'a pas encore son opinion publique parce qu'il ne conna&#238;t pas le drame. C'est pour cette raison que l'Europe n'int&#233;resse pas, sauf &#224; dramatiser ses mauvaises d&#233;cisions, ses scandales, le limogeage du pr&#233;sident de la commission, la fi&#232;vre aphteuse... Tout d'un coup, l'Europe existe. Mais au quotidien, pour raconter qui va faire quoi ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toute tentative d'int&#233;resser les m&#233;dias &#224; l'Europe est-elle vou&#233;e &#224; l'&#233;chec ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, en France, &#231;a y ressemble.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela &#233;volue. Aujourd'hui, tout le monde s'interroge sur la fa&#231;on de r&#233;pondre &#224; la crise financi&#232;re : par l'Europe ou de fa&#231;on nationale ? Que disent les Allemands ? Les Irlandais ? Les Fran&#231;ais ? Que dit la Commission ? Si l'on compare l'Europe aujourd'hui et celle d'il y a quinze ans, elle est entr&#233;e dans les m&#233;dias, m&#234;me s'il lui manque cette dimension &#171; &lt;i&gt; amour-haine&lt;/i&gt; &#187; qui dynamise l'information. Les m&#233;dias fran&#231;ais ont parl&#233; de l'Europe quand Sarkozy est venu &#224; Strasbourg. Tout d'un coup, c'&#233;tait l'irruption de l'espace public fran&#231;ais dans l'espace europ&#233;en.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais lorsque les m&#233;dias se mettent &#224; &#234;tre pro-europ&#233;ens, on l'a vu au moment du r&#233;f&#233;rendum, est-ce que &#231;a ne devient pas contreproductif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'opinion publique fran&#231;aise est hypocrite. Les m&#233;dias ont &#233;t&#233; attaqu&#233;s parce qu'ils &#233;taient quasiment tous favorables au trait&#233; constitutionnel. Mais lorsqu'on a constat&#233; la m&#234;me unanimit&#233; contre la guerre en Irak, tout le monde l'a trouv&#233;e normale. Le &#171; &lt;i&gt;politiquement correct&lt;/i&gt; &#187; contre la guerre ne d&#233;rangeait personne ! Quand Glucksmann, Finkielkraut, Goupil et Kouchner se sont prononc&#233;s en faveur de la guerre, au lieu de respecter leur opinion, les m&#233;dias sont devenus hyst&#233;riques &#224; 95 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous de la th&#233;orie du complot dans les m&#233;dias, de la manipulation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette critique des m&#233;dias vient beaucoup de l'extr&#234;me gauche, de gens qui sont plut&#244;t proches de vous. Il existe des interventions politiques de propri&#233;taires de m&#233;dias : on ne peut les nier. Dassault, l'affaire Genestar, plusieurs cas d&#233;montrent que le pouvoir ou une force politique peuvent intervenir. Mais c'est l'exception qui confirme la r&#232;gle. La manipulation des m&#233;dias rel&#232;ve du fantasme. Les journalistes font leur boulot, racontent des histoires. Les gens d'une certaine sensibilit&#233; politique se retrouvent au&lt;i&gt; Figaro&lt;/i&gt;, les autres &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt;, au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, ou encore, dans la presse r&#233;gionale. Ce qui est int&#233;ressant, c'est de s'apercevoir qu'aujourd'hui, de nombreux journalistes sont transversaux. Ils pourraient passer sans heurt d'un m&#233;dia &#224; un autre...&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_202 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/CB_5.jpg&quot; title='photo : Bruno L&#233;vy' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/CB_5-354ba-9ad72.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Bruno L&#233;vy' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-202 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Bruno L&#233;vy&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La concurrence e&#769;conomique incite les journalistes au manque de curiosite&#769;. On a acce&#768;s a&#768; ce qui est facile, pas aux choses moins e&#769;videntes. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez qu'on nous cache des choses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rien du tout. Mais la concurrence &#233;conomique incite les journalistes au manque de curiosit&#233;. On a acc&#232;s &#224; ce qui est facile, pas aux choses moins &#233;videntes... Un exemple : les journalistes demandent r&#233;guli&#232;rement ce qui diff&#233;rencie les Verts. Je leur ai racont&#233; notre universit&#233; d'&#233;t&#233; europ&#233;enne &#224; Francfort-sur-l'Oder. Il y avait 800 personnes, de 35 pays, moyenne d'&#226;ge 25 ans, &#224; l'ancienne fronti&#232;re Allemagne-Pologne. Des d&#233;bats, avec des intellectuels ukrainiens, roumains, turcs. On a discut&#233; de leur vision de l'Europe. C'&#233;tait int&#233;ressant, &#233;mouvant. &#192; c&#244;t&#233; des blocs de b&#233;ton, on passait, &#224; v&#233;lo, de l'Allemagne &#224; la Pologne sans qu'il n'y ait plus aucun contr&#244;le douanier. Un grand moment et pas un journaliste pr&#233;sent ! Francfort-sur-l'Oder est &#224; une heure de Berlin par le train.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Absence de curiosit&#233; ou pression pour ne pas traiter le sujet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Absence de curiosit&#233; conjugu&#233;e &#224; des contraintes budg&#233;taires. Accorder le temps et les moyens n&#233;cessaires &#224; un journaliste de faire un reportage dans la France profonde, dans l'Europe profonde ou en Afrique, devient tr&#232;s rare. C'est cela qu'il faut d&#233;noncer. Et rendre la possibilit&#233; au journaliste d'&#234;tre curieux, de pouvoir &#233;crire ce qu'il a vu, ce qu'il a senti, ce qu'il a entendu, c'est-&#224;-dire transmettre son savoir &#224; ses lecteurs ou &#224; ses auditeurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prenons le show de S&#233;gol&#232;ne Royal et ce qu'en a dit la presse : tout le monde a parl&#233; de sa nouvelle coupe de cheveux, de son jean frang&#233;, de sa tunique bleue mais pas de ce qu'elle a dit...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle s'est retrouv&#233;e confront&#233;e &#224; une terrible ambigu&#239;t&#233; : la mise en sc&#232;ne de sa beaut&#233; pouvait passer pour une id&#233;e g&#233;niale, mais apr&#232;s cela, parler politique n'est pas si simple. Ce qui est dommage, c'est que les journalistes n'aient pas expliqu&#233; pourquoi le spectacle avait pris le pas sur son discours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; qui incombe la faute : aux m&#233;dias ou &#224; elle-m&#234;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce que je vais dire contredit un peu ce que je d&#233;veloppais &#224; propos de Francfort-sur-l'Oder. Il faut &#234;tre prudent. En politique, lorsque le message ne passe pas dans les m&#233;dias, c'est de notre faute, pas celle des journalistes. Il faut savoir entra&#238;ner, &#234;tre dans l'action, mais en faisant le choix de cette mise en sc&#232;ne, S&#233;gol&#232;ne prenait le risque que le fond de son discours passe &#224; l'as. J'en discutais avec J&#233;r&#244;me Savary qui me disait avec raison : &#171; &lt;i&gt;Elle parle &#224; des gens que les politiques n'atteignent pas.&lt;/i&gt; &#187; Elle est compliqu&#233;e. Dans le monde politique traditionnel, elle irrite. Mais &#231;a lui donne la possibilit&#233; de toucher des couches de population imperm&#233;ables &#224; la politique traditionnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut dire la m&#234;me chose de Besancenot ou d'Arlette Laguiller ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans une certaine mesure. Besancenot a sa propre valeur, le syndicaliste id&#233;al. Il a un positionnement apolitique - il sera furieux de lire cela - propre &#224; s&#233;duire les gens qui disent : &#171; &lt;i&gt;Je veux 300 euros de plus, je suis contre la privatisation de La Poste, etc.&lt;/i&gt; &#187; Mais impossible de savoir quelle est la soci&#233;t&#233; qu'il pr&#233;conise. Il joue son r&#244;le, et dans son r&#244;le, il capte des voix. C'est pour cela qu'il a un certain succ&#232;s. M&#234;me chose pour S&#233;gol&#232;ne. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi, malgr&#233; toutes ses capacit&#233;s, elle n'arrive pas &#224; engranger une certaine coh&#233;rence dans son discours. Elle parle d'ordre juste - &#224; la rigueur c'est un concept que je veux bien discuter -, mais &#231;a veut dire quoi ? Elle m&#233;lange des ingr&#233;dients qui se d&#233;fendent, mais &#231;a va, &#231;a vient, &#231;a passe et on ne sait plus o&#249; elle en est.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Seriez-vous tent&#233; par la cr&#233;ation d'un journal ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez souvent des propositions pour animer des &#233;missions de t&#233;l&#233; : c'est un peu le m&#234;me univers ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si j'arr&#234;tais la politique, j'aimerais beaucoup m'occuper d'un magazine sportif. Chaque enfant a droit &#224; ses jouets, les grands aussi. Et puis, j'ai anim&#233; pendant neuf ans une &#233;mission de litt&#233;rature et &#231;a m'a plu. Un magazine culturel o&#249; il y aurait de la politique, cela me tenterait. Je suis plus attir&#233; par la t&#233;l&#233;vision que par la presse &#233;crite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce que la t&#233;l&#233; correspond &#224; mon rapport direct avec les gens. Et que la presse &#233;crite passe plut&#244;t par la beaut&#233; de l'&#233;criture, qui n'est pas mon premier talent...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes attir&#233; par la vie des m&#233;dias ? Par exemple, le match PPDA-Laurence Ferrari vous int&#233;resse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je regarde de pr&#232;s tout ce qui est li&#233; aux petites histoires. Que ce soit dans les m&#233;dias, les &#171; &lt;i&gt;qui quitte qui&lt;/i&gt; &#187;. J'adore les potins : ils sont absolument n&#233;cessaires &#224; la vie. Ce qui se passe dans mon bureau, les relations de mes collaboratrices, ce qui se passe au Parlement : je suis au courant de tout ! Je suis la concierge du Parlement. Donc j'adore PPDA-Ferrari, tout &#231;a. Qui sera directeur de quel journal ? Christine Ockrent sera-t-elle nomm&#233;e par Bernard ? Cela m'amuse beaucoup.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_200 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/CB_3.jpg&quot; title='photo : Bruno L&#233;vy' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/CB_3-f22bc-11aa1.jpg' width='324' height='217' alt='photo : Bruno L&#233;vy' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-200 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Bruno L&#233;vy&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; J'adore les potins : ils sont absolument ne&#769;cessaires a&#768; la vie. Je suis la concierge du Parlement. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous feuilletez &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt; aussi bien que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Absolument. Je suis pipelette et donc, je regarde tout ! Il sied aux politiques de m&#233;priser une partie de la presse qu'ils feuillettent en secret. J'ai commenc&#233; &#224; apprendre &#224; lire en lisant &lt;i&gt;L'&#201;quipe&lt;/i&gt;. C'&#233;tait &#224; l'&#233;poque de &lt;i&gt;France-Soir&lt;/i&gt;, quand il n'y avait pas encore la t&#233;l&#233;. &lt;i&gt;France-Soir&lt;/i&gt; sortait cinq &#233;ditions pendant le Tour de France. &#192; chacune, des cases montraient le positionnement du peloton. J'adorais !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que lisez-vous avec plaisir, en dehors de vos obligations d'homme politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#201;quipe, Rolling Stone, Les Inrockuptibles&lt;/i&gt;, tous ces magazines qui sont un m&#233;lange de politique et de culturel. Je lis avec plaisir &lt;i&gt;The New Yorker&lt;/i&gt;, pour ses longs articles. Et puis, cette nouvelle revue de livres qui ressemble &#224; la &lt;i&gt;New York Revue of Books&lt;/i&gt;, sur la litt&#233;rature en France. Bref, des journaux o&#249; on laisse la place aux longs reportages...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos amis les Verts se font souvent &#233;triller par la presse. C'est injuste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils ont une approche, un look, une mani&#232;re d'&#234;tre qui fatiguent les journalistes...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-&#234;tre pas que les journalistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est vrai, les &#233;lecteurs aussi. N&#233;anmoins, il faut rappeler qu'il y a quinze ou vingt ans, ils &#233;taient les seuls &#224; dire certaines choses et qu'ils avaient raison. Alors certes, ils sont parfois un peu radoteurs, mais ces milieux-l&#224; ont quand m&#234;me &#233;t&#233; les premiers &#224; sonner l'alarme sur la d&#233;gradation climatique et le sous-d&#233;veloppement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous disiez que lorsqu'un politique n'est pas bien compris des m&#233;dias, c'est de sa faute.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r. Mais que la responsabilit&#233; leur revienne n'emp&#234;che pas qu'ils aient dit des choses justes. Et dire des choses autrement, c'est investir la place que l'&#233;cologie politique aurait toujours d&#251; avoir.
Les Verts ne sont pas tr&#232;s glamour ; ils ne font pas r&#234;ver tous les matins. Oui, mais on sait surprendre : Eva Joly.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sauf qu'Eva Joly n'est pas vraiment verte...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si. Avec elle, on arrive &#224; d&#233;montrer que l'&#233;cologie ne se limite pas aux discours st&#233;r&#233;otyp&#233;s... Quand Nicolas Hulot parle de l'&#233;cologie, tout le monde &#233;coute. C'est un passeur extraordinaire. J'ai d&#238;n&#233; avec lui il y a quelques semaines et j'ai d&#233;couvert chez lui une capacit&#233;, un m&#233;tier incroyable &#224; rendre compte simplement de choses tr&#232;s compliqu&#233;es. Il arrive &#224; d&#233;crire la complexit&#233;. Pour &#234;tre honn&#234;te, le probl&#232;me des Verts et de l'&#233;cologie politique, c'est d'arriver &#224; faire comprendre qu'en votant pour eux, tout sera plus compliqu&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En effet, ce n'est pas un message tr&#232;s m&#233;diatique...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais c'est un message qui interpelle. On n'arrivera pas &#224; sauver la plan&#232;te si on ne s'y met pas tous ensemble, si on ne consomme pas moins d'&#233;nergie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tes-vous s&#251;r que les m&#233;dias peuvent entendre et r&#233;percuter ce message ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r ! Quand j'ai men&#233; la campagne, on a fait 10 %. Cela prouve que notre discours est pass&#233;. Alors que mon message &#233;tait loin d'&#234;tre simple : les Verts sont fondamentalement pacifistes, tandis que moi, j'&#233;tais favorable &#224; l'intervention militaire au Kosovo. J'ai fait toute ma campagne en expliquant ces contradictions, les raisons de ma position, et les gens ont compris. Le handicap des Verts, c'est qu'ils n'osent pas aller au bout, ils manquent de sinc&#233;rit&#233;. Pourquoi n'aurait-on pas le droit de dire : &#171; &lt;i&gt;Sur ce point, je n'ai pas de r&#233;ponse. On est en pr&#233;sence d'une contradiction qu'on ne peut pas r&#233;gler en un clin d'&#339;il&lt;/i&gt;. &#187; Tout d'un coup, les gens &#233;coutent. On entre v&#233;ritablement dans le d&#233;bat politique qui r&#233;pond aux attentes et aux difficult&#233;s des gens. Bien plus que les simplistes : &#171; &lt;i&gt;Il faut faire &#231;a, il n'y a qu'&#224;...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si la presse sportive a tant de succ&#232;s, c'est parce qu'elle aime les choses &#233;l&#233;mentaires, binaires. Un gagnant contre un perdant. La subtilit&#233; de votre message peut-elle passer dans les m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Absolument. Parce que m&#234;me en foot, ce que vous dites n'est pas vrai. Le cas Domenech est loin d'&#234;tre simple. Pas facile non plus d'expliquer, quand on le d&#233;crit, le match nul du Bayern contre Lyon, qui a gagn&#233; ou qui a perdu. M&#234;me en sport, il y a des choses &#224; explorer derri&#232;re le sport fric, la fascination qu'il exerce et ce que &#231;a veut dire pour les jeunes. Aujourd'hui, il faut r&#233;apprendre &#224; simplifier la complexit&#233; sans l'&#233;liminer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'avez-vous pens&#233; de la demande en mariage en direct de Domenech ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Compl&#232;tement ridicule. C'est un type extr&#234;mement perturb&#233;, qui &#233;volue dans un milieu compl&#232;tement fou. Il a perdu les p&#233;dales et fait n'importe quoi. J'ai &#233;t&#233; un peu sonn&#233; par les d&#233;clarations de Gr&#233;gory Coupet qui parle de son fonctionnement interne comme d'une dictature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et que pensez-vous d'Estelle Denis, sa femme, qui pr&#233;sentait &#171; 100 % foot &#187; sur M6 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un m&#233;lange des genres... Je n'ai pas trouv&#233; tr&#232;s malin d'avoir une &#233;mission pendant l'Euro qui parlait tous les soirs de son mec. Elle aurait d&#251; dire : &#171; &lt;i&gt;C'est impossible, je ne le fais pas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un homme politique doit s'interdire de tomber amoureux d'une journaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce serait un interdit idiot. Mais que la journaliste soit en charge de la campagne de son mari est compl&#232;tement dingue ! Et intenable !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Joschka Fischer, alors ministre des Affaires &#233;trang&#232;res et ami de Daniel Cohn-Bendit, a &#233;t&#233; attaqu&#233; sur son pass&#233; de &#171; militant &#187; gauchiste.
2. &#171; Le Grand Bazar &#187;, aux &#233;ditions Belfond, 1975.
3. Bettina R&#246;hl, fille de la terroriste allemande Ulrike Meinhof, &#233;tait partie en campagne contre la &#171; g&#233;n&#233;ration 68 &#187; allemande.
4. &#171; Intol&#233;rable intol&#233;rance &#187;, aux &#233;ditions de la Diff&#233;rence, 1981.
5. Rudolf Hess est une personnalit&#233; majeure du IIIe Reich. Il &#233;tait le repr&#233;sentant officiel de Hitler aupr&#232;s du parti nazi. Il a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; l'emprisonnement &#224; perp&#233;tuit&#233; lors du proc&#232;s de Nuremberg (1945-1946). En 1987, apr&#232;s quarante-six ans de captivit&#233;, il a &#233;t&#233; retrouv&#233; mort pendu dans la prison de Spandau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Joschka Fischer, alors ministre des Affaires e&#769;trange&#768;res et ami de Daniel Cohn-Bendit, a e&#769;te&#769; attaque&#769; sur son passe&#769; de &#171; militant &#187; gauchiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#171; Le Grand Bazar &#187;, aux e&#769;ditions Belfond, 1975.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Bettina Ro&#776;hl, fille de la terroriste allemande Ulrike Meinhof, e&#769;tait partie en campagne contre la &#171; ge&#769;ne&#769;ra- tion 68 &#187; allemande.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#171; Intole&#769;rable intole&#769;rance &#187;, aux e&#769;ditions de la Diffe&#769;rence, 1981.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Rudolf Hess est une personnalite&#769; majeure du IIIe Reich. Il e&#769;tait le repre&#769;sentant officiel de Hitler aupre&#768;s du parti nazi. Il a e&#769;te&#769; condamne&#769; a&#768; l'emprisonnement a&#768; perpe&#769;tuite&#769; lors du proce&#768;s de Nuremberg (1945-1946). En 1987, apre&#768;s quarante-six ans de captivite&#769;, il a e&#769;te&#769; retrouve&#769; mort pendu dans la prison de Spandau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Comment Facebook est devenu ma cour de r&#233;cr&#233;... </title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Comment-Facebook-est-devenu-ma,464.html</link>
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		<dc:date>2008-12-24T11:13:24Z</dc:date>
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		<dc:subject>Internet</dc:subject>

		<description>Paris s'&#233;veille, les gratuits sont imprim&#233;s, les V&#233;lib' sont d&#233;prim&#233;s, les gens se l&#232;vent, ils sont tous reli&#233;s... Pas moi... Et c'est l&#224; que tout a commenc&#233;. Fran&#231;ois me dit : &#171; Mais Facebook, tu sais bien ! &#187; Alors l&#224;, je suis cuit. Si mon pote Fran&#231;ois comprend que j'ignore totalement ce qu'est Facebook, je suis grill&#233;, intellectuellement maudit jusqu'&#224; la treizi&#232;me g&#233;n&#233;ration ! J'opine mollement pour gagner du temps. Il me pr&#233;cise : &#171; Mais si... Il te faut un r&#233;seau... sinon t'es fini. &#187; J'&#233;tais venu, (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no19,39-.html" rel="directory"&gt;n&#176;19&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-internet,36-+.html" rel="tag"&gt;Internet&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH141/arton464-20c9b.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='141' class='spip_logos' style='height:141px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Paris s'&#233;veille, les gratuits sont imprim&#233;s, les V&#233;lib' sont d&#233;prim&#233;s, les gens se l&#232;vent, ils sont tous reli&#233;s... Pas moi... Et c'est l&#224; que tout a commenc&#233;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fran&#231;ois me dit : &#171; &lt;i&gt;Mais Facebook, tu sais bien&lt;/i&gt; ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors l&#224;, je suis cuit. Si mon pote Fran&#231;ois comprend que j'ignore totalement ce qu'est &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt;, je suis grill&#233;, intellectuellement maudit jusqu'&#224; la treizi&#232;me g&#233;n&#233;ration ! J'opine mollement pour gagner du temps. Il me pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Mais si... Il te faut un r&#233;seau... sinon t'es fini.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'&#233;tais venu, tranquille, boire un petit jus avec un ami, et voil&#224; qu'il m'annonce, tel un mandarin num&#233;rique, que j'suis foutu, esp&#233;rance de vie sociale : z&#233;ro. Tricard &#224; Paris, bon pour la cure, les bains de boue, les pensions de famille en juillet dans la Manche avec g&#233;raniums &#224; tous les balcons ! C'est quoi un r&#233;seau, c'est quoi &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt;... ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je rassemble les indices, &#233;parpill&#233;s fa&#231;on puzzle, je note r&#233;seau, et puis fessebouc, je raisonne, c'est s&#251;rement des Anglo-Saxons qui ont fait ce... fessebouc. Alors je l'&#233;cris en gros : &#171; &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt; &#187; ; pour montrer &#224; mon interlocuteur que je ne suis pas largu&#233;... Vivre dans son &#233;poque, qu'il dit ! Tu t'isoles six mois pour faire une exposition de peinture, coup&#233; du monde dans ton atelier de Saint-Denis (93), juste un t&#233;l&#233;phone de temps en temps. Quand tu reviens... tu ne comprends plus rien et en plus on te traite de tyrannosaure Rex informatique. Il est neuf heures, Paris s'&#233;veille, les gratuits sont imprim&#233;s, les V&#233;lib' sont d&#233;prim&#233;s, les gens se l&#232;vent, ils sont tous reli&#233;s... pas moi... C'est l&#224; que tout a commenc&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1er jour - 10 heures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Devant la page d'accueil de mon moteur de recherche favori, je tape &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Log in&lt;/i&gt; ?&lt;i&gt; Sign in&lt;/i&gt; ? &lt;i&gt;Come home&lt;/i&gt; ? .uk, .com, .fr ? Bon je tape .fr et bingo ! C'est la page d'accueil de &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ici, j'apprends que &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt; est un r&#233;seau social qui me relie &#224; ceux qui comptent pour moi. Je m'inscris, nom, pr&#233;nom, adresse mail, mot de passe, rien que de tr&#232;s normal pour l'instant. Sexe ? Oui... plut&#244;t sexe que pas de sexe ; je regarde les possibilit&#233;s : femme ou homme. Bon, moi &#234;tre homme. Anniversaire ? OK, pourquoi pas !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai tap&#233; &#171; Entr&#233;e &#187; d'un geste rageur ; point de retour en arri&#232;re envisageable, point final, poing sur la table ; le clavier claque comme le tiroir d'une vieille caisse enregistreuse. C'est parti. Je suis connect&#233; au monde, li&#233; socialement. Communaut&#233; humaine, j'arrive ! Village plan&#233;taire, me voici ! Ah ! Je ris de me voir si beau dans le miroir de mon &#233;cran plat : enfin... je ris tout seul car je n'ai AUCUN AMI. Je fais tapisserie sur la grande toile. Si quelqu'un me voit avec z&#233;ro ami, je serai la ris&#233;e de... tous mes amis !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Photo, informations g&#233;n&#233;rales, personnelles, coordonn&#233;es, formation et emploi : c'est la S&#233;cu ! Je recherche Fran&#231;ois, celui par qui tout est arriv&#233; et qui m'a promis de m'initier. Je tape son nom et... &#231;a y est, je l'ai ! Je vois sa photo dans une sorte d'encart. Ajouter comme ami ? Je clique. Il doit confirmer que nous sommes amis. Il faut que j'attende une r&#233;ponse de sa part, j'esp&#232;re qu'il est connect&#233;... Alors pour voir, je clique sur son nom et l&#224;, j'acc&#232;de &#224; ses propres amis. Surprise, je retrouve un certain nombre de mes connaissances. Je les ajoute illico dans ma liste : trente demandes, quand m&#234;me...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2e jour - 10 heures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; D'un coup d'&#339;il, je suis informe&#769; sur tout mon re&#769;seau d'amis, leurs pense&#769;es, leur e&#769;tat d'esprit, ce qu'ils font, ou&#768; ils sont ; c'est incroyable ! &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sur ma messagerie une dizaine de r&#233;ponses positives ! &#199;a y est, j'ai une chouette bande d'amis num&#233;riques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et l&#224;, tout s'encha&#238;ne. Sur l'onglet &#171; statut &#187; de ma page&lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt;, je retrouve ma bande ; certains disent qu'ils partent &#224; Bruxelles, d'autres qu'ils sont s&#233;minaristes pendant trois jours, certains perdent leur portable, rentrent &#224; Paris, pensent... et c'est un scoop, sont happy, beaucoup de phrases en anglais. D'un coup d'&#339;il, je suis inform&#233; sur tout mon r&#233;seau d'amis, leurs pens&#233;es, leur &#233;tat d'esprit, ce qu'ils font, o&#249; ils sont ; c'est incroyable !&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_197 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Facebook.jpg&quot; title='illustration : Laurence Guibaud' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH279/Facebook-8f1b0-dac84.jpg' width='324' height='279' alt='illustration : Laurence Guibaud' style='height:279px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-197 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Laurence Guibaud&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt; me demandait avec insistance depuis deux jours : Que faites-vous en ce moment ? C'est &#224; ce moment pr&#233;cis et seulement que je comprends l'int&#233;r&#234;t de remplir mon statut : &#234;tre pr&#233;sent &#224; l'esprit de mes amis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Que faites-vous en ce moment ?&lt;/i&gt; &#187; me demande &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt;. Mais que fais-je exactement en ce moment ? Heu... Je tape sur mon clavier, heu... je r&#233;fl&#233;chis &#224; ce que je vais mettre dans mon statut, heu... je me prends la t&#234;te... Alors, je me lance et tape : &#171; &lt;i&gt;Bruno est cool&lt;/i&gt;. &#187; Ce qui est loin d'&#234;tre le cas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques minutes plus tard, un message. Fran&#231;ois commente mon statut : &#171; &lt;i&gt;Tout le monde s'en fout que tu sois cool, Bruno ! Le statut, c'est un jeu, et le jeu consiste &#224; interloquer, &#233;tonner, voire inqui&#233;ter ses amis. &#201;cris sur ton statut : &#8220;Bruno... pas cool&#8221;, c'est plus efficace !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques secondes plus tard, c'est l'avalanche de commentaires et de suppositions. Tout y passe, les commentaires r&#233;pondent aux commentaires, c'est une joyeuse cacophonie bon enfant, franglaise, souvent dr&#244;le et toujours amicale. Je suis combl&#233;. Fin du deuxi&#232;me jour, j'ai une bande de 15 copines et copains qui passent beaucoup de temps sur &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3e jour - 11 heures -&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Dire que Facebook est une drogue est faux. Ou alors l'amour est une drogue, l'amitie&#769; aussi. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;12 heures - 15 heures - 18 heures - 19 heures... Vendredi, c'est le troisi&#232;me jour. J'ouvre mon &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt; en m&#234;me temps que ma messagerie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dossier important &#224; rendre &#224; la fin de la journ&#233;e. Mais le temps d'ouvrir Word, et j'ai d&#233;j&#224; une dizaine de notifications et de messages. Commentaires sur mon statut, mes photos ; r&#233;ponses de nouveaux amis ; je commente les statuts, photos et autres commentaires et &#224; douze heures trente je me surprends &#224; ne pas avoir commenc&#233; &#224; travailler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt;, c'est comme une cour de r&#233;cr&#233;ation disponible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Je la regarde derri&#232;re ma fen&#234;tre de salle de classe avec envie, et l'heure de la r&#233;cr&#233; sonne au rythme des notifications et messages en tous genres. Ma fen&#234;tre, c'est Windows ; ma salle de classe, ce dossier qui tra&#238;ne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres cours de r&#233;cr&#233;ation s'ouvrent &#224; moi. Des groupes &#171; &lt;i&gt;comit&#233; de soutien pour la t&#233;l&#233;portation&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Fondation Chirac&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Les anciens pingouins du Val-Andr&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Pour que Coyote arrive enfin &#224; choper Bip Bip et lui d&#233;fonce la gueule !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;s&#233;rie polici&#232;re : l'&#201;vangile selon Jacques Lucas et bient&#244;t sa suite&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis membre, je suis fan, je suis sollicit&#233;, il se passe toujours quelque chose sur &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt;. Parmi les dizaines de milliers de groupes qui comptent entre un et plusieurs milliers de membres, il y a des artistes, &#233;crivains, politiques, radios, ONG, groupes de copains, communaut&#233; de go&#251;ts, d'int&#233;r&#234;ts, c'est l'abondance, la surabondance, la croissance, infinie. Apr&#232;s quatre heures de vertige, je ferme &#224; regret la fen&#234;tre de r&#233;cr&#233;ation &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt; et fais resurgir ma salle de classe, ma page Word.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un l&#233;ger vide m'envahit, un vide de s&#233;paration, de celui que chacun ressent quand il raccroche au t&#233;l&#233;phone et quand le &#171; &lt;i&gt;bon ben, salut !&lt;/i&gt; &#187; semble d&#233;risoire, faible, mal assur&#233;. C'est un vide d'impossibilit&#233; de faire, de celui que chacun a ressenti lorsque, dispens&#233; de piscine car enrhum&#233;, il restait assis au bord du bassin &#224; regarder ses copains de classe faire des longueurs. C'est un vide d'absence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dire que &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt; est une drogue est faux. Ou alors l'amour est une drogue, l'amiti&#233; aussi. Aimer se marrer, manger avec des potes, se raconter des histoires, jouer, aimer tout court, c'est seulement aimer la vie. D&#232;s lors, comment ne pas comprendre l'attraction pour un r&#233;seau perp&#233;tuellement connect&#233;, o&#249; s&#233;paration et disparition ne sont qu'actes volontairement et individuellement consentis ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre la page Bruno Marli&#232;re et celle de L&#233;a, ma fille de 17 ans, il y a un monde, il y a des si&#232;cles. Pourtant, c'est le m&#234;me outil. Mon &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt; semble statique, litt&#233;raire, confin&#233;, organis&#233;, compar&#233; &#224; celui de L&#233;a, si mouvant, rapide, synth&#233;tique, expansionniste et surprenant. N'est-ce pas la preuve que &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt; n'est qu'un outil, certes g&#233;nial, mais seulement un outil de r&#233;seau social ? N'est-ce pas aussi la preuve que notre conception de l'amiti&#233; et la repr&#233;sentation qu'on en a changent tout au long de notre vie ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vivement que j'ai de nouveau 17 ans !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Merci &#224; Fran&#231;ois Li&#233;nart, mon coach Facebook.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Drudge, le magnat du net</title>
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		<dc:date>2008-12-24T11:12:16Z</dc:date>
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		<description>Trois millions et demi de visiteurs mensuels sur son site. Matt la Menace s&#233;duit par ses scoops le public... et les m&#233;dias qu'il concurrence. Enfin pas tous... &#171; Vous avez vu la derni&#232;re de Drudge ? &#187; Cette question rituelle dans les salles de r&#233;daction am&#233;ricaines ou dans les quartiers g&#233;n&#233;raux de campagnes est &#233;mise avec un soup&#231;on de jubilation ou de r&#233;probation assorti d'un petit frisson &#224; l'id&#233;e de ce qui va suivre. Jamais entendu parler de Matt Drudge ? Vous connaissez forc&#233;ment certains de ses (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L103xH150/arton463-3e4dd.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='103' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:103px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Trois millions et demi de visiteurs mensuels sur son site. Matt la Menace s&#233;duit par ses scoops le public... et les m&#233;dias qu'il concurrence. Enfin pas tous...&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous avez vu la derni&#232;re de Drudge ?&lt;/i&gt; &#187; Cette question rituelle dans les salles de r&#233;daction am&#233;ricaines ou dans les quartiers g&#233;n&#233;raux de campagnes est &#233;mise avec un soup&#231;on de jubilation ou de r&#233;probation assorti d'un petit frisson &#224; l'id&#233;e de ce qui va suivre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jamais entendu parler de Matt Drudge ? Vous connaissez forc&#233;ment certains de ses scoops. L'affaire Monica Lewinsky, c'est lui. L'annonce de la pr&#233;sence militaire du prince Harry en Afghanistan, alors que les m&#233;dias britanniques avaient accept&#233; de rester silencieux sur la question, encore lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans leur livre &#171; The Way to Win &#187;, les journalistes am&#233;ricains Mark Halperin et John Harris comparent Matt Drudge, 42 ans, &#224; Walter Conkrite, reporter c&#233;l&#232;bre et influent du CBS d'antan. Pourtant, malgr&#233; sa notori&#233;t&#233; - ou &#224; cause d'elle - il fuit les projecteurs et n'accorde quasiment jamais d'interview. Son site parle pour lui.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Matt Drudge vise la curiosite&#769; intellectuelle de ses lecteurs, mais aussi leurs bas instincts, leur voyeurisme. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sur &lt;i&gt;&lt;a href='http://www.drudgereport.com/' class='spip_out' rel='external'&gt;www.drudgereport.com&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, des listes de liens vers des articles, des vid&#233;os et des rapports qui viennent juste de sortir et que Matt Drudge juge int&#233;ressants. Tr&#232;s peu de contenu original mais souvent des scoops. Notre &#171; &lt;i&gt;ph&#233;nom&#232;ne de la Toile&lt;/i&gt; &#187; jongle entre informations politiques, culturelles et people. Les faits divers les plus insolites y trouvent aussi leur place. Rien n'est vraiment hors limites, &#224; condition de faire de l'audience. Il vise la curiosit&#233; intellectuelle de ses lecteurs, mais aussi leurs bas instincts, leur voyeurisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Drudge Report&lt;/i&gt; est un pur exercice de s&#233;lection de gros titres. Il saisit au vol l'information qui vient de tomber, trouve la formule racoleuse qui incite &#224; cliquer. Vous voici devant une sorte de buffet o&#249; chacun se sert. Ce d&#233;voreur de nouvelles y pr&#233;sente ce qu'il a jug&#233; digne d'attention parmi l'impressionnante quantit&#233; d'informations qui circule. Tout a commenc&#233; en 1994 sous la forme d'une lettre d'information g&#233;n&#233;rale envoy&#233;e par Matt Drudge &#224; ses contacts. Sa mailing list s'est progressivement allong&#233;e. Il a alors lanc&#233; son site dont l'audience a explos&#233; en 1998 au moment de l'affaire Lewinsky.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une publication par le &lt;i&gt;Drudge Report&lt;/i&gt; garantit le succ&#232;s, l'acc&#232;s &#224; un large lectorat. L'ancien r&#233;dacteur en chef du Washington Post, Leonard Downie, avait reconnu en 2006 qu'une grande partie de la fr&#233;quentation du &lt;i&gt;&lt;a href='http://www.washingtonpost.com/' class='spip_out' rel='external'&gt;washingtonpost.com&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; provenait du &lt;i&gt;Drudge Report&lt;/i&gt;. Ses chiffres donnent le vertige : selon l'institut de mesure d'audience Nielsen Online, il &#233;tait en mars 2008 le site d'informations le plus visit&#233; sur le Web, avant le &lt;i&gt;NYTimes.com&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Yahoo ! News&lt;/i&gt;. On le cr&#233;dite d'environ 3,4 millions de visiteurs par mois. Surtout, il enregistre en moyenne une vingtaine de sessions &#224; chaque visite, ce qui veut dire que ses lecteurs consultent davantage de pages que ceux d'autres sites d'informations g&#233;n&#233;rales. Richard Siklos en conclut dans &lt;i&gt;Fortune Magazine&lt;/i&gt; que &#171; &lt;i&gt;le Drudge Report a su susciter chez ses lecteurs une fid&#233;lit&#233; pour laquelle la plupart des m&#233;dias vendraient leur &#226;me&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_196 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/52741660_HD_work.jpg&quot; title='illustration : Pierre Chassagnard' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L222xH324/52741660_HD_work-03505-bbbbc.jpg' width='222' height='324' alt='illustration : Pierre Chassagnard' style='height:324px;width:222px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-196 spip_doc_titre' style='width:222px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Pierre Chassagnard&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Audience &#233;gale publicit&#233; : Matt Drudge vit donc confortablement &#224; Miami gr&#226;ce aux rentes allou&#233;es par les annonceurs h&#233;berg&#233;s sur son site et &#224; l'&#233;mission de radio qu'il anime. En 2003, il aurait confi&#233; au &lt;i&gt;Miami Herald&lt;/i&gt; gagner 1,2 million de dollars par an. Sa petite entreprise vaut, selon diff&#233;rentes estimations, entre 10 et 20 millions de dollars. Pourtant, Drudge dit ne pas &#234;tre guid&#233; par l'argent. Il a d'ailleurs rejet&#233; plusieurs offres lucratives de partenariat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Matt Drudge est un agenda-setter. On dit qu'il suffit de consulter son site le matin pour savoir ce que les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision vont traiter dans la journ&#233;e. Si l'affirmation est un peu excessive, force est de reconna&#238;tre que les journalistes politiques le consultent plusieurs fois par jour. R&#233;dacteurs en chef et patrons de presse compris... Toute bonne campagne de communication inclut forc&#233;ment le &lt;i&gt;Drudge Report&lt;/i&gt; dans sa strat&#233;gie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les m&#233;dias traditionnels ont donc appris &#224; accepter ses r&#232;gles du jeu et l'utilisent en organisant des fuites sur l'imminente publication de rapports ou d'exclusivit&#233;s. De cet outil marketing, il faut apprendre &#224; se servir, mais mieux vaut &#233;galement savoir s'en prot&#233;ger. Certains en ont fait les frais. Matt Drudge s'est moqu&#233; de la coupe de cheveux &#224; 400 dollars de John Edwards alors que celui-ci postulait &#224; l'investiture du Parti d&#233;mocrate &#224; la pr&#233;sidentielle de 2008 et cette image continue &#224; le d&#233;consid&#233;rer. Dans les milieux politiques, la &#171; &lt;i&gt;coupe &#224; la Edwards&lt;/i&gt; &#187; est aujourd'hui synonyme d'une note sal&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment expliquer un tel succ&#232;s ? Tout d'abord, Matt Drudge est un pionnier, un visionnaire. Il a compris tr&#232;s t&#244;t le potentiel d'Internet et l'a exploit&#233; &#224; ses d&#233;buts. La concurrence &#233;tait alors quasi inexistante. Depuis, la qualit&#233; de ses sources lui a procur&#233; la notori&#233;t&#233;, gr&#226;ce notamment &#224; de multiples scoops. Et pas seulement l'affaire Lewinsky. C'est Matt Drudge qui a r&#233;v&#233;l&#233;, en exclusivit&#233;, le nom du vice-pr&#233;sident choisi par Bob Dole lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle am&#233;ricaine en 1996, l'alliance entre Microsoft et &lt;i&gt;NBC,&lt;/i&gt; les attaques de v&#233;t&#233;rans du Vi&#234;t-nam pro-r&#233;publicains accusant John Kerry d'avoir menti sur ses exploits militaires, et bien d'autres... Et, bien s&#251;r, plus il est connu, plus les infos affluent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Matt Drudge ne pose pas trop de questions, garantit l'anonymat &#224; ses informateurs et demeure tr&#232;s r&#233;actif. Journalistes frustr&#233;s par une ligne &#233;ditoriale qu'ils d&#233;sapprouvent, fonctionnaires d&#233;sabus&#233;s par le fonctionnement de leur administration, membres de campagnes politiques d&#233;sireux de r&#233;gler leurs comptes : ils sont nombreux &#224; lui faire passer des sujets juteux. D'ailleurs, ses sources sont d'autant plus d&#233;sireuses de s'adresser &#224; lui qu'elles connaissent la qualit&#233; de son public : d&#233;cideurs politiques, experts, journalistes, dans tous les cas, ce sont des faiseurs d'opinion. Phil Singer, ancien directeur adjoint de la communication d'Hillary Clinton, qualifie ce &#171; &lt;i&gt; lectorat d'&#233;lite&lt;/i&gt; &#187; de facteur cl&#233; de son influence. Selon lui, lors des d&#233;bats pr&#233;sidentiels ou de conventions, au moins un ordinateur sur deux, dans le centre de presse, est connect&#233; au &lt;i&gt;Drudge Report&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autre raison de son succ&#232;s : une proportion croissante d'individus a l'impression qu'on lui cache des choses. Gr&#226;ce &#224; Internet, ces sceptiques imaginent pouvoir contourner le filtre des m&#233;dias traditionnels. Mais la masse d'informations sur la Toile est telle qu'il est difficile de faire un tri. Drudge leur facilite la t&#226;che et, n'&#233;tant affili&#233; &#224; aucun groupe de presse, a su gagner leur confiance. &#171; &lt;i&gt; Les gens en ont assez de se voir dicter l'actualit&#233; par les m&#233;dias. [...] Dans de trop nombreuses r&#233;dactions, il ne s'agit plus d'assurer le droit &#224; &#234;tre inform&#233;, mais d'emp&#234;cher le public d'avoir acc&#232;s &#224; certaines informations&lt;/i&gt; &#187;, accuse Matthew Sheffield, cr&#233;ateur du site &lt;i&gt;Newsbusters.org&lt;/i&gt;, dans le &lt;i&gt;Washington Times&lt;/i&gt; l'&#233;t&#233; dernier. &#171; &lt;i&gt;Pas &#233;tonnant qu'ils aillent chercher ailleurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Selon un sondage r&#233;alis&#233; par Harris Interactive en mars 2008, plus de la moiti&#233; des Am&#233;ricains (54 %) n'ont pas confiance dans les m&#233;dias traditionnels. Seuls 30 % leur font encore cr&#233;dit et 41 % d'entre eux pr&#233;f&#232;rent s'informer par Internet. Les raisons de ce d&#233;samour ? Les m&#233;dias classiques sont accus&#233;s d'&#234;tre politiquement orient&#233;s (souvent &#224; gauche), trop proches des hommes politiques, d&#233;connect&#233;s de la r&#233;alit&#233; et des aspirations du public. Matt Drudge clame haut et fort : &#171; &lt;i&gt;Chaque citoyen peut &#234;tre un reporter. Gr&#226;ce &#224; Internet, nous avons tous acc&#232;s &#224; l'information sans passer par la salle de r&#233;daction. Tous &#233;gaux. Vous seriez bluff&#233;s de savoir ce que les gens normaux savent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si Drudge est le &#171; &lt;i&gt;roi du Net&lt;/i&gt; &#187;, il a aussi de nombreux d&#233;tracteurs qui fustigent ses m&#233;thodes peu orthodoxes et son manque de pr&#233;cision. Le v&#233;t&#233;ran du journalisme am&#233;ricain, John M. Broder, l'a accus&#233; dans le pass&#233; de diffuser des nouvelles &#171; &lt;i&gt; fausses, relevant de l'invention pure et simple&lt;/i&gt; &#187;. L'avocat Floyd Abrams, un des plus grands sp&#233;cialistes du Premier amendement, a d&#233;plor&#233; dans le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; son &#171; &lt;i&gt;irresponsabilit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Drudge revendique 80 % d'exactitude dans ce qu'il publie, arguant qu'il ne peut pas tout v&#233;rifier. D'autres estiment - en priv&#233; - que seul 1 % de ses informations est juste, les 99 % restants &#233;tant sujets &#224; caution ou ne contenant qu'une part de v&#233;rit&#233;. Cela lui a d'ailleurs valu quelques ennuis. En 1997, Sidney Blumenthal le tra&#238;ne devant les tribunaux pour diffamation : Matt Drudge avait publi&#233; un article accusant ce collaborateur des Clinton de battre sa femme. Excuses et rectificatif imm&#233;diats ne suffirent pas &#224; calmer Blumenthal, qui ne retira sa plainte que cinq ans plus tard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas de relecture, peu de v&#233;rifications, Matt Drudge a d&#233;j&#224; reconnu n'utiliser parfois - et m&#234;me souvent - qu'une seule source, si elle lui semblait &#171; &lt;i&gt;sinc&#232;re&lt;/i&gt; &#187;. De quoi r&#233;vulser n'importe quel professeur de journalisme. &#171; &lt;i&gt;Personne ne voudrait d'un monde o&#249; tous les journalistes seraient des Matt Drudge&lt;/i&gt; &#187;, me glisse un confr&#232;re qui souhaite garder l'anonymat. Pour &#233;viter tout risque de repr&#233;sailles ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Manque d'objectivit&#233; &#233;galement si l'on en croit ses adversaires. Matt Drudge ne cache pas ses opinions conservatrices. Apr&#232;s tout, 60 % de son audience est r&#233;publicaine, et 8 % seulement d&#233;mocrate. Pourtant, le sp&#233;cialiste des m&#233;dias du &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt;, Howard Kurtz, estime que les r&#233;publicains auraient tort de trop compter sur lui : &#171; &lt;i&gt;Ses sympathies vont clairement &#224; droite, mais il publiera quand m&#234;me des informations pr&#233;judiciables aux r&#233;publicains si l'affaire est suffisamment sensationnelle.&lt;/i&gt; &#187; Certains m&#233;dias am&#233;ricains comme&lt;i&gt; Fox News&lt;/i&gt; se demandaient pourtant s'il n'avait pas chang&#233; de bord durant la campagne pr&#233;sidentielle en raison du traitement relativement favorable r&#233;serv&#233; &#224; Hillary Clinton, puis &#224; Obama. Difficile &#224; dire car John McCain, peu soutenu durant les primaires, a sembl&#233; b&#233;n&#233;ficier de plus de cl&#233;mence apr&#232;s sa nomination.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Si Matt Drudge a pu sortir l'affaire Lewinsky en premier, c'est parce que les autres ont manque&#769; de courage. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais qui est Matt Drudge ? Un homme parti de rien. Pas de formation de journaliste, non plus que d'&#233;ducation sup&#233;rieure. &#192; l'&#233;cole, il &#233;tait solitaire, marginal. Mais que de chemin parcouru depuis le magasin de souvenirs &lt;i&gt;CBS&lt;/i&gt; qu'il tenait &#224; Los Angeles ! D&#233;j&#224; les m&#233;dias... Plus jeune, lorsqu'il d&#233;ambulait dans les rues de Washignton DC o&#249; il a pass&#233; la majeure partie de son enfance et de son adolescence, il aimait s'arr&#234;ter devant les studios de &lt;i&gt;ABC News&lt;/i&gt; ou le si&#232;ge du &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt;. Il a d'ailleurs avou&#233; les avoir contempl&#233;s avec envie : &#171; &lt;i&gt;M&#234;me si je savais tr&#232;s bien que je ne pourrais jamais y mettre les pieds car je n'avais pas fr&#233;quent&#233; les bonnes &#233;coles, ne venais pas d'une famille connue, et n'avais aucun lien avec les puissantes dynasties de l'&#233;dition.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment les m&#233;dias traditionnels, en perte de vitesse, se sont-ils laiss&#233; d&#233;border par ce maverick ? L'int&#233;ress&#233; a une explication : s'il a pu sortir l'affaire Lewinsky en premier, c'est parce que les autres ont manqu&#233; de courage. &lt;i&gt;Newsweek&lt;/i&gt; avait suspendu la publication imminente d'une enqu&#234;te sur le scandale. Matt Drudge l'a publi&#233;e apr&#232;s en avoir v&#233;rifi&#233; plusieurs de ses sources. Il a alors eu l'exclusivit&#233; de l'information pendant quatre jours : &#171; &lt;i&gt; Personne n'osait traiter le sujet, jusqu'&#224; ce que le &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt; s'y mette et alors, tout le monde s'est pr&#233;cipit&#233;. Et de s'exclamer : Comment est-il possible qu'une histoire pareille &#233;clate au grand jour depuis l'appartement d'un particulier ? Cela en dit long sur l'&#233;tat du journalisme &#224; Washington !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1998, malgr&#233; les r&#233;ticences de certains de ses membres - des journalistes &#171; &lt;i&gt;traditionnels&lt;/i&gt; &#187; -, le National Press Club invite Drudge &#224; s'exprimer. Son pr&#233;sident du moment, le journaliste Doug Harbrecht, le pr&#233;sente alors comme un personnage &#224; l'avant-garde d'une r&#233;volution journalistique. Selon lui, il cr&#233;e de l'information &#171; &lt;i&gt;que cela nous plaise ou non&lt;/i&gt; &#187;. Un brin provocateur, Matt Druge intitule d'ailleurs son discours : &#171; &lt;i&gt;N'importe qui peut &#234;tre journaliste avec un modem.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La forme du Drudge Report, simpliste et indiffe&#769;rente aux e&#769;volutions de la Toile, est une sorte de pied de nez adresse&#769; aux visionnaires du Web. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Notre &#171; &lt;i&gt; as du Net&lt;/i&gt; &#187; n'est pourtant ni le porte-parole des journalistes citoyens, ni le symbole de l'internaute moderne. Son site, essentiellement en noir et blanc, se contente de quelques photos, diss&#233;min&#233;es ici et l&#224;, et d'un design digne de la pr&#233;histoire d'Internet : une simple page remise &#224; jour plusieurs dizaines de fois dans la journ&#233;e par Matt Drudge lui-m&#234;me ou par un collaborateur &#224; temps partiel. Ni podcast, ni fen&#234;tre pop-up, ni moteur de recherche. Il ne prend m&#234;me pas la peine de classer ses informations par rubrique. Au fond, il ressemble &#224; un journaliste d'autrefois qui aurait su exploiter le potentiel d'Internet et ses moyens de diffusion parall&#232;les. Il ne pr&#233;conise pas d'int&#233;gration avec d'autres sites ou blogs, ne promeut pas d'id&#233;e de d&#233;mocratisation, ni de r&#233;flexion commune avec ses pairs. Il d&#233;cide seul et assume lui-m&#234;me ses propres choix &#233;ditoriaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Seul ? Selon Mark Jurkowitz du Pew Research Center's Project for Excellence in Journalism, &#171; &lt;i&gt;si les m&#233;dias traditionnels ont &#233;t&#233; lents &#224; &#233;voluer, ils ont chang&#233;. Les journalistes se pr&#234;tent d&#233;sormais aux s&#233;ances de chat en ligne avec leurs lecteurs, communiquent leurs adresses &#233;lectroniques, &#233;crivent sur leurs blogs o&#249; les lecteurs sont invit&#233;s &#224; r&#233;agir, etc. Dans un environnement &#233;conomique de plus en plus comp&#233;titif, ils ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de combler ce manque de communication avec le public.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; propuls&#233; sur le devant de la sc&#232;ne par le Web 1.0, &lt;i&gt;Drudge Report&lt;/i&gt; va-t-il se faire d&#233;vorer par le Web 2.0 ou le Web 3.0 - sans parler des suivants ? La concurrence est rude : &lt;i&gt;Huffington Post, Salon, Slate, National Review Online&lt;/i&gt; et le nouveau &lt;i&gt;dailybeast.com&lt;/i&gt; lanc&#233; par Tina Brown, l'ancienne patronne du &lt;i&gt;New Yorker&lt;/i&gt;. Selon l'institut de sondage Score Media Metrix, l'audience du &lt;i&gt;Huffington Post&lt;/i&gt;, cr&#233;&#233; par la journaliste Adriana Huffington et consid&#233;r&#233; comme l'&#233;quivalent &#171; &#224; gauche &#187; du&lt;i&gt; Drudge Report&lt;/i&gt;, aurait d&#233;pass&#233; en avril celle de son concurrent. D'autres instituts donnent des chiffres plus serr&#233;s. Et pourtant, les deux sites restent tr&#232;s diff&#233;rents. Le &lt;i&gt;Huffington Post&lt;/i&gt; mixe un &lt;i&gt;Drudge Report&lt;/i&gt; de gauche, d'apparence soign&#233;e, et un m&#233;dium traditionnel qui r&#233;dige de vrais articles. &#192; l'oppos&#233;, la forme du &lt;i&gt;Drudge Report&lt;/i&gt;, simpliste et indiff&#233;rente aux &#233;volutions de la Toile, est une sorte de pied de nez adress&#233; aux visionnaires du Web... Au fond, est-ce si important ? Aussi longtemps que Matt Drudge continuera &#224; sortir des scoops, les couloirs de Washington r&#233;sonneront toujours de &#171; &lt;i&gt;Vous avez vu la derni&#232;re de Drudge ?&lt;/i&gt; &#187; Avis au nouveau pr&#233;sident.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Philippe Meyer, violemment mod&#233;r&#233;</title>
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		<dc:date>2008-12-24T11:09:55Z</dc:date>
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		<dc:subject>Radio/T&#233;l&#233;</dc:subject>

		<description>Journaliste, d'abord &#224; L'Express puis &#224; France Inter, cofondateur de M6, animateur de t&#233;l&#233;vision, chroniqueur radio, com&#233;dien, candidat du Modem contre l'inamovible Jean Tib&#233;ri aux derni&#232;res municipales &#224; Paris : tel est Philippe Meyer, touche-&#224;-tout passionn&#233; et homme de principes. Le Casanova des ondes. Casanova, au contraire de Don Juan, caresse l'auditeur et &#233;coute l'orateur. Le premier effleure les sujets alors que le second enfonce le clou. On l'imagine Anglais, donc un peu excentrique, racontant (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH132/arton462-29d3a.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='132' class='spip_logos' style='height:132px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Journaliste, d'abord &#224; L'Express puis &#224; France Inter, cofondateur de M6, animateur de t&#233;l&#233;vision, chroniqueur radio, com&#233;dien, candidat du Modem contre l'inamovible Jean Tib&#233;ri aux derni&#232;res municipales &#224; Paris : tel est Philippe Meyer, touche-&#224;-tout passionn&#233; et homme de principes. Le Casanova des ondes.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Casanova, au contraire de Don Juan, caresse l'auditeur et &#233;coute l'orateur. Le premier effleure les sujets alors que le second enfonce le clou. On l'imagine Anglais, donc un peu excentrique, racontant les histoires d'oncle Philip devant un feu de bois. Mais ce personnage, reconnaissable &#224; un je-ne-sais-quoi d'&#233;l&#233;gance et de distance naturelle, fait aussi penser &#224; l'universitaire &#224; l'ancienne, heureux de faire partager &#224; ses &#233;tudiants d&#233;couvertes, lectures et belles th&#233;ories.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais non, Philippe Meyer est un journaliste qui pratique avec aisance le m&#233;lange des genres et des ondes. Ou plus pr&#233;cis&#233;ment, un homme de m&#233;dias, un passeur entre des mondes finalement peu habitu&#233;s &#224; se rencontrer. Ce m&#233;lomane, capable d'envol&#233;es lyriques (et document&#233;es) pour convaincre un ami de l'int&#233;r&#234;t d'&#233;couter telle version d'un op&#233;ra de Verdi, peut tout aussi bien se lancer a cappella dans une interpr&#233;tation de chants paillards dont il est sp&#233;cialiste. Surtout, il aime saisir les asp&#233;rit&#233;s de l'&#233;poque, le mouvement des id&#233;es et les contradictions de ses contemporains.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De Roger Vailland, Yves Courri&#232;re disait qu'il &#233;tait &#171; &lt;i&gt; un libertin au regard froid&lt;/i&gt; &#187;. Philippe Meyer, lui, serait un curieux &#224; la voix chaude. Une voix que l'on reconna&#238;t entre mille, qui vous impose &#233;coute et attention, sans jamais forcer l'intimit&#233;. Fabrice Le Quintrec, qui le c&#244;toya &#224; l'&#233;poque des matins d'Inter, dit de lui qu'il est &#171; &lt;i&gt;un g&#233;ant jovial, &#224; la fois inclassable et solitaire&lt;/i&gt; &#187;. Ce journaliste d'exp&#233;rience avoue toujours &#233;couter Philippe Meyer, dont &#171; &lt;i&gt;la culture et le talent pour d&#233;fendre notre belle langue fran&#231;aise sont ind&#233;niables&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_195 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Meyer-1_HD.jpg&quot; title='photo : Radio France / Christophe Abramovitz' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/Meyer-1_HD-34a59-358f8.jpg' width='216' height='324' alt='photo : Radio France / Christophe Abramovitz' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-195 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Radio France / Christophe Abramovitz&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-195 spip_doc_descriptif' style='width:216px;'&gt;Philippe Meyer&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Une voix que l'on reconnai&#770;t entre mille, qui vous impose e&#769;coute et attention sans jamais forcer l'intimite&#769;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; plus de trente ans que Philippe Meyer est journaliste. D&#233;but &#224; L'Express, chronique radio. Mais d&#232;s novembre 1979, il critiquait des ouvrages de sciences humaines pour le m&#234;me magazine : &#171; &lt;i&gt;Mon premier papier concernait un ouvrage de Roger Garaudy. Le livre &#233;tait nul et je l'ai &#233;crit. Revel l'a pass&#233; sans probl&#232;me. Mais dans les quarante-huit heures qui ont suivi, le Seuil s'est plaint aupr&#232;s de Revel. Aupr&#232;s de moi &#233;galement, avec un argument qui m'a laiss&#233; songeur : comment pouvais-je critiquer un auteur alors que j'&#233;tais publi&#233; par le m&#234;me &#233;diteur ?&lt;/i&gt; &#187; C'est ainsi que Meyer a rencontr&#233; Revel : &#171; &lt;i&gt; J'ai alors cru que tous les directeurs de journaux avaient le m&#234;me refus de la corruption. Funeste erreur !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En plus de sa chronique, Philippe Meyer fait des reportages - &#171; &lt;i&gt;c'est ce que j'ai pr&#233;f&#233;r&#233;&lt;/i&gt; &#187; - et m&#232;ne des enqu&#234;tes. Mais sous un autre nom, car Revel craint que le m&#233;lange des genres ne nuise &#224; la cr&#233;dibilit&#233;. Le m&#233;lange est pourtant la marque de fabrique de ce journaliste qui, au fil des ann&#233;es, va multiplier les exp&#233;riences et les aventures professionnelles. L'&#233;poque de L'Express prend fin &#224; la reprise en main du journal par Jimmy Goldschmidt, furieusement lib&#233;ral au sens &#233;conomique du terme, mais bien peu en ce qui concerne la diversit&#233; des opinions autoris&#233;es &#224; s'exprimer dans les colonnes de son jouet. Philippe Meyer qui, avec quelques autres journalistes sp&#233;cialis&#233;s dans les m&#233;dias, dont Jean-Dominique Bauby, a fond&#233; l'association &#171; L'&#338;il &#187;, d&#233;barque alors &#224; France Inter, pour animer, &#224; partir de 1982, une &#233;mission enjou&#233;e et inform&#233;e sur la t&#233;l&#233;vision : &#171; T&#233;lescopage &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Depuis mars 1982, je suis sans interruption intermittent du spectacle &#224; la maison ronde.&lt;/i&gt; &#187; Sauf exception unique, pour cause de candidature aux municipales 2008 &#224; Paris. On y reviendra. &#171; T&#233;lescopage &#187; devient rapidement un must et donne une merveilleuse tribune &#224; deux orf&#232;vres de la parole : Alex Taylor et G&#233;rard Lefort, Patricia Martin &#233;tant &#224; l'&#233;poque charg&#233;e de la r&#233;alisation. Cette &#233;mission, devenue pour les aficionados la cl&#233; de vo&#251;te de leur samedi, s'arr&#234;te en 1989. &#171; &lt;i&gt;&#200;ve Ruggieri, nouvelle directrice des programmes, y a mis fin en souvenir d'un d&#233;saccord concernant une op&#233;ration qu'elle avait organis&#233;e et qui ne correspondait pas &#224; l'id&#233;e que je me faisais du service public.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est Yvan Leva&#239;, alors en charge de l'information, qui fait de Philippe Meyer un chroniqueur matutinal et singulier. &#171; &lt;i&gt;On m'avait dit qu'il ne fallait pas utiliser plus de trois cents mots et ne pas aborder de sujets complexes, j'ai fait l'inverse et ce fut un succ&#232;s.&lt;/i&gt; &#187; Meyer n'a jamais particip&#233; de cette conjuration du m&#233;pris envers l'auditeur, qui cache un manque d'imagination autant qu'une incapacit&#233; &#224; prendre le moindre risque d'audience. Et si la crise g&#233;n&#233;rale des m&#233;dias venait surtout du manque d'offre, de la pusillanimit&#233; des &#233;diteurs et des programmateurs ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, Philippe Meyer donne &#224; nos dimanches une saveur toute particuli&#232;re. &#192; 10 heures, sur France Inter, avec &#171; La prochaine fois, je vous le chanterai &#187;, il butine &#224; travers de multiples chansons qui sont autant de fa&#231;ons de raconter nos vies. Puis, &#224; 11 heures, avec &#171; Esprit public &#187; sur France Culture, il offre une sorte de &#171; Masque et la Plume &#187; des id&#233;es o&#249; quatre intellectuels discutent et pol&#233;miquent sans jamais prendre la pose, ni chercher l'&#233;pate. Un r&#233;gal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notre homme n'est pas seulement estampill&#233; par la radio. Il fut aussi conseiller de l'&#233;quipe fondatrice de M6 pour laquelle il a r&#233;dig&#233; son programme culturel et musical avant d'animer, pendant plus de deux ans, l'&#233;mission de musique classique &#171; Revenez quand vous voulez &#187;. Joli rendez-vous dont le r&#233;alisateur &#233;tait Cyril Collard, lequel marquera plus tard toute une g&#233;n&#233;ration de ses &#171; Nuits fauves &#187;. Et si l'aventure M6 ne fait pas long feu, Philippe Meyer persiste dans l'image puisqu'on lui doit (ainsi qu'&#224; Fr&#233;d&#233;ric Rossif) le remarquable &#171; De Nuremberg &#224; Nuremberg &#187;, sur la prise de pouvoir d'Hitler. Un autre documentaire sur la guerre de 1914-1918 cette fois ne verra jamais le jour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'est pas homme &#224; cultiver les regrets : si un projet s'enlise, ses passions et curiosit&#233;s sont l&#224; pour servir d'autres entreprises. Quelques r&#244;les au cin&#233;ma avec Bertrand Tavernier, des one-man- shows, un passage sur sc&#232;ne lors de la tourn&#233;e d'adieu des Fr&#232;res Jacques, des livres en quantit&#233;... Ajoutons-y de multiples enseignements, en particulier &#224; Sciences Po, dont il s'est &#233;loign&#233; en raison de l'orientation prise par l'&#233;cole de journalisme. Et puis l'&#201;cole navale o&#249; il a embarqu&#233; par deux fois sur le navire &#233;cole. &#171; &lt;i&gt;J'aime les rencontres, j'aime d&#233;couvrir de nouvelles choses, participer &#224; des aventures, aller voir de l'autre c&#244;t&#233; de la barri&#232;re... bref me faire plaisir. Je suis afflig&#233; d'une curiosit&#233; maladive.&lt;/i&gt; &#187; En France, on n'aime pas trop les talents multiples. Il faut se sp&#233;cialiser et cultiver son petit lopin de terre, creuser son sillon et placer sur un Livret A sa notori&#233;t&#233; pour la faire fructifier en petit notaire de province.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette fa&#231;on de pratiquer le journalisme proc&#233;derait-elle de la premi&#232;re vie de Philippe Meyer ? En effet, avant d'&#234;tre l'homme de radio que l'on conna&#238;t, Meyer fut un chercheur, un sociologue actif qui r&#233;dige, sous la codirection d'Annie Kriegel et de Philippe Aries, une th&#232;se sur les rapports de l'&#201;tat avec l'enfance irr&#233;guli&#232;re au xixe si&#232;cle. Sa soutenance reste d'ailleurs un grand moment : avec trois cents personnes pour l'&#233;couter, un jury comprenant des sommit&#233;s de la sociologie comme Robert Castel ou Nicole Questiau, future ministre de Fran&#231;ois Mitterrand.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; cette p&#233;riode correspondent aussi de nombreux voyages en Am&#233;rique du Sud et un s&#233;jour assez long au Canada - &#171; &lt;i&gt;J'ai vu la mutation d'une soci&#233;t&#233; passant en quelques ann&#233;es du conservatisme le plus prononc&#233; &#224; une modernit&#233; incroyable des rapports sociaux&lt;/i&gt; &#187; -, des cours &#224; l'universit&#233; de Vincennes et un premier emploi comme chercheur au Centre de sant&#233; mentale du XIIIe arrondissement de Paris. Sa carri&#232;re universitaire est toute trac&#233;e, via l'&#201;cole pratique des hautes &#233;tudes. Mais &#171; &lt;i&gt;comme m'a dit un jour Fran&#231;ois Furet&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Historien majeur &#224; qui l'on doit une vision moins militante de la R&#233;volution (...)' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, il n'y a pas plus conservateur que le monde universitaire&lt;/i&gt; &#187;. Ce sera donc le journalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre ces deux mondes, des liens existent cependant, du moins pour une cat&#233;gorie tr&#232;s pr&#233;cise - et tr&#232;s minoritaire - de chercheurs. Ainsi Michel Foucault, dans &#171; Dits et &#201;crits&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Michel Foucault, &#171; Dits et &#201;crits. 1954 - 1988 &#187;, vol. IV, Gallimard, (...)' id='nh1-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187;, d&#233;finit son approche scientifique comme une forme de journalisme, comme une fa&#231;on de prendre le risque du r&#233;el et de la contradiction, en inscrivant cette perspective dans un souci d&#233;mocratique, dans une volont&#233; d'accepter la contradiction, le dialogue et la confrontation. Ou encore Edgar Morin, qui utilise le terme de &#171; sociologie du pr&#233;sent &#187; pour caract&#233;riser une partie de la production journalistique : celle qui cherche &#224; expliciter la complexit&#233; du pr&#233;sent et les cons&#233;quences des &#233;v&#233;nements. Il qualifie d'ailleurs lui-m&#234;me une partie de sa pratique et de certains de ses &#233;crits comme une forme de journalisme sociologique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Philippe Meyer a toujours affiche&#769; son soutien au re&#769;formisme radical sans se pre&#769;occuper d'e&#770;tre a&#768; la mode. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Impossible d'&#233;voquer le cas Meyer sans revenir &#224; ses engagements &#233;lectoraux. En quarante ans, il est pass&#233; de la pr&#233;sidence du comit&#233; de gr&#232;ve de Nanterre &#224; la casaque Modem pour d&#233;fier d'un m&#234;me &#233;lan Tiberi et Delano&#235;. Trahison, retournement de veste ? Philippe Meyer a pour lui d'avoir toujours affich&#233; son soutien au r&#233;formisme radical sans se pr&#233;occuper d'&#234;tre &#224; la mode. Jean Pr&#233;vost, l'&#233;crivain r&#233;sistant, parlait d'&#234;tre &#171; &lt;i&gt;violemment mod&#233;r&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Chez ce catholique pratiquant, pour qui &#171; &lt;i&gt;avoir la foi se distingue fortement de toute r&#233;v&#233;rence pour l'institution&lt;/i&gt; &#187;, la R&#233;sistance reste la r&#233;f&#233;rence. &#171; &lt;i&gt;Face aux hommes d'une certaine g&#233;n&#233;ration, je me suis toujours demand&#233; quelle avait &#233;t&#233; leur attitude durant les ann&#233;es 1940-1944.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour des raisons de proximit&#233; familiale et de coh&#233;rence politique, l'animateur d'&#171; Esprit public &#187; a &#233;galement fait le colleur d'affiches lors des premi&#232;res campagnes l&#233;gislatives et pr&#233;sidentielle de Michel Rocard. Surtout, &#233;tudiant &#224; Nanterre en 1967, il fut, avec Yves Stourdz&#233; (initiateur des premi&#232;res r&#233;flexions sur la soci&#233;t&#233; num&#233;rique), &#224; l'origine de la mobilisation des &#233;tudiants pour am&#233;liorer leurs conditions de travail. Soutenu par le professeur Ric&#339;ur, il pousse les &#233;tudiants, non pas &#224; multiplier les mouvements de gr&#232;ve, mais &#224; r&#233;diger de v&#233;ritables cahiers de dol&#233;ances- pratiques et argument&#233;es - qui seront finalement pr&#233;sent&#233;s &#224; Alain Peyrefitte, ministre de l'&#201;ducation. &#171; &lt;i&gt;Le r&#233;sultat sera totalement nul et rien ne bougera&lt;/i&gt; &#187;, Philippe Meyer s'en amuse encore.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ann&#233;es qui suivent le conduisent &#224; fuir les amphis, mais &#224; passer les examens. Il vit la mutation qu&#233;b&#233;coise de l'int&#233;rieur. Cet amoureux de la chanson salue l'&#233;closion des Vigneault et autres Charlebois, et partage plus d'une bi&#232;re avec le r&#233;alisateur Denys Arcand. C'est l&#224;-bas aussi que se fera la rencontre avec Michel Foucault et l'engagement au sein du GIP, ce collectif qui tentait d'alerter sur la condition des prisonniers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, que vient faire Bayrou dans ce parcours ? Et cette candidature dans le Ve arrondissement de Paris ? &#171; &lt;i&gt;Je ne crois pas que les fronti&#232;res droite et gauche soient &#224; ranger au rang d'accessoires, il y a des diff&#233;rences fortes qui se maintiennent, mais lorsque l'essentiel est en jeu, il est possible de se regrouper par-del&#224; nos diff&#233;rences. Ce fut le cas dans la R&#233;sistance.&lt;/i&gt; &#187; Et l&#224; quel &#233;tait l'enjeu si essentiel ? &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait, de mon point de vue, la derni&#232;re occasion de pouvoir emp&#234;cher une ghetto&#239;sation de Paris, une gentrification scl&#233;rosante de la ville programm&#233;e par le maire actuel.&lt;/i&gt; &#187; Certains, &#224; France Inter et ailleurs, lui en veulent toujours aujourd'hui d'avoir ainsi indirectement contribu&#233; &#224; maintenir en fonction Tib&#233;ri, qui symbolise autre chose que la &#171; &lt;i&gt;gentrification...&lt;/i&gt; &#187; Mais Philippe Meyer a d&#233;j&#224; fil&#233; ailleurs. Demain, il sera directeur d'une belle salle de spectacle ou ambassadeur &#224; Rome.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Historien majeur &#224; qui l'on doit une vision moins militante de la R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-2' id='nb1-2' class='spip_note' title='Notes 1-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Michel Foucault, &#171; Dits et &#201;crits. 1954 - 1988 &#187;, vol. IV, Gallimard, 1994.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pari perdu pour TF1 !</title>
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		<dc:subject>Radio/T&#233;l&#233;</dc:subject>

		<description>La &#171; journaliste la plus glamour &#187; de la t&#233;l&#233;vision a-t-elle rat&#233; la derni&#232;re marche ? Le &#171; couronnement &#187; d'une carri&#232;re exemplaire pourrait bien se r&#233;v&#233;ler fatal pour Laurence Ferrari, tant le t&#233;l&#233;spectateur s'est senti offens&#233;, cong&#233;di&#233; par le d&#233;part forc&#233; de PPDA... Quand la vox populi s'exprime, elle peut faire mal. Les opinions sont aujourd'hui violentes, et agressives. D'abord, le t&#233;moignage de ma fille, 15 ans, g&#233;n&#233;ration desperate housegirl. Avec la cruelle gentillesse de son &#226;ge, L&#233;a tranche : &#171; Elle (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;La &#171; journaliste la plus glamour &#187; de la t&#233;l&#233;vision a-t-elle rat&#233; la derni&#232;re marche ? Le &#171; couronnement &#187; d'une carri&#232;re exemplaire pourrait bien se r&#233;v&#233;ler fatal pour Laurence Ferrari, tant le t&#233;l&#233;spectateur s'est senti offens&#233;, cong&#233;di&#233; par le d&#233;part forc&#233; de PPDA...&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand la vox populi s'exprime, elle peut faire mal. Les opinions sont aujourd'hui violentes, et agressives. D'abord, le t&#233;moignage de ma fille, 15 ans, g&#233;n&#233;ration desperate housegirl. Avec la cruelle gentillesse de son &#226;ge, L&#233;a tranche : &#171; &lt;i&gt;Elle est nulle.&lt;/i&gt; &#187; Et de rajouter, vacharde, et injuste : &#171; &lt;i&gt; Elle est m&#234;me pas belle.&lt;/i&gt; &#187; Elle, c'est Laurence Ferrari.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma fille ne comprend pas pourquoi PPDA a &#233;t&#233; jet&#233;. PPDA est une star, d'ailleurs &#171; &lt;i&gt;la prochaine fois que tu le croises, tu me ram&#232;nes un autographe&lt;/i&gt; &#187;. Elle n'&#233;tait pas n&#233;e qu'il pr&#233;sentait d&#233;j&#224; le JT de TF1 ; elle a grandi avec, c'est dire qu'il fait partie de la famille, un rep&#232;re. La nouvelle, donc l'usurpatrice, ma fille et ses copines ne l'aiment pas.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_194 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/recherche-2.jpg&quot; title='illustration : Laurence Guibaud' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L229xH324/recherche-2-dcf47-3fc46.jpg' width='229' height='324' alt='illustration : Laurence Guibaud' style='height:324px;width:229px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-194 spip_doc_titre' style='width:229px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Laurence Guibaud&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me rejet visc&#233;ral d'un patron de bistrot de 30 ans son a&#238;n&#233;. &#171; &lt;i&gt;Quand on a un patronyme de formule 1, &#231;a se m&#233;rite !&lt;/i&gt; &#187;, vanne-t-il. &#171; &lt;i&gt;On&lt;/i&gt; &#187; lui avait fait miroiter la belle blonde &#233;th&#233;r&#233;e et n&#233;anmoins pro, comme dans les films d'Hitchcock, devenue une sp&#233;cialit&#233; de la cha&#238;ne. Le &#171; &lt;i&gt; produit&lt;/i&gt; &#187; l'a d&#233;&#231;u. &#171; &lt;i&gt;Il y a eu erreur de casting&lt;/i&gt;. &#187; Un autre t&#233;l&#233;spectateur lambda, fiscaliste et po&#232;te, cite Karl Gustav Young, disciple de l'ind&#233;modable Freud, &#171; &lt;i&gt;selon lequel il faut distinguer la projection, et la perception. La projection, c'est le sel de la vie, et le d&#233;sir du public, se projeter dans la personne &#224; l'&#233;cran ; la perception, c'est ce que l'on ressent vraiment&lt;/i&gt; &#187;. Passons sur les m&#233;taphores sexuelles lourdingues, il ne la sent pas, la Laurence Ferrari, elle ne l'inspire pas plus qu'une machine qui a des rat&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Elle ne fait pas r&#234;ver, elle est froide, inexistante&lt;/i&gt; &#187;, jauge-t-il. Il insiste : &#171; &lt;i&gt;Retenez &#231;a, INEXISTANTE. C'est une belle plante, d'accord, mais elle n'anime pas ; elle est ni ni.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sont l&#224; quelques propos entendus parmi d'autres. Ils sont plus d'un million de cette race qu'on appelle les t&#233;l&#233;spectateurs &#224; jouer les r&#233;calcitrants. Partons d'un constat clout&#233;, certifi&#233; par M&#233;diam&#233;trie. Depuis le 25 ao&#251;t dernier, date &#224; laquelle Laurence Ferrari a effac&#233; PPDA, l'audience du JT de TF1 a chut&#233;, pas aux enfers, il ne faut rien exag&#233;rer, mais de fa&#231;on spectaculaire. Le 1er octobre, le 20 heures enregistrait une part de march&#233; de 31,60 %, comptez 7,4 millions de t&#233;l&#233;spectateurs. Tandis que le journal de David Pujadas avait progress&#233; &#224; 23,4 %, mont&#233;e en puissance qui ne pouvait s'expliquer que par un apport massif de transfuges de TF1. En moins de deux mois, l'&#233;cart entre les deux journaux s'est r&#233;duit de moiti&#233;. Le 28 octobre, le JT de TF1 passait en dessous de la barre historique des 30 % (et l'&#233;lection am&#233;ricaine d'Obama accentuait la chute : 28,9 %). Il suffit de faire la soustraction : &#224; p&#233;riode &#233;gale, de septembre &#224; octobre, PPDA moissonnait une moyenne de 9,2 millions de t&#233;l&#233;spectateurs l&#224; o&#249; Laurence Ferrari n'en retient plus que 7,8 millions. La concurrence de la TNT n'y est pour rien : en trois ans de TNT, le JT de PPDA a moins baiss&#233; que celui de Laurence Ferrari en deux mois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jean-Claude Dassier, successeur d'&#201;tienne Mougeotte &#224; la t&#234;te de la cha&#238;ne, n'en a pas moins claironn&#233;, avec une totale mauvaise foi, que le journal de Laurence Ferrari &#233;tait un &#171; &lt;i&gt;incontestable succ&#232;s, qu'elle avait relev&#233;, avec talent, le d&#233;fi : succ&#233;der &#224; un monstre sacr&#233;&lt;/i&gt; &#187;. L'ex-responsable des op&#233;rations sp&#233;ciales et du sport, ancien journaliste d'Europe 1, argue que l'objectif est atteint, la cha&#238;ne a rajeuni, elle a augment&#233; sa part de m&#233;nag&#232;res de moins de 50 ans, si courtis&#233;es par la pub. La r&#233;gie peut faire valoir un + 0,7 % chez les 15-24 ans, un + 1,1 % chez les 25-34 ans et un + 1,3 % chez les 35-49 ans. La proportion d'&#171; &lt;i&gt;inactifs&lt;/i&gt; &#187; a aussi diminu&#233;. Je vous livre ces chiffres dans leur s&#233;cheresse mais ils sont &#224; prendre avec des pincettes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La plupart des observateurs crurent que, PPDA e&#769;jecte&#769;, tout continuerait comme avant. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La part de la &#171; &lt;i&gt;jeunesse&lt;/i&gt; &#187; augmente math&#233;matiquement puisque ce sont les plus de 50 ans qui sont partis vers d'autres cieux. Les plus &#171; &lt;i&gt; vieux&lt;/i&gt; &#187; t&#233;l&#233;spectateurs, fid&#232;les d'entre les fid&#232;les dont on sait qu'ils sont les plus lents &#224; changer de cha&#238;ne, ont &#233;t&#233; les plus prompts &#224; rompre avec leurs habitudes. Au final, TF1 a perdu plus du dixi&#232;me de son public. Ce mouvement d'audience aurait un int&#233;r&#234;t anecdotique s'il ne recoupait un ph&#233;nom&#232;ne qui ne concerne pas que la t&#233;l&#233;vision : faisons l'hypoth&#232;se, on y reviendra, que la soci&#233;t&#233; de masse s'est transform&#233;e en une collectivit&#233; de personnes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#233;moire de sp&#233;cialistes des m&#233;dias, il &#233;tait entendu que la star, c'&#233;tait la cha&#238;ne ; un changement de pr&#233;sentateur n'avait jamais eu jusqu'&#224; pr&#233;sent d'effet sur l'audience. Il fut un temps ancien o&#249; le 13 heures d'Antenne 2 (devenu France 2), boost&#233; par &#171; l'Acad&#233;mie des Neuf &#187;, avait doubl&#233; le 13 heures d'Yves Mourousi, jusqu'&#224; ce que Jean-Pierre Pernaut prenne les commandes sur TF1 et renverse la situation, mais le redressement a moins &#233;t&#233; une affaire de pr&#233;sentateur que de contenu du journal, devenu l'expression de la France dite profonde, et surtout le programme d'appel avant 13 heures avait &#233;t&#233; muscl&#233;. Rappelons encore qu'au d&#233;but des ann&#233;es 1980, le 20 heures d'Antenne 2 prit l'ascendant sur la premi&#232;re cha&#238;ne. Ce fut l'&#233;poque de la &#171; &lt;i&gt;reine Christine&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais quand Pierre Desgraupes, alors PDG d'Antenne 2, fut pouss&#233; vers une retraite forc&#233;e pour n'avoir pas &#233;t&#233; dans les petits papiers du pr&#233;sident Mitterrand, que son successeur expliqua &#224; la Reine qu'elle n'&#233;tait qu'un pion et la rempla&#231;a, l'audience du JT de 20 heures fr&#233;mit &#224; peine. Autre cas, quand Harry Roselmack, l'Obama de nos lucarnes, a pris le week-end, l&#224; encore ce fut le calme plat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du coup, la plupart des observateurs crurent que, PPDA &#233;ject&#233;, tout continuerait comme avant. Notre ami et fin connaisseur de la plan&#232;te m&#233;dias qu'est Marc Baudriller pouvait avancer dans Challenges que &#171; &lt;i&gt;TF1 ne prenait aucun risque&lt;/i&gt; &#187;. Dans Le Parisien, l'excellent Marc Pelerin interrogea une dizaine de publicitaires et acheteurs d'espace sur les cons&#233;quences de l'&#233;viction de PPDA. R&#233;ponse unanime : rien. Quelle marche avaient-ils rat&#233;e ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La surprise a &#233;t&#233; rude &#224; Boulogne-Billancourt, au si&#232;ge de TF1. Jamais Jean-Claude Dassier n'avait imagin&#233; semblable sanction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eh oui, le public n'est plus ce qu'il &#233;tait, du moins ce qu'on croyait qu'&#233;tait cette entit&#233; fantasmatique. Le &#171; &lt;i&gt;fid&#232;le t&#233;l&#233;spectateur&lt;/i&gt; &#187;, aussi bien que le citoyen, est devenu une personne r&#233;active, nerveuse, ombrageuse, quelqu'un &#224; qui on ne la fait pas, capable de faire d&#233;gringoler une cote de popularit&#233; en un rien de temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Suivons ses r&#233;actions. Pour lui, PPDA est une ic&#244;ne, une valeur s&#251;re. Les Fran&#231;ais l'aiment bien. Il est naturellement populaire, sans avoir &#224; se forcer. La preuve, son journal a certes un peu baiss&#233; mais n'en r&#233;alise pas moins une part d'audience consid&#233;rable de 37 &#224; 38 % (aujourd'hui un r&#234;ve du bon vieux temps). Aucun des nouveaux responsables de la cha&#238;ne n'a pourtant jug&#233; utile en juillet, quand la presse a titr&#233; sur le match &#224; venir Ferrari-Pujadas, de justifier les raisons du limogeage de la star. Une explication eut &#233;t&#233; d'autant plus utile que, pour le public, c'&#233;tait &#224; n'y rien comprendre. Hormis Laurence Ferrari, le journal n'avait chang&#233; ni sur le fond ni sur la forme. Rien de plus moderne, d'innovateur n'&#233;tait sorti des manches de la nouvelle direction. Rien qui ne justifi&#226;t l'&#233;limination de PPDA, ni d'ailleurs celle de toutes les t&#234;tes de TF1. Parce que, rappelons-le quand m&#234;me, ce fut du lourd. En un rien de temps, Martin Bouygues faisait valser le PDG (Patrick Le Lay), son second, patron de l'antenne (&#201;tienne Mougeotte) et la star de la maison, indissociable de l'image de la cha&#238;ne.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_193 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/recherche-6-2.jpg&quot; title='illustration : Laurence Guibaud' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L229xH324/recherche-6-2-01964-82ba8.jpg' width='229' height='324' alt='illustration : Laurence Guibaud' style='height:324px;width:229px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-193 spip_doc_titre' style='width:229px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Laurence Guibaud&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Pire encore, la nouvelle Ferrari n'a plus le punch qui la caract&#233;risait sur Canal+. Qu'elle pardonne &#224; l'auteur de ces lignes, qui n'a aucun grief contre elle, ni ne veut mettre en doute ses qualit&#233;s de journaliste de t&#233;l&#233;vision, de dire qu'objectivement, elle n'est pas bonne, pas &#224; la hauteur, mais, &#224; ce niveau, on s'expose &#224; la critique. Ses yeux papillonnent (lentilles de contact ?). Elle regarde souvent vers le bas pour lire ses notes, m&#234;me quand l'information qu'elle donne est de premi&#232;re importance. Elle n'a pas l'air d'&#234;tre en prise avec l'actualit&#233;, d'&#234;tre concern&#233;e par les &#233;v&#233;nements. La voix flotte, a&#233;rienne, comme indiff&#233;rente, sans jamais trouver la bonne tonalit&#233;. Laurence Ferrari n'est pas dans le tempo. Son sourire semble suspendu &#224; un &#233;lastique. Elle a du mal &#224; passer du l&#233;ger au grave. Bref, elle joue &#224; contretemps, elle ne fait pas journaliste. On suppose qu'elle est frivole, mais non, elle a le trac, elle n'est pas &#224; sa place.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PPDA, lui, se dit notre t&#233;l&#233;spectateur mutin, tenait son public, le captait. Il &#233;tait LE journal. Il avait une pr&#233;sence. Il nous accompagnait, nous t&#233;l&#233;spectateurs, dans notre parcours de l'actualit&#233;, sans en rajouter dans l'&#233;motion, visage impassible, regard scrutateur, voix tendue. M&#234;me Pujadas est plus pr&#233;sent, fait plus pro.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le &#8220;fide&#768;le te&#769;le&#769;spectateur&#8221; est devenu re&#769;actif, nerveux, ombrageux, capable de faire de&#769;gringoler une cote de popularite&#769; en un rien de temps. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En fait, tout le monde s'est demand&#233; s'il y avait du louche, soup&#231;on bien fran&#231;ais attis&#233; par le &#171; &lt;i&gt;monstre d&#233;chu&lt;/i&gt; &#187;, d'autant plus col&#232;re, voire humili&#233;, qu'il n'avait pas vu le coup venir ; que celle qui lui succ&#233;dait, contact&#233;e d&#232;s avril, ne lui avait pas pass&#233; le moindre coup de fil. Oui, s'est-on demand&#233;, PPDA n'&#233;tait-il pas un &#201;tat dans l'&#201;tat devenu g&#234;nant pour d'obscures raisons autres que son ent&#234;tement &#224; ne pas vouloir changer son journal d'un iota ? Et qui sait si un patron servile, ami de Nicolas, n'avait pas sanctionn&#233; l'insolent qui, lors d'un entretien &#233;lys&#233;en, avait trait&#233; Nicolas Sarkozy de &#171; &lt;i&gt;petit gar&#231;on&lt;/i&gt; &#187;. (En octobre dernier, le chef de l'&#201;tat a jur&#233; &#224; PPDA qu'il n'y &#233;tait pour rien, ce qui est sans doute exact.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est normal qu'une marque &#233;volue, qu'elle innove. Il n'est pas scandaleux que Nonce Paolini, le nouveau PDG, et J.-C. Dassier aient voulu faire &#233;voluer le JT. Ni qu'ils pensent que personne n'est inamovible. Mais &#231;a ne se dit pas comme ils l'ont dit, &#224; voix haute et avec arrogance. Un triste patron de RTL fit il y a quelques ann&#233;es la m&#234;me connerie professionnelle en d&#233;gommant Philippe Bouvard et ses &#171; Grosses T&#234;tes &#187;. L'audience, outr&#233;e par tant de morgue, bouda. Et la station dut vite d&#233;ployer le tapis rouge pour faire revenir Bouvard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les nouveaux ma&#238;tres de TF1 avaient (j'emploie l'imparfait mais rien ne prouve qu'ils se soient amend&#233;s) tellement le regard fix&#233; sur les seuls braquets des parts d'audience et de pub qu'ils ont oubli&#233; l'essentiel de leur m&#233;tier : le facteur humain. Le t&#233;l&#233;spectateur, qui est un &#234;tre humain (je reviens l&#224; &#224; mon hypoth&#232;se de d&#233;part), et plus particuli&#232;rement celui qui se sentait le plus vis&#233;, qui &#233;tait le plus fragile, et n'en &#233;tait pas moins un &#234;tre humain, &#224; savoir le m&#233;nager de plus de 50 ans, s'est senti vis&#233;, offens&#233; par une bande de bureaucrates ingrats, des gougnafiers obscur&#233;ment li&#233;s on ne sait &#224; quels int&#233;r&#234;ts qui expliquent qu'il faut rajeunir la cha&#238;ne et son public, l'une n'allant pas sans l'autre, qu'ils ne veulent plus faire une t&#233;l&#233; de merde pour des barbons et des inactifs. Le spectateur de plus de 50 ans, et j'en suis, s'est senti cong&#233;di&#233;. Du 20 heures tout au moins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est donc que nous &#233;tions des cro&#251;tons, que nos go&#251;ts &#233;taient ex&#233;crables, qu'on incarnait la t&#233;l&#233; de papy. Et ce cuistre de Dassier qui, &#224; 67 ans (sept de plus que PPDA !), une fois son coup d'&#201;tat dans l'&#201;tat accompli, d'en rajouter contre toute &#233;vidence : &#171; &lt;i&gt;Le journal est d&#233;j&#224; plus moderne, plus rythm&#233;, plus riche.&lt;/i&gt; &#187; Autant signifier qu'avant, il &#233;tait vieillot, mou, pauvre ! Tel est le message, la sentence prononc&#233;e contre nous, les Anciens. Mon PPD que j'aime bien, comme dans la chanson &#171; &lt;i&gt;la femme que j'aime n'a plus vingt ans&lt;/i&gt; &#187;, il est ringard, il n'a plus sa place dans une t&#233;l&#233;vision et une soci&#233;t&#233; modernes. Au boulot, tu ne sais plus de quoi l'avenir est fait, il y a de quoi angoisser, et voil&#224; que, de retour chez toi, devant ton poste, pendant que tu cherches &#224; te d&#233;tendre, des p&#233;teux te virent, par procuration, comme un malpropre, et ils ne te virent pas de n'importe quoi, ils te virent de l'actualit&#233; br&#251;lante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le plus insultant, c'est que, si tu bronches, ils rajoutent qu'ils s'en foutent de te perdre, t'es pas int&#233;ressant pour les pubards, tes enfants te remplaceront avantageusement. Dehors le s&#233;nile ! C'est le cauchemar d'&#234;tre chass&#233; de chez soi par ses enfants, la chair de sa chair.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas que &#231;a. Dassier nous a fait le coup de la d&#233;mocratie contre les th&#233;ocrates, en plantant son stylet dans le dos de PPDA. &#171; &lt;i&gt;La conf&#233;rence critique se tient debout maintenant, d&#232;s le Journal termin&#233;, &#224; la sortie du studio, s'est-il f&#233;licit&#233;, ce n'est plus le temps du pr&#233;sentateur omnipotent qui d&#233;cide, pouce en haut ou pouce en bas, de la diffusion d'un reportage &#224; l'antenne&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; nouveau, s'interroge le t&#233;l&#233;spectateur, o&#249; est la diff&#233;rence ? Et du reste, le pouce, c'est &#224; nous, public, de le lever ou de l'abaisser. Tout s'est pass&#233; comme si TF1 avait oubli&#233; que dans &#171; &lt;i&gt;monstre sacr&#233;&lt;/i&gt; &#187;, il y a &#171; &lt;i&gt;sacr&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Les Guignols de l'Info, eux, ne s'y sont pas tromp&#233;s : ils ont conserv&#233; leur PPD.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bon, voil&#224; l'histoire, sur le divan du t&#233;l&#233;spectateur. Rien d'irr&#233;parable. Laurence Ferrari va sans doute prendre ses marques, gagner en aplomb. Elle va vieillir, elle aussi, avec nous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La tyrannie du bonheur</title>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>Si Karl Marx a d&#233;fini jadis la religion comme &#171; l'opium du peuple &#187;, de nos jours les d&#233;mocraties occidentales substituent la tyrannie du bonheur au d&#233;clin des id&#233;ologies, des valeurs spirituelles, et de quelques utopies autrefois rassemblantes. En principe, toute dictature suscite, &#224; un certain moment de son histoire, un rejet, des mouvements sociaux, une opposition politique. Ce n'est pourtant gu&#232;re le cas de celle qui exalte le bonheur, pour la bonne raison qu'elle repose sur une m&#233;thode de (...)

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si Karl Marx a d&#233;fini jadis la religion comme &#171; &lt;i&gt;l'opium du peuple&lt;/i&gt; &#187;, de nos jours les d&#233;mocraties occidentales substituent la tyrannie du bonheur au d&#233;clin des id&#233;ologies, des valeurs spirituelles, et de quelques utopies autrefois rassemblantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En principe, toute dictature suscite, &#224; un certain moment de son histoire, un rejet, des mouvements sociaux, une opposition politique. Ce n'est pourtant gu&#232;re le cas de celle qui exalte le bonheur, pour la bonne raison qu'elle repose sur une m&#233;thode de persuasion insidieuse qui fausse le jugement critique en minant l'inconscient de chacun.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1970, le sociologue am&#233;ricain Vance Packard avait d&#233;j&#224; point&#233; l'importance des m&#233;dias et notamment celle des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision dans cette entreprise de subversion de chacun. Le flot continu d'images en est arriv&#233; &#224; convaincre ceux qui les regardent qu'il s'agit de la r&#233;alit&#233;, et non d'un univers fabriqu&#233; dans le but de domestiquer des millions de consommateurs. Cette strat&#233;gie, qui joue sur l'&#233;gotisme et l'aspiration au mieux-&#234;tre, s'est r&#233;v&#233;l&#233;e d'une diabolique efficacit&#233;, au point qu'aucun t&#233;l&#233;spectateur, d&#233;sormais, n'y &#233;chappe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'id&#233;al se r&#233;sume &#224; l'exaltation de la vie priv&#233;e - qu'il s'agisse de la r&#233;ussite mat&#233;rielle, de la valorisation du corps, ou encore de la vie de couple -, c'est le bonheur v&#233;cu dans ces domaines qui l'emporte sur les enjeux collectifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La fronde de Mai-68 et notamment l'&#233;chec de ce mouvement d'id&#233;es ont laiss&#233; la place aux d&#233;sirs compulsifs, et &#224; la savante manipulation d'une s&#233;rie de clich&#233;s et de mythologies propres &#224; satisfaire ce r&#234;ve de bonheur qui permet tout &#224; la fois d'endormir la moindre prise de conscience, et de se couler dans le tout &#224; l'ego.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du coup, &#234;tre heureux &#224; tout prix devient le nouvel imp&#233;ratif citoyen, aux d&#233;pens de l'int&#233;r&#234;t port&#233; aux autres, &#224; la l&#233;gitimit&#233; m&#234;me d'un combat pour une cause. Et m&#234;me si les sondages effectu&#233;s aupr&#232;s des jeunes g&#233;n&#233;rations nous apprennent qu'il existe des &#238;lots de r&#233;sistance chez les adolescents qui r&#234;vent de s'engager pour &#233;chapper &#224; la m&#233;diocrit&#233; ambiante, au manque de rep&#232;res ou d'ambitions exaltantes, semblable bouff&#233;e d'id&#233;alisme ne compense gu&#232;re l'indiff&#233;rence des nantis, soucieux d'augmenter leurs &#233;normes profits sur le dos des victimes consentantes du syst&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_192 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/chapier_2.png&quot; title='illustration : Laurence Guibaud' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L245xH324/chapier_2-5386d-e6f9f.png' width='245' height='324' alt='illustration : Laurence Guibaud' style='height:324px;width:245px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-192 spip_doc_titre' style='width:245px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Laurence Guibaud&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que la strat&#233;gie de la soci&#233;t&#233; de consommation s'affine et redouble d'astuces pour garder son cap et son rythme. Des milliardaires am&#233;ricains, dont Bill Gates est l'exemple le plus connu, pressentaient depuis longtemps les effets n&#233;fastes de cette tyrannie par le truchement des nouveaux outils informatiques, devenus indispensables pour pr&#233;server sa place dans la mondialisation. L'id&#233;e leur est donc venue de cr&#233;er des fondations humanitaires dot&#233;es d'&#233;normes budgets et destin&#233;es &#224; pallier l'incurie des gouvernements. Autrement dit, le moment &#233;tait venu de &#171; &lt;i&gt;moraliser&lt;/i&gt; &#187; le profit et d'acqu&#233;rir - une fois encore gr&#226;ce &#224; la m&#233;diatisation - une fa&#231;ade de bon Samaritain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise financi&#232;re et la menace d'un effondrement du syst&#232;me capitaliste n'auront gu&#232;re chang&#233; la donne. Or, l'interd&#233;pendance &#233;conomique impos&#233;e par la globalisation d&#233;montre que si les mentalit&#233;s &#233;voluent, le syst&#232;me demeure. Cela transpara&#238;t &#224; travers toutes les campagnes qui valorisent la gesticulation des gouvernements et de leurs chefs d'&#201;tat soucieux et capables - gr&#226;ce aux &#233;crans de la t&#233;l&#233;vision ou &#224; la presse &#233;crite - de calmer l'opinion et de prouver leur bonne foi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'hypoth&#232;se d'un capitalisme &#171; &lt;i&gt;new-look&lt;/i&gt; &#187;, surveill&#233; par les &#201;tats, reste un leurre, tant il est vrai que rien ne doit menacer la tyrannie du bonheur. Cependant l'espoir d'une m&#233;tamorphose radicale de nos soci&#233;t&#233;s pourrait s'opposer &#224; la r&#233;signation actuelle et compter parmi les utopies propres &#224; remobiliser les nouvelles g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> culturel et rentable !</title>
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		<dc:subject>Presse</dc:subject>

		<description>Pari r&#233;ussi pour Thierry Taittinger, le propri&#233;taire de Beaux Arts magazine. Il vend plus de 50 000 exemplaires chaque mois. Loin, tr&#232;s loin devant ses concurrents. Secrets de fabrication. &#192; consommer sans mod&#233;ration. &#171; En p&#233;riode difficile, je crois beaucoup &#224; la survie des titres qui se positionnent dans les niches, &#224; condition d'en &#234;tre le leader. &#187; C'est d'abord en gestionnaire que Thierry Taittinger tient les r&#234;nes de Beaux Arts magazine, qu'il a rachet&#233; &#224; Flammarion en 2006. Pour cet actionnaire (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L127xH150/arton459-6f82d.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='127' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:127px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Pari r&#233;ussi pour Thierry Taittinger, le propri&#233;taire de Beaux Arts magazine. Il vend plus de 50 000 exemplaires chaque mois. Loin, tr&#232;s loin devant ses concurrents. Secrets de fabrication. &#192; consommer sans mod&#233;ration.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;En p&#233;riode difficile, je crois beaucoup &#224; la survie des titres qui se positionnent dans les niches, &#224; condition d'en &#234;tre le leader.&lt;/i&gt; &#187; C'est d'abord en gestionnaire que Thierry Taittinger tient les r&#234;nes de &lt;i&gt;Beaux Arts magazine&lt;/i&gt;, qu'il a rachet&#233; &#224; Flammarion en 2006. Pour cet actionnaire unique passionn&#233; par l'art, les voitures de collection et... Tintin, la gestion d'une entreprise de presse n'est pas forc&#233;ment incompatible avec un go&#251;t affirm&#233; pour le journalisme et l'&#233;criture. C'est m&#234;me le contraire.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_186 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Taittinger_NbQ.jpg&quot; title='photo : Charles Duprat' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/Taittinger_NbQ-6eb48-4f28c.jpg' width='216' height='324' alt='photo : Charles Duprat' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-186 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Charles Duprat&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-186 spip_doc_descriptif' style='width:216px;'&gt;Thierry Taittinger&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, rien n'&#233;tait jou&#233;. Apr&#232;s un parcours chaotique et d&#233;ficitaire, le titre cr&#233;&#233; en 1983 par les &#233;ditions Nuit et Jour, publiant notamment &lt;i&gt;D&#233;tective&lt;/i&gt;, repris par les fr&#232;res Si&#233;gel, &#233;diteurs de &lt;i&gt;VSD&lt;/i&gt; en 1994, puis par Flammarion, est aujourd'hui rentable apr&#232;s trois ann&#233;es d'exercice. &#171; &lt;i&gt;J'aurais pu &#234;tre assimil&#233; au profil typique d'un fils de bonne famille, h&#233;ritier d'une dynastie qui cherche &#224; se faire plaisir, mais ma passion est de m'impliquer dans le contenu, de rester journaliste et de penser au lecteur&lt;/i&gt; &#187; : Thierry Taittinger est heureux d'avoir investi une partie de son h&#233;ritage dans un secteur, la presse, consid&#233;r&#233; &#224; haut risque. A fortiori la presse culturelle et artistique qui fait figure de parent tr&#232;s pauvre, cens&#233; rebuter les annonceurs et chercher son lectorat.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; En trois ans, le chiffre d'affaires a augmente&#769; de 53 %, avec 420 pages de publicite&#769; annuelle. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Beaux Arts magazine&lt;/i&gt; prouve qu'en mati&#232;re de presse, l'&#233;chec n'est pas une fatalit&#233;, &#224; condition d'avoir un vrai projet. En trois ans, le chiffre d'affaires a augment&#233; de 53 %, avec 420 pages de publicit&#233; annuelle, pour une diffusion certifi&#233;e de pr&#232;s de 59 000 exemplaires dont 50 % de vente en kiosque et 50 % d'abonn&#233;s. Dans le cercle tr&#232;s ferm&#233; et courtis&#233; des magazines culturels, Beaux Arts magazine se place loin devant ses concurrents de r&#233;f&#233;rence, &lt;i&gt;Connaissance des Arts&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Journal des Arts&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'&#338;il&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Art Press&lt;/i&gt; dont les ventes se situent entre 5 000 et 20 000 exemplaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le saltimbanque et le gestionnaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La recette d'un tel succ&#232;s tient &#224; la fusion de deux temps forts : une rencontre et un parti pris &#233;ditorial. Deux &#233;l&#233;ments qui constituent une alchimie d&#233;licate, mais n&#233;cessaire, &#224; la r&#233;ussite d'un titre. La rencontre d'abord : entre Thierry Taittinger, l'actionnaire gestionnaire, et le r&#233;dacteur en chef, le courant passe. Fabrice Bousteau, l'artiste-journaliste iconoclaste, qui ne quitte jamais son chapeau de saltimbanque, est une pointure dans le milieu artistique. Avant de promener son galurin sur les plateaux de t&#233;l&#233; branch&#233;s culture, il &#233;tait directeur de projet dans une agence d'ing&#233;nierie culturelle et conseillait ministres et grands patrons sur des projets artistiques, du m&#233;c&#233;nat &#224; la grande manifestation. Il collaborait aussi au &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, &#224; &lt;i&gt;BFM&lt;/i&gt; et occasionnellement &#224; &lt;i&gt;Beaux Arts&lt;/i&gt; dans le cadre de hors-s&#233;ries.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_187 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Bousteau_NbQ.jpg&quot; title='photo : Charles Duprat' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/Bousteau_NbQ-07494-6c8be.jpg' width='216' height='324' alt='photo : Charles Duprat' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-187 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Charles Duprat&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-187 spip_doc_descriptif' style='width:216px;'&gt;Fabrice Bousteau&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Objectif prioritaire : s'ouvrir a&#768; un lectorat qui ne se limite pas au microcosme culturel parisien des collectionneurs. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand Flammarion reprend le titre en 1996, je suis nomm&#233; r&#233;dacteur en chef d'un magazine qui a une image bourgeoise, tr&#232;s classique. Beaux Arts, &#224; l'&#233;poque, ressemblait plus &#224; un catalogue d'exposition acad&#233;mique et conservateur qu'&#224; un titre de presse.&lt;/i&gt; &#187; D'o&#249; ses ventes m&#233;diocres et ses annonceurs frileux. Fabrice Bousteau a carte blanche pour r&#233;former le journal de fond en comble. Fini le papier glac&#233; fa&#231;on galerie, place &#224; la rigueur journalistique et au contenu !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Objectif prioritaire : ouvrir le magazine &#224; un lectorat plus large qui ne se limite pas au microcosme culturel parisien des collectionneurs et autres amateurs d'art. &#171; &lt;i&gt;Nous sommes partis de l'id&#233;e que l'art pouvait toucher tous les aspects de la soci&#233;t&#233; et n'&#233;tait pas uniquement cantonn&#233; &#224; la peinture, la sculpture ou la photographie. Aujourd'hui, neuf couvertures sur dix traitent de l&#8216;art contemporain, du design ou d'architecture, poursuit le r&#233;dacteur en chef. Une couverture sur dix porte sur l'art ancien ou moderne. Quand je suis arriv&#233;, c'&#233;tait exactement l'inverse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; C'est une fausse bonne ide&#769;e de penser pouvoir inte&#769;resser plus de lecteurs en baissant le niveau intellectuel d'un titre. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce parti pris &#233;ditorial a transform&#233; un support pour &#233;rudits en un magazine &#171; &lt;i&gt;d'art et de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Il a aussi permis de conqu&#233;rir un large lectorat, toutes cat&#233;gories sociales confondues : enseignants, &#233;tudiants, cadres, professions lib&#233;rales, mais aussi conseillers g&#233;n&#233;raux et autres acteurs de la vie culturelle de l'hexagone. &#171; &lt;i&gt;Nos &#233;tudes montrent que notre lectorat est issu d'une population active, avec un assez haut niveau d'&#233;tudes et des revenus tr&#232;s disparates. Environ 55 % d'entre eux vivent en province et 45 % &#224; Paris&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Thierry Taittinger. &#171; &lt;i&gt;Toute la difficult&#233; &#233;tait de ne pas tomber dans le pi&#232;ge de faire de Beaux Arts un magazine grand public &#224; grand tirage, confie Fabrice Bousteau. C'est une fausse bonne id&#233;e de penser pouvoir int&#233;resser plus de lecteurs en baissant le niveau intellectuel d'un titre.&lt;/i&gt; &#187; Allusion &#224; peine voil&#233;e &#224; l'exp&#233;rience malheureuse d'un confr&#232;re qui avait tabl&#233; sur un tirage &#224; 100 000 exemplaires. En vain...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;De Picasso &#224; la gastronomie en passant par la BD&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne fallait pas pour autant en faire un magazine contemporain touche-&#224;-tout. Fabrice Bousteau s'en d&#233;fend. &#171; &lt;i&gt;C'est vrai que nous sommes les seuls dans ce secteur &#224; parler de cuisine, de bande dessin&#233;e, de design et que l'on confie m&#234;me tous les mois une rubrique sur l'architecture &#224; l'un des plus grands critiques d'architecture fran&#231;ais, Philippe Tr&#233;tiack. Et alors ? Nous voulons parler &#224; tout le monde et la force du magazine repose justement sur le fait qu'il est accessible aussi bien au directeur d'art moderne de la Ville de Paris ou de Beaubourg qu'&#224; l'institutrice de Chaumont. S'exprimer de fa&#231;on simple et intelligible n'est pas incompatible avec la rigueur. Nous sommes dans le haut de gamme de la vulgarisation !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le contraire de l'approche sectaire, ennuyeuse et insipide tout en &#233;vitant le jargon pr&#233;tentieux. &#171; &lt;i&gt;Tout ce qui est &#233;crit dans notre magazine l'est en fran&#231;ais...&lt;/i&gt; &#187;, ironise Thierry Taittinger qui a lui aussi l'art et la mani&#232;re d'adresser quelques piques bien plac&#233;es &#224; la concurrence. &#171; &lt;i&gt;Personnalit&#233;, cr&#233;dibilit&#233; et cr&#233;ativit&#233; sont notre ligne de conduite, ajoute-t-il. Un magazine qui offre ces trois ingr&#233;dients donne envie d'&#234;tre lu, d'&#234;tre conserv&#233; et cr&#233;e un v&#233;ritable lien, quasi affectif, avec le lecteur. Le titre poss&#232;de cette capacit&#233; de cons&#233;cration parce qu'il est tr&#232;s identifi&#233; et qu'il est devenu une r&#233;f&#233;rence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au point qu'il a gagn&#233; une reconnaissance internationale avec des abonn&#233;s dans le monde entier, notamment dans tous les pays d'Asie, jusqu'au Laos ! Il faut dire que la distribution du magazine sur les Business Class d'Air France dans le monde entier a largement particip&#233; &#224; cette renomm&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_188 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/beauxarts_1.jpg&quot; title='illustration : Pierre Chassagnard' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L220xH324/beauxarts_1-144ed-c8960.jpg' width='220' height='324' alt='illustration : Pierre Chassagnard' style='height:324px;width:220px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-188 spip_doc_titre' style='width:220px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Pierre Chassagnard&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pilotage contr&#244;l&#233; entre rigueur et &#233;quilibre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; En mettant la barre tr&#232;s haut, nous savons aussi que si nous n'avons pas la plus grande expertise sur les sujets, on peut perdre tr&#232;s vite notre cr&#233;dibilit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, ajoute le r&#233;dacteur en chef qui, pour r&#233;aliser en moyenne ses 160 pages mensuelles, sans compter les hors-s&#233;ries, fait appel &#224; une cinquantaine de collaborateurs ext&#233;rieurs constitu&#233;s en nombre &#233;gal de journalistes et de critiques d'art. &#171; &lt;i&gt;J'ai r&#233;tabli l'&#233;quilibre qui &#233;tait auparavant en faveur des critiques d'art afin d'introduire des techniques de journalisme et proposer &#224; nos lecteurs des enqu&#234;tes fouill&#233;es aussi bien sur la politique culturelle que des reportages ou des portraits. Plus que des journalistes, ce sont des agents culturels qui t&#233;moignent pour nos lecteurs de leur passion pour l'art en g&#233;n&#233;ral et contemporain en particulier&lt;/i&gt; &#187;, poursuit Fabien Bousteau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un &#233;quilibre qui rime aussi avec gestion serr&#233;e des charges et des frais fixes. Au total, la r&#233;daction ne compte que trois salari&#233;s &#224; temps plein, dont un &#233;diteur, un r&#233;dacteur en chef et un directeur artistique. &#171; &lt;i&gt;Nous g&#233;rons ce magazine comme une PME, en &#233;tant attentifs au moindre d&#233;rapage, ce que Flammarion avait du mal &#224; faire dans le cadre d'un grand groupe international et dont la presse n'&#233;tait pas le premier m&#233;tier. TTM &#201;ditions a r&#233;habilit&#233; la notion d'&#233;valuation de prises de risque avec une surveillance permanente des co&#251;ts de production et des circuits de distribution et de diffusion&lt;/i&gt; &#187;, confie le propri&#233;taire, soucieux des cordons de sa bourse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des r&#233;glages fins qui permettent d'adapter la voilure par gros temps, notamment en p&#233;riode de r&#233;duction des march&#233;s publicitaires. Et d'envisager l'avenir avec s&#233;r&#233;nit&#233;. En projet : la cr&#233;ation d'un site qui, selon Fabien Bousteau, &#171; &lt;i&gt;aura du sens d'un point de vue culturel&lt;/i&gt; &#187; et qui, pour Thierry Taittinger, &#171; &lt;i&gt;doit se poser la question de la rentabilit&#233;, sinon ce n'est pas la peine&lt;/i&gt; &#187;, mais aussi la poursuite du d&#233;veloppement &#233;ditorial avec de nouveaux suppl&#233;ments et des livres pour d&#233;nicher de nouveaux talents... et de nouveaux lecteurs. Avec toujours &#224; l'esprit cette devise de l'artiste po&#232;te Robert Filliou que cette &#233;quipe de choc a fait sienne : &#171; &lt;i&gt; L'art, c'est ce qui rend la vie plus int&#233;ressante que l'art !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hara Kiri et Cavanna &#224; jamais ins&#233;parables</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Hara-Kiri-et-Cavanna-a-jamais,458.html</link>
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		<dc:date>2008-12-24T11:02:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Presse</dc:subject>

		<description>Hara Kiri a cess&#233; de para&#238;tre depuis pr&#232;s de trente ans, mais son souvenir et son influence restent vivaces. Fran&#231;ois Cavanna en demeure l'incarnation. Portrait. Un journal para&#238;t pendant plus d'un si&#232;cle sans modifier d'un iota ses &#171; fid&#232;les abonn&#233;s &#187;. Au contraire, un autre titre, publi&#233; cahin-caha pendant &#171; &#224; peine &#187; vingt-cinq ans, frappe durablement les esprits. En mati&#232;re de souvenirs, mieux vaut un feu d'artifice qu'une lampe sourde. Notre feu d'artifice s'est appel&#233; Hara Kiri (1960-1980). Les (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no19,39-.html" rel="directory"&gt;n&#176;19&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-presse,34-+.html" rel="tag"&gt;Presse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L108xH150/arton458-d7628.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='108' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:108px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Hara Kiri a cess&#233; de para&#238;tre depuis pr&#232;s de trente ans, mais son souvenir et son influence restent vivaces. Fran&#231;ois Cavanna en demeure l'incarnation. Portrait.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un journal para&#238;t pendant plus d'un si&#232;cle sans modifier d'un iota ses &#171; &lt;i&gt;fid&#232;les abonn&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. Au contraire, un autre titre, publi&#233; cahin-caha pendant &#171; &lt;i&gt;&#224; peine&lt;/i&gt; &#187; vingt-cinq ans, frappe durablement les esprits. En mati&#232;re de souvenirs, mieux vaut un feu d'artifice qu'une lampe sourde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notre feu d'artifice s'est appel&#233; Hara Kiri (1960-1980). Les &#233;ditions Ho&#235;beke en publient un superbe bouquet final&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Hara Kiri, les belles images &#187;, aux &#233;ditions Ho&#235;beke.' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Son artificier en chef se nomme toujours Fran&#231;ois Cavanna. D'origine italienne comme Georges Brassens, son a&#238;n&#233; de deux ans, c'est &#233;galement un fils de ma&#231;on immigr&#233;. Lui, ce n'est pas au soleil de S&#232;te qu'il pousse, mais &#224; Nogent-sur-Marne o&#249; p&#232;re et m&#232;re sont install&#233;s - grand mot pour la pauvre et banlieusarde &#171; &lt;i&gt;petite Italie&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_171 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Harakiri_1.jpg&quot; title='photo : Ho&#235;beke' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/Harakiri_1-ab436-0a518.jpg' width='216' height='324' alt='photo : Ho&#235;beke' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-171 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Ho&#235;beke&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-171 spip_doc_descriptif' style='width:216px;'&gt;Fran&#231;ois Cavanna&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;On y manque d'&#224;-peu-pr&#232;s tout, sauf d'affection. Papa respire le bonheur de vivre, maman idol&#226;tre ce fils unique qui monte si vite en graine, z&#233;ro de conduite et premier de classe. &#202;tre mis en pr&#233;sence du postulat des parall&#232;les l'exalte. &#171; C'est &#224; l'&#233;cole primaire que je dois l'essentiel de mes connaissances &#187;, r&#233;capitule-t-il aujourd'hui&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Entretien avec M&#233;dias, 29 octobre 2008.' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. L'ivresse d'apprendre le c&#232;de rapidement &#224; la n&#233;cessit&#233; de faire bouillir la marmite. Fran&#231;ois a 16 ans ; c'est d&#233;j&#224; un grand &#233;chalas &#224; belle gueule ombrageuse. Il fait le trieur &#224; la Poste puis, bien s&#251;r, le ma&#231;on, tout en d&#233;vorant des livres et en dessinant. Jusqu'&#224; ce que, rafl&#233; par le STO, il endure deux ans et demi de camp &#224; Berlin, dont il se rappelle moins les avanies que l'illumination d'un premier amour. La Lib&#233;ration le s&#233;pare &#224; jamais de Maria, la jolie d&#233;port&#233;e ukrainienne de 19 ans. Il y aura d'autres cr&#232;ve-c&#339;ur. &#171; &lt;i&gt;Redevient ma&#231;on, puis technicien dans le chauffage industriel. Conna&#238;t Liliane, d&#233;port&#233;e &#224; Ravensbr&#252;ck, seule rescap&#233;e de toute une famille. L'aide &#224; ressusciter. Deuxi&#232;me amour. Non, c'est le premier qui revit. Se marient &#224; la sauvette. Chambrette &#224; M&#233;nilmontant. Elle meurt, mal ressuscit&#233;e. De plus en plus dur. Il a vingt-six ans.&lt;/i&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Cavanna raconte Cavanna &#187;, Charlie-Hebdo, hors s&#233;rie n&#176; 24, publi&#233; &#224; (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187; On l'aura compris, l'adversit&#233; ne lui a pas fait d&#233;faut. S'y collette, en tournant le dos au travail &#224; heures fixes, pour tenter de vivre de sa passion d'enfant : le dessin. Et ils survivent, sept dans deux pi&#232;ces &#224; Vincennes : lui, Tita, son &#233;pouse venue de Suisse avec trois gamines, auxquelles s'ajouteront bient&#244;t deux gar&#231;ons.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Hara Kiri : ce titre insolite et insolent annonce que c&#807;a va saigner. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cavanna v&#233;n&#232;re &lt;i&gt;Mad Magazine&lt;/i&gt;, le tr&#232;s irrespectueux journal am&#233;ricain d'humour, qu'il r&#234;ve d'acclimater &#224; Paris. Sauf que les polissonneries en usage dans la France des ann&#233;es 1950 sont &#224; des ann&#233;es-lumi&#232;re du vitriol yankee et qu'il faut s'y conformer si l'on veut placer sa production &#224; Rabelais, Ridendo ou dans L'Agenda des vins du Postillon, voire, honneur supr&#234;me et r&#233;mun&#233;ration plus d&#233;cente, &#224; France Dimanche, Ici Paris ou au H&#233;risson. C'est en fait &#224; partir de Z&#233;ro, publication bien nomm&#233;e et uniquement vendue par colportage, que tout commence enfin. Cavanna y est ce que, finalement, il ne cessera jamais d'&#234;tre : son homme &#224; tout faire, de la maquette &#224; l'imprimerie, en passant par la r&#233;daction, puis son r&#233;dacteur en chef (1957), ce qui revient &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le responsable du colportage se nomme Georges Bernier, futur professeur Choron. &#192; propos de la rencontre de l'ex-corps exp&#233;ditionnaire fran&#231;ais en Indochine, passablement allum&#233;, et du bourreau de travail, arrim&#233; &#224; sa table de dessin comme &#224; une planche de salut, Cavanna a souvent dit : &#171; &lt;i&gt;Je n'aurais rien pu faire sans Choron et Choron n'aurait rien pu faire sans moi.&lt;/i&gt; &#187; Puisqu'il le r&#233;p&#232;te aujourd'hui encore, pourquoi en douter ? Bernier, form&#233; &#224; la gestion par l'ECPN (&#201;cole de commerce des Pieds Nickel&#233;s) est un provocateur n&#233;, un type de &#171; &lt;i&gt; coups&lt;/i&gt; &#187;. Cavanna appara&#238;t d&#233;j&#224; comme un v&#233;ritable directeur artistique, un mentor exigeant et un incomparable d&#233;couvreur de talents.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_172 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/Harakiri_4.png&quot; title='' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH240/Harakiri_4-a39d8-d8a27.png' width='324' height='240' alt='' style='height:240px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il qu'apr&#232;s la mort du propri&#233;taire de Z&#233;ro, et l'involontaire collaboration de sa veuve, les deux comp&#232;res lancent enfin leur journal. Premier coup de g&#233;nie de Cavanna : ce titre insolite et insolent. Hara Kiri annonce que &#231;a va saigner. Le num&#233;ro 1, paru en septembre 1960, est distribu&#233; par colportage pour limiter les frais et d&#233;jouer, provisoirement, la censure. Les d&#233;buts sont difficiles (entre 2 500 et 4 500 exemplaires), le passage en kiosque d&#233;licat, mais, bient&#244;t, le bouche &#224; oreille, les pubs gratuites de Jean-Christophe Averty ou de Francis Blanche, fans du &#171; &lt;i&gt;journal b&#234;te et m&#233;chant&lt;/i&gt; &#187; (slogan &#233;galement d&#251; &#224; Cavanna), sans rien dire des interdictions &#224; &#171; &lt;i&gt;l'affichage et aux mineurs&lt;/i&gt; &#187;, assurent la promotion des ventes : celles-ci atteignent jusqu'&#224; 250 000 exemplaires en 1965 et 1966 !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Cavanna posse&#768;de ces qualite&#769;s assez peu re&#769;pandues chez les patrons de presse : il met la main a&#768; la pa&#770;te, il a du flair, et il n'est pas jaloux du talent d'autrui. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me coup de g&#233;nie du red-chef tient &#224; la composition de son &#233;quipe. C'est peu dire que Cavanna conna&#238;t le m&#233;tier, et il sait ce qu'il veut : Fred signe la premi&#232;re couverture, Lob est d&#233;j&#224; l&#224;, le tout jeune Reiser arrive. Sont ensuite recrut&#233;s d'autres d&#233;butants de talent : Cabu, Topor, G&#233;b&#233;, Wolinski, on en passe. Cavanna poss&#232;de ces qualit&#233;s, en d&#233;finitive assez peu r&#233;pandues chez les patrons de presse : il met la main &#224; la p&#226;te, il a du flair, il n'est pas jaloux du talent d'autrui et il laisse &#224; ses collaborateurs une totale libert&#233; d'expression. De sorte que Hara Kiri ne singe jamais Mad, mais impose son propre ton, m&#233;lange in&#233;dit de f&#233;rocit&#233; et de po&#233;sie (&#171; Le petit cirque &#187; de Fred), de vitup&#233;ration et d'&#233;motions, de ras des p&#226;querettes et de dada&#239;sme, de mauvais go&#251;t pr&#233;m&#233;dit&#233; et d'&#233;l&#233;gances inattendues, de prose incandescente et de graphisme tranchant. Ce style neuf - qui n'est surtout pas univoque - va faire &#233;cole : les affiches de mai 68 lui empruntent ses uppercuts, Coluche s'en nourrit, les publicit&#233;s d&#233;tourn&#233;es des Nuls, les Guignols et Groland en proc&#232;dent. Au mitan des ann&#233;es 1970, les &#233;ditions du Square, dont Hara Kiri est le navire amiral, constituent un groupe de presse enviable, h&#233;las ! peu &#224; peu d&#233;mantel&#233; par des interdictions ruineuses, la gestion erratique de Choron et, peut-&#234;tre aussi, l'usure du genre&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='footnote' title='On y comptait notamment Surprise, La gueule ouverte, B.D. l'hebdo de la (...)' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Mais quelle sant&#233;, m&#234;me posthume ! Quelle durable empreinte dans l'histoire de la presse du xxe si&#232;cle !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le fils du Rital co&#770;toie de&#769;sormais ses chers mai&#770;tres. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Cavanna lui-m&#234;me, fomenteur du mythe, il semble camper pour la post&#233;rit&#233; la figure de r&#233;d-chef jupit&#233;rien, d&#233;tenteur de la foudre et du tonnerre (ses col&#232;res sont fameuses), n&#233;anmoins papa-poule couvant ses trublions surdou&#233;s et gardien scrupuleux du temple. Si l'on &#233;voque les javas l&#233;gendaires de l'&#233;poque, il bougonne : &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r qu'ils faisaient la f&#234;te, d'ailleurs pas tous ; mais, moi, je restais &#224; bosser. Je bouclais et je dormais sur place&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Entretien avec M&#233;dias, 29 octobre 2008.&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, Fran&#231;ois Cavanna a 85 balais. Il prom&#232;ne parfois sa haute silhouette osseuse, juste un peu vo&#251;t&#233;e, son profil de flibustier et sa crini&#232;re neigeuse dans ce quartier de Maubert o&#249; les grouillements de la Cour des Miracles pr&#233;c&#233;d&#232;rent de quelques si&#232;cles le branle-bas de combat des mutin&#233;s d'Hara Kiri. Il y retrouve alors, au n&#176; 10 de la rue des Trois Portes, son bureau de jadis, sorte de repaire d'alchimiste, vrai foutoir mal &#233;clair&#233; par une lampe verd&#226;tre. Un bat-flanc pour les mauvais sommeils d'apr&#232;s-bouclage fait face &#224; l'antique planche sur ses tr&#233;teaux...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Travailler, que faire d'autre ? On renonce &#224; d&#233;nombrer les ouvrages de cet &#233;crivain &#224; succ&#232;s&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='footnote' title='En fait, pr&#232;s de 70 titres : r&#233;cits autobiographiques, romans, romans (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Car le fils du Rital c&#244;toie d&#233;sormais dans les biblioth&#232;ques ses chers ma&#238;tres, C&#233;line, Marcel Aym&#233;, Marcel Pagnol, Antoine Blondin (&#171; &lt;i&gt;Faut bien reconna&#238;tre que le talent est plut&#244;t &#224; droite&lt;/i&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Entretien avec M&#233;dias, 29 octobre 2008.' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187;). Il a dig&#233;r&#233; leur influence en y insufflant sa propre v&#233;h&#233;mence, non d&#233;nu&#233;e de rh&#233;torique, son &#233;nergie vitale, sa facult&#233; d'indignation, sa fantaisie et aussi un fond de sentimentalit&#233;, cravach&#233;e sit&#244;t qu'elle s'aviserait de s'&#233;pancher...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De la nostalgie ? Pas le genre, encore qu'on devine un regret : le dessinateur qu'il ambitionnait d'&#234;tre a cass&#233; son crayon en chemin. Des projets ? &#171; Internet sera la grande aventure de mon quatri&#232;me &#226;ge&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh2-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. &#187; Tel est le scoop, &#224; venir, incessamment sous peu, le blog de Fran&#231;ois Cavanna : &#171; &lt;i&gt;Smart and sweet&lt;/i&gt; &#187;. On plaisante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#171; Hara Kiri, les belles images &#187;, aux &#233;ditions Ho&#235;beke.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-2' id='nb2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Entretien avec M&#233;dias, 29 octobre 2008.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-3' id='nb2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#171; Cavanna raconte Cavanna &#187;, Charlie-Hebdo, hors s&#233;rie n&#176; 24, publi&#233; &#224; l'occasion de l'exposition que la biblioth&#232;que, le mus&#233;e et les archives de Nogent-sur-Marne lui consacrent jusqu'au 31 mai 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-4' id='nb2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;On y comptait notamment Surprise, La gueule ouverte, B.D. l'hebdo de la B.D., Mords-y l'&#338;il, Charlie mensuel. Le dernier Hara Kiri a paru en d&#233;cembre 1985. Charlie Hebdo a &#233;t&#233; relanc&#233; en 1992, il est dirig&#233; par Philippe Val. Cavanna y appara&#238;t toujours en tant que &#171; fondateur &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-5' id='nb2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;En fait, pr&#232;s de 70 titres : r&#233;cits autobiographiques, romans, romans historiques, essais, pamphlets, pastiches, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-6' id='nb2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; Entretien avec M&#233;dias, 29 octobre 2008.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-7' id='nb2-7' class='spip_note' title='Notes 2-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'avenir ? Ce sera une affaire de volont&#233;</title>
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		<dc:subject>Presse</dc:subject>

		<description>Et si on parlait contenu ? Et si la crise de la presse &#233;tait aussi et surtout une crise de l'offre, encore accrue par la r&#233;volution num&#233;rique ? Il suffit de jeter un &#339;il sur les portails de nos voisins... L'exception fran&#231;aise n'est d&#233;cid&#233;ment pas toujours &#224; notre honneur, ni bien s&#251;r, &#224; notre avantage... L'anecdote, comme souvent, en dit plus long sur la crise de la presse fran&#231;aise que tous les rapports sur le sujet : quand on se rend sur Newseum.org pour y consulter les unes des journaux du monde (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Et si on parlait contenu ? Et si la crise de la presse &#233;tait aussi et surtout une crise de l'offre, encore accrue par la r&#233;volution num&#233;rique ? Il suffit de jeter un &#339;il sur les portails de nos voisins... L'exception fran&#231;aise n'est d&#233;cid&#233;ment pas toujours &#224; notre honneur, ni bien s&#251;r, &#224; notre avantage...&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'anecdote, comme souvent, en dit plus long sur la crise de la presse fran&#231;aise que tous les rapports sur le sujet : quand on se rend sur &lt;a href='http://www.newseum.org/' class='spip_out' rel='external'&gt;Newseum.org&lt;/a&gt; pour y consulter les unes des journaux du monde entier, on y d&#233;couvre 648 titres envoy&#233;s d'Albanie, du P&#233;rou, d'Inde, des &#201;tats-Unis, d'Europe mais... un seul titre fran&#231;ais ! Et pas n'importe lequel, La Tribune, c'est-&#224;-dire le dernier quotidien national ayant fait l'objet d'une cession dans des conditions qui, l&#224; encore, sont r&#233;v&#233;latrices d'une activit&#233; qui emploie 400 000 personnes... et concourt &#224; la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne peut mieux signifier la sp&#233;cificit&#233; de la crise de la presse fran&#231;aise, son isolement et son &#171; &lt;i&gt;entre-soi&lt;/i&gt; &#187; d&#233;pressif, elle qui est la plus subventionn&#233;e des pays occidentaux et la plus mal distribu&#233;e : dans toutes les &#233;coles de journalisme, on apprend &#224; &#234;tre curieux mais un seul &#233;diteur hexagonal croit utile d'appartenir &#224; cette g&#233;ographie du &#171; &lt;i&gt;quotidien monde&lt;/i&gt; &#187; qu'est devenu le Web... Pourtant, &#224; l'heure de la mondialisation, pr&#233;senter sur Internet sa une, qui constitue rien de moins que la vitrine d'un journal, ce que ses &#233;quipes r&#233;dactionnelles offrent de vision, d'&#233;motion, de compr&#233;hension du monde, de distraction, devrait &#234;tre une ardente obligation pour chaque &#233;diteur. Mais pas en France.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_170 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/lavenir.jpg&quot; title='illustration : Pierre Chassagnard' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L217xH324/lavenir-f6180-c0bde.jpg' width='217' height='324' alt='illustration : Pierre Chassagnard' style='height:324px;width:217px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-170 spip_doc_titre' style='width:217px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Pierre Chassagnard&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Les canards, comme les oiseaux, se cachent donc pour mourir. En d&#233;cidant, le 2 octobre, de lancer des &#201;tats g&#233;n&#233;raux de la presse, Nicolas Sarkozy a sans doute pris une bonne initiative. Tout a &#233;t&#233; dit n&#233;anmoins sur la m&#233;thode qui consiste &#224; imposer du sommet un groupe de pilotage de quatre personnes nomm&#233;es par l'&#201;lys&#233;e, encadr&#233; par les conseillers du Prince, sans que ni la composition de ces groupes ni la publicit&#233; des d&#233;bats, ne permettent de dire ce qui s'y passe.
Et que penser d'&#201;tats g&#233;n&#233;raux sans le peuple lecteur ? Un mois a pass&#233; et rien. Ou plut&#244;t, des indiscr&#233;tions, des rumeurs sur des secours financiers de l'&#201;tat pour tel ou tel titre, tel secteur. On ne sait rien, en revanche, sur le fond et ce qui devrait &#234;tre le d&#233;bat de tous reste une affaire de sp&#233;cialistes. Mais comment peut-on imaginer sauver un patient de sa neurasth&#233;nie sans ouvrir les fen&#234;tres et lui faire respirer l'air du large ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, la presse est une industrie, mais on ne fait pas un journal comme on fabrique une bo&#238;te de petits pois ; il s'agit aussi et surtout d'information, d'opinion publique et de culture. Comment escompter un sursaut sans que la question des contenus ne soit mise sur la place publique et discut&#233;e par les citoyens que ces enjeux int&#233;ressent ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Partout dans le monde, on exp&#233;rimente, on invente les supports de demain, o&#249; chacun ira d'un lien hypertexte &#224; une vid&#233;o et d'une image &#224; une base de donn&#233;es, sauf dans ces &#201;tats g&#233;n&#233;raux o&#249; l'on g&#232;re le patrimoine et accommode les restes plus que l'on ne cherche &#224; briser le cercle vicieux. Ce repli est suicidaire.
La r&#233;volution num&#233;rique accro&#238;t encore les &#233;carts. &#192; de tr&#232;s rares exceptions, les sites Internet adoss&#233;s aux journaux hexagonaux n'offrent qu'une p&#226;le copie de ce qui se fait ailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'est pas n&#233;cessaire d'aller aux &#201;tats-Unis pour s'esbaudir devant la richesse des contenus multim&#233;dias ; en Italie, La Repubblica, avec une vingtaine de sites, montre la voie de ce qu'il est possible de faire. En Espagne ou au Danemark aussi, les sites n'ont rien &#224; voir avec ce qui se fait ou ne se fait pas en France. En termes d'arborescence, de place de la vid&#233;o et de contenus sonores, d'interactivit&#233;, le foss&#233; se creuse. L'exception fran&#231;aise est criante et elle n'est pas &#224; notre honneur. Cette d&#233;faite est collective. Il n'est cependant pas certain que, dans les arri&#232;re-salles de ces &#201;tats g&#233;n&#233;raux, on cherche &#224; modifier le cours des choses. Il reste 70 quotidiens en France. Combien dans dix ans ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En lan&#231;ant les &#201;tats g&#233;n&#233;raux, le pr&#233;sident de la R&#233;publique a &#233;voqu&#233; la paup&#233;risation du secteur et il a raison, la presse fran&#231;aise se d&#233;bat dans la mis&#232;re. Le nombre des pages propos&#233;es &#224; la lecture avoisine les 90 dans les standards internationaux, il n'est que de 32 chez nous. Les r&#233;dactions s'&#233;tiolent. Cette pauvret&#233; se manifeste maintenant dans des domaines qui feront la diff&#233;rence demain, le visuel, les bases de donn&#233;es, la relation avec les lecteurs, et c'est grave.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le Web est craint, voire diabolise&#769;, par les syndicats qui y voient une surexploitation des salarie&#769;s. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le Web est-il consid&#233;r&#233; en France comme un m&#233;dia, et un m&#233;dia concurrent qui a coul&#233; la vente des journaux papier, et non comme un outil qui pourrait transformer le m&#233;tier, am&#233;liorant certes la productivit&#233;, mais permettant surtout de d&#233;gager des moyens pour les investir dans l'enrichissement des contenus ? Dans de nombreux pays, le Web a &#233;t&#233; plac&#233; au centre du travail des journalistes. Ici, il est craint, voire diabolis&#233; par les syndicats qui y voient une surexploitation des salari&#233;s et par les &#233;diteurs qui ne veulent pas de structures horizontales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, travailler en r&#233;seau r&#233;duit l'espace-temps, permet l'acc&#232;s &#224; des connaissances, favorise les &#233;changes et cr&#233;e de la richesse &#224; tous les sens du terme. Mais pas ici. Par exemple, comment expliquer que le Web soit tr&#232;s peu utilis&#233; par les journaux pour tester la communaut&#233; de leurs lecteurs (comme le font par exemple La Voix du Nord et Nord &#201;clair), proposer des sujets &#224; la vente avant de les imprimer, interagir avec cette m&#234;me communaut&#233; dans la couverture d'un &#233;v&#233;nement ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment expliquer que le boucher ou le boulanger du coin conna&#238;t mieux ses clients qu'un journal ses lecteurs ? Cette fa&#231;on de subir la crise d&#233;passe l'entendement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et comment ne pas remettre en cause la formation telle qu'elle se pratique en France, toujours sur le m&#234;me mod&#232;le, avec les m&#234;mes techniques compl&#232;tement d&#233;pass&#233;es. Nos fabriques de ch&#244;meurs envoient &#224; l'abattoir des g&#233;n&#233;rations de jeunes, toujours plus dipl&#244;m&#233;s. Quel &#233;diteur a r&#233;agi pour tenter de prendre le train en marche ? Comment expliquer que tr&#232;s peu de Fran&#231;ais se rencontrent dans les s&#233;minaires de formation qui s'organisent &#224; Copenhague ou &#224; Milan sur l'avenir de cette profession tandis qu'affluent, de tout le continent, des designers, des maquettistes, des graphistes multim&#233;dias et des journalistes ? L'absence de curiosit&#233;, l'uniformisation commence d&#232;s la formation. De nouveaux m&#233;tiers apparaissent, par exemple des d&#233;veloppeurs-journalistes, qui compilent des sources dans des bases de donn&#233;es pour en extraire des synth&#232;ses int&#233;ressant le public, ou des &#171; editor-design &#187; qui d&#233;clinent des contenus multim&#233;dias et les mettent en sc&#232;ne. O&#249; sont-ils ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; E&#769;diteurs et re&#769;dactions ne parviennent plus a&#768; e&#770;tre des entrepreneurs, ils subissent leur propre histoire. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas s'interroger sur la m&#233;diocrit&#233; de l'interactivit&#233; ici, quand par exemple deux cents blogueurs contribuent &#224; la confection du Gotenborg Post en envoyant au journal articles et photos. Et en Gr&#232;ce, un journal comme Eleftheros, gr&#226;ce &#224; son nouveau design plus dynamique, est parvenu &#224; jeter un pont entre le papier et son site Internet, passant de 40 000 &#224; 120 000 exemplaires par jour, en jouant sur cette relation nouvelle. Il n'y a aucune fatalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tandis que partout dans le monde, on parle convergence des supports, mutualisation des contenus, intelligence collective, en France on continue de penser cat&#233;gories professionnelles, droits d'acc&#232;s diff&#233;renci&#233;s entre niveaux hi&#233;rarchiques, contenus sp&#233;cifiques pour tel ou tel support. &#201;diteurs et r&#233;dactions ne parviennent plus &#224; &#234;tre des entrepreneurs, ils subissent leur propre histoire et il est probable que les journaux (au sens large) ne joueront plus le r&#244;le qu'ils tiennent depuis la R&#233;volution fran&#231;aise. Extraordinaire paradoxe de ces &#201;tats g&#233;n&#233;raux cens&#233;s voler au secours d'une profession alors qu'ils vont probablement en constater le d&#233;clin : &#233;diteurs et journalistes doivent accepter les nouvelles fronti&#232;res technologiques (avec les cons&#233;quences sociales qu'elles induisent sur la mobilit&#233; mais aussi sur le droit d'auteur) et les modifications en cours dans la transmission des savoirs et des connaissances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un journal, quel que soit son support, papier ou num&#233;rique, est d'abord une communaut&#233;. La presse nationale l'a trop oubli&#233;. Malgr&#233; ses habitudes un peu &#171; ringardes &#187;, comme on dit &#224; Paris, la presse quotidienne r&#233;gionale montre qu'elle demeure un creuset toujours actif, une r&#233;elle agr&#233;gation de savoirs, d'histoires, de m&#233;moires bien vivantes. Bref, une communaut&#233; qui partage espace social et proximit&#233; d'information. Ce qui se passe &#224; La Montagne - convergence du quotidien papier et d'une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision - indique un chemin que d'autres journaux dans d'autres r&#233;gions empruntent d&#233;j&#224;. Il en va de m&#234;me sur certains sites, r&#233;seaux sociaux qui regroupent du texte, du son, de la vid&#233;o en fonction de centres d'int&#233;r&#234;ts ou de lieux. La cohabitation de journalistes professionnels et de blogueurs amateurs, le maillage des territoires, la fusion du global et du local, voil&#224; les axes du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une nouvelle &#232;re s'ouvre pour les quotidiens, qui doit leur permettre de retrouver un r&#244;le moteur. Quel que soit le support, les journaux demeureront des vecteurs importants du d&#233;veloppement local, de l'organisation de la soci&#233;t&#233;. &#192; condition d'&#234;tre dans le mouvement de la cr&#233;ation, du partage technologique et des valeurs d&#233;mocratiques... la qualit&#233; future d'un m&#233;dia consistera &#224; s'int&#233;grer en profondeur dans le territoire, &#224; susciter toujours plus d'interactivit&#233; et de participation. Le journal sera mon journal. Et dans mon journal, j'en aurai plusieurs rassembl&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais comme disait Sen&#232;que, &#171; &lt;i&gt;velle non discitur&lt;/i&gt; &#187;, vouloir ne s'apprend pas. Alors qu'importent les &#201;tats g&#233;n&#233;raux. Ils passeront. Des mesures d'urgence, de sauvetage, seront prises. Admettons. Mais il faut qu'en toute ind&#233;pendance et avec une ferme volont&#233; de r&#233;forme, &#233;diteurs et journalistes imaginent ensemble de nouvelles mani&#232;res d'organiser le travail et des relations in&#233;dites avec le lecteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;G&#233;rard Desportes est journaliste &#224; Mediapart, Nata Rampazzo designer de presse.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une crise (tr&#232;s fran&#231;aise) d'ind&#233;pendance</title>
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		<dc:subject>Presse</dc:subject>

		<description>Des &#233;tats g&#233;n&#233;raux sans tiers &#233;tat, ni lecteurs, ni blogueurs. Une presse mise au service du &quot;projet de modernisation&quot; de Nicolas Sarkozy. Et si le manque d'ind&#233;pendance &#233;tait &#224; l'origine de l'ampleur et de la sp&#233;cificit&#233; de la presse fran&#231;aise... La supercherie n'aura pas dur&#233; deux mois. D'ores et d&#233;j&#224;, les &#171; &#201;tats g&#233;n&#233;raux &#187; de la presse apparaissent au grand jour pour ce qu'ils sont : une man&#339;uvre engag&#233;e par la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, qui vise &#224; faire l&#233;gitimer par l'ensemble des m&#233;tiers de (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Des &#233;tats g&#233;n&#233;raux sans tiers &#233;tat, ni lecteurs, ni blogueurs. Une presse mise au service du &quot;projet de modernisation&quot; de Nicolas Sarkozy. Et si le manque d'ind&#233;pendance &#233;tait &#224; l'origine de l'ampleur et de la sp&#233;cificit&#233; de la presse fran&#231;aise...&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La supercherie n'aura pas dur&#233; deux mois. D'ores et d&#233;j&#224;, les &#171; &#201;tats g&#233;n&#233;raux &#187; de la presse apparaissent au grand jour pour ce qu'ils sont : une man&#339;uvre engag&#233;e par la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, qui vise &#224; faire l&#233;gitimer par l'ensemble des m&#233;tiers de l'information des mesures prises par l'&#201;lys&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tentons une &#233;num&#233;ration, partielle et provisoire puisque faite &#224; la mi-novembre. Le Forum des soci&#233;t&#233;s de journalistes a d&#233;nonc&#233; cette proc&#233;dure. Tout comme plusieurs regroupements de journalistes, dont le collectif &#171; &#199;a presse ! &#187; ou l'Union des clubs de la presse de France. Les soci&#233;t&#233;s de lecteurs ont fait de m&#234;me, tandis que plusieurs syndicats professionnels sont divis&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des &#171; &#201;tats g&#233;n&#233;raux &#187;, il ne reste donc qu'un c&#233;nacle o&#249; dominent patrons, &#233;diteurs, r&#233;dacteurs en chef, responsables publicitaires et gestionnaires. Adieu le tiers &#233;tat de la profession ! Ignor&#233;s les lecteurs ! Ignor&#233;s ces nouveaux acteurs de l'information que sont les blogueurs !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Mediapart, nous avions, d&#232;s le d&#233;but du mois d'octobre, d&#233;nonc&#233; une proc&#233;dure initi&#233;e et contr&#244;l&#233;e de bout en bout par la pr&#233;sidence de la R&#233;publique. Sur un principe simple : comment le pouvoir pouvait-il envisager de conduire la r&#233;forme d'un contre-pouvoir essentiel ? Imagine-t-on un instant nos confr&#232;res britanniques, allemands, espagnols, am&#233;ricains se rendre la corde au cou au palais de l'ex&#233;cutif et y faire leurs petits devoirs en esp&#233;rant d&#233;crocher une bonne note ?&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_169 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Godfather.jpg&quot; title='illustration : Pierre Chassagnard' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L267xH324/Godfather-299b1-d310f.jpg' width='267' height='324' alt='illustration : Pierre Chassagnard' style='height:324px;width:267px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-169 spip_doc_titre' style='width:267px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Pierre Chassagnard&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Imagine-t-on un instant ces confr&#232;res &#233;couter ce propos qui fut celui du pr&#233;sident de la R&#233;publique pour conclure son discours d'ouverture : &#171; &lt;i&gt;Nous essayons de conduire un travail de modernisation de la France. Si vous vous modernisez vous-m&#234;mes, si vous &#234;tes exemplaires sur ce chemin, alors je ne doute pas que la cr&#233;dibilit&#233; sera au rendez-vous, pour vous comme pour nous.&lt;/i&gt; &#187; Stup&#233;fiant propos qui d&#233;voile le vrai projet : une presse mise au service du &#171; &lt;i&gt;projet de modernisation&lt;/i&gt; &#187; de Nicolas Sarkozy.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notre autre stup&#233;faction, &#224; Mediapart, renvoie &#224; l'&#233;tat de notre profession. Car, enfin, pourquoi donc tant de confr&#232;res, r&#233;dacteurs en chef, directeurs de journaux se sont-ils pr&#233;cipit&#233;s (et la bagarre fut parfois rude pour obtenir un si&#232;ge !) dans les quatre commissions cr&#233;&#233;es sous la houlette de la conseill&#232;re du pr&#233;sident, Emmanuelle Mignon ? Faut-il avoir perdu confiance en nous-m&#234;mes, en l'ambition de notre m&#233;tier et en l'exigence d&#233;mocratique qui le fonde, pour accepter de cautionner une telle mise en sc&#232;ne ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il s'agit de &#171; &lt;i&gt;ma proposition&lt;/i&gt; &#187;, a insist&#233; Nicolas Sarkozy dans son discours d'ouverture, le 2 octobre, discours dans lequel il utilise &#224; 53 reprises le mot &#171; &lt;i&gt;je&lt;/i&gt; &#187;. Le &#171; &lt;i&gt;comit&#233; de pilotage&lt;/i&gt; &#187;, dont il a d&#233;sign&#233; seul les quatre membres, en toute opacit&#233;, sera coordonn&#233; par &#171; &lt;i&gt;mon cabinet&lt;/i&gt; &#187;, a-t-il ajout&#233;. Et son seul engagement sur l'issue de cette proc&#233;dure - par ailleurs non publique - fut le suivant : &#171; &lt;i&gt;J'&#233;couterai ce qui sera dit&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et voil&#224; qu'un tel cadre est accept&#233; par d'&#233;minents confr&#232;res. &#201;ric Fottorino, directeur du Monde, Laurent Joffrin, directeur de Lib&#233;ration, Pierre Haski, directeur de Rue 89, Fr&#233;d&#233;ric Fillioux, ancien directeur de 20 minutes, ne trouvent donc rien &#224; redire ? D'autres dirigeants de m&#233;dias - Denis Olivennes du Nouvel Observateur, Daniel Schneiderman du site Arr&#234;t sur images - ont exprim&#233; &#224; des degr&#233;s divers leurs r&#233;serves ou leur opposition radicale. D'anciens dirigeants - tels Jean-Fran&#231;ois Kahn, fondateur de Marianne, ou Alain Genestar, ex-directeur de Paris Match -, des observateurs avis&#233;s - tel Bertrand Pecquerie, directeur du World Editors Forum - ont fait de m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; C'est bien cette inde&#769;pendance me&#769;thodiquement grignote&#769;e qui constitue le carburant tre&#768;s franc&#807;ais de la crise actuelle. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alors, il faut en venir au fond de ce que nous disent ces &#171; &#201;tats g&#233;n&#233;raux &#187; et qui constitue la vraie sp&#233;cificit&#233; de la presse fran&#231;aise : une crise d'ind&#233;pendance. On peut bien s&#251;r brandir les tendances mondiales : r&#233;volution num&#233;rique, s&#233;ismes publicitaires, fragmentation des audiences, vieillissement des lectorats, coupes claires dans les r&#233;dactions. Tout cela est vrai. Mais rien ne permet de comprendre l'ampleur et la sp&#233;cificit&#233; de la crise fran&#231;aise. Or, c'est bien cette ind&#233;pendance m&#233;thodiquement grignot&#233;e du journalisme qui constitue le carburant tr&#232;s fran&#231;ais de la crise actuelle. Pendant que les &#201;tats g&#233;n&#233;raux dissertaient, les s&#233;nateurs adoptaient un texte visant &#224; prolonger le d&#233;lai l&#233;gal de diffamation de trois mois &#224; un an. Pas pour tous ! Seulement pour les sites Internet pure player, c'est-&#224;-dire n'&#233;tant pas adoss&#233;s &#224; un titre papier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puis une commission de ces &#201;tats g&#233;n&#233;raux envisageait la cr&#233;ation d'un &#171; &lt;i&gt;conseil de m&#233;diation&lt;/i&gt; &#187;, charg&#233; de veiller au respect des r&#232;gles d&#233;ontologiques et de sanctionner. Vieille et r&#233;guli&#232;re demande des politiques que de voir un ordre professionnel faire la police. Et, l&#224; encore, sur Internet. Comme si la loi de 1881 et nos chartes professionnelles n'offraient pas aujourd'hui un cadre suffisant !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'autre projet de l'&#201;lys&#233;e est plus clair encore : faire sauter les verrous anti-concentration qui prot&#232;gent aujourd'hui le pluralisme et constituer de &#171; &lt;i&gt;grands groupes plurim&#233;dias&lt;/i&gt; &#187;, annonce le pr&#233;sident de la R&#233;publique. Le probl&#232;me n'est pas que la France ne dispose pas de grands groupes de m&#233;dias : ils existent et s'appellent Vivendi, Lagard&#232;re (premier &#233;diteur mondial de magazines), Orange...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les principaux quotidiens d'information ge&#769;ne&#769;rale sont conside&#769;re&#769;s comme des agents d'influence par une petite oligarchie d'industriels dont le destin de&#769;pend des pouvoirs publics. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me central est que les principaux quotidiens d'information g&#233;n&#233;rale sont consid&#233;r&#233;s comme des agents d'influence par une petite oligarchie d'industriels dont le destin d&#233;pend des pouvoirs publics. C'est une situation qui n'a pas d'&#233;quivalent aux &#201;tats-Unis. Pas d'&#233;quivalent en Europe, &#224; l'exception de l'Italie, o&#249; Berlusconi use grossi&#232;rement de la force de frappe de son empire Mediaset.
Rien n'emp&#234;che Serge Dassault, s&#233;nateur UMP, marchand d'armes et avionneur, de d&#233;velopper autour du Figaro un grand groupe de presse. Il a fait l'inverse en revendant les restes du groupe Hersant, et en mettant Le Figaro au service de son engagement politique et de ses int&#233;r&#234;ts industriels. La r&#233;volte actuelle d'une partie de sa r&#233;daction en t&#233;moigne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'a fait Bernard Arnault en achetant Les &#201;chos &#224; un prix largement sup&#233;rieur aux &#233;valuations donn&#233;es ? Que fait Fran&#231;ois Pinault en contr&#244;lant l'hebdomadaire Le Point ? Que fait Arnaud Lagard&#232;re en contr&#244;lant, outre Le Journal du Dimanche, Paris Match et les magazines de Hachette, 17 % du groupe Le Monde et 34 % de sa filiale Internet lemonde.fr ? Que fait Vincent Bollor&#233; en d&#233;pensant des centaines de millions d'euros dans une improbable cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision (Direct&#8200;8) et une presse gratuite-poubelle ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous quatre ach&#232;tent de l'influence. Ainsi, &#224; l'abri de m&#233;dias qu'ils contr&#244;lent, ils peuvent les utiliser dans leurs relations avec les pouvoirs publics. Contr&#244;ler ou investir dans un m&#233;dia, c'est d'abord acheter une clause de non-agression. Le Figaro a-t-il d&#233;nonc&#233; les errements strat&#233;giques du groupe Dassault et de son avion invendable, le Rafale ? Les &#201;chos pourront-ils interroger les comptes et la gestion de LVMH, leader mondial du luxe et propri&#233;t&#233; personnelle de Bernard Arnault ? Le Monde a-t-il mobilis&#233; toutes ses capacit&#233;s d'investigation pour d&#233;m&#234;ler le scandale EADS et l'implication du groupe Lagard&#232;re ? TF1 a-t-il enqu&#234;t&#233; sur les grands march&#233;s du groupe Bouygues &#224; l'&#233;tranger ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette situation a un corollaire : le m&#233;pris du journalisme et donc l'incapacit&#233; entrepreneuriale &#224; d&#233;velopper des entreprises de presse innovantes et rentables. En ce sens, cette crise d'ind&#233;pendance alimente une autre crise, celle de l'offre &#233;ditoriale, de sa richesse, de sa vari&#233;t&#233;. Car si l'influence suffit, il n'est nul besoin d'innover, de cr&#233;er. Croit-on que Serge Dassault, ignorant tout du journalisme, de ses enjeux et de l'industrie de la presse, sera le modernisateur ou l'inventeur de journaux quotidiens renouvel&#233;s ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or l'urgence est d'abord l&#224; : inventer, cr&#233;er, tester, d&#233;velopper, investir, perdre parfois pour gagner ensuite. Nos oligarques ne l'ont pas fait car la presse n'a jamais &#233;t&#233; au c&#339;ur de leur m&#233;tier. &#192; la diff&#233;rence de tous les grands groupes de m&#233;dias europ&#233;ens. Ceux-l&#224; auraient quelques conseils utiles &#224; nous prodiguer. Mais eux non plus n'ont pas &#233;t&#233; invit&#233;s aux &#171; &#201;tats g&#233;n&#233;raux &#187; &#233;lys&#233;ens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Fran&#231;ois Bonnet est le directeur &#233;ditorial du site d'information Mediapart.fr&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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