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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>La socpresse prise d'assaut </title>
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		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>

		<description>Depuis la Lib&#233;ration, les quotidiens fran&#231;ais sont pauvres, manquent de gestionnaires et ne doivent leur survie qu'aux subsides de l'Etat. Une situation r&#234;v&#233;e pour les chasseurs de titres. Serge Dassault n'a pas rat&#233; le coche. Face &#224; la concentration des entreprises de presse, il est de bon ton d'en appeler aux ordonnances de 1944 qui r&#233;organis&#232;rent le syst&#232;me m&#233;diatique fran&#231;ais au sortir de la guerre. A la Lib&#233;ration, le gouvernement du g&#233;n&#233;ral de Gaulle, soutenu par les partis r&#233;sistants, notamment le (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L115xH150/arton88-c5b7a.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='115' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:115px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Depuis la Lib&#233;ration, les quotidiens fran&#231;ais sont pauvres, manquent de gestionnaires et ne doivent leur survie qu'aux subsides de l'Etat. Une situation r&#234;v&#233;e pour les chasseurs de titres. Serge Dassault n'a pas rat&#233; le coche.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Face &#224; la concentration des entreprises de presse, il est de bon ton d'en appeler aux ordonnances de 1944 qui r&#233;organis&#232;rent le syst&#232;me m&#233;diatique fran&#231;ais au sortir de la guerre. A la Lib&#233;ration, le gouvernement du g&#233;n&#233;ral de Gaulle, soutenu par les partis r&#233;sistants, notamment le Parti communiste, le Parti socialiste et les d&#233;mocrates-chr&#233;tiens du MRP (Mouvement r&#233;publicain populaire), proc&#232;de &#224; une vaste &#233;puration de la presse fran&#231;aise, qui affecte au premier chef les quotidiens et les entreprises qui les &#233;ditent : 188 des 206 quotidiens paraissant avant 1939 sont interdits et les biens de leurs &#233;diteurs transmis aux nouveaux titres publi&#233;s par des groupes issus de la R&#233;sistance ou des partis politiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;alis&#233;e par souci de moralisation, cette op&#233;ration unique dans les pays d&#233;mocratiques d&#233;velopp&#233;s &#8212; except&#233; en Allemagne o&#249; la d&#233;nazification entra&#238;ne une refonte totale du syst&#232;me m&#233;diatique &#8212; ne se soucie gu&#232;re des lecteurs, de leur demande d'information et encore moins d'&#233;conomie. La France est alors dot&#233;e d'une presse essentiellement politique et bien peu journalistique, sans capitaux et dont les g&#233;rants n'ont pas la fibre commerciale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant le pass&#233; &#233;tait brillant. En 1863, avec la cr&#233;ation du &lt;i&gt;Petit Journal&lt;/i&gt;, Mo&#239;se Millaud trouve la formule de la presse &#224; grande diffusion : une industrie au service d'une distribution de masse, un journal &#224; l'&#233;coute de ses lecteurs, une vente &#224; bon march&#233; (le quotidien &#224; un sou). Sur le mod&#232;le du &lt;i&gt;Petit Journal&lt;/i&gt;, qui atteint bient&#244;t un million d'exemplaires, des entreprises florissantes et inventives b&#226;tissent une presse tr&#232;s rentable (&lt;i&gt;Le Petit Parisien, Le Journal,&lt;/i&gt; etc.), y compris pour les journaux destin&#233;s aux &#233;lites (&lt;i&gt;Le Temps, Le Figaro, Le Gaulois&lt;/i&gt;). Ces quotidiens sont dirig&#233;s par des personnalit&#233;s (Hippolyte de Villemessant, Emile de Girardin, Mo&#239;se Millaud, Adrien H&#233;brard, Jean Dupuy) qui, &#224; la fois journalistes et hommes d'affaires, mettent au point le &#171; carr&#233; magique &#187; de la presse de masse. Cot&#233;es en Bourse, les entreprises drainent des capitaux importants et g&#233;n&#232;rent de forts b&#233;n&#233;fices, dont elles se servent pour d&#233;velopper leurs ventes &#224; l'aide de tous les artifices du marketing. A la Belle Epoque, par son tirage (pr&#232;s de 10 millions d'exemplaires), par son lectorat (250 exemplaires achet&#233;s pour 1000 habitants comme aux Etats-Unis), par sa puissance &#233;conomique, la presse fran&#231;aise est la premi&#232;re du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Grande Guerre, son cort&#232;ge de mensonges, de bourrage de cr&#226;ne et de propagande, marque une rupture : la confiance du grand public est mise &#224; mal. Au sortir du conflit, un &#233;quilibre financier plus fragile, des co&#251;ts de production plus &#233;lev&#233;s (le rench&#233;rissement du papier import&#233;, les ouvriers qui obtiennent des salaires en forte hausse, tandis que la productivit&#233; stagne dans les imprimeries), mettent en p&#233;ril les &#233;quilibres &#233;conomiques. C'est alors que syndicats patronaux et syndicats de salari&#233;s commencent &#224; faire appel &#224; l'Etat pour r&#233;tablir les finances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 1930, stimul&#233;e par la concurrence de la radio, la presse quotidienne retrouve son dynamisme, notamment avec Paris-Soir, tandis que les hebdomadaires d'information et les magazines sp&#233;cialis&#233;s &#233;largissent le march&#233; de la presse &#233;crite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durant la Seconde Guerre mondiale, bien peu de journaux se sabordent, entre autres : &lt;i&gt;L'Est R&#233;publicain, Le Bien Public, Le Populaire, L'Aube, Les Echos, Le Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;. La grande majorit&#233; des titres ob&#233;it aux directives du gouvernement du mar&#233;chal P&#233;tain et des Allemands, tant&#244;t en changeant d'&#233;quipe r&#233;dactionnelle, tant&#244;t en se contentant d'&#233;vincer les r&#233;dacteurs juifs et les sympathisants de la France libre ou des partis de gauche. C'est &#224; partir de ce constat que les r&#233;sistants, en particulier ceux qui ont risqu&#233; leur vie en publiant des journaux clandestins, r&#233;fl&#233;chissent &#224; une &#233;puration et &#224; une r&#233;organisation de la presse fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La F&#233;d&#233;ration nationale de la presse clandestine (FNPC), maintenue apr&#232;s la guerre, &#233;dite un Cahier bleu, qui envisage les mesures &#224; prendre pour &#171; &lt;i&gt;mettre la presse nouvelle &#224; l'abri de l'influence des puissances d'argent&lt;/i&gt; &#187;. La FNPC exige &#171; &lt;i&gt;l'expropriation d&#232;s les premiers jours de toutes les entreprises de presse et leur d&#233;volution aux organisations de la R&#233;sistance, aux groupements de journalistes professionnels ind&#233;pendants, aux partis politiques, aux syndicats, aux associations culturelles ou confessionnelles qui en feront la demande et dont les membres pourront justifier de leur attitude patriotique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette volont&#233; de cr&#233;er &#171; une presse propre &#187; cache une illusion, un fantasme et un mythe. L'illusion ? Croire encore que les journaux font l'opinion, alors m&#234;me que quatre ann&#233;es de bourrage de cr&#226;ne en faveur des nazis n'avaient pas donn&#233; les r&#233;sultats escompt&#233;s. Le fantasme ? Penser que la presse commerciale &#171; aux mains des trusts &#187; doit dispara&#238;tre pour laisser la place &#224; une presse &#171; responsable &#187; qui &#233;duquerait le citoyen. Le mythe enfin ? Consid&#233;rer qu'il suffit d'instituer l'&#233;galit&#233; &#233;conomique de tous les journaux pour favoriser le pluralisme d&#233;mocratique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ordonnances r&#233;sultent donc d'une ambition, la m&#234;me qui inspirera la formation de la RTF puis de l'ORTF : &#171; &lt;i&gt;La presse doit renseigner, instruire, former le public. Elle devra le guider, l'instruire, l'&#233;duquer&lt;/i&gt; &#187;, &#224; laquelle s'ajoute la volont&#233; de mettre un terme aux agissements des &#171; trusts &#187;. Les stipulations du Cahier bleu sont reprises dans diverses ordonnances, notamment celle du 6 mai 1944 r&#233;tablissant le principe de la libert&#233; de la presse, bien que cette derni&#232;re soit encore soumise &#224; la censure et &#224; l'autorisation pr&#233;alable durant une phase transi-toire, celles du 22 juin et du 26 ao&#251;t 1944 qui r&#233;glementent les entreprises de presse et celle du 30 septembre 1944 qui organise la suspension des journaux &#171; compromis &#187; et r&#233;quisitionne les biens de presse afin de les r&#233;partir entre les nouveaux journaux.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; A la Belle &#201;poque, par son tirage, par son lectorat, par sa puissance &#233;conomique, la presse fran&#231;aise est la premi&#232;re du monde. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Bref, la vaste &#233;puration de 1944-1945 &#8212; journalistes, titres et entreprises &#8212; consacre la restructuration totale de la presse fran&#231;aise. Elle s'accompagne de la nationalisation de la radio (&#224; laquelle sera rattach&#233;e la t&#233;l&#233;vision), d'une quasi-nationalisation de l'agence Havas, transform&#233;e en&lt;i&gt; Agence France-Presse&lt;/i&gt;, et de la mainmise des journaux, par l'interm&#233;diaire de syndicats et de coop&#233;ratives, sur la distribution et la r&#233;partition du papier. Toutefois, durant quatre d&#233;cennies, le statut des entreprises de presse demeure le serpent de mer de cette r&#233;forme inachev&#233;e : afin de garantir que les nouveaux titres ne tomberaient pas aux mains de capitalistes anim&#233;s de mauvaises intentions, il aurait fallu exempter les entreprises de presse du droit commun des soci&#233;t&#233;s pour les mettre sous la tutelle d'une &#171; exception m&#233;diatique &#187;, chasser les marchands du temple et soumettre les journaux &#224; la tutelle de l'Etat ou d'une corporation professionnelle. Mais, comme le soulignait Albert Thibaudet en 1934 : &#171; &lt;i&gt;La presse est une industrie avant d'&#234;tre un sacerdoce. Il y a l&#224; une mat&#233;rialit&#233; &#224; laquelle il faut se garder de toucher trop lourdement.&lt;/i&gt; &#187; Sauf &#224; tomber dans un syst&#232;me de type sovi&#233;tique, la libert&#233; de la presse suppose la libert&#233; des entreprises &#233;ditrices et c'est &#224; ce prix qu'elle se d&#233;fend.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, sa faiblesse financi&#232;re, conjugu&#233;e avec son approche purement politique et sa volont&#233; &#171; d'&#233;duquer &#187; le lecteur, entra&#238;ne la nouvelle presse vers de nouveaux &#233;cueils. Depuis la Lib&#233;ration, les journaux fran&#231;ais sont pauvres. Co&#251;ts d'impression et de distribution sont plus &#233;lev&#233;s que dans les autres pays europ&#233;ens. Aussi, pour faire face aux &#233;ch&#233;ances, doit-on augmenter le prix de vente, ce qui fait fuir les lecteurs, et en appeler aux subsides de l'Etat, en risquant la mise sous tutelle. Le bouclier mis en place par la F&#233;d&#233;ration de la presse fran&#231;aise ignore superbement les lecteurs : ainsi lorsque, en 1946, Hubert Beuve-M&#233;ry souhaite cr&#233;er pour &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; un suppl&#233;ment hebdomadaire, la F&#233;d&#233;ration le lui interdit, au motif que cette pratique risquerait de mettre en p&#233;ril l'&#233;galit&#233; entre les titres. Au nom de l'&#233;galit&#233;, la F&#233;d&#233;ration bride les innovations qui auraient pu fid&#233;liser un lectorat d&#233;j&#224; tent&#233; d'aller voir ailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, la presse politique mise en place &#224; la Lib&#233;ration ne satisfait pas les lecteurs. Le d&#233;clin des tirages et la disparition de nombreux titres, amorc&#233;s d&#232;s 1946, montrent que ceux-ci d&#233;sertent la presse d'opinion. M&#234;me les titres populaires restent assujettis &#224; une vision politique : le d&#233;clin de &lt;i&gt;France-Soir&lt;/i&gt; s'explique d'abord par la volont&#233; de Pierre Lazareff de maintenir son soutien au g&#233;n&#233;ral de Gaulle et par son refus d'orienter son journal vers le sensationnalisme &#224; l'anglo-saxonne, tandis que Le Parisien ne doit sa survie qu'&#224; une reconversion en quotidien r&#233;gional. La presse quotidienne r&#233;gionale se tire un peu mieux de cette situation en poursuivant un mouvement amorc&#233; dans l'entre-deux-guerres : la cr&#233;ation de grands r&#233;gionaux exer&#231;ant un monopole sur leur r&#233;gion accentue la d&#233;politisation, puisque pour plaire au plus grand nombre, il ne faut pas choquer les opinions individuelles. Cependant, la presse r&#233;gionale conna&#238;t &#233;galement un d&#233;clin. M&#234;me si son lectorat ne cesse de vieillir, elle semble n&#233;anmoins en retard sur une &#233;volution sociale et intellectuelle li&#233;e &#224; l'urbanisation. Comme si, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, la presse quotidienne r&#233;gionale, sous le faux-semblant de r&#233;formes graphiques, ne pouvait s'emp&#234;cher d'&#234;tre un peu plus vieille que ses lecteurs, et obstin&#233;ment plus rurale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis plusieurs d&#233;cennies, les quotidiens fran&#231;ais restent fragiles ; ils manquent de capitaux et de gestionnaires, leurs patrons conservent pour la plupart une vision politique qui les emp&#234;che de sentir les &#233;volutions du march&#233;. La cons&#233;quence de ce tropisme est le d&#233;clin du lectorat, du tirage (de 15 millions d'exemplaires en 1946 &#224; moins de 9 millions en 2004) et du nombre des titres (203 quotidiens en 1946, 65 en 2004). Ce qui fait le bonheur des magazines d'information (&lt;i&gt;L'Express, Le Nouvel Observateur, Le Point&lt;/i&gt;, etc.) et des titres sp&#233;cialis&#233;s (loisirs, t&#233;l&#233;vision, f&#233;minins, professionnels, etc.) qui augmentent leurs tirages et d&#233;veloppent leur audience. Sans oublier les larges places laiss&#233;es &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision. Les journaux qui ne r&#233;ussissent pas meurent, et ceux qui r&#233;ussissent deviennent la proie de pr&#233;dateurs, notamment Robert Hersant et le groupe Hachette. Le r&#233;sultat de la restructuration du syst&#232;me m&#233;diatique &#224; la Lib&#233;ration a donc &#233;t&#233; de cr&#233;er les conditions d'un appauvrissement du paysage m&#233;diatique et de favoriser la renaissance des trusts ; bref, de r&#233;aliser tout le contraire de ce qui &#233;tait vis&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; De m&#234;me que la pauvret&#233; ne garantit pas le pluralisme, la concentration ne suppose pas forc&#233;ment l'uniformisation. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la recomposition capitalistique de la presse, entam&#233;e dans les ann&#233;es 1970 par Robert Hersant, poursuivie par des groupes de dimension internationale (Hachette, Pearson, Prisma, Emap), s'accomplit in&#233;luctablement. Les journaux les plus fragiles, parce qu'ils sont mal g&#233;r&#233;s ou parce qu'ils perdent leurs lecteurs, sont en p&#233;ril. Certains disparaissent, d'autres sont absorb&#233;s, quelques-uns survivent dans des conditions difficiles. La solution passe par la recapitalisation ou l'int&#233;gration dans un groupe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que croient g&#233;n&#233;ralement les journalistes, concentration ne signifie pas automatiquement mainmise de l'actionnaire sur la r&#233;daction d'un journal. Robert Hersant savait, lorsque c'&#233;tait son int&#233;r&#234;t, pr&#233;server la couleur politique d'un quotidien : pendant de nombreuses ann&#233;es, il a maintenu une r&#233;daction de gauche au Havre libre et une r&#233;daction de droite au Havre presse. De m&#234;me que la pauvret&#233; ne garantit pas le pluralisme, parce qu'elle conduit &#224; la d&#233;liquescence, la concentration ne suppose pas forc&#233;ment l'uniformisation. Un actionnaire conscient de la valeur de la marque qu'il ach&#232;te s'efforce g&#233;n&#233;ralement de la pr&#233;server en en conservant la ligne &#233;ditoriale. La presse fran&#231;aise n'a pas encore l'habitude de dresser un &#171; mur &#187; entre la r&#233;daction et l'actionnaire, mais dans de nombreux pays, les r&#233;dactions demeurent libres, tandis que l'actionnaire demande &#224; &#234;tre pay&#233; en dividendes pour les capitaux qu'il a apport&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reste la question du rachat de la Socpresse par Serge Dassault : &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; est le journal de la droite conservatrice depuis ses origines et lorsqu'il a tent&#233; de se positionner plus &#224; gauche durant l'affaire Dreyfus ou &#224; l'extr&#234;me droite au tournant des ann&#233;es trente, il a perdu ses lecteurs. Pendant soixante ans, Pierre Brisson et Robert Hersant se sont bien gard&#233;s d'inf&#233;oder leur journal &#224; des coteries de la droite et se sont efforc&#233;s, au contraire, de donner la parole &#224; tous ses courants. C'est parce que Serge Dassault est le repr&#233;sentant d'une tendance du RPR-UMP, et qu'il est press&#233; de faire passer ses id&#233;es &#171; saines &#187; dans Le Figaro, qu'il risque de d&#233;stabiliser la r&#233;daction et de faire fuir les lecteurs. Mais la r&#233;daction ne manque pas d'arguments &#224; faire valoir. Rappelons qu'en 1969, en pleine campagne pr&#233;sidentielle, les r&#233;dacteurs du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; ont observ&#233; une gr&#232;ve de huit jours afin de faire respecter leurs droits par le propri&#233;taire d'alors, Jean Prouvost. Au final, ce sont les lecteurs qui d&#233;cideront : soit ils n'ach&#232;teront plus un journal qui repr&#233;senterait les int&#233;r&#234;ts d'une coterie, soit il lui resteront fid&#232;les, si la r&#233;daction arrive &#224; trouver avec le nouvel actionnaire un accord qui pr&#233;serve ses espaces de libert&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour se relancer, pour revenir au niveau de diffusion qui devrait &#234;tre le sien &#8212; celui des autres pays d&#233;mocratiques d&#233;velopp&#233;s &#8212;, la presse a besoin de r&#233;soudre ses difficult&#233;s industrielles et de repenser son syst&#232;me de distribution ; pour ce faire, elle doit se doter d'entreprises solides et inventives. Or, la traditionnelle faiblesse des investissements publicitaires chez nous p&#233;nalise les journaux. La France est tr&#232;s en retard par rapport aux autres d&#233;mocraties : en 2000, la d&#233;pense publicitaire consacr&#233;e &#224; la presse y est de 58 euros par habitant et par an, contre 85 euros au Royaume-Uni, 96 au Japon, 148 en Allemagne et 227 aux Etats-Unis. Pourtant, la presse reste le plus s&#251;r vecteur pour les annonceurs, parce que c'est dans la presse que la publicit&#233; est la plus visible. Les quotidiens, notamment, demeurent irrempla&#231;ables pour aller chercher le consommateur, chez lui ou au bureau, dans les meilleures conditions de &#171; r&#233;ception &#187;. Mais la publicit&#233; ne vient irriguer les finances des journaux que si ces derniers acceptent de plaire &#224; leurs lecteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La cr&#233;ation des quotidiens gratuits, s'ils risquent de d&#233;s&#233;quilibrer le march&#233; publicitaire de quelques titres, ne doit pas effaroucher outre mesure : ils peuvent en effet redonner le go&#251;t de la lecture &#224; des cat&#233;gories, notamment les jeunes urbains et les femmes, ignor&#233;es par la presse politique. Surtout, les gratuits peuvent contraindre les quotidiens payants &#224; faire preuve de plus d'imagination afin de reconqu&#233;rir des acheteurs. C'est aussi cela le combat pour une information libre : il ne saurait &#234;tre men&#233; sans une presse &#224; la fois ind&#233;pendante et rentable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Patrick Eveno est ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; l'universit&#233; de Paris I&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>le tour du Monde en 27 questions</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/le-tour-du-Monde-en-27-questions,77.html</link>
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		<dc:subject>En ouverture</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
		<dc:subject>Plenel</dc:subject>

		<description>Mises en cause, controverses, difficult&#233;s financi&#232;res : le directeur de la r&#233;daction du Monde, d&#233;missionnaire le 29 novembre dernier, s'explique sur les sujets qui f&#226;chent. Le Monde a subi une baisse alarmante de ses ventes (- 3,2 % en 2004 et - 7,34 % si l'on s'en tient aux ventes au num&#233;ro). Vous risquez m&#234;me de passer derri&#232;re Le Figaro. Comment l'expliquez-vous ? Tout d&#233;pend de l'&#233;chelle choisie, hexagonale ou internationale. En diffusion pay&#233;e totale, ventes France et &#233;tranger m&#234;l&#233;es, Le Monde (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-plenel,165-+.html" rel="tag"&gt;Plenel&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton77-4fc13.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='100' class='spip_logos' style='height:100px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Mises en cause, controverses, difficult&#233;s financi&#232;res : le directeur de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, d&#233;missionnaire le 29 novembre dernier, s'explique sur les sujets qui f&#226;chent.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a subi une baisse alarmante de ses ventes (- 3,2 % en 2004 et - 7,34 % si l'on s'en tient aux ventes au num&#233;ro). Vous risquez m&#234;me de passer derri&#232;re &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;. Comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout d&#233;pend de l'&#233;chelle choisie, hexagonale ou internationale. En diffusion pay&#233;e totale, ventes France et &#233;tranger m&#234;l&#233;es, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; restera en t&#234;te de la presse quotidienne nationale fran&#231;aise, la PQN. En diffusion France pay&#233;e, vous avez raison, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, qui dispose des armes financi&#232;res du groupe Dassault, fait tout pour r&#233;ussir &#224; passer devant &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, y compris en ayant recours &#224; des op&#233;rations de diffusion gratuite dans les rames de TGV. Commercialement, le combat est in&#233;gal : nous sommes un quotidien ind&#233;pendant, qui ne s'appuie pas sur un groupe industriel ou financier dont la r&#233;ussite et les int&#233;r&#234;ts seraient ext&#233;rieurs &#224; nos m&#233;tiers. Au jour le jour, nous ne pouvons compter que sur nos lecteurs et sur les annonceurs. C'est le prix de l'ind&#233;pendance, &#233;conomique et &#233;ditoriale. Que cela ne soit pas toujours facile ni tranquille, c'est l'&#233;vidence. Mais je pr&#233;f&#232;re cette intranquillit&#233;-l&#224;, plut&#244;t que le renoncement &#224; cette identit&#233; sp&#233;cifique qui fait la diff&#233;rence et l'originalit&#233; du Monde. C'est en quelque sorte notre capital symbolique, h&#233;ritage de soixante ann&#233;es d'efforts et d'&#233;preuves. Une image, une r&#233;putation, certains diront une pr&#233;tention, d'autres une ambition : on peut l'&#233;noncer avec toutes sortes de mots, mais ce qui est certain, c'est que ce capital-l&#224; n'a pas de prix. A condition, bien s&#251;r, de ne pas le dilapider ni l'ab&#238;mer, ce qui nous oblige &#224; &#234;tre doublement responsables, &#233;ditorialement et &#233;conomiquement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant au match entre &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, il dure depuis la cr&#233;ation de notre journal, en d&#233;cembre 1944. Et &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; a plus longtemps &#233;t&#233; devant ! Ce n'est que dans la p&#233;riode r&#233;cente, ouverte en 1994 par l'&#233;lection de Jean-Marie Colombani &#224; la direction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, que nous avons r&#233;ussi &#224; nous installer durablement, et pas seulement une ann&#233;e, en t&#234;te de la PQN, avec une progression en ventes France pay&#233;es de +12% sur dix ans, de 1993 &#224; 2003, quand notre confr&#232;re du matin baissait dans la m&#234;me p&#233;riode de - 9,5 %. Vous remarquerez que j'inclus l'ann&#233;e 2003 qui est pourtant celle du retournement, notre premier recul significatif, recul que confirmera, h&#233;las, 2004. C'est une alarme en effet, qui nous rappelle que rien n'est jamais acquis, qu'il faut repartir &#224; la conqu&#234;te, se remettre en cause, innover, journalistiquement et commercialement, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec une perte de 25 millions d'euros en 2003, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a-t-il les moyens de son ind&#233;pendance et de son d&#233;veloppement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne faut pas se raconter d'histoire : sans r&#233;ussite &#233;conomique, sans bonne gestion, sans un minimum de rentabilit&#233;, plus d'ind&#233;pendance ! Sauf &#224; r&#234;ver d'une presse subventionn&#233;e par l'Etat - ce qui ne serait pas sans poser d'autres questions en termes de pluralisme -, je ne connais pas d'autre chemin dans le monde tel qu'il est. Mais ce r&#233;alisme n'est pas forc&#233;ment contradictoire avec le respect d'une identit&#233; sociale particuli&#232;re, reposant sur cette conviction qu'une presse de qualit&#233;, exigeante et rigoureuse, ne saurait se r&#233;duire &#224; une marchandise. C'est tout le pari de notre strat&#233;gie depuis 1994, toute sa coh&#233;rence : relancer le quotidien, f&#233;d&#233;rer d'autres titres autour de cette r&#233;ussite, construire un groupe de presse ind&#233;pendant. Il n'y avait pas de folie des grandeurs dans tout cela. Simplement la certitude que toute r&#233;ussite solitaire serait fragile, provisoire, r&#233;guli&#232;rement menac&#233;e. C'est en somme une strat&#233;gie du faible au fort : prouver que nos particularit&#233;s, notamment l'actionnariat salari&#233;, loin de nous d&#233;savantager, nous donnent une dynamique collective, une force attractive et une image symbolique que ne conf&#232;re pas la seule puissance de l'argent, du capital et de la finance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, nous vivons une p&#233;riode de transition d&#233;licate o&#249; il s'agit de red&#233;finir la place du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dans le groupe de presse qu'il a construit. Nos lecteurs n'ach&#232;tent &#233;videmment pas un groupe, mais un quotidien. A la limite, ces enjeux d'entreprise les font fuir : ce n'est pas leur probl&#232;me et le rapport de fid&#233;lit&#233; &#224; un titre ne se situe pas dans ce registre-l&#224;. Quant au groupe, avec la PQR (les journaux du Midi, qui &#233;ditent notamment &lt;i&gt;Midi Libre&lt;/i&gt;) et les nombreux magazines (&lt;i&gt;Courrier international, T&#233;l&#233;rama, La Vie,&lt;/i&gt; etc.), il ne saurait vivre &#224; l'heure du seul &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. Pour nous, qui sommes d'abord des journalistes, ce sont des questions nouvelles o&#249; se joue l'invention de ce nouveau groupe de presse, de ses structures et de ses proc&#233;dures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette p&#233;riode est d'autant plus complexe que notre situation &#233;conomique est en effet difficile, plus difficile que pr&#233;vu, aggrav&#233;e par le recul de nos ventes et l'atonie publicitaire. De fait, c'est &#224; nouveau un moment de v&#233;rit&#233; qui va nous obliger &#224; revisiter nos &#233;quations financi&#232;res et nos mod&#232;les &#233;conomiques et, peut-&#234;tre, &#224; nouer des alliances et &#224; chercher des partenaires. En charge de la seule marche &#233;ditoriale du quotidien, je fais confiance &#224; Jean-Marie Colombani et &#224; Alain Minc, ainsi qu'&#224; tous nos actionnaires, internes et externes, salari&#233;s et capitalistiques, pour trouver une solution qui nous permettra de rebondir. Une solution, cela va sans dire, qui garantisse l'ind&#233;pendance, &#233;ditoriale et &#233;conomique, du Monde au sein de ce nouvel ensemble.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un tout autre sujet maintenant : l'accord pass&#233; entre &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et P&#233;an/Cohen ne s'apparente-t-il pas &#224; de la censure ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si vous aviez raison, il faudrait plut&#244;t parler d'autocensure ! Apr&#232;s tout, cet accord a &#233;t&#233; souhait&#233; et accept&#233; par la partie adverse. Personne n'&#233;tait oblig&#233; de dire oui, pas plus eux que nous. Le pr&#233;sident du tribunal a finalement voulu tenter une m&#233;diation plut&#244;t que de risquer un proc&#232;s long et tardif, nouvelle illustration des lenteurs bien connues de notre syst&#232;me judiciaire. La m&#233;diation, ce n'est pas un arrangement, c'est une proc&#233;dure judiciaire qui r&#233;pond &#224; des r&#232;gles, qui ne se refuse pas et qui peut, aussi bien, ne pas aboutir. En l'esp&#232;ce, le nom de Guy Canivet, premier pr&#233;sident de la Cour de cassation et, &#224; ce titre, premier magistrat de France, a &#233;t&#233; avanc&#233; comme m&#233;diateur, et nous l'avons accept&#233;. Apr&#232;s d'infinies et attentives consultations, il nous a soumis un texte, r&#233;dig&#233; de sa main en toute ind&#233;pendance, que nous pouvions agr&#233;er ou non. Si l'&#233;diteur ou les auteurs du livre avaient jug&#233; que la d&#233;cision pr&#233;sent&#233;e s'apparentait &#224; une censure de leur livre, ils &#233;taient tout &#224; fait libres de refuser de signer. Ils ne l'ont pas fait. Mais je ne veux pas &#233;piloguer sur cette affaire : l'une des clauses de l'accord pr&#233;cise que les parties se refuseront &#224; tout commentaire de la d&#233;cision. Tenons-nous en au texte final, sign&#233; par toutes les parties, qui est &#224; la fois clair et exhaustif.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Nous ne sommes pas l&#224; pour dire au lecteur ce qu'il faut penser, mais pour l'aider &#224; penser par lui-m&#234;me. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais en n'allant pas au proc&#232;s, n'avez-vous pas perdu la bataille d'image engag&#233;e entre &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et les auteurs du livre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne le pense pas. La bataille d'image, nous devions la gagner au sein de notre r&#233;daction et chez nos lecteurs. Pas dans un microcosme d&#233;sireux de voir le sang couler. Je ne suis ni sourd ni aveugle, et je sais bien ce que murmurait Paris, cette capitale bien provinciale d&#232;s qu'il s'agit de bruits et de rumeurs. On a annonc&#233; mille fois le d&#233;part forc&#233; et contraint de tel ou tel d'entre nous, fa&#231;on d'inventer une crise interne qui ne venait pas, fa&#231;on de prolonger l'immense d&#233;ception de tous ceux qui aimeraient avoir enfin prise sur &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, fa&#231;on surtout - et c'est peut-&#234;tre le plus d&#233;solant - de remplacer le d&#233;bat d'id&#233;es par les querelles de personnes, le conflit d'opinion par les jeux d'ambition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A tort ou &#224; raison, c'est &#224; vous d'en juger, nous nous sommes sentis attaqu&#233;s. Nous, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, son histoire collective, sa vie interne, son identit&#233; &#233;ditoriale. D&#232;s lors, le probl&#232;me n'&#233;tait pas de d&#233;fendre nos petites personnes, mais la maison dont nous avons la responsabilit&#233;. Qu'elle tienne debout, qu'elle reste digne, qu'elle ne se laisse pas emporter par une crise import&#233;e et, surtout, qu'elle continue de faire un journal de qualit&#233;. Notre r&#233;ponse, la seule qui vaille vraiment et celle qui importe &#224; nos lecteurs, c'est le journal : pour s'en tenir &#224; ces derniers mois et aux &#233;v&#233;nements les plus marquants ou les plus visibles, je demande qu'on nous juge sur la couverture de la guerre en Irak, des &#233;lections am&#233;ricaines, du d&#233;bat europ&#233;en, du conflit du Proche-Orient, de l'agonie d'Arafat, de la Tch&#233;tch&#233;nie, de la mort de Derrida, de l'anniversaire de la guerre d'Alg&#233;rie, etc. ! De ce point de vue, celui de l'int&#233;r&#234;t collectif de la maison, la m&#233;diation fut une bonne issue face &#224; laquelle nos susceptibilit&#233;s personnelles n'ont pas d'importance. Elle a calm&#233; le jeu et nous a ramen&#233; &#224; l'essentiel : faire le meilleur journal possible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais n'avez-vous pas eu envie de vider l'affaire au fond ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quel fond ? Il y avait tant d'aspects dans cette attaque, tant de fronts dans cet assaut ! Nous devions des explications, m&#234;me sur les points les plus comiques ou les plus imaginatifs, aux journalistes du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, ce qui fut fait, longuement, non sans tension et &#233;motion. Pour le reste, deux aspects me tenaient personnellement &#224; c&#339;ur, d'autant plus que l'un est au centre d'une affaire d'Etat, aujourd'hui en cours de jugement, celle des &#233;coutes de l'Elys&#233;e dont l'enjeu me d&#233;passe et concerne, entre autres libert&#233;s individuelles malmen&#233;es dans cette histoire, les droits des journalistes et la libert&#233; de la presse. Or, sur ces deux points, la m&#233;diation, approuv&#233;e par toutes les parties, &#233;nonce les choses tr&#232;s clairement : je ne suis ni un agent pigiste de la CIA, ni un citoyen habit&#233; par la haine de son pays. Cela me suffit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles ont &#233;t&#233; les cons&#233;quences de cette affaire, &#224; la fois dans le journal et par rapport aux lecteurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le journal, cela a &#233;videmment r&#233;veill&#233; des oppositions, des critiques, des m&#233;contentements. Pas seulement bien s&#251;r et pas majoritairement - mais je n'en suis pas le meilleur juge. Si je souligne ce r&#233;veil, c'est parce qu'il ne me semble pas malvenu et qu'il n'exclut pas la solidarit&#233; : la vie, et donc la d&#233;mocratie, est aussi faite de conflits. Pendant la temp&#234;te de 2003, l'univers m&#233;diatique n'avait d'yeux que pour le sort et le comportement des dirigeants, le fameux trio infernal Colombani-Minc-Plenel. Mais c'&#233;tait oublier l'essentiel : les personnels et, parmi eux, la r&#233;daction, qui ont souffert d'&#234;tre calomni&#233;s, suspect&#233;s, agress&#233;s. Pensez &#224; un commercial du Monde confront&#233; aux remarques acerbes de lecteurs n'ayant eu droit qu'&#224; la rumeur m&#233;diatique peu encourageante sur le journal ! Nous avons donc tous &#233;t&#233; mis &#224; l'&#233;preuve, tous re&#231;u un paquet d'eau de mer, tous &#233;t&#233; bouscul&#233;s et malmen&#233;s, tous, sans distinction. Si une maison survit &#224; une temp&#234;te comme celle-l&#224;, c'est qu'elle est solide au-del&#224; de la norme moyenne, au-del&#224; des int&#233;r&#234;ts particuliers de celles et ceux qui y travaillent. C'est le sentiment rare d'une communaut&#233; de destin, un &#233;tat d'esprit difficile &#224; expliquer tant on risque de conforter cette image d'un &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#224; part, fier, pr&#233;tentieux et sourcilleux, que les confr&#232;res adorent nous ressortir. Peut-&#234;tre sommes-nous une sorte de mauvaise conscience de la profession, un m&#233;dia &#224; la fois comme les autres et diff&#233;rent des autres, qui, dans le m&#234;me mouvement, s&#233;duit et exasp&#232;re...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par rapport au lectorat, tant de m&#233;disance a forc&#233;ment &#233;corn&#233;, ici et l&#224;, notre image. Il nous revient donc de r&#233;tablir la confiance, et c'est un travail long, patient. Je pense, ou du moins j'esp&#232;re, que ces attaques nous auront rendu plus humbles, plus discrets, plus distanci&#233;s, moins ouverts aux curiosit&#233;s ext&#233;rieures, plus repli&#233;s sur l'essentiel de notre travail : faire un journal, faire un bon journal, faire le meilleur journal possible. La v&#233;rit&#233;, c'est que je suis las des pol&#233;miques de la presse sur la presse, des m&#233;dias faisant commerce des m&#233;dias, des journalistes enqu&#234;tant sur les journalistes. J'aurais mauvaise gr&#226;ce, dans une revue dont c'est la raison d'&#234;tre, &#224; juger ces interrogations sans int&#233;r&#234;t. Elles sont &#233;videmment plus que n&#233;cessaires, mais qu'au moins, elles r&#233;pondent aux crit&#232;res les plus exigeants du m&#233;tier, qu'elles respectent les r&#232;gles du journalisme de qualit&#233; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De ce point de vue, on peut se demander si l'interminable feuilleton sur &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; n'a pas servi de diversion. Pendant qu'on alimentait artificiellement la pol&#233;mique autour d'un journal dont m&#234;mes ses d&#233;tracteurs conviennent qu'il n'est pas indigne, justifiant leur acharnement par un m&#233;lange d'exigence et de fascination &#224; notre endroit, l'essentiel pour la presse se passait ailleurs. Le rachat de la Socpresse par Dassault, n'est-ce pas une question autrement d&#233;cisive ? Que pr&#232;s d'un tiers de la presse fran&#231;aise soit pass&#233; sous le contr&#244;le d'un groupe de d&#233;fense dirig&#233; par un s&#233;nateur de droite qui n'a jamais fait myst&#232;re de son envie d'utiliser sa presse pour ses id&#233;es, n'est-ce pas l&#224; un enjeu autrement grave ? Que, d&#233;pendant des commandes d'Etat, ce groupe ne soit pas port&#233; au journalisme dissident, ni de r&#233;v&#233;lation ni de contestation, n'est-ce pas plus alarmant qu'une manchette discutable du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ? Nous vivons dans une r&#233;publique monarchique, avec toutes les tentations et abus que cela entra&#238;ne. Or, autant que je sache, la famille industrielle avec laquelle l'actuel pr&#233;sident de la R&#233;publique est le plus li&#233;, de longue date, c'est Dassault, de p&#232;re en fils. Alors, on peut bien se moquer de Berlusconi !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je sais bien que nous avons souvent donn&#233; l'impression d'&#234;tre sourds aux critiques, ce qui, sinc&#232;rement, n'&#233;tait pas le cas. Mais il faut nous comprendre : nous avons eu le sentiment que l'h&#244;pital se moquait de la charit&#233;, autrement dit qu'on nous faisait un mauvais proc&#232;s pour mieux faire &#233;cran aux vraies menaces sur le pluralisme des m&#233;dias. Sinc&#232;rement, le probl&#232;me central de la profession n'est pas &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ! La France est le seul grand pays d&#233;velopp&#233; o&#249; l'un des repr&#233;sentants mondialement reconnus de la presse quotidienne de qualit&#233; a r&#233;ussi &#224; &#234;tre num&#233;ro un sur son march&#233; national. Est-ce que nous ne devrions pas &#234;tre fiers de cette exception ?&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_757 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/medias-32.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L215xH324/medias-32-621d6-d6052.jpg' width='215' height='324' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:324px;width:215px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-757 spip_doc_titre' style='width:215px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, le poste de directeur de la r&#233;daction est le plus expos&#233;, le plus usant et le plus ingrat. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette exception est peut-&#234;tre due &#224; l'&#233;chec de la presse populaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, cette exception est aussi une bonne chose pour la presse populaire. Presse populaire, &#231;a ne devrait pas &#234;tre synonyme de presse trash, de tablo&#239;ds racoleurs, de journaux indignes. La France est encore plus ou moins &#224; l'abri de ce type de presse, qui domine en Grande-Bretagne et, plus g&#233;n&#233;ralement, l&#224; o&#249; l'empire Murdoch s'est impos&#233;. &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt; et son &#233;dition nationale, &lt;i&gt;Aujourd'hui&lt;/i&gt;, rel&#232;vent d'une presse populaire plus exigeante qui n'exclut ni la rigueur ni le s&#233;rieux. Il faut aussi regarder la r&#233;ussite &#233;ditoriale du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; de ce point de vue : son audience - pr&#232;s de 2,2 millions de lecteurs, avec, dans la PQN, seulement &lt;i&gt;L'Equipe&lt;/i&gt; devant - en fait &#224; la fois un journal grand public et un quotidien de r&#233;f&#233;rence. C'est d'ailleurs toute la contradiction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, une contradiction vivante, fructueuse, cr&#233;atrice : quotidien suppos&#233; des &#233;lites parisiennes, il a r&#233;ussi &#224; f&#233;d&#233;rer un public large, vari&#233; et divers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'un journal qui n'est pas le plus abordable, qui n'est pas le moins cher, qui n'est pas le plus facile &#224; lire, qui se veut plus s&#233;rieux que distrayant, un journal que l'on peut certes contester mais dont on convient qu'il essaie de tirer son lecteur vers le haut, soit num&#233;ro un de la presse quotidienne nationale fran&#231;aise tient de l'exception nationale. Et l'on devrait plut&#244;t la conforter, pour le bien non seulement de la profession, mais aussi de la vie d&#233;mocratique dont la presse est un des levains quotidiens. Que cela provoque des agacements, des envies et des jalousies, je le comprends fort bien. Mais quand le seul contentieux dans la profession semble &#234;tre devenu la puissance pr&#234;t&#233;e au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, l&#224;, je m'inqui&#232;te ! Non seulement c'est n'importe quoi, mais, de plus, c'est jouer avec le feu. Car ce succ&#232;s est fragile, immens&#233;ment fragile. &#201;conomiquement, nous ressemblons plut&#244;t &#224; une tribu d'Indiens, une r&#233;serve bizarre dans un oc&#233;an de normalit&#233;, r&#233;serve dont, contrairement aux pr&#233;jug&#233;s en vogue, Alain Minc est le gardien sourcilleux depuis bient&#244;t vingt ans. Les difficult&#233;s &#233;conomiques que nous vivons actuellement nous le rappellent douloureusement. Fragiliser &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, le discr&#233;diter ou le calomnier, c'est une mauvaise action, du moins si l'on croit &#224; certaines valeurs et &#224; quelques id&#233;aux dans ce m&#233;tier. J'en suis vraiment convaincu, et d'abord comme simple lecteur, le lecteur que j'&#233;tais avant d'y entrer en 1980 et celui que je redeviendrai quand je n'y serai plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez donc qu'&#224; travers &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, c'est une conception du journalisme qui est vis&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lors d'une interview accord&#233;e au &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt; au plus fort de la pol&#233;mique de 2003, j'avais d&#233;j&#224; indiqu&#233; que par ces attaques, ce n'&#233;tait pas seulement &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; qu'on visait, mais une certaine id&#233;e de la presse. Dans les arguments qui nous &#233;taient oppos&#233;s, il y avait, par exemple, la d&#233;fense d'un journalisme de raison d'Etat, align&#233; sur les int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de la nation. Or, au m&#234;me moment, nous &#233;tions t&#233;moins des ravages d&#233;mocratiques de ce journalisme-l&#224; : aujourd'hui, les journalistes am&#233;ricains les plus lucides ne cessent d'ausculter l'engourdissement qui a saisi leur meilleure presse apr&#232;s le 11 septembre 2001, ce conformisme, ce suivisme, cette peur qui les ont rendus aveugles aux mensonges d'Etat, aux atteintes aux libert&#233;s, aux violations des droits jusqu'au brusque r&#233;veil d'Abou Ghraib. Comme tout quotidien, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; n'est pas un journal parfait. Il se fait chaque jour au risque de l'erreur, de l'impr&#233;cision ou de la pr&#233;cipitation. Mais sa culture, ses r&#232;gles et ses proc&#233;dures, son identit&#233; en somme, en font un m&#233;dia plus port&#233; vers la recherche de ce qui nous interpelle, en lieu et place de ce qui nous rassure. De ce qui fait r&#233;fl&#233;chir le lecteur plut&#244;t que de ce qui endort l'esprit public. Et, dans l'&#233;poque qui nous attend, complexe, incertaine, dangereuse, difficile &#224; lire et &#224; d&#233;crypter, c'est ce type de m&#233;dia dont les d&#233;mocraties ont besoin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aussi, quand, &#224; l'&#233;poque de &lt;i&gt;Fox news&lt;/i&gt; et du mensonge globalis&#233;, on affirme qu'en France, ce journal contr&#244;l&#233; par ses salari&#233;s, qui affiche ses r&#232;gles de d&#233;ontologie et qui &#233;labore ses proc&#233;dures pour gagner en qualit&#233;, est celui qui vous manipule le plus, cela fait d'immenses d&#233;g&#226;ts ! Des d&#233;g&#226;ts sur l'image de toute la profession. Si le suppos&#233; meilleur est en r&#233;alit&#233; le pire, il n'y a plus rien &#224; sauver, le cr&#233;dit de tous est atteint et, notamment, celui de la presse &#233;crite. Au passage, la confraternit&#233; d&#233;guste et, pour l'avenir, ce n'est vraiment pas une bonne nouvelle. Car il y a une foultitude d'enjeux communs &#224; toute la profession, par rapport aux pouvoirs &#233;conomiques et politiques, au r&#232;gne des officines de communication, par rapport aux rumeurs, &#224; l'intoxication, &#224; la qualit&#233; de l'information. Et l&#224;, je ne m'en tiens qu'aux enjeux concernant le m&#233;tier de journaliste. Il faudrait aussi ajouter tout le contexte &#233;conomique qui p&#232;se lourd : l'&#233;tat de la distribution de la presse, les fermetures de points de vente, une l&#233;gislation qui, pour la publicit&#233;, favorise l'audiovisuel. Sans compter que tout cela arrive dans un moment de grande mutation o&#249; notre profession vit en premi&#232;re ligne le choc prolong&#233; de la troisi&#232;me r&#233;volution industrielle, celle de l'information, un changement de paradigme aussi radical que celui apport&#233; par la machine &#224; vapeur, puis l'&#233;lectricit&#233;. Ainsi, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dont nous parlons ici n'est plus seulement un journal publi&#233; une fois par jour, il est aussi diffus&#233; et actualis&#233; en continu sur le Web, avec une audience record...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face &#224; tous ces d&#233;fis, &#233;conomiques et journalistiques, la guerre de tous contre tous serait la pire des r&#233;ponses. L'emballement m&#233;diatique plut&#244;t fou et surr&#233;el dont nous avons &#233;t&#233; les vedettes malgr&#233; nous relevait de cette tentation suicidaire. Pour notre part, nous nous efforcerons de ne jamais y c&#233;der.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; a connu lui aussi une crise.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela n'avait rien &#224; voir ! Le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; a rendu compte &#224; ses lecteurs d'erreurs commises par le journal lui-m&#234;me. Et pas n'importe lesquelles puisqu'il s'agissait, pour la premi&#232;re crise, de reportages bidonn&#233;s et, pour la suite, d'informations erron&#233;es sur les armes de destruction massive attribu&#233;es &#224; l'Irak. Excusez du peu ! Et, petit d&#233;tail pour m&#233;moire, &#224; l'issue de sa crise, le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; a institu&#233;... un m&#233;diateur ! Or notre journal l'avait fait d&#232;s 1994. Comme chacun a pu s'en rendre compte, notre m&#233;diateur est un esprit libre qui n'h&#233;site pas &#224; donner son point de vue critique sur le journal. Il pourrait m&#234;me faire plus : je ne suis pas oppos&#233; &#224; des contre-enqu&#234;tes minutieuses sur la fa&#231;on dont nous avons travaill&#233;, en cas de vive contestation par certains protagonistes ou de forte &#233;motion chez certains lecteurs. Bref, je suis pr&#234;t &#224; rendre compte sur des faits, pas sur des rumeurs. Sur des informations, par sur des bruits. C'est tout le probl&#232;me de la fa&#231;on dont la presse d&#233;bat d'elle-m&#234;me : les pr&#233;jug&#233;s id&#233;ologiques, les r&#233;putations parisiennes, les images fabriqu&#233;es l'emportent sur le travail &#233;l&#233;mentaire du journaliste, &#224; savoir : enqu&#234;ter, v&#233;rifier, contextualiser, sourcer, recouper. Relisez tout ce qui s'est publi&#233; autour du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; depuis bient&#244;t deux ans et amusez-vous &#224; chercher des informations sourc&#233;es, cr&#233;dibles parce que sourc&#233;es, des informations solides et pas des on-dit, pas des phrases anonymes, pas des bruits de couloir ! Je vous souhaite bien du plaisir...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand j'ai vu ce qu'avait fait le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; lors de sa crise de 2003, j'ai cependant regrett&#233; que nous n'ayons pas publi&#233;, comme eux, le compte rendu de nos assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales sous la forme d'un grand r&#233;cit. Une esp&#232;ce de proc&#232;s-verbal de nos discussions. Cela aurait eu le m&#233;rite de montrer ce qu'est vraiment notre vie interne. Cela aurait surtout &#233;vit&#233; le malaise cr&#233;&#233; par notre attitude, ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu au dehors comme notre silence, notre absence de r&#233;ponse. Avec Jean-Marie Colombani, nous n'&#233;tions ni silencieux ni embarrass&#233;s, mais nous r&#233;servions nos explications &#224; celles et ceux dont d&#233;pend notre l&#233;gitimit&#233;, les r&#233;dacteurs au premier chef, les personnels plus largement et les diverses soci&#233;t&#233;s d'actionnaires. Cela prenait du temps et de l'&#233;nergie. Vous ne pouvez pas g&#233;rer cela et la sc&#232;ne m&#233;diatique en m&#234;me temps. D'o&#249; peut-&#234;tre un d&#233;ficit d'explication vers l'ext&#233;rieur, et une sorte de malentendu vis-&#224;-vis de l'opinion, des lecteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains intellectuels vous ha&#239;ssent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est vous qui le dites. La haine m'a toujours paru un sentiment &#233;trange et elle m'est &#233;trang&#232;re. Ha&#239;r, c'est vouloir d&#233;truire l'objet de sa d&#233;testation. Dans la virulence excessive, &#224; la fois d&#233;raisonn&#233;e et d&#233;risoire, de certains r&#233;quisitoires contre les m&#233;dias en g&#233;n&#233;ral et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; en particulier, il y a en effet l'expression brutale d'un rejet. Rejet de l'ind&#233;pendance d'esprit, d'une certaine forme de libert&#233;. En France, certains intellectuels, qui se r&#234;vent en &#171; conseillers du prince &#187;, n'imaginent les m&#233;dias que dans un rapport de soumission. Avec notre politique d'ouverture &#233;ditoriale, ces intellectuels ont tous eu acc&#232;s aux colonnes du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. Mais un jour ou l'autre, ils se sont aper&#231;us que cela ne leur conf&#233;rait pas le privil&#232;ge d'imposer la ligne du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, qu'ils pouvaient &#234;tre eux-m&#234;mes objets de d&#233;bats, critiqu&#233;s dans nos colonnes. Certains l'ont accept&#233; comme l'on respecte la r&#232;gle d'un jeu, un jeu s&#233;rieux en l'occurrence puisqu'il s'agit du d&#233;bat d&#233;mocratique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres ne l'ont pas support&#233;, manifestant une tenace incapacit&#233; &#224; supporter la moindre critique. Prenez R&#233;gis Debray, par exemple, qui a largement b&#233;n&#233;fici&#233; des colonnes du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, notamment quand il fit son deuil public du mitterrandisme. En 1999, il nous soumet son article sur le Kosovo pour publication, un article dont nous avons impos&#233; la publication contre l'avis de la majorit&#233; de la r&#233;daction. Mais nous le pr&#233;venons, et c'est naturel, que son papier va occasionner des remous et qu'il ne restera &#233;videmment pas sans r&#233;plique rapide. Or, il n'a pas support&#233; qu'on publie des r&#233;ponses &#224; son texte et qu'on se dise, nous aussi, en d&#233;saccord. Il a imm&#233;diatement parl&#233; de lynchage m&#233;diatique &#224; son &#233;gard. C'est un myst&#232;re pour moi : quand on combat pour ses id&#233;es, on ne se pose pas en victime, on ne se plaint pas de recevoir des coups en retour ! Quand on choisit la boxe intellectuelle, quand on aime porter des coups, quand on ne rechigne pas &#224; la pol&#233;mique, on apprend &#224; encaisser, non ? On dirait que ce type d'intellectuels m&#233;diatiques - et, quoiqu'il en dise, Debray en est un - appellent au d&#233;bat dans le m&#234;me moment o&#249; ils le r&#233;cusent ! Alain Finkielkraut est une autre figure embl&#233;matique de cette dr&#244;le d'&#233;cole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez quand m&#234;me &#233;t&#233; invit&#233; trois fois dans son &#233;mission !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait il y a bien longtemps, avant qu'il ne verse dans une critique obsessionnelle du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. Et, h&#233;las, une critique intol&#233;rante. En 2003, au plus fort des d&#233;bats m&#233;diatiques autour du journal, il s'est autoris&#233;, sur une radio, un appel au d&#233;part, au renversement, au renoncement ou &#224; la d&#233;mission - j'ai oubli&#233; le terme exact, mais c'&#233;tait l'esprit - des dirigeants du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. Qu'il nous juge ill&#233;gitimes, apr&#232;s tout, c'est son droit. Mais vous me voyez, au pr&#233;texte de d&#233;saccords intellectuels, demander que l'Ecole polytechnique supprime l'enseignement qu'y dispense Alain Finkielkraut ou que &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; arr&#234;te ses &#233;missions ! Ce serait scandaleux. Au nom de quoi s'autorisait-il cette d&#233;claration incongrue ? Est-il salari&#233; du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ? Membre de sa soci&#233;t&#233; des lecteurs ? Sait-il comment ce journal fonctionne ? S'en sent-il propri&#233;taire ? De quel droit ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout cela atteint des sommets d'hyst&#233;rie qui devraient nous inciter, tous tant que nous sommes, &#224; un peu de retenue. Au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, nous devons des comptes &#224; nos actionnaires parmi lesquels les salari&#233;s ont un droit moral privil&#233;gi&#233;. Notre seul lien de d&#233;pendance, c'est celui-l&#224;. Il fut d'ailleurs v&#233;rifi&#233; a contrario lors de toutes les crises qu'a su surmonter notre collectivit&#233;. Personne de l'ext&#233;rieur ne peut faire du&lt;i&gt; Monde&lt;/i&gt; son journal et personne, &#224; l'int&#233;rieur, n'en est le seul ma&#238;tre. Notre r&#233;daction vit avec beaucoup de r&#233;unions, de discussions, et parfois d'engueulades. Nous menons la vie d'un intellectuel collectif. Ce n'est pas facile ni id&#233;al, c'est m&#234;me ins&#233;curisant car cela force &#224; s'impliquer et &#224; se responsabiliser. Et peut-&#234;tre est-il plus simple et plus commode de d&#233;pendre d'un seul patron qui impose son journal, ses choix, ses priorit&#233;s sans d&#233;bat, sans concertation, sans discussion. J'ai la pr&#233;tention de croire que ce serait renoncer &#224; ce que nous sommes. Or, les m&#233;thodes mises en &#339;uvre pour attaquer &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; nient cette sp&#233;cificit&#233;. C'est une litt&#233;rature du complot o&#249; l'on remplace la confrontation d'id&#233;es par une vision polici&#232;re des choses.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_758 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/medias-1.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L214xH324/medias-1-ef37c-c05a9.jpg' width='214' height='324' alt='' style='height:324px;width:214px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Peut-&#234;tre sommes-nous une sorte de mauvaise conscience de la profession, qui, dans le m&#234;me mouvement, s&#233;duit et exasp&#232;re. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que voulez-vous dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Derri&#232;re tout cela, il y a en r&#233;alit&#233; la question de la libert&#233;. En mati&#232;re de presse, il y a en France une tradition d'illib&#233;ralisme qui traverse autant la gauche que la droite. Pierre Rosanvallon l'explique tr&#232;s bien quand il &#233;tudie le second Empire. M&#234;me dans sa p&#233;riode lib&#233;rale, l'Empire est illib&#233;ral sur la question de la presse. La presse a toujours &#233;t&#233; vue comme un instrument du monde politique ou du monde intellectuel. Son autonomie, c'est-&#224;-dire sa libert&#233;, n'est pas pens&#233;e, ni vraiment accept&#233;e. D'o&#249; cette vision manipulatrice : cette libert&#233; autoproclam&#233;e ne saurait &#234;tre qu'une imposture, masquant des int&#233;r&#234;ts occultes ou des man&#339;uvres inavou&#233;es. L'id&#233;e que la presse soit en dehors, &#224; part, ailleurs, est insupportable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Penser contre soi-m&#234;me &#187;, la formule de Charles P&#233;guy, ou celle d'Albert Londres, &#171; porter la plume dans la plaie &#187;, disent la m&#234;me chose : il importe qu'il y ait un lieu de responsabilit&#233; professionnelle qui, pour d'autres milieux ou pouvoirs, soit un lieu d'irresponsabilit&#233;. En d'autres termes, un lieu qui ne soit pas prisonnier de pr&#233;jug&#233;s, d'interdits ou de censures ext&#233;rieurs &#224; sa raison d'&#234;tre,la production d'informations d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, s&#233;rieuses, cr&#233;dibles, v&#233;rifi&#233;es, etc. La responsabilit&#233; d&#233;mocratique qui incombe &#224; la presse diff&#232;re des responsabilit&#233;s &#233;tatique,nationaleou &#233;conomique. Ces diverses missions ne sont &#233;videmmentpas condamn&#233;es &#224; s'opposer. Selon le contexte, elles peuvent aussi bien s'accorder, s'opposer ou s'ignorer. Mais elles ne sont pas du m&#234;me ordre, elles ne ressortent pas de la m&#234;me l&#233;gitimit&#233;. Loin des querelles st&#233;riles ou des attaques personnelles, c'est sur ce terrain que se situe, me semble-t-il, le d&#233;bat avec une partie de la critique moderne des m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'ignorez pas que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a la r&#233;putation imm&#233;moriale d'&#234;tre &#171; un mauvais confr&#232;re &#187;, ne citant pas ou peu ses sources, ne &#171; renvoyant jamais l'ascenseur &#187;, tirant perp&#233;tuellement la couverture &#224; lui. Que pensez-vous de ces griefs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne peux que les entendre, m&#234;me si je les juge injustes. J'ai l'impression que nous avons fait des efforts pour faire mentir cette r&#233;putation. S'ils sont insuffisants, nous en ferons d'autres. Le malentendu vient peut-&#234;tre de ce que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; est une machine tr&#232;s prenante, d&#233;vorante m&#234;me. Du coup, par manque de temps, les responsables de la r&#233;daction fr&#233;quentent peu la profession, cr&#233;ant un sentiment de distance. Or, ce qui est lointain est facilement jug&#233; hautain. Pourtant, je vous assure que ce n'est pas notre &#233;tat d'esprit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez un jour compar&#233; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, journal d'opinions, avec &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, journal d'opinion.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le Diplo&lt;/i&gt; &#187;, comme nous l'appelons famili&#232;rement, est devenu un mensuel engag&#233;, partisan et militant. Il d&#233;fend en g&#233;n&#233;ral une opinion, &#224; une exception r&#233;cente pr&#232;s, le d&#233;bat sur le voile, sur lequel sa r&#233;daction &#233;tait divis&#233;e. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; est un quotidien d'information g&#233;n&#233;rale dont la mati&#232;re premi&#232;re est la r&#233;alit&#233;, dans sa diversit&#233; et sa complexit&#233;. Il doit veiller &#224; la pluralit&#233; des traitements, des regards, des approches et, &#233;videmment, des opinions. Son ambition, c'est que son lecteur puisse se forger sa propre opinion. Nous ne sommes pas l&#224; pour lui dire ce qu'il faut penser, mais pour l'aider &#224; penser par lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela n'a pas toujours &#233;t&#233; le cas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si vous voulez dire que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a souvent d&#233;fendu des positions, notamment sous la plume de son fondateur, Hubert Beuve-M&#233;ry, c'est &#233;vident. Et c'est toujours le cas : &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; n'est pas un journal neutre, ses &#233;ditoriaux sont plut&#244;t tranch&#233;s et son directeur prend la plume dans les moments d&#233;cisifs. Mais, je le r&#233;p&#232;te, ce n'est pas l&#224; notre r&#244;le premier. Avoir une opinion, sur tout et sur rien, c'est ce qui se porte le mieux dans notre univers m&#233;diatique alors m&#234;me que, souvent, la r&#233;alit&#233;, sa complexit&#233; et ses contradictions nous &#233;chappent. Bien couvrir la situation en Irak, c'est autrement difficile. Bien rendre compte des fractures sociales de notre soci&#233;t&#233;, c'est un vrai d&#233;fi. Bien d&#233;voiler l'internationalisation de la corruption financi&#232;re, c'est une t&#226;che immense. Etc. Au plus loin ou au plus proche, c'est l&#224; que nous sommes attendus : dans la pratique modeste et patiente de ce m&#233;tier de journaliste, d'informateur, d'enqu&#234;teur et de reporter. L'opinion, le commentaire, l'&#233;ditorial ou la chronique, tout cela vient apr&#232;s et en prime, et ce n'est pas dans ces registres que se joue l'essentiel de notre travail collectif. C'est un d&#233;bat qui concerne toute la profession. Car, face aux difficult&#233;s de la presse et &#224; la complexit&#233; du r&#233;el, je crains la tentation d'un retour &#224; nos pires travers, la glose et la pause. &#171; Les faits sont sacr&#233;s, les opinions sont libres &#187; : je crois toujours &#224; cette r&#232;gle canonique, &#224; la fois simple &#224; &#233;noncer et difficile &#224; respecter. Et je redoute ceux qui sont tent&#233;s de se faire un nom en imposant son inversion : &#171; Mes opinions sont sacr&#233;es, les faits sont libres. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis bient&#244;t 10 ans que vous &#234;tes &#224; la t&#234;te de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, vous n'avez jamais commis d'erreurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au contraire, j'en ai certainement commis plein ! Un quotidien, c'est mille petites d&#233;cisions, prises dans la pr&#233;cipitation, sous la pression, sans recul. C'est aussi une vie collective, avec ses joies et ses humeurs, ses plaisirs et ses d&#233;ceptions. C'est beaucoup d'incertitude et d'inqui&#233;tude. Des erreurs, on en fait donc toujours. L'important, c'est de les reconna&#238;tre et d'apprendre d'elles. Je vais peut-&#234;tre vous surprendre, mais ce que je me reproche surtout, c'est un manque de r&#233;serve, de prudence et de distance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'entendez-vous par l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'image classique du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; d'hier est celle d'un monast&#232;re. Un lieu vertical, o&#249; le vouvoiement &#233;tait de rigueur, avec une hi&#233;rarchie qui ne souffrait gu&#232;re la discussion. La g&#233;n&#233;ration qui anime aujourd'hui le journal a &#233;videmment bouscul&#233; tout cela, en interne comme en externe. Nous avons beaucoup ouvert les portes, au propre (les embauches) et au figur&#233; (la communication). Peut-&#234;tre que, maintenant, un peu de secret, un peu de myst&#232;re, un peu de discr&#233;tion, un peu de distance ne feraient pas de mal... Mais c'est un v&#339;u pieux !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce serait cela un bon journal ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un bon journal, c'est d'abord un journal honn&#234;te. Un journal dont je connais les r&#232;gles de production, qui ne me &#171; fourgue &#187; pas une marchandise clandestine, qui ne m&#233;lange pas l'information et le commentaire, qui ne biaise pas, qui ne ment pas par omission, qui v&#233;rifie ses informations, n'oublie jamais de les sourcer et s'efforce de les contextualiser, car l'&#233;v&#233;nement imm&#233;diat rel&#232;ve toujours d'un pass&#233; plein d'&#224;-pr&#233;sent. Un journal qui rectifie rapidement ses erreurs, toujours au m&#234;me endroit pour que cela se remarque. Un journal qui publie les droits de r&#233;ponse des personnes qu'il a mises en cause sans les accompagner d'un commentaire vengeur. Un journal qui laisse ouverte sa propre critique &#224; travers un m&#233;diateur ind&#233;pendant et un courrier des lecteurs &#233;chappant &#224; sa direction. Un journal qui vise la perfection tout en se sachant imparfait. Un journal qui recherche la rigueur tout en vivant dans le doute. Un journal, en somme, qui se bataille chaque jour avec lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez quand m&#234;me imposer les papiers de votre choix dans les pages &#171; D&#233;bats &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au contraire, il arrive que je ne puisse pas le faire ! Les gens pensent ensuite que je n'ai pas voulu les publier car ils ne veulent pas croire que le r&#233;dacteur en chef charg&#233; des pages &#171; D&#233;bats &#187; tienne &#224; affirmer, lui aussi, son ind&#233;pendance. On en revient &#224; cette histoire de libert&#233; : si vous la revendiquez, vous devez accepter qu'elle s'exerce &#224; vos d&#233;pens ! L'essentiel, &#224; mes yeux, c'est le respect du pluralisme, pas seulement dans les points de vue, tout autant en notre sein, sous la plume des &#233;ditorialistes maison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez incarn&#233; le journalisme d'investigation qui est beaucoup d&#233;cri&#233; aujourd'hui. Comment le vivez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces assauts ont toujours eu lieu. J'ai commenc&#233; ce type de travail au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; en 1982, deux ans apr&#232;s mon embauche, en tant que rubricard charg&#233; de suivre les affaires de police et le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur. J'ai alors subi une campagne d'une violence inou&#239;e dans feu &lt;i&gt;Magazine Hebdo&lt;/i&gt; sur le th&#232;me : &#171; Une cellule rouge d&#233;stabilise la R&#233;publique &#187;. Ceux qui la menaient prenaient les journalistes de &lt;i&gt;Lib&#233;ration, du Monde&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; les uns apr&#232;s les autres et enqu&#234;taient sur leur pass&#233; politique qui n'avait rien de secret ni d'original, un pass&#233; plut&#244;t gauchiste &#233;videmment, ce qui &#233;tait d'une banalit&#233; extr&#234;me dans notre g&#233;n&#233;ration. J'ai eu la preuve, ensuite, que cette campagne &#233;tait directement orchestr&#233;e par des membres de la cellule de l'Elys&#233;e, bien que ce journal soit une publication d'extr&#234;me droite. C'&#233;tait l'&#233;poque des Irlandais de Vincennes et de l'affaire Greenpeace qui mettaient &#224; mal la pr&#233;sidence de Fran&#231;ois Mitterrand. Quand, plus tard, en marge du scandale du Carrefour du d&#233;veloppement, j'ai enqu&#234;t&#233; sur l'affaire du vrai-faux passeport qui mettait en cause Charles Pasqua, j'ai eu droit au m&#234;me refrain dans sa bouche de ministre de l'Int&#233;rieur : je d&#233;stabilisais la R&#233;publique, etc. Rien de nouveau sous le soleil ! Pendant toute cette p&#233;riode, &#224; droite comme &#224; gauche, ce journalisme-l&#224; n'a cess&#233; d'&#234;tre contest&#233;. Et nos procureurs ont toujours b&#233;n&#233;fici&#233; d'amples relais m&#233;diatiques. L'investigation expose aux coups. Il faut l'accepter, encaisser et continuer &#224; suivre son chemin.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_756 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/medias-39.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/medias-39-c9f94-ffae6.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les pr&#233;jug&#233;s id&#233;ologiques, les r&#233;putations parisiennes, les images fabriqu&#233;es l'emportent sur le travail &#233;l&#233;mentaire du journaliste. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais s'agissant de l'investigation en g&#233;n&#233;ral ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut s'accorder sur ce dont on parle. Du point de vue de l'artisanat du m&#233;tier, de ses ficelles et de ses tours de main, l'investigation ne me semble pas un genre particulier. Tout bon journaliste devrait &#234;tre capable de produire une enqu&#234;te rigoureuse. Mais il y a quand m&#234;me une particularit&#233; : si le mot persiste, c'est parce qu'il recouvre un type de nouvelles, des nouvelles inattendues et tendues, des nouvelles &#224; risques et p&#233;rils, des nouvelles qui font probl&#232;me et d&#233;bat. En somme, des nouvelles qui d&#233;rangent, y compris parfois notre sommeil professionnel. L'investigation a toujours eu ses d&#233;tracteurs, et notamment ce journalisme de raison d'Etat d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez de cette &#233;poque avec nostalgie...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec nostalgie, non. Mais avec bonheur, oui. C'&#233;tait une p&#233;riode de grand plaisir professionnel, avec de fortes rencontres humaines, o&#249; je n'&#233;tais responsable que de mes articles... J'y reviendrai peut-&#234;tre un jour. Le temps a pass&#233; et l'investigation doit s'inventer de nouveaux agendas, de nouvelles curiosit&#233;s. Les journalistes de ma g&#233;n&#233;ration se sont battus pour que la justice prenne en compte les affaires. Ce que nous r&#233;v&#233;lions &#233;tait rarement pr&#233;sent dans un dossier d'instruction et, souvent, les juges en savaient moins que nous. Depuis, avec le sursaut d'ind&#233;pendance de la justice, j'ai parfois le sentiment que nous nous bornons &#224; suivre le travail judiciaire, &#224; r&#233;v&#233;ler ce que les juges ont fait, &#224; publier des documents d'instruction. Il faut repartir en chasse, arpenter des territoires in&#233;dits, lever de nouveaux li&#232;vres. &#202;tre rigoureux, cela ne doit pas vouloir dire &#234;tre timide et manquer d'audace.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment assumez-vous votre pass&#233; trotskiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; embauch&#233; en toute connaissance de cause. Mon pass&#233; &#233;tait connu, et j'ai gard&#233; une certaine fiert&#233; de cette jeunesse-l&#224;. Par ailleurs, depuis 25 ans maintenant, j'ai &#233;t&#233; plus longtemps &#171; mondiste &#187; que je ne fus trotskiste. Que cela soit constitutif de ma personnalit&#233;, c'est &#233;vident. Mais en faire un &#233;l&#233;ment clef de la vie interne du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; serait d'un ridicule achev&#233;. Cela n'a pas de sens. Mais peut-&#234;tre le fait de ne pas &#234;tre en guerre contre sa jeunesse ou &#171; g&#234;n&#233; &#187; par elle exasp&#232;re-t-il ? Personnellement, j'ai plus d'app&#233;tence pour ceux qui inventent dans les marges, qui cr&#233;ent dans les ruptures, qui passent les fronti&#232;res, qui pensent ailleurs... C'est ainsi que cela se passe dans la cr&#233;ation intellectuelle ou artistique. Or, dans notre m&#233;tier de journaliste, il faut essayer de sentir ce qui va bouger, changer, arriver, surprendre. En ce sens, j'y ai sans doute investi une partie de ce que m'ont appris les ann&#233;es 1960-1970 et cette &#233;cole politico-intellectuelle-l&#224;. Le trotskisme d'avant la chute du communisme r&#233;el &#233;tait une forme de dissidence, un non-alignement, tant &#224; droite qu'&#224; gauche. C'est &#224; cet esprit-l&#224;, &#224; ce concept tout &#224; fait discutable de &#171; trotskisme culturel &#187;, o&#249; l'on s'efforce de &#171; penser contre &#187;, et d'abord &#171; contre soi-m&#234;me &#187;, que je me sens fid&#232;le.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etes-vous en train de nous dire que le trotskisme est la meilleure &#233;cole de journalisme (et de d&#233;mocratie) possible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, bien s&#251;r. Le trotskisme a aussi ses autoritaires, ses sectaires, ses intol&#233;rants. Je sugg&#232;re seulement, dans un regard autocritique sur mon parcours, que notre m&#233;tier ne saurait &#234;tre conformiste. Aller au-devant de la r&#233;alit&#233;, c'est prendre le risque de bousculer ce &#224; quoi on croit spontan&#233;ment Ce qu'on attend d'un bon journaliste, c'est qu'il soit capable de traiter une information qui d&#233;range ses propres convictions, de couvrir une r&#233;alit&#233; qui &#233;branle ses pr&#233;jug&#233;s, d'accepter l'&#233;v&#233;nement dans toute son incertitude et son impr&#233;visibilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au fond, qui &#234;tes-vous ? A quoi croyez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une interview ou une confession ? J'ai envie de vous r&#233;pondre &#224; la mani&#232;re de quelqu'un que j'estime grandement, Edgar Morin. &lt;i&gt;Caminante, no hay camino, el camino se hace al andar&lt;/i&gt;... Il cite souvent ce vers de Machado pour dire son propre itin&#233;raire. &#171; &lt;i&gt;Toi qui chemines, il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant...&lt;/i&gt; &#187; On se fait chemin faisant, c'est le chemin qui vous fait, et il n'y a pas de chemin trac&#233; d'avance. &lt;i&gt;
Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par Edwy Plenel.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &quot;Ma vie avec les m&#233;dias&quot;</title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
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		<description>Pour &#234;tre une l&#233;gende vivante &#224; bient&#244;t cinquante ans, tout en en paraissant dix de moins, suffit-il de se retirer en pleine gloire, &#224; trente et un ans seulement, quand tant d'autres footballeurs de renom forcent leur corps &#224; les maintenir quelques ann&#233;es de plus, quelques ann&#233;es encore, dans la lumi&#232;re des projecteurs ? Pour devenir, une fois les crampons raccroch&#233;s, s&#233;lectionneur de l'&#233;quipe nationale, puis vice-pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise et l'un des pontes du foot plan&#233;taire, suffit-il (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH149/arton78-b379b.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='149' class='spip_logos' style='height:149px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour &#234;tre une l&#233;gende vivante &#224; bient&#244;t cinquante ans, tout en en paraissant dix de moins, suffit-il de se retirer en pleine gloire, &#224; trente et un ans seulement, quand tant d'autres footballeurs de renom forcent leur corps &#224; les maintenir quelques ann&#233;es de plus, quelques ann&#233;es encore, dans la lumi&#232;re des projecteurs ? Pour devenir, une fois les crampons raccroch&#233;s, s&#233;lectionneur de l'&#233;quipe nationale, puis vice-pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise et l'un des pontes du foot plan&#233;taire, suffit-il d'avoir toujours, ou presque toujours, &#233;t&#233; plus aim&#233; que jalous&#233; ? Et pour coexister si longtemps avec la presse, en &#233;vitant le divorce, est-il pr&#233;f&#233;rable de s'appeler Platini ? A ces interrogations, qui sous-tendaient notre entretien et n'&#233;taient pas trop douloureuses pour son ego, il apporte une r&#233;ponse implicite mais claire : pour bien vivre avec les m&#233;dias, mieux vaut &#234;tre, en effet, le meilleur de sa g&#233;n&#233;ration que le dernier de l'&#233;quipe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Michel Platini ne manifeste donc aucun des sympt&#244;mes qui trahissent la m&#233;fiance envers la presse, propres &#224; la star parano&#239;aque, et n&#233;anmoins avide d'interviews. Bien qu'il connaisse G&#233;rard Rancinan avec lequel il a d&#233;j&#224; travaill&#233; &#224; un clich&#233; demeur&#233; c&#233;l&#232;bre, le seul moment o&#249; on le devine press&#233; d'en finir est celui de la prise de vue. Cet homme si souvent photographi&#233; appr&#233;cie mod&#233;r&#233;ment l'objectif. Pour le reste, il a toujours cet air de gamin qui ne tient pas en place et ce sourire volontiers narquois qui, sur les pelouses et ailleurs, a d&#251; en faire tourner plus d'un en bourrique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a commence &#224; J&#339;uf (Meurthe-et-Moselle), dont le journal s'appelle...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &#171; R&#233;pu &#187;, le &lt;i&gt;R&#233;publicain Lorrain&lt;/i&gt;, c'&#233;tait LE journal. Tout le monde le lisait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A commencer par vos parents, non ? Puisqu'on y rapportait vos premiers exploits.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;trompez-vous, mon p&#232;re n'&#233;tait pas du tout du genre &#224; relever ce qui pouvait me flatter, plut&#244;t l'inverse ; et quand il m'arbitrait, par exemple, il ne me faisait aucun cadeau. S'il a d&#233;coup&#233; un ou deux articles dans le &#171; R&#233;pu &#187; pour une coupe de Lorraine, genre minime, c'est le bout du monde. Non, J&#339;uf, de ce point de vue, c'&#233;tait encore l'innocence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A Nancy, plus tard, vous d&#233;couvrez le plus vieux m&#233;dia du monde et le moins innocent : la rumeur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ah ! &#231;a... C'est nul. &#199;a ne vaut m&#234;me pas qu'on en parle...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sauf que de nombreux footballeurs sont confront&#233;s durant leur carri&#232;re, un jour ou l'autre, &#224; ces d&#233;ballages de caf&#233; du commerce sur la vie priv&#233;e, la vie nocturne, les m&#339;urs, la face forc&#233;ment cach&#233;e du champion, et, paradoxalement, se nourrissent du silence, interpr&#233;t&#233; comme &#233;videmment &#171; complice &#187; ou &#171; achet&#233; &#187;, des journaux. Comment peut-on y r&#233;pondre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne peut pas... A moins &#233;videmment de s'appeler Isabelle Adjani et de pouvoir r&#233;quisitionner le 20 heures... Et encore ! Il y a des d&#233;mentis qui tuent. Et moi, je n'&#233;tais qu'un gamin dont on commen&#231;ait &#224; parler. L&#224; est d'ailleurs le fin mot de l'histoire...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que vous vous appeliez Platini ou je-ne-sais-qui, le processus est invariable. Cela arrive rarement dans une capitale ; plut&#244;t une petite ou moyenne ville de province, tr&#232;s provinciale, o&#249; vous venez de d&#233;barquer. Vous commencez &#224; y devenir une sorte de vedette. Sans m&#234;me vous en rendre compte, vous faites de l'ombre &#224; quelques personnages de la nomenklatura. Ils vous pr&#234;tent aussit&#244;t - et on les y aide - des ambitions dans tous les domaines, y compris politiques, qui compromettent forc&#233;ment les leurs. C'est parti ! Et vous &#234;tes, &#233;videmment, l'un des derniers &#224; qui la rumeur est rapport&#233;e. Il peut y avoir d'autres m&#233;canismes, j'imagine ; mais pour moi le mobile constant reste la menace fantasm&#233;e et cultiv&#233;e en cercle ferm&#233;. Parfois, &#231;a s'arr&#234;te comme &#231;a a commenc&#233; : sans qu'on ait compris ni comment ni pourquoi. Je me demande si ce n'est pas assez fran&#231;ais tout de m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A Saint-Etienne, vous devenez plus qu'une sorte de vedette...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La vraie vedette de Saint-Etienne quand j'y arrive, c'est l'&#233;quipe. Mais il se trouve qu'elle est finissante, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle le club embauche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez d'ailleurs dit quelque part qu'acheter est le signe d'une &#233;quipe en fin de cycle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la raison pour laquelle ils m'ont fait venir moi, puis Rep, Zimako, Battiston, Gardon. &#199;a a &#233;t&#233; la m&#234;me chose &#224; la Juve ensuite : la m&#234;me chose il y a peu, pour le Real de Zidane, Ronaldo, Figo, Beckham, etc. C'est la loi naturelle, et &#233;conomique, des cycles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est &#224; Saint-Etienne que vous d&#233;couvrez la pression m&#233;diatique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je d&#233;couvre surtout un climat sympa. La &#171; pression m&#233;diatique &#187;, comme vous dites, se bornait &#224; des visites hebdomadaires de journalistes locaux et du correspondant de &lt;i&gt;L'Equipe&lt;/i&gt;. Ils passaient la t&#234;te pour s'assurer qu'il n'y avait pas de bobos. Pratiquement pas de radio ni de t&#233;l&#233;, pas de conf&#233;rences de presse. On bavardait. Il faut se reporter &#224; l'&#233;poque, c'&#233;tait quasiment familial. On &#233;tait plut&#244;t chouchout&#233; qu'importun&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#224; la Juve, ensuite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224;, je remplace Ian Brady, qui &#233;tait ador&#233;, dans une &#233;quipe qui compte une demi-douzaine de champions du monde et de Ballons d'or. Je d&#233;couvre, en effet, un autre monde. En France, mes relations se bornaient au journal local et &#224; &lt;i&gt;L'Equipe&lt;/i&gt;, qui n'&#233;taient pas vraiment en concurrence. En Italie, il y avait plusieurs journaux sportifs dont le foot &#233;tait le sujet principal et qui se tiraient la bourre. La premi&#232;re fois que je suis sorti du vestiaire, je m'en souviens encore, j'&#233;tais stup&#233;fait de voir qu'il y avait une dizaine de journalistes. J'ai cru que c'&#233;tait exceptionnel, mais non, ils revenaient toujours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parliez un peu italien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, quelques mots de dialecte turinois que je tenais de famille et qui ne servaient &#224; rien. Les journalistes italiens, tous les journalistes italiens que j'ai rencontr&#233;s alors, parlaient fran&#231;ais. En France, &#224; l'&#233;poque, footballeur ce n'&#233;tait pas grand chose et journaliste sportif peut-&#234;tre encore moins. En Italie, c'&#233;tait l'inverse. Les journalistes sportifs constituaient une sorte de caste aristocratique, extr&#234;mement respect&#233;e, socialement et intellectuellement. Eux-m&#234;mes veillaient &#224; &#234;tre dignes de leur prestige. Le genre flamboyant, vous voyez. Je me souviens qu'ils &#233;taient capables de me citer Baudelaire dans le texte. Car ils nourrissaient un pr&#233;jug&#233; favorable pour tout ce qui &#233;tait la France et les Fran&#231;ais. Ils mettaient un point d'honneur &#224; s'exprimer dans ma langue. Mais ils avaient le sentiment, assez fond&#233; je le crains, de se montrer plus amicaux &#224; notre &#233;gard que nous, Fran&#231;ais, au leur. Je ne suis pas s&#251;r qu'aujourd'hui chez eux le d&#233;pit amoureux n'ait pas fini par l'emporter, et que nos successeurs b&#233;n&#233;ficient du m&#234;me pr&#233;jug&#233; favorable qu'il y a 20 ans.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_760 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Platini-_-pierre-Veillete.jpg&quot; title='Photos : G&#233;rard Rancinan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH324/Platini-_-pierre-Veillete-cc63d-147c8.jpg' width='324' height='324' alt='Photos : G&#233;rard Rancinan' style='height:324px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-760 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;Photos : G&#233;rard Rancinan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le seul argument m&#233;diatique qui vaille, c'est la victoire. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la &#171; pression &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On &#233;tait extr&#234;mement sollicit&#233;s, c'est vrai, m&#234;me pendant les entra&#238;nements, ce qui &#233;tait nouveau pour moi, mais pas harcel&#233;s. Par ailleurs, on disposait d'un double bouclier : la protection d'Agnelli, ce qui n'est pas rien, et la victoire qui vous immunise. Disons qu'on vivait avec les m&#233;dias selon une sorte de calendrier, toujours en usage : un jour de compte rendu o&#249; domine le factuel, trois jours de commentaires o&#249; il faut nourrir la pol&#233;mique et qui, en fait, n'est p&#233;nible qu'en cas de d&#233;faite. Ensuite, &#231;a se rel&#226;che parce que les perspectives du match suivant, et les sp&#233;culations qui vont avec, prennent le dessus. La solution, et c'est ainsi que j'ai toujours fonctionn&#233;, consiste &#224; ne penser qu'&#224; la rencontre &#224; venir. Ce rythme a berc&#233; ma vie. Et j'ai eu la chance de jouer dans des &#233;quipes qui gagnaient beaucoup plus souvent qu'elles ne perdaient. Avec les m&#233;dias, et donc l'opinion, la victoire arrange tout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos relations ont &#233;t&#233; plus difficiles avec les photographes. Un jour, ils ont d&#233;pos&#233; leurs appareils &#224; terre pour marquer leur r&#233;probation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ah ! &#231;a... Oui, un incident isol&#233;. &#199;a ne s'est pas reproduit, il y avait une raison et on s'en est expliqu&#233;s. Franchement, je ne me souviens pas avoir refus&#233; une photo quand on me la demandait. Ce que je ne supportais pas, et je ne l'admets toujours pas, ce sont ces types qui surgissent et vous mitraillent &#224; bout portant sans dire ni bonjour, ni merci, ni pourquoi. C'est une question de respect mutuel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez eu aussi des bisbilles avec des journalistes de presse &#233;crite : l'affaire Ferran en 1977.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette ann&#233;e-l&#224;, j'aurais pu avoir mon premier Ballon d'or. Il s'en fallait de deux points, Ferran ne m'en a pas accord&#233; un seul. Je lui en ai longtemps voulu, mais il y a prescription.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il s'agissait d'une inimiti&#233; personnelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, je crois que Ferran &#233;tait sinc&#232;re, il estimait que je ne le m&#233;ritais pas encore. Bon, ensuite, je l'ai obtenu &#224; trois reprises mais j'aurais pu &#234;tre le seul joueur &#224; quatre Ballons d'or... Vous savez, dans ces relations avec les journalistes, il se passe des choses bizarres. J'admirais beaucoup Jean-Philippe Rethaker de &lt;i&gt;L'Equipe&lt;/i&gt;, un excellent professionnel et pourtant, on s'est mis, si j'ose dire, &#224; ne plus se parler. &#199;a a dur&#233; six ou sept ans. Un jour, on s'est trouv&#233;s face &#224; face :
&lt;i&gt;- Salut ! Tu sais pourquoi on ne se parle plus ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Non, et toi ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Moi non plus.&lt;/i&gt;
Et c'est reparti comme avant... Il ne faut pas oublier que nous &#233;tions des m&#244;mes de 20 ans, sans beaucoup d'exp&#233;rience et aucun recul, souvent crev&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a quand m&#234;me eu des amiti&#233;s...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tr&#232;s peu... G&#233;rard Ernault, &#231;a dure... Mais je crois que c'est rarissime, presque impossible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eh bien, parce que nos besoins divergent. Le footballeur de haut niveau n'&#233;prouve pas la n&#233;cessit&#233; professionnelle d'obtenir des confidences du journaliste. Lui, oui ! C'est m&#234;me son boulot, quand le n&#244;tre est de jouer. Les r&#233;dacteurs en chef le savent bien qui sp&#233;cialisent leurs reporters dans la fr&#233;quentation exclusive de tel ou tel joueur. Il vaut mieux &#234;tre copain pour avoir des infos. Que se passe-t-il si vous devenez amis ? Vous lui faites une confidence. M&#234;me si c'est sous le sceau du secret, il y a toutes les chances qu'un jour ou l'autre il trahisse votre confiance. Je ne devrais d'ailleurs pas dire &#171; trahir &#187; parce qu'il s'agit plut&#244;t d'une fatalit&#233; li&#233;e &#224; la d&#233;formation professionnelle. C'est peut-&#234;tre m&#234;me dans ses g&#232;nes.
D'o&#249; la langue de bois qui pr&#233;vaut dans le milieu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le journaliste est bon, il a d&#233;j&#224; l'info. Quand il vous pose la question, il conna&#238;t la r&#233;ponse et sait pertinemment que vous ne pouvez la lui fournir. Plut&#244;t que de &#171; langue de bois &#187;, au sens politique, on pourrait parler d'un &#233;change cod&#233; qu'en bon kremlinologue, l'amateur sait parfaitement d&#233;crypter. En fait, tout est affaire de justification.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;De justification ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le foot, l'info, l'int&#233;r&#234;t journalistique majeur sont contenus dans le principe m&#234;me du match. Il y a toujours un vainqueur et un vaincu. M&#234;me en cas de nul puisque pour le visiteur on peut assimiler celui-ci &#224; une victoire et, pour l'&#233;quipe qui re&#231;oit, &#224; une d&#233;faite. Le vainqueur a rempli son contrat : c'est un train qui arrive &#224; l'heure, donc moyennement excitant. Comme la plupart des victoires sont obtenues sur des erreurs de l'adversaire, le vaincu est un train qui d&#233;raille. Il y a forc&#233;ment un ou plusieurs lampistes, journalistiquement bien plus int&#233;ressants. L'attention se focalise sur eux durant les trois jours dont je vous ai parl&#233; &#224; propos de Turin. A partir de ce moment-l&#224;, la rh&#233;torique est celle de la justification. Il faut rendre l'inacceptable acceptable, &#224; coups d'arguments r&#233;pertori&#233;s (le terrain, l'arbitrage, etc.) et d'autant plus convaincants qu'on est capable de s'en persuader soi-m&#234;me. L'exercice devient de plus en plus al&#233;atoire, si vous alignez les d&#233;faites. C'est pourquoi le seul argument m&#233;diatique qui vaille - et il vaut &#233;galement en interne - est la victoire. Les journalistes eux-m&#234;mes recourent &#224; la justification : pour l&#233;gitimer un a priori, se d&#233;douaner d'une m&#233;prise factuelle ou d'un jugement erron&#233;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_759 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/Platini-Scan002_NOIR.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH227/Platini-Scan002_NOIR-5dfe6-460b5.jpg' width='324' height='227' alt='' style='height:227px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Quand il n'y a plus de r&#232;gles, il reste la r&#232;gle du jeu. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorsque vous devenez s&#233;lectionneur national, c'est pire, alors ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est diff&#233;rent. Comme joueur, vous avez tout de m&#234;me le droit d'envoyer tout le monde promener. En tant que s&#233;lectionneur, vous &#234;tes dans une position analogue &#224; celle du porte-parole du gouvernement, voire du Premier ministre : vous avez le devoir de rendre compte. C'est votre fonction. Et de prot&#233;ger les joueurs, &#231;a c'est votre responsabilit&#233;. Je me r&#233;p&#232;te : les champions sont d'abord de tout jeunes gens, plus fragiles qu'ils ne paraissent dans les pubs, absolument pas pr&#233;par&#233;s &#224; cet exercice. Avec Cantona, je ne parlais pas tellement de jeu. Je passais mon temps &#224; lui dire : &#171; &lt;i&gt;C'est pas grave&lt;/i&gt;... &#187;, &#171; &lt;i&gt;&#199;a va passer&lt;/i&gt;... &#187;, &#171; &lt;i&gt;Pense au match&lt;/i&gt;... &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est difficile ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, il suffit de gagner... Je sais qu'aujourd'hui, on fait de l'aptitude &#224; communiquer avec les m&#233;dias l'une des vertus requises pour &#234;tre s&#233;lectionneur national. Si tel est le cas, il faut nommer tout de suite Tapie. C'est lui qui a le plus de bagout, non ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A propos de pub, vous avez innov&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ouais... La R12 ? Pas terrible, je ne m'en souvenais m&#234;me pas... En mati&#232;re de publicit&#233;, de &#171; people &#187;, d'interviews extra-sportives, &#171; d'Apostrophes &#187;, etc., il se trouve que j'ai &#233;t&#233; le premier. Quand vous essuyez les pl&#226;tres, vous ne pouvez pas &#233;viter les gravats.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais les cachets n'&#233;taient pas mirobolants.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224;, vous p&#233;chez par anachronisme. A l'&#233;poque, je me souviens tr&#232;s bien que Kopa trouvait mes cachets exorbitants et je vous parie que les vedettes d'aujourd'hui diront la m&#234;me chose de leurs successeurs. Non, ce n'&#233;tait pas si mal !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour en revenir &#224; l'omnipr&#233;sence de la communication avec les m&#233;dias, avez-vous jamais eu un ou une attach&#233;(e) de presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nouvelle g&#233;n&#233;ration y vient.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas vraiment. Je dirais plut&#244;t que leur entourage s'est densifi&#233;. Leurs agents, leurs amis les conseillent - toujours la vuln&#233;rabilit&#233; de la jeunesse - plus ou moins bien... Il y a surtout les sites personnels des joueurs, dont je doute d'ailleurs qu'ils les alimentent eux-m&#234;mes. Ce syst&#232;me leur offre une libert&#233; d'expression qui est tout de m&#234;me la moindre des choses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;cemment, Yannick Noah a publiquement d&#233;plor&#233; que les instances du tennis fran&#231;ais n&#233;gligent le r&#244;le &#233;ducatif et social qu'il pourrait avoir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je le suis sur cette ligne, int&#233;gration et &#233;ducation, a fortiori pour le football. C'est une des raisons majeures de mon engagement : les valeurs &#224; transmettre. Quand il n'y a plus de r&#232;gles, il reste la r&#232;gle du jeu. Quel parent, en difficult&#233; avec l'autorit&#233;, dispose de l'&#233;quivalent tacitement accept&#233; des cartons jaune et rouge ? Dans quel autre milieu un gamin pourra-t-il passer la balle &#224; un gamin d'une couleur diff&#233;rente ? Je ne voudrais surtout pas, et les m&#233;dias ont leur r&#244;le &#224; tenir, que les questions de fric, aujourd'hui omnipr&#233;sentes, prennent le pas sur le pur plaisir du jeu et sa valeur formatrice.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Platini-Platoche : y aurait-il, comme dans un Gainsbourg-Gainsbarre, un soup&#231;on de schizophr&#233;nie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Franchement, je n'ai pas deux personnalit&#233;s, je suis tout un, parfois m&#234;me un peu trop entier. C'est un surnom sympa, gouailleur, amical. Il ne m'a jamais d&#233;plu ce Platoche ! En revanche, si j'avais &#233;t&#233; Zidane, je ne suis pas s&#251;r que j'aurais aim&#233; &#234;tre appel&#233; Zizou. J'aurais eu l'impression d'&#234;tre d&#233;poss&#233;d&#233; de quelque chose d'intime.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ivan Leva&#239;, l'homme qui passe la presse en revue</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Ivan-Levai-l-homme-qui-passe-la,80.html</link>
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		<dc:date>2006-11-30T21:30:43Z</dc:date>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>

		<description>L'homme qui passe la presse en revue

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no3,7-.html" rel="directory"&gt;n&#176;3&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-vie-publique,12-+.html" rel="tag"&gt;Vie publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-en-une,63-+.html" rel="tag"&gt;en UNE&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L102xH150/arton80-75fc7.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='102' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:102px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quoi qu'il ait fait d'autre, il demeure, dans la m&#233;moire collective et matinale d'une g&#233;n&#233;ration, celui qui se l&#232;ve t&#244;t, lit les journaux le premier et donne envie de les lire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mieux vaut se lever t&#244;t pour commenter les commentaires. S'il est une personne qui symbolise l'exercice, c'est bien Ivan Leva&#239;. Inutile de chercher une quelconque explication. On a beau avoir &#233;t&#233; directeur de deux radios (&lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;France Inter&lt;/i&gt;), P.-D.G. de &lt;i&gt;la Cha&#238;ne Parlementaire&lt;/i&gt;, directeur des quotidiens &lt;i&gt;Le Proven&#231;al&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Soir&lt;/i&gt; - sur la pressante demande d'Edmonde Charles-Roux - rien n'y fait : trente ans de lecture critique de la presse quotidienne gomment toutes les autres fonctions et renvoient au journal du matin. Il faut se figurer ce que peut &#234;tre une maison de la radio vers 5 heures. Quelques lampes dans des bureaux. Des couloirs vides. Des litres de caf&#233;. Une &#233;trange ambiance de fin de nuit et de d&#233;but de jour. Des journaux &#224; peine imprim&#233;s sous les yeux, des fax, des ordinateurs. Lire de cette fa&#231;on s'apparente &#224; une passion. Et dans le cas d'Ivan Leva&#239;, une passion qui dure. En 1973, Jean-Luc Lagard&#232;re, retenu par les petits d&#233;jeuners &#224; l'am&#233;ricaine auxquels il s'astreignait, et agac&#233; de ne pouvoir conna&#238;tre l'ensemble des titres des quotidiens, confie &#224; Ivan Leva&#239; le soin de commenter l'actualit&#233; du jour sur sa radio &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt;. Ainsi commence la l&#233;gende. Car si Ivan Leva&#239; n'est ni l'inventeur ni le seul &#224; avoir &#233;pluch&#233; les titres des journaux, &#224; en extraire les meilleurs passages, en souligner les d&#233;saccords, il remporte la palme de la long&#233;vit&#233;. Autant de levers &#224; l'heure du laitier dans Paris qui s'&#233;veille, tandis que Jacques Dutronc envisage de se coucher, m&#233;rite que l'on s'arr&#234;te sur pareille obstination.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'histoire d&#233;bute en Hongrie, &#224; Budapest, en 1937. Dans cette Europe en ordre de guerre, Hitler, Mussolini, Staline sont au pouvoir. Ivan Leva&#239; na&#238;t d'un p&#232;re viennois qui abandonne la famille d&#232;s sa naissance et d'une m&#232;re juive de confession, modiste de profession qui, pressentant la barbarie &#224; venir, s'installe &#224; Paris. Avant de quitter son pays, elle a l'id&#233;e de faire baptiser l'enfant. Savait-elle qu'ainsi elle lui sauvait la vie ? En 1941, elle tombe gravement malade et meurt &#224; l'h&#244;pital. Ivan Leva&#239; est orphelin &#224; 4 ans. Le petit juif-catholique est recueilli par une aide-soignante protestante qui l'am&#232;ne au temple le dimanche. Nouveau d&#233;part. Nouvelle famille, catholique cette fois, au fin fond de la Vend&#233;e. Et l'&#233;glise le dimanche. Le retour vers la synagogue ne viendra que bien plus tard, pour partie &#224; l'adolescence, plus s&#251;rement &#224; la suite de son second mariage avec Anne Sinclair. On conviendra que ces d&#233;buts dans l'existence tir&#233;s de &#171; Sans Famille &#187; auraient pu plonger le sujet dans la neurasth&#233;nie. Il faut croire que l'armature psychologique du jeune Leva&#239; relevait d'une autre nature. &#171; &lt;i&gt;Logiquement, je ne devrais pas &#234;tre en vie. Certains matins &#224; l'&#233;cole, j'ai vu des petits camarades porteurs de l'&#233;toile jaune qui disparaissaient subitement. Aujourd'hui, je sais que rien n'est grave, hormis la perte et la maladie d'un &#234;tre cher. Voir certains de mes concitoyens se morfondre dans leurs petites peines me consterne. Je suis irr&#233;sistiblement attir&#233; par les gens qui ont le sens du bonheur, par ceux qui diffusent de la joie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En l'inscrivant &#224; l'&#233;cole primaire, la famille adoptive provoque une seconde naissance. Et peut-&#234;tre faut-il chercher ici la cl&#233; de ce qui deviendra une autre nature. Jusqu'&#224; 6 ans, Ivan Leva&#239; ne parlait pas. Mutique. C'est dans la cour de r&#233;cr&#233;ation avec les autres enfants et sur les bancs de la classe qu'il a appris &#224; la fois &#224; lire et &#224; parler. On ignore dans quel ordre, mais l'on sait qu'il fera bon usage de ses subites d&#233;couvertes. &#171; &lt;i&gt;Je suis un pur produit de l'int&#233;gration &#224; la fran&#231;aise. J'ai &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233; par l'&#233;cole la&#239;que et r&#233;publicaine, elle m'a fait d&#233;couvrir les mots, la lecture, l'&#233;criture et le pouvoir de m'&#233;vader de ce monde clos d'enfant de la guerre. Tous mes r&#234;ves convergeaient vers mes 21 ans, je savais qu'alors je serais libre. Pour certains, le moteur c'est la tendresse familiale, pour moi ce fut l'&#233;cole.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De cette &#233;cole, il tire naturellement une premi&#232;re vocation : instituteur. Puis professeur de lettres. Le hasard au d&#233;but des ann&#233;es 60 l'am&#232;ne &#224; rencontrer Jos&#233; Artur qui, s&#233;duit par son enthousiasme et sa dilection pour les jeunes et leur scolarit&#233;, l'entra&#238;ne &#224; ses c&#244;t&#233;s. Le professeur devient animateur de radio puis, tr&#232;s vite journaliste, t&#226;te de la t&#233;l&#233;vision sur la deuxi&#232;me cha&#238;ne balbutiante de l'ORTF. L'apprentissage renvoie &#224; la sp&#233;cialisation. Ivan Leva&#239;, ancien instituteur, connaissait l'&#233;cole : il deviendra expert en &#233;ducation et jeunesse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La date doit &#234;tre mentionn&#233;e et le journal aussi. 66-68. &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Au fond, je dois tout &#224; Jean-Jacques Servan-Schreiber, Fran&#231;oise Giroud et Daniel Cohn-Bendit.&lt;/i&gt; &#187; L'apr&#232;s-68 change le sp&#233;cialiste de l'&#233;ducation en un expert en questions universitaires &#224;&lt;i&gt; Europe 1&lt;/i&gt; et, tr&#232;s naturellement, en observateur politique. Retour aux mots. D&#233;couverte de la vigie matinale, des journaux froiss&#233;s et du papier encore frais de l'encre des rotatives. 1973 : d&#232;s lors, il incarne &#224; son corps d&#233;fendant l'&#233;ditorialiste des &#233;ditoriaux, ce qui ne l'emp&#234;che pas de conna&#238;tre l'histoire et de citer les grands anciens. &#171; &lt;i&gt;La revue de presse est un genre qui a commenc&#233; bien avant la guerre, mais demeure un exercice purement radiophonique.&lt;/i&gt; &#187; Son exemple : Daniel Saint-Hamond, &#171; &lt;i&gt;le meilleur de tous&lt;/i&gt; &#187;. Et qui peut se souvenir, sinon lui, qu'un d&#233;butant s'est livr&#233; &#224; ce m&#234;me exercice, dans ces m&#234;mes ann&#233;es, sur &lt;i&gt;France Inter,&lt;/i&gt; et qu'il s'appelait Patrick Poivre d'Arvor ?&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_761 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/IVAN-01.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L219xH324/IVAN-01-8b183-5df6c.jpg' width='219' height='324' alt='' style='height:324px;width:219px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La t&#233;l&#233;vision induit la domination subliminale d'une pens&#233;e molle et d&#233;goulinante alors qu'elle est l'&#233;cole de l'inculture et de l'amn&#233;sie. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De ce poste d'observation, il est ais&#233; de consid&#233;rer l'&#233;volution &#233;ditoriale. Ann&#233;es 70. Souvenez-vous. Restent des effluves des gaz lacrymog&#232;nes dans les rues. Les r&#234;ves d'un prol&#233;tariat mondial. Les cheveux sont longs. Renault-Billancourt ne saurait &#234;tre d&#233;sesp&#233;r&#233;. Paris conserve dans ses quartiers bourgeois la nostalgie des r&#233;ceptions d'avant-guerre. Des grandes familles r&#232;gnent sur la Bourse. On n'en finit pas de rem&#226;cher les souvenirs amers de l'Alg&#233;rie. &lt;i&gt;France Soir&lt;/i&gt; se taille la part du lion. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; est encore aust&#232;re. On peut acheter &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'Aurore&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Le Matin de Paris&lt;/i&gt; s'oppose &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Alors on vivait dans le sentiment du coup d'Etat permanent. Peyrefitte assurait : &quot;Nous sommes au pouvoir pour trente ans.&quot; Naturellement, les positions &#233;taient beaucoup plus tranch&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Positions tranch&#233;es ? Il est vrai que ces opinions avaient l'allure des matchs de catch. Charpy de La Lettre de la Nation contre Leroy de &lt;i&gt;L'Huma&lt;/i&gt;. July de &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; contre d'Ormesson du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;. Dans cette jungle purement politique et id&#233;ologique, Ivan Leva&#239; assure qu'il a toujours tout trait&#233;. Tout ? Pas vraiment. Deux bouts &#171; de l'omelette &#187; n'ont jamais trouv&#233; gr&#226;ce &#224; ses yeux : &#171; &lt;i&gt; Les extr&#233;mistes de l'extr&#234;me, qu'ils soient &#224; gauche ou &#224; droite.&lt;/i&gt; &#187; Mais ce qu'il en retient &#233;tait le c&#244;t&#233; viril de ces bagarres. Et un regret : &#171; &lt;i&gt;J'ai vu insensiblement glisser les commentaires du politique pur et dur au soci&#233;tal, ce terme convenu et qui ne veut rien dire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La rupture intervient au mois de novembre 1989. Le mur de Berlin s'effondre. Et, avec ce symbole, la grande confrontation d&#233;j&#224; mise &#224; mal par les ann&#233;es Mitterrand et la cohabitation. La presse &#233;crite, affaiblie, s'enfonce vers une crise que confirme l'&#233;rosion continue de son lectorat. Des titres c&#233;l&#232;bres disparaissent. &#171; &lt;i&gt;Autrefois, je trouvais dans un m&#234;me journal tout ce que je voulais. Aujourd'hui, il faut que j'en lise plusieurs. La segmentation et le choix des nouvelles sont draconiens.&lt;/i&gt; &#187; La raison : la t&#233;l&#233;vision. &#171; &lt;i&gt;Elle induit la domination subliminale d'une pens&#233;e molle et d&#233;goulinante alors qu'elle est l'&#233;cole de l'inculture et de l'amn&#233;sie. Les journaux ont eu le tort d'imiter cette m&#233;prisante attitude qui consiste &#224; consid&#233;rer ceux qui nous lisent pour des imb&#233;ciles &#224; qui il faut faire avaler du pr&#233;-m&#226;ch&#233;. Or la t&#233;l&#233;vision, qui ne fait que piller les journaux, leur donne maintenant la marche &#224; suivre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'indignation est sinc&#232;re. A bien y r&#233;fl&#233;chir, il y a une logique &#224; ce qu'Ivan Leva&#239; incarne &#224; ce point la revue de presse matinale. Le virus de l'&#233;crit inocul&#233; &#224; l'&#233;cole, la volont&#233; p&#233;dagogique d'expliquer et de convaincre s'y retrouvent id&#233;alement. P&#233;dagogue, intarissable et rieur, marqu&#233; &#224; gauche mais cultivant des amiti&#233;s dans tous les partis d&#233;mocratiques, l'homme de radio - qui a conserv&#233; dans sa maison de campagne la totalit&#233; de ses articles des petits matins - est un amoureux du papier. Il ne se console pas de la r&#233;signation de l'&#233;crit devant le pouvoir de la t&#233;l&#233;vision. &#171; &lt;i&gt;Il y a trente ans, l'orientation &#233;ditoriale de la presse &#233;crite mettait &#224; genoux toute autre forme d'information. Aujourd'hui, c'est exactement l'inverse. Mais comment ne pas le comprendre, d&#232;s lors que l'on a rompu avec une tradition de presse bon march&#233;. Savez-vous quel budget est n&#233;cessaire pour acheter chaque jour au minimum deux quotidiens et un hebdomadaire par semaine ? 84 euros. 554 francs, l'&#233;quivalent du SMIC il y a 30 ans. Il est faux de dire que les gens n'aiment pas lire les journaux, les gratuits l'ont parfaitement compris et cela conduit &#224; creuser un dramatique foss&#233;. Plus on est riche, plus il est facile d'&#234;tre culturellement riche. Quant aux pauvres, ils doivent se contenter du journal t&#233;l&#233;vis&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A 67 ans, on pourrait imaginer qu'Ivan Leva&#239; soit lass&#233; de ces lectures de l'aube. Erreur. Il a connu &lt;i&gt;Europe 1, France Inter, Radio Monte-Carlo&lt;/i&gt;. Aujourd'hui &lt;i&gt;France Musiques&lt;/i&gt;. Pourquoi ? &#171; &lt;i&gt;Parce que j'ai toujours ce d&#233;sir de transmettre aux autres, &#224; travers la lecture des journaux, ma curiosit&#233; du monde.&lt;/i&gt; &#187; Curiosit&#233;, c'est effectivement ce qui semble &#234;tre son carburant. Assis &#224; une terrasse de restaurant, il n'a de cesse d'observer, de regarder, de commenter. Et surtout de s'amuser d'un rien. M&#234;me le temps qui passe ne semble pas l'affecter. Au contraire. &#171; &lt;i&gt;Si on peut &#234;tre pr&#233;sident de la R&#233;publique au-del&#224; de 70 ans, je pense que l'on peut continuer &#224; exercer un modeste travail &#224; 67 ans.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Modeste travail est trop peu dire quand on sait qu'Ivan Leva&#239; a attendu cet &#226;ge pour endosser l'habit du militant qu'il avait refus&#233; jusque-l&#224;. Il relance &lt;i&gt;Tribune Juive&lt;/i&gt;. Et on ne saurait, sans aucune ironie, ne pas rapporter cette derni&#232;re anecdote, v&#233;ritable roue du destin. Cherchant un immeuble assez vaste pour loger sa future r&#233;daction, Ivan Leva&#239; a re&#231;u un jour une proposition qui l'agr&#233;ait. Il est all&#233; voir. C'est une folie XIXe, en plein c&#339;ur de Paris, &#224; deux pas du Panth&#233;on. Une demeure command&#233;e par un riche libre-penseur qui voulait se moquer de l'Eglise et qui fit &#233;difier la reproduction miniature d'un monast&#232;re du plus pur gothique. Ivan Leva&#239; a bien entendu investi les lieux avec son &#233;quipe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On se garderait de donner les secrets de cet &#233;lixir de jouvence. Mais &#224; bien consid&#233;rer Ivan Leva&#239;, il faut croire que l'interrogation et l'usage du monde ont tout &#224; voir avec la jeunesse du regard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'INA court contre la montre </title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Nos archives radio et t&#233;l&#233; sont en danger. Pour les sauver de l'usure du temps, il faut de l'argent. Et vite. Nounours, Pimprenelle et Nicolas crient &#171; au secours ! &#187; A l'Institut national de l'audiovisuel (INA), on s'est lanc&#233;, il y a dix ans maintenant, dans un vaste plan de sauvetage de la m&#233;moire radio et t&#233;l&#233;. Il &#233;tait temps : les films - en 16 mm ou en vid&#233;o - r&#233;sistent mal &#224; l'usure des ans. Et les d&#233;g&#226;ts peuvent &#234;tre irr&#233;parables si l'on s'y prend trop tard. Les couleurs des films traditionnels (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Nos archives radio et t&#233;l&#233; sont en danger. Pour les sauver de l'usure du temps, il faut de l'argent. Et vite. Nounours, Pimprenelle et Nicolas crient &#171; au secours ! &#187;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A l'Institut national de l'audiovisuel (INA), on s'est lanc&#233;, il y a dix ans maintenant, dans un vaste plan de sauvetage de la m&#233;moire radio et t&#233;l&#233;. Il &#233;tait temps : les films - en 16 mm ou en vid&#233;o - r&#233;sistent mal &#224; l'usure des ans. Et les d&#233;g&#226;ts peuvent &#234;tre irr&#233;parables si l'on s'y prend trop tard. Les couleurs des films traditionnels virent au magenta ou, pire encore, au rose violac&#233;. Quand ils ne sont pas victimes de ce qu'on appelle, dans le jargon des professionnels, le &#171; syndrome du vinaigre &#187; : la premi&#232;re touch&#233;e, la bande-son se d&#233;t&#233;riore et toute la pellicule se vrille. Il faut alors, pour retarder cette longue agonie faute de pouvoir la stopper, refroidir le film en le pla&#231;ant dans des salles r&#233;frig&#233;r&#233;es &#224; 12 degr&#233;s. Mais &#224; quel prix... Sur 150 000 heures de films en 16 mm archiv&#233;es &#224; l'INA, moins du quart a pour l'instant &#233;t&#233; sauv&#233;. Ce sont les films qui co&#251;tent le plus cher, le travail de restauration se faisant manuellement.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_763 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/medias-13.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH215/medias-13-6bee4-09ad8.jpg' width='324' height='215' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:215px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-763 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Les vid&#233;os, elles, se d&#233;gradent d&#232;s qu'elles atteignent vingt ans d'&#226;ge. Il faut alors les recopier et les nettoyer : les d&#233;barrasser de leurs points blancs, stabiliser l'image, gommer les rayures... Si le son r&#233;siste mieux que l'image, il conna&#238;t lui aussi des probl&#232;mes : &#171; &lt;i&gt;On perd les aigus et le souffle s'amplifie&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume un sp&#233;cialiste. La technique &#224; mettre alors en &#339;uvre demande minutie mais aussi une certaine sensibilit&#233; artistique. Il faut gommer les d&#233;fauts de tournage de l'&#233;poque, tout en pr&#233;servant une certaine patine. &#171; &lt;i&gt;Le plus difficile,&lt;/i&gt; r&#233;sume un technicien du son,&lt;i&gt; c'est de savoir jusqu'o&#249; il ne faut pas aller.&lt;/i&gt; &#187; Et d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;Notre fonds de commerce, c'est quand m&#234;me la nostalgie...&lt;/i&gt; &#187; Pas si simple quand on travaille sur des bandes tir&#233;es des &#171; mouchards &#187; de l'&#233;poque. Il y a 50 ans, le magn&#233;toscope n'existait pas, et on fabriquait les archives &#224; la &#171; va comme je te pousse &#187; avec deux cam&#233;ras qui filmaient... un poste de t&#233;l&#233;vision ! &#171; &lt;i&gt;Ces supports n'&#233;taient &#233;videmment pas con&#231;us comme des moyens de conservation des &#233;missions&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Jean-Jacques Dessaux, chef de service de l'exploitation technique du site de Bry-sur-Marne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour sauver ces millions d'heures d'archives - 1,7 million en France sur quelque 200 millions dans le monde - il faut de l'argent. 800 000 heures &#233;taient menac&#233;es. Un quart est d'ores et d&#233;j&#224; sauv&#233;. Mais attention, sauvegarde ne veut pas dire restauration. Et l&#224;, les chiffres s'affolent : il faut compter entre 10 et 40 heures de travail pour restaurer une heure de programme. Au total, les archives restaur&#233;es repr&#233;sentent 1 % du volume sauvegard&#233;. Une mis&#232;re... Pour les 700 000 heures restant - radio et t&#233;l&#233;vision confondues - des moyens doivent imp&#233;rativement &#234;tre d&#233;bloqu&#233;s. On l'aura compris, la partie est encore loin d'&#234;tre gagn&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Au rythme o&#249; l'on va, on ne pourra pas tout sauver&lt;/i&gt; &#187;, explique Jean-Jacques Dessaux.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_765 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/medias-2.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L215xH324/medias-2-4d52a-e00fd.jpg' width='215' height='324' alt='' style='height:324px;width:215px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;De l'argent mais aussi des machines. Pour la vid&#233;o, elles existent et peuvent redonner vie &#224; ces documents. Mais pas pour tous les formats. Et Dieu sait qu'on en a abus&#233;, des formats : une cinquantaine dans le monde et pas moins de sept en France. Il a fallu d&#233;nicher des lecteurs de vid&#233;o 2 pouces aujourd'hui introuvables. Celui de l'INA faisait partie du studio cach&#233; sous un pied de la Tour Eiffel du temps de la guerre froide... Il n'existe d'ailleurs plus qu'un seul endroit aux Etats-Unis o&#249; r&#233;cup&#233;rer des pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es. Quant aux t&#234;tes de lecture qui s'usent &#224; grande vitesse, il ne reste plus qu'&#224; aller chiner dans les brocantes... Pour le 3/4 de pouce, c'est au Japon que l'on trouvera la solution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une situation inqui&#233;tante ? Oui. Encore que la France est pionni&#232;re en la mati&#232;re. M&#234;me s'il a fallu attendre les ann&#233;es 80 pour qu'on prenne conscience de la valeur de ce patrimoine, rappelle Emmanuel Hoog, le pr&#233;sident de l'INA, un &#233;narque qui a fait ses classes au Th&#233;&#226;tre national de l'Od&#233;on puis au Piccolo Teatro de Milan avant de gagner les cabinets minist&#233;riels. Ici, on a fait le choix d'une gestion des archives &#171; centralis&#233;e et d&#233;connect&#233;e des diffuseurs &#187;. C'est l'INA qui est en charge de ce boulot alors qu'&#224; l'&#233;tranger, chaque cha&#238;ne se d&#233;brouille toute seule. La BBC g&#232;re ses archives comme la ZDF le fait en Allemagne. Dans les pays du Sud, la question se pose &#224; peine, quand elle se pose. &#171; &lt;i&gt;Ce n'est d&#233;j&#224; pas &#233;vident en Afrique pour le patrimoine monumental alors, vous imaginez pour la vid&#233;o...&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Emmanuel Hoog.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_762 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/medias-6.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH216/medias-6-76411-177aa.jpg' width='324' height='216' alt='' style='height:216px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;La balle est dans le camp des pouvoirs publics. A l'heure o&#249; Bercy serre la ceinture &#224; tous les minist&#232;res, la rue de Valois se veut rassurante. Renaud Donnadieu de Vabres, ministre de la Culture et de la Communication, a promis une &#171; &#233;tape significative &#187; dans cette reconqu&#234;te de nos cinquante ann&#233;es de t&#233;l&#233;vision. En 2004, l'INA a b&#233;n&#233;fici&#233; de la plus forte hausse des dotations de l'audiovisuel public, une augmentation de 5,7 %. M&#234;me si cet effort &#233;tait poursuivi sur les dix prochaines ann&#233;es, 25 &#224; 30 % du fonds d'archives resterait n&#233;anmoins &#224; sauver. Les amoureux du Commissaire Bourrel, d'Ars&#232;ne Lupin ou de Nounours, Pimprenelle et Nicolas ne sont pas pr&#232;s de dormir tranquilles. La nostalgie a un prix.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les secrets d'une r&#233;ussite</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Les-secrets-d-une-reussite,83.html</link>
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		<dc:date>2006-11-30T21:30:19Z</dc:date>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
		<dc:subject>Ganz</dc:subject>

		<description>Les secrets d'une r&#233;ussite

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L115xH150/arton83-3b90b.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='115' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:115px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;A 67 ans, Axel Ganz, le patron du groupe Prisma Presse, a toujours le m&#234;me culot. On l'a encore vu avec les lancements r&#233;ussis de &lt;i&gt;T&#233;l&#233; 2 semaines&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;TV grandes cha&#238;nes&lt;/i&gt;. Comment s'y prend-il ?&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les secrets de votre r&#233;ussite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne pense pas qu'il y ait de vrais secrets. Il y a une exp&#233;rience, un savoir-faire, une connaissance des march&#233;s et, &#224; un moment donn&#233;, la d&#233;termination n&#233;cessaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et des &#233;tudes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;tudes servent surtout &#224; v&#233;rifier nos intuitions. Nous lisons tous les journaux et magazines qui nous tombent entre les mains. Nous suivons aussi la presse professionnelle afin de conna&#238;tre ce que font les autres. Mais l'id&#233;e d'un nouveau magazine peut venir indiff&#233;remment d'une r&#233;daction, d'&#233;tudes ou d'un commercial qui dit : &#171; &lt;i&gt;Pourquoi ne feriez-vous pas cela ?&lt;/i&gt; &#187; Une fois l'id&#233;e lanc&#233;e, nous la repla&#231;ons dans le contexte du march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui peut faire la diff&#233;rence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains &#233;diteurs sont peut-&#234;tre un petit peu mieux pr&#233;par&#233;s que d'autres. Je ne peux parler que de moi : je suis journaliste, j'ai pass&#233; toute ma vie dans des r&#233;dactions. Durant les premiers mois d'un lancement, je suis en fait cor&#233;dacteur en chef. Ce qui nous vaut des r&#233;ussites, c'est qu'&#224; partir du moment o&#249; l'on croit &#224; une id&#233;e, on se donne les moyens de la mener &#224; terme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les autres ne se donnent pas les moyens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour se donner les moyens, il faut d'abord savoir ce qu'est un bon produit. Il ne faut pas lancer un magazine qui n'ait pas ce qu'on appelle le USP ou Unique Selling Proposition [NDLR : l'int&#233;r&#234;t commercial d'un produit unique en son genre]. La plupart des titres lanc&#233;s ces derni&#232;res ann&#233;es sont des produits &#171; me too &#187; [NDLR : des copies]. En ce moment, tout le monde essaie de copier &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; de Jean-Louis Servan-Schreiber. A tel point que, depuis des ann&#233;es, &lt;i&gt;Psychologies&lt;/i&gt; est cit&#233; comme la r&#233;f&#233;rence du succ&#232;s sur le march&#233; fran&#231;ais. Il y a d'autres journaux qui traitent de psychologie, mais ils marchent moins bien. Pourquoi ? Les Anglais disent d'un titre qu'il est nice to have or must have : est-ce sympa de l'avoir de temps en temps ou en ai-je besoin toutes les semaines, tous les quinze jours ou tous les mois ? La diff&#233;rence est l&#224;. Avec nos titres, nous essayons de cr&#233;er une sorte de drogue r&#233;dactionnelle pour que le lecteur attende le prochain num&#233;ro avec impatience.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On raconte que vous n'h&#233;sitez pas, lorsque vous avez un magazine maison en mains, &#224; en d&#233;chirer les pages et les placer dans un ordre diff&#233;rent pour voir s'il est possible d'am&#233;liorer encore le chemin de fer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une l&#233;gende. Il est clair que je souhaite &#234;tre un interlocuteur comp&#233;tent pour nos r&#233;dacteurs en chef. Si je formule une remarque ou une critique, j'arrive en g&#233;n&#233;ral &#224; expliquer - pas toujours imm&#233;diatement - ce qui ne me pla&#238;t pas. Il faut chercher la qualit&#233; &#224; tout prix. Et m&#234;me quand on a le sentiment de r&#233;ussir, il faut continuer &#224; chercher. Je dis souvent : am&#233;liorons 10 % du contenu, et encore 10 %, parce que cette recherche implique les 90 % restants. Lancer un titre, c'est facile. Le lancer avec succ&#232;s, c'est plus difficile. Mais l'art, c'est de durer dans le succ&#232;s. Si vous sortez un produit qui n'est pas parfait, vous cr&#233;ez une d&#233;ception. Le lecteur que vous avez d&#233;&#231;u ne reviendra plus jamais. Il faut &#234;tre parfait d&#232;s le premier num&#233;ro. Et toujours s'am&#233;liorer...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est la premi&#232;re &#233;tape dans le lancement d'un titre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je le dis tr&#232;s souvent : l'intuition pr&#233;c&#232;de l'id&#233;e. L'intuition ne devient une id&#233;e qu'&#224; partir du moment o&#249; l'on y travaille, o&#249; l'on v&#233;rifie sur la base de donn&#233;es chiffr&#233;es la probabilit&#233; qu'il y ait un march&#233;. On sait qu'il y a 15 millions de femmes en France. La question est : &#224; combien de femmes veut-on parler ? Nous travaillons uniquement sur des crit&#232;res socioculturels, c'est-&#224;-dire les centres d'int&#233;r&#234;ts. Alors, on essaie de d&#233;finir ce qu'on veut faire, et pour qui. Mais avant de commencer, il est primordial d'avoir trouv&#233; la bonne personne pour diriger. Un journal n'est pas une d&#233;mocratie. C'est une entreprise autoritaire. Le r&#233;dacteur en chef doit savoir ce qu'il veut faire et pouvoir communiquer sa vision du journal aux gens qu'il a recrut&#233;s. Dans une &#233;quipe, il y a obligatoirement des forces centrifuges, qu'il faut utiliser pour cr&#233;er, mais aussi canaliser vers le journal que vous voulez faire. Le r&#233;dacteur en chef est la personne qui sait dans quelle direction doit s'inscrire le journal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ensuite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis que j'ai commenc&#233; dans l'&#233;dition, j'ai toujours vu devant moi le magazine que je d&#233;sirais faire. Visuellement. M&#234;me si, apr&#232;s, &#231;a change. Je vois aussi, presque physiquement, les personnes qui, selon moi, seront int&#233;ress&#233;es. Il faut ensuite d&#233;crire le projet : la maquette, le texte, les sujets. Cela exige une certaine discipline. Il faut sans arr&#234;t corriger la version pr&#233;c&#233;dente. On commence alors &#224; faire une maquette. Personnellement, je souhaite disposer de 10, 20 ou 25 pages, compos&#233;es &#224; partir d'&#233;l&#233;ments-types du nouveau journal, c'est-&#224;-dire de rubriques, de grands sujets, etc. Si l'on ne voit pas l'innovation, il vaut mieux laisser tomber.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c'est vous qui d&#233;cidez de poursuivre ou non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas seulement, mais en grande partie, oui. Parce que c'est moi qui, &#224; la fin, suis responsable de l'investissement. Bien s&#251;r, il y a des discussions. Mais je ne vais pas cautionner un lancement &#224; 20 millions d'euros si je n'ai pas la quasi-certitude que tout est fait pour r&#233;ussir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Testez-vous la maquette en interne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, un test interne n'a pas de valeur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En parlez-vous &#224; votre comit&#233; de direction ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je parle avec l'&#233;quipe qui est en charge de faire le journal. C'est un dialogue entre moi, l'&#233;diteur, le r&#233;dacteur en chef et quelques personnes de l'&#233;quipe, le directeur artistique notamment. Le principe est de faire en sorte que des r&#233;unions de groupes de lecteurs confirment ce que nous avons r&#233;alis&#233;. On ne se lance pas dans ce genre de r&#233;unions pour que les lecteurs nous disent ce qu'il faut faire. Nous leur soumettons quelque chose en pensant qu'ils vont aimer et accepter. C'est toute la diff&#233;rence. Les lecteurs ne peuvent pas vous expliquer ce qu'ils veulent parce que ce n'est pas leur m&#233;tier. Si vous leur donnez trois maquettes diff&#233;rentes, ils vont les classer en fonction de ce qu'ils aiment le plus, mais vous n'&#234;tes pas s&#251;r que c'est bon. En revanche, si vous leur donnez un journal nouveau et qu'ils sautent d'enthousiasme, vous savez que vous tenez l&#224; ce qu'ils veulent vraiment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et si, &#224; l'inverse, ils vous disent qu'ils n'aiment pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, on oublie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si l'id&#233;e pla&#238;t, combien de temps la testez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas de r&#232;gle. Parfois, la d&#233;cision de lancer un titre est bas&#233;e sur les r&#233;sultats de r&#233;unions de groupes de lecteurs devant lesquels nous revenons &#224; plusieurs reprises. C'est ce que nous avons fait avec de nombreux magazines. Parfois, nous faisons des tests de march&#233;. En 1982, Prima a b&#233;n&#233;fici&#233; du plus grand test jamais r&#233;alis&#233; en France, sur 10 % du march&#233; ! A l'&#233;poque, &#231;a nous a co&#251;t&#233;, je crois, 16 millions de francs. On a pu &#233;valuer notre diffusion &#224; 1 000 exemplaires pr&#232;s. On savait qu'on allait vendre 530 000 exemplaires au premier num&#233;ro. R&#233;cemment, avec &lt;i&gt;T&#233;l&#233; 2 semaines&lt;/i&gt;, nous avons fait un test sur huit d&#233;partements de la r&#233;gion lyonnaise, pour conna&#238;tre la r&#233;action des Fran&#231;ais &#224; la fr&#233;quence &#171; quinzomadaire &#187;, ce type de produit n'existant pas en France. Chaque fois, il faut d'abord d&#233;finir ce qu'on veut savoir et ce qu'on peut obtenir comme informations du march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_766 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/panoramic-profil.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH182/panoramic-profil-d2ce6-e3e88.jpg' width='324' height='182' alt='' style='height:182px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; C'est en apportant des innovations au march&#233; que nous sommes devenus un des premiers acteurs de la presse magazine en France. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pour cela, il faut beaucoup l'argent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, un lancement co&#251;te aujourd'hui entre 10 et 15 millions d'euros pour un mensuel, et entre 25 et 50 millions d'euros pour un hebdo, jusqu'au point mort. Les lancements n&#233;cessitent des investissements de dimension industrielle. Il faut donc les pr&#233;parer comme tels, m&#234;me si la cr&#233;ation en soi n'est pas un processus industriel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le seuil de rentabilit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons comme crit&#232;re, pour d&#233;cider d'un lancement, une rentabilit&#233; de 10 % sur le capital investi. Si on ne peut pas certifier ces 10 %, on ne le lancera pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y parvenez-vous syst&#233;matiquement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Il y a des magazines qui ont un retour sur investissement tr&#232;s rapide et qui sont tr&#232;s rentables. C'est le cas de &lt;i&gt;T&#233;l&#233; 2 semaines&lt;/i&gt;, qui a &#233;t&#233; &#224; l'&#233;quilibre apr&#232;s seulement neuf mois. Mais nous &#233;tions les premiers sur ce cr&#233;neau. D'autres magazines mettent des ann&#233;es &#224; &#234;tre rentables. D'autres encore ne le sont jamais, on les arr&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On dit que vous emmenez volontiers vos journalistes &#224; la rencontre des kiosquiers ou des gens de la pub afin qu'ils connaissent les contraintes d'un magazine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est du folklore. Mais il est vrai qu'un r&#233;dacteur en chef est aujourd'hui un manager, responsable d'une &#233;quipe de 50 ou 60 personnes, voire plus. Il g&#232;re un budget annuel de plusieurs dizaines de millions d'euros. Il doit savoir d'abord comment faire un journal, mais aussi comment il se commercialise, comment gagner de la pub, et bien d'autres choses. Parce que chaque parution est un nouveau produit. La couverture peut faire varier les ventes de 10 ou 15 % en fonction du sujet choisi. C'est le nez du r&#233;dacteur en chef qui assure le succ&#232;s de la semaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment se fait-il que ce soit vous, un Allemand, qui soyez venu r&#233;veiller un march&#233; fran&#231;ais qui dormait ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pense que les Fran&#231;ais ont toujours su faire des magazines. M&#234;me si on peut dire, en toute modestie, que nous avons un petit peu r&#233;veill&#233; le march&#233;. Nous avions l'avantage du nouveau venu, du challenger. Et n'oublions pas que nos d&#233;buts ont &#233;t&#233; modestes : je ne savais absolument pas, quand nous avons lanc&#233; &lt;i&gt;GEO&lt;/i&gt;, ce que ce titre allait devenir. Lorsque je suis venu &#224; Paris, j'avais une exp&#233;rience de r&#233;dacteur en chef en Allemagne, o&#249; cinq grandes maisons se livrent une f&#233;roce bataille. J'y avais d&#233;j&#224; lanc&#233; des magazines. J'ai eu la chance d'apprendre le m&#233;tier l&#224;-bas et de pouvoir l'appliquer ici, dans une totale libert&#233;. Au d&#233;but, &lt;i&gt;GEO&lt;/i&gt; a failli faire un flop : on avait tout calqu&#233; sur le mod&#232;le allemand et &#231;a ne marchait pas. Cela a fonctionn&#233; &#224; partir du moment o&#249; on en a fait un &lt;i&gt;GEO&lt;/i&gt; dot&#233; d'un contenu &#233;ditorial int&#233;gralement fran&#231;ais. Mais le fait d'avoir pu m&#234;ler les cultures de presse allemande et fran&#231;aise est un des ingr&#233;dients du succ&#232;s de Prisma Presse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le march&#233; fran&#231;ais est aujourd'hui pl&#233;thorique. Que va faire Prisma Presse pour grandir encore ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous savez, si le march&#233; n'est pas extensible, on va prendre des parts aux autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors quels sont vos projets ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lancer de nouveaux titres n'est pas une fin en soi. Nous en lan&#231;ons pour parvenir &#224; nos fins : faire du r&#233;sultat. Pour exister durablement, un magazine doit &#234;tre rentable. On r&#233;fl&#233;chit, on travaille sur d'autres choses. Mais il n'y a pas d'urgence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez pourtant annonc&#233; que vous aviez d'autres magazines sous le coude, y compris pour le march&#233; t&#233;l&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous contr&#244;lons aujourd'hui, selon les crit&#232;res, entre 35 et 49 % du march&#233; de la presse de t&#233;l&#233;vision. Si quelqu'un nous attaque sur ce march&#233;, nous r&#233;pliquerons. C'est s&#251;r. Mais ce n'est pas le cas pour l'instant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des projets dans d'autres domaines ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, bien s&#251;r, nous regardons du c&#244;t&#233; des secteurs nouveaux. Il suffit qu'ils soient porteurs d'avenir, et profitables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme, par exemple ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela, je ne vous le dirai pas (rires). Mais notre strat&#233;gie est d'abord de nous renforcer sur les segments o&#249; nous sommes pr&#233;sents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec &lt;i&gt;VSD&lt;/i&gt;, vous avez &#233;prouv&#233; beaucoup de difficult&#233;s. Comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les acquisitions sont toujours plus difficiles que les cr&#233;ations : vous reprenez quelque chose qui a sa propre culture, son pass&#233;. Tandis qu'avec un lancement, vous avez tout en main.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; en est &lt;i&gt;VSD&lt;/i&gt; aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne perd plus d'argent. C'est une premi&#232;re &#233;tape. Maintenant, il faut le faire prosp&#233;rer. On a r&#233;cemment chang&#233; le management. J'attends que &#231;a continue dans la bonne direction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et vous, personnellement. Quand vous avez d&#233;marr&#233;, pensiez-vous bousculer &#224; ce point le march&#233; fran&#231;ais ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Bousculer le march&#233; fran&#231;ais n'a jamais &#233;t&#233; un objectif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais c'est le cas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le secteur de la t&#233;l&#233;, d'accord. C'est en apportant des innovations au march&#233; que nous sommes devenus un des premiers acteurs de la presse magazine en France. Quand je suis arriv&#233; en France, c'&#233;tait le d&#233;but de l'internationalisation des maisons d'&#233;dition. Nous avions l'intention de tester le march&#233; avec un magazine. Beaucoup pensaient alors qu'il &#233;tait impossible de faire des magazines dans une autre culture, dans une autre langue. Nous &#233;tions vraiment pr&#233;curseurs. Et pas seulement en France. Pour moi, il a toujours &#233;t&#233; clair que je ne m'arr&#234;terais pas &#224; &lt;i&gt;GEO&lt;/i&gt;, si le titre r&#233;ussissait. C'est pourquoi j'ai commenc&#233; imm&#233;diatement &#224; pr&#233;parer &#199;a m'int&#233;resse, ensuite Prima. Mais je n'avais pas d'ambitions de cette nature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et vous allez faire cela encore longtemps ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Encore un petit bout de temps, oui. J'ai quelques id&#233;es. Je me verrais bien cr&#233;er, davantage que manager. Aujourd'hui, je m'occupe plus de chiffres et de questions administratives que de faire ce que je pr&#233;f&#232;re : cr&#233;er des magazines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par Axel Ganz.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &quot;Le micro-France d'en bas&quot; </title>
		<link>http://www.revue-medias.com/Le-micro-France-d-en-bas,84.html</link>
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		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>

		<description>On ne voit gu&#232;re qu'un lecteur breton du Monde &#224; s'&#234;tre &#233;mu du ph&#233;nom&#232;ne dans les pages &#171; Courrier &#187; du suppl&#233;ment radio-TV. Pour employer &#224; notre tour de grands mots, il peut arriver &#224; nos t&#233;l&#233;s, dans leurs cr&#233;neaux d'information s'entend, de sombrer dans l'insignifiance la plus absolue. D&#233;faut dont elles n'ont bien s&#251;r pas le monopole. Un grand quotidien parisien populaire a titr&#233; cette ann&#233;e en une : &#171; Il pleut ! &#187;, ce qui, &#224; l'approche de l'&#233;t&#233;, &#233;tait non seulement d&#233;sagr&#233;able, mais en effet proprement (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L115xH150/arton84-2ea49.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='115' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:115px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On ne voit gu&#232;re qu'un lecteur breton du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#224; s'&#234;tre &#233;mu du ph&#233;nom&#232;ne dans les pages &#171; Courrier &#187; du suppl&#233;ment radio-TV. Pour employer &#224; notre tour de grands mots, il peut arriver &#224; nos t&#233;l&#233;s, dans leurs cr&#233;neaux d'information s'entend, de sombrer dans l'insignifiance la plus absolue. D&#233;faut dont elles n'ont bien s&#251;r pas le monopole. Un grand quotidien parisien populaire a titr&#233; cette ann&#233;e en une : &#171; Il pleut ! &#187;, ce qui, &#224; l'approche de l'&#233;t&#233;, &#233;tait non seulement d&#233;sagr&#233;able, mais en effet proprement scandaleux. Que faisait Sarkozy ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les d&#233;rives de la t&#233;l&#233; &#224; ce sujet prennent &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me forme. Il faut croire qu'une certaine vision du monde ou plut&#244;t de l'hexagone, popularis&#233;e par le Premier ministre Raffarin, a plus impr&#233;gn&#233; les esprits que des malveillants ne le pr&#233;tendaient. Les &#171; jit&#233;s &#187; roulent souvent pleins feux sur une pr&#233;sum&#233;e &#171; France d'en bas &#187;, moutonni&#232;re et rassurante &#224; souhait. C'est quasiment &#224; quelle cha&#238;ne assommera le plus le spectateur d'interviews-express du quidam de base sur les sujets les plus convenus. Et, osons le sugg&#233;rer, les plus inint&#233;ressants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;pourvues, du moins selon les clich&#233;s courants, d'&#233;v&#233;nements int&#233;rieurs marquants, les vacances d'&#233;t&#233; sont particuli&#232;rement propices &#224; ce genre d'exercice enrichissant. Avec, tr&#232;s vite, au d&#233;but du journal, ce goulot d'&#233;tranglement oblig&#233; : le &#171; micro-macadam &#187; (&#224; d&#233;faut de &#171; trottoir &#187;) au p&#233;age d'autoroute. Ce qui donne, ou &#224; peu pr&#232;s : &#171; &lt;i&gt; - Et vous alors, monsieur ?&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;- Nous, oh ! deux heures d'attente &#224; Boll&#232;ne&lt;/i&gt; &#187;. Suivant ! Ce doit &#234;tre dans l'espoir de d&#233;nicher enfin un Marcel qui nous jurerait : &#171; &lt;i&gt;Ma femme et moi, la mer, on s'en cogne. Tout ce qu'on veut, c'est s'emmerder dans les bouchons !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien men&#233;, bien conduit, le th&#232;me de l'autoroute est toujours porteur. Fin ao&#251;t dernier, un missionnaire du service public nous a ainsi r&#233;gal&#233;s d'un sujet de choix : &#224; quoi s'emploient les vacanciers sur les aires de repos ? Une vraie surprise : ils mangent ou grignotent, boivent un caf&#233; et tentent de faire jouer des bambins un peu &#233;nerv&#233;s. Il est vraisemblable qu'un certain nombre en profite aussi pour faire pipi, ou le reste, mais un rien de pudeur les retient apparemment de l'indiquer &#224; l'antenne, &#224; moins qu'une censure au montage...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette mani&#232;re journalistique suppose naturellement qu'&#224; l'inverse d'une calomnie encore trop r&#233;pandue, les &#171; jit&#233;s &#187; nous parlent plus de trains qui arrivent &#224; l'heure - les trains de vacances pr&#233;cis&#233;ment - que des TGV en retard. C'est le cas. Pas de 1er juillet ou de 31 ao&#251;t (mais il en ira de m&#234;me &#224; No&#235;l, P&#226;ques et f&#233;vrier) qui ne s'accompagnent d'une plong&#233;e investigative dans des gares bond&#233;es pour recueillir des voyageurs les informations les plus substantielles : &#171; &lt;i&gt;- Oh ! oui, y a du monde ! On va essayer d'occuper les enfants&lt;/i&gt; &#187; (toujours eux !).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Attention, le &#171; micro-France d'en bas &#187; n'a pas d'exclusivit&#233; saisonni&#232;re. Il peut &#233;galement se pratiquer avec brio en mati&#232;re d'information socio-&#233;conomique. Un exemple, l'annonce de la baisse des prix dans les grandes surfaces : &#171; &lt;i&gt;- Ah ! ben moi, j'ai pas vu grand-chose sur les &#233;tiquettes !&lt;/i&gt; &#187; ou alors : &#171; &lt;i&gt;- De toute fa&#231;on, ce qu' &#8220;ils&#8221; perdent ici, &#8220;ils&#8221; le r&#233;cup&#232;rent ailleurs !&lt;/i&gt; &#187; Et l'on se gaussait jadis des dialogues, bien poujadistes il est vrai, que feu Papy Marcel Dassault (p&#232;re de Serge) aimait &#224; publier dans son tout aussi d&#233;funt Jours de France !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'on ne s'y trompe pas. L'interview qui n'apporte rien, mais alors strictement rien, est un genre d'avenir. On le constate encore &#224; la rubrique judiciaire avec - ne rigolez pas, &#231;a se voit et &#231;a s'est vu - le t&#233;moignage brumeux d'une vague voisine de la victime qui voil&#224; deux ou trois ans aurait un jour crois&#233; le suspect, lequel l'avait seulement gratifi&#233;e d'un &#171; bonjour &#187; un peu froid. C'est un premier pas. Toujours entreprenants, certains journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s ont &#233;galement lanc&#233; le reportage parfaitement creux aux couleurs soci&#233;tales, type - &#231;a se diffuse aussi - l'entra&#238;nement des pompiers volontaires d'un chef-lieu de canton de la Creuse, ou l'incursion dans une maison de retraite qui occupe bien ses octog&#233;naires. Bonnes filles, les pensionnaires ont g&#233;n&#233;ralement la gr&#226;ce de pr&#233;ciser : &#171; &lt;i&gt;Les animatrices sont gentilles et puis &#231;a fait passer le temps.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas question de se gausser ici de ces victimes m&#233;diatiques. Que peut bien en effet d&#233;clarer un p&#233;kin plaisamment attabl&#233; &#224; une terrasse de caf&#233; et qu'on interroge ex-abrupto - un must du genre - sur un beau temps inattendu, par exemple en avril ou en novembre ? Rien, sinon qu'en effet c'est une surprise pas d&#233;sagr&#233;able et qu'il est mieux l&#224; que dans les mines de sel. L'erreur, ou la faute, de casting et d'information ne vient pas de ces Fran&#231;ais suppos&#233;s repr&#233;sentatifs et &#233;clairants, pris de court et bien contraints de se r&#233;pandre en platitudes. Elle est le fait, dans les r&#233;dactions audiovisuelles, de metteurs en images en chef qui &#339;uvrent sans risque pour les pouvoirs et pour eux-m&#234;mes. Aveugl&#233;s peut-&#234;tre par la r&#233;ussite, plus subtile, d'un Jean-Pierre Pernaut (&lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt;), ces g&#226;te-sauces confondent all&#232;grement l'insipide et le r&#233;el, le banal et le quotidien et peut-&#234;tre m&#234;me la sitcom et l'info. Il faut avouer qu'ils y r&#233;ussissent fort bien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Al-Jazira, un nouvel ordre mondial de l'information </title>
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		<description>Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, un moyen d'information arabe, la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision Al-Jazira, atteint &#224; l'universalit&#233;. Pour appr&#233;cier l'importance du ph&#233;nom&#232;ne, il faut retourner une trentaine d'ann&#233;es en arri&#232;re et r&#233;veiller le Nomic. Le Nomic (Nwico en anglais) &#233;tait le Nouvel ordre mondial de l'information et de la communication que l'Unesco, bras culturel de l'Organisation des Nations unies, s'effor&#231;ait de promouvoir dans les ann&#233;es 70. Des pays du tiers-monde, se disant non align&#233;s dans la (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, un moyen d'information arabe, la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;, atteint &#224; l'universalit&#233;. Pour appr&#233;cier l'importance du ph&#233;nom&#232;ne, il faut retourner une trentaine d'ann&#233;es en arri&#232;re et r&#233;veiller le Nomic.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le Nomic (Nwico en anglais) &#233;tait le Nouvel ordre mondial de l'information et de la communication que l'Unesco, bras culturel de l'Organisation des Nations unies, s'effor&#231;ait de promouvoir dans les ann&#233;es 70. Des pays du tiers-monde, se disant non align&#233;s dans la guerre froide mais activement soutenus par les pays du camp communiste, s'insurgeaient contre la domination des grands m&#233;dias occidentaux sur l'information diffus&#233;e dans le monde. Leur voix, disaient-ils, n'&#233;tait pas assez entendue, et leurs int&#233;r&#234;ts pas assez d&#233;fendus dans le concert des nations. La plainte n'&#233;tait pas enti&#232;rement infond&#233;e. L'image que le monde recevait de lui-m&#234;me et de ses soubresauts, &#233;tait largement fa&#231;onn&#233;e par des journalistes occidentaux dans des entreprises occidentales et selon les perspectives propres &#224; leurs soci&#233;t&#233;s d'abondance. Il &#233;tait courant que les seules informations fiables disponibles en Afrique ou au Moyen-Orient sur un coup d'Etat, un conflit frontalier ou une catastrophe naturelle dans la r&#233;gion proviennent des agences de presse mondiales, toutes occidentales, ou des services &#233;trangers de la &lt;i&gt;BBC&lt;/i&gt;, et non pas de m&#233;dias locaux ou r&#233;gionaux. M&#234;me &#224; l'Ouest, beaucoup de professionnels reconnaissaient volontiers que la circulation de l'information mondiale n'aurait pas souffert d'un peu plus d'&#233;quilibre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais contrairement &#224; ce que pr&#233;tendaient les concepteurs du Nomic, cette h&#233;g&#233;monie de l'Occident capitaliste dans le domaine de l'information internationale n'&#233;tait pas le fruit d'un complot imp&#233;rialiste. Elle s'exer&#231;ait surtout par d&#233;faut. La plupart des gouvernements qui la d&#233;non&#231;aient ne tol&#233;raient en effet chez eux ni l'information ind&#233;pendante ni l'expression de voix divergentes. Beaucoup de ces pays ne comptaient que des m&#233;dias strictement contr&#244;l&#233;s par les d&#233;tenteurs du pouvoir, et qui ne produisaient et ne diffusaient d'autre information que celle du pouvoir. Il n'y avait jamais, en ce temps-l&#224;, d'accident d'avion ou de mine dans la vaste Union sovi&#233;tique, et les &#233;volutions de la vie politique chinoise n'&#233;taient perceptibles aux sinologues qu'au prix de patientes lectures entre les lignes des indigestes pav&#233;s du &lt;i&gt;Quotidien du Peuple&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le probl&#232;me du d&#233;s&#233;quilibre de l'information &#233;tait r&#233;el, le rem&#232;de propos&#233; au sein de l'Unesco &#233;tait pire que le mal. Afin de r&#233;duire l'influence culturelle de l'Occident, le &#171; nouvel ordre &#187; con&#231;u par les pays du bloc communiste et les gouvernements autoritaires du tiers-monde visait surtout &#224; l&#233;gitimer le contr&#244;le par chaque Etat de l'information accessible &#224; ses citoyens. Plut&#244;t que d'accro&#238;tre les flux d'information, il les aurait plus s&#251;rement r&#233;duits en les soumettant &#224; l'autorit&#233; des gouvernements. Cela allait radicalement &#224; l'encontre de l'article 19 de la D&#233;claration universelle des droits de l'homme, fondement de la libert&#233; d'expression et de la libert&#233; de la presse que l'Unesco &#233;tait cens&#233;e promouvoir. En se retirant de l'organisation, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, puissances pr&#233;pond&#233;rantes dans la circulation de l'information, provoqu&#232;rent une prise de conscience qui aboutit finalement &#224; l'abandon du Nomic &#224; la fin des ann&#233;es 80.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant longtemps, peu de choses chang&#232;rent dans l'ordre (ou le d&#233;sordre) mondial de l'information. On assista bien &#224; quelques tentatives de cr&#233;ation de sources r&#233;gionales d'information dans le monde en d&#233;veloppement avec l'aide des Nations unies ou de l'Unesco, comme l'agence de presse panafricaine PANA. Mais, n&#233;es le plus souvent de la volont&#233; d'Etats peu ouverts &#224; la libert&#233; d'expression et d&#233;pendantes de financements publics incertains, elles n'acqu&#233;rirent pratiquement jamais un professionnalisme suffisant pour avoir un impact sensible. Au Moyen-Orient, l'Egypte aurait pu &#234;tre le candidat naturel &#224; un r&#244;le r&#233;gional puisqu'elle poss&#233;dait d&#233;j&#224; une agence de presse ambitieusement baptis&#233;e Middle East News Agency ; mais elle n'eut jamais vraiment la possibilit&#233;, elle non plus, de se d&#233;gager du contr&#244;le du pouvoir politique. En Am&#233;rique latine, de gros groupes de m&#233;dias priv&#233;s, tels que Globo au Br&#233;sil et Clarin en Argentine, ne sortirent jamais suffisamment de leurs fronti&#232;res nationales pour prendre une dimension r&#233;gionale, sauf dans le domaine du divertissement. M&#234;me chose en Asie avec le Japon, deuxi&#232;me puissance &#233;conomique mondiale pourtant dot&#233;e d'&#233;normes et florissants m&#233;dias de qualit&#233;. Encore inhib&#233; par la p&#233;rennit&#233; de la m&#233;fiance que son comportement agressif pendant la Seconde Guerre mondiale inspire toujours &#224; ses voisins, ou par l'insularit&#233; de sa langue, le Japon n'a jamais s&#233;rieusement tent&#233; de devenir le fournisseur r&#233;gional d'informations. L'implosion du communisme international au d&#233;but des ann&#233;es 90 n'a que tr&#232;s marginalement lib&#233;ralis&#233; les pratiques m&#233;diatiques en Russie, pas plus que le triomphe de l'&#233;conomie de march&#233; en Chine, et aucun m&#233;dia de ces deux grandes puissances ne s'est encore impos&#233; sur la sc&#232;ne internationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'aube du XXIe si&#232;cle, une poign&#233;e de grands m&#233;dias occidentaux, agences de presse et cha&#238;nes audiovisuelles, restaient donc les principaux fournisseurs de nouvelles et d'images aux pays d&#233;sireux d'en recevoir. Tout se passait comme si la d&#233;mocratie capitaliste anglophone &#233;tait le seul berceau propice au d&#233;veloppement de sources d'informations internationales cr&#233;dibles et efficaces. La domination occidentale, et plus pr&#233;cis&#233;ment am&#233;ricaine, sur l'information par l'image s'&#233;tait encore alourdie avec le d&#233;veloppement, dans les ann&#233;es 80, de &lt;i&gt;CNN&lt;/i&gt;, la premi&#232;re cha&#238;ne satellitaire d'information en continu, m&#234;me si son audience n'a jamais &#233;t&#233; aussi universelle que le dit la l&#233;gende.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La surprise vint finalement, en 1996, du c&#244;t&#233; o&#249; on l'attendait le moins. Le Qatar, petite p&#233;ninsule de 500 000 habitants sur le golfe Arabo-Persique, richement assise sur l'une des plus grosses r&#233;serves mondiales de gaz naturel, venait de passer sous l'autorit&#233; d'un nouvel &#233;mir, Hamad Ben Khalifa Al-Thani. Jusqu'ici, son pays ne s'&#233;tait gu&#232;re diff&#233;renci&#233; des autres autocraties musulmanes du Moyen-Orient en mati&#232;re de droit d'expression ou d'information. Mais le nouvel &#233;mir, encore jeune et n&#233;olib&#233;ral convaincu, r&#234;vait de se distinguer de ses plus puissants voisins. Une de ses premi&#232;res d&#233;cisions fut de cr&#233;er une cha&#238;ne panarabe de t&#233;l&#233;vision satellitaire principalement consacr&#233;e &#224; l'information. Il recruta pour cela un important groupe de journalistes de diverses nationalit&#233;s arabes qui avaient &#233;t&#233; form&#233;s par la &lt;i&gt;BBC&lt;/i&gt; pour un projet de filiale arabophone vite trucid&#233; par la censure saoudienne. La nouvelle cha&#238;ne qatarie s'appellera &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; (La P&#233;ninsule).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Olfa Lamloum, enseignante &#224; l'universit&#233; de Paris X et codirectrice de la revue Confluences M&#233;diterran&#233;e, vient d'explorer la gen&#232;se et le d&#233;veloppement de l'entreprise dans un remarquable ouvrage intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;, miroir rebelle et ambigu du monde arabe &#187;. Elle en analyse finement l'impact sur la conscience collective des soci&#233;t&#233;s musulmanes, et le tournant que cela constitue dans les m&#339;urs m&#233;diatiques du Moyen-Orient. Le pr&#233;sent article, qui lui doit beaucoup, vise plut&#244;t &#224; &#233;clairer l'effet que la nouvelle cha&#238;ne eut presque imm&#233;diatement sur le monde occidental.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est en effet devenu banal de r&#233;p&#233;ter : &#171; L&lt;i&gt;e monde regarde CNN, mais CNN regarde Al-Jazira.&lt;/i&gt; &#187; Et &lt;i&gt;CNN&lt;/i&gt; n'est pas la seule. Toutes les t&#233;l&#233;visions europ&#233;ennes ou asiatiques reprennent r&#233;guli&#232;rement des images que seules ont donn&#233;es &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; et les nouvelles cha&#238;nes qui cherchent maintenant &#224; lui faire concurrence dans le monde arabe avec une information plus ouverte et plus audacieuse. La t&#233;l&#233;vision qatarie a eu, en peu de temps, un tel retentissement international que c'est devant ses cam&#233;ras que les dirigeants du Japon, de France et d'Italie vont tout naturellement plaider la lib&#233;ration de leurs ressortissants pris en otages en Irak. Et l'administration am&#233;ricaine elle-m&#234;me, tout en la critiquant et en lui suscitant des concurrents, n'h&#233;site pas &#224; s'en servir &#224; l'occasion.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Un miroir rebelle et ambigu du monde arabe. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En &#233;voquant trois sensibilit&#233;s arabes diff&#233;rentes r&#233;unies dans l'&#233;quipe fondatrice d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;, Olfa Lamloum &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Anim&#233;s par l'ambition de produire une information plurielle affranchie de la censure, les trois courants s'accordent pour appr&#233;hender la conflictualit&#233; dans l'espace arabe &#224; travers une approche nationaliste panarabe, pour d&#233;noncer la politique que m&#232;nent les Etats-Unis, et pour rendre visibles la demande d&#233;mocratique et la contestation des r&#233;gimes en place.&lt;/i&gt; &#187; Ailleurs, l'auteur ajoute : &#171; &lt;i&gt; &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; fonctionne comme un lieu d'expression et de production de l'imaginaire et de l'identit&#233; du public auquel elle s'adresse. Elle cherche &#224; rendre compte de ses revendications, de ses aspirations et de ses frustrations, ainsi que de sa perception fantasm&#233;e ou r&#233;elle de l'hostilit&#233; ext&#233;rieure.&lt;/i&gt; &#187; Tout cela n'est &#233;videmment pas de nature &#224; entretenir des liens harmonieux avec l'Arabie saoudite, et encore moins avec les Etats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Encore qu'il y ait des limites, vite atteintes, &#224; la hardiesse du propos d&lt;i&gt;'Al-Jazira&lt;/i&gt;. Son patron incontest&#233;, l'&#233;mir du Qatar, est un pros&#233;lyte du capitalisme lib&#233;ral. Olfa Lamloum rel&#232;ve avec raison que &#171; &lt;i&gt;la fascination d&#233;f&#233;rente de la cha&#238;ne envers la Bourse et le monde des affaires traduit l'absence de sensibilit&#233; sociale de sa direction et son inscription dans un projet de modernisation n&#233;olib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187;. Cet aspect-l&#224; devrait tout de m&#234;me rassurer Washington.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La perception am&#233;ricaine d&lt;i&gt;'Al-Jazira&lt;/i&gt; comme une voix antagoniste s'explique par la succession, peu apr&#232;s sa naissance, des &#233;v&#233;nements majeurs qui ont confront&#233; les Etats-Unis au monde arabo-musulman : les attentats terroristes du 11 septembre, les interventions arm&#233;es en Afghanistan puis en Irak, et le renforcement de l'alliance am&#233;ricano-isra&#233;lienne au moment d'un redoublement de violence en Palestine. Dans la chronique de la guerre contre le terrorisme, telle que la m&#232;nent George Bush et ses strat&#232;ges n&#233;oconservateurs, la teneur dominante des programmes d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;, malgr&#233; quelques efforts d'&#233;quilibre, a constamment &#233;t&#233; plus proche de l'islamisme radical que de l'Occident.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien vite, l'administration Bush et une bonne partie des m&#233;dias am&#233;ricains ont accus&#233; la cha&#238;ne de complicit&#233; avec le terrorisme. D&#232;s le d&#233;but de la guerre contre les talibans en Afghanistan, le &lt;i&gt;New York Times Magazine&lt;/i&gt; (18 novembre 2001) et le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; (28 d&#233;cembre 2001) ont publi&#233; des articles qualifiant &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; de &#171; t&#233;l&#233;vision priv&#233;e de Ben Laden &#187; sous pr&#233;texte qu'elle diffusait des cassettes vid&#233;o et messages audio enregistr&#233;s par le chef d'Al-Qaida ou ses lieutenants. L'irritation du gouvernement am&#233;ricain ne s'est pas limit&#233;e &#224; des remontrances adress&#233;es &#224; l'&#233;mir du Qatar. Les bureaux de la cha&#238;ne ont &#233;t&#233; pris pour cibles en Afghanistan d'abord, puis en Irak pendant la phase d'op&#233;rations militaires. Oubliant que la propagation de la libert&#233; et de la d&#233;mocratie &#233;tait l'objectif affirm&#233; des Etats-Unis en Irak, le proconsul Paul Bremer puis son successeur irakien Iyad Allawi ont, par la suite, pris &#224; plusieurs reprises des sanctions contre la cha&#238;ne qatarie et d'autres cha&#238;nes arabes accus&#233;es d'&#234;tre trop ouvertes aux rebelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Faire proc&#232;s &#224; &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; et aux autres cha&#238;nes satellitaires arabes d'&#234;tre les propagandistes d'Ossama Ben Laden n'a pas de sens. Cela ne s'explique que par l'aveugle na&#239;vet&#233; qui emp&#234;che la plupart des Occidentaux de se rendre compte que le chef honni d'Al-Qaida est probablement plus aim&#233; aujourd'hui que le pr&#233;sident des Etats-Unis parmi les populations du monde arabo-musulman, sinon parmi leurs dirigeants. C'est peut-&#234;tre un constat choquant, mais il vaut mieux s'en p&#233;n&#233;trer si l'on veut comprendre ce qui se passe aujourd'hui entre l'Islam et l'Occident. Il ne faut jamais oublier que les terroristes des uns sont toujours les r&#233;sistants des autres. Ni que ceux qui se pr&#233;sentent en lib&#233;rateurs peuvent &#234;tre vus comme des envahisseurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette perspective, il est professionnellement l&#233;gitime pour des m&#233;dias arabes de donner la parole &#224; Ben Laden et &#224; ses principaux lieutenants, comme les m&#233;dias occidentaux le font quotidiennement pour George Bush et son alli&#233; Tony Blair, m&#234;me quand ils mentent. En diffusant les cassettes de Ben Laden, &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; ne se fait pas plus, ou pas moins, le complice du terrorisme islamiste qu'une cha&#238;ne comme &lt;i&gt;Fox News&lt;/i&gt;, ou m&#234;me &lt;i&gt;CNN&lt;/i&gt;, ne se fait le complice de la &#171; croisade &#187; anti-islamiste de George Bush en rapportant r&#233;guli&#232;rement tous ses propos de guerrier missionnaire. Les deux quotidiens am&#233;ricains les plus prestigieux, le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt;, les plus sourcilleux aussi &#224; manifester leur ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du pouvoir, ont attendu plus d'un an avant de pr&#233;senter leurs excuses &#224; leurs lecteurs pour avoir failli &#224; d&#233;noncer la faiblesse des arguments avanc&#233;s par l'administration Bush pour justifier sa d&#233;cision d'envahir l'Irak alors qu'ils disposaient, d&#232;s avant la guerre, d'informations contredisant ces arguments. Ils ne se sont pas plus facilement distanci&#233;s du gouvernement de leur pays que les correspondants d&lt;i&gt;'Al-Jazira&lt;/i&gt; &#224; Kaboul en 2001 ne se sont distanci&#233;s des talibans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les accusations am&#233;ricaines contre &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; rejoignent d'ailleurs celles, tout aussi excessives, des islamistes radicaux pour qui tous les m&#233;dias occidentaux sont les complices de Bush puisqu'ils font abondamment la chronique de ses desseins &#171; imp&#233;rialistes &#187; sans les condamner. Avec la version am&#233;ricaine de la guerre contre le terrorisme, nous sommes malheureusement parvenus &#224; un point de polarisation o&#249; la notion d'ind&#233;pendance des m&#233;dias n'a plus cours. George Bush y a personnellement contribu&#233; en lan&#231;ant son fameux &#171; &lt;i&gt;qui n'est pas avec nous est contre nous&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Al-Jazira est plus proche de l'islamisme radical que de l'Occident. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le dialogue de sourds entre l'Orient et l'Occident, envenim&#233; par la guerre in&#233;gale d'Irak et l'interminable conflit isra&#233;lo-palestinien, s'exacerbe plus particuli&#232;rement sur le terrain de la m&#233;diatisation de l'horreur. La plupart des m&#233;dias audiovisuels occidentaux se font depuis longtemps vertu de ne pas heurter la sensibilit&#233; de leur public en s'abstenant de lui pr&#233;senter des sc&#232;nes trop explicites de cadavres sanglants ou de corps mutil&#233;s. Cela rejoint la pr&#233;tention des chefs militaires am&#233;ricains &#224; ne mener que des guerres &#171; propres &#187;. Dans cet esprit, la diffusion r&#233;guli&#232;re, par &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; ou par d'autres cha&#238;nes arabes ou leurs sites Internet, de cassettes enregistr&#233;es montrant la d&#233;capitation ou l'&#233;gorgement d'otages par leurs ravisseurs masqu&#233;s est choquante. Qui pis est, elle nourrit en Occident la suspicion que ces m&#233;dias arabes se font d&#233;lib&#233;r&#233;ment les v&#233;hicules de la strat&#233;gie de l'atrocit&#233; spectaculaire adopt&#233;e par les pires adversaires de l'occupation &#233;trang&#232;re en Irak pour effrayer les opinions publiques des pays qui se sont joints &#224; la coalition am&#233;ricaine, et m&#234;me les autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les nouveaux m&#233;dias arabes nous renvoient la balle. Devant les d&#233;nonciations occidentales de la &#171; sauvagerie &#187; et de la &#171; barbarie &#187; des assassinats enregistr&#233;s d'otages qu'ils diffusent, leurs commentateurs reprochent fr&#233;quemment aux m&#233;dias de l'Occident leur s&#233;lectivit&#233; dans l'indignation. Car ils savent que pour les foules musulmanes, le spectacle des corps d&#233;chiquet&#233;s de femmes et d'enfants irakiens ou palestiniens, victimes collat&#233;rales des tirs &#171; de pr&#233;cision &#187; de l'aviation am&#233;ricaine &#224; Falloujah ou des op&#233;rations de nettoyage isra&#233;liennes dans la bande de Gaza, est aussi barbare et sauvage, sinon plus, que celui d'un otage occidental d&#233;capit&#233;. Le terrorisme aveugle n&#233; de haines collectives nous &#233;tant tellement r&#233;pugnant, nous avons du mal &#224; admettre que des peuples entiers puissent lui trouver des justifications et parfois m&#234;me s'en r&#233;jouir. Mais les m&#233;dias arabes connaissent mieux que nous les r&#233;alit&#233;s de leur environnement, et en tiennent compte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est compr&#233;hensible que les m&#233;dias occidentaux consacrent davantage d'attention aux quelques dizaines de victimes civiles &#233;trang&#232;res de l'insurrection anti-am&#233;ricaine en Irak qu'aux milliers de victimes irakiennes. Il n'est pas anormal non plus que les m&#233;dias fran&#231;ais ou italiens, qui se mobilisent avec ardeur lorsque deux journalistes ou deux volontaires humanitaires de leur pays sont enlev&#233;s, ne rapportent pratiquement jamais que des centaines d'Irakiens sont victimes du m&#234;me sympt&#244;me du chaos provoqu&#233; par l'intervention am&#233;ricaine. Tous les m&#233;dias occidentaux ont rapport&#233; que John Kerry, le candidat d&#233;mocrate oppos&#233; &#224; George Bush, s'&#233;tait indign&#233; dans leur premier d&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233; que la guerre d&#233;cid&#233;e par son adversaire ait d&#233;j&#224; &#171; fait mille morts &#187;, sans lui reprocher de ne tenir compte que des victimes am&#233;ricaines &#224; l'exclusion des cinq ou dix mille civils irakiens tu&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque les peuples du Moyen-Orient acc&#232;dent &#224; ce genre de traitement d&#233;s&#233;quilibr&#233; de leurs affaires par &lt;i&gt;CNN&lt;/i&gt; ou la &lt;i&gt;BBC&lt;/i&gt;, ils ne peuvent &#233;chapper au sentiment que les Occidentaux font d&#233;cid&#233;ment peu de cas de leurs vies et de leur bien-&#234;tre. Et il n'est pas surprenant que le traitement des conflits d'Afghanistan, de Palestine ou d'Irak que leur apportent d&#233;sormais &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; et les autres cha&#238;nes arabes n&#233;es dans son sillage, tout aussi d&#233;s&#233;quilibr&#233; qu'il puisse &#234;tre mais en sens inverse, les satisfasse davantage. &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; a d&#233;j&#224; atteint un des objectifs que lui pr&#234;te Olfa Lamloum dans son livre : &#171; la contestation du monopole du sens d&#233;tenu jusqu'alors par les m&#233;dias occidentaux &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'est pas in&#233;luctable qu'une v&#233;ritable guerre des civilisations ait commenc&#233; avec les attentats du 11 septembre 2001, puis les interventions militaires occidentales au Moyen-Orient. Mais tout se passe comme si l'&#233;mergence de puissants m&#233;dias audiovisuels arabo-musulmans avait d&#233;j&#224; d&#233;clench&#233; une guerre de l'image pour la conqu&#234;te des esprits et des c&#339;urs. Ces visions oppos&#233;es sont peut-&#234;tre conciliables entre sages des deux mondes, s'ils existent, mais plus difficilement par les m&#233;dias de masse qui ont malheureusement acquis plus d'influence que les sages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> d&#233;bat sur Al-Jazira</title>
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		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>

		<description>&#171; L'opinion et son contraire. &#187; C'est le slogan d'Al-Jazira. Pour le lui appliquer, nous avons choisi de mettre face &#224; face deux jugements contradictoires port&#233;s sur la cha&#238;ne ces derni&#232;res ann&#233;es. L'un a &#233;t&#233; &#233;crit pour le Wall Street Journal par Amir Taheri, un journaliste iranien exil&#233; &#224; Londres. Il remonte au 28 d&#233;cembre 2001, c'est-&#224;-dire au moment o&#249; Al-Jazira a v&#233;ritablement fait irruption sur la sc&#232;ne internationale de l'information pendant la guerre d'Afghanistan. L'autre, publi&#233; par le quotidien (...)

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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&#171; L'opinion et son contraire. &#187; C'est le slogan d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;. Pour le lui appliquer, nous avons choisi de mettre face &#224; face deux jugements contradictoires port&#233;s sur la cha&#238;ne ces derni&#232;res ann&#233;es. L'un a &#233;t&#233; &#233;crit pour le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; par Amir Taheri, un journaliste iranien exil&#233; &#224; Londres. Il remonte au 28 d&#233;cembre 2001, c'est-&#224;-dire au moment o&#249; &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; a v&#233;ritablement fait irruption sur la sc&#232;ne internationale de l'information pendant la guerre d'Afghanistan. L'autre, publi&#233; par le quotidien pakistanais &lt;i&gt;Daily Times&lt;/i&gt; le 15 ao&#251;t dernier, est d&#251; &#224; Daoud Kuttab, directeur de l'Institut des m&#233;dias modernes &#224; l'universit&#233; Al-Quds, &#224; Ramallah (Territoires palestiniens). Deux voix musulmanes se contredisent &#224; travers le temps et l'espace pour &#233;valuer, l'une en bien l'autre en mal, l'impact de la t&#233;l&#233;vision qatarie sur le monde arabe, ses chances d'&#233;volution d&#233;mocratique et ses relations avec le monde occidental. En contrepoint de leur dialogue &#233;merge une question : un m&#233;dia arabe peut-il &#234;tre &#171; objectif &#187; sur les conflits actuels au Moyen-Orient ?&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;QUI A PEUR D'&lt;i&gt;AL-JAZIRA&lt;/i&gt; ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Daoud Kuttab - (&lt;i&gt;Pakistan Daily Times&lt;/i&gt;)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Personne n'est indiff&#233;rent &#224; &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;, la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision arabe par satellite bas&#233;e au Qatar. On peut pratiquement voir bouillir le sang des dirigeants am&#233;ricains lorsqu'ils en parlent. C'est s&#251;r qu'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; partage l'aspiration de tous les Arabes &#224; &#234;tre unis et ind&#233;pendants de tout contr&#244;le &#233;tranger. Mais cela ne rend pas son service d'information mensonger pour autant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;, que le secr&#233;taire d'Etat am&#233;ricain Colin Powell estime &#171; &lt;i&gt;horrible&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;partiale&lt;/i&gt; &#187;, est un instrument essentiel de r&#233;forme et de changement que les activistes arabes sinc&#232;rement d&#233;mocrates, comme la communaut&#233; internationale, ont appel&#233; de leurs v&#339;ux. Pourtant, les Etats-Unis ont &#233;t&#233; tellement furieux qu'ils ont cr&#233;&#233; leur propre organe en langue arabe avec la cha&#238;ne satellitaire &lt;i&gt;Al-Hurra&lt;/i&gt;. (...) Mais les Arabes n'ont pas confiance en elle. Elle a d&#233;montr&#233; sa position de caniche [des Am&#233;ricains] en ne diffusant jamais aucune image des prisonniers victimes d'abus dans la tristement c&#233;l&#232;bre prison d'Abou Ghraib, &#224; Bagdad. Sur ce point-l&#224; au moins, &lt;i&gt;Al-Hurra&lt;/i&gt; correspond parfaitement &#224; la tradition docile de l'audiovisuel des Etats arabes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au lieu de critiquer &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; ou de chercher &#224; l'affaiblir, les politiciens devraient encourager ce bastion de la libre expression en reconnaissant que les Arabes auront &#224; souffrir une progression chaotique vers la d&#233;mocratie. Il faut s'attendre &#224; ce que, sur ce chemin tortueux, les grandes puissances du monde soient fr&#233;quemment offens&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant des ann&#233;es, la t&#233;l&#233;vision dans le monde arabe a &#233;t&#233; le porte-voix des pr&#233;sidents, des rois et des &#233;mirs en place pour propager leurs opinions officielles et rien d'autre. Des unit&#233;s militaires d'&#233;lite prot&#232;gent habituellement les stations de radio et de t&#233;l&#233;vision parce qu'elles ont souvent &#233;t&#233; les premi&#232;res cibles des coups d'Etat militaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Etant donn&#233; cette situation, et l'avalanche d'appels aux r&#233;formes dans le monde arabe, c'est une tragique ironie que l'Am&#233;rique et l'Occident se soient si peu int&#233;ress&#233;s au monopole des Etats arabes sur les t&#233;l&#233;visions. En r&#233;alit&#233;, les critiques am&#233;ricaines d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; traduisent davantage le besoin de d&#233;fendre l'inepte cafouillage en Irak, qu'un v&#233;ritable d&#233;sir de voir exister des m&#233;dias arabes libres, ouverts et critiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la d&#233;mocratie signifie que l'on offre au peuple un libre choix, il n'y a pas de doute que le choix de la plupart des Arabes est pour une t&#233;l&#233;vision qui fasse &#233;cho &#224; leurs aspirations. En ce sens, &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; est &#233;videmment partiale parce qu'elle est dirig&#233;e par des patriotes arabes et exprime les sentiments arabes. Mais ce n'est pas plus un crime que &#231;a ne l'est pour les m&#233;dias am&#233;ricains de refl&#233;ter les aspirations am&#233;ricaines et, en temps de guerre, de se comporter comme les &#171; cheerleaders &#187; des forces am&#233;ricaines. La vraie question est de savoir si &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; et les t&#233;l&#233;visions am&#233;ricaines rapportent la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La devise d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;, &#171; l'opinion et son contraire &#187;, a fascin&#233; les audiences arabes parce que le choc d'opinions contraires se produit rarement sur les t&#233;l&#233;visions publiques arabes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; n'a pas &#233;t&#233; objective dans sa couverture de l'occupation isra&#233;lienne de la Palestine ou dans la guerre men&#233;e par les Etats-Unis en Irak. Comment pourrait-elle l'&#234;tre ? Mais elle n'a pas invent&#233; les faits ; elle a simplement refl&#233;t&#233; l'opinion arabe majoritaire. Sur des questions aussi fondamentales du consensus arabe, il est tout simplement illogique de s'attendre &#224; ce qu'un diffuseur arabe soit objectif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De surcro&#238;t, &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; n'a pas &#233;t&#233; sourde aux plaintes port&#233;es contre elle. En juillet [2004] elle est devenue la premi&#232;re cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision arabe &#224; se doter d'un code d'&#233;thique professionnelle. Selon la &lt;i&gt;BBC&lt;/i&gt;, ce code d&#233;finit avec une clart&#233; absolue et dans la transparence comment doivent se conduire les journalistes d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;, et pose les limites pr&#233;cises entre l'information, l'analyse et le commentaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; la performance professionnelle d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;, il est grand temps qu'elle soit jug&#233;e par des journalistes professionnels respect&#233;s et non par des personnalit&#233;s officielles, am&#233;ricaines ou autres, ayant une politique &#224; d&#233;fendre. Le d&#233;partement de journalisme d'une grande universit&#233; travaillant avec des sp&#233;cialistes des m&#233;dias arabes pourrait, par exemple, fournir une analyse beaucoup plus honn&#234;te du travail de la cha&#238;ne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si les dirigeants am&#233;ricains, britanniques et autres occidentaux sont s&#233;rieusement int&#233;ress&#233;s aux r&#233;formes dans le monde arabe, ils doivent soutenir les personnalit&#233;s et les organisations arabes r&#233;formistes, m&#234;me si ces organisations les mettent quelquefois dans des positions inconfortables. Si cela devient la norme en Occident, &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; sera &#224; juste titre per&#231;ue comme faisant partie de la solution plut&#244;t que du probl&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;LA CHAINE PRIVEE DE BEN LADEN&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Amir Taheri - (&lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t apr&#232;s le 11 septembre, la cha&#238;ne appartenant au monarque du Qatar, le Cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, a &#233;t&#233; per&#231;ue en Occident comme le porte-parole d'Ossama Ben Laden et de ses terroristes d'Al-Qaida.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les raisons souvent invoqu&#233;es pour expliquer le succ&#232;s d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; sont que, contrairement aux autres cha&#238;nes [du Moyen-Orient], elle peut critiquer les dirigeants arabes, et qu'elle est le seul lieu o&#249; les Arabes, et les musulmans en g&#233;n&#233;ral, peuvent d&#233;battre librement de toutes questions. (...) Mais est-ce vrai ? Un examen plus approfondi montre clairement qu'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; fait plus de tort au d&#233;bat d&#233;mocratique que beaucoup des ternes cha&#238;nes arabes dont elle a d&#233;tourn&#233; les t&#233;l&#233;spectateurs depuis sa cr&#233;ation en 1996.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[L'auteur explique alors qu'&#224; l'exception de l'Alg&#233;rie et du Kowe&#239;t, les &#233;missions de la cha&#238;ne qatarie m&#233;nagent beaucoup plus les chefs d'Etat arabes, et en particulier le r&#233;gime saoudien, qu'on ne le croit. Il l'accuse de d&#233;magogie islamiste :] Le secret du succ&#232;s manifeste d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; r&#233;side ailleurs que dans sa l&#226;che attitude envers les dirigeants arabes. Elle dit aux Arabes ce qu'ils croient d&#233;j&#224; &#234;tre le sentiment de la mythique &#171; rue arabe &#187;. Elle suppose que l'islamisme radical progresse dans tous les pays arabes et qu'il est secr&#232;tement soutenu par la majorit&#233;. C'est pourquoi les &#233;missions de d&#233;bat, qui sont les piliers de sa programmation, favorisent les islamistes radicaux. La cha&#238;ne tient aussi pour &#233;vident que l'Arabe moyen est profond&#233;ment antioccidental, et sp&#233;cialement antiam&#233;ricain. Elle cr&#233;e l'impression que l'Occident, et particuli&#232;rement les Etats-Unis, sont derri&#232;re tous les malheurs des Arabes, y compris l'existence de r&#233;gimes incomp&#233;tents et corrompus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[L'auteur fait ensuite le compte des interventions d'islamistes radicaux dans les programmes d'&lt;strong&gt;Al-Jazira&lt;/strong&gt; et des &#233;missions consacr&#233;es &#224; Ben Laden sur une p&#233;riode de quatre ans et ajoute :]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela cr&#233;e l'impression que non seulement les islamistes dominent la politique arabe, mais qu'ils sont les seuls &#224; avoir un programme de r&#233;formes cr&#233;dible dans des soci&#233;t&#233;s qui ont s&#233;rieusement besoin de changement. Le slogan &#171; l'islam est la solution &#187; est souvent entendu sur &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;. Le r&#233;sultat est que toutes les questions politiques sont transform&#233;es en questions th&#233;ologiques, persuadant les t&#233;l&#233;spectateurs que la soci&#233;t&#233; n'&#233;chappera &#224; la pauvret&#233;, &#224; la tyrannie et &#224; la corruption qu'en devenant &#171; plus islamique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et pourtant, la v&#233;rit&#233; est que les islamistes ne repr&#233;sentent qu'une part, bruyante mais minoritaire, de la plupart des soci&#233;t&#233;s arabes. Dans beaucoup de pays arabes, une nouvelle classe moyenne urbaine a pris forme et aspire &#224; une alternative entre la th&#233;o-parano&#239;a des islamistes et la l&#233;thargie corrompue des cliques r&#233;gnantes. &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; n'offre jamais &#224; cette nouvelle classe moyenne une chance de s'exprimer. Elle n'offre pas de tribune &#224; la riche diversit&#233; des opinions du monde arabe. La gauche d&#233;mocratique, la droite d&#233;mocratique et le centre mod&#233;r&#233; ne sont jamais repr&#233;sent&#233;s sur &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les a priori d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; sur la &#171; rue arabe &#187; trouvent leur application la plus spectaculaire &#224; propos du conflit arabo-isra&#233;lien. La cha&#238;ne a essay&#233; de transformer un conflit portant essentiellement sur la possession d'une terre et la cr&#233;ation d'un Etat en un duel entre l'islam et le monde jud&#233;o-chr&#233;tien. Isra&#235;l est commun&#233;ment appel&#233; &#171; l'ennemi sioniste &#187; et calomni&#233; comme &#171; occupant &#187;, m&#234;me par les pr&#233;sentateurs. Ceux qui regardent &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; auraient facilement l'impression que les Palestiniens sont plus fid&#232;lement repr&#233;sent&#233;s par le Hamas ou le Jihad islamique que par le gouvernement assi&#233;g&#233; de Yasser Arafat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le monde arabe a besoin d'une cha&#238;ne d'information satellitaire professionnelle et ind&#233;pendante. Il a les ressources intellectuelles n&#233;cessaires &#224; la conduite d'un d&#233;bat politique s&#233;rieux sur tous les aspects de sa vie et sur ses relations avec le reste du monde. Les cha&#238;nes d'Etat qui sont p&#233;trifi&#233;es par une peur pathologique de la politique excluent un tel d&#233;bat. &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; ne fait pas non plus l'affaire parce qu'elle vise &#224; soulever les passions plut&#244;t qu'&#224; encourager une approche rationnelle de la politique. La solution devra venir de cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision v&#233;ritablement priv&#233;es qui se feront concurrence en offrant un vrai d&#233;bat d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &quot;Femmes et reporters de guerre en terre d'islam&quot;</title>
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		<dc:date>2006-11-30T21:29:19Z</dc:date>
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		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>

		<description>Discrimination positive ? Contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, &#234;tre femme et reporter de guerre m&#234;me en terre d'islam peut parfois devenir un avantage. Regards crois&#233;s Elles ont en commun d'avoir 37 ans, d'&#234;tre reporters, d'avoir &#233;t&#233; envoy&#233;es sp&#233;ciales lors de conflits et d'avoir suivi la r&#233;cente actualit&#233; en terre d'islam. Doroth&#233;e Olli&#233;ric est all&#233;e plusieurs fois en Afghanistan et en Afrique pour France 2. Sara Daniel travaille au Nouvel Observateur et a notamment interview&#233; cet automne les islamistes de (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Discrimination positive ? Contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, &#234;tre femme et reporter de guerre m&#234;me en terre d'islam peut parfois devenir un avantage. Regards crois&#233;s&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elles ont en commun d'avoir 37 ans, d'&#234;tre reporters, d'avoir &#233;t&#233; envoy&#233;es sp&#233;ciales lors de conflits et d'avoir suivi la r&#233;cente actualit&#233; en terre d'islam. Doroth&#233;e Olli&#233;ric est all&#233;e plusieurs fois en Afghanistan et en Afrique pour &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt;. Sara Daniel travaille au &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; et a notamment interview&#233; cet automne les islamistes de Falloujah qui revendiquent les enl&#232;vements et les d&#233;capitations des otages.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elles ne se connaissaient pas avant de se rencontrer pour &lt;i&gt;M&#233;dias&lt;/i&gt;. Nous leur avons pos&#233; les m&#234;mes questions sur leur m&#233;tier dans ces guerres d'un nouveau type, sur le r&#244;le des &#171; fixeurs &#187;, auxiliaires de presse, sur leur statut de femmes-journalistes en terrain hostile.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_785 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/png/FIXEUSES.png&quot; title='photo : Anthony Rabisse' type=&quot;image/png&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH112/FIXEUSES-85552-403b6.png' width='324' height='112' alt='photo : Anthony Rabisse' style='height:112px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-785 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photo : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez couvert et vous couvrez parfois encore des conflits d'une autre nature que ceux auxquels on &#233;tait habitu&#233;, la plupart du temps, en terre d'islam. Avez-vous d&#233;j&#224; eu le sentiment d'avoir &#233;t&#233; menac&#233;es en tant que femmes dans l'exercice de votre m&#233;tier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;Doroth&#233;e Olli&#233;ric&lt;/strong&gt; : Je n'ai jamais eu la sensation d'&#234;tre une cible. Bien s&#251;r, et surtout en Afghanistan o&#249; j'ai beaucoup travaill&#233;, on est toujours &#224; la merci du danger. Les bandits de grand chemin peuvent vous arr&#234;ter uniquement pour votre argent et l&#224;, on ne sait jamais comment cela peut se terminer. Mais la grande diff&#233;rence entre le moment o&#249; j'ai d&#233;but&#233;, c'est-&#224;-dire juste apr&#232;s la premi&#232;re guerre du Golfe et aujourd'hui, c'est l'impression que tout journaliste peut &#234;tre d&#233;sormais consid&#233;r&#233; comme un objet de pression. Au point que je ne sais plus s'il est possible de faire la diff&#233;rence entre le banditisme et la politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;Sara Daniel&lt;/strong&gt; : C'est vrai, il fut un temps o&#249; la simple indication sur la voiture de &#171; Presse &#187; ou &#171; TV &#187; &#233;tait assimil&#233;e &#224; une neutralit&#233;. Une &#171; Croix-Rouge de l'information &#187;. Je crois qu'aujourd'hui c'est l'inverse, au point qu'il est pr&#233;f&#233;rable de se fondre dans la population et d'&#233;viter d'appara&#238;tre diff&#233;rent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais est-ce qu'&#234;tre journaliste et femme n'est pas un statut lourd &#224; porter, dans une civilisation d'hommes que vous allez interviewer et qui sont &#233;galement des combattants id&#233;ologiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;D.O.&lt;/strong&gt; : C'est parfois l'inverse : il y a des situations o&#249; &#234;tre une femme devient un avantage. Je me souviens d'&#234;tre all&#233;e en 1996 en plein r&#233;gime des talibans en Afghanistan r&#233;aliser une s&#233;rie de reportages qu'il m'aurait &#233;t&#233; impossible de terminer si je n'avais pas &#233;t&#233; une femme. J'ai pu rencontrer des Afghanes. Tout homme aurait &#233;t&#233; rejet&#233;. Jamais un confr&#232;re masculin n'aurait pu aller l&#224; o&#249; j'ai pu p&#233;n&#233;trer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;S.D.&lt;/strong&gt; : Aujourd'hui, un autre ph&#233;nom&#232;ne se produit. Nous sommes souvent oblig&#233;es, pratiquement la plupart du temps, de porter un voile. Et le port de ce voile nous d&#233;douane. Mes interlocuteurs ont l'impression que moi, Fran&#231;aise, j'accepte une r&#232;gle religieuse et que je me soumets &#224; une coutume. Je les ai souvent sentis sensibles &#224; cela. Ils m'ont manifest&#233; un int&#233;r&#234;t qui allait au-del&#224; de la simple rencontre que j'avais sollicit&#233;e. Il m'est arriv&#233; d'avoir des discussions &#224; propos du port du voile en France et de la la&#239;cit&#233;. Cet int&#233;r&#234;t est d'ailleurs accru chez les plus religieux d'entre eux, y compris chez des salafistes rigoureux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;D.O.&lt;/strong&gt; : J'ai beaucoup travaill&#233; en Afrique. G&#233;n&#233;ralement, les Africains, quel que soit le pays, sont amus&#233;s qu'une femme fasse ce boulot. Ils sont plus conciliants, plus &#224; m&#234;me de vous &#233;couter et parfois de vous aider, mais j'ai surtout le souvenir d'un incident o&#249; le fait d'&#234;tre une journaliste m'a, je crois, sauv&#233; la vie. C'&#233;tait au Congo, &#224; la sortie de Brazzaville. Nous sommes tomb&#233;s sur un barrage de paramilitaires. Ils &#233;taient comme fous : cocktail classique d'alcool et de drogue. J'ai voulu sortir pour discuter, je me suis retrouv&#233;e immobilis&#233;e, une kalachnikov point&#233;e au milieu du front. Pendant quelques secondes, j'ai cru que c'&#233;tait fini. Et plus rien. Il a hurl&#233; &#171; &lt;i&gt;Va-t'en !&lt;/i&gt; &#187; A ma place, un homme serait mort. Je suis persuad&#233;e que ce type-l&#224; n'a pas voulu tuer une femme blanche.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_787 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/FILLE-B.jpg&quot; title='Doroth&#233;e Olli&#233;ric' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L272xH324/FILLE-B-86fd9-6aaeb.jpg' width='272' height='324' alt='Doroth&#233;e Olli&#233;ric' style='height:324px;width:272px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-787 spip_doc_titre' style='width:272px;'&gt;&lt;strong&gt;Doroth&#233;e Olli&#233;ric&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Nous allons vers une simplification absolue. &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; contre &lt;i&gt;Fox News&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; rencontr&#233; de semblables situations en terre d'islam ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;S.D.&lt;/strong&gt; : C'est tout &#224; fait diff&#233;rent. Je parlais tout &#224; l'heure de curiosit&#233; &#224; notre &#233;gard, mais c'est parfois plus pervers. J'ai souvent devin&#233; &#224; travers les r&#233;actions de mes interlocuteurs que ma pr&#233;sence confortait une faiblesse suppos&#233;e de l'Occident. Ce pays enverrait donc des femmes faire un travail &#224; la place des hommes qui ne seraient pas assez courageux ? J'ai tr&#232;s souvent entendu cette r&#233;flexion : &#171; &lt;i&gt; Si vous &#233;tiez convertie, vous ne seriez pas oblig&#233;e de faire ce m&#233;tier. Vous pourriez rester chez vous vous occuper de votre foyer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;D.O.&lt;/strong&gt; : Il est parfois v&#233;ritablement compliqu&#233; de faire comprendre que l'on peut &#234;tre femme, mari&#233;e et m&#232;re de famille. L&#224;, il y a comme un mur. Mais quand on d&#233;barque avec une &#233;quipe de t&#233;l&#233;vision, c'est tout d'abord la fonction de journaliste qui est per&#231;ue, tout au moins jusqu'&#224; pr&#233;sent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;cente actualit&#233; et singuli&#232;rement celle d'Irak a fait appara&#238;tre les r&#244;les d'auxiliaires locaux, les &#171; fixeurs &#187;. Tout d'abord que signifie ce mot ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;D.O.&lt;/strong&gt; : &#171; Fixeur &#187; vient de l'am&#233;ricain. Je pense que ce sont les t&#233;l&#233;visions l&#224;-bas qui ont invent&#233; et le terme et la fonction. C'est une sorte de correspondant-interpr&#232;te dans un pays o&#249; communiquer est difficile, et qui devient pratiquement un bras droit. On les rencontre un peu par hasard. Ce sont des adresses que l'on se donne, il y en a de bons et de mauvais. A Bagdad, nous avons le m&#234;me depuis que Maryse Burgot l'a engag&#233; il y a quelque temps. Nous avons continu&#233; &#224; travailler avec lui, il &#233;tait d'abord notre chauffeur, notre interpr&#232;te, il s'est rapidement occup&#233; de toute l'organisation et de l'infrastructure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;S.D.&lt;/strong&gt; : Pour moi, c'est diff&#233;rent. Notre rencontre s'est produite par hasard. Au d&#233;but, il &#233;tait chauffeur de taxi et me servait d'interpr&#232;te. Il s'est int&#233;ress&#233; peu &#224; peu &#224; ce que je faisais, m'a donn&#233; des conseils et nous sommes devenus sinon amis du moins tr&#232;s proches.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce lui qui vous a amen&#233;e cet automne dans Falloujah o&#249; vous avez rencontr&#233; les milices islamistes qui revendiquent les enl&#232;vements et les d&#233;capitations d'otages ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;S.D.&lt;/strong&gt; : Bien s&#251;r, sans lui je n'aurais rien pu faire. Tout simplement parce que, sans que je le veuille, il &#233;tait devenu ma caution. C'est un homme tr&#232;s pieux et pour cela extr&#234;mement reconnu et respect&#233;. D'autre part, on ne peut ignorer quand on travaille en Irak l'importance des relations tribales. De fil en aiguille, nous sommes arriv&#233;s &#224; avoir un contact avec un groupe qui acceptait de me recevoir. Lui et moi avons longuement h&#233;sit&#233;, puis nous avons d&#233;cid&#233; d'un commun accord d'y aller.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'y a-t-il pas un risque d'&#234;tre trahi, ne serait-ce que dans la traduction ou dans les renseignements fournis par ces &#171; fixeurs &#187; qui, en plus, vivent sur place.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;D.O.&lt;/strong&gt; : C'est moins le risque d'&#234;tre trahi que d'&#234;tre sous influence, domin&#233;, par ce genre de guide. Sans compter qu'il faut aujourd'hui, pour accepter ce travail, une grande r&#233;solution et de s&#233;rieuses motivations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par l'argent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;D.O.&lt;/strong&gt; : Oui, mais pas seulement. Certes, on est oblig&#233; de n&#233;gocier. Les t&#233;l&#233;visions am&#233;ricaines les paient plus cher, environ 200 dollars la journ&#233;e. Nous, on n&#233;gocie &#224; 100 dollars. Fran&#231;ais, donc moins riches ! G&#233;n&#233;ralement, ils acceptent. Je crois que la majorit&#233; de ceux que j'ai connus sont int&#233;ress&#233;s de fa&#231;on honn&#234;te et veulent surtout nous amener &#224; une autre vision du pays que celle que l'on a habituellement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;S.D.&lt;/strong&gt; : Le statut social qu'ils peuvent acqu&#233;rir contribue beaucoup &#224; leur d&#233;cision, surtout aujourd'hui en Irak. Mon &#171; fixeur &#187; voulait assurer un avenir &#224; ses enfants. Tous pensent trouver une profession. Mais il ne faut pas se tromper, ils sont maintenant en danger d&#232;s lors qu'ils fr&#233;quentent des Occidentaux.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_786 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/FILLE-A.jpg&quot; title='Sara Daniel' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L210xH324/FILLE-A-e4e90-a37be.jpg' width='210' height='324' alt='Sara Daniel' style='height:324px;width:210px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-786 spip_doc_titre' style='width:210px;'&gt;&lt;strong&gt;Sara Daniel&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En peu d'ann&#233;es, comme reporter de guerre, qu'avez-vous ressenti comme &#233;volution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;S.D.&lt;/strong&gt; : La banalisation de notre m&#233;tier. Nous sommes, nous journalistes, pris dans un conflit de civilisations. Nous ne sommes plus des t&#233;moins. On nous somme de nous engager dans un camp ou dans l'autre. Alli&#233;s ou ennemis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;D.O.&lt;/strong&gt; : Partir dans un pays comme l'Irak est une lourde d&#233;cision pour une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision. Comment envoyer une &#233;quipe avec les risques que l'on conna&#238;t, et pour quel r&#233;sultat ? Il faut savoir qu'aujourd'hui, sur place, r&#233;aliser un micro-trottoir rel&#232;ve de l'exploit. Filmer un fumeur de narguil&#233; devient de l'h&#233;ro&#239;sme. Et quel est v&#233;ritablement l'int&#233;r&#234;t d'un tel travail ? En fait, on en vient &#224; se demander si nous pouvons encore exercer notre m&#233;tier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;S.D.&lt;/strong&gt; : Revenons sur ce conflit de civilisations. Pour r&#233;sumer, nous allons vers une simplification absolue. &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; contre &lt;i&gt;Fox News&lt;/i&gt;. Et, de plus en plus, l'impossibilit&#233; d'y introduire les h&#233;sitations, les interrogations, la subtilit&#233; que demande un reportage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;D.O.&lt;/strong&gt; : Quand les lignes de front disparaissent, comme c'est le cas dans ces guerres qui &#233;clatent maintenant, donner une information claire devient plus difficile. Les journalistes sont utilis&#233;s comme d'autres armes de guerre. En quelques ann&#233;es, on est pass&#233; de &#171; &lt;i&gt;on vous veut, pour pouvoir t&#233;moigner&lt;/i&gt; &#187; &#224; &#171; &lt;i&gt;on vous veut, mais sous contr&#244;le&lt;/i&gt; &#187;, - comme ces fameux &#171; embedded &#187; des convois militaires am&#233;ricains - puis &#224; &#171; &lt;i&gt;on ne vous veut plus, laissez-nous faire notre boulot entre nous&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &lt;strong&gt;S.D.&lt;/strong&gt; : L'autre risque, c'est de consid&#233;rer le prix d'un homme pour sa seule valeur marchande.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sara Daniel, quand vous &#234;tes all&#233;e interviewer les combattants de Falloujah, avez-vous pens&#233; &#224; ce qui pouvait advenir et &#224; cette &#171; valeur marchande &#187; que vous repr&#233;sentiez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;S.D.&lt;/strong&gt; : Bien s&#251;r. Les approches ont &#233;t&#233; tr&#232;s compliqu&#233;es et tr&#232;s longues. Et je ne sais toujours pas pourquoi ils m'ont accept&#233;e. Je pense que la r&#233;putation et l'importance de mon &#171; fixeur &#187; ont d&#251; jouer pour beaucoup. Ils ont fini par nous dire oui un quart d'heure avant que l'on ne rebrousse chemin. Nous avons d&#233;cid&#233; ensemble, lui et moi, d'y aller. J'ai eu peur avant, pendant et surtout apr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; -&lt;strong&gt;D.O.&lt;/strong&gt; : La gestion de la peur a toujours exist&#233;, mais cela devient de plus en plus compliqu&#233;. On peut accepter de partir pour faire son travail, mais quand tout travail devient al&#233;atoire, pourquoi partir ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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