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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>InaStats</title>
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		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>Alors que la grippe A s'installe en France et que les responsables publics se pr&#234;tent &#224; une intense m&#233;diatisation de l'&#233;v&#232;nement, ce num&#233;ro aborde la question du risque et de son information. Nombreuses ont &#233;t&#233; les menaces, suppos&#233;es ou av&#233;r&#233;es, qui, sur les quinze derni&#232;res ann&#233;es, ont mobilis&#233; les r&#233;dactions avant d'affoler les populations. Citons le bogue de l'an 2000 (65 sujets fin 1999) ou les lettres &#224; l'anthrax (180 sujets en octobre 2001) Mais c'est le risque sanitaire qui constitue aujourd'hui un (...)

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors que la grippe A s'installe en France et que les responsables publics se pr&#234;tent &#224; une intense m&#233;diatisation de l'&#233;v&#232;nement, ce num&#233;ro aborde la question du risque et de son information.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nombreuses ont &#233;t&#233; les menaces, suppos&#233;es ou av&#233;r&#233;es, qui, sur les quinze derni&#232;res ann&#233;es, ont mobilis&#233; les r&#233;dactions avant d'affoler les populations. Citons le bogue de l'an 2000 (65 sujets fin 1999) ou les lettres &#224; l'anthrax (180 sujets en octobre 2001)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais c'est le risque sanitaire qui constitue aujourd'hui un th&#232;me majeur de pr&#233;occupation. La place de la rubrique &quot;Sant&#233;&quot; dans les JT du soir de &lt;i&gt;TF1, France 2, France 3, Canal+, Arte&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;M6&lt;/i&gt; n'a cess&#233; d'augmenter sur dix ans, avec un maximum en 2006 (411 sujets pour la grippe aviaire et 108 pour l'&#233;pid&#233;mie de chikungunya. En 2005 et 2006, les informations li&#233;es &#224; une panique sanitaire repr&#233;senteraient 30 &#224; 40 % de la rubrique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La communication de crise face au H1N1 est un nouvel exemple des relations de pouvoir et de devoir qui lient le politique et le journaliste. M&#233;diatisation, principe de pr&#233;caution et sant&#233; publique : est-il possible d'informer sans alarmer ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Immigration &#187;, &#171; banlieues &#187; et information autonome.</title>
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		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>Une identit&#233; positive &#233;tant indispensable &#224; la mobilisation, cet article s'int&#233;resse aux strat&#233;gies m&#233;diatiques employ&#233;es par des organisations militantes compos&#233;es d'individus issus de l'immigration et des quartiers populaires pour imposer, d&#232;s la fin des ann&#233;es 1970, une expression culturelle et politique. Les premi&#232;res organisations militantes, compos&#233;es de jeunes issus de l'immigration et des quartiers d&#233;favoris&#233;s de banlieue, apparaissent dans un contexte social marqu&#233; par le d&#233;but de la crise (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L118xH150/arton605-6f2f6.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='118' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:118px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Une identit&#233; positive &#233;tant indispensable &#224; la mobilisation, cet article s'int&#233;resse aux strat&#233;gies m&#233;diatiques employ&#233;es par des organisations militantes compos&#233;es d'individus issus de l'immigration et des quartiers populaires pour imposer, d&#232;s la fin des ann&#233;es 1970, une expression culturelle et politique.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les premi&#232;res organisations militantes, compos&#233;es de jeunes issus de l'immigration et des quartiers d&#233;favoris&#233;s de banlieue, apparaissent dans un contexte social marqu&#233; par le d&#233;but de la crise &#233;conomique, la mont&#233;e du ch&#244;mage, la modification structurelle de l'immigration d'un c&#244;t&#233;&#8201; ; et dans un contexte politique marqu&#233; par l'instauration de l'immigration comme enjeu, au sein de l'&#201;tat fran&#231;ais, de l'autre. Ces initiatives interviennent sur fond de hausse des actes racistes surtout &#224; l'&#233;gard de jeunes immigr&#233;s maghr&#233;bins. Ils sont tenus pour &#171; d&#233;linquants &#187;, responsables de la d&#233;gradation des cit&#233;s populaires, d'abord par les membres de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise et les &#233;lus communistes. Face &#224; ces &#171; crimes &#187; &#224; r&#233;p&#233;tition rest&#233;s impunis&#8201;2 et aux m&#233;dias qui, &#171; en mal de scoop &#187;, s'av&#232;rent, &#224; leurs yeux, incapables d'identifier les causes de cette violence, associ&#233;e &#224; une fraction de la jeunesse, l'id&#233;e &#233;merge de cr&#233;er des moyens d'information autonomes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'agence IM'm&#233;dia : une entreprise m&#233;diatique autonome
L'exp&#233;rience la plus durable et la plus originale qui va, sans doute, r&#233;pondre le mieux au besoin de construire une information autonome est l'Agence IM'm&#233;dia. Pour comprendre son &#233;closion, il faut remonter au regroupement Rock Against Police (RAP), n&#233; suite au d&#233;c&#232;s, le 16 f&#233;vrier 1980, du jeune Kader Lareiche &#224; la cit&#233; Cousy, de Vitry. Au lendemain de l'&#233;v&#233;nement qui d&#233;clenche des nuits d'&#233;meutes et des actes de violence, la presse s'empare du fait divers et diffuse des images spectaculaires de &#171; casse &#187;. Des jeunes de la cit&#233; investissent les supports &#233;crits et visuels avec la constitution de films super-8 et participent &#224; la r&#233;alisation de &#171; Ils ont tu&#233; Kader &#187;. Le film vise &#224; reconstituer les faits en vue de fournir aux m&#233;dias une version plus juste. Il s'agit alors de rompre avec &#171; le sch&#233;ma de l'informateur indig&#232;ne, du t&#233;moignage captif, dans un cadre &#233;ditorial qui, d&#233;j&#224;, alimentait le d&#233;lire s&#233;curitaire&#8201;3. &#187; &#192; la faveur de mobilisations comme celle de la cit&#233; Gutenberg&#8201;4, de la Marche pour l'&#233;galit&#233; et contre le racisme de 1983, du retour des &#171; violences urbaines &#187; au d&#233;but des ann&#233;es 1980 et de l'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir, en 1981, le projet d'une agence de presse multim&#233;dia sur le mod&#232;le de l'Agence de presse Lib&#233;ration (APL) voit le jour en juin 1983. L'Agence IM'm&#233;dia se constitue en association loi 1901 et se dote d'une structure de base autour de diff&#233;rents secteurs d'activit&#233; : publications, photos, vid&#233;o et radio. Les films en super-8 &#224; diffusion restreinte ne suffisant plus, l'id&#233;e est de cr&#233;er un r&#233;seau d'information : &#171; Il fallait en gros d&#233;noncer l'intox, contre-informer. &#187; Quatre axes sont retenus au d&#233;part : police-justice, quartiers, soci&#233;t&#233;-sport-modes de vie et promotion culturelle. Cette agence de presse multim&#233;dia travaille &#224; partir d'informations et d'enqu&#234;tes issues des r&#233;seaux de banlieue. Simultan&#233;ment, elle s'affirme comme un lieu de m&#233;moire du mouvement de l'immigration. Son projet pose comme principe la r&#233;habilitation de &#171; l'image publique des jeunes des cit&#233;s &#187; en direction des m&#233;dias et tend donc &#224; concurrencer les autres journalistes, comme le pr&#233;cise son directeur : &#171; L'essentiel &#233;tait de sortir des contingences qui limitent la production des jeunes issus de l'immigration, les confinant dans une logique de t&#233;moignages ou d'expressions captives des modes dominants de repr&#233;sentation de l'immigration ainsi que du r&#233;gime des activit&#233;s socioculturelles, sans capacit&#233;s de d&#233;veloppement propre. [&#8230;] Il s'agit de s'imposer d&#233;sormais, comme partenaires &#224; part &#233;gale avec les journalistes encart&#233;s, et d'&#233;tablir un contr&#244;le pr&#233;alable sur l'optique toute collaboration&#8201;5. &#187; Cette entreprise politico-culturelle r&#233;pond pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce que Patrick Champagne appelle &#171; une lutte pour la prise de la parole et art de parler pour les groupes &#187; mais, surtout, dans l'imposition d'un acteur collectif &#171; pour participer &#224; la lutte politique et dont la parole est reconnue comme &#8220;politique&#8221; ou, si l'on veut, comme parole d'un groupe et non comme simple opinion individuelle&#8201;6 &#187;. L'agence, d'abord marginalis&#233;e par les m&#233;dias, devient elle-m&#234;me plus professionnelle en 1987, gr&#226;ce notamment aux premi&#232;res subventions publiques. Elle alterne financements publics et autoproduction. Elle r&#233;alise de nombreux documentaires. La presse et les t&#233;l&#233;visions &#233;trang&#232;res ont recours &#224; ses services. D'autre part, plusieurs reportages sont r&#233;alis&#233;s et coproduits pour diff&#233;rents programmes de FR3 dont l'&#233;mission &#171; Mosa&#239;ques &#187; puis, &#224; partir de 1989 l'&#233;mission &#171; Rencontres &#187;. Dans la m&#234;me p&#233;riode, une soci&#233;t&#233; de production, la SARL IM'm&#233;dia production est cr&#233;&#233;e pour se d&#233;gager de l'emprise t&#233;l&#233;visuelle et revenir &#224; un support plus militant en r&#233;affirmant &#171; son r&#244;le de conseil m&#233;dia aupr&#232;s des mouvements &#187; comme les mal-log&#233;s ou les &#171; doubles peines &#187;, &#224; partir desquels seront r&#233;alis&#233;s des documentaires. C'est ainsi qu'en 2001, l'agence a collabor&#233; avec le Mouvement de l'immigration et des banlieues (MIB) sur le proc&#232;s du policier qui a tu&#233; le jeune Youssef Kha&#239;f &#224; Mantes-la-Jolie, en juin 1991, et en a tir&#233; un film &#171; Que vaut la vie de Youssef&#8201; ? Nous sommes tous Youssef&#8201;7 &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Image valorisante
Cette initiative aura sans conteste favoris&#233; l'&#233;mergence et la diffusion d'une image valorisante des jeunes issus de l'immigration et des &#171; banlieues &#187;. Ainsi, on peut affirmer que la cr&#233;ation d'organisations telles que le Comit&#233; national contre la double peine (CNDP) en 1990 et le MIB en 1995, confront&#233;es en leur sein &#224; une population consid&#233;r&#233;e &#224; plus d'un titre comme ill&#233;gitime (&#171; double peines &#187;, &#171; d&#233;linquants &#187;, etc.), doit beaucoup &#224; cette tentative culturelle de retournement du &#171; stigmate&#8201;8 &#187;. Plus particuli&#232;rement, le MIB, au travers d'un devoir de &#171; m&#233;moire &#187; notamment des &#171; luttes de l'immigration &#187;, a su p&#233;renniser cette action qui succ&#232;de au d&#233;clin de la m&#233;moire ouvri&#232;re dans les cit&#233;s de banlieue. Plus r&#233;cemment, le mouvement des Indig&#232;nes de la R&#233;publique traduit bien ce ph&#233;nom&#232;ne social apparu &#224; la fin des ann&#233;es 1990 : il est devenu important pour un certain nombre de jeunes de cit&#233;s, ayant suivi des &#233;tudes longues et donc plus instruits, de s'approprier une &#171; m&#233;moire historique &#187; de l'Alg&#233;rie et d'autres anciennes colonies fran&#231;aises. Toutefois, si ce mouvement &#339;uvre &#224; construire une identit&#233; &#171; positive &#187; des jeunes issus de l'immigration, sa composante militante majoritairement intellectuelle pourrait l'emp&#234;cher d'atteindre les plus d&#233;munis qui restent captifs des cit&#233;s. Cet obstacle a &#233;t&#233; point&#233; par les militants du MIB, qui, d'abord favorables &#224; l'Appel des Indig&#232;nes lanc&#233; en janvier 2005&#8201;9, ont ensuite pris leurs distances. &#192; ce jour, aucune collaboration n'a &#233;t&#233; engag&#233;e entre l'agence IM'm&#233;dia et les Indig&#232;nes du fait des dissensions apparues lors des Assises du mouvement&#8201;10 qui ont suivi l'appel. Son directeur s'est ralli&#233; &#224; la critique du MIB consistant &#224; d&#233;noncer &#171; le radicalisme jargonneux propre &#224; l'extr&#234;me gauche et &#224; la petite beurgeoisie domin&#233;e&#8201;11 &#187;. Ils reprochent &#224; ce mouvement sa forte m&#233;diatisation, contribuant &#224; la reconnaissance publique de la cause des jeunes issus de l'immigration, et sa faible implantation dans les cit&#233;s. Il semble que ce positionnement sur fond de &#171; lutte des classes &#187; soit l'expression d'un sentiment de d&#233;fiance. Il montre surtout les concurrences qui traversent ce champ militant quant &#224; la repr&#233;sentation des jeunes issus de l'immigration et des banlieues. &lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Anthony Oberschall, Social Conflict and Social Movements, Englewood Cliffs, Prentice Hall, 1973, p. 122-124.
2. On renvoie ici &#224; la chronologie &#233;tablie par Fausto Giudice, Arabicides, Paris, La D&#233;couverte, 1992.
3. Entretien avec H. Abdallah Mogniss, &#171; IM'm&#233;dia, l'immigration par elle-m&#234;me &#187;, Vacarme, no 17, hiver 2002.
4. &#171; Nanterre : l'&#233;pop&#233;e Gutenberg &#187;, in &#171; Douce France &#187;. La saga du mouvement beur, l'agence IM' m&#233;dia, automne-hiver 1993, p. 70.
5. Quo Vadis, La revue de l'agence IM'm&#233;dia, no 1, &#233;t&#233; 1993, p. 33.
6. Patrick Champagne, &#171; La manifestation. La production de l'&#233;v&#233;nement politique &#187;, Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 52, no 1, 1984, p. 36.
7. Cf. Mogniss H. Abdallah, &#171; L'affaire Youssef Kha&#239;f dans les m&#233;dias &#187;, Vacarme, no 18, hiver 2002.
8. Erving Goffman, Stigmates. Les usages sociaux des handicaps, Paris, Minuit, 1963 (r&#233;&#233;d. 1975).
9. L'appel &#171; Nous sommes les indig&#232;nes de la R&#233;publique&#8201; ! &#187; a &#233;t&#233; publi&#233; sur deux sites Web, toutesegaux.net (devenu toutesegaux.free.fr) et oumma.com. Un droit de r&#233;ponse a &#233;t&#233; accord&#233; &#224; ses auteurs par le quotidien Le Monde en r&#233;action &#224; son &#233;dition dat&#233;e du 22 f&#233;vrier 2005 qui s'ouvrait par une manchette pr&#233;sentant un dossier publi&#233; en pages int&#233;rieures, sous le titre : &#171; Le scandale Dieudonn&#233; et le nouvel antis&#233;mitisme &#187;.
10. Les Assises anticoloniales du postcolonialisme se sont tenues le 16 avril 2005 &#224; la Bourse du travail de Paris.
11. Document interne du MIB.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;faut(s) d'expression</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/defaut-s-d-expression,604.html</link>
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		<dc:creator>Hugo</dc:creator>


		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>La peu fr&#233;quente prise de parole m&#233;diatique de jeunes des milieux populaires tient d'abord aux m&#233;dias eux-m&#234;mes, mais renvoie &#233;galement aux rapports que ces jeunes entretiennent avec l'expression publique. Un tel constat s'explique par les dispositifs m&#233;diatiques, la raret&#233; des occasions de s'exprimer qui leur sont donn&#233;es, et par leur sentiment d'ill&#233;gitimit&#233; en la mati&#232;re. La d&#233;monstration s'appuie sur une enqu&#234;te ethnographique aupr&#232;s de jeunes scolaris&#233;s dans deux lyc&#233;es professionnels de banlieue (...)

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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;La peu fr&#233;quente prise de parole m&#233;diatique de jeunes des milieux populaires tient d'abord aux m&#233;dias eux-m&#234;mes, mais renvoie &#233;galement aux rapports que ces jeunes entretiennent avec l'expression publique.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un tel constat s'explique par les dispositifs m&#233;diatiques, la raret&#233; des occasions de s'exprimer qui leur sont donn&#233;es, et par leur sentiment d'ill&#233;gitimit&#233; en la mati&#232;re. La d&#233;monstration s'appuie sur une enqu&#234;te ethnographique aupr&#232;s de jeunes scolaris&#233;s dans deux lyc&#233;es professionnels de banlieue parisienne&#8201; ; elle est bas&#233;e sur des entretiens et des observations dans les &#233;tablissements aussi bien qu'&#224; l'ext&#233;rieur. Parce qu'ils sont peu pourvus en ressources culturelles, qu'ils entretiennent un rapport distant avec les normes l&#233;gitimes et ont peu d'occasion de s'exprimer, la plupart des jeunes des cat&#233;gories populaires ne se sentent pas subjectivement habilit&#233;s &#224; prendre la parole dans les m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le poids des dispositifs m&#233;diatiques
Les possibilit&#233;s d'expression des acteurs sociaux en g&#233;n&#233;ral&#8201;1 et des jeunes des milieux populaires en particulier semblent souvent contrari&#233;es. Prenons l'exemple d'une &#233;mission &#224; Radio France International : une h&#244;tesse a fait patienter la vingtaine de jeunes pr&#233;sents pendant un long moment. Ils ont ensuite &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; s'asseoir autour d'une table comportant seulement cinq places. Le journaliste, qu'ils n'avaient jamais vu auparavant, les a bri&#232;vement salu&#233;s et chapitr&#233;s en ces termes : &#171; Bon, allez, on y va, c'est enregistr&#233;, on ne dit pas de b&#234;tises. &#187; Rien qui n'ait &#233;t&#233; per&#231;u par ces jeunes comme favorable &#224; leur prise de parole. La plupart ont d'ailleurs estim&#233; avoir &#233;t&#233; &#171; mal accueillis &#187;. L'un d'entre eux explique surtout combien ils se sont sentis d&#233;sign&#233;s comme faiblement autoris&#233;s &#224; aborder des sujets politiques alors m&#234;me qu'il s'agissait de l'objet de l'&#233;mission : &#171; Les journalistes, ils nous ont trait&#233;s comme des lascars [&#8230;] pour eux, on &#233;tait le ghetto qui passe &#224; la radio, ils posaient des questions mais en fait on dirait qu'ils voulaient pas vraiment de r&#233;ponse. &#187; Le fonctionnement d'une &#233;mission t&#233;l&#233;visuelle sur LCP-Assembl&#233;e nationale, intitul&#233;e &#171; Passe ton bac d'abord &#187;, semble corroborer ces observations : le programme r&#233;unit des lyc&#233;ens de diff&#233;rents milieux sociaux, dont certains des cat&#233;gories populaires, pour un d&#233;bat th&#233;matique. Il est pr&#233;c&#233;d&#233; d'un travail d'apprentissage de l'expression orale, qui peut durer plusieurs semaines et qui insiste sur la l&#233;gitimit&#233; de leur prise de parole. Apr&#232;s une telle formation, il semble que certains jeunes des cat&#233;gories populaires, probablement parmi les plus dot&#233;s en ressources culturelles, parviennent &#224; s'exprimer sans difficult&#233; notable lors de l'&#233;mission&#8201;2. Il n'est ainsi pas exclu que ce type de dispositif m&#233;diatique, pour le moment peu r&#233;pandu, favorise l'expression publique chez certains individus des milieux populaires&#8201;3. Le contexte dans lequel ces jeunes sont parfois, pour ne pas dire rarement, amen&#233;s &#224; s'exprimer se pr&#233;sente donc comme essentiel pour comprendre leur (non) prise de parole m&#233;diatique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sentiment d'ill&#233;gitimit&#233; et auto-d&#233;shabilitation
Les rapports des jeunes des milieux populaires avec les m&#233;dias peuvent aussi accentuer leurs difficult&#233;s &#224; s'exprimer. S'ils consomment r&#233;guli&#232;rement des informations et programmes t&#233;l&#233;vis&#233;s, ils nourrissent pour la plupart un fort sentiment d'ill&#233;gitimit&#233; &#224; l'id&#233;e de s'exprimer eux-m&#234;mes. L'un d'entre eux explique par exemple : &#171; Passer &#224; la t&#233;l&#233;, tout &#231;a, c'est pas pour moi, je m'en fous moi de tout &#231;a, j'ai rien &#224; dire toute fa&#231;on. &#187; Largement favoris&#233;e par leur absence des m&#233;dias g&#233;n&#233;ralistes, cette attitude est probablement plus sensible dans des domaines o&#249; ils disposent de connaissances restreintes (&#224; l'image de la politique ou de l'&#233;conomie), mais leur auto-d&#233;shabilitation&#8201;4 m&#233;diatique peut aussi concerner des secteurs o&#249; ils font preuve d'une certaine comp&#233;tence technique comme la vie scolaire ou encore les quartiers d'habitats sociaux. L'observation d'une &#233;mission radio, o&#249; certains lyc&#233;ens ne sont pas parvenus &#224; r&#233;it&#233;rer les prises de position qu'ils avaient d&#233;fendues dans un cadre scolaire, en constitue un bon exemple&#8201;5. Sans se r&#233;fugier syst&#233;matiquement dans le silence, ces jeunes rusent parfois afin de pr&#233;server leur carapace d'indiff&#233;rence. Signe qu'ils ont en un sens int&#233;rioris&#233; leur exclusion des espaces m&#233;diatiques, certains soulignent par exemple leur d&#233;sint&#233;r&#234;t ou leur incomp&#233;tence en insistant excessivement &#224; la mani&#232;re du cynical chic &#233;voqu&#233; par Nina Eliasoph&#8201;6 &#8212; &#171; La radio, c'est vraiment pas pour moi&#8201; ! jamais&#8201; ! &#187; &#8212; ou encore expriment une opinion sur le mode de la subversion rigolarde mise en exergue par David Buckingham&#8201;7 &#8212; &#171; Moi j'adore parler &#224; la t&#233;l&#233;&#8201; ! j'y vais souvent&#8201; ! (ironiquement) &#187;. Il est d'ailleurs difficile de distinguer ce qui rel&#232;ve des limites que ces jeunes s'assignent et ce qui tient &#224; des contraintes externes, puisque les premi&#232;res d&#233;pendent largement de l'int&#233;riorisation des secondes. On comprend alors que les comportements de nombre d'autres acteurs, &#224; commencer par les journalistes, soient d&#233;terminants quant &#224; leur propre attitude. L'enqu&#234;te confirme donc que l'information constitue une production collective dans laquelle les pouvoirs de dire et de faire de chacun sont in&#233;galement r&#233;partis. Plus souvent objets que sujets de discours&#8201;8, les jeunes des milieux populaires, &#224; l'instar d'autres populations particuli&#232;rement d&#233;favoris&#233;es, ont ainsi toutes les chances d'&#234;tre laiss&#233;s de c&#244;t&#233; par les univers m&#233;diatiques et politiques. n&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Dominique Cardon, &#171; Comment se faire entendre&#8201; ? La prise de parole des auditeurs de RTL &#187;, Politix, no 31, 1995, p. 145-186.
2. &lt;a href='http://www.lcpan.fr/emission/75864/video' class='spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://www.lcpan.fr/emission/75864/video&lt;/a&gt; (consult&#233; le 20 ao&#251;t 2009). Il faudrait proc&#233;der &#224; une enqu&#234;te approfondie pour saisir les propri&#233;t&#233;s des jeunes et les m&#233;canismes &#224; l'&#339;uvre autour du dispositif.
3. Dans le m&#234;me sens concernant des dispositifs dits &#171; participatifs &#187; : Julien Talpin, &#171; Jouer les bons citoyens. Les effets contrast&#233;s de la participation au sein de dispositifs participatifs &#187;, Politix, vol. 19, no 75, 2006, p. 13-31.
4. On emprunte, par analogie entre m&#233;dias et politique, cette notion &#224; Daniel Gaxie qui d&#233;signe &#171; les processus mentaux et sociaux par lesquels des personnes s'autorisent ou pas &#224; intervenir plus ou moins activement sur des sujets &#187; (&#171; Cognitions, auto-habilitation et pouvoirs des &#8220;citoyens&#8221; &#187;, Revue fran&#231;aise de science politique, vol. 57, no 6, 2007, p. 750, n. 2.
5. Lorenzo Barrault, &#171; Une interpellation profane du politique. La lettre de jeunes de milieux populaires au pr&#233;sident de la R&#233;publique pendant les &#233;meutes de 2005 &#187;, R&#233;seaux, no 151, 2008, p. 37-62.
6. Nina Eliasoph, &#171; Political culture and the presentation of a political self. A study of the public sphere in the spirit of Erwing Goffman &#187;, Theory and Society, no 19, 1990, p. 465-494.
7. David Buckingham, The Making of Citizens. Young People, News, and Politics, Londres, Routledge, 2000.
8. Julie Sedel, &#171; Les ambivalences de la repr&#233;sentation des &#8220;jeunes de banlieues&#8221; &#187;, in Michel Mathien (dir.), La Repr&#233;sentation des jeunes dans les m&#233;dias en Europe de 1968 &#224; nos jours, Strasbourg, Bruylant, 2009, p. 267-282.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le regard des minist&#232;res (1948-1982)</title>
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		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>D&#232;s la fin de la seconde guerre mondiale, afin d'informer sur leur action et la promouvoir, les minist&#232;res en charge du logement commencent &#224; filmer les grands ensembles, portant sur ces &#233;difices un regard qui constitue une part essentielle et mal connue de leur repr&#233;sentations. La d&#233;linquance fait l'objet de multiples repr&#233;sentations. Les statistiques polici&#232;res (devenues la r&#233;f&#233;rence depuis 1976-77) pr&#233;tendent mesurer les crimes et d&#233;lits : d'allure scientifique, leurs variations au fil du temps sont (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;D&#232;s la fin de la seconde guerre mondiale, afin d'informer sur leur action et la promouvoir, les minist&#232;res en charge du logement commencent &#224; filmer les grands ensembles, portant sur ces &#233;difices un regard qui constitue une part essentielle et mal connue de leur repr&#233;sentations.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La d&#233;linquance fait l'objet de multiples repr&#233;sentations. Les statistiques polici&#232;res (devenues la r&#233;f&#233;rence depuis 1976-77) pr&#233;tendent mesurer les crimes et d&#233;lits : d'allure scientifique, leurs variations au fil du temps sont r&#233;guli&#232;rement comment&#233;es par les journalistes, les experts, les hommes politiques. La chronique m&#233;diatique des &#171; faits divers &#187; et la mise en sc&#232;ne judiciaire des grands proc&#232;s &#171; donnent corps &#187;, au moins implicitement, &#224; l'abstraction statistique. &#192; ces deux cat&#233;gories traditionnelles de repr&#233;sentations de la d&#233;linquance, il faut ajouter les fictions (feuilletons puis romans policiers, films puis s&#233;ries polici&#232;res) et les enqu&#234;tes sociologiques (&#171; enqu&#234;tes de victimation &#187;, &#171; enqu&#234;tes par autor&#233;v&#233;lation &#187;, enqu&#234;tes ethnographiques).
On s'interrogera d'abord sur les usages et la production m&#233;diatiques de ces repr&#233;sentations, puis sur leurs effets.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur la production de repr&#233;sentations m&#233;diatiques
En ce qui concerne la mise en sc&#232;ne m&#233;diatique de la d&#233;linquance juv&#233;nile, j'&#233;voquerai successivement le commentaire des statistiques polici&#232;res, le recrutement des experts et l'usage des faits divers.
La critique de la repr&#233;sentation statistique est d&#233;sormais classique : elle met en &#233;vidence les difficult&#233;s de l'interpr&#233;tation des statistiques polici&#232;res. Elles comptabilisent, en effet, les plaintes enregistr&#233;es (r&#244;le r&#233;actif de la police) et les interpellations &#224; l'initiative de la police (r&#244;le proactif) : la part de la proactivit&#233; d&#233;pend de la police, le d&#233;p&#244;t de plainte d&#233;pend des infractions. C'est dire que les variations qu'enregistre la statistique peuvent &#234;tre aussi bien celles de l'activit&#233; polici&#232;re ou de la propension &#224; porter plainte que celles des infractions. Or, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le commentaire m&#233;diatique des statistiques polici&#232;res &#233;carte ce genre de consid&#233;rations, comme il &#233;vacue toute mise en perspective comparative.
Invariablement, la hausse, suppos&#233;e consolider le sentiment d'ins&#233;curit&#233;, incite &#224; d&#233;noncer les insuffisances polici&#232;res et le laxisme judiciaire. Quant &#224; la baisse, elle est, en g&#233;n&#233;ral, vers&#233;e au cr&#233;dit de l'activit&#233; polici&#232;re et judiciaire, accr&#233;ditant ainsi l'effet dissuasif pr&#234;t&#233; aux politiques s&#233;curitaires. Quoi qu'il en soit, en hausse ou en baisse, la publication des statistiques permet de r&#233;activer l'int&#233;r&#234;t politique pour &#171; la s&#233;curit&#233; &#187; : avec la publication des &#171; mauvaises statistiques de Sarkozy &#187;, &#171; Brice Hortefeux cherche &#224; contrer les mauvais chiffres de la d&#233;linquance &#187; (Le Monde, 2/9/2009).
En ce qui concerne le recours m&#233;diatique aux &#171; experts &#187;1, les principes qui guident la composition des plateaux et l'organisation des d&#233;bats sont, d'une part, l'opposition &#171; terrain &#187; / &#171; th&#233;orie &#187; (c&#244;t&#233; &#171; terrain &#187;, figurent policiers, magistrats, maires de &#171; quartiers difficiles &#187; et, accessoirement, des travailleurs sociaux, c&#244;t&#233; &#171; th&#233;orie &#187;, un sociologue &#171; de service &#187;, implicitement suppos&#233; &#233;tranger au &#171; terrain &#187;), d'autre part, l'opposition entre &#171; r&#233;alistes &#187; et &#171; ang&#233;listes &#187; qui se substitue au clivage &#171; droite &#187; / &#171; gauche &#187; (dissout dans un consensus de fait, mais n&#233;anmoins repr&#233;sent&#233; par souci d' &#171; impartialit&#233; &#187;). De sorte que l'&#233;quilibre entre les &#171; parties &#187; concern&#233;es induit des effets de fausse sym&#233;trie qui cantonnent le sociologue dans une position ultra-minoritaire et l'assignent &#224; une &#171; th&#233;orie &#187; (suppos&#233;e d&#233;connect&#233;e de la pratique) et &#224; la &#171; compr&#233;hension &#187; (implicitement assimil&#233;e &#224; la connivence avec la d&#233;linquance).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Go&#251;t du spectaculaire
Quant au choix des faits divers mis en sc&#232;ne, il est &#233;videmment guid&#233; par &#171; le go&#251;t du spectaculaire &#187;. Ce faisant, des cas limites - comme &#171; le gang des barbares &#187; - acqui&#232;rent, implicitement ou explicitement, sinon valeur de &#171; cas exemplaire &#187;, du moins celle de &#171; cas significatif &#187;. Le 1er mars dernier, toute la presse se fait l'&#233;cho d'un fait divers &#233;tonnant : &#171; &#192; cinq ans, il poignarde sa petite s&#339;ur (10 ans) parce qu'elle ne veut pas lui pr&#234;ter sa console de jeux &#187;. Cas limite, il accr&#233;diterait la th&#232;se aujourd'hui banalis&#233;e selon laquelle &#171; les d&#233;linquants sont de plus en plus jeunes et de plus en plus violents &#187;. Une psychologue, consult&#233;e pour l'occasion, confirme : &#171; Il est vrai qu'on voit des enfants de plus en plus jeunes commettre des actes de grande violence &#187; [TF1 News, 1/3/2009]. Le 3 mars, la m&#232;re de la petite fille avoue l'avoir tu&#233;e... De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la qu&#234;te du spectaculaire, comme la synecdoque, tend &#224; faire passer le cas particulier pour le cas g&#233;n&#233;ral : le &#171; gang des barbares &#187; pour le &#171; monde des bandes &#187;, le &#171; monde des bandes &#187; pour les &#171; jeunes des cit&#233;s &#187;, les &#171; jeunes des cit&#233;s &#187; pour &#171; les quartiers difficiles &#187;, les &#171; quartiers difficiles &#187; pour les &#171; banlieues populaires &#187;2.
Par ailleurs, l'histoire de longue dur&#233;e met en &#233;vidence la discontinuit&#233; de la chronique m&#233;diatique et la continuit&#233; des s&#233;ries statistiques. On peut imputer cet int&#233;r&#234;t sporadique des m&#233;dias pour un ph&#233;nom&#232;ne permanent &#224; des pr&#233;occupations commerciales : le fait divers utilise les ressorts du roman r&#233;aliste pour r&#233;activer un int&#233;r&#234;t toujours mobilisable en faveur d'une cause l&#233;gitime, consensuelle, aussi intemporelle et universelle que l'interdit biblique du meurtre et du viol. On peut &#233;galement l'attribuer &#224; des calculs politiques : de ce point de vue, les journalistes se comportent en &#171; entrepreneurs de morale &#187; capables, sinon de cr&#233;er, du moins d'entretenir des &#171; moral panics &#187;, mobilisant leur public en faveur d'un &#171; ordre moral &#187; menac&#233; et d&#233;tournant ainsi son attention de telle ou telle &#171; question sociale &#187; pr&#233;occupante : &#171; les faits divers font diversion &#187;, disait Pierre Bourdieu3. La mesure prise &#8212; sondages &#224; l'appui &#8212; de l'ampleur du &#171; sentiment d'ins&#233;curit&#233; &#187; justifie alors l'int&#233;r&#234;t m&#233;diatique accord&#233; aux faits divers.
On peut enfin se demander ce que les repr&#233;sentations m&#233;diatiques &#8212; entre reflet plus ou moins d&#233;form&#233; et artefact pur et simple &#8212; doivent, dans la diversit&#233; de leurs formes, au degr&#233; d'autonomie du champ m&#233;diatique par rapport au champ politique (logiques d'ob&#233;issance, logiques de connivence, etc.) et au champ &#233;conomique (logiques d'audience). Mais elles renvoient &#233;galement aux conditions de production du travail journalistique. Ainsi, le cloisonnement entre une rubrique &#171; faits divers &#187; et une rubrique &#171; soci&#233;t&#233; &#187; induit-il tacitement une repr&#233;sentation de la d&#233;linquance qui pourrait &#234;tre isol&#233;e sans dommage de &#171; probl&#232;mes &#187; comme l'&#233;chec scolaire et/ou le ch&#244;mage de masse4. De m&#234;me, il faudrait montrer ce que ces repr&#233;sentations m&#233;ditiques m&#233;diatiques doivent &#224; l'urgence, sinon &#224; la pr&#233;cipitation, et &#224; la qu&#234;te du spectaculaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Effets des repr&#233;sentations m&#233;diatiques
Comment aborder maintenant la question des effets des repr&#233;sentations m&#233;diatiques sur &#171; le fait social &#187; repr&#233;sent&#233; ? Il faudrait d'abord tester l'hypoth&#232;se &#8211; trop h&#226;tivement r&#233;cus&#233;e &#8211; de l'imitation ou de l'identification &#224; telle ou telle figure du r&#233;pertoire de &#171; pr&#234;t-&#224;-porter identitaire &#187; propos&#233;. De m&#234;me que, dans la perspective de Becker5, l'apposition du label &#171; d&#233;viant &#187; contribue &#224; &#171; faire le d&#233;viant &#187;, il faudrait s'interroger sur la diffusion des repr&#233;sentations de la d&#233;linquance juv&#233;nile, sur l'int&#233;riorisation des st&#233;r&#233;otypes vulgaris&#233;s, sur les effets pratiques de la mise en sc&#232;ne des pratiques. Mais les m&#233;dias ne se cantonnent pas &#224; une fonction de diffusion, ils ont aussi &#8212; il s'agit, bien s&#251;r, d'une &#171; effet pervers &#187; &#8212; une fonction de cons&#233;cration6. La logique agonistique du monde des bandes implique une comp&#233;tition honorifique entre &#171; cit&#233;s &#187;, dans laquelle les m&#233;dias figurent une instance d'&#171; arbitrage &#187; : le traitement des faits divers par Le Parisien (le quotidien le plus lu par les jeunes des cit&#233;s apr&#232;s L'&#201;quipe) actualise au jour le jour le palmar&#232;s du monde des bandes : &#171; b&#233;n&#233;ficier d'un reportage en prime time sur TF1, explique Marwan Mohammed, c'est &#8220;entrer dans la cour des grands&#8221;7 &#187;. Dans la m&#234;me perspective, on peut s'interroger sur le r&#244;le qu'a jou&#233; de facto la t&#233;l&#233;vision dans la propagation de l'&#233;meute de novembre 2005 : tout se passe comme si l'affichage des scores locaux de voitures br&#251;l&#233;es avait encourag&#233; une sorte de &#171; concours &#233;meutier inter-cit&#233;s &#187;8.
Mais, en commentant les statistiques polici&#232;res, en montant en &#233;pingle des s&#233;ries de faits divers, en produisant et diffusant des reportages, en convoquant professionnels et experts, en interpellant les hommes politiques, les m&#233;dias ont surtout le pouvoir d'imposer l'existence d'un &#171; probl&#232;me de soci&#233;t&#233; &#187;, de l'interpr&#233;ter, d'en &#233;valuer l'importance, bref de &#171; faire l'&#233;v&#233;nement &#187;9. Ainsi les m&#233;dias ont-ils pu inscrire le &#171; probl&#232;me de l'ins&#233;curit&#233; &#187; (qu'ils ont contribu&#233; &#224; construire, sans bien s&#251;r &#171; l'inventer &#187; ex nihilo) &#224; l'agenda politique10. S'appuyant sur les statistiques, les faits divers, les reportages, les m&#233;dias ont le pouvoir de consolider l'existence d'un fait social en lui attribuant un label et un &#171; visage &#187; : les &#171; apaches &#187; de la Belle &#201;poque, les &#171; blousons noirs &#187; de la fin des ann&#233;es 1950, les &#171; loubards &#187; de la fin des ann&#233;es 1970, les &#171; jeunes des cit&#233;s &#187; et leurs &#171; violences urbaines &#187; r&#233;guli&#232;rement &#171; &#224; la une &#187; de l'actualit&#233; depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980. Dans la m&#234;me perspective, le &#171; noyau dur &#187; des 222 bandes r&#233;cemment comptabilis&#233;es en &#206;le-de-France par les services de police constitue un &#171; groupe pour m&#233;dias &#187; dot&#233; d'assez de consistance pour pouvoir peupler l'univers des repr&#233;sentations. Outre le pouvoir d'imposer l'existence &#8212; en le nommant &#8212; d'un &#171; probl&#232;me social &#187;, les m&#233;dias ont enfin celui d'en imposer l'interpr&#233;tation dominante : le plus souvent en mobilisant des explications &#171; omnibus &#187; comme &#171; la crise d'adolescence &#187;, la &#171; d&#233;mission des familles &#187; et la &#171; perte des rep&#232;res &#187;, ou en focalisant l'attention sur telle ou telle variable (spatiale - les &#171; cit&#233;s-ghettos &#187; - ou &#171; raciale &#187; - &#171; l'origine immigr&#233;e &#187;). n&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Cf. Mauger G., &#171; Y aller ou pas ? Le sociologue critique face aux &#233;missions politiques sur l'ins&#233;curit&#233; &#187;, Savoir/Agir, n&#176; 9, septembre 2009.
2. Sur les rapports entre banlieues populaires et d&#233;linquance juv&#233;nile, cf. G&#233;rard Mauger, &#171; Les bandes, le milieu et la boh&#232;me populaire. Etudes de sociologie de la d&#233;viance des jeunes des classes populaires &#187;, Paris, Editions Belin, &#171; Sociologiquement &#187;, 2006 et &#171; La sociologie de la d&#233;linquance juv&#233;nile &#187;, Paris, Editions La D&#233;couverte, Rep&#232;res, 2009.
3. Pierre Bourdieu, &#171; Sur la t&#233;l&#233;vision &#187;, Paris, Liber-Raisons d'agir, 1996.
4. Sur ce sujet, cf. Julie Sedel, &#171; Les m&#233;dias et la banlieue &#187;, Paris, co&#233;dition INA/&#201;ditions Le Bord de l'eau, 2009.
5. Becker H. S., &#171; Outsiders. &#201;tudes de sociologie de la d&#233;viance &#187;, &#201;ditions Anne-Marie M&#233;taili&#233;, Paris, 1985.
6. Sur ce point, cf. Patrick Champagne, &#171; La construction m&#233;diatique des malaises sociaux &#187;, Actes de la recherche en sciences sociales, n&#176; 90, p. 64-76.
7. Mohammed M., &#171; La place des familles dans la formation des bandes de jeunes &#187;, th&#232;se de sociologie, Universit&#233; de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, 2007.
8. G&#233;rard Mauger, &#171; L'&#233;meute de novembre 2005. Une r&#233;volte protopolitique &#187;, Broissieux, &#201;ditions du Croquant, 2006.
9. Ainsi ont-ils pu faire de &#171; l'&#233;meute de novembre 2005 &#187; un &#233;v&#233;nement plan&#233;taire !
10. &#192; l'inverse, parce que le lectorat est aussi un &#233;lectorat, le personnel politique peut imposer le &#171; probl&#232;me de l'ins&#233;curit&#233; &#187; &#224; l'agenda m&#233;diatique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>M&#233;dias et &#171; d&#233;linquance &#187;</title>
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		<dc:date>2009-12-10T14:38:21Z</dc:date>
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		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>Les banlieues populaires sont souvent mises en sc&#232;ne dans les m&#233;dias au titre de la &quot;d&#233;linquance juv&#233;nile&quot;. Or, s'il est vrai que &quot;d&#233;linquance&quot; et &quot;banlieue&quot; ne sont pas &#233;trang&#232;res l'une &#224; l'autre, on ne saurait pour autant les r&#233;duire &#224; leur assimilation m&#233;diatique. La d&#233;linquance fait l'objet de multiples repr&#233;sentations. Les statistiques polici&#232;res (devenues la r&#233;f&#233;rence depuis 1976-77) pr&#233;tendent mesurer les crimes et d&#233;lits : d'allure scientifique, leurs variations au fil du temps sont r&#233;guli&#232;rement (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Les banlieues populaires sont souvent mises en sc&#232;ne dans les m&#233;dias au titre de la &quot;d&#233;linquance juv&#233;nile&quot;. Or, s'il est vrai que &quot;d&#233;linquance&quot; et &quot;banlieue&quot; ne sont pas &#233;trang&#232;res l'une &#224; l'autre, on ne saurait pour autant les r&#233;duire &#224; leur assimilation m&#233;diatique.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La d&#233;linquance fait l'objet de multiples repr&#233;sentations. Les statistiques polici&#232;res (devenues la r&#233;f&#233;rence depuis 1976-77) pr&#233;tendent mesurer les crimes et d&#233;lits : d'allure scientifique, leurs variations au fil du temps sont r&#233;guli&#232;rement comment&#233;es par les journalistes, les experts, les hommes politiques. La chronique m&#233;diatique des &#171; faits divers &#187; et la mise en sc&#232;ne judiciaire des grands proc&#232;s &#171; donnent corps &#187;, au moins implicitement, &#224; l'abstraction statistique. &#192; ces deux cat&#233;gories traditionnelles de repr&#233;sentations de la d&#233;linquance, il faut ajouter les fictions (feuilletons puis romans policiers, films puis s&#233;ries polici&#232;res) et les enqu&#234;tes sociologiques (&#171; enqu&#234;tes de victimation &#187;, &#171; enqu&#234;tes par autor&#233;v&#233;lation &#187;, enqu&#234;tes ethnographiques).
On s'interrogera d'abord sur les usages et la production m&#233;diatiques de ces repr&#233;sentations, puis sur leurs effets.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur la production de repr&#233;sentations m&#233;diatiques
En ce qui concerne la mise en sc&#232;ne m&#233;diatique de la d&#233;linquance juv&#233;nile, j'&#233;voquerai successivement le commentaire des statistiques polici&#232;res, le recrutement des experts et l'usage des faits divers.
La critique de la repr&#233;sentation statistique est d&#233;sormais classique : elle met en &#233;vidence les difficult&#233;s de l'interpr&#233;tation des statistiques polici&#232;res. Elles comptabilisent, en effet, les plaintes enregistr&#233;es (r&#244;le r&#233;actif de la police) et les interpellations &#224; l'initiative de la police (r&#244;le proactif) : la part de la proactivit&#233; d&#233;pend de la police, le d&#233;p&#244;t de plainte d&#233;pend des infractions. C'est dire que les variations qu'enregistre la statistique peuvent &#234;tre aussi bien celles de l'activit&#233; polici&#232;re ou de la propension &#224; porter plainte que celles des infractions. Or, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le commentaire m&#233;diatique des statistiques polici&#232;res &#233;carte ce genre de consid&#233;rations, comme il &#233;vacue toute mise en perspective comparative.
Invariablement, la hausse, suppos&#233;e consolider le sentiment d'ins&#233;curit&#233;, incite &#224; d&#233;noncer les insuffisances polici&#232;res et le laxisme judiciaire. Quant &#224; la baisse, elle est, en g&#233;n&#233;ral, vers&#233;e au cr&#233;dit de l'activit&#233; polici&#232;re et judiciaire, accr&#233;ditant ainsi l'effet dissuasif pr&#234;t&#233; aux politiques s&#233;curitaires. Quoi qu'il en soit, en hausse ou en baisse, la publication des statistiques permet de r&#233;activer l'int&#233;r&#234;t politique pour &#171; la s&#233;curit&#233; &#187; : avec la publication des &#171; mauvaises statistiques de Sarkozy &#187;, &#171; Brice Hortefeux cherche &#224; contrer les mauvais chiffres de la d&#233;linquance &#187; (Le Monde, 2/9/2009).
En ce qui concerne le recours m&#233;diatique aux &#171; experts &#187;1, les principes qui guident la composition des plateaux et l'organisation des d&#233;bats sont, d'une part, l'opposition &#171; terrain &#187; / &#171; th&#233;orie &#187; (c&#244;t&#233; &#171; terrain &#187;, figurent policiers, magistrats, maires de &#171; quartiers difficiles &#187; et, accessoirement, des travailleurs sociaux, c&#244;t&#233; &#171; th&#233;orie &#187;, un sociologue &#171; de service &#187;, implicitement suppos&#233; &#233;tranger au &#171; terrain &#187;), d'autre part, l'opposition entre &#171; r&#233;alistes &#187; et &#171; ang&#233;listes &#187; qui se substitue au clivage &#171; droite &#187; / &#171; gauche &#187; (dissout dans un consensus de fait, mais n&#233;anmoins repr&#233;sent&#233; par souci d' &#171; impartialit&#233; &#187;). De sorte que l'&#233;quilibre entre les &#171; parties &#187; concern&#233;es induit des effets de fausse sym&#233;trie qui cantonnent le sociologue dans une position ultra-minoritaire et l'assignent &#224; une &#171; th&#233;orie &#187; (suppos&#233;e d&#233;connect&#233;e de la pratique) et &#224; la &#171; compr&#233;hension &#187; (implicitement assimil&#233;e &#224; la connivence avec la d&#233;linquance).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Go&#251;t du spectaculaire
Quant au choix des faits divers mis en sc&#232;ne, il est &#233;videmment guid&#233; par &#171; le go&#251;t du spectaculaire &#187;. Ce faisant, des cas limites - comme &#171; le gang des barbares &#187; - acqui&#232;rent, implicitement ou explicitement, sinon valeur de &#171; cas exemplaire &#187;, du moins celle de &#171; cas significatif &#187;. Le 1er mars dernier, toute la presse se fait l'&#233;cho d'un fait divers &#233;tonnant : &#171; &#192; cinq ans, il poignarde sa petite s&#339;ur (10 ans) parce qu'elle ne veut pas lui pr&#234;ter sa console de jeux &#187;. Cas limite, il accr&#233;diterait la th&#232;se aujourd'hui banalis&#233;e selon laquelle &#171; les d&#233;linquants sont de plus en plus jeunes et de plus en plus violents &#187;. Une psychologue, consult&#233;e pour l'occasion, confirme : &#171; Il est vrai qu'on voit des enfants de plus en plus jeunes commettre des actes de grande violence &#187; [TF1 News, 1/3/2009]. Le 3 mars, la m&#232;re de la petite fille avoue l'avoir tu&#233;e... De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la qu&#234;te du spectaculaire, comme la synecdoque, tend &#224; faire passer le cas particulier pour le cas g&#233;n&#233;ral : le &#171; gang des barbares &#187; pour le &#171; monde des bandes &#187;, le &#171; monde des bandes &#187; pour les &#171; jeunes des cit&#233;s &#187;, les &#171; jeunes des cit&#233;s &#187; pour &#171; les quartiers difficiles &#187;, les &#171; quartiers difficiles &#187; pour les &#171; banlieues populaires &#187;2.
Par ailleurs, l'histoire de longue dur&#233;e met en &#233;vidence la discontinuit&#233; de la chronique m&#233;diatique et la continuit&#233; des s&#233;ries statistiques. On peut imputer cet int&#233;r&#234;t sporadique des m&#233;dias pour un ph&#233;nom&#232;ne permanent &#224; des pr&#233;occupations commerciales : le fait divers utilise les ressorts du roman r&#233;aliste pour r&#233;activer un int&#233;r&#234;t toujours mobilisable en faveur d'une cause l&#233;gitime, consensuelle, aussi intemporelle et universelle que l'interdit biblique du meurtre et du viol. On peut &#233;galement l'attribuer &#224; des calculs politiques : de ce point de vue, les journalistes se comportent en &#171; entrepreneurs de morale &#187; capables, sinon de cr&#233;er, du moins d'entretenir des &#171; moral panics &#187;, mobilisant leur public en faveur d'un &#171; ordre moral &#187; menac&#233; et d&#233;tournant ainsi son attention de telle ou telle &#171; question sociale &#187; pr&#233;occupante : &#171; les faits divers font diversion &#187;, disait Pierre Bourdieu3. La mesure prise &#8212; sondages &#224; l'appui &#8212; de l'ampleur du &#171; sentiment d'ins&#233;curit&#233; &#187; justifie alors l'int&#233;r&#234;t m&#233;diatique accord&#233; aux faits divers.
On peut enfin se demander ce que les repr&#233;sentations m&#233;diatiques &#8212; entre reflet plus ou moins d&#233;form&#233; et artefact pur et simple &#8212; doivent, dans la diversit&#233; de leurs formes, au degr&#233; d'autonomie du champ m&#233;diatique par rapport au champ politique (logiques d'ob&#233;issance, logiques de connivence, etc.) et au champ &#233;conomique (logiques d'audience). Mais elles renvoient &#233;galement aux conditions de production du travail journalistique. Ainsi, le cloisonnement entre une rubrique &#171; faits divers &#187; et une rubrique &#171; soci&#233;t&#233; &#187; induit-il tacitement une repr&#233;sentation de la d&#233;linquance qui pourrait &#234;tre isol&#233;e sans dommage de &#171; probl&#232;mes &#187; comme l'&#233;chec scolaire et/ou le ch&#244;mage de masse4. De m&#234;me, il faudrait montrer ce que ces repr&#233;sentations m&#233;ditiques m&#233;diatiques doivent &#224; l'urgence, sinon &#224; la pr&#233;cipitation, et &#224; la qu&#234;te du spectaculaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Effets des repr&#233;sentations m&#233;diatiques
Comment aborder maintenant la question des effets des repr&#233;sentations m&#233;diatiques sur &#171; le fait social &#187; repr&#233;sent&#233; ? Il faudrait d'abord tester l'hypoth&#232;se &#8211; trop h&#226;tivement r&#233;cus&#233;e &#8211; de l'imitation ou de l'identification &#224; telle ou telle figure du r&#233;pertoire de &#171; pr&#234;t-&#224;-porter identitaire &#187; propos&#233;. De m&#234;me que, dans la perspective de Becker5, l'apposition du label &#171; d&#233;viant &#187; contribue &#224; &#171; faire le d&#233;viant &#187;, il faudrait s'interroger sur la diffusion des repr&#233;sentations de la d&#233;linquance juv&#233;nile, sur l'int&#233;riorisation des st&#233;r&#233;otypes vulgaris&#233;s, sur les effets pratiques de la mise en sc&#232;ne des pratiques. Mais les m&#233;dias ne se cantonnent pas &#224; une fonction de diffusion, ils ont aussi &#8212; il s'agit, bien s&#251;r, d'une &#171; effet pervers &#187; &#8212; une fonction de cons&#233;cration6. La logique agonistique du monde des bandes implique une comp&#233;tition honorifique entre &#171; cit&#233;s &#187;, dans laquelle les m&#233;dias figurent une instance d'&#171; arbitrage &#187; : le traitement des faits divers par Le Parisien (le quotidien le plus lu par les jeunes des cit&#233;s apr&#232;s L'&#201;quipe) actualise au jour le jour le palmar&#232;s du monde des bandes : &#171; b&#233;n&#233;ficier d'un reportage en prime time sur TF1, explique Marwan Mohammed, c'est &#8220;entrer dans la cour des grands&#8221;7 &#187;. Dans la m&#234;me perspective, on peut s'interroger sur le r&#244;le qu'a jou&#233; de facto la t&#233;l&#233;vision dans la propagation de l'&#233;meute de novembre 2005 : tout se passe comme si l'affichage des scores locaux de voitures br&#251;l&#233;es avait encourag&#233; une sorte de &#171; concours &#233;meutier inter-cit&#233;s &#187;8.
Mais, en commentant les statistiques polici&#232;res, en montant en &#233;pingle des s&#233;ries de faits divers, en produisant et diffusant des reportages, en convoquant professionnels et experts, en interpellant les hommes politiques, les m&#233;dias ont surtout le pouvoir d'imposer l'existence d'un &#171; probl&#232;me de soci&#233;t&#233; &#187;, de l'interpr&#233;ter, d'en &#233;valuer l'importance, bref de &#171; faire l'&#233;v&#233;nement &#187;9. Ainsi les m&#233;dias ont-ils pu inscrire le &#171; probl&#232;me de l'ins&#233;curit&#233; &#187; (qu'ils ont contribu&#233; &#224; construire, sans bien s&#251;r &#171; l'inventer &#187; ex nihilo) &#224; l'agenda politique10. S'appuyant sur les statistiques, les faits divers, les reportages, les m&#233;dias ont le pouvoir de consolider l'existence d'un fait social en lui attribuant un label et un &#171; visage &#187; : les &#171; apaches &#187; de la Belle &#201;poque, les &#171; blousons noirs &#187; de la fin des ann&#233;es 1950, les &#171; loubards &#187; de la fin des ann&#233;es 1970, les &#171; jeunes des cit&#233;s &#187; et leurs &#171; violences urbaines &#187; r&#233;guli&#232;rement &#171; &#224; la une &#187; de l'actualit&#233; depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980. Dans la m&#234;me perspective, le &#171; noyau dur &#187; des 222 bandes r&#233;cemment comptabilis&#233;es en &#206;le-de-France par les services de police constitue un &#171; groupe pour m&#233;dias &#187; dot&#233; d'assez de consistance pour pouvoir peupler l'univers des repr&#233;sentations. Outre le pouvoir d'imposer l'existence &#8212; en le nommant &#8212; d'un &#171; probl&#232;me social &#187;, les m&#233;dias ont enfin celui d'en imposer l'interpr&#233;tation dominante : le plus souvent en mobilisant des explications &#171; omnibus &#187; comme &#171; la crise d'adolescence &#187;, la &#171; d&#233;mission des familles &#187; et la &#171; perte des rep&#232;res &#187;, ou en focalisant l'attention sur telle ou telle variable (spatiale - les &#171; cit&#233;s-ghettos &#187; - ou &#171; raciale &#187; - &#171; l'origine immigr&#233;e &#187;). n&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Cf. Mauger G., &#171; Y aller ou pas ? Le sociologue critique face aux &#233;missions politiques sur l'ins&#233;curit&#233; &#187;, Savoir/Agir, n&#176; 9, septembre 2009.
2. Sur les rapports entre banlieues populaires et d&#233;linquance juv&#233;nile, cf. G&#233;rard Mauger, &#171; Les bandes, le milieu et la boh&#232;me populaire. Etudes de sociologie de la d&#233;viance des jeunes des classes populaires &#187;, Paris, Editions Belin, &#171; Sociologiquement &#187;, 2006 et &#171; La sociologie de la d&#233;linquance juv&#233;nile &#187;, Paris, Editions La D&#233;couverte, Rep&#232;res, 2009.
3. Pierre Bourdieu, &#171; Sur la t&#233;l&#233;vision &#187;, Paris, Liber-Raisons d'agir, 1996.
4. Sur ce sujet, cf. Julie Sedel, &#171; Les m&#233;dias et la banlieue &#187;, Paris, co&#233;dition INA/&#201;ditions Le Bord de l'eau, 2009.
5. Becker H. S., &#171; Outsiders. &#201;tudes de sociologie de la d&#233;viance &#187;, &#201;ditions Anne-Marie M&#233;taili&#233;, Paris, 1985.
6. Sur ce point, cf. Patrick Champagne, &#171; La construction m&#233;diatique des malaises sociaux &#187;, Actes de la recherche en sciences sociales, n&#176; 90, p. 64-76.
7. Mohammed M., &#171; La place des familles dans la formation des bandes de jeunes &#187;, th&#232;se de sociologie, Universit&#233; de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, 2007.
8. G&#233;rard Mauger, &#171; L'&#233;meute de novembre 2005. Une r&#233;volte protopolitique &#187;, Broissieux, &#201;ditions du Croquant, 2006.
9. Ainsi ont-ils pu faire de &#171; l'&#233;meute de novembre 2005 &#187; un &#233;v&#233;nement plan&#233;taire !
10. &#192; l'inverse, parce que le lectorat est aussi un &#233;lectorat, le personnel politique peut imposer le &#171; probl&#232;me de l'ins&#233;curit&#233; &#187; &#224; l'agenda m&#233;diatique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Comment la &#171; banlieue &#187; vint au rap</title>
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		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>Journalistes et animateurs de t&#233;l&#233;vision commentent pour la premi&#232;re fois, &#224; la fin des ann&#233;es 1980, l'existence d'un rap en fran&#231;ais. Utilisant celui-ci pour parler des probl&#232;mes sociaux, ils ont contribu&#233; &#224; relier un genre musical et un lieu symbolique, la banlieue. L'&#233;vidence du lien entre le rap en fran&#231;ais et la banlieue ne souffre gu&#232;re d'objection. Les &#233;missions de d&#233;bat ou les articles de presse sur ce th&#232;me mobilisent depuis pr&#232;s de vingt ans la figure du rappeur comme intervenant habituel. Des (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Journalistes et animateurs de t&#233;l&#233;vision commentent pour la premi&#232;re fois, &#224; la fin des ann&#233;es 1980, l'existence d'un rap en fran&#231;ais. Utilisant celui-ci pour parler des probl&#232;mes sociaux, ils ont contribu&#233; &#224; relier un genre musical et un lieu symbolique, la banlieue.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;vidence du lien entre le rap en fran&#231;ais et la banlieue ne souffre gu&#232;re d'objection. Les &#233;missions de d&#233;bat ou les articles de presse sur ce th&#232;me mobilisent depuis pr&#232;s de vingt ans la figure du rappeur comme intervenant habituel. Des chercheurs esp&#232;rent avoir acc&#232;s &#224; ce que pensent les jeunes de banlieue en lisant des textes de raps&#8201; ; nombre de rappeurs chantent leur propre perception de la banlieue, et il n'est jusqu'&#224; certains d&#233;put&#233;s qui s'alarment de &#171; la constitution, dans les banlieues, d'une sorte de contre-culture ethnique, notamment autour du rap &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La force d'une &#233;vidence
Mais la force de cette &#233;vidence est &#224; la mesure de la faiblesse des enqu&#234;tes qui seraient susceptibles de la fonder. Se demander comment la banlieue est venue au rap ne consiste pas, d&#232;s lors, &#224; s'interroger sur l'histoire de l'appropriation, en France, d'un genre musical n&#233; aux &#201;tats-Unis. Pour expliquer le lien entre rap et banlieues, il faudrait que les propri&#233;t&#233;s pr&#234;t&#233;es &#224; celles-ci caract&#233;risent les espaces g&#233;ographiques que le mot est suppos&#233; d&#233;signer. Et il faudrait, de surcro&#238;t, que le genre rap poss&#232;de une essence d&#233;termin&#233;e par son hypoth&#233;tique gen&#232;se en banlieue. Or, sur ces deux points, on peut &#233;mettre de s&#233;rieux doutes.
L'expression &#171; la banlieue &#187; ne renvoie &#224; aucune r&#233;alit&#233; sociologique ou g&#233;ographique homog&#232;ne. Tout au plus peut-on la rapprocher d'une cat&#233;gorie de l'action publique visant &#224; standardiser des r&#233;alit&#233;s locales h&#233;t&#233;rog&#232;nes&#8201;1, ou encore de repr&#233;sentations au long cours campant dans l'espace urbain le spectre de classes dangereuses. La banlieue n'est pas un espace g&#233;ographique, mais &#171; une m&#233;taphore permettant de circonscrire et de territorialiser commod&#233;ment les peurs sociales&#8201;3 &#187;.
Quant au rap, comme d'autres formes culturelles avant lui, son histoire est faite d'appropriations multiples et contradictoires dont chacune s'appuie sur une m&#233;moire collective visant &#224; &#171; satisfaire les besoins du pr&#233;sent&#8201;4 &#187;. En effet, loin de surgir d'un terreau qui en serait le substrat n&#233;cessaire, une forme culturelle est plut&#244;t li&#233;e &#224; la circulation de significations entre des acteurs qui lui attribuent, a posteriori, telle ou telle authenticit&#233;&#8201;5.
Quoi qu'il en soit, il n'est pas n&#233;cessaire que le lien entre rap et banlieue soit av&#233;r&#233; pour que la croyance en son existence porte &#224; cons&#233;quence. Avan&#231;ons donc que le succ&#232;s d'une repr&#233;sentation repose moins sur le fait qu'elle soit vraie ou fausse, que sur son ad&#233;quation &#224; des usages pr&#233;cis. De ce point de vue, expliquer comment la banlieue est venue au rap peut consister &#224; montrer comment ce lien entre un genre musical et un lieu symbolique est devenu utile &#224; certains acteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les usages du rap &#224; la t&#233;l&#233;vision
Les premi&#232;res &#233;missions qui &#233;voquent l'existence d'un rap interpr&#233;t&#233; en fran&#231;ais sont diffus&#233;es au cours de l'ann&#233;e 1987. Peu nombreuses, elles n'&#233;voquent pas la banlieue comme point d'ancrage du genre. Ces &#233;missions pr&#233;sentent plut&#244;t une nouvelle sc&#232;ne artistique (parisienne) et ses amateurs dans des d&#233;cors de bo&#238;tes de nuit et sur des sc&#232;nes de spectacle parfois am&#233;nag&#233;es en plateau. Dans l'&#233;mission &#171; D&#233;cibels &#187; par exemple, diffus&#233;e en novembre 1987 sur FR3, on d&#233;couvre un mouvement musical &#171; qui souhaite s'exprimer et &#234;tre reconnu &#187;, selon la formule du pr&#233;sentateur.
Ce n'est qu'&#224; partir de 1989 qu'une nouvelle fa&#231;on de pr&#233;senter le rap fran&#231;ais va se d&#233;velopper &#224; la t&#233;l&#233;vision et &#233;clipser, peu &#224; peu, les quelques &#233;missions ne traitant du genre qu'en termes artistiques&#8201;6. Cette &#233;volution est intimement li&#233;e &#224; l'usage que journalistes et animateurs d&#233;cident alors de mettre en avant : le rap devient un moyen de faire parler des probl&#232;mes sociaux.
Le tag, constitu&#233; &#224; partir de 1989 en probl&#232;me social, est l'occasion d'un regain m&#233;diatique du rap. Des reportages diffus&#233;s dans &#171; Les 90 rugissants &#187; (TF1) ou &#171; Envoy&#233; sp&#233;cial &#187; (Antenne 2) proposent une explication du ph&#233;nom&#232;ne en le situant dans un &#171; environnement : les grandes cit&#233;s &#187;, et en l'associant &#224; une &#171; musique : le rap &#187;, qui assure &#233;galement l'habillage sonore des reportages. Au cours de l'&#233;t&#233; 1990, des affrontements entre bandes rivales sont comment&#233;s dans les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s. Ces derniers pr&#233;sentent le rap comme un signe culturel distinctif des bandes. De m&#234;me, la m&#233;diatisation croissante du rap francophone repose sur des &#171; &#233;meutes urbaines &#187; qui, en 1990 et 1991, font &#233;pisodiquement la une de l'actualit&#233; t&#233;l&#233;vis&#233;e. Enfin, en novembre 1990, les affrontements et pillages en marge des manifestations lyc&#233;ennes sont l'occasion de produire ou de relayer des amalgames entre groupes de jeunes, casseurs, rappeurs, et d&#233;linquants&#8201;7.
Le journal de 13 heures sur TF1, le 27 novembre 1990, annonce ainsi un dossier sp&#233;cial sur le th&#232;me &#171; des banlieues &#187;. Le pr&#233;sentateur introduit la s&#233;rie de reportages qui le composent : &#171; des &#233;meutes d'une violence inou&#239;e &#224; Vaux-en-Velin, [&#8230;] les manifestations de lyc&#233;ens, l&#224;-dessus, des casseurs, venus de banlieue, et toujours la violence. &#187; Suit un sujet tourn&#233; dans la ville des Mureaux, au cours duquel le journaliste, en voix off, interroge un habitant : &#171; Et y a des bandes, aux Mureaux&#8201; ? Avec des tags, et ils font du rap, et tout &#231;a&#8201; ? &#187; Le rap en fran&#231;ais appara&#238;t ainsi comme partie prenante d'un &#171; paquet interpr&#233;tatif&#8201;8 &#187; que r&#233;sume l'expression &#171; probl&#232;me des banlieues&#8200; &#187;&#8201;9.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le rappeur comme ressource t&#233;l&#233;visuelle
Les rappeurs sont d&#233;finis comme des acteurs susceptibles de donner &#224; voir et &#224; entendre divers probl&#232;mes sociaux dont l'origine serait &#233;trang&#232;re &#224; la communaut&#233; form&#233;e par le pr&#233;sentateur et les t&#233;l&#233;spectateurs auxquels il destine ses propos. La banlieue figure un ailleurs dans ces discours. Voici comment l'animatrice du talk-show &#171; Mille Bravo &#187;, diffus&#233; en novembre 1990 sur FR3, introduit le groupe NTM venu interpr&#233;ter plusieurs chansons sur le plateau :
&#171; Alors, cette semaine, &#224; l'occasion des manifestations lyc&#233;ennes, on a beaucoup entendu parler des casseurs de banlieues. &#199;a tombe bien, en banlieue, on va y aller, je vous y emm&#232;ne tout de suite, on va essayer de savoir s'il y a une culture banlieue, comment elle s'exprime [&#8230;]. On va commencer tout de suite avec un genre qui fait un malheur en banlieue, c'est le rap, et &#231;a tombe bien, on a ici ce soir un groupe de rap qui est quand m&#234;me assez connu, c'est NTM. &#187;
La figure du rappeur para&#238;t r&#233;pondre avantageusement &#224; la double vis&#233;e, spectaculaire et informative, qui caract&#233;rise nombre d'&#233;missions de t&#233;l&#233;vision&#8201;10. En tant qu'artiste, le rappeur propose un show &#224; destination des plateaux. Et ce spectacle se double d'une analogie entre rappeur et jeune de banlieue, qui dote le premier des ressources &#233;motionnelles associ&#233;es au second&#8201;11. Une partie au moins des praticiens du genre accepte de jouer le r&#244;le d'informateur au sujet d'une culture hip-hop comprenant, outre le rap, certaines pratiques telles que le graffiti et le tag.
L'assignation du rap &#224; la banlieue place les artistes dans une position difficile. Ils sont contraints &#224; choisir entre se solidariser de cet ensemble et accr&#233;diter ainsi l'analogie entre rappeur et jeune de banlieue&#8201; ; s'en d&#233;solidariser au risque d'en renforcer la stigmatisation&#8201; ; ou engager un propos r&#233;fl&#233;chi, toujours malais&#233; sur un plateau de t&#233;l&#233;vision. Elle leur offre, en m&#234;me temps, un support &#224; la promotion de leurs &#339;uvres. L'analogie entre rappeur et jeune de banlieue n'a donc pas manqu&#233; d'entra&#238;ner ce que Ian Hacking d&#233;crit comme des effets de boucle&#8201;12 : le processus de cat&#233;gorisation et ceux qu'elle est cens&#233;e cat&#233;goriser interagissent.
On trouve la trace de cet effet de boucle dans les chansons de nombreux artistes. Mais dans le jeu de miroirs entre rap et banlieue, les rappeurs introduisent fr&#233;quemment un troisi&#232;me protagoniste : &#171; les m&#233;dias &#187;. C'est ainsi que l'on peut comprendre le premier clip de rap en fran&#231;ais tourn&#233; dans un d&#233;cor de grands ensembles, &#171; Authentik &#187; de Supr&#234;me NTM. Les images par lesquelles le clip commence ne cadrent pas le groupe, mais un journaliste en qu&#234;te de sensationnel. Elles explicitent ainsi la pr&#233;sence de l'&#339;il d'une cam&#233;ra, saisissant d'un m&#234;me mouvement un genre musical et l'uniforme urbanistique de nos peurs sociales. De l&#224; &#224; dire que la banlieue vint au rap par le truchement d'une cam&#233;ra, il n'y a qu'un pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Emissions cit&#233;es
29 septembre 1987, &#171; D&#233;cibels Sp&#233;cial zoulou &#187;, &#233;mission pr&#233;sent&#233;e par Jan-Lou Janeir et diffus&#233;e sur FR3. Rediffus&#233;e le 20 juillet 1988.
16 novembre 1989, &#171; Paris rap-t-il&#8201; ? &#187;, reportage r&#233;alis&#233; par V&#233;ronique Pons, extrait de l'&#233;mission &#171; Les 90 rugissants &#187;, pr&#233;sent&#233;e par Christine Bravo et diffus&#233;e sur TF1.
19 avril 1990, &#171; Rap &amp; Tag &#187;, reportage r&#233;alis&#233; par Agn&#232;s Poirier, extrait de l'&#233;mission &#171; Envoy&#233; sp&#233;cial &#187; pr&#233;sent&#233;e par Bernard Benyamin et diffus&#233;e sur A2.
16 novembre 1990, &#171; Mille Bravo &#187;, &#233;mission pr&#233;sent&#233;e par Christine Bravo et diffus&#233;e sur FR3.
27 novembre 1990, &#171; Vie quotidienne banlieue &#187;, reportage de Nellie Pons et Allan Rothschield diffus&#233; &#224; partir de 13&#8201;h&#8201;09 et diffus&#233;e sur TF1. n&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Philippe Est&#232;be, L'Usage des quartiers, Paris, L'Harmattan, 2004, p. 75&#8201; ; Sylvie Tissot, L'&#201;tat et les quartiers, Paris, Seuil, 2007, p. 121.
2. Alain Faure, &#171; Un faubourg, des banlieues, ou la d&#233;clinaison du rejet &#187;, Gen&#232;ses, no 51, juin 2003, p. 65.
3. Annie Fourcault, &#171; Pour en finir avec la banlieue &#187;, G&#233;ocarrefour, vol. 75, no 2, 2000, p. 105.
4. Richard Peterson, &#171; La fabrication de l'au&#173;then&#173;ticit&#233; &#187;, Actes de la recherche en sciences sociales, no 93, juin 1992, p. 4.
5. St&#233;phane Dorin S., &#171; La m&#233;taphore des racines : un obstacle &#224; l'analyse sociologique des dynalmiques culturelles &#187;, Politix, no 74, 2006, p. 145.
6. Karim Hammou, &#171; Programmer l'ambigu&#239;t&#233;. La m&#233;diatisation d'une pratique du rap en fran&#231;ais &#224; la t&#233;l&#233;vision (1987-1991) &#187; in Anthony Pecqueux et Olivier Roueff (dir.), &#201;cologie sociale de l'oreille, Paris, &#201;ditions de l'EHESS, 2009, p. 126.
7. Henri Boyer et Guy Lochard, Sc&#232;nes de t&#233;l&#233;vision en banlieues, Paris, INA-L'Harmattan, 1998, p. 91
8. William Gamson et Andre Modigliani, &#171; Media discourse and public opinion on nuclear power &#187;, The American Journal of Sociology, vol. 95, no 1, 1989, p. 3.
9. Annie Collovald, &#171; Des d&#233;sordres sociaux &#224; la violence urbaine &#187;, Actes de la recherche en sciences sociales, no 136-137, 2001, p. 106.
10. No&#235;l Nel, Le D&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233;, Paris, Armand Colin, 1990, p. 25. Voir aussi Dominique Mehl, La Fen&#234;tre et le miroir. La t&#233;l&#233;vision et ses programmes, Paris, Payot, 1992.
11. Guy Lochard, &#171; Le jeune de banlieue &#224; la t&#233;l&#233;vision. Repr&#233;sent&#233; ou instrument&#233;&#8201; ? &#187;, M&#233;diamorphoses, no 10, 2004, p. 45.
12. Ian Hacking, Entre science et r&#233;alit&#233;. La construction sociale de quoi&#8201; ?, Paris, La D&#233;couverte, 2001, p. 147.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Banlieues &#187; et transformations du journalisme</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/banlieues-et-transformations-du,600.html</link>
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		<dc:date>2009-12-10T14:27:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hugo</dc:creator>


		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>L'analyse de l'organisation du travail r&#233;dactionnel fait appara&#238;tre une marginalisation des journalistes de la question sociale au profit des &#171; faits diversiers &#187;. Sympt&#244;me d'une red&#233;finition des pratiques journalistiques ? La position des banlieues dans la hi&#233;rarchie des r&#233;dactions Si la &#171; banlieue &#187; ne constitue pas, dans tous les journaux ni &#224; toutes les p&#233;riodes, une sp&#233;cialit&#233; journalistique, le vocabulaire employ&#233; pour caract&#233;riser le travail en banlieue &#8212; &#171; Terrain min&#233; &#187;, &#171; bizutage &#187; &#8212; renvoie (...)

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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;L'analyse de l'organisation du travail r&#233;dactionnel fait appara&#238;tre une marginalisation des journalistes de la question sociale au profit des &#171; faits diversiers &#187;. Sympt&#244;me d'une red&#233;finition des pratiques journalistiques ?&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La position des banlieues dans la hi&#233;rarchie des r&#233;dactions
Si la &#171; banlieue &#187; ne constitue pas, dans tous les journaux ni &#224; toutes les p&#233;riodes, une sp&#233;cialit&#233; journalistique, le vocabulaire employ&#233; pour caract&#233;riser le travail en banlieue &#8212; &#171; Terrain min&#233; &#187;, &#171; bizutage &#187; &#8212; renvoie bien &#224; l'id&#233;e qu'elle ne fait pas partie des t&#226;ches les plus nobles &#224; accomplir&#8201;2. Dans la plupart des journaux, ce sont ceux &#171; qui ont le moins d'exp&#233;rience &#187; qui y sont envoy&#233;s. Or, parce qu'ils sont jeunes justement, ces journalistes n'ont pas la ma&#238;trise du produit final, celui-ci &#233;tant souvent reformul&#233; par la r&#233;daction en chef. Dans son &#233;tude de la r&#233;daction de France 2, Jacques Siracusa a soulign&#233; que, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les chefs d&#233;finissaient l'importance d'une information, &#171; moins parce qu'ils ont les moyens d'abstraire une connaissance du terrain (ou des sources) que parce qu'ils occupent une position de d&#233;finisseurs de perspective &#224; appliquer au terrain&#8201;3 &#187;. Ce principe se retrouve aux diff&#233;rents maillons de la production journalistique. Cela explique, au moins partiellement, qu'&#224; quarante ans pass&#233;s, couvrir &#171; la banlieue &#187; soit consid&#233;r&#233; comme un &#233;chec professionnel par beaucoup de journalistes&#8201;4.
La situation des &#171; banlieues &#187; dans les r&#233;dactions tient aussi &#224; la hi&#233;rarchisation des sp&#233;cialit&#233;s journalistiques. Le prestige d'une rubrique &#233;tant associ&#233; aux caract&#233;ristiques de l'univers trait&#233; et des publics, il n'est gu&#232;re &#233;tonnant de constater que les services dominants sont souvent ceux qui sont d&#233;di&#233;s &#224; la politique et &#224; l'&#233;conomie. Or, les quartiers d'habitat social de banlieue se singularisent par une faible concentration de capital &#233;conomique, politique et culturel. Aussi, l'absence de profits mat&#233;riels ou symboliques que les journalistes peuvent retirer de ces sujets et l'int&#233;riorisation des routines et des hi&#233;rarchies internes, &#233;clairent-ils sur le &#171; d&#233;sint&#233;r&#234;t &#187; dont ils p&#226;tissent en dehors des &#233;v&#233;nements exceptionnels. &#171; Alors, toujours dans tes banlieues&#8201; ? &#187;, demande non sans d&#233;dain &#224; une journaliste charg&#233;e de ces questions, un coll&#232;gue du service politique dans un grand quotidien national.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deux mod&#232;les professionnels&#8201; ?
On sait que &#171; les fronti&#232;res entre services renvoient plus g&#233;n&#233;ralement aux orientations &#233;ditoriales des entreprises de presse, &#224; la densit&#233; des effectifs et &#224; la division du travail, aux rapports de force entre et au sein des services&#8201;5 &#187;. Le d&#233;coupage des rubriques et des services renvoie &#233;galement &#224; des principes de vision et de division du monde social particuliers. Les services Soci&#233;t&#233; regroupent une grande diversit&#233; de secteurs &#8212; le logement, la famille, l'immigration, la police, la justice, le sport, la science &#8212;, permettant aux r&#233;dacteurs de faire valoir leur &#171; expertise critique &#187; autour d'une sp&#233;cialisation d'ordre th&#233;matique&#8201;6. Les Informations g&#233;n&#233;rales ou faits divers regroupent ordinairement les d&#233;partements Police, Justice. La position occup&#233;e par ces services dans la hi&#233;rarchie r&#233;dactionnelle varie en fonction des titres et des p&#233;riodes. Par exemple, le service Soci&#233;t&#233; a longtemps &#233;t&#233; le fer de lance de Lib&#233;ration. Inversement, au Parisien, ce sont les informations g&#233;n&#233;rales qui constituent le service strat&#233;gique. En fait, la domination des services &#171; Soci&#233;t&#233; &#187; n'est pas clairement fix&#233;e. &#192; la r&#233;daction de TF1, par exemple, les services &#171; Informations g&#233;n&#233;rales &#187; et &#171; &#201;tranger &#187; sont regroup&#233;s dans un m&#234;me service &#171; &#201;v&#233;nement &#187;. &#192; France 2, c'est le service &#171; Enqu&#234;te-Reportage &#187; qui regroupe les anciennes Infor&#173;ma&#173;tions g&#233;n&#233;rales 7&#8230; Certains journaux ont cr&#233;&#233; leur propre d&#233;nomination, comme Le Parisien, &#224; travers son service &#171; Vivre mieux &#187; qui rompt avec la vision pessimiste (ou sociale justement) contenue dans le terme &#171; Soci&#233;t&#233; &#187;. &#171; Depuis une dizaine d'ann&#233;es, il y a ce que j'appelle &#8220;Jean qui rit et Jean qui pleure&#8221;. &#8220;Jean qui rit&#8221;, c'est &#8220;Vivre mieux&#8221;, avec l'&#201;ducation, la Sant&#233;, &#8220;Jean qui pleure&#8221;, c'est nous, les Informations g&#233;n&#233;rales. La d&#233;finition s'est &#233;largie depuis six ans, on a touch&#233; de plus en plus de sujets de Soci&#233;t&#233;&#8201;. &#187;
Si l'appartenance &#224; un service &#171; Soci&#233;t&#233; &#187; ou &#171; Faits divers &#187; n'est jamais fig&#233;e, les journalistes pouvant passer de l'un &#224; l'autre, elle oriente la fa&#231;on de travailler en banlieue et fonde (au moins partiellement) l'identit&#233; des journalistes. Tout se passe comme si les sp&#233;cialistes des faits divers incarnaient le p&#244;le &#171; viril &#187;, tant au regard des sources d'information (justice, police, cf. infra) que du vocabulaire et des pratiques utilis&#233;es. A contrario, les journalistes de la question sociale repr&#233;senteraient plut&#244;t les &#171; aspects &#8220;maternels&#8221;, protecteurs de l'&#201;tat-providence&#8201;8 &#187; (au Parisien, le service &#171; Vivre mieux &#187; est surnomm&#233; &#171; le service des mamans &#187;). Aux premiers, la d&#233;brouillardise, le go&#251;t du risque, aux seconds, la distance, la compr&#233;hension. C'est surtout &#224; travers la fa&#231;on dont les journalistes acc&#232;dent au terrain qu'ils se distinguent. Le fait d'entrer dans les cit&#233;s HLM dans des circonstances particuli&#232;rement dramatiques et de recourir &#224; des m&#233;thodes contest&#233;es, comme, par exemple, &#171; mettre le pied dans la porte &#187;, caract&#233;rise les pr&#233;pos&#233;s aux banlieues, au prisme des &#171; faits divers &#187;. Les relations avec les populations sont d'autant plus difficiles que les sources des faits-diversiers (police et justice) ont tendance &#224; ne percevoir ces lieux de vie qu'en fonction de la d&#233;linquance. Inversement, les journalistes qui travaillent hors des &#233;v&#233;nements exceptionnels privil&#233;gient les &#233;lus, les associations et de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les acteurs qui participent de l'encadrement des classes populaires. L'acc&#232;s au terrain y est moins un probl&#232;me dans la mesure o&#249; l'information &#233;mane davantage de ces acteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le journalisme en banlieue : un r&#233;v&#233;lateur des transformations du m&#233;tier&#8201; ?
Circonscrites aux m&#233;dias, plusieurs explications permettent de rendre compte de la fa&#231;on dont les services Faits divers ont progressivement impos&#233; leur d&#233;finition de ce qui fait &#171; &#233;v&#233;nement &#187; en banlieue et ceci, y compris dans la presse dite &#171; de qualit&#233; &#187;. L'introduction des techniques de managements au sein des entreprises de presse, et en particulier dans les r&#233;dactions t&#233;l&#233;vis&#233;es, particuli&#232;rement soumises aux imp&#233;ratifs d'audience, ont conduit les dirigeants &#224; r&#233;duire la dur&#233;e des reportages. Ce r&#232;gne de l'urgence pousse les journalistes &#224; recourir &#224; une information d&#233;livr&#233;e cl&#233; en main par les institutions avec lesquelles ils travaillent, sans proc&#233;der &#224; des v&#233;rifications &#233;l&#233;mentaires. Les exigences de r&#233;duction des co&#251;ts ont &#233;galement pouss&#233; les r&#233;dactions &#224; recourir aux &#171; pigistes &#187; (ils repr&#233;sentaient presque 20&#8201;% des d&#233;tenteurs de la carte de presse&#8201;9, tous supports confondus) ce qui, comme le souligne Erik Neveu, &#171; fait peser sur le journalisme une pression salariale &#224; la baisse&#8201;10 &#187;. Ces contraintes, sur fond de d&#233;gradation des conditions de travail, poussent les journalistes &#224; adh&#233;rer souvent &#171; par d&#233;faut &#187; au consensus&#8201;11. Dans le m&#234;me temps, la population des journalistes a chang&#233; : plus nombreux sur le march&#233; du travail (entre 1955 et 1999, le nombre de titulaires de la carte de presse a &#233;t&#233; multipli&#233; par 4,6, passant de 6&#8201;836 &#224; 31&#8201;902 journalistes&#8201;12), ils sont plus jeunes (la moiti&#233; des d&#233;tenteurs de la carte de presse a moins de 50 ans), plus f&#233;minins&#8201;13 et plus dipl&#244;m&#233;s. Ils sont &#233;galement, aujourd'hui, deux fois plus nombreux &#224; sortir d'&#233;coles de journalisme&#8201;14 que leurs a&#238;n&#233;s. Que le passage par un Institut de science politique constitue la voie royale pour int&#233;grer ces &#233;coles (entre 20 et 60&#8201;% des &#233;l&#232;ves re&#231;us selon les sites et les ann&#233;es contre 7,6&#8201;% en 1983) qui alimentent en effectifs la presse nationale politique et parisienne, confirme la proximit&#233; (r&#233;elle ou souhait&#233;e) du journalisme dominant avec le centre (&#233;conomique, politique, symbolique) et sa distance (r&#233;elle ou souhait&#233;e) &#224; l'&#233;gard de la p&#233;riph&#233;rie. Tire &#233;galement &#224; cons&#233;quence la tendance au journalisme &#171; polyvalent &#187; disposant d'un savoir-faire lui permettant de traiter de sujets diff&#233;rents, au d&#233;triment d'un journalisme plus sp&#233;cialis&#233;. L'organisation du travail a en effet &#233;t&#233; marqu&#233;e par une d&#233;sectorisation et la mise en place de pools de journalistes moins sp&#233;cialis&#233;s, en particulier dans les r&#233;dactions t&#233;l&#233;vis&#233;es15. Le journalisme en banlieue se caract&#233;rise par un important turn-over emp&#234;chant les journalistes de conna&#238;tre leur sujet, de se constituer et d'entretenir des relations sur le terrain et, ainsi, de se familiariser avec ces lieux et leurs populations. Parall&#232;lement, on observe le fort recul d'un journalisme &#171; engag&#233; &#187; au profit d'un mod&#232;le &#171; professionnel &#187;, en m&#234;me temps que la dimension technique du m&#233;tier a pris le pas sur la dimension &#171; intellectuelle&#8201;16 &#187;. Ce processus de &#171; d&#233;politisation &#187; au sens de positionnement par rapport &#224; un parti, &#224; un syndicat (qui n'est pas r&#233;ductible au secteur du journalisme) oriente le choix des interlocuteurs dans les quartiers d'habitat social, o&#249; les &#171; tranches de vie &#187; sont pr&#233;f&#233;r&#233;es aux analyses et aux discours de port&#233;e plus g&#233;n&#233;rale. Une fa&#231;on, pour les journalistes, de conserver le monopole de &#171; l'interpr&#233;tation des banlieues &#187;&#8200; ? n&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Il s'agit d'une version remani&#233;e du troisi&#232;me chapitre de mon livre, &#171; Les m&#233;dias et la banlieue &#187;, Lormont, l'INA/Le bord de l'eau, 2009.
2. Everett Hugues a montr&#233; comment dans chaque activit&#233; professionnelle existaient des t&#226;ches plus ou moins nobles &#224; accomplir (Le Regard sociologique. Essais choisis, textes rassembl&#233;s et pr&#233;sent&#233;s par Jean Michel Chapoulie, Paris, EHESS, 1996).
3. Jacques Siracusa, Le JT, machine &#224; &#233;crire. Sociologie du travail des reporters &#224; la t&#233;l&#233;vision, Bruxelles, De Boeck Universit&#233;/INA, 2001, p. 44.
4. Sauf pour ceux qui, sortis de leur r&#233;daction pour des postes de contr&#244;le des moyens de production entrent &#171; dans l'univers de la production personnalis&#233;e et sign&#233;e &#187; (Jacques Siracusa, op. cit., p. 43).
5. Nicolas Kaciaf, Les M&#233;tamorphoses des pages politiques dans la presse &#233;crite fran&#231;aise (1945-2000), th&#232;se de science politique, universit&#233; Paris-I-Panth&#233;on-Sorbonne, 2005, p. 21-22.
6. Jean-Gustave Padioleau, &#171; Syst&#232;mes d'interaction et rh&#233;toriques journalistiques &#187;, Sociologie du travail (3), 1976, p. 256-282. p.276. 7. Sur le traitement journalistique des sujets &#171; banlieue &#187; &#224; France 2, cf. J&#233;r&#244;me Berthaut, &#171; La mise en images du &#8220;probl&#232;me des banlieues&#8221; au prisme de la division du travail journalistique &#187;, Agone, n&#176;40, 2008, p. 109-130.
8. Erik Neveu, &#171; Le genre du journalisme. Des ambivalences de la f&#233;minisation d'une profession &#187;, Politix, 2000, vo. 13, no 51, p. 179-212.
9. Leur part est en r&#233;alit&#233; bien sup&#233;rieure : beaucoup d'entre eux ne pouvant effectuer le nombre d'heures suffisant pour obtenir la carte de presse ne sont pas comptabilis&#233;s dans ces statistiques.
10. &#201;rik Neveu, Sociologie du journalisme, Paris, La D&#233;couverte, 2004. Sur la pr&#233;carit&#233; dans l'audiovisuel, cf. Alain Accardo et al., Journalistes pr&#233;caires, Bordeaux, Le Mascaret, 1998.
11. Sur ce point, cf. Accardo et al., Journalistes au quotidien. Outils pour une socioanalyse des pratiques journalistiques, Bordeaux, Le Mascaret, 1995.
12. La p&#233;riode la plus favorable au recrutement, qui se situe entre 1978 &#224; 1992 (15&#8201;5000 &#224; 27&#8201;000 journalistes, soit une augmentation de 57&#8201;%), correspond au renouvellement du paysage m&#233;diatique audiovisuel fran&#231;ais et &#224; l'extension du march&#233; publicitaire. La plus importante progression concerne les m&#233;dias audiovisuels : 13,5&#8201;% des journalistes y travaillent en 1983, 17,1&#8201;% en 1990, 20,9&#8201;% en 1999 (soit un ciqnui&#232;me de la profession contre un dixi&#232;me au d&#233;but des ann&#233;es 1960). R&#233;my Rieffel, &#171; La profession de journaliste entre 1950 et 2000 &#187;, Herm&#232;s, no 35, 2003, pp.49-59.
13. Les femmes repr&#233;sentaient 15&#8201;% des journalistes en 1965, puis 20&#8201;% en 1974, pour atteindre 39&#8201;%, en 1999. Minoritaires dans la presse de province (&#233;crite et t&#233;l&#233;vis&#233;e), dans les agences photographiques, elles sont sous repr&#233;sent&#233;es dans les fonctions hi&#233;rarchiques et dans certains secteurs.
14. 14,8&#8201;% des d&#233;tenteurs de la carte de presse poss&#233;daient, en 1999, un dipl&#244;me des onze &#233;coles de journalisme reconnues par la convention collective.
15. Guillaume Garcia, Les Causes des &#171; sans &#187; &#224; l'&#233;preuve de la m&#233;diatisation. La construction m&#233;diatique des mobilisations sociales &#233;mergentes : enjeux et perspectives, th&#232;se de science politique, universit&#233; Paris-IX-Dauphine, 2005.
16. Sandrine L&#233;v&#234;que, &#171; Les journalistes sociaux. Histoire et sociologie d'une sp&#233;cialit&#233; journalistique &#187;, Rennes, PUR, 2000.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'&#339;il du JT : des grands ensembles aux &#171; quartiers &#187;</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/l-oeil-du-jt-des-grands-ensembles,599.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hugo</dc:creator>


		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>La repr&#233;sentation des &#171; banlieues &#187; ne peut s'expliquer par les seules sp&#233;cificit&#233;s sociales et spatiales ; elle &#233;volue aussi au gr&#233; des &#233;volutions politiques, sociales et m&#233;diatiques. La m&#233;diatisation des &#171; banlieues &#187; a &#233;t&#233; analys&#233;e par une cinquantaine de chercheurs depuis la fin des ann&#233;es 1980, &#224; des &#233;chelles temporelles et m&#233;diatiques variables. D&#232;s 1989, la presse &#233;crite permet de reconsid&#233;rer certains &#233;pisodes pass&#233;s afin d'&#233;clairer une &#233;tude de la vie &#224; La Courneuve&#8201;1&#8201; ; elle aide aussi &#224; construire un (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L118xH150/arton599-306d9.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='118' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:118px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;La repr&#233;sentation des &#171; banlieues &#187; ne peut s'expliquer par les seules sp&#233;cificit&#233;s sociales et spatiales ; elle &#233;volue aussi au gr&#233; des &#233;volutions politiques, sociales et m&#233;diatiques.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La m&#233;diatisation des &#171; banlieues &#187; a &#233;t&#233; analys&#233;e par une cinquantaine de chercheurs depuis la fin des ann&#233;es 1980, &#224; des &#233;chelles temporelles et m&#233;diatiques variables.
D&#232;s 1989, la presse &#233;crite permet de reconsid&#233;rer certains &#233;pisodes pass&#233;s afin d'&#233;clairer une &#233;tude de la vie &#224; La Courneuve&#8201;1&#8201; ; elle aide aussi &#224; construire un r&#233;cit des ann&#233;es 1980&#8201;2. Puis la m&#233;diatisation devient un objet d'&#233;tudes en soi. Elle peut concerner des &#233;v&#233;nements ou des quartiers, ceux de Vaulx-en-Velin en 1990 en particulier&#8201;3, l'image de cette ville faisant en soi l'objet d'une th&#232;se&#8201;4. La crise de 2005 suscite un regain de publications&#8201;5. D'autres auteurs se consacrent &#224; des p&#233;riodes plus longues et &#224; une m&#233;diatisation plus routini&#232;re, notamment dans les d&#233;bats et magazines t&#233;l&#233;vis&#233;s de 1990 &#224; 1994&#8201;6, dans les m&#233;dias r&#233;gionaux et la t&#233;l&#233;vision nationale de mars 1998 &#224; f&#233;vrier 1999&#8201;7.
L'&#233;chelle d'une th&#232;se et/ou l'utilisation des outils de recherche mis en &#339;uvre par l'Inath&#232;que de France offrent la possibilit&#233; d'&#233;tablir de plus vastes corpus m&#233;diatiques. Cela permet d'&#233;valuer la place des grands ensembles dans les programmes d'information&#8201;8 et/ou de fictions t&#233;l&#233;vis&#233;es&#8201;9, ou d'&#233;tudier les magazines consacr&#233;s &#224; la d&#233;linquance, &#224; l'ins&#233;curit&#233; et aux violences urbaines de 1995 &#224; 2002&#8201;10. Citons encore l'&#233;tude de 1&#8201;600 articles de presse sur l'immigration et les &#171; cit&#233;s &#187; pour la p&#233;riode 1995-2002&#8201;11.
Mais l'image des &#171; banlieues &#187; n'est pas un isolat. Si elle rel&#232;ve des caract&#233;ristiques propres &#224; ces quartiers, &#224; leur &#233;volution ainsi que de pratiques journalistiques sp&#233;cifiques et routini&#232;res&#8201;12, elle gagne &#224; &#234;tre confront&#233;e aux repr&#233;sentations m&#233;diatiques d'espaces, de populations et de &#171; questions de soci&#233;t&#233; &#187; dont elle s'exclut ou auxquelles elle ne se superpose que partiellement&#8201;13. Elle fait, en outre, &#233;cho aux &#233;volutions du d&#233;bat public et du JT lui-m&#234;me. &#192; l'appui d'une th&#232;se en cours sur les repr&#233;sentations des &#171; banlieues &#187; au journal de 20 heures des ann&#233;es 1950 &#224; 2002, on propose ici de replacer celles-ci dans le maillage de repr&#233;sentations et d'enjeux politiques et m&#233;diatiques qui &#8212; de l'&#171; ext&#233;rieur &#187; &#8212; la configurent en partie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La solution des grands ensembles
Le journal t&#233;l&#233;vis&#233; des ann&#233;es 1950 et 1960 est utilis&#233; par les gouvernements successifs pour promouvoir les politiques qu'ils mettent en &#339;uvre. Ainsi, de maquettes en inaugurations, puis lors d'entretiens en plateau ou &#224; distance, les ministres sont &#224; l'honneur pour d&#233;fendre la politique du logement, et en particulier les grands ensembles qui surgissent sur tout le territoire. Le JT fait d&#233;couvrir ces tours et ces barres aux Fran&#231;ais sur un ton exclusivement positif, l&#224; o&#249; la presse (et, avec prudence, certains magazines d'information t&#233;l&#233;vis&#233;s) &#233;met des doutes d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1960 : pas de &#171; sarcellite &#187; au 20 heures, seulement une r&#233;ponse &#224; la crise du logement&#8201;14.
En outre, la banlieue parisienne, rarement appel&#233;e ainsi, n'appara&#238;t pas comme un espace unifi&#233;, mais, &#224; travers de nombreux reportages, comme une constellation de communes, au gr&#233; des centres d'int&#233;r&#234;t du journal, des pistes d'Orly au stade de Colombes, des bords de Marne au port de Gennevilliers. Elle est avant tout le terrain de sport et d'excursion de l'agglom&#233;ration parisienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un cadre de vie d&#233;faillant
Dans l'apr&#232;s-68, les pr&#233;occupations pour l'environnement et la &#171; qualit&#233; de la vie &#187; deviennent plus pressantes. Sous l'effet de la lib&#233;ralisation relative de l'ORTF, conc&#233;d&#233;e par Jacques Chaban-Delmas, la question &#233;merge au 20 heures. Fait nouveau, on donne la parole aux habitants des grands ensembles, leurs griefs contribuant &#224; diffuser une image de ces quartiers d&#233;sormais majoritairement n&#233;gative dans les JT. La Courneuve en devient l'embl&#232;me et l'on fonde d&#233;sormais ses espoirs au diapason de la nouvelle politique d'urbanisme dans les villes nouvelles.
Quelques faits divers et l'augmentation de la d&#233;linquance modifient le regard sur ces quartiers : en 1977, le rapport &#171; R&#233;ponses &#224; la violence &#187; met notamment sur le compte des grands ensembles et des villes nouvelles la diffusion du &#171; sentiment d'ins&#233;curit&#233;&#8201;15 &#187;. Les &#171; loubards &#187;, puis parfois les fils des familles immigr&#233;es qui acc&#232;dent aux HLM au cours de la d&#233;cennie sont alors plut&#244;t consid&#233;r&#233;s comme des victimes de leur environnement et du ch&#244;mage croissant. Le racisme dont t&#233;moignent quelques habitants est condamn&#233; par les journalistes qui leur tendent le micro.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Minguettes, lieu de m&#233;moire
La transition politique &#8212; &#224; l'&#233;chelle du pays et des r&#233;dactions &#8212; explique peut-&#234;tre la couverture &#224; retardement des rod&#233;os et incendies de voitures qui se multiplient en banlieue lyonnaise pendant l'&#233;t&#233; 1981, et que la presse locale recense depuis plusieurs ann&#233;es. Cela expliquerait que la radio publique en rende compte, au m&#234;me titre que la presse, d&#232;s juillet, quand ils n'apparaissent au 20 heures que le 7 septembre. Quoi qu'il en soit, ces &#233;v&#233;nements constituent a posteriori un lieu de m&#233;moire dont bien des reportages feront un point d'origine. Les r&#233;dactions &#8212; fid&#232;les &#224; ce principe au fil des d&#233;cennies &#8212; accueillent avec bienveillance la plupart des nouvelles politiques publiques annonc&#233;es ou mises en &#339;uvre. Et l'enthousiasme est de mise &#8212; &#224; l'heure o&#249; la France d&#233;couvre ses &#171; beurs &#187; &#8212; pour la marche de 1983 puis pour SOS Racisme. Mais, au quotidien, la multiplication des faits divers au 20 heures &#224; la fin des ann&#233;es 1980&#8201;16 contribue &#224; noircir encore l'image des banlieues fran&#231;aises, et &#224; expliquer par leur origine &#233;trang&#232;re le comportement de certains habitants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &#171; probl&#232;me des banlieues &#187;
De nouvelles pr&#233;occupations se t&#233;lescopent. La fatwa prononc&#233;e contre Salman Rushdie a indign&#233;&#8201; ; les coll&#233;giennes de Creil qui souhaitent porter le voile &#224; l'&#233;cole interpellent&#8201; ; les &#233;chos du FIS alg&#233;rien inqui&#232;tent : l'islam fait une entr&#233;e fracassante sur la sc&#232;ne publique. Les scores du Front national, &#224; Dreux puis au-del&#224;, et les surench&#232;res de la droite sur le droit &#224; la nationalit&#233; &#224; partir de 1986 placent l'immigration au c&#339;ur du d&#233;bat public.
Aussi la mort de Thomas Claudio lors d'une course-poursuite &#224; Vaulx-en-Velin en octobre 1990 et les incidents violents qu'elle d&#233;clenche sont massivement couverts par la t&#233;l&#233;vision, dans un climat d'inqui&#233;tudes convergentes. Lorsque des manifestations de lyc&#233;ens de banlieue d&#233;g&#233;n&#232;rent &#224; Montparnasse le mois suivant, G&#233;rard Carreyrou y voit une importation de la violence &#171; avec une forte connotation ethnique &#187; &#8211; &#171; Vaulx-en-Velin au c&#339;ur de Paris&#8201;17 &#187;. Par agglom&#233;ration et r&#233;p&#233;tition, le &#171; probl&#232;me des banlieues &#187; est n&#233;, que la nomination d'un ministre de la Ville finit par venir institutionnaliser en d&#233;cembre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#171; banlieues &#224; probl&#232;me &#187;
&#192; partir de cette &#233;poque, au gr&#233; d'&#233;v&#233;nements similaires plus ou moins couverts selon l'&#233;tat d'esprit dans les r&#233;dactions &#8212; entre euph&#233;misation et sensationnalisme &#8212; et de faits divers plus courants, le label &#171; banlieue &#187; sert souvent &#224; lui seul de cadre explicatif. Surtout, c'est d&#233;sormais en priorit&#233; vers ces quartiers qu'on se tourne pour &#233;voquer l'immigration, l'islam, la d&#233;linquance, alors qu'il reste rare d'y filmer des reportages sur la vie quotidienne des Fran&#231;ais (leur sant&#233;, leurs loisirs, etc.). Ainsi se construit l'image d'une banlieue r&#233;duite &#224; ses seules difficult&#233;s. Si certaines villes &#233;chappent &#224; cette repr&#233;sentation univoque &#8212; Saint-Denis, Sarcelles, Villeurbanne &#8212; d'autres n'apparaissent au 20 heures qu'&#224; ce titre &#8212; Vaulx-en-Velin, Mantes-la-Jolie, Montfermeil, Garges-l&#232;s-Gonesse, La Courneuve, etc.
Sans dessein pr&#233;alable, par accumulation de reportages, c'est bien une image globalement coh&#233;rente des quartiers populaires p&#233;riph&#233;riques qui &#233;merge et que ne peuvent contrecarrer les sujets sur les exemples positifs, qui fleurissent en particulier apr&#232;s les &#233;pisodes violents. Nul doute que ces images renforcent chez certains des t&#233;l&#233;spectateurs qui y vivent le sentiment d'ext&#233;riorit&#233; &#8212; voire d'exclusion &#8212; qu'ils exp&#233;rimentent au quotidien. n&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Christian Bachmann et Luc Basier, Mise en images d'une banlieue ordinaire, Paris, Syros-Alternatives, 1989, 140 p.
2. Alain Battegay et Ahmed Boubeker, &#171; Fractures sociales et discours publics : des Minguettes &#224; Vaulx-en-Velin, l'encha&#238;nement des actualit&#233;s &#187;, Les Temps modernes, 1992, p. 51-76.
3. Patrick Champagne, &#171; La construction m&#233;diatique des &#8220;malaises sociaux&#8221; &#187;, Actes de la recherche en sciences sociales, no 90, 1991, p. 64-75&#8201;[&#201;tude de la presse et de la t&#233;l&#233;vision r&#233;gionales et nationales] ; Sylvie Tissot, L'&#201;tat et les quartiers. Gen&#232;se d'une cat&#233;gorie de l'action publique, Paris, &#201;ditions du Seuil, 2007, 306 p.&#8201;[&#233;tude de presse] ; Annie Collovald, &#171; Violence et d&#233;linquance dans la presse. Politisation d'un malaise social et technicisation de son traitement &#187;, in F. Bailleau et C. Gorgeon (dir.), Pr&#233;vention et s&#233;curit&#233; : vers un nouvel ordre social&#8201; ? Paris, &#201;ditions de la DIV, 2000, p. 39-53. [&#233;tude de presse]
4. Pierre Gandonni&#232;re, La Construction m&#233;diatique de Vaulx-en-Velin, th&#232;se de doctorat en SIC, dir. par Jean-Paul Metzger, Lyon-III, 2000, 2 vol., 538 p.
5. Parmi lesquelles l'analyse de &#171; l'&#233;meute de papier &#187; par G&#233;rard Mauger : L'&#201;meute de novembre 2005. Une r&#233;volte protopolitique, Bellecombe-en-Bauges, &#201;ditions du Croquant, 2006, 159 p.
6. Henri Boyer et Guy Lochard, Sc&#232;nes de t&#233;l&#233;vision en banlieue, 1950-1994, Paris, INA/La Documentation fran&#231;aise, 1998, 204 p.
7. Angelina Peralva et &#201;ric Mac&#233;, M&#233;dias et violences urbaines. D&#233;bats politiques et construction journalistique, Paris, La Documentation fran&#231;aise, 2002, 220 p. L'&#233;tude s'arr&#234;te en particulier sur les &#233;meutes de d&#233;cembre 1998 au Mirail.
8. Julie Sedel, Les M&#233;dias &amp; la banlieue, Lormont, INA/Le Bord de l'eau, 2009, 248 p.
9. Camille Canteux, Villes r&#234;v&#233;es, villes introuvables, Histoire des repr&#233;sentations audiovisuelles des grands ensembles &#224; la t&#233;l&#233;vision, au cin&#233;ma et dans les films institutionnels du milieu des ann&#233;es 1930 au d&#233;but des ann&#233;es 1980, th&#232;se de doctorat en histoire, dir. par Annie Fourcaut, Paris-I, 2008, 2 vol., 847 p.
10. Laurent Bonelli, La France a peur. Une histoire sociale de l'&#8220;ins&#233;curit&#233;&#8221;, Paris, La D&#233;couverte, 2008, 418 p.
11. Mathieu Rigouste, &#171; Le langage des m&#233;dias sur &#8220;les cit&#233;s&#8221; : repr&#233;senter l'espace, l&#233;gitimer le contr&#244;le &#187;, Hommes et Migrations, no 1252, 2004, p. 74-81.
12. En particulier Julie Sedel, op. cit.&#8201; ; sur les pratiques journalistiques t&#233;l&#233;vis&#233;es en banlieue, voir aussi J&#233;r&#244;me Berthaut, &#171; La mise en images du &#8220;probl&#232;me des banlieues&#8221; au prisme de la division du travail journalistique &#187;, Agone, no 40, 2008, p. 109-130.
13. Citons, pour la t&#233;l&#233;vision, Claire S&#233;cail, Le Crime &#224; l'&#233;cran. Le Fait divers criminel &#224; la t&#233;l&#233;vision (1950-2009), Paris, Nouveau Monde &#201;ditions, 2009&#8201; ; Thomas Deltombe, L'Islam imaginaire. La construction m&#233;diatique de l'islamophobie en France, 1975-2005, Paris, La D&#233;couverte, 2005, 384 p.&#8201; ; &#201;douard Mills-Affif, Filmer les immigr&#233;s. Les repr&#233;sentations audiovisuelles de l'immigration &#224; la t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise, 1960-1986, Bruxelles INA/De Boeck, 2004, 300 p.
14. Alexandre Borrell, &#171; Nouveaux paysages urbains. Tours et barres &#224; l'&#233;cran, 1955-1974 &#187;, in &#201;velyne Cohen et Marie-Fran&#231;oise L&#233;vy (dir.), La T&#233;l&#233;vision des Trente Glorieuses. Culture et politique, Paris, CNRS &#201;ditions, 2007, p. 253-268. Voir &#233;galement Camille Canteux, op. cit.
15. &#171; Peyrefitte sur la violence &#187;, TF1, 20 heures, interrog&#233; par Roger Gicquel, 28 juillet 1977.
16. Claire S&#233;cail, op. cit.
17. &#201;ditorial du directeur de la r&#233;daction, TF1, 20 heures, 12 novembre 1990.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les &#171; banlieues &#187; : un enjeu m&#233;diatique ?</title>
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		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>Ce dossier vise &#224; &#233;clairer, &#224; travers l'exemple des &quot;banlieues&quot;, les contraintes m&#233;diatiques qui r&#233;gissent l'acc&#232;s au d&#233;bat public, et, par voie de cons&#233;quence, la possibilit&#233; qu'ont certains groupes sociaux de peser sur les repr&#233;sentations qui sont (ou qui peuvent &#234;tre) donn&#233;es d'eux-m&#234;mes. Il rassemble les contributions de huit chercheurs issus de diff&#233;rentes disciplines (histoire, sociologie, science politique, sciences de l'information et de la communication). Dans mon livre &#171; Les m&#233;dias et la banlieue (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Ce dossier vise &#224; &#233;clairer, &#224; travers l'exemple des &quot;&lt;i&gt;banlieues&lt;/i&gt;&quot;, les contraintes m&#233;diatiques qui r&#233;gissent l'acc&#232;s au d&#233;bat public, et, par voie de cons&#233;quence, la possibilit&#233; qu'ont certains groupes sociaux de peser sur les repr&#233;sentations qui sont (ou qui peuvent &#234;tre) donn&#233;es d'eux-m&#234;mes. Il rassemble les contributions de huit chercheurs issus de diff&#233;rentes disciplines (histoire, sociologie, science politique, sciences de l'information et de la communication).&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans mon livre &#171; Les m&#233;dias et la banlieue &#187; 1, j'ai voulu comprendre comment l'expression &#171; banlieue &#187; en &#233;tait venue &#224; d&#233;signer des &#233;v&#233;nements violents associ&#233;s &#224; une fraction pourtant minoritaire de la population des quartiers d&#233;favoris&#233;s. J'ai propos&#233; d'y r&#233;pondre en &#233;tudiant les transformations objectives de ces quartiers, au principe de ces repr&#233;sentations, et celles du fonctionnement journalistique. En m'appuyant sur les travaux de Patrick Champagne, j'ai sugg&#233;r&#233; de consid&#233;rer l'information comme le r&#233;sultat d'une production collective au sein de laquelle des groupes et des individus sont mieux &#224; m&#234;me que d'autres d'imposer une d&#233;finition sociale de l'&#233;v&#233;nement2. Le fait que les journalistes occupent une position strat&#233;gique dans l'espace public dont ils d&#233;terminent prioritairement l'acc&#232;s explique les luttes de concurrence pour attirer leur attention. Or, l'acc&#232;s aux m&#233;dias est in&#233;galement distribu&#233;. Harvey Molotch et Marilyn Lester ont ainsi montr&#233; comment certaines cat&#233;gories disposant de ressources (repr&#233;sentants politiques, responsables des entreprises, personnalit&#233;s du spectacle, journalistes) y sont favorablement accueillies, tandis que d'autres, moins dot&#233;es, sont amen&#233;es &#224; &#171; cr&#233;er l'&#233;v&#233;nement en court-circuitant d'une mani&#232;re ou d'une autre les arrangements en vigueur concernant l'&#233;laboration d'informations, en suscitant la surprise, le choc ou des formes plus violentes d'incidents &#187;3.
Emanant souvent d'institutions, certaines formulations des probl&#232;mes qui ont cours, par exemple, au sein des sph&#232;res judiciaires s'imposent plus facilement aux journalistes (du fait de la parent&#233; entre ces deux univers)4 que d'autres (telles celles des travailleurs sociaux). L'acc&#232;s au d&#233;bat public est encore tributaire de &#171; porte-parole et de repr&#233;sentants patent&#233;s, charg&#233;s de dire ce que pensent ces &#8220;groupes&#8221; &#187;5. Or, ceux qui sont confondus sous le label de &#171; banlieusards &#187; ne disposent ni des moyens sociaux ni des instruments d'acc&#232;s &#224; l'expression publique l&#233;gitime. Ils sont &#224; l'image de ces &#171; cat&#233;gories stigmatiques, comme les d&#233;signe Erving Goffman, qui, &#8220;incapables d'une action collective&#8221;, &#8220;doivent se soumettre&#8221;, pour &#234;tre reconnues et entendues comme telles, &#224; une &#8220;organisation sup&#233;rieure&#8221;. &#187;&#8201;6
Ce dossier vise donc &#224; &#233;clairer, &#224; travers l'exemple des &#171; banlieues &#187;, les contraintes m&#233;diatiques qui r&#233;gissent l'acc&#232;s au d&#233;bat public, et, par voie de cons&#233;quence, la possibilit&#233; qu'ont certains groupes sociaux de peser sur les repr&#233;sentations qui sont (ou qui peuvent &#234;tre) donn&#233;es d'eux-m&#234;mes. Il rassemble les contributions de huit chercheurs issus de diff&#233;rentes disciplines (histoire, sociologie, science politique, sciences de l'information et de la communication).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. &#201;ditions INA/Le Bord de l'eau, avril 2009
2. Patrick Champagne, &#171; La manifestation. La production de l'&#233;v&#233;nement politique &#187;, Actes de la recherche en sciences sociales, 1984, vol. 52, no 1, p. 19-41.
3. Harvey Molotch, Marilyn Lester, &#171; Informer : une conduite d&#233;lib&#233;r&#233;e. De l'usage strat&#233;gique des &#233;v&#233;nements &#187;, American Sociological Review, vol. 39, f&#233;vrier 1974, traduit dans R&#233;seaux no 75, 1996.
4. Emmanuel Henry, &#171; Le droit comme vecteur de publicisation des probl&#232;mes sociaux, effets publics du recours au droit dans le cas de l'amiante &#187;, in Liora Isra&#235;l, Guillaume Sacriste, Antoine Vauchez et Laurent Willemez (dir.), Sur la port&#233;e sociale du droit. Usages et l&#233;gitimit&#233; du registre juridique, PUF, 2005, p. 187-200.
5. Patrick Champagne, art. cit.
6. Erving Goffman, Stigmates. Les usages sociaux des handicaps, Paris, Minuit, 1963 (r&#233;&#233;d. 1975), p. 36-40.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; l'int&#233;rieur de &#171; Mots crois&#233;s &#187;</title>
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		<dc:date>2009-12-10T14:10:37Z</dc:date>
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		<dc:creator>Hugo</dc:creator>


		<dc:subject>Mediamorphose - dossier</dc:subject>

		<description>Comment inviter un &#171; mouvement social &#187; &#224; la table des discussions... lorsque personne ne s'avance pour le repr&#233;senter ? L'analyse d'un d&#233;bat sur les &quot;&#233;meutes&quot; r&#233;v&#232;le le mode d'emploi des d&#233;bats publics &#224; la t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise. Le 31 octobre 2005, l'&#233;mission &#171; Mots crois&#233;s &#187; (France 2) est la premi&#232;re &#224; proposer, depuis le d&#233;but des &#171; &#233;meutes&#8201;1 &#187; en banlieue et sur une cha&#238;ne nationale, un d&#233;bat politique sur cette question. Le plateau rassemble plusieurs responsables politiques : Azouz Begag, ministre d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Comment inviter un &#171; mouvement social &#187; &#224; la table des discussions... lorsque personne ne s'avance pour le repr&#233;senter ? L'analyse d'un d&#233;bat sur les &quot;&#233;meutes&quot; r&#233;v&#232;le le mode d'emploi des d&#233;bats publics &#224; la t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 31 octobre 2005, l'&#233;mission &#171; Mots crois&#233;s &#187; (France 2) est la premi&#232;re &#224; proposer, depuis le d&#233;but des &#171; &#233;meutes&#8201;1 &#187; en banlieue et sur une cha&#238;ne nationale, un d&#233;bat politique sur cette question. Le plateau rassemble plusieurs responsables politiques : Azouz Begag, ministre d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; l'&#201;galit&#233; des chances&#8201; ; Claude Dilain, maire socialiste de Clichy-sous-Bois&#8201; ; Manuel Valls, d&#233;put&#233;-maire socialiste d'&#201;vry&#8201; ; Manuel Aeschimann, d&#233;put&#233;-maire UMP d'Asni&#232;res. Les autres invit&#233;s sont S&#233;bastian Roch&#233;, directeur de recherche au CNRS, pr&#233;sent&#233; comme un sp&#233;cialiste des &#171; violences urbaines &#187;&#8201; ; Bruno Beschizza, commandant de police et responsable du syndicat Synergie Officiers (composante du syndicat Alliance, class&#233; &#224; droite, affili&#233; &#224; la CFE-CGC)&#8201; ; Samir Mihi, &#233;ducateur sportif et surveillant dans un lyc&#233;e de Clichy-sous- Bois. La pr&#233;sence, au milieu d'invit&#233;s, d'un personnage socialement proche des &#171; &#233;meutiers &#187; appara&#238;t comme une innovation bienvenue. On compte alors beaucoup sur le talent d'Yves Calvi, promu depuis deux mois &#224; la t&#234;te de cette &#233;mission bien install&#233;e dans le Paysage audiovisuel fran&#231;ais (PAF) pour tirer le meilleur parti de cet invit&#233; apr&#232;s ces quatre nuits de violences. Il est entour&#233; de Gilles Bornstein, ex-r&#233;dacteur en chef de &#171; &#199;a se discute &#187;, et de deux journalistes &#171; plateau &#187; qui rassemblent la mati&#232;re premi&#232;re des d&#233;bats &#8212; invit&#233;s, id&#233;es, documentation. L'&#233;mission sur les &#171; &#233;meutes &#187; a &#233;t&#233; mont&#233;e en urgence pour &#171; coller &#187; &#224; l'actualit&#233;. Le principe est le suivant : entre deux reportages r&#233;alis&#233;s par des &#233;quipes du Journal t&#233;l&#233;vis&#233; de France 2, les invit&#233;s sont amen&#233;s &#224; d&#233;battre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deux d&#233;fis
Les &#171; &#233;meutes &#187; interpellent les organisateurs de l'&#233;mission au-del&#224; de leur dimension spectaculaire. Les journalistes en charge du d&#233;bat doivent relever deux d&#233;fis : d'une part, &#233;viter la &#171; sanction de l'Audimat &#187;, qui a fait dispara&#238;tre dans les ann&#233;es 1980-1990 les grandes &#233;missions de t&#233;l&#233;vision politique. D'autre part, montrer que la t&#233;l&#233;vision est un instrument d&#233;mocratique : faire que &#171; les choses sortent &#187;, selon l'expression de Nathalie Saint-Cricq, la pr&#233;c&#233;dente r&#233;dactrice en chef. Les participants doivent &#234;tre capables d'&#233;noncer une parole forte sur les &#233;v&#233;nements politiques du moment pour &#171; d&#233;bloquer &#187; des situations fig&#233;es. En somme, &#171; Mots crois&#233;s &#187; doit devenir une place publique en vue, parce qu'il s'y dit ce que l'on tait ailleurs. Les deux journalistes en charge de l'&#233;mission se pr&#233;sentent comme des &#171; sp&#233;cialistes &#187; : &#224; Yves Calvi le talent de la ma&#239;eutique, &#224; Gilles Bornstein l'exp&#233;rience des reality show et du t&#233;moignage des victimes. La pr&#233;paration des &#233;missions comprend un important travail de &#171; casting &#187; : rep&#233;rer dans d'autres m&#233;dias les intervenants potentiels, v&#233;rifier qu'ils ne sont pas trop &#171; us&#233;s &#187;, selon les propos de Gilles Bornstein, par des interventions trop r&#233;p&#233;t&#233;es, s'entretenir avec eux en direct ou par t&#233;l&#233;phone sur le sens de leur possible intervention.
L'&#233;v&#233;nement &#171; &#233;meutes &#187; est un d&#233;fi de taille pour les responsables de cette &#233;mission dans la mesure o&#249; ce soul&#232;vement de grande ampleur ne fait pas intervenir de porte-parole &#171; officiel &#187;. Quelques voix s'&#233;l&#232;vent &#8212; ainsi celle de Samir Mihi &#8212; sans &#234;tre port&#233;es pas la l&#233;gitimit&#233; ou l'exp&#233;rience des repr&#233;sentants qui interviennent habituellement dans l'espace public. Dans un entretien qu'il m'accorde apr&#232;s coup, Samir Mihi se pr&#233;sente comme un &#171; enfant de la t&#233;l&#233; &#187;. Un consommateur d'&#233;missions de toute sorte&#8230; &#224; l'exception des d&#233;bats politiques qu'il &#171; zappe &#187;, qui &#171; l'&#233;nervent &#187;. Selon lui, le d&#233;bat est une sc&#232;ne d'affrontements sans r&#232;gles. Il s'agit &#171; de prendre la parole sans attendre qu'on vous la donne &#187;. Sa posture contraste avec celle des repr&#233;sentants syndicaux et religieux, des responsables d'association, qui interviennent r&#233;guli&#232;rement dans &#171; Mots crois&#233;s &#187; au titre de la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187;. C'est en ce sens que G&#233;rard Mauger dit de cette r&#233;volte qu'elle est &#171; protopolitique &#187; : ceux qui parlent en son nom n'appartiennent pas &#224; une organisation liant base et sommet du mouvement. La pr&#233;sence de Samir Mihi &#224; &#171; Mots crois&#233;s &#187; r&#233;v&#232;le, ce 31 octobre 2005, une r&#232;gle habituellement tacite de l'&#233;mission : l'existence de rituels auxquels les participants se soumettent pour signifier qu'ils collaborent, malgr&#233; leurs divergences, &#224; ce que l'&#233;mission se d&#233;roule sans accroc. Le d&#233;bat politique &#224; la t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise n'est en effet ni un duel ni un match, o&#249; le but serait d'&#233;craser l'adversaire. Dans l'esprit des organisateurs et de la plupart des participants, il s'agit d'un &#171; jeu &#187; dans lequel avancer calmement sa position permet de se &#171; grandir &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Court-circuit
Les &#171; &#233;meutes &#187; en cours ne feront donc pas d&#233;vier le cadre finalement assez classique de l'&#233;mission politique qui s'inscrit fid&#232;lement dans le sch&#233;ma de l'interview politique de la Ve R&#233;publique d&#233;crite par Nicolas Kaciaf&#8201;2 : d&#233;crypter les petites phrases, d&#233;crire les man&#339;uvres d'appareil, d&#233;voiler les tensions derri&#232;re l'unit&#233; de fa&#231;ade des appareils. Les vingt premi&#232;res minutes de l'&#233;mission sont ainsi consacr&#233;es &#224; commenter les propos de Nicolas Sarkozy prononc&#233;s sur la dalle d'Argenteuil : &#171; Racaille &#187;, &#171; karcher &#187; &#233;taient-ils des termes appropri&#233;s&#8201; ? Par cette question, Yves Calvi teste la coh&#233;sion gouvernementale en interrogeant le ministre Azouz Begag. Puis il s'en sert pour recueillir l'avis d'un syndicaliste policier sur son minist&#232;re de tutelle. Yves Calvi se tourne ensuite vers le d&#233;put&#233;-maire socialiste Manuel Valls &#8212; r&#233;put&#233; proche de la droite sur les questions de maintien de l'ordre &#8212; pour voir si sa r&#233;action aux propos de Sarkozy sera r&#233;v&#233;latrice de cette proximit&#233;. Mais lorsque l'animateur se tourne vers Samir Mihi pour lui demander sa r&#233;action, il se heurte &#224; un refus : &#171; Les deux informations les plus importantes sont la mort de deux jeunes et un jet de grenade lacrymog&#232;ne par la police la veille au milieu d'un groupe de fid&#232;les musulmans. Je ne vais pas d&#233;battre sur ce que dit M. Sarkozy &#187;, dit-il. L'&#233;ducateur refuse donc de jouer le jeu du d&#233;bat. Mieux, il affirme dans la m&#234;me phrase que la grenade lacrymog&#232;ne tir&#233;e par des policiers devant la mosqu&#233;e de Clichy-sur-Bois &#233;tait un acte d&#233;lib&#233;r&#233; visant pr&#233;cis&#233;ment le lieu de culte&#8201;3. Il contrevient ainsi &#224; une r&#232;gle du fonctionnement de l'&#233;mission, que les journalistes rappellent r&#233;guli&#232;rement : les informations d&#233;livr&#233;es &#224; l'antenne doivent &#234;tre recoup&#233;es, certifi&#233;es avant d'&#234;tre rendues publiques. Ce principe r&#233;git l'&#233;change entre les intervenants et fonde la r&#233;putation de &#171; Mots crois&#233;s &#187; comme &#233;mission de journalistes reconnue par la profession &#8212; au m&#234;me titre, par exemple, que le Journal t&#233;l&#233;vis&#233; de France 2.
Le refus, de la part de Samir Mihi, de se soumettre aux r&#232;gles du d&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233; et les r&#233;ticences des autres participants &#224; reconna&#238;tre sa version des faits &#8212; version dont on peut supposer qu'elle &#233;mane des populations avec lesquelles il est en contact, sur le terrain &#8212; conduisent les autres d&#233;batteurs pr&#233;sents &#224; &#171; faire bloc &#187; contre lui. Le maire de Clichy-Sous-Bois, Claude Dilain, refuse de confirmer que la police a vis&#233; la mosqu&#233;e dans ses tirs de grenade. Yves Calvi demande &#224; Samir Mihi de certifier qu'il est bien partisan d'un retour au calme. Vingt minutes plus tard, un &#233;lu UMP se lance dans une diatribe contre &#171; certains &#233;ducateurs qui organisent des marches blanches et qui ensuite tiennent des discours contre la police &#187;, accentuant son isolement vis-&#224;-vis des autres intervenants.
Ce face-&#224;-face entre Samir Mihi et les professionnels de la politique pr&#233;sents sur le plateau constitue une sorte de court-circuitage de la repr&#233;sentation m&#233;diatique ordinaire. Ce court-circuitage est rendu possible par la situation des &#233;meutes, qui poussent &#224; une sorte de paroxysme la situation de double contrainte dans laquelle se trouve le d&#233;bat public t&#233;l&#233;visuel. D'une part, l'&#233;mission doit sacrifier au principe de plaisir : divertir, attirer, surprendre le t&#233;l&#233;spectateur avec des t&#233;moignages inattendus. D'autre part, sa mission de service public l'am&#232;ne &#224; inviter des repr&#233;sentants professionnels. Le d&#233;bat sur les &#171; &#233;meutes &#187; voit ainsi s'affronter deux logiques, civique et marchande, dans un combat dont la forme d&#233;roge au mode d'emploi traditionnel. n&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Cet article est tir&#233; d'une enqu&#234;te men&#233;e aupr&#232;s de la r&#233;daction de &#171; Mots crois&#233;s &#187;.
2. Nicolas Kaciaf, Les M&#233;tamorphoses des pages Politique dans la presse &#233;crite fran&#231;aise (1945-2000), th&#232;se soutenue le 15 d&#233;cembre 2005 sous la direction de M. Philippe Braud.
3. D'apr&#232;s les r&#233;sultats de l'enqu&#234;te, confi&#233;e &#224; la s&#251;ret&#233; d&#233;partementale de Seine-Saint-Denis, aucun impact de tir de grenade lacrymog&#232;ne n'a pu &#234;tre relev&#233; &#224; l'int&#233;rieur de la mosqu&#233;e Bilal de Clichy-sous-Bois. Source : Le Monde, 9 novembre 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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