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	<title>Revue M&#233;dias</title>
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	<description>M&#233;dias d&#233;crypte l'information, donne la parole &#224; ceux qui ne l'ont pas, combat le politiquement correct, la bien-pensance et toutes les formes de connivence. Parce que sans libert&#233; d'expression, sans presse ind&#233;pendante, pas de v&#233;ritable d&#233;mocratie.</description>
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		<title>Revue M&#233;dias</title>
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		<title>J'appr&#233;cie les tout petits m&#233;dias</title>
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		<dc:date>2006-11-30T21:35:40Z</dc:date>
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		<dc:subject>En ouverture</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
		<dc:subject>Morin</dc:subject>

		<description>&#8220;J'appr&#233;cie les tout petits m&#233;dias&#8221;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-en-une,63-+.html" rel="tag"&gt;en UNE&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L101xH150/arton97-2a426.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='101' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:101px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&#8220;Accro&#8221; &#224; certains journaux et toujours amoureux de cin&#233;ma, le sociologue s'explique.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous un rituel en mati&#232;re d'information ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s que je me l&#232;ve, j'&#233;coute &lt;i&gt;France Info&lt;/i&gt; en pr&#233;parant mon th&#233; du matin. Ensuite, je prends mon bain avec &lt;i&gt;Rires et chansons&lt;/i&gt;. Je sais que cela ne fait pas tr&#232;s s&#233;rieux pour mon image, et on m'en a souvent fait le reproche. Mais j'aime les petites histoires dr&#244;les... Comme mon marchand de journaux ferme &#224; 14h, je vais acheter &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; en tout d&#233;but d'apr&#232;s-midi. Je refuse de m'abonner : je trouve plus agr&#233;able d'aller acheter son journal, le lire dans le m&#233;tro, le regarder dans la rue. Le mercredi, j'ach&#232;te &lt;i&gt;Le Canard Encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Pariscope&lt;/i&gt;. Le jeudi, je re&#231;ois &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Courrier international&lt;/i&gt;, le plus int&#233;ressant de tous les hebdos &#224; mon go&#251;t. Autour du d&#238;ner, je regarde les infos, soit sur &lt;i&gt;LCI&lt;/i&gt;, soit &#224; 20h sur &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt;. Le soir, ma femme et moi regardons un film ou une s&#233;rie &#224; la t&#233;l&#233;vision. Elle pr&#233;f&#232;re les policiers, moi, un peu tout. Il y a des s&#233;ries que j'aime bien comme &#171; The Practice &#187;, ou &#171; New York Police blues &#187;. J'aime voir ou revoir les films de Coppola, Scorsese ou Cimino. L'autre soir par exemple, j'ai revu &#171; l'Ann&#233;e du dragon &#187; qui m'a envo&#251;t&#233;. J'aime surtout revoir les vieux films des ann&#233;es 30 qui ont enchant&#233; mon adolescence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment choisissez-vous un journal ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne choisis pas un journal, c'est lui qui prend possession de moi. Je lis r&#233;guli&#232;rement &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et c'est, d'une certaine fa&#231;on, un ph&#233;nom&#232;ne d'addiction. Il y a aussi un lien personnel parce que j'y ai eu la libert&#233; d'&#233;crire depuis 1963. Quand je suis loin de France, il me faut quelques jours avant que mon journal ou ma radio ne me manquent plus. Le cin&#233;ma aussi est une addiction, mais d'&#233;merveillement. Avant j'y allais tr&#232;s souvent, plusieurs fois par semaine. Depuis deux ans, pour des raisons multiples, j'ai perdu ce rythme et cela me manque beaucoup. Le cin&#233;ma est une nourriture fabuleuse pour moi, il me plonge dans la r&#233;alit&#233; et le r&#234;ve, ins&#233;parablement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pourriez vous passer de la lecture des journaux mais pas du cin&#233;ma. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'alternative ne s'est jamais pos&#233;e. Si mon temps &#233;tait mieux organis&#233;, je lirais aussi &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt; o&#249; il y a toujours des choses int&#233;ressantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et jamais de journaux de droite ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand je tombe sur &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, dans les a&#233;roports par exemple, je le regarde. Et c'est vrai qu'il y a des informations dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; que je ne trouve pas dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;. En r&#233;alit&#233; je n'ai pas assez de temps pour d&#233;pouiller la presse quotidienne. Il y a des gens qui lisent le &lt;i&gt;Herald Tribune&lt;/i&gt; ou le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;. Moi j'aime le &lt;i&gt;Corriere della Sera&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;El Pa&#239;s&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;La Repubblica&lt;/i&gt;. Mais il me faudrait davantage de temps. J'oubliais : je lis avec int&#233;r&#234;t &lt;i&gt;El&#233;ments&lt;/i&gt;, revue nouvelle droite, tr&#232;s riche en informations historiques et bibliographiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous lisez aussi beaucoup de magazines ou de revues ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai cess&#233; d'acheter &lt;i&gt;Le Point, L'Express, Marianne&lt;/i&gt; et les autres, mais je les lis dans les a&#233;roports. Je suis int&#233;ress&#233; par les petites publications. Comme ce journal royaliste de gauche o&#249; il y a toujours un ou deux articles int&#233;ressants, ou encore le magazine du Centre Mend&#232;s France de Poitiers, ou &lt;i&gt;Les Nouvelles d'Archim&#232;de&lt;/i&gt;, publi&#233;es par l'universit&#233; de Lille. Regardez, je viens de recevoir &lt;i&gt;Le poil dans la main&lt;/i&gt;, un &#171; torchon p&#233;riodique &#187; r&#233;dig&#233; par un instituteur retrait&#233; de Picardie, Michel Debray. Eh bien, j'y trouve des informations int&#233;ressantes, comme ces donn&#233;es fournies par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur. De janvier &#224; ao&#251;t 2004, on a recens&#233; 45 profanations de cimeti&#232;res r&#233;parties ainsi : 30 cimeti&#232;res chr&#233;tiens, 8 cimeti&#232;res juifs et 7 musulmans. 51 lieux de culte ont &#233;t&#233; d&#233;grad&#233;s : 18 synagogues, 17 &#233;glises et 16 mosqu&#233;es. Sur les 25 auteurs interpell&#233;s, 7 sont d'extr&#234;me droite, 7 sans motifs particuliers, 7 sont des enfants agissant par jeu et 3 se disent sataniques. Je n'avais pas lu cette information ailleurs ! J'appr&#233;cie les tout petits m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment avez-vous per&#231;u la crise du journal &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la sortie du livre de P&#233;an et Cohen, j'ai &#233;t&#233; un de ces collaborateurs ext&#233;rieurs invit&#233;s par le staff du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; pour donner un avis sur la r&#233;ponse &#224; apporter. Je leur ai sugg&#233;r&#233; de r&#233;pondre tr&#232;s clairement sur les questions &#233;conomiques, mais, surtout pour le reste, je pr&#233;conisais de r&#233;pondre &#171; par le haut &#187; ; je pensais qu'il fallait se situer &#224; un &#171; m&#233;ta-niveau &#187;, pratiquer un auto-examen. Se demander par exemple jusqu'o&#249; peut aller le journalisme d'investigation, et si parfois, on n'avait pas fait telle ou telle erreur d'acharnement. L'ensemble du staff a r&#233;agi en &#171; se groupant contre l'ennemi politique &#187;. Or, on ne traite pas les grands probl&#232;mes en pol&#233;miquant seulement. On essaie de se mettre un cran plus haut, on comprend le point de vue de l'adversaire, sans pour autant l'adopter. Il faut critiquer les all&#233;gations par des arguments, et pas seulement par la critique des mauvaises intentions. Au fond, c'est ma conception de la complexit&#233; que j'essaie d'appliquer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et sur la d&#233;mission d'Edwy Plenel ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je le connais bien, depuis qu'il &#233;tait jeune journaliste d'investigation. J'ai beaucoup admir&#233; son courage dans les affaires comme celles du Rainbow Warrior et du d&#233;lit d'initi&#233;. M&#234;me si nous avons eu une rupture personnelle qui a dur&#233; trois ann&#233;es, nous nous sommes retrouv&#233;s et compris. Aussi, quand j'ai appris sa d&#233;mission, je l'ai aussit&#244;t appel&#233; pour lui r&#233;affirmer mon amiti&#233; : je sais tr&#232;s bien que, lorsque quelqu'un perd le pouvoir, un certain nombre de ses amis disparaissent de la sc&#232;ne... Sur les raisons de la crise du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, elle s'explique d'abord par la difficult&#233; &#233;conomique qu'affronte ce journal - due &#224; des raisons diverses : baisse des lecteurs, concurrence des gratuits, Internet, peut-&#234;tre aussi dispersion &#233;conomique - et qui a entra&#238;n&#233; la crise r&#233;dactionnelle qui couvait depuis quelque temps. Edwy Plenel s'est trouv&#233; &#234;tre le fusible qui a saut&#233;. Or je pense qu'il a cette grande qualit&#233; d'avoir de l'imagination journalistique en m&#234;me temps que du flair pour l'&#233;v&#233;nement. Je pense que son exil actuel le fera r&#233;fl&#233;chir sur les grands d&#233;fis du journalisme et sur ceux de l'autorit&#233; dans un journal.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_702 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/morin-nikon-2.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L215xH324/morin-nikon-2-9a8c8-5cd6d.jpg' width='215' height='324' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:324px;width:215px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-702 spip_doc_titre' style='width:215px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'abb&#233; Pierre est l'olympien des mis&#233;reux. S&#339;ur Emmanuelle, qui est pass&#233;e r&#233;cemment chez Drucker, s'est &quot;olympis&#233;e&quot; &#224; cette occasion. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez de la nostalgie pour &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; d'avant Edwy Plenel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pense que la recherche d'un public jeune et d'un public nouveau qui a profond&#233;ment motiv&#233; Edwy Plenel s'est accompagn&#233;e de concessions &#224; un sensationnalisme superficiel. Quand il ne se passe rien, les m&#233;dias fabriquent souvent du sensationnel avec du secondaire. Edwy Plenel a peut-&#234;tre suscit&#233; des manchettes qui ne m&#233;ritaient pas de l'&#234;tre. Il y avait une synth&#232;se &#224; faire entre &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; s&#233;rieux et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; plaisant. Mais cela reste tr&#232;s difficile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les journalistes sont-ils &#224; la hauteur ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains. Jean Daniel, quand il ne veut pas &#234;tre pol&#233;mique, &#233;crit de tr&#232;s bons &#233;ditos d'analyse et diagnostic. Dans le temps, Raymond Aron, m&#234;me si nous n'&#233;tions pas d'accord, avait une fa&#231;on de penser l'&#233;v&#233;nement qui &#233;tait &#233;lucidante. Serge July, quand il &#233;crivait, &#233;tait perspicace.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous mettez la barre tr&#232;s haut !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un bon &#233;ditorialiste nous fait penser &#224; ce &#224; quoi on n'avait pas pens&#233; ; il est le r&#233;v&#233;lateur des v&#233;rit&#233;s contenues, mais non imm&#233;diatement perceptibles, dans un &#233;v&#233;nement. Vous savez, le m&#233;tier de journaliste, surtout quand on est &#233;ditorialiste, n&#233;cessite des vertus multiples et contradictoires. Un journaliste est celui qui est en prise avec l'&#233;v&#233;nement. Et l'&#233;v&#233;nement, c'est la surprise. Plus la surprise est grande, plus l'information est importante - il n'y a qu'&#224; voir le raz-de-mar&#233;e dans le Sud-Est asiatique. Mais le journaliste doit faire en sorte de contextualiser l'&#233;v&#233;nement pour qu'on puisse le comprendre. Il doit imm&#233;diatement le situer dans l'espace, dans le temps, dans son contexte historique, politique, &#233;conomique, social, etc. Le journaliste est au jour le jour confront&#233; &#224; la complexit&#233; du monde et il doit tr&#232;s rapidement rendre compte de cette complexit&#233;. C'est un m&#233;tier qui demande des qualit&#233;s extraordinaires, et quand on est capable d'&#234;tre &#224; la hauteur de l'&#233;v&#233;nement, c'est un des plus beaux m&#233;tiers qui soient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &#171; L'Esprit du temps &#187; &#233;crit en 1961, vous parliez - &#224; propos de ceux et de celles qui faisaient la une de certains journaux - d'&#171; olympiens &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'&#233;poque, ceux que j'appelais les olympiens &#233;taient des stars de cin&#233;ma, ou des membres de familles royales. Au fil des ann&#233;es, se sont ajout&#233;s des pr&#233;sentateurs t&#233;l&#233;, des champions sportifs, etc. Zidane est devenu un olympien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Olympien s'est d&#233;mocratis&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas d&#233;mocratis&#233;, mais l'&#233;lite olympienne touche maintenant des cat&#233;gories qui ne faisaient pas partie de cette &#171; caste &#187;. Patrick Poivre d'Arvor est maintenant un olympien. Claire Chazal &#233;galement. Vous avez toute une s&#233;rie de personnalit&#233;s qui semblent vivre une vie sup&#233;rieure &#224; celle du commun des mortels. La cat&#233;gorie des olympiens demeure. Dans un sens, l'Abb&#233; Pierre est l'olympien des mis&#233;reux. S&#339;ur Emmanuelle, qui est pass&#233;e r&#233;cemment chez Drucker, s'est &#171; olympis&#233;e &#187; &#224; cette occasion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La presse f&#233;minine, quant &#224; elle, se serait masculinis&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant les ann&#233;es 70, la presse f&#233;minine expliquait aux femmes comment faire des petits plats &#224; leur mari, quelle cr&#232;me de beaut&#233; utiliser, etc. Elle &#233;tait euphorisante. Et puis la crise du bonheur est arriv&#233;e. La presse f&#233;minine a v&#233;cu cette crise et a introduit la &#171; probl&#233;matique du bonheur &#187; &#224; la place de la &#171; recette du bonheur &#187; ; elle a os&#233; affronter le d&#233;laissement, le vieillissement, la solitude. Elle a pris aussi le tournant du n&#233;o-f&#233;minisme d'apr&#232;s 68, qui disait en gros : &#171; N&lt;i&gt;ous avons les m&#234;mes droits que les hommes, mais nous ne sommes pas des hommes, nous sommes des femmes.&lt;/i&gt; &#187; Elle est aussi devenue du m&#234;me coup beaucoup plus int&#233;ressante.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_703 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/morin-nikon-3.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L216xH324/morin-nikon-3-382f4-41d36.jpg' width='216' height='324' alt='' style='height:324px;width:216px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Le tsunami a r&#233;v&#233;l&#233; que la potentialit&#233; altruiste endormie dans notre civilisation peut se r&#233;veiller. Il y a de l'espoir. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la violence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La violence des jeux de t&#233;l&#233;vision est totalement ludique et d&#233;sincarn&#233;e, comme celle des dessins anim&#233;s. Vous avez affaire &#224; la mort, &#224; l'agression et &#224; la destruction, mais chacun sait que ce n'est pas de la vraie mort. En 1930, un ensemble d'enqu&#234;tes sociologiques a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; aux Etats-Unis pour savoir si le cin&#233;ma entra&#238;nait la d&#233;linquance juv&#233;nile. La conclusion a &#233;t&#233; n&#233;gative. Bien entendu, le cin&#233;ma peut donner des id&#233;es sur les formes d'agression, mais les causes profondes de la d&#233;linquance juv&#233;nile urbaine &#233;taient sociales - d&#233;sint&#233;gration de la famille, vie en ghettos, etc. Ces enqu&#234;tes ont &#233;galement &#233;t&#233; men&#233;es en Angleterre, puis en France, toutes avec le m&#234;me r&#233;sultat. Mais il persiste une obsession selon laquelle la t&#233;l&#233;vision, les m&#233;dias en g&#233;n&#233;ral, sont une des causes fondamentales de l'augmentation de la violence, alors qu'ils ne jouent qu'un r&#244;le secondaire. Mon analyse est que dans une vie quotidienne banale, rang&#233;e, un peu monotone, tous ces meurtres, toute cette violence au cin&#233;ma et maintenant &#224; la t&#233;l&#233;vision, sont un exutoire imaginaire qui dispense de passer &#224; l'acte. En revanche, dans des conditions de vie marginalis&#233;es et de d&#233;sint&#233;gration sociale, ces images de violence peuvent devenir incitatrices. La violence na&#238;t surtout de la d&#233;sint&#233;gration sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous observiez d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque - alors que l'on ne la regardait pas tellement - que la t&#233;l&#233;vision &#233;tait de nature &#224; appauvrir la communication avec autrui. Maintenant que nous sommes, en France, &#224; pr&#232;s de 3h30 de consommation quotidienne de t&#233;l&#233;vision, pensez-vous que cela soit porteur de pathologie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand on rentre chez soi apr&#232;s une journ&#233;e de travail, fatigu&#233;, psychiquement et physiquement, on a envie de se divertir. Dans toutes les acceptions du terme : se d&#233;tendre et s'&#233;chapper du r&#233;el. Mais dans cette &#233;chapp&#233;e, vous op&#233;rez quand m&#234;me un retour au monde r&#233;el. Dans les grandes s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es, vous trouvez quoi ? L'amour, la jalousie, la mort, la maladie, les rapports humains, la difficult&#233; de se comprendre. Bref, les probl&#232;mes de la vie. Ils sont parfois st&#233;r&#233;otyp&#233;s, mais pas toujours. Prenez &#171; Dallas &#187;, ce n'&#233;tait pas une s&#233;rie st&#233;r&#233;otyp&#233;e. C'est aussi une vision du monde de l'argent que n'aurait pas d&#233;savou&#233;e Marx. On &#233;chappe &#224; la vie tout en la retrouvant dans cette &#233;chapp&#233;e. Egalement dans la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;. C'est cela la complexit&#233;. On ne peut pas dire que c'est de l'abrutissement pur ; on ne peut pas dire, &#224; l'oppos&#233;, que c'est de la conscience lucide. C'est quelque chose qui tient aux deux. Le spectateur de cin&#233;ma, de plus, est dans une situation que, pendant longtemps, les intellectuels - ou plus exactement l'aristocratie universitaire matin&#233;e de marxisme - ont jug&#233;e d'ali&#233;nation, de quasi-somnambulisme. Georges Duhamel, acad&#233;micien, avait m&#234;me dit : &#171; &lt;i&gt;Le cin&#233;ma est un divertissement d'ilotes, un passe-temps d'illettr&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Or, dans les salles de cin&#233;ma, on a une compr&#233;hension de la complexit&#233; humaine que l'on n'a pas dans la vie quotidienne comme celle que l'on &#233;prouve &#224; l'&#233;gard des mafieux dans &#171; Le Parrain &#187;. On est beaucoup plus humainement compr&#233;hensif d'autrui au cin&#233;ma.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voyez les vagabonds comme Charlot. De m&#234;me dans le roman, qui permet de comprendre Raskolnikov sans le r&#233;duire &#224; l'acte criminel qu'il a commis. Malheureusement, cette capacit&#233; de compr&#233;hension d'autrui se perd quand on revient &#224; la vie r&#233;elle. Le vrai d&#233;fi serait d'introduire cette compr&#233;hension dans la vie quotidienne, ce que malheureusement la t&#233;l&#233;vision ne fait que par flashes. Ainsi le tsunami nous a fait reconna&#238;tre dans leur pleine humanit&#233;, &#224; partir de leurs souffrances, tant d'&#234;tres &#233;trangers &#224; nous par la culture ou la religion. Ce qui manque, c'est l'effort intellectuel pour d&#233;velopper une prise de conscience de la situation plan&#233;taire, de la situation de d&#233;pendance, de subordination et d'humiliation dans laquelle vivent la majorit&#233; des humains sur notre plan&#232;te. La t&#233;l&#233;vision aide &#224; ce d&#233;but de prise de conscience, mais il s'&#233;teindra vite, h&#233;las sous le flux de nouvelles informations qu'apporteront ces m&#234;mes m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A quoi servent les m&#233;dias alors ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A tout et son contraire. Les m&#233;dias ont un r&#244;le d'intercommunication. Ils nous ont aid&#233;s &#224; vivre les grandes trag&#233;dies de notre plan&#232;te. Ils servent &#224; mieux appr&#233;hender notre condition d'humanit&#233; interplan&#233;taire. Ils servent aussi &#224; nous divertir de grands probl&#232;mes. Cela dit, la communication des informations n'apporte pas ipso facto la compr&#233;hension. Pour cette derni&#232;re, le r&#244;le du m&#233;diateur, du journaliste, est indispensable.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_704 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/morin-nikon-7.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L214xH324/morin-nikon-7-049d2-5494f.jpg' width='214' height='324' alt='' style='height:324px;width:214px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; J'ai besoin de temps pour m'exprimer, et suis mal &#224; l'aise dans ces rassemblements h&#233;t&#233;roclites, ces courses de vitesse pour prendre le micro et pol&#233;miquer. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;dias participent-ils &#224; la mont&#233;e de l'individualisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans notre soci&#233;t&#233;, il y a eu un d&#233;veloppement de l'individualisme qui s'est fait en corr&#233;lation avec la d&#233;sint&#233;gration des communaut&#233;s et des solidarit&#233;s traditionnelles comme la grande famille, et m&#234;me maintenant la petite famille en proie aux divorces et autres s&#233;parations. Cet individualisme surd&#233;veloppe aussi l'&#233;gocentrisme, l'&#233;go&#239;sme et tend &#224; sous-d&#233;velopper l'altruisme. C'est le th&#232;me de mon dernier livre sur l'&#233;thique&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Edgar Morin &#171; La M&#233;thode-Volume 6, Ethique &#187; Seuil (novembre 2004)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; : chacun d'entre nous a deux potentialit&#233;s inscrites dans son &#234;tre subjectif. L'une est l'&#233;gocentrisme - je me mets au centre de mon monde et il n'y a que moi qui compte - l'autre est solidaire, communautaire et altruiste - je suis inclus dans un &#171; nous &#187; et au besoin, je peux me sacrifier pour ce &#171; nous &#187;. Or le tsunami a r&#233;v&#233;l&#233; que la potentialit&#233; altruiste endormie dans notre civilisation peut se r&#233;veiller. Il y a de l'espoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a toujours eu dans nos soci&#233;t&#233;s une minorit&#233; de gens qui ressentent plus profond&#233;ment la pulsion altruiste. C'est elle qui a fourni les militants politiques, ceux qui pensaient changer le monde. Evidemment, le collapse du communisme et le sectarisme gauchiste en ont d&#233;moralis&#233; beaucoup. Une autre forme de militantisme a alors pris le relais avec les associations du type de M&#233;decins Sans Fronti&#232;res et diverses ONG, comme bien s&#251;r, Reporters sans fronti&#232;res. Il se trouve toujours une minorit&#233; pour r&#233;sister &#224; l'atomisation individuelle. Des communaut&#233;s temporaires se cr&#233;ent, avec les &#171; rave parties &#187; par exemple. C'est ce que Michel Maffesoli appelle le &#171; n&#233;o-tribalisme &#187; et qu'il tente d'opposer &#224; l'individualisme. Je pense, quant &#224; moi, que ce n&#233;o-tribalisme est une cons&#233;quence de l'individualisme. Tout est bon pour ne pas se laisser enfermer dans la solitude. Dans un sens, les m&#233;dias favorisent cette solitude, mais en m&#234;me temps, ils luttent contre l'isolement. Pour les personnes grabataires, regarder la t&#233;l&#233;vision toute la journ&#233;e est une fa&#231;on de se divertir de leur solitude et de garder contact avec le monde ext&#233;rieur. Internet aussi offre des moyens de communication formidables quand on est seul. Nous assistons &#224; une sorte de &#171; dialogique &#187;, de relation compl&#233;mentaire et antagoniste entre l'individualisme qui tend &#224; l'atomisation et &#224; la fermeture, et les diff&#233;rentes solidarit&#233;s. Les m&#233;dias y jouent, une fois de plus, un r&#244;le ambivalent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous consid&#233;rez-vous comme un intellectuel m&#233;diatique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tr&#232;s partiellement. Je ne suis pas de ces habitu&#233;s aux plateaux de t&#233;l&#233;vision, mais je suis, c'est vrai, invit&#233; de temps en temps. Ces apparitions - que d'ailleurs je rar&#233;fie - me laissent toujours insatisfait. J'ai besoin de temps pour m'exprimer, et suis mal &#224; l'aise dans ces rassemblements h&#233;t&#233;roclites, ces courses de vitesse pour prendre le micro et pol&#233;miquer. Encore derni&#232;rement, j'ai expliqu&#233; &#224; Franz-Olivier Giesbert qui voulait m'inviter &#224; un d&#233;bat sur la Turquie avec Philippe de Villiers et quelques autres, que ma place n'est pas dans la pol&#233;mique. Par ailleurs, &#224; l'exception de mon dernier livre, mes autres volumes de &#171; La M&#233;thode &#187; et mes ouvrages depuis la fin des ann&#233;es 80 ont &#233;t&#233; ignor&#233;s totalement par les critiques des m&#233;dias, parce que pour eux je ne suis ni scientifique, ni &#233;crivain, ni essayiste, ni philosophe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela vous fait plaisir de vous voir &#224; la t&#233;l&#233;vision ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me regarde rarement. Et quand par hasard je me vois, je me rends compte que je n'ai pas parl&#233; comme j'aurais voulu le faire, que je n'ai pas termin&#233; mes phrases, que je n'ai pas &#233;t&#233; pertinent. La t&#233;l&#233;vision d'aujourd'hui rend impossible le d&#233;veloppement d'une argumentation. Du coup, j'ai beaucoup plus souvent refus&#233; de participer &#224; des &#233;missions du type &#171; jeux de cirque &#187; qu'accept&#233; de le faire. Et quand je l'ai fait, sur les instances d'un animateur, j'en suis toujours ressorti avec un sentiment d'intense frustration. Ici encore je suis difficile &#224; classer, ni m&#233;diatique, ni anti-m&#233;diatique, ni a-m&#233;diatique mais un peu de tout cela. Objectivement, je suis &#224; la limite de l'intellectuel m&#233;diatique. Subjectivement je ne me sens pas m&#233;diatique. Si vous voulez me consid&#233;rer comme un intellectuel m&#233;diatique, c'est votre droit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;Edgar Morin &#171; La M&#233;thode-Volume 6, Ethique &#187; Seuil (novembre 2004)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &quot;M&#233;moires d'un ancien regardant&quot;</title>
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		<dc:subject>Carte blanche</dc:subject>

		<description>De janvier 1998 &#224; juillet 2000, j'ai chaque jour tenu chronique sur le spectacle audiovisuel pour le quotidien Lib&#233;ration. Premier constat : ce travail est une guerre physique. Je me sens un ancien combattant du regard. Regarder la t&#233;l&#233;vision n'est certes pas du grand reportage ; le romantisme h&#233;ro&#239;que et les risques y sont assez limit&#233;s ; mais, si l'on s'attelle vraiment &#224; la b&#234;te, l'exercice est &#233;prouvant. Il y faut deux t&#233;l&#233;s, deux magn&#233;toscopes, pour enregistrer des programmes diffus&#233;s &#224; la m&#234;me (...)

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De janvier 1998 &#224; juillet 2000, j'ai chaque jour tenu chronique sur le spectacle audiovisuel pour le quotidien &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. Premier constat : ce travail est une guerre physique. Je me sens un ancien combattant du regard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Regarder la t&#233;l&#233;vision n'est certes pas du grand reportage ; le romantisme h&#233;ro&#239;que et les risques y sont assez limit&#233;s ; mais, si l'on s'attelle vraiment &#224; la b&#234;te, l'exercice est &#233;prouvant. Il y faut deux t&#233;l&#233;s, deux magn&#233;toscopes, pour enregistrer des programmes diffus&#233;s &#224; la m&#234;me heure. Il n'est pas question de parler d'une &#233;mission qu'on n'a pas vue de bout en bout. Il est difficile de rater les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s : autant vouloir conna&#238;tre une &#233;glise sans aller &#224; la messe. La soir&#233;e commence vers 19h00 et s'ach&#232;ve rarement avant 1h00. Le lendemain, il faut &#233;crire. Il devient vite impossible de penser &#224; autre chose : la t&#233;l&#233;vision vous rentre dedans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle transforme physiquement et mentalement qui l'affronte. On mange trop de biscuits. On dig&#232;re mal. On ne bouge pas assez. Souvent, pour se d&#233;tendre face &#224; tant de violence ou de b&#234;tise, on boit. On &#233;prouve des &#233;motions fortes, inutiles, douteuses. On se scandalise ou l'on s'enthousiasme aussi vite qu'on oublie. Bient&#244;t, on apprend que la m&#233;moire vous trompe du jour au lendemain ; qu'une image efface l'autre et qu'il faut tout enregistrer, tout noter. On attrape des boutons, des naus&#233;es, des cauchemars. Les nuits sont en g&#233;n&#233;ral d&#233;testables, pleines d'arri&#232;re-go&#251;ts pl&#226;treux. Certains matins, on ressemble &#224; Louis de Fun&#232;s dans &#171; L'aile ou la cuisse &#187;, quand il sort gav&#233; de malbouffe par un restaurateur vindicatif. Ou &#224; un naufrag&#233; qui, apr&#232;s la temp&#234;te, se retrouve seul et nu sur le sable, grelottant sous le froid des derni&#232;res projections qui le couvrent. On se sent &#224; la fois lourd, vain, et proche de la panique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut alors se r&#233;g&#233;n&#233;rer. Chercher, dans le rouleau des heures aval&#233;es, l'instant fatal. Cet instant ne doit pas seulement amuser, agacer, s&#233;duire ou indigner. Il doit faire r&#233;fl&#233;chir au-del&#224; de la premi&#232;re r&#233;action. Il doit rendre cr&#233;atif ; en somme, avoir une ombre : un r&#234;ve, une id&#233;e, une surprise esth&#233;tique, quelque chose qui nourrisse et rende un peu meilleur. Certains jours, on ne trouve pas : sur son divan de dissection, le t&#233;l&#233;spectateur-parapluie ne rencontre aucune image-machine &#224; coudre. Il faut alors sortir, marcher, regarder les femmes, aller au mus&#233;e, voir ses amis, lire des textes qu'on aime, chercher la vie et la beaut&#233; l&#224; o&#249; elles se trouvent. Ensuite, on &#233;crit. Quand la chronique est bonne, on se sent alchimiste. On a chang&#233; la merde en or.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Premier avantage du travail : je n'ai jamais autant lu ni vu de tableaux que pendant ces trente mois-l&#224;. Deuxi&#232;me avantage : je n'ai jamais aussi peu d&#238;n&#233; dehors. Toutes mes soir&#233;es, sauf une, &#233;taient prises par la t&#233;l&#233;. Les amis connaissaient ma vie cach&#233;e : il leur suffisait de lire chaque matin le journal. Troisi&#232;me avantage : lorsque par hasard je d&#238;nais, j'avais vu tant de choses incroyables que je pouvais divertir une tabl&#233;e pour la soir&#233;e enti&#232;re. Ils avaient tous voyag&#233;, vu des gens dans la &#171; vraie vie &#187;, crois&#233; de &#171; l'autre &#187; ici ou l&#224; ; mais c'est moi qui revenais du pays lointain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand j'expliquais la violence subie &#224; des t&#233;l&#233;spectateurs ordinaires, beaucoup ricanaient sur le th&#232;me : &#171; &lt;i&gt;Moi j'aimerais bien &#234;tre pay&#233; pour regarder la t&#233;l&#233;, hin, hin !&lt;/i&gt; &#187; Le ricanement est le grand r&#233;flexe du d&#233;senchantement contemporain. Ne ricanez pas, leur r&#233;pondais-je. Au fond, c'est comme dans &#171; La Naus&#233;e &#187; de Sartre : peu &#224; peu, la t&#233;l&#233;vision se met &#224; exister face &#224; vous, contre vous et en vous. Elle prend une autonomie f&#233;roce &#224; mesure qu'elle vous vampirise. Elle n'est pas un humanisme, mais, d'une certaine fa&#231;on, elle est bien un existentialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je leur disais aussi : regarder la t&#233;l&#233; par plaisir, par ennui ou par angoisse est une chose ; le faire par devoir professionnel en est une autre. On ne regarde pas ce que l'on veut, mais ce que l'on doit : ce que la majorit&#233; regarde ou est cens&#233;e regarder. Le chroniqueur est un reporter de masse : les trains audiovisuels dont ils parlent arrivent &#224; l'heure ou pas, mais ils sont toujours pleins. C'est l&#224;, aux moments de grande &#233;coute, que la t&#233;l&#233;vision prend son sens politique et social. Le critique attire l'attention sur ce qu'il aime ; le chroniqueur &#233;crit sur ce que la plupart ont vu - ou auraient voulu voir, puisque les autres leur en parlent. Il met en perspective, selon son humeur et sa personnalit&#233;, le caf&#233; du commerce ou la cour de r&#233;cr&#233;ation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce travail me m&#232;ne aujourd'hui &#224; un second constat : 1998-2000, c'&#233;tait il y a bien longtemps. Quand je regarde ce qu'est devenue la t&#233;l&#233;vision, je me sens vieux. J'ai le sentiment que mon &#171; &#233;poque &#187;, c'est de la pr&#233;histoire - enfin, une pr&#233;histoire. Juste avant &#171; le Loft &#187;, &#171; Star Academy &#187;, avant la g&#233;n&#233;ralisation de la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; ; autant dire, &#224; des ann&#233;es lumi&#232;re. La t&#233;l&#233;vision commerciale vit de ce qu'elle enterre. &#201;missions et animateurs transitent en acc&#233;l&#233;r&#233; dans l'intestin d'images. Ensuite, ils rejoignent le magasin des accessoires ; on les en sort de temps &#224; autre, comme d'une caverne ombrag&#233;e, &#224; l'occasion d'&#233;missions comm&#233;moratives. Quelques increvables ch&#234;nes, du genre Drucker, permettent d'&#233;valuer la pr&#233;cipitation du reste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De 2000 &#224; 2005, tout ce qui me choquait par exception est devenu r&#232;gle d'audience. J'en ai conclu que le pire, aux heures de grande &#233;coute, est &#224; peu pr&#232;s s&#251;r : comme les enfants et la plupart des hommes de pouvoir, la t&#233;l&#233;vision commerciale a un probl&#232;me avec les limites. Anim&#233;e d'une hypocrite et f&#233;roce dialectique, elle ne les supporte pas. Elle vit de les transgresser, tout en ne cessant de les pr&#234;cher : la morale, c'est bon pour les autres. La messe est dite par des &#233;v&#234;ques particuli&#232;rement vicieux, cyniques et v&#233;naux. Ils appliquent rarement les r&#232;gles morales dont ils font spectacle devant les autres. Bien entendu, ce spectacle est donn&#233; au nom du peuple, et pour son bien : la t&#233;l&#233;vision commerciale est l'outil performant de la pire bourgeoisie. C'est un royaume baroque, d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, de mauvais go&#251;t, plein de contraintes et d'apparences : faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. Il est dur, mais &#233;difiant, de l'affronter soir apr&#232;s soir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Roland Dumas</title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
		<dc:subject>Dumas</dc:subject>

		<description>Pour l'amateur de bel canto, la presse dite noble chante de plus en plus faux.

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-en-une,63-+.html" rel="tag"&gt;en UNE&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-dumas,108-+.html" rel="tag"&gt;Dumas&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L111xH150/arton99-cf7c4.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='111' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Il fut journaliste avant d'&#234;tre avocat, s'occupa des int&#233;r&#234;ts du &lt;i&gt;Canard Encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, d&#233;fendit les r&#233;dacteurs de la t&#233;l&#233;vision en 1968, et fut violemment mis en cause par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; lors de &#171; l'affaire Elf &#187;. Roland Dumas, ancien ministre, ami de Mitterrand, parle de la presse.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez souvent &#233;t&#233; mis sur la sellette &#224; l'&#233;poque de &#171; l'affaire Elf &#187; et les proc&#232;s qui ont suivi. Apr&#232;s tout ce que l'on a dit de vous, lisez-vous toujours la presse ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, m&#234;me si je ne mets pas tout le monde sur le m&#234;me plan...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a des journaux, des &#233;missions que vous ne regardez plus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand on est un homme public, quand on reprend des activit&#233;s professionnelles, on est oblig&#233; de se tenir au courant. Pour tout vous dire, je ne cours pas apr&#232;s certains. J'ai quelque tendance &#224; zapper quand je vois sur &lt;i&gt;LCI&lt;/i&gt; un certain visage avec des moustaches noires... Manifestement, je ne suis pas le seul si j'en juge de sa cote de popularit&#233; actuelle et de son audience &#224; la baisse. [N.D.L.R. : Roland Dumas fait ici allusion &#224; Edwy Plenel, ancien directeur de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, chroniqueur sur &lt;i&gt;LCI&lt;/i&gt;, avec qui il a eu autrefois des d&#233;m&#234;l&#233;s.]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes-vous r&#233;joui de ce qui lui est advenu ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, je ne me r&#233;jouis jamais du malheur des gens. M&#234;me quand ce sont des adversaires. De ce c&#244;t&#233;-l&#224;, j'ai une bonne nature. Entendons-nous, je ne dirai pas non plus que j'ai pleur&#233;. Mais c'est ainsi. Quand on a fait comme moi une carri&#232;re d'avocat, doubl&#233;e d'une carri&#232;re politique, on sait que les coups vont tomber et les quolibets pleuvoir. Mieux vaut ne pas &#234;tre trop fragile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;crit &#224; propos du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, qui ne vous a jamais &#233;pargn&#233;, qu'il &#233;tait tomb&#233; aux mains de fanatiques et de marchands. L'un d'entre eux n'est plus l&#224;. Qui reste-t-il du fanatique ou du marchand ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut attendre le r&#233;sultat de l'&#233;puration qui s'y produit. Pour l'instant ce n'est pas mal parti... Mais plus s&#233;rieusement, je pense que cette aventure traduit une v&#233;ritable crise de la presse qui ne cesse de m'intriguer. Une crise qui ne s&#233;vit pas dans tous les pays de la m&#234;me fa&#231;on, et qui &#233;pargne relativement la presse de province. En Grande-Bretagne comme en Espagne, les journaux sont florissants. Non, il y a une crise intrins&#232;que de la presse parisienne, et surtout de la presse d'opinion, de la presse d'envergure. Les causes en sont multiples.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A quoi pensez-vous ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a d'abord eu un rel&#226;chement de l'autodiscipline, un abandon par les journalistes d'un certain nombre de principes qui ont fait la grandeur de la presse fran&#231;aise. La recherche syst&#233;matique de la client&#232;le. C'est pour cela que j'ai parl&#233; du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; des marchands. Ajoutez &#224; cela des m&#233;thodes contestables. On n'est plus du tout en pr&#233;sence d'un journalisme s&#233;rieux, profond, r&#233;fl&#233;chi et prudent, caricatur&#233; par le fameux pr&#233;cepte de Beuve-M&#233;ry &#171; &lt;i&gt;Faites emmerdant&lt;/i&gt; &#187;. On est pass&#233; &#224; un pseudo-journalisme d'investigation qui est en fait un journalisme de combat. Il ne faut d&#232;s lors plus s'&#233;tonner d'une certaine d&#233;saffection du lectorat. Il y a &#233;galement, bien s&#251;r, des causes &#233;conomiques, mais je suis persuad&#233; que la cause majeure de la crise de la presse est le manque de respect de la d&#233;ontologie, un manque de r&#233;flexion sur ce que doit &#234;tre la presse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fa&#231;on dont un certain nombre de journaux vous ont trait&#233; est r&#233;v&#233;latrice de ce &#171; rel&#226;chement &#187; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, cela entre en ligne de compte. Prenons deux journaux, celui du matin, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, et celui du soir, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;. Dans le second, j'ai &#233;t&#233; attaqu&#233; syst&#233;matiquement. J'ai m&#234;me relev&#233; dans mon livre &#171; L'&#233;preuve, les preuves &#187; l'occurrence des articles. Sur 138 traitant de l'affaire Elf, 119 me concernaient. Les autres abordaient des probl&#232;mes aussi minces que les sommes fabuleuses &#233;vapor&#233;es dans la nature, le r&#244;le de M. Sirven, la connaissance de ce syst&#232;me par des hommes et des femmes politiques de tous bords... En revanche, dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, est paru en 1998 un &#233;ditorial de M. Yves de Chaisemartin - un homme que je ne connaissais pas - qui s'intitulait &#171; Lynchage &#187; et stigmatisait l'opprobre dont j'&#233;tais victime. Ce qui n'emp&#234;chait pas une conclusion sans complaisance : &#171; &lt;i&gt;Que M. Dumas prenne garde, s'il est condamn&#233;, il nous trouvera en face de lui.&lt;/i&gt; &#187; Deux journaux, deux attitudes. Un autre exemple, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a un jour affirm&#233; qu'en tant que pr&#233;sident du Conseil constitutionnel, la d&#233;cision rendue concernant l'immunit&#233; du pr&#233;sident de la R&#233;publique &#233;quivalait &#224; un accord secret et &#224; un renvoi d'ascenseur entre lui et moi pour nous mettre &#224; l'abri de la justice. J'ai port&#233; plainte, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; condamn&#233;. Il m'a fallu six mois pour obtenir que la condamnation soit publi&#233;e dans leurs colonnes, comme le pr&#233;voyait l'arr&#234;t. Et encore, soigneusement cach&#233;e dans les pages int&#233;rieures. Ce n'est pas un comportement loyal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A quoi attribuez-vous ce que vous jugez comme un harc&#232;lement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je devais repr&#233;senter la fid&#233;lit&#233; &#224; un homme qu'ils ha&#239;ssaient, symboliser l'attachement &#224; Mitterrand. Je pense que quelques-uns &#224; l'int&#233;rieur d'un journal par ailleurs estimable s'attaquaient &#224; l'h&#233;ritier d'une &#233;poque. J'ai essuy&#233; les pl&#226;tres pour tout le monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous sinc&#232;rement qu'une exp&#233;rience personnelle, m&#234;me &#233;prouvante, puisse permettre de conclure &#224; l'existence d'un syst&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, sauf quand les &#233;v&#233;nements se r&#233;p&#232;tent. Et ils se sont r&#233;p&#233;t&#233;s. Je crois qu'il existe aujourd'hui une collusion entre le pouvoir des magistrats et celui des journalistes. Ils ont parfois des int&#233;r&#234;ts communs. Quand on me raconte que des journalistes, dits d'investigation, font des enqu&#234;tes &#171; s&#233;rieuses &#187; alors qu'ils travaillent en robe de chambre et en pantoufles et t&#233;l&#233;phonent aux juges d'instruction ou aux policiers pour obtenir des proc&#232;s-verbaux, cela me fait rire ! Mais c'est &#224; la mode... C'est une d&#233;perdition de la qualit&#233; de la profession. J'ai beaucoup de respect pour les journalistes - j'en ai d&#233;fendu beaucoup, notamment lors des grandes charrettes de licenciements de l'ORTF &#224; la fin des ann&#233;es 60 - mais pour ceux qui s'engagent, qui vont sur des terrains br&#251;lants ou sur les terres de guerre. Certainement pas pour ceux qui appellent le juge d'instruction apr&#232;s 18h30 parce qu'ils savent qu'il n'y a plus de greffier...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon vous, de quand date cette mutation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je l'ai vu na&#238;tre dans les ann&#233;es 70, lorsque le poison que le g&#233;n&#233;ral de Gaulle appelait le &#171; m'as-tu-vuisme &#187; s'est insinu&#233; dans les milieux judiciaires. On assiste depuis &#224; une sorte d'emballement entre magistrats en mal de publicit&#233; et journalistes &#224; la recherche de sensationnel. Les deux finissent par se retrouver.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement peut-il s'inverser ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans une surench&#232;re qui demande d'aller plus vite et de frapper plus fort, je ne vois pas comment la presse pourra sortir de ce cercle vicieux sans autodiscipline. Je ne pense pas souhaitable de l&#233;gif&#233;rer &#224; ce propos, car la libert&#233; de la presse est un principe sacr&#233;. Mais l'abus entra&#238;nant l'abus, des r&#233;actions vont se produire. On l'a vu r&#233;cemment avec la tentation d'aller &#224; la recherche des sources quand Le Point et l'Equipe ont fait l'objet de perquisitions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'avez-vous pas l'impression de noircir le tableau ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas du tout ! Consid&#233;rez les trois grands principes de droit. Le respect de la pr&#233;somption d'innocence ? Il est bafou&#233;. Le secret de l'instruction ? Foutaise. L'incarc&#233;ration exceptionnelle ? Ridicule. Et tous les corps y participent. Les juges qui n'arrivent pas &#224; leurs fins utilisent la presse. Et la presse, qui a besoin de renseignements, passe par des magistrats qui ont int&#233;r&#234;t &#224; fournir des informations normalement r&#233;serv&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_705 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/DUMAS-Scan001.jpg&quot; title='Photos : G&#233;rard Rancinan' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH324/DUMAS-Scan001-f1302-92e79.jpg' width='324' height='324' alt='Photos : G&#233;rard Rancinan' style='height:324px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-705 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;Photos : G&#233;rard Rancinan&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; J'ai beaucoup de respect pour les journalistes qui s'engagent...Pas pour ceux qui appellent le juge d'instruction apr&#232;s 18h30 parce qu'ils savent qu'il n'y a plus de greffier. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne peut pas dire que des campagnes de presse calomnieuses soient un fait moderne. Un seul exemple : l'affaire Salengro avant-guerre, ce ministre qui s'&#233;tait suicid&#233; apr&#232;s avoir &#233;t&#233;, &#224; tort, tra&#238;n&#233; dans la boue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, mais Gringoire &#233;tait un torchon. &#171; &lt;i&gt;La feuille inf&#226;me&lt;/i&gt; &#187;, disait L&#233;on Blum. Et &#224; cette &#233;poque, il existait une diff&#233;rence entre une presse ignoble et la presse noble. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ce n'&#233;tait pas &#231;a, tout de m&#234;me. L'impression que j'ai aujourd'hui, c'est que la seconde emprunte &#224; la premi&#232;re. Comment voulez-vous dans ces conditions que des lecteurs ne s'en d&#233;tournent pas ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez vous-m&#234;me &#233;t&#233; journaliste &#224; la fin des ann&#233;es 40.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai effectivement d&#233;but&#233; dans une agence de presse, l'&lt;i&gt;Agence &#233;conomique et financi&#232;re&lt;/i&gt;. J'arrivais t&#244;t le matin et je traduisais ce que l'on appelait alors les &#171; c&#226;bles &#187;, de courtes d&#233;p&#234;ches en anglais. Je partageais ce travail avec Pierre Viansson-Pont&#233; et Pierre Charpy. Puis, je repartais &#224; la fac o&#249; je terminais mes &#233;tudes de droit. Le propri&#233;taire de l'agence m'avait confi&#233; les informations &#233;trang&#232;res et singuli&#232;rement le Proche-Orient que j'ai retrouv&#233; bien plus tard et dans d'autres circonstances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et vous avez &#233;t&#233; &#233;galement l'avocat du &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, pendant dix ans. J'ai arr&#234;t&#233; en 1983.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;tait-ce vous qui ensuite informiez &lt;i&gt;Le Canard&lt;/i&gt; &#224; l'issue des s&#233;ances en Conseil des ministres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, ce n'&#233;tait pas moi. Pour une raison toute simple : j'ai d&#233;but&#233; ma vie dans la R&#233;sistance. Et l&#224; j'ai appris la notion de secret et de parole donn&#233;e. Ensuite dans ma vie professionnelle d'avocat, j'&#233;tais li&#233; par le secret professionnel. Enfin dans ma vie de ministre, je n'ai jamais livr&#233; ce que je savais sur la place publique. Mais j'ai vu quelques coll&#232;gues qui, &#224; peine sortis du Conseil des ministres, appelaient Le Canard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez pourtant &#233;t&#233; oblig&#233; de mentir souvent &#224; la presse dans votre fonction minist&#233;rielle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Ou plus exactement, je ne disais pas toujours tout. Je n'&#233;tais pas tenu par une quelconque promesse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par exemple ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'occasion de la reconnaissance de la Croatie, dont les cons&#233;quences ont &#233;t&#233; exceptionnellement graves pour l'Europe, nous avions d&#233;cid&#233; avec mon homologue Genscher, que la France et l'Allemagne l'annonceraient ensemble en d&#233;cembre. Helmut Kohl a acc&#233;l&#233;r&#233; le pas et l'a annonc&#233;, seul, &#224; br&#251;le-pourpoint, semblant mettre la France devant le fait accompli. J'ai &#233;t&#233; oblig&#233; de me taire et j'ai accept&#233; les bl&#226;mes &#233;manant de la presse. Mais je me suis toujours efforc&#233; de ne jamais me mettre en contradiction avec ce que je savais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reprendriez-vous &#224; votre compte la formule de Fran&#231;ois Mitterrand parlant des journalistes lors de la mort de Pierre B&#233;r&#233;govoy et disant : &#171; &lt;i&gt;Ils ont jet&#233; aux chiens l'honneur d'un homme&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'aimais beaucoup Pierre B&#233;r&#233;govoy et j'&#233;tais tout pr&#232;s de la tribune o&#249; parlait Fran&#231;ois Mitterrand pour les obs&#232;ques de Pierre. Je vous assure qu'il &#233;tait boulevers&#233;. Le connaissant depuis longtemps, c'est l'une des rares fois o&#249; je lui ai vu des larmes aux yeux et per&#231;u de la trag&#233;die dans sa voix. Mais l&#224; encore, il ne s'adressait pas &#224; toute la profession. Il ne visait pas seulement les journalistes, mais cette collusion dont nous parlions tout &#224; l'heure. On a su ensuite d'o&#249; &#233;tait venue l'affaire, du cabinet du juge d'instruction d'o&#249; sortait Jacques Derogy.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais avez-vous pris conscience de l'&#233;motion de la presse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;motion &#233;tait partout. Mais permettez-moi d'ajouter que celle des journalistes n'avait pas grand-chose &#224; voir avec celle de la famille et des amis de Pierre B&#233;r&#233;govoy qui voyaient dispara&#238;tre un homme d'honneur. Et puis apr&#232;s tout, il est bon que, de temps en temps, les choses soient dites avec quelque brutalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A propos de d&#233;nonciations et d'hommes politiques, qu'avez-vous pens&#233; de l'affaire Baudis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai beaucoup souffert pour Dominique Baudis. Ce qui s'est pass&#233; &#233;tait profond&#233;ment odieux et m&#234;me, pardonnez-moi l'expression, &#171; cradoque &#187;. C'est une action impardonnable et on se souviendra longtemps du visage de cet homme ravag&#233; par la rumeur perversement colport&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez parl&#233; de complot lors de votre mise en cause dans l'affaire Elf. N'&#233;tait-ce pas outrancier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un mot qui vient sur les l&#232;vres trop facilement et c'est m&#234;me un terme un peu trop noble concernant ce qui a pu se passer. Mais il est vrai que je n'&#233;tais pas loin de penser qu'effectivement beaucoup de personnes li&#233;es par des int&#233;r&#234;ts diff&#233;rents se liguaient contre moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce une raison pour justifier les &#233;coutes t&#233;l&#233;phoniques d'Edwy Plenel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elles ob&#233;issaient &#224; d'autres pr&#233;occupations dans l'esprit de Fran&#231;ois Mitterrand.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il aujourd'hui encore un journal que vous lisez avec app&#233;tit ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toute la presse sp&#233;cialis&#233;e. Je m'int&#233;resse toujours &#224; la politique &#233;trang&#232;re, mais aussi &#224; tout ce qui touche &#224; l'art et &#224; l'op&#233;ra. Bien s&#251;r, en tant qu'ancien t&#233;nor, je lis beaucoup la presse lyrique. Mais je ne suis plus abonn&#233; &#224; des journaux. J'&#233;tais abonn&#233; au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; autrefois. J'&#233;tais &#233;galement abonn&#233; &#224; &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; pour leur rendre service. Je craignais que ce journal ne disparaisse. Je pensais qu'il &#233;tait n&#233;cessaire que cette voix diff&#233;rente demeure et, naturellement, j'avais fait de m&#234;me au moment du &lt;i&gt;Matin&lt;/i&gt;. Depuis que je suis devenu un homme lib&#233;r&#233; des contraintes professionnelles, je choisis davantage mes lectures. Et mes amis aussi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A 10 ans, vous vouliez devenir pr&#233;sident de la R&#233;publique. Ce sont les m&#233;dias qui vous en ont emp&#234;ch&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, c'est le temps. Je me rappelle un d&#233;jeuner dans les jardins de l'Elys&#233;e. Nous &#233;tions quelques-uns dont Jack Lang quand Fran&#231;ois Mitterrand brusquement s'adressa &#224; moi en disant : &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes le meilleur pour me succ&#233;der, mais l'&#226;ge h&#233;las...&lt;/i&gt; &#187; Je pense que c'est ce jour-l&#224; que Jack Lang, comptant mentalement les ann&#233;es qui nous s&#233;paraient, s'est persuad&#233; qu'il pourrait devenir un jour pr&#233;sident de la R&#233;publique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez beaucoup parl&#233; de la presse &#233;crite. Et la presse t&#233;l&#233;visuelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pense que les Fran&#231;ais sont profond&#233;ment attach&#233;s &#224; l'encre et au papier. Ils n'ont pas ce m&#234;me rapport avec la t&#233;l&#233;vision qui est un instrument de vulgarisation plus diversifi&#233; et qui n'a pas les m&#234;mes objectifs. Et quand je parle de presse &#233;crite, je parle de ce que j'appelais la presse noble. Or, qu'en reste-t-il aujourd'hui en France ? Peut-&#234;tre trois grands quotidiens nationaux et tous battent de l'aile. A qui la faute ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Al-Manar / Ramadan</title>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
		<dc:subject>en UNE</dc:subject>
		<dc:subject>Ramadan</dc:subject>

		<description>M&#233;dias a choisi d'interroger deux personnalit&#233;s qui ont mauvaise presse. Le premier s'appelle Tariq Ramadan ; tout le monde le conna&#238;t. Presque personne, en revanche, n'a entendu parler du second, Mohammed Haidar, directeur g&#233;n&#233;ral de la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision Al-Manar, proche du Hezbollah libanais, interdite en France par le Conseil d'Etat au mois de d&#233;cembre dernier pour &#171; connotations antis&#233;mites &#187;. Bien que les choses ne soient pas fig&#233;es &#224; jamais (comme le d&#233;montre l'&#233;volution de l'image d'Al-Jazira en (...)

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/-no4,9-.html" rel="directory"&gt;n&#176;4&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-vie-publique,12-+.html" rel="tag"&gt;Vie publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-en-une,63-+.html" rel="tag"&gt;en UNE&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revue-medias.com/+-ramadan,168-+.html" rel="tag"&gt;Ramadan&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH122/arton100-a25dd.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='122' class='spip_logos' style='height:122px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;M&#233;dias a choisi d'interroger deux personnalit&#233;s qui ont mauvaise presse. Le premier s'appelle Tariq Ramadan ; tout le monde le conna&#238;t. Presque personne, en revanche, n'a entendu parler du second, Mohammed Haidar, directeur g&#233;n&#233;ral de la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision &lt;i&gt;Al-Manar&lt;/i&gt;, proche du Hezbollah libanais, interdite en France par le Conseil d'Etat au mois de d&#233;cembre dernier pour &#171; connotations antis&#233;mites &#187;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bien que les choses ne soient pas fig&#233;es &#224; jamais (comme le d&#233;montre l'&#233;volution de l'image d'&lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; en Occident), ce qui se r&#233;clame peu ou prou du Coran suscite chez nous, au mieux, une m&#233;fiance instinctive, plus souvent, un rejet de principe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous pensons, mais nous ne sommes pas si nombreux semble-t-il, qu'avant de disqualifier un point de vue, ou de condamner une prise de position, le moins que l'on puisse leur accorder et que l'on se doit &#224; soi-m&#234;me, c'est de les entendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous l'avons donc fait, sans nous dissimuler que quelques-uns de ces propos m&#233;ritaient d'&#234;tre v&#233;rifi&#233;s, en tout cas, d&#232;s qu'il s'agit de faits ou de chiffres, alors qu'il n'est pas toujours possible de le faire. Nous l'avons fait en ayant toujours &#224; l'esprit qu'au milieu des ann&#233;es 80, le Hezbollah d&#233;tenait en otages des journalistes fran&#231;ais. Nous ne sommes pas dupes de cette rh&#233;torique qui proteste en permanence, et &#224; tous les sens du terme, de sa bonne foi. Cette remarque liminaire faite, on ajoutera que la juxtaposition du pur produit du chiisme libanais, ignorant &#224; peu pr&#232;s tout de nos us et coutumes, et de Tariq Ramadan, intellectuel m&#233;diatique europ&#233;en qui conna&#238;t comme sa poche le s&#233;rail et ses d&#233;tours, nous a paru instructive, car, quelles que soient leurs diff&#233;rences, ils ont en commun une volont&#233; in&#233;branlable de se faire entendre. Nous ouvrirons bien s&#251;r nos colonnes &#224; d'autres voix issues de l'islam et &#224; d'autres regards sur les discours tenus par les islamistes. Croire qu'on pourra toujours se boucher les oreilles est une erreur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong&gt;Entretien avec MOHAMMED HAIDAR, directeur d'&lt;i&gt;Al-Manar&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;dl class='spip_document_706 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/portrait-al-manar.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L221xH324/portrait-al-manar-cd615-8ab34.jpg' width='221' height='324' alt='' style='height:324px;width:221px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Beyrouth. Place de l'Etoile. On a reconstruit avec beaucoup d'ambition et de dollars afin de gommer les cicatrices urbaines d'une trag&#233;die de dix-sept ans. Si la capitale libanaise, &#233;picentre des civilisations, a de nouveau fi&#232;re allure et s'ouvre au tourisme, elle ne peut tout &#224; fait dissimuler, en d&#233;pit des charmes qu'elle d&#233;ploie, la fragilit&#233; de cette paix retrouv&#233;e ni les inqui&#233;tudes qui l'accompagnent. Beyrouth r&#233;apprend le go&#251;t du bonheur, mais reste sur le qui-vive. En t&#233;moignent une surabondante population de gardes du corps et leur ballet autour des 4 x 4 , qui sont les v&#233;hicules de l'homme important, donc vuln&#233;rable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les responsables d'&lt;i&gt;Al-Manar&lt;/i&gt; - en fran&#231;ais, &#171; Le Phare &#187; - font partie des gens bien prot&#233;g&#233;s. On ne p&#233;n&#232;tre pas dans le si&#232;ge de la cha&#238;ne, situ&#233; dans un quartier populaire de Beyrouth, comme dans un moulin. Appareils photo et armes (!) prohib&#233;s, portique obligatoire. Le hall est d&#233;cor&#233; de portraits de cameramen tomb&#233;s en reportage ou victimes d'accident - de tout jeunes gens - et de Abbas Moussaoui, tu&#233; le 16 f&#233;vrier 1992 par la chasse isra&#233;lienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans tenir du bunker, l'&#233;difice est chiche en ouvertures. La plupart des nouveaux studios - &#233;quipement dernier cri et design mi-postmoderne bleut&#233;, mi-oriental - occupent de vastes sous-sols. Plus d'hommes que de femmes. La plus ostensiblement voil&#233;e est une Fran&#231;aise, Eline Briand.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les responsables - direction g&#233;n&#233;rale, programmes, information, communication - sont des quadras affables et r&#233;serv&#233;s. Ils n'ont pas vraiment le genre show-biz en usage dans certaines cha&#238;nes de chez nous et ne consultent jamais leurs montres, &#224; peine leurs portables. Dans le bureau directorial, d&#233;cor&#233; de troph&#233;es, coupes et magnifiques objets d'art obtenus dans divers festivals, dont un en France, nous sommes rejoints par des traducteurs qui s'ajoutent aux n&#244;tres. Est &#233;galement pr&#233;sent ma&#238;tre Nassib J. Chedid, avocat d'&lt;i&gt;Al-Manar&lt;/i&gt;, qui manie un fran&#231;ais extr&#234;mement ch&#226;ti&#233;. C'est le directeur de la cha&#238;ne, Mohammed Haidar, qui r&#233;pond aux questions de &lt;i&gt;M&#233;dias&lt;/i&gt;. Il s'exprime d'une fa&#231;on extr&#234;mement r&#233;fl&#233;chie. Voici l'essentiel de notre entretien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le grand public ne vous a d&#233;couvert que r&#233;cemment, lors de votre apparition sur la sc&#232;ne m&#233;diatico-juridique. D'o&#249; venez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un groupe d'amis qui &#233;tions proches du Hezbollah...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Proches ou dedans ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'essaie pas de vous dire que nous n'avons rien &#224; voir avec le Hezbollah. Nous &#233;tions des sympathisants d&#233;clar&#233;s, mais pas des membres du parti, encore moins des cadres charg&#233;s d'une quelconque mission... C'&#233;tait en pleine guerre, sous les bombes. Plus exactement en 1988. A l'&#233;poque, il existait un Bureau d'Information de la R&#233;sistance, compos&#233; de militaires. Ils avaient pour t&#226;che de filmer tout ce qu'ils pouvaient sur le front, dont ils ramenaient chaque jour &#233;norm&#233;ment d'images ; mais celles-ci n'&#233;taient pas diffus&#233;es. Notre id&#233;e fut tout simplement de ne pas laisser ce &#171; mat&#233;riel &#187; inemploy&#233; et de le montrer. Nous en avons parl&#233; &#224; quelques dignitaires du parti dont Abbas Moussaoui, avant qu'il n'en soit le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Personne n'&#233;tait tr&#232;s chaud. Nous nous y sommes donc mis nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec des capitaux iraniens ? Chez nous, on parle de 20 millions de dollars venus de T&#233;h&#233;ran.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est archi-faux ! Et la meilleure preuve est que si pareille somme nous avait &#233;t&#233; donn&#233;e, nous n'aurions pas mis des ann&#233;es &#224; gal&#233;rer. Nous n'aurions pas eu des d&#233;buts aussi lents et laborieux... La v&#233;rit&#233; est que nous nous sommes d&#233;brouill&#233;s entre nous pour obtenir un peu d'argent de nos amis et relations afin d'acheter du mat&#233;riel VHS amateur, de nous installer dans un sous-sol de banlieue, presque un abri, d'&#233;quiper le minaret du coin d'un petit &#233;metteur et de commencer &#224; &#233;mettre. C'&#233;tait en juin 1991. En fait, nous &#233;tions alors une minuscule t&#233;l&#233; de proximit&#233;, une sorte d'&#233;picerie de quartier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous r&#233;futez donc toute aide d'origine iranienne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne dis pas qu'ils ne nous ont pas aid&#233;s, je dis qu'ils ne nous ont pas financ&#233;s. Cela fait une diff&#233;rence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est la nature de cette aide ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Essentiellement de la formation entre 1993 et 1994, car nous nous sommes vite rendu compte &#224; quel point nous manquions de professionnalisme. Nous b&#233;n&#233;ficions &#233;galement d'accords d'&#233;change et de diffusion. C'est ainsi que nous avons r&#233;cemment doubl&#233;, pour le diffuser sur &lt;i&gt;Al-Manar&lt;/i&gt;, un feuilleton &#171; Marie la Sainte &#187;, sur la m&#232;re du Christ, envisag&#233;e selon le Coran. Nous l'avons offert au pape.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous-m&#234;me aviez quelle formation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai longtemps &#233;tudi&#233; la th&#233;ologie et la sociologie. J'ai &#233;t&#233; un temps employ&#233; de la MEA [N.D.L.R : Middle East Airlines, une compagnie de transport a&#233;rien]. Mes amis et moi-m&#234;me avons fond&#233; une soci&#233;t&#233; conforme &#224; la loi libanaise - o&#249; l'on trouve des chiites, mais aussi des sunnites et des chr&#233;tiens - afin de demander notre licence. Il y avait alors une floraison de petites cha&#238;nes ; c'&#233;tait un besoin et une mode. La quasi-totalit&#233; a disparu, &lt;i&gt;Al-Manar&lt;/i&gt; est rest&#233;e. Nous avons obtenu notre licence en 1997, ce qui r&#233;pondait &#224; notre d&#233;sir de ne pas &#234;tre per&#231;us comme une &#233;manation de la r&#233;sistance mais bien comme une t&#233;l&#233;vision g&#233;n&#233;raliste. J'en suis devenu le directeur g&#233;n&#233;ral, d&#233;sign&#233; par les actionnaires, en 2002.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est l'audience d'&lt;i&gt;Al-Manar&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'existe pas chez nous d'instruments de mesure aussi fiables qu'en Occident. Disons que depuis le tout d&#233;but o&#249; nous ne couvrions m&#234;me pas la banlieue de Beyrouth, nous n'avons cess&#233; d'&#233;largir notre diffusion qui repr&#233;sente aujourd'hui 85 % du territoire libanais. Nous devons nous situer, selon les programmes, &#224; la deuxi&#232;me ou troisi&#232;me place sur les sept cha&#238;nes re&#231;ues ici, derri&#232;re &lt;i&gt;LBC&lt;/i&gt;, la num&#233;ro 1. Nous savons que notre bulletin d'information de 19h30 est l'un des plus regard&#233;s au Liban. Dans le monde arabe en g&#233;n&#233;ral, on nous situe d&#233;sormais en quatri&#232;me position, apr&#232;s &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Al-Arabyia&lt;/i&gt; naturellement... Des &#233;tudes plus r&#233;centes nous ont fourni des renseignements sur notre impact par communaut&#233;s. En gros, nous touchons 60 &#224; 70 % de t&#233;l&#233;spectateurs chez les chiites, 27 &#224; 30 % chez les sunnites et 10 &#224; 12 % chez les chr&#233;tiens. J'ajouterai qu'en Palestine, nous arrivons en seconde place juste derri&#232;re &lt;i&gt;Al-Jazira&lt;/i&gt;. En Occident, nous n'avons aucune estimation s&#233;rieuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A ce propos, venons-en &#224; vos d&#233;boires fran&#231;ais. Vous regrettez d'avoir diffus&#233; ce feuilleton &#171; Al Shatat &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Globalement, je suis d'accord avec ce qui est dit dans cette s&#233;rie. Mais si nous avions visionn&#233; ce programme avant de le mettre &#224; l'antenne, nous en aurions supprim&#233; quelques passages. Ce fut une erreur de le diffuser tel quel. Si cela a fait du mal &#224; certains, je le regrette et je les prie de m'en excuser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; cette diffusion, le Conseil sup&#233;rieur de l'audiovisuel (CSA) vous a conventionn&#233;s.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour &#234;tre franc, nous n'&#233;tions pas vraiment optimistes. Je ne pensais pas que le CSA allait nous conventionner. Je sentais bien qu'il y avait un probl&#232;me politique, des pressions de la part du Conseil repr&#233;sentatif des institutions juives de France (CRIF). L'opinion publique ne nous &#233;tait pas favorable. Nous savions seulement que le Premier ministre libanais d'alors, Rafiq Hariri, &#233;tait intervenu. Au CSA, on nous avait d'ailleurs dit avoir re&#231;u des recommandations de l'Elys&#233;e et du Quai d'Orsay pour nous autoriser.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_707 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/al-manar.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH98/al-manar-2e8a4-7e654.jpg' width='324' height='98' alt='' style='height:98px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a dit en France que si le CSA vous avait donn&#233; son feu vert, c'&#233;tait pour ne pas se f&#226;cher, en pleine crise des otages, avec le Hezbollah.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r que non ! Mais en France on parle beaucoup. Je vous jure sur mon Dieu que cela n'a rien &#224; voir. Nous sommes des chiites et les preneurs d'otages sont des sunnites !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quinze jours plus tard, c'est l'interdiction. Comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il nous est vite apparu qu'on nourrissait &#224; notre endroit des pr&#233;jug&#233;s extr&#234;mement d&#233;favorables. La grande majorit&#233; des m&#233;dias fran&#231;ais se sont montr&#233;s partiaux. Comment expliquer autrement qu'une centaine d'articles nous aient &#233;t&#233; consacr&#233;s alors que nous n'avons eu de contact qu'avec cinq journalistes ? Comment l'expliquer sinon par le fait que nous &#233;tions jug&#233;s et condamn&#233;s d'avance ? Diabolis&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, vous &#234;tes per&#231;us comme antis&#233;mites...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'est-ce qu'il y a de pire qu'antis&#233;mite ? Cannibale. Alors, pourquoi pas cannibale ? Il est facile de prononcer n'importe quel anath&#232;me depuis Paris en tenant les jumelles &#224; l'envers, sans conna&#238;tre ni l'histoire, ni la g&#233;ographie, ni les mentalit&#233;s locales. Et d'abord, comment pourrions-nous &#234;tre antis&#233;mites puisque nous sommes s&#233;mites, ni plus ni moins que les juifs avec lesquels nous vivions en bonne intelligence, lorsque musulmans et juifs &#233;taient indiff&#233;remment citoyens arabes. Tout cela a vol&#233; en &#233;clats avec la cr&#233;ation ex nihilo de l'Etat d'Isra&#235;l, le commencement de l'expulsion des Palestiniens et l'occupation arm&#233;e. Ce que nous r&#233;prouvons, c'est l'id&#233;ologie sioniste et cela n'a rien &#224; voir avec l'antis&#233;mitisme qui me para&#238;t &#234;tre une obsession occidentale et surtout europ&#233;enne, n&#233;e de la Shoah et du complexe de culpabilit&#233; que celle-ci a engendr&#233;. Mais nous, nous n'avons aucune responsabilit&#233;, ni de pr&#232;s, ni de loin, avec cette pers&#233;cution, non plus qu'avec le syst&#232;me de soup&#231;on et d'expiation qui s'ensuit. Ce n'est pas notre histoire et ce n'est pas notre probl&#232;me. Nous ne confondons pas sioniste et juif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc, vous pourriez inviter des juifs sur votre plateau ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais nous le faisons r&#233;guli&#232;rement, du moment qu'ils sont objectifs, c'est-&#224;-dire capables de critiquer Isra&#235;l. Pour &#234;tre franc, nous ne les inviterions pas si c'&#233;tait pour leur offrir une tribune &#224; la gloire d'Isra&#235;l ! Nous avons m&#234;me re&#231;u plusieurs rabbins. Vous savez, il existe beaucoup de Juifs, m&#234;me de nationalit&#233; isra&#233;lienne, qui condamnent Isra&#235;l et le sionisme : sont-ils antis&#233;mites ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment informer sur un ennemi chez qui vous ne pouvez vous rendre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;coutez, il n'existe sans doute pas de t&#233;l&#233;visions qui se ha&#239;ssent autant qu'Isra&#235;l et nous, et qui &#233;changent, presque quotidiennement, autant de &#171; sujets &#187;. De fa&#231;on sauvage, cela va sans dire. Nous les piratons, ils nous piratent. Ce sont les m&#234;mes images, mais pas les m&#234;mes commentaires. Nous sommes en guerre, n'est-ce pas ? Pour les sujets moins br&#251;lants, nous faisons appel &#224; des agences de presse, &#224; des cha&#238;nes de la r&#233;gion, avec qui nous sous-traitons. Turques ou palestiniennes, par exemple.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Nous n'avons aucune responsabilit&#233; ni de pr&#232;s, ni de loin, avec la Shoah, non plus qu'avec le syst&#232;me de soup&#231;on et d'expiation qui s'ensuit. Ce n'est pas notre histoire et ce n'est pas notre probl&#232;me. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez d&#233;nonc&#233; le &#171; lobby juif &#187;. Qu'est-ce que c'est le lobby juif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce serait plut&#244;t &#224; moi de vous le demander ! Je suis incapable de le d&#233;crire mais je peux en mesurer l'efficacit&#233; lorsque, avant m&#234;me que notre affaire soit jug&#233;e, le Premier ministre fran&#231;ais scelle publiquement notre sort ; ou encore lorsque, sit&#244;t notre interdiction prononc&#233;e en France puis aux Etats-Unis, le ministre isra&#233;lien des Affaires &#233;trang&#232;res, non moins publiquement, se f&#233;licite de l'heureux r&#233;sultat des &#171; pressions exerc&#233;es &#187;. Ce sont ses termes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que cela ne ressemble pas &#224; une guerre de communication ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais je ne m&#232;ne de guerre contre personne. Mon souci, c'est la v&#233;rit&#233;. Naturellement pas une v&#233;rit&#233; absolue, inaccessible, mais au moins une v&#233;rit&#233; partielle, la n&#244;tre, qui m&#233;rite d'&#234;tre connue. Par exemple, pourquoi devrions-nous nous r&#233;signer &#224; ce que, dans ce conflit, les Isra&#233;liens soient &#233;ternellement pr&#233;sent&#233;s comme des victimes et les Palestiniens comme des terroristes sanguinaires, alors que les premiers ont d&#233;poss&#233;d&#233; les seconds et que les statistiques les plus incontestables donnent, entre le d&#233;but de la seconde Intifada, le 28 septembre 2000, et fin 2004 : 1 030 morts et 3 000 bless&#233;s isra&#233;liens, dont 70 % de civils ; et, c&#244;t&#233; palestinien : 6 000 tu&#233;s et 20 000 bless&#233;s dont 80 % de civils. Malgr&#233; ces chiffres, des d&#233;sesp&#233;r&#233;s qui n'ont pas trouv&#233; d'autre solution que de se faire exploser parmi leurs ennemis sont montr&#233;s du doigt comme des monstres... Je reconnais que nous sommes partisans d'une cause et qu'&#233;videmment nous la croyons juste. Nous demandons seulement le droit d'exprimer cette v&#233;rit&#233;-l&#224; comme d'autres peuvent diffuser la leur. Nous demandons qu'on n'oppose pas des pr&#233;textes fallacieux ou des proc&#232;s d'intention &#224; la libert&#233; d'expression afin que notre v&#233;rit&#233; soit la seule qui ne puisse jamais &#234;tre entendue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;A propos des victimes du conflit, vous employez le terme de &#171; martyr &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi qu'ils sont ici consid&#233;r&#233;s par l'opinion parce qu'ils sont morts en combattant l'occupant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#234;me dans un attentat suicide ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, ce terme est r&#233;serv&#233; &#224; celui qui combat Tsahal les armes &#224; la main.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'avez jamais qualifi&#233; un kamikaze de martyr ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Celui qui s'en prend aveugl&#233;ment &#224; des civils, quels que soient ses mobiles, ne peut &#234;tre appel&#233; martyr.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong&gt;Entretien avec TARIQ RAMADAN&lt;/strong&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;dl class='spip_document_708 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/RAMADAN-05.jpg&quot; title='photos : Anthony Rabisse' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH215/RAMADAN-05-f1b58-855db.jpg' width='324' height='215' alt='photos : Anthony Rabisse' style='height:215px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-708 spip_doc_titre' style='width:324px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Anthony Rabisse&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment avez-vous r&#233;agi &#224; l'assassinat du cin&#233;aste Theo Van Gogh par un N&#233;erlandais de confession musulmane, en novembre 2004 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'&#233;tais aux Pays-Bas juste auparavant, invit&#233; par la ministre de l'Int&#233;gration. J'ai tout de suite pris une position extr&#234;mement ferme condamnant le meurtre et appelant les musulmans &#224; s'exprimer clairement contre cet acte. J'ai &#233;galement demand&#233; aux m&#233;dias de faire preuve de prudence, de ne pas verser dans la g&#233;n&#233;ralisation &#224; l'endroit de &#171; la communaut&#233; musulmane &#187;. Ce qui n'a d'ailleurs pas toujours &#233;t&#233; le cas : certains, des journaux plut&#244;t &#224; droite, ont expliqu&#233; que la pr&#233;sence musulmane remettait en cause la tradition lib&#233;rale des Pays-Bas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce &#224; dire que vous acceptez que l'on soit aussi violent que Theo Van Gogh l'&#233;tait &#224; propos de l'islam ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut &#234;tre critique, tr&#232;s critique. N&#233;anmoins, quand Van Gogh dit &#171; &lt;i&gt;les musulmans sont des baiseurs de ch&#232;vres&lt;/i&gt; &#187;, il n'est plus dans la critique, il insulte. Dire des choses pareilles - m&#234;me si on a le droit de les dire - est grossier et stupide : on n'est plus dans le d&#233;bat d'id&#233;es et l'on cherche &#224; provoquer des r&#233;actions passionn&#233;es et non ma&#238;tris&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes donc pour l'interdiction de tels propos ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. J'appellerais plut&#244;t les citoyens hollandais &#224; la distance critique. La meilleure fa&#231;on de r&#233;agir &#224; l'insulte, c'est de l'ignorer. Theo Van Gogh a tenu des propos indignes qui cherchaient sciemment &#224; blesser, il fallait passer sa route... Il y a n&#233;anmoins une diff&#233;rence entre l'insulte et l'incitation &#224; la haine comme ce fut le cas sur Internet o&#249; on a pu lire : &#171; &lt;i&gt;Les musulmans, il faudrait les rassembler et les mettre dans des chambres &#224; gaz.&lt;/i&gt; &#187; Il s'agit d'une incitation &#224; la haine raciale qui rappelle quelque chose de douloureuse m&#233;moire en Europe. Dans ce cas, c'est le droit qui doit trancher. On est dans l'ordre de l'inacceptable mais le gouvernement hollandais, interpell&#233;, a malheureusement refus&#233; d'intervenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand Michel Houellebecq &#233;crit : &#171; &lt;i&gt; l'islam est la religion la plus con du monde&lt;/i&gt; &#187;, &#234;tes-vous choqu&#233; ? Et approuvez-vous ceux qui le poursuivent en justice ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Je suis d'ailleurs intervenu sur &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt; pour m'opposer &#224; la d&#233;marche de la Mosqu&#233;e de Paris qui avait poursuivi Houellebecq. Les citoyens de confession musulmane ne sont pas tr&#232;s habitu&#233;s aux formes de la libert&#233; d'expression qui ont cours en Europe : ils ne sont par exemple pas accoutum&#233;s &#224; ce que l'on se moque de la religion, musulmane ou autre. Il faut donc, face &#224; la critique, la provocation ou la moquerie, qu'ils apprennent &#224; prendre une distance critique, &#224; relativiser ou &#224; ignorer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis oppos&#233; aux d&#233;marches de justice dans ces cas de figure : ils font partie d'un univers culturel. J'ai lu par exemple le texte de Salman Rushdie. M&#234;me si je le trouvais inutilement provocateur et peu sophistiqu&#233; sur le plan litt&#233;raire, j'&#233;tais contre la fatwa.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_709 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/RAMADAN-06.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH216/RAMADAN-06-6b073-eb17d.jpg' width='324' height='216' alt='' style='height:216px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Face &#224; la critique, la provocation ou la moquerie, les citoyens de confession musulmane doivent apprendre &#224; relativiser ou &#224; ignorer. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette attitude vaut pour les soci&#233;t&#233;s musulmanes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le principe de la libert&#233; d'expression n'est pas n&#233;gociable. Mais on ne peut pas ignorer les univers culturels et les r&#233;actions possibles. Le droit est le produit d'une histoire de mentalit&#233;s. Aujourd'hui, dans le monde musulman, si on instituait une libert&#233; d'expression totale, on aurait un d&#233;calage entre ce que permettrait la loi et ce que pourraient tol&#233;rer les gens, culturellement ou &#233;motionnellement. Il faut qu'on y fasse attention. Le d&#233;veloppement des mentalit&#233;s vers davantage de libert&#233; d'expression, c'est un processus qui s'accompagne de p&#233;dagogie. Dans le cas contraire, ce serait v&#233;cu comme l'imposition d'un mode de pens&#233;e &#233;tranger, intrusif, impos&#233; par le seul rapport de domination. Le rejet serait in&#233;luctable. Cela ne vaut d'ailleurs pas seulement pour le monde musulman. Quand j'&#233;tais en C&#244;te d'Ivoire et que je discutais avec l'archev&#234;que d'Abidjan, il exprimait des craintes vis-&#224;-vis de &#171; &lt;i&gt;cet Occident o&#249; l'on se permet de dire n'importe quoi sur le christianisme&lt;/i&gt; &#187;. L'acc&#232;s &#224; une plus grande libert&#233; d'expression doit marier l'&#233;volution des mentalit&#233;s et les r&#233;formes l&#233;gales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais il faut aller dans ce sens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mettons-nous d'accord : qu'on puisse avoir un regard critique, prendre de la distance ou faire preuve d'humour, oui. Les lois doivent le permettre et le prot&#233;ger. Je n'irais pas, quant &#224; moi, promouvoir en Afrique ou en Asie l'insulte, la provocation stupide et le non-respect de la sensibilit&#233; des gens. Il n'est certes pas question de verser dans une sorte de dictature du droit o&#249; la provocation et l'humour seraient sanctionn&#233;s, mais je pense qu'il est bon que chacun fasse un usage responsable de sa libert&#233; : quand on vit avec des gens d'autres cultures, d'autres sensibilit&#233;s, d'autres religions, un peu de mesure ne peut faire que du bien. Nos consciences doivent parfois prendre la mesure d'enjeux de coexistence et se ma&#238;triser alors m&#234;me que les lois se doivent de garantir la libert&#233; d'expression. Il ne s'agit pas d'une question de loi, mais simplement de responsabilit&#233; personnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Cour europ&#233;enne des droits de l'homme explique qu'il faut accepter les propos choquants, y compris pour la majorit&#233; de la population.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela va dans le sens de mon propos. Choquer, ce n'est pas violer. Choquer, ce n'est pas insulter ou blesser. Choquer peut &#234;tre constructif mais violer la sensibilit&#233; de quelqu'un, le provoquer &#224; seule fin de lui faire mal, cela n'apporte rien ! Je n'aimerais pas que des lois sanctionnent ces attitudes, mais je pense qu'il serait bon de s'armer d'une p&#233;dagogie du vivre ensemble qui nous apprenne &#224; les &#233;viter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt; vous a r&#233;cemment consacr&#233; un reportage tr&#232;s critique. Comment avez-vous r&#233;agi ? Avez-vous &#233;t&#233; choqu&#233;, bless&#233; ou viol&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aucun des trois. Cela n'a rien &#224; voir avec la libert&#233; d'expression. J'ai seulement pos&#233; une question &#224; &lt;i&gt;France 2&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Est-ce que le film que vous avez diffus&#233; r&#233;pond &#224; la d&#233;ontologie journalistique ?&lt;/i&gt; &#187; Je n'ai pas demand&#233; que ce reportage soit d&#233;programm&#233;. Il m'aurait simplement paru juste que sur le plateau on fasse venir quelqu'un qui ait un regard critique sur ce film. D'ailleurs, les producteurs du magazine &#171; Temps pr&#233;sent &#187; de la &lt;i&gt;T&#233;l&#233;vision suisse romande&lt;/i&gt;, &#224; qui ce reportage a &#233;t&#233; propos&#233;, ont soulign&#233; de nombreux probl&#232;mes. M. Sifaoui, le journaliste, a &#233;t&#233; t&#233;moin contre moi lors d'un proc&#232;s ; mes &#171; amis &#187; ne font qu'&#233;mettre des impressions et ne sont questionn&#233;s sur aucun fait r&#233;el, etc. De plus, affirmer que j'ai fait interdire une pi&#232;ce de Voltaire &#224; Gen&#232;ve en 1993 est un mensonge. Lors de notre confrontation &#224; &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt;, j'ai demand&#233; que l'on questionne le maire de Gen&#232;ve &#224; ce sujet. Cela n'a pas &#233;t&#233; fait. Ce ne sont que quelques exemples parmi une dizaine d'autres manquements graves.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Caroline Fourest, dans son livre &#171; Fr&#232;re Tariq &#187;, affirme pourtant que vous &#234;tes intervenu pour que le metteur en sc&#232;ne ne b&#233;n&#233;ficie pas de la subvention qui lui aurait permis de monter sa pi&#232;ce.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chacun r&#233;p&#232;te la m&#234;me histoire sans jamais v&#233;rifier les faits. C'est faux ! Il aurait suffi d'un coup de t&#233;l&#233;phone &#224; la charg&#233;e des affaires culturelles de la ville de Gen&#232;ve&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#233;dias a appel&#233; Erica Deuber-Ziegler, directrice du D&#233;partement des affaires (...)' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt; pour constater que je ne suis nullement intervenu. A l'heure o&#249; le maire prend la d&#233;cision de ne pas accorder la subvention de 300 000 francs suisses demand&#233;e - il explique que c'est trop et qu'en plus, cela va froisser les musulmans - je suis en Egypte et je ne suis m&#234;me pas au courant de l'affaire. Plus tard, quand le metteur en sc&#232;ne me met en cause et parle de censure, je lui adresse une lettre ouverte dans laquelle je lui demande seulement de s'expliquer sur le choix de cette pi&#232;ce. Il me r&#233;pondra qu'un artiste n'a pas &#224; expliquer ce qu'il fait. Au m&#234;me moment, j'enseignais la pi&#232;ce &#171; Mahomet &#187; de Voltaire &#224; mes &#233;tudiants ! Int&#233;ressant pour un censeur... Toute cette histoire est un mensonge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous condamnez donc cette interdiction de fait ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, s'il s'&#233;tait agi de censure, mais il fut question de budget trop important ! Je connais, j'ai beaucoup lu et j'appr&#233;cie Voltaire et je serais le dernier &#224; vouloir le censurer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous trouvez que les m&#233;dias sont de mauvaise foi vis-&#224;-vis de vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai absolument pas de vision parano&#239;aque ou diabolisante des m&#233;dias. J'ai compris aujourd'hui que c'&#233;tait souvent une affaire de personne. Je crois beaucoup au journalisme de proximit&#233; : informer sur le plan local, prendre le temps, &#233;viter la pression de la vitesse. Il ne s'agit pas d'en esp&#233;rer de la complaisance mais simplement une plus grande disponibilit&#233; qui permet de mieux conna&#238;tre l'objet d'&#233;tude, les r&#233;alit&#233;s du terrain et les gens dont on parle. J'attends aussi beaucoup des m&#233;dias alternatifs que l'on peut trouver sur le Net : ils sont aussi un contre-pouvoir efficace.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_710 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/RAMADAN-01.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L217xH324/RAMADAN-01-29903-2abc8.jpg' width='217' height='324' alt='' style='height:324px;width:217px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Il y a aujourd'hui un discours m&#233;diatique sur la question de l'islam qui &quot;islamise&quot; les probl&#232;mes. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les grands m&#233;dias seraient injustes &#224; votre &#233;gard ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas une question d'injustice, mais je trouve qu'il y a beaucoup de simplification. La vitesse de l'information essentialise les approches et on s'accommode d'&#233;tiquettes. Je ne dirais pas de certains journalistes qu'ils sont injustes, mais qu'ils sont press&#233;s et sous pression. Ils connaissent parfois mal leur sujet, notamment l'islam ou les musulmans. J'en ai rencontr&#233; sur le terrain qui ont &#233;t&#233; r&#233;ellement impressionn&#233;s par la dynamique positive qu'ils ont pu y constater : de retour dans leur r&#233;daction, ils se sont entendu expliquer qu'ils s'&#233;taient fait avoir par mon habilit&#233;, ma fourberie ou mon pr&#233;tendu &#171; double discours &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquez-vous justement que tant de gens vous accusent de duplicit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le nombre n'est en rien une preuve aujourd'hui : allez sur Internet et vous verrez que les m&#234;mes accusations sont simplement r&#233;p&#233;t&#233;es des milliers de fois mais jamais v&#233;rifi&#233;es ou r&#233;ellement argument&#233;es. Mon discours est original et nuanc&#233; : pour certains, que l'originalit&#233; et la nuance d'un musulman d&#233;rangent, je suis forc&#233;ment ambigu et manipulateur. D'autres veulent d&#233;cr&#233;dibiliser mon discours parce que mes critiques les g&#234;nent, notamment quand je fais la diff&#233;rence entre l'antis&#233;mitisme que je condamne et la critique de l'Etat d'Isra&#235;l que je revendique. Enfin, il faut savoir que je fais face &#224; des critiques au sein du monde musulman parce que je n'h&#233;site pas &#224; dire des v&#233;rit&#233;s qui f&#226;chent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a aussi ceux qui comparent vos discours...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Permettez-moi d'ajouter qu'il existe des proc&#233;d&#233;s tr&#232;s malhonn&#234;tes pour prouver mon double discours. On prend trois mots ici, trois mots l&#224;, et on construit un discours qui n'est pas le mien. C'est par exemple le montage odieux de Bernard-Henri L&#233;vy sur mon suppos&#233; soutien au GIA. Quand on revient &#224; la source et qu'on compare ce qu'il me fait dire &#224; ce que j'ai dit r&#233;ellement, c'est de la malhonn&#234;tet&#233; intellectuelle. Dans son livre &#171; Fr&#232;re Tariq &#187;, Caroline Fourest proc&#232;de de la m&#234;me fa&#231;on. C'est inacceptable !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur un autre plan, le double discours aurait &#233;t&#233; de dire &#224; Sarkozy devant six millions de personnes : &#171; &lt;i&gt;Je condamne la lapidation comme vous voulez me l'entendre dire.&lt;/i&gt; &#187; Je lui ai dit ce que je dis partout : &#171; &lt;i&gt;Moratoire sur la lapidation !&lt;/i&gt; &#187; comme j'ai affirm&#233; : &#171; &lt;i&gt;moratoire sur les ch&#226;timents corporels et la peine de mort&lt;/i&gt; &#187;. Cela veut dire, arr&#234;tons cela tout de suite, sans aucune exception, &#171; moratoire absolu &#187; ! Ouvrons le d&#233;bat dans le monde musulman et nous verrons que l'absence de consensus doit nous faire cesser ces pratiques. Voil&#224; ma position, il n'y a pas de double discours, pas d'ambigu&#239;t&#233;s et ma position est aussi claire que celle d'Amnesty International.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous regrettez d'avoir publi&#233; un texte mettant en cause une liste d'intellectuels juifs, lors du Forum social europ&#233;en d'octobre 2003 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas une liste d' &#171; intellectuels juifs &#187;. Il n'y avait pas de liste. La chose est claire : avant de le publier, j'ai envoy&#233; ce texte &#224; quinze personnes, dont certaines sont des intellectuels fran&#231;ais, et dont certaines se revendiquent du juda&#239;sme, la&#239;c, ath&#233;e ou orthodoxe. Le titre n'emploie pas les termes &#171; intellectuels juifs &#187;. C'est vrai, dans le corps du texte, j'aurais d&#251; mettre &#171; juifs et non-juifs &#187; pour &#234;tre aussi clair dans ma formulation que dans mon esprit. Je n'attaquais pas les gens sur leur juda&#239;sme, mais sur deux caract&#233;ristiques communes : ce sont des intellectuels m&#233;diatiques, et ils prennent aujourd'hui des positions, sur le plan national et sur le plan international, qui sont dangereuses. Sur le plan international, un soutien total &#224; Isra&#235;l. Sur le plan national, l'affirmation que le nouvel antis&#233;mitisme en France est arabo-musulman. Pour moi, ces affirmations sont graves : pour se prot&#233;ger d'un racisme, on stigmatise toute une communaut&#233;. C'est un discours communautariste. Exemple arch&#233;typal : Alain Finkielkraut. Il &#233;tait un universaliste, mais il est en train de se fermer aux r&#233;alit&#233;s de ce pays, en stigmatisant continuellement les arabo-musulmans. Bernard-Henri L&#233;vy est un homme dangereux : peu honn&#234;te et ma&#238;tre des jugements binaires tout &#224; fait caricaturaux. J'ai admis le d&#233;ficit de formulation mais je revendique la substance du texte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un d&#233;ficit de formulation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;cart entre ce que vous pensez et la fa&#231;on dont vous le dites : je ne visais pas ces personnes parce qu'elles &#233;taient &#171; juives &#187;. Je ne connais pas cette tentation, ce n'est pas moi, ma formulation ne devait laisser planer aucun doute. Sur le fond, une ann&#233;e plus tard, ce qui est en train de se passer en France, et notamment sur le plan des m&#233;dias, me donne raison. Il y a aujourd'hui un discours m&#233;diatique sur la question de l'islam qui &#171; islamise &#187; les probl&#232;mes. Or il faut distinguer les choses : les probl&#232;mes sociaux sont des probl&#232;mes sociaux et l'islam n'a rien &#224; voir l&#224;-dedans, je le r&#233;p&#232;te depuis vingt ans. Pourtant, les journalistes mettent trop souvent en avant l'appartenance musulmane des acteurs. Au fond, c'est leur propre perception qui fait des musulmans &#171; des musulmans &#187; avant qu'ils puissent &#234;tre reconnus comme &#171; des citoyens &#187; &#224; part enti&#232;re. Les journalistes sont des m&#233;diateurs entre les citoyens et la repr&#233;sentation que ces derniers ont de leur soci&#233;t&#233;. D'aucuns, en &#233;tudiant parfois mal les sujets qu'ils traitent, en restant &#224; la surface des perceptions, en n'apportant pas d'&#233;l&#233;ments nous permettant d'aller au-del&#224; des peurs, produisent les fractures qu'ils pr&#233;tendent vouloir &#233;viter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a le droit d'&#234;tre islamophobe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, on a le droit d'&#234;tre con. On a le droit d'&#234;tre islamophobe aussi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par Tariq Ramadan.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;M&#233;dias a appel&#233; Erica Deuber-Ziegler, directrice du D&#233;partement des affaires culturelles de la ville de Gen&#232;ve de l'&#233;poque, qui a confirm&#233; les propos de Monsieur Ramadan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>profession &quot;assembleur de contenu&quot;</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/profession-assembleur-de-contenu,103.html</link>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>
		<dc:subject>Michelin</dc:subject>

		<description>Pour le directeur des programmes de France 5, notre t&#233;l&#233; est &#224; la tra&#238;ne. Elle manque d'audace et de professionnalisme. A l'heure o&#249; France 5 devrait encore gagner en audience par la gr&#226;ce de la t&#233;l&#233;vision num&#233;rique terrestre (TNT), son directeur des programmes gagne lui aussi en visibilit&#233;. Jeune quadra, encore largement inconnu du grand public, Alexandre Michelin est l'un des fers de lance de la nouvelle g&#233;n&#233;ration des hommes de programmes qui prennent le pouvoir. Peu sensible aux sir&#232;nes id&#233;ologiques, (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton103-7d2fc.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Pour le directeur des programmes de &lt;i&gt;France 5&lt;/i&gt;, notre t&#233;l&#233; est &#224; la tra&#238;ne. Elle manque d'audace et de professionnalisme.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A l'heure o&#249; &lt;i&gt;France 5&lt;/i&gt; devrait encore gagner en audience par la gr&#226;ce de la t&#233;l&#233;vision num&#233;rique terrestre (TNT), son directeur des programmes gagne lui aussi en visibilit&#233;. Jeune quadra, encore largement inconnu du grand public, Alexandre Michelin est l'un des fers de lance de la nouvelle g&#233;n&#233;ration des hommes de programmes qui prennent le pouvoir. Peu sensible aux sir&#232;nes id&#233;ologiques, passant sans &#233;tat d'&#226;me du priv&#233; au public, il se d&#233;finit d'abord comme un &#171; &lt;i&gt;assembleur de contenus&lt;/i&gt; &#187;. N&#233; en Afrique de parents antillais, il est le seul Noir &#224; occuper une fonction aussi &#233;lev&#233;e dans une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision majeure, mais se refuse &#224; faire de sa couleur de peau un &#233;tendard ou un argument.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'homme est solide, massif m&#234;me. On imagine volontiers un pass&#233; de rugbyman. Ni costume techno gris anthracite, ni allure de &#171; jet-setter &#187; et pas m&#234;me un look de communicant &#224; la d&#233;sinvolture g&#233;r&#233;e au millim&#232;tre. Seule la chemise Paul Smith renvoie &#224; l'air du temps. Alexandre Michelin a le verbe clair, bien qu'il cherche avec attention ses mots. Voil&#224; presque vingt ans qu'il hante les couloirs de la t&#233;l&#233;vision. Pur produit de l'explosion des cha&#238;nes satellitaires et du c&#226;ble, il se distingue par une prudence de Sioux et un sens politique des plus s&#251;rs. Ainsi se garde-t-il de citer le moindre nom parmi ceux qui l'ont le plus marqu&#233;, de peur d'en oublier et de se cr&#233;er des inimiti&#233;s inutiles...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'il pr&#233;tend ne pas avoir &#233;tabli de plan de carri&#232;re et se laisser guider par les rencontres, il n'en reste pas moins que son parcours est des plus r&#233;ussis. Apr&#232;s Sciences-Po Paris, Alexandre Michelin est pass&#233; par l'un des troisi&#232;mes cycles les plus recherch&#233;s de l'&#233;poque pour qui voulait faire carri&#232;re dans les m&#233;dias : le DESS &#171; Droit et gestion de l'audiovisuel &#187; de la Sorbonne, dont le directeur n'avait de cesse de placer les &#233;tudiants aux meilleurs endroits pour leur assurer des d&#233;buts de carri&#232;re prometteurs et accro&#238;tre l'&#233;clat de sa formation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alexandre Michelin d&#233;butera ainsi &#224; &lt;i&gt;Paris Premi&#232;re&lt;/i&gt;, cha&#238;ne appartenant &#224; l'&#233;poque &#224; la Lyonnaise des Eaux, dirig&#233;e par J&#233;r&#244;me Monod, un des inspirateurs de l'UMP. Diffus&#233;e &#224; Paris et en r&#233;gion parisienne, cette cha&#238;ne restera comme un exemple de cr&#233;ativit&#233; et de diversit&#233; et lancera de nombreux artistes et autant de futurs grands d&#233;cideurs de t&#233;l&#233;vision. Alexandre Michelin fut l'un des principaux artisans de son succ&#232;s, achetant et n&#233;gociant des programmes en France et &#224; l'&#233;tranger, lan&#231;ant de nouvelles &#233;missions ou testant de nouveaux animateurs. &#171; &lt;i&gt;C'est sur &lt;i&gt;Paris Premi&#232;re&lt;/i&gt; que Jamel Debbouze a fait ses premiers pas en t&#233;l&#233;vision, m&#234;me s'il a atteint un statut de star plus tard sur &lt;i&gt;Canal +&lt;/i&gt;, gr&#226;ce &#224; Alain De Greef&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En sept ans de bons et loyaux services, Alexandre Michelin contribue &#224; faire passer la cha&#238;ne de 12 000 abonn&#233;s &#224; plus de 1,5 million. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait une &#233;poque o&#249; beaucoup de choses &#233;taient possibles, o&#249; l'on pouvait prendre des risques&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume-t-il sans nostalgie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;pisode Lyonnaise des Eaux, Alexandre Michelin passe, en 1997, dans l'orbite &lt;i&gt;Canal +&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;J'ai v&#233;cu la fin de l'&#226;ge d'or de &lt;i&gt;Canal&lt;/i&gt;, le passage &#224; la World compagnie et enfin la p&#233;riode de reprise en main et de liquidation du groupe&lt;/i&gt; &#187;. Travaillant au d&#233;veloppement de Canal Satellite, il est un des rares &#224; s'&#234;tre frott&#233; r&#233;guli&#232;rement aux papes am&#233;ricains de l'entertainment. &#171; &lt;i&gt;A voir agir les patrons des majors de programmes am&#233;ricains, j'ai appris beaucoup et ressenti plus d'une fois le c&#244;t&#233; provincial des Fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187;, souligne-t-il. &#171; &lt;i&gt;Nos sempiternels d&#233;bats, les difficult&#233;s &#224; promouvoir d'autres r&#233;f&#233;rences ou d'autres profils que ceux majoritaires, m'ont toujours sembl&#233; anecdotiques au regard des approches d&#233;velopp&#233;es aux Etats-Unis mais aussi dans de nombreux autres pays&lt;/i&gt;. &#187; Alexandre Michelin tend &#224; voir en France le maintien de &#171; &lt;i&gt;lignes Maginot mentales&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour lui, la t&#233;l&#233;vision aux Etats-Unis, c'est &#171; &lt;i&gt;la premi&#232;re division&lt;/i&gt; &#187;, le professionnalisme &#224; l'&#233;tat pur. &#171; &lt;i&gt;Voir travailler un Barry Diller, le big boss d'Universal Film, c'est prendre une le&#231;on&lt;/i&gt; &#187;, tandis que, selon lui, nous nous cantonnons trop souvent dans le syndrome du &#171; &lt;i&gt;village gaulois&lt;/i&gt; &#187;. Le directeur des programmes de &lt;i&gt;France 5&lt;/i&gt; observe partout autour de lui &#171; &lt;i&gt;des d&#233;veloppements plan&#233;taires, des fusions extraordinaires, de la cr&#233;ation dans le business... Alors qu'en France, on perd tout esprit de conqu&#234;te. La &lt;i&gt;BBC&lt;/i&gt; a invent&#233; le document de fiction, &lt;i&gt;Endemol&lt;/i&gt; a cr&#233;&#233; la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;, &lt;i&gt;HBO&lt;/i&gt; est &#224; l'origine d'un nombre incroyable de s&#233;ries de fictions originales et porteuses de sens... et nous ? Sauf dans le secteur du jeu vid&#233;o et du clip o&#249; la cr&#233;ativit&#233; est forte, la France est tr&#232;s marginalis&#233;e dans le domaine de l'audiovisuel.&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s ce flot critique, la formule qui ach&#232;ve : &#171; &lt;i&gt;Nous risquons de devenir la Gr&#232;ce du XXIe si&#232;cle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Canal Satellite, Alexandre Michelin a lanc&#233; ou relanc&#233; quelque 30 cha&#238;nes. Il a pu mesurer les diff&#233;rences culturelles des Europ&#233;ens : &#171; &lt;i&gt;Une cha&#238;ne premium en Su&#232;de ou en Pologne n&#233;cessite une programmation sp&#233;cifique,&lt;/i&gt; explique-t-il, &lt;i&gt;prenant en compte les modes de vie des uns et des autres. Impossible, par exemple, de ne pas diffuser du hockey en prime time en Su&#232;de... Tout comme il serait vain d'en proposer aux t&#233;l&#233;spectateurs polonais.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_711 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/MICHELIN-02.jpg&quot; title='photos : Patrice Praxo' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L218xH324/MICHELIN-02-ba68b-2715c.jpg' width='218' height='324' alt='photos : Patrice Praxo' style='height:324px;width:218px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-711 spip_doc_titre' style='width:218px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Patrice Praxo&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; A voir agir les patrons des majors de programmes am&#233;ricains, j'ai ressenti plus d'une fois le c&#244;t&#233; provincial des Fran&#231;ais. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En &#233;vitant de se m&#234;ler aux conflits de pouvoir et de gros sous, sur fond d'ego cathodique, entre les grands anciens de &lt;i&gt;Canal&lt;/i&gt; et la nouvelle &#233;quipe mise en place sous l'&#232;re de Jean-Ren&#233; Fourtou, ce fin politique, qui s'affiche &#233;videmment non politis&#233;, a su tirer son &#233;pingle de jeu. Et profiter de la situation pour quitter le groupe fin 2003 avec un matelas financier sur lequel il se fait discret mais, gageons-le, assez confortable pour ne pas nourrir de regrets.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis un an, directeur de l'antenne et des programmes de &lt;i&gt;France 5&lt;/i&gt;, Alexandre Michelin se voit donc comme un &#171; &lt;i&gt;assembleur de contenus, de la m&#234;me fa&#231;on qu'Airbus ou un fleuriste&lt;/i&gt; &#187;. La cha&#238;ne ne produisant rien en propre et n'ayant aucune r&#233;daction, elle fonctionne comme un &#233;diteur qui s&#233;lectionne des manuscrits ou commande des histoires. Avec une &#233;quipe d'une quinzaine de personnes, il trie parmi 3 000 propositions de programmes ou de s&#233;ries pour n'en retenir que 300. &#171; &lt;i&gt;La qualit&#233;, l'originalit&#233;, l'ambition du projet, la coh&#233;rence avec le projet &#233;ditorial, le respect du t&#233;l&#233;spectateur sont nos crit&#232;res.&lt;/i&gt; &#187; Exercice d'autant plus difficile que la cha&#238;ne ne peut recourir aux ingr&#233;dients traditionnels de la cuisine de petit &#233;cran : pas de sport, pas de films et pas de s&#233;ries...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors comment construire une grille et proc&#233;der aux choix n&#233;cessaires ? En privil&#233;giant des projets de qualit&#233; pour ne pas dilapider le capital image accumul&#233; au fil des ann&#233;es. &#171; &lt;i&gt;Quand nous faisons une &#233;mission m&#233;dicale, nous ne choisissons pas de traiter une maladie en fonction de son potentiel d'audience !&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Alexandre Michelin. Son mod&#232;le de t&#233;l&#233;vision, on le trouvera du c&#244;t&#233; de &lt;i&gt;Channel Four&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;HBO&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Ce sont des cha&#238;nes qui ont du sens, de l'ambition et du feeling.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arriv&#233; dans la foul&#233;e de la nouvelle &#233;quipe, constitu&#233;e apr&#232;s le d&#233;part de Jean-Pierre Cottet qui avait litt&#233;ralement fait d&#233;coller l'audience de la cha&#238;ne gr&#226;ce &#224; une politique intelligente de contre-programmation et d'innovations ma&#238;tris&#233;es, Alexandre Michelin reste fid&#232;le au credo qui r&#233;ussit si bien &#224; la cha&#238;ne : identit&#233; et diff&#233;rence. &#171; &lt;i&gt;Nous sommes dans une logique de l'offre qui nous autorise &#224; prendre du temps pour faire &#233;voluer les &#233;missions et leur laisser la possibilit&#233; de toucher leur public&lt;/i&gt; &#187;, explique-t-il. Cette aptitude est facilit&#233;e par une faible d&#233;pendance vis-&#224;-vis de la publicit&#233;, laquelle ne repr&#233;sente qu'une dizaine de pour-cent de l'&#233;conomie de la cha&#238;ne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui surprend avec &lt;i&gt;France 5&lt;/i&gt;, c'est qu'elle puisse atteindre plus de 10 % de parts de march&#233; avec des concepts r&#233;put&#233;s impossibles. &#171; &lt;i&gt;Les magazines de d&#233;bats ou les documents ont pratiquement disparu des grandes cha&#238;nes parce qu'on les juge d&#233;pass&#233;s ou peu f&#233;d&#233;rateurs. Nous prouvons au contraire qu'il existe une demande pour des genres qui permettent de r&#233;fl&#233;chir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Ripostes &#187;, &#171; Les Maternelles &#187; ou &#171; C dans l'air &#187; contribuent fortement &#224; la r&#233;ussite de la cha&#238;ne et affirment son identit&#233;. Si ces &#233;missions ne sont pas r&#233;volutionnaires dans leurs formes, elles n'en sont pas moins novatrices en ce qu'elle cherchent &#224; sortir de la confrontation traditionnelle entre porte-parole asserment&#233;s d'opinions dites oppos&#233;es afin d'&#233;largir quelque peu le cercle des intervenants et des repr&#233;sentations. &lt;i&gt;&#171; C dans l'air &#187; fut la premi&#232;re &#233;mission,&lt;/i&gt; rappelle Alexandre Michelin, &lt;i&gt;o&#249; les SMS ont &#233;t&#233; utilis&#233;s pour favoriser l'intervention des t&#233;l&#233;spectateurs&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais c'est l'&#233;mission &#171; C.U.L.T. &#187; qui sert le mieux sa d&#233;monstration. &#171; &lt;i&gt;Le fait que les ados puissent intervenir de chez eux, gr&#226;ce &#224; une webcam, plut&#244;t que de se retrouver sur un plateau, lib&#232;re leurs paroles et change la nature de la relation avec les animateurs.&lt;/i&gt; &#187; Les sujets abord&#233;s enrichissent aussi la palette habituelle. &#171; &lt;i&gt;Je crois que ce n'est pas anodin de laisser parler directement des 16-20 ans du sida.&lt;/i&gt; &#187; Si les innovations de &#171; C.U.L.T. &#187; demeurent dans les limites du raisonnable et n'ont rien d'un forum permanent et totalement d&#233;brid&#233;, reste que le ton donn&#233; contraste avec la niaiserie des &#233;missions d'ado-r&#233;alit&#233; qui font le miel des grandes cha&#238;nes g&#233;n&#233;ralistes priv&#233;es. &#171; C.U.L.T. &#187; est aussi l'une des armes de France 5 pour s&#233;duire un nouveau public. En effet avec la TNT, la plus petite des cha&#238;nes g&#233;n&#233;ralistes (ou la plus grosse des th&#233;matiques) va enfin proposer une v&#233;ritable programmation apr&#232;s 19 heures, l&#224; o&#249; le gros de l'audience s'agglom&#232;re. &#171; &lt;i&gt;Entre janvier et mars, nous aurons test&#233; 15 pilotes diff&#233;rents qui nous permettront de donner un avant-go&#251;t de ce que sera France 5 &#224; partir d'avril. Mais cette fantastique opportunit&#233; va nous obliger &#224; prendre des risques, &#224; jouer sur le direct, sur le d&#233;bat, sur le d&#233;cryptage, &#224; travailler sur l'&#233;v&#233;nementiel pour, par exemple, comm&#233;morer les 20 ans de Tchernobyl.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A quelles nourritures terrestres un directeur des programmes de France 5 fait-il appel ? &#171; &lt;i&gt;Je suis un surconsommateur de signes et d'&#233;motions, je d&#233;vore un nombre incalculable de journaux, j'ai une passion pour les images, la photo en particulier que je pratique le plus souvent possible, mais aussi pour les arts plastiques... Je ne vois pas comment il serait possible de faire ce m&#233;tier sans avoir une curiosit&#233; insatiable pour les gens et pour l'information&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>OK ! Magazine fait un tabac au pays de l'opium</title>
		<link>http://www.revue-medias.com/OK-Magazine-fait-un-tabac-au-pays,104.html</link>
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		<dc:date>2006-11-30T21:34:37Z</dc:date>
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		<dc:subject>Vie publique</dc:subject>

		<description>Pour quelque dix millions de livres sterling, cette jeune femme de 35 ans a emport&#233; de haute lutte l'exclusivit&#233; chinoise de ce titre phare de la presse people. Comment les ados chinois ont-ils surv&#233;cu au manque d'informations sur les amours tumultueuses de Brad Pitt et Jennifer Aniston et la nouvelle coupe de cheveux de Gong Li ? La question ne se pose plus : depuis un peu plus d'un an, ils trouvent dans tous les kiosques la version chinoise d'OK ! Magazine, titre-phare de l'&#233;diteur anglais (...)

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Pour quelque dix millions de livres sterling, cette jeune femme de 35 ans a emport&#233; de haute lutte l'exclusivit&#233; chinoise de ce titre phare de la presse people.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comment les ados chinois ont-ils surv&#233;cu au manque d'informations sur les amours tumultueuses de Brad Pitt et Jennifer Aniston et la nouvelle coupe de cheveux de Gong Li ? La question ne se pose plus : depuis un peu plus d'un an, ils trouvent dans tous les kiosques la version chinoise d'&lt;i&gt;OK ! Magazine&lt;/i&gt;, titre-phare de l'&#233;diteur anglais Northern &amp; Shell, r&#233;f&#233;rence mondiale dans le domaine de la presse people.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s un pugilat feutr&#233; qui s'est r&#233;gl&#233; - nouvelle donne commerciale oblige - &#224; coups de millions de livres sterling entre quelques grands groupes de presse nationaux - Guangming Ribao, Jingji, Wexin - c'est finalement une petite soci&#233;t&#233; priv&#233;e de Shanghai, Cinezoic Film &amp; Television, qui a emport&#233; le morceau. La rumeur qui court estime &#224; 10 millions de livres le montant de ce contrat d'exclusivit&#233;. Bien que non confirm&#233;e, cette information a toutes les chances d'&#234;tre exacte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vu le succ&#232;s des magazines f&#233;minins occidentaux apparus sur le march&#233; de la presse chinoise ces derni&#232;res ann&#233;es, les pr&#233;tendants &#233;taient nombreux sur celui, encore vierge, de la presse people.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t qu'il y a &#224; d&#233;voiler &#224; des millions de Chinois - dont le gouvernement a fix&#233; l'importance du minimum vital aux alentours des 150 yuans (15 euros) - l'or et l'argent des stars de l'Occident d&#233;cadent est sans doute th&#233;rapeutique, le r&#234;ve &#233;tant l'antid&#233;presseur du pauvre. Un peu d'air corrompu ne peut pas faire de mal dans une presse o&#249; les magazines de jeunes s'appellent &#171; &lt;i&gt;Sourire de la Jeunesse Triomphante&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;La Semaine de la Jeunesse Nourrici&#232;re&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;Jeunes R&#233;volutionnaires du Guangdong&lt;/i&gt; &#187;, mensuel dont le dernier &#233;ditorial ne fait pas sp&#233;cialement dans le glamour : &#171; &lt;i&gt;Vous jeunes, avec votre sueur, vous &#233;l&#232;verez les grandes murailles vertes qui contribueront par leur sagesse et leur force &#224; l'embellissement de la Chine.&lt;/i&gt; &#187; A c&#244;t&#233;, le tube actuel du groupe rock Wang Wou &#171; I want your sex &#187;, chanson de George Michael exhum&#233;e de l'&#232;re pal&#233;olithique, fait l'effet d'un fameux bond en avant. Mais qu'on se rassure, tout &#231;a reste du domaine du v&#339;u impie : on ne trouve pas encore de pr&#233;servatifs en vente libre dans le m&#233;tro de P&#233;kin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;videmment, si le duel des poignards volants fut aussi chaud autour du c&#233;l&#232;bre titre strass, ce ne fut pas - mais alors pas du tout - dans le dessein hautement humaniste de sauver la jeunesse de son isolement s&#233;culaire et de l'ennui des rizi&#232;res, mais plus prosa&#239;quement parce que la presse people destin&#233;e au lectorat chinois s'annonce comme l'un des march&#233;s les plus juteux du si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'on imagine : 41 % du milliard trois cents millions de Chinois ont moins de 40 ans et 22 % moins de 15 ans. La population augmente en moyenne de 1 % par an, ce qui repr&#233;sente quand m&#234;me 15 millions de personnes de plus chaque ann&#233;e. Les &#233;coles maternelles, vivier du futur lectorat potentiel d'&lt;i&gt;OK ! Magazine&lt;/i&gt;, ont accueilli 20 millions de bambins suppl&#233;mentaires en 2004. A la louche - mesure autoris&#233;e tant les chiffres ici donnent le tournis - on d&#233;nombre 116 millions d'&#233;coliers dans le primaire, 69 millions dans le secondaire et 11 millions d'&#233;tudiants dans les universit&#233;s, ces estimations n'incluant ni les &#233;coles professionnelles, ni les ateliers d'art priv&#233;s ou publics consacr&#233;s &#224; la chanson, au cin&#233;ma, &#224; la sculpture, &#224; la danse, au sport, au th&#233;&#226;tre, etc. de plus en plus courus. Et cette population est suppos&#233;e curieuse des &#171; merveilleuses nouvelles venues du monde ext&#233;rieur &#187;. Ne pas oublier qu'il y a 13 millions d'habitants &#224; Shanghai, 12 &#224; P&#233;kin, 8 &#224; Hong Kong pour ne citer que les principales villes. Que Lu Yi, Chen Kun, Zhiu Xun, Zhang Ziyi, Nicholas Tse, Li Yu, nouvelles stars de la chanson et du cin&#233;ma chinois, provoquent des &#233;meutes chaque fois qu'elles ont l'id&#233;e saugrenue d'aller acheter leur kilo de riz &#224; la sup&#233;rette du coin. Que Sophie Marceau, lorsqu'elle est venue au Festival du Cin&#233;ma de Shanghai, a d&#251; &#234;tre prot&#233;g&#233;e par un service d'ordre digne d'un chef d'Etat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ajoutez &#224; cela que 68 millions d'internautes fr&#233;quentent chaque jour 60 000 cybercaf&#233;s. Beaucoup venant d'&#234;tre ferm&#233;s par les autorit&#233;s - qui voyaient d'un mauvais &#339;il la jeunesse s'exposer sur les &#171; t'chats &#187; occidentaux aux id&#233;es h&#233;r&#233;tiques, &#224; la pornographie et &#224; la violence -, la c&#233;l&#232;bre enseigne am&#233;ricaine Starbuck Coffee a cependant ouvert, ces deux derni&#232;res ann&#233;es, 1 700 &#233;tablissements, hant&#233;s par tout ce qui, peu ou prou, se veut dans la mouvance des id&#233;es modernistes et du way of life. Notre R&#233;volution &#224; nous Fran&#231;ais, celle du XVIIIe si&#232;cle, se fomenta ainsi au Procope, sauf qu'en Chine, le caf&#233; n'est pas tr&#232;s bon : ceci est une autre histoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cinezoic Film &amp; T&#233;l&#233;vision est donc maintenant responsable, pour les dix prochaines ann&#233;es, de la diffusion en chinois d'&lt;i&gt;OK ! Magazine&lt;/i&gt;. Northern &amp; Shell se f&#233;licite de cette joint-venture et croise les doigts pour que le succ&#232;s chinois se confirme rapidement afin de pallier les difficult&#233;s du titre en d&#233;clin de quelque 15 % en 2002. Le pari est audacieux.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_712 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/press-ok.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH250/press-ok-911a8-e848d.jpg' width='324' height='250' alt='' style='height:250px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les dessous affriolants de Jennifer Lopez dans &lt;i&gt;OK ! Magazine&lt;/i&gt; ne devraient avoir aucun mal &#224; supplanter les visages s&#233;v&#232;res des ouvri&#232;res mod&#232;les de l'usine num&#233;ro 1 de Nanjing ou Guangdong. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D'abord parce qu'il faut faire vite pour asseoir sa supr&#233;matie. D'autres titres europ&#233;ens et am&#233;ricains de la m&#234;me encre ne vont pas tarder, si ce n'est d&#233;j&#224; fait, &#224; se manifester. Ensuite parce que le march&#233; est d&#233;j&#224; bien encombr&#233; par quelque 2 000 quotidiens et 9 000 magazines. En principe, les dessous affriolants de Jennifer Lopez dans &lt;i&gt;OK ! Magazine&lt;/i&gt; ne devraient avoir aucun mal &#224; supplanter les visages s&#233;v&#232;res des ouvri&#232;res mod&#232;les de l'usine n&#176; 1 de Nanjing ou Guangdong, qui font r&#233;guli&#232;rement la une de la presse nationale. Mais quelle que soit la curiosit&#233; illimit&#233;e que les Chinois semblent vouer &#224; l'amour, la gloire et la beaut&#233;, tout n'est pas permis dans un pays o&#249; le pouvoir orchestre le lib&#233;ralisme et veille strictement &#224; la sant&#233; morale de son peuple et o&#249; le moindre &#233;cart est imm&#233;diatement sanctionn&#233; en vertu de r&#232;gles impromptues et parfaitement arbitraires. Yves Saint-Laurent en a fait l'exp&#233;rience quand, en janvier 2000, le parfum &#171; Opium &#187; a &#233;t&#233; retir&#233; de la vente, parce que les autorit&#233;s redoutaient que son appellation ne soit une forme de &#171; pollution spirituelle &#187; rappelant la &#171; Guerre de l'opium &#187; de 1839 et la d&#233;faite de la Chine imp&#233;riale qui livra le pays aux puissances occidentales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, si Cinezoic Film &amp; Television est une jeune soci&#233;t&#233; priv&#233;e sp&#233;cialis&#233;e dans la publicit&#233; et dans la production cin&#233;matographique de jeunes r&#233;alisateurs de la 6e g&#233;n&#233;ration comme de documentaires pour la t&#233;l&#233;vision - notamment pour Discovery Channel -, elle n'a aucune exp&#233;rience dans le domaine de la presse &#233;crite. Ce dont Sara Chen, directrice et fondatrice de la soci&#233;t&#233; en 1994, se bat l'&#339;il qu'elle a d'ailleurs fort beau et malicieusement brid&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;nergique, intelligente, cultiv&#233;e, s&#233;duisante, &#233;l&#233;gante, elle ne para&#238;t pas les 35 ans que l'&#233;tat civil lui donne et fait partie de ces femmes chinoises qui ont eu les moyens de profiter du vent de lib&#233;ralisme soufflant sur le pays et ont su prendre leur destin en main. Divorc&#233;e du r&#233;alisateur Xing Lee - lui-m&#234;me fils de l'ex-directeur des studios de cin&#233;ma de Shanghai - dont elle a deux enfants, elle m&#232;ne de main de ma&#238;tre &#224; la fois sa vie de m&#232;re, de femme, et de business woman. Elle habite une immense &#171; multi millions dollars house &#187; dans l'une des r&#233;serves de riches du nouveau Pudong, &#233;coute les derni&#232;res scies du top-ten am&#233;ricain sur la st&#233;r&#233;o japonaise de sa BMW dernier mod&#232;le qu'elle pilote tr&#232;s s&#251;rement dans la circulation d&#233;mente de Shanghai, et passe une bonne partie de son temps dans des avions entre Shanghai, P&#233;kin, Hong Kong, Guangzhou, Taipei et maintenant Londres et New York o&#249; elle a ouvert des bureaux.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_713 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/sara-sep-29-9-2004.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L324xH243/sara-sep-29-9-2004-1721a-026cd.jpg' width='324' height='243' alt='' style='height:243px;width:324px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Elle mitraille un anglais roul&#233;-boul&#233; et, entre deux sourires mutins ouverts sur des dents de louve, aligne des phrases directement issues des cours de commerce de Standford. &#171; &lt;i&gt;Ce qui a d&#233;cid&#233; Northern &amp; Shell, c'est notre connaissance des march&#233;s nationaux et notre compr&#233;hension des souhaits de nos interlocuteurs &#233;trangers. Nous sommes une soci&#233;t&#233; de publicit&#233; muti-fonctionnelle, sp&#233;cialis&#233;e dans le marketing, le media planning et le network business, tr&#232;s op&#233;rante sur le terrain. Nos contacts avec le monde du cin&#233;ma nous ouvrent les portes des plus grandes stars chinoises. Notre position nous a permis depuis notre cr&#233;ation d'&#233;tablir des relations privil&#233;gi&#233;es dans les plus hautes sph&#232;res gouvernementales. Notre r&#233;putation nous attire les publicitaires qui ont su estimer &#224; leur juste valeur notre esprit de cr&#233;ativit&#233;, notre pouvoir d'int&#233;gration et notre facult&#233; &#224; percer les strates de cet immense march&#233; potentiel que repr&#233;sente la Chine.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsqu'on sollicite les chiffres, on tombe presque en p&#226;moison. Lanc&#233; modestement en janvier 2004 sur la base d'un tirage hebdomadaire de 80 000 exemplaires, &lt;i&gt;OK ! Magazine&lt;/i&gt; est maintenant bimensuel, tire &#224; 1 million d'exemplaires le num&#233;ro et esp&#232;re passer &#224; 2 voire 3 millions d'ici &#224; fin 2005. Sara Chen tablant, &#224; &#233;ch&#233;ance du deal de 10 ans qui la lie &#224; Northern &amp; Shell, sur un tirage de 30 &#224; 40 millions mensuels ! Elle souhaiterait aussi innover en tentant une fr&#233;quence de parution totalement in&#233;dite dans la presse internationale : chaque 10 jours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un exemplaire co&#251;te 5 yuans (50 cts d'euro), il est lu en moyenne par une cinquantaine de lecteurs. Les publicitaires ne s'y trompent d'ailleurs pas qui inondent copieusement le magazine de parfums de luxe, montres design, t&#233;l&#233;phones japonais, produits cosm&#233;tiques... la liste n'est pas exhaustive. Le magazine est pour l'instant &#233;dit&#233; en mandarin officiel, mais Sara Chen pense aussi &#224; des parutions en langues vernaculaires. Il est vrai que la diffusion se limite aujourd'hui aux grandes villes mais qu'&#224; plus ou moins br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, elle couvrira le territoire - Hong Kong, Macao et Ta&#239;wan inclus - o&#249; se pratiquent sept langues principales et une infinit&#233; de dialectes d&#233;riv&#233;s dont il va falloir tenir compte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant au contenu, il n'est pas pire que ce que l'on conna&#238;t ailleurs. Papier glac&#233;. Maquette sans chichi. Textes et photos efficaces. Des indiscr&#233;tions sucr&#233;es-sal&#233;es - mais tr&#232;s &#233;dulcor&#233;es, r&#233;gulations morales obligent - sur la jet-set internationale directement reprises du &lt;i&gt;OK ! Magazine&lt;/i&gt; anglais, des photos d'actrices occidentales posant dans des robes du soir perl&#233;es ou des jeans sigl&#233;s, des pages charme-beaut&#233;-bien-&#234;tre et des portraits id&#233;alis&#233;s de c&#233;l&#233;brit&#233;s chinoises, lesquelles, para&#238;t-il, se bousculent au portillon pour y voir ne serait-ce que leur photo-l&#233;gende. C'est l&#224; qu'il faut &#234;tre vu quand on a des vell&#233;it&#233;s &#224; maintenir son statut de star dans l'Empire du Milieu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sara Chen sait qu'elle joue gros et que son avenir dans la presse d&#233;pend du succ&#232;s de OK ! Magazine. Pour l'instant tout va tr&#232;s bien, merci. Ce n'est pas pour &#231;a qu'elle n'a pas d'autres projets sur le feu. &#171; &lt;i&gt;Je souhaiterais m'allier &#224; un magazine de cin&#233;ma europ&#233;en afin de le lancer en Chine. Il y a un lectorat pour &#231;a ici. Les temps ont chang&#233;. Les films &#233;trangers attirent des millions de spectateurs. Quant aux films chinois, on voit bien le succ&#232;s qu'ils remportent au-del&#224; de nos fronti&#232;res.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, &#224; bon entendeur salut. En chinois, &#231;a se dit &lt;i&gt;huan ying jia meng&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Les soutiers de l'aube</title>
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		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>

		<description>Ce sont les laiss&#233;s-pour-compte du m&#233;tier, et pourtant, la plupart des journaux en d&#233;pendent. Ce pourrait &#234;tre le plus beau m&#233;tier du monde. Il suffirait que le temps se montre cl&#233;ment &#224; l'ann&#233;e, que les aurores soient moins matinales, et qu'il permette d'en vivre. Or, c'est bien ce dernier point qui pose probl&#232;me aux kiosquiers parisiens qui ont appris, pour le reste, &#224; composer avec les hivers froids, la pluie, le vent, les &#233;t&#233;s &#233;touffants et un r&#233;veille-matin tyrannique sonnant &#224; cinq heures six (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton105-8ba52.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Ce sont les laiss&#233;s-pour-compte du m&#233;tier, et pourtant, la plupart des journaux en d&#233;pendent.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce pourrait &#234;tre le plus beau m&#233;tier du monde. Il suffirait que le temps se montre cl&#233;ment &#224; l'ann&#233;e, que les aurores soient moins matinales, et qu'il permette d'en vivre. Or, c'est bien ce dernier point qui pose probl&#232;me aux kiosquiers parisiens qui ont appris, pour le reste, &#224; composer avec les hivers froids, la pluie, le vent, les &#233;t&#233;s &#233;touffants et un r&#233;veille-matin tyrannique sonnant &#224; cinq heures six jours sur sept. Ce qui rendait ces conditions de vie supportables, c'&#233;tait la l&#233;g&#232;ret&#233; du syst&#232;me et le sentiment toujours gratifiant d'&#234;tre ma&#238;tre chez soi, qui ne va pas sans un petit air de libert&#233;. Un kiosque &#224; journaux est au commerce ce qu'une caravane qu'on laisse &#224; demeure dans son camping est &#224; la villa de vacances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est le &#171; &#231;a m'suffit &#187; du capitalisme. Le kiosque a gard&#233; l'esprit du marchand ambulant, mais &#224; force de se poster toujours sur le m&#234;me coin de trottoir, il a fini par s'y implanter. Le vendeur de journaux est un nomade s&#233;dentaris&#233;. Au d&#233;but, on n'y voit que des avantages. On a gard&#233; la familiarit&#233; de la rue, ces &#233;changes &#224; la sauvette, ces bons mots, toujours les m&#234;mes, qui constituent une sorte de rituel destin&#233; &#224; donner le diapason de la journ&#233;e. A la question : comment &#231;a va ? R&#233;pondre au choix par : pour aller &#231;a va, mais c'est pour revenir, ou bien : je ne sais pas, je n'ai pas encore essay&#233;, ou encore, avec une pointe de d&#233;sabusement : je te dirai &#231;a ce soir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au passage on s'autorise un petit commentaire sur le gros titre &#224; la une qui annonce un coup de chaud sur les prix. Je me disais bien aussi, fait notre politologue amateur en s'essuyant le front du dos de la main. Apr&#232;s quoi, on se sent d'attaque pour la journ&#233;e. Et puis c'est si simple de vendre des journaux. Pas besoin de faire l'article comme &#224; la sortie de la cabine d'essayage d'un magasin de v&#234;tements o&#249; le vendeur essaie absolument de vous convaincre que ce pantalon, trois tailles au-dessus, vous va comme un gant parce qu'il n'en a pas &#224; la bonne mesure. L&#224;, le passant s'arr&#234;te devant le kiosque, a d&#233;j&#224; pr&#233;par&#233;, pour un habitu&#233;, sa monnaie, se saisit de son journal, d&#233;pose les pi&#232;ces sur la tablette en signalant - ne vous d&#233;rangez pas - qu'il a l'appoint, ce qui vous &#233;vite de descendre pr&#233;cipitamment du tabouret qui vous sert &#224; garnir les rayonnages sup&#233;rieurs, s'esquive en lan&#231;ant bonne journ&#233;e et le tour est jou&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'il n'y a plus son &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; favori, vous n'allez pas vous mettre en t&#234;te de le convaincre de prendre en remplacement &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. Il haussera les &#233;paules d'un petit air navr&#233; et courra au prochain point de vente. On ne risque pas de se f&#226;cher avec un client parce qu'on lui aura mis de force entre les mains une revue qu'il ne d&#233;sirait pas. S'il se trouve tent&#233; par un magazine mais ne sait pas ce que le titre recouvre, il demandera &#224; le feuilleter, ce que vous lui accorderez parce qu'il aura commenc&#233; par vous saluer (pr&#233;alable indispensable, sinon, pass&#233; un petit moment, vous signalez d'un petit ton agac&#233; au lecteur clandestin de remettre la revue o&#249; il l'a trouv&#233;e, merci), et c'est plus ou moins en connaissance de cause qu'il se risquera &#224; faire son investissement. Ce qui vaudra, le lendemain, un commentaire sur ledit magazine, du genre : je vous recommande la lecture de tel article, ou : pour le mois prochain rappelez-moi de me faire interdire de kiosque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le plus &#233;tonnant c'est d'&#234;tre au c&#339;ur de toutes les passions. Un kiosque, c'est la biblioth&#232;que d'Alexandrie des passions humaines. Car en plus des incontournables : quotidiens, news magazines, revues f&#233;minines, magazines people, chaque motif d'int&#233;r&#234;t a sa revue : les timbres, les monnaies, la p&#234;che &#224; la ligne, la p&#234;che au gros, la p&#234;che &#224; la mouche, la chasse au gros, au petit, &#224; l'arc, les mod&#232;les r&#233;duits de trains, de bateaux, d'avions, de 4X4, de voitures Coccinelle, tout sur les voitures, les motos, les planeurs, les deltaplanes, les ULM, les planches de skate, les planches &#224; voile, les rollers, les trottinettes, les ordinateurs, les Mac, les compatibles, les logiciels, la gameboy, les joysticks, les c&#233;d&#233;roms, les t&#233;l&#233;phones portables, les r&#233;sidences secondaires, la mer, la plong&#233;e, la montagne, l'escalade, les grottes, la pr&#233;histoire, l'arch&#233;ologie, l'histoire, l'histoire des peuples, des religions, de la Premi&#232;re Guerre mondiale, de la Seconde, de la guerre froide, l'art conceptuel, l'art figuratif, la peinture, le dessin (en trois cent cinquante num&#233;ros), la d&#233;coration, le jardinage, les l&#233;gumes de jadis, les fleurs de demain, les playmates, les gros seins (non, je suis d&#233;sol&#233;, monsieur, mais nous ne faisons pas les revues pornographiques), la cuisine r&#233;gionale, du Maroc, du P&#233;rou, du Rajasthan, les muscles, le fitness, le jogging, le ski, de piste, de fond, acrobatique, le football, le basket, le hand, le volley, de plage, play off, le tennis sur toutes les surfaces, la p&#226;te &#224; modeler, le macram&#233;, le rock, la techno, le rap, les lolitas de la chanson. Et c'est l&#224; que le march&#233; est malin, qui ne laisse rien passer, qui, aussit&#244;t que dans leur coin trois jeunes gens inventent un nouveau loisir, s'engouffre dans la br&#232;che pour imm&#233;diatement servir de caisse de r&#233;sonance &#224; toute nouvelle aspiration. Et c'est l&#224; que les marchands de journaux crient gr&#226;ce.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car du coup, comme pour la multiplication des &#233;preuves aux jeux Olympiques qui tentent eux aussi de suivre en incorporant des disciplines nouvelles du genre trampoline au fond de la piscine et v&#233;lo sur glace, c'est une avalanche de papier le matin &#224; l'ouverture du kiosque, qu'il va falloir compter, trier, installer dans un espace pas plus grand qu'une capsule spatiale, tout en se pr&#233;occupant de retirer, compter et retourner les invendus. Jadis, c'est-&#224;-dire il y a une quinzaine d'ann&#233;es, il &#233;tait possible de r&#233;cup&#233;rer des journaux tra&#238;nant ici ou l&#224; - et certains vous en rapportaient - et de les renvoyer pour b&#233;n&#233;ficier ainsi d'une petite ristourne. Maintenant l'informatique intraitable oblige &#224; une comptabilit&#233; qui ne tol&#232;re plus un &#233;cart. L'ex-crieur de journaux conna&#238;t d&#233;sormais les affres de la s&#233;dentarisation. Rien n'&#233;chappe &#224; Big Brother.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les inventeurs du kiosque actuel, con&#231;u il y a vingt-cinq ans pour stocker dix fois moins de revues, imaginaient simplement moderniser un m&#233;tier &#224; l'ancienne en rempla&#231;ant les &#233;dicules de l'entre-deux-guerres par des abris futuristes en tubes et plexiglas, sans se douter que le monde allait transformer absolument tout en spectacle, et que tout spectacle, m&#234;me le plus insignifiant, aurait droit &#224; son information. Sans compter les ruses d'&#233;diteurs pour contourner la TVA des films vid&#233;o ou DVD, en les accompagnant d'un fascicule pour b&#233;n&#233;ficier de celle, bien moins &#233;lev&#233;e, de la presse, l'encombrement provoqu&#233; par ces bo&#238;tiers multim&#233;dias obligeant les vendeurs &#224; rajouter des tables, des &#233;tag&#232;res qu'il faudra d&#233;monter le soir pour pouvoir refermer les portes du minuscule entrep&#244;t. Le kiosque est devenu le r&#233;ceptacle de toutes les fantaisies m&#233;diatiques, transformant les g&#233;rants des kiosques en bailleurs de fonds puisque, s'ils ont la possibilit&#233; de retourner les invendus, ils doivent d'abord r&#233;gler les factures de ce qu'ils n'ont jamais command&#233; et qu'on leur sert d'office en des quantit&#233;s dont on sait qu'elles ne trouveront jamais preneurs. Ce qui revient &#224; faire de la tr&#233;sorerie sur le dos des plus modestes, car aujourd'hui nos soutiers ne touchent m&#234;me pas le salaire minimum garanti tout en alignant soixante-dix heures par semaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La grande solidarit&#233; de la presse, toujours pr&#234;te &#224; s'enflammer au nom de la libert&#233; d'expression, &#224; s'indigner des outrages &#224; la dignit&#233;, a oubli&#233; les vaillants &#233;veilleurs de l'aube dont elle d&#233;pend pourtant en grande partie. Elle les consid&#232;re si peu, elle se soucie si peu de leur survie, qu'elle s'est jet&#233;e depuis quelques ann&#233;es dans la course aux journaux gratuits. Comme si on demandait aux journalistes de travailler b&#233;n&#233;volement pour la seule gloire de l'information.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est paru dans Suddeutsche Zeitung en juillet 2004. Jean Rouaud est &#233;crivain, prix Goncourt 1990.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La presse, &#231;a n'a pas de prix</title>
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		<dc:date>2006-11-30T21:34:01Z</dc:date>
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		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>

		<description>Qu'on le regrette ou pas, les consommateurs consid&#232;rent la gratuit&#233; comme &#233;tant de plus en plus normale. L'irruption des quotidiens gratuits il y a quelques mois en France a fait l'effet d'un &#233;lectrochoc dans les milieux de la presse &#233;crite. Les Cassandre y ont vu la mort programm&#233;e des quotidiens &#171; &#224; l'ancienne &#187; - c'est-&#224;-dire, payants. Les optimistes ont salu&#233; la conqu&#234;te d'un nouveau public &#171; jeune &#187; qui ne fr&#233;quente pas les kiosques. Puis on a assist&#233; &#224; de curieux chass&#233;s-crois&#233;s o&#249; quelques indign&#233;s (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L115xH150/arton107-77c66.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='115' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:115px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Qu'on le regrette ou pas, les consommateurs consid&#232;rent la gratuit&#233; comme &#233;tant de plus en plus normale.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'irruption des quotidiens gratuits il y a quelques mois en France a fait l'effet d'un &#233;lectrochoc dans les milieux de la presse &#233;crite. Les Cassandre y ont vu la mort programm&#233;e des quotidiens &#171; &#224; l'ancienne &#187; - c'est-&#224;-dire, payants. Les optimistes ont salu&#233; la conqu&#234;te d'un nouveau public &#171; jeune &#187; qui ne fr&#233;quente pas les kiosques. Puis on a assist&#233; &#224; de curieux chass&#233;s-crois&#233;s o&#249; quelques indign&#233;s du premier jour se sont mis discr&#232;tement &#224; pr&#233;parer &#224; leur tour leurs propres gratuits. Au fond, tous avaient en commun le sentiment d'&#234;tre face &#224; un &#233;v&#233;nement fondateur. Or, si l'affaire est importante, elle n'arrive pas dans un monde immobile, mais &#224; un moment o&#249; la perception du &#171; juste prix &#187; par le public subit des &#233;volutions voire des mutations qui viennent &#224; la fois de plus loin - dans le temps - et de plus large - dans la sph&#232;re culturelle et dans les nouvelles technologies, en particulier Internet. Chacune de ces &#233;volutions est connue. Mais quand on les rapproche, on s'aper&#231;oit qu'elles font syst&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Commen&#231;ons par la presse &#233;crite elle-m&#234;me. Avant les &#233;v&#233;nements de ces derniers mois, la perception de sa valeur &#233;tait d&#233;j&#224; passablement brouill&#233;e par la convergence de trois ph&#233;nom&#232;nes. La presse gratuite existait longtemps avant l'arriv&#233;e des quotidiens gratuits. Mais elle &#233;tait jusqu'alors essentiellement limit&#233;e &#224; certaines th&#233;matiques et g&#233;n&#233;ralement distribu&#233;e dans des lieux correspondant &#224; l'activit&#233; couverte (les magazines de sortie se trouvaient dans les lieux festifs, les gratuits de sant&#233; dans les cliniques et les maternit&#233;s, etc.). Ce qui est nouveau : les titres r&#233;cemment cr&#233;&#233;s sont &#224; la fois g&#233;n&#233;ralistes (les quotidiens) et distribu&#233;s &#224; tous dans des espaces neutres (les transports en commun).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deuxi&#232;me ph&#233;nom&#232;ne, les &#171; plus-produits &#187; se multiplient et changent de sens. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; r&#233;serv&#233;s aux primes d'abonnement, &#233;tendus par la suite &#224; la vente en kiosque, mais de mani&#232;re exceptionnelle, par certaines familles de presse (presse jeune, presse f&#233;minine), puis syst&#233;matis&#233;s dans ces m&#234;mes familles, ils ont gagn&#233; d'autres secteurs comme la presse quotidienne et les news. Derni&#232;re &#233;volution en date : le passage du produit offert au produit vendu avec le journal moyennant un suppl&#233;ment (DVD, livres, etc.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pla&#231;ons-nous du c&#244;t&#233; des lecteurs : cette mont&#233;e des &#171; plus-produits &#187; introduit une r&#233;elle confusion sur la transaction dans la mesure o&#249; elle peut susciter un double &#171; transfert &#187; : transfert de d&#233;sir (l'objet secondaire peut devenir la motivation principale de l'achat), et transfert de la valeur (on ne sait plus ce que l'on paye). Cette &#233;volution tire la presse vers un &#171; mod&#232;le de consommation &#187;, au d&#233;triment du &#171; mod&#232;le d'adh&#233;sion &#187; qui a longtemps pr&#233;valu dans les titres o&#249; c'est la lecture qui donne le ton.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'extension de la gratuit&#233; se greffe sur une baisse des prix des magazines. La plupart des nouveaux titres qui se sont cr&#233;&#233;s ces derniers mois (quinzomadaires, f&#233;minins, etc.) proposent en effet des prix peu &#233;lev&#233;s, ce qui a pour effet de r&#233;&#233;talonner leur &#233;chelle de valeur vers le bas. Par ailleurs, quelques titres install&#233;s, embo&#238;tant le pas du mouvement de r&#233;duction des formats, ont baiss&#233; leur prix &#224; cette occasion alors que le contenu restait identique. Enfin, quelques-uns se mettent &#224; pratiquer une politique de prix r&#233;duits temporaires pendant la p&#233;riode d'&#233;t&#233;. Tout cela finit par introduire des doutes sur la valeur r&#233;elle d'objets qui physiquement n'ont pas l'air si diff&#233;rents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La presse, c'est aussi, plus prosa&#239;quement, du papier imprim&#233;. Dans ce domaine, publicit&#233; et promotion ont entra&#238;n&#233; un d&#233;placement de la perception de la valeur. Quelques exemples : la multiplication des imprim&#233;s gratuits (paper flow) depuis de nombreuses ann&#233;es, en particulier dans les bo&#238;tes aux lettres, mais aussi dans les lieux marchands, a fini par nous habituer &#224; &#234;tre envahis de documents en tous genres qu'on ne paye pas... Dissociation du prix et de la qualit&#233; graphique : non seulement le papier gratuit se multiplie, mais il est de plus en plus beau (couleur, papier glac&#233;, maquette). Cette mont&#233;e en qualit&#233; contribue &#224; rendre caduque l'&#233;quation classique &#171; gratuit = triste ; payant = qualit&#233; &#187;... Enfin, confusion des genres : de plus en plus de catalogues et documents commerciaux sont &#233;dit&#233;s comme des journaux (avec des rubriques, des articles &#224; lire, un &#233;dito, etc.). A l'inverse, on voit appara&#238;tre en kiosque des produits hybrides qui sont en fait des catalogues payants, th&#233;matis&#233;s et habill&#233;s r&#233;dactionnellement : les &#171; magalogues &#187;. Bref, les fronti&#232;res sont en train de s&#233;rieusement se brouiller.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Prenons maintenant un peu plus de recul pour regarder l'ensemble du secteur de la communication et de la culture. La notion de prix y bouge, elle aussi, beaucoup. On lui conna&#238;t quatre d&#233;placements majeurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;veloppement d'une &#171; culture de baisse des prix &#187; pour tout ce qui touche aux supports de la communication et de l'information : t&#233;l&#233;viseurs, magn&#233;toscopes, lecteurs de DVD, appareils photo num&#233;riques et, bien s&#251;r, ordinateurs. La d&#233;cote permanente de ces appareils fait, de ce qui &#233;tait l'exception, la norme. Si l'on ajoute &#224; cela l'essor du low cost dans de nombreux secteurs de la consommation, les gens tendent de plus en plus &#224; trouver normal que les prix baissent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;veloppement d'une &#171; culture de l'aubaine &#187;, c'est-&#224;-dire l'id&#233;e que le prix d'un objet ou d'un service n'est pas seulement li&#233; &#224; sa nature mais aussi &#224; la conjoncture, qu'il n'est pas fixe mais variable. Voire qu'il faut &#234;tre un peu demeur&#233; pour payer plein pot. Pensons par exemple &#224; la modulation des tarifs SNCF selon le moment (ou selon des crit&#232;res incompr&#233;hensibles), &#224; la mont&#233;e des sites Internet de type lastminute.com, ou &#224; la croissance de sites d'ench&#232;res comme e.bay.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_732 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/20-minutes130.jpg&quot; title='photos : Dominique Cartier' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L226xH324/20-minutes130-e8d8d-8f491.jpg' width='226' height='324' alt='photos : Dominique Cartier' style='height:324px;width:226px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-732 spip_doc_titre' style='width:226px;'&gt;&lt;strong&gt;photos : Dominique Cartier&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; On trouve de plus en plus normales les situations asym&#233;triques, o&#249; l'on re&#231;oit et l'on ne donne rien en &#233;change, ou pas en proportion. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une diff&#233;renciation croissante entre volume et co&#251;t. Dans bien des cas, en particulier dans le domaine de l'information et de la culture, on paye de moins en moins en fonction des volumes consomm&#233;s. Les choses ont commenc&#233; en radio et en t&#233;l&#233;vision avec le principe de la redevance. Et ont retrouv&#233; une nouvelle vigueur avec le c&#226;ble et le satellite : on paye l'acc&#232;s &#224; la cha&#238;ne, qu'on la regarde beaucoup ou peu (le mod&#232;le de la pay TV, ou paiement &#224; la s&#233;ance, n'a pas pris en France). L'arriv&#233;e d'Internet (ou plus pr&#233;cis&#233;ment de l'Internet haut d&#233;bit, puisque en bas d&#233;bit, on continue &#224; payer au prorata du temps pass&#233;) parach&#232;ve cette &#233;volution. Elle banalise en particulier la notion de &#171; forfait &#187;. L'abonnement au Net n'a plus en commun avec l'abonnement &#224; la presse que le nom : il ouvre &#224; un nombre illimit&#233; de produits, alors que l'abonnement &#224; l'&#233;crit renvoie &#224; un nombre limit&#233; d'objets. Et il ne recoupe plus les cat&#233;gories anciennes de stocks (l'imprim&#233;, pay&#233; au prorata) et de flux (la radio et la t&#233;l&#233;vision, pay&#233;es au forfait), car Internet est &#224; la fois du stock et du flux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, une dissociation croissante entre le support mat&#233;riel et le contenu culturel. La copie se banalise. Le ph&#233;nom&#232;ne a une histoire et correspond &#224; un mouvement de fond des comportements culturels. Il a commenc&#233; par l'&#233;crit (livre et presse) avec le &#171; photocopillage &#187;, puis s'est &#233;tendu &#224; la musique (duplication par cassette, puis par CD inscriptible), &#224; l'image (magn&#233;toscope, puis graveur de CD et DVD), et aux contenus informatiques (la disquette, puis le C.D.Rom). Dans tous ces cas, les gens sont maintenant pr&#234;ts &#224; payer les appareils et les supports vierges, mais se montrent plus r&#233;ticents &#224; payer la mati&#232;re grise qui va avec. L&#224; aussi Internet arrive sur un terrain pr&#233;par&#233;, mais changeant l'&#233;chelle, il en change la nature : tous les supports copiables sont d&#233;sormais accessibles par le m&#234;me canal (qu'il s'agisse de texte, d'image ou de son), et leur mat&#233;rialisation peut rester virtuelle dans la m&#233;moire de l'ordinateur, sans &#234;tre objectiv&#233;e par l'impression d'un document ou la gravure d'un CD ou d'un DVD.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Evidemment, tout cela ne se produit pas dans un espace social neutre. Bien au contraire. Les &#233;volutions g&#233;n&#233;rales des mentalit&#233;s et des syst&#232;mes de valeurs (au sens anthropologique) constituent en r&#233;alit&#233; un terrain favorable &#224; la mise en &#339;uvre de ces nouvelles repr&#233;sentations de la valeur (au sens marchand). La mont&#233;e de l'individualisation dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines valorise, entre autres pratiques, celle de la ruse. Ou pour dire les choses moins brutalement, valorise l'intelligence de la r&#233;ception. Deux points d'application parmi d'autres : la mont&#233;e des connaissances marketing des consommateurs - ils d&#233;brouillent de mieux en mieux les ficelles de la relation commerciale et en jouent (par exemple, les subtilit&#233;s de l'abonnement et du r&#233;abonnement pour b&#233;n&#233;ficier du maximum d'avantages et du minimum de co&#251;t). Et la d&#233;brouillardise technique sur Internet - on se refile les tuyaux en r&#233;seau pour trouver les bons plans ou d&#233;tourner les restrictions d'acc&#232;s. Quant au piratage, il est per&#231;u comme un jeu et non comme un d&#233;lit. Gratuit, au double sens du terme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La recherche de gratuit&#233; ou de &#171; consommation sans contrepartie &#187; s'inscrit &#233;galement dans la mont&#233;e des comportements de &#171; droits sans devoirs &#187;, o&#249; l'on trouve normal de recevoir sans donner en &#233;change. Ceux qui t&#233;l&#233;chargent de la musique ou des films sur Internet l'expriment &#224; leur fa&#231;on lorsqu'ils r&#233;pondent aux critiques, qu'ils placent leur argumentaire sur le plan individuel (&#171; j'y ai droit puisque j'en ai envie &#187;) ou sur le plan &#233;conomique (&#171; il y a forc&#233;ment quelqu'un que cela arrange quelque part puisque c'est possible &#187;, un &#171; tiers payant &#187; en quelque sorte, que ce soit la pub ou un autre partenaire). Dans tous les cas, on trouve de plus en plus normales les situations asym&#233;triques, o&#249; l'on re&#231;oit et l'on ne donne rien en &#233;change, ou pas en proportion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La convergence de toutes ces &#233;volutions de mentalit&#233;s en mati&#232;re de prix ou de fixation de la valeur - r&#233;elle comme symbolique - ne doit pas pour autant laisser croire &#224; une fatalit&#233; (le mouvement serait irr&#233;versible) ni &#224; une g&#233;n&#233;ralisation (il toucherait tous les objets culturels ou m&#233;diatiques). Il y aura toujours une majorit&#233; de personnes qui mettront la main &#224; la poche, pour une majorit&#233; de biens. Et puis, il faut rappeler que lorsqu'une tendance culturelle se d&#233;veloppe, elle revalorise souvent a contrario la tendance inverse, qui s'en trouve r&#233;investie d'attentes sp&#233;cifiques. R&#233;gis Debray appelle cela &#171; l'effet jogging &#187; : plus les gens renoncent &#224; marcher en prenant leur voiture pour le moindre d&#233;placement, plus ils &#233;prouvent le besoin de courir...&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_733 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/2-mannequin-int.jpg&quot; title='' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L248xH324/2-mannequin-int-be7bc-5bf49.jpg' width='248' height='324' alt='' style='height:324px;width:248px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La gratuit&#233; accoutume &#224; l'&#233;crit des populations qui entretenaient jusqu'alors avec lui un lien plus ou moins distant. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De plus, la gratuit&#233; accoutume &#224; l'&#233;crit des populations qui entretenaient jusqu'alors avec lui un lien plus ou moins distant. C'est une pratique sans demande, mais qui peut engendrer de la familiarit&#233;. Un peu comme dans le pari de Pascal : &#171; Mettez-vous &#224; genoux, priez et implorez, faites semblant de croire et bient&#244;t vous croirez. &#187; Reformul&#233; en business langue : &#171; Commencez par la pratique, la demande viendra apr&#232;s. &#187; Par ailleurs, il faut bien voir que l'impact actuel de la gratuit&#233; ne repose pas seulement sur une &#233;conomie d'argent mais aussi sur une &#233;conomie de d&#233;placement. Ce qui fait que cette presse est lue tient aussi &#224; sa disponibilit&#233; : on la trouve l&#224; o&#249; l'on est, sans avoir besoin d'aller la chercher. La mise en pr&#233;sence de l'individu et de l'objet est aujourd'hui de plus en plus d&#233;terminante dans beaucoup de domaines culturels ou sociaux. Les gens saisissent des occasions qu'ils ne provoquent pas. Le recul du r&#233;seau territorial de vente au num&#233;ro en est d'autant plus pr&#233;occupant. Une piste de r&#233;flexion pourrait &#234;tre la possibilit&#233; de mettre en situation les magazines dans les espaces correspondant &#224; leur contenu et &#224; leur public (les revues de cin&#233;ma dans les cin&#233;mas, d'art dans les mus&#233;es, de loisirs dans les magasins de sport, etc.), en compl&#233;ment du r&#233;seau de diffusion classique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout ne se r&#233;sume pas, nous l'avons vu, &#224; l'opposition gratuit/ payant. Au sein du payant on assiste aussi &#224; de nombreuses modifications pour ce qu'on consent &#224; d&#233;penser selon la nature des objets. Quelques exemples.&lt;br /&gt;
La notion de &#171; premier clic gratuit &#187; sur Internet, qui veut que l'entr&#233;e dans les sites et le premier niveau d'information soient toujours gratuits pour pouvoir proposer un deuxi&#232;me niveau plus pointu payant, peut servir de base pour r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que pourraient &#234;tre ces premier et deuxi&#232;me niveaux en mati&#232;re de presse. Ou plus exactement comment, dans un contexte o&#249; se multiplient les sources d'information, la presse peut jouer le r&#244;le de &#171; premier clic (presque) gratuit &#187; pr&#233;paratoire &#224; une deuxi&#232;me d&#233;marche dont l'enjeu &#233;conomique est beaucoup plus important (ex : la fonction critique avant une sortie au spectacle).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans certains domaines, plus se multiplient les copies, plus on est pr&#234;t &#224; payer cher pour l'original (ex : la mont&#233;e des prix des places pour les concerts-spectacles alors que les disques circulent de plus en plus librement sur le Net, la hausse accept&#233;e des tarifs des mus&#233;es et des grandes expositions alors que les reproductions sont partout, etc.). Enfin, on acceptera volontiers de payer pour des objets &#171; ajust&#233;s &#187; (un morceau de musique via iPod, la photocopie d'un chapitre, l'envoi d'un article particulier) plut&#244;t que pour des ensembles dont on ne consommerait que des morceaux (un album CD, un livre entier, une revue). Le d&#233;veloppement de ce qu'on pourrait appeler une &#171; &#233;conomie de la synecdoque &#187; est sans doute le ph&#233;nom&#232;ne le plus lourd de cons&#233;quences pour l'avenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Internet, en favorisant la notion de sur-mesure et de fragment, et en permettant avec une efficacit&#233; in&#233;gal&#233;e l'acc&#232;s direct (et gratuit) &#224; des messages ou &#224; des objets pr&#233;cis&#233;ment recherch&#233;s, ajoute un d&#233;fi de fond : la presse &#233;crite se trouve aujourd'hui coinc&#233;e entre une concurrence qui r&#233;pond &#224; une demande pointue (Internet) et une autre qui fait l'&#233;conomie de la demande (la presse gratuite distribu&#233;e dans les espaces publics). C'est &#224; la fois sa fragilit&#233; et sa force, dans les redistributions de territoires qui s'op&#232;rent actuellement. La question ne se pose d'ailleurs pas avec la m&#234;me acuit&#233; pour la presse quotidienne et pour la presse magazine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re encaisse frontalement le choc d'Internet en plus de celui de la presse gratuite, au moins pour l'information (les &#171; nouvelles &#187;). La presse magazine semble moins menac&#233;e, le rapport au temps y &#233;tant moins central (alors que les nouvelles du quotidien sont, dans le domaine de l'&#233;crit, concurrenc&#233;es par l'instantan&#233;it&#233; des sites en ligne). Mais surtout, en achetant un magazine (g&#233;n&#233;ralement th&#233;matique), on ach&#232;te beaucoup plus qu'une somme d'informations ou de services disjoints. On acquiert un objet qui construit un monde, organise et hi&#233;rarchise un univers particulier qui n'est pas r&#233;ductible &#224; la somme de ses parties, et propose dans son domaine &#224; la fois ce qu'on cherche et ce qu'on ne savait pas qu'on cherchait mais dont on s'aper&#231;oit en le trouvant que c'est &#224; cela qu'on aspirait. On ach&#232;te un objet qui construit symboliquement un sentiment d'appartenance &#224; une communaut&#233; implicite de lecteurs, d&#233;finie en termes de statut ou de centre d'int&#233;r&#234;t, ce que ne produit pas la presse gratuite, surtout si elle est g&#233;n&#233;raliste et distribu&#233;e de mani&#232;re non s&#233;lective.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est peu probable qu'une culture chasse l'autre, un peu comme on dit que la mauvaise monnaie (en l'occurrence ici l'absence de monnaie...) chasse la bonne. Deux pratiques co-existent qui renvoient &#224; une distinction centrale, dans le champ des comportements culturels, entre l'int&#233;r&#234;t et le d&#233;sir. L'int&#233;r&#234;t est ce qui fonde la lecture (ou la consultation), le d&#233;sir est ce qui fonde l'appropriation (et l'achat). La premi&#232;re est une pratique circonstancielle, m&#234;me si elle peut &#234;tre fr&#233;quente ; la deuxi&#232;me est une pratique investie, m&#234;me si elle n'est pas forc&#233;ment r&#233;guli&#232;re. Contrairement &#224; ce que l'on pourrait croire, ces deux pratiques ne correspondent pas n&#233;cessairement &#224; deux publics (par exemple, l'un cultiv&#233; et l'autre pas, l'un jeune et l'autre plus &#226;g&#233;), mais &#224; des moments diff&#233;rents ou &#224; des domaines de curiosit&#233; diff&#233;rents chez les m&#234;mes personnes. Les magazines, qui construisent un univers propre et affirment clairement une personnalit&#233; forte, auront d'autant plus de chance de durer, voire d'&#234;tre r&#233;appropri&#233;s, que les autres supports pratiquent la fragmentation utilitariste ou la neutralit&#233; descriptive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Fran&#231;ois Barbier-Bouvet est sociologue, Directeur des &#233;tudes et de la recherche de VM Magazines.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> la critique litt&#233;raire et ses connivences</title>
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		<description>&#171; Depuis Balzac, la critique litt&#233;raire est faite de connivences et de mondanit&#233;s tr&#232;s parisiennes &#187;. Editeur chez Fayard, notamment de Michel Houellebecq, Rapha&#235;l Sorin, ancien journaliste du Monde des livres et du Matin de Paris, parle de la critique litt&#233;raire &#224; la fran&#231;aise. En d&#233;cembre dernier, vous avez dirig&#233; plusieurs s&#233;minaires sur la critique litt&#233;raire au Centre de formation des journalistes. Quel en &#233;tait le contenu ? Ces expos&#233;s s'adressaient aux &#233;tudiants de deuxi&#232;me ann&#233;e. Il s'agissait (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton108-005c0.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='100' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:100px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&#171; &lt;i&gt;Depuis Balzac, la critique litt&#233;raire est faite de connivences et de mondanit&#233;s tr&#232;s parisiennes&lt;/i&gt; &#187;. Editeur chez Fayard, notamment de Michel Houellebecq, Rapha&#235;l Sorin, ancien journaliste du &lt;i&gt;Monde des livres&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;Matin de Paris&lt;/i&gt;, parle de la critique litt&#233;raire &#224; la fran&#231;aise.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En d&#233;cembre dernier, vous avez dirig&#233; plusieurs s&#233;minaires sur la critique litt&#233;raire au Centre de formation des journalistes. Quel en &#233;tait le contenu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces expos&#233;s s'adressaient aux &#233;tudiants de deuxi&#232;me ann&#233;e. Il s'agissait de s'interroger sur &#171; l'exception fran&#231;aise &#187;, autrement dit comment, depuis 40 ans, la critique des livres a &#233;volu&#233; en France et vers quoi. Je voulais d&#233;monter, avec eux, les principaux suppl&#233;ments des grands quotidiens et des hebdos. Ma longue exp&#233;rience, de presque 40 ans, me permettait d'analyser la fa&#231;on dont &lt;i&gt;Le Monde, Lib&#233;ration, L'Express, Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, couvrent la production litt&#233;raire. Et comment, du &#171; Masque et la plume &#187; &#224; &#171; Campus &#187;, de Fogiel &#224; Ardisson, l'audiovisuel en rend compte. Mais apr&#232;s avoir vite compris que la plupart des &#233;l&#232;ves ne lisaient aucun suppl&#233;ment litt&#233;raire, j'ai d&#251; faire un peu de p&#233;dagogie et d'histoire. Ils ignoraient, par exemple, qu'un lyc&#233;en, en 1960, pouvait choisir chaque semaine entre &lt;i&gt;Arts et spectacles, Les lettres fran&#231;aises, Le Figaro litt&#233;raire&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Les Nouvelles litt&#233;raires&lt;/i&gt;. Sans parler des revues comme &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Les Lettres nouvelles&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Existe-t-il une formation sp&#233;cifique pour devenir critique litt&#233;raire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne le crois pas. Les grands critiques du pass&#233; ont d'abord &#233;t&#233; des &#233;crivains. Qui peut &#233;galer Andr&#233; Breton c&#233;l&#233;brant Sade ou Lautr&#233;amont ? Sartre s'int&#233;ressant &#224; Dos Passos ou d&#233;molissant Mauriac ? Aujourd'hui, les jeunes romanciers occupent de plus en plus le terrain. Beaucoup n'ont pas la vraie culture qui accompagne et d&#233;veloppe la clairvoyance et le go&#251;t. En participant au &#171; Masque et la plume &#187;, j'ai pu mesurer l'&#233;tendue de l'ignorance de mon sympathique camarade Beigbeder, form&#233; par Sciences-Po. A-t-il lu dans le texte les classiques qui, d&#232;s les bonnes classes, nous ont form&#233;s ? Bernard Frank, l'un des derniers des Mohicans de la critique, m&#234;me affaibli, est d'un autre calibre. Il n'y a pas de formation sp&#233;cifique, c'est le talent qui fait la diff&#233;rence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'un bon critique litt&#233;raire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est quelqu'un qui trouve la formule pour donner envie de lire un livre et qui a le sens de la citation. Un talent qu'on trouve plus souvent dans les revues litt&#233;raires qui ne sont pas assez lues. Les journaux devraient signaler ces revues dans leurs suppl&#233;ments litt&#233;raires, comme c'&#233;tait le cas auparavant. Cela donne des r&#233;f&#233;rences, des contrepoints avec davantage de recul et d'analyse. Mais il importe avant tout de lire et de savoir lire. Il faut aussi conna&#238;tre l'histoire de la critique pour avoir des rep&#232;res et des mod&#232;les, de Barthes &#224; Butor en passant par Robbe-Grillet. Il faut enfin s'int&#233;resser aux jeunes &#233;crivains de sa g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y-a-t-il des critiques qui ne sont pas des &#233;crivains ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, ce sont des journalistes et ils ont leur r&#244;le &#224; jouer. Bernard Pivot, que j'ai connu au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, ne se m&#234;lait pas de critique. Il suivait l'actualit&#233; litt&#233;raire. Avec &#171; Ouvrez les guillemets &#187;, puis &#171; Apostrophes &#187;, il est devenu soudain le premier critique de France ! La critique est un genre en soi, qui a donn&#233; de belles choses. Pascal Pia, Maurice Blanchot ont renonc&#233; assez vite, l'un &#224; la po&#233;sie, l'autre au roman, pour se consacrer &#224; la critique. Je conseille aux jeunes loups, qui d&#233;barquent tous crocs dehors, de les lire et d'en prendre de la graine. Rien n'est plus difficile que de comprendre une &#339;uvre et de la faire aimer par d'autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un critique a-t-il vocation &#224; &#171; descendre &#187; un livre qui lui d&#233;pla&#238;t ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a tous les droits, y compris celui-l&#224; qui n'est pas un devoir. On n'a pas oubli&#233; les ex&#233;cutions parfaites de Rinaldi, le &#171; sniper corse &#187;, visant Le Cl&#233;zio ou Michel Tournier. Ni les grognements de Pierre Marcelle, dit le &#171; pitbull &#187; de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, qui l&#226;chait rarement son os. J'ai subi moi-m&#234;me ses agressions. Aujourd'hui, c'est Patrick Besson, le &#171; tueur fou &#187; de &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, qui tire sur tout ce qui bouge. Pour ma part, j'ai rarement c&#233;d&#233; &#224; cette pulsion assassine, pr&#233;f&#233;rant d&#233;fendre les petits, les m&#233;connus. En revanche, au &#171; Masque et la plume &#187; autrefois, &#224; &#171; Postface &#187;, le rendez-vous litt&#233;raire de &lt;i&gt;i-t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, il m'est arriv&#233;, et m'arrive encore, pour le spectacle, pour animer un d&#233;bat, de l&#226;cher une vacherie. Ma derni&#232;re visait &#171; Un Pedigree &#187;, le dernier roman de Modiano que, malgr&#233; les louanges, je comparais &#224; une &#171; biscotte sans sel &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abordez-vous les questions li&#233;es &#224; la d&#233;ontologie du m&#233;tier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment l'&#233;viter ? Elle est au c&#339;ur de l'&#171; exception fran&#231;aise &#187; et n'a pas fini d'&#233;tonner nos coll&#232;gues &#233;trangers. Depuis &#171; Les intellocrates &#187; d'Hamon et Rotman, une enqu&#234;te pourtant ancienne, le paysage a peu boug&#233;. On trouve des volontaires pour accepter de porter plusieurs casquettes. A celle d'&#233;crivain, ils ajoutent le sombrero de critique, le b&#233;ret de l'&#233;diteur et la couronne de jur&#233;. Bernard-Henri Levy a remplac&#233; Jean Paulhan dans le r&#244;le de manipulateur en chef. On mesure par l&#224; une certaine extension de la mis&#232;re en milieu litt&#233;raire. La d&#233;ontologie est plut&#244;t l'affaire de chacun, une lutte quotidienne, un face &#224; face avec soi. Dois-je c&#233;der, en mon &#226;me et conscience, aux pressions amicales ? Faut-il participer &#224; des combines scandaleuses ? Devrais-je, jusqu'au bout, fermer ma gueule ? Aujourd'hui, avec le retour en force du roman, on voit r&#233;appara&#238;tre des bandes voraces cr&#233;&#233;es par affinit&#233;s qui s'autocongratulent. Je n'ai rien contre les bandes, sinon la vie serait triste, mais &#224; condition qu'il y ait des contre-pouvoirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La presse anglo-saxonne est souvent cit&#233;e comme un mod&#232;le avec ses codes de d&#233;ontologie. On en est loin en France...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La presse anglo-saxonne est tellement s&#233;rieuse qu'elle en devient insipide ! Le danger de ces modes de fonctionnement est que l'information est compl&#232;tement verrouill&#233;e par des professionnels de la critique qui r&#233;digent de fa&#231;on monacale. C'est glacial ! Ce rigorisme tr&#232;s protestant ne peut pas fonctionner en France, pays o&#249; la critique, d&#233;j&#224; depuis Balzac, est faite de connivences, de flatteries et de mondanit&#233;s tr&#232;s parisiennes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;t&#233; critique avant d'&#234;tre &#233;diteur. Quel principal reproche faites-vous &#224; cette discipline ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, la critique est soit incompl&#232;te, parce qu'elle traite des livres dont tout le monde parle, avec des choix marqu&#233;s d'avance, soit trop h&#226;tive et forc&#233;ment superficielle. Les choix &#233;ditoriaux des suppl&#233;ments sont forc&#233;ment li&#233;s &#224; la personnalit&#233; de ceux qui les dirigent et aux liens qui les unissent avec telle ou telle maison d'&#233;dition. Quand ces responsables partent, les choix peuvent changer d'orientation. Il y a des effets de mode et de style qui sont les m&#234;mes dans tous les supports. Ce manque de recul ne permet pas de mettre en perspective un auteur et son &#339;uvre. Par exemple, quand Modiano sort un nouveau roman, il serait tellement plus int&#233;ressant de regarder l'&#233;volution de l'&#339;uvre, son fil conducteur entre le premier roman et le dernier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous voulez dire que les critiques ont une vision trop opportuniste de la litt&#233;rature...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils sont tous sur la ligne de d&#233;part et craignent de ne pas parler des sujets dont on va parler. Cela ne sert &#224; rien d'ajouter un article de plus sur un auteur &#224; succ&#232;s si l'on n'a pas un point de vue particulier &#224; d&#233;fendre. Il me semble qu'auparavant, les d&#233;bats &#224; l'int&#233;rieur des r&#233;dactions &#233;taient plus nombreux. Les responsables nous demandaient des arguments pr&#233;cis quand on souhaitait &#233;crire sur un auteur connu qui publiait son &#233;ni&#232;me roman. Ce n'&#233;tait pas automatique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous que Pivot pourra un jour &#234;tre remplac&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a eu la chance d'appartenir &#224; un temps o&#249; une &#233;mission comme la sienne ressemblait &#224; un salon litt&#233;raire pour tous. On ne zappait pas. Nabokov, Jouhandeau, Soljenitsyne ou Bukowski, gr&#226;ce &#224; lui, venaient s'asseoir parmi nous. Pivot avait son propre go&#251;t, contestable. Il adorait Vincenot ! Mais, en tr&#232;s bon journaliste, il sentait, aid&#233; par les &#233;diteurs, de quel c&#244;t&#233; soufflait le vent. Dans la t&#233;l&#233;vision actuelle, on n'a aucun rep&#232;re fort. Les auteurs vont d'une cha&#238;ne &#224; l'autre, errent d'une &#233;mission d&#233;bile &#224; un entretien confidentiel. Parfois, l'un d'eux sort du lot. On l'applaudit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec la t&#233;l&#233; qui est devenu le m&#233;dia roi de la promotion litt&#233;raire, on est entr&#233; dans l'&#232;re de l'instantan&#233;. Soit on r&#233;ussit d&#232;s le premier roman, soit on &#233;choue. Certains &#233;crivains ont ainsi &#233;t&#233; compl&#232;tement sur&#233;valu&#233;s et ont eu beaucoup de mal &#224; convaincre ensuite. On ne laisse plus les gens m&#251;rir, ni &#233;crire.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_734 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-medias.com/IMG/jpg/SAURIN-1.jpg&quot; title='Photos : Charles Duprat' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;
&lt;img src='http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L219xH324/SAURIN-1-c62c8-05062.jpg' width='219' height='324' alt='Photos : Charles Duprat' style='height:324px;width:219px;' /&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-734 spip_doc_titre' style='width:219px;'&gt;&lt;strong&gt;Photos : Charles Duprat&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Rien n'est plus difficile que de comprendre une &#339;uvre et de la faire aimer par d'autres. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une page dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, &#231;a ne suffit pas pour vendre un livre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Il faut un ensemble de choses et surtout la t&#233;l&#233; qui &#233;crase tout le reste. Autrement dit, pas de salut sans Fogiel ou Ardisson. Ce ne sont pas les meilleurs critiques...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;diteurs doivent savoir utiliser avec intelligence ces &#233;missions pour ne pas se faire pi&#233;ger, en mettant en avant l'&#339;uvre, ou la personnalit&#233; de l'auteur. Mais ce n'est pas toujours si simple dans le paysage actuel. Les cr&#233;neaux horaires de grande &#233;coute sont occup&#233;s par des reality-shows. Il faut aller sur le c&#226;ble pour voir des &#233;missions int&#233;ressantes. En revanche la radio est un m&#233;dia qui a su r&#233;sister et qui continue &#224; consacrer &#224; la litt&#233;rature des &#233;missions de bonne qualit&#233; avec des journalistes comp&#233;tents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etes-vous d'accord avec la ligne dure d&#233;fendue par &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, selon laquelle le journal ne parle jamais des livres publi&#233;s par ses collaborateurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je la trouve dogmatique et absurde. Pour &#233;viter un exc&#232;s, on tombe dans un autre. Les lecteurs de Lib&#233;ration ont le droit de savoir que Serge July a dialogu&#233; avec Alain Jupp&#233; et que le livre de leurs entretiens est paru. J&#233;r&#244;me Garcin, d&#232;s son entr&#233;e au &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, a imagin&#233; une solution &#233;l&#233;gante : les collaborateurs de l'hebdomadaire ont tous droit &#224; un espace qui leur est r&#233;serv&#233;, dit &#171; Les &#233;crivains de l'&lt;i&gt;Obs&lt;/i&gt; &#187;. Une mani&#232;re d'&#233;viter les abus et les frustrations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais d'un point de vue d&#233;ontologique, peut-on chroniquer l'ouvrage d'un confr&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir du moment o&#249; les choses sont faites ouvertement, dans la transparence, avec des r&#232;gles claires, pourquoi pas ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;La pol&#233;mique autour du &lt;i&gt;Monde des livres&lt;/i&gt; qui revient r&#233;guli&#232;rement concernant le copinage entre certains critiques et auteurs vous semble-t-elle correspondre &#224; une r&#233;alit&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le fait que Philippe Sollers, &#233;crivain et &#233;diteur, intervienne &#233;galement comme critique en tant que collaborateur ext&#233;rieur peut choquer. Mais a-t-il vraiment le pouvoir qu'on lui pr&#234;te ? La question doit &#234;tre l&#233;gitimement pos&#233;e. N&#233;anmoins, les attaques portent surtout sur les choix subjectifs des auteurs choisis dans le suppl&#233;ment, mais elles sont souvent d&#233;sordonn&#233;es et sans fondement. Ces d&#233;tracteurs concentrent leur tir sur ceux qui ont du succ&#232;s en y opposant des auteurs marginaux, ce qui me semble un peu l&#233;ger comme argument litt&#233;raire. Le Monde des livres a toujours suscit&#233; un vif d&#233;bat qu'il faudrait d&#233;passionner en sortant des attaques ad hominem pour se consacrer sur le fond, c'est-&#224;-dire le choix des auteurs, le travail des critiques, leur ind&#233;pendance... Un suppl&#233;ment doit respecter le pluralisme. Cela ne peut pas fonctionner si l'on sent qu'un cerveau unique dirige tout. Parler de tel ou tel auteur doit se d&#233;cider &#224; plusieurs, dans le d&#233;bat. C'est un travail de d&#233;frichage n&#233;cessaire pour s'y retrouver dans cette multitude de livres qui paraissent. Des choix difficiles et qui forc&#233;ment peuvent f&#226;cher.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Houellebecq est un r&#233;ac au premier degr&#233;. Et alors ? Flaubert aussi... &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors que pensez-vous des pol&#233;miques violentes qui ont mis en cause la direction de Josyane Savigneau ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parmi les premiers attaquants, Jourde et Naulleau ont su mettre les rieurs de leur c&#244;t&#233;. Comment r&#233;pondre &#224; une agression qui faisait feu de tout bois ? Je comprends la stup&#233;faction de Savigneau&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Canard encha&#238;n&#233; a r&#233;cemment r&#233;v&#233;l&#233; que Josyane Savigneau risquant de perdre (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;. Elle a demand&#233; &#224; Douin, son adjoint, d'intervenir. Il a &#233;t&#233; maladroit et a pris des coups &#224; son tour. Il faut savoir que, depuis sa cr&#233;ation, le &lt;i&gt;Monde des livres&lt;/i&gt; est particuli&#232;rement surveill&#233;. On l'a contest&#233; plus d'une fois. Je n'ai pas oubli&#233; les vagues soulev&#233;es par certains de mes jugements. Le truc classique, c'&#233;tait de d&#233;noncer mon incomp&#233;tence en &#233;crivant &#224; la direction. Ce qui a d&#233;clench&#233; des hostilit&#233;s aussi meurtri&#232;res, c'est, &#233;videmment, l'arriv&#233;e de Philippe Sollers. Il avait tout du loup dans la bergerie. A force de se r&#233;clamer de Machiavel et de Debord, il a &#233;t&#233; cru sur parole par ceux qui le connaissent de loin. Est-ce du machiav&#233;lisme que de se c&#233;l&#233;brer soi-m&#234;me dans chaque feuilleton mensuel du &lt;i&gt;Journal du dimanche&lt;/i&gt;, ou de consacrer sa revue, &lt;i&gt;L'Infini&lt;/i&gt;, &#224; son propre culte ? &#171; La litt&#233;rature sans estomac &#187; (L'esprit des p&#233;ninsules), de Jourde, &#171; Le cr&#233;tinisme alpin &#187; (La fosse aux ours), de Naulleau, ont quand m&#234;me ouvert le d&#233;bat. Il faudrait en reparler calmement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez lanc&#233; Michel Houellebecq. Il vous doit ses deux best-sellers, &#171; Les Particules &#233;l&#233;mentaires &#171; et &#171; Plateforme &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne me doit rien du tout. Le succ&#232;s de ses romans est l'effet de leur impact litt&#233;raire. A lui seul, il a vitrifi&#233; deux rentr&#233;es. Son prochain livre est attendu comme le Messie. Ou comme un d&#233;mon qui va g&#226;cher la f&#234;te. J'ai d&#233;j&#224; racont&#233; que ma strat&#233;gie avait &#233;t&#233; d'une grande simplicit&#233;. Il fallait se m&#233;fier des &#171; grands &#187; critiques, passer par les ailes (des m&#233;dias moins &#233;vidents, comme &lt;i&gt;Lire&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Les Inrocks&lt;/i&gt;). &#171; Les particules &#187; ont eu droit &#224; un papier r&#233;ticent de Pierre Lepape dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, &#224; une descente rageuse de Rinaldi, et &#231;a n'a rien emp&#234;ch&#233;. Les choses se sont compliqu&#233;es avec la parution de &#171; Plateforme &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ambigu&#239;t&#233; de ses propos politiques ne vous d&#233;range pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord &#231;a ne se g&#232;re pas ! Et Houellebecq n'est pas un homme politique, ce qui lui laisse toute libert&#233; d'expression. Il a le sens de la formule parfois malheureuse, et c'est un provocateur dans l'&#226;me qui aime manier le paradoxe. Les m&#233;dias ont trop tendance &#224; prendre les choses au premier degr&#233;. L'essentiel est de lire ses livres. C'est mon m&#233;tier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais quand il fait ses sorties antiavortement ou sur Staline et Hitler, c'est du premier ou du second degr&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Houellebecq est un r&#233;ac au premier degr&#233;. Et alors ? Flaubert aussi... Je ne suis pas l&#224; pour le censurer, mais pour publier ses romans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous &#233;t&#233; choqu&#233; par ses propos sur l'islam ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On sait maintenant qu'il a &#233;t&#233; victime d'un coup mont&#233; par Pierre Assouline, le patron de Lire. La chose a &#233;t&#233; jug&#233;e et je m'en tiens &#224; la d&#233;cision des tribunaux, favorable &#224; Houellebecq. Je pourrais aussi vous passer les nombreux entretiens qu'il a accord&#233;s en dehors de France. Il y parle doctement d'Auguste Comte, des m&#233;faits du lib&#233;ralisme, de Lovecraft. Dans le lynchage m&#233;diatique dont il a &#233;t&#233; la victime, alors que nombre de ceux qui avaient chant&#233; ses m&#233;rites retournaient illico leur veste, je dois ajouter que Josyane Savigneau a &#233;t&#233; d'une rigueur et d'un courage plus qu'estimables. Et que Sollers n'a pas d&#233;m&#233;rit&#233; non plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte de cet entretien a &#233;t&#233; relu et amend&#233; par Rapha&#235;l Sorin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='csfoo htmla'&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class='csfoo htmlb'&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; a r&#233;cemment r&#233;v&#233;l&#233; que Josyane Savigneau risquant de perdre son poste, une douzaine d'importants &#233;diteurs a &#233;crit &#224; Jean-Marie Colombani en se demandant si &lt;i&gt;Le Monde des livres&lt;/i&gt; resterait &#171; aussi bon &#187; si elle n'en avait plus la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les Lieux communs de la critique litt&#233;raire </title>
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		<dc:subject>D&#233;cryptage</dc:subject>

		<description>Ce petit lexique a &#233;t&#233; compil&#233; &#224; partir de la lecture des quotidiens, des magazines d'actualit&#233; et des magazines culturels des seuls mois de novembre et d&#233;cembre 2004. Vous vous amuserez &#224; le v&#233;rifier et &#224; le compl&#233;ter en vous reportant &#224; vos rubriques litt&#233;raires favorites... Comment expliquer la surabondance du clich&#233; dans la critique litt&#233;raire ? Le journalisme vise la clart&#233; et la simplicit&#233;, tend vers le r&#233;sum&#233; et la conclusion - alors que la litt&#233;rature, de nature complexe et secr&#232;te, reste (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.revue-medias.com/local/cache-vignettes/L150xH125/arton109-f91f4.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='150' height='125' class='spip_logos' style='height:125px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce petit lexique a &#233;t&#233; compil&#233; &#224; partir de la lecture des quotidiens, des magazines d'actualit&#233; et des magazines culturels des seuls mois de novembre et d&#233;cembre 2004. Vous vous amuserez &#224; le v&#233;rifier et &#224; le compl&#233;ter en vous reportant &#224; vos rubriques litt&#233;raires favorites...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment expliquer la surabondance du clich&#233; dans la critique litt&#233;raire ? Le journalisme vise la clart&#233; et la simplicit&#233;, tend vers le r&#233;sum&#233; et la conclusion - alors que la litt&#233;rature, de nature complexe et secr&#232;te, reste r&#233;fractaire &#224; toute tentative de se laisser r&#233;duire. En appliquant ses grossiers outils &#224; cet objet fuyant, le journaliste-critique s'efforcera toujours de ramener l'inconnu vers le connu, d'&#233;clairer ce qui demeure myst&#233;rieux, de dire ce qui est tu ou sugg&#233;r&#233;, bref de trouver la formule choc alors que s'approche l'heure du bouclage. De son rabot tomberont en copeaux abondants les deux figures de style o&#249; s'illustre par excellence le clich&#233; : la m&#233;taphore, musicale, culinaire, guerri&#232;re... et l'hyperbole - comme s'il fallait en permanence forcer le trait pour figer et circonvenir cette mati&#232;re insaisissable...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si ces explications charitables ne vous convainquent gu&#232;re, on conclura avec cette citation quelque peu d&#233;sabus&#233;e : &#171; Oh ! comme il est reposant de se laisser guider de temps en temps, tel un aveugle par son chien, par un bon vieux lieu commun. Quel confort ! On peut dormir tout en &#233;crivant, c'est l'&#233;criture (et la lecture, alors !) en business class. &#187; (Olivier Rollin, &#171; Suite &#224; l'h&#244;tel Crystal &#187;, Le Seuil 2004)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;A&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aficionados&lt;/strong&gt; : Ex. : &#171; pour aficionados &#187;. Se dira, en parlant d'un auteur estim&#233;, d'un ouvrage de jeunesse insignifiant &#171; o&#249; l'on per&#231;oit la germination de l'&#339;uvre future &#187;, d'un nouveau livre compl&#232;tement rat&#233;, ou bien de documents &#171; in&#233;dits &#187; arrach&#233;s aux griffes des ex&#233;cuteurs testamentaires : &#233;bauches, lettres, notes de blanchisserie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agon&lt;/strong&gt; : Vocabulaire du vertige, de la transe. On ouvre des gouffres sous les pas du lecteur, sa conscience est abolie, etc. D'un grand usage (voir le dernier Villepin).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;B&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Baroque&lt;/strong&gt; : Adjectif exclusivement r&#233;serv&#233; aux auteurs d'Am&#233;rique centrale et d'Am&#233;rique du Sud, tous pouss&#233;s dans la marmite bouillonnante du baroque par le patriarche Gabriel Garcia Marquez. De la m&#234;me fa&#231;on, on c&#233;l&#233;brera la &#171; faconde &#187; des &#233;crivains africains, ces conteurs intarissables, accroupis sous leurs grands arbres...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Br&#251;lant&lt;/strong&gt; : Paradoxalement, s'applique plus souvent &#224; l'essai, genre r&#233;put&#233; froid, qu'aux plus torrides des confessions pornographiques, qualifi&#233;es alors volontiers de &#171; glac&#233;es &#187; ou &#171; gla&#231;antes &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;C&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cisel&#233;&lt;/strong&gt; : &#171; Finement cisel&#233; &#187;, se dit des formes courtes et b&#226;cl&#233;es : fragments, nouvelles, aphorismes et autres mignardises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cl&#233;&lt;/strong&gt; : &#171; Une des cl&#233;s du roman nous est fournie chapitre 3... &#187; Celle-ci n'ouvre alors que des portes grandes ouvertes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Complicit&#233;&lt;/strong&gt; : Lorsque l'auteur tape sur l'&#233;paule du lecteur en lui postillonnant au visage, on parle de la &#171; secr&#232;te complicit&#233; &#187; qui se noue entre les deux comp&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;D&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;capant&lt;/strong&gt; : La gratounette litt&#233;raire a bon dos : elle s'applique aussi bien aux genres, aux styles, aux id&#233;es, aux sentiments...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;pouill&#233;&lt;/strong&gt; : Une &#233;criture est d&#233;pouill&#233;e lorsqu'elle est effectivement r&#233;duite au squelette sujet-verbe-compl&#233;ment. Quand la phrase comporte plus de cinq mots, s'enrichit ici et l&#224; d'un adjectif ou d'un adverbe, on parle plus volontiers d'un style luxuriant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dynamite&lt;/strong&gt; : Se dit d'un ouvrage ou d'un auteur qui &#233;branle quelques conventions (ex. : la famille), m&#233;lange deux ou trois genres litt&#233;raires (ex. : le drame et le comique), risque quelques effets stylistiques (ex. : phrases sans verbe).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;E&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ecrivain&lt;/strong&gt; : Quand on est &#224; court d'id&#233;es, de mots, de temps, d'espace, de d&#233;but, de milieu ou de fin, voil&#224; la cheville absolue : &#171; Un tel est un &#233;crivain &#187;, &#171; Voil&#224; un &#233;crivain &#187;, &#171; Saluons la naissance d'un &#233;crivain &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eloge&lt;/strong&gt; : S'il est vibrant, il c&#233;l&#232;bre des vertus positives : l'amiti&#233;, le courage, la fid&#233;lit&#233;. Mais, le plus souvent, l'&#233;loge gagne &#224; &#234;tre paradoxal, et encense alors nos parts secr&#232;tes, obscures, voire maudites. Eloge de l'impr&#233;voyance, de la folie, de l'insinc&#233;rit&#233;, en litt&#233;rature toutes nos tares deviennent richesses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Embl&#233;matique&lt;/strong&gt; : Terme lui-m&#234;me &#171; embl&#233;matique &#187; de la rh&#233;torique du symbole et du signe, o&#249; s'abreuve et s'&#233;bat toute critique litt&#233;raire un peu moderne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre&lt;/strong&gt;... : Entre cocasserie et drame, entre rires et larmes, entre r&#233;demption et damnation, entre Tintin et le marquis de Sade, entre tout et son contraire, le critique paresseux trouvera toujours un espace confortable pour souffler un peu et allumer une cigarette. (Voir aussi oxymoron).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ev&#233;nement&lt;/strong&gt; : La derni&#232;re &#339;uvre d'Herg&#233; (ou du marquis de Sade) ne saurait &#234;tre qu'un &#233;v&#233;nement, dont on ne pourra que se f&#233;liciter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exil&lt;/strong&gt; : A d&#233;faut d'exode de la faim ou de bannissement politique, se pratique &#171; int&#233;rieur &#187; (voir Oxymoron) dans les petits romans &#233;gocentriques de saison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;F&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;F&#233;roce&lt;/strong&gt; : Il est toujours judicieux d'appr&#233;cier la &#171; plume f&#233;roce &#187; d'un confr&#232;re, qu'elle vous &#233;pargne (tant mieux) ou non (vous &#234;tes beau joueur).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Formidable&lt;/strong&gt; : Le plus souvent &#171; une formidable le&#231;on d'&#233;criture &#187;, dont on ne sait si elle vaut pour le critique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;H&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Haleine et haletant&lt;/strong&gt; : Deux jumeaux l&#233;g&#232;rement incestueux : un &#171; suspense haletant qui vous tiendra en haleine jusqu'&#224; la derni&#232;re page &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hanter&lt;/strong&gt; : Une histoire qui vous &#171; hantera longtemps &#187; vaut toujours mieux qu'un r&#233;cit &#171; fantomatique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;I&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Improbable&lt;/strong&gt; : La rencontre improbable entre Tintin et le marquis de Sade. (Voir aussi &#171; Entre... &#187; et &#171; oxymoron &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inimitable&lt;/strong&gt; : Un adjectif aimable pour honorer un style ou une mani&#232;re d&#233;suets.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Labyrinthe&lt;/strong&gt; : A &#233;voquer lorsqu'on croit rep&#233;rer une lointaine allusion (un clin d'&#339;il) &#224; Borges, ou lorsque l'on n'y comprend rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;on&lt;/strong&gt; : &#171; Une le&#231;on de vie &#187; r&#233;sume g&#233;n&#233;ralement un ouvrage o&#249; il est question de mort ou de maladie mortelle, d'emprisonnement, de mis&#232;re, d'exil, d'exode, d'extermination.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Limpidit&#233;&lt;/strong&gt; : Associ&#233; le plus souvent &#224; &#171; sinc&#233;rit&#233; &#187; et &#171; simplicit&#233; &#187; : le trio infernal de la critique litt&#233;raire, dont on se d&#233;fendra en citant Nabokov fustigeant les &#171; progressistes de New York &#187; : &#171; Quand il atteint certains sommets, l'art est formidablement trompeur et complexe. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;M&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Magie&lt;/strong&gt; : Le r&#233;pertoire de la magie est abondant : fantasmagories qui ensorc&#232;lent le lecteur, jeux de miroirs qui l'&#233;tourdissent de leurs faux-semblants, et autres tours de passe-passe litt&#233;raires. Le critique se m&#233;fiera de la poudre aux yeux afin de ne pas passer lui-m&#234;me pour un illusionniste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Miroir&lt;/strong&gt; : Toujours &#171; tendu &#187; &#224; l'une de nos faiblesses, ou plus g&#233;n&#233;reusement &#224; notre &#233;poque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;N&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note&lt;/strong&gt; : &#171; D&#232;s les premi&#232;res notes, on reconna&#238;t la petite musique de... &#187;. Pour que ces notes soient (puissamment) orchestr&#233;es, il y faut un roman d'une certaine ampleur (&#224; partir de 400 pages).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;O&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;OLNI&lt;/strong&gt; : Cet &#171; Objet litt&#233;raire non identifi&#233; &#187; est bien commode pour s'&#233;viter de classifier un livre, qu'il soit ou non de science-fiction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oxymoron&lt;/strong&gt; : Figure de style qui associe deux termes antagonistes. La b&#233;n&#233;diction du critique paresseux : &#171; modeste et ambitieux &#187;, &#171; triste et gai &#187;, &#171; diablement humain &#187;, &#171; r&#234;ve &#233;veill&#233; &#187;, &#171; exil int&#233;rieur &#187; (voir aussi ce terme).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;P&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pi&#232;ges&lt;/strong&gt; : Un grand nombre de joyeux farceurs nous font tomber dans leurs pi&#232;ges, avec l'aide de critiques complaisants : les pi&#232;ges de l'amour, de la m&#233;moire, du temps...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plume :&lt;/strong&gt; Immanquablement &#171; port&#233;e dans la plaie &#187;, &#224; la suite d'Albert Londres et du journalisme de combat ; la formule s'applique &#224; toute d&#233;nonciation, y compris des magouilles dans les milieux de l'&#233;p&#233;isme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Proph&#233;tique&lt;/strong&gt; : Terme appliqu&#233; en g&#233;n&#233;ral &#224; un exercice litt&#233;raire et journalistique de haute vol&#233;e : la pr&#233;vision du pass&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prouesse&lt;/strong&gt; : Le vocabulaire de la prouesse salue des monuments, des tours de force, des exploits et autres morceaux de bravoure. Pour appr&#233;cier &#224; sa juste valeur cette d&#233;mesure, on mesurera avec pr&#233;cision le nombre de pages, de volumes, de personnages, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pudique&lt;/strong&gt; : Souvent associ&#233; &#224; grave, d&#233;crit toute esp&#232;ce de d&#233;ballage exhibitionniste et m&#233;diatique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Q&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu&#234;te&lt;/strong&gt; : Tout livre ayant un peu d'ambition est n&#233;cessairement une &#171; qu&#234;te &#187; (de soi-m&#234;me, du beau, du vrai, du bonheur, du coupable, du dernier mot, du Goncourt...).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;R&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rare&lt;/strong&gt; : &#171; Une qualit&#233; d'&#233;motion rare &#187;, &#171; un auteur rare &#187; incitent &#224; la m&#233;fiance : n'indiquent-ils pas un tirage et un lectorat &#233;galement rares ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reproches mineurs&lt;/strong&gt; : &#171; Mais ce ne sont que reproches mineurs... &#187; r&#233;sume une impitoyable recension de fautes contre le go&#251;t, la vraisemblance et la grammaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour&lt;/strong&gt; : Les films hollywoodiens ont leurs &#171; sequels &#187;, la litt&#233;rature fran&#231;aise a ses retours : &#224; soi, &#224; la R&#233;volution, &#224; la nouvelle, &#224; Freud... Variante : revisiter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;S&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Saga&lt;/strong&gt; : D&#233;signe une histoire de grand format et convenablement narr&#233;e, avec son quota de p&#233;rip&#233;ties et de retournements. Quand elle devient &#171; immense &#187; ou prend &#171; des accents d'&#233;pop&#233;e &#187;, il convient de se munir d'un mat&#233;riel de survie. (Voir aussi Prouesse).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Solaire&lt;/strong&gt; : Qualifie l'incandescence d'un style. Ne pas se tromper d'astre : lunaire d&#233;signe tout autre chose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;T&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tambour battant&lt;/strong&gt; : Qu'elle s'applique &#224; un essai politique, un roman de plage ou la confession d'une animatrice t&#233;l&#233;, la formule d&#233;signe g&#233;n&#233;ralement la vitesse &#224; laquelle on consomme l'objet plut&#244;t que ses prouesses narratives ou stylistiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Titre&lt;/strong&gt; : On d&#233;tournera ou parodiera le titre d'une &#339;uvre classique pour montrer qu'on a tir&#233; profit de ses &#233;tudes secondaires : &#171; un Voyage au bout de... (n'importe quoi) &#187;, &#171; une Com&#233;die inhumaine &#187;, une &#171; Odyss&#233;e de l'absurde &#187;, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;V&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voix&lt;/strong&gt; : Annule et remplace avantageusement le &#171; style &#187;, le &#171; ton &#187;, la &#171; personnalit&#233; &#187; et toute description un peu pr&#233;cise d'un auteur et de son &#339;uvre ; en ce sens, s'apparente &#224; l'antique &#171; cuisse &#187; dont on affublait les vins.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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