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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>Le point de vue des correspondants &#233;trangers</title>
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		<dc:date>2009-12-08T11:26:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hugo</dc:creator>


		<dc:subject>Dossier</dc:subject>

		<description>Sylvain Besson, correspondant &#224; Paris pour le quotidien suisse Le temps. &#171; Jouer avec la d&#233;pendance d'une presse courtisane &#187; La relation entre les journalistes fran&#231;ais et Nicolas Sarkozy est compliqu&#233;e car elle se joue &#224; plusieurs niveaux. Le premier est id&#233;ologique. En France, il existe une tradition du journalisme d'opinion qui ne distingue pas toujours les faits du commentaire. Par ailleurs, l'initiative politique vient du pr&#233;sident de la R&#233;publique. Journaliste, vous d&#233;pendez donc du (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no22,45-.html" rel="directory"&gt;n&#176;22&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-dossier,52-+.html" rel="tag"&gt;Dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L114xH150/arton584-aec4e.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='114' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:114px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sylvain Besson, correspondant &#224; Paris pour le quotidien suisse &lt;i&gt;Le temps&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_864 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Sylvain-Besson.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
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&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Jouer avec la d&#233;pendance d'une presse courtisane &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La relation entre les journalistes fran&#231;ais et Nicolas Sarkozy est compliqu&#233;e car elle se joue &#224; plusieurs niveaux. Le premier est id&#233;ologique. En France, il existe une tradition du journalisme d'opinion qui ne distingue pas toujours les faits du commentaire. Par ailleurs, l'initiative politique vient du pr&#233;sident de la R&#233;publique. Journaliste, vous d&#233;pendez donc du Pr&#233;sident et de son staff. Chaque journal a plusieurs correspondants et mieux vaut pour eux qu'ils entretiennent de bonnes relations avec l'&#201;lys&#233;e en ne franchissant pas certaines limites. Cela dit, certains journalistes plus hostiles &#224; Nicolas Sarkozy sont re&#231;us &#224; l'&#201;lys&#233;e de la m&#234;me fa&#231;on. Car il sait jouer avec la d&#233;pendance de cette presse courtisane. Pour les journaux, le fait d'avoir Sarkozy en interview, c'est un d&#233;j&#224; un scoop. En Suisse, l'int&#233;r&#234;t pour le pouvoir central est limit&#233;, alors qu'il est fort en France. Auparavant, nous allions &#224; Matignon p&#234;cher les informations, car &#224; l'&#201;lys&#233;e il ne se passait rien. Aujourd'hui, Sarkozy ne fait pas la pluie et le beau temps, mais il est au centre du jeu. C'est quelqu'un qui a la r&#233;putation d'avoir une certaine familiarit&#233;, une certaine proximit&#233; avec les journalistes&#8201; ; il aime donner son avis et des conseils de fa&#231;on assez p&#233;remptoire. Il existe ainsi une proximit&#233; un peu clanique, f&#233;odale, o&#249; la critique a n&#233;anmoins sa place. En tant que correspondants &#233;trangers, nous sommes un peu &#224; l'&#233;cart de ce syst&#232;me et pouvons ainsi nous permettre d'&#234;tre plus critiques. En Suisse, on a du respect pour le pouvoir, mais pas de r&#233;v&#233;rence envers le pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Istvan Felka&#239;, envoy&#233; permanent &#224; Paris pour la &lt;i&gt;RTBF&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_868 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Istvan-Felkai.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH324/Istvan-Felkai-bdb38-d3cbe.jpg' width='324' height='324' alt='' style='height:324px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Une forme de &quot;bonapartisme r&#233;publicain&quot; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il existe, en France, une culture de l'imperium, de la fascination pour le pouvoir qui impose son agenda. L'opposition type entre les journaux, c'est &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, &#8220;la voix de son ma&#238;tre&#8221;, et Lib&#233;ration, souvent maltrait&#233; par Sarkozy. J'ai eu vent d'une sc&#232;ne &#233;pouvantable o&#249;, alors que Sarkozy se rendait chez Maurice Druon au cours de la campagne pr&#233;sidentielle, les journalistes lui ont chant&#233; le Chant des partisans. On croit r&#234;ver&#8201; ! Idem en Camargue, o&#249; tous les journalistes, entass&#233;s sur un v&#233;hicule, ont jou&#233; le jeu en suivant le show de Sarkozy sur son cheval. Parfois, la vie politique fran&#231;aise est une v&#233;ritable mascarade. Doit-on suivre cet agenda&#8201; ? Est-on charg&#233; de faire la communication du chef de l'&#201;tat&#8201; ? En France, les m&#233;dias peuvent &#234;tre &#224; la fois tr&#232;s suivistes et tr&#232;s critiques. N&#233;anmoins, la tonalit&#233; g&#233;n&#233;rale est &#224; la proximit&#233; avec Sarkozy. Il tutoie certains confr&#232;res, je ne trouve pas cela choquant, mais j'ai le sentiment que ces attentions cachent quelque chose. Sarkozy a mis en place une forme de &#8220;bonapartisme r&#233;publicain&#8221; avec la presse. En nommant le pr&#233;sident de Radio-France, ou en entretenant des liens d'amiti&#233; avec Martin Bouygues, il cherche &#224; contr&#244;ler l'information. C'est une manipulation tr&#232;s subtile qui pose des probl&#232;mes d&#233;mocratiques. En Belgique, m&#234;me si la proximit&#233; est n&#233;cessaire pour obtenir l'information, les journalistes sont &#233;galement devenus plus critiques &#224; l'&#233;gard du pouvoir depuis l'affaire Dutroux. Pour continuer &#224; vendre des journaux, la presse belge a d&#251; suivre la r&#233;volte n&#233;e de cette affaire. Ce qui a entra&#238;n&#233; une &#233;mancipation du journaliste politique belge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lara Marlowe, correspondante am&#233;ricaine &#224; Paris pour le quotidien irlandais &lt;i&gt;Irish Times&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_867 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Lara-Marlowe-.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH324/Lara-Marlowe--b921a-32c9f.jpg' width='324' height='324' alt='' style='height:324px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Un peu comme un roi et sa cour &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La relation entre les m&#233;dias fran&#231;ais et Nicolas Sar&#173;kozy est extr&#234;me de part et d'autre, osci&#173;llant entre amour et haine. Il y a d'un c&#244;t&#233; les m&#233;dias qui appartiennent &#224; ses amis, comme &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, et les autres, o&#249; l'hostilit&#233; &#224; son &#233;gard est plus palpable, voire clairement affich&#233;e. Il y a donc les chouchous, qui sont invit&#233;s aux briefings, et les exclus, qu'on ne rappelle pas ou que l'on tient &#224; l'&#233;cart. Ainsi, au cours d'une garden-party organis&#233;e l'an dernier, o&#249; Ingrid B&#233;tancourt avait &#233;t&#233; d&#233;cor&#233;e de la L&#233;gion d'honneur, deux journalistes avaient pu passer du temps avec lui et ses proches, loin des autres. Nicolas Sarkozy tente de s&#233;duire, de faire du charme. Une fois, il avait eu cette phrase assez symptomatique : &#8220;&lt;i&gt;Les journalistes qui ne m'aiment pas ne me connaissent pas&lt;/i&gt;.&#8221; Il n'accepte pas la critique et peut devenir tr&#232;s sarcastique lorsqu'elle a lieu. Un jour, l'un de ses conseillers m'a confi&#233; que Nicolas Sarkozy ne lit pas les articles qui parlent de lui. Je n'y crois pas un instant. Les journalistes jouent le jeu de la complicit&#233;. C'est un peu comme le roi et sa cour. On peut m&#234;me parler de fascination de la presse fran&#231;aise pour Sarkozy. Tout est focalis&#233; sur l'&#201;lys&#233;e. Aux &#201;tats-Unis, cette fascination existe aussi, mais elle est d&#233;termin&#233;e par la personnalit&#233; du pr&#233;sident. Avec Obama, il n'y a aucune tension, aucun sarcasme. Avec Sarkozy, c'est une joute oratoire perp&#233;tuelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jo&#235;lle Meskens, correspondante &#224; Paris pour le quotidien belge &lt;i&gt;Le Soir&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_866 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Meskens.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH324/Meskens-19895-800c2.jpg' width='324' height='324' alt='' style='height:324px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Ils se ressemblent &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit avec Nicolas Sarkozy ou ses pr&#233;d&#233;cesseurs, ce qui est frappant avec la presse fran&#231;aise, c'est cette tradition de l'embedded avec le chef de l'&#201;tat, cette mani&#232;re qu'elle a de suivre le pr&#233;sident dans tous ses d&#233;placements telle une caravane. Vu de l'&#233;tranger, cela donne l'impression d'un microcosme &#233;touffant et engendre des connivences toujours g&#234;nantes. Sur le terrain, cette proximit&#233; se traduit par des familiarit&#233;s entre pr&#233;sident et journalistes : Sarkozy conna&#238;t leur vie, prend de leurs nouvelles et de celles des enfants. Pour nous, correspondants &#233;trangers, c'est assez troublant. Si l'on analyse cette relation, elle ne tient pas uniquement &#224; la nature du Pr&#233;sident, mais &#233;galement au type de r&#233;gime qui existe ici. C'&#233;tait un peu pareil sous Jacques Chirac. Et il y a cette obsession journalistique fran&#231;aise &#224; tout ramener &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Tout cela est encore accentu&#233; par la pratique des grandes interviews t&#233;l&#233;vis&#233;es, o&#249; l'&#201;lys&#233;e choisit les journalistes qui vont questionner le pr&#233;sident. C'est choquant. L'avantage de cette relation, c'est d'obtenir des informations au plus pr&#232;s de la source. L'inconv&#233;nient, c'est d'&#234;tre instrumentalis&#233;. Quand un chef d'&#201;tat donne un scoop, ce n'est jamais anodin. Dans le m&#233;tier de journaliste, il y a toujours un peu de fascination envers le pouvoir, de m&#234;me qu'il y en a chez le pr&#233;sident de la R&#233;publique &#224; l'&#233;gard des m&#233;dias, car il sait que nous sommes son premier lien avec l'opinion. Les journalistes fran&#231;ais ressemblent un peu &#224; leur pr&#233;sident, en ce qu'ils auront tendance &#224; d&#233;cortiquer une petite phrase maladroite de sa part plut&#244;t que telle ou telle r&#233;forme de fond. J'ai n&#233;anmoins beaucoup d'admiration pour leur travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alberto Toscano, correspondant &#224; Paris pour l'agence italienne &lt;i&gt;Ansa&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_870 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Albero-Tosano-.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH324/Albero-Tosano--4291d-3b4e7.jpg' width='324' height='324' alt='' style='height:324px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La presse fran&#231;aise a des reflexes nationalistes. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il y a au sein des journalistes politiques fran&#231;ais comme une habitude &#224; affirmer l'importance de la France dans tout ce qu'elle entreprend en Europe ou dans le monde. Le journalisme hexagonal fait preuve d'une sorte de mentalit&#233; chauvine. La presse fran&#231;aise n'est pas assujettie &#224; Sarkozy &#8212; les nombreuses critiques de politique int&#233;rieure le prouvent &#8212;, mais elle reste sensible &#224; cette cause nationale. Le probl&#232;me n'est donc pas tellement que les groupes de presse, dont certains sont d&#233;tenus par des industriels qui ont un lien avec l'&#201;tat, soient sarkozystes, mais qu'ils adh&#232;rent &#224; la politique ext&#233;rieure du Pr&#233;sident. Quand il est en voyage &#224; Madrid ou &#224; Londres, ses faits et gestes sont relat&#233;s avec un enthousiasme sans limites. Ce qui m'inqui&#232;te le plus, ce ne sont pas tellement ceux qui jouent ce jeu, car les journalistes acquis &#224; la cause de tel ou tel pouvoir politique sont nombreux &#224; travers le monde. Le probl&#232;me, c'est plut&#244;t cette mentalit&#233; commune &#224; l'ensemble des m&#233;dias fran&#231;ais, y compris ceux de l'opposition. Les r&#233;flexes nationalistes profitent au locataire de l'&#201;lys&#233;e. Si Sarkozy s&#233;duit les m&#233;dias, c'est qu'il se pr&#233;sente comme l'incarnation du pouvoir fran&#231;ais, mais, &#233;galement, comme l'incarnation du Fran&#231;ais moyen. Cette attitude est proche de celle de Berlusconi en Italie. Mais vos journalistes sont intelligents, et n'h&#233;sitent pas &#224; r&#233;diger des articles tr&#232;s critiques sur l'action int&#233;rieure du gouvernement. En revanche, ils font preuve de chauvinisme au niveau europ&#233;en et international.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Piotr Mozynski, correspondant &#224; Paris pour &lt;i&gt;Newsweek Pologne&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_865 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Piotr-Moszynski.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH324/Piotr-Moszynski-98ab8-0fc8a.jpg' width='324' height='324' alt='' style='height:324px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les m&#233;dias, substitut de l'opposition politique &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me surprend, en analysant la relation entre la presse fran&#231;aise et Nicolas Sarkozy, c'est qu'une partie du milieu journalistique a tendance &#224; se rapprocher du pouvoir pour se prot&#233;ger, tandis que l'autre a peur. L'opposition politique est tellement affaiblie que Nicolas Sarkozy traite les m&#233;dias comme un v&#233;ritable substitut de l'opposition politique. Il l'attaque, il l'affaiblit, il l'ach&#232;te dans le sens politique du terme. Il y a un v&#233;ritable combat politique entre Sarkozy et les m&#233;dias. Ce n'est pourtant pas leur r&#244;le de s'affronter. Cette confusion est renforc&#233;e par la position, &#224; la t&#234;te de certains m&#233;dias, de grands industriels qui sont des amis du chef de l'&#201;tat. Le r&#233;sultat sur le terrain, c'est que les m&#233;dias fran&#231;ais deviennent de plus en plus mous. Cela me chagrine car j'ai v&#233;cu entre vingt et trente ans sous le r&#233;gime communiste et n'ai jamais senti aussi nettement qu'en France cette peur chez mes coll&#232;gues. Je ne pense pas que l'intention de Nicolas Sarkozy soit de la provoquer mais il le fait involontairement, de par sa personnalit&#233;. Il a besoin de combats. C'est ainsi qu'il a &#233;t&#233; politiquement &#233;lev&#233;. En choisissant lui-m&#234;me les journalistes par qui il souhaite &#234;tre questionn&#233;, Sarkozy se prive d'une autocensure salutaire. Quand la presse se tait, cela peut devenir g&#234;nant &#224; long terme. Je ne crois pas que Nicolas Sarkozy soit fascin&#233; par les m&#233;dias. Il sait qu'il peut s'en servir et les ma&#238;triser. Vu de l'ext&#233;rieur, je dirais plut&#244;t qu'il les m&#233;prise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anna-Maria Merlo Poli, correspondante &#224; Paris pour le quotidien italien &lt;i&gt;Il Manifesto&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_869 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Correspondants_Poli.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH324/Correspondants_Poli-8630b-1cd2b.jpg' width='324' height='324' alt='' style='height:324px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Trop proche, pour ne pas dire g&#234;nant &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lors des v&#339;ux de Sarkozy &#224; la presse en janvier, j'ai &#233;t&#233; frapp&#233;e de voir la relation de proximit&#233; qu'il entretient avec les journalistes fran&#231;ais. C'&#233;tait trop proche, pour ne pas dire g&#234;nant. Nicolas Sarkozy joue de cette relation. D'un c&#244;t&#233;, il peut &#234;tre tr&#232;s flatteur, faire du charme aux journalistes en les tutoyant, et de l'autre, jouer au ma&#238;tre d'&#233;cole. C'est tr&#232;s malsain. Sur le terrain, on ne distingue plus aucune diff&#233;rence entre journalistes et personnalit&#233;s politiques. Mitterrand gardait une certaine distance avec les journalistes, mais c'&#233;tait une autre &#233;poque. Lorsque l'on couvre la vie politique, on a forc&#233;ment une fascination pour le pouvoir et il est tr&#232;s difficile de ne pas se rapprocher de ses sources. En Italie, c'est encore pire. Berlusconi poss&#232;de ses propres cha&#238;nes publiques et nomme des amis &#224; la t&#234;te de celles-ci. Le porte-parole du gouvernement est un ancien journaliste, et pendant les conf&#233;rences de presse, tout le monde s'appelle par son pr&#233;nom. L'Italie est arriv&#233;e &#224; un point de non-retour. C'est l'exemple type de ce qu'il peut advenir si les choses empirent en France. Heureusement, votre pays a une tradition d&#233;mocratique plus enracin&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>De &#171; Notre temps &#187; &#224; &#171; Vivolta &#187;&#8201; : de la segmentation &#224; la repr&#233;sentation</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/De-Notre-temps-a-Vivolta-%E2%80%89-de-la,551.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.revue-medias.com/De-Notre-temps-a-Vivolta-%E2%80%89-de-la,551.html</guid>
		<dc:date>2009-09-08T12:07:52Z</dc:date>
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		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>Le premier m&#233;dia d&#233;volu aux seniors a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en mai&#8239;1968. Depuis&#173; plus de quarante ans, on cherche &#224; atteindre un public &#224; travers le prisme&#173; de l'&#226;ge. L'omnipr&#233;sent marketing s'y trouve confront&#233; &#224; l'&#233;volution rapide des modes de vie et des repr&#233;sentations de la vieillesse. Si les m&#233;dias pour seniors se d&#233;veloppent, on rencontre peu d'initiatives o&#249; les acteurs prennent directement la parole. L'an 0 de la presse destin&#233;e aux plus &#226;g&#233;s remonte &#224; la cr&#233;ation de Notre Temps, dont le premier num&#233;ro fut diffus&#233; en (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-mediamorphoses,46-.html" rel="directory"&gt;M&#233;diaMorphoses&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-mediamorphose-dossier,54-+.html" rel="tag"&gt;Mediamorphose - dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton551-bbc20.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Le premier m&#233;dia d&#233;volu aux seniors a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en mai&#8239;1968. Depuis&#173; plus de quarante ans, on cherche &#224; atteindre un public &#224; travers le prisme&#173; de l'&#226;ge. L'omnipr&#233;sent marketing s'y trouve confront&#233; &#224; l'&#233;volution rapide des modes de vie et des repr&#233;sentations de la vieillesse. Si les m&#233;dias pour seniors se d&#233;veloppent, on rencontre peu d'initiatives o&#249; les acteurs prennent directement la parole.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'an 0 de la presse destin&#233;e aux plus &#226;g&#233;s remonte &#224; la cr&#233;ation de &lt;i&gt;Notre Temps&lt;/i&gt;, dont le premier num&#233;ro fut diffus&#233; en mai 1968. Pour la premi&#232;re fois, un journal est con&#231;u et &#233;crit pour les seniors et pour eux seuls. Il s'inscrit dans la m&#234;me sp&#233;cialisation que la presse f&#233;minine ou magazine. Dix ans plus tard, son premier concurrent appara&#238;t : &lt;i&gt;Pleine vie&lt;/i&gt;. Ces deux titres remportent un rapide et vif succ&#232;s : diffusions sup&#233;rieures &#224; 900&#8201;000 exemplaires. Autre particularit&#233;, &lt;i&gt;Notre Temps&lt;/i&gt; comme Pleine vie visent prioritairement le public f&#233;minin et proposent en couverture des portraits de femmes &#8212; d'ailleurs encore jeunes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La diff&#233;rence entre les deux hebdomadaires tient &#224; ce que le premier, en d&#233;pit de la photo de une, s'adresse aux deux sexes quand le second vise explicitement un public plus f&#233;minin. Pourtant, dans leur construction, les deux magazines se ressemblent : pages loisirs, d&#233;tente et tourisme en nombre, r&#233;ponses &#224; des questions pratiques nombreuses. &lt;i&gt;Notre Temps&lt;/i&gt;, toutefois, ne rompt pas avec la ligne fix&#233;e d&#232;s l'origine : &#234;tre le porte-parole des seniors. Ses &#233;ditoriaux l'affirment, en particulier ceux de Germaine Lacorre dans les ann&#233;es 1970. Ainsi, en octobre 1977, &#233;crit-elle qu'&#171; &lt;i&gt;&#234;tre &#224; la retraite ne veut pas dire &#234;tre en retrait, &#234;tre mis &#224; l'&#233;cart&lt;/i&gt; &#187;. Ce message sera relay&#233; par des campagnes en faveur des r&#233;formes permettant d'am&#233;liorer le sort des retrait&#233;s et des personnes &#226;g&#233;es&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Gu&#233;rin, Serge, &#171; L'&#233;volution du magazine Notre Temps&#8201; &#187; ;, in Communication (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, une bonne vingtaine de titres se sont essay&#233;s &#224; l'exercice sans grand succ&#232;s (&lt;i&gt;Seniors Sant&#233;, Boomers, Seniors Plus&#8230;&lt;/i&gt;). Parmi les plus r&#233;cents, notons les lancements de &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ration BabyBoom&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;50+&lt;/i&gt;. Pour sa part, &lt;i&gt;Vivre plus&lt;/i&gt;, arriv&#233; sur le march&#233; en 2003, cherche &#224; int&#233;resser les familles. Repris par Bayard, &#233;diteur de &lt;i&gt;Notre Temps&lt;/i&gt;, sa diffusion reste tr&#232;s modeste. De son c&#244;t&#233;, &lt;i&gt;Lyon G&#233;n&#233;ration&lt;/i&gt; est le premier magazine &#224; viser les seniors d'une m&#234;me r&#233;gion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Signalons &#233;galement la tentative originale de Mathusalem : cr&#233;&#233; en 1972 par l'&#233;quipe de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, sous-titr&#233; &#171; le journal qui n'a pas froid aux vieux &#187;, le titre s'interrogeait d&#233;j&#224;, de fa&#231;on originale, sur la place des seniors.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tr&#232;s logiquement, la presse quotidienne r&#233;gionale s'est int&#233;ress&#233;e &#224; ce lectorat qui lui est d&#233;j&#224; familier. Plusieurs titres, &#224; l'instar de &lt;i&gt;Ouest France&lt;/i&gt;, publient de fa&#231;on r&#233;guli&#232;re un suppl&#233;ment. D'autres ont lanc&#233; une rubrique &#171; senior &#187; au sein de leurs &#233;ditions, &lt;i&gt;Le Progr&#232;s&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Les Derni&#232;res Nouvelles d'Alsace&lt;/i&gt; &#233;tant pionniers en la mati&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La presse g&#233;n&#233;raliste &#8212; comme la radio et la t&#233;l&#233;vision &#8212; se trouve, elle, confront&#233;e &#224; un dilemme. Comment s&#233;duire un public jeune et d&#233;velopper un discours moderniste sans se couper de l'audience d'un lectorat plus &#226;g&#233; et de plus en plus important&#8201; ? C'est ainsi que l'on a vu appara&#238;tre des articles et des dossiers traitant de plus en plus de sujets en phase avec cette &#171; seniorisation &#187; de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'expliquant d'abord par la n&#233;cessit&#233; de r&#233;pondre aux attentes du lectorat, ce regain d'int&#233;r&#234;t tient aussi &#224; d'autres consid&#233;rations : le monde publicitaire qui valorise &#224; outrance l'image d'une jeunesse &#233;ternelle et le refus de vieillir&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Sawchuk, Kimberley Anne, From Gloom to Boom. Age, identity and target (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; commence &#224; comprendre l'int&#233;r&#234;t de ces m&#233;dias pour toucher un public en augmentation constante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et n'oublions pas l'importance des titres publi&#233;s par les mutuelles ou des institutions de pr&#233;voyance (&lt;i&gt;MG Actualit&#233;s, Humanis La revue, G&#233;n&#233;ration&lt;/i&gt; &#8230;) dont les diffusions peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d'exemplaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si les m&#233;dias d&#233;di&#233;s aux seniors sont issus principalement de la presse &#233;crite, les radios comme &lt;i&gt;Nostalgie&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Radio Bleue&lt;/i&gt;, dans son ancienne version abandonn&#233;e en 2004, s'adressent au m&#234;me public. Du c&#244;t&#233; des t&#233;l&#233;visions, o&#249; la culture de l'audience mesur&#233;e seulement aupr&#232;s de la &#171; m&#233;nag&#232;re de moins de 50 ans &#187; reste l'&#233;talon-or, et qui longtemps n'eut que &lt;i&gt;T&#233;l&#233;-Melody&lt;/i&gt; pour r&#233;pondre &#224; cette strat&#233;gie, la situation &#233;volue sensiblement. Depuis septembre 2007, le paysage m&#233;diatique dispose, avec &lt;i&gt;Vivolta&lt;/i&gt;, d'une cha&#238;ne visant explicitement les 50-65 ans (voir &lt;i&gt;M&#233;dias&lt;/i&gt;, n&#176; 20) avec des programmes marqu&#233;s par une forme de nostalgie douce, faite de reprise de feuilletons et d'anciennes &#233;missions.
Enfin, les m&#233;dias en ligne se sont tr&#232;s rapidement ouverts aux seniors. Contrairement &#224; des id&#233;es re&#231;ues allant de pair avec une repr&#233;sentation dat&#233;e des a&#238;n&#233;s, ces derniers font preuves d'un v&#233;ritable int&#233;r&#234;t pour Internet, m&#234;me si des r&#233;ticences demeurent&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Cieslak (Aur&#233;lie) et Leterrier (Diane), Les seniors et l'Internet : quels (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Parmi les principaux sites, signalons ceux &#233;dit&#233;s par Pleine vie et par &lt;i&gt;Notre Temps&lt;/i&gt;, mais aussi le portail &lt;i&gt;seniorPlanet&lt;/i&gt; ou, plus modeste, &lt;i&gt;fiftiz&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;capsenior&lt;/i&gt;. Ces supports proposent &#224; la fois de suivre l'actualit&#233; sp&#233;cifique, des espaces d'&#233;changes et de rencontres ou encore des conseils pratiques et des lieux d'expression. Les sites ind&#233;pendants de titre de presse offrent une diversit&#233; plus grande d'interventions.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_890 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Fotolia_8733481_XL.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/Fotolia_8733481_XL-aead3-83f10.jpg' width='324' height='217' alt='' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le monde publicitaire qui valorise &#224; outrance l'image d'une jeunesse &#233;ternelle et le refus de vieillir commence &#224; comprendre l'int&#233;r&#234;t de toucher un public en augmentation constante. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des m&#233;dias qui visent les seniors plut&#244;t qu'ils ne les repr&#233;sentent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que l'expression des jeunes &#224; travers le m&#233;dia &#233;crit date du XIXe si&#232;cle et a connu un d&#233;veloppement parall&#232;le &#224; celui de la d&#233;mocratisation de l'enseignement&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Corroy (Laurence), La Presse des &#233;tudiants et des lyc&#233;ens au xixe si&#232;cle, (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, l'expression directe des seniors reste encore rare. &#192; l'inverse, dans la lutte pour la reconnaissance mise en avant par Honneth&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Honneth (Axel), La soci&#233;t&#233; du m&#233;pris. Vers une nouvelle Th&#233;orie critique, (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, l'organisation des seniors en force organis&#233;e et autonome&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Viriot-Durandal (Jean-Philippe), Le Pouvoir gris, PUF, 2003.' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; n'a pas encore conduit &#224; d&#233;velopper une capacit&#233; d'expression publique &#224; la hauteur de son poids num&#233;rique et social. Cette difficult&#233; &#224; acqu&#233;rir un statut, cette impossibilit&#233; &#224; s'inscrire au premier plan d'un paysage culturel, se retrouvent fort logiquement dans la presse &#171; d&#233;di&#233;e. &#187; D'une certaine mani&#232;re, ils ont int&#233;gr&#233;, &#224; leur corps d&#233;fendant, un comportement d'outsider (Becker, 1985). Ce sont des acteurs faibles (Payet, Guiliani et Laforgue, 2008) qui recherchent les formes de la l&#233;gitimit&#233; d'un discours peu audible dans l'espace public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce frein inconscient est profond&#233;ment contradictoire avec le poids d&#233;mographique et culturel des seniors aujourd'hui et avec l'aspiration centrale de chaque individu &#224; exprimer sa diff&#233;rence mise en avant par Marcel Gauchet&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Gauchet (Marcel), La Condition historique, Gallimard, 2003.' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. C'est pourquoi la troisi&#232;me forme d'expression des retrait&#233;s dans la presse &#233;crite provient des organisations de d&#233;fense des personnes &#226;g&#233;es et demeure marginale. Ces acteurs n'ont pas su, &#224; ce jour, d&#233;velopper un m&#233;dia commun pour produire un discours collectif. Cela d&#233;coule d'une r&#233;elle difficult&#233; &#224; surmonter des diff&#233;rences culturelles et historiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, les diff&#233;rentes associations repr&#233;sentant les seniors disposent, chacune, de leur propre organe de presse. Ces supports, en g&#233;n&#233;ral, r&#233;pondent &#224; des logiques internes plus qu'ils ne d&#233;montrent une r&#233;elle capacit&#233; &#224; interpeller l'opinion publique et leur poids m&#233;diatique reste sans rapport avec les 13,5 millions de retrait&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce secteur, &lt;i&gt;Vivre et agir&lt;/i&gt; est le titre principal. Ce bimestriel, cr&#233;&#233; en 1985, est publi&#233; par le Mouvement des a&#238;n&#233;s ruraux, premi&#232;re des organisations de seniors. Part'&#194;ge, &#233;dit&#233; par l'Union fran&#231;aise des retrait&#233;s et la F&#233;d&#233;ration des associations de retrait&#233;s, tente, tr&#232;s modestement, un pari similaire. Pour compl&#233;ter ce tableau, signalons les bulletins ou revues, &#233;manant d'associations de retrait&#233;s issues principalement de grandes entreprises qui, parfois, d&#233;passent plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces initiatives marquent aussi la d&#233;marche de reconnaissance d'une population qui subit un d&#233;ficit de consid&#233;ration sociale&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Attias-Donfut (Claudine), dir, Les Solidarit&#233;s entre g&#233;n&#233;rations. Vieillesse, (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Des acteurs faibles&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='&#8201;Payet (Jean-Paul), Guiliani (Fr&#233;d&#233;rique) et Laforgue (Denis), La Voix des (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, comme &#233;voqu&#233; plus haut, qui subissent le discours m&#233;diatique et les repr&#233;sentations attach&#233;es &#224; l'&#226;ge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais en dehors de ces &#233;metteurs institutionnels, il est singuli&#232;rement difficile de trouver dans le syst&#232;me m&#233;diatique&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='Mathien (Michel), Le Syst&#232;me m&#233;diatique. Le journal dans son environnement, (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; des magazines cr&#233;&#233;s et diffus&#233;s par des retrait&#233;s eux-m&#234;mes. Pourtant, cet enjeu d'une prise de parole autonome est crucial et serait en rapport avec la r&#233;alit&#233; d&#233;mographique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'information pauvre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour mieux comprendre la difficult&#233; d'intervention dans l'espace public des plus &#226;g&#233;s, on peut recourir au concept de l'information pauvre&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Chatman (Elfreda), The Information Word of Retired Women, Westport, (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. La th&#233;orie de l'information pauvre marque les publics ou les espaces (comme les prisons) qui ne b&#233;n&#233;ficient pas des m&#234;mes richesses, qualit&#233; et diversit&#233; d'informations que les autres acteurs. Les personnes tendent &#224; se satisfaire d'un syst&#232;me toujours plus r&#233;duit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, la maison de retraite peut-elle aussi se d&#233;finir comme un lieu d'information pauvre, difficile &#224; p&#233;n&#233;trer, et encore peu exploit&#233;. Pourtant, depuis plus de vingt-cinq ans, des initiatives se sont d&#233;velopp&#233;es qui permettent aux r&#233;sidents de s'exprimer &#224; travers des journaux d'&#233;tablissement, pris en charge, parfois conjointement, par la direction et les r&#233;sidents eux-m&#234;mes. Ces initiatives proviennent d'acteurs convaincus que la vie en &#233;tablissement pouvait constituer l'opportunit&#233; d'une vie sociale et d'un nouveau parcours sur le chemin de l'&#233;volution personnelle&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='Amyot (Jean-Jacques) et Mollier (Annie), Mettre en &#339;uvre le projet de vie (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Conservatoire francophone des journaux d'&#233;tablissements pour personnes &#226;g&#233;es, cr&#233;&#233; en 1988 par une &#233;quipe de g&#233;rontologues et d'enseignants men&#233;e par H&#233;l&#232;ne Reboul, a cherch&#233; &#224; constituer un fonds de ces journaux et &#224; aider &#224; l'apprentissage de la r&#233;alisation de ces supports &#224; travers l'organisation de formations. R&#233;guli&#232;rement, avec le soutien de la Fondation de France, le Conservatoire organise un festival o&#249; sont prim&#233;s les meilleurs journaux et o&#249; se d&#233;roule un forum entre chercheurs, retrait&#233;s et dirigeants de maisons de retraite.
Notons aussi l'exp&#233;rience d'&lt;i&gt;Antirouille&lt;/i&gt;. Lanc&#233;e par Renate Gossard, par ailleurs fondatrice des &#171; Panth&#232;res Grises &#187; fran&#231;aises, une organisation &#224; forte r&#233;sonance m&#233;diatique mais aux effectifs confidentiels. Ce trimestriel se voulait une publication de proximit&#233;, r&#233;alis&#233;e par les seniors eux-m&#234;mes, magazine bon enfant qui ne se prenait gu&#232;re au s&#233;rieux. Antirouille entendait construire un discours plus ludique et plus informel que celui auquel on pourrait s'attendre vu l'&#226;ge des protagonistes. Par ailleurs,&lt;i&gt; Antirouille&lt;/i&gt; se distinguait de ses confr&#232;res par la place donn&#233;e &#224; l'expression directe des acteurs. On y trouvait aussi bien des associations de d&#233;fense des retrait&#233;s que des paroles de r&#233;sidents de maisons de retraite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Volontairement, le titre conservait dans sa premi&#232;re version un aspect &#171; potache &#187;, contribuant &#224; l'inscrire dans un genre r&#233;dactionnel inaugur&#233; par la presse jeune, &#224; savoir les fanzines. Rappelons que le premier magazine national destin&#233; aux lyc&#233;ens, cr&#233;&#233;, dans les ann&#233;es 1970, par de jeunes journalistes ind&#233;pendants, avait aussi pour nom &lt;i&gt;Antirouille&lt;/i&gt;. Le hasard s&#233;mantique ne frappe jamais au hasard&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, on notera que de nombreux retrait&#233;s, ou plus g&#233;n&#233;ralement des personnes &#226;g&#233;es, ont recours au blog pour s'exprimer. Si une majorit&#233; utilise le blog pour traiter de la vie quotidienne, d'une passion ou pour cr&#233;er du lien social et faire surgir des communaut&#233;s sociales et g&#233;n&#233;rationnelles, il en est qui n'h&#233;sitent pas &#224; faire de ce mode d'expression un espace de d&#233;fense et de revendication au service des plus &#226;g&#233;s. Dans les deux cas, ce sont en majorit&#233; des individus, mais il existe aussi des collectifs (Rigvi, vivresenior&#8230;) qui entendent se regrouper, intervenir et interpeller l'espace public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La diversit&#233; des m&#233;dias s'adressant aux seniors est croissante. Pour autant, la prise de parole autonome des seniors recouvre des r&#233;alit&#233;s polymorphes et encore peu institutionnalis&#233;es. Elle appara&#238;t cependant croissante. On peut ainsi s'interroger : l'arriv&#233;e d'une population encore plus au fait des possibilit&#233;s d'intervention dans le d&#233;bat ne va-t-elle pas contribuer &#224; faire &#233;voluer le regard des m&#233;dias sur les seniors et contribuer &#224; faire &#233;merger des supports plus offensifs&#8201; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Gu&#233;rin, Serge, &#171; L'&#233;volution du magazine Notre Temps&#8201; &#187; ;, in Communication &amp; langages, Retz, 1999.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Sawchuk, Kimberley Anne, From Gloom to Boom. Age, identity and target marketing. Images of Aging. Cultural Representations of later life, Ed. Mike Featherstone and Andrew Wernick, 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Cieslak (Aur&#233;lie) et Leterrier (Diane), Les seniors et l'Internet : quels facteurs de r&#233;sistance&#8201; ?, universit&#233; de Metz 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Corroy (Laurence), La Presse des &#233;tudiants et des lyc&#233;ens au xixe si&#232;cle, INRP, 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Honneth (Axel), La soci&#233;t&#233; du m&#233;pris. Vers une nouvelle Th&#233;orie critique, Paris, La D&#233;couverte, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Viriot-Durandal (Jean-Philippe), Le Pouvoir gris, PUF, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Gauchet (Marcel), La Condition historique, Gallimard, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Attias-Donfut (Claudine), dir, Les Solidarit&#233;s entre g&#233;n&#233;rations. Vieillesse, Famille, &#201;tat, Nathan, 1996.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#8201;Payet (Jean-Paul), Guiliani (Fr&#233;d&#233;rique) et Laforgue (Denis), La Voix des acteurs faibles. De l'indignit&#233; &#224; la reconnaissance, Presses universitaires de Rennes, 2008.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Mathien (Michel), Le Syst&#232;me m&#233;diatique. Le journal dans son environnement, Hachette, 1989.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Chatman (Elfreda), The Information Word of Retired Women, Westport, Greenword Press, 1992&#8201; ; Id., &#171; The Theory of Live in the Round &#187;, Journal of the American Society for Communication Sciences, 1999.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Amyot (Jean-Jacques) et Mollier (Annie), Mettre en &#339;uvre le projet de vie dans les &#233;tablissements pour personnes &#226;g&#233;es, Dunod, 2007.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La vieillesse fait son cin&#233;ma</title>
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		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>Des cin&#233;astes et quelques acteurs courageux h&#233;sitent de moins en moins &#224; mettre le grand &#226;ge en sc&#232;ne. Et cr&#251;ment. &#192; ma connaissance, aucun critique n'a encore abord&#233; le th&#232;me de la vieillesse &#224; l'&#233;cran. Peut-&#234;tre faut-il voir dans cette absence comme une sorte de d&#233;ni de la vieillesse de la part de cet art vou&#233; au glamour&#8201; ? Comme si filmer la vieillesse pouvait sembler incongru alors que, de nos jours, la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; et certains films nous ont habitu&#233;s &#224; l'obsc&#233;nit&#233; quotidienne. Or, d&#232;s ses origines, le (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton550-1c744.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Des cin&#233;astes et quelques acteurs courageux h&#233;sitent de moins en moins &#224; mettre le grand &#226;ge en sc&#232;ne. Et cr&#251;ment.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; ma connaissance, aucun critique n'a encore abord&#233; le th&#232;me de la vieillesse &#224; l'&#233;cran. Peut-&#234;tre faut-il voir dans cette absence comme une sorte de d&#233;ni de la vieillesse de la part de cet art vou&#233; au glamour&#8201; ? Comme si filmer la vieillesse pouvait sembler incongru alors que, de nos jours, la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; et certains films nous ont habitu&#233;s &#224; l'obsc&#233;nit&#233; quotidienne. Or, d&#232;s ses origines, le cin&#233;ma a souvent eu affaire &#224; la vieillesse, moment incontournable de la vie, et qui tout comme &#171; le soleil et la mort ne se peuvent regarder en face &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; bien y r&#233;fl&#233;chir, le cin&#233;ma foisonne de vieux de tous types et de tous styles, depuis les Gaulois des affligeants Ast&#233;rix, jusqu'aux n&#233;o-druides de la non-moins ennuyeuse saga du Seigneur des anneaux, sans oublier les professeurs cacochymes de l'inepte s&#233;rie des Harry Potter, pour ne citer qu'eux. De par son c&#244;t&#233; folklorique ou enjou&#233;, la personne &#226;g&#233;e sert en quelque sorte d'&#233;piph&#233;nom&#232;ne, fait presque partie du d&#233;cor d&#232;s lors que, pour camper une situation, le metteur en sc&#232;ne a besoin de montrer des vieux &#224; l'&#233;cran. Comme si Hollywood, au m&#234;me titre que le quota impos&#233; des Noirs, avait d&#233;cid&#233; de statuer sur le nombre de personnes &#226;g&#233;es par film. Ce sont souvent des figures, des silhouettes comme on dit &#233;l&#233;gamment au cin&#233;ma, qui traversent le plan et dodelinent de la t&#234;te, parce qu'il en faut bien dans les parcs et dans les rues, et surtout parce que &#171; &#8200;Soleil vert&#8200; &#187; (Richard Fleischer, 1973), ce film proph&#233;tique, hallucin&#233; et terrifiant, n'est pas parvenu &#224; tous les transformer en barres vitamin&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pr&#233;sente, mais discr&#232;te, la personne &#226;g&#233;e sert &#224; montrer que le film est inscrit dans la vraie vie, que le r&#233;alisateur et le sc&#233;nariste, dans leur mansu&#233;tude, n'ont pas n&#233;glig&#233; le fait que celle-ci est longue et pleine de diversit&#233;. Il en va de m&#234;me lorsque, pour faire rebondir l'action, le sc&#233;nariste a besoin d'un mourant qui, comme le laboureur de la fable, crache quelques mots au moment de passer de vie &#224; tr&#233;pas. Cependant, certains cin&#233;astes arrivent &#224; faire de cette s&#233;quence un moment fort de leur film, et je pense &#224; &#171; &#8200;L'Arri&#232;re-pays&#8200; &#187; (Jacques Nolot, 1998) ou encore &#224; &#171; &#8200;Gomorra&#8200; &#187; (Matteo Garrone, 2009).&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_889 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Fotolia_9806618_XXL.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L228xH324/Fotolia_9806618_XXL-5e5ec-a47f5.jpg' width='228' height='324' alt='' style='height:324px;width:228px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Un v&#233;ritable floril&#232;ge s'ouvre &#224; nous comme preuve de la volont&#233; de nos sc&#233;naristes &#224; faire de la vieillesse, non pas ce naufrage si cher &#224; de Gaulle, mais une sorte de seconde naissance. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Papy m&#232;ne la danse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peut-&#234;tre en souvenir d'une assertion nietzsch&#233;enne, ou alors parce qu'Orson Welles, dans un court-m&#233;trage de Pier Paolo Pasolini (&#171; &#8200;La Ricotta&#8200; &#187;, 1963), d&#233;clarait d'une mani&#232;re d&#233;sinvolte que Fellini dansait, le cin&#233;ma, lui aussi, aime la danse. C'est bien s&#251;r Ginger Rogers et Fred Astaire, pas encore trop &#226;g&#233;s, qui se tr&#233;moussent dans des com&#233;dies musicales qui ont marqu&#233; les esprits, mais c'est aussi en quelque sorte le path&#233;tique et vieillissant Marlon Brando dans &#171; &#8200;Le Dernier Tango &#224; Paris&#8200; &#187; (Bernardo Bertolucci, 1973) et, plus r&#233;cemment, &#171; &#8200;Faut que &#231;a danse&#8201; !&#8200; &#187; (No&#233;mie Lvovsky, 2006). Jean-Pierre Marielle, &#224; 80 ans bien sonn&#233;s, se mettait &#224; danser, et Jean-Pierre Cassel, dans &#171; &#8200;J'aurais voulu &#234;tre un danseur&#8200; &#187; (Alain Berliner, 2005), renouait avec ses anciennes amours, les claquettes : comme si, blanchis et las, il leur fallait, par surcro&#238;t, s'exhiber dans des films qui n'auront pas marqu&#233; les esprits. Le m&#234;me sort avait &#233;chu &#224; Yves Montand : le r&#244;le du Papet dans la saga &#171; &#8200;Jean de Florette&#8200; &#187; et &#171; &#8200;Manon des Sources&#8200; &#187; (Claude Berri, 1986) l'escortera jusqu'&#224; sa mort. Encore une diablerie du paradoxe du com&#233;dien&#8201; ! Deux ans apr&#232;s, comme si ce n'&#233;tait pas suffisant, on lui demandera de montrer encore ce qu'il savait si bien faire autrefois dans &#171; &#8200;3 places pour le 26&#8200; &#187; (Jacques Demy, 1988), puis d'interpr&#233;ter un vieillard mis &#224; mariner dans l'eau. Cette prestation pr&#233;cipita, dit-on, sa fin dans la vraie vie (&#171; &#8200;IP5&#8200; &#187;, Jean-Jacques Beineix, 1992).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le papy n'est pas toujours oblig&#233; de danser pour montrer qu'il a encore bon pied, bon &#339;il. Le cin&#233;ma italien avait ouvert la voie, &#224; la fin du n&#233;or&#233;alisme, notamment avec &#171; &#8200;Umberto D.&#8200; &#187; (Vittorio De Sica, 1952) ou, plus tard, en mettant en sc&#232;ne Tot&#242; et son fils de cin&#233;ma, Ninetto Davoli, dans &#171; &#8200;Uccellacci e uccellini&#8200; &#187; (Pier Paolo Pasolini, 1966). Ces personnes &#226;g&#233;es-l&#224; font preuve d'une grande libert&#233; de ton, d'une sorte d'insouciance, comme si le r&#233;alisateur niait leur vieillesse tout en en montrant les travers. Tel est &#233;galement le cas de &#171; &#8200;La Vieille dame indigne&#8200; &#187; (Ren&#233; Allio, 1965) inspir&#233; de Bertolt Brecht, o&#249; l'a&#239;eule suppos&#233;e respectable (et interpr&#233;t&#233;e magnifiquement par Sylvie), surtout au moment de la mort de son mari, d&#233;cide soudain de &#171; prendre la route &#187; avec Rosalie, serveuse de bar, avec qui elle s'est li&#233;e d'amiti&#233;. Les Am&#233;&#173;ricains inverseront la situation en proposant de faire vivre un peu la m&#234;me situation &#224; Jack Nicholson alias &#171; Monsieur Schmidt &#187; (Alexander Payne, 2002). Et, dans &#171; &#8200;The Straight Story&#8200; &#187;, David Lynch embarque un homme tr&#232;s &#226;g&#233; sur un motoculteur pour lui faire traverser une grande partie des &#201;tats-Unis afin de retrouver son fr&#232;re qui vient d'avoir une attaque (&#171; &#8200;Une histoire vraie&#8200; &#187;, 1999).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, increvables ces tontons flingueurs&#8201; ? On pourrait l'imaginer et un v&#233;ritable floril&#232;ge s'ouvre &#224; nous comme preuve de la volont&#233; de nos sc&#233;naristes &#224; faire de la vieillesse non pas ce naufrage si cher &#224; de Gaulle, mais une sorte de seconde naissance, en tout cas un &#226;ge o&#249; l'on peut, enfin, devenir ce que l'on est. Ainsi, Nicolas Boukhrief a eu le culot de faire d'Andr&#233; Dussollier un ancien flic atteint de la maladie d'Alzheimer. Plac&#233; par son fils dans une maison m&#233;dicalis&#233;e, il va s'en &#233;chapper pour mener son enqu&#234;te (&#171; &#8200;Cortex&#8200; &#187;, 2006). Dans un autre registre, et avec plus de culot encore, Luigi Comencini installe Bette Davis dans un r&#244;le sur mesure, celui d'une vieille milliardaire qui va plumer les pauvres d'un bidonville de Rome en jouant &#224; la scopa, proposant ici une merveilleuse illustration de l'exploitation du prol&#233;tariat (&#171; &#8200;L'Argent de la vieille&#8200; &#187;, 1972).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les exemples abondent : &#171; &#8200;Didine&#8200; &#187;, o&#249; la vieille para&#238;t plus solide et plus motiv&#233;e que la jeune fille (Vincent Dietschy, 2007), &#171; &#8200;Les Vieux de la vieille&#8200; &#187; (Gilles Grangier, 1960) et, bien s&#251;r, l'in&#233;narrable &#171; &#8200;Tatie Danielle&#8200; &#187; devenu depuis synonyme de vieille femme atrabilaire et manipulatrice (&#201;tienne Chatiliez, 1989). Mais aussi &#171; &#8200;Yvette bon Dieu&#8200; &#187; (Sylvestre Chatenay, 2007) et &#171; &#8200;Les vieux sont nerveux&#8200; &#187; (Thierry Boscheron, 2008). Le senior m&#232;ne la danse du moins au cin&#233;ma&#8230; Il n'est que de voir Danielle Darrieux, n&#233;e en 1917, monter de fa&#231;on alerte et enjou&#233;e les escaliers dans &#171; &#8200;8 femmes&#8200; &#187; (Fran&#231;ois Ozon, 2001) ou interpr&#233;ter une pensionnaire de maison de retraite vive et malicieuse dans &#171; &#8200;Nouvelle chance&#8200; &#187; (Anne Fontaine, 2006) pour s'en apercevoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;lancolie de la vieillesse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Curieusement, c'est la danse que Federico Fellini a choisie, lui aussi, mais pour illustrer la m&#233;lancolie extr&#234;me de la vieillesse dans ce film que Serge Daney trouvait &#171; empli d'une vraie tristesse &#187; : &#171; &#8200;Ginger et Fred&#8200; &#187; (1985)&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; &#8200;Itin&#233;raire d'un cin&#233;-fils&#8200; &#187;, DVD.' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Un couple de danseurs path&#233;tiques se reconstitue, un soir, pour une &#233;mission de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233;. Cette tristesse, qui ressemble &#224; la m&#233;lancolie, est pr&#233;sente dans toute l'&#339;uvre de Fellini. Humaniste et quelque peu moraliste, le maestro ne pouvait, bien s&#251;r, pas la nier. Ultime stade de la vie, la vieillesse confine aussi &#224; la folie (cf. &#171; &#8200;La Voce della Luna&#8200; &#187;, 1999). Elle se dessine sur les corps et les visages. Fellini le montre de fa&#231;on po&#233;tique &#224; travers son propre corps, devenu (dixit) plus pesant, mais aussi par la prestation de Marcello et Anita se regardant quelque trente ans plus t&#244;t dans la fontaine de Trevi (&#171; &#8200;Intervista&#8200; &#187;, 1987, et &#171; &#8200;La dolce vita&#8200; &#187;, 1960). Pour Fellini, la vie n'&#233;tait pas un naufrage annonc&#233;, mais un voyage &#171; souvent d&#233;sesp&#233;rant et t&#233;n&#233;breux&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; &#8200;Epoca&#8200; &#187;, Milano, 1962.' id='nh1-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187;. Ce fardeau de la mort et de la filiation, il l'a rendu mieux que quiconque dans une s&#233;quence d'un de ses films les plus noirs dans lequel Casanova, vieilli, abandonn&#233; et quasiment h&#233;b&#233;t&#233;, porte sa m&#232;re sur ses &#233;paules (&#171; &#8200;Le Casanova de Fellini&#8200; &#187;, 1976). Image sublime, m&#233;taphore quasi mythologique de la relation &#233;crasante m&#232;re-fils, que, quelque temps plus tard, un cin&#233;aste russe renouvellera de fa&#231;on magnifique dans &#171; &#8200;M&#232;re et fils&#8200; &#187; (Alexandre Sokurov, 1997). Quant &#224; Ren&#233; F&#233;ret, il proposera, &#224; son tour, une vision non pas mis&#233;rabiliste, mais particuli&#232;rement crue de la vieillesse d'une femme (&#171; &#8200;Rue du retrait&#8200; &#187;, 2000).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour &#234;tre vraisemblables, les acteurs qui acceptent d'interpr&#233;ter des personnes tr&#232;s &#226;g&#233;es ou malades entrent dans ces r&#244;les certes avec conviction, mais aussi un tr&#232;s grand abandon. On pense &#224; Giulietta Masina &#224; la fin de sa vie dans &#171; &#8200;Aujourd'hui peut-&#234;tre&#8200; &#187; (Jean-Louis Bertucelli, 1991), &#224; Michel Piccoli et Myl&#232;ne Demongeot, qui acceptent d'interpr&#233;ter des vieux en train de crever lentement sous &#171; &#8200;Les Toits de Paris&#8200; &#187; (Hiner Saleem, 2006). Dans &#171; &#8200;Sans plus attendre&#8200; &#187; (Rob Reiner, 2006), deux stars du cin&#233;ma am&#233;ricain, Jack Nicholson et Morgan Freeman, face au cancer et &#224; la vieillesse, prouvent encore une fois le courage et la d&#233;termination de certains acteurs.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Ultime stade de la vie, la vieillesse confine aussi &#224; la folie. Elle se dessine sur les corps et les visages. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au carrefour des g&#233;n&#233;rations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La rencontre entre les g&#233;n&#233;rations&lt;/i&gt;, &#233;crit Serge Gu&#233;rin, &lt;i&gt;demande des efforts et du temps, comme il en est de la n&#233;cessaire prise en compte de la diversit&#233; culturelle. Dans les deux cas, il s'agit bien de tenter de faire &#233;voluer et de nuancer les st&#233;r&#233;otypes des uns et des autres et de permettre de construire un socle de valeurs communes&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Pr&#233;face &#224; B&#233;n&#233;dicte Parmentier, &#171; &#8200;Flux et reflux, des adolescents &#224; la maison de (...)' id='nh1-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/i&gt; &#187; Il s'agit maintenant de se demander si le cin&#233;ma permet cette construction. Il semblerait que la r&#233;flexion sur les seniors, avec moins de pathos et une perspective un peu plus sociologique, se rencontre, curieusement, dans des films &#171; grand public &#187;, quoique difficiles d'acc&#232;s. &#171; &#8200;Les Invasions barbares&#8200; &#187; (Denys Arcand, 2003) et &#171; &#8200;La Graine et le mulet&#8200; &#187; (Abdellatif Kechiche, 2007), dans des genres bien diff&#233;rents, proposent cependant tous les deux une mani&#232;re de rencontre interg&#233;n&#233;rationnelle. Le cin&#233;ma peut-il apporter sa pierre &#224; ce travail de &#171; rem&#233;diation &#187; entre les seniors et les plus jeunes qu'illustrait &#171; &#8200;Le Vieil homme et l'enfant&#8200; &#187; (Claude Berri, 1966)&#8201; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Conflit de g&#233;n&#233;rations, rejet des jeunes par les vieux : le cin&#233;ma revient sans cesse sur cette dialectique. C'est bien s&#251;r la caricature de &#171; &#8200;Harold et Maude&#8200; &#187; (Hal Ashby, 1971) que &#171; &#8200;La Graine et le mulet&#8200; &#187; d&#233;passe dans l'acceptation de l'&#226;ge et de la filiation. En effet, cette tendresse qui unit la jeune fille &#224; son beau-p&#232;re, us&#233;, d&#233;truit par le ch&#244;mage, n'a rien de rationnel et n'est pas justifi&#233; par le sc&#233;nario. Elle se pr&#233;sente dans toute sa force comme une &#233;vidence qui va jusqu'au sacrifice. En l'aidant d'une mani&#232;re passionn&#233;e et passionnelle &#224; monter son restaurant sur le vieux rafiot de ses r&#234;ves, la jeune fille se donne, accepte la vieillesse et va encore plus loin dans une forme sacrificielle &#224; travers la danse, orientale et lascive, o&#249; elle va s'exhiber &#224; son corps d&#233;fendant pour faire patienter les clients et tenter de sauver son beau-p&#232;re. Ce sacrifice, qui ne va pas sans rappeler celui de Salom&#233;, se retrouve dans l'attitude du fils des &#171; &#8200;Invasions barbares&#8200; &#187;. Alors qu'il vit &#224; Londres, d'une profession plus que confortable, S&#233;bastien va &#234;tre rappel&#233; au Canada par sa m&#232;re, au chevet de son p&#232;re qu'il n'a plus vu depuis longtemps et dont il se sent tr&#232;s &#233;loign&#233;. Il revient un peu comme le fils prodigue, autre figure biblique, et va mettre tout en &#339;uvre pour le bonheur de son p&#232;re, allant jusqu'&#224; une forme d'euthanasie, quelque peu contestable sur le fond.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On aimerait toutefois garder pour la fin un film dans lequel les personnes &#226;g&#233;es sont volontairement choquantes car le cin&#233;aste, pourfendant un tabou coriace, a choisi de provoquer le spectateur en lui montrant de fa&#231;on tr&#232;s crue des vieux qui ont encore besoin de sexe. Dans &#171; &#8200;Trop jeunes pour mourir&#8200; &#187; (Park Jin-Pyo, 2002), un vieil homme c&#233;libataire et une femme sexag&#233;naire tombent irr&#233;sistiblement amoureux dans un centre pour personnes &#226;g&#233;es. Cette monstruosit&#233; du d&#233;sir pass&#233; un &#226;ge canonique intrigue et r&#233;vulse &#224; la fois. En effet, d&#232;s qu'il s'agit de personnes &#226;g&#233;es, le voyeurisme activ&#233; par notre soci&#233;t&#233; consum&#233;riste laisse place au d&#233;go&#251;t. On pourrait y lire bien s&#251;r la folle esp&#233;rance de l'&#233;ternelle jeunesse, mais aussi le culte de la beaut&#233; et surtout de la jouvence qui a toujours obs&#233;d&#233; les artistes. Les temps seraient-ils en train de changer fondamentalement&#8201; ? Jeunesse et beaut&#233; ne seraient-elles plus des mod&#232;les absolus&#8201; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un film allemand, &#171; &#8200;Septi&#232;me ciel&#8200; &#187; (&#171; &#8200;Wolke 9&#8200; &#187;, Andreas Dresen, 2008) para&#238;t aller plus loin encore que &#171; &#8200;Trop jeunes pour mourir&#8200; &#187;, en ce qu'il banalise l'acte d'amour entre personnes &#226;g&#233;es. Il s'agit l&#224; de la description sans tabou ni fausse pudeur d'une histoire de d&#233;sir, puis d'amour, entre une femme et deux hommes. Inge, la soixantaine bien sonn&#233;e, couturi&#232;re &#224; domicile, mari&#233;e &#224; Werner depuis de nombreuses ann&#233;es, tombe follement amoureuse (et follement est l'adverbe judicieux car il n'y a apparemment aucune logique dans cette passion) de Karl qui approche les 80 ans. Sorte de &#171; &#8200;Jules et Jim&#8200; &#187; du troisi&#232;me &#226;ge, le film est une r&#233;ussite car il ne focalise pas sur l'&#226;ge des protagonistes. Dans la salle, pas un rire, pas une moquerie, au moment des diff&#233;rents orgasmes de seniors, pr&#233;sent&#233;s de mani&#232;re naturelle. Gageons que ce film ouvre la voie &#224; l'acceptation de la vieillesse et de la mort dans le pr&#233; carr&#233; des belles images du septi&#232;me art. Parce qu'il se doit d'&#234;tre en phase avec la vie, le cin&#233;ma ne peut nier la vieillesse au risque de devenir r&#233;ducteur. Ce n'est ni simple, ni tr&#232;s &#233;l&#233;gant surtout que Cic&#233;ron et Su&#233;tone ne sont plus vraiment au rendez-vous. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#171; &#8200;Itin&#233;raire d'un cin&#233;-fils&#8200; &#187;, DVD.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-2' id='nb1-2' class='spip_note' title='Notes 1-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#171; &#8200;Epoca&#8200; &#187;, Milano, 1962.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-3' id='nb1-3' class='spip_note' title='Notes 1-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Pr&#233;face &#224; B&#233;n&#233;dicte Parmentier, &#171; &#8200;Flux et reflux, des adolescents &#224; la maison de retraite&#8200; &#187;, Paris, L'Harmattan, 2008. p. 13.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les seniors sont-ils t&#233;l&#233;vores ?</title>
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		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>La personne &#226;g&#233;e riv&#233;e &#224; son petit &#233;cran est une sorte de chromo moderne. Mais si la t&#233;l&#233;vision a, en effet, partie li&#233;e avec la vieillesse, la r&#233;alit&#233; se r&#233;v&#232;le bien plus riche et complexe. L'image de la personne &#226;g&#233;e riv&#233;e &#224; son poste de t&#233;l&#233;vision constitue un lieu commun des repr&#233;sentations contemporaines du grand &#226;ge. Quant aux donn&#233;es statistiques, elles indiquent que le rapprochement entre vieillesse et t&#233;l&#233;vision n'est pas sans fondement : les t&#233;l&#233;spectateurs les plus assidus sont les plus &#226;g&#233;s et leur (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton549-a0a6f.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;La personne &#226;g&#233;e riv&#233;e &#224; son petit &#233;cran est une sorte de chromo moderne. Mais si la t&#233;l&#233;vision a, en effet, partie li&#233;e avec la vieillesse, la r&#233;alit&#233; se r&#233;v&#232;le bien plus riche et complexe.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'image de la personne &#226;g&#233;e riv&#233;e &#224; son poste de t&#233;l&#233;vision constitue un lieu commun des repr&#233;sentations contemporaines du grand &#226;ge. Quant aux donn&#233;es statistiques, elles indiquent que le rapprochement entre vieillesse et t&#233;l&#233;vision n'est pas sans fondement : les t&#233;l&#233;spectateurs les plus assidus sont les plus &#226;g&#233;s et leur attachement &#224; la t&#233;l&#233;vision est particuli&#232;rement marqu&#233;&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='On peut approcher cet attachement &#224; travers une question pos&#233;e dans l'enqu&#234;te (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;, au point que la TV a pu &#234;tre qualifi&#233;e de &#171; d&#233;voreuse du temps libre des anciens &#187; (Paillat, 1993, p. 43).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, on ne peut se contenter de dresser le constat selon lequel les seniors.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Dans cet article, la population &#233;tudi&#233;e est celle de retrait&#233;s &#8212; c'est en ce sens que nous entendrons &#171; seniors &#187;.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; sont t&#233;l&#233;vores. Encore faut-il se demander s'ils le sont tous &#233;galement et caract&#233;riser pr&#233;cis&#233;ment leur rapport &#224; la t&#233;l&#233;vision. Aussi cet article se fixe-t-il deux objectifs&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Cet article se fonde principalement sur des entretiens r&#233;alis&#233;s avec des (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; : mettre au jour la diversit&#233; des pratiques t&#233;l&#233;visuelles des retrait&#233;s&#8201; ; s'interroger sur leurs usages de la t&#233;l&#233;vision, sur la place qu'elle occupe dans leur existence et sur la mani&#232;re dont elle nourrit leur rapport au monde. L'analyse sera men&#233;e en quatre temps. Nous verrons, tout d'abord, que la t&#233;l&#233;vision occupe une place variable dans l'existence des retrait&#233;s. Puis, nous nous interrogerons sur l'&#233;volution de l'&#233;coute au fil de l'&#226;ge. En troisi&#232;me lieu, nous d&#233;crirons leurs multiples usages de la t&#233;l&#233;vision. Enfin, nous soulignerons son ambivalence, &#224; la fois source de familiarit&#233; avec le monde et vecteur d'un sentiment d'&#233;tranget&#233; &#224; son &#233;gard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une place variable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'&#233;tude du public de la t&#233;l&#233;vision comme en d'autres domaines, les moyennes sont trompeuses et ne doivent pas faire oublier la diversit&#233; qu'elles recouvrent (Souchon, 1992). Ainsi, 35&#8201;% des retrait&#233;s regardent la t&#233;l&#233;vision plus de 30 heures par semaine, mais 33&#8201;% la regardent moins de 20 heures&#8201;5. De m&#234;me, l'importance qu'ils accordent &#224; la t&#233;l&#233;vision est tr&#232;s variable : 38&#8201;% pensent que celle-ci leur manquerait beaucoup s'ils en &#233;taient priv&#233;s pendant deux mois, mais 23&#8201;% d&#233;clarent qu'ils n'en seraient pas du tout affect&#233;s. Pareille h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; n'est pas pour surprendre. D'une part, les clivages sociologiques classiques ne s'effacent pas lorsque cesse l'activit&#233; professionnelle : pour n'en prendre qu'un seul exemple, les anciens cadres et professions intellectuelles sup&#233;rieures sont des t&#233;l&#233;spectateurs bien moins assidus que les anciens employ&#233;s (19 heures hebdomadaires en moyenne contre 33 heures) et ils sont aussi moins nombreux &#224; d&#233;clarer que la t&#233;l&#233;vision leur manquerait beaucoup (18&#8201;% contre 45&#8201;% pour les anciens employ&#233;s). D'autre part, la situation domestique et matrimoniale n'est pas sans cons&#233;quence : les retrait&#233;s qui vivent seuls ont un temps d'&#233;coute plus &#233;lev&#233; que ceux qui vivent en couple (32 heures hebdomadaires contre 26 heures).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette diversit&#233; de pratique s'accompagne de diff&#233;rences d'appr&#233;ciation : certains minimisent le fait qu'ils regardent un peu plus la t&#233;l&#233;vision depuis qu'ils sont &#224; la retraite et mettent plut&#244;t en avant leur refus de lui consacrer trop de temps, alors que d'autres reconnaissent que la t&#233;l&#233;vision constitue d&#233;sormais un passe-temps privil&#233;gi&#233;. Ces deux attitudes renvoient &#224; des conceptions diff&#233;rentes &#8212; et socialement situ&#233;es &#8212; de la retraite. La t&#233;l&#233;vision appara&#238;t, en effet, comme un loisir plus ou moins l&#233;gitime selon que la retraite est consid&#233;r&#233;e comme un temps d'&#233;panouissement de soi ou comme un moment de repos. Ceux qui font en sorte de ne pas trop la regarder et qui prennent leurs distances avec elle sont plut&#244;t les tenants d'un mod&#232;le &#171; activiste &#187; de la retraite, aujour&#173;d'hui dominant. Regarder la t&#233;l&#233;vision appara&#238;t &#224; leurs yeux comme une activit&#233; &#171; passive &#187;, une distraction valable pour les personnes &#226;g&#233;es et invalides, mais qui ne saurait convenir &#224; de jeunes retrait&#233;s &#171; actifs &#187;. &#192; l'inverse, ceux qui consacrent plus de temps &#224; la TV apr&#232;s avoir cess&#233; leur activit&#233; professionnelle, sans ressentir de culpabilit&#233; particuli&#232;re, voient dans la retraite un droit au repos apr&#232;s une vie consacr&#233;e au travail. La t&#233;l&#233;vision constitue alors pour eux une distraction appr&#233;ci&#233;e, qui sied &#224; leur condition de retrait&#233; : &#171; &lt;i&gt;C'est un passe-temps, une d&#233;tente&lt;/i&gt; &#187;, explique ainsi une ancienne employ&#233;e de 64 ans, tandis que son mari, ancien ouvrier de 66 ans, indique qu'&#171; &lt;i&gt;on est en retraite ou on ne l'est pas&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette diversit&#233; se refl&#232;te aussi dans la place que la t&#233;l&#233;vision &#8212; et, plus g&#233;n&#233;ralement, les m&#233;dias &#8212; occupe dans la structuration du quotidien. De ce point de vue, on peut &#233;galement opposer deux mod&#232;les. Dans le premier, le temps m&#233;diatique est circonscrit et fortement contraint par d'autres activit&#233;s : l'&#233;coute t&#233;l&#233;visuelle s'ins&#232;re dans le temps laiss&#233; libre par les autres occupations et d&#233;borde rarement hors des plages horaires bien d&#233;limit&#233;es qui lui sont assign&#233;es. Dans le second, les m&#233;dias sont au c&#339;ur de l'existence et structurent fortement la temporalit&#233; quotidienne, soit parce que les activit&#233;s alternatives sont peu nombreuses, soit parce qu'elles se trouvent subordonn&#233;es aux horaires des &#233;missions de t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_888 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Fotolia_8843496_L.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L239xH324/Fotolia_8843496_L-30e82-36523.jpg' width='239' height='324' alt='' style='height:324px;width:239px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La t&#233;l&#233;vision appara&#238;t comme un loisir plus ou moins l&#233;gitime selon que la retraite est consid&#233;r&#233;e comme un temps d'&#233;panouissement de soi ou comme un moment de repos. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transformation de l'&#233;coute au fil de l'&#226;ge&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une autre mani&#232;re d'appr&#233;hender la diversit&#233; des pratiques t&#233;l&#233;visuelles &#8212; et de commencer &#224; cerner leur signification &#8212;, consiste &#224; &#233;tudier comment elles se transforment au cours de l'avanc&#233;e en &#226;ge. Nous nous arr&#234;terons ici sur deux moments de transition &#8212; la retraite et le veuvage &#8212;, puis nous verrons comment l'&#233;volution de l'&#233;coute de la t&#233;l&#233;vision au cours des ann&#233;es de retraite constitue une manifestation d'un ph&#233;nom&#232;ne plus large, au c&#339;ur du vieillissement, celui de la &#171; d&#233;prise &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En d&#233;veloppant des activit&#233;s nouvelles, en prenant davantage leur temps, par un ensemble de petites modifications de leurs habitudes, les retrait&#233;s adoptent un nouveau rythme qui leur permet de combler le temps lib&#233;r&#233; par l'activit&#233; professionnelle. Il s'op&#232;re alors une l&#233;g&#232;re dilatation du temps auparavant consacr&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision : allum&#233;e un peu plus t&#244;t en soir&#233;e, elle est &#233;teinte un peu plus tard, puisqu'il est d&#233;sormais possible de d&#233;caler l'heure du lever. Elle accompagne parfois le repas de midi. N'oublions pas, cependant, que nombre de jeunes retrait&#233;s tiennent &#224; contenir cette expansion. On peut enfin signaler que le multi-&#233;quipement s'accro&#238;t chez les jeunes retrait&#233;s, ce qui manifeste le souci d'une plus grande &#233;galit&#233; dans les relations conjugales : m&#234;me si la possession d'un second poste ne conduit pas n&#233;cessairement &#224; une forte individualisation de l'&#233;coute, elle ouvre la possibilit&#233; de faire &#171; t&#233;l&#233;vision &#224; part &#187; et d'&#233;viter ainsi que l'un des conjoints &#8212; l'&#233;pouse le plus souvent &#8212; ne sacrifie ses go&#251;ts personnels sur l'autel conjugal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La disparition du conjoint conduit &#233;galement &#224; une r&#233;organisation de la vie quotidienne. Celle-ci prend des formes diverses, qui varient selon que le survivant est un homme ou une femme, en fonction de son &#226;ge au moment du d&#233;c&#232;s et des relations conjugales ant&#233;rieures : elle peut consister en un repli sur soi, sur l'espace domestique ou en une ouverture &#224; autrui&#8201; ; elle peut se traduire par la r&#233;duction des activit&#233;s ext&#233;rieures ou par le d&#233;veloppement de centres d'int&#233;r&#234;t nouveaux (Caradec, 2004, chap. 2). L'&#233;coute de la t&#233;l&#233;vision s'inscrit dans cette nouvelle organisation de l'existence, qu'elle contribue, dans le m&#234;me temps, &#224; fa&#231;onner. Ainsi, une fois la phase de deuil pass&#233;e, le veuvage conduit souvent &#224; plus de t&#233;l&#233;vision : celle-ci constitue alors un loisir domestique facilement accessible, qui comble certains des moments auparavant consacr&#233;s &#224; des activit&#233;s aujourd'hui abandonn&#233;es (comme les sorties en commun) ou effectu&#233;es plus rapidement (comme la pr&#233;paration des repas). Mme B., 79 ans, en fournit un exemple typique : alors que, du vivant de son mari, la t&#233;l&#233;vision &#233;tait, pour elle, une occupation du soir, elle la regarde d&#233;sormais pendant les repas et une partie de l'apr&#232;s-midi. Cependant, le veuvage peut, &#224; l'inverse, entra&#238;ner la disparition de moments auparavant consacr&#233;s &#224; la t&#233;l&#233;vision. C'est le cas lorsque le d&#233;c&#232;s du conjoint am&#232;ne &#224; d&#233;velopper des activit&#233;s ext&#233;rieures plus nombreuses. Par exemple, Mme M., &#226;g&#233;e de 75 ans, ne regarde plus la t&#233;l&#233;vision l'apr&#232;s-midi. En effet, explique-t-elle, elle a &#171; chang&#233; d'optique &#187; depuis qu'elle n'est plus retenue &#224; la maison par son mari malade : elle sort davantage et pratique des loisirs qui l'occupent. Par ailleurs, le veuvage conduit quelquefois &#224; une &#233;volution dans le choix des programmes, des femmes laissant d&#233;sormais s'exprimer leurs go&#251;ts propres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur l'&#233;volution g&#233;n&#233;rale de l'&#233;coute, les donn&#233;es statistiques montrent une expansion jusque vers 85 ans, puis une diminution de la pratique t&#233;l&#233;visuelle (Caradec, 2003). Pour rendre compte de cette &#233;volution, il faut l'inscrire dans le cadre plus large du processus de r&#233;am&#233;nagement de l'existence &#8212; connu sous le nom de &#171; d&#233;prise &#187; (Barthe, Cl&#233;ment, Drulhe, 1988&#8201; ; Caradec, 2004) &#8212; qui se produit au fur et &#224; mesure que les personnes qui avancent en &#226;ge sont confront&#233;es &#224; de nouvelles contraintes (sant&#233; d&#233;faillante et limitations fonctionnelles croissantes, fatigue plus pr&#233;gnante, baisse des sollicitations, conscience accrue de leur finitude). Dans une premi&#232;re phase, la d&#233;prise consiste en l'abandon d'activit&#233;s ext&#233;rieures, et celle-ci conduit &#224; la r&#233;orientation progressive de l'existence vers le domicile : la t&#233;l&#233;vision b&#233;n&#233;ficie alors souvent de ce surcro&#238;t de pr&#233;sence domestique, m&#234;me si certaines personnes lui pr&#233;f&#232;rent des occupations comme la lecture ou les mots crois&#233;s, qu'elles jugent moins &#171; passives &#187;. Dans une seconde phase, se produit une d&#233;prise par rapport &#224; la t&#233;l&#233;vision elle-m&#234;me : la fatigue croissante conduit &#224; avancer son heure de coucher et, donc, &#224; ne plus regarder les &#233;missions de la soir&#233;e, et certaines d&#233;ficiences sensorielles am&#232;nent &#224; choisir avec soin les moments qu'il est possible de lui consacrer. Par exemple, Mme L., &#226;g&#233;e de 89 ans, qui a perdu un &#339;il et voit mal de l'autre, &#233;vite d&#233;sormais de regarder la t&#233;l&#233;vision l'apr&#232;s-midi afin d'&#234;tre en mesure de suivre le t&#233;l&#233;film de la soir&#233;e : &#171; Si je [me] fatiguais [les yeux] l'apr&#232;s-midi, je ne pourrais plus regarder mon film le soir, et moi il me faut mon film&#8201; ! &#187;, explique-t-elle, bien d&#233;cid&#233;e &#224; conserver, m&#234;me au prix d'une fatigue oculaire et auditive, ce rendez-vous avec ceux qu'elle appelle ses &#171; amis &#187; t&#233;l&#233;visuels.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La t&#233;l&#233;vision constitue, apr&#232;s le repas du midi, un adjuvant du repos, de la relaxation, voire de l'endormissement. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la compagnie &#224; la nostalgie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la t&#233;l&#233;vision occupe une place variable dans l'existence des retrait&#233;s, elle donne lieu &#224; des usages eux-m&#234;mes divers. Nous en distinguerons quatre : la compagnie, la connaissance, l'interrogation sur soi et la nostalgie.
En premier lieu, la t&#233;l&#233;vision assure une fonction de compagnie. Sorte de degr&#233; z&#233;ro de l'&#233;coute, la t&#233;l&#233;vision &#8212; au m&#234;me titre que la radio &#8212; peut &#234;tre utilis&#233;e comme un bruit de fond qui donne, notamment &#224; ceux qui vivent seuls et souffrent de solitude, le sentiment d'une pr&#233;sence. Ainsi, une femme &#226;g&#233;e de 95 ans, qui r&#233;side en maison de retraite et garde la t&#233;l&#233;vision allum&#233;e une grande partie de la journ&#233;e, explique : &#171; &lt;i&gt;J'regarde : si vous voulez, c'est pour dire qu'il y'a quelqu'un avec moi, c'est tout.&lt;/i&gt; &#187; Ensuite, les m&#233;dias accompagnent certaines activit&#233;s et aident &#224; leur accomplissement. La t&#233;l&#233;vision constitue ainsi, apr&#232;s le repas du midi, un adjuvant du repos, de la relaxation, voire de l'endormissement. Mme V., par exemple, regarde r&#233;guli&#232;rement &#171; Les Feux de l'amour &#187; car, explique-t-elle, &#171; &lt;i&gt;je me repose, parce que je suis fatigu&#233;e [rires]. Alors, apr&#232;s les informations, [&#8230;] je regarde parce que &#231;a me repose&lt;/i&gt; &#187;. Enfin, l'&#233;coute de certaines &#233;missions est pr&#233;sent&#233;e comme une occupation qui permet de &#171; passer le temps &#187;, de combler les moments vides de la journ&#233;e, notamment en fin d'apr&#232;s-midi et en d&#233;but de soir&#233;e, ou encore lorsque le mauvais temps n'incite pas &#224; sortir. Une veuve de 80 ans indique ainsi que la t&#233;l&#233;vision est le moyen, en hiver, de faire para&#238;tre moins long le d&#233;but de soir&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Surtout l'hiver, entre 17&#8201;h&#8201;00 et 20&#8201;h&#8201;00, elle m'occupe. Si je n'avais pas quelque chose &#224; regarder ou &#224; &#233;couter, &#231;a me serait difficile. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre usage de la t&#233;l&#233;vision consiste &#224; la regarder avec un souci de connaissance : l'engagement dans l'&#233;coute est alors plus important et consiste en un &#171; branchement &#187; sur le monde. Celui-ci s'op&#232;re, tout d'abord, &#224; travers le flux d'informations qui p&#233;n&#232;tre, via les m&#233;dias, dans l'espace domestique et qui permet de se tenir au courant. Cette immersion nourrit le sentiment d'appartenance &#224; la communaut&#233; nationale ou locale (les retrait&#233;s sont particuli&#232;rement nombreux &#224; regarder &lt;i&gt;France 3&lt;/i&gt; et ses &#233;missions r&#233;gionales). La t&#233;l&#233;vision contribue ainsi au maintien du lien avec le monde ext&#233;rieur en donnant &#224; voir ce qui s'y passe et, au-del&#224;, en donnant &#224; partager cette connaissance avec les autres t&#233;l&#233;spectateurs, confortant ainsi le sentiment d'appartenance &#224; une communaut&#233;. De ce point de vue, la t&#233;l&#233;vision a bien une fonction de lien social (Wolton, 1990). Parall&#232;lement, le branchement sur le monde prend une forme plus didactique : il s'agit alors d'&#171; apprendre &#187;, de &#171; s'instruire &#187;, de &#171; d&#233;couvrir &#187;, la t&#233;l&#233;vision apparaissant alors comme un moyen de perfectionnement et d'enrichissement de soi, un lointain prolongement de l'&#233;cole avec laquelle la comparaison est quelquefois explicite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un troisi&#232;me mode d'&#233;coute de la t&#233;l&#233;vision consiste &#224; l'utiliser comme &#171; miroir &#187; de son vieillissement. Les personnes qui approchent du grand &#226;ge se trouvent, en effet, confront&#233;es &#224; la question redoutable de savoir dans quelle mesure elles deviennent &#8212; ou sont &#8212; vieilles. Dans cette entreprise de positionnement de soi par rapport &#224; la vieillesse, la t&#233;l&#233;vision constitue une ressource : face &#224; elle, il est possible de percevoir les signes du maintien de ses capacit&#233;s ou, &#224; l'inverse, ceux de son d&#233;clin. Par exemple, le fait de pouvoir continuer &#224; &#171; apprendre &#187; aide &#224; se d&#233;finir &#224; distance de la vieillesse. Mieux, il est possible d'utiliser certaines &#233;missions, notamment les jeux t&#233;l&#233;vis&#233;s tels que &#171; Questions pour un champion &#187; ou &#171; Des chiffres et des lettres &#187;, pour faire des exercices de maintien de soi, &#224; l'instar de cette retrait&#233;e de 80 ans : &#171; &lt;i&gt;&#199;a fait travailler la m&#233;moire&#8230; Et &#231;a, c'est bon. Je trouve que c'est b&#233;n&#233;fique [&#8230;] d'&#234;tre oblig&#233;e de chercher quelquefois. Il faut comprendre aussi. [&#8230;] Pour beaucoup de choses, j'arrive quand m&#234;me &#224; comprendre tout ce qu'il me demande&#8230; ce qu'il demande.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, bien s&#251;r, l'image renvoy&#233;e par le miroir t&#233;l&#233;visuel n'est pas toujours aussi favorable : si les jeux t&#233;l&#233;vis&#233;s de type scolaire peuvent contribuer au maintien de soi, ils sont &#233;galement susceptibles de signifier que l'on ne parvient plus &#224; faire les exercices propos&#233;s aussi facilement qu'autrefois, qu'on perd de sa dext&#233;rit&#233; intellectuelle et de ses facult&#233;s de m&#233;morisation. C'est le constat amer que dresse une autre retrait&#233;e de 80 ans : &#171; &lt;i&gt;Les questions [le jeu Questions pour un champion], je retiens plus&#8230;,&lt;/i&gt; observe-t-elle, &lt;i&gt;je retiens plus comme avant. Quand j'&#233;tais jeune, j'avais de la m&#233;moire, mais maintenant je retiens plus beaucoup&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les t&#233;l&#233;spectateurs &#226;g&#233;s, en se confrontant &#224; l'immoralit&#233; qu'ils per&#231;oivent dans certaines &#233;missions, se confortent dans leurs propres valeurs morales. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, certaines &#233;missions constituent les auxiliaires pr&#233;cieux d'un voyage nostalgique dans le temps : on renoue avec le pass&#233; en &#233;coutant de vieilles chansons, en retrouvant des artistes d&#233;c&#233;d&#233;s ou en revoyant des films anciens que l'on a aim&#233;s. Se manifeste alors le plaisir de la reviviscence, du lien directement &#233;tabli avec le pass&#233;, du surgissement de souvenirs et d'&#233;motions v&#233;cues autrefois. Certains programmes sont particuli&#232;rement propices &#224; cette reviviscence. C'est le cas de vieux films, qui permettent de retrouver des acteurs aujourd'hui disparus et de se replonger, l'espace d'un moment, dans une &#233;poque r&#233;volue. Le succ&#232;s, aupr&#232;s des personnes &#226;g&#233;es, de &#171; &#8200;La Chance aux chansons&#8200; &#187;, l'&#233;mission de Pascal Sevran, tenait au fait qu'il s'agissait d'une formidable machine &#224; remonter le temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ambivalence de la t&#233;l&#233;vision&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, comme nous l'avons soulign&#233;, &#234;tre au courant de ce qui se passe hors de chez soi permet de maintenir, m&#234;me lorsqu'on ne sort plus gu&#232;re, le sentiment d'appartenir &#224; une communaut&#233; plus large, de retrouver des activit&#233;s ou des centres d'int&#233;r&#234;t qu'il a fallu abandonner par ailleurs : c'est le cas lorsque des personnes &#226;g&#233;es regardent la messe &#224; la t&#233;l&#233;vision apr&#232;s avoir cess&#233; de se rendre &#224; l'&#233;glise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Source de familiarit&#233; avec le monde, la t&#233;l&#233;vision contribue aussi &#224; ce sentiment croissant d'&#233;tranget&#233; qui caract&#233;rise le grand &#226;ge. Ceux qui vieillissent semblent, en effet, avoir de plus en plus de mal &#224; comprendre la soci&#233;t&#233; dans laquelle ils vivent, &#224; l'instar de Claude Levi-Strauss qui d&#233;clarait, alors qu'il &#233;tait &#226;g&#233; de 96 ans : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes dans un monde auquel je n'appartiens d&#233;j&#224; plus. Celui que j'ai connu, celui que j'ai aim&#233;, avait 1,5 milliard d'habitants. Le monde actuel compte 6 milliards d'humains. Ce n'est plus le mien&lt;/i&gt;&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Entretien au journal Le Monde, 22 f&#233;vrier 2005.' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. &#187; La difficult&#233; &#224; adh&#233;rer &#224; la soci&#233;t&#233; actuelle se forge &#224; travers diff&#233;rents m&#233;canismes : la disparition des contemporains qui, comme l'&#233;crit Serge Cl&#233;ment, &#171; vous comprenaient &#224; demi-mot &#187;, l'&#233;loignement des petits-enfants, engag&#233;s dans leur vie d'adulte, l'abandon d'activit&#233;s (comme la conduite automobile) qui donnaient le sentiment de rester en prise avec le monde. Un autre de ces m&#233;canismes r&#233;side dans le sentiment de d&#233;calage ressenti face &#224; certaines &#233;missions par exemple de vari&#233;t&#233;s dans lesquelles se produisent des artistes inconnus, aux musiques jug&#233;es bruyantes, voire extravagantes et aux chansons incompr&#233;hensibles&#8201; ; des films r&#233;cents, consid&#233;r&#233;s comme violents, complaisants avec les sc&#232;nes de sexe et jou&#233;s par des acteurs qui ne sont pas familiers. Ainsi, la t&#233;l&#233;vision ajoute-elle &#224; l'&#233;tranget&#233; du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est en ce sens qu'il faut interpr&#233;ter les discours tr&#232;s critiques que beaucoup de vieilles personnes formulent au sujet de certains programmes : elles affichent ainsi leur d&#233;sapprobation &#224; l'endroit d'une soci&#233;t&#233; qu'elles ne comprennent plus. De ce point de vue, on peut consid&#233;rer, en s'inspirant d'une formule de Tamar Liebes (1997), que les t&#233;l&#233;spectateurs &#226;g&#233;s, en se confrontant &#224; l'immoralit&#233; qu'ils per&#231;oivent dans certaines &#233;missions, se confortent dans leurs propres valeurs morales. En d&#233;non&#231;ant l'inconstance sentimentale des personnages des &#171; &#8200;Feux de l'amour&#8200; &#187;, puis en s'en prenant aux publicit&#233;s pour les plats cuisin&#233;s qui symbolisent &#224; ses yeux le travail des femmes et l'indisponibilit&#233; des m&#232;res, Mme B. (91 ans, milieu populaire) r&#233;affirme sa croyance dans la sup&#233;riorit&#233; des valeurs qui ont fond&#233; son existence : la fid&#233;lit&#233; qui l'a li&#233;e pendant soixante ans &#224; son mari et la r&#233;partition traditionnelle des r&#244;les entre les sexes. &#171; Pratique identitaire qui permet d'explorer un moi social en transition &#187; (Pasquier, 1997, p. 828) au moment de l'adolescence, la t&#233;l&#233;vision des plus &#226;g&#233;s maintient de la valeur &#224; leur &#234;tre social : leurs choix de programmes et les jugements qu'ils portent sur eux r&#233;affirment qui ils sont et ce &#224; quoi ils ont cru et croient encore aujour&#173;d'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;On peut approcher cet attachement &#224; travers une question pos&#233;e dans l'enqu&#234;te Pratiques culturelles : &#171; Si vous ne pouviez plus regarder la t&#233;l&#233;vision pendant deux mois, pensez-vous que cela vous manquerait : beaucoup&#8201; ; assez&#8201; ; peu&#8201; ; pas du tout&#8201; ? &#187; Les r&#233;ponses montrent que 38&#8201;% des retrait&#233;s pensent que la t&#233;l&#233;vision leur manquerait beaucoup contre 21&#8201;% dans le reste de la population.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-2' id='nb2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Cet article se fonde principalement sur des entretiens r&#233;alis&#233;s avec des retrait&#233;s d'&#226;ge vari&#233;, notamment une s&#233;rie d'entretiens (N=25) effectu&#233;s aupr&#232;s de personnes &#226;g&#233;es de plus de 75 ans et qui portait sur leur rapport &#224; la t&#233;l&#233;vision. Pour plus de d&#233;tail sur cette enqu&#234;te, on pourra se reporter &#224; Caradec, 2001 ou 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-3' id='nb2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Entretien au journal &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 22 f&#233;vrier 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Comment les seniors s'invitent dans le d&#233;bat</title>
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		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>Philippe Viriot-Durandal, ma&#238;tre de conf&#233;rences en sociologie &#224; l'universit&#233; de France-Comt&#233;, est l'auteur du &#171; &#8239;Pouvoir gris&#8239; &#187; (PUF, 2005). Il explique ici comment le lobby des seniors intervient dans le champ m&#233;diatique. Quel r&#244;le joue l'American Association of Retired People (AARP) dans le d&#233;bat public aux &#201;tats-Unis, en particulier dans la p&#233;riode &#233;lectorale&#8201; ? L'AARP est en premi&#232;re ligne dans les d&#233;bats sur la crise &#233;conomique et le mod&#232;le social am&#233;ricain. L'organisation, qui compte presque 40 (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton548-1371c.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Philippe Viriot-Durandal, ma&#238;tre de conf&#233;rences en sociologie &#224; l'universit&#233; de France-Comt&#233;, est l'auteur du &#171; &#8239;Pouvoir gris&#8239; &#187; (PUF, 2005). Il explique ici comment le lobby des seniors intervient dans le champ m&#233;diatique.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quel r&#244;le joue l'American Association of Retired People (AARP) dans le d&#233;bat public aux &#201;tats-Unis, en particulier dans la p&#233;riode &#233;lectorale&#8201; ? L'AARP est en premi&#232;re ligne dans les d&#233;bats sur la crise &#233;conomique et le mod&#232;le social am&#233;ricain. L'organisation, qui compte presque 40 millions de membres, a cr&#233;&#233; une coalition non partisane compos&#233;e de plus de 80 organisations am&#233;ricaines repr&#233;sentant dans un tr&#232;s large tour de table les int&#233;r&#234;ts sociaux, &#233;conomiques et communautaires de la population am&#233;ricaine face aux deux probl&#232;mes majeurs que sont l'acc&#232;s &#224; la sant&#233; et la s&#233;curisation des pensions de retraite dans un climat plut&#244;t incertain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'AARP est la principale organisation repr&#233;sentant les seniors, mais de quelle fa&#231;on ceux-ci y interviennent-ils&#8201; ? Y a-t-il une forme de d&#233;mocratie interne&#8201; ? La gouvernance de l'AARP est extr&#234;mement complexe. Elle est compos&#233;e d'au moins deux grandes entit&#233;s distinctes : un organe &#224; but lucratif (for profit) et une fondation &#224; but non lucratif. Th&#233;oriquement, les associations fondatrices d&#233;tiennent le pouvoir et la pr&#233;sidence. Mais le directeur et les cadres sup&#233;rieurs sont des professionnels issus de l'administration ou de grandes entreprises&#8201; ; ils disposent d'un pouvoir important et ne sont pas retrait&#233;s eux-m&#234;mes mais salari&#233;s de l'association.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'AARP intervient dans l'espace public &#224; travers un dispositif m&#233;diatique d'exception qui va de la presse &#224; la t&#233;l&#233;vision. Comment s'est-il construit&#8201; ? L'AARP a d&#233;velopp&#233; une strat&#233;gie d'internalisation m&#233;diatique qui consiste &#224; tenter de ma&#238;triser les vecteurs, les canaux et les contenus de l'information en devenant lui-m&#234;me un op&#233;rateur m&#233;dia d'amont en aval de la production d'information.
C'est le cas dans la presse &#233;crite. Depuis sa cr&#233;ation, en 1958, l'AARP &#233;dite &lt;i&gt;AARP&lt;/i&gt; &lt;i&gt;The Magazine&lt;/i&gt;, un bimensuel du m&#234;me type que &lt;i&gt;Notre temps&lt;/i&gt; en France mais publi&#233; &#224; plus de 24 millions d'exemplaires. L'organisation publie &#233;galement &lt;i&gt;The AARP Bulletin&lt;/i&gt;, un mensuel destin&#233; &#224; tous ses membres sur la vie de l'association et sur la d&#233;fense des droits.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_887 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Fotolia_2817426_XL.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH217/Fotolia_2817426_XL-0a829-7c0d5.jpg' width='324' height='217' alt='' style='height:217px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'assimilation des personnes &#226;g&#233;es &#224; un fardeau pour les ressources publiques constitue l'un des terrains de lutte des &#8220;Panth&#232;res grises&#8221;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'AARP communique en direction de ses membres mais &#233;galement &#224; destination des d&#233;cideurs et des m&#233;dias, tant sur le plan national qu'international. R&#233;cemment, elle a sorti &#224; grands frais &lt;i&gt;The Journal&lt;/i&gt;, revue destin&#233;e &#224; un public international int&#233;ress&#233; par les probl&#233;matiques du vieillissement, ses politiques publiques, et destin&#233; &#224; servir de courroie de transmission &#224; ses projets de d&#233;veloppement international.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les journalistes et les producteurs des diff&#233;rents m&#233;dias de l'AARP sont-ils tous professionnels ou y trouve-t-on des militants, des b&#233;n&#233;voles&#8201; ? Il s'agit essentiellement de professionnels. C'est l'int&#233;r&#234;t de cette structure : elle est associative, mais professionnelle dans son approche de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts, contrairement au milieu associatif retrait&#233; hexagonal dont l'amateurisme rend leurs actions g&#233;n&#233;ralement inefficaces.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quid du volet audiovisuel&#8201; ? Chaque semaine, l'AARP produit des vid&#233;os sur des sujets tr&#232;s vari&#233;s. Elles sont distribu&#233;es gratuitement aux t&#233;l&#233;visions et agences de TV par c&#226;ble, sur tout le territoire des &#201;tats-Unis. Des extraits de ces vid&#233;os sont souvent utilis&#233;s par les m&#233;dias au moment des JT. L'AARP produit &#233;galement une &#233;mission de radio hebdomadaire intitul&#233;e &#171; Prime Time &#187; ainsi que &#171; Mature Focus Radio &#187;, programme qui offre une grande vari&#233;t&#233; d'opinions et d'intervenants sur les sujets qui int&#233;ressent les plus de 50 ans. Ces deux &#233;missions sont distribu&#233;es gratuitement &#224; l'ensemble des radios. Les raisons qui ont amen&#233; l'AARP &#224; produire elle-m&#234;me reposent sur la conviction que les t&#233;l&#233;visions et radios commerciales ne sont pas totalement &#171; libres &#187; du fait qu'il leur faut conqu&#233;rir ou conserver des annonceurs. Le financement des programmes d&#233;pend de l'audimat. Les &#233;missions de l'AARP &#233;largissent le panel de contenu en abordant des questions qui ne sont pas trait&#233;es, ou insuffisamment, par les diffuseurs commerciaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'AARP constitue une importante source de renseignements sur l'ensemble des questions du vieillissement. Lorsqu'elle enqu&#234;te sur ce sujet, la presse am&#233;ricaine se tourne r&#233;guli&#232;rement vers l'organisation dans la mesure o&#249; celle-ci fournit de nombreuses sources d'informations, statistiques, opinions, commentaires et conseils.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Existe-t-il une autre strat&#233;gie aussi performante que celle de l'AARP&#8201; ? Pas &#224; ma connaissance, mais une exp&#233;rience int&#233;ressante a &#233;t&#233; initi&#233;e d&#232;s les ann&#233;es 1980. Au contraire de l'AARP, elle proc&#232;de d'une strat&#233;gie d'externalisation du pouvoir m&#233;diatique en mobilisant les membres d'une organisation mythique aux &#201;tats-Unis : les Grey Panters (&#171; Pan&#173;th&#232;res grises &#187;). L'association a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par Magie Kuhn en 1970, &#224; Philadelphie. Elle regroupe des a&#238;n&#233;s et des jeunes. L'objet de l'organisation est de lutter contre la discrimination par l'&#226;ge et de promouvoir la justice sociale, les droits civiques et la paix. La lutte contre la discrimination repr&#233;sente un axe majeur pour les Panth&#232;res grises aux &#201;tats-Unis. Leur action porte &#224; la fois sur la repr&#233;sentation et l'exclusion par l'&#226;ge. Avec le Grey Panthers Media Watch National Committee, l'organisation a cr&#233;&#233; une cellule d'observation des m&#233;dias. Ses membres font des rapports sur les &#233;missions t&#233;l&#233;vis&#233;es et rel&#232;vent celles qui v&#233;hiculent des st&#233;r&#233;otypes n&#233;gatifs. Les Panthers exercent des pressions sur les m&#233;dias &#224; travers cette cellule de veille destin&#233;e &#224; r&#233;agir &#224; la diffusion de contre-v&#233;rit&#233;s sur les personnes &#226;g&#233;es mais aussi sur la politique de la vieillesse. L'assimilation des personnes &#226;g&#233;es &#224; un fardeau pour les ressources publiques, par exemple, constitue l'un des terrains de lutte de ce type de programme. L'organisation agit en &#171; groupe de pression &#187; visant, non pas le pouvoir politique, mais les protagonistes du monde m&#233;diatique qui contribuent &#224; fa&#231;onner l'opinion&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ages, g&#233;n&#233;rations et segmentations</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/ages-generations-et-segmentations,547.html</link>
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		<dc:date>2009-09-08T11:59:39Z</dc:date>
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		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>La multiplication de produits sp&#233;cifiques sur le march&#233; est source de segmentation et, donc, de mondes clos. Du shampoing pour les bambins au &#171; sp&#233;cial cheveux &#226;g&#233;s &#187; jusqu'&#224; une nouvelle &#233;mission de radio visant explicitement les seniors, une s&#233;paration culturelle s'instaure&#8201; [1]. Marketing et m&#233;dias proposent d&#233;sormais un moyen terme entre une strat&#233;gie one to one (coller &#224; tous les petits &#171; moi je &#187;) rendue possible par le Net et le marketing, et une strat&#233;gie plus traditionnelle de masse (toucher le &#171; (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton547-947ae.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;La multiplication de produits sp&#233;cifiques sur le march&#233; est source de segmentation et, donc, de mondes clos.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Du shampoing pour les bambins au &#171; sp&#233;cial cheveux &#226;g&#233;s &#187; jusqu'&#224; une nouvelle &#233;mission de radio visant explicitement les seniors, une s&#233;paration culturelle s'instaure&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='footnote' title='La presse pour la jeunesse, experte en cha&#238;nage propose des journaux pour (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Marketing et m&#233;dias proposent d&#233;sormais un moyen terme entre une strat&#233;gie one to one (coller &#224; tous les petits &#171; moi je &#187;) rendue possible par le Net et le marketing, et une strat&#233;gie plus traditionnelle de masse (toucher le &#171; tout public &#187;) : un positionnement g&#233;n&#233;rationnel (communiquer aupr&#232;s de tribus et communaut&#233;s).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi sont n&#233;s les juniors et les seniors (plus de 50 ans). Le senior vole ces temps-ci la vedette aux juniors, et la c&#233;l&#232;bre m&#233;nag&#232;re de moins de 50 ans est en danger. Ces deux cat&#233;gories sont suppos&#233;es exigeantes, critiques et non vuln&#233;rables ou us&#233;es (&#224; chaque champ sa conception), dot&#233;es d'argent en poche et de poche. Naissance dans un bain m&#233;diatique, longue exp&#233;rience des m&#233;dias et de la publicit&#233; : ils sont consom'acteurs, loin d'&#234;tre dupes. Le marketing est &#224; la fois brutal et sophistiqu&#233; dans ses &#233;tudes. Parce que mieux conna&#238;tre fait mieux vendre, il est extr&#234;mement r&#233;actif &#224; l'&#233;volution des m&#339;urs. Situ&#233; au carrefour des sciences humaines, il examine &#224; la loupe les populations vis&#233;es &#8212; crit&#232;res &#226;ges, sexes, stades de vie, valeurs &#8212;, tout en rep&#233;rant leurs secteurs de pr&#233;dilection (pour les seniors : patrimoine et pr&#233;voyance, sant&#233; et sport, loisirs et NTIC, cosm&#233;tiques et culture, voyages et voitures&#8230;)&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Ainsi que le pr&#233;cise le publicitaire J.-M. Dru : &#171; C'est un m&#233;tier qui associe (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; On affine donc la connaissance des &#171; seniors &#187; en pointant des similitudes (approche g&#233;n&#233;rationnelle) et des h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;s, par exemple entre les happyboomers h&#233;donistes et leurs a&#238;n&#233;s plus rationnels, plus soucieux de leurs devoirs. D'o&#249; l'&#233;laboration de profils : &#171; originaux &#187;, &#171; inquiets &#187;, &#171; rigoureux &#187;, &#171; enthousiastes &#187;&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. F. Serri&#232;re, Conqu&#233;rir le march&#233; des seniors, Village Mondial, (...)' id='nh3-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les outils m&#251;rement r&#233;fl&#233;chis et adopt&#233;s collent parfaitement aux habitudes des &#171; cibles &#187;. Les attitudes (en famille, en vacances, avec les m&#233;dias) sont le terreau d'&#233;tudes qualitatives et quantitatives. Ces derni&#232;res deviennent un vivier pr&#233;cieux pour tout m&#233;dia qui d&#233;cide de s'adresser sp&#233;cifiquement &#224; un &#226;ge, ou plus exactement &#224; un cycle de vie (enfance, jeunesse, vieillesse).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Risques et s&#233;gr&#233;gations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que l'usage des m&#233;dias varie avec l'&#226;ge rel&#232;ve de l'&#233;vidence&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Consulter sur le sujet le num&#233;ro de la revue R&#233;seaux, n&#176; 119, 2003, &#171; &#194;ges et (...)' id='nh3-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Si l'univers m&#233;diatique des enfants suppose un public per&#231;u comme en apprentissage et &#224; prot&#233;ger, la question se pose diff&#233;remment pour une population adulte, quand bien m&#234;me elle serait &#226;g&#233;e. Comment parler d'une &#171; litt&#233;rature de vieillesse &#187;&#8201; ? L'acte de naissance (et de mort) d'un m&#233;dia d&#233;pend de crit&#232;res &#233;conomiques. Seule l'existence d'un public (fr&#233;quentation prouv&#233;e) et, qui plus est, suffisant (perspectives quantitatives) permet sa survie sur le march&#233;. Ainsi, la radio pour enfants ne prend-elle pas son envol car ceux-ci sont suppos&#233;s ne pas l'&#233;couter. &#192; l'inverse, les sites timidement destin&#233;s aux seniors sur un m&#233;dia &#171; jeune &#187; ont b&#233;n&#233;fici&#233; de leur pr&#233;disposition aux achats en ligne. Ph&#233;nom&#232;ne d&#233;mographique &#224; l'appui, le compte y est. En toute logique, les m&#233;dias s'int&#233;ressent aux seniors, suivant ainsi leur public dans la mesure o&#249;, apr&#232;s avoir accompagn&#233; la pouss&#233;e juv&#233;nile des ann&#233;es 1960 (explosion du march&#233; jeune), ils continuent &#224; s'occuper d'eux (les m&#234;mes, quarante ans apr&#232;s) en s'adaptant &#224; leur &#226;ge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si les juniors ne semblent pas trouver &#224; redire &#224; &#234;tre trait&#233;s comme tels (quoique&#8230;), les seniors sont allergiques &#224; tout confinement, &#224; toute stigmatisation. Le succ&#232;s ou l'&#233;chec d'une communication &#171; pour &#187; d&#233;pend de la perception qu'ont les individus de leur appartenance. Or, les seniors r&#233;pugnent &#224; &#234;tre ghetto&#239;s&#233;s. La publicit&#233; se demande si l'on doit appeler senior un senior. Et elle est embarrass&#233;e par la question de sa repr&#233;sentation physique. Lors du lancement de m&#233;dias destin&#233;s aux plus de 50 ans, les communiqu&#233;s prennent toujours soin de parler de personnes &#171; en pleine forme &#187;, &#171; modernes et actives &#187;. Notons ici l'habilet&#233; du mensuel G&#233;n&#233;ration Babyboom qui ne s'affichait pas &#171; seniors &#187; tout en les visant explicitement. Au demeurant, le p&#244;le senior du groupe Bayard (Notre temps, Vivre +) se nomme &#171; G&#233;n&#233;rations et Modes de vie &#187;&#8230; La ruse repose &#233;videmment sur l'&#233;vocation g&#233;n&#233;rationnelle (des contours culturellement valoris&#233;s de cette g&#233;n&#233;ration&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. dans ce m&#234;me dossier l'article &#171; M&#233;dias et g&#233;n&#233;rations : l'&#233;mergence de la (...)' id='nh3-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;) plus que sur celle du &#171; senior &#187; (renvoyant irr&#233;m&#233;diablement &#224; la vieillesse). La strat&#233;gie semble pertinente lorsque l'on constate, dans une enqu&#234;te de terrain, qu'&#224; la question : &#171; Qu'&#233;voque pour vous le mot senior&#8201; ? &#187;, les premiers concern&#233;s r&#233;pondent sans ambages : &#171; les vieux &#187;, balayant ainsi d'un revers de mot l'&#233;ventuelle efficacit&#233; du cache-sexe politiquement correct&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Quand ce n'est pas l'hospice ou la d&#233;pendance&#8230; Mais, pour &#234;tre honn&#234;te, le (...)' id='nh3-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_886 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Fotolia_14891426_XXL.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH226/Fotolia_14891426_XXL-bd2bc-b00be.jpg' width='324' height='226' alt='' style='height:226px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &#192; la question : &#8220;Qu'&#233;voque pour vous le mot senior ?&#8221;, les premiers concern&#233;s r&#233;pondent : &#8220;les vieux&#8221;, balayant ainsi d'un revers de mot l'&#233;ventuelle efficacit&#233; du cache-sexe politiquement correct. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans les m&#233;dias jeunesse, on sait que la m&#232;re d'un enfant de 6 ans ach&#232;tera une revue affich&#233;e pour 7-8 ans mais pas pour 5-6 ans, car le ch&#233;rubin est toujours &#171; grand pour son &#226;ge &#187;. En revanche, le monde m&#233;diatique &#171; senior &#187; doit se convaincre qu'un sexag&#233;naire lira peut-&#234;tre une revue pour quinquas mais certainement pas une publication ouvertement destin&#233;e aux octog&#233;naires. L'attrait de l'avenir (d&#233;sir de grandir : un enfant ne veut pas &#234;tre trait&#233; de b&#233;b&#233;, un ado de gamin) s'inverse avec la maturit&#233;. Les personnes &#226;g&#233;es tendent &#224; se rajeunir et les adultes &#224; rester des ados. La politique de cha&#238;nage (cible dans la cible&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-7' class='spip_note' rel='footnote' title='F. Serri&#232;re, op.cit., d&#233;coupe la cible en quatre sous-cibles : les grands (...)' id='nh3-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;) pour &#234;tre compliqu&#233;e &#224; mettre en place lorsqu'elle est destin&#233;e &#224; l'enfance, qui se vieillit, ne l'est pas moins dans la &#171; senioritude &#187; o&#249; l'on se veut longtemps jeune. Comment faire avec une soci&#233;t&#233; o&#249; l'&#171; on ne fait plus son &#226;ge&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Dechavanne (E.), Tavoillot (P.H.), Philosophie des &#226;ges de la vie, (...)' id='nh3-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; &#187;. Il semblerait d'ailleurs que ces m&#234;mes m&#233;dias participent des rites de passage. Un coll&#233;gien ne se rabaissera pas &#224; parler d'Harry Potter (livre de son enfance), un lyc&#233;en &#224; jouer &#224; la Game Boy (qu'il ne quittait pas &#233;tant petit), un enfant de 7 ans &#224; lire Elmer et un de 5 &#224; regarder les Teletubbies, sauf, bien s&#251;r, en cas de nostalgisme pr&#233;coce. Tout comme la culotte Petit Bateau devra laisser place, &#224; un moment donn&#233;, &#224; la culotte sexy, les produits m&#233;diatiques sont objets, au fil du temps, de rejets, souvent lors des transitions d&#233;licates (entr&#233;es en maternelle, primaire, coll&#232;ge, lyc&#233;e). L'enfance et la vieillesse &#233;tant traditionnellement toutes deux per&#231;ues comme inf&#233;rieures, un adulte en pleine force de l'&#226;ge s'interdira tout autant de lire un album jeunesse ou Picsou que de consulter Notre temps, lectures prises comme r&#233;gressives du fait de repr&#233;sentations sociales d'immaturit&#233; et de s&#233;nilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un m&#233;dia &#171; pour &#187; exploite des tendances socioculturelles confortant l'id&#233;e qu'il puisse exister des besoins sp&#233;cifiques. Le moment o&#249; le b&#233;b&#233; est devenu une personne promise &#224; la lecture permet de cr&#233;er une revue pour les 9 mois, jadis inimaginable. Le gender marketing, le grand retour du sexe des m&#233;dias &#224; travers la multiplication des supports &#171; filles &#187;, renvoie &#224; des pr&#233;occupations f&#233;minines qui seraient exclusivement tourn&#233;es vers le trio gar&#231;ons-s&#233;duction-kilos. Segmenter, c'est toujours figer des castes d'&#226;ges, valider leurs langages, leurs valeurs, leurs particularit&#233;s. Les contenus refl&#232;tent alors des repr&#233;sentations m&#233;diatiques d'eux-m&#234;mes. Ils contribuent &#224; la construction sociale des &#226;ges, v&#233;hiculent une certaine id&#233;e de l'enfance ou de la vieillesse, tout comme ils accompagnent la construction identitaire tout au long de l'avanc&#233;e en &#226;ge, en diffusant des mod&#232;les de conduite et des signes distinctifs. Supports de socialisation, les s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es codifient des comportements de grands-p&#232;res&#8201; ; les albums pour enfants des attitudes grands-maternelles. Sans aller jusqu'&#224; pr&#233;tendre qu'ils entretiendraient une guerre des &#226;ges, les m&#233;dias participent n&#233;anmoins &#224; une lecture diff&#233;renci&#233;e des &#226;ges et favorisent, de fait, un entre-soi. L'articulation segmentations &#233;conomiques&#8201;/&#8201;s&#233;gr&#233;gations culturelles n'est jamais anodine puisqu'elle met en sc&#232;ne la question du vivre ensemble. Les s&#233;gr&#233;gations g&#233;n&#233;rationnelles, au m&#234;me titre que celles urbaines, scolaires, raciales ou sexuelles, sapent l'id&#233;e qu'approcher la culture de l'autre permet de r&#233;duire les distances qui offusquent et effraient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;dias et l'interg&#233;n&#233;rationnel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les m&#233;dias semblent soumis &#224; deux forces contradictoires : d'un c&#244;t&#233;, leur int&#233;r&#234;t &#224; cibler (souci d'adaptation aux publics) et, de l'autre, le risque d'enfermement dans une classe d'&#226;ge qui, du fait d'images sociales n&#233;gatives, peut g&#233;n&#233;rer des associations fortuites du type : petit homme-petit produit-petite culture (didactique et moraliste) ou vieil homme-vieux produit-vieille culture (ringarde et g&#226;teuse). Par ailleurs, les logiques de ciblage &#8212; en ce qu'elles permettent des d&#233;clinaisons, des micros march&#233;s et donc la multiplication avantageuse de supports &#8212; contrarient les logiques f&#233;d&#233;ratrices notamment des m&#233;dias qui d&#233;pendent d'une audience maximale. La t&#233;l&#233;vision g&#233;n&#233;raliste peut favoriser une programmation enfant (apr&#232;s l'&#233;cole) ou senior (l'apr&#232;s-midi) quand il n'y a personne d'autre devant l'&#233;cran (&#224; l'&#233;cole et au travail), pr&#233;f&#233;rant, sur d'autres cr&#233;neaux, le &#171; tout public &#187; et donc, la cohabitation des &#226;ges.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le cin&#233;ma familial, partag&#233;, discut&#233; entre &#226;ges est, &#224; ce titre, un m&#233;dia interg&#233;n&#233;rationnel. Au-del&#224; des int&#233;r&#234;ts strictement commerciaux, la question du partage est au c&#339;ur de relations interg&#233;n&#233;rationnelles favoris&#233;es (f&#234;tes familiales r&#233;unissant a&#239;eux et nouveau-n&#233;s) ou non&#8230; (s&#233;gr&#233;gation festive &#8212; bo&#238;tes de jeunes et bo&#238;tes de vieux). Le succ&#232;s de la Wii, pr&#233;sent&#233;e comme la console interg&#233;n&#233;rationnelle (la version vid&#233;o du &#171; 7 &#224; 77 ans &#187;), r&#233;ussit visiblement le pari d'att&#233;nuer les fronti&#232;res, jusqu'alors &#233;tanches entre les passionn&#233;s et les exclus dont les &#171; vieux &#187;, mais pas seulement (succ&#232;s aupr&#232;s des femmes &#8212; sc&#233;nario moins guerrier &#8212; et des &#171; intellos &#187; &#8212; pratique per&#231;ue comme moins coach potatoes&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Des tournois de tennis sont par exemple organis&#233;s avec, comme condition, (...)' id='nh3-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;). Au-del&#224; des sp&#233;cificit&#233;s d'&#226;ge, il y a donc tout ce qui rassemble. La presse jeunesse conna&#238;t le r&#244;le jou&#233; par les grands-m&#232;res dans l'abonnement &#224; une revue ludo-&#233;ducative. La litt&#233;rature de jeunesse surfe sur des personnages interg&#233;n&#233;rationnels par excellence tels que Babar (transmission et nostalgie &#224; l'&#339;uvre), et l'ensemble des m&#233;dias savent que les grands-parents d'aujour&#173;d'hui sont aussi des baby-sitters susceptibles d'&#234;tre des agents d'influence&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Une &#233;tude empirique que nous avions&#173; men&#233;e sur les strat&#233;gies de contr&#244;le (...)' id='nh3-10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la jeunesse est surtout le temps privil&#233;gi&#233; des amis et la maturit&#233; celui des relations de travail, la sociabilit&#233; des anciens se concentre sur les relations de parent&#233;, d'o&#249; leur attirance pour les m&#233;dias qui favorisent les &#233;changes interg&#233;n&#233;rationnels (comme le t&#233;l&#233;phone et le Net), pour tout ce qui les met en sc&#232;ne au milieu du cercle familial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand les seniors adorent&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La centralit&#233; et les fonctions des m&#233;dias varient et leurs positions dans l'univers m&#233;diatique des individus sont relatives&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. R&#233;seaux, n&#176; 119, op. cit. La radio, peu pr&#233;sente dans l'univers du petit (...)' id='nh3-11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Si le cin&#233;ma est clairement une pratique juv&#233;nile (car c'est le temps des sorties&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Relevons malgr&#233; tout le cas du film Piaf d'Olivier Dahon qui a attir&#233; en 2007 (...)' id='nh3-12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;), si le th&#233;&#226;tre correspond &#224; la culture cultiv&#233;e, tr&#232;s li&#233;e au dipl&#244;me (effet CSP), la t&#233;l&#233;vision est le m&#233;dia senior&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. O. Donnat, et F. Levy, &#171; Approche g&#233;n&#233;rationnelle des pratiques (...)' id='nh3-13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Les plus jeunes s'en d&#233;tachent, lui pr&#233;f&#233;rant le Net plus interactif (TV vue comme un m&#233;dium &#224; papa, passif, en circuit ferm&#233;), tandis que les plus de 50 ans demeurent de fervents t&#233;l&#233;spectateurs. &#192; leur &#226;ge, ils sont plus tourn&#233;s vers l'int&#233;rieur (retraite et temps disponible) et la TV, m&#233;dia de leurs jeunes ann&#233;es (explosion de la communication de masse), est d&#233;finitivement install&#233;e dans leurs m&#339;urs&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb3-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Ainsi la radio et la presse &#233;crite, m&#233;dias traditionnels, restent &#233;galement (...)' id='nh3-14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Chaque g&#233;n&#233;ration entretient ainsi une histoire d'amour avec un m&#233;dia de pr&#233;dilection, celui de son enfance (progr&#232;s technologique), celui qu'elle s'est appropri&#233; avec avidit&#233;. Les seniors restent fid&#232;les &#224; leur petit &#233;cran, celui-ci pouvant, d&#232;s lors, se permettre effectivement de faire d'eux une &#171; cible &#187; privil&#233;gi&#233;e. Pour que l'amour dure&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-1' id='nb3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;La presse pour la jeunesse, experte en cha&#238;nage propose des journaux pour les 3-5 ans, pour les 4-7 puis les 6-10, etc. La TV n'est pas en reste avec Baby TV ou Baby First, Tiji ou Piwi pour les tout-petits, T&#233;l&#233;toon ou Canal J pour les plus grands en passant par Plan&#232;te Junior pour les pr&#233;-ados&#8230; La radio se lance quant &#224; elle sur les tranches senior avec W. Leymergie sur Europe 1 (&#171; Viva quinquas &#187;), rejointe par la t&#233;l&#233;vision avec la toute nouvelle cha&#238;ne Vivolta de P. Gildas ou le Net avec Arthur (ma generation .com, portail destin&#233;s aux seniors).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-2' id='nb3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Ainsi que le pr&#233;cise le publicitaire J.-M. Dru : &#171; C'est un m&#233;tier qui associe les arts visuels, les m&#233;tiers du commerce et du marketing, mais aussi les sciences humaines, la sociologie, l'anthropologie&#8230; Tous les points de contact et de s&#233;duction qui existent entre une personne et une marque nous int&#233;resse. &#187; Cf. La Publicit&#233; autrement, Gallimard, 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-3' id='nb3-3' class='spip_note' title='Notes 3-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Cf. F. Serri&#232;re, Conqu&#233;rir le march&#233; des seniors, Village Mondial, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-4' id='nb3-4' class='spip_note' title='Notes 3-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Consulter sur le sujet le num&#233;ro de la revue R&#233;seaux, n&#176; 119, 2003, &#171; &#194;ges et usages des m&#233;dias &#187;, qui pr&#233;sente les diff&#233;rents usages selon l'avanc&#233;e en &#226;ge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-5' id='nb3-5' class='spip_note' title='Notes 3-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Cf. dans ce m&#234;me dossier l'article &#171; M&#233;dias et g&#233;n&#233;rations : l'&#233;mergence de la figure du senior &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-6' id='nb3-6' class='spip_note' title='Notes 3-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Quand ce n'est pas l'hospice ou la d&#233;pendance&#8230; Mais, pour &#234;tre honn&#234;te, le terme de retrait&#233;s est &#233;galement pr&#233;sent dans les r&#233;ponses. Cf. m&#233;moire de recherche sur l'&#226;ge subjectif de S. Couret r&#233;alis&#233; dans le cadre du master Communication et G&#233;n&#233;ration, Bordeaux, 2008.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-7' id='nb3-7' class='spip_note' title='Notes 3-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;F. Serri&#232;re, op.cit., d&#233;coupe la cible en quatre sous-cibles : les grands seniors (80 ans), les seniors (75), les jeunes seniors (65) et les babyboomers (60). En presse, Notre temps ou Pleine vie, lus par les 65-75, se positionnent pour les plus de 50 ans, et Vivre plus, qui cible les quinquas se d&#233;clare pour les jeunes seniors de 45 ans&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-8' id='nb3-8' class='spip_note' title='Notes 3-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Cf. Dechavanne (E.), Tavoillot (P.H.), Philosophie des &#226;ges de la vie, Grasset, 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-9' id='nb3-9' class='spip_note' title='Notes 3-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Des tournois de tennis sont par exemple organis&#233;s avec, comme condition, d'avoir au moins 10 ans d'&#233;cart avec son partenaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-10' id='nb3-10' class='spip_note' title='Notes 3-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Une &#233;tude empirique que nous avions&#173; men&#233;e sur les strat&#233;gies de contr&#244;le parentales nous a permis de constater la latitude que les enfants pouvaient prendre dans leur fr&#233;quentation m&#233;diatique (notamment par rapport &#224; la t&#233;l&#233;vision) chez &#171; papi et mamie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-11' id='nb3-11' class='spip_note' title='Notes 3-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Cf. R&#233;seaux, n&#176; 119, op. cit. La radio, peu pr&#233;sente dans l'univers du petit enfant, explose &#224; l'adolescence avec les stations jeunes&#8201; ; le portable est un moyen d'autonomisation pour les jeunes quand la t&#233;l&#233;vision peut &#234;tre un compagnon au cours d'une journ&#233;e solitaire pour une personne &#226;g&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-12' id='nb3-12' class='spip_note' title='Notes 3-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Relevons malgr&#233; tout le cas du film Piaf d'Olivier Dahon qui a attir&#233; en 2007 les &#171; tr&#232;s &#187; seniors au cin&#233;ma alimentant l'id&#233;e qu'il est peut-&#234;tre aussi question de contenus culturels peu enclins &#224; s&#233;duire un public &#226;g&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-13' id='nb3-13' class='spip_note' title='Notes 3-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Cf. O. Donnat, et F. Levy, &#171; Approche g&#233;n&#233;rationnelle des pratiques culturelles et m&#233;diatiques &#187;, in Culture et prospective, n&#176; 3, 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3-14' id='nb3-14' class='spip_note' title='Notes 3-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Ainsi la radio et la presse &#233;crite, m&#233;dias traditionnels, restent &#233;galement pr&#233;sents dans leurs univers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> les nouveaux m&#233;diavores</title>
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		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>Si les m&#233;dias ne savent pas toujours quoi faire de leurs vieux, les seniors consomment les m&#233;dias avec app&#233;tit mais discernement. Loin de l'image de la personne &#226;g&#233;e viss&#233;e &#224; son si&#232;ge et d&#233;vorant la t&#233;l&#233;vision. Les seniors repr&#233;sentent pour les m&#233;dias un public de choix puisqu'ils forment plus de 43&#8239;% de l'audience totale de la t&#233;l&#233;vision et plus de la moiti&#233; des lecteurs de la presse quotidienne, nationale ou r&#233;gionale. De m&#234;me, s'ils furent longtemps peu r&#233;ceptifs au cin&#233;ma, la nouvelle g&#233;n&#233;ration des plus (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-mediamorphoses,46-.html" rel="directory"&gt;M&#233;diaMorphoses&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton546-fe068.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Si les m&#233;dias ne savent pas toujours quoi faire de leurs vieux, les seniors consomment les m&#233;dias avec app&#233;tit mais discernement. Loin de l'image de la personne &#226;g&#233;e viss&#233;e &#224; son si&#232;ge et d&#233;vorant la t&#233;l&#233;vision.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les seniors repr&#233;sentent pour les m&#233;dias un public de choix puisqu'ils forment plus de 43&#8239;% de l'audience totale de la t&#233;l&#233;vision et plus de la moiti&#233; des lecteurs de la presse quotidienne, nationale ou r&#233;gionale. De m&#234;me, s'ils furent longtemps peu r&#233;ceptifs au cin&#233;ma, la nouvelle g&#233;n&#233;ration des plus de 50 ans forme d&#233;sormais un gros contingent de cin&#233;philes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cette r&#233;alit&#233; d&#233;mographique est mal appr&#233;hend&#233;e par des m&#233;dias toujours &#224; la recherche d'une image de jeunesse et de modernit&#233; oppos&#233;e &#224; celle d'un public aux cheveux gris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Surtout, les m&#233;dias et, plus largement, les d&#233;cideurs, envisagent les seniors comme une entit&#233; d&#233;sincarn&#233;e et uniforme. Or, comme les autres publics, les seniors sont de divers types. Certains seniors sont d'abord de gros consommateurs de radio et de t&#233;l&#233;vision. Arriv&#233;s &#224; la retraite, ils augmentent leur fr&#233;quentation du petit &#233;cran de plus de 30&#8239;%. Pour eux, les m&#233;dias sont une fa&#231;on d'&#234;tre reli&#233; au monde&#173;. Une fa&#231;on d'occuper le temps et l'espace, de cr&#233;er du lien, y compris au sein du couple. Mais les m&#233;dias leur permettent aussi de rester des citoyens conscients du monde.
Pour ceux qui sont en perte d'autonomie (physique, cognitive, &#233;conomique...), le m&#233;dia reste souvent la seule porte ouverte sur l'ext&#233;rieur et maintient une sorte de statut social. Les femmes seules de plus de 75 ans gardent leur poste allum&#233; plus de 9&#8239;heures pas jour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des jeunes seniors - de 50 &#224; 70 ans - qui incarnent une nouvelle fa&#231;on de vivre l'apr&#232;s-midi de la vie, le rapport aux m&#233;dias est assez diff&#233;rent. Ce sont des consommateurs de presse, d&#233;sireux de s'informer, d'exister par le truchement de la radio et de la t&#233;l&#233;vision. Ils refusent tout m&#233;dia ghetto, leur pr&#233;f&#233;rant des supports li&#233;s &#224; leurs centres d'int&#233;r&#234;t ou &#224; leur image sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reste qu'une incompr&#233;hension croissante peut se d&#233;velopper entre des seniors surinform&#233;s, pas dupes, et des m&#233;dias qu'une vision &#224; la fois archa&#239;que et simpliste conduit souvent &#224; vouloir opposer les g&#233;n&#233;rations. C'est tout l'enjeu de ce num&#233;ro de M&#233;diaMorphoses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'anti-tout, l'anti-Val</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/L-anti-tout-l-anti-Val,545.html</link>
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		<dc:subject>Focus</dc:subject>

		<description>Il a su se mettre &#224; dos tous les pouvoirs, tous les grincheux, tous les puissants en place ou en herbe... Sin&#233; a le go&#251;t du massacre, &#224; la tron&#231;onneuse plut&#244;t qu'au bistouri. Au grand dam de certains, pour ne pas dire de beaucoup. Salutaire et oxyg&#233;nant. Nous aimons. En feuilletant cette r&#233;trospective d'une vie de dessins, on prend conscience de l'empreinte que Sin&#233; a laiss&#233;e dans nos propres vies. Son trait si reconnaissable s'est &#233;panoui dans de multiples formes d'expression, m&#234;me s'il &#233;tait au d&#233;but (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L115xH150/arton545-55ff5.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='115' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:115px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Il a su se mettre &#224; dos tous les pouvoirs, tous les grincheux, tous les puissants en place ou en herbe... Sin&#233; a le go&#251;t du massacre, &#224; la tron&#231;onneuse plut&#244;t qu'au bistouri. Au grand dam de certains, pour ne pas dire de beaucoup. Salutaire et oxyg&#233;nant. Nous aimons.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En feuilletant cette r&#233;trospective d'une vie de dessins, on prend conscience de l'empreinte que Sin&#233; a laiss&#233;e dans nos propres vies. Son trait si reconnaissable s'est &#233;panoui dans de multiples formes d'expression, m&#234;me s'il &#233;tait au d&#233;but guid&#233; par des contraintes alimentaires : avant le dessin de presse et la caricature, il y eut la publicit&#233;, la mode, l'affichage, ou encore l'&#233;dition. Tous ceux qui sont n&#233;s &#224; la lecture au cours des ann&#233;es 1960 ou 1970 ont encore dans l'&#339;il sinon dans leur biblioth&#232;que ses couvertures r&#233;alis&#233;es pour &#171; Le Livre de poche &#187; ou pour &#171; Folio &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y eut aussi le Sin&#233; po&#232;te de la s&#233;rie des &#171; Chats &#187; ou le Sin&#233; paillard qui croquait dans Lui les obsessions sexuelles des classes moyennes en pleine &#233;mancipation : respectivement, &#171; Je ne pense qu'&#224; chat &#187; et &#171; Je ne pense qu'&#224; &#231;a &#187;, pour reprendre le titre de deux recueils jumeaux. Cette anthologie fait justement la part belle au satiriste et &#224; l'homme de presse : elle montre &#224; travers la succession des p&#233;riodes une fid&#233;lit&#233; sans faille &#224; des haines inextinguibles, une rage pol&#233;miste et d&#233;nonciatrice qu'aucun pouvoir, et s&#251;rement pas celui d'un r&#233;dacteur en chef, n'a jamais pu r&#233;duire. On se rappelle avec quel fracas Sin&#233; a ressurgi l'an dernier comme un diable de sa bo&#238;te, apr&#232;s une p&#233;riode de relatif effacement : chass&#233; de &lt;i&gt;Charlie-Hebdo&lt;/i&gt; pour un mauvais proc&#232;s en antis&#233;mitisme intent&#233; par Philippe Val, il cr&#233;a aussit&#244;t, &#224; pr&#232;s de 80 ans, &lt;i&gt;Sin&#233; Hebdo&lt;/i&gt;, qui se mit &#224; tailler des croupi&#232;res &#224; son confr&#232;re, emmenant avec lui une partie de sa r&#233;daction et une partie plus grande encore de ses lecteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas la premi&#232;re fois que Sin&#233; fut victime de la censure. Le br&#251;lot qu'il avait lanc&#233; en 1962, &lt;i&gt;Sin&#233; Massacre&lt;/i&gt;, o&#249; il l&#226;chait la bride &#224; sa rage anti-flics, anti-cur&#233;s, anti-arm&#233;e, anti-tout, collectionna les proc&#232;s de la part du pouvoir gaulliste. Plus tard, &lt;i&gt;L'Enrag&#233;&lt;/i&gt; (anagramme de G&#233;n&#233;ral&#8201; !), publi&#233; en mai 1968, et qui fit d&#233;buter dans le dessin politique Cabu, Willem, G&#233;b&#233;, Reiser et bien d'autres, connut les m&#234;mes avanies. Et ce n'est pas non plus la premi&#232;re fois que Sin&#233; rompait avec les amis d'hier : Fran&#231;oise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber firent, en 1962, les frais de son intransigeance, alors qu'ils l'avaient accueilli, non sans courage, dans les colonnes de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; anticolonialiste de 1958, pour la fameuse s&#233;rie des &#171; parachutistes &#187;. M&#234;me Coluche en prit pour son grade en 1981, apr&#232;s avoir renonc&#233; &#224; sa candidature canular &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique. Alors Philippe Val, vous pensez... &lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Sin&#233;. 60 ans de dessins &#187;, texte de Fran&#231;ois Forcadet, avec une pr&#233;face de Guy Bedos, Ho&#235;beke, 192 p., 30 euros&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> &#171; D&#233;sormais, tout le monde est journaliste de quelque chose &#187;</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Desormais-tout-le-monde-est,544.html</link>
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		<dc:date>2009-09-08T11:43:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Grand entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Michaud</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>

		<description>Philosophe &#171; empiriste &#187;, fondateur de l'Universit&#233; de tous les savoirs, invit&#233; &#224; &#171; L'Esprit public &#187; sur France Culture et blogueur impertinent, Yves Michaud est un pourfendeur du politiquement correct. Ce qui, &#233;videmment, d&#233;range. Quel est votre usage quotidien des m&#233;dias&#8201; ? Il est assez fourni&#8201; ! Tout d'abord, Internet. Je suis abonn&#233; &#224; plusieurs sites que je consulte chaque jour : Le Figaro, Le Parisien, Lib&#233;ration, Le Monde. Je m'int&#233;resse aussi aux sites g&#233;n&#233;ralistes surtout Yahoo&#8201; !, CNN, bien s&#251;r, (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-en-une,63-+.html" rel="tag"&gt;en UNE&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton544-f07e6.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Philosophe &#171; empiriste &#187;, fondateur de l'Universit&#233; de tous les savoirs, invit&#233; &#224; &#171; L'Esprit public &#187; sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; et blogueur impertinent, Yves Michaud est un pourfendeur du politiquement correct. Ce qui, &#233;videmment, d&#233;range.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est votre usage quotidien des m&#233;dias&#8201; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est assez fourni&#8201; ! Tout d'abord, Internet. Je suis abonn&#233; &#224; plusieurs sites que je consulte chaque jour : &lt;i&gt;Le Figaro, Le Parisien, Lib&#233;ration, Le Monde&lt;/i&gt;. Je m'int&#233;resse aussi aux sites g&#233;n&#233;ralistes surtout Yahoo&#8201; !, &lt;i&gt;CNN&lt;/i&gt;, bien s&#251;r, et puis la presse &#233;trang&#232;re, notamment espagnole&#8230; Je suis aussi abonn&#233; au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et au &lt;i&gt;Herald Tribune&lt;/i&gt;, dans leur version papier. J'ai, au petit d&#233;jeuner, un second rendez-vous, cette fois avec les radios, notamment &lt;i&gt;RTL&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;France Inter, Europe 1&lt;/i&gt; que j'&#233;coute plus d'une heure. Je ne lis pas de magazines. Ils feraient doublon avec la masse d'informations que je consulte en ligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes donc un zappeur du Net&#8201; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, parce que je persiste &#224; penser que la version papier des journaux est beaucoup plus int&#233;ressante que leur production num&#233;rique. La mise en page joue un r&#244;le capital dans l'int&#233;r&#234;t de la lecture et son confort. Les petits entrefilets, les news dans les colonnes ou en bas de pages m'int&#233;ressent plus que les grands articles. Or, sur Internet, on ne les voit pas. Comme je m'int&#233;resse beaucoup aux ph&#233;nom&#232;nes de soci&#233;t&#233;, les petits faits me passionnent et je ne les rep&#232;re pas sur la Toile. On lit mieux et plus vite sur l'imprim&#233; car la maquette favorise la hi&#233;rarchie des informations. Il existe deux types d'utilisation sur Internet : un usage en continu, et un usage ramifi&#233;, en partant d'une info pour aboutir &#224; une autre qu'on n'aurait pas forc&#233;ment cherch&#233;e. Mon rapport au papier est bizarrement plus efficace et plus ludique. Rien ne remplace la lecture du &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt; au bistrot d'en bas autour d'un bon caf&#233;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la t&#233;l&#233;&#8201; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'aime pas du tout la t&#233;l&#233;vision, et depuis tr&#232;s longtemps. Je suis toujours &#233;tonn&#233; quand je discute avec mes amis invit&#233;s de l'&#233;mission &#171; L'Esprit public &#187; &#224; laquelle je participe chaque semaine sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;. Max Gallo dit qu'il regarde la t&#233;l&#233; le soir. Peut-&#234;tre parce qu'il y passe beaucoup&#8201; ! Moi, je ne vais pas autant que lui sur les plateaux&#8201; ! Le traitement de l'information au petit &#233;cran est tr&#232;s mauvais, mal &#233;dit&#233;, avec une pond&#233;ration des &#233;v&#233;nements totalement &#171; loufoque &#187;. Cela dit, je reste curieux. Il m'arrive donc de la regarder, au second degr&#233;, pour sonder l'&#233;tat de l'opinion publique. Je pense que la t&#233;l&#233; ressemble &#224; un bain d'eau ti&#232;de. On est loin du m&#233;dium choc que peut &#234;tre Internet, o&#249; les nouvelles d&#233;ferlent &#224; une vitesse vertigineuse. M&#234;me lors de l'attentat du 11-Septembre, j'ai &#233;t&#233; frapp&#233; de voir comment toutes les t&#233;l&#233;s passaient en continu les tours qui br&#251;laient, transformant l'&#233;v&#233;nement en quelque chose de presque banal. Avec ce ph&#233;nom&#232;ne de boucle, la puissance de l'image d'actualit&#233; finit par se dissoudre dans la t&#233;l&#233;vision. Il n'y a plus de mise en perspective, de distance. La relation de l'actualit&#233; en g&#233;n&#233;ral, les reportages, les magazines ne proc&#232;dent pas autrement. M&#234;me la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; utilise ce fond de sauce. Tout cela n'a aucun int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En fait, c'est l'information qui vous int&#233;resse&#8201; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'information et, surtout, la connaissance qu'elle peut apporter. Elle ne m'int&#233;resse pas pour me tenir au courant mais pour alimenter la r&#233;flexion. D'ailleurs, je d&#233;coupe beaucoup dans les journaux. Je classe les coupures, consid&#233;rant qu'elles m'apportent une nourriture intellectuelle substantielle pour mon travail. Je reconnais que c'est une utilisation un peu d&#233;cal&#233;e. Je me fais mes propres revues de presse sur des sujets qui concernent mon travail : le tourisme, les arts visuels, le dopage, les drogues, la politique internationale&#8230; J'ai amass&#233; des dossiers de presse depuis au moins quinze ans. &#201;tant un philosophe empiriste, comme on dit, la r&#233;flexion la plus abstraite est pour moi absolument indissociable du fait divers. Hegel affirmait que la lecture des journaux est la pri&#232;re du matin du philosophe. L'int&#233;r&#234;t de cette source est capital, &#224; condition de recouper, de faire des recherches, de lire attentivement. Pas en diagonale.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_885 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/_MG_1642_HD.jpg&quot; title='photos : Bruno L&#233;vy' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/_MG_1642_HD-6133f-6ac07.jpg' width='216' height='324' alt='photos : Bruno L&#233;vy' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-885 spip_doc_titre' style='width:216px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Bruno L&#233;vy&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Quand on ne sait plus quoi faire d'un journaliste, on lui confie un &#233;dito par semaine. C'est l'&#233;dito placard ! &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous de l'utilisation de cette information en g&#233;n&#233;ral&#8201; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Premier constat qui est presque une banalit&#233; : en quelques ann&#233;es, l'offre elle-m&#234;me, sa pluralit&#233; et sa densit&#233; sont devenues fabuleuses. Avec deux cons&#233;quences passionnantes. D'une part, on est litt&#233;ralement submerg&#233; par un flux entrant, parfois de qualit&#233;, parfois sans valeur. Sur le march&#233;, il y a &#224; peu pr&#232;s tout et n'importe quoi. Il est extr&#234;mement difficile de s'y retrouver, de faire un tri intelligible et de hi&#233;rarchiser. Mais, dans le m&#234;me temps, nous avons tout de m&#234;me la possibilit&#233; de choisir nos sources et de s&#233;lectionner. Cela demande beaucoup de disponibilit&#233; d'esprit et un certain entra&#238;nement, qui ne sont pas forc&#233;ment &#224; la port&#233;e de tout le monde. &#192; cet &#233;gard, la quantit&#233; d'infos n'est pas forc&#233;ment un crit&#232;re de d&#233;mocratisation, car sa compr&#233;hension, sa mise en perspective, sa signification sont r&#233;serv&#233;es &#224; une &#233;lite intellectuelle. Je ne critique pas cette pluralit&#233;, mais plut&#244;t le mauvais usage que l'on en fait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'autre ph&#233;nom&#232;ne, que je d&#233;plore, est que le m&#233;tier de journaliste s'est totalement transform&#233;. De plus en plus, l'activit&#233; du journaliste est celle d'un cadre d'agence de presse. Le journalisme d'investigation a malheureusement disparu. Celui-ci supposait la v&#233;rification des sources et leur confrontation. De m&#234;me, la fonction d'&#233;ditorialiste, qui est logiquement le r&#234;ve et l'aboutissement d'une carri&#232;re, est aujourd'hui victime d'une concurrence sauvage. N'importe quel blogueur se pose en &#233;ditorialiste. Le principe de s&#233;lection des bons &#233;ditorialistes ayant disparu, leur pouvoir s'est affaibli. Dans une r&#233;daction, quand on ne sait plus quoi faire d'un journaliste, on lui confie un &#233;dito par semaine. C'est l'&#233;dito placard&#8201; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le flux d'informations a fait du journaliste un trieur de nouvelles, au mieux un metteur en sc&#232;ne de d&#233;p&#234;ches. Cette mutation correspond &#224; l'&#233;volution de nos soci&#233;t&#233;s, qui sont devenues r&#233;flexives en prenant conscience, 24 heures sur 24, de ce qui se passe en elles. Tout le monde, et plus seulement la presse, participe &#224; cette r&#233;flexivit&#233;. C'est la grande diff&#233;rence par rapport au si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent, o&#249; la r&#233;flexivit&#233; &#233;manait de quelques grands intellectuels, dans le cas fran&#231;ais&#8201; ; ou de grands journalistes, outre-Atlantique&#173;. D&#233;sormais, tout le monde est journaliste de quelque chose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on dire que vous &#234;tes un intellectuel m&#233;diatique&#8201; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, je ne me d&#233;finirais pas comme cela. D'autres rel&#232;vent davantage de ce cas : au sommet, vous avez Bernard-Henri L&#233;vy, Finkielkraut, Ferry, Comte-Sponville&#8230; Je me suis fait conna&#238;tre par l'Universit&#233; de tous les savoirs que j'ai cr&#233;&#233;e&#8201;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb4-1' class='spip_note' rel='footnote' title='L'Universit&#233; de tous les savoirs (UTLS), a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 2000 &#224; l'initiative de (...)' id='nh4-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; et puis par l'&#233;mission de &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;, &#171; L'Esprit public &#187;. Je n'ai pas cherch&#233; &#224; devenir m&#233;diatique, encore moins &#224; exploiter le filon. Je n'y mets aucune r&#233;ticence, mais je tiens &#224; mon &#233;quilibre de vie. Quand Philippe Meyer m'a invit&#233; &#224; &#171; L'Es&#173;prit public &#187;, je ne savais pas de quoi il retournait car je n'avais jamais &#233;cout&#233; l'&#233;mission. J'y suis rest&#233;, en tant qu'invit&#233;, car cet espace de discussion me pla&#238;t. Mais je n'ai aucun plan de carri&#232;re m&#233;dia.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je vais parfois dans l'&#233;mission &#171; Ce soir ou jamais &#187;, que j'appr&#233;cie par son ton et sa libert&#233; de parole. Chez Tadd&#233;&#239;, c'est assez relax, et &#231;a me pla&#238;t&#8201; ! On choisit de parler longuement si on le souhaite ou de se taire. Mais il y a des endroits o&#249; je ne souhaite pas aller : je demande, par exemple, qu'on n'envoie pas mes livres chez Ardisson. La t&#233;l&#233;vision privil&#233;gie une parole beaucoup trop rapide, il est impossible d'y d&#233;velopper une id&#233;e, de s'&#233;couter entre participants. Tout le monde se bat pour passer sur le petit &#233;cran et ensuite se bat pour d&#233;fendre sa place. Je ne fais pas partie des pros format&#233;s pour cela. Mon fonctionnement est plus &#171; pensif &#187;. Et je n'aime pas les &#233;missions &#171; sc&#233;naris&#233;es &#187;. En revanche, quand la parole est libre, &#224; l'exemple de ce qu'on fait &#224; &#171; L'Esprit public &#187;, cela me convient. &#192; de rares exceptions, la t&#233;l&#233;vision n'est plus faite pour la conversation. Elle l'&#233;tait il y a trente ou quarante ans, sous Pierre Desgraupes. Vous vous souvenez de &#171; Lecture pour tous &#187;&#8201; ? Il n'y a plus aujourd'hui de v&#233;ritable int&#233;r&#234;t pour l'&#233;change.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui vous a d&#233;cid&#233; alors &#224; tenir un blog &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&#8201; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'avais envie d'intervenir sur un certain nombre de sujets que je trouvais abord&#233;s de fa&#231;on insatisfaisante. Par ailleurs, j'&#233;tais mal &#224; l'aise avec les rubriques &#171; Rebonds &#187; et &#171; Id&#233;es &#187;, dans lesquelles j'ai parfois publi&#233; des articles, mais qui sont horriblement satur&#233;es. Donc soumises &#224; des contraintes d'espace extr&#234;mement strictes. Et, &#224; mon avis, elles d&#233;pendent trop de l'actualit&#233;. &#192; travers le blog, je voulais avoir la possibilit&#233; de m'exprimer de fa&#231;on un peu d&#233;cal&#233;e. Je le sors quand je veux et sur ce que je veux. Ce qui permet d'&#233;chapper au &#171; temps r&#233;el &#187;, de fuir la dictature de la place et de l'actualit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous g&#233;rez aussi les commentaires&#8201; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me suis aper&#231;u qu'il y a dans ce pays trois cents &#224; quatre cents sauvages, tous plus ou moins f&#234;l&#233;s &#8212; dont la moiti&#233; est, &#224; mon avis, alcoolique &#8212; qui pourrissent tout entre 23 heures et 1 heure du matin. Ils passent leur temps &#224; relever tous les blogs et ce sont toujours les m&#234;mes qui interviennent. Mes coll&#232;gues ont fait le m&#234;me constat. Cela dit, l'exp&#233;rience des commentaires est tr&#232;s int&#233;ressante parce qu'elle est tr&#232;s tr&#232;s violente pour l'auteur du blog. Le journaliste, lui, n'est pas expos&#233; &#224; cette violence. Il re&#231;oit des courriers de protestation, il y a un m&#233;diateur, des droits de r&#233;ponse : tout cela reste feutr&#233;. Le post d'un blog est direct. J'ai, &#224; cet &#233;gard, &#233;t&#233; sid&#233;r&#233; de l'&#233;tat moyen de la magistrature fran&#231;aise &#224; la suite de ce que j'ai &#233;crit sur le juge Burgaud. J'ai re&#231;u des insultes, des menaces &#233;manant de gens qui s'exprimaient depuis justice.gouv.fr, d&#233;montrant ainsi &#224; quel point ils se croient au-dessus des lois. Vous rendez-vous compte&#8201; ? Des personnes qui &#233;crivent des menaces sur des mails officiels&#8201; ! Ensuite, j'ai &#233;crit plusieurs posts au titre &#233;vocateur : &#171; Un suicide dans les r&#232;gles &#187;, r&#233;action &#224; celui d'une enseignante de Brest, qui s'&#233;tait vu refuser sa titularisation, ce qui est tr&#232;s rare et tr&#232;s grave, en expliquant que le comportement de l'universit&#233; &#233;tait pour quelque chose dans ce suicide. J'ai &#233;t&#233; poursuivi par le pr&#233;sident de l'universit&#233; de Brest et tr&#232;s lourdement condamn&#233;. Pas &#224; la suite du blog dont les longues et minutieuses consid&#233;rations laissaient peu de prise &#224; l'accusation de diffamation, mais pour ce que j'avais dit &#224; &#171; L'Esprit public &#187; et qui a &#233;t&#233; monstrueusement tronqu&#233; &#224; la transcription. J'ai fait appel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous croyez la libert&#233; d'expression menac&#233;e en France&#8201; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a de gros risques, oui, parce que la tendance est de recourir illico &#224; la justice. Et les juges se saisissent de tout &#8212; y compris des sujets sur lesquels ils devraient se d&#233;clarer incomp&#233;tents&#8230; Aux &#201;tats-Unis par exemple, le cas aurait &#233;t&#233; r&#233;gl&#233; de mani&#232;re beaucoup plus simple : les organisations professionnelles de profs se seraient saisies de l'affaire, en dehors du domaine juridique, pour r&#233;gler la question directement avec l'universit&#233; de Brest au plan de la d&#233;ontologie qui avait &#233;t&#233; scandaleusement viol&#233;e. Nous, nous n'avons pas, en France, ces organismes et ces pratiques d&#233;ontologiques. J'ai assist&#233;, outre-Atlantique, &#224; des congr&#232;s d'associations professionnelles de philosophes ou d'enseignants am&#233;ricains, qui peuvent rassembler jusqu'&#224; dix mille personnes. C'est une puissance colossale dont nous n'avons gu&#232;re l'&#233;quivalent. Aux &#201;tats-Unis, le pr&#233;sident de l'universit&#233; de Brest aurait d&#251; d&#233;missionner sous la pression des organisations professionnelles choqu&#233;es des mauvaises pratiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous sentez donc monter une certaine forme de judiciarisation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#233;vident, et je suis extr&#234;mement inquiet. Pas seulement &#224; cause de mon cas. Je constate qu'aujourd'hui toute une s&#233;rie de sujets qui relevaient soit d'instances professionnelles, soit de la d&#233;ontologie ou du d&#233;bat &#233;thique et moral, se sont transform&#233;s en chicaneries judiciaires. Maintenant, la morale est devenue ce que disent les juges. Plus de controverses possibles en dehors des pr&#233;toires&#8201; ! Cette inqui&#233;tude est partag&#233;e par certains membres de l'institution, jusqu'au sein du jury du concours d'entr&#233;e &#224; l'&#233;cole de la magistrature : 30&#8201;% des juges sont, je ne dirais pas corrompus, mais influen&#231;ables&#8201; ; 30&#8201;% sont peu comp&#233;tents et, de toute mani&#232;re, tous sont perdus dans la jungle r&#233;glementaire. Quand je dis qu'ils sont influen&#231;ables, il ne s'agit pas de corruption &#224; la mexicaine, mais de r&#233;seaux type Rotary, de notabilit&#233;s provinciales, de bourgeoisie locale ou de franc-ma&#231;onnerie. Il faut voir comment fonctionnent les tribunaux de commerce de province&#8201; ! Et puis, les proc&#233;dures sont tellement complexes qu'on n'y comprend plus rien. Il faut vraiment &#234;tre du s&#233;rail pour voir o&#249; sont les malversations et les infractions. Raconter n'importe quoi et porter n'importe quelle accusation est donc tr&#232;s facile. Voyez la proc&#233;dure contre les commissaires de l'exposition &#171; Pr&#233;sum&#233;s innocents &#187; &#224; Bordeaux en 2000 sous pr&#233;texte que de chastes bambins auraient pu (je dis bien auraient pu&#8201; !) voir des &#339;uvres obsc&#232;nes&#8201; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez que les m&#233;dias ne font pas leur travail&#8201; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le reproche que je leur ferais est, par correction politique, de ne pas prendre assez au s&#233;rieux les dangers qui se pr&#233;sentent. En France, on est beaucoup trop prisonnier &#8212; c'est &#233;galement vrai dans d'autres pays &#8212; de l'id&#233;e que la justice est, par principe, par d&#233;finition m&#234;me, impartiale. On pouvait d&#233;j&#224; avoir quelques doutes avec l'affaire d'Outreau, mais c'est vite retomb&#233;. Les m&#233;dias devraient davantage suivre et rendre compte des dysfonctionnements de la justice. Mais comme la presse se consid&#232;re comme le quatri&#232;me pouvoir et voit les juges comme le troisi&#232;me, elle ne veut pas remettre son semblable en cause&#8201; ! Je ne suis pas favorable &#224; l'ind&#233;pendance de la magistrature sous la forme qu'elle a prise en France. J'estime que son contr&#244;le citoyen est extr&#234;mement d&#233;ficient, notamment &#224; travers le fonctionnement du Conseil sup&#233;rieur de la magistrature. Si vous lisez les recueils de d&#233;cisions du CSM, il y a de quoi vous faire dresser les cheveux sur la t&#234;te&#8201; ! Voil&#224; deux ou trois ans, ils ont radi&#233; une juge qui ne payait pas ses fournisseurs depuis des ann&#233;es et qui, par ailleurs, les mena&#231;aient de poursuites. &lt;i&gt;Le Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; a r&#233;v&#233;l&#233; une autre affaire : un des juges qui a particip&#233; de pr&#232;s au scandale d'Outreau avait, quelques ann&#233;es auparavant, &#233;t&#233; &#171; promu &#187; d'une ville fran&#231;aise &#224; la Martinique, avec l'augmentation de salaire d'outre-mer &#8212; quelle sanction&#8201; ! &#8212; pour vols r&#233;p&#233;t&#233;s dans les grandes surfaces. Apr&#232;s une ann&#233;e de blanchiment &#224; la Martinique &#8212; ce qui est assez dr&#244;le &#8212;, il avait &#233;t&#233; rapatri&#233; &#224; Boulogne. On croit r&#234;ver&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous de la loi Hadopi&#8201; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 2000, quand l'Universit&#233; de tous les savoirs a commenc&#233;, j'ai re&#231;u de nombreuses propositions pour acheter les conf&#233;rences, les archives, etc. Je suivais cela de pr&#232;s, &#224; l'&#233;poque, parce qu'il y avait beaucoup de projets commerciaux un peu partout dans le monde : des investisseurs anglais et am&#233;ricains voulaient lancer de grands sites payants de formation et de diffusion du savoir. Et puis il y a eu l'&#233;clatement de la bulle Internet. On s'est alors aper&#231;u que le savoir n'&#233;tait pas vendable, faute de mod&#232;le &#233;conomique. Comme si personne ne voulait payer pour enrichir ses connaissances sur le Net&#8201; ! Dans le principe, je suis pour le libre acc&#232;s au savoir. L'int&#233;gralit&#233; du contenu de l'Universit&#233; de tous les savoirs est en cons&#233;quence aujourd'hui librement disponible sur la Toile. Mais cela ne signifie pas que je sois pour le tout-gratuit. Le culte de la gratuit&#233; est plus qu'ambigu. La culture qui est t&#233;l&#233;charg&#233;e ill&#233;galement, c'est de la culture purement commerciale : des chansons, des films. La France est un peu plus perverse que d'autres pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les d&#233;penses des m&#233;nages pour la culture repr&#233;sentent environ 70 milliards d'euros, avec en gros 50&#8201;% pour les &#233;quipements (les &#171; tuyaux &#187;) et 50&#8201;% pour les contenus. Dans la bataille du payant et de la gratuit&#233;, la question essentielle est de savoir o&#249; passe l'argent. Chez les producteurs de contenus ou chez les propri&#233;taires des tuyaux&#8201; ? Je constate que les vendeurs d'&#233;quipements, de &#171; tuyaux &#187; se sont appropri&#233; l'essentiel des revenus. Ce qui me plaisait dans la loi Hadopi, c'est qu'elle disait aux vendeurs de tuyaux : &#171; &lt;i&gt;Vous contr&#244;lez tout et c'est vous qui en profitez. Vous connaissez tr&#232;s bien notre consommation, notre circulation. Il y a des compteurs partout.&lt;/i&gt; &#187; Qu'ils ne viennent pas pr&#233;tendre qu'ils ne peuvent pas le faire, que c'est trop compliqu&#233;, trop co&#251;teux ou que sais-je&#8201; ?&#8230; Je suis donc favorable &#224; la loi Hadopi, car elle concerne les contenus commerciaux de la culture, pas le savoir ni la culture raffin&#233;e que personne ne cherche &#224; voler et que, de toute mani&#232;re, on trouve d&#233;j&#224; gratuitement. En revanche, la culture commerciale, les gens n'ont qu'&#224; l'acheter. Et comme ce sont les vendeurs de tuyaux qui en profitent, que pirates et &#171; plombiers &#187; se d&#233;brouillent entre eux&#8201; ! J'ajoute que, comme je suis plut&#244;t favorable aux proc&#233;dures qui &#233;vitent les exc&#232;s de judiciarisation, je trouvais plut&#244;t bien d'en confier la r&#233;glementation aux fournisseurs d'acc&#232;s. Les juges, je m'en m&#233;fie comme de la peste. Tels que je les connais, ils vont se demander si le film t&#233;l&#233;charg&#233; est un film de cul, un film de cul intellectuel ou un film de cul d'avant-garde. Ils vont donc se m&#234;ler des contenus et nous faire la morale. Encore une fois, la culture commerciale doit s'acheter et qu'on n'aille pas pleurnicher que la culture libre et gratuite est mise en danger par cette loi sc&#233;l&#233;rate : la vraie culture de qualit&#233; est d'ores et d&#233;j&#224; libre et gratuite, seulement les gens ne se pressent pas pour la t&#233;l&#233;charger, ils pr&#233;f&#232;rent pirater le dernier film de Clavier. D'ailleurs, un des p&#232;res de Hadopi, c'est Olivennes qui, comme directeur de la Fnac, vendait du contenu commercial (et un peu de tuyauterie aussi&#8230;) et se d&#233;solait de se voir vol&#233; par les plombiers et les pirates&#8230;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_884 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/_MG_2419_HD.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/_MG_2419_HD-5d060-97b5d.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Lors de l'attentat du 11 septembre, toutes les t&#233;l&#233;s passaient en continu les tours qui br&#251;laient, transformant l'&#233;v&#233;nement en quelque chose de presque banal. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En somme, vous &#234;tes contre la reconnaissance du droit &#224; l'Internet comme droit de l'homme&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un point de fond. Si on se met &#224; multiplier des &#171; droits de l'homme &#187;, on entre dans ce que j'appelle la &#171; prolif&#233;ration des guichets &#187;. Au lieu d'avoir des droits nettement d&#233;finis de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on va cr&#233;er, pourquoi pas, un droit opposable &#224; avoir des enfants, &#224; aller sur la Lune, &#224; avoir un orgasme hebdomadaire et ouvrir des guichets en fonction de toutes les diff&#233;rences. Pourquoi pas un droit &#224; la Xbox ou aux pantoufles chauffantes et &#224; la petite plage tranquille pour tout le monde&#8201; ? Cette inflation me choque. C'est la raison pour laquelle j'ai trouv&#233; que la d&#233;cision du Conseil constitutionnel &#233;tait effarante. Si Internet est vraiment un droit de l'homme, soyons logique : qu'on l'installe gratuitement, que le c&#226;blage soit automatique et universel et qu'il n'y ait plus de fournisseurs d'acc&#232;s payant. Ce sera le retour aux ann&#233;es 1970, quand la France n'avait pas de t&#233;l&#233;phone. On pourra m&#234;me ajouter des contenus d'&#201;tat pour tout le monde&#8201; ! Si Internet est un droit de l'homme, il faut aller jusqu'au bout de la logique et que tout soit gratuit. Mais &#224; ce moment-l&#224;, qui paie&#8201; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes un expert de la violence, que pensez-vous de l'inflation du fait divers, dans la presse &#233;crite comme &#224; la t&#233;l&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les m&#233;dias en vivent. Un journal sans faits divers est un journal triste. Et la violence est r&#233;currente. En r&#233;gion parisienne, il y en a beaucoup. Normalement, elle revient avec les beaux jours. Quand la temp&#233;rature monte, la violence monte. Quand le degr&#233; d'&#233;lectricit&#233; monte, elle s'allume. Dans les banlieues comme dans les prisons. &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt; couvre bien ces probl&#232;mes, notamment dans ses rubriques locales. Son traitement n'est ni pathologique ni hyst&#233;rique. &#192; la t&#233;l&#233;, c'est diff&#233;rent. Elle s'adresse &#224; un public plus large et plus passif. Je serai s&#233;v&#232;re &#224; son &#233;gard car elle monte la violence en &#233;pingle. Il y a une chose que j'aimerais dire mais que personne ne veut jamais entendre : les m&#233;dias ne montrent jamais la vraie violence parce qu'ils ne le peuvent pas. La vraie violence est tellement pornographique qu'elle n'est pas montrable. Sur ce point, il y aurait un vrai travail &#224; faire pour essayer de sugg&#233;rer &#224; quel point la violence est pire que l'image qu'on peut en donner. Prenons un exemple, que je tiens d'un des conseils de &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt; : la photo du pr&#233;fet &#201;rignac baignant dans son sang &#224; Ajaccio avait &#233;t&#233; retouch&#233;e par Photoshop sur la demande de Th&#233;rond, parce que la flaque de sang &#233;tait trop grande et que c'&#233;tait vraiment d&#233;gueulasse. La publication de cette photo a valu &#224; &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt; un proc&#232;s de la famille &#201;rignac souhaitant prot&#233;ger la dignit&#233; du d&#233;funt. Le cocasse, c'est que le magazine s'est d&#233;fendu au nom du droit &#224; l'information, mais pour une photo qui avait &#233;t&#233; truqu&#233;e. Les vraies photos de violence, je les connais, elles sont insupportables et on ne peut pas les produire. M&#234;me les unes sur la violence sont esth&#233;tis&#233;es. D'une certaine mani&#232;re, on laisse ainsi croire, notamment aux jeunes, que la violence est sans cons&#233;quences. Or, les gens qui l'ont vraiment connue n'en sortent jamais indemnes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon vous, les m&#233;dias sont-ils moins libres qu'auparavant&#8201; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Je crois que les m&#233;dias sont ind&#233;pendants par la force des choses, autrement dit, de la concurrence. Quand une info ne sort pas, c'est d'abord parce que les journalistes ne savent pas, ou qu'ils n'ont pas les moyens d'investigation. Vous entendez dire : &#171; &lt;i&gt;On nous cache quelque chose sur le vol Air France 447&lt;/i&gt; &#187;, ce n'est pas vrai. La v&#233;rit&#233;, c'est qu'on ne sait rien ou trois fois rien et qu'on en reste &#224; des conjectures. M&#234;me chose &#224; propos de la Cor&#233;e du Nord ou de l'Iran. Impossible de savoir ce qu'il s'y passe, et ce n'est pas la peine d'envoyer un journaliste qui n'y trouvera qu'une peine de prison ou de travaux forc&#233;s&#8201; ! Compte tenu de la mar&#233;e d'informations quotidienne et de la multiplication des sources d'informations, je ne crois pas au contr&#244;le de l'information. En revanche, le reproche que je fais aux m&#233;dias est d'&#234;tre un peu gr&#233;gaires, en termes de d&#233;ontologie professionnelle, d'embo&#238;ter le pas aux id&#233;es en vogue, de ne pas faire assez preuve d'originalit&#233; et d'esprit critique. Alors qu'ils le pourraient tr&#232;s bien et seraient soutenus. Il existe une sorte de conformisme ambiant, qu'on appelle correction politique, morale, qu'en fait personne n'exige. Ce sont des &#233;pid&#233;mies d'id&#233;es, elles sont moins virulentes dans la presse &#233;trang&#232;re. Du coup, on tombe dans la consanguinit&#233; fran&#231;aise, le petit monde parisien, les chapelles.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_883 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/michaud-300.jpg&quot; title='&#171; Qu'est-ce que le m&#233;rite ? &#187;, Yves Michaud, Bourin &#233;diteur, ao&#251;t 2009.' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L211xH324/michaud-300-eb87e-b491c.jpg' width='211' height='324' alt='&#171; Qu'est-ce que le m&#233;rite ? &#187;, Yves Michaud, Bourin &#233;diteur, ao&#251;t 2009.' style='height:324px;width:211px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-883 spip_doc_titre' style='width:211px;'&gt;&lt;strong&gt;&#171; Qu'est-ce que le m&#233;rite ? &#187;, Yves Michaud, Bourin &#233;diteur, ao&#251;t 2009.&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les m&#233;dias ne montrent jamais la vraie violence. Elle est tellement pornographique qu'elle n'est pas montrable. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous critiquez le microcosme journalistique qui tourne sur lui-m&#234;me.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce ne sont pas des effets de pouvoir comme d&#233;noncent les gauchistes de salon, mais tout b&#234;tement des r&#233;seaux bourgeois, d'&#233;lites et de corporation&#8230; Un indice, par exemple. L'ann&#233;e derni&#232;re, on m'avait invit&#233; &#224; la table ronde des conclusions des Assises du journalisme, &#224; Lille. Je suis tomb&#233; &#224; la renverse en apprenant que c'&#233;tait la premi&#232;re fois qu'une telle rencontre &#233;tait organis&#233;e. J'ai beaucoup fr&#233;quent&#233; les conf&#233;rences professionnelles aux &#201;tats-Unis, et je ne con&#231;ois pas qu'une activit&#233; comme le journalisme n'ait pas, depuis tr&#232;s longtemps, un rendez-vous r&#233;gulier o&#249; toute la profession vient &#233;voquer ses probl&#232;mes. Qu'il n'y ait pas de r&#233;flexion collective syst&#233;matis&#233;e, organis&#233;e, annualis&#233;e avec des instances qui s'en occupent, est le principal reproche que je ferais aux m&#233;dias fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous semble-t-il qu'ils influencent la sph&#232;re politique&#8201; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, bien s&#251;r. On en revient &#224; cette id&#233;e de soci&#233;t&#233; r&#233;flexive dont je vous ai parl&#233;. La soci&#233;t&#233; s'autoanalyse continuellement, que ce soit chez Delarue ou au Coll&#232;ge de France. Si vous passez chez Mireille Dumas ou chez Delarue, vous avez toujours une victime, un avocat, un hyst&#233;rique, un assassin, un philosophe et trois psys. Tout le monde parle au m&#234;me titre, c'est le prototype de la soci&#233;t&#233; de r&#233;flexivit&#233;. C'est-&#224;-dire que tout le monde refl&#232;te le fonctionnement de la soci&#233;t&#233;. Un reflet y est plus diffus&#233; que les autres, c'est, bien s&#251;r, celui des m&#233;dias. Il est &#233;vident que les gens sont plus sensibles &#224; tout ce qui passe par les m&#233;dias. Quelquefois, en se trompant compl&#232;tement sur les priorit&#233;s. Ce qui fait d&#233;bat dans la presse para&#238;t plus important au politique que tout autre sujet de soci&#233;t&#233;. &#192; cet &#233;gard, l'une des forces de Sarkozy est d'assez bien sentir le fonctionnement social fran&#231;ais un peu partout au lieu de se focaliser sur le buzz m&#233;diatique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'exemple le plus merveilleux, r&#233;cemment, est celui de Bayrou, une coproduction des m&#233;dias. &#199;a monte, &#231;a monte comme la Chantilly, mais l'&#233;lecteur ne veut pas y go&#251;ter. Je ne comprends pas le d&#233;ficit &#233;norme, chez nous, en mati&#232;re de think tank. Cette institution priv&#233;e qui a de l'argent et qui engage des chercheurs &#224; temps plein pour des missions d&#233;termin&#233;es avec une couleur politique clairement affich&#233;e. En France, le think tank est une sorte de truc mi-mondain, mi-m&#233;diatique. On y fait un petit colloque, et puis voil&#224;&#8201; ! &#199;a s'essouffle, &#231;a se met en veilleuse, &#231;a se ranime de temps en temps. &#192; mon avis, sur certains sujets, pas sur tous heureusement, les politiques manquent singuli&#232;rement de s&#233;rieux. L'essentiel de leur connaissance vient des m&#233;dias ou des mondanit&#233;s. C'est sid&#233;rant de voir que les informations suppos&#233;es importantes passent entre le turbot et le sorbet, entre trois m&#233;disances et deux banalit&#233;s alors que toutes les informations sont disponibles dans les rapports de recherche. Le d&#238;ner en ville est quand m&#234;me un des trucs fran&#231;ais les plus accablants&#8201; ! &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4-1' id='nb4-1' class='spip_note' title='Notes 4-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;L'Universit&#233; de tous les savoirs (UTLS), a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 2000 &#224; l'initiative de Jean-Jacques Aillagon, afin de vulgariser les derni&#232;res avanc&#233;es de la science. L'enjeu &#233;tait de r&#233;aliser 365 conf&#233;rences par an, soit une par jour. Devant l'ampleur du succ&#232;s, le concept a &#233;t&#233; repris, depuis, chaque ann&#233;e. Ce projet universitaire a &#233;t&#233; men&#233; sous la direction du philosophe Yves Michaud.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Histoire philosophique du doute journalistique</title>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le doute m&#233;thodologique, dont Descartes inventa la formule, se place au c&#339;ur de la d&#233;ontologie du journaliste. Seul ce qui r&#233;siste &#224; l'&#233;preuve du doute peut &#234;tre tenu pour vrai. Or, outil intellectuel des m&#233;dias contemporains, le doute nous est parvenu au moyen d'un m&#233;dia non reconnu comme tel, le livre de philosophie. Sans la longue histoire de la philosophie, le journalisme n'aurait pas la figure que nous lui connaissons aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il arrive aux philosophes de suivre les conqu&#233;rants. Hegel ne vit-il pas en Napol&#233;on l'&#171; esprit absolu sur son cheval &#187;&#8201; ? Deux mille deux cents ans auparavant, Pyrrhon accompagna les conqu&#234;tes d'Alexandre le Grand. Si le nez de Cl&#233;op&#226;tre... Si Pyrrhon n'avait pas &#233;t&#233; du voyage, nous ne vivrions pas dans le m&#234;me monde. &#192; y regarder de pr&#232;s, Pyrrhon se r&#233;v&#232;le beaucoup plus important pour la suite de l'histoire de l'humanit&#233; qu'Alexandre, pourtant h&#233;ros de films hollywoodiens. Alexandre parvint jusqu'en Inde, jusqu'&#224; Taxila o&#249; Pyrrhon d&#233;couvre les gymnosophistes, les sages nus, et leur philosophie. Leur recherche asc&#233;tique du vide, par laquelle ils suspendent toute pens&#233;e, l'impressionne. De cette rencontre avec le lointain Orient sortira une doctrine nouvelle qui allait profond&#233;ment impr&#233;gner l'Occident.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_882 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Doute-philo-HD.jpg&quot; title='illustration : Alexandra Amoussa' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L276xH324/Doute-philo-HD-fe1b7-805c4.jpg' width='276' height='324' alt='illustration : Alexandra Amoussa' style='height:324px;width:276px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-882 spip_doc_titre' style='width:276px;'&gt;&lt;strong&gt;illustration : Alexandra Amoussa&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;De retour en Gr&#232;ce, &#224; Elis dans le P&#233;loponn&#232;se, Pyrrhon fonde un mouvement philosophique, le scepticisme. Il est l'inventeur du doute. Chez lui, le vide indien a engendr&#233; le doute grec, destin&#233; &#224; devenir le doute occidental. On peut en r&#233;sumer l'imp&#233;ratif ainsi : il faut douter de tout, suspendre son jugement, on ne peut rien dire sur rien. Il s'agit d'une modification interne &#224; la pens&#233;e grecque sous l'effet d'&#233;l&#233;ments emprunt&#233;s &#224; la pens&#233;e indienne et fortement transform&#233;s. Avec le scepticisme, le doute s'installe d&#233;finitivement dans la culture occidentale. Il ne cessera de la f&#233;conder. La culpabilit&#233; et la repentance, si sp&#233;cifiques de l'Occident, n'en sont-elles pas des suites pathologiques&#8201; ? Quoi qu'il en soit, ce doute pyrrhonien n'est pas encore le doute m&#233;thodologique, scientifique, dans la mesure o&#249; il r&#233;cuse la possibilit&#233; m&#234;me de d&#233;couvrir la v&#233;rit&#233;, d'acqu&#233;rir des certitudes. Il demeure un doute d&#233;finitif ne pouvant d&#233;boucher sur rien d'autre que lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au xviie si&#232;cle, Descartes l'installe au c&#339;ur de toute d&#233;marche intellectuelle, affirmant s'&#233;carter ici du scepticisme de Pyrrhon accus&#233; de douter pour douter. Avec Descartes, le doute n'est plus qu'une &#233;tape sur la route du savoir. Le doute vise autre chose que lui-m&#234;me : la v&#233;rit&#233;, la certitude. Alors que, chez les sceptiques, le doute niait la possibilit&#233; de conna&#238;tre la v&#233;rit&#233;, dans le monde moderne issu de Descartes, il constitue le moyen de parvenir &#224; cette v&#233;rit&#233;. Sur sa lanc&#233;e, toutes les activit&#233;s humaines - des sciences jusqu'&#224; l'enqu&#234;te polici&#232;re, des recherches de Pasteur jusqu'&#224; celles de Sherlock Holmes - ont int&#233;gr&#233; l'imp&#233;ratif du doute. La th&#233;ologie elle-m&#234;me sera touch&#233;e : Kierkegaard envisage le doute comme le c&#339;ur m&#234;me de la foi, laquelle tient dans une victoire renouvel&#233;e sur cette tentation qui ne cesse de la d&#233;sesp&#233;rer. On le voit : ce doute que Pyrrhon avait forg&#233; au retour de Taxila, sous l'influence et le charme de l'Inde, a chang&#233; le monde bien plus que toutes les conqu&#234;tes militaires d'Alexandre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les livres de philosophie furent le m&#233;dia - au sens attribu&#233; par la m&#233;diologie de R&#233;gis Debray &#224; ce mot - assurant le voyage du doute dans le temps et dans l'espace, de Taxila &#224; Elis, d'Elis &#224; La Haye, le refuge de Descartes, de La Haye &#224; Paris, jusqu'&#224; en faire un moment essentiel du travail journalistique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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