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Les intellectuels jugent les médias - Tome 1
Les intellectuels jugent les médias - Tome 2
Faut-il avoir peur de francs-maçons ?
Cantines : le règne de la mal-bouffe ?
Les homosexuels font-ils encore peur ?
Pour ou contre l’homéopathie ?
Pour ou contre la garde alternée ?
Peut-on tout dire ?
Les Français sont-ils antisémites ?
Faut-il interdire les écrans aux enfants ?
Faut-il être plus sévère avec nos enfants ?
Faut-il croire les journalistes ?
Faut-il avoir peur des religions ?
Et si on jugeait les juges ?
Le Monde.fr 23/05Le quotidien populaire allemand "Bild" opte pour une formule semi-payante sur Internet Le Monde.fr 23/05Transition numérique : la presse quotidienne régionale s'estime lésée L’Humanité 23/0510 organisations signent pour la "réactivation" du Collectif liberté, égalité, justice (CLEJ) L’Humanité 23/05Inacceptable ! L’acharnement en direction de nos camarades de Roanne continue (CGT) L’Humanité 23/05Arrestation des syndicalistes de Roanne : Pierre Laurent écrit à Manuel Valls L’Humanité 23/05Indépendance du parquet : la leçon bordelaise…(Syndicat de la magistrature) (...)
Qui n’a pas encore en mémoire ces longues séances d’autocritiques dont nous abreuvait la grande révolution culturelle initiée par son général en chef, l’inoubliable Mao Tsé-toung ? La version asiatique, faut-il le préciser, d’un genre inventé par l’Inquisition dans nos bonnes terres de culture catholique et romaine et repris lors des mémorables procès de Moscou qui voyaient les leaders du Parti communiste d’Union soviétique s’accuser tour à tour d’être au service de la « clique trotskiste » ou d’un complot « hitlérien-trotskiste ». Mais tout cela, me direz-vous, date terriblement. Et c’est là que vous vous trompez.
Pas plus tard que la semaine dernière, et cette fois dans l’Amérique d’Obama et de CNN, on a vu un homme s’autoflageller devant une bonne douzaine de chaînes de télévision retransmettant l’événement en direct, et s’accuser, je cite, d’ « irresponsabilité », d’avoir été « si fou, si égoïste », supplier qu’on lui « pardonne », regretter « d’avoir causé tant de tort » à ses « partenaires en affaires », d’avoir eu l’outrecuidance de croire que « les règles communes ne s’appliquaient pas à [lui] ». Notre homme, ce « véritable scélérat », n’est autre, vous l’avez deviné, que Tiger Woods, le meilleur golfeur du monde. Il a trompé sa femme, ses sponsors et sa foi. Il mérite la mort, la mort médiatique s’entend.
Quatre des quatorze millions de retraités vivent avec moins de 900 euros par mois. Il y a des chiffres, comme celui-ci, qui sont comme un coup de poing au ventre. Des chiffres qui ne font pas assez l’actualité, la une des journaux, le buzz, le fameux buzz sur Internet. Des chiffres qu’il faudrait répéter, claironner, hurler pour qu’ils deviennent à ce point insupportables que nous nous décidions à les prendre, enfin, à bras-le-corps.
Comment accepter qu’au terme de longues années de travail, nos aînés – on n’ose plus dire nos vieux – se retrouvent pour certains dans une indigence inacceptable, indigne, inqualifiable ? Comment vanter le travail, l’effort et refuser d’offrir – c’est d’ailleurs plutôt un dû – une fin de vie dans des conditions acceptables, convenables, tout simplement légitimes ? Comment certains ont-ils pu et peuvent-ils encore tergiverser pour prendre des mesures qui frappent au porte-monnaie les bénéficiaires de bonus, parachutes dorés et autres retraites-chapeaux quand on sait d’autres vivre, ou plus exactement survivre, avec quelques centaines d’euros, insuffisants pour payer un loyer, se chauffer et se nourrir ?
A ces questions, il faut des réponses. Au risque pour tous ceux qui refuseraient de s’y atteler, au nom de l’habituel « vous savez, c’est plus compliqué que cela », d’avoir, un jour, des comptes à rendre. Et pas seulement sur un plateau de télévision et ses Français choisis sur mesure.
Orlando Zapata est mort le 23 février dans un hôpital de La Havane. Il était en grève de la faim depuis quatre-vingt-trois jours. Il protestait contre ses conditions de détention. Orlando Zapata avait 42 ans et avait été condamné pour « désordre public » à une peine de plus de 30 ans de prison. Il n’a été transféré dans un hôpital que la semaine précédant sa mort, quand son état de santé était devenu désespéré.
Orlando Zapata était un militant actif au sein de plusieurs organisations de défense des droits de l’homme. Il avait été emprisonné en 2003, lors d’une vague de répression qui avait vu 75 opposants arrêtés et condamnés à de longues peines de détention. Il était ce qu’on appelle d’un très beau nom, un prisonnier de conscience.
Il est trop tard pour Orlando Zapata. Mais faut-il rappeler que Cuba compte encore plusieurs centaines de prisonniers politiques ? Que si Fidel Castro a échangé son uniforme kaki pour un survêtement, son régime n’en reste pas moins une dictature. Et qu’en France, on trouve encore des amis de ce régime qui laisse mourir l’un de ses opposants en prison : à l’extrême gauche, bien sûr, mais aussi au Parti communiste – les responsables cubains tiennent un stand, chaque année, à la Fête de l’Humanité – et au Parti de Gauche, le soutien des régimes autoritaires pourvu qu’ils soient anti-américains, de la Chine au Venezuela. On attend leurs réactions…
Loin des petites et grandes lâchetés des amis de Cuba, la mère d’Orlando Zapata Tamayo a appelé « le monde » à « exiger la liberté des autres prisonniers, ses frères injustement incarcérés, pour que cela ne se répète pas »
Ah ! oui, j’oubliais : Raul Castro a « regretté » la mort d ‘Orlando Zapata…
L’antisémitisme a bon dos. Les menaces bien réelles contre les Juifs sont suffisamment récurrentes et odieuses pour qu’il ne soit pas nécessaire d’en rajouter. Ou d’en inventer. On a encore en tête les accusations lancées à la figure d’un Georges Frêche, qui a de nombreux défauts mais pas celui-ci, et voilà que Bernard-Henri Lévy laisse entendre sur France Inter – sans le dire tout en le sous-entendant – que derrière les moqueries et la bronca médiatique dont il est victime depuis qu’il a cité un auteur, le désormais célèbre Botul, qui a l’inconvénient de ne jamais avoir existé, se profilerait une cabale contre le Juif qu’il est. Et de parler de canular « glauque » et « pestilentiel » qui viserait un homme non pas « pour ce qu’il fait mais pour ce qu’il est ».
On pourrait en rire tant BHL n’a pas besoin pour se défendre d’invoquer pareil argument : sa rhétorique, son abattage médiatique, son talent font largement le poids face à ceux qui tenteraient de le dézinguer. Mais le procédé a quelque chose de tellement odieux – quoi de plus infamant que de se voir traiter d’antisémite ? – qu’il devrait révolter quiconque. Et plus encore quelqu’un qui se définit comme un philosophe et regrette, à tout bout de champ, qu’on préfère l’insulte au débat et à la raison…
Le passé, c’est hier. Et les modes s’épuisent aussi vite qu’elles apparaissent. Nos sociétés prennent des rides toujours plus vite et les liftings sont permanents. C’est encore plus vrai sur Internet. Sur la Toile, six mois valent une éternité. Et parler du milieu des années 80, c’est évoquer la préhistoire. Tout vieillit, tout se fane, tout passe. A la vitesse folle des progrès technologiques, de bidouilleurs de génie, de hackers toujours plus inventifs.
Regardez donc, pour vous en convaincre, du côté des blogs. Selon une étude du Pew Research Center, la jeunesse américaine en aurait déjà ras-le-bol et serait passée, avec armes et bagages, du côté des réseaux sociaux. Alors que les 12-17 ans étaient 28% à bloguer en 2006 – c’est-à-dire dans un très, très lointain passé – ils n’étaient plus que 14% l’an dernier. Comme l’écrit, dans une belle formule, Andréa Fradin de Libération : « Le tweet a pris le pas sur le post, l’immédiateté sur le développement du contenu. »
Le 2.0 est venu à bout de ces journaux intimes, de ces aide-mémoire que sont le plus souvent les blogs. Comme une sortie de l’adolescence pour les plus jeunes. Comme une lassitude qui vous gagne pour les autres. Au fait, c’est pour quand la mort de Facebook ?
Le Parti socialiste est déchaîné. En quelques jours, il réclame, coup sur coup, le renvoi de la ministre des DOM-TOM – qui n’a rien trouvé de plus intelligent que d’expliquer « n’avoir envie de servir que la population guadeloupéenne » -, le retrait d’une publicité vantant, sous les traits d’une Marianne enceinte et de blanc vêtue, le futur grand emprunt, et enfin (ouf) qu’on en finisse avec ces Quick halal qui ont le mauvais goût de proposer à leurs clients des hamburgers sans bacon et sans bœuf tué hors le rite du même nom.
On dégaine vite rue Solférino. Un peu trop vite ? Si notre élue ultramarine a fait une grosse boulette - témoignant d’un grand sens de l’Etat… -, ne finit-on pas, à force d’exiger une démission chaque semaine, par paraître presque aussi ridicule que l’objet de son ire ?
Concernant la publicité – et même si nous sommes à la veille d’une échéance électorale - n’est-ce pas un peu exagéré de parler, comme le font les amis de Martine Aubry, d’un « scandale politique, démocratique et budgétaire » alors qu’à chaque emprunt, l’Etat a transformé la maternité en argument publicitaire. Et si débat il doit y avoir, n’est-ce pas plutôt sur le « grand » emprunt lui-même, qui pourrait bien voir une montagne de 35 milliards d’euros… accoucher d’une souris de 0,1% de croissance ?
Que nos fast-foods veuillent faire des affaires – 30% d’augmentation pour le seul halal de Villeurbanne la première semaine -, que le communautarisme leur convienne davantage que l’idéal républicain, qui pourrait s’en étonner ? Mais, il n’y a pas si longtemps encore, on imposait du poisson le vendredi dans toutes les cantines de France et de Navarre sans que nos militants laïcards n’y trouvent à redire… De quoi donner le sentiment à nos banlieues qu’il y a décidément un « deux poids-deux mesures ».
Les autorités chinoises font peur bien au-delà de leurs frontières. On vient, une nouvelle fois, de le toucher du doigt lors du dernier festival international de Palm Springs aux Etats-Unis. Lu Chuan, le réalisateur de Nanjing Nanjing, film à succès consacré au massacre de Nankin par l’armée japonaise en 1937, a dû se retirer de la compétition à la demande du Bureau chinois du cinéma (en fait, l’organe officiel de contrôle).
La raison du diktat : la diffusion, dans le cadre de ce même festival, d’un film consacré à la situation au Tibet et au dalaï-lama. L’an dernier, c’était un autre cinéaste, Jia Zhangke qui avait dû se retirer du Festival international de Melbourne, en Australie, en raison de la présence, dans la programmation, d’un documentaire sur la dirigeante ouïghoure en exil, Rebiya Kadeer. Comme au temps de l’Union soviétique…
Mais à l’époque, les démocraties ne juraient que par les dissidents et autres refuzniks. Aujourd’hui, avant de lever le petit doigt, on jette un œil sur la courbe de balance des échanges économiques. L’atelier du monde fait sa loi.
Hugo Chavez a une imagination débordante. Et un appétit des médias jamais rassasié. Il a beau avoir déjà réduit au silence la principale chaîne de télévision qui faisait montre de mauvaises manières à son égard, contrôler la quasi-totalité de ce qui reste des médias audiovisuels, disposer de sa propre émission « Alo Présidente » dans laquelle, à la façon d’un Castro, il assène des discours six heures, huit heures durant, bénéficier de la possibilité de réquisitionner toutes les télés et radios du pays quand il le veut – il l’a fait plus de 2000 fois, soit l’équivalent de deux mois et demi de discours ininterrompus ! -, tout cela ne lui suffit pas.
Le Président vénézuelien a trouvé un nouveau moyen d’être encore davantage présent sur les ondes. Il vient d’inaugurer une émission de radio baptisée « Tout à coup avec Chavez ». Le principe en est simple : le leader bolivarien peut intervenir à n’importe quelle heure du jour et de la nuit sur la radio nationale. Pour dire quoi ? Annoncer une décision gouvernementale, mais aussi « jouer un air de guitare ». Ce Chavez a un vrai sens de l’humour. Tout comme son meilleur pote, le très amusant président iranien Mahmoud Ahmadinejad…
A en croire certains procureurs de la blogosphère, notre nouveau tribunal du peuple, je serais coupable d’homophobie. Pourquoi donc ? Lors de la dernière émission de Cactus, le 5 février sur Paris Première, à propos du petit film « Le baiser de la lune », qui conte les amours entre Félix, un poisson-chat, et Léon, un poisson-lune, j’ai dit que je ne voudrais pas que mes enfants soient homosexuels.
Dans une société comme la nôtre, il est, en effet, plus facile d’être hétérosexuel que gay. Soucieux de mes enfants, je ne leur souhaite donc rien qui puisse rendre leur vie plus difficile, plus compliquée. Rien de plus, rien de moins.
Il me semble que cela tient du bon sens. Mais le bon sens semble être désormais le propre du beauf. Il faudrait commencer toute phrase en prêtant allégeance à la bien-pensance : « non, je ne suis pas homophobe » ou « oui, j’ai des amis homosexuels ».
Réfractaire à ces simagrées, je précise que j’aimerais, de plus, conduire ma fille à l’église le jour de son mariage. Et prendre, plus tard, dans mes bras, les petits-enfants qu’elle m’aura donnés. Avec un garçon. Son mari par-dessus le marché. Bref, le beauf absolu.
Drôle de métier. Alors que Bernard-Henri Lévy vient de faire paraître ses deux derniers livres, les journalistes se classent grosso modo en deux catégories, en deux camps devrait-on plutôt dire. Les premiers, et ils sont nombreux, encensent une fois encore l’ex-nouveau philosophe, ajoutant leur voix au tohu-bohu médiatique, à la véritable déferlante qui s’empare des rubriques « culture » de nos médias chaque fois que BHL sort un nouvel opuscule (un mot mal choisi d’ailleurs pour l’un de ces ouvrages lourd de plus de 1 300 pages). Les autres dénoncent, tout aussi régulièrement, le tapage médiatique, les connivences, les réseaux. Et, bien sûr, participent, à leur manière, à ajouter de nouvelles Unités de bruit médiatique, ces désormais connues UBM que notre essayiste a tant de talent à engranger.
Dernier rebondissement : BHL s’est fait piéger, citant un certain Jean-Baptiste Botul à propos de la « froideur » de plusieurs concepts de Kant. Manque de chance, Botul n’existe pas : ses ouvrages – dont « La vie sexuelle d’Emmanuel Kant » - sont en fait l’œuvre de Frédéric Pagès, journaliste au Canard enchaîné et agrégé de philosophie. Qu’importe, montré du doigt, BHL retourne avec maestria la situation en sa faveur, avouant « même éprouver un certain plaisir à [s]’être laissé piéger par une mystification aussi bien ficelée ». Du grand art. Et une UBM, garçon !

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